26.7.03

L’ENIGME DE LA SEMAINE

QUALITÉS

Dans l’énumération ci-dessous il y a une anomalie. Quelle variété ne réunit pas les mêmes critères que les autres ?

· ALTRUIST
· FEMINIST
· FINALIST
· LOYALIST
· ROYALIST


RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

PEACH SPOT (George Shoop 73). Les quatre autres sont bonnes à manger… ou à boire.

GRANDES ONDES

Tout le monde des iris, et « The World of Irises » en tête, admet que les ondulations qui donnent tant de charme aux iris modernes proviennent du fameux SNOW FLURRY (Rees 39). Celui-ci aurait transmis à ses descendants cette caractéristique qui avait fait l’effet d’une révolution dans les années 40. Il est vrai que les iris d’aujourd’hui sont pour la plupart animés de grandes ondes qui soulèvent plus ou moins les bords des sépales et des pétales. Il est non moins vrai que ces mêmes iris ont dans leur ascendance une ou plusieurs fois (plusieurs est même le cas le plus général) ce sensationnel SNOW FLURRY.

Pour m’en assurer, j’ai pris, ici et là, quelques iris français de ces dernières années, et j’ai remonté leur pedigree jusqu’aux années 40. Il n’y a pas de doute, SNOW FLURRY est partout ! Prenez, pour commencer TITANIUM (Ransom 2000), ce blanc poudré de mandarine sous les barbes, il a pour parents immédiats TIDE’S IN X(SOAP OPERA X OPERA BOUFFE), ce dernier vient de SPIRIT OF MEMPHIS, qui descend de GRAND BAROQUE, lequel est issu de HENRY SHAW, qui vient de CLIFFS OF DOVER, lequel vient de NEW SNOW, enfant de SNOW FLURRY. Même programme, ou presque pour THALASSO (Ransom 2000), qui a également pour père (SOAP OPERA X OPERA BOUFFE). CUMULUS (Cayeux 2000) remonte à SNOW FLURRY par plusieurs voies. Il est issu de SILVERADO, STARINA, SKYWATCH, HENRY SHAW et on vient de voir la suite.

Voyons si dans une autre couleur le même phénomène apparaît. Prenez STARLETTE ROSE (Cayeux 96). Il provient de PLAYGIRL, qui descend de PINK SLEIGH, qui vient de PINK TAFFETA, ARCTIC FLAME, NEW SNOW et… SNOW FLURRY. FLUTE ENCHANTEE (Anfosso 91) est enfant de BEVERLY SILLS, qui est de VANITY, qui est de PINK TAFFETA et, par là, de SNOW FLURRY ! C’est tout pareil avec des bleus. J’ai pris REVOLUTION (Anfosso 89). Via ACTRESS et FOND WISH, il remonte à RIPPLING WATERS (une merveille d’ondulations) et de là à SNOW FLURRY, mais oui ! Son concurrent dans le genre tricolore, VIVE LA FRANCE (Cayeux 91) se décline en CONDOTTIERE, FALBALA, CHRISTMAS TIME, ARCTIC FLAME… SNOW FLURRY ! Aucune surprise chez les « rouges ». Prenez ROUGISSANT (Cayeux 2002) , il est fils de PERSIAN GOWN, puis on remonte à SILVER SHOWER, CHAMPAGNE MUSIC, NEW SNOW et SNOW FLURRY ! Pas de surprise non plus chez les variegatas : FRISOUNETTE (Ségui 98) est de SPACE BLAZER puis de RIPPLING WATERS, et allons-y, SNOW FLURRY est au bout de la chaîne. L’un de mes préférés, SABLES D’ARGENT (Fédoroff 97), subtile association d’abricot et de bois de rose, est un double descendant de SNOW FLURRY, tant par SUMPTUOUS (mère) que par ENTOURAGE (père). Le premier vient de GLENDALE puis ARCTIC FLAME, le second de SAN LEANDRO et CHAMPAGNE MUSIC. On n’en sort pas. Ou presque pas. TRAPEL (Ségui 82), un bleu sombre qui pousse comme un fou, n’a pas l’air d’avoir du sang SNOW FLURRY, encore que l’on ne sache pas grand’ chose des origines de sa « mère » NAVY STRUT, prolifique géniteur.

Le bénéfice du doute doit-il s’appliquer à RINGO (Shoop 79), l’une des variétés aux ondulations les plus amples, et à ses descendants comme nos petits français ANNE-MARIE CHESNAIS (François 98) ou COLETTE THURILLET (Cayeux 89) ? RINGO remonte à LATI N LOVER, mais on n’a pas de grandes précisions sur l’origine de ce dernier, ni même sur celles de ses autres parents, alors…

Il y a même des iris presque sans ondulations qui ont pour lointain ancêtre ce SNOW FLURRY incontournable ? C’est le cas DAMOISELLE (Ransom 97), une variété assez « plate » ou « tailored » comme on dit aux Amériques, qui se rattache à SNOW FLURRY au moins par son ascendant VANITY. Comme quoi, toute règle à son exception. Mais dans ce cas l’exception peut fort bien provenir d’une autre souche. La généalogie des iris est souvent bien complexe.

En tout cas une chose est sûre : les ondulations, que je trouve si gracieuses, proviennent très certainement de SNOW FLURRY. Mais comment et pourquoi celui-là a-t-il soudain montré cet aspect ? Le mystère SNOW FLURRY reste entier.

20.7.03

DEUX, C’EST MIEUX !

Graeme Grosvenor, l’hybrideur australien de Dural (banlieue de Sydney), vient de voir une de ses créations – PAY THE PRICE - obtenir le Florin d’Or au concours de Florence 2003. Il entre par là dans la catégorie, pas tellement importante, des obtenteurs couronnés deux fois dans cette compétition. Son premier succès avait été pour HELEN DAWN, en 98. Le collège des obtenteurs ayant obtenu deux Florins d’Or se compose seulement de quatre autres grands noms : Paul Black, vainqueur en 92 avec SIGHS AND WHISPERS (89), et en 2002 avec DUDE RANCH (2000) ; Joë Ghio, en 76 pour DIALOGUE (73), et en 80 pour ENTOURAGE (77) ; Jim Gibson, en 65 grâce à LORNA LEE (66), puis en 78 grâce à SPACE BLAZER (76) ; enfin Bryce Williamson, une première fois en 77 pour CHAMBER MUSIC (73), et la seconde en 91 pour PRINCE CHARMING (88). Il n’y a que deux obtenteurs qui aient dépassé ces deux récompenses, Keith Keppel, qui a été honoré trois fois (71 – FOGGY DEW, 83 – WOODCRAFT, 90 – SKYBLAZE) et la firme Schreiner qui l’a emporté sept fois ! En 82 ce fut GOLD GALORE, en 84 TITAN’S GLORY, en 86 STARCREST, en 89 DUSKY CHALLENGER, en 96 CELEBRATION SONG, en 97 CHAMPAGNE WALTZ, et en 2000 DIABOLIQUE. Les autres vainqueurs ne comptent qu’une seule réussite. Il s’agit de :
· Fred DeForest en 57 pour REHOBETH (53) ;
· Tell Muhlestein en 58 pour SWAN BALLET (53), qui remporta le DM en 59 ;
· Luzon Crosby en 59 pour LA NEGRA FLOR (57) ;
· Chet Tompkins en 60 pour ALLAGLOW (58)
· Paul Cook en 61 pour WHOLE CLOTH (56) récompensé de la DM en 62 ;
· W. B. Schortman en 62 pour INDIGLOW (57) ;
· Phillip HUTCHISON (Grande Bretagne), premier vainqueur non Américain, en 63 pour DANCER’S VEIL (59), qui remporta aussi la BDM la même année ;
· Laura Burbridge en 64 pour MIDNIGHT WALTZ (59) ;
· Larry Gaulter en 67 pour CHRISTIE ANNE (63) ;
· David Lyon en 68 pour BEWITCHING (65) ;
· Cora May Pickard en 69 pour IRISH CHARMER (65) ;
· Maynard Knopf en 70 pour LAUNCHING PAD (67)
· M. Specht (Italie) en 73 pour ROSSO FIORENTINO, une variété jamais enregistrée ;
· Bernice Roe en 74 pour SUNSET SKY (69) ;
· Robert Mallory en 75 pour QUEEN OF FLORENCE (76) ;
· Ben Hager en 81 pour BEVERLY SILLS (79), l’illustrissime DM de 85 ;
· Le Tchèque Wojtek Smid en 85 pour LIBON – jamais enregistré ;
· Sterling Innerst en 87 pour MISSY YORKTOWNE (84) ;
· Monty Byers en 93 pour CONJURATION (89) qui obtint la DM en 98 ;
· Franklin Carr en 94 pour STEADFAST LOVE (94) ;
· Adolf Volfovitch-Moler (Ouzbekistan) en 95 pour IKAR (92) ;
· Valeria Romoli (Italie) en 99 pour SETTIMO CIELO (99) ;
· Robert Stetson en 2001 pour H.C. STETSON (87).

Une spécialité du Concours de Florence est de couronner souvent des obtenteurs peu ou pas connus, voire des amateurs talentueux et chanceux. Il est remarquable à ce propos de constater que des grands noms de l’iridophilie ne figurent pas au palmarès, soit qu’ils n’aient pas participé soit que leurs variétés n’aient pas été au mieux de leur forme au moment de la compétition. Car il ne s’agit pas d’une épreuve s’étalant sur une longue période d’appréciation, comme la Médaille de Dykes, mais d’un concours pour lequel il faut que la plante soit bien poussée et en fleurs une semaine donnée. Il y a un facteur de chance incontestable, qui peut faire le jeu des « petits ».

Graeme Grosvenor, lui, fait partie à la fois des hybrideurs ayant pignon sur rue et des compétiteurs chanceux. Dans son pays, il dépasse en récompenses officielles son confrère Barry Blyth. Il thésaurise actuellement quatre Australasian Dykes Medal (ADM) et deux autres récompenses australiennes, et son nom est aussi cité pour deux FO, comme on vient de voir, un Florin d’Argent et un quatrième prix de Florence. Voici les noms de ces lauréats :
· AZURE ANGEL (94), ISA 96 ;
· FIRST MOVEMENT (90), ADM 92 ;
· HILLS DISTRICT (95), ADM 97 ;
· NEW TUNE (93), JM 96 ;
· REAP THE REWARDS (2003), 4eme Florence 2003 ;
· RIBANDS (93), ADM 99 ;
· SIDNEY (98), Florin d’Argent 98 ;
· TEMPTONE (93), ADM 96.

Il n’est encore âgé que de 67 ans, ce qui laisse présager que l’avenir peut encore lui sourire. Les amateurs européens ne peuvent que regretter que ses obtentions soient encore aussi rares dans les catalogues de l’hémisphère nord, et, notamment, européens, car elles ont forcément leur place dans nos jardins.

12.7.03

L’ENIGME DE LA SEMAINE

UN GOUT DE PECHE

Parmi ces cinq variétés (de saison !), il y en a une qui ne devrait pas se trouver là. Laquelle ?

· PEACH BISQUE
· PEACH BRANDY
· PEACH JAM
· PEACH SCHNAPPS
· PEACH SPOT


RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

· URSULA VAHL (Tamberg 78) n’est pas une variété anglaise mais allemande.

BORDELLO

Avec un nom pareil, il n’était pas facile de faire une carrière commerciale en France ! Pourtant cette variété a figuré pendant quelques années au catalogue de la Maison Anfosso. Elle en valait la peine, et ceux qui n’ont pas été rebutés par une dénomination difficile à assumer n’ont pas été fâchés de leur choix. Une personne de ma connaissance, qui m’a téléphoné récemment, se désolait même de l’avoir perdue et me demandait si je savais où elle pourrait se la procurer de nouveau. Répondre à cette amatrice n’était pas évident, et j’ai du donner ma langue au chat.

Pour ceux qui ne le sauraient pas, BORDELLO est un iris noir « par les rouges », enregistré en 1976 par Sanford Roberts, un obtenteur californien. Disons que c’est une variété venue tardivement sur le marché, dans la tradition de STUDY IN BLACK (Plough 67), qui ressortit de la même ligne de recherche : approfondir le noir en y incorporant du rouge (ou de l’orange).

Les recherches généalogiques concernant BORDELLO aboutissent très vite à l’âge d’or de l’iridophilie, les années 40/50. Il est le fruit du croisement de ADAMSBLACK (Craig 67) et de HELL’S FIRE (S. Roberts 76). L’un et l’autre sont des noirs « par les rouges ». Tous les deux sont des cousins proches, descendants de ADAM (Craig 62), un violet raisin, LOIS CRAIG (Craig 56), un rouge carminé à spot violet, et EDENITE (Plough 58), déjà un noir de rouge. Aux générations antérieures on retrouve, évidemment les mêmes parents et l’on arrive très vite à SABLE NIGHT (Cook 50), violet très sombre qui fit sensation à son époque et a obtenu la DM en 55, MOLTEN (Craig 50), brun rosé, SAVAGE, rouge bronze, ROCKET (A. Whiting), orange bronzé et CORDOVAN (Kleinsorge) brun roux, à l’origine de la plupart des bruns.

Pour arriver à BORDELLO, on est parti, donc, d’une base d’iris bruns, peu à peu saturés jusqu’à devenir presque noirs, à laquelle on a ajouté l’éclat issu des iris rouge carmin. Comme, parallèlement, la présentation des fleurs progressait, avec des sépales de plus en plus larges et dressés horizontalement, on est arrivé un très joli iris sombre, sans marques aux épaules, avec une belle barbe violacée pointée de bronze.

STUDY IN BLACK

STUDY IN BLACK avait suivi un chemin presque identique, quelques temps auparavant. Dans ses proches parents, il n’y en a qu’un qui lui soit commun avec BORDELLO, il s’agit d’EDENITE. Mais la recherche ayant abouti à cette variété très prisée procède du même principe. Le côté noir provient du « père », CONGO SONG (Christensen 61), qui est un violet foncé de deux tons. Ce CONGO SONG est issu lui-même d’un violet vineux, STORM WARNING (Schreiner 52), fils du fameux noir BLACK FOREST, fondateur en quelque sorte de la dynastie des iris noirs, et du non moins fameux SABLE NIGHT dont il a déjà été question à propos de BORDELLO. EDENITE se situe dans la branche maternelle qui est plus orientée vers le rouge et l’orange, avec DUKE OF BURGUNDY (R. Nelson 56), qui est de couleur bourgogne, GENE WILD (Craig 52) qui est, étrangement, amoena vieux rose, GREAT DAY (Tompkins 53), de couleur orange comme son ancêtre ROCKET (voir plus haut l’arbre généalogique d’EDENITE).

STUDY IN BLACK, comme beaucoup des iris mis sur le marché par Gordon Plough, a eu une carrière commerciale exceptionnelle, partout dans le monde. Il n’est donc pas étonnant que ses descendants soient nombreux et de toutes nationalités. Parmi ceux-ci on note, au premier rang, BLACK MARKET (Plough 73), INTERPOL (Plough 73), MASTER TOUCH (Schreiner 80), ROYAL CRUSADER (Schreiner 85), tous dans des teintes foncées, et deux français : ATALA (Anfosso 90) et TRENCAVEL (Ségui 90), différents puisqu’il s’agit d’un variegata et d’un plicata. A la génération suivante, STUDY IN BLACK se trouve dans le pedigree de RAVEN’S ROOST (Plough 81), LOYALIST (Schreiner 86), BLENHEIM ROYAL (Schreiner 90), PROUD TRADITION (Schreiner 90), NORTHWEST PRIDE (Schreiner 93), NIGHTS OF GLADNESS (Ernst 95), OVERNIGHT SENSATION (Schreiner 95), DIABOLIQUE (Schreiner 86) ou RUBY MORN (Schreiner 2002). Tous sont dans les teintes sombres, du bleu au grenat, et tous ont profité de l’éclat qu’apporte le noir-rouge de STUDY IN BLACK.

BORDELLO, moins bien distribué, et sans doute aussi arrivé un peu tard, n’a pas eu le même succès près des hybrideurs. Je ne lui qu’un descendant indirect, issu, entre autres, d’un croisement BORDELLO X LADY FRIEND ; il s’agit de DO WA DIDDY (Burseen 97), un variegata moderne, aux sépales très foncés.

Quoi qu’il en soit, BORDELLO, tout comme STUDY IN BLACK ont été un aboutissement, celui des efforts pour obtenir des iris très sombres, enrichis de sous-teintes rouges, qui ajoutent une chaleur que les noirs « par les violets » ne peuvent pas atteindre. Par la suite cette chaleur a été transmise à des iris tendant vers le noir, provenant de semis violets ; le récent noir de Rick Ernst NIGHTS OF GLADNESS est là pour en apporter la preuve.

5.7.03

L’ENIGME DE LA SEMAINE

ANGLAISES

Ces cinq variétés sont-elles toutes nées en Grande Bretagne ? Sinon, laquelle ne l’est pas ?

· ANNABEL JANE
· CREGRINA
· EARLY LIGHT
· ELIZABETH POLDARK
· URSULA VAHL


RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

· TRINITY (Coleman 70) n’est pas un iris blanc, mais une variété amarante.

UN MARIAGE HEUREUX

On les a mariés, et ils ont eu beaucoup d’enfants, tous beaux. Si j’en crois la lettre de présentation de son catalogue 2003, Lawrence Ransom a connu ce conte de fée. « Avec le croisement VIOLET LULU X COUTURE STAR » il a obtenu « une quantité embarrassante de plantes dont les fleurs sont aussi intéressantes les unes que les autres ! » L’une des qualités principales c’est « une jolie forme de fleur aux sépales larges et plus ou moins horizontaux », « ce qui est préférable pour les iris nains qui sont vus habituellement du dessus ».

Lawrence Ransom a tout à fait raison quand il dit que les iris nains se regardent de haut en bas. C’est même ce qui me fait leur préférer, en général, les grands iris ; qu’on admire presque horizontalement, et dont on apprécie mieux le détail des fleurs, et le parfum. Les iris nains ont d’autres avantages : la précocité, grâce à laquelle ils apportent au jardin leurs vives couleurs à un moment où celles-ci manquent passablement, et la grande variété, justement, des coloris et combinaisons de coloris. Prenez les partenaires du couple VIOLET LULU et COUTURE STAR. VIOLET LULU est un SDB de Bee Warburton enregistré en 1985, décrit comme « pétales d’un pur bleu violet, blancs à la base ; sépales violets, blancs aux épaules et sous les barbes, blanches. » COUTURE STAR (Ransom 96) – qui aurait du s’appeler HAUTE COUTURE si J. Gatty n’avait pas choisi, la même année, ce nom pour l’un de ses fameux iris roses – est un plicata où se mêlent le blanc, bien sûr, le bleu lavande et l’acajou. A la génération précédente on trouve DESIGN (Warburton 81) un luminata violet, HONEY MIST (Warburton 82), un autre plicata, lavande et ocre, PIGEON (Hager 87), un joli bleu glycine soutenu, et TRESCOLS (Kurzmann 89) une étrangeté, sélectionnée par Jean Peyrard parmi les semis du professeur autrichien Franz Kurzmann, qui va du gris au vert olive veiné de brun.

La généalogie de VIOLET LULU est assez simple et se recoupe au niveau des grands-parents (JENNIE GRACE –Warburton 77- ) et remonte au plicata des frères Sass MINNIE COLQUITT qui fut une célébrité dans les années 40. Celle de PIGEON, en revanche, est d’une plus grande complexité et fait appel, d’un côté à JUST DANDY (Hager 82), lilas vif, plus foncé sous les barbes, qui comporte deux particularités génétiques : d’une part il résulte d’un croisement « inbreeding » puisque ses deux parents sont une seule et même variété, d’autre part il descend d’un mini-iris, KNICK KNACK (Greenlee 59), lui même issu de la toute petite espèce (12cm) I. cretica, découverte en 1929 en Crête ; par ailleurs parmi ses ancêtres il y a un grand iris, AZURE SKIES, et un hybride de pumila à 36 chromosomes, APRIL MORN. De l’autre côté, PIGEON provient de ce qui s’est fait de mieux, en matière de SDB, dans les années 60, avec HELLO (Gatty 67), blanc avec un spot bleu, qui descend de CHIVALRY et d’un pumila originaire de Roumanie, SULINA (1), et SUNNY HEART (Alta Brown 63), blanc taché de jaune avec barbes bleues, descendant direct de SNOW FLURRY.

Avec un tel panel de variétés intéressantes, il n’est pas tellement surprenant que le croisement réalisé par Lawrence Ransom ait donné d’aussi brillants résultats. Cependant, comme toujours en la matière, une part de chance s’ajoute à la pertinence des choix de géniteurs. Le croisement VIOLET LULU X COUTURE STAR va nous permettre, dès le printemps prochain de faire la connaissance de quatre de ses rejetons, ANGE BLEU (Ransom 2003), JOUJOU (Ransom 2003), MERCI (Ransom 2003) et ZINZIN (Ransom 2003), tous dans les tons de bleu, avec des différences dans la disposition des couleurs, et l’omniprésence du blanc qui valorise le reste. Il paraît qu’autant d’autres variétés sont en attente pour les années à venir. Tant mieux ! Et bravo !

(1) Le même SULINA, associé au célèbre TB de Paul Cook MELODRAMA, se trouve également dans la partie inférieure du tableau généalogique de PIGEON.

26.6.03

L’ENIGME DE LA SEMAINE

THEOLOGIE

Parmi ces variétés, une n’est pas semblable aux autres. Laquelle ?
· PIETY
· DEITY
· DIVINITY
· IMMORTALITY
· TRINITY

RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

NATHALIE WOOD. Les quatre autres vedettes ont l’honneur d’avoir un iris portant leur nom.

LATIN …SOMETHING

Il en est des noms d’iris comme du reste : il y a des modes. Prenez par exemple les noms qui commencent par ‘LATIN’. La mode a été lancée par le célèbre LATIN LOVER enregistré par George Shoop en 1969. Auparavant, depuis 1950, une seule variété avait reçu un nom commençant par ’LATIN’, il s’agit d’un iris resté assez obscur : LATIN QUARTER (Janet Nelson 60), un brun avec un spot bleu sous les barbes oranges. LATIN LOVER a lancé une mode et pendant vingt ans donner un nom où se trouve le mot ‘LATIN’ a été très tendance. On a décliné le mot ‘LATIN’ avec plus ou moins de bonheur, mais pas dans n’importe quel sens.

La mode LATIN LOVER est celle des iris aux pétales dérivant du rose ou de l’orchidée, sur des sépales dans les tons de grenat ou de pourpre avec, petite coquetterie supplémentaire, un ourlet autour des sépales rappelant la couleur des pétales. Entre 69 et 88 il y en a eu huit !

LATIN LILT (Framke 69) présente certaines similitudes d’aspect avec son fameux contemporain, il a des pétales chamois et des sépales fuchsia. Désormais à l’exception de LATIN ARTS (Wight 83), une autre variété sans importance majeure, qui est de deux tons de lavande (proche de la couleur de sa « mère » BEAUX ARTS) mais qui est néanmoins issu de LATIN LOVER (d’où son nom, relevant du jeu de mots), tous les iris ‘LATIN quelque chose’ seront proches par les couleurs de leur illustre prédécesseur.

LATIN TEMPO (Blyth 73) inaugure la série. Il est rose sur magenta avec barbes mandarine et a donné naissance à tout plein de semis valeureux. Il n’a pas les mêmes origines que LATIN LOVER, lequel est issu d’un semis de WHOLE CLOTH (Cook 57) x WINE AND ROSES (Hall 63) ; l’un étant une célébrité à la base de très nombreux iris amoenas et bicolores, le second, bien connu également mais aux origines incertaines, affichant les deux couleurs qui ont fait le succès de son enfant. LATIN TEMPO provient d’un autre croisement où interviennent CLAUDIA RENE (Gaulter 63) et PIPES OF PAN (O. Brown 63). Le coloris lui-même n’est pas une nouveauté, des iris de ce modèle existent depuis longtemps, par exemple DIRECTEUR PINELLE (Vilmorin 32) ou DÉPUTÉ NOMBLOT (Cayeux 29). Mais – toujours la mode -, le succès de LATIN LOVER intéresse bien des obtenteurs.

George Shoop lui-même file la métaphore : en 1978 il enregistre LATIN LADY. , Cette dame descend de LATIN LOVER dont elle reprend la disposition des couleurs. Ses pétales sont blancs touchés de lavande, ses sépales sont pourpres liserés du blanc rosé des pétales. La barbe, mandarine vif, est la signature de G. Shoop.

Un certain LATIN AMIGO (Busch 81) fait ensuite son apparition. Toujours le même modèle, mais en plus foncé : pétales rose pourpré, sépales rouge vin et barbes bronze. Le liseré n’est pas au rendez-vous. Le succès non plus. LATIN LOVER se trouve dans le pedigree, de même que WINE AND ROSES, pour faire bonne mesure.

Mieux connu, me semble-t-il, est LATIN HIDEAWAY (H. Nichols 84). Les pétales sont chamois rosé, les sépales magenta foncé, avec un très mince liseré chamoisé et des barbes oranges. L’aspect est très voisin, les origines voisines de celles de LATIN TEMPO, car cet iris américain à des ascendances australiennes où l’on retrouve PIPES OF PAN.

En Australie, justement, Barry Blyth poursuit ses recherches dans les bicolores. Par un chemin très différent, il obtient un cultivar qui s’approche vigoureusement du fameux LATIN LOVER, et il le baptise LATIN LARK (88). Par rapport à son modèle, les différences se situent dans la clarté des couleurs et la forme, plus moderne, évidemment, de la fleur. Parmi ces ancêtres il y a BARCELONA (O. Brown 67) qui était déjà beige et pourpre, et qui figure également dans le patrimoine de LATIN HIDEAWAY dont on a parlé ci-dessus.

En 84 l’usine Schreiner avait produit LATIN ROCK, qui se situe dans la même gamme de coloris et doit son nom à cette circonstance. LATIN ROCK est rose doré, peut-être pêche, pour les pétales, prune pour les sépales avec un imperceptible cerne clair. Ses origines sont incertaines car toute son ascendance paternelle est déclarée inconnue. Apparemment rien du côté maternel ne le prédestinait à ressembler à LATIN LOVER…

Le dernier de la série semble être LATIN MELODY (Nichols 88) qui réunit une nouvelle fois les ingrédients des précédents : pétales ivoire pourpré, sépales pourpres liserés de rose orchidée, barbes oranges. Il n’y a pas de quoi s’en étonner : il descend directement de LATIN LOVER !

Depuis celui-là, plus de ‘LATIN Something’. La mode est sans doute passée ou le sujet un peu trop éculé. Le séducteur italien ne séduit plus. Il doit être devenu trop vieux. C’est la destinée, un peu amère, de tous les séducteurs !

20.6.03

L’ENIGME DE LA SEMAINE

LES STARS

Parmi ces stars, il y en a une qui n’est pas la marraine d’iris, laquelle ?
· DEBBIE REYNOLDS
· JOAN CRAWFORD
· MARIE JOSÉ NAT
· NATHALIE WOOD
· RHONDA FLEMING


RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

HAPPY BRIDE (Neva Sexton 73). Les quatre autres désignent une mariée appartenant à un groupe ou une nation.

BELLE DE NUIT

Savez-vous combien de fois on retrouve WHOLE CLOTH (Cook 57) dans l’arbre généalogique de BELLE DE NUIT (R.Cayeux 99) ? Au moins huit fois ! C’est dire si cette variété, qui fait partie des variétés de base de l’iridophilie moderne, a été abondamment utilisée pour obtenir des iris amoenas et bicolores. Mais si l’on compare les images de WHOLE CLOTH et de BELLE DE NUIT, on constate le chemin parcouru en quarante ans d’hybridation. WHOLE CLOTH a des pétales blanc laiteux et des sépales mauves, la barbe est blanche pointée orange ; l’ensemble est un peu terne et la fleur, parfaitement proportionnée, ne présente que de très discrètes ondulations, bien dans le style des années 50/60. BELLE DE NUIT propose des pétales bleu de lin, clairs, et des sépales violet pensée, cernés du bleu des pétales, avec des barbes vermillon. Couleurs contrastées, fleurs spectaculaires, touffes plantureuses. On comprend pourquoi cette variété a emporté les suffrages des juges (techniciens et simples amateurs) du concours Iriades 2003, qui lui ont attribué la médaille d’or.

Pour aller de WHOLE CLOTH à BELLE DE NUIT il a fallu cinq à six générations d’iris et un tour complet du monde. Les origines de sa généalogie se situent évidemment aux Etats-Unis, à la fin des années 50. C’est là-bas que sont nés tous ses premiers ancêtres. Mais son côté maternel s’est développé en Australie, tandis que ses antécédents paternels sont français sur plusieurs générations. Les parents de BELLE DE NUIT sont, côté femelle, IN TOWN (Blyth 85) un bitone violet à barbes minium, et côté mâle, REBECCA PERRET (J. Cayeux 93), le plus clair des célèbres iris tricolores de la maison Cayeux. Les antécédents d’IN TOWN sont tous des obtentions de Barry Blyth. A la première génération il y a TOMORROW’S CHILD (81) x MAGIC MAN (79) , deux variétés somme toute très voisines en coloris. Toutes deux sont des bitones indigo avec un cerne plus clair sur les sépales et des barbes vermillon, les couleurs de BELLE DE NUIT, mais en plus sombre. Dans les racines de TOMORROW’S CHILD, s’il y a des amoenas bleus (CHILD OF FORTUNE –79 ; OUTER LIMITS – 72), on trouve aussi des amoenas orchidée (LISA ANN – 77 ) et pêche (SNOW PEACH – Shoop 71) et, plusieurs fois, des bicolores orchidée (LATIN TEMPO – 73) ; (FANFARE ORCHID – B. Jones 65), par lesquels on remonte jusqu’au fameux WHOLE CLOTH qui apparaît à cinq reprises, en compagnie d’autres incontournables comme CLAUDIA RENE (Gaulter 63), LILAC CHAMPAGNE (Hamblen 65), PALOMINO (Hall 51) ou ARCTIC FLAME (Fay 60).

L’autre moitié du tableau se situe longuement dans la sphère des productions de Jean Cayeux, avec CONDOTTIERE (78), son descendant ALIZÉS (91), et son parent FALBALA (78). Mais ni l’Amérique, ni l’Australie ne sont bien loin. Il y a le tricolore DELPHI (Shoop 79) aux origines obscures, mais où se place néanmoins l’inévitable WHOLE CLOTH, le rose PINK TAFFETA (Rudolph 65) derrière lequel il y a …ARCTIC FLAME et FLEETA (Fay 56), le bleu TRITON (Julander 62) qui remonte à WHOLE CLOTH, et une touche d’Australiens : LUNAR RAINBOW (76), variegata pêche / campanule, issu du croisement de LATIN TEMPO (voir plus haut) et de CEBANYON (Blyth 74) qui descend de LILAC CHAMPAGNE et, par conséquent de WHOLE CLOTH !

Avec BELLE DE NUIT, la boucle est bouclée. Sont touchés les trois pôles de l’iridophilie que sont les USA, d’où viennent tous les iris de base, l’Australie, avec le travail considérable de Barry Blyth, notamment sur les bicolores, et la France où brillent les noms de Jean Cayeux et de son fils Richard. BELLE DE NUIT est un évident produit d’une mondialisation qui n’est plus une idée de technocrates, même parmi les iris.

14.6.03

LA GRANDE FAMILLE DES PLICATAS

Les iris plicatas constituent une catégorie tout à fait remarquable. Il y a en effet peu de fleurs (hormis les roses, peut-être) qui présentent ces dessins caractéristiques, ces pointillés de couleur sombre sur fond clair. Mais ce qu’il y a de plus intéressant encore, c’est que ces pointillés peuvent se présenter avec un nombre pratiquement infini de variations.

Commençons par la couleur de fond : Celle-ci peut être le blanc, ou bien un lit de pigments qui peuvent varier du crème au jaune, au rose à l’orange. Cette couleur de fond peut être appliquée uniformément, mais cela n’est pas toujours le cas, par exemple la plupart des plicatas roses auront des épaules teintées de saumon en raison de la présence de plusieurs pigments. Le fond est ensuite plus ou moins recouvert par le motif plicata. Celui-ci est constitué par un pigment violacé (lavande, bleu, violet, pourpre ou rose orchidée) qui ne se mélange pas avec le pigment du fond.

La variété la plus emblématique du modèle plicata est sans conteste STEPPING OUT (Schreiner 64). On peut le décrire comme ayant des pétales colorés, dont les côtes et le cœur s’éclaircissent et tendent vers le blanc, et des sépales blancs, plus ou moins piquetés de la couleur des pétales, avec une densité croissante des points de couleur en allant vers le bord, jusqu’à un liseré, plus ou moins large, entièrement coloré. Les variétés de ce modèle sont franchement innombrables aujourd’hui. A l’origine le dessin plicata ne se faisait guère qu’en violet, mais aujourd’hui on rencontre des plicatas « classiques» dans tous les tons, du rose (PINK CONFETTI — Gibson 76), au pourpre (CRINOLINE — Schreiner 65), au magenta (INDISCREET — Ghio 88) et au brun (DESERT RENEGADE — Ernst 92).

Le fond blanc peut aussi, comme on l’a dit plus haut, être remplacé par le rose ou le jaune. C’est le cas par exemple chez GIGOLO (Keppel 84).

La densité des « pixels» sur les sépales peut être telle que ceux-ci semblent presque de la couleur des pétales, sauf sous les barbes où l’on distingue le plumetis. On peut en prendre pour exemple la variété CHIEF HEMATITE (Gibson 83). Le fond est presque totalement recouvert par les pigments qui constituent la coloration brun-rouge de cet iris.

Une autre variante aboutit à ce que les pétales et les sépales soient équitablement colorés. La variété CYCLES (Mc Whirter 85) se présente ainsi : le fond blanc apparaît sur les côtes des pétales et sous les barbes, où il est aussi veiné de bleu.

Il arrive aussi que le dessin plicata se montre plus discret : les pétales sont en majorité blancs (ou clairs), de même que les sépales. La coloration se réfugie tout au bord et forme un liseré plus ou moins large et dense. Prenez STITCH IN TIME (Schreiner 78) ou RARE TREAT (Schreiner 87) dans les tons de violet, et vous verrez.

La situation extrême consiste à ne laisser la couleur foncée et le dessin apparents que sur une toute petite partie de la fleur, comme dans LIGHTLY SEASONED (Zurbrigg 79) où le pourpre du plicata ne fait son apparition que, très délicatement, sous les barbes. C’est un plicata minimaliste : en effet s’il apparaît quelque part, le dessin plicata commence toujours par les parties hautes des sépales, autour des barbes et sur les épaules. De la même façon, il faut être très attentif pour s’apercevoir que LACED COTTON (Schreiner 80) est aussi un plicata, tant la trace de couleur est faible, mais il est vrai qu’on trouve d’infimes et rares points rose orchidée sur les épaules. Dans un article qu’il a publié récemment, Keith Keppel nous confirme que c’est bien un plicata car, dit-il, en croisant LACED COTTON avec un plicata, on obtiendra des plicatas (le modèle plicata étant récessif, il faut que les deux parents soient plicatas pour qu’il réapparaisse).

Les choses se compliquent quand la couleur additionnelle des pétales n’est pas la même que celle des sépales. Ainsi les pétales peuvent paraître uniformément mauves, et les sépales, blancs, être marqués de dessins violets. C’est le cas chez SPINNING WHEEL (Nearpass 74) et ACOMA (Magee 90) pour les bleus ou de CUPID’S ARROW (Ghio 90) pour les roses.. Cela constitue le modèle que l’on peut qualifier de néglecta/plicata, et qui comporte encore une variante, quand la couleur foncée envahit presque complètement les sépales. Cas de THEATRE (Keppel 81).

Les pétales peuvent être totalement dépourvus de pigments violacés. La fleur ressemble à celle d’un amoena dont les sépales ne seraient pas uniformément colorés. SNOWBROOK (Keppel 87) en est la parfaite illustration. Le nom de Keppel apparaît souvent quand on parle d’iris plicata. C’est en effet de nos jours le plus éminent spécialiste du genre. Il se baptise lui-même M. Plicata ! Il a exploré toutes les facettes du genre car c’est un homme méthodique et rigoureux. Ses plicatas sont très nombreux et, pour n’en citer que quelques-uns, bien connus des amateurs français, on parlera de FOCUS (76) GENTLE RAIN (77), PATINA (78), ou, plus récents, ROSARITA (89) et SNEEZY (96).

Avec un iris comme QUEEN IN CALICO (Gibson 80), on ne sait plus très bien qui domine, du fond clair ou de la « peinture » plicata. Pétales et sépales sont colorés, mais des stries claires apparaissent, plus ou moins nettes. Même présentation pour RUSTIC DANCE (Gibson 80). Jim Gibson fut, avant Keith Keppel, le maître des plicatas. Chez lui c’est ce modèle qui domine, les iris différents semblant n’être que des avatars survenus au hasard de ses recherches. Citons WILD APACHE (65), plicata prune, GOING MY WAY (72) plicata violet, CASINO QUEEN (71), plicata rose…

Passons pour finir aux variegata/plicatas, autrement dit les iris qui ont des pétales dans les tons de jaune, et des sépales au fond blanc, généralement vigoureusement marqué de brun ou de pourpre. Les meilleurs exemples en sont BROADWAY (Keppel 81) et KILT TILT (Gibson 70), mais les apparences sont multiples et variées, depuis le très discret GYPSY WOMAN (Schreiner 84), jusqu’aux riches THUNDER ECHO (Gibson 87), 0H BABE (Anderson 84) ou POINT MADE (Innerst 88). C’est un modèle, en effet, qui intéresse beaucoup d’hybrideurs car, dans une collection, il attire nécessairement l’œil, même si ce n’est pas le modèle le plus recherché par les acheteurs.

Sans doute de nouveaux modèles de plicatas apparaîtront-ils dans le futur, mais dès à présent cette grande famille a de quoi enthousiasmer tous les amateurs d’iris, tant par sa diversité que par la richesse et l’originalité des coloris rencontrés.

Sources : Exposé de Keith Keppel aux abonnés du forum de discussion « Iris Talk » (Fev. 2003)

12.6.03

JUGER UN IRIS

Un ami des fleurs qui se promène dans un jardin est attiré en priorité par la fleur elle-même devant laquelle il passe. Il s’enthousiasmera pour celle qui lui paraîtra la plus belle, celle qui flattera le plus son regard et vers qui penchera son cœur. Les iris ne font pas exception à cette règle, bien au contraire, car leurs fleurs sont en général volumineuses, richement colorées et mises en valeur par une haute tige.

Cependant la fleur n’est pas le seul élément qui compte dans une plante d’ornement. Encore faut-il que la plante elle-même soit robuste, bien saine, qu’elle porte un grand nombre de fleurs et qu’elle permette à chacune de celles-ci de donner toute sa splendeur et de durer le plus longtemps possible avant l’inexorable flétrissure. Voilà pourquoi l’avis de l’amateur d’iris et celui de l’iridophile averti divergent bien souvent.

Pour juger un iris, en particulier dans les compétitions comme à Florence, les juges vont examiner trois catégories de critères :
· la présentation générale de l’iris,
· la plante elle-même,
· la fleur.
· Depuis quelques années un critère supplémentaire a été retenu, le parfum.
Chacune de ces catégories comporte trois critères à apprécier. Pour la présentation générale, il s’agit de l’originalité de l’obtention (qui influe sur l’attrait de la variété), de la puissance de multiplication (qui donne une idée de la vigueur de la plante et joue sur son côté commercial) et de la qualité du feuillage (gage de bonne santé et de belle présentation). Pour la plante elle-même, les critères à examiner sont le branchement (nombre de branches d’une tige florale, manière dont chacune de ces branches se positionne par rapport à la tige), le nombre de boutons floraux (qui implique la richesse ou la pauvreté de la floraison) et l’échelonnement de la floraison (il ne faut pas que tous les boutons s’ouvrent en même temps, de façon que l’iris reste longtemps en fleurs). Pour ce qui est de la fleur, enfin, les juges s’interrogent sur l’harmonie des couleurs, la forme et les dimensions des corolles, sur la substance, c’est à dire l’épaisseur et la solidité des pétales et sépales, gages de bonne tenue et de résistance aux intempéries, et pour terminer sur le parfum, qui a pris une certaine importance depuis quelques années car c’est un attrait de l’iris qu’il serait dommage de négliger..

Ces critères n’ont cependant pas la même importance, aussi un coefficient multiplicateur est-il attribué à chacun. L’ensemble de ces coefficients donne un total de cent points. Les meilleurs iris seront ceux qui s’approcheront le plus de ce chiffre.

Les hybrideurs, au moment de la sélection de leurs cultivars doivent appliquer les mêmes critères. Ils n’auront pas forcément le même avis que des juges indépendants, mais au moins leur choix sera dicté par des éléments décisifs et leur décision plus réfléchie. En ce domaine les professionnels se montrent souvent plus rigoureux que les amateurs : ils n’agissent pas dans les mêmes conditions et ils réagissent de façon moins affective. On reconnaît un grand de l’hybridation autant dans son génie des croisements que dans la rigueur de sa sélection.

Après quelques jours d'absence, me revoilà !

L’ENIGME DE LA SEMAINE

VIVE LA MARIÉE !

Quelle est, de ces cinq variétés, celle qui n’est pas sur la même longueur d’onde ?
· AMAZON BRIDE
· COUNTRY BRIDE
· FIRE BRIDE
· GYPSY BRIDE
· HAPPY BRIDE


RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

ALLAGLOW (Tompkins 58) et INDIGLOW (Shortman 57)
L’un et l’autre ont obtenu le Florin d’Or au concours de Florence.
Le premier en 1960, le second en 1962.

1.6.03

L’ENIGME DE LA SEMAINE

UN « GLOW » PROBLEME.
Deux des variétés ci-dessous se sont spécialement distinguées. Lesquelles ?
ALLAGLOW
DAY GLOW
DURAGLOW
INDIGLOW
LOVELY GLOW
Réponse la semaine prochaine.
AUX JARDINS DE BROCELIANDE

La manifestation baptisée « Iriades 2003 » s’est déroulée les 23 et 24 mai 2003 aux Jardins de Brocéliande, à Bréal sous Montfort en Ille et Vilaine. Elle avait pour but de désigner les meilleurs iris hybridés en France dans les années 90. Plus de cinquante variétés étaient en compétition, mais les circonstances, essentiellement météorologiques, n’ont pas permis au jury de les apprécier toutes. Certaines avaient terminé leur floraison, d’autres, trop nombreuses, n’étaient pas encore en fleurs, d’autres enfin avaient souffert excessivement des gelées tardives. Bref il n’en restait que dix-neuf en état de concourir… Il faut dire que les Jardins de Brocéliande présentent des conditions qui peuvent perturber la végétation des iris hybrides modernes, dont la robustesse n’est pas forcément la qualité principale. Le terrain est lourd, humide en plusieurs endroits et exposé au vent dominant d’ouest.

En dépit de cela, les iris, en compétition ou non, étaient impeccablement cultivés et les abords méticuleusement entretenus. L’engagement personnel et l’enthousiasme de la responsable du jardin d’iris y est pour beaucoup, de même que la volonté de toute l’équipe de réussir complètement la cérémonie.

La plupart des iris examinés par le jury était des variétés intéressantes, et souvent originales. Bien entendu, il est apparu au dépouillement des appréciations que les produits des hybrideurs professionnels présentaient des caractéristiques qui les plaçaient un peu au dessus du lot, notamment en ce qui concerne les qualités de la plante proprement dite (importance et forme du branchement, nombre de boutons, échelonnement et durée prévisible de la floraison). Mais au plan de l’originalité, de l’harmonie des couleurs et de l’aspect des fleurs, les amateurs faisaient largement jeu égal. Il est évident qu’un professionnel, qui sélectionne parmi des centaines, voire des milliers de semis, est plus à même de retenir des variétés parfaites. Il n’a pas, vis à vis de ses obtentions la même relation affective que celle d’un amateur dont les produits sont un peu les enfants, et qui a tendance à oublier quelquefois les petits défauts. Néanmoins plusieurs variétés d’amateurs ont été retenues pour la finale, ce qui démontre que l’on peut obtenir des iris de grande valeur à tous les niveaux.

Le classement du jury des techniciens de l’iris classait aux trois premières places les variétés suivantes :
MER DU SUD (Cayeux 97)
BELLE DE NUIT (Cayeux 99)
Semis 95-54 A (Laporte, NR) ;
Et c’est encore un iris d’amateur ‘MIGN?RES’ (Bigot, NR) qui arrivait en quatrième place.

Le classement final, après appréciation par les juges « artistiques », a donné :
Iriade d’Or = BELLE DE NUIT
Iriade d’Argent = semis Laporte 95-54 A
Iriade de Bronze = MER DU SUD
C’est une grande satisfaction pour Bernard Laporte de se trouver aussi bien classé. Ce modeste et charmant amateur éclairé ne revient pas de sa bonne fortune ! Désormais son iris devrait se nommer NATHALIE RIHOUET. C’est un superbe amoena inversé, aux pétales bleu tendre et aux sépales blanc laiteux, les fleurs sont amples et bien ondulées, la plante est solide et bien découplée, elle pousse très vigoureusement.

Bravo à Richard Cayeux et bravo à Bernard Laporte !

24.5.03

WABASH

Au Panthéon des iris, il y a forcément une place pour WABASH (Williamson 36) car cette variété, aux pétales blancs et aux sépales bleu pourpré liserés de blanc, a marqué le véritable point de départ des iris amoenas. WABASH est le résultat du croisement de deux autres produits de E. B. Williamson, DOROTHY DIETZ (Williamson 30) et CANTABILE (Williamson 31) Tous deux ont pour parent LENT A. WILLIAMSON (Schull 2 ?), l’un comme « mère » , l’autre comme « père ». Dès qu’il fut mis sur le marché il obtint un large succès et la Médaille de Dykes lui a été attribuée en 1940.

A l’époque, obtenir un amoena était un événement. En effet, pour des raisons que l’on ne s’expliquait pas, alors que de très nombreux bicolors voyaient le jour, les iris blanc sur bleu restaient exceptionnels. On attribuait ce peu de résultats à une relative rareté des parents potentiels et au faible pouvoir germinatif des graines. Le défi d’obtenir des amoenas a provoqué une certaine émulation chez les obtenteurs de l’époque. De grands noms comme Geddes Douglas, Paul Cook ou Robert Schreiner l’ont relevé. C’est cependant Jesse Wills qui, le premier, a fourni une explication basée sur sa propre expérience et sur les travaux de ses confrères. Il a fait le point dans un article publié en 1946 dont Richard Cayeux a donné une excellente traduction dans son livre « L’iris, une fleur royale » (Mauryflor 1996) : « Les croisements entre amoenas, et même entre amoenas et les autres bicolores sont difficiles à réussir ; de plus le taux de germination des graines ainsi obtenues est inférieur à la moyenne. Quant au développement des plantules, il est lent, surtout la première année, ce qui retarde encore la floraison, de sorte que l’on doit souvent attendre la seconde, voire la troisième année, pour porter un jugement sur les iris provenant de ces hybridations. » Il ajoute, d’après ces constatations, que le blanc des pétales est un caractère récessif, et que « si les chances d’obtenir un amoena sont d’une sur trente-cinq, combien petite sont-elles quand seulement cinq ou six semis provenant d’un croisement peuvent pousser et fleurir ». Ces conclusions peu encourageantes ont incité l’AIS, sous la houlette de L.F. Randolph, d’inclure les amoenas dans une étude génétique sur la couleur des fleurs. De nombreux hybrideurs ont profité des études ainsi menées, notamment Geddes Douglas qui a obtenu en 1948 un « petit-fils » de WABASH, le fameux BRIGHT HOUR, dont il a été question dans une précédente chronique.

En dehors de BRIGHT HOUR, les descendants de WABASH n’ont pas été nombreux. En effet une autre voie vers les amoenas a été ouverte par les travaux de Paul Cook et la grande famille issue de PROGENITOR, avec, pour porte-drapeau, WHOLE CLOTH (1958). Il n’empêche que WABASH a été un jalon important dans l’hybridation des amoenas et qu’il a reçu un accueil commercial hors du commun. A tel point qu’aujourd’hui encore, on le trouve un peu partout, dans le jardin de monsieur tout le monde. Grâce à ses couleurs bien nettes et vives, il est toujours présent. Il fait partie de ces variétés qui ont perdu leur identification, mais que l’amateur sait reconnaître du premier coup d’œil, comme certaines autres, indéboulonnables, comme ACCENT (Buss 52) ou ZANTHA (Fay 47).
RETOUR A LA SOURCE

Cela faisait deux ans que je n’étais pas allé au Parc Floral d’Orléans La Source. Comme je ne m’intéresse pas qu’aux iris, j’ai jeté un coup d’œil aux autres plantes en fleur en ce 17 mai 2003 : Thalictrum, Brunnera.... Mais je me suis dirigé en priorité vers les plantations d’iris. J’ai trouvé une situation paradoxale : ce qui devrait être le plus attrayant est dans un état pitoyable, mais ce qui est secondaire (au moins aux yeux du public) est aussi beau que possible. Allez donc savoir !

Parlons d’abord de ce qui fâche. Je pense en particulier au fameux « Mikado », c’est à dire cet espace en demi-lune, clos de murs de pisé, où les iris sont disposés dans des paniers de grillage accrochés à des troncs d’arbres couchés comme les bâtons du célèbre jeu de société. Quand on arrive dans cet espace on ressent une impression de pauvreté, voire de misère. L’amateur d’iris souffre de voir les plantes végéter dans leurs paniers à huîtres, sans force ni fleurs. Un pauvre ANDALOU (Cayeux 95) a fait l’effort d’amener à l’éclosion une fleur unique sur une tige d’environ vingt centimètres… Ceux qui devraient être des grands iris de jardin ne dépassent pas la taille des nains standards, et encore, à la condition qu’ils aient véritablement poussé ! La déception se voit sur les visages des visiteurs, et les commentaires sont à l’avenant. Il est grand temps d’arrêter cette expérience, peut être séduisante sur le papier, mais hérétique sur le plan horticole (comment des iris pourraient-ils pousser dans ces corbeilles sans terre et sans eau ?) tout autant qu’esthétique (un grand iris doit-il être vu par en-dessous ?).

Autre déception, le Critérium de l’Iris. Nous sommes dans la première année d’une nouvelle plantation. Celle-ci a été réalisée en bordure de l’allée principale, donc dans une situation très favorable pour les visiteurs, mais les plantes n’ont guère poussé et la floraison est maigrichonne : sur trente-trois variétés plantées, à peine une vingtaine s’est développée à peu près normalement et, le jour de ma visite, seulement une dizaine était fleurie…Notamment TRIPLE WHAMMY (Hager 90), avec des tiges spectaculaires. Plantation tardive ? Incident de végétation ? On s’interroge sur ce peu de réussite.

Heureusement le visiteur aura eu tout d’abord une bonne impression. En effet le tableau d’iris bleus, que l’on voit de loin, est de toute beauté. Ces milliers de hampes florales fièrement dressées, dans ce camaïeu de bleu qui caractérise si bien l’iris, font assez d’effet pour rendre amoureux des iris tous ceux qui viennent dans ce jardin.

Le véritable amateur d’iris aura intérêt à continuer sa visite jusqu’au jardin de la collection spécialisée. Le chemin est long, mais bien agréable, le long du Loiret, et, là-bas derrière les serres, les planches regorgent de fleurs. Bien sûr les allées sont trop étroites pour que l’on puisse apprécier pleinement toutes les variétés présentes, bien sûr le spécialiste constatera quelques erreurs d’étiquetage, mais en revanche il aura le plaisir de découvrir des variétés un peu oubliées (BLUSHING LEMON –Boushay 73-, BONBON –Gatty 77) ou d’autres franchement récentes, beaucoup d’obtentions françaises, aussi bien de professionnels que d’amateurs (FIDGI de Bernard Lecaplain, ROUCASSIÉ d’Igor Fédoroff…), et ce foisonnement de couleurs qui enchante tous ceux qui viennent jusqu’à ce paradis pour iridophiles.

Je ne regrette certainement pas mon après-midi au Parc de la Source, mais j’ai eu de la peine en constatant que ce qui aurait du être le plus attrayant était ce qu’il y avait de plus décevant. Rien n’est parfait…

16.5.03

L’EFFET « FOGBOUND »

On ne peut pas reprocher à Keith Keppel de manquer de suite dans les idées. Quand il a décidé de s’intéresser aux iris amoenas inversés, il s’est lancé dans une vaste entreprise grâce à laquelle il nous gratifie maintenant chaque année d’un ou deux nouveaux cultivars de ce type.

Un premier aboutissement de ce travail a été WISHFUL THINKING (Keppel 96) qui se situe à l’extrémité d’une lignée où l’on trouve, entre autres, deux variétés porteuses de ce qui constitue l’originalité des amoenas inversés : une coloration des pétales plus vive que celle des sépales. Il s’agit de HONKY TONK BLUES (Schreiner 88 – DM 95) et de BATTLE FURY (Varner 78). Le premier est bien connu de tout le monde et présent dans presque toutes les collections, le second a une moindre réputation, du moins chez nous, car je n’ai pas souvenance qu’il ait été commercialisé en France. C’est un bitone inversé, pétales indigo et sépales parme, avec barbes rouges, qui descend lui-même de WIDE WORLD (Cook 53), un cultivar issu d’un semis de l’iris botanique I. imbricata dont la caractéristique est d’avoir un coloris inversé. S’il se trouve à la fin d’une lignée, WISHFUL THINKING est aussi à l’origine d’une autre. En lui-même, c’est une parfaite réussite : fleur bien coiffée, sépales larges, gracieuses frisettes, coloris original avec des pétales bleu jacinthe palissant vers le bord, des sépales bleu jacinthe très pâle teintés de chartreuse aux épaules, et des barbes jaunes pointées de blanc ; de plus il sent très bon. Mais il n’est pas parfait en ce sens que les sépales sont encore trop colorés pour qui veut un pur amoena bleu/blanc.

Par un chemin voisin de celui ayant abouti à WISHFUL THINKING, K. Keppel a obtenu SPRING SHOWER (93) Dans cette variété également dans les tons de bleu, la coloration se concentre à la base des pièces florales. Les pétales sont presque blancs, les sépales un peu plus colorés, mais le cœur de la fleur est franchement bleu et les barbes blanches pointent en jaune. Ses grands-parents sont quatre variétés valeureuses : VIVIEN (Keppel 79), bleu glycine à barbes mandarine, BATTLE FURY, dont il a été question ci-dessus, SKYBLAZE (Keppel 87 – FO 90), bleu pervenche à barbes vermeilles, et SWIRLING SEAS (Gatty 84), bel indigo à barbes blanches.

WISHFUL THINKING x SPRING SHOWER = FOGBOUND (Keppel 97). Celui-ci est décrit comme ayant des pétales bleutés, bleu glycine au cœur, des sépales blancs à peine rosés à la base, barbes rose orangé à l’extrémité blanche. Il tient de sa « mère » un délicieux parfum. Pour son obtenteur, ce FOGBOUND est une étape primordiale dans sa recherche d’amoenas bleus inversés. Dès son apparition il l’a utilisé dans plusieurs croisements, essentiellement comme parent mâle, et les résultats ont été tout à fait à la hauteur de l’attente.

Bien d’autres hybrideurs ont été tentés par les amoenas inversés. Notamment Joseph Gatty, l ‘ami de Keith Keppel, qui, en partant de EDGE OF WINTER (Schreiner 83), a obtenu IN REVERSE (93) qui est proche de la perfection, avec des pétales nettement bleus et des sépales blanc bleuté ( sans parler de la qualité de la fleur qui a la grâce onduleuse de tous les iris de Gatty). Pour aller encore plus loin, Keppel a croisé cet IN REVERSE avec HONKY TONK BLUES (Schreiner 88) et obtenu CROWNED HEADS (97), encore plus près du but recherché. Les pétales sont bleu glycine vif, plus sombre au cœur, les sépales blanc laiteux, à peine teintés de bleu.

Croiser FOGBOUND et CROWNED HEADS était un moyen d’aller encore plus loin. Keppel l’a fait et cette année il propose un nouvel amoena bleu inversé, ALPENVIEW. Je n’ai pas encore pu voir (en photo !) ce nouvel iris, mais K. Keppel le décrit sans ambages comme « pétales bleu ancolie, sépales blancs ». C’est peut-être un aboutissement, tout comme peut l’être un autre enfant de FOGBOUND proposé cette année, FRIENDLY FIRE qui ajoute une fière barbe rouge, issue, via SPRING SHOWER, de SKYBLAZE et d’un semis orange.

FOGBOUND fournit aussi un fort contingent de nouveaux iris Keppel dans d’autres coloris, au gré des croisements tentés par l’obtenteur, manifestement sous le charme. Il y en avait déjà deux l’an dernier, il y en a trois cette année, et la série n’est sans doute pas finie. BEL ESPRIT (Keppel 2002) résulte du mariage de FOGBOUND et de l’étrange ISLAND DANCER (Shoop 91) aux pétales bruns sur des sépales orange, autre type de coloris inversé. C’est un iris original, rose grisé aux pétales et chamois-beige aux sépales teintés de mauve au cœur, barbes mandarine. CRYSTAL GAZER (Keppel 2002) et son jumeau VENETIAN GLASS (Keppel 2003) proviennent du croisement du bitone rose LOTUS LAND (Keppel 99) et de FOGBOUND. Le premier est un bitone inversé lilas/argent, le second un rose chair très pâle influencé de bleu. La livraison 2003 se termine par PARIS FASHION, produit de VIENNA WALTZ x FOGBOUND, un mélange de rose lilacé lavé de blanc avec une barbe orange.

Avec FOGBOUND le monde des iris a acquis un puissant moteur non seulement vers le parfait amoena inversé, mais encore vers des mélanges de couleurs inédits. Ce n’est pas tous les ans que l’on découvre un tel phénomène. L’effet FOGBOUND ne fait sans doute que commencer.

11.5.03

XXL

La taille standard pour un grand iris est de 90 cm. Mais il en existe de faible hauteur, 70 cm, et des très grands, autour de 120 cm, sans que l’on sache exactement pourquoi telle ou telle variété s’élève ainsi au dessus de la moyenne. J’ai examiné en détail le pedigree des variétés citées ci-dessous. J’ai trouvé une grande diversité d’origines et très peu de traits communs. La nature a encore bien des mystères.

Je ne sais pas si c’est un hasard, ou une mode, mais les iris de grande taille ont été nombreux dans les années 40 et 50. Prenez par exemple NEW SNOW (Fay 46) qui hisse sa neige blanche à 120 cm. Prenez aussi BY LINE (De Forest 52 - primé à Florence en 54), plicata acajou, dont la taille atteint 120 cm également, ou le célèbre ACCENT (Buss 52), brillant variegata, qui avoue 115 cm.

Il faut attendre ensuite les années 80 pour trouver aux Etats-Unis quelques variétés de haute taille. C’est le cas par exemple de ATTENTION CAROLINA (Powell 80), grand blanc marqué de violet, qui atteint 120 cm ; de même pour LULLABY LAND (Tompkins 89) amoena crème et fraise, qui est déclaré pour 125 cm, alors que LADY MADONNA (Schreiner 84), blanc pur, mesure 110 cm. C’est d’ailleurs à ma connaissance le plus grand iris enregistré par la fameuse maison de Salem.

Curieusement, ce ne sont pas les variétés américaines qui se distinguent particulièrement en matière de hauteur. Pour trouver des grands iris vraiment grands, il faut venir en Europe. Notamment en Grande Bretagne, où Brian Dodsworth n’a pas hésité à enregistré des variétés comme COWRIE SHELL (87), dont le nom décrit bien le coloris d’intérieur de coquillage, et qui est haut de 110 cm ; HIGH PEAK (87) vainqueur de la BDM en 90, est un amoena lavande de 110 cm également ; auparavant ARCTIC TERN (84) s’était déjà signalé à 105 cm, et, depuis, SHERWOOD PINK (96), en rose dragée, accuse 110cm. Ajoutons à cette collection britannique le néglecta améthyste sur violet noir PASCOE (Nichol 93) enregistré pour 115 cm. En Allemagne aussi on donne dans le « kolossal » : Dietmar Goerbitz a enregistré son néglecta SALUTE TO DAVE (92) pour 120 cm, DETMOLDER SOMMER (86), indigo à barbes jaunes, pour 110 cm, LIPPISCHER SCHUETZE (97), autre indigo à barbes jaunes, pour 105 cm, de même que le grand bleu DYSELBREOK (91). Chez Manfred Beer on trouve les amoenas JENNY E (91) et MARGIT (91) à 110 cm, et le plicata STEFFI SCHADE à 105 cm.

Il faut attendre les années actuelles pour voir renaître des iris de haute taille : ils étaient délaissés surtout pour cause de fragilité au vent, évidemment, mais peut-être les nouvelles variétés, avec des tiges plus fortes, éloignent-elles ce handicap. En tout cas Larry Johnson, en 99 a enregistré PHEASANT FEATHERS, riche variegata, qui mesure 115 cm, son homonyme Tom Johnson a, lui, obtenu HOOK (2000), au coloris proche de l’inévitable PUNCHLINE mais avec de petits éperons, 120 cm, et KIND HEARTED (2002), amena indigo, 115 cm. Quant à Keith Keppel, son OPEN SEA (2002), superbe bleu pur, fait partie des géants, avec 120 cm. Enfin pour citer une production française, allons voir GLADYS CLARKE (Ransom 2000), qui place à 115 cm ses fleurs rose pêche et blanc.

Cependant c’est dans le lointain Ouzbékistan qu’il faut se rendre pour trouver la plus importante collection d’iris XXL, Adolf Volfovitch-Moler a enregistré tout un paquet de variétés qui atteignent ou dépassent les 110 cm : AUTUMN SONG (97), rare bitone orange, 110 ; RAH RAH BOYS (97), original mélange de crème d’ocre et de caramel, 115 ; SYMFONIJA (92), grand rose foncé tardif, 120 ; HAPPY CHILDHOOD (97), néglecta jaune, 120 ; ASKIA (92), plicata cannelle et bordeaux, 120 ; et, pour terminer en hauteur, AELITA (92), bicolore crème et lilas, 130 cm !

Je cultive les six dernières variétés signalées. Je les ai mises au pied d’un mur qui arrête les vents d’ouest, dominants en Touraine : elles poussent bien, mais j’ai quand même eu des tiges brisées… C’est le risque avec les très grands iris. Mais on peut toujours tenter l’expérience, Ils proposent une autre vision de cette fleur, bien éloignée de celle que donnent les délicieux petits SDB aux coloris si riches et divers, et si sympathiques en début de saison.