6.8.04

DEUX BEAUX BB

Cette année comme l’année dernière, la Knowlton Medal a été décernée à des iris de bordure qui jouent avec la limite supérieure de taille pour ce type. En 2003 la médaille a été attribuée à LEMON UP (Magee 91), cette année elle est allée à ORANGE POP (Lauer 98). Le premier est mesuré à 69cm, autant dire 70 ! Le second n’atteint, paraît-il, que 66cm. La différence est mince. Tous les deux sont des enfants, un peu râblés de deux grands iris et, a priori, rien ne les prédestinait à rester de petite taille.

LEMON UP est un iris jaune clair, teinté de blanc sous les barbes. Il a pour parent femelle le bel EASTERTIME (Schreiner 80), et pour parent mâle un semis complexe où l’on retrouve surtout des iris roses comme STRIKE ME PINK (Gordon 61), FAIR LUZON (Hamblen 57) et le célèbre PINK SLEIGH (Rudolph 70), ainsi qu’une touche de jaune abricot, MANDOLIN (Ghio 77). STRIKE ME PINK est lui-même issu d’un croisement de deux iris roses, MAY HALL (Hall 52) – un iris de base chez les roses – et PINK FULFILLMENT (Muhlestein 51) – qui a la particularité de posséder un vieil iris de F. Cayeux dans son pedigree, ALICE HARDING - . FAIR LUZON est une incursion de Melba Hamblen chez les roses. Dans son pedigree on découvre d’une part le fameux CHERIE (Hall 48), premier iris rose à obtenir la DM, en 51, d’autre part un enfant de PINK FULFILLMENT déjà cité, qui se nomme JUNE MEREDITH (Muhlestein 53), autre fameux rose. Le portrait de PINK SLEIGH n’est plus à faire tant est connu ce rose aux sépales légèrement bleutés ; disons qu’il descend de PINK TAFFETA (Rudolph 68 – DM 75), et qu’il a été surabondamment utilisé en hybridation. Quant à MANDOLIN, c’est un superbe iris couleur melon, qui est encore une référence dans ce coloris plutôt rare. EASTERTIME a des origines complexes mais il pour point commun avec le « père » de LEMON UP de n’avoir fait appel qu’à des variétés anciennes (comme quoi on peut très bien faire du neuf avec du vieux) : d’un côté WHITE TAFFETA (Rudolph 65) blanc à épaules et barbes jaunes, et ARCTIC FLAME (Fay 60) blanc à barbes mandarine, de l’autre MAY DELIGHT (Schreiner 66) couleur lilas, CHRISTMAS TIME (Schreiner 65) blanc à barbes rouges, et TINSEL TOWN (Tompkins 67) blanc à cœur jaune. En résumé LEMON UP tient essentiellement son coloris de son côté maternel, le côté paternel étant là pour un renforcement de la couleur et des aptitudes physiques supérieures. Il se présente de façon tout à fait plaisante, mais je ne l’ai jamais vu, pour l’instant, qu’en photo, et, dans ces conditions, rien ne le distingue d’un joli TB jaune.

Pour le vainqueur de 2004, on reste dans les agrumes avec ORANGE POP. Comme son nom l’indique, c’est un iris orange, plutôt foncé. Très classiquement il provient d’une amélioration par « in-breeding » de deux lignées d’iris oranges. Côté femelle il a pour parent ROLE MODEL (Denney 88), et côté mâle il s’agit de GRATUITY (Hager 89). Ce dernier résulte d’une association d’orange tout à fait classique : un croisement de GOOD SHOW (Hager 87), orange rosé, superbe, et d’un semis orange issu de GOLDEN BRILLIANCE (Muhlestein 73), orange clair, et PERFECT ACCENT (Weiler 80) jaune vif à barbes oranges. GOOD SHOW lui-même n’a que des iris oranges dans ses ascendants proches : PUNKIN (Keppel 81), GLITTERING AMBER (Hamblen 85) ou FRESNO CALYPSO (Weiler 78). ROLE MODEL, qui est de deux tons : melon rosé aux pétales, pamplemousse rose aux sépales, a des origines qui expliquent ces couleurs. Il est en effet d’une lignée de variegatas ! ALL THAT JAZZ (Denney 81), WORLD NEWS (Sexton 77) et GYPSY CARAVAN (Moldovan 78) sont tous des variegatas purs. Cependant SPECTACULAR BID (Denney 81), en chamois et bordeaux, tire plus sur le rose, alors que BRANDY (McWhirter 77) est comme on peut s’en douter, d’une teinte uniformément jaune tilleul (ou whisky !). Dans ses origines c’est l’orange qui a pris le dessus. Mais alors que GRATUITY affiche un ton pastel, ROLE MODEL est là pour renforcer la teinte grâce à ses ancêtres brun-rouge (ROYAL TRUMPETER, WAR LORD…).

Avec ces deux beaux BB les amateurs de grands iris ne seront pas dépaysés. L’un et l’autre se situent à la lisière entre grands et intermédiaires et, au gré des conditions de culture, peuvent apparaître comme grands ou moyens, voire un peu petits. Cela prouve une nouvelle fois la fragilité de la distinction entre TB et BB.

31.7.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

Iridial Pursuit

Une seule variété d’iris obtenue par un pur amateur français a été largement commercialisée. De laquelle s’agit-il ?


RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

A suivre (III)

GALLANT ROGUE (Blyth 90) : il s’agit de la sixième des variétés obtenues par B. Blyth à partir du croisement (Tomorrow's Child x Magic Man).
MARBRE BLEU (Cayeux R. 93) : il s’agit de la quatrième des variétés obtenues par R. Cayeux à partir du croisement (Condottiere x Delphi)x (Alizés x(Condottiere x Lunar Rainbow)).
MARIE KALFAYAN (Ransom 95) : il s’agit de la quatrième des variétés obtenues par L. Ransom à partir des variétés LADY FRIEND et COUP DE CŒUR.

Bernard HAMNER

Bernard Hamner faisait partie de ces hybrideurs nés dans les années 10 qui ont eu une particulière importance dans la création des iris que nous connaissons maintenant. Pourtant ce personnage discret n’est jamais apparu au premier plan… Question de tempérament.

Il est né au fin fond de l’Illinois, un peu au nord de St Louis, mais comme le petit Bernard souffrait d’asthme, ses parents l’ont emmené dans le Nevada ou son père trouva un emploi de muletier dans une mine d’or. Un début d’existence digne d’un western ! Peu après cependant la famille est repartie vers la Californie, parce que M. Hamner avait trouvé un nouveau travail dans les champs de pétrole. Après plusieurs déménagements, la famille s’est finalement arrêtée dans les montagnes situées à l’est de Los Angeles. C’est dans cette région qu’après son bac Bernard Hamner travailla dans l’agriculture, se maria puis acheta sa propre exploitation, un peu plus au sud, à Perris, dont il ne bougera plus. Le couple Hamner mènera désormais une vie exemplaire vouée en partie aux iris, bien sûr, mais encore plus à l’église baptiste. Cette existence typiquement américaine, où la religion avait une part prépondérante, où les plaisirs étaient simples (chasse, pèche, jardinage…), explique que Bernard Hamner n’ait jamais brillé dans les cercles du petit monde des iris en dépit d’un travail dont chacun s’accorde aujourd’hui à reconnaître l’importance.

Car en près de trente ans de carrière, parmi les nombreuses variétés enregistrées par Bernard Hamner, il en existe beaucoup qui ont présenté des qualités que n’ont pas manqué de remarquer ses confrères et que les amateurs d’iris ont appréciées. Chez nous, qui ne connaît AVALON BAY (74), GYPSY BELLE (74), HEATHER BLUSH (76), SPICED HONEY (76), BEAUTY CROWN (77), BRONCO BROWN (82), CROWD PLEASER (83), FLAMENCO WHIRL (88),
AZURE ICICLE (93) et bien d’autres qui poussent dans nos jardins et qui figurent toujours dans nos catalogues. Cependant ses plus importantes réussites s’appellent d’une part WILD JASMINE (83) et d’autre part CINNAMON SUN (93).

WILD JASMINE est un variegata autant qu’un plicata. Du premier type il présente les pétales d’un beau jaune d’or et les sépales où domine le brun rouge. Mais du second il tient le fond blanc qui apparaît sous les barbes –oranges- et les striures qui vont en se densifiant à mesure qu’on approche du bord, celui-ci proposant, en plus, un liseré de la couleur des pétales. C’est une des variétés fétiches de Richard Ernst qui, en l’associant le plus souvent au rose EDNA’S WISH (Gibson 83), en a obtenu tout un tas de variétés très différentes, quelques unicolores, mais surtout des plicatas très originaux. Dans la première catégorie figure AMBER TAMBOUR (91), superbe et majestueux jaune ambré. Dans la seconde on trouve CHIFFON RUFFLES (91), nacre poudré de cannelle, DESERT RENEGADE (92), frère de semis du précédent, classique plicata brun, RING AROUND ROSIE (2000), pétales blancs, sépales constellés de rose pourpré avec un cerne jaune pâle, et SCHIZO (2003), indigo et pourpre, au cœur blanc typiquement « luminata ». Ajoutons que l’étrange OWYHEE DESERT (Pinkston 97), en blanc poivré de brun et liseré de jaune, est aussi un enfant de WILD JASMINE.

CINNAMON SUN pour sa part se présente comme un néglecta jaune, mais sur le bas des sépales apparaît un fin réseau de veines ocres. C’est ce trait particulier qui a attiré l’attention de grands hybrideurs comme Keith Keppel et Joseph Ghio. Ils y ont vu l’apparition de quelque chose de nouveau. Les deux compères se sont mis d’accord pour effectuer des croisements entre leurs deux domaines de recherche et ce qu’ils espéraient s’est produit. Voir pour cela leurs enregistrements de 2001 qui ont nom, pour Ghio IMPULSIVE, et pour Keppel QUANDARY. IMPULSIVE est un amoena orange rosé dont les sépales vont en fonçant vers le bord et se terminent par un pointillé grenat. QUANDARY, apparemment plus terne, est un blanc largement marqué de jaune aux épaules, avec de belles barbes orange flamboyant qui surplombent des sépales où l’on distingue un fin réseau de fils pourprés. A partir de cette variété, Keppel nous réserve une nouvelle génération de plicatas originaux.

A partir de ces deux variétés nouvelles il est probable que le nom de Bernard Hamner sortira prochainement de la modeste position qui est la sienne. Mais ce qui est sûr c’est que nous disposons déjà d’une panoplie d’iris remarquables, que nous devons au prédicateur de Californie baptisé Bernard Hamner.

Source : essentiellement Bulletin de l’AIS n°333.

22.7.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE
 
A suivre(III)…
 
Essayez de compléter les trois listes suivantes :
 

IN TOWN, LONDON LORD, MOOMBA, PASS THE WINE, WITCH’S WAND  . . . . .
BAL MASQUÉ, VIVE LA FRANCE, REBECCA PERRET,   . . . .
 

ALIZARINE, AU PAIR, CRI DE CŒUR,   . . . . .
 
 
RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE
 
A suivre(II)…
 

CELEBRATION SONG (DM 2003) : il s’agit des cinq dernières DM obtenues par une obtention Schreiner.
DIABOLIQUE (FO 2000) : il s’agit des cinq derniers Florins d’Or obtenus par une obtention Schreiner,
 Graeme Grosvenor. Il s’agit des obtenteurs des cinq dernières variétés ayant obtenu le Florin d’or. 

I DO et les remontants
 
 
Au risque de chagriner un peu mon ami Lawrence Ransom, je vais écrire que je n’aime pas beaucoup ALIENOR D’AQUITAINE (IB) (Ransom 92). Je trouve les fleurs trop grosses pour un iris intermédiaire et le coloris un peu terne. ALIENOR D’AQUITAINE est un produit de deux variétés déjà anciennes : I DO (Zurbrigg 73) x BABY BLESSED (SDB) (Zurbrigg 79). Deux variétés qui n’attirent pas l’œil par le brillant de leur coloris. En effet BABY BLESSED est un jaune pâle à spot blanc, tandis que I DO est un blanc légèrement teinté de bleu et de vert. En fait l’intérêt du croisement n’était pas tant dans la recherche d’une couleur attrayante que  dans le but d’obtenir un iris intermédiaire remontant. Ce but semble atteint puisque ALIENOR D’AQUITAINE remonte régulièrement en fin d’année pour peu que l’été n’ait pas été trop sec, ou que la touffe ait été bien arrosée.
 
I DO, le parent femelle d’ALIENOR D’AQUITAINE  est une variété au pouvoir remontant particulièrement développé, qui résulte d’un croisement de GRAND BAROQUE (Zurbrigg 69) par AMY (Zurbrigg 73). Le premier, amoena chartreuse, assez peu spectaculaire, provient de HENRY SHAW, un célèbre blanc de Clifford Benson, lui-même issu d’un semis de NEW SNOW. AMY, bien moins connu, est un self rose orchidée qui descend d’AMETHYST FLAME. L’un et l’autre ont, du côté maternel des ascendants remontants, de là la qualité essentielle de I DO. C’est cette aptitude qui a intéressé les obtenteurs travaillant sur les iris remontants, comme Ben Hager, Lloyd Zurbrigg ou Monty Byers. Ses enfants sont en général des iris blancs ou blancs légèrement teintés. Chez Hager on trouve par exemple BONUS MAMA (90) qui est un bel iris blanc très pur, et qui a le pouvoir de remonter. Chez Zurbrigg on peut parler de ANEW (83), blanc, BROTHER CARL (83), blanc, et, surtout, IMMORTALITY, sur lequel je reviendrai un peu plus loin.  Chez Byers, il y a CURTAIN UP (88), jaune tilleul infus de mauve, GILDED (89), blanc argenté, SECOND ACT (91), jaune tendre, SECOND SHOW (87) champagne, et surtout HIG HO SILVER (89), argent, le plus réputé de tous. On peut ajouter FROST ECHO (Aitken 96), amoena lavande très pâle, pour terminer cette énumération.
 
Le plus connu et le plus apprécié de tous ces iris est sans conteste IMMORTALITY (Zurbrigg 82) qui a été à deux doigts d’emporter la Médaille de Dykes en 93. C’est une variété qui est considérée comme refleurissant presque en permanence jusqu’aux gelées. Elle est franchement blanche, à peine teintée de vert au revers des sépales, et avec des barbes jaunes très claires. La substance des fleurs me paraît un peu fragile mais elles sont bien formées et ondulées. Mais ce sont ses qualités de remontance qui en on fait un géniteur assez recherché. Monty Byers, notamment, en a fait usage pour obtenir de très beaux remontants blancs comme SECOND WIND (89), WINTERLAND (90) et ZURICH (90), tous trois frères de semis. Plus récemment, Augusto Bianco en a obtenu RIGATTIERE, un autre blanc à barbes jaunes.
 
D’autres descendants de I DO ont aussi été utilisés par les spécialistes des iris remontants. Il s’agit essentiellement de BONUS MAMA, dont Ben Hager a obtenu ANXIOUS (mais via un frère de semis) et surtout TOTAL RECALL (92), un très intéressant iris jaune primevère très clair. Quant à BROTHER CARL, il est l’origine chez Byers de BANANA CREAM (88), crème comme on pouvait l’imaginer, BLUE MOONLIGHT (89), gris bleuté, SAXON (90), jaune champagne, et THEN AGAIN (89) qui se distingue par sa couleur indigo moyen. Lloyd Zurbrigg, de son côté, en a tiré SILVER DIVIDENDS (91), un superbe blanc argenté, amplement ondulé.
 
Tous ces iris sont sensés remonter. Mais l’on sait que la remontance est une tendance capricieuse. Il n’empêche qu’avec I DO et ses descendants les amateurs de remontants sont à peu près sûrs de posséder ceux qui sont parmi les plus fidèles, même si les autres qualités ont été quelquefois un peu oubliées en cours de route.

16.7.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE
 
A suivre (II)…
 
Essayez de compléter les trois listes suivantes :
 

SILVERADO, HONKY TONK BLUES, HELLO DARKNESS, YAQUINA BLUE,   . . . .
TITAN’S GLORY, DUSKY CHALLENGER, CELEBRATION SONG, CHAMPAGNE WALTZ,   . . . . .
Valeria ROMOLI, SCHREINER’S GARDENS, Robert STETSON, Paul BLACK,   . .
 
 
RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE
 
ÇA CHAUFFE
 
Il s’agit de HOT ZIGGEDY (Kerr 99). 
 
RÉCOMPENSES 2004
 
Les résultats des votes pour les grandes médailles américaines 2004 viennent d’être publiés. C’est CROWNED HEADS (Keppel 97) qui remporte la Médaille de Dykes. La Wister Medal (antichambre de la DM) a été attribuée à SPLASHACATA (Tasco 97).
 
*
*    *
 
La première Médaille de Dykes obtenue par une variété signée de Keith Keppel a été pour BABBLING BROOK (69). C’était en 1972 ! Il y a trente deux ans ! Cette fois c’est CROWNED HEADS qui l’emporte, avec une nette avance sur son second, le superbe TOM JOHNSON (P. Black 96) et JURASSIC PARK (Lauer 95). Jamais un tel délai ne s’était écoulé entre deux couronnements pour un même obtenteur. Mais cela démontre deux choses au moins : d’abord l’étonnante longévité du travail de sélection de Keith Keppel, ensuite la qualité de celle-ci. CROWNED HEADS est un iris magnifique, à tous points de vue, qui mérite bien la reconnaissance des juges, comme il a attiré les suffrages du public. C’est en tout cas le premier amoena inversé (ou « dark top ») à obtenir cette prestigieuse récompense. Keith Keppel a consacré son travail des dix dernières années à ce type de fleur et il est parvenu à des résultats exceptionnels. La récompense qui le concerne est amplement méritée au regard de son action.
 
Au départ il y avait cinquante deux variétés qui, cette année, pouvaient prétendre à la récompense suprême. Au dernier pointage, le tableau final était constitué de onze iris valeureux : deux iris intermédiaires , déjà primés dans leur catégorie, BOTTLED SUNSHINE (H. Nichols 94), H and J Sass Medal 2003, et PROTOCOL (Keppel 94), H and J Sass Medal 2002 – mais chacun sait que la probabilité de victoire d’un iris autre qu’un grand est extrêmement réduite - ; neuf TB (grands iris), rangés ici dans l’ordre alphabétique, CROWNED HEADS, DIABOLIQUE (Schreiner 97), FANCY WOMAN (Keppel 95), GYPSY ROMANCE (Schreiner 94), JURASSIC PARK, LOCAL COLOR (Keppel 96), POND LILY (E. Jones 94), SPIRIT WORLD (Keppel 94) et TOM JOHNSON. On remarque que Keppel avait plus d’un fer au feu ! Les exégètes, qui s’amusent à analyser les chances des uns et des autres, s’accordaient à considérer que les variétés les plus anciennes, GYPSY ROMANCE, POND LILY et SPIRIT WORLD, étaient les moins bien placées. Ils composaient le dernier carré avec, dans l’ordre des préférences, CROWNED HEADS, TOM JOHNSON, DIABOLIQUE et JURASSIC PARK, car FANCY WOMAN avait, semble-t-il, laissé passer sa chance l’an dernier, battu dans la dernière ligne droite par CELEBRATION SONG.  La dernière Wister Medal, celle de 2003, avait donné un classement prémonitoire de CROWNED HEADS devant DIABOLIQUE et TOM JOHNSON. C’était donc ces trois variétés qui avaient les faveurs du pronostic. DIABOLIQUE  est dans l’affaire le plus grand perdant puisque JURASSIC PARK, President’s Cup 96, lui souffle la troisième place.
 
Pour la Wister Medal, la victoire de SPLASHACATA n’est pas une surprise. Cet iris plicata a fait une carrière particulièrement brillante, avec l’Award of Merit en 2002 et la Franklin Cook Cup en 2003. Son chemin vers la DM est tout tracé pour 2005. Mais ses deux suivants sont aussi des cultivars de premier plan. WORLD PREMIER (Schreiner 98) est un amoena d’une grande pureté, et POEM OF ECSTASY (Hager 97), un bicolore pêche et lavande ; tous les deux gardent toutes leurs chances, on aurait pu dire la même chose du quatrième, FOGBOUND (Keppel 98), mais ce dernier va maintenant se trouver handicapé par la victoire de CROWNED HEADS. En effet l’un et l’autre sont des obtentions du même hybrideur et se classent tous les deux dans le type « dark top » ! Qui voudra parier sur le succès, deux ans de suite, d’iris aussi proches ?

9.7.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

ÇA CHAUFFE !

De ces cinq variétés de grands iris, l’une n’est pas une obtention de la maison Schreiner. Laquelle ?

· HOT CHOCOLATE
· HOT LINE
· HOT SPICED WINE
· HOT ZIGGEDY
· PIPING HOT

RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

MARIAGE

Il s’agit de WEDDING SUIT.

SURF RIDER

On fait habituellement remonter l’origine des iris « dark top », ou amoena inversé, à la variété AVIS (Varner 63) parce que c’est elle qui a été l’une des premières à présenter des pétales bleu-mauve et des sépales presque blancs, ce qui est l’inverse de la situation rencontrée chez les iris amoenas. Mais AVIS n’a pas eut un grand succès commercial. Au contraire, SURF RIDER enregistré en 1970 par James Tucker, obtenteur installé dans l’Illinois, a réussi à s’imposer dans le monde entier.

SURF RIDER a des pétales parme, des sépales d’un blanc laiteux où le bleu resurgit au cœur, et des barbes blanches. La fleur est peu ondulée, mais de texture épaisse ce qui lui confère une bonne tenue. Néanmoins ce qui a fait le succès de SURF RIDER c’est l’originalité de son coloris.
Pour en arriver là, Tucker a utilisé un semis de STEPPING OUT, associé à JOY DANCER. On ne décrit plus le premier, plicata emblématique mis sur le marché par la maison Schreiner en 64 et récompensé de la Médaille de Dykes en 68. JOY DANCER est un autre produit Tucker, enregistré en 69, qui a attiré sur lui l’attention à Florence où il a obtenu la seconde place en 74. C’est une variété mauve lilas à barbes jaunes. Si l’on ne sait officiellement rien des origines de STEPPING OUT, en revanche celles de JOY DANCER sont connues : CRINCKLED BEAUTY (Schreiner 60) x RIPPLING WATERS (Fay 61). L’un et l’autre sont des iris mauve rosé. Mais RIPPLING WATERS ajoute à sa carte de visite le fait d’être devenu l’un des piliers de l’hybridation moderne, comme le savent ceux qui lisent habituellement cette chronique.

Si son originalité et sa fraîcheur ont valu à SURF RIDER une renommée mondiale, elles ont aussi tenté certains hybrideurs qui ont essayé d’en améliorer les caractéristiques. Trois grands noms s’y sont essayés : Joë Ghio, Ben Hager et Sterling Innerst.

Ghio a obtenu LITTLE MUCH (65) et INCANTATION (67). Le premier est décrit comme ayant des pétales bleu moyen, des sépales blancs et des barbes blanc bleuté. Il répond bien à la définition des « dark tops ». Parmi ses antécédents il a des iris prestigieux comme MARY FRANCES (Gaulter 73) et MYSTIQUE (Ghio 75), tous deux couronnés de la D.M., ainsi que SEA VENTURE (Jones 72) qui est aussi un amoena inversé, et qui est un enfant de AVIS ! LITTLE MUCH porte bien son nom, il apporte un petit peu plus au patrimoine de ses illustres devanciers. INCANTATION est un cousin du précédent. Il se présente un peu comme un amoena inversé mais le contraste est atténué car la base des pétales est plus vivement colorée que le haut, pratiquement blanc, tandis qu’on retrouve le bleu des pétales aux épaules des sépales.

BALLERINA BLUE (Innerst 86) a beaucoup de ressemblance avec SURF RIDER, mais aussi avec SEA VENTURE. Il est vrai qu’il est le fruit du croisement du premier par le second, ce qui explique bien l’air de famille ! En dehors de cela ce n’est pas une variété qui apporte grand chose à la problématique des « dark tops ». Les descendants de SURF RIDER obtenus par Ben Hager ont d’autres qualités. TIMESCAPE (90), par exemple, se rapproche nettement de INCANTATION, en plus clair peut-être : même disposition des couleurs et même fleur ample et fortement ondulée. GARDEN ESCORT (91) n’est pas un « dark top » mais un joli néglecta bleu-mauve. Quant à SILVER FIZZ (91), s’il présente des sépales plus clairs que les pétales ce n’est pas non plus vraiment un « dark top », ce qu’il a de remarquable en revanche, c’est l’extrême finesse et densité des dentelures qui entourent toute la fleur. Pour l’amélioration des « dark tops », il ne faut pas trop compter sur celui-là, pas plus d’ailleurs que sur BALLERINA BLUE ou INCANTATION qui ont peu de descendants et seulement dans d’autres coloris. Mais les trois autres variétés citées ont une descendance d’amoenas inversés.

LITTLE MUCH est à l’origine de ALL ABOARD (Christopherson 2003) qui est un « dark top » très clair mais bien net, et de WIDE HORIZON (Gatty 91) qui, sans être exactement au type (il a quelques traits communs avec INCANTATION) s’en approche néanmoins avec, en plus, une touche de jaune pâle aux épaules. L’union entre un descendant de TIMESCAPE et un descendant de GARDEN ESCORT a donné naissance à une variété de toute beauté, pur amoena inversé, baptisée par Ben Hager ETHEREAL VOICES (2001). Il y a là une réelle avancée comme on dit dans les négociations sociales ! D’ailleurs TIMESCAPE est à la base d’une nombreuse famille. Il a été utilisé aussi bien par Hager lui-même (LIVING PICTURE – 98 -) que par Richard Ernst (THAR THE BLUE – 2003 -), mais surtout en Australie par Graeme Grosvenor qui en a fait un de ses géniteurs favoris, sans toutefois en obtenir de nouveaux « dark tops ». C’est le Français Bernard Laporte qui en a tiré le meilleur parti à ce niveau. Son croisement de HONKY TONK BLUES x TIMESCAPE a produit une série de semis, très proches les uns des autres, mais nettement « dark top », avec, ce qui ne gâte rien, des fleurs bien formées et délicatement ondulées. J’espère que cet obtenteur trop timide enregistrera bientôt l’un de ces semis qui apportera quelque chose d’intéressant dans une catégorie difficile mais qui a du succès dans notre pays. Je sais, en particulier, que Michèle Bersillon a utilisé SURF RIDER pour des croisements donc elle attend beaucoup. Qu’un bel iris, issu de ce valeureux pionnier, apparaisse un jour prochain chez nous serait une nouvelle preuve que son succès n’a pas été usurpé.

3.7.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

MARIAGE

Voici cinq noms de variétés de grands iris qui évoquent toutes le mariage. L’une d’entre elles est de couleur noire. Laquelle ?

· WEDDING BOUQUET (Buttrick 51)
· WEDDING CANDLES (Schreiner 82)
· WEDDING DANCE (Schreiner 99)
· WEDDING SUIT (Mohr H. 74)
· WEDDING VOW (Ghio 72)

RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

Gordon PLOUGH

EDEN ROAD IRIS GARDEN

Bernard HAMNER

Bernard Hamner faisait partie de ces hybrideurs nés dans les années 10 qui ont eu une particulière importance dans la création des iris que nous connaissons maintenant. Pourtant ce personnage discret n’est jamais apparu au premier plan… Question de tempérament.

Il est né au fin fond de l’Illinois, un peu au nord de St Louis, mais comme le petit Bernard souffrait d’asthme, ses parents l’ont emmené dans le Nevada ou son père trouva un emploi de muletier dans une mine d’or. Un début d’existence digne d’un western ! Peu après cependant la famille est repartie vers la Californie, parce que M. Hamner avait trouvé un nouveau travail dans les champs de pétrole. Après plusieurs déménagements, la famille s’est finalement arrêtée dans les montagnes situées à l’est de Los Angeles. C’est dans cette région qu’après son bac Bernard Hamner travailla dans l’agriculture, se maria puis acheta sa propre exploitation, un peu plus au sud, à Perris, dont il ne bougera plus. Le couple Hamner mènera désormais une vie exemplaire vouée en partie aux iris, bien sûr, mais encore plus à l’église baptiste. Cette existence typiquement américaine, où la religion avait une part prépondérante, où les plaisirs étaient simples (chasse, pèche, jardinage…), explique que Bernard Hamner n’ait jamais brillé dans les cercles du petit monde des iris en dépit d’un travail dont chacun s’accorde aujourd’hui à reconnaître l’importance.

Car en près de trente ans de carrière, parmi les nombreuses variétés enregistrées par Bernard Hamner, il en existe beaucoup qui ont présenté des qualités que n’ont pas manqué de remarquer ses confrères et que les amateurs d’iris ont appréciées. Chez nous, qui ne connaît AVALON BAY (74), GYPSY BELLE (74), HEATHER BLUSH (76), SPICED HONEY (76), BEAUTY CROWN (77), BRONCO BROWN (82), CROWD PLEASER (83), FLAMENCO WHIRL (88),
AZURE ICICLE (93) et bien d’autres qui poussent dans nos jardins et qui figurent toujours dans nos catalogues. Cependant ses plus importantes réussites s’appellent d’une part WILD JASMINE (83) et d’autre part CINNAMON SUN (93).

WILD JASMINE est un variegata autant qu’un plicata. Du premier type il présente les pétales d’un beau jaune d’or et les sépales où domine le brun rouge. Mais du second il tient le fond blanc qui apparaît sous les barbes –oranges- et les striures qui vont en se densifiant à mesure qu’on approche du bord, celui-ci proposant, en plus, un liseré de la couleur des pétales. C’est une des variétés fétiches de Richard Ernst qui, en l’associant le plus souvent au rose EDNA’S WISH (Gibson 83), en a obtenu tout un tas de variétés très différentes, quelques unicolores, mais surtout des plicatas très originaux. Dans la première catégorie figure AMBER TAMBOUR (91), superbe et majestueux jaune ambré. Dans la seconde on trouve CHIFFON RUFFLES (91), nacre poudré de cannelle, DESERT RENEGADE (92), frère de semis du précédent, classique plicata brun, RING AROUND ROSIE (2000), pétales blancs, sépales constellés de rose pourpré avec un cerne jaune pâle, et SCHIZO (2003), indigo et pourpre, au cœur blanc typiquement « luminata ». Ajoutons que l’étrange OWYHEE DESERT (Pinkston 97), en blanc poivré de brun et liseré de jaune, est aussi un enfant de WILD JASMINE.

CINNAMON SUN pour sa part se présente comme un néglecta jaune, mais sur le bas des sépales apparaît un fin réseau de veines ocres. C’est ce trait particulier qui a attiré l’attention de grands hybrideurs comme Keith Keppel et Joseph Ghio. Ils y ont vu l’apparition de quelque chose de nouveau. Les deux compères se sont mis d’accord pour effectuer des croisements entre leurs deux domaines de recherche et ce qu’ils espéraient s’est produit. Voir pour cela leurs enregistrements de 2001 qui ont nom, pour Ghio IMPULSIVE, et pour Keppel QUANDARY. IMPULSIVE est un amoena orange rosé dont les sépales vont en fonçant vers le bord et se terminent par un pointillé grenat. QUANDARY, apparemment plus terne, est un blanc largement marqué de jaune aux épaules, avec de belles barbes orange flamboyant qui surplombent des sépales où l’on distingue un fin réseau de fils pourprés. A partir de cette variété, Keppel nous réserve une nouvelle génération de plicatas originaux.

A partir de ces deux variétés nouvelles il est probable que le nom de Bernard Hamner sortira prochainement de la modeste position qui est la sienne. Mais ce qui est sûr c’est que nous disposons déjà d’une panoplie d’iris remarquables, que nous devons au prédicateur de Californie baptisé Bernard Hamner.

Source : essentiellement Bulletin de l’AIS n°333.

18.6.04

DOUBLE DOSE

Double dose, cette semaine, pour cause de vacances la semaine prochaine !

prochaine publication le 2 juillet. A bientôt !
L’ENIGME DE LA SEMAINE

Gordon PLOUGH

Les noms qui suivent sont ceux de pépinières d’iris très connues. Comment s’appelait celle de Gordon PLOUGH ?

SUPERSTITION IRIS GARDENS
TB’S PLACE
ZEBRA GARDENS
EDEN ROAD IRIS GARDEN
SALMON CREEK GARDEN

RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

CALIFORNIE (ter)

Il s’agit de HOTEL CALIFORNIA (Bianco 99), qui est un iris de bordure (BB).

DÉCHIFFRER UN PEDIGREE


Rockstar x Classmate. Voici un pedigree qui ne pose apparemment aucun problème à l’amateur d’arbres généalogiques. Rockstar désigne la variété utilisée comme « mère » et Classmate est celle qui a fourni le pollen. Mais, direz-vous, il y a toujours un iris « femelle » et un iris « mâle », quel que soit le croisement. Bien sûr, cependant il arrive souvent que l’un ou l’autre, voire les deux parents n’aient pas été dénommés par l’hybrideur. Les variétés en question, parce qu’elles ne présentaient pas assez d’intérêt pour faire l’objet d’un enregistrement, sont restées des numéros de semis. Dans ce cas le pedigree va se présenter de façon un peu plus compliquée. Par exemple, pour rester chez Lawrence Ransom - le croisement Rockstar x Classmate étant celui de son dernier cultivar, baptisé JET-SETTER (2004) – prenons TITANIUM (2000), un superbe blanc au cœur légèrement poudré d’abricot. Le pedigree s’établit ainsi : Tide's In X (Soap Opera x Opera Bouffe). Le croisement (Soap Opera x Opera Bouffe) n’a pas reçu de nom. Il faut donc l’écrire de telle façon que celui qui recherche l’origine de TITANIUM soit immédiatement informé, d’où cette parenthèse qui enferme les deux termes du croisement utilisé comme « père ». Pour distinguer l’élément « femelle » de l’élément « mâle », l’X entre eux est un X majuscule, alors qu’un x minuscule est placé dans la parenthèse. Un peu plus de complexité apparaît si l’un ou l’autre (ou les deux) élément de la parenthèse est constitué d’une autre variété non dénommée. C’est le cas pour OLOROSO (Ransom 2000) qui se décrit ainsi : Speculator X ((Heartbreaker x Vanity) x Opium). Le côté paternel comprend deux éléments, l’un, nommé, est Opium. L’autre, sans nom, est le produit de Heartbreaker x Vanity. D’où la présence d’une double parenthèse.

Certains obtenteurs entreprennent des recherches qui n’aboutissent pas dès le premier croisement. Il faut parfois aller d’amélioration en amélioration, sur plusieurs générations. Ecrire le pedigree peut devenir, alors de plus en plus abscons. Prenons le pedigree de STARLETTE ROSE (Cayeux R. 96) : ((Ovation x Premier Bal) x (Pink Angel x Playgirl)) X ((Metropolitan x Loudoun Lassie) x ((Condottiere x Metropolitan) x sib). L’élément « femelle » est relativement simple puisqu’il s’agit du croisement de deux cultivars qui n’ont pas reçu de nom ; appelons le premier binôme A (Ovation x Premier Bal), et le second B (Pink Angel x Playgirl). L’élément « mâle » comprend en fait trois parties : le cultivar C (Metropolitan x Loudoun Lassie), le cultivar D (Condottiere x Metropolitan) et le cultivar E ((Condottiere x Metropolitan) x Sib). L’abréviation « sib » signifie que le cultivar D a été croisé avec un frère de semis (sibling en américain), que l’on peut appeler D’ ; la multiplication D x D’ = E. STARLETTE ROSE est donc le résultat du croisement d’un premier élément, A x B, par un second C x E. Ouf !

Les champions absolus du pedigree ultra difficile à déchiffrer se nomment Joë Ghio et Keith Keppel, même si l’on trouve de beaux casse-tête chez Schreiner ! Je vais essayer de décrypter l’ascendance de PROTOTYPE (Ghio 2000), une variété qui marque l’apparition d’un nouveau modèle d’iris, mais une variété dont l’arbre généalogique n’est pas un modèle de simplicité. Voici comment elle se présente dans la check-list :
« (((Tomorrow’s Child x (Caption x (Dream Affair x (Artiste x Tupelo Honey)))) x Costa Rica) x (Costa Rica x London Lord) X pod parent of Snowed In. » Il apparaît alors que seul le côté féminin est détaillé ; pour le côté masculin il faut aller piocher dans la généalogie femelle de SNOWED IN (Ghio 98), ce qui donne : « (Notorious x ((Success Story x (Fancy Tales x Alpine Castle)) x ((Persian Smoke x Entourage) x ((Strawberry Sundae x (Artiste x Tupelo Honey))) x Borderline sib)))). Au complet il faudrait écrire :
« (((Tomorrow’s Child x (Caption x (Dream Affair x (Artiste x Tupelo Honey)))) x Costa Rica) x (Costa Rica x London Lord) X (Notorious x ((Success Story x (Fancy Tales x Alpine Castle)) x ((Persian Smoke x Entourage) x ((Strawberry Sundae x (Artiste x Tupelo Honey))) x Borderline sib)))). »
Le décryptage consiste à isoler chaque binôme. Commençons par la part féminine en identifiant :
A = (Artiste x Tupelo Honey)
B = (Dream Affair x « A »)
C = (Caption x « B »)
D = (Tomorrow’s Child x « C »)
E = ( « D » x Costa Rica)
F = (Costa Rica x London Lord)
G = (« E » x « F »)
Passons à la part masculine :
H = (Fancy Tales x Alpine Castle)
I = (Success Story x « H »)
J = (Notorious x « I »)
K = (Persian Smoke x Entourage)
L = (« J » x « K »)
M = (Strawberry Sundae x « A »)
N = (« L » x « M »)
O = (« N » x Borderline sib)
Pour parvenir à la constatation que notre PROTOTYPE est le fruit de « G » par « O ».
S’il l’avait jugé utile, Ghio aurait pu donner un nom à G comme à O et le pedigree en aurait été réduit à sa plus simple expression, mais pour les puristes le travail de décorticage aurait continué pour aboutir au détail tel qu’il a été donné. D’ailleurs, si l’on veut, on peut continuer le décorticage en recherchant les origines de chacune des variétés dénommées ! Il faut dire que, tel quel, le pedigree remonte à la sixième génération avec les croisements « A » et « H ». A noter que « A » se trouve également à la quatrième génération dans la branche mâle (croisement « M »). Pour parvenir dans tous les cas au détail de la sixième génération, va encore se trouver en présence d’un certain nombre de binômes qui n’ont pas de nom… Quant à atteindre les septième ou huitième générations, celles des iris fondamentaux des années 50 ou 60, cela demande une bonne dose de courage et de concentration.

La science généalogique chez les iris n’est pas moins complexe que chez les hommes, je dirais même qu’elle est encore plus délicate puisqu’un même parent peut être parfois « père » parfois « mère » dans la même ascendance, ce qui est tout de même épargné à l’espèce humaine !
PROTOTYPE

Dans le lot d’iris que j’ai reçu directement des Etats-Unis l’été dernier, il y avait une variété sur l’originalité de laquelle mon attention n’a été attirée qu’au moment de la floraison, à la mi-mai de cette année. Il s’agit de PROTOTYPE (Ghio 2000). Les pétales sont blancs, très légèrement frisés, les sépales, blanc rosé, sont finement veinés d’amarante sur le tiers inférieur, et les épaules fortement marquées de jaune. L’ensemble donne un effet un peu fumé, très nouveau. Cela m’a rappelé un article que j’avais lu quelques semaines auparavant dans le Bulletin de l’AIS, signé Keith Keppel, à propos de sa variété QUANDARY (2001) et de ses travaux conjoints avec Joë Ghio sur un croisement issu de CINNAMON SUN (Hamner 93) et d’un produit Ghio numéroté 88-180 P, au pedigree fort compliqué. Chez Ghio, QUANDARY a un demi-frère baptisé PUCCINI (98), dont le pedigree tient sept lignes sur la check-list des années 90 ! Quant à mon PROTOTYPE, eh ! bien c’est aussi un demi-frère des précédents ; pas étonnant donc de trouver à ces trois variétés un air de famille !

Déchiffrer le pedigree d’une variété Keppel ou Ghio n’est pas une mince affaire, mais l’arbre généalogique qui en découle est beaucoup plus instructif qu’une accumulation de parenthèses de x, de noms et de numéros. Je me suis attelé à celui de PROTOTYPE et j’ai remonté jusqu’à la sixième génération, ce qui donne théoriquement soixante-quatre variétés. En fait, bien souvent le même nom revient plusieurs fois, surtout lorsqu’il y a « inbreeding », comme c’est le cas dans la branche maternelle. Dans celle-ci, par exemple, on ne rencontre que quatorze noms sur trente-deux possibilités. Dans l’ordre alphabétique ceux qui reviennent plusieurs fois sont : ALPINE CASTLE (Blyth 79) (4 fois), FANCY TALES (Shoop 80) (2), OUTER LIMITS (Blyth 72) (3), SNOW PEACH (Shoop 71) (4), SOSTENIQUE (Blyth 75) (4) et VENUS MAGIC (Blyth 78) (4), plus un semis non dénommé de (ARTISTE x TUPELO HONEY) et un autre de (GAY PARASOL x MYSTIQUE) qui apparaissent deux fois. Plus on avance, plus on reconnaît des variétés fréquentes dans nos jardins : LISA ANN (Blyth 77) – blanc et rose -, CHILD OF FORTUNE (Blyth 79) –bitone rose orchidée -, SUCCESS STORY (Ghio 87) –bitone indigo -, CABARET ROYALE (Blyth 79) – bitone violet à barbes rouges -, TOMORROW’S CHILD (Blyth 84) – bicolore orchidée et bourgogne -, MAGIC MAN (Blyth 79) – lavande et pourpre -, COSTA RICA (Ghio 95) – blanc bleuté et prune à barbes minium - et LONDON LORD (Blyth 90), l’un des six frères dont j’ai parlé il y a quelques semaines. C’est un bel exemple de collaboration trans-pacifique : majorité d’iris australiens mêlée de variétés californiennes.

La moitié « mâle » est plus variée mais encore plus difficile à établir car elle contient au total trente croisements qui n’ont pas reçu de nom ! Certaines variétés citées ci-dessus y apparaissent de nouveau : FANCY TALES, SUCCESS STORY, ALPINE CASTLE, de même que le croisement (ARTISTE x TUPELO HONEY). C’est cette branche qui fait le lien entre les trois variétés citées : QUANDARY, PUCCINI et PROTOTYPE.

Ce qui constitue la particularité de ces trois iris ce sont les stries ou veines qui ornent le tiers inférieur des sépales. Keppel considèrent qu’on est en présence d’un nouveau modèle d’iris, auquel il imagine un nom qui serait « distalata », de « distal », néologisme américain qui me paraît signifier « éparpillé » ou quelque chose comme ça. D’après lui et son compère Ghio, ces traces pourpres en bas des sépales, de même que les épaules marquées de jaune pêche, proviendraient de FANCY TALES, une variété aux origines complexes et un peu obscures, où l’on retrouve néanmoins un certain SNOW PEACH qui se trouve également, d’ailleurs, dans la généalogie de CINNAMON SUN, origine maternelle de QUANDARY.

Quoi qu’il en soit, PROTOPYPE, aussi bien que QUANDARY, ont été baptisés fort à propos. Keppel a choisi le nom de QUANDARY, qui signifie « embarras » et qui marque bien sa perplexité devant son nouveau cultivar. Ghio est plus affirmatif : pour lui il n’y a pas de doute, on en devant quelque chose de neuf, le début sans doute d’une série, bref un véritable prototype.

11.6.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

CALIFORNIE (ter)

Parmi ces cinq noms qui évoquent tous la Californie, l’un ne désigne pas un grand iris. Lequel ?

· CALIFORNIA CHARM
· CALIFORNIA CLASSIC
· CALIFORNIA DOLL
· CALIFORNIA DREAMIN’
· HOTEL CALIFORNIA

RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

CALIFORNIE (bis)

Il s’agit de SAN JOSE, qui est de Joë Ghio.

POST MORTEM

Dans l’univers des iris, on ne disparaît pas le jour de sa mort. Prenez l’exemple de Ben Hager. Il nous a quittés en 99 mais depuis son nom continue d’apparaître dans les listes d’enregistrements de l’AIS. C’est son collaborateur et compagnon de toujours Sidney DuBose qui a enregistré pour lui en 2000, puis les jardins Cooley, de Richard Ernst, ont pris le relais pour les grands iris, tandis que la pépinière Adamgrove récupérait tous les autres. Apparemment, ce fond était d’une incroyable richesse. En effet, lorsqu’il s’agit d’un obtenteur plus banal que Ben Hager, l’héritage s’épuise en un an ou deux. Dans le cas présent on n’en a pas encore fini, et cela fait cinq ans que cela dure ! Il faut dire que Ben Hager était un hybrideur forcené et d’un parfait éclectisme puisqu’il hybridait non seulement toutes les catégories d’iris, mais aussi, à ma connaissance, les hémérocalles (il y a même sur Internet un site entièrement consacré aux hémérocalles signées Hager).

Personne ne se plaindra de cette abondance et de cette longévité post mortem. Pour m’en tenir aux grands iris, qui sont un peu ma spécialité, j’ai relevé vingt-six introductions depuis 2000 (mais il faut ajouter les 10 variétés naines).

En 2000 Sid DuBose a proposé quatre variétés commercialisables dès cette année là. Deux sont violets à cœur blanc, CHERISHED FRIENDSHIP, et WORLD WITHOUT END. SOTTO VOCE est un bicolore rose sur améthyste ; mais la variété qui me semble la plus réussie dans ce lot est l’orange rutilant MCKELLAR’S GROVE.

En 2001 Richard Ernst a trouvé six variétés commercialisables, toutes remarquables : un « dark top » délicieux, en bleu glycine sur sépales blancs, ETHEREAL VOICES ; un extraordinaire bicolore, PASSING CLOUDS, aux pétales bleu de lin sur des sépales beige grisé, descendant de l’australien BEHOLD A LADY ; un amoena jaune aux sépales bordés de blanc, GLOWING SMILE ; un mauve à cœur blanc, FALL RERUN, remontant comme son nom le laisse entendre ; un violet sombre uni, ROYAL COURTSHIP, et un superbe amarante à grosse barbe rouge, PLEASANT SURPRISE. Toutes ces variétés, tant par le choix de leur nom que par leur aspect portent la « patte » de Ben Hager.

2002 a vu la mise sur le marché de sept nouveaux iris signés Hager : le jaune pur AMARILLO FRILLS, le vieil or HOT PROPERTY puis, dans le même ton, WESTERN TRADITION, et un amoena jaune, PLAY TO WIN ; MY OLD FRIEND, un iris bicolore mauve et beige, voisin, en plus sombre, de CHASING RAINBOWS, et qui descend, comme ce dernier de MOTHER EARTH ; un joli unicolore améthyste, SIMPLY DELICIOUS, enfin un autre « dark top » dans les tons de mauve, SONGWRITER, petit frère d’ETHEREAL VOICES.

Pour 2003, il reste encore cinq nouveautés à mettre en vente : CARRY ME AWAY, néglecta bleu pâle, FONDNESS, tendre mauve rosé, PINK PINCURLS, intéressant rose vif à barbes rouges, POSH PLACE, entièrement mauve à barbes mauves sur un petit spot blanc, et SPEAKING FREELY, orange relevé d’une zone blanche sous les barbes. Tous ces iris portent la marque caractéristique des iris Hager, c’est à dire des fleurs parfaitement troussées mais classiques dans leur forme.

On croyait en avoir fini, mais non ! En 2004 il y a encore quatre nouveaux iris Hager introduits par Cooley’s Gardens : trois d’entre eux retournent dans les tons de bleu cher à leur créateur, LIFE STORY est bleu moyen, uni, LIKE THE WIND décline deux tons de bleu, avec une barbe rouge, SAY GOODBYE (un adieu ?) possède la même barbe rouge, mais la fleur est entièrement d’un calme bleu glycine ; pour terminer sur une note vive, VIVID LOOK se présente en deux couleurs, rose vif pour les pétales, violet prune, ou amarante foncé pour les sépales, avec la barbe rouge.

Je ne sais pas s’il y a encore de la réserve, mais si l’on ajoute à ces descriptions les 10 iris nains introduits en 2003, en cinq ans les iris posthumes de Ben Hager ont été plus nombreux que ceux enregistrés pendant toute une vie d’hybrideur par un personnage exigeant comme Donald Nearpass, par exemple ! Heureusement, en matière d’iris, comme en tout ce qui touche à l’art, la mariée n’est jamais trop belle, et l’on ne refusera pas les prochaines introductions, s’il y en a.

3.6.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

CALIFORNIE (bis)

Les cinq noms qui suivent évoquent tous des villes situées autour de San Francisco. Ce sont aussi des noms de variétés de grands iris. Quatre ont été obtenues par Larry Gaulter, une est d’un autre obtenteur. Laquelle ?

· MILL VALLEY
· ORINDA
· SAN JOSE
· SAN LEANDRO
· TIBURON

RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

A suivre…

1. MYSTIQUE (DM 80) : les précédents sont les DM depuis 76.
2. TITAN’S GLORY (FO 84) : les précédents sont les Florins d’Or de 80 à 83.
3. ROUGISSANT (Cayeux 2002) : il s’agit de la cinquième et dernière variété enregistrée par R. Cayeux en 2002.

Jack DURRANCE

Quand je réunis une documentation sur un personnage dont je veux tracer la biographie, je suis toujours étonné de l’incroyable diversité qu’il y a au sein du petit monde des iris. Il en va là comme dans le reste du monde, soit, mais cela m’est toujours une surprise de le constater. Prenez le cas, par exemple de John Randall Durrance que l’on appelait familièrement Jack.

Il était fils d’instituteurs, né en Floride où il a passé sa petite enfance avant de faire, sur ses quinze ans, une curieuse émigration à rebours, vers l’Allemagne, où il vécut, en Bavière, jusqu’à l’avancée de l’hitlérisme qui le ramena aux Etats-Unis. De son séjour dans les Alpes bavaroises, il avait acquis une solide expérience d’alpiniste qu’il mit au service de l’équipe américaine de sport alpin. En 1939 il fit partie de la malheureuse expédition qui tenta l’ascension du K2, dans l’Himalaya.

Cette activité sportive ne l’empêchait pas de poursuivre des études médicales couronnées de succès et de devenir pneumologue.

Quand l’alpinisme ne fut plus à sa portée, il se tourna vers le jardinage et se lança dans l’hybridation des iris. Rapidement il devint un expert en l’art d’hybrider même s’il n’acquit jamais une renommée à l’image de son talent. Ses premiers enregistrements datent de 1957, mais sa plus belle récompense a été la President’s Cup (coupe destinée à un iris obtenu dans la Région organisatrice de la Convention annuelle de l’AIS) attribuée en 1967 à AZURE APOGEE (67), un iris bleu ciel à barbes bleu sombre. Cependant s’est au cours des années 80 et 90 qu’il a obtenu ses plus beaux iris. Je considère pour ma part que l’une de ses plus jolies réalisations est ANY SUNDAE (86), blanc pur avec de superbes barbes rouges. J’y ajoute l’un de mes roses préférés, NORMA JEAN (91), entièrement rose corail. Pour être complet, je citerai aussi HIDDEN SURPRISE (85), fleur blanche qui cache en son cœur une couleur bleu rosé, rare, LOIS RANIER (88), un autre rose saumoné, RUTH PORTER WARING (88), en robe amarante, WILD OATS (83), variegata, YUKON TWILIGHT (88), blanc à barbes bleues, descendant de SONG OF NORWAY, et enfin l’étrange PEWTER TREASURE (94), gris bleuté à veines plus sombres.

Cet humaniste, qui ne se plaisait nulle part mieux que dans sa bibliothèque jonchée de volumes, s’est éteint à 91 ans, dans ce Colorado qui lui permettait à la fois de garder sous les yeux des cimes enneigées lui rappelant son amour de la montagne, et de cultiver paisiblement ses précieux iris.


Source : essentiellement Bulletin de l’AIS n°332
DOUCEUR

Dans notre pensée occidentale la notion de douceur est souvent accolée à celle de femme. Le monde des iris ne manque pas de faire cette relation. J’ai trouvé plein de variétés dont les noms associent le mot « douce » et un prénom féminin :

SWEET MARIE (Muhlestein 51)
SWEET JOY (Freudenburg 57)
SWEET ROSE (Hafner 57)
SWEET JANE (Rees 60)
SWEET LILANI (Noyd 61)
SWEET LORRAINE (Plough 67)
SWEET EVELYN (Craig 70)
SWEET VIRGINIA (Lorenz 74)
SWEET ALEDA (Monroe 83)
SWEET ANITA (Nearpass 86)
SWEET JOLENE (J. Meek 87)
SWEET DANIELLE (Mundy 89)
SWEET LENA (Holland 92)
SWEET FREIDA (Hahn 95)
SWEET MEI (Fan 99)
SWEET LINDA (Cadd 2000).

Un rapprochement analogue s’établit autour du mot « lovely » (charmante) :

LOVELY DIANA (Muhlestein 57)
LOVELY CECILE (Rutherford 59)
LOVELY LINDA (Whiting 59)
LOVELY LETTY (Hall 60)
LOVELY TARA (Kelway 62)
LOVELY BLANCHE (Hunt 76)
LOVELY JAN (Hamblen 76)
LOVELY LOIS (Muhlestein 76)
LOVELY KRIS (Wagstaff 78)
LOVELY LEILANI (B. Blyth 78)
LOVELY KAY (Hamblen 79)
LOVELY JOAN (Slade 87)
LOVELY PEGGY (Slade 90)
LOVELY JENNIFER (Pinegar 92)
LOVELY FRAN (Weiler 99)
LOVELY PHYLLIS (Muska 2001).

Ainsi, même parmi les iris, douces et charmantes sont les femmes…

29.5.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

A suivre…

Essayez de compléter les trois listes suivantes :

· KILT LILT, DREAM LOVER, BRIDE’S HALO, MARY FRANCES, . . . . .
· ENTOURAGE, BEVERLY SILLS, GOLD GALORE, WOODCRAFT, . . . . .
· AURELIE, CERF-VOLANT, FABULEUX, POESIE, . . . . .

RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

CALIFORNIE

Ben HAGER était installé à STOCKTON.

VISITE A JOUY

A Jouy en Josas pour être précis, et, plus exactement à la plantation d’iris réalisée dans le parc de l’école professionnelle TECOMAH en vue du concours international FRANCIRIS 2005 prévu pour l’année prochaine.

L’école TECOMAH dispose d’un parc qu’elle partage avec HEC. C’est l’ancienne propriété des descendants d’Oberkampf, le créateur de la fameuse toile de Jouy. Le cadre est magnifique. Il s’étend sur les deux rives d’un petit ruisseau qui s’apprête à rejoindre la Bièvre. Pour atteindre l’exposition d’iris, il faut faire un long parcours sous les grands arbres et descendre vers le ruisseau. A pied le chemin est long, mais il reste agréable. L’endroit de l’exposition l’est moins. Il s’étend sur la rive même du ruisseau, sur une bordure d’environ deux mètres de large sur une cinquantaine de mètres de long. On ne passe que sur l’un des côtés de la bordure, de l’autre, c’est le ruisseau. L’emplacement est ensoleillé, ce qui n’est pas pour déplaire aux iris, mais les environs manquent de charme, avec des serres vieillissantes et des espaces en friche. Par ailleurs, visiblement les iris sont à l’étroit. Il faut dire que les organisateurs n’attendaient qu’une cinquantaine de variétés au plus et qu’ils en ont reçu plus de 130 ! D’où un visible entassement qui risque d’être encore plus flagrant au printemps prochain avec des touffes encore plus développées.

Ce petit terrain a été particulièrement soigneusement préparé et cultivé par les élèves de TECOMAH. Les plantes sont magnifiques, vigoureuses et prolifiques. Presque tous les rhizomes plantés ont pris et se sont vigoureusement multipliés. Il y a donc très peu de trous dans la plantation, même si, inévitablement certains iris sont plus chétifs que leurs voisins. S’ils se trouvent côté ruisseau, ces iris plus discrets passent forcément quasi inaperçus car les défauts majeurs de l’exposition sont la largeur excessive de la bordure et son accessibilité réduite.

En ce 25 mai presque toutes les variétés exposées sont en fleur, seules quelques tardives ne montrent encore que leurs boutons. Elles constituent un véritable panorama de l’iridophilie mondiale puisqu’il y a 22 exposants venant de 7 pays : France, Italie, Allemagne, Slovaquie, Grande Bretagne, Australie et USA. Ne manquent que les obtenteurs de l’Europe de l’Est. Il y en a pour tous les goûts, pour toutes les modes. Certains ont des petits airs d’iris des années 60, d’autres affichent haut leur modernité. Toutes les couleurs sont représentées, toutes les catégories aussi, même si les « broken colors » n’ont qu’un spécimen, et les iris « rostrata » (ou à éperons, si vous préférez) sont particulièrement nombreux, de même que les « dark tops ».

Pour me prêter au jeu du Critérium organisé cette année en avant-goût du concours, j’ai du faire le choix de mes cinq variétés préférées. Pas facile car les fleurs superbes ne manquent pas ! Dès l’entrée j’ai remarqué un iris bleu sombre, bitone, avec de grosses barbes bronze. Puis un amoena clair, à barbes noires, suivi d’un grand blanc pur et d’un robuste jaune vif. Un peu plus loin, c’est un iris rose saumon, très plaisant qui voisine avec un rose vif. En fond de bordure un iris pourpre à éperons bleus, très haut, attire l’attention, de même qu’un bleu moyen, très lumineux et parfaitement ondulé. Toujours en bordure du ruisseau pousse un cultivar jaune tilleul, original. Je remarque également un beau bleu à barbes noires, un gros plicata pourpre, façon FOOTLOOSE, puis un autre plicata du modèle EMMA COOK, très beau, un rose un peu fumé avec une flamme blanche sous les barbes, un indigo clair très bien disposé, un amoena bleu, classique mais moderne par la forme de ses fleurs, un abricot, un peu râblé mais d’une teinte ravissante, tandis qu’au fond, encore, un orange bitone attire l’œil par sa rutilance. N’oublions pas les blancs : il y en a un, au bord du sentier, dont on peut tout à loisir admirer la pureté du coloris et la perfection de la forme amplement ondulée, avec de très nombreuses fleurs sur chaque tiges. J’ai parlé des dark tops. Il y en a dans les tons de rose, d’orange et surtout de bleu. Certains, du modèle ALDO RATTI, m’ont paru très réussis. Enfin parlons des plicatas du modèle QUEEN IN CALICO ; on en trouve plusieurs, avec de très grosses fleurs, dans les tons de pourpre ou d’amarante. J’aurais pu aussi m’attarder sur quelque jaune délicieusement frisé ou sur ce bicolore chamois et amarante, aux grosses fleurs incroyablement bouillonnées, mais par ailleurs plein de défauts. Je me suis finalement rallié au cinq iris suivants : le bleu moyen très ondulé, un dark top bleu bien contrasté, le rose saumon, suivi du rose fumé à flamme blanche puis du bleu bitone à barbes bronze. Je connaîtrai l’année prochaine leur origine et peut-être leur nom, mais pour l’instant ce ne sont que des numéros. Mais de sacrés numéros !

Passons sur les imperfections signalées au début pour terminer en ne repensant qu’au plaisir que l’exposition m’a procuré, et en félicitant les initiateurs du projet et les élèves de TECOMAH qui ont fait un travail formidable et dont ils peuvent être fiers.


20.5.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

CALIFORNIE

Dans laquelle de ces villes de Californie vivait l’obtenteur bien connu Ben HAGER ?

· FRESNO
· PORTERVILLE
· SANTA CRUZ
· STOCKTON
· WASCO

RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

Iridial Pursuit (II)

1. Anton Mego est Slovaque
2. LUNAR RAINBOW (Blyth B. 76)
3. BABBLING BROOK (Keppel 69)

Adolf VOLFOVITCH-MOLER

Une énorme surprise est survenue en 1995 lorsque le jury de Florence a accordé sa plus haute récompense à un iris baptisé IKAR, dont l’obtenteur était un certain Adolf Volfovitch-Moler, habitant à Tachkent, en Ouzbékistan. En plus, la même année, c’est aussi un iris signé Volfovitch-Moler qui a été déclaré meilleure variété tardive : SYMFONIYA. Ainsi il y avait des créateurs d’iris ailleurs qu’en Amérique, Europe et Australie ? Et ils étaient capables de rafler des récompenses parmi les plus convoitées du monde ?

Jusqu’à la chute de l’empire soviétique, aucune information ne circulait sur les amateurs d’iris de ce monde isolé. Le rideau de fer enfermait aussi ceux dont la paisible passion ne concernait qu’une simple fleur ! Pourtant une certaine activité iridistique existait là-bas. Les enragés de l’iris se débrouillaient comme ils pouvaient pour assouvir leur passion. Ils se procuraient, le plus souvent en cachette, quelques variétés anglaises ou américaines et, avec ce faible potentiel génétique, s’essayaient à l’hybridation. Dès 1990 ils se sont fait connaître du petit monde des iris et ont commencé à s’offrir quelques iris plus récents que leurs antiques variétés des années 50 ou 60. C’est dans le recueil des enregistrements de 1995 qu’apparaissent les premières variétés originaires de l’ancien bloc de l’Est. Le Slovaque Ladislav Muska, l’Allemand (de l’Est) Manfred Beer, les Russes Irina Driagina, Vitali et Nadeghda Gordodelov, Piotr Hattenberger, Viktor Koroliov, Seguei Loktev, Galina Shevchenko, Viktor Sheviakov, le Kazakh Leonard Venivitin et l’Ouzbek Adolf Volfovitch-Moler se sont ainsi fait connaître. Le Slovène Izidor Golob s’est joint à l’équipe en 1996, puis ce furent les Tchèques et les Polonais en 1997. Ensemble ils occupent maintenant la seconde place dans le livre des enregistrements derrière les Etats-Unis, avec 173 nouveaux iris en 2003 !

Jusqu’à présent le seul de ces hybrideurs qui ait atteint la célébrité est Adolf Volfovitch-Moler. Venu de Russie, son activité professionnelle de géologue l’a amené en Ouzbékistan où il s’est définitivement installé. Il a pu bénéficier d’un petit espace au sein du Jardin Botanique de l’Académie de Sciences d’Ouzbékistan, à Tachkent, sur lequel il a développé autant que faire ce pouvait son travail d’hybridation commencé une dizaine d’année plus tôt. Il a continué d’hybrider jusqu’à sa mort en 2001, se désolant de manquer de place et de moyens. A ce sujet, je suis heureux d’avoir contribué à l’enrichissement de sa palette génétique en lui offrant un certain nombre de variétés françaises qu’il n’aurait pas pu se procurer en raison de ses faibles moyens financiers.

IKAR (92) et SYMFONIYA (92) n’étaient pas, d’après leur obtenteur, ses variétés préférées. Il avait curieusement une affection particulière pour un coloris qui, chez nous, n’est pas recherché, à savoir une teinte située entre le pourpre et le gris ou gris rosé. On la trouve chez CHIMGAN (92), VDOKNOVENIE (92) ou VECHERNYAIA SKAZDA (97). Ces variétés proviennent d’un croisement – dans un sens ou dans l’autre – de l’Anglais DANCER’S VEIL (Hutchison 59) et de RIPPLING WATERS (Fay 61), des cultivars largement obsolètes aujourd’hui, même si ce sont des plantes de grande valeur. Cependant son favori était le grand TASHKENT (92), il est vrai superbe variegata-plicata richement coloré. Pour ma part je préfère des variétés plus récentes comme CARNIVAL NIGHT (97), en violet pourpré somptueux, RAH RAH BOY (97) bicolore lilas / ocre avec des épaules caramel, très original, de même que ZOLOTAYA KORONA (98), vieil or de haute taille et d’une teinte rare et lumineuse.

Adolf Volfovitch-Moler aurait aimé utiliser les possibilités de la biotechnologie pour obtenir des iris franchement nouveaux, mais il n’a jamais disposé des moyens lui permettant cette recherche à laquelle le prédisposait sa formation scientifique.

Il est à noter que, dans les correspondances que j’ai eues avec lui, ce personnage hors du commun parlait davantage de ses glaïeuls que de ses iris. Il est vrai qu’il avait réussi, grâce à l’utilisation chimique du manganèse, à obtenir des variétés de glaïeuls tout à fait originales et même franchement révolutionnaires, avec des fleurs ouvertes en même temps sur toute la longueur de la tige et dans des coloris jusqu’à présent inconnus. Jamais il n’a pu trouver de distributeur en Europe de l’Ouest pour ces fleurs étranges, les contacts qu’il a pris avec le principal producteur français de bulbes n’ont pas pu aboutir, du fait, semble-t-il, de son incapacité à fournir des bulbes non virosés, et de son peu de confiance dans les industriels occidentaux ! On ne se refait pas, après toute une existence idéologiquement remplie de suspicions envers les gens de l’Ouest !

Quel que soit son caractère ombrageux, Adolf Volfovitch-Moser reste une personnalité à part dans le monde des iris et un nom dans le petit cercle des obtenteurs majeurs.

14.5.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

Iridial Pursuit (II)

1. De quelle nationalité est l’obtenteur Anton Mego ?

2. Quelle variété australienne (Blyth 76) se cache derrière les iris tricolores de Richard Cayeux (REBECCA PERRET, BAL MASQUÉ etc.) ?

3. Quel est le nom du seul iris de Keith Keppel qui a, jusqu’à présent, obtenu la Dykes Medal ?

RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

Iridial Pursuit (I)

1. SUGAR MAGNOLIA (Schreiner 98)
2. Iris de Thau
3. la Walther Cup

Gordon W. PLOUGH
Sur la route du Paradis


Eden Road, la route du Paradis, c’est là que Gordon W. Plough a ouvert en 1954, son propre jardin d’iris. On est à WENATCHEE, au bord de la rivière Columbia, dans le nord-ouest des Etats-Unis, à 150 Km à l’Est de SEATTLE, la capitale de l’état de Washington, de l’autre côté de la chaîne des Cascades. Le lieu n’a pas usurpé son nom d'Eden : c’est une région somptueuse, fraîche mais protégée des pluies excessives venues du Pacifique.

Gordon Plough est né en 1909 à Wilbur, environ 100 Km plus à I’ouest. Après des études d’architecture, il n’a trouvé de travail (on est dans les années de la grande crise) que chez son père, pépiniériste à Wenatchee. Il y restera, s’intéressera aux iris, et vers la quarantaine, se lancera dans l’hybridation.

Son premier iris, un arilbred, s'appellera LAUREL HILL. Par la suite il produira plusieurs autres arilbreds, avant de s’intéresser aux grands iris de jardin. Dans cette catégorie sa première introduction se nommera SAFARI (1955). Ce sera le début d’une très importante production qui durera jusqu’en 1989.

Les iris obtenus par Gordon W. Plough, pour œ qui est de leur aspect, sont des plantes caractéristiques, pas très grosses, pas trop frisées (sauf BEAUX ARTS), simples comme leur créateur, sans vraiment de fantaisie, mais aussi sans excès. Sans doute de ce fait n’ont-ils pas rencontré un succès considérable auprès des juges dans les concours de l’AIS, malgré cela ils ont connu un formidable succès commercial à travers le monde. L’espèce d’ostracisme de juges n’a pas découragé Gordon Plough qui va continuer, dans son ravissant jardin d’Eden Road, son petit bonhomme de chemin, un peu à l’écart des autres, créant chaque année quelques-uns uns des iris qui vont être parmi les plus vendus, mais qui, néanmoins, retiendront l’attention de ses collègues qui les utiliseront abondamment dans leurs travaux d’hybridation. On peut être ignoré des uns et apprécié des autres…

En France ses obtentions ont été bien accueillies par les amateurs et les collectionneurs. Encore aujourd’hui on en compte beaucoup dans nos jardins. Essentiellement des grands iris. Depuis celui qui a été l’un des plus recherchés, STUDY IN BLACK (68), ce « noir » (par le grenat) si souvent rencontré, jusqu’à LA ZANZARA (82), joli amoena, ou TRADER’S GOLD (82), jaune pamplemousse à barbe d’ or.

Dès ses débuts, Gordon Plough s’est beaucoup intéressé aux iris « noirs ». En 58 il a introduit EDENITE, un « must » dans ce coloris, qui est le géniteur de SWAHILI (65) et de STUDY IN BLACK (68). SWAHILI a donné CHARCOAL (Plough 69), et de ces trois variétés découle un tas de beaux iris sombres parmi lesquels on peut citer BLACK FLAG (Stahly 84), ROYAL KINGDOM (Hamner 82), BLACK MARKET (Plough 73), DARK ALLURE (Plough 73), INTERPOL (Plough 73), MASTER TOUCH (Schreiner 80), ROYAL CRUSADER (Schreiner 85), SATIN SATAN (Weiler 86), ainsi que les descendants, innombrables, de ces variétés.

Il s’est également essayé à bien d’autres sortes d’iris, en coloris comme en catégories. Son jaune d’or RAINBOW GOLD (59) est à l’origine de BRIDE’S HALO (Mohr 73 – DM 78) ; son orange SON OF STAR (69), toujours l’un des oranges les plus purs, se trouve derrière un autre orange, SUPERSIMMON (Parker 78) et des fameux bicolores comme SWEET MUSETTE (Schreiner 86) et GOODBYE HEART (Schreiner 89) ; son variegata BON VIVANT (63) a donné SOSTENIQUE (Blyth 75) et par conséquent les très nombreux et superbes descendants de ce dernier, tandis qu’un autre variegata, FREEDOM ROAD (77) précède EDITH WOLFORD (Hager 86 – DM 93).

Toutes ces fleurs, nées au jardin d’Eden, le paradis de cet homme tranquille, qui, sans faire grand bruit, s’est hissé dans le Gotha des hybrideurs, dans lequel il figure toujours comme l’un des plus doués et dont nous parlerons encore longtemps.

Cette biographie est la reprise –modifiée - d’un article publié dans le numéro 121 d’Iris & Bulbeuses.

7.5.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

Iridial Pursuit (I)

1. Quel qualificatif est associé au mot MAGNOLIA dans le nom d’une variété récente de Schreiner :
· Sweet ?
· Soft ?
· Sugar ?

2. Quel est le producteur français d’iris qui n’a pas encore de site Internet ?

3. Comment s’appelle la médaille accordée chaque année à la variété qui a recueilli le plus grand nombre de vote pour un HM ?

RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

SALEM

Il s’agit de Sterling INNERST qui habite à DOVER (Pennsylvania).

Neva SEXTON

Le petit monde des iris n’est pas différent du monde tout court : on y trouve des gens très dissemblables, comme, par exemple, l’ingénieur mormon Donald Nearpass, ou le facteur James Gibson ; comme Neva Sexton, aussi.

Celle qui devait devenir la seule femme à avoir remporté deux fois la Médaille de Dykes est née en 1906 dans une pauvre ferme près d’Arkadelphia, une petite ville de l’Arkansas située à 150 km au sud-ouest de la capitale Little Rock. En fait d’éducation elle n’a guère reçu que celle du terrain. Observatrice attentive et travailleuse acharnée, elle s’est très tôt intéressée aux choses de la terre, aux plantes et aux animaux. Mariée à seize ans, elle s’est retrouvée peu après abandonnée avec trois enfants à élever. Elle a alors pris possession de la ferme de ses grands-parents, mais la vie était particulièrement dure, en ces années de crise, dans le plus pauvre des Etats américains, aussi, à la recherche d’une vie meilleure, Neva Jones – puisque tel est son nom de jeune fille – a décidé en 1938 d’émigrer vers la Californie où elle était sûre de trouver du travail dans les champs. C’est ainsi qu’elle s’est retrouvée, avec sa nichée, au fin fond de la célèbre et fertile vallée de San Joaquin, au sud de la Californie, à Wasco, à 200 km environ au nord de Los Angeles. C’est là qu’elle a rencontré un texan, exilé comme elle en terre californienne, Harvey Sexton, et qu’elle l’a épousé.

Neva Sexton a toujours aimé les fleurs, mais elle n’a commencé à s’intéresser aux iris qu’en 1952, après une visite à la collection d’un amateur, ami de Tell Muhlestein, qui lui envoyait chaque année les nouveaux semis dont il craignait qu’ils ne gèlent sur ses terres de l’Utah. La décision de cultiver les iris n’allait pas toute seule : il fallait acheter les plantes. Pour réaliser son projet, Neva Sexton a du travailler dur à sarcler les champs de coton pour un dollar de l’heure ! Il lui fallait en moyenne travailler vingt heures pour s’acheter un iris …

Accoutumée à une vie difficile, Neva Sexton a mis tout son courage, mais aussi toute son intelligence, à cultiver ses iris. Quand on lui demandait comment elle faisait pour avoir une telle réussite, elle répondait que ce n’était sûrement pas en restant sur la terrasse à se balancer dans un fauteuil à bascule ! Elle avait une certaine rudesse et un franc parler acquis à la dure vie des champs. Heureusement la riche terre de Wasco, largement irriguée et fumée, donnait naissance à des plantes splendides. Là encore Neva travaillait. Elle allait aux moulins à coton ramasser les graines rejetées et les feuilles broyées. Dans les élevages de moutons, elle récupérait le fumier qu’elle rapportait à plein « pick-up ».

En plus des iris, Neva Sexton cultivait plein d’autres fleurs, des amaryllis, notamment, des narcisses et des glaïeuls. Mais ce sont les iris qui ont fait sa célébrité. Sa première obtention enregistrée a été MIXED EMOTIONS (1959), une curiosité, blanc nacré, marqué de chartreuse et touché de crème. Le suivant devait avoir une destinée exceptionnelle puisqu’il s’agit du grand bleu PACIFIC PANORAMA (1960) couronnée de la Médaille de Dykes en 1965.

Sa grande période est celle des années 60 et 70. MOON RIVER, vieil or, date de 62, NEW MOON, autre jaune, unanimement salué comme un chef d’œuvre doté d’un extraordinaire avenir génétique, est de 68 et obtiendra la DM en 73. TRAVEL ON, jaune d’or, descendant de RAINBOW GOLD, date de 69. Puis viennent toute une série de grands iris, comme GEORGIA GIRL (pêche) (71), HAPPY BRIDE, (blanc) (73), JACK R. DEE, (bleu ciel) (74), SEA OF GALILEE (bleu bitone) (74), SKYLAB, (bleu bitone) (74), WORLD NEWS, (variegata jaune et rouille) (77), HOMECOMING QUEEN, (rose cuivré, unique) (78), TACO BELLE, (autre variegata) (78), et l’original GOOD MORNING AMERICA (blanc bleuté à barbes bleues) (79) et bien d’autres. Ses dernières réalisations se situent au début des années 80, avec ARKANSAS GIRL (jaune à reflets verts) (82) et AMERICAN SWEETHEART (variegata sombre, bronze et acajou foncé) (83).

Le poids de l’âge commençait à se faire sentir, de même que celui du dur travail des années de galère. La fin de sa vie, endeuillée par la disparition de son mari après un accident de tracteur, s’est écoulée à l’hôpital, d’abord, puis en maison de retraite, où elle est morte en juillet 1985.

L’héritage de Neva Sexton est incroyablement riche. Peut-être une centaine de descendants directs de NEW MOON peuplent nos jardins, plusieurs dizaines proviennent de PACIFIC PANORAMA, de HOMECOMING QUEEN, JACK R. DEE, GOOD MORNING AMERICA, SEA OF GALILEE et autres. Et si l’on ajoute les descendants des descendants, on atteint vite des quantités astronomiques d’enfants et petits enfants dus au travail exemplaire de Neva Sexton, une des plus grandes dames des iris, le type même de la « self made woman » caractéristique de la société américaine.

(Source : Bulletin de l’AIS 85/4)

30.4.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE


SALEM

L’un des obtenteurs dont les noms suivent n’est pas installé à SALEM (Oregon). Lequel ?

· Paul BLACK
· Sterling INNERST
· Keith KEPPEL
· Bob SCHREINER
· H. N. TRAGITT

RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

EN MUSIQUE

SIMFONIYA n’est pas une variété américaine, mais un iris en provenance d’Ouzbékistan (Volfovitch-Moler 1992).

SCHREINER 2004

Le catalogue Schreiner de 2004 ne déroge en rien aux règles que la maison s’est imposée depuis plusieurs décennies. Le nombre de variétés nouvelles est stable, quinze pour cette année, et parmi les seize coloris ou catégories traditionnels il n’y a que le jaune et le noir qui soient absents ; l’orange n’est présent que dans un original amoena du style FONDATION VAN GOGH baptisé CHANGING SEASONS, et le pourpre n’est qu’à demi représenté, sous la forme d’un bicolore-plicata (NO OTHER LOVE).

L’iris blanc de l’année s’appelle DIAMOND BRACELET. Le « rouge » est RED MASTERPIECE, le rose CODI’S ANGEL FACE, le mauve MORNING FROST, le bleu marine BLUEBERRY BLISS ; le bleu vif est un néglecta, DANGEROUS MOOD qui rappelle l’ancien TROPICAL NIGHT ; néglecta aussi le bleu clair, SKY SPIRIT. On trouve deux amoenas, un blanc/beige orangé, CHANGING SEASONS dont j’ai déjà parlé, et un « faux plicata » du genre SIXTINE C., CAN’T TOUCH THIS. Il y a ensuite deux plicatas, l’un en magenta, WONDERFUL WORLD, l’autre en bicolore-plicata rose, blanc et magenta, NO OTHER LOVE. Il reste encore deux variegatas, l’un clair, CRAZY IN LOVE, l’autre plus foncé, MEXICAN HOLIDAY, et deux bicolores à base de rose (ou d’orangé) et de pourpre (ou de prune), FASHION QUEEN et MADE OF MAGIC.

A mon avis la seule variété qui soit vraiment intéressante est CAN’T TOUCH THIS. Parce que ce n’est pas un plicata, mais qu’il a néanmoins les traits du modèle EMMA COOK, avec des pétales bien blancs, des sépales au cœur blanc, largement bordés de bleu vif, avec des barbes orangées. CHANGING SEASONS est également original, mais les teintes sont un peu mièvres. Quoi qu’il en soit, je ne vois pas dans le cru 2004 un produit en mesure de remporter une grande récompense.
PETIT TOUR DES CAPITALES D’EUROPE

Il est amusant de constater que les obtenteurs d’iris fantasment sur certains noms et pas sur d’autres. Quand ils pensent à l’Europe, par exemple, ils voient d’abord Paris, mais quelques fois ils évoquent une autre ville, le plus souvent une capitale.

Ainsi Barry Blyth, l’Australien, a songé à un notable britannique quand il a nommé LONDON LORD (86), un bicolore bleu glycine sur violet pourpré, avec barbe rouge. Keith Keppel, quant à lui, a surtout imaginé une élégante danseuse pour donner le nom de VIENNA WALTZ (2000) à un iris tout frisé comme une somptueuse robe de bal. Mais à quoi pensait Les Peterson, à Salt Lake City, lorsqu’il donnait à l’une de ses obtentions le nom de GALA MADRID (67) ? Il est possible que les rutilantes couleurs de ce variegata aient évoqué pour lui les splendeurs de l’Espagne.

Bien sûr, il arrive aussi que les Européens fassent allusion à leurs propres capitales quand ils baptisent un de leurs iris. Témoin, Augusto Bianco qui a donné le nom d’HOTEL ROMA (2000) à l’une de ses plus gracieuses obtentions, un iris aux pétales roses lavés de mauve, au-dessus de sépales ondulés et frisés de ce même mauve léger ; les barbes rose corail complètent avantageusement cet ensemble. Tomas Tamberg, le Berlinois, a appelé BERLIN GLOW (93) l’un de ses grands iris. C’est une belle fleur orange vif. Pourquoi BERLIN GLOW ? Le ciel de Berlin a-t-il de ces reflets orangés ? C’est probable, notamment l’été, lorsque la pollution à l’ozone vient ternir l’éclat du soleil ! Du côté de Hyères, en France, chez les Anfosso, on a rêvé comme en Amérique, où Paris est associée à la vie en rose, quand il s’est agi de désigner un joli cultivar rose de deux tons inversés, avec une grosse barbe rouge, et on s’est écrié PARIS PARIS (95) !

Des autres capitales d’Europe, je n’ai pas trouvé de trace : Bruxelles, Riga, ni même Lisbonne n’ont inspiré les obtenteurs. Il existe bien, chez Barry Blyth, un certain SOFIA (2002), aux pétales blancs et aux sépales centrés de jaune et cernés de blanc, mais allez savoir si ce nom évoque la capitale de Bulgarie plutôt que quelque charmante petite Australienne ?

24.4.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE


EN MUSIQUE

Les noms de variétés qui suivent comportent un « intrus ». Lequel ?

· MORNING HYMN
· SOONER SERENADE
· SUNSET SONATA
· EVENING CANTICLE
· SIMFONIYA


RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

AU MEXIQUE

MANAGUA n’est pas une ville du Mexique, mais la capitale du Nicaragua.

CAYEUX 2004

Le catalogue 2004 de notre grande maison française ne diffère pas, dans la forme, de ceux des années précédentes. Le classement des variétés se fait par couleurs, ce qui ne me paraît pas forcément judicieux. A mon avis le classique classement par ordre alphabétique, abandonné depuis plusieurs années, avait l’avantage d’amener le lecteur à feuilleter obligatoirement tout le catalogue, et permettait un repérage facile. Mais il faut bien de temps en temps apporter un peu de nouveauté !

A propos de nouveauté, parlons des variétés qui apparaissent cette année, qui sont au nombre de dix-sept :
· BLUE CRUSADER – Schreiner 98 – bleu sombre uni ;
· COUNTRY CHARM – Schreiner 98 – variegata jaune souffre sur bordeaux sombre ;
· DIABOLIQUE – Schreiner 97 – grenat pourpré barbes assorties ;
· FASHIONABLY LATE – Keppel 98 – violet fuchsia, barbes vermillon ; tardif ;
· FEATURE ATTRACTION – Schreiner 94 – bleu lavande, spot et barbes blanc ;
· LENTEN PRAYER – Schreiner 98 – pourpre betterave, barbes plus foncées ;
· MAGICAL ENCOUNTER – Schreiner 99 – rose intense à barbes saumon ;
· MARIPOSA AUTUMN – Tasco 99 – plicata blanc à dessins amarante ; remontant ;
· MIDNIGHT OIL – Keppel 98 – noir intense, barbes bordeaux ;
· MONET’S BLUE – Schreiner 98 – bleu clair très pur, barbes blanches ;
· ORANGE EMBERS – Shockey 93 – orange avec un spot rose sous les barbes minium ;
· RIPPLING RIVER – Schreiner 95 – entièrement bleu marine ;
· ROMANTIC EVENING – Ghio 96 – pétales fuchsia, sépales aubergine et barbes brique
Et du côté des produits « maison » :
· CHATEAU D’AUVERS / OISE – Cayeux R. 2004 – amoena blanc et abricot ;
· FANFRELUCHE – Cayeux R. 2004 – variegata clair, jaune paille et lilas rosé ;
· MYSTERIEUX – Cayeux R. 2004 – néglecta indigo clair sur noir, barbes bronze ;
· ROUCOULADE – Cayeux R. 2004 – blanc / abricot, bords et flamme blanc.

Ces nouveaux choix sont éclectiques et excellents ; ils dénotent le goût très sûr et la grande maîtrise de Richard Cayeux dans la sélection de ce qu’il veut vendre. Je ne lui fais qu’un seul reproche – une nouvelle fois – c’est de ne pas indiquer, en dehors du sien, le nom des obtenteurs.

Je serai moins élogieux en parlant du nouveau site Internet de la maison Cayeux. A mon avis c’est un flop absolu : page d’accueil étriquée, textes pauvres et écrits trop fin, images disparates, souvent floues, couleurs mal dosées, ensemble criard. En ce domaine, les autres sites français sont nettement plus alléchants.
ROSE COMME AVRIL

Les associations d’idées jouent un grand rôle dans le choix des noms de variétés d’iris. Ainsi le blanc fait-il penser à la pureté, donc à la neige, à la glace …et aux anges ; le bleu est immédiatement associé à l’eau et au ciel ; le jaune à l’or et au soleil ; le vert au feuillage …et à l’Irlande. Et le rose ? Il n’y a aucun doute quant à son association à l’idée de douceur, de tendresse, à la femme et au jeune enfant, mais pourquoi, dans la vision de certains hybrideurs américains est-il aussi souvent relié au mois d’avril ? Pour moi, avril signifie surtout vert tendre (les jeunes pousses), mauve (les scilles et jacinthes…) et jaune (les jonquilles, les ajoncs, les genêts et les forsythias). J’y vois aussi le blanc des cerisiers, pruniers et poiriers, le blanc des narcisses, mais il est vrai qu’il y a aussi le rose vif des pêchers et le rose tendre des pommiers. Néanmoins quand je pense avril, ce n’est pas le rose qui me vient d’abord à l’esprit. Tel n’est pas le cas, semble-t-il, aux USA, où des obtenteurs donnent quelquefois à leurs iris roses un nom où apparaît le mot « april ». Dans ma base de données iconographique, qui contient aujourd’hui 4700 photos de grands iris, j’ai fait une plongée à la lettre A et sur les 357 images qui s’y trouvent j’ai fait cette découverte que les quatre iris dont le nom commence par « april » sont roses.

Ce sont APRIL IN PARIS (Wood 92), un joli rose vif, bien ondulé, à barbes rouges, qui allie deux idées : celle d’avril, bien sûr, et celle de Paris, synonyme de fantaisie et de plaisir, APRIL JEWEL (Lauer 99), rose tendre ourlé de pêche, avec de petits éperons bleutés, APRIL MELODY (Gibson 67), un plicata rose orchidée, variété fétiche de Keith Keppel qui l’a accommodé à toutes les sauces plus de trente fois, et APRIL VISION (Sutton 2001), une version rose du modèle « dark top », très classique de forme.

J’ai essayé de voir, en feuilletant les check-lists des décades précédentes, si le lien entre avril et rose était permanent. Eh bien non ! Un seul autre grand iris rose est enregistré avec un nom commençant par « april » : APRIL LOST (Tompkins 82), un enfant d’APRIL MELODY lui aussi. La plupart des autres APRIL… sont blancs ou bleutés. La liaison entre avril et rose est donc soit fortuite, soit, tout au moins, récente dans l’imaginaire des hybrideurs.

Cette navigation dans les méandres de la lettre A m’a permis par ailleurs de redécouvrir des iris roses bien jolis. Par exemple AFFLUENCE (Hager 86) entièrement rose soutenu, même les barbes, ce qui est rare, AIDA ROSE (Ségui 88), un peu désuet, AH CA IRA (Anfosso 89), qui n’a de révolutionnaire que sa forme assez écrasée. Mais aussi ALICE GOODMAN (Roderick 88), frisé, rose tendre, rehaussé de barbes cerise, ALLURING (Gartman 89), rose corail, AMOUR (Corlew 85), rose très clair centré de blanc, ANGEL’S TOUCH (Tompkins 88), rose uni traditionnel. Il ne faut pas oublier non plus le superbe ANNA BELLE BABSON (Hager 85), l’un des plus beaux rose pur, fils de BEVERLY SILLS, ni ANNUITY (Eleanor Kegerise 2000), tout frisotté, ni l’Italien ACQUA DI ROSA (Bianco 99), clair et lumineux. Enfin disons un mot de ARTISTE (Ghio 78), AWEKENING (Joyce Meek 94), tous deux très clairs et un peu bleutés, tout comme ATIKA (Anfosso 87), plus foncé et surtout abondamment frisé. Et l’on terminera par ASPECT OF LOVE (Schick 98), rose dragée, aux contours finement laciniés et ondulant comme un bouillonné de dentelle.

On s’est un peu éloigné de l’idée de départ et des fleurs du mois d’avril, mais on en a profité pour faire un agréable voyage au pays des iris roses, à l’heure où, dans les bordures on scrute les touffes encore basses pour découvrir les prémices de la floraison à venir.

16.4.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE


AU MEXIQUE

Quelle est des variétés listées ci-dessous celle qui n’a rien à voir avec le Mexique ?

· MEXICAN MOTH
· MANAGUA
· ACAPULCO GOLD
· GUADALAJARA
· VIVA MEXICO
· TAMPICO


RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

INNOCENCE

INNOCENZA est une ancienne variété diploïde obtenue par Lémon en 1854.

PETIT TOUR DES CAPITALES D’EUROPE

Il est amusant de constater que les obtenteurs d’iris fantasment sur certains noms et pas sur d’autres. Quand ils pensent à l’Europe, par exemple, ils voient d’abord Paris, mais quelques fois ils évoquent une autre ville, le plus souvent une capitale.

Ainsi Barry Blyth, l’Australien, a songé à un notable britannique quand il a nommé LONDON LORD (86), un bicolore bleu glycine sur violet pourpré, avec barbe rouge. Keith Keppel, quant à lui, a surtout imaginé une élégante danseuse pour donner le nom de VIENNA WALTZ (2000) à un iris tout frisé comme une somptueuse robe de bal. Mais à quoi pensait Les Peterson, à Salt Lake City, lorsqu’il donnait à l’une de ses obtentions le nom de GALA MADRID (67) ? Il est possible que les rutilantes couleurs de ce variegata aient évoqué pour lui les splendeurs de l’Espagne.

Bien sûr, il arrive aussi que les Européens fassent allusion à leurs propres capitales quand ils baptisent un de leurs iris. Témoin, Augusto Bianco qui a donné le nom d’HOTEL ROMA (2000) à l’une de ses plus gracieuses obtentions, un iris aux pétales roses lavés de mauve, au-dessus de sépales ondulés et frisés de ce même mauve léger ; les barbes rose corail complètent avantageusement cet ensemble. Tomas Tamberg, le Berlinois, a appelé BERLIN GLOW (93) l’un de ses grands iris. C’est une belle fleur orange vif. Pourquoi BERLIN GLOW ? Le ciel de Berlin a-t-il de ces reflets orangés ? C’est probable, notamment l’été, lorsque la pollution à l’ozone vient ternir l’éclat du soleil ! Du côté de Hyères, en France, chez les Anfosso, on a rêvé comme en Amérique, où Paris est associée à la vie en rose, quand il s’est agi de désigner un joli cultivar rose de deux tons inversés, avec une grosse barbe rouge, et on s’est écrié PARIS PARIS (95) !

Des autres capitales d’Europe, je n’ai pas trouvé de trace : Bruxelles, Riga, ni même Lisbonne n’ont inspiré les obtenteurs. Il existe bien, chez Barry Blyth, un certain SOFIA (2002), aux pétales blancs et aux sépales centrés de jaune et cernés de blanc, mais allez savoir si ce nom évoque la capitale de Bulgarie plutôt que quelque charmante petite Australienne ?
LES FRÈRES SASS

Comme disent les sportifs, il ne faut pas oublier nos fondamentaux ! Les frères Sass, Hans-Peter et Jacob, font partie des fondamentaux de l’iridophilie et leur histoire doit être dans l’esprit de tous ceux qui s’intéressent d’un peu près aux iris.

Hans-Peter et Jacob sont nés en Allemagne, le premier en 1868, le second en 1872. Ils ont émigré aux Etats-Unis avec leurs parents en 1884 et se sont installés dans le Middlewest comme la plupart des immigrants de l’époque. Hans-Peter avait déjà fait des études de botanique en Allemagne et il s’intéressait aux reproductions par semis. En 1903 il a acheté une ferme près de la ville d’Omaha dans le Nebraska, et a commencé à y cultiver toutes sortes de fleurs. Dès 1912 il avait à son actif bon nombre de plantes issues de son travail d’hybridation : des glaïeuls, des pivoines, surtout, mais aussi des hémérocalles, des pavots d’Orient, des lis et des iris. Pourtant ce n’est qu’en 1923, alors qu’il était déjà membre fondateur de l’AIS, qu’il enregistra son premier cultivar, MIDWEST. En 1925 il introduit KING TUT, une variété reconnue maintenant comme faisant partie des incontournables mais qui n’obtint à l’époque aucun succès. La célébrité lui est venue grâce à RAMESES (1930), descendant du précédent, qui a reçu la Médaille de Dykes en 1932. Dès lors la plupart de ses iris ont obtenus des récompenses (HM, AM) jusqu’à ce que, en 1943, une nouvelle Médaille de Dykes vienne couronner PRAIRIE SUNSET (1936). Entre les deux se situe la grande période de production de Hans Sass, avec des variétés importantes comme AMITOLA, ELSA SASS, MIDWEST GEM et son frère de semis MATULA. L’âge n’affaiblissait pas l’infatigable Hans Sass qui nous a encore donné au début des années 40 le fameux MINNIE COLQUITT ainsi que GARDEN FLAME. Un autre titre de gloire pour Hans-Peter Sass est d’avoir eu l’idée de croiser les grands iris avec les petits pumilas et obtenu les tout premiers iris intermédiaires. En cela, comme en bien d’autres domaines, il agissait en compagnie de son frère cadet Jacob.

L’un et l’autre étaient complémentaires, mais autant l’aîné avait la réputation d’être un homme au sérieux et à la rigueur toute germanique, autant Jacob avait celle d’un être généreux, enthousiaste et rempli de joie de vivre. Il était encore plus fier de sa famille que de son travail. Lui et son frère avaient les mêmes objectifs en matière d’hybridation, et des goûts très voisins. Jacob, comme Hans, ne s’intéressait pas qu’aux iris, il a également travaillé sur les lilas, par exemple. A vrai dire ils ne travaillaient pas exactement ensemble, mais ils réunissaient chaque année leur production dans un unique catalogue et cette collaboration a duré plus de quarante ans. Jacob a commencé à enregistrer des iris, comme son frère, dès 1923, mais il a lui aussi attendu longtemps la consécration. Son premier véritable succès à été le blanc WAMBLISKA (1930), puis est venu THE RED DOUGLAS (1934) qui a obtenu la Médaille de Dykes en 1941. Au-delà se situent d’autres réussite notoires comme CASQUE D’OR (1937), BLUE SHIMMER et FLORA ZENOR (1942), puis SUNSET SERENADE (1943) et l’indétrônable OLA KALA (1943), ainsi que SOLID MAHOGANY en 1944. Il a mis sur le marché un grand nombre de variétés, beaucoup plus d’ailleurs que son frère. Il est décédé en 1945, rompant le plus célèbre duo de l’histoire de l’hybridation.

Les terres du Nebraska sont ingrates avec les iris et seules des plantes robustes pouvaient survivre dans ces hautes plaines aux hivers si terribles que, à plusieurs reprises, les intempéries ont détruit presque complètement le travail des frères Sass.. Il n’est pas étonnant que leurs produits soient des plantes d’une résistance au-dessus de tout éloge. Leurs grands iris sont encore souvent présents dans nos jardins. Leurs intermédiaires ont eu sans doute moins de succès, mais ils restent les inventeurs de cette catégorie et il est évident qu’on se devait de donner leur nom à la médaille qui récompense chaque année le meilleur de ces iris. C’est pour toutes ces raisons que les frères Sass sont évidemment à classer dans le monde de l’iridophilie au rang des obtenteurs fondamentaux.

Sources : Bulletin de l’AIS 1950 (article signé Agnes Whiting) et site Internet de l’Historic Iris Preservation Society.

10.4.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE


INNOCENCE

L’une des variétés désignées ci-dessous diffère nettement des quatre autres. Laquelle ?

· AGE OF INNOCENCE
· INNOCENT STAR
· INNOCENT BLUSH
· INNOCENZA
· PRESUMED INNOCENT


RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

TOUJOURS LA NUIT

NUIT BLANCHE n’est pas dans les tons de bleu ou de violet : c’est un iris blanc.

LES SIX FRÈRES

Que six variétés issues du même semis soient enregistrées et introduites sur le marché, ce n’est pas si courant, et je ne sais même pas si le cas c’est produit d’autres fois. Cette réussite hors du commun mérite bien un petit article.

Les six frères en question résultent de l’union TOMORROW’S CHILD X MAGIC MAN et ont été obtenus en Australie par le prolifique Barry Blyth. Ils ont pour nom IN TOWN, MOOMBA, PASS THE WINE, WITCH’S WAND tous les quatre de 1985, LONDON LORD (86) et GALLANT ROGUE (89) dont j’ai conté récemment l’aventure. Disséquer les origines de cette famille nombreuse n’est pas une mince affaire mais ce travail est très instructif pour qui s’intéresse à l’hybridation des iris.

Mais commençons par décrire les six frères en question. IN TOWN est un bitone assez proche des couleurs de son « père » MAGIC MAN, avec des pétales bleu lavande et des sépales bleu pourpré liserés de lavande ; la barbe est orange mandarine. MOOMBA n’est pas très différent, mais le bleu des pétales devient plus sombre vers le cœur de la fleur et les sépales, plus foncés, s’ornent d’épaules presque brunes ; barbe mandarine également. PASS THE WINE est une version plus pourprée de la même figure, avec des reflets fumés. WITCH’S WAND présente sûrement le coloris le plus original de la bande. C’est un iris bitone très foncé, aux pétales violet-noir et aux sépales encore plus sombres rehaussés de la fameuse barbe rouge, caractéristique de la famille. LONDON LORD est le moins connu : pétales bleu glacier, donc très clairs, sépales pourpre noir liserés de lilas, et, bien entendu, barbes mandarine. Quant à GALLANT ROGUE, le mauvais garçon, avec ses pétales lilas rosé et ses sépales grenat foncé bordés de violet striés de blanc sous les barbes, il penche plutôt du côté « rouge », c’est à dire du côté maternel. Il est indéniable que tous ont un air de famille.

La maman de ces beaux enfants, TOMORROW’S CHILD, à vrai dire, ne se présente pas sous une robe tellement différente de celle du papa, MAGIC MAN. Même caractère bitone, même liseré clair sur les sépales, même barbe rouge. Cette barbe rouge vient de loin. Elle est déjà présente dans LATIN LOVER (Shoop 69) l’ancêtre dont le coloris est le plus proche de celui des descendants décrits ; elle provient de ARCTIC FLAME (Fay 60) que l’on trouve dans le pedigree de LATIN TEMPO (Blyth 73), une variété qui est citée trois fois parmi les ancêtres de TOMORROW’S CHILD comme de MAGIC MAN. FANFARE ORCHID (B. Jones 65), un rose orchidée à barbes mandarine, qui descend du blanc à barbes rouges LIPSTICK (Fay 54), est également présent par trois fois dans l’arbre généalogique, dans une branche comme dans l’autre. Le côté bitone, ou bicolore, est venu de LILAC CHAMPAGNE (Hamblen 64), ou de PIPES OF PAN (O. Brown 63) de même que de MELODRAMA (Cook 56) qui se situent derrière LATIN TEMPO ou PANORAMIC (Hamblen 68), lequel est derrière CABARET ROYALE (Blyth 75), lui-même père de MAGIC MAN !

En ce qui concerne leur destin en tant que géniteurs, les six frères ne se trouvent pas à la même enseigne. MOOMBA et PASS THE WINE n’ont pas de descendance (ou très peu), WITCH’S WAND qui est déjà un aboutissement dans la saturation des couleurs n’a pas non plus inspiré les hybrideurs. Je ne lui connais qu’un descendant, mais pas des moindres : ROMANTIC EVENING (Ghio 94), une variété sur laquelle j’ai l’intention de revenir incessamment. Les trois restants sont d’heureux parents. A commencer par IN TOWN qui est la « mère » de BELLE DE NUIT (Cayeux R. 99), chez qui on retrouve nettement les traits de la fameuse famille. Le superbe noir NIGHT ATTACK (Ghio 93) et le remarquable bleu nuit TOM JOHNSON (Black P. 96), qui défend sa chance actuellement dans la course américaine aux honneurs, sont aussi de ses descendants. LONDON LORD, peu connu chez nous, a séduit son obtenteur Barry Blyth qui en a fait un abondant usage et obtenu de lui de jolies choses comme DEVIL’S RIOT (93), un variegata très contrasté, en abricot et aubergine. GALLANT ROGUE, qui a bien failli finir à la décharge, est un des chouchous actuels de Keith Keppel, qui l’a sauvé du broyeur. On lui doit BRAGGADOCIO (97), BROAD SHOULDERS (2001), CHARLESTON (2002), et les deux frères LOCAL COLOR et NIGHT GAME (96). BRAGGADOCIO est un variegata beige sur pourpre (avec la barbe minium). BROAD SHOULDERS est de couleur voisine, un peu plus rose, pour les pétales, un peu plus brun, pour les sépales, mais avec une originale barbe chocolat. CHARLESTON est un plicata indigo, tout simple. LOCAL COLOR, fruit des recherches de son obtenteur en matière de noir à barbes rouge, tient beaucoup de son « oncle » WITCH’S WAND, tandis que NIGHT GAME, dans le même genre, est encore plus sombre. Comme il est habituel dans les familles nombreuses, les six frères vivent des destinées bien différentes.

Il est de plus en plus courant de trouver dans un même semis une quantité de plantes intéressantes. Richard Cayeux, Lawrence Ransom, en France, en ont fait l’expérience. Mais le cas des six frères australiens reste encore exceptionnel.

2.4.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE


TOUJOURS LA NUIT

Il y a nuit et nuit. L’une de celles-ci n’est pas comme les quatre autres. Laquelle ?

· BELLE DE NUIT
· BAR DE NUIT
· NUIT BLANCHE
· NUIT DE CHINE
· NUIT FAUVE



RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

DANS LA NUIT

CHINA NIGHTS n’est pas dans les tons de bleu ou de violet : c’est un iris grenat.

GALLANT ROGUE
Ou le passager clandestin

C’est Keith Keppel qui a raconté dans un N° du Bulletin de l’AIS la curieuse histoire de GALLANT ROGUE (Blyth 89). Une de ces anecdotes qui animent la grande aventure des iris. La voici : « Cet iris a une histoire tout à fait intéressante en elle-même. Il y a des années que j’importe des iris de Tempo Two (NDT : la pépinière de Barry Blyth), mais je n’ai eu qu’un cas de méli-mélo avec les noms. Celui-là est arrivé comme s’appelant MOOMBA, mais il ne correspondait pas à la description, et j’avais vu MOOMBA dans un autre jardin. Quand j’ai écrit à Barry Blyth pour me renseigner, il a compris tout de suite d’où venait l’intrus : un frère de semis de MOOMBA mélangé par erreur dans le stock, alors qu’il pensait l’avoir éliminé. Il avait déjà enregistré cinq semis issus du croisement TOMORROW’S CHILD X MAGIC MAN et il ne se sentait pas d’attaque pour en enregistrer un sixième. (Les cinq sont WITCH’S WAND, IN TOWN, MOOMBA, LONDON LORD et PASS THE WINE).Il m’a donné la permission de dénommer, enregistrer et introduire le nouveau si je pensais qu’il en valait la peine. Blyth utilise parfois des noms de courses de chevaux pour ses iris (par exemple SAPHARINE ou MAGHAREE) et puisque cet iris était un tricheur, quand j’ai trouvé le nom de GALLANT ROGUE dans un document hippique, il m’a semblé tout à fait approprié (NDT : « rogue » signifie tricheur, imposteur)…

GALLANT ROGUE était un choix évident dans un programme de noirs à barbes rouges. Ses pétales sont lilas clair, légèrement doré, ses sépales sont d’un rouge violacé à reflets noirs, avec un liseré rose orchidée et des marques blanches sous les barbes. (Les marques sont si prononcées que j’ai pensé qu’il pouvait s’agir d’un plicata, mais les tests effectués m’ont rassuré là-dessus : ce n’est pas un plicata). Mais il a deux facteurs qui jouent en faveur de mon choix : la partie centrale des sépales est pratiquement noire, et les barbes sont d’un rouge orangé clair et brillant.

Dans un important croisement de WITCHES’ SABBATH X GALLANT ROGUE, deux semis à barbes mandarine sont apparus. Ils ont été enregistrés en 96 sous les noms de LOCAL COLOR (bitone violet-noir, barbes vermillon) et de NIGHT GAME (bourgogne-noir, barbes brique). WITCHES’ SABBATH (Maryott 86)a été choisi comme « mère » à cause de son ton pourpre-noir et de sa barbe saillante vieil or. Pourtant son pedigree n’était pas encourageant : pas une barbe mandarine dans les cinq générations précédentes.

Les ancêtres de GALLANT ROGUE sont abondamment mêlés au plan des couleurs. Ses parents directs englobent un long travail en Australie. B. Blyth m’a dit qu’il trouvait parfois des spécimens très foncés dans sa lignée de bicolores mandarine ; je lui ai demandé comment, dans son travail d’endogamie, il s’était approché du noir, il m’a répondu qu’il mélangeait presque toujours les couleurs dans ce type de croisements. L’arbre généalogique de GALLANT ROGUE doit nous donner l’explication. Dans ses antécédents non australiens on trouve des blancs à barbes mandarine, des orchidée à barbes mandarine, de même que des bleus et violets mêlés, des oranges, des bicolores, à barbes mandarine ou sans, et des amoenas roses. Mais tout cela ne nous donne aucune certitude ! » NDLR : à noter cependant que dans un croisement voisin de celui de GALLANT ROGUE, celui qui a donné ROMANTIC EVENING (Ghio 96), on retrouve un ancêtre commun, SUNSET SNOWS (J. Stevens 65).