26.11.04

BARBOUILLAGES

Quand je regarde un iris « broken color », (que je préfère appeler « maculosa », pour conserver un peu de latinité à ces plantes venues des Amériques), j’ai l’impression qu’un peintre maladroit a laissé son pinceau dégouliner au-dessus des fleurs. Le premier du genre que j’ai pu examiner, il y a plusieurs années, s’appelle PURPLE STREAKER, il a été enregistré par Allan Ensminger en 1981. C’est un iris bleu-violacé, tout barbouillé de blanc. Depuis on a fait bien plus étrange, voire extravagant, mais il n’empêche que c’est Ensminger qui a mis à la mode ces fleurs bariolées. Dans les années 90 il a été suivi par Brad Kasperek, et, aujourd’hui, quelques autres obtenteurs se risquent à enregistrer des « maculosa ».

Il semble que le premier « maculosa » réellement intéressant qui ait été enregistré se nomme DOODLE STRUDEL (Ensminger 77), un iris bleu ciel, taché de bleu marine, descendant perturbé de STEPPING OUT. L’année suivante, Ensminger a recommencé avec INTY GREYSHUN (78), qui est mauve améthyste et barbouillé de blanc. BATIK, qui a été considéré comme un BB mais dépasse allègrement les standards de la catégorie, date de 81, tout comme PURPLE STREAKER et PANDORA’S PURPLE. Même si l’on peut s’interroger sur ce dernier qui est plus marbré de blanc que véritablement barbouillé, un peu comme HONKY TONK BLUES. Toutes ces variétés, ainsi que PAINTED PLIC (83) ont été distinguées, au moins d’un HM, mais BATIK est même allé jusqu’à frôler la Médaille de Dykes en 95 ! Par la suite vinrent MARIA TORMENA (87), ISN’T IT SOMETHING (93) puis BRINDLED BEAUTY (94). AUTUMN YEARS (95) marquent la fin de l’ère Ensminger. Ce dernier, où se mêlent le chamois, le jaune d’or et le mauve, atteint sans doute un niveau de barbouillage qu’il est difficile de trouver esthétique. Vient ensuite le règne de Kasperek.

Kasperek n’est pas parti du néant. Il a tout simplement utilisé les variétés d’Ensminger, notamment MARIA TORMENA et PAINTED PLIC, pour commencer sa nouvelle lignée de « maculosa ». Dès le début, ses iris ont été remarqués, non seulement pour leurs noms qui, chez nous, passeraient pour franchement ridicules, mais surtout pour leurs qualités et l’originalité de leurs coloris. La plupart de ces cultivars ont été honorés d’un HM, voire plus, comme GNU (94), TIGER HONEY (94), BEWILDERBEAST (95) ou MILLENIUM FALCON (98) qui ont atteint le stade de l’Award of Merit. C’est dire si ces iris ne passent pas inaperçus !

Devant ce succès, d’autres obtenteurs ont tenté leur chance chez les « maculosa ». Dès 83 Joyce Meek avait enregistré WILD CARD, qui est presque un « maculosa » en ce sens qu’il n’y a pas deux fleurs marquées de la même façon, mais qui reste néanmoins plus proche de la catégorie plicata, un peu comme était HEY LOOKY (W. Brown 70), instabilité qu’on trouve également chez BARLETTA (Peterson 74). En 95, Maryott a proposé OUT OF CONTROL, violet pourpré balafré de blanc, puis Keith Keppel lui-même a trouvé dans ses semis de plicatas un iris irrégulièrement coloré, joliment baptisé BROKEN DREAMS (98), rose aspergé de blanc aux sépales. Cet iris « maculosa » conserve néanmoins un air distingué qui tranche sur le côté un peu vulgaire des productions Kasperek. Il faut dire que dès le début de sa carrière d’obtenteur, Keppel avait créé HUMORESQUE (61), un iris parme, avec des dessins aléatoires bleus. Il n’est donc pas vraiment débutant dans le modèle.

Maintenant la pompe est amorcée. Chacun sait comment faire pour obtenir des iris barbouillés. C’est d’autant plus intéressant pour un obtenteur qui débute, que le modèle n’est pas encore saturé (ou « overlooké » comme on dit en franglais), et qu’il y a de la place pour de nouveaux venus. De plus, les nouveaux peuvent à juste titre avoir l’ambition de créer des fleurs réellement jolies, élégantes, voire raffinées, ce qui n’est pas encore le cas général. Cependant le défi est difficile car, dans les semis de « maculosa » il y a beaucoup de déchet : plantes malingres, rabougries, fragiles… C’est d’ailleurs pourquoi il y a beaucoup de BB dans la catégorie : une façon de commercialiser malgré tout des plantes qui n’atteignent pas la hauteur minimale pour les TB. C’est aussi pourquoi il faut être particulièrement rigoureux quand on sélectionne un « maculosa » car la tentation peut être forte de mettre sur le marché quelque chose d’imparfait, ou simplement d’esthétiquement discutable.

Verra-t-on des « maculosa » français ? Sûrement ! Michèle Bersillon, par exemple en a déjà obtenu, dont elle m’a fait parvenir une photo qui laisse espérer de jolies choses.

19.11.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

Le coin des poètes

Laquelle des variétés ci-dessous est de couleur blanche ?
POËSIE (Cayeux 2002)
POET (Williamson 84)
POETESS (Blyth 99)
POETIC (Ghio 92)
POET’S DREAM (Brown O. 57)


RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

Le point commun

Le point commun entre ces cinq variétés est qu’elles sont toutes du type « Emma Cook » (pétales blancs, sépales blancs cernés de bleu).


L’IRIS ROUGE

Je ne sais pas si je suis intéressé par un iris rouge. Jusqu’à présent la question ne se posait pas parce que cette éventualité était considérée comme utopique. Mais voilà que Richard Ernst, l’hybrideur maison de la firme Cooley, annonce dans un article publié dans le bulletin de juillet 2004 de l’AIS, qu’il est sur le point de réaliser ce rêve ! Attendons de voir le résultat, mais saluons aussi la volonté et l’investissement qu’Ernst a mis dans ce projet.

Son article s’intitule « Comment faire un iris rouge », et il décrit dans un style alerte et direct le cheminement de sa recherche. Il est vain, dit-il, de continuer de tâtonner comme on le fait depuis des décennies, parce que les « rouges » d’aujourd’hui ne sont pas plus rouge que ceux de 1940. Il a donc entrepris une recherche très différente et appuyée par les progrès de la recherche génique. Il explique que le pigment rouge ne se trouve concentré, chez l’iris, que dans les poils de certaines barbes. Pour avoir des pétales et des sépales rouges, il faut parvenir à y concentrer autant de rouge, sinon on n’obtiendra qu’une fleure rose, et encore à la condition d’avoir éliminé les pigments anthocyaniques. Et comment être certain qu’il n’y a aucun pigment anthocyanique dans une fleur autrement qu’en faisant une recherche d’ADN, hors de portée du commun des hybrideurs ?

Ernst a pris contact avec un physicien qui affirmait qu’il était possible, avec les moyens technologiques actuels, d’obtenir un iris rouge. Il a relevé le défi et s’est mis en rapport avec l’Université de l’Etat d’Oregon pour engager le travail. Ce qui a nécessité l’embauche d’un physicien à temps complet et l’acquisition du matériel de laboratoire. L’Université de l’Etat d’Oregon a entrepris l’analyse complète de l’ADN d’un iris. La pigmentation de douzaines de variétés a été analysée et des cultures de tissu « in vitro » ont été réalisées. Il a fallu douze années de recherche pour découvrir et sélectionner les bons gènes rouges avant que ne commence le processus de transformation, processus qui a été couvert par un brevet. L’iris transformé a alors été mis en culture et la première fleur de ce qui devrait être un iris rouge doit s’épanouir au printemps prochain. Mais rien ne dit encore que le but sera atteint, et, à mon avis, il y aura nécessairement encore des progrès à réaliser. Mais Rick Ernst a l’air suffisamment sûr de lui.

En tout cas, s’il aboutit au résultat escompté, il aura réussi quelque chose de formidable. Quelque chose qui devrait lui rapporter beaucoup d’argent, à la mesure de l’investissement considérable engagé par la maison Cooley. Seule une entreprise importante, la première ou deuxième dans le monde des iris, pouvait se lancer dans une aventure aussi coûteuse et risquée. Ernst et Cooley ont osé le faire. Si leur iris rouge est vraiment rouge, bien fait, stable, fertile, sain, robuste et vigoureux, alors ils auront sans doute fait le plus beau coup de l’histoire de l’hybridation. Si les brevets pris confèrent à la maison Cooley, ce qui est probable, une droit exclusif de commercialisation, le prix de la nouvelle plante devrait être élevé, et l’utilisation de cet iris rouge par d’autres hybrideurs pour leurs croisements devrait être sévèrement réglementée. Cependant rien n’empêchera un amateur ayant acquis cet iris de s’en servir pour ses propres hybridations, même si ces plantes ne devraient pas pouvoir être commercialisées. Qu’adviendra-t-il alors de la pureté originale ? Insensiblement les gènes modifiés risquent de passer dans de nouvelles fleurs où ils se mêleront aux anciens donnant naissance à de nouveaux iris dont on ne peut aujourd’hui rien imaginer.

Un iris génétiquement modifié ! Qui aurait pensé cela dans les années 40, quand le professeur Kleinsorge s’acharnait à obtenir des « rouges » qui restaient « bruns » ! Et verra-t-on de farouches anti-OGM se ruer sur les cultures d’iris modifiés pour détruire ces fleurs improbables ? Espérons que tout se passera dans le calme et seulement pour le progrès de notre fleur favorite.

Source : « How to make a red iris », in Bulletin de l’AIS n°334, juillet 2004.

12.11.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

Le point commun

Quel est le trait physique qui réunit les cinq variétés suivantes ?

· BAY WATCH (Dunn 95)
· BROOK FLOWER (Schreiner 73)
· DOLCE AQUA (Bianco 2004)
· QUEEN’S CIRCLE (Kerr 99)
· REVERE (Ghio 2001)


RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

Noirs

L’exception est BLACK HILLS GOLD, qui est un iris abricot doré.


SANS PAREILS

Au cours du temps, sont apparus certains iris qui sont restés uniques en leur genre. Soit que les obtenteurs n’aient jamais réussi à reproduire leur modèle, soit que leur coloris reste exceptionnel, soit qu’ils présentent une forme, ou une disposition spécifique. C’est le cas des deux variétés dont il va être question, qui font partie de ces exceptions. L’un et l’autre se présentent avec une disposition des couleurs que personne n’a retrouvée par la suite.

I. COLOR CARNIVAL

Celui-ci commence déjà à dater ! Il a été enregistré par Fred DeForest en 1948. Malgré son âge certain il a continué de figurer jusque dans les années 80 dans certains catalogues comme celui de la maison Cayeux, en France. C’est là que je me le suis procuré, au tout début de ma collection. Il est toujours dans mon jardin, au rayon « antiquités », et il n’a rien perdu de son originalité.

COLOR CARNIVAL affiche son âge, avec des pièces florales très peu ondulées, des sépales un peu pendants, avec cette petite échancrure à l’extrémité de la ligne médiane propre aux iris anciens, et ces pétales qui, avec le temps, s’effondrent un peu vers le cœur de la fleur… Qu’importe. Son affaire c’est le coloris. Les pétales affichent un rose corail tendre, les sépales, plus ivoire que rose, sont finement veinés de violet améthyste, alors que les bords retrouvent la couleur du fond. La barbe, mandarine, anime joliment l’ensemble.

Bien des obtenteurs, intrigués et séduits par cette disposition des couleurs, ont tenté de la retrouver. Mais, à ma connaissance, COLOR CARNIVAL reste seul de son acabit. La variété qui en est la plus p^roche pourrait être CROWD PLEASER (B. Hamner 83) qui, dans une forme moderne, offre un coloris de base rose corail vif, avec de fines veinules violacées sur toute la surface des sépales. La base rose est bien présente, très agréable même, mais la richesse de la coloration des sépales n’y est pas. Quoi qu’il en soit, ce descendant de TOUCHE et de HEATHER BLUSH, est une variété au coloris original et tout à fait réussie. Au demeurant COLOR CARNIVAL n’a toujours pas été égalé !

II. HASH MARKS

Pour voir HASH MARKS (Schreiner 72) on peut aller au Parc de la Source, à Orléans, où il essaie de pousser au pied d’un des bâtons de mikado, dans cette exposition étrange et absurde où l’on tente de faire pousser des iris dans des corbeilles de fil de fer, au-dessus de la tête des visiteurs… Pourquoi parler de celui-ci ? Très simplement en raison de son modèle et de son coloris. Parce qu’il me semble être le seul ainsi coloré, dans un monde où les doublons sont innombrables.

Il se présente comme un iris de couleur caramel, avec sur les sépales des rayures brun-rouge, plus denses aux épaules et plus sombres sous les barbes, jaunes. Ce n’est ni un plicata (du moins, semble-t-il), ni un variegata, ni à proprement parler un « broken-color », mais quelque chose qui tient un peu de tout cela, bref un modèle d’exception. Par ailleurs la fleur affiche bien son âge. C’est un exemple de ce que les Américains appellent un iris historique. D’autant plus que, bien qu’enregistré par Schreiner en 72, son ascendance remonte très vite aux années 50, puis aux meilleurs des iris bruns, du temps où ces derniers n’avaient encore pas -ou peu- d’ondulations.

Ses grands parents du côté féminin s’appellent OLYMPIC TORCH (Schreiner 56) et HINDU WAND (Plough 57). Le premier présente des fleurs dans les tons d’orange brûlé. Il descend d’INCA CHIEF (Mitsch 52), lui-même issu du fameux TOBACCO ROAD (Kleinsorge 41), dont proviennent presque tous les bruns d’aujourd’hui. HINDU WAND, dans les tons de chamois mêlés de brun, descend lui aussi de TOBACCO ROAD, et de plusieurs autres bruns dont l’abricot cuivré CASCADE SPLENDOR (Kleinsorge 44) et l’ancien brun de Sass RAINBOW ROOM. Du côté paternel, HASH MARKS provient d’une autre lignée de bruns, via WENATCHEE KID (Noyd 57) et FIRECRACKER (Hall 43). On aurait du obtenir, avec ce pedigree, un iris brun comme bien d’autres. Ses cousins se nomment en effet HONEY CHIFFON, VITAFIRE, POST TIME, ALLAGLOW, ROYAL TRUMPETER, BRASILIA ou SPARTAN. Les balafres sang de bœuf qui veinent les sépales en font un iris inhabituel, vivement coloré. D’où viennent-elles ? Peut-être, mais cela n’est qu’une supposition, du côté paternel, puisque c’est le pollen d’un semis non dénommé et pas précisément désigné qui a fertilisé WENATCHEE KID. Pourquoi n’y aurait-il pas derrière cet ancêtre mystérieux quelque plicata ou variegata ?

Quoiqu’il en soit HASH MARKS, dont le nom bien peu poétique évoque ces pommes de terre sautées que l’on sert parfois au breakfast aux Etats-Unis, est une variété à forte personnalité, toujours unique, mais plus originale cependant que séduisante.

5.11.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

Noirs

En américain, chacun sait que « black » veut dire noir. Mais tous les iris dont le nom commence par « Black » ne sont pas des iris noirs !
Dans la liste ci-dessous, quelle est l’exception ?

BLACK DRAGON
BLACK FLAG
BLACK HILLS GOLD
BLACK SWAN
BLACK TIE AFFAIR


RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

Echo de France

La bonne réponse est :
- En hommage au travail de Barry Blyth sur les iris amoenas jaunes.


SIXTINE C.
Vrai ou faux plicata ?

SIXTINE C. (Cayeux 93) est un iris exceptionnel, tant par la qualité de la plante que par la beauté de sa fleur. C’est une variété qui a bien des points de ressemblance avec ses cousins, les fameux iris bleu blanc rouge qui ont émaillé la production Cayeux des années 90. Il s’agit de VIVE LA FRANCE (91), BAL MASQUÉ (91), REBECCA PERRET (92), MARBRE BLEU (93), tous frères, et de PARISIEN (94). Ces cinq là ont tous des pétales bien blancs, des sépales où le bleu (ou violet) domine avec néanmoins plus ou moins de blanc sous les barbes, lesquelles vont de l’orange vif au rouge minium. SIXTINE C. réunit les mêmes éléments, à ceci près que le bleu-indigo des sépales se présente sous forme d’ un fin réseau de veines et de pointillés devenant plus denses au fur et à mesure que l’on s’approche des bords. C’est à dire selon le principe du modèle plicata. Mais comment ces caractères sont-ils possibles chez une plante qui, a priori, n’a aucun plicata parmi ses antécédents ?

SIXTINE C. est un enfant de grand CONDOTTIERE (Cayeux 78), l’une des variétés les plus utilisées en hybridation au cours des années 80 et même plus tard, et du petit amoena DELPHI (Shoop 79). Derrière CONDOTTIERE il y a un autre produit Cayeux, le bleu-indigo à barbes rouges FALBALA (78), ainsi qu’un croisement entre TRITON (Julander 63) et un autre hybride non dénommé parmi les ancêtres de qui se trouve EMMA COOK (Cook 57), le prototype des iris blancs aux sépales entourés de bleu. On a beau chercher de ce côté là, aucun iris plicata ne figure dans les pedigrees. CAHMPAGNE MUSIC (Fay 64) à des pétales crème et des sépales mauves plus clairs sous les barbes mandarine ; PARISIAN BLUE (Schreiner 64) est un grand bleu uni ; CHRISTMAS TIME (Schreiner 65) est entièrement blanc, avec barbes minium ; TRITON est un autre bleu uni issu d’un bleu (HARBOR BLUE -Schreiner 54) et d’un amoena bleu, le fameux WHOLE CLOTH (Cook 57 – DM 62)…

Un quart des gènes de SIXTINE C. proviennent de son grand-père DELPHI. De ce côté là, l’investigateur de pedigrees va rester sur sa faim, car George Shoop, dans la description qu’il en a fait pour l’enregistrement s’est contenté de parler d’ « une longue lignée d’amoenas bleus remontant à WHOLE CLOTH ». Souvent, devant ce genre de problème, on se tourne vers « The World of Irises », la bible, qui a obtenu quelques précisions supplémentaires en interrogeant directement l’obtenteur ; mais ladite bible a été publiée en 1978, trop tôt pour comporter des renseignements sur une variété encore à l’état de semis. DELPHI conserve donc sa part de mystère. Celui-ci dissimule-t-il un ascendant plicata dont les traits auraient ressurgi quelques générations plus tard ? Il faudrait disposer des carnets de George Shoop pour en avoir le cœur net ! A défaut, il n’est que de se contenter de conjectures. Un examen attentif de la corolle de DELPHI, variété qui a fait partie pendant plusieurs années de ma collection personnelle, sera plus explicite que la description officielle de la variété : les pétales sont bien blancs, un peu crayeux ; la barbe est d’un bel orange mandarine ; les sépales, d’un bleu délavé, montrent sans aucune hésitation possible des veines et des petites taches plus foncées, qui finissent par ne plus faire qu’une couleur unie à un centimètre des bords. Souvenir d’un ancêtre plicata ? Phénomène naturel sur une partie de fleur au coloris non saturé ? Le doute subsiste, et se répercute sur SIXTINE C. qui ajoute cette coquetterie à la liste de ses charmes ! Pour ma part je suis assez porter à croire en la présence de gènes de plicata car les cousins de SIXTINE C., notamment MARBRE BLEU et PARISIEN présentent aussi des stries importantes qui peuvent laisser à croire que, décidément, il y a bien eu un ancêtre plicata dans leur lignage.

29.10.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

Echo de France

Pour quelle raison la variété ÉCHO DE FRANCE (Anfosso 84) a-t-elle été ainsi nommée ? Choisir la bonne réponse parmi les quatre propositions ci-dessous :
- En souvenir d’une jeune fille baptisée France ?
- En l’honneur de la Société Française d’Échographie ?
- En hommage au travail de Barry Blyth sur les iris amoenas jaunes ?
- En raison du parrainage de l’Association Française des Chasseurs d’Échos ?



RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

Jeu des dix erreurs

Voici le texte, tel qu’il aurait du être rédigé :
« Au château de la Félinière, la semaine de l’iris a duré neuf jours, du 15 au 23 mai. Pendant cette période, une sorte de concours a été organisé. Chaque matin, la comtesse de Courcy, maîtresse des lieux, a placé dans un vase neuf tiges d’iris, chaque jour les mêmes, et les visiteurs étaient invités à découvrir les noms de ces plantes, toutes sensées être bien connues des amateurs puisque lauréates des plus grandes compétitions d’iris, comme la Médaille de Dykes américaine ou le Florin d’Or du Concours de Florence en Italie. La liste des noms était déposée dans un petit coffre de laque disposé sur la table du concours, mais soigneusement fermé à clef, et ladite clef remise avant le début de la compétition entre les mains de M° Dubois, l’huissier du canton. Un bulletin de participation était remis à chaque visiteurs, et ils ont été nombreux à exercer leur sagacité. Aux dires de la comtesse, il y eut des discussions passionnées devant le gros bouquet ! C’est que le jeu valait la chandelle : le vainqueur, désigné par tirage au sort parmi les bonnes réponses a emporté une corbeille tressée par les vanniers du coin, chargée de dix rhizomes d’iris : ceux qu’il était demandé d’identifier, plus un rhizome « bonus ».
Les dix iris concernés étaient les suivants :
- BABBLING BROOK (DM 72), un bleu tendre à barbes jaunes ;
- CELEBRATION SONG (DM 2003), en rose et mauve ;
- EDITH WOLFORD (DM 93), jaune et violet ;
- BEVERLY SILLS (DM 85), d’un rose très pur ;
- SKYBLAZE (Fl. Or 90), bleu pervenche à barbes rouges ;
- IKAR (Fl. Or 95), bicolore venu de son lointain Ouzbékistan ;
- THORNBIRD (DM 97), surprenant mélange de brun et de vert ;
- NEW MOON (DM 73), un jaune acide, et…
- HELLO DARKNESS (DM 99), un noir ondulé, qui a donné lieu à de vives controverses, certains croyant reconnaître un autre noir célèbre, BEFORE THE STORM, obtention du Pennsylvanien Sterling Innerst, bien connu dans le microcosme des amateurs. C’est d’ailleurs un rhizome de cette espèce qui a été ajouté au panier en guise de bonus.
Lequel panier a été remis au vainqueur, M. l’abbé Louchy, le médiatique doyen de la paroisse d’Arzay. Voilà qui viendra agrémenter somptueusement le jardin (de curé, bien sûr !) de notre ecclésiastique. »

DE EMMA COOK A DOLCE ACQUA

Depuis quelques années les iris en provenance d’Italie font nettement parler d’eux. Ils le doivent en particulier à deux obtenteurs qui n’hésitent pas à se mesurer aux grands du monde des iris et qui parviennent à leur faire la pige, notamment au Concours de Florence. Ces deux audacieux se nomment Valeria Romoli et Augusto Bianco. La première, amatrice éclairée, s’est vue décerner le Florin d’Or en 1999 pour son superbe iris violet SETTIMO CIELO, mais deux de ses obtentions précédentes, de 1996, VERDE LUNA et surtout BUONGIORNO APRILE, avaient déjà attiré l’attention. Le second, qui agit en professionnel, a acquis en peu de temps une réputation mondiale. Il a à son actif aujourd’hui plus de soixante variétés de grands iris enregistrés et de nombreux autres parmi les intermédiaires et les nains. Ses plus grands succès sont appréciés jusqu’aux Etats-Unis, comme le blanc MURRAH MEMORIAL (98) ou le rose ACQUA DI ROSA (2000). Mais bien d’autres variétés méritent d’être citées, comme l’amoena inversé ALDO RATTI (98), le bleu AZZURRA (96), le bicolore beige et bleu MANI PULITE (98), le bleu tendre FUMO NEGLI OCCHI (2000), l’abricot PIERO BARGELLINI (98) ou le « rouge » ROSSETTO (96) qui a arraché la troisième place à Florence dès 93, avant même d’être enregistré. Mais maintenant c’est d’une autre variété dont il va être question, un tout nouveau blanc aux sépales liseré de parme, qui a nom DOLCE ACQUA (2004).

On peut dire qu’EMMA COOK (Cook 57) – voir « Le tiercé gagnant de M. Cook » publié ici il y a quelques mois -, est le premier exemple d’un nouveau modèle d’iris, aux pétales blancs, au-dessus de sépales blancs également mais liserés de bleu. On retrouve ces couleurs chez un certain nombre d’iris plus récents, mais qui ont tous, ou presque, EMMA COOK dans leurs ascendants. Peu à peu le modèle s’est affiné, les fleurs ont acquis plus de grâce et de souplesse…

Gordon Plough, qui ne dédaignait aucun domaine de recherche, a obtenu d’Emma Cook son MISSION RIDGE (72), très semblable. Mais c’est sans doute la famille Cayeux qui a tiré d’EMMA COOK le meilleur profit avec d’une part sa célèbre série d’iris tricolores : BAL MASQUÉ et VIVE LA FRANCE (91), puis, du même croisement, MARBRE BLEU (93), et surtout REBECCA PERRET (92) ; et d’autre part le fameux ALIZÉS (87) et ses rejetons blancs sur bleu, largement centrés de blanc, FUTURISTE (2001) et FABULEUX (2002), auxquels on peut adjoindre PARISIEN (94) qui descend à la fois d’EMMA COOK et de REBECCA PERRET. Le dit REBECCA PERRET se trouve aussi à l’origine de WHITE CAPED WAVES (Ernst 2002), dont le nom décrit bien le coloris, et qui marque le retour aux origines américaines du modèle.

Il ne faudrait pas oublier, quand on parle d’iris blancs ourlés de bleu, de BROOK FLOWER (Schreiner 73). Mais en la circonstance il n’y a pas grand’ chose à dire puisque le pedigree de cette variété est loin de satisfaire le curieux. En guise de parenté la « check list » de l’AIS n’indique que deux numéros de semis… Comme on dirait aujourd’hui, ça manque de traçabilité ! Cependant, rien qu’à comparer la forme des fleurs, il y a gros à parier qu’il y a de l’EMMA COOK derrière BROOK FLOWER !

Donald Nearpass, en 1970, a enregistré MID-VICTORIAN. Cette variété très réussie (Nearpass n’a enregistré que très peu d’iris, mais tous absolument parfaits pour leur époque) répond exactement à la définition du modèle. Il provient à la fois d’EMMA COOK, de WHOLE CLOTH son demi-frère, et de l’inévitable SNOW FLURRY. MID-VICTORIAN se trouve dans le pedigree d’un petit iris (BB), CLASSIC TREASURE (Burger 83) qui est un cocktail d’iris du modèle EMMA COOK, dont il a les traits, et d’amoena bleu. On y découvre en effet QUIET SKY (Cook 64), CRYSTAL BAY (Jones 65) et LADY OF LOUDOUN (Crosman 69), tous en blanc et bleu. En dépit de sa petite taille (60cm) il a attiré l’attention des hybrideurs qui y ont vu une version moderne d’EMMA COOK, et s’en sont servis pour obtenir à leur tour des cultivars de ce modèle. Stahly en a tiré NORTHERN MIST (96), tout à fait typique. Avec la participation de son DELIGHTSUM (97), déjà fort près du modèle, Nebeker a obtenu SKYETOUCH (99). Kerr, quant à lui, a proposé CHRISTIANA BAKER (99), peut-être un peu trop bleu, côté sépales, pour correspondre au modèle ; mais modèle parfaitement atteint à la génération suivante, avec le superbe QUEEN’S CIRCLE (99). Et c’est également à CLASSIC TREASURE que DOLCE ACQUA doit son paisible coloris blanc ourlé de parme sur les sépales. Avec DOLCE ACQUA on est parvenu à une sorte d’achèvement. Le modèle EMMA COOK a franchi l’Océan Atlantique : après s’être répandu en Amérique, il a émigré en France puis en Italie où il a remarquablement prospéré. Pour le grand bonheur des amateurs d’iris.

22.10.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

Jeu des dix erreurs

Le texte ci-dessous, qui aurait pu être rédigé par un journaliste plus pédant que compétent, comporte dix erreurs. A vous de les découvrir !

« Au château de la Félinière, la semaine de l’iris a duré neuf jours, du 15 au 24 mai. Pendant cette période, une sorte de concours a été organisé. Chaque matin, la comtesse de Courcy, maîtresse des lieux, a placé dans un vase neuf tiges d’iris, chaque jour les mêmes, et les visiteurs étaient invités à découvrir les noms de ces plantes, toutes sensées être bien connues des amateurs puisque lauréates des plus grandes compétitions d’iris, comme la Médaille de Dyke américaine ou le Fleuron d’Or du Concours de Florence en Italie. La liste des noms était déposée dans un petit coffre de laque disposé sur la table du concours, mais soigneusement fermé à clef, et ladite clef remise avant le début de la compétition entre les mains de M° Dubois, l’huissier du canton. Un bulletin de participation était remis à chaque visiteurs, et ils ont été nombreux à exercer leur sagacité. Aux dires de la comtesse, il y eut des discussions passionnées devant le gros bouquet ! C’est que le jeu valait la chandelle : le vainqueur, désigné par tirage au sort parmi les bonnes réponses a emporté une corbeille tressée par les vanniers du coin, chargée de dix rhizomes d’iris : ceux qu’il était demandé d’identifier, plus un rhizome « bonus ».
Les dix iris concernés étaient les suivants :
- BABBLING BROOK (DM 92), un bleu tendre à barbes jaunes ;
- CELEBRATION HYMN (DM 2003), en rose et mauve ;
- EDITH WOOLFORD (DM 93), jaune et violet ;
- BEVERLY HILLS (DM 85), d’un rose très pur ;
- SKYBLAZE (Fl. Or 90), bleu pervenche à barbes rouges ;
- IKAR (Fl. Or 95), bicolore venu de son lointain Kazakhstan ;
- THORNBEARD (DM 97), surprenant mélange de brun et de vert ;
- NEW MOON (DM 73), un jaune acide, et…
- HELLO DARKNESS (DM 99), un noir ondulé, qui a donné lieu à de vives controverses, certains croyant reconnaître un autre noir célèbre, BEFORE THE STORM, obtention du Californien Sterling Innerst, bien connu dans le microcosme des amateurs. C’est d’ailleurs un rhizome de cette espèce qui a été ajouté au panier en guise de bonus.
Lequel panier a été remis au vainqueur, M. l’abbé Louchy, le médiatique doyen de la paroisse d’Arzay. Voilà qui viendra agrémenter somptueusement le jardin (de curé, bien sûr !) de notre ecclésiastique. »



RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

Petit tour du monde

FILIPOK Ludmilla MIRONOVA (2000)
COIRO Jean PEYRARD (91)
JINX Barry BLYTH (2003)
MALA KOKETA Izidor GOLOB (2003)
QUOTE Joseph GATTY (92)

MOISSON 2004

Voici les principales récompenses distribuées cette année de part le monde des iris. La moisson est belle. Elle met en évidence la place de plus en plus importante que tiennent les obtenteurs d’Europe Centrale, dont la réputation a maintenant franchi les frontières de leur région et se répand jusqu’aux USA où le Slovaque Anton Mego, avec SLOVAK PRINCE (2002), s’est distingué à la Convention de Fresno, en Californie.

CROWNED HEADS (Keppel 97) a bien mérité la Dykes Medal qui lui a échu. Quant à SPLASHACATA (Tasco 97), en enlevant le Wister Medal, il s’est mis en place pour la DM 2005, même si rien n’est joué, parce qu’il y a d’autres sérieux prétendants comme TOM JOHNSON (Black 96).

En France, on rêve de pouvoir un jour admirer les productions d’Europe de l’Est et d’Allemagne qui ne sont pas commercialisées chez nous et qu’il est bien difficile de se procurer. Pourquoi les producteurs de notre pays n’ont-ils toujours d’yeux que pour les iris américains ?

1) Etats-Unis

DYKES MEDAL US :

- CROWNED HEADS (Keppel 97) Amoena inversé bien contrasté,
devant
- TOM JOHNSON (BLACK P. 96) deux tons de bleu sombre, barbes orange ;
- JURASSIC PARK (Lauer 95) variegata, pét. beurre, sép. bleu nuit.

WISTER MEDAL (meilleur grand iris) :

- SPLASHACATA (Tasco 97) pétales blanc bleuté, sépales poudrés indigo.

WALTHER CUP (meilleur espoir) :

- CAT’S EYE (BLACK P. 2002) SDB pét. mauve rosé, sép. grenat liseré rose.

PRESIDENT’S CUP (meilleure variété originaire de le Région organisatrice de la Convention) :

- 1 - GOLDEN PANTHER (Tasco 2000) miel doré infus de mauve ;
- 2 – DEVONSHIRE CREAM (Sutton 99) crème, fils d’ELIZABETH POLDARK ;
- 3 – ORIGINAL ART (Ghio 2002) bicolore orange et acajou.

FRANKLIN COOK MEDAL (meilleure variété hors de la Région organisatrice) :

- 1 - PAUL BLACK ( Johnson 2002) indigo foncé, barbes minium ;
- 2 - SEA POWER (Keppel 99) bleu vif, très ondulé, de YAQUINA BLUE ;
- 3 - SLOVAK PRINCE (Mego 2002) amoena-plicata bleu, originaire de Slovaquie.

KNOWLTON MEDAL (meilleur BB) :

- ORANGE POP (Lauer 98) orange soutenu.

SASS MEDAL (meilleur IB) :

- GNU RAYZ (Kasperek 96) pét. violets, sép. jaune vert veinés et liserés violet.

2) Italie

FIORINO D’ORO (Concours de Florence) :

- FROSTED FANTASY (Cadd 2000) blanc, pétales finement liserés d’argent,
devant :
- MIDNIGHT MINK (Cadd 2000) deux tons de violet sombre, barbes marine ;
- DOLCE ACQUA (Bianco 2004) pét. blancs, sép. blancs larges liserés mauve (style Emma Cook).

3) Grande Bretagne

DYKES MEDAL 2004
- non attribuée

MARJORIE BRUMMIT AWARD (GB) pour iris de Californie

- PEACOCK PANACHE (N.Scopes 95) pét. grenat clair, sép. blanc liserés grenat.

4) Russie

Compétition Internationale de Moscou :
- FOGBOUND (Keppel 98) superbe amoena inversé, très contrasté,
devant :
- SWEET AMBROSIA (Ragle 95) amoena orange ;
- AARDVARK LARK. (P. Black 2002) plicata amarante sur fond abricot.

5)Europe Centrale

Compétition Internationale de la M.E.I.S. :

- PAPAPUBREN (J. Dudek 2000) un iris tchèque, blanc bleuté à barbes blanches,
devant :
- CHANGE OF MILLENIUM (Cadd 99) pét. bleu clair, sép. indigo veiné de blanc ;
- BALTYK (Wo?niak 2000) descendant polonais de Honky Tonk Blues, pét. parme, sép. blancs centrés de parme.

6) Allemagne

IRIS-BEWERTUNG MÜNCHEN

Grands iris :
Compétition Nationale :
- TIEFSEE (Landgraf 2003) violet archevêque plus clair sous les barbes ;
- SCHNEEWEISSCHEN (Gürn 2003) blanc pur ;
- HEIKE SCHINDLER (Beer 2004) amoena blanc / bleu clair.

Compétition Internationale :
- ZIMNI KRALOVNA (Seidl 2004) bleu clair, originaire de République Tchèque ;
- Semis 96-0124 (Mego) unicolore blanc ;
- MER DU SUD (Cayeux 97) bleu marine uni.

7) Australie

DYKES MEDAL 2003
- PAY THE PRICE (Grosvenor 2004) plicata classique violet améthyste, qui a déjà obtenu le Florin d’Or à Florence en 2003.

I.S.A. MEDAL 2003 (Australie)

- UNDERCOVER –iris de Louisiane – (Taylor 96) violet pourpré.

15.10.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

Petit tour du monde

Avec les cinq iris nains (SDB) de la liste I, on fait un tour du monde des obtenteurs. Pouvez-vous attribuer à chacun de ceux de la liste II la variété qui lui appartient ?

Liste I
FILIPOK
COIRO
JINX
MALA KOKETA
QUOTE

Liste II
Barry BLYTH (Australie)
Joseph GATTY (USA)
Izidor GOLOB (Slovénie)
Ludmilla MIRONOVA (Vladivostok – Sibérie)
Jean PEYRARD (France)



RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE
Chacun le sien (2)

AQUA DI ROSA Augusto BIANCO (Italie)
CONFIDANTE Keith KEPPEL (USA)
GLITTERATI Barry BLYTH (Australie)
NEBBIOLO Lawrence RANSOM (France)
SOTTO VOCE Benjamin HAGER (USA)

TOUT LE MONDE NE PEUT PAS PLAIRE

III - ERNST

Quand on est archi-connu, que l’on est obtenteur depuis des décennies, que l’on a décroché une récompense importante, il est moins difficile de se faire apprécier des juges que si l’on est débutant. C’est ce que Richard Ernst a du se dire, au début, quand il a constaté que ses variétés ne récoltaient guère de médailles. Pourtant il profite d’être l’obtenteur officiel de la maison Cooley, qui est sans doute la plus importante affaire de commerce d’iris aux Etats-Unis. Avec une superficie de culture de près de 95 hectares et plus de 7 millions de plants, elle surpasse la maison Schreiner en chiffre d’affaire ! Comme cette dernière, elle commercialise chaque année une quinzaine de nouvelles variétés, mais celles-ci ne sont pas toutes des obtentions de Richard Ernst : Glen Corlew, Jim Gibson, Ben Hager et plusieurs autres donnent, ou donnaient, quelques unes de leurs variétés à vendre chez Cooley, ce qui leur assure une importante diffusion. Figurer dans le catalogue Cooley est donc une assurance de commercialisation importante. La théorie selon laquelle pour être jugé il faut être vu devrait s’appliquer aux produits vendus par Cooley’s Garden. Alors comment expliquer que, de tous les iris Ernst introduits avant 1991, il n’y en ait qu’un, AFTERNOON DELIGHT, qui ait été primé ? Certains, de cette génération, ont pourtant eu du succès à travers le monde. Ainsi QUIET RIOT (84), DEPTH OF FIELD (86), TACO SUPREME (87), ADOBE ROSE (88), TRACY TYRENE (88) ou ENVY (90) figurent-ils encore dans bien des catalogues européens. Pourtant aucune récompense n’est venue reconnaître leurs mérites ! Une rapide vérification permet cependant de constater que les iris Ernst sont peu présents dans les catalogues américains ! Les ventes de Cooley ne suffiraient-elles pas à assurer une diffusion suffisante ? Ce n’est pas inimaginable, c’est en tout cas un explication possible, qui répondrait au critère de commercialisation (n° 2).

Mais peut-être là interviennent les autres critères de choix. En ce qui concerne les iris de R. Ernst, peut-on invoquer les critères techniques (n° 1) ? A mon avis je ne vois pas pourquoi, tout au moins pour les variétés qui viennent d’être citées, pourtant j’ai entendu un confrère français de R. Ernst émettre des doutes à propos de la qualité de la tenue des fleurs… Cette opinion est-elle justifiée ? D’après moi elle ne l’est pas car je ne l’ai pas constatée sur les plantes que j’ai cultivées. Mai elle est peut-être répandue parmi les juges américains, ce qui ferait intervenir le critère de notoriété (n° 3).

A partir des introductions de 1991, le nombre des récompenses obtenues s’accroît peu à peu. Sept variétés de 91 ont obtenu au moins un HM. Et sur l’ensemble de la période considérée ce sont 24 variétés qui ont été récompensées. Les mieux classées ont été COMPETITIVE EDGE (91 – AM 95) et KNOCK 'EM DEAD (93 – AM 2000).On reste très loin cependant des scores obtenus par les deux obtenteurs dont les résultats ont été analysés précédemment ! Il me semble que ce ne sont pas les critères de qualité et de commercialisation qui interviennent dans ces résultats, pas plus non plus que ceux d’originalité. Il ne reste donc que celui de notoriété. Cela veut dire qu’auprès des juges américains, les produits Ernst n’ont pas bonne réputation. Pourquoi ? Mystère. Mais cette constatation laisse à penser que l’attribution des récompenses n’est pas toujours vraiment impartiale. Cela donne du poids à la remarque faite par Lawrence Ransom à la suite de l’attribution de la DM à MESMERIZER, qui laissait entendre que les juges avaient eu tort de donner cette distinction à cette variété qu’il considère comme ayant trop de défauts pour la mériter.

8.10.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

Chacun le sien (2)

Tous les iris portant des noms italiens ne sont pas nécessairement originaires de la botte. Pouvez-vous attribuer chacune des variétés de la liste I à chacun des obtenteurs de la liste II ?

Liste I
AQUA DI ROSA
CONFIDANTE
GLITTERATI
NEBBIOLO
SOTTO VOCE

Liste II
Lawrence RANSOM
Keith KEPPEL
Benjamin HAGER
Barry BLYTH
Augusto BIANCO


RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE
Chacun le sien (1)

BEAU TENEBREUX Michèle BERSILLON
DIANE CELLA Georges DALVARD
PARFUM DE FRANCE Lawrence RANSOM
SUCCES FOU Richard CAYEUX
TEMPETE SUR VERSAILLES Jean Jacques FRANCOIS

TOUT LE MONDE NE PEUT PAS PLAIRE

II - KEPPEL

Dans un premier article on a vu ce que pouvaient être les raisons pour lesquelles certaines variétés, pourtant aussi soignées et bien distribuées que celles de la maison Schreiner, ne parvenaient pas à décrocher une récompense dans la grande compétition annuelle qui occupe le monde des iris américain. Aujourd’hui, en examinant les variétés de Keith Keppel, mises au commerce à la même période, on va voir si les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Keppel a choisi d’offrir chaque année ses nouveaux produits par l’intermédiaire du bulletin de l’AIS. En principe, donc, dans le numéro de janvier du bulletin, paraît l’annonce de Keppel avec en général, au moins la photo d’une des variétés proposées, plusieurs même, depuis quelques années, et sur la page contiguë. Mais, à la différence de Schreiner, Keppel ne propose pas que des grands iris : son choix est plus éclectique et porte sur tous les types d’iris. Pour le présent nous ne traiterons que des grands.

La production de Keith Keppel n’atteint ni l’ampleur ni la régularité d’horloge de celle de son confrère. Mais la renommée est aussi grande, et la distribution très bien assurée, non seulement par Keppel lui-même, mais par un grand nombre d’autres catalogues. Il n’y a pas lieu de craindre une distorsion à ce niveau.

En 1990 Keith Keppel a mis sur le marché cinq variétés de grands iris. Parmi celles-ci deux seulement ont été primées. Les trois qui sont restées inconnues des juges sont ART SHOW, OPPORTUNITY et WILDEST DREAMS. ART SHOW est un bitone ambre sur ocre, nettement veiné de blanc sous les barbes oranges. La fleur est typiquement signée Keppel : pas très grande, bien ondulée, un peu étirée en hauteur. A priori rien ne destinait cette variété à rester sur la berme. Pourtant… OPPORTUNITY est un jaune très soutenu, très classique au plan du coloris et très Keppel au plan de l’aspect général ; sans doute trop peu original. WILDEST DREAMS se présente comme un petit plicata pourpre sur fond orangé. Il tient beaucoup de son parent GIGOLO, trop sans doute pour s’en distinguer aux yeux des juges.

1991 : cinq présentés, deux échecs. FOREIGN ACCENT ne pèche pas par la banalité. C’est un plicata aux pétales abricot pointillés de violet, violet qui recouvre presque intégralement les sépales au point que l’abricot du fond a l’air de n’être que la couleur des veines. Le désintérêt des juges est assez inexplicable dans ce cas. Même interrogation en ce qui concerne LIGHT SHOW ; une variété superbe, aux pétales d’un jaune franc surmontant des sépales dont le fond jaune paille est finement et régulièrement veiné de grenat, pour ne vraiment réapparaître qu’en lisière. Dans le genre des variegata-plicatas il marque une réelle avancée dans la netteté des dessins : FANFARON (Hager 88), bien que très voisin, n’a pas la même pureté, mais il a reçu un HM en 1990.

Les résultats de la fournée 92 ne sont pas très encourageant puisque sur six variétés, trois n’ont rien obtenu. Mais CONFESSION est un banal blanc à barbe mandarine et FAINT PRAISE un assez terne lilas marqué plicata violet aux épaules. En revanche DAWN SKY a de vives couleurs qui auraient du attirer les regards des juges : pétales roses, sépales blanc laiteux largement ourlés de violet héliotrope, avec de belles barbes oranges.

Toute différente est la situation de 93 puisque les quatre variétés proposées ont connu les honneurs, STARFLEET s’offrant même un troisième prix à Florence en 98. L’année 94 a bien failli connaître le même heureux sort, si ce n’est que SPRING SHOWER est passé à côté. Pour cause de banalité peut-être… En tout cas la réussite est de nouveau totale en 95, FANCY WOMAN allant même jusqu’à rater d’un cheveu la Médaille de Dykes en 2003.

Toujours 100% de réussite pour la brochette de 96, et LOCAL COLOR est toujours en course pour une Médaille de Dykes et fut meilleur TB en 2002 (Wister Medal). Il semble même que rien ne puisse arrêter les succès de Keith Keppel puisque désormais, et jusqu’en 2001 au moins, toutes les nouvelles variétés ont été honorées, à l’exception de MORNING MOOD (98) qui a été bien négligé. Mais est-ce un concours de circonstance ou une profonde désaffection des juges pour ce modèle de coloris ? En effet ce MORNING MOOD est une sorte de clone de DAWN SKY, déjà laissé en touche.

Si, d’une manière générale, les échecs des variétés Schreiner peuvent avoir pour explication leur académisme et un certain manque de fantaisie, on ne peut pas faire les mêmes reproches aux variétés Keppel qui ont subi le même sort. La plupart de celles qui n’ont pas eu au moins un HM auraient, à mon avis, bien mérité cette distinction. Mais entre autres raisons il y un effet de mode. A l’heure actuelle Keppel surfe sur le haut de la vague de la popularité, alors que Schreiner semble un peu en perte de vitesse. Cela lui permet de compter un taux de réussite aux HM de 82% sur la période considérée, avec un succès total pour les dernières années. Qu’en est-il, alors d’un troisième grand obtenteur, richement distribué, comme Richard Ernst ? Ce sera l’objet d’une prochaine chronique.




TOUT LE MONDE NE PEUT PAS PLAIRE

II - KEPPEL

Dans un premier article on a vu ce que pouvaient être les raisons pour lesquelles certaines variétés, pourtant aussi soignées et bien distribuées que celles de la maison Schreiner, ne parvenaient pas à décrocher une récompense dans la grande compétition annuelle qui occupe le monde des iris américain. Aujourd’hui, en examinant les variétés de Keith Keppel, mises au commerce à la même période, on va voir si les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Keppel a choisi d’offrir chaque année ses nouveaux produits par l’intermédiaire du bulletin de l’AIS. En principe, donc, dans le numéro de janvier du bulletin, paraît l’annonce de Keppel avec en général, au moins la photo d’une des variétés proposées, plusieurs même, depuis quelques années, et sur la page contiguë. Mais, à la différence de Schreiner, Keppel ne propose pas que des grands iris : son choix est plus éclectique et porte sur tous les types d’iris. Pour le présent nous ne traiterons que des grands.

La production de Keith Keppel n’atteint ni l’ampleur ni la régularité d’horloge de celle de son confrère. Mais la renommée est aussi grande, et la distribution très bien assurée, non seulement par Keppel lui-même, mais par un grand nombre d’autres catalogues. Il n’y a pas lieu de craindre une distorsion à ce niveau.

En 1990 Keith Keppel a mis sur le marché cinq variétés de grands iris. Parmi celles-ci deux seulement ont été primées. Les trois qui sont restées inconnues des juges sont ART SHOW, OPPORTUNITY et WILDEST DREAMS. ART SHOW est un bitone ambre sur ocre, nettement veiné de blanc sous les barbes oranges. La fleur est typiquement signée Keppel : pas très grande, bien ondulée, un peu étirée en hauteur. A priori rien ne destinait cette variété à rester sur la berme. Pourtant… OPPORTUNITY est un jaune très soutenu, très classique au plan du coloris et très Keppel au plan de l’aspect général ; sans doute trop peu original. WILDEST DREAMS se présente comme un petit plicata pourpre sur fond orangé. Il tient beaucoup de son parent GIGOLO, trop sans doute pour s’en distinguer aux yeux des juges.

1991 : cinq présentés, deux échecs. FOREIGN ACCENT ne pèche pas par la banalité. C’est un plicata aux pétales abricot pointillés de violet, violet qui recouvre presque intégralement les sépales au point que l’abricot du fond a l’air de n’être que la couleur des veines. Le désintérêt des juges est assez inexplicable dans ce cas. Même interrogation en ce qui concerne LIGHT SHOW ; une variété superbe, aux pétales d’un jaune franc surmontant des sépales dont le fond jaune paille est finement et régulièrement veiné de grenat, pour ne vraiment réapparaître qu’en lisière. Dans le genre des variegata-plicatas il marque une réelle avancée dans la netteté des dessins : FANFARON (Hager 88), bien que très voisin, n’a pas la même pureté, mais il a reçu un HM en 1990.

Les résultats de la fournée 92 ne sont pas très encourageant puisque sur six variétés, trois n’ont rien obtenu. Mais CONFESSION est un banal blanc à barbe mandarine et FAINT PRAISE un assez terne lilas marqué plicata violet aux épaules. En revanche DAWN SKY a de vives couleurs qui auraient du attirer les regards des juges : pétales roses, sépales blanc laiteux largement ourlés de violet héliotrope, avec de belles barbes oranges.

Toute différente est la situation de 93 puisque les quatre variétés proposées ont connu les honneurs, STARFLEET s’offrant même un troisième prix à Florence en 98. L’année 94 a bien failli connaître le même heureux sort, si ce n’est que SPRING SHOWER est passé à côté. Pour cause de banalité peut-être… En tout cas la réussite est de nouveau totale en 95, FANCY WOMAN allant même jusqu’à rater d’un cheveu la Médaille de Dykes en 2003.

Toujours 100% de réussite pour la brochette de 96, et LOCAL COLOR est toujours en course pour une Médaille de Dykes et fut meilleur TB en 2002 (Wister Medal). Il semble même que rien ne puisse arrêter les succès de Keith Keppel puisque désormais, et jusqu’en 2001 au moins, toutes les nouvelles variétés ont été honorées, à l’exception de MORNING MOOD (98) qui a été bien négligé. Mais est-ce un concours de circonstance ou une profonde désaffection des juges pour ce modèle de coloris ? En effet ce MORNING MOOD est une sorte de clone de DAWN SKY, déjà laissé en touche.

Si, d’une manière générale, les échecs des variétés Schreiner peuvent avoir pour explication leur académisme et un certain manque de fantaisie, on ne peut pas faire les mêmes reproches aux variétés Keppel qui ont subi le même sort. La plupart de celles qui n’ont pas eu au moins un HM auraient, à mon avis, bien mérité cette distinction. Mais entre autres raisons il y un effet de mode. A l’heure actuelle Keppel surfe sur le haut de la vague de la popularité, alors que Schreiner semble un peu en perte de vitesse. Cela lui permet de compter un taux de réussite aux HM de 82% sur la période considérée, avec un succès total pour les dernières années. Qu’en est-il, alors d’un troisième grand obtenteur, richement distribué, comme Richard Ernst ? Ce sera l’objet d’une prochaine chronique.




1.10.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE


Chacun le sien (1)

L’année 2000 a vu l’enregistrement de nombreuses variétés françaises. Pouvez-vous attribuer chacune des variétés de la liste I à chacun des obtenteurs de la liste II ?

Liste I
BEAU TENEBREUX
DIANE CELLA
PARFUM DE FRANCE
SUCCES FOU
TEMPETE SUR VERSAILLES

Liste II
Lawrence RANSOM
Jean Jacques FRANCOIS
Georges DALVARD
Richard CAYEUX
Michèle BERSILLON

RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE
Iridial Pursuit

CONJURATION (Byers 89) a obtenu le Florin d’or en 1993.

TOUT LE MONDE NE PEUT PAS PLAIRE

On ne peut pas plaire à tout le monde, ou, tout au moins, tout le monde ne peut pas plaire. C’est sans doute ce qu’il faut dire quand une variété, au demeurant valable, n’arrive pas à décrocher une récompense officielle lors des compétitions annuelles aux Etats-Unis. Cependant tous les éventuels compétiteurs ne sont pas logés à la même enseigne. Les facteurs entrant en ligne de compte sont multiples et pas toujours rationnels. Il y en a de quatre natures : les critères techniques (telle variété a-t-elle toutes les qualités pour être notée ?), les critères commerciaux (telle variété est-elle suffisamment commercialisée pour être vue et appréciée par un nombre suffisant de juges ?), et les critères de notoriété (l’obtenteur de telle variété est-il apprécié par les juges comme produisant des iris de qualité ?) auxquels il faut ajouter l’originalité et le piquant des fleurs en concours. A travers les échecs de trois obtenteurs parmi les plus connus nous verrons le rôle et l’importance de chacun des ces axes de jugement sur le sort des iris en course pour les récompenses.

I - SCHREINER

Quand une entreprise aussi pointilleuse que la maison Schreiner, qui connaît toutes les ficelles pour produire un iris qui devrait plaire, qui jouit d’une réputation d’excellence et qui dispose d’un réseau de distribution particulièrement solide, met sur le marché une nouvelle variété, on peut s’attendre à ce que celle-ci obtienne au moins un HM. Malgré tout, il y a des produits Schreiner qui passent à côté de tout. On peut se demander pourquoi, d’autant que certains de ces délaissés font une carrière commerciale honorable, en Amérique comme ailleurs dans le monde. Jetons un coup d’œil à ceux de ces oubliés de la grande distribution des awards, qui sont venus en compétition depuis 1990, et n’ont plus aucun espoir d’être maintenant distingués.

On sait que bon an mal an la maison Schreiner met dans le commerce une quinzaine de nouveautés. Il y en toujours pour tous les goûts, dans toutes les couleurs ou associations de couleurs traditionnelles, avec, de-ci de-là, une offre plus fantaisie, pour faire bonne mesure et tester la réactivité du public.

La cuvée 90 a eu trois recalés : CRIMSON FIRE, RAVE ON et STARDUST MEMORIES. CRIMSON FIRE est un beau brun-rouge à barbes jaunes. Il ne présente apparemment aucun défaut, mais les juges ne l’ont pas trouvé à leur goût, à moins que, en cette période, la concurrence ait été sévère. RAVE ON fait partie des oranges, plus clair sous les barbes qui sont rouge minium. C’est une fleur absolument classique, sans défaut mais aussi sans originalité. Est-ce cette banalité qui lui a valu l’anonymat ? STARDUST MEMORIES doit être dans le même cas. Des plicatas comme celui-là, il y en a des centaines…Il n’y a que son nom qui attire vraiment l’attention.

En 1991 l’offre a été de quinze variétés, comme d’habitude ; il n’y a eu que deux recalés : AFRICAN SUNSET et MY GIRL. AFRICAN SUNSET est un iris abricot, un peu vineux sur les sépales, d’une tenue impeccable, mais dans une teinte qui n’a pas vraiment la cote. MY GIRL est un rose tendre, absolument sans défaut, sans doute un peu trop parfait pour faire le poids parmi des roses nombreux et qui accrochent plus le regard.

Quinze nouveautés en 92, et deux recalés également. Dans l’ordre alphabétique, le premier se nomme JOYOUS MORN. Ce n’est pas de chance, pour une fois que l’entreprise Schreiner avait choisi un iris d’un coloris un peu original ! Il s’agit d’un bois de rose, plus clair aux sépales, avec barbes minium. On peut supposer que cette jolie chose n’a pas rencontré un succès commercial suffisant pour que les juges puissent l’apprécier dans un assez grand nombre de jardins permettant qu’il obtienne assez de vote… Le second est SPARKLING DEW. En rose lilacé pâle, tout à fait banal, l’échec n’est pas surprenant.

Toujours quinze nouveaux iris en 93, et toujours deux recalés : INNOCENT BLUSH, et MADEIRA. Le premier cité est encore un rose, à reflets fumés, cette fois, mais cette particularité n’a pas été suffisante pour éviter l’éviction. L’échec de MADEIRA est plus inexplicable car il s’agit d’un pourpre très foncé, d’un coloris très à la mode. Cependant, pour une fois, la fleur n’est-elle pas tout à fait parfaite, avec des pétales qui sont un peu lourds et ont tendance à s’affaisser. Ce léger défaut peut expliquer l’oubli des juges. Même si maintenant cette variété se rencontre dans beaucoup de catalogues.

Devinez combien d’iris ont été présentés en 94 ? Quinze ? Vous avez gagné ! Et combien de recalés ? Deux ? Bingo ! Cette fois ce sont IN THE MOOD et SMILING ANGEL. IN THE MOOD est …un rose corail, clair, joliment coiffé, mais sans attrait particulier. Chez Schreiner, on n’a pas de succès avec les roses ! Quant à SMILING ANGEL, c’est un iris blanc, un peu crémeux, avec des barbes assorties. La fleur est gentiment frisottée, mais peu ondulée. Qu’est ce qui n’a pas marché ? A mon avis, c’est le fait que ce soit une fleur trop terne pour retenir l’attention des acheteurs, comme des juges.

On arrive à 95 mais on reste avec quinze nouveautés, dont trois, cette fois, n’auront rien gagné. GOODNIGHT MOON, le premier de la liste, se présente en robe jaune claire, encore plus claire sous les barbes, qui sont oranges. Rien de bien original, là-dedans, alors que les iris jaunes sont en nombre pléthorique. Vous prenez un peu d’orange, que vous ajoutez à la fleur précédente, et vous obtenez PARTY LIGHTS, qui est le second échec de l’année. Là encore on est en présence d’un iris sans rien pour le sortir de l’anonymat, dans un coloris peu prisé, de surcroît. En revanche, le sort malheureux de MARIAH est beaucoup plus surprenant. Comment un beau bleu clair, à barbes blanches, d’une forme parfaite, peut-il avoir été aussi peu apprécié ? Les ventes auraient-elles pâti du fait que, la première année, cette plante n’a été proposée qu’en « bonus » ? Probable. En tout cas Schreiner croyait en cet iris qui a été utilisé en vue d’améliorer la lignée des bleus clairs, et qui a donné naissance, à ce jour, à deux beaux rejetons, ABOVE THE CLOUDS (2001) bleu tendre à barbes jaunes, descendant également de YAQUINA BLUE, et BLUE KENTUCKY GIRL, bleu ciel, dernier avatar d’une longue famille de bleus, toujours primés.

C’est à peine croyable, mais 1996 se présente avec 15 nouveautés ! L’usine Schreiner ne varie pas son rythme. Cette fois ce sont les échecs qui s’accentuent puisqu’ils sont au nombre de quatre. Le jaune d’or AUTUMN ACCENT, le blanc à barbes pêche CARTE BLANCHE, le rose (encore un) HEAVENLY VISION, et le très sombre variegata SOMBRERO WAY. Celui-là, cependant, aurait sûrement mérité une distinction, même si l’austérité de ses couleurs peut ne pas être du goût du plus grand nombre.

Toujours quinze variétés enregistrées en 97, et trois oubliés : CITYSCAPE, jaune paille largement marqué de blanc sous les barbes minium, HARVEST FAIRE, variegata façon EDITH WOLFORD, et MOUNTAIN ECHO, le plus original des trois, en bleu lavande, fortement veiné d’ocre en haut des sépales.

Seulement quatorze enregistrements pour l’année 98, mais néanmoins trois de chute, qui sont le « dark top » - très léger – COASTAL MIST, le mauve rosé SERENE MOMENT ( là, c’est une anomalie que de ne l’avoir pas retenu, car ses couleurs, très nettes et très fraîches, ainsi que sa forme impeccable, auraient du lui valoir plus d’égards). Le même sort, réservé à TERRA ROSA, un iris qui sort de l’ordinaire, en brun puce rosé, avec une fleur classique mais parfaitement formée, n’est pas plus mérité.

Le choix s’appauvrit à treize variétés en 99, ce qui n’empêche pas le nombre des échecs de rester à trois, avec LAST CHANCE, amoena très gracieux mais desservi par sa floraison trop tardive : pas vu donc pas noté, WEDDING DANCE, version moderne de GOLD TRIMMINGS (75) , pourtant doté de tout ce qu’il faut pour réussir, et WILD FRONTIER, nouvelle version d’AFTERNOON DELIGHT, donc pas vraiment une nouveauté.

Les variétés présentées après 99 sont encore en course, on arrêtera donc là l’énumération. Peut-on en tirer quelque constatation générale ? Il semble bien que ce ne soit pas les critères techniques qui fassent la différence car les produits Schreiner sont techniquement parfaits. Les critères de commercialisation ne sont pas non plus déterminants car, en dehors du cas des iris offerts en « bonus », les variétés nouvelles bénéficient de la grande diffusion du catalogue Schreiner. Reste la réputation de l’obtenteur, qui n’est pas non plus en cause dans le cas de Schreiner, et le côté attirant des plantes en compétition. C’est peut- être de ce côté là qu’il faut chercher les causes de échecs, en effet les roses de Schreiner n’ont pas vraiment la cote, sans doute parce qu’on trouve aujourd’hui une foule de roses moins académiques et au moins aussi beaux ; il y a également le fait que plusieurs des variétés non retenues soient tardives, donc plus rarement vues par les juges, et que le choix de coloris trop sombres ou trop ternes doit nuire à la vente. Quoi qu’il en soit, avec un taux de HM de 88%, la maison Schreiner peut être fière de son travail et de ses résultats. La situation est-elle la même pour les produits de Keith Keppel, autre nom fort connu dans le petit monde des iris ? Nous verrons cela la prochaine fois.

24.9.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

Iridial Pursuit

Depuis sa création, le Florin d’Or n’a été attribué qu’une seule fois à un iris à éperons (space ager). Duquel s’agit-il ?

RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

Le ciel et la mer

L’intrus est SERENE SEA (Blyth 92), qui est une variété australienne. Tous les autres sont américains.

TRIOMPHE DE LA STABILITÉ

Chaque année, dans son numéro de janvier, le Bulletin de l’AIS publie les résultats du Concours de Popularité des Grands Iris. Cela donne le classement des cent variétés les plus populaires auprès du grand public. En effet, au mois d’août précédent, les adhérents de l’AIS ont été appelés à se prononcer sur une liste de noms établie selon des critères très précis (que je passe ici) mais qui comprend les cent noms du classement précédent auxquels s’ajoutent un certain nombre de nouveaux venus. Chacun vote pour vingt variétés, sans ordre de préférence, mais le votant doit avoir apprécié « de visu » les cultivars cités. Le classement s’effectue en fonction du nombre de voix obtenu par chaque variété. Le fait de ne voter que pour des iris vus sur le terrain est une prime aux meilleures ventes : plus il y a de touffes d’une même variété, plus celle-ci a de chances d’être choisie. Une autre constante est que certaines variétés, pour des raisons qui mériteraient une analyse en profondeur des motivations des amateurs, restent cultivées fort longtemps, alors que d’autres n’ont qu’un succès de mode. Certains iris, particulièrement chouchoutés par les amateurs, peuvent ainsi rester au classement pendant des années et des années. Cela explique qu’il n’y a jamais beaucoup de nouveaux entrants : une dizaine pour les meilleurs crus, souvent beaucoup moins (cinq en 2003 !)

J’ai fait un tableau portant sur les dix premiers du classement entre 1993 et 2004, qui démontre l’extrême stabilité des appréciations. Pendant ces 12 ans, DUSKY CHALLENGER (Schreiner 86) a occupé constamment la première place sauf en 96 où SILVERADO (Schreiner 87) la lui a ravie. Ce même SILVERADO a occupé la deuxième place pendant six ans avant de perdre un peu de terrain. JESSE’S SONG (B. Williamson 83) est un autre exemple : il a été troisième de 94 à 99, puis en 2001, et occupe la seconde place en 2002, 03 et 04. Après avoir été longtemps n° 1, BEVERLY SILLS (Hager 79) reste aux premières places : 2eme en 93 et 94, il perd depuis peu à peu du terrain mais reste n° 6 depuis 2002. TITAN’S GLORY (Schreiner 81) qui était sur le podium en 93 se situe maintenant en 18eme position. Il est devancé par des variétés plus récentes mais aussi par un indéboulonnable : STEPPING OUT (Schreiner 64) ! En voilà un qui depuis une trentaine d’année ne s’est jamais beaucoup éloigné des premiers rangs. Très longtemps n° 1, il a un peu rétrogradé mais, pendant les 12 années qui nous intéressent, il n’est jamais descendu au-delà du 11eme rang, et est encore n° 9 en 2004 !

On constate en général une montée très rapide des nouveautés qui arrivent sur le marché. Ensuite leur progression stoppe, puis la régression apparaît, mais elle est lente et sujette à de brusques recrudescences de popularité dont les causes sont complexes (le plus souvent obtention d’une distinction honorifique qui rebooste le marché). CONJURATION (Byers 89), par exemple, est apparu pour la première fois en 95, en 41eme position ; il s’est hissé en 5 ans dans le Top 10, avec un bond de dix places entre 98, année où il a obtenu la DM, et 99, pour s’y maintenir depuis. Même progression pour STAIRWAY TO HEAVEN (Lauer 93), entré au classement à la centième place en 97, parvenu n° 25 en 2000 et n° 15 en 2001, l’année qui a suivi son succès à la DM. Il continue de progresser et est 5eme en 2004. Le même cursus caractérise CELEBRATION SONG (Schreiner 93) qui a fait son entrée en 98 (n°90), était n°18 en 2003 et n° 7 en 2004, après sa DM. Cependant toutes les variétés primées ne font pas le même parcours ; certaines n’obtiennent pas l’affection du public : HONKY TOK BLUES (Schreiner 88) a suivi une courbe parfaite, mais plate ! N° 16 en 93 et 94, il a peu à peu progressé jusqu’au 5eme rang (2000) pour revenir au n° 16 en 2003 et 2004. Son succès de 95 ne lui a guère profité. YAQUINA BLUE (Schreiner 92 - DM 2001), MESMERIZER (Byers 91 - DM 2002), sont respectivement 11eme et 12eme en 2004, sans être jamais parvenus ni l’un ni l’autre dans le Top 10. La célébrité n’est pas automatique, mais une fois qu’elle est acquise, elle l’est pour longtemps : je n’ai pas constaté de cas de chute vertigineuse.

Pour qu’un tel classement puisse être significatif, il faut qu’il y ait un grand nombre de participants et que les personnes appelées à voter accomplissent scrupuleusement leur devoir. Aux USA cela ne pose pas de problème : il y a près d’un millier de participants !

17.9.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

Le ciel et la mer

Il y a un intrus parmi les six noms d’iris qui suivent. Lequel ?
SAND AND SEA
SANDY BEACH
SERENE SEA
CALM SEA
ON THE BEACH
SEA OF GALILEE

RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

Iridial Pursuit

Il s’agit de BUMBLEBEE DELITE (MTB) (Norrick 85) qui a été classé en 3 en 1992, puis en 2 en 1994, 1995 et 1996.

PANIER DE LANGOUSTES

Tout à l’heure je suis parti au jardin avec mon dernier panier de langoustes. C’est en effet à ces crustacés que me font irrésistiblement penser les rhizomes d’iris que je suis en train de planter. Le rhizome proprement dit, c’est le corps de la langouste, les racines se sont les pattes et les feuilles, coupées en pointe à mi-hauteur, ce sont les antennes.

Au fond du jardin, dans un grand espace nouvellement et finement retourné puis préparé, j’ai commencé à transplanter ma collection d’iris. Enfin une partie de celle-ci car, autant par manque de place que par incapacité physique à m’occuper de plantes plus nombreuses, j’ai décidé d’éliminer les plus anciennes variétés, ou celles qui poussent le plus mal dans ma terre de prairie sèche. Le choix a été cornélien ! Allais-je garder IRISH SPRING ou SONG OF ERIN ? CRINOLINE ou NEEDLEPOINT ? Et quel crève-cœur de devoir écarter VANITY et OVATION qui, comme la plupart des iris roses, rechignent à se développer chez moi ! Tout bien pesé je n’ai conservé que 224 variétés, y compris les nouveautés que j’ai reçues cette années de Slovaquie et d’Italie. Ce sera bien assez pour un jardinier vieillissant. Ce n’est pas la plantation qui me fait du souci, mais les futurs désherbages…

Sur les bordures, qui s’élèvent à environ 20cm du sol environnant, j’ai creusé des petites dépressions au fond desquelles j’ai déposé une poignée d’engrais complet 10/10/10 et une autre poignée de corne broyée. J’ai mélangé ces ingrédients à la terre fraîchement remuée et, pour chaque rhizome, j’ai tracé deux fins sillons espacés d’environ cinq centimètres. J’ai posé chaque langouste sur le petit dôme ainsi créé, les pattes (pardon, les racines) étalées dans les sillons, le ventre (pardon, la base du rhizome) appuyé sur le dôme. Un peu de terre est rapportée par-dessus tout cela, une pression est exercée, pour bien tasser la terre, et voilà !

La 224ieme variété plantée, mon panier de langoustes vide, j’ai contemplé mon œuvre, avec une certaine fierté. C’est propre, cela a bonne allure, l’enroulement des bordures qui colimaçonnent depuis le centre du jardin, devrait produire son effet quand tout cela sera en fleur. J’en oublierais presque mon mal au dos !

Il reste à dessoucher l’ancienne plantation, dans l’autre moitié du jardin. Retirer une à une ces touffes que j’ai bichonnées tendrement, sur lesquelles je me suis penché avec tant d’attention, qui m’ont apporté tant de plaisir pendant des années, va être un autre moment de tristesse… Mais il faut bien tenir compte du temps qui passe, et du chiendent qui a envahi une grande partie de la plantation, empêchant les iris de croître normalement et rendant illusoire leur désherbage.

La sélection des plus beaux rhizomes a été l’occasion de me poser des questions sur le comportement des variétés. Pourquoi, par exemple, côte à côte, WHITE LIGHTNING et TRAPEL ne poussent-ils pas de la même façon ? Le premier n’émet que quelques pousse chaque année, alors que le second se développe à toute allure. Pourquoi l’ombre ne dérange-t-elle pas du tout BATTLE STAR, alors que KILT LILT, dans le même environnement végète lamentablement ? LIGHTLY SEASONED et ETERNAL BLISS ont poussé sans sourciller sous les branches d’un cerisier, de même que STELLAR LIGHTS et un groupe d’italiens (ALDO RATTI, MANI PULITE, AZZURRA), mais dans les mêmes conditions les allemands MANDY G et GITTA n’ont pas apprécié ! Dans leurs nouveaux emplacements, ces variétés seront toutes logées à la même enseigne d’un ensoleillement maximal, je verrai bien comment elles se comporteront ! Voilà un sujet de réflexion et une attente qui me font espérer que mes iris transplantés m’apporteront encore beaucoup de joie, tout en continuant de m’intriguer sur bien des points. Les plantes, quelles qu’elles soient, ont encore bien des secrets, à moins que, comme certaines jolies filles, elles aiment à se montrer capricieuses, ce qui ne serait pas le moindre de leur charme.

10.9.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

Iridial Pursuit

Depuis 1980 une seule variété a manqué quatre fois d’obtenir la Médaille de Dykes. De laquelle s’agit-il ?

RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

Chacun chez soi (2)

PERRIS (Californie) Bernard HAMNER
ROY (Utah) Melba HAMBLEN
WASCO (Californie) Neva SEXTON
PORTERVILLE (Californie) James GIBSON
BORDENTOWN (New Jersey) Franklin CARR

LE DESSUS DU PANIER

Chaque année l’attribution des AM (Awards of Merit) est l’occasion d’une compétition vigoureuse entre les grands obtenteurs américains. En effet l’obtention d’une de ces récompenses est la garantie d’un surcroît de ventes en même temps que la reconnaissance d’une certaine notoriété. Les places sont d’autant plus chères qu’elles sont peu nombreuses (21 à 27 selon le nombres d’ex æquo). Pour de nombreux hybrideurs, l’AM reste la consécration suprême car les vainqueurs de la DM se comptent sur les doigts. Melba Hamblen, Joseph Gatty, Rudolph Kleinsorge, entre autres, ont du s’en contenter malgré leurs grands mérites.

En fait, dans l’attribution de ces distinctions il n’y a pas que la qualité des plantes qui joue, mais aussi la renommée des obtenteurs et, certainement, la présence commerciale de ceux-ci. Un iris, serait-il supérieur, ne risque pas d’être noté et récompensé si les juges ne peuvent pas le voir dans de nombreux jardins. Voilà pourquoi ils restent une poignée ceux qui se disputent les AM. Voilà pourquoi aussi, pour une vingtaine de places, on ne trouve que 10 à 15 noms d’obtenteurs, chaque année.

Prenons les trois dernières fournées : 2002, 2003 et 2004. En 2002 il y a eu 23 AM, pour 15 obtenteurs. 3 pour Joë Ghio, 3 pour Keith Keppel, 3 pour Richard Tasco. Schreiner n’en a eu que deux, de même que George Sutton. Les autres sont toutes allées à des hybrideurs fort connus. En 2003 seulement 10 obtenteurs se sont partagé la plus grosse part du gâteau, toujours les mêmes, Ghio (5 = PUCCINI, SELECT CIRCLE, VIZIER, ENNOBLE et IDOL), Schreiner (4 = STARSHIP ENTERPRISE, ART DECO, MERLOT et LUXOR GOLD) et Keppel (3 = SEA POWER, WILD WINGS et TANGLED WEB). En 2004 ils sont 13, et lesquels ? Keppel (5 = HAPPENSTANCE, SHARPSHOOTER, VIENNA WALTZ, FASHIONABLY LATE et SOCIAL GRACES), Paul Black (3 = KEEPING UP APPEARANCES, VIBRANT et HABIT), Schreiner (2 GHOST TRAIN et LET’S BOOGIE) et Tasco (2 = GOLDEN PANTHER et DREAM EXPRESS). Sur les cinq dernières années (2000/2004), le classement général donne : 1er Schreiner = 21 nominations ; 2eme Keppel = 20 ; 3eme Ghio = 10 ; 4eme Tasco = 7 ; 5eme Sutton = 6. Les outsiders n’ont guère de place dans ces classements sauf s’ils ont la chance d’être correctement distribués par un catalogue à fortes ventes. Sur cinq ans ils ne sont que 26 au-delà des cinq premiers déjà cités. Dont 12 avec un seul AM. Et sur ces 12 il y a un seul non-américain, en la personne de Barry Blyth, l’Australien, pour AURA LIGHT, lequel bénéficie d’être distribué par Keppel. Car les étrangers ont le droit de concourir. Mais pour le faire décemment il faudrait qu’ils aient droit à un réseau commercial performant, ce qui n’est le cas pour aucun sauf peut-être Augusto Bianco qui est maintenant distribué par George Sutton. L’Anglais Cy Bartlett et le Slovaque Anton Mego tentent aussi leur chance aux USA. Alors, dans quelques temps verra-t-on un AM attribué à un iris européen ? Les chances sont minces parce que les amateurs américains ont un tel choix parmi leurs productions nationales qu’ils n’offrent qu’une toute petite place aux variétés étrangères, et pour gagner un AM il faut avoir une place sans doute un peu plus grande.

4.9.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

Chacun chez soi (2)

La liste I est celle de lieux où demeuraient des obtenteurs connus, maintenant disparus ;
La liste II est celle de ces obtenteurs.
Remettre chacun chez soi.

Liste I
PERRIS (Californie)
ROY (Utah)
WASCO (Californie)
PORTERVILLE (Californie)
BORDENTOWN (New Jersey)

Liste II
Melba HAMBLEN
Franklin CARR
Neva SEXTON
Bernard HAMNER
James GIBSON

RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE
Chacun chez soi (1)

PORTERVILLE (Californie) George SUTTON
SALEM (Oregon) Keith KEPPEL
VANCOUVER (Washington) Terry AITKEN
CAPE GIRARDEAU (Missouri) Dave NISWONGER
DOVER (Pennsylvanie) Sterling INNERST

Chet TOMPKINS

Nous faisons la connaissance, aujourd’hui de l’un des plus prolifiques hybrideurs que la terre des iris ait jamais porté. Il faut dire que Chet Tompkins s’est adonné à sa passion pendant plus de soixante ans, ce qui lui a donné l’occasion de nommer et d’enregistrer plus de 500 variétés, pour la plupart des grands iris.

Il a commencé à s’intéresser aux iris aux alentours de 1936, alors qu’il travaillait dans une pépinière, à Sioux City, sur les rives du Missouri, à l’extrême Ouest de l’Iowa. Il a eu la chance d’entrer en relation avec deux grands hybrideurs de cette époque, W. S. Snyder et Agnes Whiting, qui l’ont initié à leur art et lui ont ouvert la porte des jardins des frères Sass situés à 150 km plus au sud, près d’Omaha. Dans un tel environnement les ambitions de Chet Tompkins ne pouvaient que croître. C’est en 1942 qu’il a créé son propre jardin et édité le premier catalogue des « Fleur de Lis Gardens ». En quelques années l’entreprise et le catalogue se sont bien développés et ont englobé les produits de l’ex-jardin de Jake Sass ainsi que quelques unes des dernières introductions d’ Agnes Whiting. Cependant le climat des hautes plaines du Far West n’était pas trop favorable aux iris. Gel tardif, maladies, ont eu raison de la patience de Chet Tompkins qui décida d’émigrer vers les douces vallées de l’Oregon. En 1955 il plia bagages et en 1956 il était capable de proposer son premier catalogue issu de Canby, au cœur de cette vallée de la Willamette, qui est le paradis des iris.

Pendant les vingt années qui ont suivi, Chet Tompkins a acquis une juste célébrité tant par le nombre que par la qualité de ses cultivars. Il avait commencé par poursuivre la lignée d’iris rouges engagée par W. S. Snyder et son EBONY ECHO (48) fut sa première réussite en cette couleur. Suivit GREAT DAY (53) et quelques autres. Le nom de Tompkins est peu à peu associé à tout un tas de variétés fort différentes comme les plicatas FULL CIRCLE (58) et RIBBON ROUND (63), le brun STARBURST (67), les roses OVATION (68) – le rose le plus vif de son temps – et PRETTY PLEASE (72), les bicolores CIMARRON STRIP (68) et CAMELOT ROSE (65) – qui frisa la DM, le blanc crémeux TINSEL TOWN (67) et, surtout, le brun ocré ALLAGLOW (58) qui obtint le Florin d’Or en 1960.

Au cours des années 70, Chet Tompkins s’éloigna un peu de l’hybridation pour se lancer dans le commerce des antiquités, mais si « Fleur de Lis Gardens » était en sommeil, d’autres producteurs introduisaient les iris de Chet. En particulier Cooley. Il a fallu attendre 1986 pour voir réapparaître un catalogue au nom de « Fleur de Lis ». Le travail de Chet Tompkins avait atteint une évidente maturité et les iris produits pendant les quinze années suivantes sont parmi les meilleurs de leur obtenteur. Dans l’ordre alphabétique, citons ceux qui sont parmi les plus connus chez nous : AMADEUS (89), ARMAGEDDON (92), COMMANCHE DRUMS (85), JIGSAW (85), MEGABUCKS (90), SHEER BLISS (87) ou STRAWBERRY SWIRL (93).

Ses contemporains ont reproché à Chet Tompkins non seulement d’être un peu touche-à-tout et de manquer plutôt de rigueur dans ses sélections, mais surtout d’être porté à tricher avec les pedigrees. Est-ce pour ces raisons que les iris signés Tompkins n’ont pas obtenu de distinctions majeures en dehors du Florin d’Or d’ALLAGLOW ? En tout cas il y a là malgré tout une certaine injustice car des fleurs comme APPOLLODORUS (88) ou BANDEIRA WALTZ (83) auraient mérité d’être récompensées. Quoi qu’il en soit il est certain que Chet Tompkins, quelles que soient ses faiblesses, est une des bornes qui se dressent sur la route de l’hybridation des iris.

27.8.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

Chacun chez soi (1)

La liste I est celle de lieux où demeurent des obtenteurs connus ;
La liste II est celle de ces obtenteurs.
Remettre chacun chez soi.
Liste I
PORTERVILLE (Californie)
SALEM (Oregon)
VANCOUVER (Washington)
CAPE GIRARDEAU (Missouri)
DOVER (Pennsylvanie)

Liste II
George SUTTON
Sterling INNERST
Dave NISWONGER
Keith KEPPEL
Terry AITKEN

RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

Espagne

L’intrus est SIERRA NEVADA (Walker 73) qui n’est pas un TB, mais un Spuria.

LE SYNDROME DU POULPE

L’âge de se reproduire est, pour le poulpe, synonyme de mort. Lorsqu’il a accompli l’effort suprême de donner naissance à une nouvelle génération, épuisé, il se laisse tomber au fond d’une crevasse et meurt.

Il semble que chez l’iris un syndrome analogue intervienne quelquefois. Car, pour une raison qui est encore mystérieuse, certains rhizomes ne développent aucune nouvelle pousse, après la floraison, et, par conséquent, disparaissent. Un iris qui pousse bien émet trois bouquets de feuilles (tout va par trois chez les iris). Les deux bouquets latéraux, qui ne s’élèvent d’ailleurs pas exactement à la verticale, vont développer des feuilles qui vont être les poumons de la plante et vont accompagner le bouquet central, qui, lui, prend dès le début une position très redressée, et va donner naissance à la tige qui portera les fleurs. Cependant il arrive que les bouquets latéraux n’apparaissent pas. La plante n’émet qu’un bouquet, qui puise sa force essentiellement dans la réserve du rhizome. La tige grandit, mais n’atteint néanmoins pas la hauteur d’une tige normale. Les fleurs viennent à éclore, mais sont plus petites que les fleurs habituelles, quelquefois elles sont un peu fripées… Lorsque la dernière fleur est fanée, on s’aperçoit que la tige se dessèche très vite : elle a consommé toute l’énergie contenue dans le rhizome, et, faute de nourriture, elle dépérit. En écartant la terre autour du rhizome on découvre qu’il n’y a aucune pousse latérale, gage de renouveau. Adieu, mon bel iris…

Parfois, à bien y regarder, on aperçoit un œil minuscule ou deux. Dans ce cas tout n’est pas perdu. Les spécialistes américains ont émis l’hypothèse que ce développement anormal de la plante serait la conséquence d’un déficit hormonal causé par le fait que, pour se multiplier, les hormones en question auraient besoin d’une obscurité que ne leur donne pas la situation à ras du sol du rhizome. Paradoxe ! Pour mûrir et accumuler des réserves, le rhizome a besoin de chaleur : il la trouve en croissant à fleur de terre, mais ce faisant il empêcherait la synthèse des hormones de reproduction. Dans la plupart des cas, ces hormones sont assez nombreuses et fortes pour assurer néanmoins l’apparition des nouveaux yeux, donc des futures plantes, mais il arriverait que, en quantité insuffisante, les hormones ne puisse accomplir leur travail, d’où le phénomène « bloom out » qu’on peut traduire par « fleur et mort ». Comment obliger la plante à secréter suffisamment d’hormones de reproduction ? Certains ont constaté qu’un rhizome entaillé, accidentellement, réagissait à cette blessure en émettant de nombreux yeux, comme si, menacé de mort par l’accident, il se dépêchait de multiplier ses chances de survie. D’où l’idée d’entailler volontairement le rhizome « bloom-outé » pour le contraindre à utiliser ses dernières forces dans la fabrication de petites pousses. Une autre constatation a été qu’un rhizome arraché et laissé à l’air sur un tas de déchets, réagissait à cette situation de mort annoncée en émettant plus de nouvelles pousses qu’un rhizome en situation normale. Certains producteurs vont même jusqu’à préconiser cette pratique violente pour accélérer la multiplication des plantes. Un rhizome « bloom-outé » réagit-il de cette façon ? Un troisième remède envisagé, et mis en pratique par certains, est de recouvrir d’une forte couche de terre le rhizome récalcitrant pour susciter l’obscurité propice à la sécrétion des hormones.

J’ai essayé les trois méthodes. J’ai donné des coups de canif à des rhizomes sans yeux. La plupart n’ont pas réagi et sont morts, pour de bon. D’autres ont effectivement émis des pousses latérales, mais pas bien fortes et, par conséquent bien trop à la merci d’un hiver un peu rigoureux. J’ai laissé sans soins des rhizomes, à l’air libre. J’ai constaté que des yeux apparaissaient, mais remis en terre, ces yeux n’ont jamais prospéré. J’ai, enfin, enterré certains rhizomes. Et là j’ai eu la satisfaction de voir mes iris repartir. La chose délicate est de trouver le juste moment où il faut retirer la motte de terre pour permettre à la plante de croître normalement après la médication de choc. Néanmoins, cette méthode donne des résultats tangibles. Cette année, par exemple, le rhizome de PROTOTYPE (Ghio 2000) reçu de l’Oregon l’été dernier, a « bloom-outé ». Dès la fin de la floraison, avec une bonne pelletée de terre, j’ai créé une taupinière artificielle. Je suis allé deux mois après gratter le sol, pour voir : deux gros yeux se sont développés. Je n’aurai pas de fleurs l’année prochaine, mais dans deux ans, s’il n’y a pas de nouveau malheur, mon PROTOTYPE devrait renaître !

A la différence donc, de ce qui arrive au malheureux poulpe, la mort de l’iris qui « bloom-oute » n’est pas forcément inéluctable. Il n’empêche que je constate que les variétés récentes sont très sensibles au « bloom-outage ». Peut-être un affaiblissement de leur vigueur régénérative en raison d’une consanguinité excessive ? En tout cas j’ai l’impression, après plusieurs expériences positives, que la méthode de l’enterrement, est assez fructueuse. Mais vous avouerez qu’il y a là un sacré phénomène : il faut un enterrement bien profond pour que la plante renaisse ! Une sorte de résurrection !

20.8.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

Espagne

Des six iris dont les noms suivent ci-dessous, un diffère grandement des cinq autres. Lequel
CORDOBA
GRANADA GOLD
BARCELONA
GALA MADRID
MALAGUENA
SIERRA NEVADA

RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

Iridial Pursuit

WHOLE CLOTH a obtenu le Florin d’Or en 1961.

Rudolph KLEINSORGE
Un homme de bruns

Le docteur Kleinsorge, médecin, chirurgien, professeur d’université, et même président de cette Université, fut aussi éminent hybrideur d’iris. Aujourd’hui son nom est un peu oublié de nos jeunes générations, mais au cours des années 40 à 60, sa notoriété a largement dépassé les limites de l’Oregon, Etat où il s’était installé en 1909. Il était originaire de Waterloo (oui !) dans l’Iowa où il grandit et décrocha son diplôme de médecin, en 1908. Il avait 26 ans, et il résolut de tenter sa chance, en tant que chirurgien à Silverton, petite ville de l’Oregon spécialisée dans l’exploitation forestière, mais aussi berceau de la culture des iris.

Son intérêt pour les iris s’était révélé dès 1916, quand il eut l’idée d’en faire planter autour de la maison qu’il venait de se faire construire. Autant par goût que par curiosité scientifique, il se mit alors à effectuer des croisements entre les variétés disponibles à cette époque, essentiellement des iris en provenance de France. Le premier cultivar qu’il sélectionna fut appelé KLAMATH, du nom d’une tribu indienne de l’Oregon. Ce qui était justifié du fait de son coloris : brun rosé.

Avec une constance proprement obsessionnelle, Rudolph E. Kleinsorge entreprit dès lors une exploration systématique des coloris bruns. La grande majorité des iris qu’il enregistra, environ une centaine, sont dans les tons de jaune doré, brun, tabac, miel ou bordeaux. Par deux fois il passa à côté d’une médaille de Dykes. Une première, dans les années 30, quand son iris aril diploïde ORMOHR (37) fut déclaré inéligible du fait que le règlement de l’époque ne prévoyait pas qu’un iris de ce type puisse être couronné ; une seconde en 1946 quand son DAYBREAK (un iris brun dont les sépales se teintent de rouge prune en allant vers le bord) fit match nul avec OLA KALA, ce qui fit que cette année là la médaille ne fut pas attribuée ! On aurait d’ailleurs pu la lui accorder a posteriori deux ans plus tard puisqu’en 48 OLA KALA l’emportait, cette fois sans discussion…

Cependant ce n’est pas à DAYBREAK que le Dr Kleinsorge a du de devenir célèbre dans le petit monde des iris, mais plutôt à TOBACCO ROAD (1941), le premier iris réellement brun, qui a marqué son époque et constitue le point de départ de toutes les recherches sur les iris de cette couleur. A vrai dire, l’histoire a commencé dès 1936 avec l’introduction de FAR WEST, une variété ocre doré avec des influences de lilas qui a été à l’origine d’une foule de semis, dans la plupart des coloris disponibles à cette époque, mais principalement dans les bruns. Parmi ceux-ci il y a le fameux DAYBREAK, cité plus haut, ainsi que d’autres belles réussites comme GRAND CANYON (41), pourpre prune, GOLDBEATER (43), jaune d’or, et, surtout, AZTER COPPER (39), brun rosé. TOBACCO ROAD est un descendant d’AZTEC COPPER, de FAR WEST et du français JEAN CAYEUX.

TOBACCO ROAD, qui poussait médiocrement et était de culture délicate, est néanmoins à l’origine, entre autres, de BRYCE CANYON (44), cuivre rouge, PRETTY QUADROON (48), brun rosé, VOODOO (48) variegata miel/pourpre. Parmi ceux-ci, BRYCE CANYON a acquis la plus grande célébrité et fut un réel succès commercial.

Bien d’autres variétés signées Kleinsorge présentent un évident intérêt. A commencer par RANGER (43), rouge magenta, largement utilisé par les hybrideurs de « rouges », CASCADE SPLENDOR (1944), lumineux brun orangé de deux tons, ainsi que SUNSET BLAZE (1948), riche brun rosé à barbes or, qui obtint la President’s Cup en 1949. BALLET DANCER (49), vieil or, THOTMES III (50), brun café, SOLID GOLD (51) mordoré, TOAST AN’ HONEY (53), brun miel assez foncé, GOLDEN CROWN (54), variegata or et bordeaux, précèdent un grand choix enregistré en 55, qui comprend BEECHLEAF, brun rosé, FULL REWARD, ocre doré, et le très original SURPRISE PARTY, bicolore mauve souligné de sépales ocre. Vinrent par la suite, NUEVO LAREDO (56), cuivre violacé, puis, pour finir, BENGALI (61), amarante cuivré.

Au cours de sa longue carrière le docteur Kleinsorge a démontré que l’on pouvait se contenter d’un seul domaine de recherche et obtenir des variétés superbes dont on constate qu’elles progressent au fil des années pour atteindre une sorte de perfection, provisoire évidemment, mais gratifiante pour l’obtenteur. Rudolph E. Kleinsorge aurait pu tirer gloire de son acharnement et de ses succès, mais il était modeste et se contentait de la considération de ses confrères. Les centaines de semis qu’il réussissait à faire prospérer chaque année dans son minuscule jardin suffisaient à sa satisfaction d’honnête homme.

Sources : biographie de R. E. Kleinsorge, par A. Cooley, in site Internet de Michael Unser ; The World of Irises (AIS).

13.8.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

Iridial Pursuit

En 1962 WHOLE CLOTH a obtenu la Médaille de Dykes. En quelle année a-t-il obtenu le Florin d’Or ?


RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

A suivre(IV)…

BALL TRAP (Ségui 81) : Cette année là le Dr Ségui a enregistré quatre variétés dont le nom commence par B.
SIXTINE C. (Cayeux 94) : c’est la quatrième de ses filles à chacune desquelles R. Cayeux a dédié une variété.
LUCIOLE (Anfosso 90) : c’est la quatrième variété issue du croisement Beverly Sills x Sky Hooks enregistrée par les Anfosso.

LA METHODE GIBSON

Quand il a quitté ce monde, en 1985, James Gibson avait écrit un des chapitres les plus importants de l’histoire des iris. C’est lui, en effet, qui a fait accomplir un immense bond en avant à la catégorie des iris plicatas.

C’était un homme persévérant, voire obstiné, qui ne s’est pour ainsi dire jamais détourné du but qu’il s’était fixé, à la suite d’une visite au jardin de Sydney Mitchell, à Berkeley, en face de San Francisco. C’était en 1940 et (James) Jim Gibson pratiquait l’hybridation depuis quatre ou cinq ans déjà. Mitchell était un hybrideur chevronné, déjà réputé pour ses plicatas. Gibson a admiré un semis original, en brun-rouge cuivré, et son mentor lui en a donné une étamine. Sitôt rentré chez lui, à Porterville, Gibson a cherché une fleur d’iris plicata susceptible de recevoir le précieux pollen donné par Mitchell. La seule variété de la catégorie encore en fleur dans sa plantation était le vieux SACRAMENTO (Mitchell 29). Ce croisement SACRAMENTO X semis Mitchell allait devenir une des pierres angulaires du travail de Jim Gibson et orienter toute sa carrière d’hybrideur, qui dura plus de cinquante ans.

Au début, il a fait un nombre considérable de croisements avec tout un tas d’iris différents, mais peu à peu il s’est rendu compte qu’il avait intérêt à limiter sérieusement son matériel génétique, quitte à multiplier les croisements entre ces variétés de base. C’est ainsi qu’il a retenu essentiellement TIFFANY (Hans Sass 38), plicata bronze rosé sur fond jaune clair, SIEGFRIED (Hans Sass 36), premier plicata sur fond réellement jaune, ORLOFF (Hans Sass 37), fort plicata brun rougeâtre sur fond crème, FIRECRACKER (Hall 43) très intéressant plicata bourgogne sur fond jaune, MISTY ROSE (Mitchell 39), bitone rose violacé, et MADAME LOUIS AUREAU (Cayeux 34), le plus beau des plicatas français de Ferdinand Cayeux, auxquels s’ajoute SACRAMENTO, précédemment cité et son semis issu du pollen donné par Mitchell. C’est en croisant et recroisant ces variétés qu’il a conçu les iris qui ont fait sa célébrité et lui ont valu, avec KILT LILT (70), la Médaille de Dykes en 1976. Mais avant d’arriver à cette consécration, bien des variétés superbes étaient nées, depuis le fameux GIBSON GIRL (48), plicata violine sur fond blanc, avec barbes jaune orangé, provenant de TIFFANY X MADAME LOUIS AUREAU, et TAHOLAH (56), en fuchsia sur fond blanc, issu de FIRECRACKER. En 59 étaient apparus CAYENNE CAPERS et CHINQUAPIN, en 64 RADIANT APOGEE, en 65 WILD APACHE, en 66 LORNA LEE, distingué à Florence, autant de variétés qui ont fait carrière chez nous, avant que n’apparaisse APRIL MELODY (67).

Jusqu’à ce moment, les plicatas étaient dotés de barbes blanches, bleutées ou jaune clair. Avec APRIL MELODY, Gibson est parvenu à obtenir un véritable plicata rose à barbes rose orangé, ou mandarine. A partir de là, la famille des plicatas roses n’a plus cessé de s’enrichir, le rose des dessins devenant de plus en plus vif, tournant quelquefois à l’orange. La couleur du fond a également changé : ce que les spécialistes appellent le « facteur mandarine » a en effet joué sur les pigments jaunes, de telle sorte qu’on a peu à peu découvert une infinité de nuances. On a trouvé des iris plicatas à fond crème, ou chamois, ou même rose tendre, ces couleurs acquérant de l’intensité au fil des nouveaux croisements. Pour parvenir à ce résultat, Jim Gibson n’a pas dérogé à sa méthode, il a simplement ajouté, parcimonieusement, à sa ligne de plicatas brun-violacé une petite dose de gènes provenant d’iris roses ou abricot. En particulier de BALLERINA (Hall 50), PALOMINO (Hall 51) et HAPPY BIRTHDAY (Hall 52), de même que du plicata pourpre NEW ADVENTURE (Muhlestein 53). Ces apports ont donné naissance non seulement aux plicatas roses, mais aussi à toute une série de nouveaux plicatas dont APRICOT BLAZE (71), ambre sur fond ivoire, et ANON (75), abricot ambré sur fond blanc. Beaucoup des descendants directs d’APRIL MELODY – sans parler de ceux obtenus par Keith Keppel – sont bien connus en France, et toujours présents dans les catalogues : CASINO QUEEN (71), PORTA VILLA (75), RIPPLING ROSE (70), SMOKE RINGS (72)… Cependant cette voie nouvelle n’a pas été la seule qu’explora Jim Gibson. Tous les autres plicatas l’intéressaient également. Revenons à KILT LILT, en particulier.

Dans ce cas la méthode Gibson a été appliquée dans toute sa rigueur. Dans le pedigree de cet iris on retrouve tous les ingrédients cités plus hauts. Mais le génie de l’obtenteur a été de déceler et exploiter la tendance à voir réapparaître l’effet variegata qui existait dans les plicatas sur fond jaune de Hans Sass. Le résultat a été cet extraordinaire variegata-plicata aux pétales vieil or flamboyant sur des sépales crème vigoureusement marqués de brun violacé. La lignée a été poursuivie, toujours dans le même esprit et de nombreux autres iris de Jim Gibson sont venus apporter d’infinies variantes, toujours richement colorées. Parlons de AUTUMN ECHO (75), RUSTIC DANCE (80) ou YELLOW BRICK ROAD (92).

Même méthode, même résultat parmi les plicatas violets. Qui ne connaît pas GOING MY WAY (72), BLUE STACCATO (77) ou LICORICE FANTASY (86), le plicata sans doute le plus noir qui existe aujourd’hui. Et que dire encore, à propos de cette parfaite réussite que fut QUEEN IN CALICO (80), dont le fond abricot est densément poudré d’acajou, tout comme ses frères de semis COLUMBIA THE GEM (82) et RED LIGHTNING (83) ?

A sa mort, Jim Gibson n’avait pas terminé la sélection de ses nombreux croisements. C’est Richard Ernst, qui a reçu son héritage et qui l’a fait fructifier. Plusieurs iris excellents comme CALDRON FIRE (95) et RUFFLED COPPER SUNSET (93), sont venus « post mortem » ajouter à la gloire de Jim Gibson, comme pour confirmer un peu plus l’efficacité de sa méthode.

Sources :
Bulletin de l’AIS, Janvier 1994, Some notes on the Gibson plicatas, by K. Keppel ;
The World of Irises (Warburton and Hamblen), 1986, p. 104/106.

6.8.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

A suivre(IV)…

Essayez de compléter les trois listes suivantes :

BALADIN, BALANÇOIRE, BALIVERNE . . . .

ASTRID C., HELENE C., HORTENSE C. . . .

ANTIGUA SOLEIL, CARMAGNOLE, FLUTE ENCHANTÉE . . . .


RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

Iridial Pursuit

Il s’agit de LUCINOU (Brun 78) longtemps proposé au catalogue Cayeux.

DEUX BEAUX BB

Cette année comme l’année dernière, la Knowlton Medal a été décernée à des iris de bordure qui jouent avec la limite supérieure de taille pour ce type. En 2003 la médaille a été attribuée à LEMON UP (Magee 91), cette année elle est allée à ORANGE POP (Lauer 98). Le premier est mesuré à 69cm, autant dire 70 ! Le second n’atteint, paraît-il, que 66cm. La différence est mince. Tous les deux sont des enfants, un peu râblés de deux grands iris et, a priori, rien ne les prédestinait à rester de petite taille.

LEMON UP est un iris jaune clair, teinté de blanc sous les barbes. Il a pour parent femelle le bel EASTERTIME (Schreiner 80), et pour parent mâle un semis complexe où l’on retrouve surtout des iris roses comme STRIKE ME PINK (Gordon 61), FAIR LUZON (Hamblen 57) et le célèbre PINK SLEIGH (Rudolph 70), ainsi qu’une touche de jaune abricot, MANDOLIN (Ghio 77). STRIKE ME PINK est lui-même issu d’un croisement de deux iris roses, MAY HALL (Hall 52) – un iris de base chez les roses – et PINK FULFILLMENT (Muhlestein 51) – qui a la particularité de posséder un vieil iris de F. Cayeux dans son pedigree, ALICE HARDING - . FAIR LUZON est une incursion de Melba Hamblen chez les roses. Dans son pedigree on découvre d’une part le fameux CHERIE (Hall 48), premier iris rose à obtenir la DM, en 51, d’autre part un enfant de PINK FULFILLMENT déjà cité, qui se nomme JUNE MEREDITH (Muhlestein 53), autre fameux rose. Le portrait de PINK SLEIGH n’est plus à faire tant est connu ce rose aux sépales légèrement bleutés ; disons qu’il descend de PINK TAFFETA (Rudolph 68 – DM 75), et qu’il a été surabondamment utilisé en hybridation. Quant à MANDOLIN, c’est un superbe iris couleur melon, qui est encore une référence dans ce coloris plutôt rare. EASTERTIME a des origines complexes mais il pour point commun avec le « père » de LEMON UP de n’avoir fait appel qu’à des variétés anciennes (comme quoi on peut très bien faire du neuf avec du vieux) : d’un côté WHITE TAFFETA (Rudolph 65) blanc à épaules et barbes jaunes, et ARCTIC FLAME (Fay 60) blanc à barbes mandarine, de l’autre MAY DELIGHT (Schreiner 66) couleur lilas, CHRISTMAS TIME (Schreiner 65) blanc à barbes rouges, et TINSEL TOWN (Tompkins 67) blanc à cœur jaune. En résumé LEMON UP tient essentiellement son coloris de son côté maternel, le côté paternel étant là pour un renforcement de la couleur et des aptitudes physiques supérieures. Il se présente de façon tout à fait plaisante, mais je ne l’ai jamais vu, pour l’instant, qu’en photo, et, dans ces conditions, rien ne le distingue d’un joli TB jaune.

Pour le vainqueur de 2004, on reste dans les agrumes avec ORANGE POP. Comme son nom l’indique, c’est un iris orange, plutôt foncé. Très classiquement il provient d’une amélioration par « in-breeding » de deux lignées d’iris oranges. Côté femelle il a pour parent ROLE MODEL (Denney 88), et côté mâle il s’agit de GRATUITY (Hager 89). Ce dernier résulte d’une association d’orange tout à fait classique : un croisement de GOOD SHOW (Hager 87), orange rosé, superbe, et d’un semis orange issu de GOLDEN BRILLIANCE (Muhlestein 73), orange clair, et PERFECT ACCENT (Weiler 80) jaune vif à barbes oranges. GOOD SHOW lui-même n’a que des iris oranges dans ses ascendants proches : PUNKIN (Keppel 81), GLITTERING AMBER (Hamblen 85) ou FRESNO CALYPSO (Weiler 78). ROLE MODEL, qui est de deux tons : melon rosé aux pétales, pamplemousse rose aux sépales, a des origines qui expliquent ces couleurs. Il est en effet d’une lignée de variegatas ! ALL THAT JAZZ (Denney 81), WORLD NEWS (Sexton 77) et GYPSY CARAVAN (Moldovan 78) sont tous des variegatas purs. Cependant SPECTACULAR BID (Denney 81), en chamois et bordeaux, tire plus sur le rose, alors que BRANDY (McWhirter 77) est comme on peut s’en douter, d’une teinte uniformément jaune tilleul (ou whisky !). Dans ses origines c’est l’orange qui a pris le dessus. Mais alors que GRATUITY affiche un ton pastel, ROLE MODEL est là pour renforcer la teinte grâce à ses ancêtres brun-rouge (ROYAL TRUMPETER, WAR LORD…).

Avec ces deux beaux BB les amateurs de grands iris ne seront pas dépaysés. L’un et l’autre se situent à la lisière entre grands et intermédiaires et, au gré des conditions de culture, peuvent apparaître comme grands ou moyens, voire un peu petits. Cela prouve une nouvelle fois la fragilité de la distinction entre TB et BB.