27.8.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

Chacun chez soi (1)

La liste I est celle de lieux où demeurent des obtenteurs connus ;
La liste II est celle de ces obtenteurs.
Remettre chacun chez soi.
Liste I
PORTERVILLE (Californie)
SALEM (Oregon)
VANCOUVER (Washington)
CAPE GIRARDEAU (Missouri)
DOVER (Pennsylvanie)

Liste II
George SUTTON
Sterling INNERST
Dave NISWONGER
Keith KEPPEL
Terry AITKEN

RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

Espagne

L’intrus est SIERRA NEVADA (Walker 73) qui n’est pas un TB, mais un Spuria.

LE SYNDROME DU POULPE

L’âge de se reproduire est, pour le poulpe, synonyme de mort. Lorsqu’il a accompli l’effort suprême de donner naissance à une nouvelle génération, épuisé, il se laisse tomber au fond d’une crevasse et meurt.

Il semble que chez l’iris un syndrome analogue intervienne quelquefois. Car, pour une raison qui est encore mystérieuse, certains rhizomes ne développent aucune nouvelle pousse, après la floraison, et, par conséquent, disparaissent. Un iris qui pousse bien émet trois bouquets de feuilles (tout va par trois chez les iris). Les deux bouquets latéraux, qui ne s’élèvent d’ailleurs pas exactement à la verticale, vont développer des feuilles qui vont être les poumons de la plante et vont accompagner le bouquet central, qui, lui, prend dès le début une position très redressée, et va donner naissance à la tige qui portera les fleurs. Cependant il arrive que les bouquets latéraux n’apparaissent pas. La plante n’émet qu’un bouquet, qui puise sa force essentiellement dans la réserve du rhizome. La tige grandit, mais n’atteint néanmoins pas la hauteur d’une tige normale. Les fleurs viennent à éclore, mais sont plus petites que les fleurs habituelles, quelquefois elles sont un peu fripées… Lorsque la dernière fleur est fanée, on s’aperçoit que la tige se dessèche très vite : elle a consommé toute l’énergie contenue dans le rhizome, et, faute de nourriture, elle dépérit. En écartant la terre autour du rhizome on découvre qu’il n’y a aucune pousse latérale, gage de renouveau. Adieu, mon bel iris…

Parfois, à bien y regarder, on aperçoit un œil minuscule ou deux. Dans ce cas tout n’est pas perdu. Les spécialistes américains ont émis l’hypothèse que ce développement anormal de la plante serait la conséquence d’un déficit hormonal causé par le fait que, pour se multiplier, les hormones en question auraient besoin d’une obscurité que ne leur donne pas la situation à ras du sol du rhizome. Paradoxe ! Pour mûrir et accumuler des réserves, le rhizome a besoin de chaleur : il la trouve en croissant à fleur de terre, mais ce faisant il empêcherait la synthèse des hormones de reproduction. Dans la plupart des cas, ces hormones sont assez nombreuses et fortes pour assurer néanmoins l’apparition des nouveaux yeux, donc des futures plantes, mais il arriverait que, en quantité insuffisante, les hormones ne puisse accomplir leur travail, d’où le phénomène « bloom out » qu’on peut traduire par « fleur et mort ». Comment obliger la plante à secréter suffisamment d’hormones de reproduction ? Certains ont constaté qu’un rhizome entaillé, accidentellement, réagissait à cette blessure en émettant de nombreux yeux, comme si, menacé de mort par l’accident, il se dépêchait de multiplier ses chances de survie. D’où l’idée d’entailler volontairement le rhizome « bloom-outé » pour le contraindre à utiliser ses dernières forces dans la fabrication de petites pousses. Une autre constatation a été qu’un rhizome arraché et laissé à l’air sur un tas de déchets, réagissait à cette situation de mort annoncée en émettant plus de nouvelles pousses qu’un rhizome en situation normale. Certains producteurs vont même jusqu’à préconiser cette pratique violente pour accélérer la multiplication des plantes. Un rhizome « bloom-outé » réagit-il de cette façon ? Un troisième remède envisagé, et mis en pratique par certains, est de recouvrir d’une forte couche de terre le rhizome récalcitrant pour susciter l’obscurité propice à la sécrétion des hormones.

J’ai essayé les trois méthodes. J’ai donné des coups de canif à des rhizomes sans yeux. La plupart n’ont pas réagi et sont morts, pour de bon. D’autres ont effectivement émis des pousses latérales, mais pas bien fortes et, par conséquent bien trop à la merci d’un hiver un peu rigoureux. J’ai laissé sans soins des rhizomes, à l’air libre. J’ai constaté que des yeux apparaissaient, mais remis en terre, ces yeux n’ont jamais prospéré. J’ai, enfin, enterré certains rhizomes. Et là j’ai eu la satisfaction de voir mes iris repartir. La chose délicate est de trouver le juste moment où il faut retirer la motte de terre pour permettre à la plante de croître normalement après la médication de choc. Néanmoins, cette méthode donne des résultats tangibles. Cette année, par exemple, le rhizome de PROTOTYPE (Ghio 2000) reçu de l’Oregon l’été dernier, a « bloom-outé ». Dès la fin de la floraison, avec une bonne pelletée de terre, j’ai créé une taupinière artificielle. Je suis allé deux mois après gratter le sol, pour voir : deux gros yeux se sont développés. Je n’aurai pas de fleurs l’année prochaine, mais dans deux ans, s’il n’y a pas de nouveau malheur, mon PROTOTYPE devrait renaître !

A la différence donc, de ce qui arrive au malheureux poulpe, la mort de l’iris qui « bloom-oute » n’est pas forcément inéluctable. Il n’empêche que je constate que les variétés récentes sont très sensibles au « bloom-outage ». Peut-être un affaiblissement de leur vigueur régénérative en raison d’une consanguinité excessive ? En tout cas j’ai l’impression, après plusieurs expériences positives, que la méthode de l’enterrement, est assez fructueuse. Mais vous avouerez qu’il y a là un sacré phénomène : il faut un enterrement bien profond pour que la plante renaisse ! Une sorte de résurrection !

20.8.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

Espagne

Des six iris dont les noms suivent ci-dessous, un diffère grandement des cinq autres. Lequel
CORDOBA
GRANADA GOLD
BARCELONA
GALA MADRID
MALAGUENA
SIERRA NEVADA

RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

Iridial Pursuit

WHOLE CLOTH a obtenu le Florin d’Or en 1961.

Rudolph KLEINSORGE
Un homme de bruns

Le docteur Kleinsorge, médecin, chirurgien, professeur d’université, et même président de cette Université, fut aussi éminent hybrideur d’iris. Aujourd’hui son nom est un peu oublié de nos jeunes générations, mais au cours des années 40 à 60, sa notoriété a largement dépassé les limites de l’Oregon, Etat où il s’était installé en 1909. Il était originaire de Waterloo (oui !) dans l’Iowa où il grandit et décrocha son diplôme de médecin, en 1908. Il avait 26 ans, et il résolut de tenter sa chance, en tant que chirurgien à Silverton, petite ville de l’Oregon spécialisée dans l’exploitation forestière, mais aussi berceau de la culture des iris.

Son intérêt pour les iris s’était révélé dès 1916, quand il eut l’idée d’en faire planter autour de la maison qu’il venait de se faire construire. Autant par goût que par curiosité scientifique, il se mit alors à effectuer des croisements entre les variétés disponibles à cette époque, essentiellement des iris en provenance de France. Le premier cultivar qu’il sélectionna fut appelé KLAMATH, du nom d’une tribu indienne de l’Oregon. Ce qui était justifié du fait de son coloris : brun rosé.

Avec une constance proprement obsessionnelle, Rudolph E. Kleinsorge entreprit dès lors une exploration systématique des coloris bruns. La grande majorité des iris qu’il enregistra, environ une centaine, sont dans les tons de jaune doré, brun, tabac, miel ou bordeaux. Par deux fois il passa à côté d’une médaille de Dykes. Une première, dans les années 30, quand son iris aril diploïde ORMOHR (37) fut déclaré inéligible du fait que le règlement de l’époque ne prévoyait pas qu’un iris de ce type puisse être couronné ; une seconde en 1946 quand son DAYBREAK (un iris brun dont les sépales se teintent de rouge prune en allant vers le bord) fit match nul avec OLA KALA, ce qui fit que cette année là la médaille ne fut pas attribuée ! On aurait d’ailleurs pu la lui accorder a posteriori deux ans plus tard puisqu’en 48 OLA KALA l’emportait, cette fois sans discussion…

Cependant ce n’est pas à DAYBREAK que le Dr Kleinsorge a du de devenir célèbre dans le petit monde des iris, mais plutôt à TOBACCO ROAD (1941), le premier iris réellement brun, qui a marqué son époque et constitue le point de départ de toutes les recherches sur les iris de cette couleur. A vrai dire, l’histoire a commencé dès 1936 avec l’introduction de FAR WEST, une variété ocre doré avec des influences de lilas qui a été à l’origine d’une foule de semis, dans la plupart des coloris disponibles à cette époque, mais principalement dans les bruns. Parmi ceux-ci il y a le fameux DAYBREAK, cité plus haut, ainsi que d’autres belles réussites comme GRAND CANYON (41), pourpre prune, GOLDBEATER (43), jaune d’or, et, surtout, AZTER COPPER (39), brun rosé. TOBACCO ROAD est un descendant d’AZTEC COPPER, de FAR WEST et du français JEAN CAYEUX.

TOBACCO ROAD, qui poussait médiocrement et était de culture délicate, est néanmoins à l’origine, entre autres, de BRYCE CANYON (44), cuivre rouge, PRETTY QUADROON (48), brun rosé, VOODOO (48) variegata miel/pourpre. Parmi ceux-ci, BRYCE CANYON a acquis la plus grande célébrité et fut un réel succès commercial.

Bien d’autres variétés signées Kleinsorge présentent un évident intérêt. A commencer par RANGER (43), rouge magenta, largement utilisé par les hybrideurs de « rouges », CASCADE SPLENDOR (1944), lumineux brun orangé de deux tons, ainsi que SUNSET BLAZE (1948), riche brun rosé à barbes or, qui obtint la President’s Cup en 1949. BALLET DANCER (49), vieil or, THOTMES III (50), brun café, SOLID GOLD (51) mordoré, TOAST AN’ HONEY (53), brun miel assez foncé, GOLDEN CROWN (54), variegata or et bordeaux, précèdent un grand choix enregistré en 55, qui comprend BEECHLEAF, brun rosé, FULL REWARD, ocre doré, et le très original SURPRISE PARTY, bicolore mauve souligné de sépales ocre. Vinrent par la suite, NUEVO LAREDO (56), cuivre violacé, puis, pour finir, BENGALI (61), amarante cuivré.

Au cours de sa longue carrière le docteur Kleinsorge a démontré que l’on pouvait se contenter d’un seul domaine de recherche et obtenir des variétés superbes dont on constate qu’elles progressent au fil des années pour atteindre une sorte de perfection, provisoire évidemment, mais gratifiante pour l’obtenteur. Rudolph E. Kleinsorge aurait pu tirer gloire de son acharnement et de ses succès, mais il était modeste et se contentait de la considération de ses confrères. Les centaines de semis qu’il réussissait à faire prospérer chaque année dans son minuscule jardin suffisaient à sa satisfaction d’honnête homme.

Sources : biographie de R. E. Kleinsorge, par A. Cooley, in site Internet de Michael Unser ; The World of Irises (AIS).

13.8.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

Iridial Pursuit

En 1962 WHOLE CLOTH a obtenu la Médaille de Dykes. En quelle année a-t-il obtenu le Florin d’Or ?


RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

A suivre(IV)…

BALL TRAP (Ségui 81) : Cette année là le Dr Ségui a enregistré quatre variétés dont le nom commence par B.
SIXTINE C. (Cayeux 94) : c’est la quatrième de ses filles à chacune desquelles R. Cayeux a dédié une variété.
LUCIOLE (Anfosso 90) : c’est la quatrième variété issue du croisement Beverly Sills x Sky Hooks enregistrée par les Anfosso.

LA METHODE GIBSON

Quand il a quitté ce monde, en 1985, James Gibson avait écrit un des chapitres les plus importants de l’histoire des iris. C’est lui, en effet, qui a fait accomplir un immense bond en avant à la catégorie des iris plicatas.

C’était un homme persévérant, voire obstiné, qui ne s’est pour ainsi dire jamais détourné du but qu’il s’était fixé, à la suite d’une visite au jardin de Sydney Mitchell, à Berkeley, en face de San Francisco. C’était en 1940 et (James) Jim Gibson pratiquait l’hybridation depuis quatre ou cinq ans déjà. Mitchell était un hybrideur chevronné, déjà réputé pour ses plicatas. Gibson a admiré un semis original, en brun-rouge cuivré, et son mentor lui en a donné une étamine. Sitôt rentré chez lui, à Porterville, Gibson a cherché une fleur d’iris plicata susceptible de recevoir le précieux pollen donné par Mitchell. La seule variété de la catégorie encore en fleur dans sa plantation était le vieux SACRAMENTO (Mitchell 29). Ce croisement SACRAMENTO X semis Mitchell allait devenir une des pierres angulaires du travail de Jim Gibson et orienter toute sa carrière d’hybrideur, qui dura plus de cinquante ans.

Au début, il a fait un nombre considérable de croisements avec tout un tas d’iris différents, mais peu à peu il s’est rendu compte qu’il avait intérêt à limiter sérieusement son matériel génétique, quitte à multiplier les croisements entre ces variétés de base. C’est ainsi qu’il a retenu essentiellement TIFFANY (Hans Sass 38), plicata bronze rosé sur fond jaune clair, SIEGFRIED (Hans Sass 36), premier plicata sur fond réellement jaune, ORLOFF (Hans Sass 37), fort plicata brun rougeâtre sur fond crème, FIRECRACKER (Hall 43) très intéressant plicata bourgogne sur fond jaune, MISTY ROSE (Mitchell 39), bitone rose violacé, et MADAME LOUIS AUREAU (Cayeux 34), le plus beau des plicatas français de Ferdinand Cayeux, auxquels s’ajoute SACRAMENTO, précédemment cité et son semis issu du pollen donné par Mitchell. C’est en croisant et recroisant ces variétés qu’il a conçu les iris qui ont fait sa célébrité et lui ont valu, avec KILT LILT (70), la Médaille de Dykes en 1976. Mais avant d’arriver à cette consécration, bien des variétés superbes étaient nées, depuis le fameux GIBSON GIRL (48), plicata violine sur fond blanc, avec barbes jaune orangé, provenant de TIFFANY X MADAME LOUIS AUREAU, et TAHOLAH (56), en fuchsia sur fond blanc, issu de FIRECRACKER. En 59 étaient apparus CAYENNE CAPERS et CHINQUAPIN, en 64 RADIANT APOGEE, en 65 WILD APACHE, en 66 LORNA LEE, distingué à Florence, autant de variétés qui ont fait carrière chez nous, avant que n’apparaisse APRIL MELODY (67).

Jusqu’à ce moment, les plicatas étaient dotés de barbes blanches, bleutées ou jaune clair. Avec APRIL MELODY, Gibson est parvenu à obtenir un véritable plicata rose à barbes rose orangé, ou mandarine. A partir de là, la famille des plicatas roses n’a plus cessé de s’enrichir, le rose des dessins devenant de plus en plus vif, tournant quelquefois à l’orange. La couleur du fond a également changé : ce que les spécialistes appellent le « facteur mandarine » a en effet joué sur les pigments jaunes, de telle sorte qu’on a peu à peu découvert une infinité de nuances. On a trouvé des iris plicatas à fond crème, ou chamois, ou même rose tendre, ces couleurs acquérant de l’intensité au fil des nouveaux croisements. Pour parvenir à ce résultat, Jim Gibson n’a pas dérogé à sa méthode, il a simplement ajouté, parcimonieusement, à sa ligne de plicatas brun-violacé une petite dose de gènes provenant d’iris roses ou abricot. En particulier de BALLERINA (Hall 50), PALOMINO (Hall 51) et HAPPY BIRTHDAY (Hall 52), de même que du plicata pourpre NEW ADVENTURE (Muhlestein 53). Ces apports ont donné naissance non seulement aux plicatas roses, mais aussi à toute une série de nouveaux plicatas dont APRICOT BLAZE (71), ambre sur fond ivoire, et ANON (75), abricot ambré sur fond blanc. Beaucoup des descendants directs d’APRIL MELODY – sans parler de ceux obtenus par Keith Keppel – sont bien connus en France, et toujours présents dans les catalogues : CASINO QUEEN (71), PORTA VILLA (75), RIPPLING ROSE (70), SMOKE RINGS (72)… Cependant cette voie nouvelle n’a pas été la seule qu’explora Jim Gibson. Tous les autres plicatas l’intéressaient également. Revenons à KILT LILT, en particulier.

Dans ce cas la méthode Gibson a été appliquée dans toute sa rigueur. Dans le pedigree de cet iris on retrouve tous les ingrédients cités plus hauts. Mais le génie de l’obtenteur a été de déceler et exploiter la tendance à voir réapparaître l’effet variegata qui existait dans les plicatas sur fond jaune de Hans Sass. Le résultat a été cet extraordinaire variegata-plicata aux pétales vieil or flamboyant sur des sépales crème vigoureusement marqués de brun violacé. La lignée a été poursuivie, toujours dans le même esprit et de nombreux autres iris de Jim Gibson sont venus apporter d’infinies variantes, toujours richement colorées. Parlons de AUTUMN ECHO (75), RUSTIC DANCE (80) ou YELLOW BRICK ROAD (92).

Même méthode, même résultat parmi les plicatas violets. Qui ne connaît pas GOING MY WAY (72), BLUE STACCATO (77) ou LICORICE FANTASY (86), le plicata sans doute le plus noir qui existe aujourd’hui. Et que dire encore, à propos de cette parfaite réussite que fut QUEEN IN CALICO (80), dont le fond abricot est densément poudré d’acajou, tout comme ses frères de semis COLUMBIA THE GEM (82) et RED LIGHTNING (83) ?

A sa mort, Jim Gibson n’avait pas terminé la sélection de ses nombreux croisements. C’est Richard Ernst, qui a reçu son héritage et qui l’a fait fructifier. Plusieurs iris excellents comme CALDRON FIRE (95) et RUFFLED COPPER SUNSET (93), sont venus « post mortem » ajouter à la gloire de Jim Gibson, comme pour confirmer un peu plus l’efficacité de sa méthode.

Sources :
Bulletin de l’AIS, Janvier 1994, Some notes on the Gibson plicatas, by K. Keppel ;
The World of Irises (Warburton and Hamblen), 1986, p. 104/106.

6.8.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

A suivre(IV)…

Essayez de compléter les trois listes suivantes :

BALADIN, BALANÇOIRE, BALIVERNE . . . .

ASTRID C., HELENE C., HORTENSE C. . . .

ANTIGUA SOLEIL, CARMAGNOLE, FLUTE ENCHANTÉE . . . .


RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

Iridial Pursuit

Il s’agit de LUCINOU (Brun 78) longtemps proposé au catalogue Cayeux.

DEUX BEAUX BB

Cette année comme l’année dernière, la Knowlton Medal a été décernée à des iris de bordure qui jouent avec la limite supérieure de taille pour ce type. En 2003 la médaille a été attribuée à LEMON UP (Magee 91), cette année elle est allée à ORANGE POP (Lauer 98). Le premier est mesuré à 69cm, autant dire 70 ! Le second n’atteint, paraît-il, que 66cm. La différence est mince. Tous les deux sont des enfants, un peu râblés de deux grands iris et, a priori, rien ne les prédestinait à rester de petite taille.

LEMON UP est un iris jaune clair, teinté de blanc sous les barbes. Il a pour parent femelle le bel EASTERTIME (Schreiner 80), et pour parent mâle un semis complexe où l’on retrouve surtout des iris roses comme STRIKE ME PINK (Gordon 61), FAIR LUZON (Hamblen 57) et le célèbre PINK SLEIGH (Rudolph 70), ainsi qu’une touche de jaune abricot, MANDOLIN (Ghio 77). STRIKE ME PINK est lui-même issu d’un croisement de deux iris roses, MAY HALL (Hall 52) – un iris de base chez les roses – et PINK FULFILLMENT (Muhlestein 51) – qui a la particularité de posséder un vieil iris de F. Cayeux dans son pedigree, ALICE HARDING - . FAIR LUZON est une incursion de Melba Hamblen chez les roses. Dans son pedigree on découvre d’une part le fameux CHERIE (Hall 48), premier iris rose à obtenir la DM, en 51, d’autre part un enfant de PINK FULFILLMENT déjà cité, qui se nomme JUNE MEREDITH (Muhlestein 53), autre fameux rose. Le portrait de PINK SLEIGH n’est plus à faire tant est connu ce rose aux sépales légèrement bleutés ; disons qu’il descend de PINK TAFFETA (Rudolph 68 – DM 75), et qu’il a été surabondamment utilisé en hybridation. Quant à MANDOLIN, c’est un superbe iris couleur melon, qui est encore une référence dans ce coloris plutôt rare. EASTERTIME a des origines complexes mais il pour point commun avec le « père » de LEMON UP de n’avoir fait appel qu’à des variétés anciennes (comme quoi on peut très bien faire du neuf avec du vieux) : d’un côté WHITE TAFFETA (Rudolph 65) blanc à épaules et barbes jaunes, et ARCTIC FLAME (Fay 60) blanc à barbes mandarine, de l’autre MAY DELIGHT (Schreiner 66) couleur lilas, CHRISTMAS TIME (Schreiner 65) blanc à barbes rouges, et TINSEL TOWN (Tompkins 67) blanc à cœur jaune. En résumé LEMON UP tient essentiellement son coloris de son côté maternel, le côté paternel étant là pour un renforcement de la couleur et des aptitudes physiques supérieures. Il se présente de façon tout à fait plaisante, mais je ne l’ai jamais vu, pour l’instant, qu’en photo, et, dans ces conditions, rien ne le distingue d’un joli TB jaune.

Pour le vainqueur de 2004, on reste dans les agrumes avec ORANGE POP. Comme son nom l’indique, c’est un iris orange, plutôt foncé. Très classiquement il provient d’une amélioration par « in-breeding » de deux lignées d’iris oranges. Côté femelle il a pour parent ROLE MODEL (Denney 88), et côté mâle il s’agit de GRATUITY (Hager 89). Ce dernier résulte d’une association d’orange tout à fait classique : un croisement de GOOD SHOW (Hager 87), orange rosé, superbe, et d’un semis orange issu de GOLDEN BRILLIANCE (Muhlestein 73), orange clair, et PERFECT ACCENT (Weiler 80) jaune vif à barbes oranges. GOOD SHOW lui-même n’a que des iris oranges dans ses ascendants proches : PUNKIN (Keppel 81), GLITTERING AMBER (Hamblen 85) ou FRESNO CALYPSO (Weiler 78). ROLE MODEL, qui est de deux tons : melon rosé aux pétales, pamplemousse rose aux sépales, a des origines qui expliquent ces couleurs. Il est en effet d’une lignée de variegatas ! ALL THAT JAZZ (Denney 81), WORLD NEWS (Sexton 77) et GYPSY CARAVAN (Moldovan 78) sont tous des variegatas purs. Cependant SPECTACULAR BID (Denney 81), en chamois et bordeaux, tire plus sur le rose, alors que BRANDY (McWhirter 77) est comme on peut s’en douter, d’une teinte uniformément jaune tilleul (ou whisky !). Dans ses origines c’est l’orange qui a pris le dessus. Mais alors que GRATUITY affiche un ton pastel, ROLE MODEL est là pour renforcer la teinte grâce à ses ancêtres brun-rouge (ROYAL TRUMPETER, WAR LORD…).

Avec ces deux beaux BB les amateurs de grands iris ne seront pas dépaysés. L’un et l’autre se situent à la lisière entre grands et intermédiaires et, au gré des conditions de culture, peuvent apparaître comme grands ou moyens, voire un peu petits. Cela prouve une nouvelle fois la fragilité de la distinction entre TB et BB.

31.7.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

Iridial Pursuit

Une seule variété d’iris obtenue par un pur amateur français a été largement commercialisée. De laquelle s’agit-il ?


RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

A suivre (III)

GALLANT ROGUE (Blyth 90) : il s’agit de la sixième des variétés obtenues par B. Blyth à partir du croisement (Tomorrow's Child x Magic Man).
MARBRE BLEU (Cayeux R. 93) : il s’agit de la quatrième des variétés obtenues par R. Cayeux à partir du croisement (Condottiere x Delphi)x (Alizés x(Condottiere x Lunar Rainbow)).
MARIE KALFAYAN (Ransom 95) : il s’agit de la quatrième des variétés obtenues par L. Ransom à partir des variétés LADY FRIEND et COUP DE CŒUR.

Bernard HAMNER

Bernard Hamner faisait partie de ces hybrideurs nés dans les années 10 qui ont eu une particulière importance dans la création des iris que nous connaissons maintenant. Pourtant ce personnage discret n’est jamais apparu au premier plan… Question de tempérament.

Il est né au fin fond de l’Illinois, un peu au nord de St Louis, mais comme le petit Bernard souffrait d’asthme, ses parents l’ont emmené dans le Nevada ou son père trouva un emploi de muletier dans une mine d’or. Un début d’existence digne d’un western ! Peu après cependant la famille est repartie vers la Californie, parce que M. Hamner avait trouvé un nouveau travail dans les champs de pétrole. Après plusieurs déménagements, la famille s’est finalement arrêtée dans les montagnes situées à l’est de Los Angeles. C’est dans cette région qu’après son bac Bernard Hamner travailla dans l’agriculture, se maria puis acheta sa propre exploitation, un peu plus au sud, à Perris, dont il ne bougera plus. Le couple Hamner mènera désormais une vie exemplaire vouée en partie aux iris, bien sûr, mais encore plus à l’église baptiste. Cette existence typiquement américaine, où la religion avait une part prépondérante, où les plaisirs étaient simples (chasse, pèche, jardinage…), explique que Bernard Hamner n’ait jamais brillé dans les cercles du petit monde des iris en dépit d’un travail dont chacun s’accorde aujourd’hui à reconnaître l’importance.

Car en près de trente ans de carrière, parmi les nombreuses variétés enregistrées par Bernard Hamner, il en existe beaucoup qui ont présenté des qualités que n’ont pas manqué de remarquer ses confrères et que les amateurs d’iris ont appréciées. Chez nous, qui ne connaît AVALON BAY (74), GYPSY BELLE (74), HEATHER BLUSH (76), SPICED HONEY (76), BEAUTY CROWN (77), BRONCO BROWN (82), CROWD PLEASER (83), FLAMENCO WHIRL (88),
AZURE ICICLE (93) et bien d’autres qui poussent dans nos jardins et qui figurent toujours dans nos catalogues. Cependant ses plus importantes réussites s’appellent d’une part WILD JASMINE (83) et d’autre part CINNAMON SUN (93).

WILD JASMINE est un variegata autant qu’un plicata. Du premier type il présente les pétales d’un beau jaune d’or et les sépales où domine le brun rouge. Mais du second il tient le fond blanc qui apparaît sous les barbes –oranges- et les striures qui vont en se densifiant à mesure qu’on approche du bord, celui-ci proposant, en plus, un liseré de la couleur des pétales. C’est une des variétés fétiches de Richard Ernst qui, en l’associant le plus souvent au rose EDNA’S WISH (Gibson 83), en a obtenu tout un tas de variétés très différentes, quelques unicolores, mais surtout des plicatas très originaux. Dans la première catégorie figure AMBER TAMBOUR (91), superbe et majestueux jaune ambré. Dans la seconde on trouve CHIFFON RUFFLES (91), nacre poudré de cannelle, DESERT RENEGADE (92), frère de semis du précédent, classique plicata brun, RING AROUND ROSIE (2000), pétales blancs, sépales constellés de rose pourpré avec un cerne jaune pâle, et SCHIZO (2003), indigo et pourpre, au cœur blanc typiquement « luminata ». Ajoutons que l’étrange OWYHEE DESERT (Pinkston 97), en blanc poivré de brun et liseré de jaune, est aussi un enfant de WILD JASMINE.

CINNAMON SUN pour sa part se présente comme un néglecta jaune, mais sur le bas des sépales apparaît un fin réseau de veines ocres. C’est ce trait particulier qui a attiré l’attention de grands hybrideurs comme Keith Keppel et Joseph Ghio. Ils y ont vu l’apparition de quelque chose de nouveau. Les deux compères se sont mis d’accord pour effectuer des croisements entre leurs deux domaines de recherche et ce qu’ils espéraient s’est produit. Voir pour cela leurs enregistrements de 2001 qui ont nom, pour Ghio IMPULSIVE, et pour Keppel QUANDARY. IMPULSIVE est un amoena orange rosé dont les sépales vont en fonçant vers le bord et se terminent par un pointillé grenat. QUANDARY, apparemment plus terne, est un blanc largement marqué de jaune aux épaules, avec de belles barbes orange flamboyant qui surplombent des sépales où l’on distingue un fin réseau de fils pourprés. A partir de cette variété, Keppel nous réserve une nouvelle génération de plicatas originaux.

A partir de ces deux variétés nouvelles il est probable que le nom de Bernard Hamner sortira prochainement de la modeste position qui est la sienne. Mais ce qui est sûr c’est que nous disposons déjà d’une panoplie d’iris remarquables, que nous devons au prédicateur de Californie baptisé Bernard Hamner.

Source : essentiellement Bulletin de l’AIS n°333.

22.7.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE
 
A suivre(III)…
 
Essayez de compléter les trois listes suivantes :
 

IN TOWN, LONDON LORD, MOOMBA, PASS THE WINE, WITCH’S WAND  . . . . .
BAL MASQUÉ, VIVE LA FRANCE, REBECCA PERRET,   . . . .
 

ALIZARINE, AU PAIR, CRI DE CŒUR,   . . . . .
 
 
RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE
 
A suivre(II)…
 

CELEBRATION SONG (DM 2003) : il s’agit des cinq dernières DM obtenues par une obtention Schreiner.
DIABOLIQUE (FO 2000) : il s’agit des cinq derniers Florins d’Or obtenus par une obtention Schreiner,
 Graeme Grosvenor. Il s’agit des obtenteurs des cinq dernières variétés ayant obtenu le Florin d’or. 

I DO et les remontants
 
 
Au risque de chagriner un peu mon ami Lawrence Ransom, je vais écrire que je n’aime pas beaucoup ALIENOR D’AQUITAINE (IB) (Ransom 92). Je trouve les fleurs trop grosses pour un iris intermédiaire et le coloris un peu terne. ALIENOR D’AQUITAINE est un produit de deux variétés déjà anciennes : I DO (Zurbrigg 73) x BABY BLESSED (SDB) (Zurbrigg 79). Deux variétés qui n’attirent pas l’œil par le brillant de leur coloris. En effet BABY BLESSED est un jaune pâle à spot blanc, tandis que I DO est un blanc légèrement teinté de bleu et de vert. En fait l’intérêt du croisement n’était pas tant dans la recherche d’une couleur attrayante que  dans le but d’obtenir un iris intermédiaire remontant. Ce but semble atteint puisque ALIENOR D’AQUITAINE remonte régulièrement en fin d’année pour peu que l’été n’ait pas été trop sec, ou que la touffe ait été bien arrosée.
 
I DO, le parent femelle d’ALIENOR D’AQUITAINE  est une variété au pouvoir remontant particulièrement développé, qui résulte d’un croisement de GRAND BAROQUE (Zurbrigg 69) par AMY (Zurbrigg 73). Le premier, amoena chartreuse, assez peu spectaculaire, provient de HENRY SHAW, un célèbre blanc de Clifford Benson, lui-même issu d’un semis de NEW SNOW. AMY, bien moins connu, est un self rose orchidée qui descend d’AMETHYST FLAME. L’un et l’autre ont, du côté maternel des ascendants remontants, de là la qualité essentielle de I DO. C’est cette aptitude qui a intéressé les obtenteurs travaillant sur les iris remontants, comme Ben Hager, Lloyd Zurbrigg ou Monty Byers. Ses enfants sont en général des iris blancs ou blancs légèrement teintés. Chez Hager on trouve par exemple BONUS MAMA (90) qui est un bel iris blanc très pur, et qui a le pouvoir de remonter. Chez Zurbrigg on peut parler de ANEW (83), blanc, BROTHER CARL (83), blanc, et, surtout, IMMORTALITY, sur lequel je reviendrai un peu plus loin.  Chez Byers, il y a CURTAIN UP (88), jaune tilleul infus de mauve, GILDED (89), blanc argenté, SECOND ACT (91), jaune tendre, SECOND SHOW (87) champagne, et surtout HIG HO SILVER (89), argent, le plus réputé de tous. On peut ajouter FROST ECHO (Aitken 96), amoena lavande très pâle, pour terminer cette énumération.
 
Le plus connu et le plus apprécié de tous ces iris est sans conteste IMMORTALITY (Zurbrigg 82) qui a été à deux doigts d’emporter la Médaille de Dykes en 93. C’est une variété qui est considérée comme refleurissant presque en permanence jusqu’aux gelées. Elle est franchement blanche, à peine teintée de vert au revers des sépales, et avec des barbes jaunes très claires. La substance des fleurs me paraît un peu fragile mais elles sont bien formées et ondulées. Mais ce sont ses qualités de remontance qui en on fait un géniteur assez recherché. Monty Byers, notamment, en a fait usage pour obtenir de très beaux remontants blancs comme SECOND WIND (89), WINTERLAND (90) et ZURICH (90), tous trois frères de semis. Plus récemment, Augusto Bianco en a obtenu RIGATTIERE, un autre blanc à barbes jaunes.
 
D’autres descendants de I DO ont aussi été utilisés par les spécialistes des iris remontants. Il s’agit essentiellement de BONUS MAMA, dont Ben Hager a obtenu ANXIOUS (mais via un frère de semis) et surtout TOTAL RECALL (92), un très intéressant iris jaune primevère très clair. Quant à BROTHER CARL, il est l’origine chez Byers de BANANA CREAM (88), crème comme on pouvait l’imaginer, BLUE MOONLIGHT (89), gris bleuté, SAXON (90), jaune champagne, et THEN AGAIN (89) qui se distingue par sa couleur indigo moyen. Lloyd Zurbrigg, de son côté, en a tiré SILVER DIVIDENDS (91), un superbe blanc argenté, amplement ondulé.
 
Tous ces iris sont sensés remonter. Mais l’on sait que la remontance est une tendance capricieuse. Il n’empêche qu’avec I DO et ses descendants les amateurs de remontants sont à peu près sûrs de posséder ceux qui sont parmi les plus fidèles, même si les autres qualités ont été quelquefois un peu oubliées en cours de route.

16.7.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE
 
A suivre (II)…
 
Essayez de compléter les trois listes suivantes :
 

SILVERADO, HONKY TONK BLUES, HELLO DARKNESS, YAQUINA BLUE,   . . . .
TITAN’S GLORY, DUSKY CHALLENGER, CELEBRATION SONG, CHAMPAGNE WALTZ,   . . . . .
Valeria ROMOLI, SCHREINER’S GARDENS, Robert STETSON, Paul BLACK,   . .
 
 
RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE
 
ÇA CHAUFFE
 
Il s’agit de HOT ZIGGEDY (Kerr 99). 
 
RÉCOMPENSES 2004
 
Les résultats des votes pour les grandes médailles américaines 2004 viennent d’être publiés. C’est CROWNED HEADS (Keppel 97) qui remporte la Médaille de Dykes. La Wister Medal (antichambre de la DM) a été attribuée à SPLASHACATA (Tasco 97).
 
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La première Médaille de Dykes obtenue par une variété signée de Keith Keppel a été pour BABBLING BROOK (69). C’était en 1972 ! Il y a trente deux ans ! Cette fois c’est CROWNED HEADS qui l’emporte, avec une nette avance sur son second, le superbe TOM JOHNSON (P. Black 96) et JURASSIC PARK (Lauer 95). Jamais un tel délai ne s’était écoulé entre deux couronnements pour un même obtenteur. Mais cela démontre deux choses au moins : d’abord l’étonnante longévité du travail de sélection de Keith Keppel, ensuite la qualité de celle-ci. CROWNED HEADS est un iris magnifique, à tous points de vue, qui mérite bien la reconnaissance des juges, comme il a attiré les suffrages du public. C’est en tout cas le premier amoena inversé (ou « dark top ») à obtenir cette prestigieuse récompense. Keith Keppel a consacré son travail des dix dernières années à ce type de fleur et il est parvenu à des résultats exceptionnels. La récompense qui le concerne est amplement méritée au regard de son action.
 
Au départ il y avait cinquante deux variétés qui, cette année, pouvaient prétendre à la récompense suprême. Au dernier pointage, le tableau final était constitué de onze iris valeureux : deux iris intermédiaires , déjà primés dans leur catégorie, BOTTLED SUNSHINE (H. Nichols 94), H and J Sass Medal 2003, et PROTOCOL (Keppel 94), H and J Sass Medal 2002 – mais chacun sait que la probabilité de victoire d’un iris autre qu’un grand est extrêmement réduite - ; neuf TB (grands iris), rangés ici dans l’ordre alphabétique, CROWNED HEADS, DIABOLIQUE (Schreiner 97), FANCY WOMAN (Keppel 95), GYPSY ROMANCE (Schreiner 94), JURASSIC PARK, LOCAL COLOR (Keppel 96), POND LILY (E. Jones 94), SPIRIT WORLD (Keppel 94) et TOM JOHNSON. On remarque que Keppel avait plus d’un fer au feu ! Les exégètes, qui s’amusent à analyser les chances des uns et des autres, s’accordaient à considérer que les variétés les plus anciennes, GYPSY ROMANCE, POND LILY et SPIRIT WORLD, étaient les moins bien placées. Ils composaient le dernier carré avec, dans l’ordre des préférences, CROWNED HEADS, TOM JOHNSON, DIABOLIQUE et JURASSIC PARK, car FANCY WOMAN avait, semble-t-il, laissé passer sa chance l’an dernier, battu dans la dernière ligne droite par CELEBRATION SONG.  La dernière Wister Medal, celle de 2003, avait donné un classement prémonitoire de CROWNED HEADS devant DIABOLIQUE et TOM JOHNSON. C’était donc ces trois variétés qui avaient les faveurs du pronostic. DIABOLIQUE  est dans l’affaire le plus grand perdant puisque JURASSIC PARK, President’s Cup 96, lui souffle la troisième place.
 
Pour la Wister Medal, la victoire de SPLASHACATA n’est pas une surprise. Cet iris plicata a fait une carrière particulièrement brillante, avec l’Award of Merit en 2002 et la Franklin Cook Cup en 2003. Son chemin vers la DM est tout tracé pour 2005. Mais ses deux suivants sont aussi des cultivars de premier plan. WORLD PREMIER (Schreiner 98) est un amoena d’une grande pureté, et POEM OF ECSTASY (Hager 97), un bicolore pêche et lavande ; tous les deux gardent toutes leurs chances, on aurait pu dire la même chose du quatrième, FOGBOUND (Keppel 98), mais ce dernier va maintenant se trouver handicapé par la victoire de CROWNED HEADS. En effet l’un et l’autre sont des obtentions du même hybrideur et se classent tous les deux dans le type « dark top » ! Qui voudra parier sur le succès, deux ans de suite, d’iris aussi proches ?

9.7.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

ÇA CHAUFFE !

De ces cinq variétés de grands iris, l’une n’est pas une obtention de la maison Schreiner. Laquelle ?

· HOT CHOCOLATE
· HOT LINE
· HOT SPICED WINE
· HOT ZIGGEDY
· PIPING HOT

RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

MARIAGE

Il s’agit de WEDDING SUIT.

SURF RIDER

On fait habituellement remonter l’origine des iris « dark top », ou amoena inversé, à la variété AVIS (Varner 63) parce que c’est elle qui a été l’une des premières à présenter des pétales bleu-mauve et des sépales presque blancs, ce qui est l’inverse de la situation rencontrée chez les iris amoenas. Mais AVIS n’a pas eut un grand succès commercial. Au contraire, SURF RIDER enregistré en 1970 par James Tucker, obtenteur installé dans l’Illinois, a réussi à s’imposer dans le monde entier.

SURF RIDER a des pétales parme, des sépales d’un blanc laiteux où le bleu resurgit au cœur, et des barbes blanches. La fleur est peu ondulée, mais de texture épaisse ce qui lui confère une bonne tenue. Néanmoins ce qui a fait le succès de SURF RIDER c’est l’originalité de son coloris.
Pour en arriver là, Tucker a utilisé un semis de STEPPING OUT, associé à JOY DANCER. On ne décrit plus le premier, plicata emblématique mis sur le marché par la maison Schreiner en 64 et récompensé de la Médaille de Dykes en 68. JOY DANCER est un autre produit Tucker, enregistré en 69, qui a attiré sur lui l’attention à Florence où il a obtenu la seconde place en 74. C’est une variété mauve lilas à barbes jaunes. Si l’on ne sait officiellement rien des origines de STEPPING OUT, en revanche celles de JOY DANCER sont connues : CRINCKLED BEAUTY (Schreiner 60) x RIPPLING WATERS (Fay 61). L’un et l’autre sont des iris mauve rosé. Mais RIPPLING WATERS ajoute à sa carte de visite le fait d’être devenu l’un des piliers de l’hybridation moderne, comme le savent ceux qui lisent habituellement cette chronique.

Si son originalité et sa fraîcheur ont valu à SURF RIDER une renommée mondiale, elles ont aussi tenté certains hybrideurs qui ont essayé d’en améliorer les caractéristiques. Trois grands noms s’y sont essayés : Joë Ghio, Ben Hager et Sterling Innerst.

Ghio a obtenu LITTLE MUCH (65) et INCANTATION (67). Le premier est décrit comme ayant des pétales bleu moyen, des sépales blancs et des barbes blanc bleuté. Il répond bien à la définition des « dark tops ». Parmi ses antécédents il a des iris prestigieux comme MARY FRANCES (Gaulter 73) et MYSTIQUE (Ghio 75), tous deux couronnés de la D.M., ainsi que SEA VENTURE (Jones 72) qui est aussi un amoena inversé, et qui est un enfant de AVIS ! LITTLE MUCH porte bien son nom, il apporte un petit peu plus au patrimoine de ses illustres devanciers. INCANTATION est un cousin du précédent. Il se présente un peu comme un amoena inversé mais le contraste est atténué car la base des pétales est plus vivement colorée que le haut, pratiquement blanc, tandis qu’on retrouve le bleu des pétales aux épaules des sépales.

BALLERINA BLUE (Innerst 86) a beaucoup de ressemblance avec SURF RIDER, mais aussi avec SEA VENTURE. Il est vrai qu’il est le fruit du croisement du premier par le second, ce qui explique bien l’air de famille ! En dehors de cela ce n’est pas une variété qui apporte grand chose à la problématique des « dark tops ». Les descendants de SURF RIDER obtenus par Ben Hager ont d’autres qualités. TIMESCAPE (90), par exemple, se rapproche nettement de INCANTATION, en plus clair peut-être : même disposition des couleurs et même fleur ample et fortement ondulée. GARDEN ESCORT (91) n’est pas un « dark top » mais un joli néglecta bleu-mauve. Quant à SILVER FIZZ (91), s’il présente des sépales plus clairs que les pétales ce n’est pas non plus vraiment un « dark top », ce qu’il a de remarquable en revanche, c’est l’extrême finesse et densité des dentelures qui entourent toute la fleur. Pour l’amélioration des « dark tops », il ne faut pas trop compter sur celui-là, pas plus d’ailleurs que sur BALLERINA BLUE ou INCANTATION qui ont peu de descendants et seulement dans d’autres coloris. Mais les trois autres variétés citées ont une descendance d’amoenas inversés.

LITTLE MUCH est à l’origine de ALL ABOARD (Christopherson 2003) qui est un « dark top » très clair mais bien net, et de WIDE HORIZON (Gatty 91) qui, sans être exactement au type (il a quelques traits communs avec INCANTATION) s’en approche néanmoins avec, en plus, une touche de jaune pâle aux épaules. L’union entre un descendant de TIMESCAPE et un descendant de GARDEN ESCORT a donné naissance à une variété de toute beauté, pur amoena inversé, baptisée par Ben Hager ETHEREAL VOICES (2001). Il y a là une réelle avancée comme on dit dans les négociations sociales ! D’ailleurs TIMESCAPE est à la base d’une nombreuse famille. Il a été utilisé aussi bien par Hager lui-même (LIVING PICTURE – 98 -) que par Richard Ernst (THAR THE BLUE – 2003 -), mais surtout en Australie par Graeme Grosvenor qui en a fait un de ses géniteurs favoris, sans toutefois en obtenir de nouveaux « dark tops ». C’est le Français Bernard Laporte qui en a tiré le meilleur parti à ce niveau. Son croisement de HONKY TONK BLUES x TIMESCAPE a produit une série de semis, très proches les uns des autres, mais nettement « dark top », avec, ce qui ne gâte rien, des fleurs bien formées et délicatement ondulées. J’espère que cet obtenteur trop timide enregistrera bientôt l’un de ces semis qui apportera quelque chose d’intéressant dans une catégorie difficile mais qui a du succès dans notre pays. Je sais, en particulier, que Michèle Bersillon a utilisé SURF RIDER pour des croisements donc elle attend beaucoup. Qu’un bel iris, issu de ce valeureux pionnier, apparaisse un jour prochain chez nous serait une nouvelle preuve que son succès n’a pas été usurpé.

3.7.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

MARIAGE

Voici cinq noms de variétés de grands iris qui évoquent toutes le mariage. L’une d’entre elles est de couleur noire. Laquelle ?

· WEDDING BOUQUET (Buttrick 51)
· WEDDING CANDLES (Schreiner 82)
· WEDDING DANCE (Schreiner 99)
· WEDDING SUIT (Mohr H. 74)
· WEDDING VOW (Ghio 72)

RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

Gordon PLOUGH

EDEN ROAD IRIS GARDEN

Bernard HAMNER

Bernard Hamner faisait partie de ces hybrideurs nés dans les années 10 qui ont eu une particulière importance dans la création des iris que nous connaissons maintenant. Pourtant ce personnage discret n’est jamais apparu au premier plan… Question de tempérament.

Il est né au fin fond de l’Illinois, un peu au nord de St Louis, mais comme le petit Bernard souffrait d’asthme, ses parents l’ont emmené dans le Nevada ou son père trouva un emploi de muletier dans une mine d’or. Un début d’existence digne d’un western ! Peu après cependant la famille est repartie vers la Californie, parce que M. Hamner avait trouvé un nouveau travail dans les champs de pétrole. Après plusieurs déménagements, la famille s’est finalement arrêtée dans les montagnes situées à l’est de Los Angeles. C’est dans cette région qu’après son bac Bernard Hamner travailla dans l’agriculture, se maria puis acheta sa propre exploitation, un peu plus au sud, à Perris, dont il ne bougera plus. Le couple Hamner mènera désormais une vie exemplaire vouée en partie aux iris, bien sûr, mais encore plus à l’église baptiste. Cette existence typiquement américaine, où la religion avait une part prépondérante, où les plaisirs étaient simples (chasse, pèche, jardinage…), explique que Bernard Hamner n’ait jamais brillé dans les cercles du petit monde des iris en dépit d’un travail dont chacun s’accorde aujourd’hui à reconnaître l’importance.

Car en près de trente ans de carrière, parmi les nombreuses variétés enregistrées par Bernard Hamner, il en existe beaucoup qui ont présenté des qualités que n’ont pas manqué de remarquer ses confrères et que les amateurs d’iris ont appréciées. Chez nous, qui ne connaît AVALON BAY (74), GYPSY BELLE (74), HEATHER BLUSH (76), SPICED HONEY (76), BEAUTY CROWN (77), BRONCO BROWN (82), CROWD PLEASER (83), FLAMENCO WHIRL (88),
AZURE ICICLE (93) et bien d’autres qui poussent dans nos jardins et qui figurent toujours dans nos catalogues. Cependant ses plus importantes réussites s’appellent d’une part WILD JASMINE (83) et d’autre part CINNAMON SUN (93).

WILD JASMINE est un variegata autant qu’un plicata. Du premier type il présente les pétales d’un beau jaune d’or et les sépales où domine le brun rouge. Mais du second il tient le fond blanc qui apparaît sous les barbes –oranges- et les striures qui vont en se densifiant à mesure qu’on approche du bord, celui-ci proposant, en plus, un liseré de la couleur des pétales. C’est une des variétés fétiches de Richard Ernst qui, en l’associant le plus souvent au rose EDNA’S WISH (Gibson 83), en a obtenu tout un tas de variétés très différentes, quelques unicolores, mais surtout des plicatas très originaux. Dans la première catégorie figure AMBER TAMBOUR (91), superbe et majestueux jaune ambré. Dans la seconde on trouve CHIFFON RUFFLES (91), nacre poudré de cannelle, DESERT RENEGADE (92), frère de semis du précédent, classique plicata brun, RING AROUND ROSIE (2000), pétales blancs, sépales constellés de rose pourpré avec un cerne jaune pâle, et SCHIZO (2003), indigo et pourpre, au cœur blanc typiquement « luminata ». Ajoutons que l’étrange OWYHEE DESERT (Pinkston 97), en blanc poivré de brun et liseré de jaune, est aussi un enfant de WILD JASMINE.

CINNAMON SUN pour sa part se présente comme un néglecta jaune, mais sur le bas des sépales apparaît un fin réseau de veines ocres. C’est ce trait particulier qui a attiré l’attention de grands hybrideurs comme Keith Keppel et Joseph Ghio. Ils y ont vu l’apparition de quelque chose de nouveau. Les deux compères se sont mis d’accord pour effectuer des croisements entre leurs deux domaines de recherche et ce qu’ils espéraient s’est produit. Voir pour cela leurs enregistrements de 2001 qui ont nom, pour Ghio IMPULSIVE, et pour Keppel QUANDARY. IMPULSIVE est un amoena orange rosé dont les sépales vont en fonçant vers le bord et se terminent par un pointillé grenat. QUANDARY, apparemment plus terne, est un blanc largement marqué de jaune aux épaules, avec de belles barbes orange flamboyant qui surplombent des sépales où l’on distingue un fin réseau de fils pourprés. A partir de cette variété, Keppel nous réserve une nouvelle génération de plicatas originaux.

A partir de ces deux variétés nouvelles il est probable que le nom de Bernard Hamner sortira prochainement de la modeste position qui est la sienne. Mais ce qui est sûr c’est que nous disposons déjà d’une panoplie d’iris remarquables, que nous devons au prédicateur de Californie baptisé Bernard Hamner.

Source : essentiellement Bulletin de l’AIS n°333.

18.6.04

DOUBLE DOSE

Double dose, cette semaine, pour cause de vacances la semaine prochaine !

prochaine publication le 2 juillet. A bientôt !
L’ENIGME DE LA SEMAINE

Gordon PLOUGH

Les noms qui suivent sont ceux de pépinières d’iris très connues. Comment s’appelait celle de Gordon PLOUGH ?

SUPERSTITION IRIS GARDENS
TB’S PLACE
ZEBRA GARDENS
EDEN ROAD IRIS GARDEN
SALMON CREEK GARDEN

RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

CALIFORNIE (ter)

Il s’agit de HOTEL CALIFORNIA (Bianco 99), qui est un iris de bordure (BB).