23.8.03

L’ENIGME DE LA SEMAINE

BEVERLY SILLS

Une des cinq variétés listées ci-dessous ne fait pas partie des antécédents de BEVERLY SILLS. Laquelle ?

· PINK CAMEO
· PINK PIROUETTE
· PINK SENSATION
· PINK STARLET
· PINK TAFFETA

RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

NEVA SEXTON. Bien que deux de ses variétés aient obtenu la Dykes Medal, Neva Sexton n’a pas été honorée par un iris à son nom.
PONDEROSA

PONDEROSA (68) est la variété vedette de Joseph Ghio. Vedette ? Pourtant il y a bien longtemps qu’on ne la trouve plus dans aucun catalogue, et bien des amateurs doivent ignorer jusqu’à son existence. Cet iris n’a donc pas eu une carrière commerciale flamboyante, mais son obtenteur y a vu un potentiel génétique remarquable et l’a utilisé en abondance dans ses programmes d’hybridation. Je n’ai pas fait le compte, mais je ne suis pas loin de penser qu’une centaine de variétés, essentiellement obtenues par Joë Ghio, sont des enfants ou petits enfants de PONDEROSA.

Cette variété a été commercialisée en 1970. Les pétales en sont roses, légèrement teintés de brun, on peut les dire isabelle ; les sépales, mélange de brun et de violet clair, supportent une barbe cuivre. C’est une fleur plutôt tardive, qui s’élève à la hauteur traditionnelle de 90cm. Rien de très remarquable donc. Mais ce n’est pas sur ce plan qu’il faut se placer quand on parle de PONDEROSA, mais sur celui de ses possibilités génétiques. Cependant, avant d’en parler, examinons son propre pedigree. C’est un produit de DENVER MINT (Knopf 62) par MOON RIVER (Sexton 62). DENVER MINT, dont j’ai fait le portrait il y a environ un an, fait partie de ces iris qui ne paient pas vraiment de mine mais qui ont eu une descendance extraordinaire. Un des pôles de l’iridophilie. Du côté féminin on remonte rapidement à SPANISH PEAKS, un blanc « de base », issu de PURISSIMA, l’ancêtre de la plupart des blancs. SPANISH PEAKS, obtenu dans les années 40 par le Dr Loomis, est à l’origine directe de deux vainqueurs de la DM : FIRST VIOLET (DeForest 51 – DM 56) et SWAN BALLET (Muhlestein 53 – DM 59). Il se trouve aussi dans MISSION TRAILS (Knopf 57) dont un frère de semis est la « mère » de DENVER MINT. Du côté mâle, ce même DENVER MINT provient de GLITTERING AMBER (Hamblen 55), un célèbre iris abricot ambré, issu du fameux PALOMINO, un autre pilier de l’hybridation, obtenu par David Hall. MOON RIVER, le « père » de PONDEROSA, est une variété vieil or unie, qui tient son coloris de base, le jaune, de LIMELIGHT (Hall 52), et son teint cuivré de MIXED EMOTIONS (Sexton 58), un blanc aux épaules marquées de chartreuse. Aussi bien du côté de LIMELIGHT que du côté de MIXED EMOTIONS on arrive à cette lignée d’iris ondulés que David Hall a développée dans les années 40.

Voilà ce qu’on peut dire des antécédents de PONDEROSA. Cependant c’est plutôt vers sa descendance qu’il faut se pencher.

Il est rare qu’une variété signée Joë Ghio soit le résultat d’un unique croisement du genre « variété A x variété B ». Il affectionne les origines plus subtiles, où l’on retrouve le plus souvent quelques croisements de base, non enregistrés, mais utilisés comme source d’éléments génétiques, un peu comme un parfumeur puise dans une série d’essences odorantes pour élaborer un nouveau jus. Il appelle ces astucieux mélanges sa « salade ». PONDEROSA est l’un des ingrédients de cette salade. Prenons l’exemple d’une variété bien connue, le vieux rose DESIGNER GOWN (82) commercialisé en 85. Dans la description complexe qui en est donnée, on trouve en premier lieu le nom de MAGNIFIQUE (76), un blanc à barbes rouges dans le pedigree duquel PONDEROSA apparaît deux fois, l’une dans un croisement avec DEBBY RAIRDON, l’autre avec NEW MOON. Puis apparaît le nom de LOUISE WATTS (70), un bleu lavande bordé de brun, puis le célèbre COMMENTARY (dont j’ai parlé il a quelques mois), puis, par deux fois CLAUDIA RENE (Gaulter 63), un rose marqué de brun, très apprécié en hybridation, puis, par deux fois encore PONDEROSA et, de nouveau, NEW MOON, et, pour terminer, JOYCE TERRY et enfin BEVERLY SILLS. Il existe une soixantaine au moins d’iris signés Ghio qui présentent un arbre généalogique plus ou moins semblable, où PONDEROSA apparaît au moins une fois. La plupart ont une touche de brun rosé. Citons BYGONE ERA (90), rose teinté chocolat, CHUCKLES (87), miel pointillé de magenta, CINNAMON (82), brun cannelle, COFFE HOUSE (77), brun café, DESERT FOX (89), plicata brun sur jaune paille, ENTOURAGE (77), célèbre vieux rose, Florin d’Or en 80, FLAREUP (78), brun doré, INDIAN TERRITORY (80), brun orangé, MALAYSIA (76) brun au cœur d’or, LUAU (76), son frère de semis, brun-grenat, OLDEN DAYS (88), variegata sombre, SAN JOSÉ (78), brun et mauve, VENEER (81), chamois à barbes bronze.

Ghio n’est pas le seul à avoir fait usage de PONDEROSA, quelques autres ont suivi la même voie, comme Lily Gartman pour ALLURING (89), rose chair et blanc, ou HEAVENLY HALO (90), ivoire liseré de jaune plus vif. C’est aussi le cas de Bill Maryott, avec son « rouge » très connu BURGUNDY BUBBLES (87) ou son jaune cuivré CAJUN SPICES (94). Enfin le bitone « rouge » de Mary Dunn, LA FORTUNE, est aussi un enfant de PONDEROSA.

Il y a, comme cela, quelques variétés qui n’ont pas acquis une grande renommée commerciale, mais qui sont des éléments recherchés en hybridation. J’ai déjà abordé le cas de DENVER MINT, de COMMENTARY, de NEW MOON. Celui de PONDEROSA est aussi emblématique, et sans doute un jour en viendrai-je à parler de CLAUDIA RENE ou de CAMBODIA. Mais, comme disait Rudyard Kipling, ceci est une autre histoire…

17.8.03

L’ENIGME DE LA SEMAINE

BEVERLY SILLS

Une des cinq variétés listées ci-dessous ne fait pas partie des antécédents de BEVERLY SILLS. Laquelle ?

· PINK CAMEO
· PINK PIROUETTE
· PINK SENSATION
· PINK STARLET
· PINK TAFFETA

RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

NEVA SEXTON. Bien que deux de ses variétés aient obtenu la Dykes Medal, Neva Sexton n’a pas été honorée par un iris à son nom.
LES GRANDS NOMS DES « FIFTIES »
(deuxième partie)

1956

Avec 56, on entre dans une période où les grandes variétés abondent. Le problème, c’est de choisir les meilleures. Contentons-nous de :
DOTTED SWISS (Sass 56), plicata bleu issu d’une longue lignée de plicatas, déjà un peu démodé dans sa forme au moment de son introduction.
FROST AND FLAME (Hall 56), blanc à barbes rouges, utilisé souvent par la suite, notamment par Larry Gaulter (GLENDALE, TIBURON, SAN LEANDRO…) ;
LA NEGRA FLOR (Crosby 56), bleu nuit, enfant de SABLE NIGHT, Florin d’Or en 59 ;
LYNN HALL (Hall 56), joli rose, à l’origine de QUEEN OF FLORENCE (Mallory 76), Florin d’Or 75 ;
OLYMPIC TORCH (Schreiner 56), un grand orange, tout comme TROPICANA (Sass 56) ;
PRETTY CAROL (Hamblen 56), mauve soutenu, une variété souvent retenue pour des croisements prometteurs ;
RUSTICANA (Schreiner 56), flamboyant jaune cuivré, qui ne fut commercialisé que cinq ans plus tard ;
SYMPHONY (Georgia Hinckle 56), bleu clair, père de BABBLING BROOK ;
VALIMAR (Hamblen 56), rose abricot.
Mais ce fut aussi l’année d’enregistrement de deux iris *** : MELODRAMA (Cook 56) et WHOLE CLOTH (Cook 56), deux des piliers de la production de Paul Cook, qui ont eu une descendance innombrable.

1957

Sûrement l’année qui compte le plus d’iris de grande classe. A commencer par ALLEGIANCE (Cook 57) qui remportera la DM en 64. AMETHYST FLAME (Schreiner 57) sera plus prompt à atteindre cette récompense suprême, puisqu’il l’obtiendra dès 1963. ARCTIC FLAME (Fay 57) ne sera mis sur le marché qu’en 1960. Mais il deviendra l’un des géniteurs les plus recherchés, avec plusieurs dizaines de descendants directs ou indirects. C’est une base dans la recherche des iris blancs à barbes rouges. Sans avoir la même notoriété, CALDRON (Schreiner 57) a aussi été une étape dans l’évolution de l’hybridation. Dans le domaine des rouges et des bruns, cette fois. CAPTAIN GALLANT (Schmelzer 57) est un autre superbe iris grenat. CELESTIAL SNOW, obtenu par le Révérend Charles Reckamp, est un blanc pur dont on retrouve le nom dans le pedigree de nombreuses variétés. Le troisième pilier de la production de Paul Cook s’appelle EMMA COOK et a été enregistré en 57. C’est la premier grand amoena-plicata, que l’on retrouve derrière le très connu ARPEGE (Schreiner 66), mais aussi derrière ALIZES (Cayeux 87) et sa nombreuse progéniture. FAIR LUZON (Hamblen 57) est une rose, très dentelé, qui n’a pas eu beaucoup de succès commercial, mais qui a fait une belle carrière de géniteur (CHRISTMAS RUBIES, NEW ROCHELLE…). HENRY SHAW (Benson 57) est un « blanc de blanc » qui se distingue par l’élégance de ses fleurs et l’intérêt de sa descendance. Florence a consacré en 1962 INDIGLOW (Shortmann 57), un iris indigo que l’on retrouve dans la généalogie, par exemple, de LORD BALTIMORE (Nearpass 69). Le rose abricot MARILYN C. (Crosby 57) est un peu comme FAIR LUZON, plus intéressant en hybridation qu’au jardin. Parmi ses enfants on découvre les deux fameux iris abricot de Cayeux, PIROSKA (76) et ROGER RENARD (76). Il ne faut pas oublier PIETY (Branch 57), qui est un bel iris blanc, petit-fils de SNOW FLURRY. Enfin citons une curiosité, WHITE PALOMINO (Hall 58), qui a d’abord été enregistré en 57 sous le nom de SPRING FESTIVAL et qui a changé l’année suivante de dénomination, mais qui, sous son premier nom, figure au générique de SECOND LOOK (Muhlestein 70) et de STARTLER (Schreiner 78), bien connus en France.

1958

Quelques noms remarquables, pour une année qui se situe dans la moyenne, pas plus :
· ALLAGLOW (Tompkins 58) qui a obtenu le Florin d’Or en 1960 ;
· BRAVADO (Hall 58), un grand iris or, bien connu ;
· EDENITE (Plough 58), fils de GREAT DAY et de SABLE NIGHT, et père de l’inestimable STUDY IN BLACK, et de nombreux autres iris de valeur ;
· FULL CIRCLE (Tompkins 58), un plicata pourpre très célèbre ;
· MADEMOISELLE (Gaulter 58), dans les tons de lavande qui lui plaisaient tant, le premier iris de Larry Gaulter ;
· MY HONEYCOMB (Gibson 58). Les variegata-plicatas sont la spécialité de Jim Gibson, celui-ci est une de ses premières réussites ;
· ORANGE PARADE (Hamblen 58) commercialisé en 59, est un des plus jolis iris abricot :
· REAL DELIGHT (Waters 58), un vrai régal que cet iris abricot deux tons, très frais.

1959

Une douzaine de variétés peuvent être sélectionnées dans la production de cette année. A commencer par BLUE BARON (Schreiner 59) et SPARKLING WATERS, bleu ciel, descendants de HELEN McGREGOR. CHINQUAPIN, CAYENNE CAPERS et FLORADORA FLOUNCE sont les variegata-plicatas de l’année pour Jim Gibson. Tous ont eu une belle descendance, dans laquelle on trouve FLAMENCO (Keppel 77), SPRECKLES (Schreiner 72), KONA COAST (Plough 73), PIUTE PASS (Daling 75) et WILD GINGER (Gibson 62). CHRISTMAS ANGEL (DeForest 59) est le plus bel iris blanc de l’année, tandis que FULL DRESS (O. Brown 59) me paraît être le plus beau jaune et GIANT ROSE, le rose le plus spectaculaire. DeForest a proposé LULA MARGUERITE, curieux gris-bleu bordé de jaune verdâtre, Plough a enregistré RAINBOW GOLD, jaune bouton d’or à barbes mandarine qui a beaucoup servi en hybridation (BRIDE’S HALO, MILESTONE, STARRING ROLE…), et Suiter TOMECO, un grand « rouge » père de VITAFIRE (Schreiner 68). ROCOCO (Schreiner) est sûrement la vedette de 1959. Non seulement c’est un splendide plicata bleu à barbes blanches, mais aussi c’est l’une des variétés maîtresses de l’hybridation de ces quarante dernières années. On ne compte pas ses descendants au nombre desquels on peut cependant citer une DM (TITAN’S GLORY – Schreiner 81), des unicolores de classe (JACK R. DEE – Sexton 74 - , STORM CENTER – Schreiner 79), un fameux amoena (ARPEGE – Schreiner 66), et plein de plicatas (AMERICAN CLASSIC – Schreiner 96 - , FOCUS – Keppel 76 - , SNOWBROOK – Keppel 87).

Voilà terminé le tour des variétés éminentes des « fifties ». Certes le choix est un peu arbitraire, mais quoi qu’il en soit, il donne une idée claire de ce qu’était l’hybridation au cours de ces années, et bon nombre des cultivars décrits restent des vedettes emblématiques de l’hybridation.

10.8.03

L’ENIGME DE LA SEMAINE

LES DAMES DU SÉRAIL

Laquelle de ces hybrideuses n’a pas été marraine d’une variété d’iris ?

· BERNICE ROE
· DOROTHY PALMER
· JOYCE MEEK
· MELBA HAMBLEN
· NEVA SEXTON


RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

EVENING MIST (Robert Dunn 82). Les quatre autres désignent des lieux.

LES GRANDS NOMS DES « FIFTIES »
(première partie)

Les années 50 ont vu l’apparition d’un grand nombre de variétés de grands iris qui ont été des pierres angulaires sur le chemin de l’hybridation moderne, et feuilleter la check-list de cette décennie, c’est comme se pencher sur un album de souvenirs, plein d’images un peu vieillies mais qui rappellent aux amateurs et aux passionnés quelques grandes étapes de l’histoire des grands iris. Passons en revue, année par année, une centaine de ces iris historiques, sans quitter cette fois les Etats-Unis, car les variétés françaises et européennes feront l’objet d’une autre chronique.

1950

C’est l’année de deux grandes vedettes : MARY RANDALL (O. Fay 50) et SABLE NIGHT (P. Cook 50). J’ai fait le portrait du premier nommé dans une chronique publiée il y a plusieurs mois. Cet iris rose vif, allégé de crème, avec des barbes oranges a été salué dès son apparition comme un grand pas en avant, et la Médaille de Dykes est venue le couronner en 54. SABLE NIGHT, un « noir » sensationnel pour l’époque, a obtenu la DM en 55. A côté de ces vedettes, quelques autres méritent qu’on parle d’eux : BALLERINA (David Hall 50), fameux rose flamant, BLACK HILLS (Fay 50), noir, concurrent de SABLE NIGHT et géniteur de nombreux iris noirs ou très foncés, PARTY DRESS (T. Muhlestein 50), un rose dragée, parent de plusieurs iris fort connus, PORT WINE (Sass 50), un plicata rose bruyère, et TRANQUILITY (Fay 50), blanc pur, l’un des premiers descendants de SNOW FLURRY.

1951

Le florilège de cette année commence par FIRST VIOLET (Fred DeForest 51), DM 56, qui résulte comme c’est souvent le cas d’un croisement de bleu (en l’occurrence CHIVALRY) et de blanc (SPANISH PEAK). Ensuite on peut citer PALOMINO (Hall 51), joli rose beige cerné de beige plus foncé, TITIAN GOLD (Rudolph 51), superbe iris vieil or, et le grand blanc WEDDING BOUQUET (Buttrick 51), autre descendant de l’inévitable SNOW FLURRY.

1952

C’est une année riche en iris de grande classe dont certains sont toujours commercialisés cinquante ans plus tard, comme ACCENT (Buss 52), l’un des variegatas les plus lumineux. Le variegata-plicata BY LINE (deForest 52), remarqué à Florence, le jaune LIMELIGHT (Hall 52), le brun INCA CHIEF (Mitsch 52), introduit par Schreiner et largement utilisé par cette maison pour ses bruns (BRASILIA, GAYLIGHTS, RUSTICANA…), l’amoena CLIFFS OF DOVER (Fay 52), le rose HAPPY BIRTHDAY (Hall 52), le blanc FLEETA (Fay 52) surtout connu par ses descendants, sont parmi les plus intéressants, mais la palme revient à deux piliers : ELEONOR’S PRIDE (Watkins 52), élégant bleu ciel, sacré DM en 61, et RIPPLING WATERS (Fay 52), qui n’a été introduit qu’en 61, mais qui est peut-être l’iris le plus utilisé depuis par tous les hybrideurs, tant pour sa couleur, lilas, que pour sa forme, frisée, et ses aptitudes à engendrer des iris remarquables dans toutes les couleurs.

1953

Autre année très riche. Avec des variétés enthousiasmantes comme BLACK TAFFETA (Songer 53), fils du célèbre BLACK FOREST, DARK BOATMAN (Cook 53), autre grand noir, souvent utilisé par la suite, FALL PRIMROSE (G.P. Brown 53), jaune clair, LAVANESQUE (Schreiner 53), mauve, autre fameux géniteur, GREAT DAY (Tompkins 53), orange, JUNE MEREDITH (Muhlestein 53), rose flamant, recherché en hybridation, de même qu’un autre rose, NATIVE DANCER (Fay 53). Cependant les vedettes de l’année sont BLUE SAPPHIRE (Schreiner 53), REHOBETH (deForest 53) et SWAN BALLET (Muhlestein 53). Le premier a obtenu la DM en 58, le second, bleu également, a été sacré Florin d’Or en 57, et le troisième, tout blanc, a remporté la DM en 59.

1954

Il en est des iris comme des grands vins, il y a de grandes années et des petites. 1954 est un petit crû, côté iris. La seule variété remarquable cette année là a été HARBOR BLUE (Schreiner 54), que l’on trouve toujours dans les catalogues généralistes, qui est effectivement un superbe bleu, et qui a eu une longue descendance parmi les bleus, les violets et les blancs.


1955

Ce n’est pas non plus une très grande année. L’attention se portera néanmoins sur BRIGADOON (Tompkins 55), vivement coloré de pourpre fuchsia, BUTTERSCOTCH KISS (Plough 55), jaune aux sépales veinés de brun, une couleur fréquente chez Gordon Plough, CHARMAINE (Hamblen 55), beau jaune d’or centré de blanc, CHINESE CORAL (Fay 55), célèbre rose corail à barbes rouges, GLITTERING AMBER (Hamblen 55), rose abricot, et surtout TECHNY CHIMES (Reckamp 55), fameux jaune à barbes oranges, que l’on retrouve dans CATALYST, MARMALADE ou PUNKIN.

1.8.03

L’ENIGME DE LA SEMAINE

DANS LES BRUMES

Quel est l’intrus dans cette liste un peu brumeuse ?

· COASTAL MIST
· EVENING MIST
· PACIFIC MIST
· SIERRA MIST
· WILLAMETTE MIST


RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

FINALIST (Joe Gatty 93), c’est une situation, pas une qualité !

UN PARCOURS SANS FAUTE

La Médaille de Dykes 2003 est allée à CELEBRATION SONG (Schreiner 93). Une première constatation est qu’il faut maintenant environ dix ans pour obtenir la récompense suprême. Cela fait en effet trois ans que les lauréats sont des iris « adultes », qui ont fait carrière à travers le monde et qui ont généralement déjà une importante descendance : YAQUINA BLUE, vainqueur en 2001, date de 1992, MESMERIZER, DM 2002, a été enregistré en 1991, et CELEBRATION SONG a été couronné l’année de son dixième anniversaire.

J’ai déjà parlé de CELEBRATION SONG il y a quelques mois. Je ne reviendrai donc pas sur ses caractéristiques, mais seulement sur son parcours dans la carrière des honneurs iridophiliques.

Première récompense en 95, avec une HM (Honorable Mention), en quatorzième position, derrière STAIRWAY TO HEAVEN (Lauer 93) qui le devança aussi pour la DM, qu’il a obtenue en 2000.

En 96, Florin d’Or au Concours de Florence, en 97 AM (Award of Merit), toujours derrière STAIRWAY TO HEAVEN.

En 1999 le nom de CELEBRATION SONG apparaît de nouveau dans un palmarès, en cinquième position pour la Wister Medal ; en 2000 il est toujours en course pour cette même Wister Medal, et il la rate de peu puisqu’il termine en seconde position, derrière MESMERIZER.

Les choses sérieuses commencent en 2001, où il arrive en troisième position pour la Médaille de Dykes, toujours derrière MESMERIZER. En 2002, encore une fois devancé par MESMERIZER, il s’octroie la deuxième marche du podium de la DM. Encore un petit peu de patience et ce sera bon en 2003. Ouf, la DM, enfin !

CELEBRATION SONG en a terminé avec les distinctions honorifiques. Il a par ailleurs fait une belle carrière commerciale : il est à l’affiche de presque tous les catalogues d’iris du monde, et sa DM va lui assurer un renouveau de popularité. En sera-t-il de même avec FANCY WOMAN (Keppel 95), qui a suivi une voie fort proche et qui a reçu la Wister Medal cette année ? On peut prendre les paris !

26.7.03

L’ENIGME DE LA SEMAINE

QUALITÉS

Dans l’énumération ci-dessous il y a une anomalie. Quelle variété ne réunit pas les mêmes critères que les autres ?

· ALTRUIST
· FEMINIST
· FINALIST
· LOYALIST
· ROYALIST


RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

PEACH SPOT (George Shoop 73). Les quatre autres sont bonnes à manger… ou à boire.

GRANDES ONDES

Tout le monde des iris, et « The World of Irises » en tête, admet que les ondulations qui donnent tant de charme aux iris modernes proviennent du fameux SNOW FLURRY (Rees 39). Celui-ci aurait transmis à ses descendants cette caractéristique qui avait fait l’effet d’une révolution dans les années 40. Il est vrai que les iris d’aujourd’hui sont pour la plupart animés de grandes ondes qui soulèvent plus ou moins les bords des sépales et des pétales. Il est non moins vrai que ces mêmes iris ont dans leur ascendance une ou plusieurs fois (plusieurs est même le cas le plus général) ce sensationnel SNOW FLURRY.

Pour m’en assurer, j’ai pris, ici et là, quelques iris français de ces dernières années, et j’ai remonté leur pedigree jusqu’aux années 40. Il n’y a pas de doute, SNOW FLURRY est partout ! Prenez, pour commencer TITANIUM (Ransom 2000), ce blanc poudré de mandarine sous les barbes, il a pour parents immédiats TIDE’S IN X(SOAP OPERA X OPERA BOUFFE), ce dernier vient de SPIRIT OF MEMPHIS, qui descend de GRAND BAROQUE, lequel est issu de HENRY SHAW, qui vient de CLIFFS OF DOVER, lequel vient de NEW SNOW, enfant de SNOW FLURRY. Même programme, ou presque pour THALASSO (Ransom 2000), qui a également pour père (SOAP OPERA X OPERA BOUFFE). CUMULUS (Cayeux 2000) remonte à SNOW FLURRY par plusieurs voies. Il est issu de SILVERADO, STARINA, SKYWATCH, HENRY SHAW et on vient de voir la suite.

Voyons si dans une autre couleur le même phénomène apparaît. Prenez STARLETTE ROSE (Cayeux 96). Il provient de PLAYGIRL, qui descend de PINK SLEIGH, qui vient de PINK TAFFETA, ARCTIC FLAME, NEW SNOW et… SNOW FLURRY. FLUTE ENCHANTEE (Anfosso 91) est enfant de BEVERLY SILLS, qui est de VANITY, qui est de PINK TAFFETA et, par là, de SNOW FLURRY ! C’est tout pareil avec des bleus. J’ai pris REVOLUTION (Anfosso 89). Via ACTRESS et FOND WISH, il remonte à RIPPLING WATERS (une merveille d’ondulations) et de là à SNOW FLURRY, mais oui ! Son concurrent dans le genre tricolore, VIVE LA FRANCE (Cayeux 91) se décline en CONDOTTIERE, FALBALA, CHRISTMAS TIME, ARCTIC FLAME… SNOW FLURRY ! Aucune surprise chez les « rouges ». Prenez ROUGISSANT (Cayeux 2002) , il est fils de PERSIAN GOWN, puis on remonte à SILVER SHOWER, CHAMPAGNE MUSIC, NEW SNOW et SNOW FLURRY ! Pas de surprise non plus chez les variegatas : FRISOUNETTE (Ségui 98) est de SPACE BLAZER puis de RIPPLING WATERS, et allons-y, SNOW FLURRY est au bout de la chaîne. L’un de mes préférés, SABLES D’ARGENT (Fédoroff 97), subtile association d’abricot et de bois de rose, est un double descendant de SNOW FLURRY, tant par SUMPTUOUS (mère) que par ENTOURAGE (père). Le premier vient de GLENDALE puis ARCTIC FLAME, le second de SAN LEANDRO et CHAMPAGNE MUSIC. On n’en sort pas. Ou presque pas. TRAPEL (Ségui 82), un bleu sombre qui pousse comme un fou, n’a pas l’air d’avoir du sang SNOW FLURRY, encore que l’on ne sache pas grand’ chose des origines de sa « mère » NAVY STRUT, prolifique géniteur.

Le bénéfice du doute doit-il s’appliquer à RINGO (Shoop 79), l’une des variétés aux ondulations les plus amples, et à ses descendants comme nos petits français ANNE-MARIE CHESNAIS (François 98) ou COLETTE THURILLET (Cayeux 89) ? RINGO remonte à LATI N LOVER, mais on n’a pas de grandes précisions sur l’origine de ce dernier, ni même sur celles de ses autres parents, alors…

Il y a même des iris presque sans ondulations qui ont pour lointain ancêtre ce SNOW FLURRY incontournable ? C’est le cas DAMOISELLE (Ransom 97), une variété assez « plate » ou « tailored » comme on dit aux Amériques, qui se rattache à SNOW FLURRY au moins par son ascendant VANITY. Comme quoi, toute règle à son exception. Mais dans ce cas l’exception peut fort bien provenir d’une autre souche. La généalogie des iris est souvent bien complexe.

En tout cas une chose est sûre : les ondulations, que je trouve si gracieuses, proviennent très certainement de SNOW FLURRY. Mais comment et pourquoi celui-là a-t-il soudain montré cet aspect ? Le mystère SNOW FLURRY reste entier.

20.7.03

DEUX, C’EST MIEUX !

Graeme Grosvenor, l’hybrideur australien de Dural (banlieue de Sydney), vient de voir une de ses créations – PAY THE PRICE - obtenir le Florin d’Or au concours de Florence 2003. Il entre par là dans la catégorie, pas tellement importante, des obtenteurs couronnés deux fois dans cette compétition. Son premier succès avait été pour HELEN DAWN, en 98. Le collège des obtenteurs ayant obtenu deux Florins d’Or se compose seulement de quatre autres grands noms : Paul Black, vainqueur en 92 avec SIGHS AND WHISPERS (89), et en 2002 avec DUDE RANCH (2000) ; Joë Ghio, en 76 pour DIALOGUE (73), et en 80 pour ENTOURAGE (77) ; Jim Gibson, en 65 grâce à LORNA LEE (66), puis en 78 grâce à SPACE BLAZER (76) ; enfin Bryce Williamson, une première fois en 77 pour CHAMBER MUSIC (73), et la seconde en 91 pour PRINCE CHARMING (88). Il n’y a que deux obtenteurs qui aient dépassé ces deux récompenses, Keith Keppel, qui a été honoré trois fois (71 – FOGGY DEW, 83 – WOODCRAFT, 90 – SKYBLAZE) et la firme Schreiner qui l’a emporté sept fois ! En 82 ce fut GOLD GALORE, en 84 TITAN’S GLORY, en 86 STARCREST, en 89 DUSKY CHALLENGER, en 96 CELEBRATION SONG, en 97 CHAMPAGNE WALTZ, et en 2000 DIABOLIQUE. Les autres vainqueurs ne comptent qu’une seule réussite. Il s’agit de :
· Fred DeForest en 57 pour REHOBETH (53) ;
· Tell Muhlestein en 58 pour SWAN BALLET (53), qui remporta le DM en 59 ;
· Luzon Crosby en 59 pour LA NEGRA FLOR (57) ;
· Chet Tompkins en 60 pour ALLAGLOW (58)
· Paul Cook en 61 pour WHOLE CLOTH (56) récompensé de la DM en 62 ;
· W. B. Schortman en 62 pour INDIGLOW (57) ;
· Phillip HUTCHISON (Grande Bretagne), premier vainqueur non Américain, en 63 pour DANCER’S VEIL (59), qui remporta aussi la BDM la même année ;
· Laura Burbridge en 64 pour MIDNIGHT WALTZ (59) ;
· Larry Gaulter en 67 pour CHRISTIE ANNE (63) ;
· David Lyon en 68 pour BEWITCHING (65) ;
· Cora May Pickard en 69 pour IRISH CHARMER (65) ;
· Maynard Knopf en 70 pour LAUNCHING PAD (67)
· M. Specht (Italie) en 73 pour ROSSO FIORENTINO, une variété jamais enregistrée ;
· Bernice Roe en 74 pour SUNSET SKY (69) ;
· Robert Mallory en 75 pour QUEEN OF FLORENCE (76) ;
· Ben Hager en 81 pour BEVERLY SILLS (79), l’illustrissime DM de 85 ;
· Le Tchèque Wojtek Smid en 85 pour LIBON – jamais enregistré ;
· Sterling Innerst en 87 pour MISSY YORKTOWNE (84) ;
· Monty Byers en 93 pour CONJURATION (89) qui obtint la DM en 98 ;
· Franklin Carr en 94 pour STEADFAST LOVE (94) ;
· Adolf Volfovitch-Moler (Ouzbekistan) en 95 pour IKAR (92) ;
· Valeria Romoli (Italie) en 99 pour SETTIMO CIELO (99) ;
· Robert Stetson en 2001 pour H.C. STETSON (87).

Une spécialité du Concours de Florence est de couronner souvent des obtenteurs peu ou pas connus, voire des amateurs talentueux et chanceux. Il est remarquable à ce propos de constater que des grands noms de l’iridophilie ne figurent pas au palmarès, soit qu’ils n’aient pas participé soit que leurs variétés n’aient pas été au mieux de leur forme au moment de la compétition. Car il ne s’agit pas d’une épreuve s’étalant sur une longue période d’appréciation, comme la Médaille de Dykes, mais d’un concours pour lequel il faut que la plante soit bien poussée et en fleurs une semaine donnée. Il y a un facteur de chance incontestable, qui peut faire le jeu des « petits ».

Graeme Grosvenor, lui, fait partie à la fois des hybrideurs ayant pignon sur rue et des compétiteurs chanceux. Dans son pays, il dépasse en récompenses officielles son confrère Barry Blyth. Il thésaurise actuellement quatre Australasian Dykes Medal (ADM) et deux autres récompenses australiennes, et son nom est aussi cité pour deux FO, comme on vient de voir, un Florin d’Argent et un quatrième prix de Florence. Voici les noms de ces lauréats :
· AZURE ANGEL (94), ISA 96 ;
· FIRST MOVEMENT (90), ADM 92 ;
· HILLS DISTRICT (95), ADM 97 ;
· NEW TUNE (93), JM 96 ;
· REAP THE REWARDS (2003), 4eme Florence 2003 ;
· RIBANDS (93), ADM 99 ;
· SIDNEY (98), Florin d’Argent 98 ;
· TEMPTONE (93), ADM 96.

Il n’est encore âgé que de 67 ans, ce qui laisse présager que l’avenir peut encore lui sourire. Les amateurs européens ne peuvent que regretter que ses obtentions soient encore aussi rares dans les catalogues de l’hémisphère nord, et, notamment, européens, car elles ont forcément leur place dans nos jardins.

12.7.03

L’ENIGME DE LA SEMAINE

UN GOUT DE PECHE

Parmi ces cinq variétés (de saison !), il y en a une qui ne devrait pas se trouver là. Laquelle ?

· PEACH BISQUE
· PEACH BRANDY
· PEACH JAM
· PEACH SCHNAPPS
· PEACH SPOT


RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

· URSULA VAHL (Tamberg 78) n’est pas une variété anglaise mais allemande.

BORDELLO

Avec un nom pareil, il n’était pas facile de faire une carrière commerciale en France ! Pourtant cette variété a figuré pendant quelques années au catalogue de la Maison Anfosso. Elle en valait la peine, et ceux qui n’ont pas été rebutés par une dénomination difficile à assumer n’ont pas été fâchés de leur choix. Une personne de ma connaissance, qui m’a téléphoné récemment, se désolait même de l’avoir perdue et me demandait si je savais où elle pourrait se la procurer de nouveau. Répondre à cette amatrice n’était pas évident, et j’ai du donner ma langue au chat.

Pour ceux qui ne le sauraient pas, BORDELLO est un iris noir « par les rouges », enregistré en 1976 par Sanford Roberts, un obtenteur californien. Disons que c’est une variété venue tardivement sur le marché, dans la tradition de STUDY IN BLACK (Plough 67), qui ressortit de la même ligne de recherche : approfondir le noir en y incorporant du rouge (ou de l’orange).

Les recherches généalogiques concernant BORDELLO aboutissent très vite à l’âge d’or de l’iridophilie, les années 40/50. Il est le fruit du croisement de ADAMSBLACK (Craig 67) et de HELL’S FIRE (S. Roberts 76). L’un et l’autre sont des noirs « par les rouges ». Tous les deux sont des cousins proches, descendants de ADAM (Craig 62), un violet raisin, LOIS CRAIG (Craig 56), un rouge carminé à spot violet, et EDENITE (Plough 58), déjà un noir de rouge. Aux générations antérieures on retrouve, évidemment les mêmes parents et l’on arrive très vite à SABLE NIGHT (Cook 50), violet très sombre qui fit sensation à son époque et a obtenu la DM en 55, MOLTEN (Craig 50), brun rosé, SAVAGE, rouge bronze, ROCKET (A. Whiting), orange bronzé et CORDOVAN (Kleinsorge) brun roux, à l’origine de la plupart des bruns.

Pour arriver à BORDELLO, on est parti, donc, d’une base d’iris bruns, peu à peu saturés jusqu’à devenir presque noirs, à laquelle on a ajouté l’éclat issu des iris rouge carmin. Comme, parallèlement, la présentation des fleurs progressait, avec des sépales de plus en plus larges et dressés horizontalement, on est arrivé un très joli iris sombre, sans marques aux épaules, avec une belle barbe violacée pointée de bronze.

STUDY IN BLACK

STUDY IN BLACK avait suivi un chemin presque identique, quelques temps auparavant. Dans ses proches parents, il n’y en a qu’un qui lui soit commun avec BORDELLO, il s’agit d’EDENITE. Mais la recherche ayant abouti à cette variété très prisée procède du même principe. Le côté noir provient du « père », CONGO SONG (Christensen 61), qui est un violet foncé de deux tons. Ce CONGO SONG est issu lui-même d’un violet vineux, STORM WARNING (Schreiner 52), fils du fameux noir BLACK FOREST, fondateur en quelque sorte de la dynastie des iris noirs, et du non moins fameux SABLE NIGHT dont il a déjà été question à propos de BORDELLO. EDENITE se situe dans la branche maternelle qui est plus orientée vers le rouge et l’orange, avec DUKE OF BURGUNDY (R. Nelson 56), qui est de couleur bourgogne, GENE WILD (Craig 52) qui est, étrangement, amoena vieux rose, GREAT DAY (Tompkins 53), de couleur orange comme son ancêtre ROCKET (voir plus haut l’arbre généalogique d’EDENITE).

STUDY IN BLACK, comme beaucoup des iris mis sur le marché par Gordon Plough, a eu une carrière commerciale exceptionnelle, partout dans le monde. Il n’est donc pas étonnant que ses descendants soient nombreux et de toutes nationalités. Parmi ceux-ci on note, au premier rang, BLACK MARKET (Plough 73), INTERPOL (Plough 73), MASTER TOUCH (Schreiner 80), ROYAL CRUSADER (Schreiner 85), tous dans des teintes foncées, et deux français : ATALA (Anfosso 90) et TRENCAVEL (Ségui 90), différents puisqu’il s’agit d’un variegata et d’un plicata. A la génération suivante, STUDY IN BLACK se trouve dans le pedigree de RAVEN’S ROOST (Plough 81), LOYALIST (Schreiner 86), BLENHEIM ROYAL (Schreiner 90), PROUD TRADITION (Schreiner 90), NORTHWEST PRIDE (Schreiner 93), NIGHTS OF GLADNESS (Ernst 95), OVERNIGHT SENSATION (Schreiner 95), DIABOLIQUE (Schreiner 86) ou RUBY MORN (Schreiner 2002). Tous sont dans les teintes sombres, du bleu au grenat, et tous ont profité de l’éclat qu’apporte le noir-rouge de STUDY IN BLACK.

BORDELLO, moins bien distribué, et sans doute aussi arrivé un peu tard, n’a pas eu le même succès près des hybrideurs. Je ne lui qu’un descendant indirect, issu, entre autres, d’un croisement BORDELLO X LADY FRIEND ; il s’agit de DO WA DIDDY (Burseen 97), un variegata moderne, aux sépales très foncés.

Quoi qu’il en soit, BORDELLO, tout comme STUDY IN BLACK ont été un aboutissement, celui des efforts pour obtenir des iris très sombres, enrichis de sous-teintes rouges, qui ajoutent une chaleur que les noirs « par les violets » ne peuvent pas atteindre. Par la suite cette chaleur a été transmise à des iris tendant vers le noir, provenant de semis violets ; le récent noir de Rick Ernst NIGHTS OF GLADNESS est là pour en apporter la preuve.

5.7.03

L’ENIGME DE LA SEMAINE

ANGLAISES

Ces cinq variétés sont-elles toutes nées en Grande Bretagne ? Sinon, laquelle ne l’est pas ?

· ANNABEL JANE
· CREGRINA
· EARLY LIGHT
· ELIZABETH POLDARK
· URSULA VAHL


RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

· TRINITY (Coleman 70) n’est pas un iris blanc, mais une variété amarante.

UN MARIAGE HEUREUX

On les a mariés, et ils ont eu beaucoup d’enfants, tous beaux. Si j’en crois la lettre de présentation de son catalogue 2003, Lawrence Ransom a connu ce conte de fée. « Avec le croisement VIOLET LULU X COUTURE STAR » il a obtenu « une quantité embarrassante de plantes dont les fleurs sont aussi intéressantes les unes que les autres ! » L’une des qualités principales c’est « une jolie forme de fleur aux sépales larges et plus ou moins horizontaux », « ce qui est préférable pour les iris nains qui sont vus habituellement du dessus ».

Lawrence Ransom a tout à fait raison quand il dit que les iris nains se regardent de haut en bas. C’est même ce qui me fait leur préférer, en général, les grands iris ; qu’on admire presque horizontalement, et dont on apprécie mieux le détail des fleurs, et le parfum. Les iris nains ont d’autres avantages : la précocité, grâce à laquelle ils apportent au jardin leurs vives couleurs à un moment où celles-ci manquent passablement, et la grande variété, justement, des coloris et combinaisons de coloris. Prenez les partenaires du couple VIOLET LULU et COUTURE STAR. VIOLET LULU est un SDB de Bee Warburton enregistré en 1985, décrit comme « pétales d’un pur bleu violet, blancs à la base ; sépales violets, blancs aux épaules et sous les barbes, blanches. » COUTURE STAR (Ransom 96) – qui aurait du s’appeler HAUTE COUTURE si J. Gatty n’avait pas choisi, la même année, ce nom pour l’un de ses fameux iris roses – est un plicata où se mêlent le blanc, bien sûr, le bleu lavande et l’acajou. A la génération précédente on trouve DESIGN (Warburton 81) un luminata violet, HONEY MIST (Warburton 82), un autre plicata, lavande et ocre, PIGEON (Hager 87), un joli bleu glycine soutenu, et TRESCOLS (Kurzmann 89) une étrangeté, sélectionnée par Jean Peyrard parmi les semis du professeur autrichien Franz Kurzmann, qui va du gris au vert olive veiné de brun.

La généalogie de VIOLET LULU est assez simple et se recoupe au niveau des grands-parents (JENNIE GRACE –Warburton 77- ) et remonte au plicata des frères Sass MINNIE COLQUITT qui fut une célébrité dans les années 40. Celle de PIGEON, en revanche, est d’une plus grande complexité et fait appel, d’un côté à JUST DANDY (Hager 82), lilas vif, plus foncé sous les barbes, qui comporte deux particularités génétiques : d’une part il résulte d’un croisement « inbreeding » puisque ses deux parents sont une seule et même variété, d’autre part il descend d’un mini-iris, KNICK KNACK (Greenlee 59), lui même issu de la toute petite espèce (12cm) I. cretica, découverte en 1929 en Crête ; par ailleurs parmi ses ancêtres il y a un grand iris, AZURE SKIES, et un hybride de pumila à 36 chromosomes, APRIL MORN. De l’autre côté, PIGEON provient de ce qui s’est fait de mieux, en matière de SDB, dans les années 60, avec HELLO (Gatty 67), blanc avec un spot bleu, qui descend de CHIVALRY et d’un pumila originaire de Roumanie, SULINA (1), et SUNNY HEART (Alta Brown 63), blanc taché de jaune avec barbes bleues, descendant direct de SNOW FLURRY.

Avec un tel panel de variétés intéressantes, il n’est pas tellement surprenant que le croisement réalisé par Lawrence Ransom ait donné d’aussi brillants résultats. Cependant, comme toujours en la matière, une part de chance s’ajoute à la pertinence des choix de géniteurs. Le croisement VIOLET LULU X COUTURE STAR va nous permettre, dès le printemps prochain de faire la connaissance de quatre de ses rejetons, ANGE BLEU (Ransom 2003), JOUJOU (Ransom 2003), MERCI (Ransom 2003) et ZINZIN (Ransom 2003), tous dans les tons de bleu, avec des différences dans la disposition des couleurs, et l’omniprésence du blanc qui valorise le reste. Il paraît qu’autant d’autres variétés sont en attente pour les années à venir. Tant mieux ! Et bravo !

(1) Le même SULINA, associé au célèbre TB de Paul Cook MELODRAMA, se trouve également dans la partie inférieure du tableau généalogique de PIGEON.

26.6.03

L’ENIGME DE LA SEMAINE

THEOLOGIE

Parmi ces variétés, une n’est pas semblable aux autres. Laquelle ?
· PIETY
· DEITY
· DIVINITY
· IMMORTALITY
· TRINITY

RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

NATHALIE WOOD. Les quatre autres vedettes ont l’honneur d’avoir un iris portant leur nom.

LATIN …SOMETHING

Il en est des noms d’iris comme du reste : il y a des modes. Prenez par exemple les noms qui commencent par ‘LATIN’. La mode a été lancée par le célèbre LATIN LOVER enregistré par George Shoop en 1969. Auparavant, depuis 1950, une seule variété avait reçu un nom commençant par ’LATIN’, il s’agit d’un iris resté assez obscur : LATIN QUARTER (Janet Nelson 60), un brun avec un spot bleu sous les barbes oranges. LATIN LOVER a lancé une mode et pendant vingt ans donner un nom où se trouve le mot ‘LATIN’ a été très tendance. On a décliné le mot ‘LATIN’ avec plus ou moins de bonheur, mais pas dans n’importe quel sens.

La mode LATIN LOVER est celle des iris aux pétales dérivant du rose ou de l’orchidée, sur des sépales dans les tons de grenat ou de pourpre avec, petite coquetterie supplémentaire, un ourlet autour des sépales rappelant la couleur des pétales. Entre 69 et 88 il y en a eu huit !

LATIN LILT (Framke 69) présente certaines similitudes d’aspect avec son fameux contemporain, il a des pétales chamois et des sépales fuchsia. Désormais à l’exception de LATIN ARTS (Wight 83), une autre variété sans importance majeure, qui est de deux tons de lavande (proche de la couleur de sa « mère » BEAUX ARTS) mais qui est néanmoins issu de LATIN LOVER (d’où son nom, relevant du jeu de mots), tous les iris ‘LATIN quelque chose’ seront proches par les couleurs de leur illustre prédécesseur.

LATIN TEMPO (Blyth 73) inaugure la série. Il est rose sur magenta avec barbes mandarine et a donné naissance à tout plein de semis valeureux. Il n’a pas les mêmes origines que LATIN LOVER, lequel est issu d’un semis de WHOLE CLOTH (Cook 57) x WINE AND ROSES (Hall 63) ; l’un étant une célébrité à la base de très nombreux iris amoenas et bicolores, le second, bien connu également mais aux origines incertaines, affichant les deux couleurs qui ont fait le succès de son enfant. LATIN TEMPO provient d’un autre croisement où interviennent CLAUDIA RENE (Gaulter 63) et PIPES OF PAN (O. Brown 63). Le coloris lui-même n’est pas une nouveauté, des iris de ce modèle existent depuis longtemps, par exemple DIRECTEUR PINELLE (Vilmorin 32) ou DÉPUTÉ NOMBLOT (Cayeux 29). Mais – toujours la mode -, le succès de LATIN LOVER intéresse bien des obtenteurs.

George Shoop lui-même file la métaphore : en 1978 il enregistre LATIN LADY. , Cette dame descend de LATIN LOVER dont elle reprend la disposition des couleurs. Ses pétales sont blancs touchés de lavande, ses sépales sont pourpres liserés du blanc rosé des pétales. La barbe, mandarine vif, est la signature de G. Shoop.

Un certain LATIN AMIGO (Busch 81) fait ensuite son apparition. Toujours le même modèle, mais en plus foncé : pétales rose pourpré, sépales rouge vin et barbes bronze. Le liseré n’est pas au rendez-vous. Le succès non plus. LATIN LOVER se trouve dans le pedigree, de même que WINE AND ROSES, pour faire bonne mesure.

Mieux connu, me semble-t-il, est LATIN HIDEAWAY (H. Nichols 84). Les pétales sont chamois rosé, les sépales magenta foncé, avec un très mince liseré chamoisé et des barbes oranges. L’aspect est très voisin, les origines voisines de celles de LATIN TEMPO, car cet iris américain à des ascendances australiennes où l’on retrouve PIPES OF PAN.

En Australie, justement, Barry Blyth poursuit ses recherches dans les bicolores. Par un chemin très différent, il obtient un cultivar qui s’approche vigoureusement du fameux LATIN LOVER, et il le baptise LATIN LARK (88). Par rapport à son modèle, les différences se situent dans la clarté des couleurs et la forme, plus moderne, évidemment, de la fleur. Parmi ces ancêtres il y a BARCELONA (O. Brown 67) qui était déjà beige et pourpre, et qui figure également dans le patrimoine de LATIN HIDEAWAY dont on a parlé ci-dessus.

En 84 l’usine Schreiner avait produit LATIN ROCK, qui se situe dans la même gamme de coloris et doit son nom à cette circonstance. LATIN ROCK est rose doré, peut-être pêche, pour les pétales, prune pour les sépales avec un imperceptible cerne clair. Ses origines sont incertaines car toute son ascendance paternelle est déclarée inconnue. Apparemment rien du côté maternel ne le prédestinait à ressembler à LATIN LOVER…

Le dernier de la série semble être LATIN MELODY (Nichols 88) qui réunit une nouvelle fois les ingrédients des précédents : pétales ivoire pourpré, sépales pourpres liserés de rose orchidée, barbes oranges. Il n’y a pas de quoi s’en étonner : il descend directement de LATIN LOVER !

Depuis celui-là, plus de ‘LATIN Something’. La mode est sans doute passée ou le sujet un peu trop éculé. Le séducteur italien ne séduit plus. Il doit être devenu trop vieux. C’est la destinée, un peu amère, de tous les séducteurs !

20.6.03

L’ENIGME DE LA SEMAINE

LES STARS

Parmi ces stars, il y en a une qui n’est pas la marraine d’iris, laquelle ?
· DEBBIE REYNOLDS
· JOAN CRAWFORD
· MARIE JOSÉ NAT
· NATHALIE WOOD
· RHONDA FLEMING


RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

HAPPY BRIDE (Neva Sexton 73). Les quatre autres désignent une mariée appartenant à un groupe ou une nation.

BELLE DE NUIT

Savez-vous combien de fois on retrouve WHOLE CLOTH (Cook 57) dans l’arbre généalogique de BELLE DE NUIT (R.Cayeux 99) ? Au moins huit fois ! C’est dire si cette variété, qui fait partie des variétés de base de l’iridophilie moderne, a été abondamment utilisée pour obtenir des iris amoenas et bicolores. Mais si l’on compare les images de WHOLE CLOTH et de BELLE DE NUIT, on constate le chemin parcouru en quarante ans d’hybridation. WHOLE CLOTH a des pétales blanc laiteux et des sépales mauves, la barbe est blanche pointée orange ; l’ensemble est un peu terne et la fleur, parfaitement proportionnée, ne présente que de très discrètes ondulations, bien dans le style des années 50/60. BELLE DE NUIT propose des pétales bleu de lin, clairs, et des sépales violet pensée, cernés du bleu des pétales, avec des barbes vermillon. Couleurs contrastées, fleurs spectaculaires, touffes plantureuses. On comprend pourquoi cette variété a emporté les suffrages des juges (techniciens et simples amateurs) du concours Iriades 2003, qui lui ont attribué la médaille d’or.

Pour aller de WHOLE CLOTH à BELLE DE NUIT il a fallu cinq à six générations d’iris et un tour complet du monde. Les origines de sa généalogie se situent évidemment aux Etats-Unis, à la fin des années 50. C’est là-bas que sont nés tous ses premiers ancêtres. Mais son côté maternel s’est développé en Australie, tandis que ses antécédents paternels sont français sur plusieurs générations. Les parents de BELLE DE NUIT sont, côté femelle, IN TOWN (Blyth 85) un bitone violet à barbes minium, et côté mâle, REBECCA PERRET (J. Cayeux 93), le plus clair des célèbres iris tricolores de la maison Cayeux. Les antécédents d’IN TOWN sont tous des obtentions de Barry Blyth. A la première génération il y a TOMORROW’S CHILD (81) x MAGIC MAN (79) , deux variétés somme toute très voisines en coloris. Toutes deux sont des bitones indigo avec un cerne plus clair sur les sépales et des barbes vermillon, les couleurs de BELLE DE NUIT, mais en plus sombre. Dans les racines de TOMORROW’S CHILD, s’il y a des amoenas bleus (CHILD OF FORTUNE –79 ; OUTER LIMITS – 72), on trouve aussi des amoenas orchidée (LISA ANN – 77 ) et pêche (SNOW PEACH – Shoop 71) et, plusieurs fois, des bicolores orchidée (LATIN TEMPO – 73) ; (FANFARE ORCHID – B. Jones 65), par lesquels on remonte jusqu’au fameux WHOLE CLOTH qui apparaît à cinq reprises, en compagnie d’autres incontournables comme CLAUDIA RENE (Gaulter 63), LILAC CHAMPAGNE (Hamblen 65), PALOMINO (Hall 51) ou ARCTIC FLAME (Fay 60).

L’autre moitié du tableau se situe longuement dans la sphère des productions de Jean Cayeux, avec CONDOTTIERE (78), son descendant ALIZÉS (91), et son parent FALBALA (78). Mais ni l’Amérique, ni l’Australie ne sont bien loin. Il y a le tricolore DELPHI (Shoop 79) aux origines obscures, mais où se place néanmoins l’inévitable WHOLE CLOTH, le rose PINK TAFFETA (Rudolph 65) derrière lequel il y a …ARCTIC FLAME et FLEETA (Fay 56), le bleu TRITON (Julander 62) qui remonte à WHOLE CLOTH, et une touche d’Australiens : LUNAR RAINBOW (76), variegata pêche / campanule, issu du croisement de LATIN TEMPO (voir plus haut) et de CEBANYON (Blyth 74) qui descend de LILAC CHAMPAGNE et, par conséquent de WHOLE CLOTH !

Avec BELLE DE NUIT, la boucle est bouclée. Sont touchés les trois pôles de l’iridophilie que sont les USA, d’où viennent tous les iris de base, l’Australie, avec le travail considérable de Barry Blyth, notamment sur les bicolores, et la France où brillent les noms de Jean Cayeux et de son fils Richard. BELLE DE NUIT est un évident produit d’une mondialisation qui n’est plus une idée de technocrates, même parmi les iris.

14.6.03

LA GRANDE FAMILLE DES PLICATAS

Les iris plicatas constituent une catégorie tout à fait remarquable. Il y a en effet peu de fleurs (hormis les roses, peut-être) qui présentent ces dessins caractéristiques, ces pointillés de couleur sombre sur fond clair. Mais ce qu’il y a de plus intéressant encore, c’est que ces pointillés peuvent se présenter avec un nombre pratiquement infini de variations.

Commençons par la couleur de fond : Celle-ci peut être le blanc, ou bien un lit de pigments qui peuvent varier du crème au jaune, au rose à l’orange. Cette couleur de fond peut être appliquée uniformément, mais cela n’est pas toujours le cas, par exemple la plupart des plicatas roses auront des épaules teintées de saumon en raison de la présence de plusieurs pigments. Le fond est ensuite plus ou moins recouvert par le motif plicata. Celui-ci est constitué par un pigment violacé (lavande, bleu, violet, pourpre ou rose orchidée) qui ne se mélange pas avec le pigment du fond.

La variété la plus emblématique du modèle plicata est sans conteste STEPPING OUT (Schreiner 64). On peut le décrire comme ayant des pétales colorés, dont les côtes et le cœur s’éclaircissent et tendent vers le blanc, et des sépales blancs, plus ou moins piquetés de la couleur des pétales, avec une densité croissante des points de couleur en allant vers le bord, jusqu’à un liseré, plus ou moins large, entièrement coloré. Les variétés de ce modèle sont franchement innombrables aujourd’hui. A l’origine le dessin plicata ne se faisait guère qu’en violet, mais aujourd’hui on rencontre des plicatas « classiques» dans tous les tons, du rose (PINK CONFETTI — Gibson 76), au pourpre (CRINOLINE — Schreiner 65), au magenta (INDISCREET — Ghio 88) et au brun (DESERT RENEGADE — Ernst 92).

Le fond blanc peut aussi, comme on l’a dit plus haut, être remplacé par le rose ou le jaune. C’est le cas par exemple chez GIGOLO (Keppel 84).

La densité des « pixels» sur les sépales peut être telle que ceux-ci semblent presque de la couleur des pétales, sauf sous les barbes où l’on distingue le plumetis. On peut en prendre pour exemple la variété CHIEF HEMATITE (Gibson 83). Le fond est presque totalement recouvert par les pigments qui constituent la coloration brun-rouge de cet iris.

Une autre variante aboutit à ce que les pétales et les sépales soient équitablement colorés. La variété CYCLES (Mc Whirter 85) se présente ainsi : le fond blanc apparaît sur les côtes des pétales et sous les barbes, où il est aussi veiné de bleu.

Il arrive aussi que le dessin plicata se montre plus discret : les pétales sont en majorité blancs (ou clairs), de même que les sépales. La coloration se réfugie tout au bord et forme un liseré plus ou moins large et dense. Prenez STITCH IN TIME (Schreiner 78) ou RARE TREAT (Schreiner 87) dans les tons de violet, et vous verrez.

La situation extrême consiste à ne laisser la couleur foncée et le dessin apparents que sur une toute petite partie de la fleur, comme dans LIGHTLY SEASONED (Zurbrigg 79) où le pourpre du plicata ne fait son apparition que, très délicatement, sous les barbes. C’est un plicata minimaliste : en effet s’il apparaît quelque part, le dessin plicata commence toujours par les parties hautes des sépales, autour des barbes et sur les épaules. De la même façon, il faut être très attentif pour s’apercevoir que LACED COTTON (Schreiner 80) est aussi un plicata, tant la trace de couleur est faible, mais il est vrai qu’on trouve d’infimes et rares points rose orchidée sur les épaules. Dans un article qu’il a publié récemment, Keith Keppel nous confirme que c’est bien un plicata car, dit-il, en croisant LACED COTTON avec un plicata, on obtiendra des plicatas (le modèle plicata étant récessif, il faut que les deux parents soient plicatas pour qu’il réapparaisse).

Les choses se compliquent quand la couleur additionnelle des pétales n’est pas la même que celle des sépales. Ainsi les pétales peuvent paraître uniformément mauves, et les sépales, blancs, être marqués de dessins violets. C’est le cas chez SPINNING WHEEL (Nearpass 74) et ACOMA (Magee 90) pour les bleus ou de CUPID’S ARROW (Ghio 90) pour les roses.. Cela constitue le modèle que l’on peut qualifier de néglecta/plicata, et qui comporte encore une variante, quand la couleur foncée envahit presque complètement les sépales. Cas de THEATRE (Keppel 81).

Les pétales peuvent être totalement dépourvus de pigments violacés. La fleur ressemble à celle d’un amoena dont les sépales ne seraient pas uniformément colorés. SNOWBROOK (Keppel 87) en est la parfaite illustration. Le nom de Keppel apparaît souvent quand on parle d’iris plicata. C’est en effet de nos jours le plus éminent spécialiste du genre. Il se baptise lui-même M. Plicata ! Il a exploré toutes les facettes du genre car c’est un homme méthodique et rigoureux. Ses plicatas sont très nombreux et, pour n’en citer que quelques-uns, bien connus des amateurs français, on parlera de FOCUS (76) GENTLE RAIN (77), PATINA (78), ou, plus récents, ROSARITA (89) et SNEEZY (96).

Avec un iris comme QUEEN IN CALICO (Gibson 80), on ne sait plus très bien qui domine, du fond clair ou de la « peinture » plicata. Pétales et sépales sont colorés, mais des stries claires apparaissent, plus ou moins nettes. Même présentation pour RUSTIC DANCE (Gibson 80). Jim Gibson fut, avant Keith Keppel, le maître des plicatas. Chez lui c’est ce modèle qui domine, les iris différents semblant n’être que des avatars survenus au hasard de ses recherches. Citons WILD APACHE (65), plicata prune, GOING MY WAY (72) plicata violet, CASINO QUEEN (71), plicata rose…

Passons pour finir aux variegata/plicatas, autrement dit les iris qui ont des pétales dans les tons de jaune, et des sépales au fond blanc, généralement vigoureusement marqué de brun ou de pourpre. Les meilleurs exemples en sont BROADWAY (Keppel 81) et KILT TILT (Gibson 70), mais les apparences sont multiples et variées, depuis le très discret GYPSY WOMAN (Schreiner 84), jusqu’aux riches THUNDER ECHO (Gibson 87), 0H BABE (Anderson 84) ou POINT MADE (Innerst 88). C’est un modèle, en effet, qui intéresse beaucoup d’hybrideurs car, dans une collection, il attire nécessairement l’œil, même si ce n’est pas le modèle le plus recherché par les acheteurs.

Sans doute de nouveaux modèles de plicatas apparaîtront-ils dans le futur, mais dès à présent cette grande famille a de quoi enthousiasmer tous les amateurs d’iris, tant par sa diversité que par la richesse et l’originalité des coloris rencontrés.

Sources : Exposé de Keith Keppel aux abonnés du forum de discussion « Iris Talk » (Fev. 2003)