ITERATIF DÉFAUT
Deuxième semaine de dérangement téléphonique fugitif et itératif. Cela contrevient à la régularité des messages de ce blog. Espérons que le défaut a été enfin identifié et supprimé !
26.7.08
MADE IN AUSTRALIA II
Un autre iris arrive d’Australie ce printemps et qui, déboussolé, est en fleur actuellement. Ai-je bien fait de le laisser aller à fleur ? Je le saurai au printemps prochain…
‘Painted Flutes’ est particulièrement lumineux, malgré sa teinte sombre entre pourpre et violet. Issu du croisement ‘Swordsman’ X ‘Enchanter’, c’est un descendant du fameux ‘Louisa’s Song’ (B. Blyth 99).
Un autre iris arrive d’Australie ce printemps et qui, déboussolé, est en fleur actuellement. Ai-je bien fait de le laisser aller à fleur ? Je le saurai au printemps prochain…
‘Painted Flutes’ est particulièrement lumineux, malgré sa teinte sombre entre pourpre et violet. Issu du croisement ‘Swordsman’ X ‘Enchanter’, c’est un descendant du fameux ‘Louisa’s Song’ (B. Blyth 99).


ECLABOUSSURES ET BARBOUILLAGES
Ou comment tirer partie d’une anomalie
Quand on regarde un de ces iris que l’on appelle « broken color », on a l’impression qu’un peintre maladroit a laissé son pinceau dégouliner au-dessus des fleurs. Pendant longtemps les obtenteurs n’ont pas osé accordé de l’intérêt à ces fleurs bizarres qui apparaissaient pourtant régulièrement parmi leurs semis et il a fallu effectivement attendre les années 70 pour que, timidement, certains hybrideurs avides d’originalité, se décident à préserver ces iris dont on dirait qu’ils ont reçu par mégarde d’étonnantes éclaboussures. Celui qui, en la matière, fut un initiateur s’appelle Allan Ensminger. C’est en 1967 qu’il a découvert son premier iris barbouillé et le premier « broken color » réellement intéressant qui ait été enregistré se nomme ‘Doodle Strudel’ (Ensminger 77), un iris bleu ciel, taché de bleu marine, descendant perturbé de ‘Stepping Out’. L’année suivante, il a recommencé avec ‘Inty Greyshun’ (78), qui est mauve améthyste et barbouillé de blanc. ‘Batik’, le plus célèbre, au point d’en être devenu la variété-repère, est apparu en 81. Par la suite vinrent ‘Painted Plic’ (83), ‘Maria Tormena’ (87), ‘Isn’t it Something’ (93) puis ‘Brindled Beauty’ (94) et ‘Autumn Years’ (95). Depuis on a fait bien plus étrange, voire extravagant, mais il n’empêche que la paternité du modèle doit être attribuée à Ensminger, un homme qui, aujourd’hui a dépassé les 80 ans.
Vient ensuite le règne de Kasperek.
Kasperek n’est pas parti du néant. Il a tout simplement utilisé les variétés d’Ensminger, notamment ‘Maria Tormena’ et ‘Painted Plic’, pour commencer sa nouvelle lignée de « broken color ». Dès le début, ses iris ont été remarqués, non seulement pour leurs noms qui, chez nous, passeraient pour franchement ridicules, mais surtout pour leurs qualités et l’originalité de leurs coloris. La plupart de ces cultivars ont été honorés d’une récompense officielle, comme c’est le cas pour ‘Gnu’ (94), ‘Tiger Honey’ (94), ‘Bewilderbeast’ (95) ou ‘Millenium Falcon’ (98) qui ont atteint le stade de l’Award of Merit. C’est dire si ces iris ne passent pas inaperçus !
Devant ce succès, d’autres obtenteurs ont tenté leur chance. Dès 83 Joyce Meek avait enregistré ‘Wild Card’, qui est presque un « broken color » en ce sens qu’il n’y a pas deux fleurs marquées de la même façon, mais qui reste néanmoins plus proche de la catégorie plicata, un peu comme était ‘Hey Looky’ (W. Brown 70), instabilité qu’on trouve également chez ‘Barletta’ (Peterson 74). En 95, Maryott a proposé ‘Out of Control’, violet pourpré balafré de blanc, puis Keith Keppel lui-même a trouvé dans ses semis de plicatas un iris irrégulièrement coloré, joliment baptisé ‘Broken Dreams’ (98), rose aspergé de blanc aux sépales. Cet iris « broken color » conserve néanmoins un air distingué qui tranche sur le côté un peu canaille des productions Kasperek. Il faut dire que dès le début de sa carrière d’obtenteur, Keppel avait créé ‘Humoresque’ (61), un iris parme, avec des dessins aléatoires bleus. Il n’est donc pas vraiment débutant dans le modèle.
Maintenant la pompe est amorcée. Chacun sait comment faire pour obtenir des iris barbouillés. C’est d’autant plus intéressant pour un obtenteur qui débute, que le modèle n’est pas encore saturé, et qu’il y a de la place pour de nouveaux venus. De plus, les nouveaux peuvent à juste titre avoir l’ambition de créer des fleurs réellement jolies, élégantes, voire raffinées, en prenant exemple sur ce qu’a fait Keith Keppel. C’est un peu ce qui est arrivé à Rose-Linda Vasquez-Poupin, une amatrice du Vaucluse, qui nous a offert en 2007 ‘Rose-Linda Vasquez’, une variété aux pétales blanc bleuté et aux sépales blancs parcourus de dessins aléatoires bleu lavande. La fleur est bien formée et joliment ondulée. Charme supplémentaire, cet iris porte des éperons blancs à la pointe de ses barbes.
Cependant le défi est difficile car, dans les semis de « broken color » il y a beaucoup de déchet : plantes malingres, rabougries, fragiles… C’est d’ailleurs pourquoi il y a beaucoup d’iris de petite taille (BB) dans la catégorie : une façon de commercialiser malgré tout des plantes qui n’atteignent pas la hauteur réglementaire pour les grands iris. C’est aussi pourquoi il faut être particulièrement rigoureux quand on sélectionne un « broken color » car la tentation peut être forte de mettre sur le marché quelque chose d’imparfait, ou simplement d’esthétiquement discutable.
Ou comment tirer partie d’une anomalie
Quand on regarde un de ces iris que l’on appelle « broken color », on a l’impression qu’un peintre maladroit a laissé son pinceau dégouliner au-dessus des fleurs. Pendant longtemps les obtenteurs n’ont pas osé accordé de l’intérêt à ces fleurs bizarres qui apparaissaient pourtant régulièrement parmi leurs semis et il a fallu effectivement attendre les années 70 pour que, timidement, certains hybrideurs avides d’originalité, se décident à préserver ces iris dont on dirait qu’ils ont reçu par mégarde d’étonnantes éclaboussures. Celui qui, en la matière, fut un initiateur s’appelle Allan Ensminger. C’est en 1967 qu’il a découvert son premier iris barbouillé et le premier « broken color » réellement intéressant qui ait été enregistré se nomme ‘Doodle Strudel’ (Ensminger 77), un iris bleu ciel, taché de bleu marine, descendant perturbé de ‘Stepping Out’. L’année suivante, il a recommencé avec ‘Inty Greyshun’ (78), qui est mauve améthyste et barbouillé de blanc. ‘Batik’, le plus célèbre, au point d’en être devenu la variété-repère, est apparu en 81. Par la suite vinrent ‘Painted Plic’ (83), ‘Maria Tormena’ (87), ‘Isn’t it Something’ (93) puis ‘Brindled Beauty’ (94) et ‘Autumn Years’ (95). Depuis on a fait bien plus étrange, voire extravagant, mais il n’empêche que la paternité du modèle doit être attribuée à Ensminger, un homme qui, aujourd’hui a dépassé les 80 ans.
Vient ensuite le règne de Kasperek.
Kasperek n’est pas parti du néant. Il a tout simplement utilisé les variétés d’Ensminger, notamment ‘Maria Tormena’ et ‘Painted Plic’, pour commencer sa nouvelle lignée de « broken color ». Dès le début, ses iris ont été remarqués, non seulement pour leurs noms qui, chez nous, passeraient pour franchement ridicules, mais surtout pour leurs qualités et l’originalité de leurs coloris. La plupart de ces cultivars ont été honorés d’une récompense officielle, comme c’est le cas pour ‘Gnu’ (94), ‘Tiger Honey’ (94), ‘Bewilderbeast’ (95) ou ‘Millenium Falcon’ (98) qui ont atteint le stade de l’Award of Merit. C’est dire si ces iris ne passent pas inaperçus !
Devant ce succès, d’autres obtenteurs ont tenté leur chance. Dès 83 Joyce Meek avait enregistré ‘Wild Card’, qui est presque un « broken color » en ce sens qu’il n’y a pas deux fleurs marquées de la même façon, mais qui reste néanmoins plus proche de la catégorie plicata, un peu comme était ‘Hey Looky’ (W. Brown 70), instabilité qu’on trouve également chez ‘Barletta’ (Peterson 74). En 95, Maryott a proposé ‘Out of Control’, violet pourpré balafré de blanc, puis Keith Keppel lui-même a trouvé dans ses semis de plicatas un iris irrégulièrement coloré, joliment baptisé ‘Broken Dreams’ (98), rose aspergé de blanc aux sépales. Cet iris « broken color » conserve néanmoins un air distingué qui tranche sur le côté un peu canaille des productions Kasperek. Il faut dire que dès le début de sa carrière d’obtenteur, Keppel avait créé ‘Humoresque’ (61), un iris parme, avec des dessins aléatoires bleus. Il n’est donc pas vraiment débutant dans le modèle.
Maintenant la pompe est amorcée. Chacun sait comment faire pour obtenir des iris barbouillés. C’est d’autant plus intéressant pour un obtenteur qui débute, que le modèle n’est pas encore saturé, et qu’il y a de la place pour de nouveaux venus. De plus, les nouveaux peuvent à juste titre avoir l’ambition de créer des fleurs réellement jolies, élégantes, voire raffinées, en prenant exemple sur ce qu’a fait Keith Keppel. C’est un peu ce qui est arrivé à Rose-Linda Vasquez-Poupin, une amatrice du Vaucluse, qui nous a offert en 2007 ‘Rose-Linda Vasquez’, une variété aux pétales blanc bleuté et aux sépales blancs parcourus de dessins aléatoires bleu lavande. La fleur est bien formée et joliment ondulée. Charme supplémentaire, cet iris porte des éperons blancs à la pointe de ses barbes.
Cependant le défi est difficile car, dans les semis de « broken color » il y a beaucoup de déchet : plantes malingres, rabougries, fragiles… C’est d’ailleurs pourquoi il y a beaucoup d’iris de petite taille (BB) dans la catégorie : une façon de commercialiser malgré tout des plantes qui n’atteignent pas la hauteur réglementaire pour les grands iris. C’est aussi pourquoi il faut être particulièrement rigoureux quand on sélectionne un « broken color » car la tentation peut être forte de mettre sur le marché quelque chose d’imparfait, ou simplement d’esthétiquement discutable.
21.7.08
ECHOS DU MONDE DES IRIS
Les récompenses américaines
Petite révolution ! Ce n’est pas un grand iris barbu qui a remporté cette année la Médaille de Dykes américaine, mais un iris intermédiaire ! Depuis 1927, les TB (Grands Barbus) l’ont toujours emporté, à l’exception de deux fois : en 1945, avec l’AB (Arilbred) ‘Elmohr’, et en 1981, où c’est le BB (Iris de Bordure) ‘Brown Lasso’ qui a triomphé. Cette fois c’est l’IB ‘Starwoman’ (Marky Smith ) qui est sorti vainqueur d’une compétition dont il n’était pas le favori. En effet tout le monde pariait sur un triomphe de ‘Starring’, le superbe blanc/noir de Joë Ghio.
A propos de ‘Starwoman’ certains diront : « Mais qu’a-t-il de particulier ? C’est un plicata archi-classique ! » Sans doute, mais ce coloris, vif et assez chargé, n’est pas si courant chez les iris intermédiaires. En plus il est fortement ondulé, voire bouillonné pour ce qui est des pétales, un peu comme le sont certains grands iris actuels, et cela aussi c’est rare dans la catégorie IB. Enfin ‘Starwoman’ sent bon, est considéré comme robuste et poussant bien, et si on ajoute qu’il s’agit d’une variété fertile, on a fait le tour des qualités peu ordinaires de cette variété.
Voici la liste des principales distinctions :
DYKES MEDAL = ‘Starwoman’ (M. Smith 97)
Devant : ‘Golden Panther’ (Tasco) et ‘Starring’ (Ghio).
WISTER MEDAL (TB) = ‘Millenium Falcon’ (Kasperek)
KNOWLTON MEDAL (BB) = ‘Teapot Tempest’ (Lynn Markham)
SASS MEDAL (IB) = ‘Ming’ (M. Smith)
WILLIAMSON-WHITE MEDAL (MTB) = ‘Maslon’ (D. Spoon)
COOK-DOUGLAS MEDAL (SDB) = ‘Cat’s Eye’ (P. Black)
DEBAILLON MEDAL (LA) = ‘Great White Hope’ (M. Haymon)
MORGAN-WOOD MEDAL (SIB) = ‘Fond Kiss’ (Schafer/Sacks)
WALTHER CUP (meilleur espoir) = ‘Bluebeard’s Ghost’ (P. Black) (SDB)
Les récompenses américaines
Petite révolution ! Ce n’est pas un grand iris barbu qui a remporté cette année la Médaille de Dykes américaine, mais un iris intermédiaire ! Depuis 1927, les TB (Grands Barbus) l’ont toujours emporté, à l’exception de deux fois : en 1945, avec l’AB (Arilbred) ‘Elmohr’, et en 1981, où c’est le BB (Iris de Bordure) ‘Brown Lasso’ qui a triomphé. Cette fois c’est l’IB ‘Starwoman’ (Marky Smith ) qui est sorti vainqueur d’une compétition dont il n’était pas le favori. En effet tout le monde pariait sur un triomphe de ‘Starring’, le superbe blanc/noir de Joë Ghio.
A propos de ‘Starwoman’ certains diront : « Mais qu’a-t-il de particulier ? C’est un plicata archi-classique ! » Sans doute, mais ce coloris, vif et assez chargé, n’est pas si courant chez les iris intermédiaires. En plus il est fortement ondulé, voire bouillonné pour ce qui est des pétales, un peu comme le sont certains grands iris actuels, et cela aussi c’est rare dans la catégorie IB. Enfin ‘Starwoman’ sent bon, est considéré comme robuste et poussant bien, et si on ajoute qu’il s’agit d’une variété fertile, on a fait le tour des qualités peu ordinaires de cette variété.
Voici la liste des principales distinctions :
DYKES MEDAL = ‘Starwoman’ (M. Smith 97)
Devant : ‘Golden Panther’ (Tasco) et ‘Starring’ (Ghio).
WISTER MEDAL (TB) = ‘Millenium Falcon’ (Kasperek)
KNOWLTON MEDAL (BB) = ‘Teapot Tempest’ (Lynn Markham)
SASS MEDAL (IB) = ‘Ming’ (M. Smith)
WILLIAMSON-WHITE MEDAL (MTB) = ‘Maslon’ (D. Spoon)
COOK-DOUGLAS MEDAL (SDB) = ‘Cat’s Eye’ (P. Black)
DEBAILLON MEDAL (LA) = ‘Great White Hope’ (M. Haymon)
MORGAN-WOOD MEDAL (SIB) = ‘Fond Kiss’ (Schafer/Sacks)
WALTHER CUP (meilleur espoir) = ‘Bluebeard’s Ghost’ (P. Black) (SDB)

LA VÉRITÉ SUR I.aphylla
Parmi les espèces d’iris qui interviennent dans les hybrides modernes, figure I. aphylla, un petit iris de la série Elatae, qui ne mesure guère que 30 cm, mais qui a eu une importance considérable.
On ne mesure pas forcément ce que cette espèce a apporté aux iris qui font la gloire de nos jardins. Après les « grands » tétraploïdes qui s’appellent I. cypriana, I. illyrica ou I. trojana et les fameux ‘Amas’ et ‘Ricardi’, au même titre que I. reichenbachii ou I. imbricata dont je parlerai sans doute un jour, I. aphylla est un élément primordial de la joyeuse salade que constituent les iris hybrides, petits et grands.
I.aphylla pousse naturellement en Europe Centrale, de l’Allemagne jusqu’au Caucase. Les fleurs, relativement grosses – mais c’est un iris tétraploïde, ceci explique cela – d’un joli violet foncé avec des barbes blanches ou blanc bleuté, s’élèvent à peine au dessus du feuillage, très acéré. Compte tenu de ses origines géographiques, c’est une plante rustique et supportant l’humidité hivernale. Du coup, elle ne pose guère de problèmes de culture et les mateurs d’iris botaniques lui disent pour cela merci.
Mais ils ne sont pas les seuls ! Ceux qui préfèrent les iris horticoles lui doivent aussi beaucoup de reconnaissance. En effet cette espèce a apporté des qualités devenues indispensables :
Elle a le pouvoir d’intensifier les couleurs des variétés qui portent ses gènes ; les noirs sont plus noirs, les roses plus vifs, les jaunes plus brillants, les bruns plus rutilants ;
Elle provoque un branchement puissant et partant bas sur la tige, ce qui permet de multiplier les fleurs sur une même hampe, et, par là, d’allonger la durée de floraison ;
Dans le même domaine, étant très florifère, elle participe à la multiplication des boutons, ce qui va dans le même sens que la caractéristique précédente ;
Elle est naturellement remontante et, à ce titre, améliore cette caractéristique appréciée par beaucoup d’amateurs ;
Elle contribue a donner des plantes assez trapues, donc moins sensibles à la verse dans les jours de gros temps ;
Sa bonne résistance au gel est un gage de robustesse des variétés qui en sont issues.
Mais ce dernier trait s’accompagne de la disparition des feuilles en hiver. C’est la raison pour laquelle beaucoup de variétés modernes ne présentent plus, dès l’entrée en dormance, que des moignons de plante, de quelques centimètres seulement, denses et drus, mais qui ne reprendront leur végétation qu’au retour de jours plus longs. A partir de ce moment, c’est à dire en général au début de mars, les variétés à base d’aphylla vont croître à toute vitesse puisqu’en deux mois elles vont grandir d’environ 80 cm ( du moins pour les grands iris).
Les variétés – grandes, moyennes ou petites – qui comportent les gènes d’Iris aphylla sont devenues largement majoritaires, au gré des croisements en tous sens réalisés par les hybrideurs.
Il semble que ce soit Paul Cook qui se soit aperçu le premier des capacités d’I. aphylla. Ce grand hybrideur a en effet exploré en profondeur la constitution génétique des espèces entrant dans la « fabrication » des hybrides. Il a expérimenté de nombreuses associations d’espèces pour tirer de ces combinaisons tout le parti possible, et dans ce sens, son ‘Blue Boy’, hybride d’aphylla, se trouve derrière ses iris sombres comme ‘Sable’ (1938) . Un cheminement semblable a été effectué par les Schreiner qui ont obtenu par I. aphylla l’ancêtre ‘Harmony’ (1939) qui se trouve à l’origine de ‘Black Forest’, lequel, après un long chemin passant par ‘Storm Warning’ (1952), ‘Licorice Stick’ (1961), ‘Tuxedo’ (65) et ‘Midnight Dancer’ (91) a abouti au noir profond de ‘Hello Darkness’ (92 – DM 99). La même progression pourrait être recherchée à l’égard d’autres couleurs, elles aussi renforcées par l’apport des gènes de I. aphylla.
Alors, tous les progrès que cette espèce a apportée au monde des iris valent bien l’inconvénient d’une absence de feuilles au cours de la période des frimas, pendant laquelle, au demeurant, l’amateur d’iris fréquente assez peu son jardin.
Parmi les espèces d’iris qui interviennent dans les hybrides modernes, figure I. aphylla, un petit iris de la série Elatae, qui ne mesure guère que 30 cm, mais qui a eu une importance considérable.
On ne mesure pas forcément ce que cette espèce a apporté aux iris qui font la gloire de nos jardins. Après les « grands » tétraploïdes qui s’appellent I. cypriana, I. illyrica ou I. trojana et les fameux ‘Amas’ et ‘Ricardi’, au même titre que I. reichenbachii ou I. imbricata dont je parlerai sans doute un jour, I. aphylla est un élément primordial de la joyeuse salade que constituent les iris hybrides, petits et grands.
I.aphylla pousse naturellement en Europe Centrale, de l’Allemagne jusqu’au Caucase. Les fleurs, relativement grosses – mais c’est un iris tétraploïde, ceci explique cela – d’un joli violet foncé avec des barbes blanches ou blanc bleuté, s’élèvent à peine au dessus du feuillage, très acéré. Compte tenu de ses origines géographiques, c’est une plante rustique et supportant l’humidité hivernale. Du coup, elle ne pose guère de problèmes de culture et les mateurs d’iris botaniques lui disent pour cela merci.
Mais ils ne sont pas les seuls ! Ceux qui préfèrent les iris horticoles lui doivent aussi beaucoup de reconnaissance. En effet cette espèce a apporté des qualités devenues indispensables :
Elle a le pouvoir d’intensifier les couleurs des variétés qui portent ses gènes ; les noirs sont plus noirs, les roses plus vifs, les jaunes plus brillants, les bruns plus rutilants ;
Elle provoque un branchement puissant et partant bas sur la tige, ce qui permet de multiplier les fleurs sur une même hampe, et, par là, d’allonger la durée de floraison ;
Dans le même domaine, étant très florifère, elle participe à la multiplication des boutons, ce qui va dans le même sens que la caractéristique précédente ;
Elle est naturellement remontante et, à ce titre, améliore cette caractéristique appréciée par beaucoup d’amateurs ;
Elle contribue a donner des plantes assez trapues, donc moins sensibles à la verse dans les jours de gros temps ;
Sa bonne résistance au gel est un gage de robustesse des variétés qui en sont issues.
Mais ce dernier trait s’accompagne de la disparition des feuilles en hiver. C’est la raison pour laquelle beaucoup de variétés modernes ne présentent plus, dès l’entrée en dormance, que des moignons de plante, de quelques centimètres seulement, denses et drus, mais qui ne reprendront leur végétation qu’au retour de jours plus longs. A partir de ce moment, c’est à dire en général au début de mars, les variétés à base d’aphylla vont croître à toute vitesse puisqu’en deux mois elles vont grandir d’environ 80 cm ( du moins pour les grands iris).
Les variétés – grandes, moyennes ou petites – qui comportent les gènes d’Iris aphylla sont devenues largement majoritaires, au gré des croisements en tous sens réalisés par les hybrideurs.
Il semble que ce soit Paul Cook qui se soit aperçu le premier des capacités d’I. aphylla. Ce grand hybrideur a en effet exploré en profondeur la constitution génétique des espèces entrant dans la « fabrication » des hybrides. Il a expérimenté de nombreuses associations d’espèces pour tirer de ces combinaisons tout le parti possible, et dans ce sens, son ‘Blue Boy’, hybride d’aphylla, se trouve derrière ses iris sombres comme ‘Sable’ (1938) . Un cheminement semblable a été effectué par les Schreiner qui ont obtenu par I. aphylla l’ancêtre ‘Harmony’ (1939) qui se trouve à l’origine de ‘Black Forest’, lequel, après un long chemin passant par ‘Storm Warning’ (1952), ‘Licorice Stick’ (1961), ‘Tuxedo’ (65) et ‘Midnight Dancer’ (91) a abouti au noir profond de ‘Hello Darkness’ (92 – DM 99). La même progression pourrait être recherchée à l’égard d’autres couleurs, elles aussi renforcées par l’apport des gènes de I. aphylla.
Alors, tous les progrès que cette espèce a apportée au monde des iris valent bien l’inconvénient d’une absence de feuilles au cours de la période des frimas, pendant laquelle, au demeurant, l’amateur d’iris fréquente assez peu son jardin.
MISE AU POINT
Merci à ceux qui prêtent assez d’attention à ce blog pour en relever les erreurs ou imprécisions. C’est ainsi que la dernière chronique publiée ici, concernant les iris à éperons, a attiré de Lawrence Ransom l’observation suivante :
« Vous écrivez :
«Ceux qui se sont particulièrement investis dans ce domaine se nomment George et Michaël Sutton, Tom Burseen, Jim Hedgecock, Larry Lauer, Paul Black, et Richard Tasco, aux USA. En Australie, Graeme Grosvenor n’a pas dédaigné ‘Conjuration’ ; en France, Gérard Madoré et Richard Cayeux ont fait de même.»
Votre liste des obtenteurs actuels à l¹étranger me semble complète, mais pour la France, cela ne reflète pas la situation. Vous mettez le nom de ces deux obtenteurs français dans la même phrase où plus haut vous écrivez «particulièrement investis dans ce domaine », cela prête à la confusion qui pourrait laisser penser que Gérard Madoré (seul un iris SA sur 37 enregistrements) et Richard Cayeux (5 iris SA enregistrés, si je ne me trompe pas) représentent (à eux seuls) ce domaine en France. Je sais que ce n’est pas ce que vous vouliez dire - vous faisiez allusion à l¹utilisation de Conjuration, mais il y a un risque de désinformation involontaire par confusion ou omission.
Car c’est regrettable que vous ne citiez pas Jean Peyrard (8 iris SA enregistrés) qui a été le premier obtenteur en France à s¹intéresser aux iris rostrata. Dès les années 1980 il correspondait avec Henri Rowlan etJames Mahoney. Son iris Ostrogoth fut enregistré dés 1993, le croisement remonterait donc au milieu des années 1980. De plus, c'est grâce à un semis issu de son croisement PB88/1 (Planet Iris X pumila) fait en 1988 que moimême j’ai obtenu mes premiers iris SA.
En plus de Jean Peyrard, il faudrait citer Anfosso, Bernard Laporte et votre serviteur (11 iris SA enregistrés). Je cite des chiffres pas pour me venter, mais tout simplement pour argumenter mes propos ; que tel ou tel obtenteur ait fait tel nombre de plus qu’un autre, ce n’est ni la question, ni important. Je souhaiterais simplement que vos lecteurs reçoivent une information la plus véritable et la plus objective possible sur la situation historique et actuelle des iris rostrata en France.»
Il faut bien reconnaître que ce commentaire est justifié dans la mesure où l’on peut, dans mon texte, effectivement confondre « utilisation de ‘Conjuration’ » et « création d’iris à éperons ». Au demeurant, le travail des hybrideurs français sur les iris rostratas n’était pas le sujet de cette chronique. Un texte sur cet aspect des choses sera publié dans quelques semaines.
Merci à ceux qui prêtent assez d’attention à ce blog pour en relever les erreurs ou imprécisions. C’est ainsi que la dernière chronique publiée ici, concernant les iris à éperons, a attiré de Lawrence Ransom l’observation suivante :
« Vous écrivez :
«Ceux qui se sont particulièrement investis dans ce domaine se nomment George et Michaël Sutton, Tom Burseen, Jim Hedgecock, Larry Lauer, Paul Black, et Richard Tasco, aux USA. En Australie, Graeme Grosvenor n’a pas dédaigné ‘Conjuration’ ; en France, Gérard Madoré et Richard Cayeux ont fait de même.»
Votre liste des obtenteurs actuels à l¹étranger me semble complète, mais pour la France, cela ne reflète pas la situation. Vous mettez le nom de ces deux obtenteurs français dans la même phrase où plus haut vous écrivez «particulièrement investis dans ce domaine », cela prête à la confusion qui pourrait laisser penser que Gérard Madoré (seul un iris SA sur 37 enregistrements) et Richard Cayeux (5 iris SA enregistrés, si je ne me trompe pas) représentent (à eux seuls) ce domaine en France. Je sais que ce n’est pas ce que vous vouliez dire - vous faisiez allusion à l¹utilisation de Conjuration, mais il y a un risque de désinformation involontaire par confusion ou omission.
Car c’est regrettable que vous ne citiez pas Jean Peyrard (8 iris SA enregistrés) qui a été le premier obtenteur en France à s¹intéresser aux iris rostrata. Dès les années 1980 il correspondait avec Henri Rowlan etJames Mahoney. Son iris Ostrogoth fut enregistré dés 1993, le croisement remonterait donc au milieu des années 1980. De plus, c'est grâce à un semis issu de son croisement PB88/1 (Planet Iris X pumila) fait en 1988 que moimême j’ai obtenu mes premiers iris SA.
En plus de Jean Peyrard, il faudrait citer Anfosso, Bernard Laporte et votre serviteur (11 iris SA enregistrés). Je cite des chiffres pas pour me venter, mais tout simplement pour argumenter mes propos ; que tel ou tel obtenteur ait fait tel nombre de plus qu’un autre, ce n’est ni la question, ni important. Je souhaiterais simplement que vos lecteurs reçoivent une information la plus véritable et la plus objective possible sur la situation historique et actuelle des iris rostrata en France.»
Il faut bien reconnaître que ce commentaire est justifié dans la mesure où l’on peut, dans mon texte, effectivement confondre « utilisation de ‘Conjuration’ » et « création d’iris à éperons ». Au demeurant, le travail des hybrideurs français sur les iris rostratas n’était pas le sujet de cette chronique. Un texte sur cet aspect des choses sera publié dans quelques semaines.
11.7.08


L’ÉLÉGANCE DES ÉPERONS
Cinquante ans d’iris « space age »
On peut dire que c’est à Lloyd Austin, obtenteur installé dès 1925 en Californie, que l’on doit le démarrage de l’intérêt pour les iris à éperons. Quand il a vu pour la première fois des iris présentant des extensions étranges à l’extrémité des barbes, il s’est dit qu’il y avait là quelque chose qui méritait d’être profondément étudié. Il a dès lors entrepris un énorme travail de recherche et de croisement afin d’exploiter ce qui n’était alors qu’une anomalie, et d’apporter à ces nouveautés toutes les améliorations qui étaient possibles, de manière à ce que les éperons et autres pétaloïdes, confèrent aux fleurs une personnalité excitante mais aussi esthétique, et il semble qu’il ait tout inventé : les petites pointes recourbées vers le haut, les minces filaments arqués, les larges spatules ou les extrémités touffues. C’est lui qui a inventé l’expression « Space Age » pour désigner ces nouveaux iris, leur attribuant du même coup une identité synonyme de modernité. A partir de 1959 il n’a plus produit que des SA, dont les noms font presque toujours allusion aux appendices qui les décorent. C’est le cas de ‘Lemon Spoon’ (60), ‘Horned Flare’ (63), ou ‘Spooned Blaze’ (64)…
Dès lors le goût pour les iris à éperons s’est installé aux Etats-Unis et bien d’autres hybrideurs se sont lancés dans l’aventure, utilisant les cultivars de Lloyd Austin comme base de leur recherches. Manley Osborne, Henry Rowlan ont été parmi les premiers à reprendre le flambeau. Tout le monde connaît ‘Hula Moon’ (Rowlan 78), chamois marqué de violet, ‘Moon Mistress’ (Osborne 76), iris de couleur pêche, ‘Battle Star’ (Osborne 78), bicolore chamois et fuchsia, ou les incontournables que sont ‘Twice Thrilling’ (Osborne 84), et surtout ‘Sky Hooks’ (Osborne 80).
Celui qui a le mieux saisi l’intérêt des iris « space age » fut Monty Byers. Cet hybrideur dont la carrière fut aussi brève que brillante, et qui a profondément marqué son époque, c’est essentiellement intéressé aux remontants et aux iris à éperons. C’est à ces derniers qu’il doit d’avoir pris place dans le cercle très fermé des obtenteurs dont trois cultivars ont reçu la Médaille de Dykes. Avec ‘Conjuration’, ‘Thornbird’ puis ‘Mesmerizer’ il est le seul jusqu’à présent à avoir hissé au sommet des iris à ornements.
Dans son sillage, peu à peu, de très nombreux hybrideurs ont pris conscience que les appendices pétaloïdes présents à l’extrémité des barbes n’étaient pas simplement des extravagances de la nature, mais qu’ils apportaient quelque chose à l’histoire des iris hybrides. Ceux qui se sont particulièrement investis dans ce domaine se nomment George et Michaël Sutton, Tom Burseen, Jim Hedgecock, Larry Lauer, Paul Black, et Richard Tasco, aux USA. En Australie, Graeme Grosvenor n’a pas dédaigné ‘Conjuration’ ; en France, Gérard Madoré et Richard Cayeux ont fait de même ; en Slovaquie, Ladislaw Muska en a fait son principal thème de recherche. Ce sont tous des obtenteurs dont on ne peut pas dire que la notoriété n’attendait que cela pour s’affirmer : ils avaient acquis la célébrité bien avant de jouer les prolongations de barbes !
Au fil des années, les iris à ornements ont fait comme les autres : ils ont évolué, ils ont acquis les mêmes qualité que les autres, tant en élégance de la fleur qu’en robustesse de la plante. Il y a autant de différence entre un « space age » de Lloyd Austin et un « space age » de Richard Tasco qu’entre un iris traditionnel de Tell Muhlestein et un autre de Paul Black. Ils ont même fait mieux puisqu’ils ont vaincu leurs défauts structurels. En plus, peu à peu, leurs caractéristiques spécifiques se sont améliorées : les ornements sont devenus plus gracieux, ils ont acquis en raffinement, en importance, et tendent de plus en plus souvent vers l’apparence de fleur double qui est une des voies de leur perfectionnement et un des buts à atteindre de la part des hybrideurs qui s’y consacrent.
Parallèlement ils se sont fait adopter par le grand public. Désormais rares sont ceux qui ont encore des réticences à leur égard. Même si les juges US, que certains considèrent comme des irisariens de la vieille garde, ont encore un peu de mal à reconnaître leur intérêt. Certes, ils ont consenti à couronner les trois lauréats de Monty Byers, mais depuis ils se sont repliés sur des positions plus traditionnelles. Ainsi, en 2007, ils n’ont décerné un AM qu’à un seul iris à éperons, ‘Solar Fire’ (Tasco 2002).
L’élégance des éperons serait-elle encore discutable ? Il ne reste sans doute plus grand monde pour soutenir cela. Même ceux qui furent longtemps dans la résistance ont fini par reconnaître que les appendices floraux pouvaient apporter quelque chose aux iris. Témoin, Richard Cayeux qui après avoir écrit à leur sujet : « …de là à parler de beauté supérieure, il y a un pas que nous ne franchirons pas », utilise sans hésiter ‘Conjuration’ et obtient des fleurs aussi belles que ‘Grenade’ (2007). Il n’y a pas de honte à changer d’opinion.
cliché Robin ShadlowECHOS DU MONDE DES IRIS
Concours MEIS 2008
Le concours de la MEIS (Société des iris d’Europe Centrale), qui s’est déroulé cette année à Pruhonice, près de Prague adonné le résultat suivant :
Premier Prix pour AM 02-0990 2 (semis Mego)
Première variété non européenne : ‘Princess Bride’ (Sutton G. 99) (BB).
Concours MEIS 2008
Le concours de la MEIS (Société des iris d’Europe Centrale), qui s’est déroulé cette année à Pruhonice, près de Prague adonné le résultat suivant :
Premier Prix pour AM 02-0990 2 (semis Mego)
Première variété non européenne : ‘Princess Bride’ (Sutton G. 99) (BB).
4.7.08
ECHOS DU MONDE DES IRIS
Compétition d’Europe Centrale
Les iris envoyés en 2005 et 2006 au « Gene Pool Department » du jardin botanique de Pruhonice, en République Tchèque, ont été évalués cette année pour la première fois. D’abord par les juges de la MEIS (équivalent de la SFIB pour l’Europe Centrale), puis par les visiteurs en provenance de la République Tchèque, bien sûr, d’Allemagne et de Hongrie. Il y avait 182 variétés en provenance de Rep. Tchèque, Pologne, Slovaquie, Slovénie et Etats-Unis, envoyés par 22 hybrideurs. Les juges ont retenu en priorité 10 variétés (5 américaine, 2 slovaques, 1 tchèque, 1 slovène et 1 polonaise). Le classement final n’est pas encore arrêté, mais on notera que ce concours a attiré plus de compétiteurs que les dernières compétitions d’Europe de l’Ouest – Florence ou Jouy en Josas !
A l’Est, du nouveau
Les amateurs de curiosités iront sur le site hongrois Szasz Iriskert Bt. Où ils trouveront des photos de variétés de toutes époques, et un catalogue intéressant, mais faire venir des iris de Hongrie, est-ce vraiment nécessaire ?
La mondialisation des iris est bien en route.
www.szaszirisz.hu
Compétition d’Europe Centrale
Les iris envoyés en 2005 et 2006 au « Gene Pool Department » du jardin botanique de Pruhonice, en République Tchèque, ont été évalués cette année pour la première fois. D’abord par les juges de la MEIS (équivalent de la SFIB pour l’Europe Centrale), puis par les visiteurs en provenance de la République Tchèque, bien sûr, d’Allemagne et de Hongrie. Il y avait 182 variétés en provenance de Rep. Tchèque, Pologne, Slovaquie, Slovénie et Etats-Unis, envoyés par 22 hybrideurs. Les juges ont retenu en priorité 10 variétés (5 américaine, 2 slovaques, 1 tchèque, 1 slovène et 1 polonaise). Le classement final n’est pas encore arrêté, mais on notera que ce concours a attiré plus de compétiteurs que les dernières compétitions d’Europe de l’Ouest – Florence ou Jouy en Josas !
A l’Est, du nouveau
Les amateurs de curiosités iront sur le site hongrois Szasz Iriskert Bt. Où ils trouveront des photos de variétés de toutes époques, et un catalogue intéressant, mais faire venir des iris de Hongrie, est-ce vraiment nécessaire ?
La mondialisation des iris est bien en route.
www.szaszirisz.hu

UNE AUTRE LONGUE MARCHE
‘Queen’s Circle’ de A à Z
Il n’est pas toujours facile de reconstituer le pedigree d’un iris dans son intégralité parce que souvent les renseignements fournis lors de l’enregistrement d’une variété sont partiels ou sibyllins. Parfois même la mention « parents inconnus » vient interrompre définitivement la recherche.
Voici un parcours complet qui concerne la dernière médaille de Dykes, le superbe amoena (façon ‘Emma Cook’) ‘Queen’s Circle’ (Kerr 99).
Au début il y eut l’espèce tétraploïde I. cypriana décrite et introduite en Europe par les anglais Baker et Foster en 1888. Sir Michaël Foster l’a croisée avec le très commun I. pallida pour obtenir ‘Caterina’, un hybride bleu clair introduit après sa mort en 1907 par son compatriote Robert Wallace.
‘Caterina’ a traversé l’Atlantique et même les Etats-Unis tout entiers pour atteindre la Californie et les terres de William Mohr. Ce dernier l’a croisé avec une autre espèce tétraploïde, I. mesopotamica, et en a obtenu ‘Argentina’ (1923), variété blanche à barbes jaunes.
En voiture, maintenant, pour la grande aventure menant à Queen’s Circle’ !
En croisant ‘Argentina’ et ‘Conquistador (Mohr W. 1920), le successeur de William Mohr, Sidney B. Mitchell, a obtenu le célèbre blanc ‘Purissima’ (1927). Retour sur la côte Est, et le jardin de Robert Graves où eut lieu le croisement de ‘Purissima’ et du bleu pâle ‘Cloud Castle’, à l’origine du fameux bleu clair ‘Helen McGregor’ (Graves 43 – DM 49). On revient alors vers le Middle West et c’est Orville Fay qui croise ‘Helen McGregor’ avec le bleu pur ‘Cahokia’ (Faught 46), l’un des fondements des iris bleus. Le résultat se nomme ‘Bluebird Blue’ (Fay 52). Le croisement (Butterfly Blue X Bluebird Blue) donne naissance à ‘Galilee’ (Fay 55), encore une pierre angulaire dans le domaine des bleus. Le voyage vers l’Ouest reprend et on se retrouve en Californie, chez Keith Keppel. Pour obtenir son illustre ‘Babbling Brook’ (Keppel 69 – DM 72), Keppel a croisé ‘Galilee’ et le blanc ‘Symphony (Hinckle 56). Un peu plus au nord, Opal Brown utilise ‘Babbling Brook’ pour effectuer le croisement (Babbling Brook X ((Lipstick x Country Cuzzin) x Bright Cloud)), qui débouche sur le bleu profond ‘Full Tide’ (O. Brown 72).
L’une des toutes premières obtention de Bill Maryott, de San José, en Californie, fut ‘Glistening Icicle’ (1982). C’est un produit de Full Tide X President Farnsworth (Muhlestein 74). On commence à approcher du but quand Frederick Kerr marie ‘Glistening Icicle’ et ‘Classic Treasure’ (Burger 83) et sélectionne ‘Christiana Baker’ (99) ; il ne reste plus qu’à marier ‘Victoria Circle (Kerr 94) et la jolie ‘Christiana Baker’ pour oibtenir le chef d’œuvre couronné de la Médaille de Dykes, ‘Queen’s Circle.
Voici, schématisé, le parcours que l’on vient de faire, de Grande-Bretagne au 19eme siècle jusqu’en Californie au 21eme, et qui a demandé 111 ans :
‘Caterina’ Foster 1909 = I. cypriana X I. pallida
‘Argentina’ Mohr W. 1923 = ‘Caterina’ x I. mesopotamica
‘Purissima’ Mitchell 1927 = ‘Argentina’ X ‘Conquistador’
‘Helen McGregor’ Graves 1943 = ‘Purissima’ X ‘Cloud Castle’
‘Bluebird Blue’ Fay 1952 = ‘Helen McGregor’ X ‘Cahokia’
‘Galilee’ Fay 1955 = ‘Butterfly Blue’ X ‘Bluebird Blue’
‘Babbling Brook’ Keppel 1969 = ‘Galilee X ‘Symphony’
‘Full Tide’ Brown O. 1972 = ‘Babbling Brook’ X ((‘Lipstick’ x ‘Country Cuzzin’) x ‘Bright Cloud’)
‘Glistening Icicle’ Maryott 1982 = ‘Full Tide’ X ‘President Farnsworth’
‘Christiana Baker’ Kerr 1999 = ‘Classic Treasure’ X ‘Glistening Icicle’
‘Queen’s Circle’ Kerr 1999 = ‘Victoria Circle’ X ‘Christiana Baker’.
C’est un parcours sans faute, marqué par de longs espaces temporels entre deux obtentions, qui fait que seulement 12 générations séparent les espèces d’origine et la variété très élaborée que l’on peut admirer actuellement dans nos jardins.
‘Queen’s Circle’ de A à Z
Il n’est pas toujours facile de reconstituer le pedigree d’un iris dans son intégralité parce que souvent les renseignements fournis lors de l’enregistrement d’une variété sont partiels ou sibyllins. Parfois même la mention « parents inconnus » vient interrompre définitivement la recherche.
Voici un parcours complet qui concerne la dernière médaille de Dykes, le superbe amoena (façon ‘Emma Cook’) ‘Queen’s Circle’ (Kerr 99).
Au début il y eut l’espèce tétraploïde I. cypriana décrite et introduite en Europe par les anglais Baker et Foster en 1888. Sir Michaël Foster l’a croisée avec le très commun I. pallida pour obtenir ‘Caterina’, un hybride bleu clair introduit après sa mort en 1907 par son compatriote Robert Wallace.
‘Caterina’ a traversé l’Atlantique et même les Etats-Unis tout entiers pour atteindre la Californie et les terres de William Mohr. Ce dernier l’a croisé avec une autre espèce tétraploïde, I. mesopotamica, et en a obtenu ‘Argentina’ (1923), variété blanche à barbes jaunes.
En voiture, maintenant, pour la grande aventure menant à Queen’s Circle’ !
En croisant ‘Argentina’ et ‘Conquistador (Mohr W. 1920), le successeur de William Mohr, Sidney B. Mitchell, a obtenu le célèbre blanc ‘Purissima’ (1927). Retour sur la côte Est, et le jardin de Robert Graves où eut lieu le croisement de ‘Purissima’ et du bleu pâle ‘Cloud Castle’, à l’origine du fameux bleu clair ‘Helen McGregor’ (Graves 43 – DM 49). On revient alors vers le Middle West et c’est Orville Fay qui croise ‘Helen McGregor’ avec le bleu pur ‘Cahokia’ (Faught 46), l’un des fondements des iris bleus. Le résultat se nomme ‘Bluebird Blue’ (Fay 52). Le croisement (Butterfly Blue X Bluebird Blue) donne naissance à ‘Galilee’ (Fay 55), encore une pierre angulaire dans le domaine des bleus. Le voyage vers l’Ouest reprend et on se retrouve en Californie, chez Keith Keppel. Pour obtenir son illustre ‘Babbling Brook’ (Keppel 69 – DM 72), Keppel a croisé ‘Galilee’ et le blanc ‘Symphony (Hinckle 56). Un peu plus au nord, Opal Brown utilise ‘Babbling Brook’ pour effectuer le croisement (Babbling Brook X ((Lipstick x Country Cuzzin) x Bright Cloud)), qui débouche sur le bleu profond ‘Full Tide’ (O. Brown 72).
L’une des toutes premières obtention de Bill Maryott, de San José, en Californie, fut ‘Glistening Icicle’ (1982). C’est un produit de Full Tide X President Farnsworth (Muhlestein 74). On commence à approcher du but quand Frederick Kerr marie ‘Glistening Icicle’ et ‘Classic Treasure’ (Burger 83) et sélectionne ‘Christiana Baker’ (99) ; il ne reste plus qu’à marier ‘Victoria Circle (Kerr 94) et la jolie ‘Christiana Baker’ pour oibtenir le chef d’œuvre couronné de la Médaille de Dykes, ‘Queen’s Circle.
Voici, schématisé, le parcours que l’on vient de faire, de Grande-Bretagne au 19eme siècle jusqu’en Californie au 21eme, et qui a demandé 111 ans :
‘Caterina’ Foster 1909 = I. cypriana X I. pallida
‘Argentina’ Mohr W. 1923 = ‘Caterina’ x I. mesopotamica
‘Purissima’ Mitchell 1927 = ‘Argentina’ X ‘Conquistador’
‘Helen McGregor’ Graves 1943 = ‘Purissima’ X ‘Cloud Castle’
‘Bluebird Blue’ Fay 1952 = ‘Helen McGregor’ X ‘Cahokia’
‘Galilee’ Fay 1955 = ‘Butterfly Blue’ X ‘Bluebird Blue’
‘Babbling Brook’ Keppel 1969 = ‘Galilee X ‘Symphony’
‘Full Tide’ Brown O. 1972 = ‘Babbling Brook’ X ((‘Lipstick’ x ‘Country Cuzzin’) x ‘Bright Cloud’)
‘Glistening Icicle’ Maryott 1982 = ‘Full Tide’ X ‘President Farnsworth’
‘Christiana Baker’ Kerr 1999 = ‘Classic Treasure’ X ‘Glistening Icicle’
‘Queen’s Circle’ Kerr 1999 = ‘Victoria Circle’ X ‘Christiana Baker’.
C’est un parcours sans faute, marqué par de longs espaces temporels entre deux obtentions, qui fait que seulement 12 générations séparent les espèces d’origine et la variété très élaborée que l’on peut admirer actuellement dans nos jardins.
27.6.08

ECHOS DU MONDE DES IRIS
Le concours de Münich
Pour les Grands Iris :
Après deux ans de culture :
Compétition Internationale
1.Médaille d’Or = Sdlg. HTB-T/4 (non encore nommé) - Zdenek Seidl, CZ
2.Médaille d’Argent = PLACEBO - Ladislav Muska, SL 2002
3.Médaille de Bronze = CHELSEA BLEU - Richard Cayeux, FR 2004
Compétition Nationale
1.Médaille d’Or = ORLAPERLE - Wolfgang Landgraf, 2005
2.Médaille d’Argent = LYDIA SCHIMPF - Manfred Beer, 2006
3.Médaille de Bronze = Sdlg. 9/95/3 (non encore nommé) - Günter Diedrich,
Après une année de culture :
Compétition Internationale
Médaille dArgent = MIDNIGHT TREAT – Schreiner, US 2006
Compétition Nationale
Médaille d’Argent = ECHINOR - G. Boffo, 2006
Pour les iris Nains Standard :
Après deux ans de culture :
1.Médaille d’Or = PARADIGM SHIFT - Chuck Chapman, Canada 2006
2.Médaille d’Argent = FIRE CORAL - Terry Aitken, USA 2007
3.Médaille de Bronze = PINK LATTE - Terry Aitken, USA 2006
Après une année de culture :
Médaille d’Argent = FROSCHKONZERT - Frank Kathe 2007
A noter que le semis Sdlg. 9920 – 14 de Michèle Bersillon, est arrivé 4eme dans la compétition internationale TB un an.
Le concours de Münich
Pour les Grands Iris :
Après deux ans de culture :
Compétition Internationale
1.Médaille d’Or = Sdlg. HTB-T/4 (non encore nommé) - Zdenek Seidl, CZ
2.Médaille d’Argent = PLACEBO - Ladislav Muska, SL 2002
3.Médaille de Bronze = CHELSEA BLEU - Richard Cayeux, FR 2004
Compétition Nationale
1.Médaille d’Or = ORLAPERLE - Wolfgang Landgraf, 2005
2.Médaille d’Argent = LYDIA SCHIMPF - Manfred Beer, 2006
3.Médaille de Bronze = Sdlg. 9/95/3 (non encore nommé) - Günter Diedrich,
Après une année de culture :
Compétition Internationale
Médaille dArgent = MIDNIGHT TREAT – Schreiner, US 2006
Compétition Nationale
Médaille d’Argent = ECHINOR - G. Boffo, 2006
Pour les iris Nains Standard :
Après deux ans de culture :
1.Médaille d’Or = PARADIGM SHIFT - Chuck Chapman, Canada 2006
2.Médaille d’Argent = FIRE CORAL - Terry Aitken, USA 2007
3.Médaille de Bronze = PINK LATTE - Terry Aitken, USA 2006
Après une année de culture :
Médaille d’Argent = FROSCHKONZERT - Frank Kathe 2007
A noter que le semis Sdlg. 9920 – 14 de Michèle Bersillon, est arrivé 4eme dans la compétition internationale TB un an.
IV. A la manière de la presse magazine (1)
Le retour de l’Europe
« C’est quelque chose de jamais vu ! » s’exclame Jean Gérard, celui qui, en France, enregistre tous les nouveaux iris obtenus par les hybrideurs. « Il n’y a jamais eu autant d’enregistrements en une même année : cinquante et un ! Et des plantes qui sortent de l’ordinaire ! » Gerda Kanthe, est chargée des enregistrements en Allemagne. Elle tient à peu près le même discours : « Ce qui me frappe, dit-elle, c’est que les hybrideurs qui osent enregistrer leurs iris sont de plus en plus nombreux. Jusqu’à la fin des années 90 seuls quelques hybrideurs chevronnés jouaient le jeu ; les autres n’osaient pas proposer leurs iris à l’enregistrement. » Quant à Zdenek Kusek, l’enregistreur Tchèque, il se réjouit de constater que les pays d’Europe Centrale disposent aujourd’hui d’obtenteurs dont la renommée dépasse les limites de la vieille Europe : « Un homme comme Anton Mego, explique-t-il, a obtenu une récompense majeure aux Etats-Unis, ce qui n’était jamais arrivé à un Européen. »
L’Europe serait donc en train de faire son retour sur le devant de la scène mondiale des iris. Une place qui fut la sienne au cours des années 1920 et 1930, grâce à des obtenteurs aussi fameux que Ferdinand Cayeux, en France, Goos et Koenemann en Allemagne, Amos Perry en Grande-Bretagne. Mais la guerre 39/45 et ses conséquences ruinèrent le travail des obtenteurs européens. Ils furent immédiatement supplantés par les américains qui, déjà très impliqués dans l’hybridation, saisirent l’occasion pour imposer au monde entier leurs excellents produits. Violetta Ravelli, qui règne, à Florence, sur le plus important concours d’iris du monde, le Concorso Firenze, a ressenti cette mainmise américaine : « Le concours a débuté en 1957, remarque-t-elle, mais la première victoire européenne n’est intervenue qu’en 1973, la seconde en 85 et la suivante en 99 ! Les deux dernières années, ce sont des iris européens qui ont triomphé : un italien ’Recondita Armonia’ en 2006, puis un français, ‘Aurélie’ en 2007. J’espère que cela va continuer ! »
Les hybrideurs américains continuent de dominer le monde des iris ; ils disposent de très grands professionnels, comme Keith Keppel, Paul Black ou George Sutton, et leur puissance commerciale est énorme : la firme Schreiner, et sa rivale Cooley’s Gardens, sont des entreprises industrielles qu’aucun producteur européen n’est prêt d’égaler. Mais en Europe, ce n’est pas la taille des pépinières qui fait leur succès, mais le génie de leurs propriétaires. A défaut de surface ou de marché, on a des idées, et de l’audace. Que ce soit en France, en Allemagne, en Italie ou en Europe Centrale, les hybrideurs sont le plus souvent des amateurs très éclairés qui savent effectuer les croisements les plus gratifiants et les sélections les plus fines. Mauro Bertuzzi, l’obtenteur de ‘Recondita Armonia’, Florin d’Or 2006, est quelqu’un d’important dans le monde agricole milanais, mais les iris ne sont pour lui qu’un loisir, et si Richard Cayeux est, en France, un véritable professionnels, Bernard Laporte, lui, est un retraité de la Poste. Le plus souvent, les jardins où poussent les iris européens sont minuscules. La réussite des obtenteurs n’en est que plus méritoire car plus on sème de graines, plus on a de chance d’obtenir l’oiseau rare ; réussir un bel iris quand on n’a réalisé que quelques semis est une gageure que seuls les Européens savent relever. Parce que les Australiens, les autres champions des iris, disposent de plantations pratiquement aussi étendues que celles des Américains.
Cependant quand on parle des iris européens, il ne faudrait pas négliger ceux qui sont obtenus en Russie et en Ukraine. Par là aussi on se passionne pour les iris et un hybrideur comme Aleksandr Trotsky, du côté de la mer Noire, à Nikolajev, propose des iris qui font rêver. Quant aux hybrideurs russes, ils ont une production monumentale et qui semble devenue de qualité ; un jour elle pourra envahir le marché quand les lourdeurs administratives issues de l’ancienne URSS auront été levées et les exportation rendues possibles.
Pour ne s’en tenir qu’au nombre de variétés enregistrées, en 2007 l’Europe a inscrit 355 variétés nouvelles, contre 577 pour les Etats-Unis. Elle a déjà, en ce domaine, conquis une seconde place qui la situe a un niveau qui correspond à son rang dans le monde. Comme dit Violetta Ravelli, « il ne lui reste plus qu’à s’imposer dans les compétitions américaines pour retrouver l’autorité que la seconde guerre mondiale lui a fait perdre », mais ce sera difficile parce qu’au plan de la diffusion de ses produits outre Atlantique, l’Europe peine à trouver des distributeurs. La réussite d’Anton Mego, l’obtenteur de Bratislava dont le ‘Slovak Prince’ a pu décrocher un Award of Merit, aura du mal à se renouveler.
(1) Les noms des personnes supposées être citées dans cette parodie ont été modifiés.
Le retour de l’Europe
« C’est quelque chose de jamais vu ! » s’exclame Jean Gérard, celui qui, en France, enregistre tous les nouveaux iris obtenus par les hybrideurs. « Il n’y a jamais eu autant d’enregistrements en une même année : cinquante et un ! Et des plantes qui sortent de l’ordinaire ! » Gerda Kanthe, est chargée des enregistrements en Allemagne. Elle tient à peu près le même discours : « Ce qui me frappe, dit-elle, c’est que les hybrideurs qui osent enregistrer leurs iris sont de plus en plus nombreux. Jusqu’à la fin des années 90 seuls quelques hybrideurs chevronnés jouaient le jeu ; les autres n’osaient pas proposer leurs iris à l’enregistrement. » Quant à Zdenek Kusek, l’enregistreur Tchèque, il se réjouit de constater que les pays d’Europe Centrale disposent aujourd’hui d’obtenteurs dont la renommée dépasse les limites de la vieille Europe : « Un homme comme Anton Mego, explique-t-il, a obtenu une récompense majeure aux Etats-Unis, ce qui n’était jamais arrivé à un Européen. »
L’Europe serait donc en train de faire son retour sur le devant de la scène mondiale des iris. Une place qui fut la sienne au cours des années 1920 et 1930, grâce à des obtenteurs aussi fameux que Ferdinand Cayeux, en France, Goos et Koenemann en Allemagne, Amos Perry en Grande-Bretagne. Mais la guerre 39/45 et ses conséquences ruinèrent le travail des obtenteurs européens. Ils furent immédiatement supplantés par les américains qui, déjà très impliqués dans l’hybridation, saisirent l’occasion pour imposer au monde entier leurs excellents produits. Violetta Ravelli, qui règne, à Florence, sur le plus important concours d’iris du monde, le Concorso Firenze, a ressenti cette mainmise américaine : « Le concours a débuté en 1957, remarque-t-elle, mais la première victoire européenne n’est intervenue qu’en 1973, la seconde en 85 et la suivante en 99 ! Les deux dernières années, ce sont des iris européens qui ont triomphé : un italien ’Recondita Armonia’ en 2006, puis un français, ‘Aurélie’ en 2007. J’espère que cela va continuer ! »
Les hybrideurs américains continuent de dominer le monde des iris ; ils disposent de très grands professionnels, comme Keith Keppel, Paul Black ou George Sutton, et leur puissance commerciale est énorme : la firme Schreiner, et sa rivale Cooley’s Gardens, sont des entreprises industrielles qu’aucun producteur européen n’est prêt d’égaler. Mais en Europe, ce n’est pas la taille des pépinières qui fait leur succès, mais le génie de leurs propriétaires. A défaut de surface ou de marché, on a des idées, et de l’audace. Que ce soit en France, en Allemagne, en Italie ou en Europe Centrale, les hybrideurs sont le plus souvent des amateurs très éclairés qui savent effectuer les croisements les plus gratifiants et les sélections les plus fines. Mauro Bertuzzi, l’obtenteur de ‘Recondita Armonia’, Florin d’Or 2006, est quelqu’un d’important dans le monde agricole milanais, mais les iris ne sont pour lui qu’un loisir, et si Richard Cayeux est, en France, un véritable professionnels, Bernard Laporte, lui, est un retraité de la Poste. Le plus souvent, les jardins où poussent les iris européens sont minuscules. La réussite des obtenteurs n’en est que plus méritoire car plus on sème de graines, plus on a de chance d’obtenir l’oiseau rare ; réussir un bel iris quand on n’a réalisé que quelques semis est une gageure que seuls les Européens savent relever. Parce que les Australiens, les autres champions des iris, disposent de plantations pratiquement aussi étendues que celles des Américains.
Cependant quand on parle des iris européens, il ne faudrait pas négliger ceux qui sont obtenus en Russie et en Ukraine. Par là aussi on se passionne pour les iris et un hybrideur comme Aleksandr Trotsky, du côté de la mer Noire, à Nikolajev, propose des iris qui font rêver. Quant aux hybrideurs russes, ils ont une production monumentale et qui semble devenue de qualité ; un jour elle pourra envahir le marché quand les lourdeurs administratives issues de l’ancienne URSS auront été levées et les exportation rendues possibles.
Pour ne s’en tenir qu’au nombre de variétés enregistrées, en 2007 l’Europe a inscrit 355 variétés nouvelles, contre 577 pour les Etats-Unis. Elle a déjà, en ce domaine, conquis une seconde place qui la situe a un niveau qui correspond à son rang dans le monde. Comme dit Violetta Ravelli, « il ne lui reste plus qu’à s’imposer dans les compétitions américaines pour retrouver l’autorité que la seconde guerre mondiale lui a fait perdre », mais ce sera difficile parce qu’au plan de la diffusion de ses produits outre Atlantique, l’Europe peine à trouver des distributeurs. La réussite d’Anton Mego, l’obtenteur de Bratislava dont le ‘Slovak Prince’ a pu décrocher un Award of Merit, aura du mal à se renouveler.
(1) Les noms des personnes supposées être citées dans cette parodie ont été modifiés.
20.6.08



UN PETIT NOIR
La mode du noir ne concerne pas seulement la façon qu’ont les gens de s’habiller. Les fleurs aussi s’y sont mises et notamment les iris. Pour ce qui concerne les grands iris des jardins, le début du noir n’est pas récent. Dès les années 1930 les hybrideurs ont essayé d’obtenir des fleurs le plus noir possible. Peu à peu, lentement, il sont parvenus à leurs fins et certains iris récents comme ‘Hello Darkness’ (Schreiner 92 – DM 99) ou ‘Anvil of Darkness’ (Innerst 98) sont vraiment proches du noir absolu. Mais qu’en est-il chez les iris de petite taille ? Ont-ils vécu une évolution similaire ? La présente chronique va tenter de répondre à ces questions en évoquant le cas des iris nains standards (SDB) les plus nombreux et les plus appréciés des iris nains.
Les SDB proviennent du croisement de grands iris et d’iris nains comme I. pumila. Ils ont donc hérité des capacités des uns et des autres et, en matière de couleur des fleurs, ils ont atteint une diversité et une fantaisie supérieures à celles de leur parent de haute taille.
Il faut bien reconnaître, cependant, que le noir n’est pas la couleur de prédilection des obtenteurs de SDB. Celui qui y a mis le plus de cœur me semble être Ben Hager. Avec ‘Demon’ (71) il a présenté une variété proche du noir, issue de semis où l’on trouve, à la troisième ou quatrième génération le fameux ‘Black Forest’ (Schreiner 45), un grand iris très foncé, qui est considéré comme à l’origine de tous les « noirs ».
Un des traits particuliers des SDB est qu’il n’y a que quelques générations entre les espèces d’origine et les variétés d’aujourd’hui. Dans le cas de ‘Demon’ on y arrive dès la deuxième ou la troisième. ‘Demon’ a pour parent femelle ‘Zing’ (Brizendine 60), une variété jaune d’or très appréciée des connaisseurs et qui obtenu le Médaille Cook-Douglas (la plus haute récompense pour un SDB) en 66. Il a pour « père » un semis non dénommé de (Dark Fairy’ (Brown A. 60) X ‘Shine Boy’ (Brizendine 61). ‘Shine Boy’ et ‘Zing’ sont frères de semis et proviennent d’un I. pumila récolté en Roumanie dans les années 30. Aussi bien du côté paternel que maternel, ‘Demon’ a donc des ancêtres très saturés de violet, qui lui valent son coloris original. Ce coloris, il l’a transmis à un de ses fils, ‘Michael Paul’ (Jones 79) qui figure parmi les SDB les plus sombres.
D’une couleur assez voisine, ‘Dark Vader’ (Miller) est apparu en 1987. Qui l’a amené à se ranger du côté noir de la Force ? C’est tout simple : côté feminin, il provient d’un iris gris, ‘Mrs. Nate Rudolph’ (Briscoe 72), mais côté paternel on trouve le brun ‘Abracadabra’ (Hager 76), lui-même issu de ‘Kitten Kapers’ (Hager 71) qui est un frère de semis de ‘Demon’. Pas besoin de chercher plus loin.
Quant à ‘Hottentot’ (Marky Smith 93), autre iris nain noir, ou tout au moins très foncé, c’est un enfant de ‘Dark Vader’ : la Force noire est en lui !
Il est peut être abusif de considérer comme « noir » le petit SDB ‘Cassis’ (Ransom 99), mais du moins est-il d’un ton grenat très foncé, et de ce fait porte très bien son nom. Ses origines sont profondément différentes. C’est un approfondissement d’un coloris brun-rouge acajou provenant à la fois de ‘Little Bucaneer’ (Schreiner 73), par ‘Bloodstone’ (Scheiner 80) puis ‘Two Rubies’ (Niswonger 89), et du grand et célèbre ‘Captain Gallant’ (Schmelzer 57), par le SDB pourpre ‘Cherry Garden’ (Jones 66) que l’on trouve également comme parent mâle de ‘Bloodstone’ déjà cité. Il faut reconnaître le mérite et la réussite de Lawrence Ransom dans la recherche du SDB noir puisqu’on lui doit aussi deux frères de semis, ‘Putsch’ (96) et ‘Roman Noir’ (96) qui tendent l’un et l’autre vers cette couleur apparemment difficile à obtenir chez les SDB.
Les iris nains standards sont très agréables à voir, et ils illuminent nos jardins à un moment où l’on n’y trouve pas grand’ chose puisque tulipes et narcisses sont terminés et que les autres fleurs de printemps attendent encore un peu pour s’épanouir. Il est dommage qu’ils ne rencontrent pas plus de succès et restent confidentiellement cantonnés aux dernières pages de catalogues de nos grands producteurs, avec un choix limité, alors qu’ils sont si nombreux par ailleurs. La couleur noire leur va aussi bien que les autres et sa rareté la rend encore plus attractive.
La mode du noir ne concerne pas seulement la façon qu’ont les gens de s’habiller. Les fleurs aussi s’y sont mises et notamment les iris. Pour ce qui concerne les grands iris des jardins, le début du noir n’est pas récent. Dès les années 1930 les hybrideurs ont essayé d’obtenir des fleurs le plus noir possible. Peu à peu, lentement, il sont parvenus à leurs fins et certains iris récents comme ‘Hello Darkness’ (Schreiner 92 – DM 99) ou ‘Anvil of Darkness’ (Innerst 98) sont vraiment proches du noir absolu. Mais qu’en est-il chez les iris de petite taille ? Ont-ils vécu une évolution similaire ? La présente chronique va tenter de répondre à ces questions en évoquant le cas des iris nains standards (SDB) les plus nombreux et les plus appréciés des iris nains.
Les SDB proviennent du croisement de grands iris et d’iris nains comme I. pumila. Ils ont donc hérité des capacités des uns et des autres et, en matière de couleur des fleurs, ils ont atteint une diversité et une fantaisie supérieures à celles de leur parent de haute taille.
Il faut bien reconnaître, cependant, que le noir n’est pas la couleur de prédilection des obtenteurs de SDB. Celui qui y a mis le plus de cœur me semble être Ben Hager. Avec ‘Demon’ (71) il a présenté une variété proche du noir, issue de semis où l’on trouve, à la troisième ou quatrième génération le fameux ‘Black Forest’ (Schreiner 45), un grand iris très foncé, qui est considéré comme à l’origine de tous les « noirs ».
Un des traits particuliers des SDB est qu’il n’y a que quelques générations entre les espèces d’origine et les variétés d’aujourd’hui. Dans le cas de ‘Demon’ on y arrive dès la deuxième ou la troisième. ‘Demon’ a pour parent femelle ‘Zing’ (Brizendine 60), une variété jaune d’or très appréciée des connaisseurs et qui obtenu le Médaille Cook-Douglas (la plus haute récompense pour un SDB) en 66. Il a pour « père » un semis non dénommé de (Dark Fairy’ (Brown A. 60) X ‘Shine Boy’ (Brizendine 61). ‘Shine Boy’ et ‘Zing’ sont frères de semis et proviennent d’un I. pumila récolté en Roumanie dans les années 30. Aussi bien du côté paternel que maternel, ‘Demon’ a donc des ancêtres très saturés de violet, qui lui valent son coloris original. Ce coloris, il l’a transmis à un de ses fils, ‘Michael Paul’ (Jones 79) qui figure parmi les SDB les plus sombres.
D’une couleur assez voisine, ‘Dark Vader’ (Miller) est apparu en 1987. Qui l’a amené à se ranger du côté noir de la Force ? C’est tout simple : côté feminin, il provient d’un iris gris, ‘Mrs. Nate Rudolph’ (Briscoe 72), mais côté paternel on trouve le brun ‘Abracadabra’ (Hager 76), lui-même issu de ‘Kitten Kapers’ (Hager 71) qui est un frère de semis de ‘Demon’. Pas besoin de chercher plus loin.
Quant à ‘Hottentot’ (Marky Smith 93), autre iris nain noir, ou tout au moins très foncé, c’est un enfant de ‘Dark Vader’ : la Force noire est en lui !
Il est peut être abusif de considérer comme « noir » le petit SDB ‘Cassis’ (Ransom 99), mais du moins est-il d’un ton grenat très foncé, et de ce fait porte très bien son nom. Ses origines sont profondément différentes. C’est un approfondissement d’un coloris brun-rouge acajou provenant à la fois de ‘Little Bucaneer’ (Schreiner 73), par ‘Bloodstone’ (Scheiner 80) puis ‘Two Rubies’ (Niswonger 89), et du grand et célèbre ‘Captain Gallant’ (Schmelzer 57), par le SDB pourpre ‘Cherry Garden’ (Jones 66) que l’on trouve également comme parent mâle de ‘Bloodstone’ déjà cité. Il faut reconnaître le mérite et la réussite de Lawrence Ransom dans la recherche du SDB noir puisqu’on lui doit aussi deux frères de semis, ‘Putsch’ (96) et ‘Roman Noir’ (96) qui tendent l’un et l’autre vers cette couleur apparemment difficile à obtenir chez les SDB.
Les iris nains standards sont très agréables à voir, et ils illuminent nos jardins à un moment où l’on n’y trouve pas grand’ chose puisque tulipes et narcisses sont terminés et que les autres fleurs de printemps attendent encore un peu pour s’épanouir. Il est dommage qu’ils ne rencontrent pas plus de succès et restent confidentiellement cantonnés aux dernières pages de catalogues de nos grands producteurs, avec un choix limité, alors qu’ils sont si nombreux par ailleurs. La couleur noire leur va aussi bien que les autres et sa rareté la rend encore plus attractive.
13.6.08


LE JOUR SE LÈVE
Le Florin d’Or de 2008 a été attribué à ‘Morning Sunrise’ (Thomas Johnson 2005). La description donnée par son obtenteur est la suivante : « Pétales blancs, fin liseré or ; styles blancs, crêtes dentelées jaune moyen ; sépales blancs, bords et épaules jaunes, lavés de bleu léger passant avec l’âge ; grosses barbes jaune orangé ; parfum doux. ‘Notorious’ X ‘Goldkist’. »
L’analyse du pedigree laisse le déchiffreur sur sa faim parce qu’au delà de la quatrième génération, les « trous » sont plus nombreux que les « pleins ». Mais à vrai dire cela n’a pas d’importance car les informations dont on dispose sont suffisantes pour expliquer le coloris et ses particularités. Le côté blanc avec liserés jaunes a une origine facile à découvrir : il passe par ‘Goldkist’ (Black P. 93), le « père » de ‘Morning Sunrise’, et est apparu chez ‘Old Flame’ (Ghio 75), deux générations auparavant. En fait, les couleurs d’ ‘Old Flame’, qui est une variété largement utilisée dans leurs croisements par Opal Brown, Paul Black et quelques autres, se retrouvent chez de nombreuses variétés des années 80 et 90, comme ‘Creme de Creme’ (Ghio 80), ‘Finishing Touch’ (Brown O. 89), ‘Spring Satin’ (Black P. 88) ou ‘Winterbourne’ (Aitken 91) et son descendant ‘Linda’s Child’ (Innerst 2003). Il n’y a donc pas de surprise à découvrir parmi ses descendants plus lointains une caractéristique génétiquement puissante.
Le léger voile bleuté qui ombrage les sépales arrive tout droit de ‘Notorious’ (Ghio 91) qui, avec ses pétales roses et ses sépales indigo foncé largement veinés de blanc, ainsi que sa barbe rouge, est une amélioration (ou un approfondissement si l’on préfère) de ‘Fancy Tales’ (Shoop 80). On atteint là une variété aux capacités génétiques étonnantes décrites par S. Cancade dans le n° 158 d’Iris & Bulbeuses. Avec ce ‘Fancy Tales’ on est au début d’un coloris nouveau que ses co-signataires, Joë Ghio et Keith Keppel, ont baptisé « distalata » (de « distal », néologisme américain qui peut être traduit par « éparpillé » ou quelque chose comme ça) et qui se caractérise par des pétales blancs, au-dessus de sépales plus ou moins marqués de jaune ou d’abricot et avivés par des veines ou des marbrures bleu violacé, plus ou moins accentué. Les premiers iris de ce modèle ont pour nom ‘Quandary’ (Keppel 2001) et ‘Prototype’ (Ghio 2000). Proche des précédents, ‘Puccini’ a été enregistré par Ghio dès 1998, mais est en réalité un descendant à la première génération de ‘Prototype’, qui n’a été enregistré que deux ans plus tard.
Depuis, c’est à qui enregistrera son « distalata ». S. Cancade cite ‘Magic Happens’ (Ghio 2005), ‘Queen Empress’ (Filardi 2005), issu de ‘Puccini’, ‘Conjuring Cat’ (Black P. 2005), qui arrive en direct de ‘Notorious’, ‘Modern Era’ (Kerr 2005), proche des précédents, et ‘Arctic Burst’ (Duncan 2008), beaucoup plus bleu que les autres. Il ne faut pas oublier les deux frères de semis que sont ‘Wild Angel’ (Johnson T. 2006) et ‘Morning Sunrise’ qui nous intéresse aujourd’hui.
Il faut noter que le côté nouveau apporté par le modèle « distalata » est souvent relevé par les obtenteurs, dans les noms qu’ils ont donné : ‘Quandary’ signifie « dilemme », « embarras », comme peut en provoquer quelque chose de nouveau, ‘Proptotype’ parle évidemment de nouveauté, ‘Modern Era’ fait allusion à la modernité, ‘Arctic Burst’ évoque une explosion, un jaillissement, et ‘Morning Sunrise’ tout l’espoir que l’on peut avoir dans un jour qui se lève… En couronnant ‘Morning Sunrise’, les juges de Florence ont donné ses lettres de noblesse à un modèle récemment apparu qui suscite beaucoup d’espoir et qui, de fait, a de beaux jours devant lui.
Le Florin d’Or de 2008 a été attribué à ‘Morning Sunrise’ (Thomas Johnson 2005). La description donnée par son obtenteur est la suivante : « Pétales blancs, fin liseré or ; styles blancs, crêtes dentelées jaune moyen ; sépales blancs, bords et épaules jaunes, lavés de bleu léger passant avec l’âge ; grosses barbes jaune orangé ; parfum doux. ‘Notorious’ X ‘Goldkist’. »
L’analyse du pedigree laisse le déchiffreur sur sa faim parce qu’au delà de la quatrième génération, les « trous » sont plus nombreux que les « pleins ». Mais à vrai dire cela n’a pas d’importance car les informations dont on dispose sont suffisantes pour expliquer le coloris et ses particularités. Le côté blanc avec liserés jaunes a une origine facile à découvrir : il passe par ‘Goldkist’ (Black P. 93), le « père » de ‘Morning Sunrise’, et est apparu chez ‘Old Flame’ (Ghio 75), deux générations auparavant. En fait, les couleurs d’ ‘Old Flame’, qui est une variété largement utilisée dans leurs croisements par Opal Brown, Paul Black et quelques autres, se retrouvent chez de nombreuses variétés des années 80 et 90, comme ‘Creme de Creme’ (Ghio 80), ‘Finishing Touch’ (Brown O. 89), ‘Spring Satin’ (Black P. 88) ou ‘Winterbourne’ (Aitken 91) et son descendant ‘Linda’s Child’ (Innerst 2003). Il n’y a donc pas de surprise à découvrir parmi ses descendants plus lointains une caractéristique génétiquement puissante.
Le léger voile bleuté qui ombrage les sépales arrive tout droit de ‘Notorious’ (Ghio 91) qui, avec ses pétales roses et ses sépales indigo foncé largement veinés de blanc, ainsi que sa barbe rouge, est une amélioration (ou un approfondissement si l’on préfère) de ‘Fancy Tales’ (Shoop 80). On atteint là une variété aux capacités génétiques étonnantes décrites par S. Cancade dans le n° 158 d’Iris & Bulbeuses. Avec ce ‘Fancy Tales’ on est au début d’un coloris nouveau que ses co-signataires, Joë Ghio et Keith Keppel, ont baptisé « distalata » (de « distal », néologisme américain qui peut être traduit par « éparpillé » ou quelque chose comme ça) et qui se caractérise par des pétales blancs, au-dessus de sépales plus ou moins marqués de jaune ou d’abricot et avivés par des veines ou des marbrures bleu violacé, plus ou moins accentué. Les premiers iris de ce modèle ont pour nom ‘Quandary’ (Keppel 2001) et ‘Prototype’ (Ghio 2000). Proche des précédents, ‘Puccini’ a été enregistré par Ghio dès 1998, mais est en réalité un descendant à la première génération de ‘Prototype’, qui n’a été enregistré que deux ans plus tard.
Depuis, c’est à qui enregistrera son « distalata ». S. Cancade cite ‘Magic Happens’ (Ghio 2005), ‘Queen Empress’ (Filardi 2005), issu de ‘Puccini’, ‘Conjuring Cat’ (Black P. 2005), qui arrive en direct de ‘Notorious’, ‘Modern Era’ (Kerr 2005), proche des précédents, et ‘Arctic Burst’ (Duncan 2008), beaucoup plus bleu que les autres. Il ne faut pas oublier les deux frères de semis que sont ‘Wild Angel’ (Johnson T. 2006) et ‘Morning Sunrise’ qui nous intéresse aujourd’hui.
Il faut noter que le côté nouveau apporté par le modèle « distalata » est souvent relevé par les obtenteurs, dans les noms qu’ils ont donné : ‘Quandary’ signifie « dilemme », « embarras », comme peut en provoquer quelque chose de nouveau, ‘Proptotype’ parle évidemment de nouveauté, ‘Modern Era’ fait allusion à la modernité, ‘Arctic Burst’ évoque une explosion, un jaillissement, et ‘Morning Sunrise’ tout l’espoir que l’on peut avoir dans un jour qui se lève… En couronnant ‘Morning Sunrise’, les juges de Florence ont donné ses lettres de noblesse à un modèle récemment apparu qui suscite beaucoup d’espoir et qui, de fait, a de beaux jours devant lui.
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