28.11.22

UNE POSE

Pas de nouvelle chronique cette semaine. Une interruption temporaire. Reprise vendredi prochain !

20.11.22

ROSES DE CAYEUX

Les premiers iris roses sont apparus dès le début des années 1920. Cette émergence est pratiquement concomitante de la tétraploïdie et, d'ailleurs, elle en est une conséquence . Mais ce n'est qu'à partir des années 1940 que le rose, qui était jusqu'alors plutôt un jaune rosé, est devenu vraiment rose et s'est répandu partout dans le monde, grâce au travail de Orville Fay et de David Hall. Cependant la famille Cayeux ne s'est pas précipitée pour enregistré ses premiers iris roses. Sauf erreur de ma part, il a fallu 1960 et l'iris baptisé 'Dentelle Rose' pour découvrir la première variété de cette couleur dans la production de l'illustre famille. 'Dentelle Rose' se rattache aux tout premiers iris roses puisque dans son arbre généalogique on trouve 'Pink Cameo' (O . Fay, 1944) et 'Overture' (D. Hall, 1944), tous deux faisant partie des précurseurs. 


 Après cette expérience il faut attendre 1978 pour que la catalogue Cayeux s'enrichisse de deux nouveaux iris roses : 'Premier Bal' et 'Nuage Rose', même si le premier, d'un rose orchidée soutenu, est plutôt à classer dans les roses « pink » que dans les roses « rose ». Jean Cayeux ne devait sans doute guère apprécier ce coloris (à moins que cela ne soit que par souci de perfectionnisme) puisqu'il faut attendre plus de dix ans avant qu'il n'en enregistre un nouveau. Ce nouveau c'est 'Perle Rose' (1990), une variété franchement rose qui a pour parents des iris roses de haute réputation : 'Vanity' (B. Hager, 1974, DM 1982), 'Pink Taffeta' (N. Rudolph, 1965, DM 1975) et 'Fashion Fling, (D. Hall ; 1965). 


 'Hélène C.', (J. Cayeux, 1995) est l'enregistrement suivant. C'est un rose orchidée vif, avec de jolies fleurs, mais peut-être un peu « tape-à-l’œil »! Là s'arrête la production de Jean Cayeux. C'est Richard qui, dès lors, va prendre le relais. Il semble qu'il soit plus intéressé que son père par l'obtention d'iris roses. Il adopte une formule qui lui est propre pour aboutir dans ce travail : Il associe une variété rose clair ou moyen et une variété beaucoup plus saturée, voire même teintée de rose orchidée, c'est à dire avec une pointe de bleu. Ce sera la cas pour sa première tentative, qui s'appellera 'Starlette Rose' (1995). L'association rose clair/rose foncé sera celle de 'Ovation' (C. Tompkins, 1969) pour la partie de teinte vive, et de 'Premier Bal' (J. Cayeux, 1978) pour le rose pastel ; pour faite bonne mesure, et s'assurer les qualités de grands faiseurs, 'Pink Angel (N. Rudolph, 1972) et 'Playgirl' (J. Gatty, 1975) seront mis à contribution. Le résultat est une fleur rose bien ronde, avec une belle barbe rouge. 


 Pour continuer sur le même principe, 'Buisson de Roses' apparaîtra en 1997. C'est le produit du rose clair 'Paradise' (J. Gatty, 1979), et du rose vif 'Hélène C.' (J. Cayeux, 1995). C'est un bel iris tirant sur le rose saumon avec une belle barbe minium. Cette variété sera suivie immédiatement par 'La Vie en Rose' (1999) qui associe cette fois 'Hélène C.' et un autre rose de Gatty, 'Eden' qui assure le côté clair du croisement. Puis viendra 'Succès Fou', en 2000. Cette fois on reprend le croisement qui a donné naissance à 'Buisson de Rose', auquel on ajoute le touche nettement plus vive de 'Coming Up Roses' (J. Gatty, 1981) qui est l'une des dernières obtentions de Joë Gatty, et aussi d'une forme beaucoup plus moderne. 


 Il faudra attendre 2006 pour découvrir un nouveau rose au catalogue Cayeux. 'Alerte Rose' procède d'un autre plan que ses prédécesseurs puisque il est issu d'une association d'iris orange. D'ailleurs il est lui-même d'un rose nettement saumoné. Cette coloration lui donne toute son originalité. La combinaison fréquemment utilisée (rose vif x rose tendre) à de nouveau été mise en œuvre pour la variété suivante. 'Je l'Adore' (2006, comme la précédente) se trouvent réunis 'Buisson de Roses' de 1997 et un rose très vif de Ben Hager : 'Prestige Item' (1991). On aurait pu s'attendre à un rose particulièrement vif, mais ce n'est pas le cas. C'est un rose original, à base de rose moyen et de rose saumon au cœur et sur les épaules. 

 Quatre ans plus tard, 'Rose de la Vallée ' (2010) qui est basé sur l'excellent rose de Keppel 'Happenstance' (2000) allié à 'La Vie En Rose' ; ce couple étant enrichi par l'orange 'Good Show' (B. Hager, 1987). Le résultat tire nettement sur le rose saumon, teinte visiblement très appréciée par Richard Cayeux. Ce qui n'empêche pas l'apparition de 'Subtilité' (2013), qui fait partie des roses clairs . Cette teinte pastel est due à l'apport de 'H.C. Stetson' (R. Stetson, 2003), l'une de mes variétés favorites, en rose à peine coloré. 


 Le délicieux rose tendre de Schreiner 'June Krausse' (2009) a été croisé avec le riche 'Hortensia Rose' (R. Cayeux, 2001) pour parvenir à 'Ballet du Bolchoï' (2020), rose qualifié de « pure et intense », à la fleur admirablement bien faite et aux ondulations profondes. 'June Krausse' a encore été mis à contribution pour l'obtention de 'Rose Attitude' (2020) : un rose tendre dont la fleur est de la même qualité que celle de son demi-frère 'Ballet du Bolchoï'. En 25 ans Richard Cayeux a introduit seulement 10 vrais iris roses. C'est relativement peu. Mais ce sont tous des iris qui font partie de ses plus réussis. Comme il n'a pas cessé d'hybrider, on peut certainement espérer d'autres variétés aussi intéressantes !

13.11.22

EXOTIQUES !

On peut entreprendre une collection d'iris sans autre but que d'amasser des fleurs. On peut aussi se fixer pour objectif de rassembler des variétés de telle ou telle catégorie, de tel ou tel modèle... Quand j'ai commencé à réunir des iris, je me situais sans doute dans la première série : je m'étais pris de passion pour cette fleur et je souhaitais avoir la possibilité de jouir d'un vaste choix. D'où l'acquisition chaque année du plus grand nombre possible de nouvelles variétés, dans la mesure évidemment de mes moyens ! Au bout de quelques temps cependant je me suis intéressé aux iris que je jugeais les plus originaux, et en ce domaine les catalogues des pépiniéristes français m'ont paru un peu conventionnels. Le choix qu'ils proposaient n'avaient pas pour but de permettre à leurs clients déjà bien pourvus, de satisfaire leurs envies de fantaisie ou d'originalité. Ce n'est pas ces iris-là qui allaient étoffer leur chiffre d'affaire ! Logiquement les catalogues proposent des variétés superbes, qui poussent bien, et qui sont de nature à satisfaire le plus grand nombre, chaque producteur orientant ses choix en fonction de ses goûts personnels et de son souhait de se distinguer de ses confrères. Dans cette perspective les catalogues français des années 1980 et 1990 offraient un choix remarquable, qui faisait honneur la sensibilité et au professionnalisme de leurs éditeurs. Mais à ce moment j'étais tenté par des plantes que l'on ne trouvait pas ailleurs. J'imaginais que d'autres collectionneurs étaient dans le même état d'esprit, et je me suis lancé dans la recherche de ces personnes. Cette recherche a été couronnée de succès. De nombreux collectionneurs français ont pris contact avec moi pour me proposer les oiseaux rares de leurs collections , en échange de ce que j'avais de plus exceptionnel à leur offrir. Parallèlement j'ai aussi échangé avec des iridophiles étrangers, essentiellement européens, mais aussi beaucoup plus exotiques : américains, sud-africains, puis ouzbeks et russes... En Europe même je ne me suis pas contenté de nos voisins allemands, anglais et italiens, mais j'ai contacté des collègues belges, suisses puis à la faveur de la fin de l'Union Soviétique, tchèques, slovaques, ukrainiens... Des relations cordiales et même amicales se sont développées un peu partout en France et dans le monde. Et ma collection d'iris s'est enrichie de fleurs hybridées ici et là, chez des amateurs éclairés comme chez de véritables professionnels. Tout ce qui m'est parvenu ainsi n'a pas toujours été d'une qualité parfaite, mais des variétés très intéressantes sont aussi apparues. Surtout j'étais à peu près toujours le seul en France à les cultiver. Cela a été l'occasion de découvrir des iris différents, voire parfaitement exotiques, dont certains méritent qu'on fasse leur connaissance de façon un peu plus approfondie. 

 Commençons par nos proches voisins. La Grande-Bretagne précisément. Curieusement, ce grand pays d'iris, qui fut même le premier d'entre tous au tournant du 20e siècle, n'est plus guère représenté dans nos catalogues. Pour se procurer des variétés anglaises, les opportunités sont rares. Dans les années 1980/90 Lawrence Ransom en proposait quelques-unes. C'est ainsi que j'ai pu acquérir 'Early Light' (Nora Scopes, 1983), joli jaune éclairci au centre de sépales, ou 'Buckden Pike' (B. Dodsworth, 1985), d'un blanc crémeux avec une matière charnue, Médaille de Dykes anglaise de 1987. 



 Dans les années 1980, trouver des iris en provenance d'Allemagne n'était pas chose facile, parce qu'aucun pépiniériste français n'en proposait. C'est par l'entremise d'une amie allemande que j'ai pu me procurer un certain nombre de rhizomes de variétés obtenues outre-Rhin. Parmi ceux-ci : 'Berthalda' (E. Woerfel, 1984), 'Mandy G' (M. Beer, 1991) ou 'Kräehenwinkel Gold' (H. Moos, ca 1985). le premier provient d'un amateur éclairé, ancien dirigeant de la société allemande des iris, le second, d'un noir en avance pour son époque, est l'enfant d'un obtenteur prolifique dont les production sont souvent à l'honneur dans les compétitions européennes, le troisième, non enregistré, sort du jardin de l'un des plus anciens et des meilleurs obtenteurs de son pays, dont les hybridations se sont fait remarquer à Florence et ailleurs. 




 Passons en Italie, une grande nation pour les iris mais qui a longtemps souffert de ce que ses obtenteurs ne prenaient pas la peine de faire enregistrer leurs plantes. Dans les années 1980/1990 il était difficile de se procurer des variétés italiennes. On en n'est plus là aujourd'hui où de nombreux hybrideurs italiens n'hésitent plus à faire connaître leur talent dans toutes les compétitions européennes. Ma première acquisition a été 'Beghina' de Gina Sgaravitti, un « vieil » iris qui, par je ne sais quel hasard s'est retrouvé dans plusieurs jardins français. J'ai été attiré par sa couleur peu commune et j'ai apprécié sa vigueur et sa floribondité. Puis je me suis lié d'amitié avec Augusto Bianco et nous sommes ainsi convenus qu'il m'enverrait de temps en temps quelques-unes de ses obtentions pour qu'elles soient testées dans des conditions de culture autres que celles de leur Piémont natal. De nombreux iris qui sont apparus à son catalogue ont connu auparavant le sol de Touraine. C'est le cas pour une variété qui, finalement, n'a pas été retenue pour un problème de rigidité des tiges, mais qui au plan de la fleur proprement dite était une jolie chose. Pour ma pratique personnelle je lui ai donné le nom « de jardin » de 'Dorabella', par allusion à l'une des héroïnes de l'opéra « Cosi Fan Tutte ». Une autre personne qui m'est chère est Valeria Romoli, qui fut longtemps la maîtresse des lieux du concours de Florence et qui s'est aussi exercée à l'hybridation. Son 'Verde Luna' (1996) m'a séduit par sa couleur peu courante. Il a bien prospéré dans la douceur tourangelle. 




 Des voisins de l'Italie, la Suisse et la Slovénie, j'ai trouvé de quoi satisfaire ma curiosité internationale ! Au nord de Lausanne, au pied du Jura, le château de Vullierens est la propriété du Docteur Bovet, qui y a développé une importante collection d'iris, avec l'aide d'un grande spécialiste Gaby Martignier. En 1985 j'ai fait l'acquisition de quelques-unes de leurs hybridations et je n'ai pas regretté mon achat. Il a contribué à ma connaissance du monde des iris et à mon jugement des iris eux-mêmes. Cet achat comprenait ‘Etoile’, qui me rappelle que les iris n’ont pas toujours eu des pétales gaufrés, des sépales rigides et horizontaux et tout plein de gracieuses ondulations. Au demeurant les fleurs simples, « tailored » comme on dit, ne manquent pas de charme sur une variété comme celle-là. Isidor Golob, slovène, est un iridophile averti et un homme charmant. Il crée des iris à son image, sans prétention, qui témoignent de sa passion. 'Juna Somero' (1997) est l'une des premières variétés qu'il ait enregistrées. Il a entre autres la particularité de porter un nom exprimé en espéranto ; il est peut-être le seul dans ce cas ! 



 La Slovénie fait partie des Etats dits « de l'Est ». Dans cette situation on trouve aussi la Slovaquie qui s 'est distinguée en étant la patrie de Ladislaw Muska, un précurseur en matière d'iris dans cette partie de l'Europe. J'ai lié avec lui des liens d'amitiés que seule sa mort a pu défaire. Pendant des années nous avons échangé des iris, ce qui a valu à ma collection d'être très certainement la plus riche de France en matière de variétés Est-européennes. Celles qui me plaisent le plus sont sans doute 'Xochipili' (1997) et 'Don Epifano' (1995) mais dans sa vaste production il y en a beaucoup d'autres qui mériteraient d'être plus connues, comme cette 'Madame Chirac' (2000) dédiée à l'épouse de notre ancien Président ! 



Même pendant la sombre période du communisme, la République Tchèque – à cette époque la Tchécoslovaquie – possédait une activité iridophile remarquable. C'est ainsi qu'en 1985 'Libon', variété obtenue par Vojtech Smid, a remporté le Florin d'Or. Parallèlement, le jardin pragois de Pruhonice acquérait une réputation internationale, sous la direction de Milan Blazek, éminent spécialiste des iris et hybrideur à ces heures. Dès que les relations internationales ont été rétablies, de nombreux hybrideurs se sont manifestés. Zdenek Seidl est l'un des plus actifs et ma collection recelait plusieurs de ses variétés, comme 'Pozdni Leto' (1997), d'un joli jaune pêche, ou 'Modre Pondeli' (1997), amoena mauve. 



 De même qu'en République Tchèque, un vaste mouvement iridophile s'est développé en Pologne. J'ai fait la connaissance d'une personnalité originale bien connue là-bas, le comédien et metteur en scène Lech Komarnicki. Ce n'est pas de l'artiste dramatique dont nous allons parler de lui ici, mais du collectionneur d'iris, obtenteur curieux de croisements insolites. Plusieurs échanges de variétés m'ont permis d'acquérir, par exemple, 'Evelyn Likes Me' (2005), 'Exploding Sun' (2003), ou 'Tajemnica' (2005), bien avant qu'ils ne soient enregistrés. 



 Je suis entré en relation avec un homme qui allait devenir une personnalité du monde des iris : Sergueï Loktev. Cet ancien garagiste a tout plaqué pour se consacrer entièrement aux iris. Il a fait le tour du monde, dans les conditions les plus rocambolesques, pour visiter les jardins des meilleurs obtenteurs. A ses tout débuts, il m'a envoyé un colis de variétés datant de la toute fin de l'URSS, en particulier des obtentions d'un ancien officier de l'armée rouge, Vitali Gordodelov, retiré dans le nord du Caucase. Parmi celles-ci le mauve 'Graf Tolstoï' (1995) et le blanc 'Elbruz Almazny' (1995), bien représentatif de ce que l'on faisait à l'époque et dans les conditions locales. 



 On ne peut pas terminer cette énumération sans parler des iris d’Ouzbékistan, œuvre d'Adolf Volfovitch-Moler, et principalement de ceux qui ont créé la surprise en s'imposant à Florence en 1995, 'Simfoniya' (1996) et 'Ikar' (1995). Nos échanges m'ont permis de cultiver une grande partie de ses obtentions : 'Abadiyat','Aelita', Askiya' 'Aziat', 'Babiye Leto', 'Carnival Night', 'Chimgan', 'Happy Childhood', 'Morskoy Priboy', 'Rah', 'Rah Rah Boy', 'Tashkent', Vdokhnoveniye', 'Vecherniye Platiye', 'Vecherniaya Skazka', 'Vodevil', 'Vostochny Ornament', 'Zolotaya Korona'. Une série spécialement précieuse! 




 J'aimais beaucoup ces variétés peu courantes, non pas parce qu'elles étaient d'un caractère exceptionnel, mais parce qu'elles étaient représentatives du monde des iris dans son intégralité et dans ses particularités...




5.11.22

LA FLEUR DU MOIS

‘COUP DE FOUDRE’ 
Lawrence Ransom, 1993  
'Pink Sleigh' X 'Opium' 

 Tous les pépiniéristes vous le diront, les iris roses sont toujours parmi les meilleures ventes. Mais si Lawrence Ransom a sélectionné 'Coup de Foudre' ce n'est certainement pas en vue de faire une bonne affaire commerciale ! S'il y a quelque chose dont il se moquait c'est bien de savoir si un iris allait être un succès commercial ! La seule chose qui comptait pour lui c'était la beauté et la perfection formelle d'une nouvelle obtention. Il y ajoutait le sens inné de l'élégance et de la classe. Ses obtentions forment à coup sûr l'aristocratie des iris. 'Coup de Foudre' est un membre à part entière de cette aristocratie. 

 En 1993 quand 'Coup de Foudre' apparaît, Ransom n'en est encore qu'à ses débuts. Sa carrière d'hybrideur n'a commencé qu'en 1991. Elle durera une trentaine d'années, qui sont autant de jalons vers la perfection. Une perfection doublée d'un éclectisme exceptionnel puisqu'il a abordé toutes les catégories d'iris. Avec autant de succès dans chacune. Et les grands iris (TB) ne constituent pas sa catégorie favorite, car il aimait la diversité et se plaisait dans la difficulté. 

 Pour 'Coup de Foudre' il n'a pas cherché un croisement compliqué. Il s'est contenté d'une variété américaine de grande classe et couronnée de louanges, 'Pink Sleigh' (N. Rudolph, 1970), un enfant du médaillé de Dykes 'Pink Taffeta' (N. Rudolph, 1965) qui est un rose « pink » excellent à tous points de vue. Ce grand classique a été associé à quelque chose de plus original, 'Opium' (P.C. Anfosso, 1984), un rose vif teinté de mauve, dont Ransom a fait abondamment usage dans ses croisements. Rose x rose, on est dans la tradition de l' « in breeding » utilisée de tous temps pour améliorer les caractéristiques d'un rejeton. Cet 'Opium', vraiment très particulier est le frère d'une variété encore plus remarquable qui s'appelle 'Caramel Mou' (1985). Sous ce nom qui semble bien peu commercial se cache un bel iris d'un beige violacé, d'un coloris peu courant lui-même en provenance de 'Bateau Ivre' (P.C. Anfosso, 1980), qui devrait plaire à Keith Keppel au moment où ce dernier recherche des fleurs comportant une large flamme bleue sur les sépales. Le trio 'Bateau Ivre', 'Opium' et 'Caramel Mou' devrait être une vedette dans une collection de variétés qui sortent du commun où, d'ailleurs toute la production de Pierre Christian Anfosso devrait se retrouver tant elle est rare et séduisante. 

 Je trouve que l'on décèle beaucoup de points commun entre les productions de Lawrence Ransom et celles de Pierre Christian Anfosso. C'est à l'évidence le cas entre le 'Coup de Foudre' dont on parle aujourd'hui et 'Paris-Paris' (de 1995 mais non enregistré) ; peut-être est-ce dû à la présence de 'Pink Sleigh' au pedigree de l'un et de l'autre ? 

 Lawrence Ransom ne se souciait guère de la diffusion de ses obtentions. 'Coup de Foudre' ne doit pas s'être beaucoup éloigné du jardin de son obtenteur ! En tout cas il n'a eu aucun descendant officiel... Ce n'est donc pas à partir de lui que l'on va établir un volumineux arbre généalogique ! Il n’empêche que toutes ses qualités méritent bien qu'il dispose d'une chronique dans nos « Fleurs du Mois ». 

 Illustrations : 


 'Coup de Foudre' 


 'Opium' 


 'Pink Sleigh' 


 'Bateau Ivre' 


 'Paris- Paris'

25.10.22

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Une disparition 

Nous avons appris cette semaine le décès de Brad Kasperek, à l'âge de 77 ans. Il s'était fait connaître par son travail sur les iris «broken color». Il s'en était fait une spécialité et avait largement approvisionné le monde entier avec des variétés portant généralement un nom, jouant assez naïvement sur les mots, en rapport avec le monde animal. Cette production assez surprenante a rencontré un véritable succès. Elle concerne toutes les catégories d'iris et c'est aussi en cela qu'elle est particulière. Dans la course aux honneurs elle s'est taillé une belle notoriété en remportant des médailles catégorielle un peu partout : 

SPX = Randolph-Perry Medal pour 'Alpha Gnu' en 2008  ; 

MDB = Carpane-Welch Medal pour 'Yak Attack' en 2008 et 'Gecko Echo' en 2016 ; 

IB = Sass Medal pour 'Gnu Rayz' en 2006 ; 

BB = Knowlton Medal pour 'Baboon Bottom' en 2002, 'Anaconda Love' en 2005 et 'Meerkat Manor' en 2012 ; 

TB = Wister Medal en2008 pour 'Millenium Falcon'. 

 Les obtenteurs avec un tel palmarès ne sont pas nombreux ! 







Et une autre attristante nouvelle... 

Un bref message de Iris en Provence nous apprend la fermeture de cette célèbre pépinière. Créée à Hyères par Pierre Anfosso il y a plus de 40 ans, elle a été exploitée jusqu'à la fin par sa famille. Tous les amateurs français d'iris la connaissent et y ont acheté parmi leurs plus belles variétés de leurs collections Chacun se souvient des catalogues des années 80/90, remarquablement illustrés, avec les descriptions lyriques accompagnant chaque variété. 

 On a vu disparaître ces temps derniers le catalogue précieux de Lawrence Ransom, aujourd'hui c'est un autre joyau de l'iridophilie française qui s'arrête... Souhaitons à Laure Anfosso une retraite heureuse et prolongée...



VACANCES

 Pas de chroniques cette semaine : vacances !

21.10.22

CIRCONSTANCES ENRICHISSANTES

Les Américains en raffolent. Les compétitions de toutes sortes organisées par l'AIS sont incroyablement nombreuses et variées. Dans chaque association locale il y a un – ou même plusieurs - concours chaque année. Et à l'occasion du grand rassemblement annuel baptisé « Convention », l'assemblée générale de l'Association, qui se tient chaque année dans une ville différente et se déroule selon un programme immuable, ont lieu plusieurs compétitions qui se terminent par l'attribution d'une coupe. Pendant des années deux coupes étaient décernées. Aujourd'hui il y en a quatre : 

La President's Cup, destinée à récompenser la meilleure variété originaire de la Région organisatrice de la Convention ; 
La Franklin-Cook Cup, pour la meilleure variété provenant d'une autre région que la Région organisatrice ; 
La Ben Hager Cup, qui récompense, depuis 2007, la meilleure variété médiane (MDB, SDB, MTB, IB, BB...) présentée à la Convention ; 
La Zurbrigg – Mahan Seedling Cup, destinée, depuis 2014, à la meilleure variété non encore enregistrée mais proposée aux visiteurs de la Convention. 

Ce sont des compétitions qui s'apparentent à celles que nous connaissons en Europe, en Allemagne par exemple. Un certain nombre de jardins, qui ont été désignés comme étant ceux que les participants à la Convention vont visiter, abritent les variétés en compétition. Les visiteurs votent pour les iris qui leur sont présentés... Ces visiteurs sont des amateurs qualifiés, aussi désignent-ils des variétés de qualité, qui tireront un bénéfice commercial de leur succès et qui, bien souvent, font aussi une course aux honneurs réussie. C'est ainsi que, en plus de la President's Cup, ont récolté  : 

'Golden Panther' (PC 2004) = Wister Medal 2006 puis Dykes Medal 2009 ; 
'Heartstring Strummer' (PC 2005) = Wister Medal 2008 ; 
'Dazzling' (PC 2011 = Sass Medal 2014 ; 
'Notta Lemon' (PC 2013) = Wister Medal 2018 ; 
'Bottled Sunshine' (PC 2014) = Sass Medal 2003 ; 
'Football Hero' (PC 2015) = Wister Medal 2021 puis Dykes Medal 2022 ; 
'Autumn Explosion' (PC 2019) = Wister Medal 2019 ; 
'Don't Doubt Dalton (PC 2020) = Wister Medal 2021 ; 
'Good Morning Sunshine' (PC 2022) = Walther Cup 2016 puis Wister Medal 2022. 

La Franklin-Cook Cup, c'est pour les variétés qui sont apparues dans une région (de l'AIS) autre que celle qui organise la Convention de l'année. La situation finale est grosso modo la même que pour la President's Cup. Et ce n'est pas surprenant puisque le juges sont les mêmes. Cependant on constate un peu moins de réussite dans cette compétition que dans la précédente ! Sans doute par le plus grand des hasards ! Certains, bénéficiaires de la F.C.C. n'ont obtenu aucune autre récompense que celle-là. C'est le cas pour : 
'Greatest Show on Earth' (F. Kerr, 2009), F.C.C. 2012 
'Honky Tonk Rumble' (H. Nichols, 2014), F.C.C. 2016 
'Rise like a Phoenix' (P. Black, 2017), F.C.C. 2019. 
D'une façon générale néanmoins le palmarès de vainqueurs de la F.C.C. est un peu moins riche que celui des variétés honorées d'une President's Cup. 

 La Ben Hager Cup n'existe que depuis 2007. Elle intéresse exclusivement les variétés d'iris barbus médians, ceux qui sont le moins bien placés, du fait de leur nombre relativement réduit, pour obtenir une autre récompense, face aux TB dont le nombre, par la force de la quantité, écrase les deux autres compétitions. On retrouve une structure identique à celle des deux autres compétitions, et des résultats similaires (encore que les variétés qui n'ont reçu aucune autre distinction semblent être plus nombreuses). Quelques cas particuliers méritent d'être notés : 
les MTB, qu'on désigne en France sous le nom d'iris de table, sont les plus nombreux à avoir été distingués ; 
'Dividing Line' (MTB, C. Bunnell, 2005) l'a emporté deux fois, en 2007 et 2009, avant de recevoir la Williamson-White Medal en 2011 puis la Dykes Medal en 2014 ; 
Le BB 'Crow's Feet' (P. Black, 2006), vainqueur en 2008, avant une Knowlton Medal en 2012 ; 'Dazzling' (IB, P. Black 2008) a cumulé Hager Cup et President's Cup en 2011 et a terminé sa carrière en 2014 avec la Sass Medal ; 
'Bottled Sunshine' (H. Nichols, 1994) après une belle Sass Medal en 2003, a attendu 11 ans avant de recueillir en même temps, en 2014, la President's Cup et la Hager Cup ; 
'Moose Tracks' (MTB, L. Miller, 2014) cumule les victoires : Hager Cup 2015 ; Walther Cup 2017 ; Williamson – White Medal 2021. 

 De tout ce qui précède on peut dire que ces trois coupes sont toujours distribuées avec discernement et qu'elles constituent une fameuse recommandation pour les amateurs à la recherche d'un achat qu'ils ne regretteront pas. 

 Illustrations : 


'Heartstring Strummer' 


'Rise like a Phoenix' 


 'Dazzling' 


'Bottled Sunshine'

15.10.22

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Pépite ! 

Alain Chapelle a reçu une « pépite d'or » au concours de plantes de La Haye Fouassière, près de Nantes, pour son 'Jais Moqueur' (2016). 

Félicitations à lui !

PRIX D'EXCELLENCE



Dans le trousseau des récompenses attribuées chaque année par l'AIS il y a un prix pour la nouvelle variété la plus appréciée par les juges. C'est la Fred and Barbara Walther Cup remise à l'hybrideur de la variété qui a reçu le plus grand nombre de votes pour une Honorable Mention (HM), quelle que soit sa catégorie. Dès lors on peut s'attendre à ce que cette nouvelle étoile suive une trajectoire lumineuse dans le ciel des iris, avec au moins une médaille catégorielle et, pourquoi pas, la Médaille de Dykes. Allons donc vérifier quel fut le destin des variétés primées ces vingt-cinq dernières années. 
 Une première constatation s'impose : Paul Black s'attribue la part du lion dans les succès puisqu'il a remporté la coupe huit fois depuis 1996 ! Il est suivi par Keith Keppel dont le nom figure six fois dans la liste. Les autres hybrideurs sont loin derrière : pendant la même période Marky Smith a reçu deux coupes, de même que les Schreiner et Thomas Johnson. 

 Paul Black se distingue encore par le fait que ses huit victoires concernent cinq catégories d'iris : 3 SDB, 2 AB, 1 IB, 1 TB et 1 BB (encore que ce dernier, 'Bundle of Love' (2007), serait sans doute classé aujourd'hui dans la catégorie des TB, puisqu'il s'agit d'un « grand iris à petites fleurs », nouvelle catégorie, pas encore officialisée. L'éclectisme ainsi récompensé est une caractéristique essentielle du travail de Paul Black. Il n'est concurrencé quoi que partiellement, dans ce domaine, que par son voisin et ami Keith Keppel qui est malgré tout plutôt spécialisé dans les grands iris (TB). 

 Il se trouve que la Walther Cup, remise au tout début de la course aux honneurs, ne fait pas partie des espoirs déçus ! Aucune des variétés primées au cours de ces 25 ans n'a connu un parcours modeste. Les juges qui les ont distinguées dès leurs débuts ne se sont pas une seule fois déjugés par la suite. On ne peut pas dire encore si les dernières nommées iront loin car pour elles la course n'est pas terminée, mais on peut parier qu'elles sont bien parties ! 

 Voici le palmarès depuis 1996 : 

1996 : 'Feature Attraction' =  President's Cup 1994,Honorable Mention 1996, Walther Cup 1996 
1997 : 'Fancy Woman' = Honorable Mention 1997 ; Walther Cup 1997; Award of Merit 1999; Wister Medal 2001. 
1998 : 'Protocol' = Honorable Mention 1998; Award of Merit 2000; Sass Medal 2002. 
1999 : 'Diabolique' = Honorable Mention 1999; Walther Cup 1999; Premio Firenze 2000 ;  Award of Merit 2001; Wister Medal 2003. 
2000 : 'Midnight Oil' =  Honorable Mention 2000; Walther Cup 2000 ; Award of Merit 2002 ;. 
2001 : 'Starwoman' = Honorable Mention 2001 ;  Walther Cup 2001; Award of Merit 2003; Sass Medal 2005; American Dykes Medal 2008. 
2002 : 'Happenstance' =  Honorable Mention 2002; Walter Cup 2002 ; Award of Merit 2004 ; Wister Medal 2006 ; 
2003 : 'Delirium' =  Honorable Mention 2003; Walter Cup 2003 ;Award of Merit 2005; Sass Medal 2007. 
2004 : 'Cat's Eye' = Honorable Mention 2004; Walther Cup 2004; Award of Merit 2006; Cook Douglas Medal 2008. 
2005 : 'Paul Black' = Franklin Cook Cup 2004; Honorable Mention 2005; Walther Cup 2005. Premio Firenze 2005 ; Award of Merit 2007; Wister Medal 2009; American Dykes Medal 2010. 
2006 : 'Decadence' = Honoble Mention 2006 ; Walther Cup 2006. Award of Merit 2008; Wister Medal 2010. 
2007 : 'Florentine Silk' = Honorable Mention 2007; Walther Cup 2007. Franklin Cook Cup 2007; Award of Merit 2009 ; Wister Medal 2011, American Dykes Medal 2012. 
2008 : 'Bluebeard's Ghost' =  Honorable Mention 2008; Walther Cup 2008. Award of Merit 2010; Cook Douglas Medal 2012. 
2009 : 'Bundle of Love' =  Honorable Mention 2009; Walther Cup 2009 ; Award of Merit 2011; Knowlton Medal 2013. 
2010 : 'Eye of the Tiger' = Honorable Mention 2010; Walther Cup 2010 ; Award of Merit 2012; Cook Douglas Medal 2014. 
2011 : 'Star in the Night' = Honorable Mention 2011;Walther Cup 2011 ; Award of Merit 2013, Sass Medal 2016 . 
2012 : 'Ginger Twist' =  Franklin Cook Cup 2010, Honorable Mention 2012; Walther Cup 2012; Award of Merit 2014; Morgan Wood Medal 2016. 
2013 : 'Judy, Judy, Judy' = Honorable Mention 2013; Walther Cup 2013. Award of Merit 2015, Morgan Wood Medal 2017. 
2014 : 'Holiday in Mexico' = Honorable Mention 2014; Walther Cup 2014, Award of Merit 2016 ; 2015 : 'Desert Snow' = Honorable Mention 2015 ;Walther Cup 2015 ; Award of Merit 2017, Mohr Medal 2019. 
2016 : 'Morning Sunshine' = Honorable Mention 2016, Walther Cup 2016;  Award of Merit 2018; Wister Medal 2022. 
2017 : 'Moose Tracks' = Ben Hager Cup 2015 ; Honorable Mention 2017; Walther Cup 2017;  Award of Merit 2019;Williamson-White Medal 2021. 
2018 : 'Black Lipstick' = Honorable Mention 2018 ; Walther Cup 2018 ; Award of Merit 2021. 
2019 : 'Perry Dyer' =  Honorable Mention 2019, Walther Cup 2019; Award of Merit 2021. 
2022 : 'Bright and Shining Star' = Honorable Mention 2022 ; Walther Cup 2022. 

Au vu de cette liste on est évidemment convaincus que la Walther Cup est un prix d'excellence !