ECHOS DU MONDE DES IRIS
Irisistible
Un nouveau site web francophone concernant les iris vient de faire son apparition : www.irisistible.fr .
L’animateur de ce site est un jeune passionné d’iris qui vient de s’installer près de Lyon. Il ne dit pas précisément s’il a l’intention de faire le commerce des iris, mais il a entrepris un programme d’hybridation dont il espère obtenir les premiers résultats intéressants d’ici quatre ou cinq ans. On ne peut que lui souhaiter de réussir. En tout cas il ne manque ni d’enthousiasme ni de confiance en lui.
26.6.09


LA COLLECTION DES MÉDAILLÉS
En Europe, la guerre, les privations, les déportations continuent. Aux USA la vie « normale » se poursuit… Et les Médailles de Dykes sont toujours attribuées. En 41 c’est le grand ‘Great Lakes’ qui est couronné, et en 42 un autre célèbre iris : ‘The Red Douglas’ obtient à son tour la médaille.
En Europe, la guerre, les privations, les déportations continuent. Aux USA la vie « normale » se poursuit… Et les Médailles de Dykes sont toujours attribuées. En 41 c’est le grand ‘Great Lakes’ qui est couronné, et en 42 un autre célèbre iris : ‘The Red Douglas’ obtient à son tour la médaille.
INVERSION JAUNE
Les iris dits “amoenas inversés” sont à la mode. Chaque hybrideur qui veut montrer son savoir-faire va présenter le ou les siens. C’est Keith Keppel qui est à l’origine de cet engouement et l’exemple qu’il a donné est difficilement égalable. Néanmoins, aujourd’hui, avec plus ou moins de réussite, chacun y va de son « dark top ». Le plus grand nombre se contente de proposer un iris aux pétales bleus au-dessus de sépales blancs (ou aussi blancs que possible). Certains réussissent à obtenir, en plus, des barbes de couleur différente, prolongées parfois d’éperons de toute sorte.
Mais certains veulent se distinguer encore plus nettement. Ils travaillent sur des amoenas inversés dont les pétales sont d’autres couleurs que le bleu ou le mauve. Et là où les réussites sont les plus nombreuses, c’est dans les amoenas jaunes.
Cette combinaison de couleurs n’est cependant pas nouvelle. Dans leurs efforts pour obtenir des iris absolument jaunes, les hybrideurs des années 30 et 40 ont torturé les variétés issues de l’espèce I. variegata afin d’en éliminer des sépales toute trace du violacé d’origine. Il fallait décolorer les sépales et remplacer le fond blanchâtre de l’espèce souche par une couleur jaune aussi concentrée que possible et, de préférence, de la même teinte que celle des pétales. Tout cela rien que pour obtenir la couleur recherchée, sans parler, donc, des autres caractéristiques à améliorer comme la taille de la plante, la forme des fleurs et, particulièrement, la rigidité des sépales.
En cours de route, forcément, on est passé par toutes les étapes imaginables. En particulier par une décoloration progressive des sépales : un peu comme si ces derniers étaient passés dans des bains d’eau de Javel de plus en plus concentrés. Pour illustrer cette étape, j’au découvert incidemment, dans un jardin proche du mien, un iris jaune acide, dont les sépales tendent nettement vers le blanc, et donnant donc à voir des fleurs qui peuvent être considérées comme des ancêtres de l’amoena inversé. Cet iris est de petite taille (on le qualifierait aujourd’hui d’Intermédiaire), encore proche donc de I. variegata, mais très prolifique et florifère. Cet hybride-là est manifestement âgé d’au moins 70 ans.
Au fil du temps d’autres amoenas inversés jaunes sont apparus. Comme cet ‘Alfred Edwin’ (1950) obtenu par l’anglais A. T. White. Issu du croisement (White City X President Pilkington) il offre des pétales coniques jaune primevère et des sépales blancs, à peine touchés aux épaules du jaune des pétales. Ce qui est intéressant puisque ‘White City’ (Murrell 39 BDM 40) a pour frère de semis une fleur violet clair, ‘Honor Sterndale’, et d’ailleurs un examen attentif laisse percevoir des traces infimes de violet dans les sépales. Ces traces pourraient aussi provenir de ‘President Pilkington’ mais en l’occurrence c’est essentiellement le jaune des pétales de ce « père » qui apparaît. Quoi qu’il en soit nous avons bien affaire à un amoena inversé remarquable.
On connaît plein d’autres exemples d’amoenas jaunes inversés. Citons, pour faire court, le très peu connu ‘Belle Embellie’ (Anfosso 81) dont l’image se trouve sur le site de la SFIB (http://www.iris-bulbeuses.org/) et ces deux variétés encore plus intéressantes : ‘Alpine Region’ (Blyth 96) et ‘Somni’ (Dauphin/Dejoux 2008). Ces deux iris, tout comme le précédent, ont des pedigrees très éloignés les uns des autres. Mais si, chez Blyth, le coloris d’ ‘Alpine Region’ était de l’ordre du possible à cause du celui de son parent femelle ‘Billows’ (Blyth 91), on peut parler à propos de ‘Somni’ de fruit d’un heureux concours de circonstance, pour ne pas évoquer le hasard ; mais ce qui compte c’est le résultat et il est fort bon.
L’obtention d’amoenas inversés est devenue un must de l’hybridation. Les principales couleurs de la palette des iris sont maintenant représentées dans cette catégorie. Les exemples donnés apportent la preuve que l’on peut désormais tout attendre dans ce domaine, et les amoenas inversés jaunes ne sont qu’un des aspects du développement de la catégorie considérée.
Les iris dits “amoenas inversés” sont à la mode. Chaque hybrideur qui veut montrer son savoir-faire va présenter le ou les siens. C’est Keith Keppel qui est à l’origine de cet engouement et l’exemple qu’il a donné est difficilement égalable. Néanmoins, aujourd’hui, avec plus ou moins de réussite, chacun y va de son « dark top ». Le plus grand nombre se contente de proposer un iris aux pétales bleus au-dessus de sépales blancs (ou aussi blancs que possible). Certains réussissent à obtenir, en plus, des barbes de couleur différente, prolongées parfois d’éperons de toute sorte.
Mais certains veulent se distinguer encore plus nettement. Ils travaillent sur des amoenas inversés dont les pétales sont d’autres couleurs que le bleu ou le mauve. Et là où les réussites sont les plus nombreuses, c’est dans les amoenas jaunes.
Cette combinaison de couleurs n’est cependant pas nouvelle. Dans leurs efforts pour obtenir des iris absolument jaunes, les hybrideurs des années 30 et 40 ont torturé les variétés issues de l’espèce I. variegata afin d’en éliminer des sépales toute trace du violacé d’origine. Il fallait décolorer les sépales et remplacer le fond blanchâtre de l’espèce souche par une couleur jaune aussi concentrée que possible et, de préférence, de la même teinte que celle des pétales. Tout cela rien que pour obtenir la couleur recherchée, sans parler, donc, des autres caractéristiques à améliorer comme la taille de la plante, la forme des fleurs et, particulièrement, la rigidité des sépales.
En cours de route, forcément, on est passé par toutes les étapes imaginables. En particulier par une décoloration progressive des sépales : un peu comme si ces derniers étaient passés dans des bains d’eau de Javel de plus en plus concentrés. Pour illustrer cette étape, j’au découvert incidemment, dans un jardin proche du mien, un iris jaune acide, dont les sépales tendent nettement vers le blanc, et donnant donc à voir des fleurs qui peuvent être considérées comme des ancêtres de l’amoena inversé. Cet iris est de petite taille (on le qualifierait aujourd’hui d’Intermédiaire), encore proche donc de I. variegata, mais très prolifique et florifère. Cet hybride-là est manifestement âgé d’au moins 70 ans.
Au fil du temps d’autres amoenas inversés jaunes sont apparus. Comme cet ‘Alfred Edwin’ (1950) obtenu par l’anglais A. T. White. Issu du croisement (White City X President Pilkington) il offre des pétales coniques jaune primevère et des sépales blancs, à peine touchés aux épaules du jaune des pétales. Ce qui est intéressant puisque ‘White City’ (Murrell 39 BDM 40) a pour frère de semis une fleur violet clair, ‘Honor Sterndale’, et d’ailleurs un examen attentif laisse percevoir des traces infimes de violet dans les sépales. Ces traces pourraient aussi provenir de ‘President Pilkington’ mais en l’occurrence c’est essentiellement le jaune des pétales de ce « père » qui apparaît. Quoi qu’il en soit nous avons bien affaire à un amoena inversé remarquable.
On connaît plein d’autres exemples d’amoenas jaunes inversés. Citons, pour faire court, le très peu connu ‘Belle Embellie’ (Anfosso 81) dont l’image se trouve sur le site de la SFIB (http://www.iris-bulbeuses.org/) et ces deux variétés encore plus intéressantes : ‘Alpine Region’ (Blyth 96) et ‘Somni’ (Dauphin/Dejoux 2008). Ces deux iris, tout comme le précédent, ont des pedigrees très éloignés les uns des autres. Mais si, chez Blyth, le coloris d’ ‘Alpine Region’ était de l’ordre du possible à cause du celui de son parent femelle ‘Billows’ (Blyth 91), on peut parler à propos de ‘Somni’ de fruit d’un heureux concours de circonstance, pour ne pas évoquer le hasard ; mais ce qui compte c’est le résultat et il est fort bon.
L’obtention d’amoenas inversés est devenue un must de l’hybridation. Les principales couleurs de la palette des iris sont maintenant représentées dans cette catégorie. Les exemples donnés apportent la preuve que l’on peut désormais tout attendre dans ce domaine, et les amoenas inversés jaunes ne sont qu’un des aspects du développement de la catégorie considérée.
22.6.09


LA COLLECTION DES MÉDAILLÉS
On continue avec les années (terribles pour nous, Européens) 1939 et 1940. Aux USA la guerre n’a pas ralenti le travail des hybrideurs, au contraire elle leur a profité en interrompant le travail des Européens. Voici donc ‘Rosy Wings’ (DM 1939) et ‘Wabash’ (DM 1940). Ce dernier est certainement l’une des variétés les plus répandues dans le monde, et tellement caractéristique qu’on la reconnaît au premier coup d’œil quand elle apparaît dans un jardin.
On continue avec les années (terribles pour nous, Européens) 1939 et 1940. Aux USA la guerre n’a pas ralenti le travail des hybrideurs, au contraire elle leur a profité en interrompant le travail des Européens. Voici donc ‘Rosy Wings’ (DM 1939) et ‘Wabash’ (DM 1940). Ce dernier est certainement l’une des variétés les plus répandues dans le monde, et tellement caractéristique qu’on la reconnaît au premier coup d’œil quand elle apparaît dans un jardin.


ON DIRAIT QUE C’EST…
Il fut un temps où produire un nouvel iris signifiait pour l’obtenteur découvrir une subtile différence de ton, un raffinement difficile à distinguer pour un œil d’amateur, qui allait apporter un tout petit élément neuf à une recherche qui s’épuisait. C’était, tout particulièrement en France, au fil des années 20 et 30, au moment de la plus grande gloire des Ferdinand Cayeux, vainement poursuivi par les Vilmorin, Denis, Nonin, Bouscant ou Millet. Cette obligation de faire du neuf avec des matériaux exploités jusqu’à la corde a amené les obtenteurs à recommencer chaque année le travail de l’année précédente pour proposer à leurs clients des variétés dont la nouveauté ne se distinguait qu’à la comparaison rapprochée. Un peu plus mauve ici, un peu plus pourpre là. Un liseré clair ici, une bordure plus foncée ailleurs… Bleu, violet, pourpre, magenta d’un côté, blanc, jaune, mordoré d’un autre ; il fallait jouer sur les nuances à défaut de pouvoir varier les couleurs.
C’est ce qui rend l’identification des anciennes variétés si difficile, voire impossible, pour peu qu’au fil des transplantations elles aient perdu leur nom. Nos jardins regorgent donc de ces iris dont on ne peut rien dire d’autre que : « On dirait que c’est… »
Une de mes voisines est dans ce cas. De chaque côté de sa porte se trouvent des touffes importantes d’un bel iris, de haute taille, avec des fleurs bien proportionnées et élégamment disposées de part de d’autre de tiges solides. De beaux iris, qui ont certainement un jour été baptisé, ont figuré dans un catalogue et sont venus, de Vitry sur Seine ou de Verrières le Buisson orner un jardin de Touraine. Mais ceux qui les ont achetés n’ont pas conservé les identités et maintenant que la mode revient vers les variétés anciennes, les nouveaux propriétaires voudraient bien leur remettre un nom sur le rhizome. Mais c’est presque mission impossible.
Regardez la photo de l’iris de ma voisine. Comparez avec les autres photos présentées. A chaque comparaison on croit avoir trouvé, mais à l’épreuve d’un examen approfondi on constate qu’il y a quelque chose de différent, quelque petit détail qui fait dire que non, ce n’est pas ça.
Ne s’agit-il pas d’ ‘Ambassadeur’ (Vilmorin 20) ? Les sépales ont bien la même couleur, mais les pétales de notre inconnu sont plus clairs, les barbes plus jaunes et plus volumineuses, et les stries des épaules sont moins marquées. Non, ce n’est pas ça.
‘Audran’ (Vilmorin 38) a lui aussi des barbes jaunes, mais il a de fortes stries aux épaules et la teinte des pétales est plus mauve. Non, ce n’est pas ça.
On croit qu’on y est avec ‘Député Nomblot’ (Cayeux 29), mais ce dernier se présente sous une forme plus moderne : les sépales se tiennent mieux et les pétales sont plus vifs.
‘Directeur Pinelle’ (Cayeux 32) en revanche est un peu plus clair et, lui aussi, de forme un peu plus moderne. Le contraste de ‘Madame Henri Cayeux’ (Cayeux 24) est plus marqué : ce n’est pas ça. Les barbes de ‘Madame Ulman’ (Cayeux 36) sont orangées… ‘Don Juan’ (Cayeux 28) a un filet clair au bord des sépales ; caractère qu’on retrouve chez ‘Marinella’ (Cayeux 37) avec des pétales plus clairs ; quant à ‘Prosper Laugier’ (Verdier 14), c’est la teinte des sépales, plus clairs et plus bruns, qui ne va pas…
Des iris magenta clair sur amarante ou grenat, il y en a des dizaines dans les catalogues des années 30, et nous ne disposons que d’un nombre restreint de photographies (photo dont l’authenticité, d’ailleurs, peut facilement être mise en doute). Il faut donc se rendre à l’évidence : il n’est pas possible de donner un nom à l’iris de ma voisine, car la seule chose qu’on puisse en dire c’est qu’il ne s’appelle pas ‘Untel’ ou ‘Tel Autre’. Désormais il s’appellera toujours ‘Bel Inconnu’.
Il fut un temps où produire un nouvel iris signifiait pour l’obtenteur découvrir une subtile différence de ton, un raffinement difficile à distinguer pour un œil d’amateur, qui allait apporter un tout petit élément neuf à une recherche qui s’épuisait. C’était, tout particulièrement en France, au fil des années 20 et 30, au moment de la plus grande gloire des Ferdinand Cayeux, vainement poursuivi par les Vilmorin, Denis, Nonin, Bouscant ou Millet. Cette obligation de faire du neuf avec des matériaux exploités jusqu’à la corde a amené les obtenteurs à recommencer chaque année le travail de l’année précédente pour proposer à leurs clients des variétés dont la nouveauté ne se distinguait qu’à la comparaison rapprochée. Un peu plus mauve ici, un peu plus pourpre là. Un liseré clair ici, une bordure plus foncée ailleurs… Bleu, violet, pourpre, magenta d’un côté, blanc, jaune, mordoré d’un autre ; il fallait jouer sur les nuances à défaut de pouvoir varier les couleurs.
C’est ce qui rend l’identification des anciennes variétés si difficile, voire impossible, pour peu qu’au fil des transplantations elles aient perdu leur nom. Nos jardins regorgent donc de ces iris dont on ne peut rien dire d’autre que : « On dirait que c’est… »
Une de mes voisines est dans ce cas. De chaque côté de sa porte se trouvent des touffes importantes d’un bel iris, de haute taille, avec des fleurs bien proportionnées et élégamment disposées de part de d’autre de tiges solides. De beaux iris, qui ont certainement un jour été baptisé, ont figuré dans un catalogue et sont venus, de Vitry sur Seine ou de Verrières le Buisson orner un jardin de Touraine. Mais ceux qui les ont achetés n’ont pas conservé les identités et maintenant que la mode revient vers les variétés anciennes, les nouveaux propriétaires voudraient bien leur remettre un nom sur le rhizome. Mais c’est presque mission impossible.
Regardez la photo de l’iris de ma voisine. Comparez avec les autres photos présentées. A chaque comparaison on croit avoir trouvé, mais à l’épreuve d’un examen approfondi on constate qu’il y a quelque chose de différent, quelque petit détail qui fait dire que non, ce n’est pas ça.
Ne s’agit-il pas d’ ‘Ambassadeur’ (Vilmorin 20) ? Les sépales ont bien la même couleur, mais les pétales de notre inconnu sont plus clairs, les barbes plus jaunes et plus volumineuses, et les stries des épaules sont moins marquées. Non, ce n’est pas ça.
‘Audran’ (Vilmorin 38) a lui aussi des barbes jaunes, mais il a de fortes stries aux épaules et la teinte des pétales est plus mauve. Non, ce n’est pas ça.
On croit qu’on y est avec ‘Député Nomblot’ (Cayeux 29), mais ce dernier se présente sous une forme plus moderne : les sépales se tiennent mieux et les pétales sont plus vifs.
‘Directeur Pinelle’ (Cayeux 32) en revanche est un peu plus clair et, lui aussi, de forme un peu plus moderne. Le contraste de ‘Madame Henri Cayeux’ (Cayeux 24) est plus marqué : ce n’est pas ça. Les barbes de ‘Madame Ulman’ (Cayeux 36) sont orangées… ‘Don Juan’ (Cayeux 28) a un filet clair au bord des sépales ; caractère qu’on retrouve chez ‘Marinella’ (Cayeux 37) avec des pétales plus clairs ; quant à ‘Prosper Laugier’ (Verdier 14), c’est la teinte des sépales, plus clairs et plus bruns, qui ne va pas…
Des iris magenta clair sur amarante ou grenat, il y en a des dizaines dans les catalogues des années 30, et nous ne disposons que d’un nombre restreint de photographies (photo dont l’authenticité, d’ailleurs, peut facilement être mise en doute). Il faut donc se rendre à l’évidence : il n’est pas possible de donner un nom à l’iris de ma voisine, car la seule chose qu’on puisse en dire c’est qu’il ne s’appelle pas ‘Untel’ ou ‘Tel Autre’. Désormais il s’appellera toujours ‘Bel Inconnu’.
12.6.09


DEUX PETITS BLEUS DES MERS DU SUD
Qui dit mer du sud ne dit pas forcément lagons tièdes et cocotiers. Plus au sud il y a le continent antarctique et ses glaciers. Les variétés d’iris dont il va être question cette fois évoquent plutôt cette extrémité du monde.
‘Bel Azur’ est un iris intermédiaire enregistré par Richard Cayeux en 1993. Il est décrit comme un pur bleu clair à barbes blanches, et a pour pedigree (Open Sky X Swirling Seas). C’est par conséquent le résultat, prévisible, d’un SDB bleu tendre et d’un TB bleu indigo, lui-même issu de deux bleus for célèbres : (Full Tide x Five Star Admiral).
Profitons de l’occasion pour rappeler que l’obtention d’iris intermédiaires a longtemps été le résultat du croisement d’un iris nain standard et d’un grand iris. Le tableau ci-dessous, extrait de « The World of Irises » résume la façon d’obtenir des iris « médians » :
Qui dit mer du sud ne dit pas forcément lagons tièdes et cocotiers. Plus au sud il y a le continent antarctique et ses glaciers. Les variétés d’iris dont il va être question cette fois évoquent plutôt cette extrémité du monde.
‘Bel Azur’ est un iris intermédiaire enregistré par Richard Cayeux en 1993. Il est décrit comme un pur bleu clair à barbes blanches, et a pour pedigree (Open Sky X Swirling Seas). C’est par conséquent le résultat, prévisible, d’un SDB bleu tendre et d’un TB bleu indigo, lui-même issu de deux bleus for célèbres : (Full Tide x Five Star Admiral).
Profitons de l’occasion pour rappeler que l’obtention d’iris intermédiaires a longtemps été le résultat du croisement d’un iris nain standard et d’un grand iris. Le tableau ci-dessous, extrait de « The World of Irises » résume la façon d’obtenir des iris « médians » :
TB x I. pumila = SDB (Lilliput) x Arilbred = Arilmedian
" x I. pumila = MDB
" x SDB = SDB
" x TB = IB
Notre ‘Bel Azur’ est donc le résultat classique à attendre du genre de croisement tenté. A noter que maintenant, les iris IB étant devenus pour la plupart fertiles, on obtient des IB par croisement de deux IB entre eux.
Le parent maternel de ‘Bel Azur’, ‘Open Sky’ est l’une des obtentions les plus connues de Bee Warburton, une pionnière dans le travail d’hybridation des iris nains et intermédiaires. Il a été enregistré en 1975. Ici même en 2002, j’ai évoqué cette variété qui fait partie de mes favoris. Il est le résultat d’une longue série de croisements entre petits iris nains (I. pumila) et grands iris des jardins, dans le but d’obtenir un bleu d’azur pratiquement parfait. Il est décrit comme bleu à barbes blanches, ce qui est exact mais un peu court pour une fleur aussi jolie et qui aurait mérité que l’on parle également de sa forme, classique, et de son parfum. Marié au bleu sombre de ‘Swirling Seas’ (Gatty 83), il a donné naissance à notre ‘Bel Azur’ qui allie les qualités de ses deux géniteurs, dans une fraîcheur toute polaire mais néanmoins fort agréable.
Le second héros du jour, c’est ‘Antarctique’, une autre obtention de Richard Cayeux, encore plus glacée que la précédente. Lui aussi enregistré en 1993, c’est une variété d’intermédiaire aux pétales blanc pur, aux sépales bleu lavande clair, avec des barbes jaune pâle. Ses parents sont : (Boo X Spinning Wheel).
En effectuant ce croisement, Richard Cayeux visait certainement ce à quoi il est parvenu car en joignant le SDB amoena ‘Boo’ (L. Markham 71) et le fameux TB ‘Spinning Wheel’ (Nearpass 74) – référence du modèle amoena-plicata – il y avait bien des chance de trouver parmi les semis un nouvel amoena. Celui-ci est particulièrement plaisant, plutôt petit en taille (45cm) mais extrêmement gracieux et bien proportionné.
Il est intéressant de remarquer que dans le pedigree de ‘Boo’ on trouve plusieurs ingrédients qui figurent aussi dans le pedigree de ‘Open Sky’, comme ‘Blue Denim’ (Warburton 58), un beau SDB bleu de la première heure, sans tache sombre sous les barbes, lui-même descendant du fondamental TB ‘Great Lakes’ (Cousins 38 – DM 42). Nos deux bleus français sont donc un peu cousins, ce qui n’a rien d’étonnant.
‘Bel Azur’ et ‘Antarctique’ font partie de ce qui s’est fait de mieux en matière d’iris intermédiaires dans les années 90. Ils méritaient bien cette chronique.
Notre ‘Bel Azur’ est donc le résultat classique à attendre du genre de croisement tenté. A noter que maintenant, les iris IB étant devenus pour la plupart fertiles, on obtient des IB par croisement de deux IB entre eux.
Le parent maternel de ‘Bel Azur’, ‘Open Sky’ est l’une des obtentions les plus connues de Bee Warburton, une pionnière dans le travail d’hybridation des iris nains et intermédiaires. Il a été enregistré en 1975. Ici même en 2002, j’ai évoqué cette variété qui fait partie de mes favoris. Il est le résultat d’une longue série de croisements entre petits iris nains (I. pumila) et grands iris des jardins, dans le but d’obtenir un bleu d’azur pratiquement parfait. Il est décrit comme bleu à barbes blanches, ce qui est exact mais un peu court pour une fleur aussi jolie et qui aurait mérité que l’on parle également de sa forme, classique, et de son parfum. Marié au bleu sombre de ‘Swirling Seas’ (Gatty 83), il a donné naissance à notre ‘Bel Azur’ qui allie les qualités de ses deux géniteurs, dans une fraîcheur toute polaire mais néanmoins fort agréable.
Le second héros du jour, c’est ‘Antarctique’, une autre obtention de Richard Cayeux, encore plus glacée que la précédente. Lui aussi enregistré en 1993, c’est une variété d’intermédiaire aux pétales blanc pur, aux sépales bleu lavande clair, avec des barbes jaune pâle. Ses parents sont : (Boo X Spinning Wheel).
En effectuant ce croisement, Richard Cayeux visait certainement ce à quoi il est parvenu car en joignant le SDB amoena ‘Boo’ (L. Markham 71) et le fameux TB ‘Spinning Wheel’ (Nearpass 74) – référence du modèle amoena-plicata – il y avait bien des chance de trouver parmi les semis un nouvel amoena. Celui-ci est particulièrement plaisant, plutôt petit en taille (45cm) mais extrêmement gracieux et bien proportionné.
Il est intéressant de remarquer que dans le pedigree de ‘Boo’ on trouve plusieurs ingrédients qui figurent aussi dans le pedigree de ‘Open Sky’, comme ‘Blue Denim’ (Warburton 58), un beau SDB bleu de la première heure, sans tache sombre sous les barbes, lui-même descendant du fondamental TB ‘Great Lakes’ (Cousins 38 – DM 42). Nos deux bleus français sont donc un peu cousins, ce qui n’a rien d’étonnant.
‘Bel Azur’ et ‘Antarctique’ font partie de ce qui s’est fait de mieux en matière d’iris intermédiaires dans les années 90. Ils méritaient bien cette chronique.
6.6.09



LA FLEUR DU MOIS
En juin, la troisième « fleur du mois » s’appellera ‘Shooting Stars’.
‘SHOOTING STARS’
Donner des coups de pieds dans les étoiles est un exercice réservé aux plus grands. Richard Ernst doit faire partie de cette catégorie privilégiée. En tout cas son ‘Shooting Stars’ (92) est un joli coup ! Il fait partie des produits du croisement particulièrement prolifique (Edna’s Wish X Wild Jasmine) dont il a déjà été question ici. Il a quatre petits frères enregistrés, tous remarquables :
‘Amber Tambour’ (91) en jaune ambré ;
‘Chiffon Ruffles’ (91) blanc nacré aux épaules poudrées de brun cannelle ;
‘Desert Renegade’ (92) plicata brun curry sur fond blanc ;
‘Hearthstone’ (93) autre plicata, plus chargé et plus doré que le précédent.
Et c’est sans compter les remarquables variétés obtenues à la génération suivante, laquelle a vu apparaître le nouveau modèle de fleur désigné sous le nom de son plus éminent représentant : ‘Ring Around Rosie’, mais qui comprend aussi ses quatre frères, puis une série de neveux et de cousins. Les quatre frères sont :
‘Carnival Ride’ (2002)
‘Child of Royalty’ (2001)
‘Smokin’ (2001)
‘Whispering Spirits’ (2001)
Ils se présentent sous deux formes qui sont complémentaires : le modèle ‘Ring Around Rosie’ (2001) avec les pétales blancs et les sépales aux couleurs caractéristiques liseré de jaune et poudré de pourpre, et le modèle ‘Smokin’, violet ou indigo deux tons, poudré de blanc sous les barbes avec un liseré pâle vers l’extérieur (pratiquement le négatif de l’autre modèle).
A l’heure actuelle, ‘Shooting Stars’ n’a pas de descendance avérée, il se situe dans une impasse, mais au bout de la rue se multiplient aujourd’hui les variétés qui lui ressemblent et qui disposent dans leur gènes des mêmes éléments issus de (Edna’s Wish X Wild Jasmine), un couple qui a fait parler de lui !
En juin, la troisième « fleur du mois » s’appellera ‘Shooting Stars’.
‘SHOOTING STARS’
Donner des coups de pieds dans les étoiles est un exercice réservé aux plus grands. Richard Ernst doit faire partie de cette catégorie privilégiée. En tout cas son ‘Shooting Stars’ (92) est un joli coup ! Il fait partie des produits du croisement particulièrement prolifique (Edna’s Wish X Wild Jasmine) dont il a déjà été question ici. Il a quatre petits frères enregistrés, tous remarquables :
‘Amber Tambour’ (91) en jaune ambré ;
‘Chiffon Ruffles’ (91) blanc nacré aux épaules poudrées de brun cannelle ;
‘Desert Renegade’ (92) plicata brun curry sur fond blanc ;
‘Hearthstone’ (93) autre plicata, plus chargé et plus doré que le précédent.
Et c’est sans compter les remarquables variétés obtenues à la génération suivante, laquelle a vu apparaître le nouveau modèle de fleur désigné sous le nom de son plus éminent représentant : ‘Ring Around Rosie’, mais qui comprend aussi ses quatre frères, puis une série de neveux et de cousins. Les quatre frères sont :
‘Carnival Ride’ (2002)
‘Child of Royalty’ (2001)
‘Smokin’ (2001)
‘Whispering Spirits’ (2001)
Ils se présentent sous deux formes qui sont complémentaires : le modèle ‘Ring Around Rosie’ (2001) avec les pétales blancs et les sépales aux couleurs caractéristiques liseré de jaune et poudré de pourpre, et le modèle ‘Smokin’, violet ou indigo deux tons, poudré de blanc sous les barbes avec un liseré pâle vers l’extérieur (pratiquement le négatif de l’autre modèle).
A l’heure actuelle, ‘Shooting Stars’ n’a pas de descendance avérée, il se situe dans une impasse, mais au bout de la rue se multiplient aujourd’hui les variétés qui lui ressemblent et qui disposent dans leur gènes des mêmes éléments issus de (Edna’s Wish X Wild Jasmine), un couple qui a fait parler de lui !



LES DAMES DE CHINON
La petite ville de Chinon, dont je suis originaire et où je suis revenu vivre, définitivement sans doute, depuis vingt ans, s’enorgueillit d’avoir abrité plusieurs personnages importants. Elle honore François Rabelais, son enfant le plus fameux, et ses truculents personnages, mais aussi quelques dames de passage qui ont marqué son histoire et celle du monde.
Les réjouissants géants inventés par Rabelais sont ici aussi connus que Bilboo le Hobbit ou Harry Potter. Ils accompagnent les Chinonais dans leur vie de tous les jours et les habitants en parlent comme de gentils voisins. Gargantua et son épouse Gargamelle sont de toutes les fêtes locales, tout comme l’atrabilaire Pichrocole ou le courageux frère Jehan des Entommeures. On parle un peu moins de Pantagruel, même s’il est de bon ton de l’évoquer ainsi que son mentor Panurge. J’ai cherché à savoir si, tout comme le folklore tourangeau, le monde des iris avait eu une pensée pour ces glorieux personnages. Et j’ai découvert qu’en 1927 l’incontournable Ferdinand Cayeux avait dédié à Pantagruel une de ses nombreuses obtentions. D’après les documents officiels il s’agit d’une très haute variété, qui est aussi fort hâtive, et qui présente des fleurs dans les tons de rose orchidée, avec des veines claires sous les barbes. Je ne vois pas ce que la couleur rose a à voir avec le personnage de Pantagruel, mais est-ce que cela a de l’importance ? J’aimerais, si cela est encore possible, retrouver cette plante et la multiplier pour en orner certains jardins publics de notre bonne ville.
Mais il y a d’autres iris qui auraient leur place dans l’ornementation de Chinon. Je pense aux dames auxquelles, en mainte occasion elle fait référence. Jeanne d’Arc par exemple, qui dispose d’une vaste place à son nom, lequel a également été donné à l’artère principale, le quai Jeanne d’Arc, qui longe la rivière de Vienne sur la moitié de la ville. Le même nom a été attribué au cours des ans à plusieurs autres objets, et son dernier avatar concerne la clinique où les Chinonais se font soigner… Mais qu’en est-il en matière iridophile ? Notre chère pucelle de Domrémy a inspiré un obtenteur américain, J. Griffin Crump qui, en 2006, lui a dédié une variété dans les tons de jaune chartreuse : ‘Maid of Orleans’. L’intrépide Lorraine non contente d’avoir « bouté l’Anglois hors de France », s’est invitée en Virginie !
Autre célébrité chinonaise, dont le gisant trône dans la superbe abbaye voisine de Fontevrault, la reine Aliénor d’Aquitaine. Celle qui fut en son temps le personnage le plus puissant d’Europe a séjourné maintes fois dans son château de Chinon. Aujourd’hui on dirait qu’elle avait la double nationalité, française et anglaise, puisque ses possessions s’étendaient de part et d’autre de la Manche. C’est peut-être pour cela que le monde des iris lui a rendu un double hommage. A commencer par celui d’un bi-national comme elle, Lawrence Ransom, qui a donné son nom à un iris intermédiaire bien connu maintenant : ‘Alienor d’Aquitaine’ (1992). Il s’agit d’une variété aux fleurs blanches marquées de jaune soufré aux épaules, avec des barbes jaunes pointées de blanc ; déclaré pour mesurer 50 cm, il dépasse bien souvent cette taille et rejoint en ce domaine bien des variétés du type TB.
Mais l’histoire ne s’est pas arrêtée là. Voilà-t-il pas qu’un hybrideur américain, admirateur de notre pays et de son histoire, a baptisé ‘Eleanor of Aquitaine’ une de ses obtentions ! Protestations, palabres, compromis… Finalement l’AIS a tranché et l’iris américain a hérité d’un nom un peu plus long mais qui ne change pas grand chose : il s’appelle désormais ‘Queen Eleanor of Aquitaine’ (Baumunk 2006). C’est un plicata très traditionnel, en bleu indigo sur fond blanc. Il est issu de deux plicatas, un bleu-violet, ‘County of Kent’ (Baumunk 2005), et un plus pourpré (et plus chargé), ‘Laugh Lines’ (Ghio 98). Quoi qu’il en soit, ce n’est pas pour cela que ‘Queen Eleanor of Aquitaine’ est remarquable, mais bien plutôt pour le conflit franco-américain qu’il a engendré, et qui ressemble fort à la guerre de cent ans que la dédicataire a involontairement déclenchée entre la France et l’Angleterre lorsque son fils, roi d’Angleterre, s’est déclaré également roi de France… Il est curieux que cette vieille affaire se soit presque réveillée par l’effet d’un simple iris.
Si la ville de Chinon avait l’intention d’enrichir ses massifs floraux par des plantes originales, elle aurait, avec les trois variétés ci-dessus, de quoi se distinguer avec élégance.
La petite ville de Chinon, dont je suis originaire et où je suis revenu vivre, définitivement sans doute, depuis vingt ans, s’enorgueillit d’avoir abrité plusieurs personnages importants. Elle honore François Rabelais, son enfant le plus fameux, et ses truculents personnages, mais aussi quelques dames de passage qui ont marqué son histoire et celle du monde.
Les réjouissants géants inventés par Rabelais sont ici aussi connus que Bilboo le Hobbit ou Harry Potter. Ils accompagnent les Chinonais dans leur vie de tous les jours et les habitants en parlent comme de gentils voisins. Gargantua et son épouse Gargamelle sont de toutes les fêtes locales, tout comme l’atrabilaire Pichrocole ou le courageux frère Jehan des Entommeures. On parle un peu moins de Pantagruel, même s’il est de bon ton de l’évoquer ainsi que son mentor Panurge. J’ai cherché à savoir si, tout comme le folklore tourangeau, le monde des iris avait eu une pensée pour ces glorieux personnages. Et j’ai découvert qu’en 1927 l’incontournable Ferdinand Cayeux avait dédié à Pantagruel une de ses nombreuses obtentions. D’après les documents officiels il s’agit d’une très haute variété, qui est aussi fort hâtive, et qui présente des fleurs dans les tons de rose orchidée, avec des veines claires sous les barbes. Je ne vois pas ce que la couleur rose a à voir avec le personnage de Pantagruel, mais est-ce que cela a de l’importance ? J’aimerais, si cela est encore possible, retrouver cette plante et la multiplier pour en orner certains jardins publics de notre bonne ville.
Mais il y a d’autres iris qui auraient leur place dans l’ornementation de Chinon. Je pense aux dames auxquelles, en mainte occasion elle fait référence. Jeanne d’Arc par exemple, qui dispose d’une vaste place à son nom, lequel a également été donné à l’artère principale, le quai Jeanne d’Arc, qui longe la rivière de Vienne sur la moitié de la ville. Le même nom a été attribué au cours des ans à plusieurs autres objets, et son dernier avatar concerne la clinique où les Chinonais se font soigner… Mais qu’en est-il en matière iridophile ? Notre chère pucelle de Domrémy a inspiré un obtenteur américain, J. Griffin Crump qui, en 2006, lui a dédié une variété dans les tons de jaune chartreuse : ‘Maid of Orleans’. L’intrépide Lorraine non contente d’avoir « bouté l’Anglois hors de France », s’est invitée en Virginie !
Autre célébrité chinonaise, dont le gisant trône dans la superbe abbaye voisine de Fontevrault, la reine Aliénor d’Aquitaine. Celle qui fut en son temps le personnage le plus puissant d’Europe a séjourné maintes fois dans son château de Chinon. Aujourd’hui on dirait qu’elle avait la double nationalité, française et anglaise, puisque ses possessions s’étendaient de part et d’autre de la Manche. C’est peut-être pour cela que le monde des iris lui a rendu un double hommage. A commencer par celui d’un bi-national comme elle, Lawrence Ransom, qui a donné son nom à un iris intermédiaire bien connu maintenant : ‘Alienor d’Aquitaine’ (1992). Il s’agit d’une variété aux fleurs blanches marquées de jaune soufré aux épaules, avec des barbes jaunes pointées de blanc ; déclaré pour mesurer 50 cm, il dépasse bien souvent cette taille et rejoint en ce domaine bien des variétés du type TB.
Mais l’histoire ne s’est pas arrêtée là. Voilà-t-il pas qu’un hybrideur américain, admirateur de notre pays et de son histoire, a baptisé ‘Eleanor of Aquitaine’ une de ses obtentions ! Protestations, palabres, compromis… Finalement l’AIS a tranché et l’iris américain a hérité d’un nom un peu plus long mais qui ne change pas grand chose : il s’appelle désormais ‘Queen Eleanor of Aquitaine’ (Baumunk 2006). C’est un plicata très traditionnel, en bleu indigo sur fond blanc. Il est issu de deux plicatas, un bleu-violet, ‘County of Kent’ (Baumunk 2005), et un plus pourpré (et plus chargé), ‘Laugh Lines’ (Ghio 98). Quoi qu’il en soit, ce n’est pas pour cela que ‘Queen Eleanor of Aquitaine’ est remarquable, mais bien plutôt pour le conflit franco-américain qu’il a engendré, et qui ressemble fort à la guerre de cent ans que la dédicataire a involontairement déclenchée entre la France et l’Angleterre lorsque son fils, roi d’Angleterre, s’est déclaré également roi de France… Il est curieux que cette vieille affaire se soit presque réveillée par l’effet d’un simple iris.
Si la ville de Chinon avait l’intention d’enrichir ses massifs floraux par des plantes originales, elle aurait, avec les trois variétés ci-dessus, de quoi se distinguer avec élégance.
29.5.09

ECHOS DU MONDE DES IRIS
Un nouveau livre sur les iris
Richard Cayeux a écrit pour la Librairie Larousse un nouveau livre intitulé « IRIS, Choisir, Planter et Cultiver 350 Variétés ».
C’est un agréable volume 19x28 tout en couleur, qui fait le tour de tout ce qui concerne les iris horticoles. Les 35 premières pages dressent un panorama des iris pour les jardins, grands, petits, barbus et non barbus, très bien fait et suffisamment développé pour un public sans connaissances spéciales du monde des iris. Les 137 pages suivantes constituent un catalogue très bien présenté des meilleures variétés disponibles, dans toutes les catégories. Evidemment l’auteur parle surtout de ce qui concerne son entreprise et passe à peu près sous silence le travail des autres obtenteurs ou producteurs français, ces derniers trouveront peut-être cela un peu dur à digérer, mais les lecteurs du livre n’auront bien sûr aucune idée de ces petites controverses mercantiles.
En résumé, un ouvrage agréable et qui ne peut qu’attirer de nouveaux adeptes de la cause des iris.
Un nouveau livre sur les iris
Richard Cayeux a écrit pour la Librairie Larousse un nouveau livre intitulé « IRIS, Choisir, Planter et Cultiver 350 Variétés ».
C’est un agréable volume 19x28 tout en couleur, qui fait le tour de tout ce qui concerne les iris horticoles. Les 35 premières pages dressent un panorama des iris pour les jardins, grands, petits, barbus et non barbus, très bien fait et suffisamment développé pour un public sans connaissances spéciales du monde des iris. Les 137 pages suivantes constituent un catalogue très bien présenté des meilleures variétés disponibles, dans toutes les catégories. Evidemment l’auteur parle surtout de ce qui concerne son entreprise et passe à peu près sous silence le travail des autres obtenteurs ou producteurs français, ces derniers trouveront peut-être cela un peu dur à digérer, mais les lecteurs du livre n’auront bien sûr aucune idée de ces petites controverses mercantiles.
En résumé, un ouvrage agréable et qui ne peut qu’attirer de nouveaux adeptes de la cause des iris.



SOURIRE D’ALICE
‘Parisien’ (Cayeux R. 94) = Rebecca Perret x ((Palomino x Emma Cook) x Tahiti Sunrise)
‘Ruban Bleu’ (Cayeux R. 97) = (Alizés sib x Love Bandit) X (Condottiere x Delphi)
‘Rebecca Perret’ (Cayeux R. 92) = (Condottiere x Delphi) X (Alizés x (Condottiere x Lunar Rainbow))
‘Gypsy Lord’ = Last Laugh X (Braggadocio x Romantic Evening)
‘Last Laugh’ (Shoop/Keppel 2000) = semis x Parisian Flight
‘Parisian Flight’ (Shoop 93) = (American Beauty x (French Connection x American Beauty)) X (( French Connection x American Beauty) x French Connection sib)
‘French Connection’ (Shoop 87) = Delphi X Condottiere
‘Sorriso di Alice’ (Marucchi 2008) = Alizés X Romantic Evening
Le petit tableau ci-dessus reprend celui qui a été publié ici en 2008 sous l’article baptise “Keppel contre Cayeux” et traitant des iris “bleu-blanc-rouge”. Y a été ajouté le pedigree de ‘Sorriso di Alice’, une variété qui, pour des motifs personnels m’est particulièrement chère, et qui fait partie de la grande famille des descendants de (Delphi X Condottiere).
Cette parenté n’est pas la seule caractéristique intéressante de ce ‘Sorriso di Alice’. Cette variété tricolore arbore de jolis pétales blanc pur au-dessus de sépales d’un bleu profond et des barbes d’un rouge orangé qui attire l’œil. En plus c’est un iris de haute taille, bien proportionné, avec beaucoup de fleurs. Ce sont toutes ces sources d’intérêt qui ont attiré l’attention des juges de Florence en 2007 et lui ont valu d’obtenir le second prix.
On attribue au couple (Delphi X Condottiere) la responsabilité de cet assemblage de blanc de bleu et de rouge qui a longtemps été l’apanage de la maison Cayeux, jusqu’aux jours où d’autres se sont mis a vouloir montrer qu’ils pouvaient aussi obtenir cette association de couleurs. Mais ‘Delphi’ n’est pas dans le pedigree de ‘Sorriso di Alice’ et pourtant les trois couleurs sont bien là, alors que c’est ‘Delphi’ qui détient le brevet des barbes rouges ! Avec ‘Alizés’ la référence à ‘Condottiere’ est là et peut-être aussi, malgré tout, la possibilité d’obtenir des barbes rouges car celles-ci sont bien présente à la génération précédente, chez le « vieux » ‘Tahiti Sunrise’ (Ernst L. 65). Et puis il y a ‘Romantic Evening’ (Ghio 96) qui a apporté les qualités de sa fleur (élégance, velouté, perfection de la forme…) et, forcément, ses belles barbes rouges.
De part et d’autre de l’Atlantique, les obtenteurs se sont efforcés de profiter des avantages du croisement (Delphi X Condottiere), tout en recherchant un contraste plus grand entre pétales et sépales et des barbes rouges plus rouges. George Shoop n’a pas eu le temps d’aller au bout de sa recherche : il a été arrêté par la mort après l’obtention de ‘Last Laugh’ (2000). Keith Keppel a pris sa succession et poursuivi son travail. Il est parvenu à une sorte de perfection avec son ‘Gypsy Lord’ (2005). La famille Schreiner a sauté dans le train en marche et obtenu ‘Major League’ (2006) dont le pedigree est indéchiffrable mais où on lit les noms de ‘Delphi’, ‘Condottiere’ et ‘Sixtine C’ qui est de Condottiere x (Condottiere x Delphi) ! ‘Sorriso di Alice’ est plus modeste dans ses origines : ‘Alizés’ lui a fourni la base blanc/bleu avec l’amorce d’une barbe rouge ; ‘Romantic Evening’ (qui est l’un des grands-parents de ‘Gypsy Lord’) a apporté le reste.
Aujourd’hui obtenir un iris bleu-blanc-rouge est à la portée de tous les hybrideurs. Les plus grands y triomphent, les plus modestes aussi, quelquefois comme Marucchi avec ‘Sorriso di Alice’, ce qui est encourageant.
‘Parisien’ (Cayeux R. 94) = Rebecca Perret x ((Palomino x Emma Cook) x Tahiti Sunrise)
‘Ruban Bleu’ (Cayeux R. 97) = (Alizés sib x Love Bandit) X (Condottiere x Delphi)
‘Rebecca Perret’ (Cayeux R. 92) = (Condottiere x Delphi) X (Alizés x (Condottiere x Lunar Rainbow))
‘Gypsy Lord’ = Last Laugh X (Braggadocio x Romantic Evening)
‘Last Laugh’ (Shoop/Keppel 2000) = semis x Parisian Flight
‘Parisian Flight’ (Shoop 93) = (American Beauty x (French Connection x American Beauty)) X (( French Connection x American Beauty) x French Connection sib)
‘French Connection’ (Shoop 87) = Delphi X Condottiere
‘Sorriso di Alice’ (Marucchi 2008) = Alizés X Romantic Evening
Le petit tableau ci-dessus reprend celui qui a été publié ici en 2008 sous l’article baptise “Keppel contre Cayeux” et traitant des iris “bleu-blanc-rouge”. Y a été ajouté le pedigree de ‘Sorriso di Alice’, une variété qui, pour des motifs personnels m’est particulièrement chère, et qui fait partie de la grande famille des descendants de (Delphi X Condottiere).
Cette parenté n’est pas la seule caractéristique intéressante de ce ‘Sorriso di Alice’. Cette variété tricolore arbore de jolis pétales blanc pur au-dessus de sépales d’un bleu profond et des barbes d’un rouge orangé qui attire l’œil. En plus c’est un iris de haute taille, bien proportionné, avec beaucoup de fleurs. Ce sont toutes ces sources d’intérêt qui ont attiré l’attention des juges de Florence en 2007 et lui ont valu d’obtenir le second prix.
On attribue au couple (Delphi X Condottiere) la responsabilité de cet assemblage de blanc de bleu et de rouge qui a longtemps été l’apanage de la maison Cayeux, jusqu’aux jours où d’autres se sont mis a vouloir montrer qu’ils pouvaient aussi obtenir cette association de couleurs. Mais ‘Delphi’ n’est pas dans le pedigree de ‘Sorriso di Alice’ et pourtant les trois couleurs sont bien là, alors que c’est ‘Delphi’ qui détient le brevet des barbes rouges ! Avec ‘Alizés’ la référence à ‘Condottiere’ est là et peut-être aussi, malgré tout, la possibilité d’obtenir des barbes rouges car celles-ci sont bien présente à la génération précédente, chez le « vieux » ‘Tahiti Sunrise’ (Ernst L. 65). Et puis il y a ‘Romantic Evening’ (Ghio 96) qui a apporté les qualités de sa fleur (élégance, velouté, perfection de la forme…) et, forcément, ses belles barbes rouges.
De part et d’autre de l’Atlantique, les obtenteurs se sont efforcés de profiter des avantages du croisement (Delphi X Condottiere), tout en recherchant un contraste plus grand entre pétales et sépales et des barbes rouges plus rouges. George Shoop n’a pas eu le temps d’aller au bout de sa recherche : il a été arrêté par la mort après l’obtention de ‘Last Laugh’ (2000). Keith Keppel a pris sa succession et poursuivi son travail. Il est parvenu à une sorte de perfection avec son ‘Gypsy Lord’ (2005). La famille Schreiner a sauté dans le train en marche et obtenu ‘Major League’ (2006) dont le pedigree est indéchiffrable mais où on lit les noms de ‘Delphi’, ‘Condottiere’ et ‘Sixtine C’ qui est de Condottiere x (Condottiere x Delphi) ! ‘Sorriso di Alice’ est plus modeste dans ses origines : ‘Alizés’ lui a fourni la base blanc/bleu avec l’amorce d’une barbe rouge ; ‘Romantic Evening’ (qui est l’un des grands-parents de ‘Gypsy Lord’) a apporté le reste.
Aujourd’hui obtenir un iris bleu-blanc-rouge est à la portée de tous les hybrideurs. Les plus grands y triomphent, les plus modestes aussi, quelquefois comme Marucchi avec ‘Sorriso di Alice’, ce qui est encourageant.
23.5.09

CHAUMES ET IRIS
Cela fait bien longtemps que les hommes décorent leurs toits au moyen d’iris. En France, ce n’est pas I. tectorum qui est utilisé mais le banal I. x germanica, comme je l’ai vu au-dessus d’une « cave demeurante », ancienne et très pauvre demeure rurale tourangelle, aux Goupillères, près d’Azay le Rideau, et comme c’est le cas sur cette chaumière normande photographiée par notre ami Loïc Tasquier.
Cela fait bien longtemps que les hommes décorent leurs toits au moyen d’iris. En France, ce n’est pas I. tectorum qui est utilisé mais le banal I. x germanica, comme je l’ai vu au-dessus d’une « cave demeurante », ancienne et très pauvre demeure rurale tourangelle, aux Goupillères, près d’Azay le Rideau, et comme c’est le cas sur cette chaumière normande photographiée par notre ami Loïc Tasquier.




LE PROLIFIQUE DESTINDE ‘TOBACCO ROAD’
Tous ceux qui s’intéressent aux iris bruns connaissent ‘Tobacco Road’ (Kleinsorge 41), tout au moins de nom. En effet celui-ci apparaît si souvent dans les pedigrees qu’on ne peut pas l’ignorer. C’est un nom qui dit quelque chose aux bibliophiles et aux cinéphiles car « La Route au Tabac », suite de nouvelles d’Erskine Caldwell et le film que John Ford en a tiré sont des monuments dont chacun a forcément au moins entendu parler un jour. C’est l’histoire de la déchéance d'une famille de ces fermiers du Sud des Etats-Unis, pittoresques et désenchantés, profondément attachés à une terre qui ne leur permet plus de vivre de quelques arpents de coton ou de tabac : l’histoire de ces « petits blancs » qui ont constitué un pan misérable de l’histoire des Etats-Unis. ‘Tobacco Road’ a donc une forte charge émotionnelle, mais en fait ce nom est moins lié au roman ou au film qu’à à l’image du tabac que véhiculent les pétales de la fleur, bruns comme les feuilles séchées de la plante.
A propos de cet iris on peut lire ce qui suit, dans le numéro du printemps 1976 du bulletin de l’AIS : « Il faut admettre que ‘Tobacco Road’ n’est pas exempt de défauts : il pousse difficilement dans les régions chaudes ; il résiste mal à la pourriture, surtout quand l’hiver a été rigoureux. Ce n’est même pas le premier iris brun ; c’est à son grand parent ‘Jean Cayeux’ qu’on peut donner cette distinction, et d’autres iris de Kleinsorge, comme ‘Buckskin’ ou ‘Aztec Copper’, peuvent être qualifiés de brun – de même que quelques autres iris des années 30, comme ‘Copper Lustre’, vainqueur de la Dykes Medal, qui présente ce coloris et quelque chose en plus. Mais la fleur ! Des sépales larges, arrondis, doucement évasés ; des pétales jointifs et résistants – et par-dessus le marché des tiges bien branchues. Il donne son meilleur sous le paisible climat du Nord-Ouest de l’Oregon et du Washington. A voir sa robustesse on était convaincu que la perfection a existé. »
‘Tobacco Road’ fait partie du programme de recherche lancé par Rudolph Kleinsorge au début des années 30 et qui s’est poursuivi jusqu’à la fin des années 50. Son pedigree, c’est (Aztec Copper X (Far West x Jean Cayeux)). Sa fleur est d’un coloris plus soutenu que celui de ‘Aztec Copper’, et elle a en plus une forme plus moderne.
Ses aptitudes génétiques ont été tout de suite mises à profit. Notamment par le croisement (Mexico X Tobacco Road) qui a donné, chez Kleinsorge lui-même. ‘Bryce Canyon’, ‘Chamois’ et ‘Gypsy’ en 1944, puis, en 48, ‘Pretty Quadroon’ et ‘Voodoo’. ‘Inca Chief’ (Mitsch 52), autre variété monumentale, provient d’un croisement identique. D’autres hybrideurs ont emboîté le pas, comme Fred DeForest qui a enregistré en 1947 Argus Pheasant (Casa Morena X Tobacco Road) qui a obtenu la DM en 52, ou Douglas Wilson qui a obtenu en 46 ‘Gems of Topaz’ et ‘Susitna Sunset’ du croisement (Prairie Sunset X Tobacco Road). De nombreux autres ont suivi la voie ainsi tracée.
Les descendants de ‘Tobacco Road’ sont extrêmement nombreux. Dans l’article cité ci-dessus il est écrit à ce sujet : « Pendant la période 1942/1962, vingt ans après l’introduction, il y eut 98 iris enregistrés ayant ‘Tobacco Road’ pour parent, dans un sens ou dans l’autre. La grande majorité de ces enregistrements le situent du côté paternel (il est aussi tout à fait fertile du côté féminin, mais il n’y a pas moyen de savoir combien de ses enfants proviennent de pollen donné ou volé, ou de pollen prélevé sur des touffes pas assez solides pour supporter la production de capsules). Si l’on passe à la deuxième génération on constate que pendant cette même période de vingt ans il y a 182 enregistrements de descendants de ‘Tobacco Road’ en provenance aussi bien de variétés dénommées que de simples semis numérotés. Et parmi ceux qui sont désignés par leur nom, ‘Bryce Canyon’ apparaît le plus souvent. » Par son enfant ‘Cordovan’ ce ‘Bryce Canyon’ a donné des iris bruns aussi connus que ‘Bang’ (Craig 55) ou ‘Caldron’ (Schreiner 57). Mais de tous les descendants de ‘Tobacco Road’, celui qui rassemble le plus grand nombre d’ancêtres fameux est sûrement ‘Tijuana Brass’ (Schreiner 67) dont le pedigree est ((semis x Cordovan) x Inca Chief) X (Pretty Quadroon x Inca Chief) ! ‘Bang’ est à la tête d’une nombreuse famille dont les membres les plus connus se nomment ‘Caliente’ (Luihn 68), ‘Dos Pesos’ (Coleman 72) ou ‘Pagan’ (Dunn R. 73). Quant à ‘Caldron’, il a donné ‘Brasilia’ (Schreiner 60). La racine ‘Argus Pheasant’ a également beaucoup donné dont ‘Brass Accents’ (Schreiner 58) et ‘Gaylights’ (Schreiner 65). Bref, la plupart des iris bruns actuels disposent des gènes de ‘Tobacco Road’ au moins chez l’un de leurs antécédents.
Quel a été l’apport de ‘Tobacco Road’ ? Il est possible de la situer sur deux plans : la forme et la qualité de la fleur, en premier lieu, puis sa couleur. Sans lui il est probable que la notion d’iris brun n’aurait pas le même développement. Il faut donc rendre hommage à Rudolph Kleinsorge pour la qualité de son travail, sa persévérance, et le part de chance qu’il a eue.
Tous ceux qui s’intéressent aux iris bruns connaissent ‘Tobacco Road’ (Kleinsorge 41), tout au moins de nom. En effet celui-ci apparaît si souvent dans les pedigrees qu’on ne peut pas l’ignorer. C’est un nom qui dit quelque chose aux bibliophiles et aux cinéphiles car « La Route au Tabac », suite de nouvelles d’Erskine Caldwell et le film que John Ford en a tiré sont des monuments dont chacun a forcément au moins entendu parler un jour. C’est l’histoire de la déchéance d'une famille de ces fermiers du Sud des Etats-Unis, pittoresques et désenchantés, profondément attachés à une terre qui ne leur permet plus de vivre de quelques arpents de coton ou de tabac : l’histoire de ces « petits blancs » qui ont constitué un pan misérable de l’histoire des Etats-Unis. ‘Tobacco Road’ a donc une forte charge émotionnelle, mais en fait ce nom est moins lié au roman ou au film qu’à à l’image du tabac que véhiculent les pétales de la fleur, bruns comme les feuilles séchées de la plante.
A propos de cet iris on peut lire ce qui suit, dans le numéro du printemps 1976 du bulletin de l’AIS : « Il faut admettre que ‘Tobacco Road’ n’est pas exempt de défauts : il pousse difficilement dans les régions chaudes ; il résiste mal à la pourriture, surtout quand l’hiver a été rigoureux. Ce n’est même pas le premier iris brun ; c’est à son grand parent ‘Jean Cayeux’ qu’on peut donner cette distinction, et d’autres iris de Kleinsorge, comme ‘Buckskin’ ou ‘Aztec Copper’, peuvent être qualifiés de brun – de même que quelques autres iris des années 30, comme ‘Copper Lustre’, vainqueur de la Dykes Medal, qui présente ce coloris et quelque chose en plus. Mais la fleur ! Des sépales larges, arrondis, doucement évasés ; des pétales jointifs et résistants – et par-dessus le marché des tiges bien branchues. Il donne son meilleur sous le paisible climat du Nord-Ouest de l’Oregon et du Washington. A voir sa robustesse on était convaincu que la perfection a existé. »
‘Tobacco Road’ fait partie du programme de recherche lancé par Rudolph Kleinsorge au début des années 30 et qui s’est poursuivi jusqu’à la fin des années 50. Son pedigree, c’est (Aztec Copper X (Far West x Jean Cayeux)). Sa fleur est d’un coloris plus soutenu que celui de ‘Aztec Copper’, et elle a en plus une forme plus moderne.
Ses aptitudes génétiques ont été tout de suite mises à profit. Notamment par le croisement (Mexico X Tobacco Road) qui a donné, chez Kleinsorge lui-même. ‘Bryce Canyon’, ‘Chamois’ et ‘Gypsy’ en 1944, puis, en 48, ‘Pretty Quadroon’ et ‘Voodoo’. ‘Inca Chief’ (Mitsch 52), autre variété monumentale, provient d’un croisement identique. D’autres hybrideurs ont emboîté le pas, comme Fred DeForest qui a enregistré en 1947 Argus Pheasant (Casa Morena X Tobacco Road) qui a obtenu la DM en 52, ou Douglas Wilson qui a obtenu en 46 ‘Gems of Topaz’ et ‘Susitna Sunset’ du croisement (Prairie Sunset X Tobacco Road). De nombreux autres ont suivi la voie ainsi tracée.
Les descendants de ‘Tobacco Road’ sont extrêmement nombreux. Dans l’article cité ci-dessus il est écrit à ce sujet : « Pendant la période 1942/1962, vingt ans après l’introduction, il y eut 98 iris enregistrés ayant ‘Tobacco Road’ pour parent, dans un sens ou dans l’autre. La grande majorité de ces enregistrements le situent du côté paternel (il est aussi tout à fait fertile du côté féminin, mais il n’y a pas moyen de savoir combien de ses enfants proviennent de pollen donné ou volé, ou de pollen prélevé sur des touffes pas assez solides pour supporter la production de capsules). Si l’on passe à la deuxième génération on constate que pendant cette même période de vingt ans il y a 182 enregistrements de descendants de ‘Tobacco Road’ en provenance aussi bien de variétés dénommées que de simples semis numérotés. Et parmi ceux qui sont désignés par leur nom, ‘Bryce Canyon’ apparaît le plus souvent. » Par son enfant ‘Cordovan’ ce ‘Bryce Canyon’ a donné des iris bruns aussi connus que ‘Bang’ (Craig 55) ou ‘Caldron’ (Schreiner 57). Mais de tous les descendants de ‘Tobacco Road’, celui qui rassemble le plus grand nombre d’ancêtres fameux est sûrement ‘Tijuana Brass’ (Schreiner 67) dont le pedigree est ((semis x Cordovan) x Inca Chief) X (Pretty Quadroon x Inca Chief) ! ‘Bang’ est à la tête d’une nombreuse famille dont les membres les plus connus se nomment ‘Caliente’ (Luihn 68), ‘Dos Pesos’ (Coleman 72) ou ‘Pagan’ (Dunn R. 73). Quant à ‘Caldron’, il a donné ‘Brasilia’ (Schreiner 60). La racine ‘Argus Pheasant’ a également beaucoup donné dont ‘Brass Accents’ (Schreiner 58) et ‘Gaylights’ (Schreiner 65). Bref, la plupart des iris bruns actuels disposent des gènes de ‘Tobacco Road’ au moins chez l’un de leurs antécédents.
Quel a été l’apport de ‘Tobacco Road’ ? Il est possible de la situer sur deux plans : la forme et la qualité de la fleur, en premier lieu, puis sa couleur. Sans lui il est probable que la notion d’iris brun n’aurait pas le même développement. Il faut donc rendre hommage à Rudolph Kleinsorge pour la qualité de son travail, sa persévérance, et le part de chance qu’il a eue.
15.5.09

ECHOS DU MONDE DES IRIS
Florence 2009
Le concours international de Florence s’est déroulé du 4 au 8 mai 2009.
En voici les principaux prix attribués :
1er Premio Firenze (Florin d’or): ‘Ravissant’ (R. Cayeux, France)
2nd ‘Noctambule’ (R. Cayeux, France)
3rd ‘Fortunate Son’ (Schreiner’s Garden, USA)
4th ‘Secret Rites’ (K. Keppel, USA)
5th ‘Coming Storm’ (Schreiner’s Garden, USA)
6th ‘Marbella’ (G. Sutton, USA)
7th ‘Romance’ (R. Cayeux, France)
8th ‘Notte di Lugo’ (M. Bertuzzi, Italy)
9th ‘Oberman’ (S. Loktev, Russia)
10th ‘Battiloro’ (A. Affortunati, Italy)
Bravo à notre hybrideur national. Cette double récompense est on ne peut plus méritée.
A noter la première récompense d’une variété russe dans une compétition occidentale. C’est aussi un signe de l’évolution du monde des iris.
Florence 2009
Le concours international de Florence s’est déroulé du 4 au 8 mai 2009.
En voici les principaux prix attribués :
1er Premio Firenze (Florin d’or): ‘Ravissant’ (R. Cayeux, France)
2nd ‘Noctambule’ (R. Cayeux, France)
3rd ‘Fortunate Son’ (Schreiner’s Garden, USA)
4th ‘Secret Rites’ (K. Keppel, USA)
5th ‘Coming Storm’ (Schreiner’s Garden, USA)
6th ‘Marbella’ (G. Sutton, USA)
7th ‘Romance’ (R. Cayeux, France)
8th ‘Notte di Lugo’ (M. Bertuzzi, Italy)
9th ‘Oberman’ (S. Loktev, Russia)
10th ‘Battiloro’ (A. Affortunati, Italy)
Bravo à notre hybrideur national. Cette double récompense est on ne peut plus méritée.
A noter la première récompense d’une variété russe dans une compétition occidentale. C’est aussi un signe de l’évolution du monde des iris.
UNE RARETÉ
Antoine Bettinelli, amateur d’iris de l’Est de la France, m’a fait parvenir il y a quelques jours la photo ci-dessus, prise chez un de ses amis, en vue d’identification. En matière d’iris botaniques, le spécialiste incontesté, c’est Maurice Boussard. C’est donc ce dernier qui a procédé à l’identification. Voici sa réponse : « Il s'agit vraisemblablement d'Iris hookeriana, de la section Pseudoregelia qui inclut quelques espèces originaires d'Himalaya et montagnes voisines (I. kamaonensis, leptophylla, sichuanensis...). Biotopes très particulier (ce sont des plantes d'altitude) sous la neige pendant plusieurs mois, baignant dans le brouillard en été (saison humide de la mousson) et comme tel de culture délicate. Félicitations à votre correspondant de la réussir ainsi. »
Iris hookeriana se plait donc dans la région de Besançon, chez un collectionneur qui doit aussi être alpiniste puisqu’il a récolté cette étrange rareté dans le massif népalais de l’Anapurna !
Antoine Bettinelli, amateur d’iris de l’Est de la France, m’a fait parvenir il y a quelques jours la photo ci-dessus, prise chez un de ses amis, en vue d’identification. En matière d’iris botaniques, le spécialiste incontesté, c’est Maurice Boussard. C’est donc ce dernier qui a procédé à l’identification. Voici sa réponse : « Il s'agit vraisemblablement d'Iris hookeriana, de la section Pseudoregelia qui inclut quelques espèces originaires d'Himalaya et montagnes voisines (I. kamaonensis, leptophylla, sichuanensis...). Biotopes très particulier (ce sont des plantes d'altitude) sous la neige pendant plusieurs mois, baignant dans le brouillard en été (saison humide de la mousson) et comme tel de culture délicate. Félicitations à votre correspondant de la réussir ainsi. »
Iris hookeriana se plait donc dans la région de Besançon, chez un collectionneur qui doit aussi être alpiniste puisqu’il a récolté cette étrange rareté dans le massif népalais de l’Anapurna !

Le texte ci-dessous a été rédigé à la suite du concours international de Florence 2008. La situation décrite est totalement imaginaire.
LE CONCOURS D’IRIS
Synopsis pour un opéra
Ouverture
L’œuvre débute par un tutti de l’orchestre dans la tonalité de mi mineur, c’est à dire avec une certaine gravité, mais très vite le hautbois solo amorce un thème plus léger et plus joyeux, bientôt repris par la clarinette puis les violons. C’est le thème de l’accueil qui réapparaîtra à maintes reprises au cours de l’opéra. Un nouveau thème, tonique, résonne aux bois, ponctué par les timbales : c’est le thème de l’hôte important. Les deux thèmes exposés sont développés conjointement, mais ils sont interrompus par la flûte qui lance une série de notes pointées, une mélodie ironique qui est l’apparition du thème de la dispute. Suit un bref développement qui s’achève sur un nouveau thème, plus solennel, le thème de la récompense, qui sera repris au cours du cinquième tableau. L’ouverture s’achève par une coda joyeuse puis un diminuendo qui marque le lever du rideau sur le premier tableau.
Premier tableau : l’accueil
Le décor représente le hall des arrivées à l’aéroport. Des voyageurs (les choristes) circulent en tous sens. L’organisatrice (mezzo-soprano), parmi eux, entame un aria grave et très virtuose, par lequel elle exprime son anxiété quant au déroulement du concours et son plaisir de revoir l’hôte important qu’elle est venue accueillir. Les passagers d’un nouveau vol apparaissent, parmi eux, l’hôte important qui débarque en tenue très « sportwear » tandis qu’à l’orchestre, les cordes attaquent le thème de l’accueil. L’hôte important (basse) aperçoit son amie l’organisatrice qu’il embrasse, puis, dans un air de bravoure, il dit son plaisir de se trouver en ce lieu qui lui est cher et de revoir son amie. Suit un duo dans la tonalité jubilatoire de ré majeur, de l’organisatrice et de l’hôte important, où les deux protagonistes se congratulent avant que le chœur ne reprenne le motif de l’hôte important, tandis que celui-ci et son amie l’organisatrice sortent et se dirigent vers le parking des voitures.
Deuxième tableau : le jury
Sous un abri rustique, une planche est disposée sur des tréteaux. Devant cette table improvisée se tiennent l’hôte important, l’organisatrice et les autres membres du jury (quatre autres membres : deux hommes, ténor et baryton, et deux femmes, une jeune – la soprano – et une plus âgée – la contralto). L’organisatrice reprend le thème de l’accueil qu’elle chantait au premier tableau (anxiété et plaisir) puis le thème évolue vers un motif plus léger et plus simple que l’on peut qualifier de « thème du jury » par lequel elle invite les membres du jury à effectuer leur travail, à commencer par la désignation du président du jury ; elle laisse entendre qu’elle aimerait que ce choix se porte sur l’hôte important dont elle fait un portrait flatteur. Le ténor, puis la contralto et le baryton, expriment leur accord, mais la soprano, sur un air vif et mutin, se moque un peu du grand personnage, laissant entendre qu’elle est plus dynamique et plus disponible pour assurer la présidence. L’hôte important, jouant les modestes, déclare qu’il n’est pas candidat, mais qu’il acceptera le choix des autres membres du jury. Pendant que le chœur, qui assiste au débat, chuchote ses interrogations, les jurés votent à bulletin secret. L’organisatrice compte les voix et, soulagée, déclare élu l’hôte important. Suit un quintette où les cinq membres du jury, chacun à sa façon exprime son opinion sur cette élection. L’orchestre entame une marche qui accompagne la sortie des jurés qui se dirigent vers le jardin d’iris.
Troisième tableau : la dispute
Au jardin. Le public (les choristes) circule parmi les iris en fleur. Les jurés se penchent sur les différentes touffes tandis que l’orchestre interprète un intermezzo ponctué de notes interrogatives et d’une reprise, piano, du motif de l’anxiété. L’hôte important se penche vers une fleur et l’examine attentivement. La jeune jurée (soprano) s’approche et lui pose une question à propos de la fleur. La réponse de l’hôte important la fait sourire et, dans un air vif et très virtuose, elle exprime un avis différent. L’hôte important conteste, se fâche, la jeune jurée maintient son avis et se moque de l’hôte important qu’elle qualifie de rétrograde. L’organisatrice intervient et tente de calmer les esprits, mais l’hôte important, vexé, s’éloigne en grommelant. Le public reprend les moqueries de la jeune jurée, puis le motif de l’anxiété réapparaît. L’organisatrice prend à part la jeune jurée. Dans un duo plein de tendresse, elle semonce sa jeune collègue qui admet s’être emportée injustement et promet de faire amende honorable.
Quatrième tableau : le dîner
La scène représente une salle de repas luxueuse. L’organisatrice place ses convives autour de la table tandis que l’orchestre interprète un intermezzo gracieux et dansant. L’hôte important se retrouve entouré de la jeune jurée et de l’organisatrice elle-même. Commence le repas. L’hôte important se lève et porte un toast à la docte assemblée (brindisi). Les membres du jury répondent en chœur puis chacun apporte sa réponse personnelle. La dernière à intervenir est la jeune jurée. Elle donne à son intervention un tour très personnel dans un air à la fois joyeux et grave, puis elle se tourne plus précisément vers l’hôte important à qui elle présente des excuses avec un note très humoristique qui détend l’atmosphère. Tout le monde se lève et reprend en chœur l’air de la jeune jurée. Le tableau se termine dans la liesse générale où triomphe le thème du plaisir.
Cinquième tableau : le palmarès
Retour au décor du tableau II. Dans la pénombre, arrive l’organisatrice qui s’approche lentement de la table tandis qu’à l’orchestre, sur un ostinato des cordes, la clarinette énonce le thème de l’anxiété, repris par le cor, puis le basson. La salle s’éclaire peu à peu. L’organisatrice exprime ses inquiétudes sur la bonne fin du concours en raison de l’animosité entre l’hôte important et la jeune jurée. Elle s’assoit et commence à trier ses documents. L’un après l’autre les jurés entrent à leur tour et vont s’asseoir à leur place. Chacun exprime son avis sur les fleurs qui ont été jugées et celle qui leur semble mériter la plus haute récompense, à commencer par la troisième jurée (contralto) puis le ténor, le baryton et, pour finir, la soprano. Ensemble ils chantent le thème du jury et décident de voter à bulletin secret. Intermezzo (thèmes de l’accueil, puis de l’anxiété) : pendant que l’organisatrice ramasse les bulletins. Elle fait le décompte tandis que les juges bavardent en un quintette volubile. Le public (les choristes) entre en scène. Un gong des percussions fait taire tout le monde et l’organisatrice annonce les résultats. Chacun semble satisfait et solistes et choristes, dans un joyeux brouhaha, expriment leurs commentaires. Puis l’organisatrice, soulagée, annonce sur un motif allègre déjà entendu dans l’ouverture que les récompenses seront attribuées dans la soirée. Tout le monde sort en se donnant rendez-vous pour la remise des prix ;
Sixième tableau : les récompenses
Une salle somptueuse. Un vaste public – les choristes - bavarde en attendant. L’orchestre interprète une nouvelle fois le thème du plaisir tandis que, sous les applaudissements, entrent les membres du jury puis l’organisatrice accompagnée d’un vieux monsieur très digne et manifestement très connu et respecté. L’organisatrice fait taire tout le monde et, sur l’air du brindisi, présente le vieux monsieur et annonce qu’il va lire le palmarès. L’hôte important s’avance et déclare, l’air content de lui, que tout s’est très bien passé. La jeune jurée reprend l’air des excuses du tableau IV pour exprimer avec humour un avis un peu différent, mais elle termine, en duo avec l’hôte important, par une reprise en majeur du thème de l’anxiété. Le vieux monsieur (basse) déroule un parchemin et lit le palmarès. Après chaque citation le public applaudit. Après un dernier remerciement de l’organisatrice, vivement applaudie, l’orchestre retrouve la marche de la fin du tableau II qui est chantée par tout le monde tandis que le rideau tombe sur le public en liesse.
LE CONCOURS D’IRIS
Synopsis pour un opéra
Ouverture
L’œuvre débute par un tutti de l’orchestre dans la tonalité de mi mineur, c’est à dire avec une certaine gravité, mais très vite le hautbois solo amorce un thème plus léger et plus joyeux, bientôt repris par la clarinette puis les violons. C’est le thème de l’accueil qui réapparaîtra à maintes reprises au cours de l’opéra. Un nouveau thème, tonique, résonne aux bois, ponctué par les timbales : c’est le thème de l’hôte important. Les deux thèmes exposés sont développés conjointement, mais ils sont interrompus par la flûte qui lance une série de notes pointées, une mélodie ironique qui est l’apparition du thème de la dispute. Suit un bref développement qui s’achève sur un nouveau thème, plus solennel, le thème de la récompense, qui sera repris au cours du cinquième tableau. L’ouverture s’achève par une coda joyeuse puis un diminuendo qui marque le lever du rideau sur le premier tableau.
Premier tableau : l’accueil
Le décor représente le hall des arrivées à l’aéroport. Des voyageurs (les choristes) circulent en tous sens. L’organisatrice (mezzo-soprano), parmi eux, entame un aria grave et très virtuose, par lequel elle exprime son anxiété quant au déroulement du concours et son plaisir de revoir l’hôte important qu’elle est venue accueillir. Les passagers d’un nouveau vol apparaissent, parmi eux, l’hôte important qui débarque en tenue très « sportwear » tandis qu’à l’orchestre, les cordes attaquent le thème de l’accueil. L’hôte important (basse) aperçoit son amie l’organisatrice qu’il embrasse, puis, dans un air de bravoure, il dit son plaisir de se trouver en ce lieu qui lui est cher et de revoir son amie. Suit un duo dans la tonalité jubilatoire de ré majeur, de l’organisatrice et de l’hôte important, où les deux protagonistes se congratulent avant que le chœur ne reprenne le motif de l’hôte important, tandis que celui-ci et son amie l’organisatrice sortent et se dirigent vers le parking des voitures.
Deuxième tableau : le jury
Sous un abri rustique, une planche est disposée sur des tréteaux. Devant cette table improvisée se tiennent l’hôte important, l’organisatrice et les autres membres du jury (quatre autres membres : deux hommes, ténor et baryton, et deux femmes, une jeune – la soprano – et une plus âgée – la contralto). L’organisatrice reprend le thème de l’accueil qu’elle chantait au premier tableau (anxiété et plaisir) puis le thème évolue vers un motif plus léger et plus simple que l’on peut qualifier de « thème du jury » par lequel elle invite les membres du jury à effectuer leur travail, à commencer par la désignation du président du jury ; elle laisse entendre qu’elle aimerait que ce choix se porte sur l’hôte important dont elle fait un portrait flatteur. Le ténor, puis la contralto et le baryton, expriment leur accord, mais la soprano, sur un air vif et mutin, se moque un peu du grand personnage, laissant entendre qu’elle est plus dynamique et plus disponible pour assurer la présidence. L’hôte important, jouant les modestes, déclare qu’il n’est pas candidat, mais qu’il acceptera le choix des autres membres du jury. Pendant que le chœur, qui assiste au débat, chuchote ses interrogations, les jurés votent à bulletin secret. L’organisatrice compte les voix et, soulagée, déclare élu l’hôte important. Suit un quintette où les cinq membres du jury, chacun à sa façon exprime son opinion sur cette élection. L’orchestre entame une marche qui accompagne la sortie des jurés qui se dirigent vers le jardin d’iris.
Troisième tableau : la dispute
Au jardin. Le public (les choristes) circule parmi les iris en fleur. Les jurés se penchent sur les différentes touffes tandis que l’orchestre interprète un intermezzo ponctué de notes interrogatives et d’une reprise, piano, du motif de l’anxiété. L’hôte important se penche vers une fleur et l’examine attentivement. La jeune jurée (soprano) s’approche et lui pose une question à propos de la fleur. La réponse de l’hôte important la fait sourire et, dans un air vif et très virtuose, elle exprime un avis différent. L’hôte important conteste, se fâche, la jeune jurée maintient son avis et se moque de l’hôte important qu’elle qualifie de rétrograde. L’organisatrice intervient et tente de calmer les esprits, mais l’hôte important, vexé, s’éloigne en grommelant. Le public reprend les moqueries de la jeune jurée, puis le motif de l’anxiété réapparaît. L’organisatrice prend à part la jeune jurée. Dans un duo plein de tendresse, elle semonce sa jeune collègue qui admet s’être emportée injustement et promet de faire amende honorable.
Quatrième tableau : le dîner
La scène représente une salle de repas luxueuse. L’organisatrice place ses convives autour de la table tandis que l’orchestre interprète un intermezzo gracieux et dansant. L’hôte important se retrouve entouré de la jeune jurée et de l’organisatrice elle-même. Commence le repas. L’hôte important se lève et porte un toast à la docte assemblée (brindisi). Les membres du jury répondent en chœur puis chacun apporte sa réponse personnelle. La dernière à intervenir est la jeune jurée. Elle donne à son intervention un tour très personnel dans un air à la fois joyeux et grave, puis elle se tourne plus précisément vers l’hôte important à qui elle présente des excuses avec un note très humoristique qui détend l’atmosphère. Tout le monde se lève et reprend en chœur l’air de la jeune jurée. Le tableau se termine dans la liesse générale où triomphe le thème du plaisir.
Cinquième tableau : le palmarès
Retour au décor du tableau II. Dans la pénombre, arrive l’organisatrice qui s’approche lentement de la table tandis qu’à l’orchestre, sur un ostinato des cordes, la clarinette énonce le thème de l’anxiété, repris par le cor, puis le basson. La salle s’éclaire peu à peu. L’organisatrice exprime ses inquiétudes sur la bonne fin du concours en raison de l’animosité entre l’hôte important et la jeune jurée. Elle s’assoit et commence à trier ses documents. L’un après l’autre les jurés entrent à leur tour et vont s’asseoir à leur place. Chacun exprime son avis sur les fleurs qui ont été jugées et celle qui leur semble mériter la plus haute récompense, à commencer par la troisième jurée (contralto) puis le ténor, le baryton et, pour finir, la soprano. Ensemble ils chantent le thème du jury et décident de voter à bulletin secret. Intermezzo (thèmes de l’accueil, puis de l’anxiété) : pendant que l’organisatrice ramasse les bulletins. Elle fait le décompte tandis que les juges bavardent en un quintette volubile. Le public (les choristes) entre en scène. Un gong des percussions fait taire tout le monde et l’organisatrice annonce les résultats. Chacun semble satisfait et solistes et choristes, dans un joyeux brouhaha, expriment leurs commentaires. Puis l’organisatrice, soulagée, annonce sur un motif allègre déjà entendu dans l’ouverture que les récompenses seront attribuées dans la soirée. Tout le monde sort en se donnant rendez-vous pour la remise des prix ;
Sixième tableau : les récompenses
Une salle somptueuse. Un vaste public – les choristes - bavarde en attendant. L’orchestre interprète une nouvelle fois le thème du plaisir tandis que, sous les applaudissements, entrent les membres du jury puis l’organisatrice accompagnée d’un vieux monsieur très digne et manifestement très connu et respecté. L’organisatrice fait taire tout le monde et, sur l’air du brindisi, présente le vieux monsieur et annonce qu’il va lire le palmarès. L’hôte important s’avance et déclare, l’air content de lui, que tout s’est très bien passé. La jeune jurée reprend l’air des excuses du tableau IV pour exprimer avec humour un avis un peu différent, mais elle termine, en duo avec l’hôte important, par une reprise en majeur du thème de l’anxiété. Le vieux monsieur (basse) déroule un parchemin et lit le palmarès. Après chaque citation le public applaudit. Après un dernier remerciement de l’organisatrice, vivement applaudie, l’orchestre retrouve la marche de la fin du tableau II qui est chantée par tout le monde tandis que le rideau tombe sur le public en liesse.
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