27.11.21

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Iris-Box 

 Le président de la SFIB a eu une idée lumineuse : l'Iris-Box : 

Il s'agit d'un colis constitué de 3 rhizomes d'un iris issu de la production d'un hybrideur français, gracieusement remis par son obtenteur à la SFIB, choisi dans une liste-catalogue établie par la SFIB par l'acquéreur et enregistré sous le nom que ce dernier lui a donné. 

Le prix d'achat (150 €) est entièrement acquis à la SFIB. 

Cette initiative rencontre un vrai succès et profite à tous : 
l'hybrideur qui fait le croisement, la sélection, le don du rhizome à la SFIB mais bénéficie de la générosité de son geste sous la forme d'une publicité parmi les amateurs ; 
la SFIB qui bénéficie du produit de la vente ; 
l'acheteur qui offre (ou s'offre) une nouvelle variété d'iris sélectionnée en vertu de ses qualités; 
et bien sûr le bénéficiaire du cadeau.



LE PLAN DE BEN HAGER POUR REVIVIFIER LA CLASSE DES MDB

par Tom Waters
(article proposé dans le blog de l'AIS, traduit et reproduit avec l'autorisation de l'auteur) 

 Il y a une quarantaine d'années, alors que j'étais un adolescent précoce obsédé par les iris, j'ai convaincu ma mère que nos vacances en Californie pour rendre visite à ma sœur et sa famille devaient devenir une visite des jardins d'hybrideurs d'iris. C'est ainsi que je me suis retrouvé dans le salon de Ben Hager, avec un énorme bouquet de « Beverly Sills » sur la table basse, parlant d'iris pendant que ma mère et ma sœur appréciaient poliment l'ambiance et l'hospitalité. La silhouette de Ben Hager se présentait de façon quelque peu intimidante, avec sa tête chauve, sa barbe pointue et son air sec. Il avait aussi quelque chose d'iconoclaste. Lors d'un discours après le dîner lors de la convention de l'American Iris Society à Tulsa en 1980, il a complètement démantelé l'ensemble des prémisses du programme de formation des juges en affirmant que juger les iris était une entreprise tout à fait subjective; et que nous devrions abandonner nos prétentions d'autorité et laisser les gens aimer ce qu'ils aiment, ce que nous faisons tous de toute façon. 

 En tant qu'hybrideur, Hager avait peu d'égaux, à mon avis. Il a travaillé dans toutes les classes d'iris et a remporté des prix prestigieux dans tout les domaines où il a porté son attention. Il a créé les iris nains miniatures (MDB) tétraploïdes presque à lui tout seul, par la seule force de sa volonté, semblait-il. De plus, il avait une vision rare des combinaisons pouvant aboutir à la création d'une nouvelle variété, associée à de solides connaissances, à une persévérance acharnée et à de la patience. Je le classe avec Sir Michael Foster et Paul Cook comme l'un des véritables pionniers de l'histoire du développement de l'iris. 

 Aujourd'hui, je veux parler de l'un des grands projets de Hager, un programme pour recréer la classe des barbus nain miniature (MDB), un travail qui a duré quatre décennies. 

 Dans les années 1970, de nouveaux MDB ont été créés par des hybrideurs en combinant les barbus nains standards (SDB) avec l'espèce Iris pumila selon diverses combinaisons. Il y avait essentiellement trois possibilités : les pumilas purs, les SDB purs et les croisements SDB x pumila. Hager a rejeté la possibilité des pumilas purs (bien qu'il en ait introduit un, ‘Ceremony’, en 1986) pour deux raisons : premièrement, s'agissant d'une seule espèce, il lui manquait la variété génétique nécessaire pour obtenir les couleurs, les motifs et les formes innovants que les hybrideurs recherchent ; deuxièmement, il a trouvé que son mode de croissance (des tapis couverts de fleurs, comme avec des plantes de rocaille) nuisait à l'appréciation des autres caractères de la fleur. 

Hager a également rejeté la voie SDB x pumila, bien qu'elle soit très populaire auprès des autres hybrideurs de MDB de l'époque. Le problème ici était une faible fertilité. Les semis issus de ce type de croisement ne présentent qu'une fertilité limitée et sont presque impossibles à croiser entre eux, ce qui rend impossible la reproduction en lignée. Hager croyait fermement qu'une classe d'iris ne peut être améliorée et développée que si une famille fertile peut être créée, de sorte que l'amélioration puisse se poursuivre pendant de nombreuses générations sans que des barrières de fertilité ne se posent. Il n'a introduit aucun MDB provenant de ce type de croisement. 

 Il ne restait donc plus que la reproduction utilisant uniquement des SDB comme point de départ pour créer des MDB. Hager a reconnu qu'il s'agissait de la voie la plus prometteuse, mais non sans réserves. C'est le type d'hybridation avec la plus grande variété de couleurs et de motifs, et le plus adaptable aux climats d'hiver doux. Les semis de la taille des MDB proviennent de croisements SDB x SDB, mais ils sont l'exception (la plupart des semis seront des SDB comme leurs parents). Hager voulait un programme plus garanti que l'attente de ces heureux accidents. Il voulait une gamme de MDB qui produirait plus de MDB, de manière cohérente. 

 Il a trouvé sa réponse dans son travail sur les MDB tétraploïdes. Les MDB tétraploïdes sont des dérivés du croisement de grands barbus (TB) ou de iris de bordure (BB) avec l'espèce I. aphylla, un iris à plusieurs branches génétiquement compatible avec les TB, bien que beaucoup plus petit. Croiser ses MDB tétraploïdes avec I. pumila, a-t-il expliqué, produirait des iris génétiquement du même type que les SDB, mais probablement toujours plus petits. De plus, ils seraient tout à fait fertiles avec des MDB issus directement de SDB, génétiquement du même type. 

 Hager a introduit le premier MDB de ce type, « Prodigy », en 1973. Sa capsule d'origine est un semis du TB « Evening Storm » (Lafrenz, 1953) X I. aphylla « Thisbe » (Dykes, 1923). Son parent mâle est le cultivar I. pumila « Atomic Blue » (Welch, 1961). Il s'agit donc de ¼ TB, ¼ aphylla, et ½ pumila. 

 Vient ensuite ‘Libation’ en 1975. C'est un enfant de ‘’Prodigy’ croisé avec un semis de MDB tétra  'Scale Model' (Hager, 1966) x I. pumila 'Brownett' (Roberts, 1957). Étant donné que 'Scale Model' est à moitié TB et à moitié aphylla, « Libation » a la même répartition d'ascendance que « Prodigy » : ¼ TB,  aphylla et ½ pumila. 'Libation' a remporté le prix Caparne-Welch en 1979. 

 Le troisième et dernier de ces ancêtres initiaux de la lignée MDB de Hager est « Gizmo » (1977), avec la même filiation que 'Libation'. 

 Hager a ensuite entrepris de les croiser (ainsi que des semis similaires) avec des SDB et des MDB issus de SDB purs. Au fur et à mesure que ces croisements allaient bon train, la quantité d'ascendance aphylla diminuait et la quantité d'ascendance TB augmentait. L'objectif était de conserver la petite taille conférée par I. aphylla, mais d'intégrer les diverses couleurs et motifs des SDB. Hager disposait désormais d'une gamme de semis spécialement conçue pour produire de manière constante des MDB fertiles à chaque génération 

 Au total, ce projet adonné naissance à 34 introductions de MDB. Hager est décédé en 1999, mais le jardin d'Adamgrove a continué à introduire ses plants de MDB jusqu'en 2003. Hager a également introduit 19 MDB issus de pure souche SDB et du pumila 'Ceremony' mentionné ci-dessus. Voici une liste de ces 34 variétés, regroupées par la quantité d'ascendance aphylla présente : 

 25 % I. aphylla 
Prodigy (1973), Libation (1975) - Prix Caparne-Welch 1979, Gizmo (1977) Médaille Caparne-Welch 1987 

 Entre 12 % et 24 % I. aphylla 
Grey Pearls (1979), Bluetween (1980), Macumba (1988) 

 Entre 6 % et 11 % I. aphylla 
Footlights (1980), Bitsy (1991), Cute Tot (1999) 

 Entre 4 % et 5 % I. aphylla 
Pipit (1993), Jiffy (1995), Self Evident (1997) 

 3 % ou moins I. aphylla 
Three Cherrys (1971), bien que ne faisant pas partie de cette lignée, est répertorié ici pour être complet, car il a des gènes aphylla dans son ascendance depuis l'apparition du TB 'Sable' (Cook, 1938) dans son pedigree ; Petty Cash (1980), Hot Foot (1982), Bugsy (1993) - Médaille Caparne-Welch 2000, Dainty Morsel (1994), Doozey (1994), Fey (1994), Fragment (1995), Hint (1995), Chaste ( 1997), Ivory Buttons (1997), Nestling (1997), Bagatelle (1997), Simple Enough (1998), Small Thing (R. 1998), Sweet Tooth (1999), Wee Me (1999), In Touch (R. 1999), Downsized (2001), Dulcet (2001), Pattycake Baker Man (2001), Behold Titania (2003), Fair Moon (2003), Gallant Youth (2003), Into the Woods (2003), Pirate's Apprentice (2003). 

 Autant que je sache, d'autres hybrideurs n'ont pas repris ce projet comme Hager l'avait envisagé, bien qu'ils aient bien sûr utilisé un certain nombre de ses iris dans leurs propres croisements. Mon propre travail avec des croisements similaires a eu des résultats mitigés. Je croise des MDB tétraploïdes avec des pumila chaque année, mais jusqu'à présent, je n'ai obtenu qu'un seul croisement valable, issu du MDB 'Tic Tac Toe' (Johnson, 2010) X I. pumila 'Wild Whispers' (Coleman, 2012). Les autres semis étaient tous trop hauts pour la classe MDB, ressemblant à des SDB allongés, ou à des MDB avec un nombre de bourgeons déficient. Ainsi, le type de croisement MTB x pumila n'est en aucun cas garanti de donner des MDB dans la première génération. 

 J'ai un plant de MDB intéressant issu de I. aphylla X I. pumila. Ce type de croisement a produit le MDB ‘Velvet Toy’ (Dunbar, 1972). Mon semis mesure 15 à 20 cm de hauteur et a une apparence particulière. Il est ramifié à la base comme I. aphylla, les deux branches portant chacune 2 bourgeons terminaux. Les quatre fleurs s'ouvrent successivement, à la même hauteur, sans se gêner. Ce serait bien de voir si cette apparence pourrait être appliquée aux plantes avec une fleur plus raffinée. En le croisant avec le SDB « Eye of the Tiger » (Black, 2008) il a donné des semis de taille SDB ou plus grands, mais avec une diversité amusante de couleurs et de motifs. Je continue à faire des croisements avec cette variété, principalement en sélectionnant des MDB plus petits avec qui le croiser maintenant. 

 Jusqu'à présent, mon travail avec I.reichenbachii I. pumila semble le plus prometteur en vue de me donner une ligne MDB avec laquelle travailler. 

 Kevin Vaughn a rapporté de bons résultats en utilisant 'Self Evident' de Hager, et je l'ai récemment acquis moi-même, ainsi que quelques autres de la lignée de Hager. 

 Comment évaluer ce programme ambitieux ? À un certain niveau, cela peut sûrement être considéré comme un succès, car il a donné à Hager de nombreux MDB réussis et populaires. Cependant, sans les enregistrements détaillés de sa parcelle de semis, il est difficile d'évaluer à quel point la lignée était cohérente ou à quel point son travail de sélection au fil des ans a contribué au résultat. Des résultats similaires auraient peut-être été obtenus simplement en appliquant le même effort de sélection à des lignées SDB purs. 

 Nous devons également noter que le projet de MDB tétraploïde de Hager est son héritage le plus significatif dans la famille des iris barbus. Les MDB tétraploïdes sont là pour rester, ayant été adoptés par des générations successives d'hybrideurs. L'autre projet MDB n'a pas si bien réussi, bien que ce ne soit peut-être pas la faute des plantes elles-mêmes. Presque tous les nouveaux MDB aujourd'hui sont des sélections de petite taille issues de la pure souche SDB, et non produits à partir de lignées spécifiques aux MDB comme Hager l'envisageait. Ce n'est peut-être qu'une fatalité numérique. Il y a tellement de travail en cours sur la sélection de SDB que les MDB qui apparaissent dans les parcelles de semis SDB ne peuvent tout simplement pas s'empêcher de dépasser le nombre de MDB des quelques autres lignées avec lesquelles les hybrideurs ont travaillé. La situation rappelle celle des BB, où de bonnes lignées originales ont été établies, mais qui sont toujours submergées par des sélections de croisements TB de petite taille, simplement parce que beaucoup plus de croisements TB sont réalisés chaque année. 

 Si vous êtes intéressé par l'hybridation des MDB, je vous encourage à tenir compte de la sagesse de Hager et à travailler sur des lignées de sélection spécifiques aux MDB, soit en utilisant des I. aphylla, soit à partir de SDB soigneusement sélectionnés, soit aussi en utilisant d'autres espèces. 

 Si vous n'êtes pas hybrideur, mais que vous aimez cultiver des MDB dans votre jardin, veuillez rechercher et préserver les MDB Hager dont il est question dans cet article. Ils sont une ouverture sur un côté fascinant de l'histoire de des iris. 

 Illustrations : 


 'Prodigy' 


 'Libation' 


 'Gizmo' 


 'Velvet Toy'

18.11.21

LA FLEUR DU MOIS

'Echo de France' ( Pierre Anfosso, 1984)
 Snowlight X Champagne Braise 

Pierre Anfosso était en admiration devant le travail de Barry Blyth en Australie sur les variétés bicolores et en particulier sur les amoenas. Il s'est donc attelé à réaliser un iris qu'il dédierait à son modèle, en hommage respectueux. Pour parvenir à ses fins il a choisi pour point de départ les célèbres amoenas roses créés en Nouvelle Zélande par Jean Stevens et distribués dans le monde entier. Il a fait un bon choix car ce type, largement exploité, a toutes les dispositions pour des améliorations et des développements, notamment vers le modèle amoena jaune. 

Il n'est pas rare que d'une erreur ou d'un concours fortuit de circonstances naisse quelque chose de remarquable. Le phénomène est flagrant en matière de cuisine. Témoins : la tarte tatin ou le crumble. Mais on pourrait citer d'autres fruits du hasard devenus tout aussi célèbres. Le monde des iris n'échappe pas à cette règle et le type amoena est de ceux-là. Comme nous le connaissons maintenant, il résulte des travaux de Paul Cook et de ce qui est apparu à partir de ‘Progenitor’, ce petit iris, porteur du gène qui inhibe les pigments dans tout ou partie de la fleur . De cette plante insignifiante sont venus ‘Melodrama’ (Cook, 1956), ‘Whole Cloth’ (Cook, 1957), ‘Emma Cook’ (Cook, 1957), ‘Miss Indiana’ (Cook, 1961) et d'autres qui nous valent de disposer aujourd'hui d'un panel pratiquement infini d'iris amoenas et bicolores. Si ce n'est pas Paul Cook qui a poursuivi dans la direction ainsi tracée, d'autres ont pris le relais et ont multiplié à l’infini le modèle. Barry Blyth est de ceux-là. Il est en particulier à l'origine des amoenas jaunes, avec pour figure de proue 'Alpine Journey' (1983).

 Comme il avait bien étudié son sujet, Pierre Anfosso a choisi pour point de départ la variété 'Snowlight' (Blyth, 1972), descendant direct de 'Sunset Snows' (Stevens, 1963). 'Snowlight' peut être considéré comme un amoena jaune, mais il mérite d'être remis sur le métier, notamment pour en approfondir et purifier les coloris. Son croisement avec 'Champagne Braise' (Monique Anfosso, 1982) variété qui exhibe les traits des amoenas roses de Jean Stevens a donné le résultat recherché. Et le produit est particulièrement réussi puisque les couleurs y sont franches, la fleur joliment ondulée, la texture soyeuse, la plante robuste et fidèle dans son fleurissement. Le but est atteint et Pierre Anfosso s'est acquis la considération du microcosme des obtenteurs. 

La preuve que 'Echo de France' soit proche de la perfection c'est que peu d'hybrideurs on tentés de lui apporter un petit plus, et aussi qu'on trouve toujours sa trace dans le pedigree de variétés enregistrées de nos jours. Dans la catégorie « améliorations » ont peut citer 'Dancing Sunspots' (Carol Dankow, 2001),ou 'Montana de Oro' (G. Sutton, 2002). Dans la catégorie « longévité » il y a 'Exposed Lady' (D. Stewart, 2010), 'Kissed by the Sun' (Schreiner, 2006), 'Terre de Couleur' (R. Cayeux, 2006), 'Vertige' (R. Cayeux, 2020, ou le superbe mais encore peu connu 'Prosit' (Schreiner, 2018) au pedigree particulièrement complexe. 

Les iris de Barry Blyth, dans toute leur diversité, classent celui-ci parmi les meilleurs hybrideurs de tous les temps. Pas étonnant qu'ayant suscité l'admiration de tous ceux qui veulent se lancer dans l'aventure de la création d'iris, certains de ceux-ci réussissent à se hisser au rang de leur maître ! Et pour ces émules, c'est nécessairement une grande joie et une grande fierté d'avoir atteint leur but. Pierre Anfosso a du ressentir ces sentiments quand il vu éclore pour la première fois une fleur d'Echo de France'. 

Illustrations :


'Echo de France' 


'Snowlight' 


'Champagne Braise ' 


'Vertige' 


'Prosit'

LA LONGUE HISTOIRE DES IRIS EN FRANCE

deuxième partie 

C'est au cours de la période de transition racontée précédemment que sont venus au premier plan deux hybrideurs français exceptionnels : Philippe de Vilmorin et Ferdinand Cayeux. Ils ont eu des carrières très différentes. Philippe de Vilmorin fut un personnage flamboyant, inspiré par les iris, mais n'agissant qu'avec l'intervention zélée et fidèle de Séraphin Mottet, son chef-jardinier. Mottet réalisait les croisements, Vilmorin prenait les décisions. A eux deux ils ont créé des fleurs splendides qui ont marqué leur époque, comme 'Oriflamme' (1904) ou 'Ambassadeur' (1920). Mais leur règne fut de courte durée, Philippe de Vilmorin étant décédé prématurément. Ferdinand Cayeux, homme d'affaire tout autant qu'horticulteur de génie, domina largement son époque. Il fut admiré par le monde des iris qui avait reconnu en lui un personnage exceptionnel. Ses iris ont été cultivés dans le monde entier et des variétés comme 'Jean Cayeux' (1931) ou 'Madame Louis Aureau' (1934)sont toujours présentes dans de nombreuses collections. Il a fait effectuer à l'iridosphère un immense saut en avant. Son influence a duré jusqu'à ce que la Deuxième Guerre Mondiale ne vienne stopper son activité. Lorsque la paix fut de retour les hybrideurs américains avaient récupéré la première place mondiale et fait faire aux iris d'autres progrès considérables. La famille Cayeux avait transmis le flambeau au petit-fils de Ferdinand, Jean, excellent hybrideur lui-aussi, qui allait faire parler de lui pendant une cinquantaine d'années en produisant de véritables monuments comme 'Condottiere' (1978) ou la longue série des variétés « tricolores » commencée par 'Bal Masqué' (1993). 

 Au sortir de la guerre, les hybrideurs français avaient pratiquement disparus. En dehors de Jean Cayeux il n'y avait plus rien. Ce fut une traversée du désert qui dura une trentaine d'années. Il fallut attendre la toute fin des années 1970 pour que des amateurs éclairés et audacieux ne vienne apporter leur contribution à la création de nouvelles variétés. D'abord Jean Ségui, à qui l'on doit une vingtaine de variétés enregistrées, puis Pierre Anfosso, qui a ajouté à sa vocation d'artiste peintre sa passion pour les iris. C'est en 1979 qu'il a fait son apparition dans l'iridosphère, avec des variétés qui ont été reconnues par tous comme 'Echo de France, son hommage au travail de Barry Blyth. Il avait communiqué le virus des iris à toute sa famille, et des variétés marquantes sont signées par son fils Pierre-Christian, sa fille Laure, sa femme Monique et sa bru Vivette. Les amateurs d'iris du monde entier on regretté que cette famille ait interrompu sa création d'iris à la fin des années 1990, et réjouis de constater sa renaissance à partir de 2015. 

Les années 1990 ont vu l'émergence d'un nouvel hybrideur plein de talent et très éclectique dans ses domaines d'activité : Lawrence Ransom. Cet obtenteur au goût très sûr a produit des fleurs charmantes et de grande qualité mais qui sont restées confidentielles dans leur diffusion. Deux ou trois autres personnes se sont fait connaître dans la même période, mais de façon plus artisanale que professionnelle. En ce temps-là c'est Richard Cayeux, héritier de la célèbre famille, qui dominait largement le marché français montrant un talent de tout premier plan et obtenant des variétés nombreuses et superbes. C'est aujourd'hui un hybrideur mondialement connu et reconnu. Son exemple a décidé plusieurs fanas d'iris à se lancer dans l'hybridation. Leur particularité est qu'ils ont du commercialiser eux-mêmes leur production, mais en ce domaine aussi on peut dire qu'ils ont bien réussi, créant un réseau soudé d'entreprises artisanales réactives et dynamiques. C'est ainsi que le nombre de nouvelles variétés françaises s'est vite accru et que de véritables talents se sont révélés qu'il faudrait tous nommer. Cela concerne toutes les catégories d'iris , avec une grosse majorité de grands iris des jardins (TB). Chaque année désormais, de nouveaux hybrideurs se déclarent, mais ce qui limite leur reconnaissance au niveau mondial c'est le côté artisanal de leur diffusion essentiellement hexagonale. 

De nos jours si la suprématie dans le monde des iris revient toujours aux hybrideurs américains, ils ont maintenant fort à faire avec une foule d'obtenteurs de tous les pays du monde. Parmi ceux-ci les obtenteurs français ont retrouvé une place honorable qui s'agrandit d'années en années. 

 Illustrations : 


'Ambassadeur' 


'Madame Louis Aureau' 


'Bal Masqué' 


' Ruée vers l'Or' (Ségui, 1998) 


'Lorenzaccio de Médicis' (Anfosso) 


'Marie Kalfayan' (Ransom, 1994)

16.11.21

LA LONGUE HISTOIRE DES IRIS EN FRANCE

première partie
 
Qu'on le veuille ou non, c'est bien en France qu'a débuté la culture horticole des iris. Les hommes ont toujours été attirés par les iris. Ils ont été émerveillés par la richesse de cette fleur et la variété de ses couleurs. Ce n'est pas pour rien qu'ils lui ont donné le surnom de « plante arc-en-ciel », mais leur émerveillement n'a fait que croître dès lors qu'ils ont compris que l'on pouvait en faire varier indéfiniment les coloris, les tailles, les formes, rien qu'en choisissant les parents au moment du croisement. 

Cette découverte a été une véritable révolution. Elle est le fait d'un aristocrate français, Marie Guillaume de Bure. Bien qu’apparemment sans activité professionnelle, ce descendant d'une illustre famille d'éditeur avait suffisamment de fortune pour vivre de ses rentes et s’adonner sans crainte du lendemain à sa passion pour les iris. Comme tout le monde il s'est extasié devant les variations dans le coloris des fleurs obtenues par les seules pollinisations naturelles et il s'est dit qu'il était possible de sélectionner les plus belles – ou les plus originales – parmi les fleurs issues de l'intervention des insectes pollinisateurs. On s'accorde à dire que ce travail de sélection aurait commencé dans les années 1830, et que son premier choix se serait porté sur une variété du modèle plicata qu'il a baptisé 'Iris Buriensis'. Cet iris est aujourd'hui disparu (à moins qu'il ne se soit naturalisé, ce qui est probable), mais le travail de quelques chercheurs a permis de dire qu'il devait être assez semblable à la variété dénommée 'True Delight' (Sturtevant, 1924), mais aussi, peut-être à 'Jeanne d'Arc' (Verdier 1907). Aujourd'hui personne ne discute de l'apparence de 'Iris Buriensis', mais une étude récente laisse à penser que cette variété serait bien antérieure à la date à laquelle on situait jusqu'ici son origine. Plutôt que les années 1830, il faudrait parler des années 1810, ce qui situe l'origine de l'horticulture des iris bien plus tôt qu'on ne le pensait ! 

Monsieur de Bure a été suivi très rapidement par d'autres pépiniéristes français, en particulier Henri Antoine Jacques, jardinier du roi Louis-Philippe en son château de Neuilly dont l'obtention la plus célèbre est la variété 'Jacquesania', des années 1840. Ce fut ensuite une famille de pépiniéristes prolifiques et inspirés, Jean et Jean Nicolas Lémon, qui ont mis sur le marché un grand nombre de variétés. Ces plantes ont rencontré un formidable succès et de nombreuses d'entre elles existent encore, cent soixante dix ans après leur sélection. Témoin : 'Madame Chéreau' (1844). 

Car il s'agit de plantes obtenues par pollinisation naturelle puis sélectionnées par le pépiniériste. Pour ce qui est des croisements réalisés de la main de l'homme, il faudra attendre encore un peu. Auparavant la suprématie française va traverser une crise importante causée par la guerre franco-prussienne de 1870 puis l'épisode révolutionnaire de la Commune de Paris (1871). Pendant ces quelques années d'éloignement des spécialistes français, les horticulteurs britanniques ont repris le flambeau et fait rapidement progresser l'horticulture des iris. Il a fallu attendre les années 1880/1890 et la prééminence de la famille Verdier pour voir la France revenir au premier plan. 

 Victor Verdier était le neveu d'Antoine Jacques, le jardinier du roi Louis-Philippe. Lui et ses fils ont repris le flambeau familial. Leur activité a été essentiellement celle de pépiniéristes, commercialisant les obtentions de leurs confrères, comme les Lémon ou leur oncle Jacques. Néanmoins on connaît d'eux quelques variétés très renommées à leur époque, comme 'Clio' (1863) qui, maintenant, si l'on en croit les clichés disponibles, date profondément.

 Pendant le demi-siècle qui s'est écoulé alors, se sont produits des événements essentiels de l'histoire des iris, comme le passage à la tétraploïdie, auquel les hybrideurs français ont largement contribué. Certes, ce ne sont pas eux qui ont été à l'origine des cette découverte, mais quand ils ont retrouvé assez de vitalité ils s'y sont tout de suite intéressés. Pendant les épreuves qui affectaient les jardiniers français, leurs collègues anglais continuaient leur travail. Inquiets de constater qu'ils ne découvraient plus de coloris nouveaux chez leurs iris, ils ont eu l'idée de faire appel aux gros iris bleus prélevés au Proche ou Moyen Orient, mais très vite, cependant, ils se sont trouvés dans une impasse : les iris moyen-orientaux ne donnaient que des fleurs dans les tons de bleu. D'où l'idée de les croiser avec les iris européens. Cependant ces premiers croisements ont été très décevants. Peu de fécondations réussies et semis s'avérant stériles... A l'époque on ne s'expliquait pas ces phénomènes et il fallut la persévérance des hybrideurs pour continuer à tenter leur chance, avant qu'un scientifique français, Marc Simonet, ne vienne élucider le mystère en comptant les chromosomes et en expliquant pourquoi ils rencontraient tant de difficultés. 

 Cette période d'incertitude qui a duré une bonne trentaine d'années a malgré tout marqué une étape fondamentale dans l’histoire des iris. Les efforts des hybrideurs français ont été déterminants et des horticulteurs comme Fernand Denis ou Alexandre et Lionel Millet, inspirés par leurs collègues britanniques, en faisant venir de Turquie des iris à grandes fleurs et en multipliant les croisements avec des iris à « petites » fleurs ont fini par obtenir ces fleurs fertiles et richement colorées que nous connaissons aujourd'hui. Fernand Denis eut une carrière très productive. Rien que pour les TB, plus de 70 variétés lui sont attribuées. Parmi celles-ci le célèbre 'Demi-Deuil' (1912) ou le bleu pâle 'Andrée Autissier' (1921). Quant aux Millet père et fils, tout aussi productifs, nous leur devons les incontournables 'Souvenir de Madame Gaudichau' (1914) ou 'Mary Senny' (1931).

 (à suivre) 

Illustrations : 



'Jeanne d'Arc' 


'Demi-Deuil' 

'Clio' 




'Madame Chéreau'

30.10.21

EN PASSANT PAR LA LORRAINE

Dans notre pays on assimile souvent la culture des iris avec la partie sud. En fait l'origine de cette culture s'est située en Région Parisienne avant de gagner le Centre ou le Sud. Et de nos jours elle s'est étendue à l'ensemble des régions. L'Est compris. D'ailleurs, plus à l'est encore, il y a de formidables pépinières et jardins d'iris. Le sillon rhénan, notamment, se distingue avec, du sud au nord, le superbe Merian Park de Brülingen dans la banlieue de Bâle, qui possède l'une des plus belles collections d'iris anciens ; le jardin de Fritz Lehmann à Brennet, un peu au nord de Bâle, est une des plus belles collections d'Allemagne ; quant à la pépinière de la comtesse von Stein-Zeppelin, à Laufen, encore un peu plus au nord, c'est la plus célèbre d'Allemagne, et peut-être la plus importante. 

 Du côté français il faut venir jusqu'en Lorraine pour trouver une réelle activité iridistique. En Alsace, près de Strasbourg, cependant, Nathalie Kacza a ouvert une pépinière spécialisée il y a peu de temps qui s'appelle « L'Iriseraie », et qui est située à Kuttolsheim, petit village à l'ouest de la grande métropole. Mais c'est en Lorraine que les choses ont pris une tournure plus importante. 

 Cela a commencé par l'apparition de Richard Sérafinovski, un amateur très entreprenant qui a transformé son jardin en mini-pépinière. Mais cette aventure n'a pas duré : emporté par un cancer, son initiateur s'est éteint quelques années plus tard... 

 C'est alors que le nom d'Antoine Bettinelli est apparu. Ce professeur est un amateur éclairé qui se passionne pour les iris autant que pour les hémérocalles et qui hésite entre ces deux passions. Il n'a enregistré jusqu'à présent qu'une seule variété de grand iris, 'Chaux Neuve', un joli variegata descendant de 'Edith Wolford'. Plusieurs semis issus de ce 'Chaux Neuve' ont été obtenu mais leur hybrideur ne les a sans doute pas trouvé assez réussis pour leur donner une vie officielle. 

 A Nancy, Jean-Luc Rémy pratique l'hybridation depuis de nombreuses années. Il envoie régulièrement certaines de ses obtentions au concours FRANCIRIS. Ce sont des fleurs qui ont belle allure sur les photos et que le public remarque. Mais dans ces compétitions la concurrence est sévère puisque les meilleurs hybrideurs mondiaux y envoient leurs plus belles nouveautés. Il faut donc une part de chance pour parvenir à s'y distinguer ; celle-ci n'a pas encore souri à Jean-Luc Rémy mais il a raison de persévérer. A noter cependant que son semis 157-G s'est classé dans le top 10 du concours de 2017. Sans doute pourrait-il enregistrer certains de ses semis. Cela contribuerait à les faire connaître pour peu qu'un pépiniériste ayant pignon sur rue ait la curiosité de s'y intéresser. Mais il ne l'a pas encore fait... 

 La chance dont il vient d'être question a permis que Martin Balland remporte le concours FRANCIRIS de 2017. La chance, c'est un concours de circonstances favorable qui fait qu'une belle plante connaît au bon moment une croissance parfaite, en bonne santé, et se trouve en pleine fleur juste au moment du concours et se présente dans toute sa splendeur au milieu d'autres qui réunissent en même temps tous les critères permettant de triompher ! C'est ce qui explique qu'une variété, par ailleurs universellement admirée, se trouve surclassée par d'autres aux mérites comparables. Au moment de sa consécration Martin Balland n'était pas un inconnu. Depuis quelques années il s'était fait connaître par de nombreuses réalisations qui apportent la preuve de son talent d'hybrideur et de la rigueur de ses sélections. Dans son petit jardin de Crève-cœur, à St Dié des Vosges, il cultive ses obtentions dont il enregistre les meilleures depuis 2012. Il s'intéresse particulièrement aux iris sombres, « rouges » ou violet influencé de rouge, et ceci depuis 2013 et 'Madame Pilou', une variété dans les tons de pourpre avec des barbes orange agrémentées d'éperons. En 2014 on note 'Antonio Farao's Piano', un violet très foncé, puis en 2016 son frère de semis 'Black Inside' ainsi qu'un rouge acajou de toute beauté 'La Grande Mademoiselle' qui porte ce nom puisqu'il est le vainqueur d'un appel d'offre destiné à constituer l'étendard de la collection de Champigny sur Veude, dont la cousine de Louis XIV était la châtelaine. En 2018 sont apparus 'Red Moon', enfant de 'Antonio Farao's Piano' et 'Sylvain Ruaud', frère de semis de 'La Grande Mademoiselle' et presque son jumeau. 2019 est l'année du superbe 'A Bout de Souffle', violet d'une teinte qui sort de l'ordinaire, petit fils de 'Hello Darkness'. Ces derniers temps les recherches de Martin Balland ont pris une nouvelle orientation portée vers les plicatas et variegata-plicata, avec semble-t-il beaucoup de réussite. Mais la grande fierté de Martin Balland c'est 'My Red Drums' (2016) puisque c'est le vainqueur de FRANCIRIS 2019. Ce produit de 'Rio Rojo' X 'Palace Symphony' est en effet un bel exemple d'application réussie du principe d' inbreeding » qui a déjoué tous les pronostics des amateurs présents à Vincennes ce printemps-là. Souhaitons à Martin Balland d'autres succès de ce genre. 

 Avec ces sérieux hybrideurs la Lorraine s'affirme donc comme étant devenue une belle vitrine des progrès de l'iridophilie dans notre pays. 

 Illustrations : 


 'Chaux Neuve' 


semis Rémy 157-G 


'Antonio Farao's Piano' 


'My Red Drums'

23.10.21

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Une belle récompense 

 Robert Piatek, le plus talentueux des hybrideurs polonais, vient de recevoir, de la part de la MEIS (l'association qui regroupe les iridophiles de l'Europe de l'Est) les récompenses suivantes :
 COUPE des Carpates 2021 et Médaille de la MEIS 2021 pour son TB 'Magic of Love' (2015). 

 Il mérite toutes nos félicitations.



Lynn MARKHAM

Dans ces pages on ne parle pas beaucoup, j'en conviens, des iris de bordure. Pourtant ce sont de proches parents des grands iris auxquels s’adressent la plupart des chroniques de ce blog : ils fleurissent en même temps, ils émanent fréquemment des mêmes croisements, leurs fleurs sont semblables dans l'apparence si ce n'est dans la taille, la différence c'est que les BB n'atteignent pas, en hauteur de tiges, les 0,70 m. nécessaires pour être classés parmi les TB. En fait cette catégorie a été créée pour pouvoir donner une vie commerciale à des TB valeureux mais un peu trop râblés. Au début, à cause de ça, les BB avaient le plus souvent des fleurs un peu trop grosses pour leur taille, ce qui n'était pas toujours gracieux. Avec le temps, les obtenteurs se sont rendus compte que ces grands iris de petite taille présentaient de réels avantages, du fait de leur taille, justement, qui les rendait moins encombrants et permettait leur implantation dans les jardins souvent restreints en surface de nos villes. Pour bien faire il fallait seulement parvenir à obtenir des fleurs mieux en rapport avec la hauteur de la plante. La tâche n'a pas été facile tant que BB et TB provenaient des mêmes croisements. On ne pouvait sélectionner qu'un nombre très faible de plantes, d'où un nombre d'enregistrements réduit. La difficulté s'est estompée lorsque l'on est parvenu à obtenir des BB issus de croisements directs entre BB ou entre un TB et un IB. 

Lynn Markham, obtentrice de Nouvelle Angleterre (du Massachusetts exactement), dès qu'elle s'est lancée dans l'hybridation, a choisie cette voie difficile et ses obtentions sont surtout des BB, avec néanmoins, un certain nombre de TB apparus au hasard des semis. 

Elle vient de s'éteindre après une longue vie avec les iris puisque ses premières obtentions datent de 1967. Dans son petit jardin de Lunenburg (une petite ville située au nord-ouest de Boston) elle a pratiqué l'hybridation avec des résultats surprenants qui démontrent que cette élégante personne savait effectuer les croisements les plus prometteurs. Cette science, elle l'avait acquise auprès d'Orville Fay, ce grand maître dont plusieurs variétés sont connues du monde entier et, comme le jaune 'Zantha' (1947), font preuve d'une longévité exceptionnelle. 

Ses premiers croisements restent très traditionnels, comme par exemple celui qui a abouti au TB bleu lavande 'Misty' : Rippling Waters x Whole Cloth. Mais si sa spécialité a bien été les iris de bordures, ses premiers pas ont concerné des grands iris, puis un SDB qui lui a d'ailleurs valu d'attiré précocement l'attention sur son travail. Il s'agit de 'Boo' (1971) qui a poursuivi dans les honneurs jusqu'à l'Award of Merit, en 1975, et fait une carrière internationale remarquable. On le trouve parmi les ancêtres de 'Petite Fugue' (P. Anfosso, SDB, 1983), 'Antarctique' (R. Cayeux, IB, 1993), 'Bosa Svetlana' (L. Muska, SDB, 1999), et, curieusement, dans un semis de Pia Altenhöfer, en Allemagne, dont celle-ci a enregistré trois rejetons, en 2009 ! 

Cependant ses véritables débuts dans l'hybridation des iris de bordure datent de l'enregistrement de 'Angel Feathers' (1973). Ce descendant des meilleures variétés de l'époque ('Mary Randall', 'Celestial Snow'...) dispose des bonnes proportions et, de ce fait, a été utilisé à plusieurs reprises en vue d'obtenir des BB de qualité. On en compte cinq en ligne directe, dont 'Teapot Tempest' (1998) qui a parcouru l'échelle des honneurs jusqu'à la Knowlton Medal décrochée en 2008. 

La suite de son travail fait aussi appel aux obtentions de Bee Warburton, une personne qui avait la réputation de ne sélectionner que des variétés de tout premier plan. Celles-ci rassemblent plusieurs espèces de petite taille : le fameux 'Progenitor', et le très utile I. aphylla qui a la particularité de rendre les couleurs plus contrastées et de réduire la hauteur des plantes qui en portent les gènes. Cela a abouti aux enregistrements de 1992 : 'Satin Sashes' et 'Secret Weapon'. 

 Par la suite Lynn Markham a continué ses recherches, ajoutant progressivement dans ses croisements des iris modernes qui ont donné naissance à des variétés valeureuses comme 'Dance Gypsy' (2002), 'Devil's Waltz' (2010) ou le remarquable luminata 'Dapple Dawn' (2014). 

Lynn Markham ne fait pas partie des hybrideurs prolifiques. Elle s'est fixé un but au début de sa carrière et elle s'y est tenue. Ce but était difficile à atteindre, de sorte que sa production n'a pas été importante. Mais ce n'est pas au nombre d'enregistrements que l'on compte les hybrideurs que l'histoire des iris retiendra. En revanche le nom de Lynn Markham restera attaché au développement des iris en général et des iris de bordure en particulier. 

Illustrations 


'Dance Gypsy' 


'Teapot Tempest' 


'Devil's Waltz' 


'Dapple Dawn' 

 Cet article doit beaucoup à la chronique obituaire de Kevin Vaughn (Bulletin « Irises » n° 102/2, printemps 2021).

16.10.21

DES AMITIÉS FRUCTUEUSES

La générosité et le sens du partage sont des qualités que l'on rencontre fréquemment dans le monde des iris. Les biographes des grands hybrideurs ne manquent pas de souligner que les débutants ont toujours trouvé auprès d'eux non seulement des conseils et des encouragements, mais aussi de précieux rhizomes à partir desquels ils ont pu se lancer dans leurs programmes de croisements. Orville Fay, Paul Cook font partie de ces hommes qui n'ont jamais hésité à consacrer beaucoup de leur temps à ceux qui venaient les trouver, et à leur remettre tout plein de leurs obtentions. Cette tradition n'est pas éteinte et l'on a aujourd'hui plusieurs exemple de sa pérennité. 

Barrry Blyth, le célèbre hybrideur australien est bien connu pour cela. Koen Engelen, un jeune et enthousiaste amateur belge – qui, malheureusement, s'est tourné aujourd'hui vers une autre passion que les iris – a raconté comment il a été reçu pendant une longue période à Piercedale, dans la pépinière de Barry Blyth, qui lui a tout appris des règles de l'hybridation et de la sélection des semis. Cette tradition de l'hospitalité s'est maintenue jusqu'à la cessation d'activité de Barry et a été particulièrement fructueuse auprès de Keith Keppel, Thomas Johnson et notre compatriote Roland Dejoux. Il en est même résulté une véritable activité qui a donné une nouvelle orientation à la vie d'hybrideur de ces trois personnages. 

Ils ont les uns et les autres profité de l'opportunité du décalage des saisons entre les hémisphères nord et sud pour mettre au point un système de croisements original et astucieux qui n'aurait pas pu exister sans l'accueil et la générosité de l'obtenteur australien. Ce système est le suivant : à l'automne chez nous (qui correspond au printemps et à la saison des iris dans l'hémisphère sud), d'abord Keppel, puis par la suite Johnson et Dejoux, ont fait le voyage en Australie. Barry Blyth les attendait, les accueillait chez lui et les laissait effectuer tous les croisements qu'ils souhaitaient parmi les innombrables variétés qui se trouvaient dans sa pépinière. C'était l'occasion d'un travail intense, mais aussi celui de l'expression d'un amitié chaleureuse. Quand les capsules issues de ces croisements, dûment identifiées, parvenaient à maturité, Blyth les récoltait et envoyait les graines à l'auteur des croisements. On était alors au printemps dans l'hémisphère nord et on avait tout son temps pour les semer et leur faire commencer une existence « nord-hémisphérique » normale. A noter que la procédure inverse était aussi appliquée. Au printemps chez nous Barry Blyth se rendait en Oregon chez Keith Keppel, y pratiquait quelques croisements dont il recevait les fruits trois mois plus tard, à temps pour les planter chez lui ! Ce n'est pas au temps de Ferdinand Cayeux ou de Philippe de Vilmorin qu'on aurait pu imaginer de tels échanges. A l'époque les steamers qui reliaient Marseille à Sydney devait mettre environ six semaines pour faire le voyage !... 

L'amitié entre Blyth et Dejoux, née lors de la grande tournée en France effectuée par ce dernier en …. est ainsi à l'origine de toute une série de variétés obtenues sur le sol français dans les riches terres gersoises, comme, par exemple 'Piercedale's Girls' (2,020) pur produit australien et agréable fleur blanche bordée de mauve dont le pedigree s'écrit : Blyth seedling X194-2: (seedling V134-4 x seedling V228-1) X Blyth seedling X229 sibling: (seedling V282-1 x seedling V229-1), et qui a la particularité de ne concerner que des semis non enregistrés mais présents dans les champs de Piercedale : 
 V134-4= 'I’m Posh' sibling; 
 V228-1= 'Colour Bazaar' X T191-3: (R79-3, 'I’m a Hussy' sibling, x R95-1, 'Adoranova' sibling);   V282-1= 'Somewhat Fancy'; 
 V299-1= (T315-3, 'Chasing Destiny' sibling X 'Stylish Edge'). On ne peut évidemment pas savoir à quoi ressemblent (ou ressemblaient, s'ils n'ont finalement pas été retenus) ces différents semis, ce qui est dommage pour les curieux. Notons seulement que parmi les variétés dénommées il y a un peu de tous les modèles, mais que celle dont 'Piercedale's Girls' est le plus proche est 'Stylish Edge' (2014). 

La très sympathique complicité qui s'est établie entre Keith Keppel et Barry Blyth est à l'origine de plusieurs croisements remarquables dont le plus important est sans doute 'Reckless Abandon' (2009), Médaille de Dykes 2021, et qui a comme origine australienne le semis de Blyth L304-1, 'Platinum Class' sibling. 

Une relation non moins chaleureuse s'est établie entre Barry Blyth et Thomas Johnson, au point que ce dernier est en quelque sorte devenu le légataire universel de son ami australien. Le résultat le plus éminent de leur collaboration est sans nul doute 'Daring Deception' (2012), lui aussi sacré Dykes Medal en 2021. Cet iris a un pedigree purement australien :  'By Jeeves' X Blyth seedling# O77-A: ('Hold My Hand' x 'Brave Face'), même s'il est américain en fait par le « droit du sol » ! On peut admettre, si l'on fait abstraction de l'artifice du transfert intercontinental, que 'Daring Deception' est un produit « Blyth » et que sa médaille est une consécration mondiale pour un obtenteur qui l'a amplement méritée. 

La collaboration amicale entre des obtenteurs de l'hémisphère nord et un de leurs collègues du Sud peut faire l'admiration du monde entier. De la part des premiers s'est une opportunité dont ils sont infiniment reconnaissants, de la part de leur ami australien c'est le témoignage d'une générosité exceptionnelle dont on parlera indéfiniment dans l'histoire des iris.

Illustrations


- 'Piercedale's Girls


- 'Daring Deception'


- 'Reckless Abandon'


- 'Somewhat Fancy'

9.10.21

L'AUTRE 
 Quand on parle des iris d'Australie, on pense d'abord à Barry Blyth qui a longuement dominé l'iridophilie dans son pays et s'est même forgé une réputation d'excellence partout dans le monde. Mais il ne faut pas oublier que d'autres hybrideurs existent et que certains peuvent être qualifiés de grands maîtres. C'est le cas de Graeme Grosvenor. Cet Australien bon teint, qui est né et a toujours vécu à Sydney, a d'abord exercé la carrière de professeur de mathématiques, avant qu’il ne se consacre entièrement à son violon d’Ingres, les iris. En 1970 il a ouvert une pépinière, en compagnie de son beau-frère John Taylor, maître incontesté des iris de Louisiane. Depuis 2002 il a pris une seconde retraite, laissant à sa fille et son gendre la Maison Rainbow Ridge Nursery qu'il avait créée pour commercialiser ses obtentions. Son premier iris enregistré a été ‘Rellie’, un iris blanc à barbes rouges, qui a tout de suite attiré l’attention des amateurs dans un pays où l’on sait ce que bel iris veut dire. Pour ce premier croisement il s'est contenté d'utiliser des variétés australiennes , de Barry Blyth évidemment : ( 'Lilac Champagne' x 'Bon Vivant' ) X 'Outer Limits'.  C’était en 1978. Ce premier succès a encouragé notre prof de math à continuer, et il est allé de réussite en réussite. C'est ainsi qu'il a reçu 22 fois l'Australian Dykes Medal , récompense assez particulière, à laquelle ne prennent pas part tous les obtenteurs du pays, mais qui ne couronne que des fleurs de qualité. Dans l'ordre chronologique on trouve 'First Movement' (1992), 'Temptone'(1995), 'Hills District' (1997), 'Ribands' (1998), 'Move On' (1999), 'Lavender Park' (2000), 'Helen Dawn' (2002),'Pay the Price' (2003), 'Jayceetee' (2004), 'Second Option' (2006), 'June Brazier' (2007), ''Dancing in Pink' (2008), 'Pot Black' (2009),  'Amenort' (2011), 'Tay Daum' (2013), 'Scared Stiff' (2014), 'Coal Face' (2015), 'Rusty Taylor' (2016), 'Our Man Buck' (2017), 'Marie's Love' (2018), 'Boyd' (2019). C'est, en plus grand, la même suprématie que celle qui a permis à Ferdinand Cayeux d'enlever toutes les Dykes Medal Françaises pendant tout le temps qu'à duré cette récompense ! Mais ce n'est pas tout, il faut ajouter les ISA Medals (celles qui récompensent un grand iris quand c’est un iris différent qui remporte la DM australienne) comme ‘Azure Angel’ (1994) en 1996, ou ‘Second Option’ (1999) en 2006. Et puis il y a aussi Florence, ce championnat du monde des iris, où Grosvenor a été couronné deux fois : ‘Helen Dawn’ (1998) en 98, et ‘Pay the Price’ (2004) en 2003. Bref notre homme est l'un des plus titrés du monde des iris. S'il n'a pas rencontré au plan mondial la même renommée que son confrère Barry Blyth, il faut sans doute mettre en cause d'une part sa discrétion, d'autre part les relations particulières entretenues par Blyth avec les ténors de l'AIS comme Keith Keppel qui, en hébergeant les plantes obtenues par son ami australien, a permis à celles-ci d'entrer de plain pied sur le marché américain et, de là, essaimer partout dans le monde. Un coup de pouce comme ça est un avantage non négligeable. Quoi qu'il en soit, même s'ils sont moins connus et moins diffusés que les iris de Barry Blyth, on peut considérer que ceux de Graeme Grosvenor sont de valeur équivalente. Et ils sont d'autant plus précieux qu'ils sont plus rares. Graeme Grosvenor n’est pas seulement mathématicien et hybrideur d’iris ; c’est aussi un passionné de musique et de littérature, et un photographe averti. Et n’oublions pas les quatre livres sur les iris qu’il a écrits et dont le dernier,  « Iris, Flower of the Rainbow », figure dans la bibliothèque de tous les fans d’iris.  

Illustrations :


 'First Movement' 


 'Pay the Price' 


 'Amenort' 


 'Coal Face' 


 'Rusty Taylor'
LA FLEUR DU MOIS 
NAVAJO JEWEL John Weiler, 1983 
(('Pacific Panorama' x 'Seaside') x 'Full Tide') X (('Pacific Panorama' x 'Seaside') x sibling) 

 Des iris bleus, il y en a, comme on dit, à la pelle, alors est-il bien judicieux de consacrer un portrait à l'un d'entre eux ? Certes le bleu est une couleur qui tend à paraître galvaudée, mais c'est tout de même, dans l'opinion publique, celle qui correspond à l'idée d'iris, alors même qu'on englobe sous le vocable « bleu » ce qui est en fait du violet. Le bleu, le bleu pur, n'est pas si fréquent que ça, je dirais même que c'est une couleur exceptionnelle tant il est vrai que la plupart des iris bleus comportent une pointe de violet. Qui plus est, le bleu des iris comporte une infinité de nuances qui vont du bleu à peine sensible de 'Eleanor's Pride' (Ed. Watkins, 1952) au bleu profond de 'Mer du Sud' (Richard Cayeux, 1997), en passant par le bleu indescriptible de 'Mystique' (Joë Ghio, 1972). 

 Le bleu dont il va être question aujourd'hui est un bleu turquoise, c'est à dire un bleu clair et légèrement teinté de vert. Il est porté par 'Navajo Jewel', une variété de 1983 qui nous met sur la voie puisque la turquoise est une pierre emblématique du pays de indiens Navajos. Sa description officielle est : « bleu moyen nettement teinté de turquoise ; barbe jaune clair (...) ». C'est un produit de John Weiler un hybrideur californien qui n'est pas un gros producteur mais qui s'était fait un nom reconnu dans le monde des iris. La fleur du mois d'août était déjà une iris signé Weiler, 'Throb', un bel orange vif. 

 'Navajo Jewel' est ce qu'on appelle un bleu de bleu puisque ses deux parents sont des iris bleus. Ils ont d'ailleurs la particularité d'être à 50% issu du même croisement : ('Pacific Panorama' x 'Seaside'). 'Pacific Panorama' (Neva Sexton, 1960) est une variété mondialement connue, qui a obtenu la Médaille de Dykes en 1965 et qui, de ce fait, a acquis une célébrité au demeurant tout à fait méritée. 'Seaside' (Opal Brown, 1967) est moins connu mais son lignage parle pour lui puisque ses parents sont d'une part 'Winter Olympics' (O. Brown, 1961, DM en 1967), d'autre part 'Galilee' (Orville Fay, 1955), à l'origine d'une multitude d'iris bleus souvent récompensés. 

 Question descendance, 'Navajo Jewel' n'a pas inspiré grand' monde. La base de donnée de l'AIS ne lui connaît que huit rejetons dont les seuls à être connus de par le monde sont les trois obtenus par James Mcwirther en 1996/97, qui font appel à 'Winterscape' (McWirthrter, 1984), blanc bleuté, et à un frère de semis de 'Regent's Row' (Denney, 1978), et qui se nomment 'Helen Cochran', 'Mother Marshmallow', tout deux unicolores blancs, et 'Lake Mead', indigo. 

 Dans mon jardin 'Navajo Jewel' s'est toujours bien comporté. Fidèle chaque année, multiplication suffisante sans excès, jamais aucune maladie. J'en ai donné quelques rhizomes à ma sœur qui demeure à quelques kilomètres de chez moi. Elle en a constitué une longue bordure qui est en place depuis des années et fleurit abondamment. Dans le « temps long » comme on dit aujourd'hui il se révèle donc une bonne plante de jardin. C'est le propre des iris de qualité que de pousser et fleurir sans poser de problème à leur utilisateur ! C'est un reproche que l'on fait souvent en Europe aux iris californiens que d'être fragiles et capricieux, nés et élevés qu'ils sont dans un climat plus clément que celui du pays où ils ont été transplantés. Mais cela ne s'applique pas à 'Navajo Jewel'. 

 Illustration : 


'Navajo Jewel' 


 'Pacific Panorama' 


 'Seaside' 


 'Full Tide' 


 'Lake Mead'