21.9.13

« JAUNES »

Avec la victoire de ‘That’s All Folks’ dans la course à la Dykes Medal, l’année 2013 sera l’année des iris jaunes. C’est le moment de faire un tour parmi les plus belles photos de fleurs, dans tous les tons de jaune. En huit semaines nous pourrons voir les plus beaux jaunes jamais obtenus ; Et pour commencer quelques-uns de Ferdinand Cayeux, qui a eu de belles réussites à un moment où le jaune était une couleur rare et délicate à obtenir. 

Première semaine : Ferdinand Cayeux 


 ‘Alice Harding’ (F. Cayeux, 1933) 'Iceberg' X 'Évolution'


‘Casque d’or’ (F. Cayeux, 1957) 'Golden Russet' X 'Jean Cayeux’

‘Délicatesse’ (F. Cayeux, 1957) 'Ormohr' x 'Bellerive'

‘Phébus’ (F. Cayeux, 1930) pedigree non communiqué

GLACIATA

L’obtenteur canadien et théoricien de l’iris Chuck Chapman a soutenu l'idée selon laquelle il existerait plusieurs degrés d’inhibition des pigments anthocyaniques dans une fleur d’iris. Il en a été question ici en janvier 2006. Il attribue ces dégradations successives à l’intervention plus ou moins efficace d’un gène inhibiteur. Il voit ce gène à la puissance 4 chez les glaciatas, à la puissance 3 chez les luminatas, à la puissance 2 chez les ‘zonals’ ou ‘zonatas’, à la puissance 1 chez lez iris bleus à barbes blanches et à la puissance 0 chez les iris entièrement ‘gouachés’ d’anthocyanine. Cette théorie a pour elle d’être séduisante par son côté systématique, satisfaisant pour un esprit ordonné. Elle est aussi vraisemblable mais elle n’est pas scientifiquement démontrée.

Il est revenu il y a quelques semaines sur le sujet dans une conversation sur Facebook à propos d’une variété obtenue par Donald Spoon en 2008, ‘Momma’s Angel’. Cet iris est décrit comme suit : « Sdlg. 2000-202 glaciata. TB, 36" (91 cm), EM. Unicolore blanc pur ; barbes blanches pointée de jaune, plus foncé dans la gorge ; ondulé, frisé ; léger parfum doux. Mind Reader X Clarence. » 

Cet iris est un glaciata parfait : pas trace d’anthocyanine. Chapman commente ce cas : « L’anthocyanine est absente parce que cet iris a quatre fois le gène glaciata. Il s’agit d’un gène récessif qui fait partie des gènes plicatas. Le gène glaciata est donc récessif. »

 Dans ce cas la base blanche apparaît dans toute sa pureté. Mais cette base pourrait aussi être colorée par des pigments caroténoïdes qui ne sont pas concernés par le gène glaciata. La fleur serait alors plus ou moins colorée en rose ou mandarine, comme c’est le cas avec ‘Answered Prayers’ (Keppel, 1995) ou son petit-fils ‘Snow Lion’ (Marky Smith, 2005) dont les pétales sont crème, s’éclaircissant peu à peu ; les sépales, crème également, se teintent au contraire de jaune en allant vers le bord et d’abricot sur les épaules, quand aux barbes elles sont crème pointé de mandarine, plus sombre dans la gorge. Son pedigree s’écrit : (Flights of Fancy X (Fancy Woman x Answered Prayers).

C’est Keppel lui-même qui a donné le nom de « glaciata » à ce modèle de fleur. Il en a été longtemps le principal promoteur et en a décrit le principe.

Ainsi les iris plicatas et glaciatas relèvent-ils l’un et l’autre d’une même série de gènes. La thèse de Keith Keppel en la matière rejoint d’une certaine manière celle de Chuck Chapman. Pour lui, le modèle plicata résulte de l’application plus ou moins intense d’une couche de pigments anthocyaniques par-dessus un fond blanc ou teinté de pigments caroténoïdes, et le modèle glaciata serait en quelque sorte un anti-plicata, tandis que pour Chapman le modèle glaciata résulte de l’intervention complète des gènes plicatas. Où la situation se complique, c’est quand les deux phénomènes se chevauchent !

Car cela peut arriver. On est alors en présence de plicatas-glaciatas ou de glaciatas-plicatas selon que l’un ou l’autre des phénomènes prend plus ou moins le dessus. Mais la part de chacun est bien difficile à définir et le problème dépasse les capacités d’analyse du simple amateur d’iris. Il est alors préférable de se fier à l’avis des spécialistes qui seront seuls en mesure de faire la part des choses. L’amateur, lui, se contentera d’introduire dans sa collection les variétés qui lui plairont sans tenir compte des subtilités de la génétique.

 Illustrations : 


· ‘Momma’s Angel’ 



· ‘Answered Prayers’ 


· ‘Snow Lion’ 



· ‘Flights of Fancy’

VACANCES

PAS D'IRISENLIGNE LA SEMAINE PROCHAINE.
 Pour cause de vacances en Allemagne, avec en prime la visite du jardin de la Wilhelmshöhe à Kassel, classé au patrimoine mondial de l'humanité...

13.9.13

‘AZ AP’, UN VALEUREUX INTERMÉDIAIRE

C’est Terry Johnson, un amateur d’iris néo-zélandais, qui publie un blog plein d’informations intéressantes sur des variétés commercialisées ou obtenues dans son pays, accompagnées de photos remarquables pour leur finesse, qui m’a donné l’idée de parler de cet ‘Az Ap’ (Ensminger, 1979).

 Le nom de ‘Az Ap’ peut intriguer. C’est en fait l’abréviation de ‘Azure Apogee’, le nom d’un grand iris signé de Jack Durrance en 1967, qui a été distingué par la President’s Cup la même année. Il est décrit comme « unicolore bleu clair, épaisse barbe bleue ». Ce qui est, effectivement, la description que l’on peut donner de ‘Az Ap’, sa version abrégée.

Voici ce que Terry Johnson écrit à propos de cette variété :
« On ne voit pas beaucoup d’iris intermédiaires sur le web. Ils fleurissent entre les SDB et les TB, et ont une valeur considérable en assurant la continuité de la saison des iris barbus. ‘Az Ap’ est un des iris primés obtenus par Allan Ensminger. Les fleurs présentent parfois des taches façon « broken color » qui peuvent provenir de l’héritage de ‘Jungle Shadows’. C’est une plante vigoureuse qui a une longue période de floraison. Quelque chose qui fait du bien dans n’importe quel jardin. » 

Son pedigree est un peu long et abscons, aussi est-il préférable de le résumer en disant que c’est un produit de ‘Charmed Circle’ croisé avec le fruit de plusieurs descendants nains de ‘Jungle Shadows’. Quelques mots de ces deux ancêtres :

‘Jungle Shadows’ (Sass, 1959). Un iris de bordure d’un étrange coloris, mélange de gris, de brun et de violet pourpré, orné d’une barbe brune. C’est un peu le coloris de ‘Burnt Toffee’ (Schreiner, 1977).

‘Charmed Circle’ (Keppel, 1968). Une des variétés fétiches de Keith Keppel à ses débuts. Un plicata bleu très classique, mais qui a eu une descendance exceptionnelle, aussi bien dans les plicatas traditionnels comme ‘Emphasis’ (Keppel, 1976) ou ‘Gentle Rain’ (Keppel, 1976) que plus originaux comme ‘Snowbrook’ (Keppel, 1986), ou dans les premiers maculosas (ou BC) comme ‘Purple Streaker’ (Ensminger, 1979), ‘Pandora’s Purple’ (Ensminger, 1980) ou ‘Painted Plic’ (Ensminger, 1982).

 ‘Az Ap’ est décrit comme « bleu de cobalt à barbe bleu gentiane ». C’est cette grosse barbe qui lui donne son cachet. Mais il se distingue aussi par une forme ronde et harmonieuse et une floribondité réjouissante. Il a fait un parcours sans faute sur le chemin des honneurs, avec HM en 1982, AM en 1984 et Sass Medal (la plus haute récompense pour un IB) en 1987.

Les IB de cette époque sont en principe stériles. Il ne faut donc pas s’étonner de ce que ‘Az Ap’ n’ait qu’un descendant enregistré, et peut-être devons-nous être sceptiques sur la véracité de cette paternité. Mais cet inconvénient ne doit pas nous faire hésiter sur l’intérêt qu’il présente au jardin, avec les grosses touffes qu’il développe rapidement et ses fleurs charmantes d’un joli bleu tendre.

 Illustrations : 

· ‘Az Ap’ ; 

· ‘Charmed Circle’ ;

· ‘Jungle Shadows’ ;

· ‘Azure Apogee’.

JOHN C. WISTER MEMORIAL MEDAL - Les meilleurs grands

Lors de la dernière réforme majeure du système des récompenses américaines, en 1993, une médaille spécifique a été créée pour honorer la meilleure variété de l’année dans chaque classe d’iris. En ce qui concerne les iris à barbes, du plus petit au plus grand, ces médailles s’appellent :
· the Caparne-Welch Medal, pour les tout petits MDB ;
· the Cook-Douglas Medal, pour les SDB ;
· the Williamson-White Medal, pour les iris de table (ou MTB) ;
· the Hans and Jacob Sass Medal, pour les iris intermédiaires (IB) ;
· The Knowlton Medal, pour les iris de bordure (BB) ;
· The John C. Wister Medal, pour les grands iris (TB).

De 1993 à 1998 une seule variété a reçu chaque année la médaille de sa classe. Mais depuis 1998 il a été décidé d’attribuer trois Wister Medal chaque année. Pourquoi ? Parce que les votes pour de grands iris représentent à peu près 50% du total et que les autres classes, qui sont presque à égalité entre elles, n’obtiennent qu’environ 1/5 des votes. Il est donc apparu comme juste de multiplier les récompenses destinées aux grands barbus.

Voici la liste des récipiendaires depuis 1993 :
1993 = ‘Silverado’ *
1994 = ‘Honky Tonk Blues’ *
1995 = ‘Before the Storm’ *
1996 = ‘Thornbird’ *
1997 = ‘Acoma’
1998 = ‘Hello Darkness’ *, ‘Conjuration’ *, ‘Yakina Blue’ *
1999 = ‘Stairway to Heaven’ *, ‘Boogie-Woogie’, ‘Rhonda Fleming’
2000 = ‘Mesmerizer’ *, ‘Celebration Song’ *, ‘Clarence’
2001 = ‘Fancy Woman’, ‘Pond Lily’, ‘Spirit World’
2002 = ‘Local Color’, ‘Jurassic Park’, ‘Gypsy Romance’
2003 = ‘Crowned Heads’ *, ‘Diabolique’, ‘Tom Johnson’
2004 = ‘Splashacata’ *, ‘World Premier’, ‘Poem of Ecstasy’
2005 = ‘Sea Power’ *, ‘Fogbound’, ‘Uncle Charlie’
2006 = ‘Queen’s Circle’ *, ‘Golden Panther’ *, ‘Happenstance’
2007 = ‘Starring’, ‘Ring Around Rosie’, ‘Daughter of Stars’
2008 = ‘Millenium Falcon’, Hollywood Nights’, ‘Heartstring Strummer’
2009 = ‘Drama Queen’ *, ‘Paul Black’ *, ‘Slovak Prince’ ¤, ‘Italian Ice’ ¤
2010 = ‘Decadence’, ‘Wintry Sky’, Craklin’ Caldera’
2011 = ‘Florentine Silk’ *, ‘That’s All Folks’ *, ‘Tour de France’
2012 = ‘Gypsy Lord’, ‘Kathy Chilton’, ‘Chief John Jolly’
2013 = ‘Absolute Treasure’, ‘Elizabethan Age’, ‘Ink Patterns’.

* = variété ayant obtenu la DM. 
¤ = ex-aequo 

Ce palmarès met en évidence le fait que la Wister Medal est une sorte d’anti-chambre de la Dykes Medal, même si le fait d’être trois à l’avoir obtenue rend maintenant la compétition moins courue d’avance, de même que l’émergence d’autres classes que celle des TB. Notons aussi que c’est la plus haute récompense qui puisse distinguer une variété non obtenue aux Etats-Unis. Deux variétés ont joui de cette disposition : ‘Slovak Prince’ (Anton Mego, Slovaquie, 2002), en 2009 et ‘Decadence’ (Barry Blyth, Australie, 2004) l’année suivante.

 Le nom de Wister Medal fait référence à John C. Wister (1887/1982) celui qui a organisé la réunion d’où devait sortir la création de l’American Iris Society, et qui en devint le premier Président, fonction qu’il exerça pendant 14 ans. C’était un homme admiré pour son extrême rigueur morale et son indéniable ascendant. C’est à son action et à sa volonté que le monde des iris doit son organisation à la fois souple et rigoureuse, qui a servi d’exemple à de nombreuses autres sociétés horticoles. Une chronique entière lui sera consacrée dans les semaines à venir.

Illustrations : 


· Wister Memorial Medal ; 


· ‘Silverado’, premier récipiendaire. 


· ‘Slovak Prince’, première variété non américaine à obtenir la WM.

7.9.13

L’ÉCHELLE DE JACOB

‘MYSTIQUE’ 

 L’apparition de ‘Mystique’, en 1975, chez Joseph Ghio, a été un des événements majeurs de la fin du XXeme siècle dans le monde des iris. Ce qui a suscité l’admiration des amateurs, c’est la couleur de cette fleur. Jamais encore un bleu comme celui-là n’était apparu. Le bleu pervenche des pétales était déjà fort séduisant, mais le bleu indigo des sépales était bien une révolution. Les descripteurs n’avaient pas de mots assez admiratifs pour dire tout le bien qu’ils pensaient ! Pas étonnant, dans ces conditions que la Médaille de Dykes soit arrivée très vite : tout juste cinq ans après la mise sur le marché (et par conséquent l’entrée en compétition) cela y était !

Techniquement, ‘Mystique’ est un neglecta. C’est à dire un iris en deux tons, clair aux pétales, plus foncé aux sépales. En ce sens il est très classique. Classique, il l’est aussi dans sa forme : d’amples ondulations, mais pas de dentelle au bords des pièces florales, et les fleurs elles-même sont larges et bien proportionnées.

 Dans son pedigree on trouve à peu près tout ce qui s’est fait de bien dans le modèle neglecta et dans le coloris bleu. Cela s’écrit comme cela : ((((Frosted Starlight x (Spanish Peaks x Black Satin)) x ((Cahokia x Pierre Menard) x (Black Forest x Chivalry))) x Penthouse) x (Mahalo x Diplomacy)) X Veneration. C’est un peu compliqué (comme souvent chez J. Ghio), certes, mais en dressant un arbre généalogique, on comprend mieux.

 ‘Frosted Starlight’ (Ghio, 1961) apparaît trois fois dans la branche maternelle. C’est un bel iris blanc glacier issu d’un mariage classique blanc X bleu : (New Snow X Chivalry). ‘New Snow vient en droite ligne de ‘Snow Flurry’ ; ‘Chivalry’ est le rejeton d’un croisement de rêve : (Missouri X Great Lakes). Deux DM qui ont engendré une DM !

On retrouve ‘Cahokia’ à plusieurs reprises derrière ‘Whole Cloth’ (Cook, 1957), le père fondateur du modèle amoena qui, lui-aussi a obtenu la DM. Tout comme un autre de ces ancêtres, ‘Blue Rhythm’.

‘Rococo’ (Schreiner, 1959) a été croisé avec ‘Whole Cloth’, deux générations avant ‘Mystique’. Ce fut, en matière de plicata, la première grande réussite de la maison Schreiner.

 Avec ‘Diplomacy’ (Keppel, 1965) on est très proche, en matière de coloris, du héros du jour, ‘Mystique’. Il reste à affiner le modelé de la fleur…

‘Melodrama’ (Cook, 1956). On ne revient plus sur cette variété qui fut le point de départ des bicolores modernes. Elle se trouve dans le pedigree de ‘Mystique’ et contribue à sa réussite.

‘Stepping Out’ (Schreiner, 1964) tient une bonne place dans le pedigree de ‘Mystique’. Après ‘Rococo’ c’en est le second volet plicata. Cependant les traits du modèle n’apparaissent pas chez ‘Mystique’ puisque, s’agissant de gènes récessifs, ils n’ont pas eu l’occasion de s’exprimer.

Dès l’époque de ‘Mystique’ Joë Ghio connaissait et pratiquait les subtilités de la génétique. Il a habilement réuni des éléments de qualité allant tous vers le but qu’il s’était fixé : un neglecta bleu parfait. Jusqu’à ce jour personne n’a vraiment réussi à surpasser ‘Mystique’ qui reste unique dans un modèle où les iris excellents sont fort nombreux.

TROIS ANCIENS MAÎTRES

Le monde des iris ne s’est pas fait en un jour. Tel que nous le connaissons, il a derrière lui cent vingt ans de développement. Cette extension n’a été possible qu’à des qualités qu’on rencontre encore aujourd’hui mais qui caractérisait déjà, dès le début, ceux qui y ont cru et qui ont mis tout leur génie et tout leur cœur à le faire évoluer. Les trois personnages dont il va être question maintenant font partie de ces pionniers dont les amateurs des années 2000 doivent connaître l’existence et l’œuvre.

Clarence P. Connell 

Dans les années 1930/1940 l’une des métropoles du monde des iris était Nashville, capitale de l’Etat de Tennessee. Il y eut dans cette ville et ses environs jusqu’à dix obtenteurs patentés. Cet engouement pour les iris était essentiellement le fait de l’action de deux pionniers : James Kirkland et Clarence Connell. Le premier, dont il va être question plus loin, était Président de l’Université Vanderbilt, le second superintendant de l’Hôpital Universitaire Vanderbilt ! L’un et l’autre se connaissaient évidemment et étaient même amis. Ce sont eux qui ont communiqué la passion des iris à de nombreuses personnes de leur entourage.

L’un et l’autre ont aussi décroché une Médaille de Dykes, et c’est Connell qui a commencé avec ‘Dauntless’ qui a été récompensé en 1929. Il pratiquait l’hybridation depuis l’âge de 14 ans, quand il avait vu faire sa grand’mère et qu’il s’était amusé à faire comme elle jusqu’au moment où il s’est réellement passionné pour ce hobby.

‘Dauntless’ est ce qu’on appelle un iris « rouge » (pétales rouge magenta, sépales rouge acajou) ; il a fait la réputation de son obtenteur. Celui-ci décrit ainsi son cheminement vers cette fleur remarquable pour son époque : « L’examen au microscope des pétales et sépales d’une fleur de ‘Cardinal’ (Bliss, 1919) m’a démontré qu’il pouvait produire du jaune. Alors est intervenue la recherche d’une partenaire fiable. ‘Rose Madder’ (Sturtevant, 1920) a été choisi parce qu’il n’a pas de bleu et qu’il a des lignes jaunes sur les sépales. Ce fut un heureux croisement qui a produit ‘Dauntless’ dès la première génération. » Mais ce n’était cependant pas le jaune qu’il espérait ! Il a donc poursuivi son travail croisant et recroisant ces obtentions et celles de son ami Kirkland, pratiquant ce qu’il appelait l’hybridation sélective.

 Il a obtenu et mis sur le marché un grand nombre de variétés valeureuses mais qui n’ont pourtant pas recueilli le succès de son ‘Dauntless’. Citons entre autre ‘Aubade’ (1927), ‘Nepenthe’ (1931), ‘Hypnos’ (1931), ‘Parthenon’ (1934) et celle qu’il considérait comme son meilleur iris : ‘Blithesome’ (1930), blanc poudré de jaune.

Wylie McLean Ayres 

 Il était oculiste à Cincinnati dans l’Etat d’Ohio. Lui aussi est venu à l’iridophilie en commençant ce qui allait devenir un second métier par la création d’une petite collection d’iris. Le début de cette passion se situe en 1914 mais le véritable travail d’hybridation n’a commencé que vers 1920. Ses études de médecine l’avaient amené à s’intéresser à l’hérédité et la génétique et il a mis ces connaissances dans son travail d’hybrideur. Il avait aussi compris qu’une particulière sévérité devait intervenir au moment de décider de conserver une nouvelle variété. Il estimait que seulement un semis sur mille pouvait être suffisamment beau et différent pour mériter d’être conservé. Il avait une vision lucide de l’avenir des iris : « Je pense que nous avons tout juste commencé de gratter la surface et que les progrès concernant cette reine des jardins fleuris ne font que commencer (…) Je veux croire que quelqu’un sera assez heureux, soit par chance soit par avancée scientifique pour obtenir, dans un futur proche, un iris vraiment écarlate, un vraiment joli rose crevette, des roses sans aucune trace de bleu ou de lavande, un jaune parfait – ni trop pâle ni trop saturé, un bleu vraiment bleu, des mélanges de toutes sortes. Personnellement je voudrais aller vers un vrai rose crevette, rose flamant ou rose saumon, comme on en voit chez les meilleures azalées. »

Il savait que l’endogamie est la meilleure voie pour accroître les qualités, et particulièrement la couleur. C’est pourquoi il rassembla dans ses croisements tous les « rouges » alors disponibles. Croisant et re-croisant entre eux ses semis il réussit à obtenir ce qui pouvait se faire de mieux dans ce coloris à son époque. Les meilleurs sont peut-être ‘Burning Bronze’ (1934), bitone bronze et grenat, et ‘Byzantium’ (1934), qui retrouve le coloris de ‘Jean Cayeux’. Mais son cultivar le plus recherché a été ‘Indian Chief’ (1929), sans doute parce que son coloris bitone acajou était en avance sur son temps. Cependant la variété qui lui a apporté la gloire se nomme ‘Coralie’ (1931) qui a obtenu la DM en 1933.

Le docteur Ayres fait tout à fait partie des grands maîtres des années 1930 en Amérique.

James Hampton Kirkland (1859/1939) 

Ce fils de propriétaire terrien de Caroline du Sud devait mener de front plusieurs activités foncièrement différentes mais auxquelles il a consacré autant d’énergie et d’intelligence. Après de brillantes études dans son Etat natal, il a poursuivi sa formation en Allemagne, à l’Université de Leipzig. Il revint au pays avec de prestigieux diplômes et est devenu professeur de grec et de latin, avant de prendre la fonction de Président de l’Université Vanderbilt à Nashville (Tennessee). Il conserva ce poste pendant quarante-quatre ans, mais en même temps se passionnait pour la pédagogie et l’organisation de l’enseignement. Croyant sincère, il consacrait une partie de son temps à la promotion de l’éducation parmi les Noirs. Mais ce ne sont pas ces éminentes activités qui amènent à le faire connaître ici, mais plutôt son intérêt personnel pour le jardinage et l’horticulture, et tout particulièrement celle des iris.

Cet homme éclectique a décrit son hobby en ces termes : « j’ai commencé à m’intéresser à la culture des iris, à peu près au moment où s’est créée l’AIS, en 1920. J’ai rejoint cette association dès le début (…). J’ai commencé mes expériences de pollinisation à titre de curiosité. Le résultat de ces essais n’a fait qu’accroître mon intérêt d’année en année. A présent tout mon jardin est consacré à ce travail et, en 1934, j’ai environ 4000 semis qui vont fleurir. » Parmi ceux-ci il y avait ‘Copper Lustre’ (1934), un bitone brun, qui devait obtenir la Médaille de Dykes en 1938. Cette variété avait été précédée de ‘Desert Gold’ (1929), jaune clair, et de ‘Black Wings’ (1930), considéré à l’époque comme le plus sombre des iris. Elle sera suivie de quelques autres comme ‘Junaluska’ (1942), autre bitone, en pourpre, cette fois.

Autant de réussite ne pouvait que combler un homme exceptionnel dont les iridophiles doivent être fiers de suivre le chemin.

 Sources : 
Cette chronique doit essentiellement à l’article de Howard E. Weed publié dans le n° de juillet 1934 du magazine « The Flower Grower », reproduit en fac-simile dans le n° 26/1 (printemps 2013) de la Revue « Roots » de la H.I.P.S.. 

 Illustrations : 

· ‘Parthenon’ 


· ‘Byzanthium’ 


· ‘Black Wings’ 


· ‘Junaluska’

30.8.13

« ROUGE »

ROGUE 


(Joseph Ghio, R. 1994) Sdlg. 88-60-O. TB, 38" (97 cm), ML Unicolore rouge brique, épaules plus sombres ; barbes brique-mandarine. Caracas X 85-209-V2: ((((Cream Taffeta x (Ponderosa x New Moon)) x 76-37F: (Ballet in Orange x 73-122Z)) x (Blaze of Fire x 76-37F)) x ((((Flareup x 73-122Z: (Hi Top x ((Ponderosa x Travel On) x Peace Offering))) x 76-37F) x (Preface sib x (Old Flame x Pink Angel))) x (((Malaysia x Carolina Honey) x 73-122Z) x Toastmaster))).

Pour terminer ce long voyage au pays des iris rouges, revenons au travail de Joë Ghio, avec une variété dans les tons clairs mais nettement rouge cependant. Le pedigree est typique de cette « merveilleuse salade » propre à ce grand maître de l’hybridation.

TRICOLORES INVERSÉS

Dans une chronique de 2008, faisant suite elle-même à une autre de 2003, il était question de la descendance de ‘Fogbound’ (Keppel, 1997). L’article de 2008 se terminait ainsi : « La famille de ‘Fogbound’ n’en est encore qu’à ses débuts. Mais dès maintenant on peut affirmer qu’elle sera une des plus importantes de toutes celles que l’on connaît. ‘Fogbound’ fait partie des plantes à placer au Panthéon des iris, et si un jour on voulait dresser la liste des variétés indispensables et inoubliables, il y aurait toute sa place. » Tout cela s’est largement confirmé au cours des années écoulées. La famille Fogbound est devenue immense. Rien qu’au premier rang, on comptait en 2011 la bagatelle de 105 descendants enregistrés ! Cette famille comporte des variétés de toutes les couleurs et associations de couleurs. Parmi celles-ci une mention spéciale doit être faite de l’association bleu, blanc, rouge, qui a fait les beaux jours de la maison Cayeux en France et de Keith Keppel aux Etats-Unis.

Cependant, avec ‘Fogbound’, il fallait s’attendre à une présentation différente des couleurs. On peut donc parler d’iris tricolores inversés.

 Le plus typique représentant actuel de ce modèle est sans doute ‘Shake It Up’ (P. Black, 2011). La description originale de cette variété est la suivante :« S. ice blue-white flushed dark blue-violet at base to light blue-violet 1/2 of way out; style arms icy blue-white, violet stigmatic lip; F. white, green texture veined, few plum veins in throat; beards bright orange-red; pronounced musky fragrance. »   Autrement dit : Pétales bleu glacier imprégné de bleu-violet foncé à la base devenant plus clair à mi-distance du bord ; bras des styles bleu glacier, lèvres stigmatiques violet ; sépales blancs, veinés de vert, quelques veines prune dans la gorge ; barbes d’un brillant rouge orangé ; parfum musqué prononcé. » On est bien parvenu à l’association bleu, blanc, rouge recherchée.

Le pedigree de ce bel iris s’écrit ainsi : (Cool Confidence X Friendly Fire). C’est amusant et instructif de voir comment le chemin a été parcouru pour passer de ‘Fogbound’ à ‘Shake it up’.

‘Cool Confidence’ (P. Black, 2005) a pour parents un frère de semis de ‘Mountain View’ et ‘Fogbound’ lui-même. ‘Mountain View’ (P. Black, 2002) est un sosie de ‘Fogbound’ issu d’un croisement (Keeping Up Appearances X Taunt) qui associe deux iris roses aux sépales plus clairs (et plus roses) que les pétales. Le « sibling » utilisé pour l’obtention de ‘Cool Confidence’ ne devait pas être profondément différent de son frère (mais qui sait ?). Toujours est-il que ‘Cool Confidence’ est une approche intéressante de l’association recherchée. L’autre parent est donc ‘Friendly Fire’ (Keppel, 2002). De ce côté, il faut, comme on dit, avoir fait des études pour analyser le pedigree ! Qu’on en juge :((Spring Shower x ((Florida Orange x (Flashpoint x (((sib to Punkin pod parent, x Punkin pollen parent) x Orange Empire) x Orangerie))) x Bygone Era)) X Fogbound). Pour bien faire il faudrait ajouter le détail des parents de ‘Punkin’ soit une bonne dizaine de variétés différentes dont certaines apparaissant plusieurs fois, d’un côté comme de l’autre ! Contentons-nous de remarquer qu’il y a là une nette prédominance de variétés de coloris orange. Pourtant les gènes de ‘Fogbound’ semblent avoir pris le dessus puisque le résultat est un iris aux pétales bleus au-dessus de sépales blancs à peine bleutés à l’ouverture, avec une barbe mandarine dont l’approfondissement provient du côté ‘Punkin’. On est là-aussi nettement sur la voie du bleu, blanc, rouge inversé.

De façon très classique, Paul Black, pour obtenir son ‘Shake It Up’ a pratiqué l’endogamie en croisant deux variétés, déjà très réussies, en bleu, blanc, orange, de manière à additionner les caractères de l’une et de l’autre. Le résultat est proche de la perfection. Il ne reste plus qu’à obtenir un peu plus de concentration de la couleur bleue des pétales. Nous verrons ce que cela donnera à la prochaine génération.

Illustrations :

· ‘Shake It Up

· ‘Mountain View’

· ‘Cool Confidence’

· ‘Friendly Fire’

24.8.13

Palmarès américain 2013

Les premiers résultats communiqués n’étaient pas tout à fait exacts. Voici le palmarès officiel :

· Dykes Medal 












 o That’s All Folks (Maryott 2002) 
     · Dividing Line (Bunnell, 2004) MTB 
     · Gypsy Lord (Keppel, 2005) 

 Commentaires : Ce qui caractérise le mieux ce palmarès, c’est l’expression bien connue des sportifs : « retour aux fondamentaux ». La note d’originalité c’est la place avantageuse de ’Dividing Line’ , une gracieuses variété toute simple, qui n’a raté la plus haute marche du podium que de deux points ! ‘Gypsy Lord’ est en embuscade pour une éventuelle DM en 2014. Le couronnement de Bill Maryott consacre un obtenteur qui s’est fait connaître dès 1980 (‘Bengal Tiger’) ; réputation confirmée en 1989 (‘Pure as Gold’), mais qui depuis 2004 s’est tourné exclusivement vers les hémérocalles. 

 · Wister Medal (TB) 











o Absolute Treasure (Tasco, 2005) 
o Elizabethan Age (Baumunk, 2005) 
o Ink Patterns (T. Johnson, 2007) 

Commentaires : Le meilleur grand iris de l’année est, comme l’indique son nom, une pure merveille. Cette fois la note d’originalité provient de ‘Elizabethan Age’, un remarquable luminata. 

· Knowlton Medal (BB) 


 o Bundle of Love (Black, 2007) 

Commentaires : La victoire de ‘Bundle of Love’ est celle de cette nouvelle famille d’iris inventée par Paul Black, avec ses touffes abondantes de fleurs adaptées aux petits jardins. 

· Sass Medal (IB) 

o Rimaround (Aitken, 2007)

· Cook-Douglas Medal (SDB) 

o Wish Upon a Star (Black, 2006) 

Commentaires : Il n’y a pas besoin d’être prophète pour prédire tous les triomphes à cette variété délicieuse. 

· Carpane Welch (MDB) 

o Trimmed Velvet (D. Spoon, 2006) 

· Williamson-White Medal (MTB) 


o Peebee and Jay (Schmieder, 2005) 

· Walther Cup (meilleur espoir) 











 o Judy, Judy, Judy (Hollingworh 2004) (Sib) 
     · Engagement Ring (Ghio, 2010) TB 
     · Soleil (M. Smith, 2010) IB 

Commentaires : Les photos du vainqueur de l’année ne sont pas très nombreuses et je n’en ai pas trouvé de suffisamment réussie. Ce n’est pas la première fois qu’un iris de Sibérie se classe en tête des HM. Mais cette catégorie d’iris, peu représentée, aura du mal à aller plus loin dans la course générale aux honneurs. 

 Au niveau des Awards of Merit, Keith Keppel domine ses concurrents avec cinq variétés classées (auxquelles il faut ajouter une variété signée Blyth). Le duo Black et Johnson se place juste derrière (cinq variétés à eux deux). Le franc-tireur Burseen place trois de ses iris différents ; Terry Aitken enregistre un beau succès avec deux variétés , tandis que la vieille maison Schreiner réapparaît dans ce classement grâce à deux de ses récents iris.

ECHOS DU MONDE DES IRIS

www.promessedefleurs.com 

Je viens de recevoir le catalogue Schryve (Promesse de Fleurs), et je me suis rendu sur le site correspondant. Une nouvelle fois je dois vanter les qualités de cette maison généraliste dont j’apprécie le sérieux. Ne serait-ce que pour son petit choix d’iris. Il n’y en a que 14 sur le catalogue papier, mais 50 sur le site. Ce sont tous sont des plantes de qualité, souvent récentes, issues des meilleurs obtenteurs du moment. Donc pas de ces vieilleries à l’origine douteuse que l’on trouve dans le commun des jardineries.

 Grosso modo les prix sont identiques à ceux des catalogues spécialisés.

Une entreprise qui fat honneur à son métier.

Illustrations :

· TB ‘Striking’ (Joyce Meek, 1991)

· IB ‘Donegal’ (Keith Keppel, 1996)

« ROUGE »

CARDINAL IN FLIGHT

 (W. Schortman, R. 1978) Sdlg. 76-16A. TB, 34" (86 cm), M

 Unicolore ondulé, rouge pourpré (59A) ; barbe brune. Apollo Red X Seeing Red.

Jolie description de cet iris par Ben Hager dans le livre de photos de Josh Westrich « L’Iris » : « Image ressurgie de la mémoire, vision clignotante : point rouge entraperçu dans l’obscurité des grands bois ; puis un flamboiement, tache d’un rouge plus intense, tandis qu’un furtif rayon de soleil perce à travers les feuillages avant de disparaître à nouveau dans la pénombre. Souvenir : il a bien fallu que ce fut un souvenir, puisqu’il n’y a pas de cardinaux dans les bois de Californie, où cette fleur naquit. Qu’il est doux cependant, qu’enfouis dans notre mémoire sommeillent des souvenirs aussi charmants que cet avenant iris au pourpre romain. »

GEORGE SUTTON

La petite ville de Porterville, située tout au centre de la Californie, dans la fameuse vallée de San Joaquin, est connue depuis longtemps pour les pépinières d’iris qui s’y sont développées. Dans les années 1960/70, c’est Jim Gibson, le maître des plicatas, qui l’a rendue célèbre, par la suite George Sutton s’y est installé et y a fait prospérer une des meilleures pépinières d’iris des Etats-Unis, à côté d’une activité soutenue d’hybrideur.
 Après une longue maladie, c’est là qu’il est décédé à la fin de mai 2013, à l’âge de 80 ans. Sa mort est survenue seulement quelques semaines après celle de son épouse Margaret. Pour leur fils, Michael, qui a pris la succession, les épreuves se sont donc accumulées…

Les Sutton s’étaient installés à Porterville en 1988. Ils arrivaient de Ukiah, petit patelin situé bien plus au nord, dans le pays des vignes et des séquoias, où ils avaient commencé la culture des iris, plutôt comme un hobby que comme activité commerciale. Car à l’époque George Sutton, natif du New-Jersey, venu très jeune s’installer en Californie, exerçait la profession d’orthophoniste, après avoir servi dans l’US Air Force pendant la guerre de Corée, et se dévouait comme maître-nageur au club local de natation. George avait acheté en 1970 quelques plantes, et, peu à peu, avait accru sa collection – c’est un processus commun à bien des amateurs d’iris -. Dès 1983 il avait abandonné son travail d’orthophoniste et fait de sa passion son métier. Il s’est rapidement fait connaître dans le monde des iris, et son installation à Porterville était la conséquence de l’extension de ses affaires.

Peu a peu la famille (père, mère et fils) a agrandi son domaine, le portant à environ 100 acres (soit 40 hectares) et y développant une pépinière d’iris dont la renommée s’est vite étendue bien au-delà des frontières américaines. Ceux qui ont passé commande à cette entreprise on pu constater la qualité des produits et la générosité des « bonus ».

George Sutton n’était, cependant, pas seulement un producteur apprécié. De 1988 à sa mort il a enregistré près de 350 variétés nouvelles, ce qui en fait un des obtenteurs les plus prolifiques. Dans cette impressionnante production on trouve une majorité de TB, mais aussi des iris de toutes les autres catégories, et ce sont sans doute les AB qui lui ont apporté le plus de satisfaction.

Une remarque s’impose néanmoins tout de suite quand on examine la liste des obtentions de George Sutton : les récompenses majeures y sont très rares et sans commune mesure avec l’étendue de la production. Un peu comme ce fut le cas pour Richard Ernst, on peut se demander pour quelles raisons les juges américains se sont montrés aussi sévères, d’autant que les variétés cultivées en France semble répondre à tous les critères d’excellence qu’on peut leur opposer. S’agit-il d’une réticence à noter des iris remontants (G. Sutton en était un spécialiste) ? Est-ce pour signaler que ces iris manquent un peu d’originalité ? Toujours est-il que seulement quatre variétés ont atteint le stade des AM : ‘Bugles and Horns’ (1997), blanc pur, ‘Circus Circus’ (1996), plicata bleu, ‘Bye Bye Blues’ (1996), bleu glycine à éperons, vainqueur du concours FRANCIRIS 2005, et ‘Devonshire Cream’ (1999), le plus réussi, en blanc crémeux. Quelques autres variétés auraient mérité un peu plus de considération : ‘Blue Fin’ (1997), ‘Lord of the Night’ (2005), ‘Westpointer’ (2001) ou ‘Wing Commander’ (1998) notamment.

Le monde des iris peut se montrer ingrat. Néanmoins George Sutton conservera sa place parmi les meilleurs obtenteurs de son époque.

Illustrations : 


· ‘Devonshire Cream’ 


· ‘Lord of the Night’ 


· ‘Westpointer’ 


· ‘Wing Gommander’

16.8.13

« ROUGE »

NEW CENTURION

(Schreiner, R. 1993)
 Sdlg. W 861-1. TB, 39" (99 cm), EM
Rouge carmin doux (RHS 46A) ; barbes bronze. Cayenne Pepper X Distant Fire.

Utilisant la même technique – mais avec des parents différents – la grande firme Schreiner est arrivée à un résultat analogue à celui de G. Madoré présenté la semaine dernière.

Un des iris les plus rouges de tous les temps.

ECHOS DU MONDE DES IRIS

FRANCIRIS ® 2015

 La SFIB est en mesure d’annoncer que le concours FRANCIRIS ® 2015 est en route. C’est une excellente nouvelle pour tous les irisariens de France et même d’Europe puisque dans le même temps le concours de Florence reste suspendu. La compétition réunira 113 variétés d’iris, provenant de 31 obtenteurs de 10 nationalités. Il y a en lice neuf obtenteurs français, dont plusieurs tout jeunes hybrideurs, onze Américains, trois Italiens, deux Polonais, un Allemand, un Australien, un Russe, un Slovaque, un Slovène et un Tchèque.

Après le fiasco du concours de 2013, il est encourageant qu’autant d’obtenteurs aient accepté de tenter de nouveau l’expérience française.

Palmarès 2013 

 L’Ais n’est pressée de diffuser le palmarès de 2013. Les seuls résultats connus à l’heure actuelle ne proviennent pas de sources officielles.

· Dykes Medal = ‘That’s all Folks’ (Marryott, 2004)
· Runners up :
‘Gypsy Lord’ (Keppel, 2005)
‘Kathy Chilton’ (Kerr, 2005)
‘Chief John Jolly’ (Parkhill, 2002)

· Wister Medal = ‘Absolute Treasure’ (Tasco, 2006)

C’est tout pour l’instant ! On en reparlera sans doute la semaine prochaine.

IDENTITÉS REMARQUABLES

Ce n’est pas la première fois qu’il est question ici des noms donnés aux iris. Il y a quelques semaines est paru une chronique sur les dédicaces, et cinq autres chroniques publiées entre avril 2002 et avril 2011 évoquent ce problème. Cette fois c’est l’évolution des noms attribués qui va être étudiée.

L’attribution de noms aux variétés d’iris est aussi ancienne que l’hybridation elle-même : il fallait bien identifier toutes ces plantes que les pionniers sélectionnaient et mettaient en vente. Ils leur ont tout d’abord donné des noms calqués sur la nomenclature latine, façon Linné, ce qui a donné les ‘Buriensis’ ou ‘Jacquesiana’ dont certains possesseurs existent encore. Mais très vite cette pratique a du être abandonnée car elle créait une confusion fâcheuse avec les espèces nouvelles que les explorateurs rapportaient des quatre coins du monde. Il a fallu inventer quelque chose d’autre.

Les obtenteurs de la fin du XIXeme siècle on donc donné des noms de fantaisie, courts, en général, parce que la simplicité est naturelle quand on a l’embarras du choix. C’est ainsi qu’on trouve – toujours – ‘Edina’ (Lemon, 1840) ou ‘Perfection’ (Barr, 1880). Très vite est apparue l’idée de la dédicace, destinée à honorer une personne éminente ou, plus simplement, aimée de l’obtenteur. ‘Madame Chéreau’ (Lemon, 1844) est une des premières d’un genre qui sera rapidement en usage partout dans le monde. ‘Madame Louesse’ (Verdier, 1860) est un autre exemple. L’Anglais Foster a été un grand utilisateur de ce genre de nom. On lui doit ‘Mrs. George Darwin’ (1898), ‘Lady Foster’ (1909), ‘Mrs. Alan Gray’ (1909), ‘Miss Wilmott’ (1910)… et plusieurs autres. Cette pratique n’a jamais cessé et si aujourd’hui on a abandonné les formes solennelles, on continue abondamment de dédicacer.

Peu à peu les noms vont perdre leur simplicité d’origine. C’est la conséquence normale de la multiplication des nouvelles variétés. En 1904 on a ‘Oriflamme’ (Vilmorin), en 1905 apparaît ‘Nuée d’Orage’ (Verdier), en 1912 c‘est ‘Demi-Deuil’ (Denis), mais il s’agit d’une pratique qui restera longtemps exceptionnelle car encore au milieu des années 1920 la plupart des noms ne comportent encore qu’un seul mot, si l’on fait abstraction des inénarrables ‘Souvenir de Madame Gaudicheau’ (Millet, 1914) et ‘Souvenir de Laetitia Michaud’ (Millet, 1923). Ce n’est qu’à partir des années 1950 que la pratique des noms composés de deux mots se développe. Il y en a de plus en plus, mais c’est encore suffisant car la langue anglaise, dans laquelle la plupart des noms sont exprimés, réussit à dire beaucoup de choses avec seulement deux mots, ce que permet plus malaisément le français qui a besoin de prépositions. A partir de 1957 les noms de deux mots deviennent majoritaires.

Les noms de trois mots ne font leur apparition qu’au début des années 1970. L’un des premiers grands iris dans ce cas est ‘Words of Love’ (Williamson, 1971). Cette configuration reste cependant exceptionnelle : on n’en trouve qu’un ou deux exemplaires par an. Et la situation n’évolue guère au cours des années 1970 et 1980 où le nom le plus long semble être celui de ‘Schortman’s Garnet Ruffles’ (Schortman, 1981). ‘Honky Tonk Blues’ (Schreiner, 1988) fait encore figure d’exception ! Il est vrai que la combinaison de deux mots offre d’innombrables possibilités, même si on commence à rencontrer dans les Check-Lists des noms en russe, en allemand et en italien. La première année où les noms de trois mots commencent à compter est 1989. leur nombre va croissant mais ne prend pas véritablement d’extension jusqu’au début du XXIeme siècle. 2004 est une année où se montre avec évidence la mondialisation des iris. Ainsi on trouve dans les R & I des noms de trois mots en anglais (ou américain) comme l’étrange ‘Finnigan’s Finagling Factor’ (Stetson, 2004) ; en français : ‘Toile de Jouy’ (Cayeux, 2004); en allemand : ‘Bernhard und Günter’ (Landgraf, 2004) ; en ukrainien : ‘Bal Rozluchenykh Sardats’ (Khorosh, 2004); et même en espagnol : ‘Espontaneo yo Tambien’ (Murati 2004).

Les noms de quatre mots, nouvellement autorisés, apparaissent en 2003, chez Richard Cayeux : ‘Château d’Auvers sur Oise’ ; ils vont vite se multiplier et on en compte déjà sept au moins en 2006 : ‘Among Deep Purple Shades’ (Loktev, 2006), ‘Come Go with Me’ (Lauer, 2006)… Peu à peu ils s’installent et on arrive à constituer de vrai petites phrases comme ‘While Guitar Gently Weeps’ (Loktev, 2009). Les plus ardents utilisateurs de ces formules sont, curieusement, les Américains eux-même (‘Little Bit of Heaven’, Sutton C., 2006), alors que leur langue est déjà très expressive avec seulement deux mots.

L’allongement des noms est certainement inévitable. Cependant la combinaison de deux mots a encore de beaux jours devant elle. A mes yeux elle reste la façon la plus sobre de donner à un iris une identité remarquable.

Illustrations :

· ‘Perfection’

· ‘Finnigan’s Finagling Factor’

· ‘Bal Rozluchenykh Sardats’

· ‘While Guitar Gently Weeps’