9.2.19

JARDIN DE FEMMES

Il y a très longtemps (25 ans!) je m'étais amusé à créer un jardin (virtuel) constitué de variétés dédiées à des femmes. J'ai retrouvé l'article que j'avais rédigé à ce sujet pour la Revue « Iris & Bulbeuses ». Nous allons voir si aujourd'hui le choix a vieilli, et dans quelle mesure il serait utile de le rajeunir pour que ce « Jardin de Femmes » soit toujours aussi attrayant.

« … Rien qu'avec les catalogues 1992 des producteurs francophones, on peut réunir une belle galerie des portraits féminins, et admirer au printemps 1993 un merveilleux jardin d'iris.

En blanc éclatant nous trouvons 'Michele Taylor'. Dans les jaunes ces dames sont nombreuses. Ainsi 'Debby Rairdon' ou 'Joyce Terry', avec leur plastron blanc ; l'acide 'Helen Boehm' et 'Jeanne Price', qui donne dans le même registre. La princesse 'Grace-Patricia' en deux tons somptueux, et 'Miss Linda', fraîche et frisée.

L'orange va bien à la mystérieuse 'Carmen X' comme à la hongroise 'Piroska', et l'abricot habille 'Jean Guymer' ou 'Marie-Flore', tandis que 'Lisa Ann', blanc et pêche, s'anime d'un boa rouge vif autour du cou. Quant à 'Pauline Cooley', c'est, aux dires de ses amis, une grande dame qui s'est vêtue de caramel et d'ambre, avec un col bien rouge.

Le brun n'est guère une couleur de femme, si l'on en croit les amateurs d'iris. Il ne va qu'à 'Miss Dorine', et encore avec une blouse blanche sous un ensemble bordeaux.

C'est dans les roses que ces dames excellent. Depuis 'La Belle Aude' jusqu'à 'Elisabeth Stuart', en passant par les vedettes comme 'Beverly Sills', 'Erleen Richeson', 'Elsie May Nicholson' et la luxueuse 'Anna Belle Babson', sans oublier 'Liz', agrémentée de mandarine, ou 'Prissy Miss' rayée de lilas.

Et puis il y a celles qui ont choisi un corsage rose et une jupe dans un ton différent, comme 'Colette Thurillet', toute en frou-frou, 'Karen' ou 'Berry Sherbert' qui marient le rose et le mauve.

'Inga Ivey', elle, tire sur le pourpre ou le rose orchidée. 'Laurie', de son côté, a choisi un mauve rosé chaleureux. 'Mary Frances' est si belle en mauve doux, tout comme 'Annabel Jane', en lilas deux tons : une anglaise qui a de la branche !

Le violet va bien à 'Virginia Squire' et le noir est tout naturel chez 'Swazi Princess'.

C'est le bleu pâle qu'ont choisi 'Barbara Dawn' ou 'Jane Philips' et le bleu vif 'Jean Hoffmeister'.

Restent celles qui n'hésitent pas à faire chanter les association violentes ou pastellisées : ce dernier cas est celui de 'Betty Simon', en primevère et pervenche. Mais 'Edith Wolford', 'Gladys Austin' et 'Tracy Tirene' ont préféré le vif du jaune et du violet avec ici et là un galon mordoré ou un pompon blanc-bleuté. Quant à l'impertinente 'Saucie Sue', elle arbore la soies jaune vif et le velours bordeaux.

'Béatrice Cherbuy' et 'Rebecca Perret', chacune à sa manière, ont choisi le blanc, le bleu et un peu de rouge.'Emma Louisa' a mis un corsage bleu sur sa jupe prune, et 'Margarita' s'est contentée d'une tenue d'écolière : chemisier blanc et jupe bleue.

Simples ou raffinées ces dames se retrouvent au jardin, toutes plus attirantes les unes que les autres... et elles ne demandent qu'à venir chez vous ! »

Vingt-cinq ans après, lesquelles de ces variétés se rencontrent encore dans nos jardins ?

Si l'on en croit les catalogues des producteurs français, un grand nombre de ces anciennes plantes sont encore en vente, principalement chez les quasi-professionnels dont les offres retiennent souvent des iris devenus historiques (au sens américain du terme, c'est à dire qui ont plus de 30 ans d'existence). En parcourant leurs sites j'ai été surpris d'y trouver des variétés que je croyais oubliées depuis longtemps. J'ai vu quelque part 'Helen Boehm' et 'Jean Guymer', 'Elsie May Nicholson', 'Laurie', 'Swazi Princess',sans oublier les vedettes inoxydables que sont 'Beverly Sills', 'Anna Belle Babson', 'Mary Frances', 'Betty Simon', 'Edith Wolford', 'Gladys Austin' et 'Tracy Tyrene'.

Les autres semblent avoir disparu des catalogues et doivent se faire très rares dans les jardins. Elles n'étaient pas très répandues, ce qui est une bonne raison pour avoir tendance à disparaître. C'est spécialement le cas des petites suisses cultivées au château de Vullierens par Mme Martignier ('Grace-Patricia' , 'Miss Dorine' et 'Miss Linda'), et qui n'ont que rarement franchi les frontières de leur pays.

Mais par qui ces dames d'un certain temps jadis ont-elles été remplacées ? Y a-t-il de jeunes personnes pour constituer un jardin d'iris ? Eh bien je puis vous dire que cela ne manque pas ! Avec l'inflation actuelle du nombre des enregistrements et la multiplication des sites marchands d'iris en France, c'est presque une centaine de variétés portant le nom de dédicataires que l'on trouve dans notre pays. Des variétés déjà anciennes et d'autres toute récentes, parmi lesquelles, pour faire plus original, je ne retiendrai que des variétés européennes.

Commençons une nouvelle fois par le blanc : Pourquoi pas avec un peu de vert, comme chez 'Ma Véronique' (Cayeux, 2014) ? Mais aussi avec 'Mathilde G' (Jacob, 2014), orné d'une barbe orange. Continuons par le jaune : avec 'Simone François' (2000) qui date un peu, et 'Dominique C' (Cayeux, 2011) qui arbore la tenue de 'Joyce Terry'. Pour illustrer le coloris orange, il n'y a pas un grand choix. On peut prendre 'Nicole Prud'homme' (François, 2001), dans les tons de pêche, mais surtout 'Nadezhda' obtenu en Russie par Olga Riabykh en 2007, lui aussi du modèle 'Joyce Terry', mais en pêche.

Le coloris brun, ou mordoré, sera absent de cette nouvelle sélection, c'est un peu dommage, mais on se rattrapera par ailleurs ! Avec quelque chose de nouveau, ce qu'on désigne par le mot « distallata ». Ce sera la place de la toute jeune 'Flavie D.' (Jacob, 2017), ou de 'Czardas Princess', (Mego, 2014), originaire de Slovaquie.

Dans les roses, on est un peu à court car il n'y a pas dans les critères recherchés d'iris franchement rose. Contentons-nous de 'Miss Pessemier-Deboudt' (Laporte, 2006) en rose orchidée un peu fumé, ou peut-être de 'Douce Léonie' (Chapelle, 2016), mais qui n'est pas tout à fait ça !

Pour les bicolores aux tons pastels, retenons 'Joy de Rohan-Chabot' (Cayeux, 2011) dans laquelle on reconnaît la grande classe de son obtenteur. Qualité qu'on constate aussi chez 'Hélène C' (Cayeux, 1995), en rose vif, et chez 'Mamy Framboise' (Fur/Laporte, 2004), très appréciée au concours FRANCIRIS de 2007).

Pour le coloris violet, on prendra sans hésiter le violet pourpré de 'Belle Hortense' (Cayeux, 2009) ainsi que l'indigo sombre de 'Mélanie Bricard' (Laporte, 2006) ou l'indigo pourpré de 'Madame Pilou' (Balland, 2013). Et n'oublions pas le grenat, qu'on appelle aussi brun-rouge, et qui va avoir pour ambassadrice l'Italienne 'Bianca Micheletta' (Bianco, 2004). Par ailleurs, en bleu ciel, il faut choisir 'Princesse Caroline de Monaco' (Cayeux, 1997) qui n'a qu'un seul défaut, la longueur de son nom !

Parmi les variegatas, dont on apprécie la chaleur et le contraste, on ira chercher 'Miss C. Morel' (Laporte, 2007), très classique, mais aussi 'Duchesse Anne' (Jacob, 2014) beaucoup plus audacieux car alliant les modèles luminata et variegata. On peut aussi faire appel à 'Marie-José Nat' (Cayeux, 2000) qui réunit classicisme et originalité. Et pendant qu'on est dans les coloris modernes et flashant, allons-y pour 'Nelly Tardivier' (Cayeux, 2012) et 'Agnès Brosset' (Chapelle, 2018), qui pourrait être son sosie. Ces deux variétés proviennent pourtant d'origines bien différentes !

Pour terminer ce tour d'horizon, faisons un passage par le modèle amoena : 'Alice Khayati' (Chapelle, 2017) affiche sa parenté avec 'Décadence' et 'Louisa's Song', tandis que 'Astrid Cayeux' (Cayeux, 1995) joue avec les tons pastels, tout comme 'Noémie D'. (Jacob, 2014), alors que 'Hortense C.' (Cayeux, 1995) choisit des tons plus contrastés, de même que 'Princesse Laura' (Cancade, 2014).

Enfin terminons avec les plicatas, qui ne sont pas les mieux représentés puisque ne se distinguent que 'Sixtine C.' (Cayeux, 1995) - mais est-ce vraiment un plicata – ou 'Reine de Cuers' (Dejoux, 2008) pour qui il n'y a pas de doutes.

Voilà, notre jardin de dames est reconstitué. Il est aussi riche que le précédent, et, comme les iris se renouvellent sans cesse, dans quelques années on pourra certainement le rafraîchir de nouveau avec des fleurs toujours aussi belles.

Illustrations : 


'Ma Véronique' (Cayeux, 2014)

' Mélanie Bricard' (Laporte, 2006) 


'Madame Pilou' (Balland, 2013) 


'Duchesse Anne' (Jacob, 2014) 


'Agnès Brosset' (Chapelle, 2018) 


'Princesse Laura' (Cancade, 2014).

1.2.19

LA PUISSANCE ET LA GLOIRE (la suite)

La période dorée de l'activité d'hybrideur de Ferdinand Cayeux se situe dans les années 1928/1937. Au cours de ces dix ans Ferdinand Cayeux a enregistré environ 260 variétés nouvelles ! Une telle production en dit long sur l'importance de l'entreprise et le travail fourni par son propriétaire. Et le miracle c'est qu'un grand nombre de ces iris existe toujours et est présent dans nos jardins partout dans le monde. Notre feuilleton va présenter une cinquantaine de ces variétés. 

V – 1932 

'Directeur Pinelle' (Pénélope X Bruno)


'Eclador' (Fantasia X Pluie d'Or) 


'Faraud' (pedigree non indiqué) 


'Geneviève Serouge' (Iceberg X Evolution) 

'Vision' (Coriolan X Claude Aureau)

ECHOS DU MONDE DES IRIS

CHAMPIGNY 2019

Le dimanche 12 mai se tiendra à Champigny sur Veude le deuxième festival « IRIS ET PATRIMOINE ». Le thème en sera le parfum et comme le veut la célébration des 500 ans de la Renaissance dans la Région Centre-Val-de-Loire, le festival mettra le 16e siècle à l'honneur avec Catherine de Médicis et la poudre d'iris rapportée de Florence et bien sûr la Sainte Chappelle du château, son architecture et ses somptueux vitraux. De nombreux exposants : artistes, artisans d'art, producteurs de végétaux... animeront cette journée autour de l'iris et, plus largement, de la Nature. Parade costumée, ateliers olfactifs autour de l'iris, causeries et exposition sur Catherine de Médicis, parcours architectural du village seront proposés. L'iriseraie sera au cœur de la manifestation et l'on pourra admirer dans le jardin du presbytère une collection de plus de 500 variétés de collection, en grande partie offertes par des obtenteurs et producteurs français.

DE LA NATIONALITÉ

Les iris ont-ils une nationalité ? Et si oui, laquelle ? La question peut se poser au moment où les échanges internationaux se développent à grande vitesse. Voici mes réflexions sur le sujet.

l ne peut pas y avoir de doutes sur la nationalité d'un obtenteur (même si certain pourrait disposer d'une double nationalité), mais qu'en est-il des plantes qu'ils obtiennent et mettent sur le marché ? Et à quoi peut servir le fait de leur en attribuer une ?

On parle naturellement d'iris français quand il s'agit d'un iris obtenu par un hybrideur français et mis en vente sur le catalogue ou sur le site web d'un producteur demeurant en France. Personne n'a jamais douté que les iris de Lawrence Ransom puissent porter la nationalité française, et c'est encore plus évident quand il s'agit des obtentions de Richard Cayeux ! Quelle que soit le pays, il en sera de même partout dans le monde. Mais l'attribution de cette nationalité, spontanée, n'a pas d'autre intérêt que de fixer les idées, du moins ailleurs qu'aux Etats-Unis. C'est quelque chose de commode, mais cela n'entraine pas de conséquence. Sauf là où cette nationalité est nécessaire pour pouvoir prendre part à une course aux honneurs, ce qui est le cas aux Etats-Unis pour concourir à la Médaille de Dykes, puisque la question de la nationalité fait partie des conditions d'attribution de la récompense. Un problème est apparu à propos de 'Decadence' (2001), variété signée Barry Blyth, donc australienne mais mise sur le marché américain par Keith Keppel, et susceptible d'être couronnée à partir de 2011 à la suite de la Wister Medal qui lui a été attribuée en 2010. Le même dilemme était apparu l'année précédente à propos de 'Slovak Prince' (Mego, 2002). Une variété née ailleurs qu'aux Etats-Unis peut-elle acquérir la nationalité américaine si elle est mise sur le marché américain ? La réponse donnée est que cette nationalité s'acquiert si la variété concernée est mise sur le marché américain avant de l'être dans un autre pays, y compris son pays d'origine. « America first » en quelque sorte. Cela pourrait être le cas si l'un des semis obtenus par Barry Blyth, encore, transférés aux USA chez Tom Johnson lors de la cessation de l'activité de leur obtenteur, et que Johnson aura mis sur le marché dans son catalogue, lui ouvrant de ce fait la course aux honneurs. Mais cela ne vaut pas dans les pays où il n'y a pas (ou plus) de Médaille de Dykes, ou quelque chose d'équivalent.

 Avec la mondialisation, d'autres questions vont se poser. Par exemple quel serait le sort d'iris cultivés et mis en vente dans un pays par un ressortissant d'un autre pays ? Si cela devait présenter un quelconque intérêt, devrait-on les rattacher à la nationalité de leur obtenteur ou devrait-on appliquer le droit du sol, c'est à dire que n'est pris en compte que le lieu où la plante a fleuri pour la première fois ? Autre cas : un iris obtenu dans un pays, quel qu'il soit, mais commercialisé en premier lieu dans un autre, sera-t-il considéré, comme cela le serait aux USA, comme ayant acquis la nationalité du pays d'accueil ? Toute ces réflexions restent absolument théoriques ailleurs que dans les pays où une Médaille de Dykes est attribuée (et offerte par la British Iris Society). En France il n'y a rien de tel et la nationalité d'un iris n'est rien d'autre qu'un repère. Cela s'est vérifié par exemple en 1994 quand 'Damoiselle', de Lawrence Ransom, qui avait concouru en Grande Bretagne, a été enregistré par la BIS. A aucun moment les amateurs français n'ont pensé que cette variété n'était pas une variété française.

Quand il suffit d'allumer son ordinateur pour trouver plein d'iris disponibles partout dans le monde, que l'on peut acquérir en quelques clics, toutes ces discussions semblent bien le reflet d'une autre époque.

 Illustrations : 


'Decadence' (Blyth, 2001), recalé pour l'attibution de la DM ; 


'Slovak Prince' (Mego, 2002), à qui la même mésaventure est survenue ; 


'Damoiselle' (Ransom, 1994), enregistré en Grande-Bretagne ; 


'Gribnoy Dozhd' (Riabykh, 2008), iris obtenu en Russie, en vente sur le site d'Iris en Provence'.

25.1.19

LA PUISSANCE ET LA GLOIRE (la suite)

La période dorée de l'activité d'hybrideur de Ferdinand Cayeux se situe dans les années 1928/1937. Au cours de ces dix ans Ferdinand Cayeux a enregistré environ 260 variétés nouvelles ! Une telle production en dit long sur l'importance de l'entreprise et le travail fourni par son propriétaire. Et le miracle c'est qu'un grand nombre de ces iris existe toujours et est présent dans nos jardins partout dans le monde. Notre feuilleton va présenter une cinquantaine de ces variétés. 

IV – 1931

'Charmeur' (pedigree non indiqué) 


'Madame Maurice Lassailly' (pedigree non indiqué) 


'Marquita' (Symphonie X Helios) 


'Président Pilkington' (Iceberg X Evolution) 


'Sérénité' (Claude Aureau X Petit Vitry)

'ECHO DE FRANCE' et 'TOUR DE FRANCE'

Voilà deux variétés qui ont à l'évidence un air de famille. Toutes deux sont des amoenas jaunes, toutes deux ont une fleur harmonieuse et modérément ondulée, toutes deux sont en rapport avec le travail sur les amoenas de Barry Blyth, en Australie. Ont-elles des liens plus étroits? C'est ce que nous allons essayer de trouver.

 'Echo de France' (P. Anfosso, 1984)

Pierre Anfosso était admiratif des recherches de Barry Blyth et de ses amoenas et bicolores. Avec 'Echo de France', il a voulu lui rendre hommage, comme il l'a expliqué dans son catalogue lors de la mise sur le marché de la variété. Il a réussi.

Le pedigree de 'Echo de France' est (Snowlight X Champagne Braise). C'est assez simple pour que l'on ne se perde pas dans les arbres généalogiques. La base est l'amoena jaune 'Snowlight' (Blyth, 1972) qui a donné son coloris. Les autres qualités de la plante proviennent de 'Champagne Braise' (M. Anfosso, 1982), d'origine purement américaine, et plante excellente, dans les tons pastels. Mais arrêtons-nous plutôt sur 'Snowlight' qui est décrit comme « Sépales blanc de neige, pétales jaune citron ; barbes citron. » Et qui a pour pedigree : (Rhythm and Blues X Sunset Snows). Le premier élément est un néglecta bleu, le second, amoena abricot, n'est plus à décrire tant il est célèbre et tant Barry Blyth l'a chéri. Au point d'en faire le point de départ de toute sa vie parmi les iris. On lui doit le côté amoena de 'Snowlight'. Ce dernier était bien apprécié de Barry Blyth puisqu'il l'a utilisé plusieurs fois, notamment associé à 'Champagne Music' (Fay, 1964) où on le trouve dans d'autres amoenas jaunes, 'Alpine Sunshine' (1975) et 'Tranquil Star' (1978), mis aussi dans plusieurs autres iris connus comme 'Capricorn Dancer' (1978) et même 'Eurythmic' (1987).

 'Tour de France' (K. Keppel, 2003)

 Dans quelque direction qu'il aille, Keith Keppel parvient à la perfection. Les amoenas ne sont pas son thème de prédilection, mais il ne les dédaigne pas. Avec 'Tour de France' il a gagné beaucoup plus qu'une étape ! Voici comment il en parle dans son catalogue : « Des airs du maillot jaune de Lance Armstrong, en plus foncé. Un amoena saisissant avec des sépales blancs et une infusion de jaune de chrome clair au centre, pétales d'un jaune sombre et velouté équitablement réparti jusqu'au bord. » Son pedigree est à peine plus compliqué que celui de 'Snowlight' ; le voilà : ((Magharee x Overjoyed) X (Electrique x Romantic Evening)). C'est une sorte d'hommage de Keppel à ses meilleurs amis. Barry Blyth y est honoré deux fois, avec 'Magharee' (1986) et 'Electrique' (1991), mais il y a aussi Joë Gatty avec 'Overjoyed' (1993) et Joë Ghio avec 'Romantic Evening' (1994).

 Dans les quatre variétés qui constituent ce pedigree il n'y a que du beau monde. 'Magharee', le plus ancien, est un amoena rose, qui est une étape dans le travail, jamais terminé, de Blyth dans ce coloris. 'Overjoyed' figure parmi les variétés les plus appréciées et recherchées de Joë Gatty. C'est lui qui apporte à 'Tour de France' les éléments constitutifs du modèle amoena, qu'il tient lui-même de son parents femelle, 'Perfect Interlude' (Schreiner, 1983). 'Romantic Evening' fait partie des plus belles réussites de Joë Ghio. Une réussite reconnue par un succès commercial considérable, mais mal récompensé dans la course aux honneurs (Ghio serait-il boycotté par les juges ?) .Ses sombres et riches couleurs font merveille au jardin et ont été mises à l'épreuve dans une profusion de semis partout dans le monde et donc en France (Richard Cayeux, Jean-Claude Jacob). Enfin 'Electrique', que j'ai gardé pour la fin parce que c'est chez celui-ci qu'on trouve le fameux lien avec 'Echo de France' recherché depuis le début. En parcourant le pedigree d'Electrique qui est ((Inca Queen x (Tranquil Star x (Love Chant x Festive Skirt))) x Amber Snow) X (Shine on Wine x sib) on trouve 'Tranquil Star' (Blyth, 1978) dont on a parlé brièvement à propos de la famille 'Snowlight'. C'est donc par ce 'Snowlight' et ses descendants que la liaison entre 'Echo de France' et 'Tour de France' s'établit.

Dans le petit monde des iris, c'est comme dans un petit village, non seulement tout le monde se connaît, mais les liens familiaux sont aussi multiples et font apparaître des connivences auxquelles on ne s'attend pas toujours.

 Illustrations : 


 'Echo de France' 


'Tour de France' 


'Snowlight' 


'Tranquil Star'

19.1.19

LA PUISSANCE ET LA GLOIRE (la suite)

La période dorée de l'activité d'hybrideur de Ferdinand Cayeux se situe dans les années 1928/1937. Au cours de ces dix ans Ferdinand Cayeux a enregistré environ 260 variétés nouvelles ! Une telle production en dit long sur l'importance de l'entreprise et le travail fourni par son propriétaire. Et le miracle c'est qu'un grand nombre de ces iris existe toujours et est présent dans nos jardins partout dans le monde. Notre feuilleton va présenter une cinquantaine de ces variétés. 

III – 1930 

'Doña Sol' (pedigree non indiqué) 


'Fandango' (pedigree non indiqué) 


'Mephisto' (pedigree non indiqué) 


'Phébus' (pedigree non indiqué) 

'Victor Hugo' (pedigree non indiqué)

AU BEAU PAYS DE LA TOURAINE

De nombreux Tourangeaux ont eu à cœur de glorifier leur région d'origine. Parmi eux on trouve
Jacques-Marie Rougé (1873/1956) qui a exercé plusieurs fonctions dans les instances culturelles tourangelles et qui s'est particulièrement attaché à sauvegarder les contes et légendes de la région ainsi que le vocabulaire et les tournures traditionnels d'une province réputée pour la pureté de sa langue, mais qui, en fait, comme les autres, connut longtemps un parler riche et original, truffé d'expressions savoureuses, accompagnés d'un accent bien particulier.

Jacques-Marie Rougé, à ses heures, s'adonnait aussi à la poésie. C'est ainsi qu'il a mis en vers l'attirance qu'il avait pour les iris. La poésie ci-dessous n'est pas d'une richesse exceptionnelle, mais elle exprime assez bien les images lyriques qui peuvent venir à l'esprit d'un admirateur des iris.

LES IRIS 

Des iris bleus, des iris jaunes, 
Timides, s'ouvrent sous des aulnes. 

Ils paraissent tout étonnés 
Un matin d'avril d'être nés. 

Ces fleurs honteuses d'être nues 
Ont les frayeurs des ingénues.

Le vol léger d'un gai pinson 
Leur fait passer un lent frisson. 

Contre les brises matinales 
 Elles raidissent leurs pétales. 

Une jeune fille en passant 
Coupe les iris et les sent, 

Les lie avec un soin extrême 
En murmurant un nom qu'elle aime. 

Et l'on voit mirés dans ses yeux
Les jaunes iris et les bleus.

Voilà ! Ce n'est ni du Victor Hugo ni du Paul Verlaine, mais il n'est pas besoin d'avoir le talent d'un grand poète pour exprimer ses sentiments...

LA DÉCADE PRODIGIEUSE

 2009/2018

Cette fois c'est à l'auteur de polar américain Ellery Queen (dont Claude Chabrol a fait aussi un film en 1971) que le titre de cette chronique est emprunté. Elle concerne un autre américain, qui n'a rien du personnage principal du roman, bien connu des amateurs d'iris : Keith Keppel. Cette décade prodigieuse, c'est la période de 2099 à 2018 au cours de laquelle il a remporté à cinq reprises la fameuse Médaille de Dykes. C'est un exploit exceptionnel car si le nombre de cinq DM en 10 ans a déjà été atteint par deux fois, ce n'est pas un individu unique qui est arrivé à ce score mais une entreprise familiale, la maison Schreiner.

La première fois que le nombre de 5/10 a été atteint, c'est au cours de la décade 1992/2001. Les Schreiner, dont c'était la période dorée ont ainsi classé :
92 = 'Dusky Challenger'
94 = 'Silverado'
95 = 'Honky Tonk Blues'
99 = 'Hello Darkness'
2001 = 'Yaquina Blue'
 La voie triomphale a continué de 1994 à 2003, avec
94 = 'Silverado'
95 = 'Honky Tonk Blues'
99 = 'Hello Darkness'
2001 = 'Yaquina Blue'
2003 = 'Celebration Song'
mais elle s'est brusquement arrêtée lorsque les Schreiner ont orienté leur entreprise vers une production plus commerciale.

 Keith Keppel s'est toujours tenu à proximité du podium à partir de sa première DM pour 'Babbling Brook' en 1972, mais il n'y est remonté qu'en 2002, quand 'Fancy Woman' s'est installé sur la troisème marche, puis sur la seconde en 2003. Cependant il faut attendre 2004 et la victoire de 'Crowned Heads' pour le voir prendre place aux premières loges et ne plus s'en éloigner jusqu'à l'heure actuelle. Sa décade prodigieuse commence en réalité en 2011, quand 'Drama Queen' est couronné. Ensuite, la machine est lancée !
2011 = 'Drama Queen'
2012 = 'Florentine Silk'
2015 = 'Gypsy Lord'
2017 = 'Montmartre'
2018 = 'Haunted Heart'
et rien ne dit qu'on va s'arrêter là. Car pointent déjà leur nez des variétés comme 'Strawberry Shake', 'Tuscan Summer', 'Reckless Abandon' ou 'Adriatic Waves'.

 A ces Médailles de Dykes il faut ajouter les variétés qui ont failli l'emporter. C'est le cas de 'Happenstance' en 2009 et de 'Wintry Sky' en 2011 (mais, cette année-là, il a fallu choisir!) (1).

 Cette incroyable série de victoires et de places d'honneur concerne autant de profils différents : 'Drama Queen' est un plicata, 'Florentine Silk' un bicolore, 'Gyspsy Lord' un amoena à barbes rouges, 'Montmartre' un luminata et 'Haunted Heart' un amoena pastel. Ceci démontre que Keith Keppel est habile en toutes matières et que ses iris, quel que soit leur domaine, se placent au-dessus des autres. Cette insolente suprématie doit faire bien des envieux dans le microcosme américain des iris ! Par exemple son voisin -et ami – Paul Black, qui truste les victoires catégorielles, ou son autre copain, Joë Ghio, qui n'a plus rien remporté depuis 'Mystique' en 1980 mais dont on s'accorde à dire que ses obtentions sont de toute beauté.

Aujourd'hui Keppel est titulaire de huit Médailles de Dykes. Il n'y a que la maison Schreiner, avec 11 médailles, qui ait fait mieux, mais aucun « particulier » n'est parvenu au même niveau, même les plus fameux comme les frères Sass, Orville Fay ou Paul Cook.

Iconographie : 


'Drama Queen' 


'Florentine Silk' 


'Gypsy Lord' 


'Montmartre' 


'Haunted Heart' 

 (1) En 2011, en plus des deux variétés citées, 'Silk Road' a reçu le Fiorino d'Oro à Florence, tandis que 'Florentine Silk' et 'Tour de France' obtenaient une Wister Medal.

12.1.19

LA PUISSANCE ET LA GLOIRE (la suite)

La période dorée de l'activité d'hybrideur de Ferdinand Cayeux se situe dans les années 1928/1937. Au cours de ces dix ans Ferdinand Cayeux a enregistré environ 260 variétés nouvelles ! Une telle production en dit long sur l'importance de l'entreprise et le travail fourni par son propriétaire. Et le miracle c'est qu'un grand nombre de ces iris existe toujours et est présent dans nos jardins partout dans le monde. Notre feuilleton va présenter une cinquantaine de ces variétés. 

II – 1929

'Evolution' (Ochracea Caerulea X Marsh Marigold) 


'Frivolité' (pedigree non indiqué) 


'Hernani' (pedigree non indiqué) 

'Polichinelle' (pedigree non indiqué) 


'Vert Galant' (Asia X Bruno)

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Sosies 

Voici les photos de deux variétés d'origine différente mais qui semblent être deux fleurs jumelles ! La première est celle de 'Stitches', un nouveauté signée de Tom Johnson, aux Etats-Unis, la seconde est celle d'une obtention de Roland Dejoux provenant d'un croisement effectué chez Barry Blyth en Australie. Elles n'ont a priori pas de parents proches, cependant il est probable qu'une analyse fine de leurs pedigrees ferait apparaître un ou des ancêtres communs ; ce serait un travail intéressant mais difficile du fait de la complexité des arbres généalogiques. Quoi qu'il en soit leur ressemblance est confondante. Au point qu'on se demande si ce ne sont pas deux photos d'un même iris !



 'Stitches' : 

Sdlg. TH58A. :  ‘Stole The Show’ : ‘Snapshot’ x ‘Guardian Angel’ X ('Nothing But Class' :Stop Flirting’ x ‘Thundermaker’) x ('Cameo Minx' : ‘Decadence’ x ‘Royal Sterling’). 



Semis RD13-91-C : 

(Petticoat Shuffle x (09-85D : Reckless Abandon X (07-41A :Reckless Abandon (Starship Enterprise X (sib X Sharpshooter)) x Jazz Band))  X  X197-2 :  (V149-2: Reckless Abandon X (06-7A: Cotillon Gown Sib) x (V171-1: (06-139E: (02-80A: (98-204P: Charleston X  ((Rosarita X (Rancho Rose X (Roundup Sib X April Melody))) X Gigolo)  x Power Surge)) X (00-45A: Storm Track X Drama Queen)))) X Dreaming  Clown) X Adoree)) X (06-184B: (02-92A: (Inside Track X Spice Lord) X (Charleston X Drama Queen)).

POURQUOI ?

On fait bien souvent des gestes dont ne connaît pas vraiment la raison. Si on se demandait pourquoi au lieu d'agir par routine, on modifierait peut-être nos comportements, ou, tout au moins, on saurait pourquoi on agit. C'est ainsi qu'il y a des comportements ou des actions que l'on pratique dans nos jardins d'iris qui méritent des explications.

Pourquoi coupe-t-on les feuilles à la fin de l'été ? 

La personne qui vient s'occuper du jardin de ma voisine, et qui se prétend jardinier, a coupé à 10cm du sol les feuilles de tous les iris. Je lui ai demandé pourquoi il faisait ça. Sa réponse a été : « parce que j'ai toujours vu faire ça ». Il est vrai que c'est une pratique courante. Mais dans quel but réduit-on ainsi le feuillage de nos iris ? Quand l'été se termine, en même temps que la période de dormance des iris, les feuilles, qui ont vécu au ralenti pendant près de trois mois, ont perdu de leur superbe. La chaleur et l'ensoleillement les ont pas mal desséchées et les bordures n'ont plus bonne allure. La solution ? On rabat tout. Pourtant ?...

Pourtant les feuilles ont un rôle important. En particulier au moment de la reprise de la végétation. Elles ont un triple rôle. Le premier consiste à drainer l'humidité. Leur forme effilée, leurs nervures verticales, leur point d'ancrage unique contribuent à recueillir la plus petite trace d'humidité et à la conduire là où la plante en a besoin, c'est à dire à la pointe du rhizome. N'oublions pas que les iris à barbes sont originaires des régions méditerranéennes et même du Moyen-Orient, des territoires où l'eau est rare, surtout en été. Ils sont conçus pour ne pas la gaspiller ! Or l'eau est tout à fait nécessaire au système de pompe que représente l'existence d'un végétal. Sous l'effet de la chaleur elle s'évapore par le feuillage et cela crée une aspiration qui fait monter l'eau (et les nutriments trouvés dans le sol) dans la plante. En sens inverse la sève qui s'est enrichie dans les feuilles par l'effet de la photosynthèse descend naturellement vers le rhizome des iris et va y constituer les réserves qui seront utilisées au printemps suivant en vue de la nouvelle floraison. Sans feuilles, comment notre iris peut-il reprendre sa végétation et prospérer ? Couper ses feuilles sans discernement c'est donc priver la plante de ses poumons ! La bonne solution c'est de commencer par enlever les feuilles complètement sèches et inélégantes. Puis, si l'on veux donner au jardin une apparence pimpante, on taille les autres feuilles, jaunies ou sèches à la pointe, en biseau de manière à reconstituer l'aspect des feuilles fraîches. Je vous l'accorde, c'est un travail long, pénible et fastidieux, mais c'est la bonne façon. Et parce qu'il est plus commode de tout ratiboiser, c'est la pratique qui a triomphé ! En procédant ainsi, assez haut au-dessus du rhizome, le mal n'est pas désastreux, et d'ailleurs nos iris, robustes et résistants, réussissent à surmonter les méfaits de ce traitement de cheval. Mais les puristes devraient bien vite l'oublier ! Il est une situation, cependant, où couper une partie du feuillage a une justification : c'est lors de la transplantation. A ce moment la plante subit le choc de son retrait du sol et d'une inévitable dessication. Il faut donc éviter qu'elle ne perde davantage de son humidité et réduire la circulation de la sève contribue à cela et à la reprise progressive, au fur et à mesure de la régénération des racines.

Pourquoi ne sarcle-t-on pas entre les touffes ? 

L'ennui avec les iris c'est qu'il y a toujours des adventices qui viennent se loger au plus près des rhizomes et les enserrent dans un réseau dense qui entrave leur développement. Il faut donc désherber continuellement, avant que ces envahisseuses ne deviennent trop difficiles à éradiquer. Quand la plantation d'iris atteint un nombre important de touffes, il est tentant d'utiliser un désherbant chimique. Mais beaucoup d'amateurs craignent les conséquences de ces traitements. Que ce soit au plan de l'empoisonnement des sols ou à celui des atteintes aux plantes elles-mêmes que l'on voulait protéger. Un petit coup de binette ne serait-il pas préférable ?

En matière de protection de la nature, pas de problème. Mais ne risque-t-on pas d'autres conséquences ? Les iris ont un réseau racinaire dense, superficiel, mais charnu et fasciculé, ce qui réunit à la fois des avantages et des inconvénients. Le grand nombre de brins, proches les uns des autres, assure un solide ancrage, même s'il ne s'enfonce pas profondément. De plus, dans le but d’assurer à la plante une stabilité suffisante, les racines les plus latérales vont s’écarter en éventail, courant près de la surface du sol. Celles placées à l’avant de la plante vont avoir un rôle primordial à jouer dans cette recherche de la stabilité, en effet la partie la plus lourde de la plante se trouve là : la hampe florale est placée à cet endroit et il va falloir la tenir bien dressée. Tout ceci n'est pas favorable à un entretien par sarclage. En effet la binette va sectionner un grand nombre de brins et d'une part déstabiliser la plante, d'une autre amoindrir ses capacités d'approvisionnement en eau et en sels minéraux ; et enfin favoriser les infections bactériennes par les blessures provoquées. Par ailleurs ce traitement n'aura guère d'effet sur les adventices qui se sont insinuées entre les brins. Voilà pourquoi le sarclage n'est pas recommandé : les iris ne sont, certes, pas exigeants, mais pour les débarrasser des herbes nuisibles, rien ne vaut une intervention manuelle !

Pourquoi faut-il éliminer les capsules spontanées avant qu'elles n'arrivent à maturité ?

Une personne à qui j'avais donné il y a quelques années un certain nombre de variétés de coloris variés m'a dit récemment :  « Mes iris ont dégénéré, ils sont presque tous devenus bleus. » Je me suis retenu de lui répondre qu'elle avait manqué de soin, mais c'est pourtant ce qui est arrivé et qui lui a laissé croire que ses iris avaient changé de couleur.

 Non, les iris rhizomateux ne dégénèrent pas. C'est biologiquement impossible. Tous les éléments génétiques de la plante sont présents dans le rhizome et ne peuvent pas s'en échapper. Ils se rassemblent dans la pointe du bourgeon ainsi que dans les bourgeons latéraux et vont donner naissance, non pas à une plante nouvelle, mais à une reproduction à l'identique de la plante précédente , et ce type de reproduction peut durer éternellement. Alors, comment expliquer que des touffes solidement établies et apparemment en bonne santé semblent ne pas continuer pas à reproduire la plante initiale ? On a quelquefois l'impression que les iris change de couleur et qu'ils deviennent bleus, ou blancs. Voici l'explication. Un certain nombre de fleurs d'iris se trouvent fécondées par les bourdons. Cela n'a rien d'anormal, c'est même ce à quoi servent les fleurs et ces gros insectes. Tous les amateurs constatent que des capsules se développent à la base de certaines fleurs, grossissent puis, vers la mi-août, se dessèchent et s'ouvrent. Elles contiennent de grosses graines d'aspect voisin des grains de maïs, qui vont nécessairement tomber à terre. Certaines vont y germer au pied de la plante dont elles sont issues et celles qui vont se développer seront les plus vigoureuses, mais elles auront très souvent des caractères médiocres ce qui ne les empêchera pas d'étouffer la variété initiale et de se substituer à elle. Mais pourquoi ces nouvelles plantes sont-elles le plus souvent blanches ou bleues ? Tout simplement parce que les espèces originales qui constituent la base du cocktail variétal que sont les iris hybrides actuels, sont essentiellement de coloris bleu, ou blanc, et que leurs gènes ont tendance à prendre dans les graines le dessus sur les gènes plus fragiles des autres espèces. Et lorsque ceux-ci se mélangent pour donner naissance à une plante nouvelle, c'est au plus fort la poche ! La nature n'a que faire de nos choix humains et elle privilégie les spécimens robustes et résistants.

Voilà pourquoi, si l'on veut conserver les caractéristiques des hybrides que l'on a planté, il faut éliminer les capsules provenant des pollinisations naturelles, le plus tôt possible – ce n'est pas la peine que la plante s'épuise à faire mûrir des fruits qui ne seront pas conservés - et de toute façon avant qu'elles ne s'ouvrent et se déversent dans le jardin. Sauf bien entendu si on veut récolter les graines, auquel cas il faudra surveiller la maturation et procéder à la récolte avant l'éclatement des capsules .

Trois questions, trois réponses, pour trois gestes que l'on fait (ou que l'on de fait pas) dans nos jardins d'iris. Trois gestes qui ne sont pas sans conséquences, et dont il vaut mieux connaître les tenants et aboutissants. Car il vaut mieux se poser des questions avant qu'après une surprise désagréable.

4.1.19

LA PUISSANCE ET LA GLOIRE (la suite)

La période dorée de l'activité d'hybrideur de Ferdinand Cayeuxse situe dans les années1928/1937. Au cours de ces dix ans Ferdinand Cayeux a enregistré environ 260 variétés nouvelles ! Une telle production en dit long sur l'importance de l'entreprise et le travail fourni par son propriétaire. Et le miracle c'est qu'un grand nombre de ces iris existe toujours et est présent dans nos jardins partout dans le monde. Notre feuilleton va présenter une cinquantaine de ces variétés. En commençant par quelques-unes de celles de l'année 1928.
I – 1928
  • 'Farandole' (pedigree non indiqué)
  • 'Hélios' (Claude Monet X Clémentine Croutel)
  • 'Néné' (Clémentine Croutel X Bruno)
  • 'Yves Lassailly' (pedigree non indiqué)
  • 'Zampa' (pedigree non indiqué)



ECHOS DU MONDE DES IRIS

Un peu de beauté 

Vous connaissez Michelangelo Merisi ? Sans doute que non. Il est plus connu sous le surnom de « Caravaggio » ou « Le Caravage ».

Son très célèbre tableau « Le joueur de luth » présente en arrière plan un bouquet composé de fleurs diverses parmi lesquelles on trouve un superbe iris blanc, vraisemblablement un iris de Florence, dont la clarté tranche sur le mur sombre du fond. Un autre iris, violet, un peu en retrait, disparait presque dans le clair-obscur.

Un instant de bonheur et de poésie que j'ai pu entrevoir au Musée de l'Ermitage à St Petersbourg, mais dont la contemplation m'a été mesurée par les garde-chiourme qui font circuler les visiteurs à toute vitesse ...

LA FLEUR DU MOIS

'Mary Senni' (Millet et fils, 1930) 

Origines non communiquées 



Dans son catalogue de 1931 la famille Millet décrit sa nouvelle variété 'Mary Senni' comme « ...lilas rosé avec des reflets irisés et une barbe jaune ; cela constitue un ensemble harmonieux et délicat. La diversité dans la structure des pétales donne l'impression d'un voile de soie sur du velours du même ton. » Ce n'est pas la même vision que l'on trouve dans un ancien catalogue américain, daté de 1955, qui décrit comme suit 'Mary Senni' : « Cet iris a eu une grande renommée dans son temps. Les fleurs sont grandes et il fleurit bien. Les pétales sont d'un lilas tendre avec une nette infusion de brun-rouge. Les sépales sont d'un violet profond, lilas à la pointe. Nommé en l'honneur de la Comtesse Mary Senni qui vit près de Rome et qui est une ardente passionnée d'iris, avec de nombreuses obtentions à son crédit, même si elle n'en a mis aucune sur le marché. » La photo ci-dessous permettra à chacun de faire sa propre appréciation ...

C'est la première fois que je fais le portrait d'une variété que je n'ai jamais vue et qui, si elle existe toujours dans quelque jardin, doit avoir le plus souvent perdu son nom. Quoiqu'il en soit, 'Mary Senni' mérite bien en coup de chapeau. A la fois pour la personnalité de sa dédicataire, et pour l'importance de son obtenteur.

Mary Senni, la dédicataire, américaine mariée à un comte italien, avait acquis à cette époque une réputation de collectionneuse avisée et de rédactrice d'articles documentés sur les iris, publiés dans la revue italienne « Il Giardino Fiorito » ainsi que dans le bulletin de la British Iris Society (BIS). Elle avait aussi, dès l 'âge de 45 ans, entrepris de nombreuses hybridations et à la fin de sa vie, en 1972, elle avait à son actif environ deux cents variétés d'iris, essentiellement des TB, mais également quelques IB et Arilbreds. Jusqu'à un âge avancé elle déploya une intense activité liée aux iris, faisant partie des créateurs du Concours de Florence, auquel elle participa dès le début et remporta plusieurs trophées secondaires : en 1957, pour 'Giannandrea', un jaune orangé foncé dédié à son fils ; en 1958 pour 'Briano' (meilleur iris rouge) ; en 1959 pour 'Maremma', un brillant bleu ciel ; en 1964 pour 'Agnes' (autre iris rouge rubis). Elle était si connue et appréciée que la BIS, en 1959, lui attribua la fameuse « Foster Memorial Plaque », distinction prestigieuse s'il en est.

En offrant à cette dame l'une de ses variétés, la Maison Millet avait dès 1930 tenu à saluer cette passionnée d'iris. Chez Millet la coutume de la dédicace était bien ancrée dans les habitudes de cette grande maison qui rivalisait alors avec la Maison Cayeux sans jamais cependant réussir à lui ravir, ne fut-ce qu'une fois, la Médaille de Dykes Française offerte par la Grande-Bretagne à la France pendant les années 1930. Cet échec ne doit pas laisser à penser que les Millet n'était qu'une entreprise de second plan. Ils constituent en fait une dynastie d'hybrideurs qui a débuté au milieu du XIXe siècle avec Armand, lequel a été suivi d'Alexandre, à qui a succédé Lionel. C'est celui-ci qui gérait l'entreprise pendant l'entre deux guerres et qui, chassé par l'urbanisation de la région parisienne, a transporté sa pépinière de Bourg la Reine à Amilly, près de Montargis. Un peu comme les Cayeux ont été obligés de faire en se déplaçant de Vitry à Poilly lès Giens. Les Millet ont à leur actif plusieurs d'une importance majeure dans l'histoire des iris. Pour ne citer que les principaux, voyons le fameux 'Souvenir de Madame Gaudicheau' (1914), ainsi que 'Germaine Perthuis' (1924), 'Souvenir de Laetitia Michaud' (1923) ou 'La Bohémienne' (1926). Mais n'oublions pas 'Mady Carrière' (1905), 'Colonel Candelot' (1907), 'Madame Cecile Bouscant' (1923), 'Henri Rivière' (1927) ou 'Héliane' (1931).

On ne sait rien du pedigree de 'Mary Senni' : il n'était pas de coutume, à l'époque, de le diffuser systématiquement, et même les hybrideurs le dissimulait souvent de peur que leurs concurrents ne les plagient ! Pas étonnant dans ces conditions que cette plante n'ait pas été largement utilisée en hybridation ! Je ne sais pas si c'est dommage, mais, en l'état, 'Mary Senni' fait partie des iris classiques qui ont eu leur heure de gloire, mais qui sont retombés dans l'anonymat.

Sources :
Patrizia Verza-Ballesio : « Le iris tra botanica e storia »
AIS : Iris Encyclopedia.

Illustrations : 

'Mary Senni' (Millet, 1930) 


'Giannandrea' (Senni, 1957) 


'Luzzara' (Senni, 1939) 

'Germaine Perthuis' (Millet, 1924)