26.4.03

Paul H. Cook

Paul H. Cook fait partie de cette poignée d’hybrideurs qui ont marqué en profondeur le long cheminement vers les iris que nous connaissons aujourd’hui. Son nom est indissociable le de celui de PROGENITOR, un pauvre petit semis que la plupart des hybrideurs aurait détruit dès sa première fleur, mais dont il a eu, lui, le génie de pressentir les grandes aptitudes. Mais il ne faut pas limiter sa carrière à ce seul événement. Paul Cook était un homme sérieux et méthodique qui n’a rien entrepris à la légère et dont les résultats sont à la mesure de la qualité du travail.

Son intérêt pour l’horticulture remonte à sa petite enfance ; et il a commencé, dès 1910, par cultiver des petits pois, des fruits rouges et quelques iris. A son retour de la guerre de 14, lui et Bruce Williamson se trouvèrent un intérêt commun pour les iris qui donna naissance à une stimulante émulation et à un partenariat économique qui s’est concrétisé par la création des « Longfield Iris Gardens », la pépinière dont sont issus tous les produits Cook.

Il lui a fallu quinze ans de recherches pour aboutir, en 1937 à E. B. WILLIAMSON, une variété « rouge » qui a marqué son temps et obtenu l’année suivante la médaille d’or du Concours International d’Italie, l’ancêtre de l’actuel Florin d’Or. Dans les années qui ont suivi, Paul Cook a enregistré des variétés dans différentes classes de couleurs, comme PINK REFLECTION, COPPER ROSE ou DISTANCE, un iris bleu. Cependant Cook restera sans doute dans les mémoires pour son travail dans trois directions : les iris nains, les iris noirs et les amoenas et bicolores.

Pour ce qui est des iris nains, c’est lui qui a mis en évidence les exceptionnelles aptitudes de I. pumila à transférer les gènes des grands iris tétraploïdes dans les catégories de petite taille. C’est lui qui a découvert, incidemment, en tentant d’améliorer la richesse de la couleur des grands iris bleus, que le croisement d’ I. pumila et de grands iris donnait naissance à de ravissantes plantes. Il s’est empressé d’approfondir son travail dans ce sens et est parvenu à une sorte de sommet, en 1951, avec FAIRY FLAX, le bleu azur, BARIA, le jaune tendre et GREEN SPOT, aux sépales marqués de vert, qui a été si abondamment utilisé comme géniteur et qui a donné naissance à tant de remarquables semis. La catégorie des SDB (Standard Dwarf Bearded) était en train de naître.

Parmi ceux que l’on appelle les iris noirs, P. Cook nous a donné Sable en 1938, puis Sable Night en 1950, et d’autres d’égal mérite en leur temps. Comme on l’a vu précédemment, cette lignée, unie aux descendants de BLACK FOREST, est à l’origine de tous les noirs actuels.

De cette plante insignifiante qui se nomme PROGENITOR sont venus MELODRAMA, WHOLE CLOTH, EMMA COOK, MISS INDIANA et d’autres d’immense valeur qui nous valent de disposer aujourd’hui d’un panel pratiquement infini d’iris amoenas et bicolores. Cependant ce n’est pas Paul Cook qui a poursuivi dans la direction ainsi tracée. Quand on lui demandait pourquoi il n’avait pas continué la série de WHOLE CLOTH, il répondait avec un clin d’œil que, cette variété ayant été largement distribuée, la compétition était partie pour aller trop loin pour lui. En fait son plaisir était de découvrir, de mettre quelque chose en mouvement, pas forcément de poursuivre sur sa lancée.

En effet, même s’il avait les capacités pour devenir un homme d’affaire avisé, Paul Cook avait choisi de s’en tenir à son travail d’hybrideur, dans une petite communauté rurale ; il était bien plus intéressé par son foyer et ses livres, son jardin et ses iris, que par l’argent. Il avait un vaste cercle d’amis dans toutes les parties du monde et il aimait leur écrire et les rencontrer, en particulier à la saison des iris, et discuter des leurs travaux et des siens.

La Médaille de Dykes a été attribuée trois fois à des variétés sortant de ses mains, SABLE NIGHT en 55, WHOLE CLOTH en 62 et ALLEGIANCE en 64. Jusqu’à ce jour seuls trois autres obtenteurs sont parvenus au même résultat : Orville Fay, Ben Hager et Monty Byers. Ce n’est que justice rendue à un grand personnage qui était resté un homme modeste et généreux.

Il est mort subitement, dans l’Indiana, en novembre 1963.

L’INTRUS (RÉPONSES)

Voici les réponses au jeu proposé la semaine dernière :

1
Il fallait éliminer LIGHT BEAM. Tous les autres sont de « vrais » plicatas, celui-là est un « plicata jaune », donc un « hérétique » !
Texte de référence : « Plicata jaune ? »
2
Il fallait éliminer FEMININE WILES : tous ces iris sont roses, mais seuls les trois autres ont été obtenus par Ben Hager. L’obtenteur de FEMININE WILES est John Nelson.
Texte de référence : « Benjamin Ross Hager »
3
Il fallait éliminer GOTHIC. Tous ces iris sont dus à Monty Byers, mais GOTHIC ne descend pas de BROADWAY !
Texte de référence : « Broadway »
4
Il fallait éliminer ELVIS PRESLEY. Ces iris ont été obtenus par Clifford Benson, mais ELVIS PRESELY est blanc, les trois autres sont bleus.
Texte de référence : « Clifford W. Benson »
5
Il fallait éliminer FLARE UP : les quatre iris cités sont bien des produits Ghio, mais FLARE UP ne descend pas directement de COMMENTARY.
Texte de référence : « Commentary »
6
Il fallait éliminer DOLCE VITA. Les trois autres noms de variétés obtenues par Ben Hager font allusion à la musique classique, pas DOLCE VITA.
Texte de référence : « Con Amore »
7
Il fallait éliminer LORD BALTIMORE. De ces quatre Lords, c’est le seul obtenu par Donald Nearpass.
Texte de référence : « Donald C. Nearpass »
8
Il fallait éliminer ACTRESS. Tous ces iris sont des obtentions de Keith Keppel ; les trois autres ont obtenu le Florin d’Or à Florence, pas celui-là.
Texte de référence : « Florins d’or »
9
Il fallait éliminer OLD BLACK MAGIC. Ces quatre variétés noires sont des iris Schreiner descendants de BLACK FOREST, mais les trois autres datent des années 70, OBM est de 96.
Texte de référence : « Forêt Noire »
10
Il fallait éliminer FLEETA. Les trois autre variétés sont des obtentions de Paul Cook.
FLEETA est d’Orville Fay.
Texte de référence : « Le tiercé gagnant de M. Cook »

20.4.03

L’INTRUS

Le premier quiz que j’ai présenté ayant remporté un certain succès, en voici un nouveau. Cette fois, dans chaque item, il s’agit de découvrir l’intrus, c’est à dire le nom de variété qui n’a rien à faire dans la liste.

Amusez-vous bien.

1
· EARL OF ESSEX
· LIGHT BEAM
· RONDO
· STEPPING OUT

2
· ANNA BELLE BABSON
· BEVERLY SILLS
· FEMININE WILES
· VANITY

3
· BARN DANCE
· BLATANT
· GOTHIC
· ISTANBUL

4
· ELVIS PRESLEY
· LAKE PLACID
· MAESTRO PUCCINI
· VAN CLIBURN

5
· DOUBLE SCOOP
· FLARE UP
· GHOST STORY
· SOAP OPERA

6
· BEL CANTO
· CON AMORE
· DOLCE VITA
· VERISMO


7
· LONDON LORD
· LORD BALTIMORE
· LORD OLIVIER
· WAR LORD

8
· ACTRESS
· FOGGY DEW
· SKYBLAZE
· WOODCRAFT

9
· DUSKY EVENING
· NIGHT OWL
· OLD BLACK MAGIC
· SWAZI PRINCESS

10
· EMMA COOK
· FLEETA
· MELODRAMA
· WHOLE CLOTH

Réponses, la semaine prochaine !
COMME UN CHARME

Les intermédiaires sont aux iris ce que les mulets sont aux équidés. Le produit stérile (le plus souvent) d’un grand et d’un petit. Mais là s’arrête la comparaison, car si les mulets n’ont ni l ‘élégance des chevaux, ni l’air bonhomme des ânes, les iris intermédiaires sont de très jolies plantes, bien proportionnées et florifères.

Je prendrai aujourd’hui deux exemples de cette réussite.

Commençons par LIKE A CHARM (Byers 88). C’est en quelque sorte un amoena inversé. Il est décrit comme : « Pétales jaune citron, sépales blancs, jaune brillant aux épaules et autour de la barbe ; barbe bleue pointée jaune, éperons bleu-violet ; légèrement ondulé, parfum doux et prononcé. » Une fleur originale, donc, qui éclaire le jardin, du haut de ses 55 centimètres. Son parent femelle est le petit SDB THRICE BLESSED (Weiler 81) qui est jaune à barbe blanche, son parent mâle est un grand iris, non dénommé, mais qui est issu du croisement de deux variétés célèbres : ACTRESS (Keppel 76) et SKY HOOKS (Osborne 80). On ne les présente plus ni l’un ni l’autre, ACTRESS en bleu à barbe rouge, et SKY HOOKS, l’iris à éperons le plus fameux, à l’origine d’une masse de cultivars de cet aspect. LIKE A CHARM tient de lui ses éperons bleus. Il tient de sa « mère », et de l’une de ses « grand’mères », BABY SNOWFLAKE (Peterson 62) ses couleurs et sa taille. A noter que ce BABY SNOWFLAKE descend du grand bleu BLUE SAPPHIRE (Schreiner 53, DM 58), uni pour la circonstance à un iris pumila. Le bleu est bien représenté dans les gènes de LIKE A CHARM, grâce à ACTRESS, qui descend du bel iris indigo LOVELY LETTY (Hall 60), associé à l’incontournable RIPPLING WATERS (Fay 61, DM 66), et de BABBLING BROOK (Keppel 69, DM 72), lui-même provenant de CAHOKIA (Faught 46), l’ancêtre de la plupart des bleus. L’arbre généalogique de SKY HOOKS est assez compliqué, mais il faut savoir qu’on y découvre deux autres incontournables, MARY RANDALL (Fay 50, DM 54) et FLEETA (Fay 56).

L’autre iris intermédiaire dont je veux parler se nomme HELEN PROCTOR (Briscoe 77). Celui-ci présente l’originalité d’être un iris « noir », couleur fort rare parmi les intermédiaires. Autre originalité, il est issu du croisement d’un intermédiaire fertile, LOU BROCK (Briscoe 74) et de SABLE ROBE (Cook 66), l’une des toutes dernières hybridations de Paul Cook, sombre, comme son nom le laisse présager. Cet iris descend comme de bien entendu, via DEEP BLACK (Cook 53), de BLACK FOREST (Schreiner 45) ! Quant à la « mère » d’HELEN PROCTOR, c’est un petit iris violet foncé. Par les mâles il provient de BLACK BABY (Sass 55), un SDB dont les particularités sont d’une part d’être bien noir, d’autre part de trouver son origine non pas parmi les iris pumilas, mais parmi les chamaeiris, autre espèce naine. Côté femelle, LOU BROCK a pour parent DARK STRANGER (Branch 57), iris pourpre foncé, lequel est un des enfants de BLACK FOREST ! Décidément, on n’en sort pas. Quand on dit noir, on dit presque obligatoirement BLACK FOREST, que ce soit chez les grands iris, comme chez les iris intermédiaires.

Les deux variétés d’aujourd’hui, fort différentes, présentent deux aspects de la panoplie passionnante des iris intermédiaires qui, au jardin, non seulement ouvrent de bonne heure la saison, mais aussi rendent d’éminents services là où la place tend à manquer.

11.4.03

CHANTILLY :
UNE HISTOIRE DE DENTELLE

On ne peut pas dire que CHANTILLY (David Hall, 1940) soit une très jolie fleur. Pour la couleur, ça va, c’est un iris lavande léger, avec les épaules nettement marquées du jaune qui infuse le cœur. Mais pour la forme, c’est assez médiocre, avec des sépales récurvés et retombants, à moins que l’on ne porte son attention sur les bords des pièces florales qui sont finement laciniées, comme de la dentelle. D’où le nom, CHANTILLY, qui ne fait pas allusion à la crème, mais à la célèbre activité dont la ville éponyme s’est longtemps enorgueillie. Dès son apparition, cet iris est devenu populaire grâce à ce frisottis, original pour l’époque.

Ce n’est pas que les bords dentelés soient une nouveauté, dans les années 40, parce que cet aspect était apparu depuis plus de dix ans parmi les semis des frères Sass. Ceux-ci considéraient que c’était plutôt une anomalie. Mais les amateurs qui rendaient visite à leur pépinière trouvaient cela joli et ils finirent par se décider à enregistrer deux variétés frisées, MIDWEST GEM, en 1937, puis, en 1939, MATULA. Plusieurs obtenteurs saisirent l’occasion pour entreprendre un développement de cet ornement. Particulièrement Agnès Whiting, qui utilisa largement MATULA pour transmettre le facteur de la dentelle à sa descendance. Elle enregistra plusieurs variétés dentelées, comme GOLD LACE, MIRABELLE, ETUDE et surtout PATHFINDER (50). Ted Muhlestein, quant à lui, se servit plutôt de MIDWEST GEM et aboutit à GOLD RUFFLES. Le Dr Loomis passa par une autre voie pour développer les bords frisés de ses fleurs. Il constata en effet que son rose orchidée MOROCCO ROSE (1937) était apte à transmettre le facteur concerné. Mais c’est David Hall, obtenteur de CHANTILLY et grand hybrideur, notamment d’iris roses, qui parvint à un iris réellement et profondément dentelé. Après CHANTILLY, il a obtenu d’autres variétés frisées comme LIMELIGHT (52) ou JUNE BRIDE (54). Cependant c’est une autre variété, rose, MAY HALL (54), pas franchement découpée néanmoins, qui s’est révélée comme la meilleure pour la transmission du facteur de la dentelle car, sans que l’on sache pourquoi, ce sont surtout les iris roses qui propagent ce phénomène. A partir de cette variété des obtenteurs comme Orville Fay ou Nate Rudolph ont introduit les bords dentelés dans les caractéristiques de leurs iris. C’est le cas pour TRULY YOURS (Fay 49), un iris jaune tendre, devenant blanc plus on s’approche des bords, ceux-ci étant finement laciniés, qui n’a pas volé sa DM obtenue en 1953. Même récompense en 66 pour RIPPLING WATERS (Fay 61), une variété mauve aux bords joliment ciselés, qui est devenue l’un des piliers de l’hybridation moderne. Les roses de Rudolph se présentent avec les mêmes traits. C’est vrai notamment pour les délicats rose tendre PINK ICE (60), PINK FRINGE (66), PINK SLEIGH (70)…

Bien entendu les deux origines, CHANTILLY et MAY HALL, sans oublier MOROCCO ROSE, ont été croisées, directement ou via leurs descendants, pour obtenir des pétales remarquablement brodés. Gordon Plough a utilisé cette voie pour introduire les iris dentelés dans ses lignées. Opal Brown a fait de même. On leur doit, par exemple, BUTTERSCOTCH KISS (Plough 58), non seulement très frisé, mais encore marquant l’apparition d’une nouvelle teinte parmi les iris jaunes ; RAINBOW GOLD (Plough 59), un iris jaune d’or qu’on retrouve dans le pedigree de nombreuses variétés fort connues comme BRIDE’S HALO (Mohr 73 – DM 78), MILESTONE (Plough 65), STARRING ROLE (D. Palmer 73) ou TRADER’S GOLD (Plough 82) ; BUFFY (O. Brown 69) et son « fils » QUEEN OF HEARTS (O. Brown 74) qui rata de peu la DM en 81.
Quant à l’incontournable maison Schreiner, elle a croisé MIDWEST GEM et CHANTILLY. De cette union sont nés, quelques générations plus tard des variétés frisées de qualité comme LIME FIZZ (Schreiner 69) ou le splendide GRAND WALTZ (Schreiner 70), ultra célèbre et ultra frisé.

Les bords dentelés sont maintenant très répandus chez les grands iris. , Tout comme les souples ondulations, les sépales élargis à la base et les tiges largement ramifiées, ils font partie des caractéristiques les plus courantes. GRAND WALTZ n’est pas étranger à cette expansion. Ses enfants et petits enfants sont très nombreux et reproduisent les ornements de leur illustre parent. L’un des plus découpés est sans conteste le fameux LACED COTTON (Schreiner 80) qui aurait très bien pu s’ajouter aux DM acquises par les produits de la firme de Salem, puisqu’il a manqué d’un rien la distinction suprême en 86. Paradoxe, cette année là c’est SONG OF NORWAY qui l’a emportée, une variété raide et plutôt avare en frisures ! LACED COTTON, ce faux blanc pur, est entièrement bordé de très fines dentelures, et ce caractère a intéressé un grand nombre d’hybrideurs. Les américains tout d’abord, Schreiner en tête, qui nous a donné QUEEN OF ANGELS (95) aux extrémités déchiquetées, tout comme CARTE BLANCHE (96) ou un autre blanc, ARCTIC AGE (99). MYSTIC LACE (Aitken 90) tient de LACED COTTON les délicats friselis de ses pétales, et de MYSTIQUE (Ghio 75 –DM 80) son joli dégradé de bleu indigo. PURE AS THE (Innerst 89) est aussi un blanc abondamment frisotté, RHONDA FLEMING (Mullin 92) est une superbe fleur mauve vif au centre blanc, à la fois frisée et ondulée, LADY BIRD JOHNSON (Mahan 96) cumule les qualités : couleur bleue pâle raffinée et forme parfaite avec friselis et ondulations, même chose pour le mauve parme FANCY STUFF (O. Brown 98). Ailleurs qu’en Amérique, LACED COTTON est le parent-vedette du Slovaque Ladislaw Muska qui en a tiré de très nombreux cultivars brodés intéressants comme son bicolore fétiche, DON EPIFANO (89) ou le mauve pâle baptisé avec à propos LA DENTELLE (96) que l’on peu qualifier de crépu. OEDIPUSSI (89) est la contribution de l’Allemand Harald Moos à la gloire de LACED COTTON et de ses pétales découpés. J’ai dans ma propre collection ZLATOHLAVEK (Seidl 97), la version jaune – et tchèque – de LACED COTTON. Enfin n’oublions pas CUMULUS (Cayeux R. 2000), néglecta lavande, qui rassemble dans sa généalogie les noms prestigieux de LACED COTTON, bien sûr, mais aussi ceux de CONDOTTIERE et SILVERADO.

LACED COTTON n’est cependant qu’un des descendants de GRAND WALTZ aux bords fortement brodés. Citons aussi, les produits Ernst, tous cousins, qui s’appellent DIFFERENT WORLD (91), RAINBOW GODDESS (94) ou TRACY TYRENE (88), le plus connu en France. Parlons de RUFFLES AND LACE (Hamblen 82) dont le nom dit bien à qui l’on a affaire, LILAC BREEZE (Tompkins 87), adorable rose bleuté tout en finesse, et de nombreux produits Schreiner, comme FABULOUS FRILLS (76) vraiment crêpé, MICHELE TAYLOR (84), et son cousin PRETTY PRINT (80), une pure merveille mauve tendre si gracieusement bouillonnée de dentelle mauve plus vif.

Avec tous ces beaux iris, on s’est largement éloigné de CHANTILLY ! Mais il ne faut pas oublier que depuis l’apparition de cette variété, au nom si bien choisi, les obtenteurs ont abondamment exploité ses performances et offert aux amateurs des fleurs toujours plus belles dont les pétales et sépales s’ornent de la plus charmeuse des parures.

Sources : The World of Irises (Warburton et Hamblen) 1978.

4.4.03

CONDOTTIERE x DELPHI

On ne présente plus CONDOTTIERE (J.Cayeux 78), qui est très certainement l’iris français le plus utilisé en hybridation partout dans le monde, et qui fait maintenant partie du petit cercle des variétés de base, mais on connaît moins son partenaire DELPHI (Shoop 79) qui n’a pas eu le même succès, mais qui est à l’origine d’une remarquable lignée.

A première vue, DELPHI est une variété assez banale. Il est décrit comme « Pétales blancs ; sépales bleus ; barbes mandarine ; ondulé. » C’est un peu cursif comme description, et pas tout à fait exact. En fait les sépales ne sont pas franchement bleus, mais d’un bleu-mauve un peu terne, avec des veines claires très visibles et des épaules fortement marquées de brun. Quant à la forme de la fleur, elle est tout à fait typique des années 70 : les pétales forment le dôme et les sépales retombent un peu. Rien donc qui attire particulièrement, si ce n’est les barbes vivement colorées, qui sont une caractéristique des iris signés George Shoop.

Avec le flair qui distingue les grands hybrideurs, Jean Cayeux, en visite aux USA en 1981, devine que cette variété, croisée avec le grand CONDOTTIERE, est susceptible de donner naissance à des iris tricolores, blancs aux pétales, bleus aux sépales et rouges aux barbes. Il rapporte du pollen de DELPHI et procède aussitôt au croisement envisagé. Dans son livre « L’iris, une fleur royale », Richard Cayeux raconte ensuite comment ce croisement a donné naissance à un semis bleu-blanc-rouge, mais insuffisamment contrasté, qui n’est connu que sous son numéro (8109 A), et comment recroisé avec d’autres descendants de CONDOTTIERE, il est à l’origine d’une série exceptionnelle de variétés tricolores. Quatre frères de semis ont été sélectionnés : BAL MASQUÉ, MARBRE BLEU, REBECCA PERRET et VIVE LA FRANCE. Ces quatre variétés ont été enregistrées en 1993. BAL MASQUÉ est le plus sombre des quatre : les pétales sont bien blancs, mais les sépales, fortement veinés sous les barbes, présentent un violet pensée qui offre un contraste très agréable. MARBRE BLEU est tout à fait remarquable, avec des sépales d’un beau bleu violacé vif et des veines blanches très importantes mais qui ne font que développer le caractère de la fleur. REBECCA PERRET est beaucoup plus clair : le bleu tendre des sépales rappelle à la fois celui d’ALIZÉS (J. Cayeux 87) (qui figure dans son pedigree) et celui de son semis « mère ». VIVE LA FRANCE est le plus proche du but recherché car son bleu est un bleu « drapeau » et le centre blanc des sépales nettement moins développé que sur ses frères. Des quatre, c’est REBECCA PERRET qui a assuré la continuation, avec trois variétés cousines : BELLE DE NUIT (R. Cayeux 99), PARISIEN (R.Cayeux 94) et LA MEIJE (R. Cayeux 2000). BELLE DE NUIT est un néglecta indigo à vives barbes rouges ; PARISIEN est l’ultime achèvement de la série des tricolores, car il tient le milieu entre VIVE LA FRANCE et MARBRE BLEU avec la teinte du premier aux sépales et les veines blanches du second ; quant à LA MEIJE c’est une amélioration du semis 8109 A en ce qui concerne la forme de la fleur et la pureté des couleurs, puisque le ton bleuté se limite aux bords des sépales. il provient du croisement de REBECCA PERRET et d’un autre descendant du couple CONDOTTIERE x DELPHI, l’exceptionnel SIXTINE C (R.Cayeux 94).

Car ce couple n’a pas seulement engendré la bande des quatre ! Parmi ses descendants on trouve aussi deux autres frères de semis : HORTENSE C (R. Cayeux 93). et RUBAN BLEU (R. Cayeux 97), ainsi que VOLUTE (R. Cayeux 96), issu d’un autre croisement. En plus il y a CUMULUS (R. Cayeux 2000), et l’américain REGAL AFFAIR (Shoop 89), la version US de la série tricolore. HORTENSE C. est très proche de BAL MASQUÉ ; RUBAN BLEU est sans doute le plus vif de la série tricolore, avec une zone blanche fortement rayée de brun sous les barbes. On retrouve dans CUMULUS le côté néglecta de BELLE DE NUIT, mais dans une tonalité plus mauve et plus claire. Enfin VOLUTE est nettement un bicolore, beige et violet améthyste, avec la belle barbe rouge propre à sa famille.

La descendance du couple CONDOTTIERE x DELPHI n’est peut-être pas terminée. Une prolongation lui a déjà été donnée avec FRENCH CANCAN (R. Cayeux 2001), une autre réussite, voisine pour les couleurs du fameux CELEBRATION SONG (Schreiner 93), mais voisine aussi de sa grand’mère REBECCA PERRET.

Avec le couple CONDOTTIERE x DELPHI, la maison Cayeux a donc fait une bonne affaire. Les amis des iris aussi, car on ne pourrait plus se passer désormais de ces iris tricolores, spécificité française, qui illuminent nos jardins.

27.3.03

LARRY GAULTER

D’après la chronique obituaire publiée par James P. McWhirter dans le Bulletin de l’AIS n° 283 (Octobre 1991)

Larry Albert Gaulter, ancien membre du staff de l’AIS est décédé le 8 juin 1991.C’était un hybrideur distingué dont la renommée est surtout due à MARY FRANCES, vainqueur de la Médaille de Dykes.

L’intérêt de Larry Gaulter pour les iris a été l’histoire d’amour de sa vie. Né à Kansas City, dans le Missouri, le 16 novembre 1907, il était encore enfant quand il commença à s’intéresser aux fleurs. Il habitait près d’une serre, en face d’un grand cimetière. Comme il l’a souvent raconté, il a travaillé au cimetière, vendant des plantes en pot pour le compte des propriétaires de la serre. Ces gens lui ont donné quelques plantes qu’il a commencé à faire pousser dans son arrière-cour. L. Gaulter travaillait aussi dans l’entreprise de peinture et papier peint de son père, ce qui lui permit d’affiner un sens subtil des couleurs, qui transparaît dans la couleur des variétés qu’il nous léguées.

Après son mariage avec Frances, dont il avait fait la connaissance dans un bal où il jouait du saxophone avec un orchestre local, il acheta sa première maison à Chanute, Kansas. Bien entendu une « charmante vieille dame » habitait à côté et fit cadeau aux Gaulter d’un ou deux paniers de plantes où il y avait des iris qui fleurirent le printemps suivant. La passion de Larry pour les iris avait commencé et il écrivit aussitôt au rédacteur en chef d’une revue de botanique pour demander que plus de place soit consacrée aux iris.

Au cours des années qui suivirent, les Gaulter visitèrent plein de jardins d’iris, et apprécièrent le travail des hybrideurs. Avec des amis, ils firent le voyage de Benson Station, à Omaha, pour voir le jardin des frères Sass. C’est là que L. Gaulter rencontra pour la première fois Bob Schreiner et Dave Hall. Comme il l’a expliqué, Omaha était à l’époque le centre du monde des iris et si vous vouliez rencontrer l’un de ses membres, vous étiez sûr de le trouver là-bas pendant la période de floraison. Larry visita également les jardins de tous les hybrideurs du moment, depuis les grandes prairies du centre des Etats Unis jusqu’à la côte ouest.

En 1938 il rejoignit l’AIS et devint juge. Il avait acquis de profondes connaissances des iris au contact des plus grands, en leur expliquant ce qu’il faisait et en écoutant leurs observations.

Pendant la deuxième guerre mondiale, il servit dans la Marine, en Californie. Avec l’argent de son pécule il acheta un tas d’iris chez différents hybrideurs, et peu après la fin de la guerre, déménagea sa famille pour s’installer en Californie sur la baie de San Francisco. C’est là qu’il fit la connaissance de tout le gratin des hybrideurs installés dans ce secteur. Chaque année il faisait le pèlerinage de l’Oregon et de l’Utah, depuis le jardin des Schreiner, jusqu’à celui de Melba Hamblen, en passant par les terres d’Opal Brown, au cœur des Blue Mountains.

L. Gaulter commença ses hybridations à la fin des années 40. Son premier enregistrement date de 1954, mais son premier véritable succès date de 1958 et se nomme MADEMOISELLE, un croisement de LAVANESQUE x PATHFINDER qui reçut un AM en 64 et tapa dans l’œil de Tell Muhlestein qui inscrivit cette variété à son catalogue.

Au cours des années 60 Larry Gaulter introduisit un grand nombre de variétés de haute valeur comme CLAUDIA RENE (63), CHRISTIE ANNE (64), qui remporta le Florin d’Or à Florence en 67, LAURIE (67), SAN LEANDRO (68), qui fut l’un des plus apprécié de son époque. Cependant c’est MARY FRANCES, introduit en 73, qui reçut la Médaille de Dykes en 79 et qui est l’exemple même de ce que doit être un vainqueur de la DM, c’est à dire une plante qui pousse et fleurit bien partout où on la cultive. MARY FRANCES continue d’avoir du succès et est toujours coté au Symposium de l’AIS.

Les autres iris marquants obtenus par Larry Gaulter se nomment TIBURON (71), VIRGINIA SQUIRE (73), TUPELO HONEY (75), CARRIAGE TRADE (77), PERSIAN BERRY (77), DRURY LANE (78), PORTRAIT OF LARRIE (79), SKATING PARTY (83) ou FIRST REUNION (90).

Larry Gaulter prétendait que la culture des iris était une activité si saine qu’elle permettait de vivre longtemps. C’est en effet ce qui lui est arrivé, puis qu’il est mort à 83 ans. Avec lui, le monde des iris a perdu un important obtenteur, mais, plus important encore, il a perdu un lien avec une autre époque. Heureusement il nous reste les iris qu’il a créés qui nous rappellent le passé, mais aussi nous guident vers le futur.

22.3.03

FORÊT NOIRE

La plupart des iris noirs, ou tendant vers le noir, descendent aujourd’hui d’une variété de base qui se nomme BLACK FOREST (Schreiner 45). Cette variété a partagé avec SABLE (Cook 38) le titre de « l’iris noir », du fait de l’intensité de son coloris. SABLE s’est révélé être une sorte d’aboutissement, car ses descendants n’ont pas manifesté un réel progrès par rapport à leur géniteur sauf en direction d’autres sortes d’iris foncés. Néanmoins, l’un d’entre eux, SABLE NIGHT (Cook 50), digne descendant d’un illustre ancêtre, s’est distingué en obtenant la Médaille de Dykes en 1955. Il est vrai que cet iris a, par ailleurs, un lien de parenté avec BLACK FOREST.

Honneur donc à BLACK FOREST, et à ses innombrables descendants.

Pour donner une idée de la diversité de ceux-ci, voici une liste de variétés modernes, avec un résumé de leur pedigree, remontant jusqu’ à leur ancêtre mythique :
· EXOTIC ISLE (Plough 81) -> EXOTIC STAR -> WINNER’S CIRCLE -> WINTRY NIGHT -> semis -> BLACK FOREST ;
· NIGHT AFFAIR (Luihn 83) -> CONTEMPO -> ROYAL HERITAGE -> ALLEGIANCE -> DARK BOATMAN(1) -> BLACK FOREST ;
· MODERNAIRE (Luihn 74) -> ROYAL HERITAGE -> ALLEGIANCE -> DARK BOATMAN(1) -> BLACK FOREST ;
· TRAPEL (Ségui 82) -> DARK ALLURE -> GRAND ALLIANCE -> ALLEGIANCE -> DARK BOATMAN(1) -> BLACK FOREST ;
· WITCHES’ SABBATH ( Maryott 86) (2) -> WALTZING WIDOW -> semis -> GRAND ALLIANCE -> ALLEGIANCE -> DARK BOATMAN(1) -> BLACK FOREST ;
· NUIT DE CHINE (Anfosso 93) -> BLACK FLAG -> SWAHILI -> ALLEGIANCE -> DARK BOATMAN(1) -> BLACK FOREST ;
· BEFORE THE STORM (Innerst 89 DM 96) -> RAVEN’S ROOST -> BLACK MARKET -> STUDY IN BLACK -> CONGO SONG -> STORM WARNING -> BLACK FOREST ;
· NIGHTS OF GLADNESS (Ernst 90) -> INTERPOL -> STUDY IN BLACK -> CONGO SONG -> STORM WARNING -> BLACK FOREST ;
· BLENHEIM ROYAL (Schreiner 90) -> MASTER TOUCH -> STUDY IN BLACK -> CONGO SONG -> STORM WARNING -> BLACK FOREST ;
· JAZZ JUBILEE (Dunn R. 84) -> MIDNIGHT SPECIAL -> semis -> semis -> BLACK HILLS -> BLACK FOREST ;
· DUSKY EVENING (Schreiner 71) -> BLACK SWAN (3) -> semis -> BLACK HILLS -> BLACK FOREST ;
· MANDY G (Beer 92) -> SWAZI PRINCESS -> BLACK SWAN(3) -> semis -> BLACK HILLS -> BLACK FOREST ;
· BLACK AS NIGHT (Meek D. 92) -> BLACK PEARL -> DUSKY DANCER -> DARK FURY -> BASIN STREET -> STORM WARNING -> BLACK FOREST ;
· MIDNIGHT OIL (Keppel 98) -> BLACKOUT -> NAVY CHANT -> DUSKY DANCER -> DARK FURY -> BASIN STREET -> STORM WARNING -> BLACK FOREST ;
· CALAMITÉ (Anfosso 82) – BASIC BLACK -> semis -> BASIN STREET -> STORM WARNING -> BLACK FOREST ;
· NIGHT OWL (Schreiner 70) -> NIGHTSIDE -> semis -> LICORICE STICK -> semis -> STORM WARNING -> BLACK FOREST ;
· HELLO DARKNESS (Schreiner 92 DM 99) -> MIDNIGHT DANCER -> TUXEDO sib -> LICORICE STICK -> semis -> STORM WARNING -> BLACK FOREST ;
· OLD BLACK MAGIC (Schreiner 96) -> MIDNIGHT DANCER -> TUXEDO sib -> LICORICE STICK -> semis -> STORM WARNING -> BLACK FOREST ;
· AROUND MIDNIGHT (Schreiner 95) -> MATINATA -> deux semis -> STORM WARNING -> BLACK FOREST ;
· BLACK TIE AFFAIR (Schreiner 93) -> BLACK DRAGON -> MATINATA -> deux semis -> STORM WARNING -> BLACK FOREST ;
· THUNDER SPIRIT (Schreiner 96) -> DARKSIDE -> MATINATA -> deux semis -> STORM WARNING -> BLACK FOREST ;
· DRACO (Anfosso 88) -> STORM CENTER -> MATINATA -> deux semis -> STORM WARNING -> BLACK FOREST.

Avec celle de SABLE et SABLE NIGHT, les deux origines étant aujourd’hui intimement mêlées, la famille de BLACK FOREST est immense, à tel point que l’on ne peut plus parler d’iris noir sans faire y faire référence. C’est une variété qui tient bien sa place parmi les pères fondateurs de l’iridophilie moderne.

(1) variété issue également de SABLE
(2) compte également BLACK SWAN dans son ascendance
(3) variété issue également de SABLE NIGHT

15.3.03

CON AMORE
Des iris et de la musique

C’est fou comme la musique, la musique classique entre autres, inspire les obtenteurs d’iris ! Et je ne peux parler que de ce que je connais (un peu) : les grands iris des jardins. Rien que dans ce domaine, les allusions musicales sont aussi agréables que les fleurs qui leur ont emprunté leur nom. Arrêtons-nous un moment (une pause ?) sur ces dénominations évocatrices.

Curieusement ce sont les compositeurs qui sont les moins bien représentés. Ils ne sont que deux, à ma connaissance : Mozart, qui est honoré par AMADEUS (Tompkins 89), un iris lilas à barbes jaunes, et SPECIAL MOZART (Anfosso 91), et Giacomo Puccini, qui a droit à MAESTRO PUCCINI (Benson 72), superbe bleu pur, et tout simplement PUCCINI (Ghio 98), plicata pourpre sur fond blanc.

Les artistes interprètes sont également au nombre de deux : la cantatrice BEVERLY SILLS (Hager 79 – DM 85) – dont les enregistrements d’opéras viennent d’être republiés – et l’immense pianiste VAN CLIBURN (Benson 61), un iris bleu parfait. En termes généraux on trouve aussi la CHANTEUSE de Joseph Gatty (80), toute de rose vêtue, la CHOIR GIRL (77) de Barry Blyth, en robe crème, le SOLOIST (Ernst 94) en costume de scène dans les tons miel, le vieux MAESTRO (Stevens 44), en rose isabelle, et même le MUSIC MAESTRO de Blyth (90) en habit bleu marine.

On rencontre aussi quelques personnages d’opéra, comme la THAÏS, non pas de Massenet, mais de Ferdinand Cayeux (1926), ou les mozartiens DESPINA (82) en blanc, et LEPORELLO (81) en violet sombre, tous deux produits par l’allemand Erhard Woerfel, tout comme ADALGISA, en blanc au cœur bleu, qui porte le nom d’une héroïne de Norma, de Bellini.

L’opéra, et ses morceaux de bravoure, sont dignement représentés, que ce soit le BEL CANTO (81) ou le VERISMO (87) de Ben Hager, la CELESTE AÏDA de Valeria Romoli (99), la FLUTE ENCHANTÉE de notre compatriote Anfosso (91), le CARO NOME de Bob Brown (68) ou la MUSETTA’S WALTZ de Herbert Spence (73). Ajoutons, toujours en ce qui concerne la « grande » musique, EMPEROR’S CONCERTO (Wood 95) – bleu drapeau – , EVENING CANTICLE (Carr 89 – FA 90) – digne descendant de SONG OF NORWAY - , SPRING SYMPHONY (Benson 72) – rose orchidée - SPRING RHAPSODY ( Maryott 94) – gris-, SUNSET SONATA (Hamblen 80) – abricot – et TWILIGHT SONATA (Ghio 62) – indigo - ; sans oublier la SONATE D’O composée par Pierre Anfosso en 79.

Les termes musicaux ne manquent pas parmi les grands iris. Les genres musicaux tout d’abord, avec CHAMBER MUSIC (Williamson 73 – FO 77), OPERA BOUFFE (Ransom 92), OPERETTE (J. Cayeux 68), ou, tout simplement MUSIQUE (B. Blyth 79), SIMFONIJA (Volfovitch-Moler 92), SYMPHONETTE (Noyd 69) ; les mesures et les rythmes, ensuite comme ALLEGRETTO (B. Martin 75), ALLEMANDE (Schliefert 73) ou RONDO (Schreiner 72), l’inoubliable plicata ; les termes plus généraux ensuite, comme FIRST MOVEMENT (Grosvenor 90 – ADM 92), IN TEMPO (B. Blyth 74), OPUS ONE (Coleman 72), ou WORDS AND MUSIC (Grosvenor 84) ; les indications de nuance, enfin, où l’on trouve SUR DEUX NOTES (Ségui 81), CON FUOCO (Ransom 94) et CON AMORE (Hager 84), auquel j’ai pris le titre de ce texte.

La musique inspire donc les hybrideurs, à moins que ce ne soit les iris qui fassent souvent penser à la musique. Ce ne serait pas étonnant car, comme la musique, ils savent parler directement au cœur.

7.3.03

LE TIERCÉ GAGNANT DE M. COOK

Il en est dans le monde des iris comme il en est dans le monde tout court : le hasard est toujours là. Il intervient quand on ne l’attend pas et peut être à l’origine d’événements considérables. J’ai déjà raconté les incroyables coups de chance de Clara Rees, avec SNOW FLURRY et de Lois Kuntz avec DEBBIE RAIRDON. Mais dans le genre, le geste du destin qui favorisa Paul Cook est au moins aussi extraordinaire.

Paul Cook, l’une des plus éminentes figures de l’hybridation, a commencé son travail avec les iris au début des années 30. Son nom est cité dans tous les domaines de l’hybridation, mais tout spécialement lorsqu’il est question d’iris bleus. En effet, dès 1939 il s’était lancé dans un programme destiné à améliorer la vivacité du coloris de ces iris. C’est dans ce but qu’il a acheté à l’obtenteur Rex Pearce un lot de graines qui devaient être celles d’I. mellita, et qui se sont révélées comme étant celles d’I. reichenbachii, une espèce d’iris nains originaires des Balkans, très florifère, dans les tons de jaune avec de fortes taches brunes sur les sépales. Paul Cook a réalisé en 1944 un croisement entre un de ces I. reichenbachii et le grand iris bleu SHINING WATERS (Douglas circa 35). Le résultat n’a pas été brillant en nombre de graines, mais l’un des semis obtenus, croisé de nouveau avec SHINING WATERS, a donné un iris amoena bleu de grande qualité. Cook a alors réalisé que ce petit iris de rien du tout, issu de ces graines d’ I. reichenbachii, possédait le pouvoir d’inhiber le pigment bleu dans les pétales de ses descendants. Il l’a enregistré en 1951 en lui donnant le nom de PROGENITOR.

PROGENITOR n’a jamais remporté la moindre distinction, mais il est à l’origine des iris néglectas, amoenas et bicolors actuels, et par conséquent de toutes leurs variantes comme celles que l’on rencontre chez les plicatas. Et les trois champions de cette immense descendance se nomment MELODRAMA (Cook 56), EMMA COOK (Cook 57) et WHOLE CLOTH (Cook 58).

MELODRAMA, l’aîné, est un iris néglecta, mauve bleuté ou bleu jacinthe pour les pétales, indigo clair pour les sépales, un peu plus clair sous les barbes mauve pâle, le plus ondulé des trois. Il tient son côté violacé au pollen de DREAMCASTLE, variété rose orchidée. Le cadet, EMMA COOK, ainsi nommé en l’honneur de l’épouse de Paul Cook, est le plus clair de la nichée : les pétales sont d’un blanc à peine bleuté, de même que les sépales qui comportent un large liseré en dégradé de bleu s’intensifiant vers le bord (l’effet d’inhibition s’est étendu largement sur les sépales), il est légèrement ondulé. Le petit dernier, de loin le plus célèbre, WHOLE CLOTH, est un vrai amoena : pétales blancs, sépales bleu violacé clair, barbes jaunes, fleurs presque sans ondulations.

MELODRAMA est à l’origine d’une foule d’iris bitones, bicolors ou plicatas, soit en descendance directe, soit par l’intermédiaire de ces descendants. A commencer par le bleu-mauve A PROPOS (Babson 64), les variegatas GYPSY LULLABY (Brown O. 60), BON VIVANT (Plough 63), AMIGO’S GUITAR (Plough 64) ou COSMOPOLITAN (Hamblen 72), les bicolors TOUCHE (Hamblen 69) ou DUALTONE (O. Brown 77) et des plicatas comme ODYSSEY (Babson 71) ou SPINNING WHEEL (Nearpass 74). Au moins trois de ses produits ont obtenu des récompenses majeures : DREAM LOVER (E. Tams 71) et EVERYTHING PLUS (Niswonger 84) ont reçu la Médaille de Dykes, le premier en 77 et le second en 91, et QUEEN OF FLORENCE (Mallory 76) porte ce nom en l’honneur du Florin d’Or qui lui a été accordé en 75 alors qu’il ne portait encore qu’un numéro de semis. Il est possible d’ajouter SOSTENIQUE (Blyth 75) qui fut le récipiendaire de la DM australienne en 86.

EMMA COOK est présent dans le pedigree de nombreuses variétés très diverses comme ARPEGE (Schreiner 66), SCINTILLATION (Schreiner 81), LIVE MUSIC (Schreiner 83), GYPSY WOMAN (Schreiner 84) qui ont eux-mêmes engendré plein de belles variétés comme l’amoena-plicata ART FAIRE (Schreiner 93), l’éclatant STARSHIP ENTERPRISE (Schreiner 99), et le brillant plicata allemand RENATE LEITMEYER (Beer 2001). Cependant c’est en France que sont nés les principaux rejetons d’EMMA COOK, en raison de l’usage qu’en a fait la famille Cayeux. CONDOTTIERE (78), tout d’abord, qui descend à la fois d’EMMA COOK et de WHOLE CLOTH, et dont la propre descendance est impressionnante, mais aussi GURLI (78) et VAHINÉ (79) dans le genre néglecta, ou JOLI CŒUR (99) délicat amoena rose. Enfin il faut parler des la grande famille des tricolores qui va d’ALIZÉS (87), plus amoena que tricolore, à PARISIEN (94), en passant par BAL MASQUÉ (91), VIVE LA FRANCE (91), REBECCA PERRET (92) – qui ressemble sans doute le plus à son ancêtre EMMA COOK--, et MARBRE BLEU (93).

WHOLE CLOTH est à l’origine d’un nombre incroyable d’iris de toutes sortes. On ne peut qu’en citer quelques-uns, en commençant par MISS INDIANA (Cook 61) qui reste l’un des plus brillants amoenas, avec une forme parfaite, et qui a eu lui-même une riche descendance avec DREAM LOVER (Tams 71) dont j’ai parlé ci-dessus. Les Français CASCADEUR (Cayeux 69), FANTAISIE (Cayeux 68), viennent de WHOLE CLOTH, comme les célèbres LATIN LOVER (Shoop 69), LILAC CHAMPAGNE (Hamblen 65), LORD BALTIMORE (Nearpass 69), MILESTONE (Plough 65), NAVAJO BLANKET (Schreiner 78)… Mais arrêtons-nous sur une famille issue de WHOLE CLOTH qui a eu un succès remarquable. Avec ROCOCO (Schreiner 59), Keppel a obtenu DIPLOMACY (65), que Ghio a associé à STEPPING OUT pour donner VENERATION (69). Il a par la suite croisé cette variété avec un de ses semis à la généalogie très complexe, englobant des blancs (SPANISH PEAKS) des bleus (CAHOKIA – CHIVALRY), des « noirs » (BLACK FOREST) et plusieurs de ses propres obtentions dans les tons de bleu (FROSTED STARLIGHT, PENTHOUSE, MAHALO), pour obtenir d’un côté DIALOGUE (73) et de l’autre MYSTIQUE (75). DIALOGUE a remporté le Florin d’Or en 76 et MYSTIQUE s’est vu décerner la DM en 1980 ! Les deux variétés ont indéniablement un air de famille, le premier est plus nettement amoena, le second tout à fait néglecta, mais tous les deux ont cette couleur extraordinaire, ce bleu spécifique qui a créé un choc lors de leur apparition sur le marché. C’est en regardant des photos de DIALOGUE et de MYSTIQUE que m’est venue l’idée de me pencher sur leur origine, car je leur trouvais quelque ressemblance avec MELODRAMA dont l’image figure également dans ma collection. Et il apparaît que ce dernier figure effectivement dans le pedigree des deux précédents, par l’intermédiaire de MAHALO (Ghio 64), qui est le produit de MELODRAMA et de TWILIGHT SONATA (Ghio 62), un iris indigo vif qui n’est pas pour rien dans la couleur exceptionnelle des deux demi-frères.

Voilà une étude généalogique passionnante qui, partant d’un petit iris botanique sans histoire, aboutit aux plus luxueux iris modernes par l’effet d’un hasard qui fait penser, en moins dramatique, à cette boutade selon laquelle une feuille de cerisier tombée à Tokyo peut être à l’origine d’un cyclone sur les Bahamas.

28.2.03

AU BOUT DU PINCEAU

Il n’est pas nécessaire de s’appeler Monet ou Van Gogh pour peindre des iris. Une multitude d’artistes moins connus ont choisi cette fleur pour exprimer leur art. C’est qu’avec la rose, l’iris est une fleur particulièrement expressive et décorative. Depuis la nuit des temps les artistes l’ont représenté dans leurs œuvres. Aujourd’hui, comme toujours, il fait partie des fleurs les plus peintes ou dessinées, et je voudrais ici rendre hommage à un certain nombre d’artistes dont j’ai pu admirer les œuvres au cours des dernières années.

Du temps où je m’occupais de le revue « Iris & Bulbeuses », j’ai eu le plaisir d’entrer en contact avec quelques uns dont le travail, découvert ici où là, m’avait particulièrement plu. En d’autres circonstances j’ai pu apprécier les œuvres de peintres tout aussi intéressants, mais dont l’éloignement géographique fait qu’ils n’ont pas en France la notoriété qu’ils méritent.

Ma sensibilité personnelle me mène à la fois vers des œuvres qui s’attachent à une représentation précise de leur sujet et des peintures imaginatives, à partir du moment où elles expriment avec grâce et délicatesse ce sur quoi elles portent. Dans cet ordre d’idée j’aine tout particulièrement les aquarelles de Jacqueline Farvacques, que l’on trouve, par exemple, dans l’ouvrage de Richard Cayeux « L’iris, une fleur royale ». Le dessin y est net, méticuleux, la couleur exacte et minutieuse, mais l’image n’est pas guindée, académique. L’interprétation de l’iris dénote une certaine fantaisie, très esthétique.

Le travail de l’artiste belge Diane Bruyninckx s’apparente au précédent par la finesse et la précision du trait : on est là devant une représentation plus scientifique de la plante, mais la touche personnelle de Madame Bruyninckx enlève tout ce qu’il pourrait y avoir de raideur dans une précision excessive.

Deux artistes pourtant fort éloignées l’une de l’autre réalisent des aquarelles évidemment moins « botaniques », mais qui restent proches du sujet. Une vision plus individuelle mais néanmoins très claire. Il s’agit de la Polonaise Barbara Smocszenska et de la Française Jeannine Néri. La première peint très souvent l’iris, mais aussi toute sorte de sujets intimistes ; c’est, depuis plusieurs années, l’illustratrice de calendrier annuel de l’équivalent polonais de l’EDF et ses ouvrages se trouvent par conséquent dans les foyers de bon nombre de ses concitoyens. La seconde expose dans son atelier de Moustier Ste Marie, un pays qui a connu la célébrité aux XVII et XVIIIeme siècle, pour la qualité de ses faïences et la délicatesse de leurs illustrations.

Les œuvres de L. de Lathouwer, artiste flamande, et de l’Américaine Carmel Foret, se situent à mi-chemin entre les deux groupes précédents. Le côté végétal est très présent, mais la liberté d’interprétation est aussi très vaste. Du même côté penchent des aquarellistes comme Clif Hadfield, au dessin riche et touffu, ou sa compatriote Nancy Harkins, dont le trait s’épaissit un peu trop à mon goût.

En France Joan Blondeel a choisi délibérément une interprétation très personnelle de son sujet. Il n’est que de voir celles de ses œuvres présentées dans « L’iris, une fleur royale » pour faire la différence avec la vision de Jacqueline Farvacques dont il a été question plus haut. Christiane Mathieu, une autre amatrice des iris, s’exprime encore différemment. Son but n’est pas de représenter l’iris en tant que plante ou fleur, mais d’en donner une image onirique, poétique, toute en souplesse. Dans leur foisonnement les pastels de Marie Magdeleine Boineau-Chevalier donnent une impression assez similaire, avec une plus grande richesse dans les couleurs.

A l’opposé se situent les iris de Janine Pathé-Lancry. La fleur y retrouve la finesse des peintures italiennes ou flamandes du XVeme siècle, mais la modernité n’est pas absente de ces huiles sur toile, notamment dans la palette des coloris.

Ce n’est là qu’un infime panorama de la représentation de l’iris dans l’art contemporain : je ne suis pas un coureur de galeries d’art, et je ne parle que de ce que j’ai vu. Mais, comme les artistes cités, j’en parle avec mon cœur, et je ne cherche qu’à leur rendre grâce du plaisir que j’ai éprouvé à la contemplation de leur talent. Mon regret est de ne pouvoir, dans le présent « blog », joindre des images qui illustreraient mon propos.

21.2.03

PLICATA JAUNE ?

Il m’arrive d’écrire des bêtises. Pour preuve l’article sur LIGHT BEAM qui a paru l’an dernier. J’ai appris depuis que l’on ne pouvait pas véritablement parler de « plicata jaune ». Pour la bonne raison que, par définition, « plicata » signifie « iris à fond blanc ou colorés de jaune, rose ou orange, avec des motifs pointillés ou rayés bleus, violets ou pourpres ». C’est une communication récente de Keith Keppel, destinée aux membres du groupe de discussion « IRIS TALK » qui a éclairé ma lanterne.

Admettons donc qu’il n’existe pas à proprement parler de plicata jaune, mais alors, comment définir une variété comme LIGHT BEAM (L. Blyth 85) ? Car cet iris se présente bien comme un plicata : les pétales sont vivement colorés, les sépales, centrés de blanc, s’ornent d’un motif pointillé de la même couleur. A part que cette couleur est un joli jaune citron, l’aspect est tout à fait proche de celui, par exemple de GOING MY WAY (Gibson 72) que tout le monde connaît. Cependant son pedigree met en doute son appartenance à la famille des plicatas : ce caractère est en effet récessif et pour qu’il apparaisse dans un nouvel iris, il faut que ses deux parents comportent le gène plicata. BROADWAY, la « mère » de LIGHT BEAM comporte évidemment le caractère plicata, mais ce n’est pas le cas du « père », BEVERLY SILLS. Il faut en déduire, d’après K. Keppel, que l’on serait en présence d’un gène inconnu jusqu’à présent, qui agirait sur l’apparition des pigments caroténoïdes, solubles dans l’huile, qui génèrent la coloration jaune, alors que le gène plicata connu vise les pigments anthocyaniques, solubles dans l’eau, responsables des tons de bleu ou violet.

Il faut prendre cette explication pour une hypothèse car rien n’a été prouvé en ce domaine. Mais elle est très vraisemblable. En effet une autre explication possible, avancée également par K. Keppel, est que l’on aurait affaire à un « plicata fantôme », forme dans laquelle les pigments bleus sont presque complètement inhibés, à partir d’une base de type « JOYCE TERRY », c’est à dire un iris à pétales jaunes et sépales blancs cernés du jaune des pétales. Dans ce cas, d’où proviendrait le second gène plicata puisque a priori BEVERLY SILLS en est dépourvu ?

Il résulte de ce qui précède qu’il y a un mystère LIGHT BEAM. Ce qui me console un peu. LIGHT BEAM n’est peut-être pas un iris plicata traditionnel, mais on peut lui accorder qu’il a tout de même beaucoup de traits propres aux plicatas. Tant qu’on ne lui aura pas enlevé son faux nez, on peut le considérer comme pseudo-plicata, et, de toute façon lui conserver notre admiration.

Mais j’aurai aussi appris autre chose grâce à Keith Keppel, c’est que les iris du type « Joyce Terry », ne sont pas des plicatas, alors que beaucoup les baptisent ainsi (R. Cayeux lui-même, dans son livre « L’Iris une fleur royale », parle de « plicata jaunes à bruns »). Cela étant, dans quelle catégorie ranger des variétés comme DEBBY RAIRDON (Kuntz 64 – DM 71) ou EASTERTIME (Schreiner 80) ?
ORINOCO FLOW

Nos voisins britanniques, dans l’attribution de leur Médaille de Dykes, se montrent beaucoup plus éclectiques que leurs cousins américains. Ils n’hésitent pas à la décerner, à l’occasion, à des iris qui ne sont pas les fameux TB qui trustent pratiquement toutes les Médailles de Dykes américaines. Ainsi en fut-il pour l’iris de Sibérie CAMBRIDGE qui fut couronné en 1971, pour l’iris de Californie NO NAME, vainqueur en 1976, pour l’intermédiaire COTSGOLD en 1978 et, en 1994, pour ORINOCO FLOW (Cy Bartlett 89) qui est un iris de bordure. Oui, dira-t-on, mais entre un iris de bordure et un grand iris, il n’y a qu’une question de taille ! Rappelons qu’un iris de bordure (BB) est structurellement un grand iris qui n’atteint pas la taille réglementaire de 70 cm. Pour le cas présent, ORINOCO FLOW est sensé ne mesurer que 65 cm, mais l’on sait que ces mensurations sont variables en fonction des conditions de culture et de climat. Cet ORINOCO FLOW a donc tendance à faire un peu de nanisme, mais il se situe à la limite, tout comme beaucoup de jolis BB, comme BATIK ou CERDAGNE.

Quoi qu’il en soit, au plan des qualités intrinsèques, ORINOCO FLOW n’est en dessous des limites. C’est même un iris de toute beauté, seulement handicapé par sa taille. Pour le reste, il est à la hauteur ! Il est décrit en ces termes : « Pétales à fond blanc vivement pointillé aux bords de bleu pourpré profond ; styles bleu pourpré profond ; sépales comportant des motifs plicata denses aux épaules et en lisière ; barbes bleu marine. » Un plicata léger, donc, c’est à dire chez qui les pigments anthocyaniques sont assez fortement inhibés. Ce qui le distingue, c’est son cœur sombre, styles et barbes contribuent à lui donner son caractère. Ses parents se nomment BLUE STACCATO, pour la « mère », et RAZIZA pour le « père », tous les deux sont des plicatas bleus. On connaît bien BLUE STACCATO (Gibson 77) qui a figuré dans tous les catalogues français des années 80, mais très peu RAZIZA (Plough 75), son contemporain, qui n’a pas franchi souvent l’Atlantique. Les parents de cet iris sont eux-mêmes parfaitement inconnus chez nous. D’un côté SENTRY (Noyd 70) est un plicata orchidée, qui descend de STEPPING OUT et d’un autre géniteur de choix, TEA APRON (Sass 60), plicata léger bleu ; de l’autre PUNJAB (Plough 71) est un plicata jacinthe, dans la généalogie duquel on retrouve TEA APRON. L’arbre généalogique de BLUE STACCATO comporte toute une série de produits strictement Gibson, INDIGO RIM (74), BOLD OVERTURE (73), NIGHT LINES (66), tous plicatas bleus ou violets. Le père de BOLD OVERTURE est, encore, STEPPING OUT, le père de NIGHT LINES est ROCOCO (Schreiner 59), un autre célèbre plicata. Rien que du plicata, donc, jusqu’à un certain OPENING NIGHT (Gibson 69), un bitone violet remontant à deux ancêtres connus, d’un côté LA NEGRA FLOR (Crosby 58) qui a obtenu le Florin d’or en 59, de l’autre DARK FURY (Gaulter) , uniformément violet, qui descend de BLACK FOREST, considéré comme le fondateur de la lignée des iris noirs.

De TEA APRON et BOLD OVERTURE, en trois ou quatre générations, on s’est progressivement approché de cette sorte de perfection que représente ORINOCO FLOW. Cet iris est un achèvement ; il aurait du atteindre la taille des grands iris, car aucun de ses antécédents n’est de petite taille, mais quelque gène d’iris nain a ressurgi, assurément celui d’I. aphylla qui se trouve dans tant de nos iris actuels. Ne nous plaignons pas en l’occurrence de l’existence de cette catégorie d’iris de bordure, sans elle en effet, à cause de sa taille, ORINOCO FLOW ne serait pas venu sur le marché et nous n’aurions pas pu profiter de son élégance et de son charme.

16.2.03

STERLING SILVER

Vous en connaissez beaucoup, des iris comme STERLING SILVER (Moldovan 61), qui comptent parmi leurs descendants au moins onze Médailles de Dykes, un Florin d’or et un Florin d’Argent ? D’accord, les DM sont essentiellement les DM anglaises, mais tout de même !

Il n’est pas forcément nécessaire d’être soi-même couvert de récompenses pour avoir une destinée exceptionnelle. STERLING SILVER fait partie de ces variétés peu reconnues au moment de leur apparition sur le marché, mais utilisées avec succès par des obtenteurs habiles ou bien inspirés. STERLING SILVER est décrit comme un bitone violet argenté, fils de BROTHER CHARLES (un sibling de CELESTIAL SNOW, un fameux blanc enregistré par Opal Brown en 1957) et de Dr WANLASS. Il a fait un tabac en Grande Bretagne, notamment chez Bryan Dodsworth. Ses descendants, du moins dans les premières générations sont essentiellement des iris dans les tons de bleu ou violet :
· ANNABEL JANE (Dodsworth 74, BDM 77) ;
· BUBBLING OVER (Ghio 82) ;
· KILDONAN (Dodsworth 76, BDM 80) ;
· MARY FRANCES (Gaulter 73, DM 79) ;
· POP’S CONCERT (Waite 81) ;
· PRAISE THE LORD (Boushay 72) ;
· REGENT’S ROW (Denney 79) ;
· ROMAN EMPEROR (Dodsworth 81, BDM 86).
Mais aussi quelques blancs :
· JILL ROSALIND (Dodsworth 76, BDM 81) ;
· JOLIMONT (Baldwin 89, ADM 89) ;
· NUIT BLANCHE (Anfosso 80).

Presque chacune des variétés qui viennent d’être citées ont eu une descendance riche et intéressante. Commençons par ANNABEL JANE, ce bleu britannique a donné naissance à TRENWITH (Nichol 85), un autre britannique, bleu violet, qui s’est distingué à Florence en 1984, où il a obtenu la seconde place du podium. Un autre iris de Bob Nichol est bien connu chez nous. Il s’agit de CAROLINE PENVENON (89), dont Lawrence Ransom a fait usage pour son SAMSARA (96), superbe jaune honoré de la première place au concours Franciris 2000. HIGH PEAK (Dodsworth 87), amoena blanc et lavande, obtint la BDM en 90.

Les descendants de BUBBLING OVER, célèbre pour le bouillonné particulier de ses pétales, sont fort nombreux, mais OLYMPIAD (Ghio 84), « dark top » bien connu, est l’un des meilleurs, avec ELECTRIC SHOCK (Messick 95), blanc aux sépales lavés de bleu sombre, et le tout bleu italien AZZURRA (Bianco 96).

JILL ROSALIND a engendré deux vainqueurs de la BDM, rien de moins : BUCKDEN PIKE (Dodsworth 85, BDM 87) et DARLEYDALE (Dodsworth 98, BDM 2001). De même, KILDONAN a donné WHARFEDALE (Dodsworth 89, BDM 91). ADDED PRAISE, bleu, bien connu en France vient de PRAISE THE LORD ; AARON’S DREAM (Sutton 94), bleu argenté, vient de l’Australien JOLIMONT. Donald Denney a généreusement utilisé REGENT’S ROW, joli bleu glycine, pour la suite de son programme (BUSY BEING BLUES, PACIFIC OVERTURES…). Mais c’est l’illustre MARY FRANCES qui a eu la plus riche descendance.

Retenons parmi toutes les variétés qui en sont issues :
· AFTERNOON DELIGHT (Ernst 85) lui-même utilisé à outrance par Richard Ernst depuis son apparition ;
· ELIZABETH POLDARK (Nichol 90), l’iris britannique sûrement le plus connu actuellement, qui a produit H.C. STETSON (Stetson 2001), beau blanc à barbes rouge Florin d’Or en 2001 ;
· MILL VALLEY (Gaulter 75) qui se trouve dans le pedigree du brillant amoena JAZZED UP (Schreiner 94) ;
· L’Australien PEMCAW (Harding 94) médaille de l’ISA en 93, et son demi-frère PENCHANT (Harding 86), copie conforme de BABBLING BROOK ;
· RUFFLED GODDESS (Tasco 93), bleu lilas à barbes jaunes, poulain d’une écurie qui monte, celle de « Superstition Iris Garden ».

Chaque fois que je me lance dans l’examen de la généalogie ascendante ou descendante d’une variété comme STERLING SILVER, je ne puis m’empêcher de penser que non seulement le monde de l’hybridation est bien petit, mais aussi que les situations surprenantes ou insolites y sont bigrement nombreuses. On ne s’ennuie pas, avec les iris !

10.2.03

COMMENTARY

Qu’y a-t-il de commun entre le gentil mauve à barbes rouges AYGADE (Igor Fédoroff 76), le rose et gracieux DESIRIS (Ransom 94) ou l’étrange SANSEVERINA (Anfosso 81) ? Ils ont pour père ou grand-père COMMENTARY (Babson 63), un iris qui fait partie de la poignée de variétés dont descendent tous nos iris modernes.

COMMENTARY est décrit dans la Check-List des années 60 comme : « Pétales chamois, sépales lavande violacé clair, brun roux aux épaules, barbes lavande pointées bronze. » L’association du brun chamois et de l’indigo clair donne une fleur de teinte pastel, un peu terne peut-être, mais chez qui les hybrideurs ont reconnu une fécondité exceptionnelle et l’aptitude, entre autres, à produire de beaux iris dans les tons de brun, bronze, chamois, chartreuse etc.… Les iris bruns ne sont pas de coloris pur ; ils résultent du mélange visuel du rose et de l’indigo, c’est pourquoi, d’ailleurs ils produisent facilement des plantes bicolores et d’autres où ressortent l’une ou l’autre des couleurs de base. Ce sont les frères Sass qui, les premiers, ont sélectionné des iris bruns, et par la suite Sanford Babson a lancé sa propre ligne de bruns en utilisant notamment le brun roux SAVAGE comme géniteur. Avec COMMENTARY, de même que son enfant CAMBODIA (Babson 66) dans une tonalité plus vive, il a créé une immense descendance où l’on retrouve, par associations avec d’autres origines, toutes les couleurs de la palette des iris, mais avec une propension, bien nette, à produire des tons mêlés caractéristiques.

Ainsi en va-t-il de COSMOPOLITAN (Hamblen 72), qui ressemble beaucoup à son parent, et de CHAPEAU (Babson 71), l’un des bicolores les plus connus et appréciés, que l’on retrouve dans le pedigree d’un autre bicolore, moderne, JAZZ FESTIVAL (Schreiner 90). Qui dit bicolore, dit aussi, bien souvent, variegata, car il est quelquefois difficile de faire la part du jaune et du chamois dans les pétales de ces fleurs. Pas de doute pour ce qui est de TAMBOURINE (Babson 69), ses couleurs sont l’or et le grenat ; il descend bien de COMMENTARY, mais via un cultivar bleu lavande, APROPOS (Babson 64). Et ce TAMBOURINE a des descendants variegatas, certains clairs comme MERRY MADRIGAL (Babson 82) ou SWEDISH MODERN (Babson 76), certains foncés comme SHAMAN (DuBose 80). MERRY MADRIGAL et SHAMAN ont des familles nombreuses. Dans celle de MERRY MADRIGAL on trouve les variegatas EDITH WOLFORD (Hager 86 – DM 93) et THRILLSEEKER (Ernst 93) , les bicolores CHASING RAINBOWS (Hager 98) , POEM OF ECSTASY (Hager 97) et SOTTO VOCE (Hager 2000). Chez SHAMAN, ce sont les petits français ATYS (Anfosso 88), MARCHE TURQUE (Anfosso 91) et SAMARCANDE (Anfosso 92). CAPRICORN DANCER (Blyth 78) fait partie de la branche australienne des descendants de COMMENTARY, c’est un variegata, d’où provient un autre variegata, plus influencé par le brun, LATIN LARK (Blyth 88).

Parmi les descendants bruns, ou chamois, de COMMENTARY figure aussi GHOST STORY (Ghio 75), gris et moutarde. Citons enfin SOAP OPERA (Ghio 82) qui a été abondamment utilisé lui aussi, notamment en France où il a donné, chez L. Ransom, le rose DESIRIS (94) et son enfant SENSUELLE (2000), le bicolore brun/améthyste MENESTREL (95), le bleu lavande THALASSO (2000), et le blanc TITANIUM (2000) et chez Jean Jacques François BUC ARCADES (2000), bicolore lilas/grenat, et BUC VAPOREUX (2000), prune. En Italie Augusto Bianco a également fait usage de SOAP OPERA et obtenu ALDO RATTI (98) amoena inversé bleu violet, PIERO BARGELLINI (98), orange abricot, SUMATRA (non enregistré), beige taché de bleu glycine… Enfin le brun caramel TUCSON (Hager 70) est à l’origine de bruns comme VERISMO (Hager 87) et CHEROKEE TEARS (Hager 90).

COMMENTARY a engendré des iris de bien d’autres couleurs, dont des bleus (APROPOS, CANONERO, ON LINE) et des roses (DOUBLE SCOOP, INHERITANCE). Il n’est pas possible de les passer tous en revue, mais il faut savoir que dans tous nos jardins, sous des aspects souvent très divers, se cache un parent plus ou moins éloigné de COMMENTARY.

30.1.03

INTERMÉDIAIRES, MAIS FERTILES.

On a longtemps affirmé que les iris intermédiaires étaient stériles du fait de leur nombre impair de chromosomes. Dans un article sous-titré « Un mythe anéanti », publié en 1998 (1) dans la revue « The Medianite » dédiée, comme l’indique son nom, aux iris moyens, l’obtenteur américain Marky Smith fait une synthèse de ses travaux sur les iris intermédiaires. Pour démontrer qu’ils n’étaient pas tous aussi stériles qu’on voulait bien le dire, il a effectué de nombreux croisements entre des intermédiaires utilisés comme parent femelle et, soit des nains standards, soit des grands iris. Au début de 98 il a choisi trente-trois IB (intermédiaires) qu’il a d’abord fécondé avec du pollen prélevé sur des SDB (iris nains), alors en fin de floraison, puis, un peu plus tard, avec du pollen de TB (grands iris). Cette expérience a été tentée avec des variétés dont il pouvait espérer obtenir des semis intéressants et dont la fertilité pollinique était reconnue.

Certains des iris fécondés n’ont rien donné, mais les plus nombreux ont produit, au moins dans l’un ou l’autre des croisements, quelques voire de nombreuses graines. Certaines variétés comme BOLD STROKE (E. Jones 93), un bleu drapeau à barbes sombres issu de CODICIL, DARK WATERS (Aitken 92), un self violet foncé, fils de GYRO, PROTOCOL (Keppel 94), un amoena jaune dont le père est AMBER SNOW, ou SMITTEN KITTEN (Aitken 91), amoena rose issu de MARMALADE SKIES, se sont montrés particulièrement performants tant avec les SDB qu’avec les TB. D’autres comme IMPERATIVE (P. Black 97), un néglecta pourpre sombre, PRISM ( M. Smith 95), qui tient de sa « mère » CHUBBY CHEEKS une tonalité violet grisé et des veines bleutées sous les barbes, STARWOMAN (M. Smith 97), un autre plicata grisé provenant également de CHUBBY CHEEKS, et cousin du précédent, ou THIS AND THAT (P. Black 98), très original rose pourpré et argenté, autre descendant du petit CHUBBY CHEEKS, n’ont bien réussi qu’avec les TB. D’une manière générale cette expérience a été un véritable succès.

L’intérêt d’une telle démonstration se situe notamment dans la perspective d’obtenir, par cette voie, des iris de bordure (BB) qui soient plus élégants et mieux proportionnés que ceux enregistrés jusqu’ici, lesquels ne sont que des grands iris déclassés pour cause de tiges trop courtes, et, de ce fait, généralement dotés de fleurs trop grosses pour la taille des plantes. Le mélange IB/TB aboutit à des iris moyens en taille, mais avec des fleurs petites et fines. Un autre intérêt est qu’on peut envisager que des traits caractéristiques des iris nains (SDB) comme la macule brune héritée des I. pumila apparaissent sur des grands iris (TB) ou tout au moins sur les BB de nouvelle génération. De même les couleurs si diverses et riches des SDB pourraient être transmises à des plantes de haute taille, renouvelant le choix de coloris de ces variétés.

En dépit d’un taux de germination des graines provenant des ces croisements assez faible, un champ de recherches original s’ouvre ainsi pour les hybrideurs à l’affût de renouveau. Pouvait-on craindre que l’hybridation finisse par ne plus produire que sans fin les mêmes iris ? Par ce chemin, cette hypothèse est sans doute à négliger.

(1) article repris dans le bulletin n° 313 (avril 99) de l’AIS.

24.1.03

MEZZA CARTUCCIA

Si je m’intéresse un peu à autre chose que les grands iris, je le dois essentiellement à Augusto Bianco et à l’iris intermédiaire qu’il m’a envoyé il y a six ans. Il n’était alors identifié que par un numéro de semis et je devais le printemps suivant fournir une appréciation sur les qualités de cette variété sous un autre climat que la douceur piémontaise. Et j’ai été tout à fait séduit par MEZZA CARTUCCIA (Bianco 98). Il s’agit donc d’un iris intermédiaire, joli et original, avec des pétales bleu argenté, et des sépales violet clair, accompagnés de barbes assorties dans les tons lilas, un peu sombre. La fleur est gentiment frisottée et ondulée, les sépales se tiennent très horizontaux. La plante pousse très bien chez moi et j’ai déjà du la dédoubler : elle a en partie émigré vers Orléans, chez ma fille, et en Auvergne chez mon fils cadet. Je ne sais pas si d’autres amateurs français se la sont procurée, mais je les invite vivement à le faire s’ils veulent disposer d’une variété en tous points intéressante.

Elle provient d’un croisement entre le pollen du SDB CHUBBY CHEEKS (P. Black 84) et les ovaires d’un semis de PACIFIC TIDE (Cowdery 86) x TOUCH OF BRONZE (B. Blyth 83). Avec de tels parents on pouvait évidemment espérer un bon iris. Car CHUBBY CHEEKS est un iris nain super original et très apprécié des obtenteurs. Paul Black est l’auteur de variétés qui sortent souvent de l’ordinaire, ainsi en est-il de GLITZ AND GLITTER (88) comme de GOLDKIST (93) ou de DUDE RANCH (2000), dernier vainqueur du Concours de Florence. Concours que SIGHS AND WHISPERS (89) avait remporté en 92, ce qui situe Paul Black dans la petite famille des doubles triomphateurs de Florence. CHUBBY CHEEKS est blanc, veiné de violet et liseré de jaune chartreuse. Il descend du côté maternel de DAISY (C. Palmer 76), blanc veiné de jaune, et de plicatas violets, dont CARROUSEL PRINCESS (Warburton 71), et du côté paternel d’un autre iris de Bee Warburton, SOFT AIR (72) qui est de couleur crème et qui compte parmi ses ancêtres l’incontournable SNOW FLURRY (Clara Rees 39), tout comme DAISY compte le bleu drapeau PIERRE MENARD (Eva Faught 48), l’une des pierres angulaires de l’hybridation des iris bleus.

TOUCH OF BRONZE a fourni à MEZZA CARTUCCIA sa barbe foncée, qu’il tient lui-même de EVENING ECHO (Melba Hamblen 77), lequel est un descendant de SWAN BALLET (Muhlestein 57 – DM 59). PACIFIC TIDE est un beau bleu marine à barbes rouges. Il a pour géniteurs VIVIEN (Keppel 79) et FULL TIDE (Opal Brown 72), et par conséquent pour grand parent le célèbre bleu BABBLING BROOK (Keppel 69 – DM 72).

Voilà donc ce MEZZA CARTUCCIA que je guette à fleurir chaque printemps, car il sonne le début de la saison des grands iris, alors que les petits SDB sont déjà sur leur fin. C’est un peu les trois coups du grand spectacle qui va durer jusqu’à la mi-juin.

16.1.03

JOSEPH ALFRED GATTY

Les iris roses sont maintenant innombrables et tous les obtenteurs se sont astreints à en sélectionner quelques-uns : cela doit faire partie de ces choses incontournables qui interviennent dans la vie de chacun d’entre nous. Mais peu nombreux sont ceux qui ont eu la main aussi heureuse que Joe Gatty dans l’hybridation des iris roses. Il est probable que cette couleur correspondait à sa sensibilité et à la délicatesse de son caractère.

Sa disparition en janvier 92 a mis un terme à trente-cinq ans de dévotion aux iris. Joseph Alfred Gatty était originaire de la côte Est des Etats-Unis, du New Jersey exactement il y vécut jusqu’en 1969, moment où il émigra vers l’une des terres de prédilection des iris, la côte Ouest, et précisément la Californie.

Longtemps, a-t-il dit lui même, il a cherché un but pour son existence. Vers l’âge de 25 ans il a découvert enfin ce qu’il voulait faire. Dès ce moment il s’est consacré aux iris, aidé au début par quelques grands noms de l’époque, le long de la côte atlantique : Robert Graves. Ed Watkins, Kenneth et Catherine Smith. et Stedman Butrick. Il s’était lancé dans l’hybridation en iris et il était très fier de son premier cultivar qu'il présentait un concours, quand quelqu'un derrière lui demanda : « Et ça, qu’est-ce que c’est? » Toute honte bue, le jeune Joe se dit qu’il devait se montrer plus rigoureux et sélectif, et attendit dix ans pour oser présenter de nouveau une de ses obtentions. Ce fut le point de départ d’une brillante carrière : ce premier iris fut considéré comme le plus beau de ceux présentés à la convention de 1960 qui se tenait Newark près de chez lui. Il s’appelait FRIENDSHIP.

En 1967 il prit la décision de faire le grand saut et de traverser les Etats-Unis de part an part pour trouver une terre où ses projets d’hybridation auraient les meilleures conditions pour se réaliser. Il y transporta ses graines et ses meilleurs jeunes plants, et la nouvelle vie commença, avec, tout de suite, des iris roses de grande classe venus de l’est. PRINCESS (72) et LIZ (72). Le ton était donné, Joe Gatty allait sélectionner de préférence des iris dans les couleurs tendres et surtout des roses.

En 1975, c’est un blanc à barbe jaune cadmium, WHITE LIGHTNING (74), qui fut particulièrement remarqué à la convention de San Diego et obtînt la Franklin Cook Cup (le plus apprécié des participants parmi les iris « invités »). Par la suite nombre de ses obtentions retinrent l’attention des juges mais il n’eut pas la chance de se voir décerner la fameuse Dykes Medal rejoignant en cela quelques grands hybrideurs malheureux, comme Melba Hamblen ou Gordon Plough et bien d’autres à qui il a manqué ce je ne sais quoi qui emporte l’enthousiasme des juges.

Sa renommée dépassa rapidement les frontières américaines et de très nombreuses variétés signées Gatty ont été retenues, entre autres, par nos producteurs nationaux. Presque toutes dans les tons pastels, mais également avec de belles réussites vivement colorées comme JEAN HOFFMEISTER (82), en bleu, BOLD GOLD (87), en or, SYNCOPATION (84) en jaune et pourpre. Néanmoins son goût le pousse à retenir essentiellement des iris clairs : des blancs comme WHITE LIGHTNING déjà cité, RISQUE (74), PANACHE (78) ou SYMMETRY (81) : des lilas comme DESIGNING WOMAN (90) ; des jaunes pâles comme DREAM AFFAIR (78) ; des abricot comme LOVELY GLOW (87) ; des blanc-bleutés comme FLAIR (76) et surtout des roses, les fameux roses de Gatty, du rose clair de PRINCESS (72) au rose pourpré de PRESENCE (87), en passant par toutes les nuances : rose pur - LIZ (72). ou rose tendre - BONBON (77), rose dragée - PLAYGIRL (77) ou FRENCH PASTRY (87) ou encore FEMME FATALE (83), rose pêche - LYRICAL (78) ou PARADISE (80) ou SOFT CARESS (91), rose corail - SATIN SIREN (87), rose vif – COMING UP ROSES (92).

Joe GATTY ne s’intéressait pas qu’aux grands iris, il a aussi créé des iris intermédiaires comme. VAMP (72), en violet carminé, VOILA (72), en rose orchidée, VIRTUE (76), en pourpre, BUTTER COOKIE (80), en jaune clair, RARE EDITION (80), magnifique plicata violet, TCHIN-TCHIN (88), en rose tendre, ou MEMO (91), en jaune citron. Enfin on doit citer ses iris nains standard (que certains appellent de rocaille, ou lilliput), notamment JOYFUL (77), jaune citron clair, MUCHACHA (83), petit plicata crème bordé de jaune, PAL SAM (87), ivoire bordé de pourpre et TOY CLOWN (91), jaune bordé de brun.

Tous ces iris portent la patte de Joe Gatty, c’est à dire une forme pleine et gracieuse, et des bords souplement ondulés.

Il n’a jamais tenté de commercialiser tout seul ses obtentions : ce n’était pas son affaire. Pendant vingt ans il a été associé Keith KEPPEL dans le catalogue présenté par ce dernier, et il a donné quelques fleurs à introduire à des amis producteurs, comme cela se pratique couramment aux USA, dans un esprit de « business » bien compris tout autant que de courtoisie bien sympathique.

Ses dernières sélections sont apparues quelques années après son décès, toujours chez Keppel, l’ami de toujours. Ce sont le superbe blanc ARCTIC EXPRESS (95) ou encore des roses : HAUTE COUTURE (96), rose pêche, MALLOW DRAMATIC (96) rose mauve. Mais ce tour d’horizon ne serait pas complet si l’on ne citait pas deux splendeurs : le bitone jaune pastel OVERJOYED (94) et l’amoena inversé IN REVERSE (93), l’un des plus contrastés du genre, qui démontre la maîtrise de Joe Gatty, l’un des grands seigneurs de l’iris de notre époque.

DONALD CHARLES NEARPASS

Le monde des iris est comme le monde tout court, il est constitué de gens très différents. En matière de différence, Donald Charles Nearpass fut tout à fait remarquable. Tout d’abord ce n’était pas à proprement parler un professionnel de l’iris. Son activité principale a toujours été l’agronomie. Il a travaillé toute sa vie comme spécialiste du sol dans un organisme qui correspond, pour nous en France, à l’INRA. Les iris étaient sa seconde activité, mais c’est celle qui a fait sa célébrité. Et pourtant ! En trente-sept ans d’hybridation, il n’a enregistré que seize variétés ! Ce n’est pas lui qui a encombré nos jardins de cultivars ordinaires ou redondants. Les critères qu’il s’était donné pour sélectionner ses iris étaient d’une extrême sévérité, et ses rares choix ont tous été des variétés exceptionnelles.

Dans ses débuts, il a été impressionné par les travaux de Paul Cook, et il s’est efforcé de poursuivre le travail de cet illustre obtenteur. Dans les années 60 ses efforts ont été récompensés par un iris bleu des plus élégants de l’époque, LORD BALTIMORE (69), un néglecta qui inclut dans sa parenté des incontournables comme SNOW FLURRY et WHOLE CLOTH, mais aussi, par son « père » le bleu violacé INDIGLOW (Schortman 59 – FO 62), SABLE et CHIVALRY. Voilà une belle carte de visite ! Au cours des années 70, deux de ses iris se sont fait particulièrement remarquer. Il s’agit de l’amoena DOVER BEACH (72), un fils de WINTER OLYMPICS (O. Brown 63 –DM 67), et du plicata SPINNING WHEEL (74). Dans le pedigree de ce dernier on trouve les plicatas bien connus que sont le britannique DANCER’S VEIL (Hutchison 59 –BDM 63), et CHARMED CIRCLE (Keppel 69). SPINNING WHEEL est l’un des tout premiers néglecta-plicatas, c’est à dire qu’il réunit les dispositions des deux types : les pétales clairs, les sépales foncés des néglectas, et le fond blanc poudré et liseré de sombre des plicatas. Souvent d’ailleurs on prend SPINNING WHEEL comme modèle de ce type de fleurs. Des quantités d’iris ont, depuis, reproduit cette disposition des couleurs. Dans le type des plicatas, un autre enfant de D. C. Nearpass a connu la célébrité, c’est PURPLE PEPPER (86), et c’est encore une réussite. C’est d’ailleurs un descendant direct de SPINNING WHEEL.

En dehors des grands barbus, D.C. Nearpass s’est intéressé aux MTB (Miniature Tall Bearded, que l’on désigne chez nous sous le nom d’Iris de Table) tétraploïdes solides et vivement colorés. Pour cela il a fait usage de l’Iris aphylla et obtenu d’intéressants semis dont certains sont aussi des iris remontants.

Pour l’originalité et la différence, D.C. Nearpass a eu la particularité d’être un descendant des premiers colons venus avec le Mayflower pour peupler les futurs Etats-Unis, et d’appartenir à l’Eglise Mormone, pour laquelle il a mis en œuvre ses connaissances en généalogie. Père Pèlerin, mormon, généalogiste, agronome et iridophile, tel était cet homme qui a apporté aux iris son savoir et son exigence et obtenu la reconnaissance de ses pairs.

11.1.03

SE SONT-ILS TROMPÉS ?

Quelqu’un que j’aime bien, et qui se reconnaîtra s’il lit ce texte, me fait part de son étonnement de voir que c’est MESMERIZER qui a remporté la Dykes Medal cette année. Pour lui, cet iris est « mal foutu », et ne mérite pas la récompense qu’il a reçue. Moi, qui admire MESMERIZER, cette opinion m’a étonné. Je ne cultive pas cette variété, mais je l’ai vue à plusieurs reprises dans des jardins d’amis et je ne lui ai pas trouvé de gros défauts. La plante m’a parue « normale », et la fleur, bien proportionnée par rapport à la taille des tiges, est à la fois belle, originale, et tellement prometteuse ! Ce n’est pas que je sois un fanatique des fleurs doubles, mais je conçois qu’on puisse s’y intéresser, et, en l’occurrence, on a fait un grand pas en avant avec cet iris là. La route de l’iris « flore pleno » me semble ouverte grâce à MESMERIZER, de même qu’avec son pendant bleu, SCENTED BUBBLES.

Au demeurant, l’observation de mon ami, grand connaisseur d’iris, dont la sincérité ne peut pas être mise en doute, m’amène à m’interroger. Et si les juges avaient commis une erreur ? S’ils avaient couronné une variété discutable ? Est-ce possible ?

Quand on connaît le système d’attribution des récompenses, cela semble difficile à admettre. Il est hautement improbable qu’un quelconque lobby pro-Mesmerizer, ait réussi à convaincre le panel des juges. Le long et lent cheminement pour arriver à la consécration suprême rend la chose quasiment impossible. Mais d’autres raisons ont pu entraîner la conviction des juges : l’effet de mode et le souci de marcher avec son temps, la difficulté de trancher entre des variétés de valeur équivalente, l’opportunité de rendre un hommage posthume à un hybrideur de génie…

L’effet de mode a certainement eu un impact. Distinguer un cultivar à éperons (pour ce type j’ai inventé le terme de « rostrata »), c’est aller avec l’air du temps : de plus en plus d’hybrideurs enregistrent des iris de ce type, pas toujours de très bon goût d’ailleurs, et ceux qui font de la résistance sont de moins en moins nombreux. Dans le type également récent des iris « broken colors » les enregistrements se multiplient et les juges semblent apprécier car les HM et AM attribués à ces iris deviennent abondants : il est probable qu’un « broken colors » obtiendra la DM dans quelques années. Mais déjà deux iris à éperons de Monty Byers avaient été couronnés : THORNBIRD en 97 et CONJURATION en 98. Etait-il nécessaire d’en rajouter ?

Les autres candidats à la DM avaient de farouches partisans CLARENCE (Zurbrigg 91) et FANCY WOMAN (Keppel 95) notamment. Chacun dans leur genre, se sont des variétés remarquables, et, surtout, elles proviennent d’obtenteurs qu’il serait justifié d’honorer. Alors, à défaut de se départager sur ces deux là, les juges ont-ils opté pour un outsider, lequel, de plus, permet de donner un signe marqué de reconnaissance posthume à Monty Byers, qui n’a plus aucune chance ensuite d’être salué.

Sans doute toutes ses considérations ont pu et du jouer. Mais MESMERIZER n’a-t-il pas les qualités nécessaires pour emporter seul la décision ? La plante est-elle disgracieuse ? Pousse-t-elle difficilement ? Sa médaille est-elle en conséquence usurpée ? Personnellement je ne le pense pas, mais l’autorité de mon ami en cette matière me met le doute à l’esprit. Et je me demande si, dans le passé, les juges se sont trompés. J’ai regardé dans le classement des vingt dernières années.

En 83 RUFFLED BALLET l’a emporté devant VICTORIA FALLS et ENTOURAGE. Il avait fini deuxième l’année précédente et sa récompense était prévisible. Cependant cette victoire n’a pas eu d’effet sur sa commercialisation, qui est restée plutôt médiocre, ce qui veut dire que les juges n’ont pas été du même avis que le public. VICTORIA FALLS s’est vengé l’année suivante et justice a été rendue à cette variété de haute qualité. Le triomphe de BEVERLY SILLS en 85 était amplement mérité et l’énorme succès commercial de cet iris est là pour démontrer qu’il avait toutes les qualités pour l’emporter. En 86 les juges ont choisi SONG OF NORWAY, devant COPPER CLASSIC et LACED COTTON. Cette fois, je ne suis pas certain qu’ils aient été bien inspirés. SONG OF NORWAY est-il un iris blanc ? Bleu ? Amoena inversé ? Sa couleur n’est pas nette, même un peu grisâtre. Son port est raide et ses fleurs assez peu gracieuses. Son principal mérite tient dans la teinte bleue de sa barbe. COPPER CLASSIC est autrement intéressant, au moins pour son coloris unique. LACED COTTON a une fleur profondément laciniée, superbe, et de plus possède des aptitudes génétiques intéressantes. Le choix de SONG OF NORWAY est peut-être du à l’impossibilité de séparer les deux autres !

Pas de DM en 87 ni en 89. Mais le choix de TITAN’S GLORY en 88 n’est pas discutable. En revanche celui de JESSE’S SONG en 90 peut sûrement l’être. Sans doute doit-il sa gloire au fait que son concurrent le plus dangereux était le petit intermédiaire AZ AP (Ensminger 79), et que jamais un intermédiaire n’a réussi à triompher jusqu’à présent. Un autre plicata, EVERYTHING PLUS, l’a emporté en 91. Ses concurrents immédiats étaient le brillant EXTRAVAGANT (Hamblen 83) et le fameux bleu TIDE’S IN (Schreiner 83). C’est sans doute celui-là qui était le plus méritant, notamment en raison de ses aptitudes génétiques largement utilisées par la suite. De 92 à 95 les choix des juges ont été incontestables. Aussi bien DUSKY CHALLENGER que EDITH WOLFORD, SILVERADO et HONKY TONK BLUES ont marqué leur époque et porté aux nues la qualité Schreiner. Mais BEFORE THE STORM était-il vraiment le meilleur de 1996 ? Encore une fois la fleur, surprenante par sa couleur sombre pratiquement noire, manque de souplesse, et la plante a la réputation de souvent pousser difficilement. Le tout petit BUMBLEBEE DEELITE aurait sans doute plus justement mérité de l’emporter n’eut été le fait qu’il ne soit pas un grand iris.

On entre ensuite dans l’ère Byers, avec THORNBIRD puis CONJURATION. Le choix de THORNBIRD a été vivement contesté, voire même déploré par les adversaires à la fois des iris à éperons et par ceux de son coloris très inhabituel. Pour moi, THORNBIRD, qui marque une rupture, est un choix justifié. Je ne pense pas la même chose de celui de CONJURATION. Je reproche à celui-ci sa raideur, la disproportion entre ses tiges très élevées et ses fleurs plutôt petites, et l’intérêt mitigé de ses éperons bien riquiqui. Mais, cette année là, la concurrence était assez faible, tant en ce qui concerne ACOMA, banal, que CITY LIGHTS, un peu trop délicat. HELLO DARKNESS était bien le meilleur en 99. Nettement plus intéressant que son aîné BEFORE THE STORM. Le succès de STAIRWAY TO HEAVEN en 2000 a constitué une surprise. Je ne suis pas apte à émettre un avis à son sujet car je ne l’ai vu qu’en photo et je ne sais rien de ses dispositions botaniques. En tout cas il ne semble pas devoir faire une grande carrière commerciale, car s’il est présent dans la plupart des catalogues américains, il n’a pas une bonne distribution en Europe. En 2001 YAQUINA BLUE a ramené au premier rang le savoir-faire de l’entreprise Schreiner. Il est probable que celle-ci triomphera encore une fois en 2003 car on ne voit pas de réel concurrent à CELEBRATION SONG qui a fait jusqu’à aujourd’hui un parcours sans faute.

De cette énumération il ressort que les juges américains n’ont pas toujours fait le meilleur choix, même si les variétés distinguées ne sont jamais des plantes médiocres. Alors pourquoi ne se seraient-ils pas égarés en désignant MESMERIZER ? En ce qui me concerne je ne suis pas convaincu de leur erreur, mais la question peut bien être posée !