14.1.05

COUPS DE GRIFFE

Je suis toujours intrigué quand je découvre des variétés d’iris qui se ressemblent. J’ai envie de savoir pourquoi elles ont des traits communs. C’est ce que je me suis demandé en regardant les photos de LOUIS D’OR (Cayeux 95), RUÉE VERS L’OR (Ségui 92) et de BASTILLE (Anfosso 89). Voilà trois fleurs qui, sur un fond de jaune d’or, présentent, sous les barbes, des griffures brun-rouge qui leur donnent tout leur piquant. LOUIS D’OR et RUÉE VERS L’OR sont d’un beau jaune doré uni et BASTILLE est plus clair sous les barbes, mais la ressemblance est tout de même évidente. Allons donc faire un tour du côté des pedigrees.

LOUIS D’OR vient de DAZZLING GOLD X BROADWAY ; RUÉE VERS L’OR a pour origine BROADWAY X CATALAN et BASTILLE est issu de (CARMEN X x MARMALADE) X PUNKIN. On voit immédiatement que LOUIS D’OR ET RUÉE VERS L’OR sont demi-frères, par l’intermédiaire de BROADWAY, mais pour le reste il n’y a aucun lien, a priori. Tout au moins à la première génération ; alors poursuivons plus loin dans le temps : patience et persévérance sont des qualités de botaniste.

DAZZLING GOLD (Anderson 81), qui tient lieu de mère à LOUIS D’OR est une variété bien connue, rutilante, d’or vivement taché de brun sur les sépales. Il a pour géniteurs RADIANT APOGEE (Gibson 64) et WEST COAST(Knopf 68). Le premier est une variété très recherchée en son temps, d’un beau jaune vif, avec une large tache blanche sur les sépales qui sont poudrés de brun aux épaules, des traits qui se retrouvent dans les variétés qui nous intéressent aujourd’hui. WEST COAST, autre iris célèbre des années 70, se présente en jaune safrané, avec barbe plus foncée. Le pedigree de l’autre parent de LOUIS D’OR, BROADWAY (Keppel 79), présente toute la complexité qui sied à une variété signée Keppel. , mais on y trouve CARAMBA (Keppel 75) et FLAMENCO (Keppel 77), deux variétés qui ont des parents communs avec RADIANT APOGEE. Ainsi les deux géniteurs de LOUIS D’OR sont-ils eux-mêmes proches cousins.

Penchons nous maintenant sur le pedigree de BASTILLE. MARMALADE (Keppel 79), d’un orange tirant vers le brun, est étroitement apparenté à l’autre orange de l’affaire, PUNKIN (Keppel 81), mais dans le premier nommé il y a un certain WEST COAST ! Et c’est ce WEST COAST qui fait le lien entre BASTILLE et LOUIS D’OR, puisqu’il se trouve derrière DAZZLING GOLD, d’une part, et MARMALADE, d’autre part.

La démonstration est ainsi faite que des iris aux coloris proches ont bien des chances d’être un peu parents. Les chemins pour arriver à la similitude peuvent être très différents, mais avec les mêmes ingrédients il n’est pas étonnant que l’on obtienne le même produit !
L’ENIGME DE LA SEMAINE

Vive la danse

Lequel de ces cinq « dancer » n’est pas originaire de Nouvelle Galles du Sud, autrement dit, n’est pas né en Australie ?

CIRCUS DANCER
JAUNTY DANCER
PEKING DANCER
STREET DANCER
SUPER DANCER


RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

Meilleur Espoir

EDITH WOLFORD n’a jamais obtenu la Walther Cup.

7.1.05

L’ENIGME DE LA SEMAINE

Meilleur Espoir

Des cinq variétés ci-dessous, une n’a pas remporté la Walther Cup (meilleur espoir), avant de triompher pour la Médaille de Dykes. De qui s’agit-il ?

BEVERLY SILLS
SILVERADO
EDITH WOLFORD
HONKY TONK BLUES
HELLO DARKNESS


RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

Premio Firenze III

LIBON (FO 85) est une variété obtenue par Wojtek SMID, hybrideur tchèque.

V COMME VARIEGATA

Dans « The World of Irises », à la différence de ce qui est fait pour les amoenas, il n’y a pas à proprement parler de développement concernant les iris variegatas tels que nous en parlons, c’est à dire ces iris aux pétales dans les tons de jaune, au-dessus de sépales dans les tons de brun, de bleu ou de violet. Leur problématique est traitée au chapitre des bicolores, tout simplement. Richard Cayeux quant à lui, dans « L’Iris, une fleur royale », leur accorde cependant deux pages, mais sans s’attarder sur les origines du modèle ni sur son évolution. C’est ce qui va être abordé maintenant.

Dans le langage botanique, lorsqu’on parle de Iris variegata, c’est pour évoquer une petite plante diploïde, originaire d’Europe sud-orientale, d’à peine 40 cm de haut, dont la fleur est constituée de trois pétales jaunes et de trois sépales blancs veinés de grenat. On est évidemment loin des variegatas de nos jardins actuels qui, s’ils tiennent tout de même beaucoup de cet ancêtre, ont incorporé beaucoup d’autres gènes et sont aussi devenus tétraploïdes.

Il est intéressant de suivre l’évolution des variegatas au cours des années. Prenons, par exemple les variegatas diploïdes obtenus en Allemagne par Goos et Koenemann, et en particulier LORELEY (1901). Nous sommes devant un iris à peine évolué : pétales jaune pâle, sépales blancs où s’étalent des stries intenses d’un rouge pourpré. En 1920 les mêmes obtenteurs présentent FLAMMENSCHWERT. La couleur des pétales s’est intensifiée, le fond des sépales est également jaune, et le réseau pourpré est devenu si dense que le fond disparaît presque totalement, pour ne réapparaître qu’en un fin liseré, tout au bord. La plante s’est aussi renforcée et a grandi : FLAMMENSCHWERT atteint les 80 cm. En 1932, CROWN PRINCE, de Kleinsorge est encore plus contrasté : les pétales sont d’un vieil ivoire, sur les sépales les traces de veinage n’apparaissent que sous les barbes, le reste est d’un grenat uniforme. A noter aussi que l’on constate un soupçon d’ondulation tout au bord des sépales. Une photo de ACCENT (Buss 52) montre un variegata devenu presque trop grand (115 cm), très voisin du précédent en matière de coloris mais avec une remarquable flamboyance. La barbe d’or est superbe sur les sépales brun chaud.

Au cours des cinquante ans qui ont suivi, les variegatas se sont multipliés, évoluant dans quatre directions : vers des sépales très foncés ; vers des teintes plus brunes aux pétales ; vers des sépales où le violet s’affirme à côté du brun-rouge ; mais aussi vers des tons pastel, où le jaune devient primevère et le violet mauve tendre. Exemple de la première évolution, PEKING SUMMER (Schreiner 83) dont les sépales sombres s’accordent si bien avec l’or des pétales. Du côté de l’ambre ou du miel aux pétales il faut parler de SYNCOPATION (Gatty 84), SPANISH BOLD (Blyth B. 86), sombre mais somptueux, et même du petit Français CORBIÈRES (Ségui 82). Pour illustrer la troisième évolution, choisissons GALA MADRID (Peterson 68), père du précédent et formidable iris cuivre et pourpre, puis EDITH WOLFORD (Hager 86 – DM 93), jaune citron et indigo, ainsi que le récent JURASSIC PARK (Lauer 95) qui est issu d’EDITH WOLFORD. Enfin pour la quatrième variante arrêtons-nous au ravissant SWEDISH MODERN (Babson 76), jaune paille et bleu tendre, bien ondulé, ou à son égal BETTY SIMON (Hamblen 76), à peine plus mauve aux sépales.

Aujourd’hui les variegatas n’ont pas fini d’évoluer, soit qu’ils continuent d’accroître l’effet de contraste, comme chez ANDALOU (Cayeux 95), soit qu’ils s’ornent de pétaloïdes, comme le petit tchèque PEGAS (Smid 80), soit même qu’ils inversent les couleurs ! Depuis peu, en effet, il existe des variegatas inversés. L’une des premières apparitions de ce nouveau modèle a été CUP OF COCOA (Plough 82), où le jaune chamois des pétales est fortement infus de lavande, les sépales conservant la couleur initiale ; puis vint SILICON PRAIRIE (Stanek 91), où les couleurs sont bien inversées mais les teintes encore très pâles. En 2000 deux nouveautés ont nettement enfoncé le clou : SADDLE UP (Christopherson) – pétales lavande, sépales chamois et barbes mandarine – et surtout WONDERFUL TO SEE (Kerr) – pétales mauve parme, sépales jaune safrané, barbes or. La série continue en 2003 et 2004. APPOLLO’S ROBE (Carter 2003) offre du jaune tilleul aux sépales, du mauve aux pétales avec des côtes où grimpe le tilleul des sépales. FARE THEE WELL (Christopherson 2004) renouvelle l’expérience de SADDLE UP, avec le même « père » (HULA DANCER*), mais une autre « mère » (STORYBOOK au lieu de NANCY GLAZIER). Toutes ces améliorations et transformations laissent présager un bel avenir au modèle variegata.

* HULA DANCER (Shoop 85), comme quelques autres iris de George Shoop, est un bicolore inversé avec des pétales rose bruyère et des sépales abricot, où le jaune, donc, est déjà présent.

31.12.04

VOEUX

Dans un moment où notre monde connaît l'horreur et la désolation, je n'ai pas le courage de proposer un jeu... Mais je tiens malgré tout à offrir à ceux qui lisent ce blog, et qui me font souvent le plaisir d'en dire du bien, mes voeux de bonheur et de joies pour l'année qui va commencer. Bien sûr, elle aura, comme la précédente, ses heures de réjouissance et ses moments de deuil, mais on peut espérer que les premiers seront les plus nombreux et que les amateurs d'iris éprouveront plus de plaisir que de douleur. Alors, bonne année à tous, au milieu de nos fleurs favorites.
L’AMATEUR D’IRIS
OU LE TRIOMPHE DE L’IMAGINAIRE

L’amateur d’iris (l’irisarien comme disent les Américains) n’est pas seulement un jardinier, ni même un botaniste. Certes, il est un peu cela, mais on le qualifierait mieux en disant de lui qu’il est un champion de l’imaginaire. En effet la passion qui le possède se prolonge bien au-delà de la période de floraison de sa plante préférée. Il est évident que l’amour d’une fleur aussi fugitive ne se nourrit pas seulement de la contemplation d’une iriseraie épanouie dans la fraîcheur humide et ensoleillée d’un matin de mai ; la part du rêve y est au moins aussi importante et précieuse que celle du réel, et elle anime notre homme tout au long du cycle annuel. En fait la période de végétation active, de l’apparition des premières feuilles au dessèchement de la dernière corolle, n’est qu’un moment où le rêve cède quelque peu la place à la réalité, mais si la passion de notre amateur passe là par un paroxysme, il y a, dans la surveillance des bourgeons, les soins divers de printemps, l’attente des premières éclosions, une part non négligeable d’imaginaire, et les inévitables déceptions causées par les caprices de la nature n’en sont que plus vives.

Au vrai, l’amateur d’iris peut être comparé à l’un de ces fanatiques, amant exclusif d’une vedette de la scène ou de l’écran. Comme lui il collectionne tout ce qui touche à sa favorite, il recherche tout ce qui peut, de près ou de loin, le mettre en contact avec celle qu’il aime et dont il ne peut s’approcher que si brièvement chaque printemps. Il en arrive ainsi à se créer un monde à lui, peuplé de revues, de catalogues et de photographies, dans lequel il vit onze mois par an. Et même lorsqu’il s’en extrait pour des tâches bien concrètes, voire ingrates, comme épandre de l’engrais, arracher des mauvaises herbes ou encore retirer des feuilles mortes, il a toujours dans l’œil la vision de ce jardin idéal où ses plantes bien-aimées croissent, splendides et pures, comme dans l’enclos du paradis que décrit Zola dans “La faute de l’abbé Mouret”. On peut dire que notre amateur d’iris n’éprouvera guère moins de jouissance devant la photo parfaitement réussie de telle ou telle variété, que s’il avait réellement la fleur dans la main. Peut-être même son bonheur sera-t-il encore plus profond, car son rêve est forcément sans défauts et ainsi lui sont épargnés les malices de la végétation ou les injures de la météo printanière...

Texte initialement publié dans « Iris & Bulbeuses » N° 110

23.12.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

Premio Firenze III

Le « Premio Firenze » a quelque fois été attribué à des variétés non américaines. C’est le cas pour les cinq suivantes. Quelle est celle de nationalité Tchèque ?

DANCER’S VEIL
LIBON
IKAR
HELEN DAWN
SETTIMO CIELO


RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

Premio Firenze II

HAUT LES VOILES est la bonne réponse.

PANORAMA DES IRIS ROSES

Les iris roses sont les favoris du grand public. Pourtant il a fallu attendre la révolution tétraploïde pour voir, en même temps, apparaître les premiers. Cela se passait en 1925 et, en quelques années, ce qui était resté impossible jusqu’alors est soudain devenu une réalité. Dès lors les hybrideurs ont sélectionné et enregistré des quantités d’iris roses, non seulement parce que ces iris étaient génétiquement intéressants, mais aussi parce que les amateurs en redemandaient. La consécration est venue lorsqu’en 1951 CHERIE (Hall 48) a obtenu la Médaille de Dykes. Mais avant d’en arriver là bien des cultivars roses avaient démontré des qualités exceptionnelles pour leur époque. Il en est ainsi de MELITZA (E. Nesmith 40), FLORA ZENOR (Jacob Sass 41), PINK CAMEO (Fay 44), qui resta longtemps l’iris rose le plus pur et le plus soutenu, avantagé, qui plus est, par des formes parfaites.

Avec CHERIE, David Hall obtint un triomphe bien mérité. Il a continué, jusqu’à la fin de sa vie, à hybrider des iris roses dont un grand nombre a acquis une véritable célébrité. BALLERINA (50), MAY HALL (52), LYNN HALL (56), JUDY MARSONNETTE (62), HEARTBREAKER (64) et FASHION FLING (65) en sont la preuve.

D’autres hybrideurs de l’époque se sont mis sur les rangs avec un succès certain. Témoin Craig Lapham avec BARBARA LUDDY (46), PARADISE PINK (49), LOTTE LEMBRICH (50) ; Orville Fay avec NEW HORIZON (46), MARY RANDALL (50 – DM 54), NATIVE DANCER (53), jusqu’à ESTHER FAY (61) ; Fred DeForest avec CLOUD CAP (47), réputé pour être le plus grand rose de son temps, FRANCES KENT (52) et son « fils » DAWN CREST (57) ; enfin Tell Muhlestein avec une série de belles réussites : PINK FORMAL (47), PARTY DRESS (50), puis PINK FULFILLMENT (51) et JUNE MEREDITH (53).

Une nouvelle ère s’est ouverte quand est apparu ONE DESIRE (Shoop 60), un rose vif qui a fait sensation et est resté de longues années dans les catalogues. Nathan Rudolph, un autre grand des roses, a suivi le mouvement avec PINK FRINGE (67) et surtout PINK TAFFETA (68), qui a obtenu la Médaille de Dykes en 75. William Newhard, avec PINK PIROUETTE (69) nous a offert un délicieux iris rose tendre. Le travail de Glen Corlew s’est soldé, dès le début de sa production, par CHERUB CHOIR (68), « fils » de ONE DESIRE. Quant à Chet Tompkins, il a réussi, avec OVATION (69) celui qui fut longtemps le rose le plus foncé.

Les années 70 ont vu venir sur le devant de la scène l’excellent travail de Joseph Gatty qui fut un maître des roses pendant une vingtaine d’années. LIZ (72) et PRINCESS (72) ont inauguré la série, BONBON (77) et surtout PLAYGIRL (77) ont pris la suite. Nate Rudolph était toujours là et PINK SLEIGH (70), PINK ANGEL (73) et CARVED PINK (75) contribuent à sa renommée. De même que Glen Corlew avec CHERISHED (73) et INFATUATION (77). Il ne faut pas oublier Elvan Roderick et son ERLEEN RICHESON (79). Ben Hager fait aussi son apparition, et de quelle façon ! VANITY (75 – DM 82) et BEVERLY SILLS (79 – DM 85) resteront longtemps encore au firmament des iris roses.

Au cours des années 80 on ne compte plus les roses splendides. L’hybridation dans ce coloris a atteint la perfection comme en attestent LOVELY KAY (M. Hamblen 80), PARADISE (Gatty 80), STORYBOOK (Corlew 80), CHERUB SMILE (Schreiner 82), INFINITE GRACE (Hamblen 82), EDEN (Gatty 83),SUE ELLEN (D. Meek 83), PINK BELLE (Wood 83), CON AMORE (Hager 84), MING ROSE (O. Brown 84), AMOUR (Corlew 85), ANNA BELLE BABSON (Hager 85), ELSIEMAE NICHOLSON (Corlew 86), EARLY WISH (Gibson 86), PRESENCE (Gatty 87), VISION IN PINK (Wood 87), COTTON CLUB (Schreiner 88), DOLCE VITA (Hager 88), BUBBLE UP (Ghio 88), PINK GALA (Wood 89)…Des nouveautés apparaissent comme DREAM A LITTLE (Osborne 85) et ses petits éperons blancs, ou MAGIC (Hager 87) avec sa barbe bleutée. Le rose est la couleur de la décennie.

Jusque là le rose était une exclusivité américaine. Les Français n’étaient pas disponibles, dans les années 40, pour cause de conflit mondial au moment de l’expansion rose. Ils ne viendront dans le coup qu’ à la fin des années 70, avec PREMIER BAL (Cayeux 78), puis LA BELLE AUDE (Ségui 82) et PERLE ROSE (Cayeux 87). Les Australiens ne font pas encore partie du club.

La moisson continue au cours des années 90 : les iris roses sont de plus en plus vifs ou purs, ondulés et frisés. Schreiner, qui ne s’était pas vraiment distingué dans ce coloris jusque là, propose BEAUTIFUL VISION (90), puis DREAMSICLE (95). Vernon Wood s’affirme comme devenant le digne successeur de Joë Gatty. Ses APRIL IN PARIS (92), PINK STARLET (93), PINK QUARTZ (96) sont de délicieuses variétés. Les anciens tiennent toujours leur rang, comme Keppel avec SOCIAL EVENT (91), Gatty avec COMING UP ROSES (92), son chant du cygne, Ghio avec BUBBLING ALONG (93), Gibson avec FUNNY GIRL (94), Corlew avec DESCANSO (95), Hager avec CORPS DE BALLET (95) et ses petits éperons. Des nouveaux font leur apparition : Richard Ernst et FEMININE FIRE (91) ou JUST FOR SOPHIE (98) ; George Sutton et FRENCH ROSE (97). Les roses ne sont plus l’apanage des Américains. Des obtenteurs de tous pays en enregistrent, et de grande valeur. A preuve, les variétés de Graeme Grosvenor, en Australie, comme FIRST MOVEMENT (90) et RIBANDS (93) ; celles de Richard Cayeux qui ont nom STARLETTE ROSE (96), BUISSON DE ROSES (97) et LA VIE EN ROSE (99). D’Australie encore vient KATIE PIE (Blyth B. 98) qui est d’une adorable fraîcheur. D’Allemagne CARMEN KNEPPER (Beer 91) ou WATERLOOSAULE (Moos 93) démontrent le savoir-faire de leur obtenteur. De Slovaquie arrive XOCHIPILI (Muska 95), très original. La Grande-Bretagne envoie SHERWOOD DAWN (Dodsworth 99) remarqué en 2000 à Florence. Enfin n’oublions pas notre compatriote Lawrence Ransom et son remarquable DESIRIS (94).

Dès maintenant on peut affirmer que les années 2000 ne seront pas moins riches et marquées par l’ouverture au monde. Il y a déjà des iris roses superbes et l’on peut s’attendre à beaucoup d’autres toujours plus enthousiasmants.

18.12.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

Premio Firenze II

A Florence, une seule variété française à obtenu un prix parmi les trois premiers. De laquelle s’agit-il ?
FALBALA
DOCTOR GOLD
SABLES D’ARGENT
MER DU SUD
HAUT LES VOILES


RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

Premio Firenze

RUFFLED BALLET n’a pas obtenu le « Premio Firenze ».

GALONS DORÉS

Qu’est-ce qui se cache derrière ces iris blancs, dont le haut des sépales est coloré de jaune ? Je ne connais pas grand chose de la génétique des iris et, pour ma gouverne, je me contente d’essayer d’analyser les pedigrees des variétés qui m’intéressent. Alors, précisément, pour ces iris là, j’ai choisi une vingtaine de variétés et j’ai tenté de découvrir ce qui peut leur donner ce coloris que je trouve fort agréable. Mais mes efforts n’ont pas abouti à une certitude ! Il y a beaucoup de choses derrière tout cela ! En fait je crois pouvoir dire qu’il s’agit soit d’iris amoenas jaunes, soit d’iris blancs à barbes jaunes, issus de variétés jaunes, roses, à barbes mandarine, voire d’iris bleus, dont la coloration des sépales est partiellement inhibée.

Pour cette fois, n’étant pas sûr de moi à propos des origines, je vais me contenter d’une description des variétés qui me paraissent les plus réussies.

Il y a cinquante ans, il y a eu le bien joli QUEEN’S LACE (Muhlestein 53) qui peut être également une préfiguration de BRIDE’S HALO. Muhlestein a recommencé en 58 avec une variété qui a été très populaire, CREAM CREST. Au même moment Neva Sexton proposait MIXED EMOTIONS qui a la même « mère » que QUEEN’S LACE et dont le « père » est le bleu AZURE SKIES. Il faut dire que la coloration de MIXED EMOTIONS n’est pas tout à fait celle dont nous parlons aujourd’hui, puisque les épaules ne sont pas jaunes mais plutôt chartreuse, ce qui résulte de la présence d’un peu de chlorophylle ou d’anthocyanine. Vint ensuite CHRISTMAS ANGEL (DeForest 59) qui est issu de variétés roses à barbes mandarine. On peut parler ensuite du bien nommé GOLDEN SHOULDERS (Bledsoe 63), lui aussi provenant de roses. Le plus connu du genre, au cours des années 60, est sans conteste TINSEL TOWN (Tompkins 67), des origines duquel on ne sait rien. Mais il faut aussi tenir compte de MARSHMALLOW (Olson 63) qui accrédite la thèse de l’origine amoena, puisque ce dernier descend de WHOLE CLOTH. RADIANT BEAM (Olson 68), fils de MARSHMALLOW, présente à la fois des épaules jaunes et un liseré des sépales de la même couleur. Enfin GOOD HOPE (Moldovan 69) marque, pour ce coloris, la fin des années 60, en compagnie d’ALENETTE (DeForest 69) qui a CHRISTMAS ANGEL et WHOLE CLOTH parmi ses ancêtres.

La seule variété des années 70 de ce coloris, vraiment digne d’intérêt, s’appelle CINDY ELLEN (Opal Brown 72) ; elle figure encore parmi les plus réussies, avec notamment des parties florales richement dentelées et des couleurs bien nettes soulignées par de grosses barbes jaune d’or.

GOLD BURST (D. Palmer 80) se distingue par l’or de ses sépales et la netteté du dessin. C’est une référence dans ce modèle d’iris. Lui aussi provient de WHOLE CLOTH, associé au fameux DENVER MINT. L’obtenteur du Colorado Tom Magee a enregistré en 82 MOUNTAIN SUNBEAMS, tout à fait typique, mais dont les fleurs manquent un peu de souplesse. L’inlassable Lloyd Zurbrigg a obtenu en 83, de son côté, une variété très similaire, mais d’un jaune plutôt mimosa, baptisée ANEW parce qu’elle s’adjoint la particularité de remonter.

Passons aux années 90, et jetons un œil sur DAFFODIL CLOUD (Weiler 90) dont les vives taches jaunes descendent assez loin sur les sépales, et qui mérite bien un coup de chapeau. La même année Ben Hager a proposé SUNNY SHOULDERS, très voisin du précédent, avec un peu plus de frisettes sur les sépales ; c’est un descendant de GOLD BURST et de DREAM AFFAIR, lequel, bien que jaune clair, présente des épaules nettement plus riches en couleur. Ce DREAM AFFAIR (Gatty 78) est une superbe variété qui se trouve aussi a l’origine de SATIN KNIGHT (Williamson 91) de teinte très claire. Du même acabit, signalons HAWAIIAN MOONLIGHT (Pinegar 95), très dentelé. BE A DREAM (Niswonger 92) est sans doute l’un des plus beaux de ce type ; il descend de la lignée des amoenas corail de Niswonger. Superbe également, GILDED CREAM (Wilkerson 95) qui est une amélioration de son « père » GOLD BURST. Ne terminons pas le siècle sans un mot des variétés européennes, une fois n’est pas coutume ! Il s’agit d’abord du travail de Brian Dodsworth en grande Bretagne et de ses BEWICK SWAN ( 80 – BDM 85), EDALE (89) et DARLEYDALE (98 – BDM 2001), ainsi que de BÖRDESSCHNEE (Fischer 99), avec ses épaules jaune d’or et sa barbe claire.

Le début des années 2000 a apporté déjà trois belles réalisations dans ce modèle. Commençons par les deux frères de semis que sont BRIDAL ICING et COUNTRY DAWN, tous deux enregistrés en 2002 et dus au prometteur Tom Johnson. Le premier est peut-être le plus réussi car doté de fines dentelures que son frère, plus coloré, n’a pas. Et terminons par SEASON OF MISTS (Zurbrigg 2002) qui retrouve les couleurs de son « père » SUNNY SHOULDERS, et qui offre l’avantage, comme la plupart des iris de Lloyd Zurbrigg, d’être remontant.

Voilà effectué le tour de cinquante ans d’épaulettes à galons dorés. Comme avec tous les autres modèles de fleurs, on a assisté à une amélioration constante de la netteté des contrastes et de l’élégance des fleurs. Là comme ailleurs, l’iris ne tourne pas en rond, il progresse.
UN AIR DE FAMILLE

Dans l’article baptisé « Galons dorés » je fais allusion à trois variétés britanniques blanches avec épaules jaunes. Il s’agissait de trois iris obtenus par Brian Dodsworth, l’hybrideur anglais le plus fameux des vingt-cinq dernières années, dont les iris ont remporté par douze fois la British Dykes Medal entre 1977 et 2001 ! Ces trois variétés ayant apparemment un air de famille, j’ai recherché si un lien génétique les unissait. Ce travail de chartiste n’a pas été totalement couronné de succès mais ce que je pressentais n’était pas non plus tout à fait inexact.

Les trois iris considérés se nomment BEWICK SWAN (80 – BDM 85), EDALE (89), et DARLEYDALE (98 BDM 2000). Le premier est une plante de haute taille avec des fleurs gracieuses, un peu fragiles, largement ondulées ; le haut des sépales présente un dégradé de jaune un peu orangé, qui s’accorde bien avec les barbes rouge minium. Il résulte du croisement CRYSTAL BLAZE X RIPPLING WATERS. On ne présente plus ce dernier dont le nom se rencontre à la première génération dans le pedigree de plus de cent variétés ! L’autre est beaucoup moins connu : c’est un iris blanc légèrement lilacé agrémenté de barbes minium, qu’il a transmises à son « fils ». Ses origines restent obscures puisque la description de CRYSTAL BLAZE (Rudolph 64) ne fait état d’aucune variété précise, mais se résume à une énumération de numéros de semis. Le mystère est bien épais autour de cette variété et l’amateur de racines en est pour ses frais. EDALE et DARLEYDALE, en revanche sont de proches parents. EDALE provient de (CUP RACE x CRAFTSMAN) X JILL ROSALIND. Il est nettement influencé par la couleur jaune puisque la dominante est chez lui un blanc crème, tandis que les hauts de sépales s’ornent de jaune plus vif, le même que celui des barbes. CUP RACE (Buttrick 63) et JILL ROSALIND (Dodsworth 76) ont eu la faveur des juges ; en témoigne la BDM obtenue par JILL ROSALIND en 81. Ce sont deux iris blanc pur, y compris les barbes, issus de deux lignées différentes. CRAFTSMAN (Knopf 64) fait partie de la famille fort nombreuse du type JOYCE TERRY, c’est à dire avec des pétales jaunes et des sépales blancs liserés du jaune des pétales. DARLEYDALE, le plus récent, est venu du croisement EARLY LIGHT X JILL ROSALIND. EARLY LIGHT (Scopes 83) est un autre vainqueur de la BDM, qu’il a conquise en 89. Il s’apparente un peu au type JOYCE TERRY, mais en plus jaune pastel. Ainsi EDALE et DARLEYDALE ont-ils le même géniteur ; quant à leurs parents maternels, leur coloris est fort proche. Le constat est simple : EDALE et DARLEYDALE sont des demi-frères. A noter qu’à ma connaissance deux autres iris signés Dodsworth se présentent dans des teintes voisines : BUCKDEN PIKE (85 – BDM 87) est blanc crémeux à barbes jaunes, SHERWOOD PRIMROSE (96) est jaune primevère clair, à barbes jaunes également.

La conclusion que l’on peut tirer de cette courte étude est, comme on pouvait s’y attendre, que, comme l’on dit, les chiens ne font pas des chats ! Avec des ingrédients analogues, on a de grandes chances d’obtenir des produits semblables.

10.12.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

Premio Firenze

Avant d’obtenir la Médaille de Dykes, certaines variétés ont été couronnées à Florence. Ce n’est pas le cas de l’un des iris ci-dessous, lequel ?
WHOLE CLOTH
BEVERLY SILLS
RUFFLED BALLET
TITAN’S GLORY
DUSKY CHALLENGER


RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

A la Felinière

La bonne rédaction est celle qui se trouve ci-dessous :

« L’accès au château de la Félinière se fait par un chemin à flan de colline au début duquel un grande flèche constituée d’iris en fleur vous indique la direction à prendre. La comtesse de Courcy, maîtresse des lieux, explique que cette flèche est composée de six variétés d’iris, tous dans les tons de bleu sombre. Les trois de la première colonne, les plus hauts, se nomment DUSKY CHALLENGER, BLACK MADONNA et NIGHTS OF GLADNESS. En se dirigeant vers la pointe, les deux suivantes, un peu plus basses, sont NUIT DE CHINE et BLACK TIE AFFAIR. Celle de l’extrémité, beaucoup plus petite, s’appelle HELEN PROCTOR. C’est la première à fleurir. Après cette sombre entrée en matière, les yeux se portent naturellement sur la collection d’iris qui, un peu plus loin, fait la fierté de la Félinière et attire tant de visiteurs. »


V COMME VARIEGATA

Dans « The World of Irises », à la différence de ce qui est fait pour les amoenas, il n’y a pas à proprement parler de développement concernant les iris variegatas tels que nous en parlons, c’est à dire ces iris aux pétales dans les tons de jaune, au-dessus de sépales dans les tons de brun, de bleu ou de violet. Leur problématique est traitée au chapitre des bicolores, tout simplement. Richard Cayeux quant à lui, dans « L’Iris, une fleur royale », leur accorde cependant deux pages, mais sans s’attarder sur les origines du modèle ni sur son évolution. C’est ce qui va être abordé maintenant.

Dans le langage botanique, lorsqu’on parle de Iris variegata, c’est pour évoquer une petite plante diploïde, originaire d’Europe sud-orientale, d’à peine 40 cm de haut, dont la fleur est constituée de trois pétales jaunes et de trois sépales blancs veinés de grenat. On est évidemment loin des variegatas de nos jardins actuels qui, s’ils tiennent tout de même beaucoup de cet ancêtre, ont incorporé beaucoup d’autres gènes et sont aussi devenus tétraploïdes.

Il est intéressant de suivre l’évolution des variegatas au cours des années. Prenons, par exemple les variegatas diploïdes obtenus en Allemagne par Goos et Koenemann, et en particulier LORELEY (1901). Nous sommes devant un iris à peine évolué : pétales jaune pâle, sépales blancs où s’étalent des stries intenses d’un rouge pourpré. En 1920 les mêmes obtenteurs présentent FLAMMENSCHWERT. La couleur des pétales s’est intensifiée, le fond des sépales est également jaune, et le réseau pourpré est devenu si dense que le fond disparaît presque totalement, pour ne réapparaître qu’en un fin liseré, tout au bord. La plante s’est aussi renforcée et a grandi : FLAMMENSCHWERT atteint les 80 cm. En 1932, CROWN PRINCE, de Kleinsorge est encore plus contrasté : les pétales sont d’un vieil ivoire, sur les sépales les traces de veinage n’apparaissent que sous les barbes, le reste est d’un grenat uniforme. A noter aussi que l’on constate un soupçon d’ondulation tout au bord des sépales. Une photo de ACCENT (Buss 52) montre un variegata devenu presque trop grand (115 cm), très voisin du précédent en matière de coloris mais avec une remarquable flamboyance. La barbe d’or est superbe sur les sépales brun chaud.

Au cours des cinquante ans qui ont suivi, les variegatas se sont multipliés, évoluant dans quatre directions : vers des sépales très foncés ; vers des teintes plus brunes aux pétales ; vers des sépales où le violet s’affirme à côté du brun-rouge ; mais aussi vers des tons pastel, où le jaune devient primevère et le violet mauve tendre. Exemple de la première évolution, PEKING SUMMER (Schreiner 83) dont les sépales sombres s’accordent si bien avec l’or des pétales. Du côté de l’ambre ou du miel aux pétales il faut parler de SYNCOPATION (Gatty 84), SPANISH BOLD (Blyth B. 86), sombre mais somptueux, et même du petit Français CORBIÈRES (Ségui 82). Pour illustrer la troisième évolution, choisissons GALA MADRID (Peterson 68), père du précédent et formidable iris cuivre et pourpre, puis EDITH WOLFORD (Hager 86 – DM 93), jaune citron et indigo, ainsi que le récent JURASSIC PARK (Lauer 95) qui est issu d’EDITH WOLFORD. Enfin pour la quatrième variante arrêtons-nous au ravissant SWEDISH MODERN (Babson 76), jaune paille et bleu tendre, bien ondulé, ou à son égal BETTY SIMON (Hamblen 76), à peine plus mauve aux sépales.

Aujourd’hui les variegatas n’ont pas fini d’évoluer, soit qu’ils continuent d’accroître l’effet de contraste, comme chez ANDALOU (Cayeux 95), soit qu’ils s’ornent de pétaloïdes, comme le petit tchèque PEGAS (Smid 80), soit même qu’ils inversent les couleurs ! Depuis peu, en effet, il existe des variegatas inversés. L’une des premières apparitions de ce nouveau modèle a été CUP OF COCOA (Plough 82), où le jaune chamois des pétales est fortement infus de lavande, les sépales conservant la couleur initiale ; puis vint SILICON PRAIRIE (Stanek 91), où les couleurs sont bien inversées mais les teintes encore très pâles. En 2000 deux nouveautés ont nettement enfoncé le clou : SADDLE UP (Christopherson) – pétales lavande, sépales chamois et barbes mandarine – et surtout WONDERFUL TO SEE (Kerr) – pétales mauve parme, sépales jaune safrané, barbes or. La série continue en 2003 et 2004. APPOLLO’S ROBE (Carter 2003) offre du jaune tilleul aux sépales, du mauve aux pétales avec des côtes où grimpe le tilleul des sépales. FARE THEE WELL (Christopherson 2004) renouvelle l’expérience de SADDLE UP, avec le même « père » (HULA DANCER*), mais une autre « mère » (STORYBOOK au lieu de NANCY GLAZIER). Toutes ces améliorations et transformations laissent présager un bel avenir au modèle variegata.

* HULA DANCER (Shoop 85), comme quelques autres iris de George Shoop, est un bicolore inversé avec des pétales rose bruyère et des sépales abricot, où le jaune, donc, est déjà présent.

3.12.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

A la Felinière

Pour rédiger l’article ci-dessous, le journaliste, se fiant à sa mémoire, n’a pas relu ses notes ! Résultat : il a commis cinq erreurs sur les six noms qu’il cite !

« L’accès au château de la Félinière se fait par un chemin à flan de colline au début duquel un grande flèche constituée d’iris en fleur vous indique la direction à prendre. La comtesse de Courcy, maîtresse des lieux, explique que cette flèche est composée de six variétés d’iris, tous dans les tons de bleu sombre. Les trois de la première colonne, les plus hauts, se nomment DUSTY CHALLENGER, LADY MADONNA et NIGHTS OF DARKNESS. En se dirigeant vers la pointe, les deux suivantes, un peu plus basses, sont NUIT DE CHINE et BLACK PIE AFFAIR. Celle de l’extrémité, beaucoup plus petite, s’appelle IRENE PROCTOR. C’est la première à fleurir. Après cette sombre entrée en matière, les yeux se portent naturellement sur la collection d’iris qui, un peu plus loin, fait la fierté de la Félinière et attire tant de visiteurs. »

A vous de rétablir les noms exacts.


RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

Podium

L’ affiche de 1980 est :
MYSTIQUE - BROWN LASSO - QUEEN OF HEARTS.


SANS PAREILS

Au cours du temps, sont apparus certains iris qui sont restés uniques en leur genre. Soit que les obtenteurs n’aient jamais réussi à reproduire leur modèle, soit que leur coloris reste exceptionnel, soit qu’ils présentent une forme, ou une disposition spécifique. C’est le cas des deux variétés dont il va être question, qui font partie de ces exceptions. L’un et l’autre se présentent avec une disposition des couleurs que personne n’a retrouvée par la suite.

I. COLOR CARNIVAL

Celui-ci commence déjà à dater ! Il a été enregistré par Fred DeForest en 1948. Malgré son âge certain il a continué de figurer jusque dans les années 80 dans certains catalogues comme celui de la maison Cayeux, en France. C’est là que je me le suis procuré, au tout début de ma collection. Il est toujours dans mon jardin, au rayon « antiquités », et il n’a rien perdu de son originalité.

COLOR CARNIVAL affiche son âge, avec des pièces florales très peu ondulées, des sépales un peu pendants, avec cette petite échancrure à l’extrémité de la ligne médiane propre aux iris anciens, et ces pétales qui, avec le temps, s’effondrent un peu vers le cœur de la fleur… Qu’importe. Son affaire c’est le coloris. Les pétales affichent un rose corail tendre, les sépales, plus ivoire que rose, sont finement veinés de violet améthyste, alors que les bords retrouvent la couleur du fond. La barbe, mandarine, anime joliment l’ensemble.

Bien des obtenteurs, intrigués et séduits par cette disposition des couleurs, ont tenté de la retrouver. Mais, à ma connaissance, COLOR CARNIVAL reste à peu près le seul de son acabit. La variété qui en est la plus proche pourrait être CROWD PLEASER (B. Hamner 83) qui, dans une forme moderne, offre un coloris de base rose corail vif, avec de fines veinules violacées sur toute la surface des sépales. La base rose est bien présente, très agréable même, mais la richesse de la coloration des sépales n’y est pas. C’est le même problème pour DIAMOND BLUSH (Spoon 97) et pour POM POM GIRL (Linda Miller 98), mais ce dernier est sans doute la variété qui se rapproche le plus de notre sujet d’aujourd’hui. Au demeurant COLOR CARNIVAL, pour la qualité du contraste, n’a toujours pas été égalé !

II. HASH MARKS

Pour voir HASH MARKS (Schreiner 72) on peut aller au Parc de la Source, à Orléans, où il essaie de pousser au pied d’un des bâtons de mikado, dans cette exposition étrange et absurde où l’on tente de faire pousser des iris dans des corbeilles de fil de fer, au-dessus de la tête des visiteurs… Pourquoi parler de celui-ci ? Très simplement en raison de son modèle et de son coloris. Parce qu’il me semble être le seul ainsi coloré, dans un monde où les doublons sont innombrables.

Il se présente comme un iris de couleur caramel, avec sur les sépales des rayures brun-rouge, plus denses aux épaules et plus sombres sous les barbes, jaunes. Ce n’est ni un plicata (du moins, semble-t-il), ni un variegata, ni à proprement parler un « broken-color », mais quelque chose qui tient un peu de tout cela, bref un modèle d’exception. Par ailleurs la fleur affiche bien son âge. C’est un exemple de ce que les Américains appellent un iris historique. D’autant plus que, bien qu’enregistré par Schreiner en 72, son ascendance remonte très vite aux années 50, puis aux meilleurs des iris bruns, du temps où ces derniers n’avaient encore pas -ou peu- d’ondulations.

Ses grands parents du côté féminin s’appellent OLYMPIC TORCH (Schreiner 56) et HINDU WAND (Plough 57). Le premier présente des fleurs dans les tons d’orange brûlé. Il descend d’INCA CHIEF (Mitsch 52), lui-même issu du fameux TOBACCO ROAD (Kleinsorge 41), dont proviennent presque tous les bruns d’aujourd’hui. HINDU WAND, dans les tons de chamois mêlés de brun, descend lui aussi de TOBACCO ROAD, et de plusieurs autres bruns dont l’abricot cuivré CASCADE SPLENDOR (Kleinsorge 44) et l’ancien brun de Sass RAINBOW ROOM. Du côté paternel, HASH MARKS provient d’une autre lignée de bruns, via WENATCHEE KID (Noyd 57) et FIRECRACKER (Hall 43). On aurait du obtenir, avec ce pedigree, un iris brun comme bien d’autres. Ses cousins se nomment en effet HONEY CHIFFON, VITAFIRE, POST TIME, ALLAGLOW, ROYAL TRUMPETER, BRASILIA ou SPARTAN. Les balafres sang de bœuf qui veinent les sépales en font un iris inhabituel, vivement coloré. D’où viennent-elles ? Peut-être, mais cela n’est qu’une supposition, du côté paternel, puisque c’est le pollen d’un semis non dénommé et pas précisément désigné qui a fertilisé WENATCHEE KID. Pourquoi n’y aurait-il pas derrière cet ancêtre mystérieux quelque plicata ou variegata ?

Quoiqu’il en soit HASH MARKS, dont le nom bien peu poétique évoque ces pommes de terre sautées que l’on sert parfois au breakfast aux Etats-Unis, est une variété à forte personnalité, toujours unique, mais plus originale cependant que séduisante.

26.11.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

Podium

Quelle est, des trois « affiches » ci-dessous, celle de la DM 1980 ?
KILT LILT - DREAM LOVER - GRAND WALTZ
BRIDE'S HALO - LEMON MIST - MARY FRANCES
MYSTIQUE - BROWN LASSO - QUEEN OF HEARTS


RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

Le coin des poètes

L’iris blanc s’appelle POET’S DREAM.


BARBOUILLAGES

Quand je regarde un iris « broken color », (que je préfère appeler « maculosa », pour conserver un peu de latinité à ces plantes venues des Amériques), j’ai l’impression qu’un peintre maladroit a laissé son pinceau dégouliner au-dessus des fleurs. Le premier du genre que j’ai pu examiner, il y a plusieurs années, s’appelle PURPLE STREAKER, il a été enregistré par Allan Ensminger en 1981. C’est un iris bleu-violacé, tout barbouillé de blanc. Depuis on a fait bien plus étrange, voire extravagant, mais il n’empêche que c’est Ensminger qui a mis à la mode ces fleurs bariolées. Dans les années 90 il a été suivi par Brad Kasperek, et, aujourd’hui, quelques autres obtenteurs se risquent à enregistrer des « maculosa ».

Il semble que le premier « maculosa » réellement intéressant qui ait été enregistré se nomme DOODLE STRUDEL (Ensminger 77), un iris bleu ciel, taché de bleu marine, descendant perturbé de STEPPING OUT. L’année suivante, Ensminger a recommencé avec INTY GREYSHUN (78), qui est mauve améthyste et barbouillé de blanc. BATIK, qui a été considéré comme un BB mais dépasse allègrement les standards de la catégorie, date de 81, tout comme PURPLE STREAKER et PANDORA’S PURPLE. Même si l’on peut s’interroger sur ce dernier qui est plus marbré de blanc que véritablement barbouillé, un peu comme HONKY TONK BLUES. Toutes ces variétés, ainsi que PAINTED PLIC (83) ont été distinguées, au moins d’un HM, mais BATIK est même allé jusqu’à frôler la Médaille de Dykes en 95 ! Par la suite vinrent MARIA TORMENA (87), ISN’T IT SOMETHING (93) puis BRINDLED BEAUTY (94). AUTUMN YEARS (95) marquent la fin de l’ère Ensminger. Ce dernier, où se mêlent le chamois, le jaune d’or et le mauve, atteint sans doute un niveau de barbouillage qu’il est difficile de trouver esthétique. Vient ensuite le règne de Kasperek.

Kasperek n’est pas parti du néant. Il a tout simplement utilisé les variétés d’Ensminger, notamment MARIA TORMENA et PAINTED PLIC, pour commencer sa nouvelle lignée de « maculosa ». Dès le début, ses iris ont été remarqués, non seulement pour leurs noms qui, chez nous, passeraient pour franchement ridicules, mais surtout pour leurs qualités et l’originalité de leurs coloris. La plupart de ces cultivars ont été honorés d’un HM, voire plus, comme GNU (94), TIGER HONEY (94), BEWILDERBEAST (95) ou MILLENIUM FALCON (98) qui ont atteint le stade de l’Award of Merit. C’est dire si ces iris ne passent pas inaperçus !

Devant ce succès, d’autres obtenteurs ont tenté leur chance chez les « maculosa ». Dès 83 Joyce Meek avait enregistré WILD CARD, qui est presque un « maculosa » en ce sens qu’il n’y a pas deux fleurs marquées de la même façon, mais qui reste néanmoins plus proche de la catégorie plicata, un peu comme était HEY LOOKY (W. Brown 70), instabilité qu’on trouve également chez BARLETTA (Peterson 74). En 95, Maryott a proposé OUT OF CONTROL, violet pourpré balafré de blanc, puis Keith Keppel lui-même a trouvé dans ses semis de plicatas un iris irrégulièrement coloré, joliment baptisé BROKEN DREAMS (98), rose aspergé de blanc aux sépales. Cet iris « maculosa » conserve néanmoins un air distingué qui tranche sur le côté un peu vulgaire des productions Kasperek. Il faut dire que dès le début de sa carrière d’obtenteur, Keppel avait créé HUMORESQUE (61), un iris parme, avec des dessins aléatoires bleus. Il n’est donc pas vraiment débutant dans le modèle.

Maintenant la pompe est amorcée. Chacun sait comment faire pour obtenir des iris barbouillés. C’est d’autant plus intéressant pour un obtenteur qui débute, que le modèle n’est pas encore saturé (ou « overlooké » comme on dit en franglais), et qu’il y a de la place pour de nouveaux venus. De plus, les nouveaux peuvent à juste titre avoir l’ambition de créer des fleurs réellement jolies, élégantes, voire raffinées, ce qui n’est pas encore le cas général. Cependant le défi est difficile car, dans les semis de « maculosa » il y a beaucoup de déchet : plantes malingres, rabougries, fragiles… C’est d’ailleurs pourquoi il y a beaucoup de BB dans la catégorie : une façon de commercialiser malgré tout des plantes qui n’atteignent pas la hauteur minimale pour les TB. C’est aussi pourquoi il faut être particulièrement rigoureux quand on sélectionne un « maculosa » car la tentation peut être forte de mettre sur le marché quelque chose d’imparfait, ou simplement d’esthétiquement discutable.

Verra-t-on des « maculosa » français ? Sûrement ! Michèle Bersillon, par exemple en a déjà obtenu, dont elle m’a fait parvenir une photo qui laisse espérer de jolies choses.

19.11.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

Le coin des poètes

Laquelle des variétés ci-dessous est de couleur blanche ?
POËSIE (Cayeux 2002)
POET (Williamson 84)
POETESS (Blyth 99)
POETIC (Ghio 92)
POET’S DREAM (Brown O. 57)


RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

Le point commun

Le point commun entre ces cinq variétés est qu’elles sont toutes du type « Emma Cook » (pétales blancs, sépales blancs cernés de bleu).


L’IRIS ROUGE

Je ne sais pas si je suis intéressé par un iris rouge. Jusqu’à présent la question ne se posait pas parce que cette éventualité était considérée comme utopique. Mais voilà que Richard Ernst, l’hybrideur maison de la firme Cooley, annonce dans un article publié dans le bulletin de juillet 2004 de l’AIS, qu’il est sur le point de réaliser ce rêve ! Attendons de voir le résultat, mais saluons aussi la volonté et l’investissement qu’Ernst a mis dans ce projet.

Son article s’intitule « Comment faire un iris rouge », et il décrit dans un style alerte et direct le cheminement de sa recherche. Il est vain, dit-il, de continuer de tâtonner comme on le fait depuis des décennies, parce que les « rouges » d’aujourd’hui ne sont pas plus rouge que ceux de 1940. Il a donc entrepris une recherche très différente et appuyée par les progrès de la recherche génique. Il explique que le pigment rouge ne se trouve concentré, chez l’iris, que dans les poils de certaines barbes. Pour avoir des pétales et des sépales rouges, il faut parvenir à y concentrer autant de rouge, sinon on n’obtiendra qu’une fleure rose, et encore à la condition d’avoir éliminé les pigments anthocyaniques. Et comment être certain qu’il n’y a aucun pigment anthocyanique dans une fleur autrement qu’en faisant une recherche d’ADN, hors de portée du commun des hybrideurs ?

Ernst a pris contact avec un physicien qui affirmait qu’il était possible, avec les moyens technologiques actuels, d’obtenir un iris rouge. Il a relevé le défi et s’est mis en rapport avec l’Université de l’Etat d’Oregon pour engager le travail. Ce qui a nécessité l’embauche d’un physicien à temps complet et l’acquisition du matériel de laboratoire. L’Université de l’Etat d’Oregon a entrepris l’analyse complète de l’ADN d’un iris. La pigmentation de douzaines de variétés a été analysée et des cultures de tissu « in vitro » ont été réalisées. Il a fallu douze années de recherche pour découvrir et sélectionner les bons gènes rouges avant que ne commence le processus de transformation, processus qui a été couvert par un brevet. L’iris transformé a alors été mis en culture et la première fleur de ce qui devrait être un iris rouge doit s’épanouir au printemps prochain. Mais rien ne dit encore que le but sera atteint, et, à mon avis, il y aura nécessairement encore des progrès à réaliser. Mais Rick Ernst a l’air suffisamment sûr de lui.

En tout cas, s’il aboutit au résultat escompté, il aura réussi quelque chose de formidable. Quelque chose qui devrait lui rapporter beaucoup d’argent, à la mesure de l’investissement considérable engagé par la maison Cooley. Seule une entreprise importante, la première ou deuxième dans le monde des iris, pouvait se lancer dans une aventure aussi coûteuse et risquée. Ernst et Cooley ont osé le faire. Si leur iris rouge est vraiment rouge, bien fait, stable, fertile, sain, robuste et vigoureux, alors ils auront sans doute fait le plus beau coup de l’histoire de l’hybridation. Si les brevets pris confèrent à la maison Cooley, ce qui est probable, une droit exclusif de commercialisation, le prix de la nouvelle plante devrait être élevé, et l’utilisation de cet iris rouge par d’autres hybrideurs pour leurs croisements devrait être sévèrement réglementée. Cependant rien n’empêchera un amateur ayant acquis cet iris de s’en servir pour ses propres hybridations, même si ces plantes ne devraient pas pouvoir être commercialisées. Qu’adviendra-t-il alors de la pureté originale ? Insensiblement les gènes modifiés risquent de passer dans de nouvelles fleurs où ils se mêleront aux anciens donnant naissance à de nouveaux iris dont on ne peut aujourd’hui rien imaginer.

Un iris génétiquement modifié ! Qui aurait pensé cela dans les années 40, quand le professeur Kleinsorge s’acharnait à obtenir des « rouges » qui restaient « bruns » ! Et verra-t-on de farouches anti-OGM se ruer sur les cultures d’iris modifiés pour détruire ces fleurs improbables ? Espérons que tout se passera dans le calme et seulement pour le progrès de notre fleur favorite.

Source : « How to make a red iris », in Bulletin de l’AIS n°334, juillet 2004.

12.11.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

Le point commun

Quel est le trait physique qui réunit les cinq variétés suivantes ?

· BAY WATCH (Dunn 95)
· BROOK FLOWER (Schreiner 73)
· DOLCE AQUA (Bianco 2004)
· QUEEN’S CIRCLE (Kerr 99)
· REVERE (Ghio 2001)


RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

Noirs

L’exception est BLACK HILLS GOLD, qui est un iris abricot doré.


SANS PAREILS

Au cours du temps, sont apparus certains iris qui sont restés uniques en leur genre. Soit que les obtenteurs n’aient jamais réussi à reproduire leur modèle, soit que leur coloris reste exceptionnel, soit qu’ils présentent une forme, ou une disposition spécifique. C’est le cas des deux variétés dont il va être question, qui font partie de ces exceptions. L’un et l’autre se présentent avec une disposition des couleurs que personne n’a retrouvée par la suite.

I. COLOR CARNIVAL

Celui-ci commence déjà à dater ! Il a été enregistré par Fred DeForest en 1948. Malgré son âge certain il a continué de figurer jusque dans les années 80 dans certains catalogues comme celui de la maison Cayeux, en France. C’est là que je me le suis procuré, au tout début de ma collection. Il est toujours dans mon jardin, au rayon « antiquités », et il n’a rien perdu de son originalité.

COLOR CARNIVAL affiche son âge, avec des pièces florales très peu ondulées, des sépales un peu pendants, avec cette petite échancrure à l’extrémité de la ligne médiane propre aux iris anciens, et ces pétales qui, avec le temps, s’effondrent un peu vers le cœur de la fleur… Qu’importe. Son affaire c’est le coloris. Les pétales affichent un rose corail tendre, les sépales, plus ivoire que rose, sont finement veinés de violet améthyste, alors que les bords retrouvent la couleur du fond. La barbe, mandarine, anime joliment l’ensemble.

Bien des obtenteurs, intrigués et séduits par cette disposition des couleurs, ont tenté de la retrouver. Mais, à ma connaissance, COLOR CARNIVAL reste seul de son acabit. La variété qui en est la plus p^roche pourrait être CROWD PLEASER (B. Hamner 83) qui, dans une forme moderne, offre un coloris de base rose corail vif, avec de fines veinules violacées sur toute la surface des sépales. La base rose est bien présente, très agréable même, mais la richesse de la coloration des sépales n’y est pas. Quoi qu’il en soit, ce descendant de TOUCHE et de HEATHER BLUSH, est une variété au coloris original et tout à fait réussie. Au demeurant COLOR CARNIVAL n’a toujours pas été égalé !

II. HASH MARKS

Pour voir HASH MARKS (Schreiner 72) on peut aller au Parc de la Source, à Orléans, où il essaie de pousser au pied d’un des bâtons de mikado, dans cette exposition étrange et absurde où l’on tente de faire pousser des iris dans des corbeilles de fil de fer, au-dessus de la tête des visiteurs… Pourquoi parler de celui-ci ? Très simplement en raison de son modèle et de son coloris. Parce qu’il me semble être le seul ainsi coloré, dans un monde où les doublons sont innombrables.

Il se présente comme un iris de couleur caramel, avec sur les sépales des rayures brun-rouge, plus denses aux épaules et plus sombres sous les barbes, jaunes. Ce n’est ni un plicata (du moins, semble-t-il), ni un variegata, ni à proprement parler un « broken-color », mais quelque chose qui tient un peu de tout cela, bref un modèle d’exception. Par ailleurs la fleur affiche bien son âge. C’est un exemple de ce que les Américains appellent un iris historique. D’autant plus que, bien qu’enregistré par Schreiner en 72, son ascendance remonte très vite aux années 50, puis aux meilleurs des iris bruns, du temps où ces derniers n’avaient encore pas -ou peu- d’ondulations.

Ses grands parents du côté féminin s’appellent OLYMPIC TORCH (Schreiner 56) et HINDU WAND (Plough 57). Le premier présente des fleurs dans les tons d’orange brûlé. Il descend d’INCA CHIEF (Mitsch 52), lui-même issu du fameux TOBACCO ROAD (Kleinsorge 41), dont proviennent presque tous les bruns d’aujourd’hui. HINDU WAND, dans les tons de chamois mêlés de brun, descend lui aussi de TOBACCO ROAD, et de plusieurs autres bruns dont l’abricot cuivré CASCADE SPLENDOR (Kleinsorge 44) et l’ancien brun de Sass RAINBOW ROOM. Du côté paternel, HASH MARKS provient d’une autre lignée de bruns, via WENATCHEE KID (Noyd 57) et FIRECRACKER (Hall 43). On aurait du obtenir, avec ce pedigree, un iris brun comme bien d’autres. Ses cousins se nomment en effet HONEY CHIFFON, VITAFIRE, POST TIME, ALLAGLOW, ROYAL TRUMPETER, BRASILIA ou SPARTAN. Les balafres sang de bœuf qui veinent les sépales en font un iris inhabituel, vivement coloré. D’où viennent-elles ? Peut-être, mais cela n’est qu’une supposition, du côté paternel, puisque c’est le pollen d’un semis non dénommé et pas précisément désigné qui a fertilisé WENATCHEE KID. Pourquoi n’y aurait-il pas derrière cet ancêtre mystérieux quelque plicata ou variegata ?

Quoiqu’il en soit HASH MARKS, dont le nom bien peu poétique évoque ces pommes de terre sautées que l’on sert parfois au breakfast aux Etats-Unis, est une variété à forte personnalité, toujours unique, mais plus originale cependant que séduisante.

5.11.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

Noirs

En américain, chacun sait que « black » veut dire noir. Mais tous les iris dont le nom commence par « Black » ne sont pas des iris noirs !
Dans la liste ci-dessous, quelle est l’exception ?

BLACK DRAGON
BLACK FLAG
BLACK HILLS GOLD
BLACK SWAN
BLACK TIE AFFAIR


RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

Echo de France

La bonne réponse est :
- En hommage au travail de Barry Blyth sur les iris amoenas jaunes.


SIXTINE C.
Vrai ou faux plicata ?

SIXTINE C. (Cayeux 93) est un iris exceptionnel, tant par la qualité de la plante que par la beauté de sa fleur. C’est une variété qui a bien des points de ressemblance avec ses cousins, les fameux iris bleu blanc rouge qui ont émaillé la production Cayeux des années 90. Il s’agit de VIVE LA FRANCE (91), BAL MASQUÉ (91), REBECCA PERRET (92), MARBRE BLEU (93), tous frères, et de PARISIEN (94). Ces cinq là ont tous des pétales bien blancs, des sépales où le bleu (ou violet) domine avec néanmoins plus ou moins de blanc sous les barbes, lesquelles vont de l’orange vif au rouge minium. SIXTINE C. réunit les mêmes éléments, à ceci près que le bleu-indigo des sépales se présente sous forme d’ un fin réseau de veines et de pointillés devenant plus denses au fur et à mesure que l’on s’approche des bords. C’est à dire selon le principe du modèle plicata. Mais comment ces caractères sont-ils possibles chez une plante qui, a priori, n’a aucun plicata parmi ses antécédents ?

SIXTINE C. est un enfant de grand CONDOTTIERE (Cayeux 78), l’une des variétés les plus utilisées en hybridation au cours des années 80 et même plus tard, et du petit amoena DELPHI (Shoop 79). Derrière CONDOTTIERE il y a un autre produit Cayeux, le bleu-indigo à barbes rouges FALBALA (78), ainsi qu’un croisement entre TRITON (Julander 63) et un autre hybride non dénommé parmi les ancêtres de qui se trouve EMMA COOK (Cook 57), le prototype des iris blancs aux sépales entourés de bleu. On a beau chercher de ce côté là, aucun iris plicata ne figure dans les pedigrees. CAHMPAGNE MUSIC (Fay 64) à des pétales crème et des sépales mauves plus clairs sous les barbes mandarine ; PARISIAN BLUE (Schreiner 64) est un grand bleu uni ; CHRISTMAS TIME (Schreiner 65) est entièrement blanc, avec barbes minium ; TRITON est un autre bleu uni issu d’un bleu (HARBOR BLUE -Schreiner 54) et d’un amoena bleu, le fameux WHOLE CLOTH (Cook 57 – DM 62)…

Un quart des gènes de SIXTINE C. proviennent de son grand-père DELPHI. De ce côté là, l’investigateur de pedigrees va rester sur sa faim, car George Shoop, dans la description qu’il en a fait pour l’enregistrement s’est contenté de parler d’ « une longue lignée d’amoenas bleus remontant à WHOLE CLOTH ». Souvent, devant ce genre de problème, on se tourne vers « The World of Irises », la bible, qui a obtenu quelques précisions supplémentaires en interrogeant directement l’obtenteur ; mais ladite bible a été publiée en 1978, trop tôt pour comporter des renseignements sur une variété encore à l’état de semis. DELPHI conserve donc sa part de mystère. Celui-ci dissimule-t-il un ascendant plicata dont les traits auraient ressurgi quelques générations plus tard ? Il faudrait disposer des carnets de George Shoop pour en avoir le cœur net ! A défaut, il n’est que de se contenter de conjectures. Un examen attentif de la corolle de DELPHI, variété qui a fait partie pendant plusieurs années de ma collection personnelle, sera plus explicite que la description officielle de la variété : les pétales sont bien blancs, un peu crayeux ; la barbe est d’un bel orange mandarine ; les sépales, d’un bleu délavé, montrent sans aucune hésitation possible des veines et des petites taches plus foncées, qui finissent par ne plus faire qu’une couleur unie à un centimètre des bords. Souvenir d’un ancêtre plicata ? Phénomène naturel sur une partie de fleur au coloris non saturé ? Le doute subsiste, et se répercute sur SIXTINE C. qui ajoute cette coquetterie à la liste de ses charmes ! Pour ma part je suis assez porter à croire en la présence de gènes de plicata car les cousins de SIXTINE C., notamment MARBRE BLEU et PARISIEN présentent aussi des stries importantes qui peuvent laisser à croire que, décidément, il y a bien eu un ancêtre plicata dans leur lignage.

29.10.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

Echo de France

Pour quelle raison la variété ÉCHO DE FRANCE (Anfosso 84) a-t-elle été ainsi nommée ? Choisir la bonne réponse parmi les quatre propositions ci-dessous :
- En souvenir d’une jeune fille baptisée France ?
- En l’honneur de la Société Française d’Échographie ?
- En hommage au travail de Barry Blyth sur les iris amoenas jaunes ?
- En raison du parrainage de l’Association Française des Chasseurs d’Échos ?



RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

Jeu des dix erreurs

Voici le texte, tel qu’il aurait du être rédigé :
« Au château de la Félinière, la semaine de l’iris a duré neuf jours, du 15 au 23 mai. Pendant cette période, une sorte de concours a été organisé. Chaque matin, la comtesse de Courcy, maîtresse des lieux, a placé dans un vase neuf tiges d’iris, chaque jour les mêmes, et les visiteurs étaient invités à découvrir les noms de ces plantes, toutes sensées être bien connues des amateurs puisque lauréates des plus grandes compétitions d’iris, comme la Médaille de Dykes américaine ou le Florin d’Or du Concours de Florence en Italie. La liste des noms était déposée dans un petit coffre de laque disposé sur la table du concours, mais soigneusement fermé à clef, et ladite clef remise avant le début de la compétition entre les mains de M° Dubois, l’huissier du canton. Un bulletin de participation était remis à chaque visiteurs, et ils ont été nombreux à exercer leur sagacité. Aux dires de la comtesse, il y eut des discussions passionnées devant le gros bouquet ! C’est que le jeu valait la chandelle : le vainqueur, désigné par tirage au sort parmi les bonnes réponses a emporté une corbeille tressée par les vanniers du coin, chargée de dix rhizomes d’iris : ceux qu’il était demandé d’identifier, plus un rhizome « bonus ».
Les dix iris concernés étaient les suivants :
- BABBLING BROOK (DM 72), un bleu tendre à barbes jaunes ;
- CELEBRATION SONG (DM 2003), en rose et mauve ;
- EDITH WOLFORD (DM 93), jaune et violet ;
- BEVERLY SILLS (DM 85), d’un rose très pur ;
- SKYBLAZE (Fl. Or 90), bleu pervenche à barbes rouges ;
- IKAR (Fl. Or 95), bicolore venu de son lointain Ouzbékistan ;
- THORNBIRD (DM 97), surprenant mélange de brun et de vert ;
- NEW MOON (DM 73), un jaune acide, et…
- HELLO DARKNESS (DM 99), un noir ondulé, qui a donné lieu à de vives controverses, certains croyant reconnaître un autre noir célèbre, BEFORE THE STORM, obtention du Pennsylvanien Sterling Innerst, bien connu dans le microcosme des amateurs. C’est d’ailleurs un rhizome de cette espèce qui a été ajouté au panier en guise de bonus.
Lequel panier a été remis au vainqueur, M. l’abbé Louchy, le médiatique doyen de la paroisse d’Arzay. Voilà qui viendra agrémenter somptueusement le jardin (de curé, bien sûr !) de notre ecclésiastique. »

DE EMMA COOK A DOLCE ACQUA

Depuis quelques années les iris en provenance d’Italie font nettement parler d’eux. Ils le doivent en particulier à deux obtenteurs qui n’hésitent pas à se mesurer aux grands du monde des iris et qui parviennent à leur faire la pige, notamment au Concours de Florence. Ces deux audacieux se nomment Valeria Romoli et Augusto Bianco. La première, amatrice éclairée, s’est vue décerner le Florin d’Or en 1999 pour son superbe iris violet SETTIMO CIELO, mais deux de ses obtentions précédentes, de 1996, VERDE LUNA et surtout BUONGIORNO APRILE, avaient déjà attiré l’attention. Le second, qui agit en professionnel, a acquis en peu de temps une réputation mondiale. Il a à son actif aujourd’hui plus de soixante variétés de grands iris enregistrés et de nombreux autres parmi les intermédiaires et les nains. Ses plus grands succès sont appréciés jusqu’aux Etats-Unis, comme le blanc MURRAH MEMORIAL (98) ou le rose ACQUA DI ROSA (2000). Mais bien d’autres variétés méritent d’être citées, comme l’amoena inversé ALDO RATTI (98), le bleu AZZURRA (96), le bicolore beige et bleu MANI PULITE (98), le bleu tendre FUMO NEGLI OCCHI (2000), l’abricot PIERO BARGELLINI (98) ou le « rouge » ROSSETTO (96) qui a arraché la troisième place à Florence dès 93, avant même d’être enregistré. Mais maintenant c’est d’une autre variété dont il va être question, un tout nouveau blanc aux sépales liseré de parme, qui a nom DOLCE ACQUA (2004).

On peut dire qu’EMMA COOK (Cook 57) – voir « Le tiercé gagnant de M. Cook » publié ici il y a quelques mois -, est le premier exemple d’un nouveau modèle d’iris, aux pétales blancs, au-dessus de sépales blancs également mais liserés de bleu. On retrouve ces couleurs chez un certain nombre d’iris plus récents, mais qui ont tous, ou presque, EMMA COOK dans leurs ascendants. Peu à peu le modèle s’est affiné, les fleurs ont acquis plus de grâce et de souplesse…

Gordon Plough, qui ne dédaignait aucun domaine de recherche, a obtenu d’Emma Cook son MISSION RIDGE (72), très semblable. Mais c’est sans doute la famille Cayeux qui a tiré d’EMMA COOK le meilleur profit avec d’une part sa célèbre série d’iris tricolores : BAL MASQUÉ et VIVE LA FRANCE (91), puis, du même croisement, MARBRE BLEU (93), et surtout REBECCA PERRET (92) ; et d’autre part le fameux ALIZÉS (87) et ses rejetons blancs sur bleu, largement centrés de blanc, FUTURISTE (2001) et FABULEUX (2002), auxquels on peut adjoindre PARISIEN (94) qui descend à la fois d’EMMA COOK et de REBECCA PERRET. Le dit REBECCA PERRET se trouve aussi à l’origine de WHITE CAPED WAVES (Ernst 2002), dont le nom décrit bien le coloris, et qui marque le retour aux origines américaines du modèle.

Il ne faudrait pas oublier, quand on parle d’iris blancs ourlés de bleu, de BROOK FLOWER (Schreiner 73). Mais en la circonstance il n’y a pas grand’ chose à dire puisque le pedigree de cette variété est loin de satisfaire le curieux. En guise de parenté la « check list » de l’AIS n’indique que deux numéros de semis… Comme on dirait aujourd’hui, ça manque de traçabilité ! Cependant, rien qu’à comparer la forme des fleurs, il y a gros à parier qu’il y a de l’EMMA COOK derrière BROOK FLOWER !

Donald Nearpass, en 1970, a enregistré MID-VICTORIAN. Cette variété très réussie (Nearpass n’a enregistré que très peu d’iris, mais tous absolument parfaits pour leur époque) répond exactement à la définition du modèle. Il provient à la fois d’EMMA COOK, de WHOLE CLOTH son demi-frère, et de l’inévitable SNOW FLURRY. MID-VICTORIAN se trouve dans le pedigree d’un petit iris (BB), CLASSIC TREASURE (Burger 83) qui est un cocktail d’iris du modèle EMMA COOK, dont il a les traits, et d’amoena bleu. On y découvre en effet QUIET SKY (Cook 64), CRYSTAL BAY (Jones 65) et LADY OF LOUDOUN (Crosman 69), tous en blanc et bleu. En dépit de sa petite taille (60cm) il a attiré l’attention des hybrideurs qui y ont vu une version moderne d’EMMA COOK, et s’en sont servis pour obtenir à leur tour des cultivars de ce modèle. Stahly en a tiré NORTHERN MIST (96), tout à fait typique. Avec la participation de son DELIGHTSUM (97), déjà fort près du modèle, Nebeker a obtenu SKYETOUCH (99). Kerr, quant à lui, a proposé CHRISTIANA BAKER (99), peut-être un peu trop bleu, côté sépales, pour correspondre au modèle ; mais modèle parfaitement atteint à la génération suivante, avec le superbe QUEEN’S CIRCLE (99). Et c’est également à CLASSIC TREASURE que DOLCE ACQUA doit son paisible coloris blanc ourlé de parme sur les sépales. Avec DOLCE ACQUA on est parvenu à une sorte d’achèvement. Le modèle EMMA COOK a franchi l’Océan Atlantique : après s’être répandu en Amérique, il a émigré en France puis en Italie où il a remarquablement prospéré. Pour le grand bonheur des amateurs d’iris.

22.10.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

Jeu des dix erreurs

Le texte ci-dessous, qui aurait pu être rédigé par un journaliste plus pédant que compétent, comporte dix erreurs. A vous de les découvrir !

« Au château de la Félinière, la semaine de l’iris a duré neuf jours, du 15 au 24 mai. Pendant cette période, une sorte de concours a été organisé. Chaque matin, la comtesse de Courcy, maîtresse des lieux, a placé dans un vase neuf tiges d’iris, chaque jour les mêmes, et les visiteurs étaient invités à découvrir les noms de ces plantes, toutes sensées être bien connues des amateurs puisque lauréates des plus grandes compétitions d’iris, comme la Médaille de Dyke américaine ou le Fleuron d’Or du Concours de Florence en Italie. La liste des noms était déposée dans un petit coffre de laque disposé sur la table du concours, mais soigneusement fermé à clef, et ladite clef remise avant le début de la compétition entre les mains de M° Dubois, l’huissier du canton. Un bulletin de participation était remis à chaque visiteurs, et ils ont été nombreux à exercer leur sagacité. Aux dires de la comtesse, il y eut des discussions passionnées devant le gros bouquet ! C’est que le jeu valait la chandelle : le vainqueur, désigné par tirage au sort parmi les bonnes réponses a emporté une corbeille tressée par les vanniers du coin, chargée de dix rhizomes d’iris : ceux qu’il était demandé d’identifier, plus un rhizome « bonus ».
Les dix iris concernés étaient les suivants :
- BABBLING BROOK (DM 92), un bleu tendre à barbes jaunes ;
- CELEBRATION HYMN (DM 2003), en rose et mauve ;
- EDITH WOOLFORD (DM 93), jaune et violet ;
- BEVERLY HILLS (DM 85), d’un rose très pur ;
- SKYBLAZE (Fl. Or 90), bleu pervenche à barbes rouges ;
- IKAR (Fl. Or 95), bicolore venu de son lointain Kazakhstan ;
- THORNBEARD (DM 97), surprenant mélange de brun et de vert ;
- NEW MOON (DM 73), un jaune acide, et…
- HELLO DARKNESS (DM 99), un noir ondulé, qui a donné lieu à de vives controverses, certains croyant reconnaître un autre noir célèbre, BEFORE THE STORM, obtention du Californien Sterling Innerst, bien connu dans le microcosme des amateurs. C’est d’ailleurs un rhizome de cette espèce qui a été ajouté au panier en guise de bonus.
Lequel panier a été remis au vainqueur, M. l’abbé Louchy, le médiatique doyen de la paroisse d’Arzay. Voilà qui viendra agrémenter somptueusement le jardin (de curé, bien sûr !) de notre ecclésiastique. »



RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE

Petit tour du monde

FILIPOK Ludmilla MIRONOVA (2000)
COIRO Jean PEYRARD (91)
JINX Barry BLYTH (2003)
MALA KOKETA Izidor GOLOB (2003)
QUOTE Joseph GATTY (92)

MOISSON 2004

Voici les principales récompenses distribuées cette année de part le monde des iris. La moisson est belle. Elle met en évidence la place de plus en plus importante que tiennent les obtenteurs d’Europe Centrale, dont la réputation a maintenant franchi les frontières de leur région et se répand jusqu’aux USA où le Slovaque Anton Mego, avec SLOVAK PRINCE (2002), s’est distingué à la Convention de Fresno, en Californie.

CROWNED HEADS (Keppel 97) a bien mérité la Dykes Medal qui lui a échu. Quant à SPLASHACATA (Tasco 97), en enlevant le Wister Medal, il s’est mis en place pour la DM 2005, même si rien n’est joué, parce qu’il y a d’autres sérieux prétendants comme TOM JOHNSON (Black 96).

En France, on rêve de pouvoir un jour admirer les productions d’Europe de l’Est et d’Allemagne qui ne sont pas commercialisées chez nous et qu’il est bien difficile de se procurer. Pourquoi les producteurs de notre pays n’ont-ils toujours d’yeux que pour les iris américains ?

1) Etats-Unis

DYKES MEDAL US :

- CROWNED HEADS (Keppel 97) Amoena inversé bien contrasté,
devant
- TOM JOHNSON (BLACK P. 96) deux tons de bleu sombre, barbes orange ;
- JURASSIC PARK (Lauer 95) variegata, pét. beurre, sép. bleu nuit.

WISTER MEDAL (meilleur grand iris) :

- SPLASHACATA (Tasco 97) pétales blanc bleuté, sépales poudrés indigo.

WALTHER CUP (meilleur espoir) :

- CAT’S EYE (BLACK P. 2002) SDB pét. mauve rosé, sép. grenat liseré rose.

PRESIDENT’S CUP (meilleure variété originaire de le Région organisatrice de la Convention) :

- 1 - GOLDEN PANTHER (Tasco 2000) miel doré infus de mauve ;
- 2 – DEVONSHIRE CREAM (Sutton 99) crème, fils d’ELIZABETH POLDARK ;
- 3 – ORIGINAL ART (Ghio 2002) bicolore orange et acajou.

FRANKLIN COOK MEDAL (meilleure variété hors de la Région organisatrice) :

- 1 - PAUL BLACK ( Johnson 2002) indigo foncé, barbes minium ;
- 2 - SEA POWER (Keppel 99) bleu vif, très ondulé, de YAQUINA BLUE ;
- 3 - SLOVAK PRINCE (Mego 2002) amoena-plicata bleu, originaire de Slovaquie.

KNOWLTON MEDAL (meilleur BB) :

- ORANGE POP (Lauer 98) orange soutenu.

SASS MEDAL (meilleur IB) :

- GNU RAYZ (Kasperek 96) pét. violets, sép. jaune vert veinés et liserés violet.

2) Italie

FIORINO D’ORO (Concours de Florence) :

- FROSTED FANTASY (Cadd 2000) blanc, pétales finement liserés d’argent,
devant :
- MIDNIGHT MINK (Cadd 2000) deux tons de violet sombre, barbes marine ;
- DOLCE ACQUA (Bianco 2004) pét. blancs, sép. blancs larges liserés mauve (style Emma Cook).

3) Grande Bretagne

DYKES MEDAL 2004
- non attribuée

MARJORIE BRUMMIT AWARD (GB) pour iris de Californie

- PEACOCK PANACHE (N.Scopes 95) pét. grenat clair, sép. blanc liserés grenat.

4) Russie

Compétition Internationale de Moscou :
- FOGBOUND (Keppel 98) superbe amoena inversé, très contrasté,
devant :
- SWEET AMBROSIA (Ragle 95) amoena orange ;
- AARDVARK LARK. (P. Black 2002) plicata amarante sur fond abricot.

5)Europe Centrale

Compétition Internationale de la M.E.I.S. :

- PAPAPUBREN (J. Dudek 2000) un iris tchèque, blanc bleuté à barbes blanches,
devant :
- CHANGE OF MILLENIUM (Cadd 99) pét. bleu clair, sép. indigo veiné de blanc ;
- BALTYK (Wo?niak 2000) descendant polonais de Honky Tonk Blues, pét. parme, sép. blancs centrés de parme.

6) Allemagne

IRIS-BEWERTUNG MÜNCHEN

Grands iris :
Compétition Nationale :
- TIEFSEE (Landgraf 2003) violet archevêque plus clair sous les barbes ;
- SCHNEEWEISSCHEN (Gürn 2003) blanc pur ;
- HEIKE SCHINDLER (Beer 2004) amoena blanc / bleu clair.

Compétition Internationale :
- ZIMNI KRALOVNA (Seidl 2004) bleu clair, originaire de République Tchèque ;
- Semis 96-0124 (Mego) unicolore blanc ;
- MER DU SUD (Cayeux 97) bleu marine uni.

7) Australie

DYKES MEDAL 2003
- PAY THE PRICE (Grosvenor 2004) plicata classique violet améthyste, qui a déjà obtenu le Florin d’Or à Florence en 2003.

I.S.A. MEDAL 2003 (Australie)

- UNDERCOVER –iris de Louisiane – (Taylor 96) violet pourpré.

15.10.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

Petit tour du monde

Avec les cinq iris nains (SDB) de la liste I, on fait un tour du monde des obtenteurs. Pouvez-vous attribuer à chacun de ceux de la liste II la variété qui lui appartient ?

Liste I
FILIPOK
COIRO
JINX
MALA KOKETA
QUOTE

Liste II
Barry BLYTH (Australie)
Joseph GATTY (USA)
Izidor GOLOB (Slovénie)
Ludmilla MIRONOVA (Vladivostok – Sibérie)
Jean PEYRARD (France)



RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE
Chacun le sien (2)

AQUA DI ROSA Augusto BIANCO (Italie)
CONFIDANTE Keith KEPPEL (USA)
GLITTERATI Barry BLYTH (Australie)
NEBBIOLO Lawrence RANSOM (France)
SOTTO VOCE Benjamin HAGER (USA)

TOUT LE MONDE NE PEUT PAS PLAIRE

III - ERNST

Quand on est archi-connu, que l’on est obtenteur depuis des décennies, que l’on a décroché une récompense importante, il est moins difficile de se faire apprécier des juges que si l’on est débutant. C’est ce que Richard Ernst a du se dire, au début, quand il a constaté que ses variétés ne récoltaient guère de médailles. Pourtant il profite d’être l’obtenteur officiel de la maison Cooley, qui est sans doute la plus importante affaire de commerce d’iris aux Etats-Unis. Avec une superficie de culture de près de 95 hectares et plus de 7 millions de plants, elle surpasse la maison Schreiner en chiffre d’affaire ! Comme cette dernière, elle commercialise chaque année une quinzaine de nouvelles variétés, mais celles-ci ne sont pas toutes des obtentions de Richard Ernst : Glen Corlew, Jim Gibson, Ben Hager et plusieurs autres donnent, ou donnaient, quelques unes de leurs variétés à vendre chez Cooley, ce qui leur assure une importante diffusion. Figurer dans le catalogue Cooley est donc une assurance de commercialisation importante. La théorie selon laquelle pour être jugé il faut être vu devrait s’appliquer aux produits vendus par Cooley’s Garden. Alors comment expliquer que, de tous les iris Ernst introduits avant 1991, il n’y en ait qu’un, AFTERNOON DELIGHT, qui ait été primé ? Certains, de cette génération, ont pourtant eu du succès à travers le monde. Ainsi QUIET RIOT (84), DEPTH OF FIELD (86), TACO SUPREME (87), ADOBE ROSE (88), TRACY TYRENE (88) ou ENVY (90) figurent-ils encore dans bien des catalogues européens. Pourtant aucune récompense n’est venue reconnaître leurs mérites ! Une rapide vérification permet cependant de constater que les iris Ernst sont peu présents dans les catalogues américains ! Les ventes de Cooley ne suffiraient-elles pas à assurer une diffusion suffisante ? Ce n’est pas inimaginable, c’est en tout cas un explication possible, qui répondrait au critère de commercialisation (n° 2).

Mais peut-être là interviennent les autres critères de choix. En ce qui concerne les iris de R. Ernst, peut-on invoquer les critères techniques (n° 1) ? A mon avis je ne vois pas pourquoi, tout au moins pour les variétés qui viennent d’être citées, pourtant j’ai entendu un confrère français de R. Ernst émettre des doutes à propos de la qualité de la tenue des fleurs… Cette opinion est-elle justifiée ? D’après moi elle ne l’est pas car je ne l’ai pas constatée sur les plantes que j’ai cultivées. Mai elle est peut-être répandue parmi les juges américains, ce qui ferait intervenir le critère de notoriété (n° 3).

A partir des introductions de 1991, le nombre des récompenses obtenues s’accroît peu à peu. Sept variétés de 91 ont obtenu au moins un HM. Et sur l’ensemble de la période considérée ce sont 24 variétés qui ont été récompensées. Les mieux classées ont été COMPETITIVE EDGE (91 – AM 95) et KNOCK 'EM DEAD (93 – AM 2000).On reste très loin cependant des scores obtenus par les deux obtenteurs dont les résultats ont été analysés précédemment ! Il me semble que ce ne sont pas les critères de qualité et de commercialisation qui interviennent dans ces résultats, pas plus non plus que ceux d’originalité. Il ne reste donc que celui de notoriété. Cela veut dire qu’auprès des juges américains, les produits Ernst n’ont pas bonne réputation. Pourquoi ? Mystère. Mais cette constatation laisse à penser que l’attribution des récompenses n’est pas toujours vraiment impartiale. Cela donne du poids à la remarque faite par Lawrence Ransom à la suite de l’attribution de la DM à MESMERIZER, qui laissait entendre que les juges avaient eu tort de donner cette distinction à cette variété qu’il considère comme ayant trop de défauts pour la mériter.

8.10.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE

Chacun le sien (2)

Tous les iris portant des noms italiens ne sont pas nécessairement originaires de la botte. Pouvez-vous attribuer chacune des variétés de la liste I à chacun des obtenteurs de la liste II ?

Liste I
AQUA DI ROSA
CONFIDANTE
GLITTERATI
NEBBIOLO
SOTTO VOCE

Liste II
Lawrence RANSOM
Keith KEPPEL
Benjamin HAGER
Barry BLYTH
Augusto BIANCO


RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE
Chacun le sien (1)

BEAU TENEBREUX Michèle BERSILLON
DIANE CELLA Georges DALVARD
PARFUM DE FRANCE Lawrence RANSOM
SUCCES FOU Richard CAYEUX
TEMPETE SUR VERSAILLES Jean Jacques FRANCOIS

TOUT LE MONDE NE PEUT PAS PLAIRE

II - KEPPEL

Dans un premier article on a vu ce que pouvaient être les raisons pour lesquelles certaines variétés, pourtant aussi soignées et bien distribuées que celles de la maison Schreiner, ne parvenaient pas à décrocher une récompense dans la grande compétition annuelle qui occupe le monde des iris américain. Aujourd’hui, en examinant les variétés de Keith Keppel, mises au commerce à la même période, on va voir si les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Keppel a choisi d’offrir chaque année ses nouveaux produits par l’intermédiaire du bulletin de l’AIS. En principe, donc, dans le numéro de janvier du bulletin, paraît l’annonce de Keppel avec en général, au moins la photo d’une des variétés proposées, plusieurs même, depuis quelques années, et sur la page contiguë. Mais, à la différence de Schreiner, Keppel ne propose pas que des grands iris : son choix est plus éclectique et porte sur tous les types d’iris. Pour le présent nous ne traiterons que des grands.

La production de Keith Keppel n’atteint ni l’ampleur ni la régularité d’horloge de celle de son confrère. Mais la renommée est aussi grande, et la distribution très bien assurée, non seulement par Keppel lui-même, mais par un grand nombre d’autres catalogues. Il n’y a pas lieu de craindre une distorsion à ce niveau.

En 1990 Keith Keppel a mis sur le marché cinq variétés de grands iris. Parmi celles-ci deux seulement ont été primées. Les trois qui sont restées inconnues des juges sont ART SHOW, OPPORTUNITY et WILDEST DREAMS. ART SHOW est un bitone ambre sur ocre, nettement veiné de blanc sous les barbes oranges. La fleur est typiquement signée Keppel : pas très grande, bien ondulée, un peu étirée en hauteur. A priori rien ne destinait cette variété à rester sur la berme. Pourtant… OPPORTUNITY est un jaune très soutenu, très classique au plan du coloris et très Keppel au plan de l’aspect général ; sans doute trop peu original. WILDEST DREAMS se présente comme un petit plicata pourpre sur fond orangé. Il tient beaucoup de son parent GIGOLO, trop sans doute pour s’en distinguer aux yeux des juges.

1991 : cinq présentés, deux échecs. FOREIGN ACCENT ne pèche pas par la banalité. C’est un plicata aux pétales abricot pointillés de violet, violet qui recouvre presque intégralement les sépales au point que l’abricot du fond a l’air de n’être que la couleur des veines. Le désintérêt des juges est assez inexplicable dans ce cas. Même interrogation en ce qui concerne LIGHT SHOW ; une variété superbe, aux pétales d’un jaune franc surmontant des sépales dont le fond jaune paille est finement et régulièrement veiné de grenat, pour ne vraiment réapparaître qu’en lisière. Dans le genre des variegata-plicatas il marque une réelle avancée dans la netteté des dessins : FANFARON (Hager 88), bien que très voisin, n’a pas la même pureté, mais il a reçu un HM en 1990.

Les résultats de la fournée 92 ne sont pas très encourageant puisque sur six variétés, trois n’ont rien obtenu. Mais CONFESSION est un banal blanc à barbe mandarine et FAINT PRAISE un assez terne lilas marqué plicata violet aux épaules. En revanche DAWN SKY a de vives couleurs qui auraient du attirer les regards des juges : pétales roses, sépales blanc laiteux largement ourlés de violet héliotrope, avec de belles barbes oranges.

Toute différente est la situation de 93 puisque les quatre variétés proposées ont connu les honneurs, STARFLEET s’offrant même un troisième prix à Florence en 98. L’année 94 a bien failli connaître le même heureux sort, si ce n’est que SPRING SHOWER est passé à côté. Pour cause de banalité peut-être… En tout cas la réussite est de nouveau totale en 95, FANCY WOMAN allant même jusqu’à rater d’un cheveu la Médaille de Dykes en 2003.

Toujours 100% de réussite pour la brochette de 96, et LOCAL COLOR est toujours en course pour une Médaille de Dykes et fut meilleur TB en 2002 (Wister Medal). Il semble même que rien ne puisse arrêter les succès de Keith Keppel puisque désormais, et jusqu’en 2001 au moins, toutes les nouvelles variétés ont été honorées, à l’exception de MORNING MOOD (98) qui a été bien négligé. Mais est-ce un concours de circonstance ou une profonde désaffection des juges pour ce modèle de coloris ? En effet ce MORNING MOOD est une sorte de clone de DAWN SKY, déjà laissé en touche.

Si, d’une manière générale, les échecs des variétés Schreiner peuvent avoir pour explication leur académisme et un certain manque de fantaisie, on ne peut pas faire les mêmes reproches aux variétés Keppel qui ont subi le même sort. La plupart de celles qui n’ont pas eu au moins un HM auraient, à mon avis, bien mérité cette distinction. Mais entre autres raisons il y un effet de mode. A l’heure actuelle Keppel surfe sur le haut de la vague de la popularité, alors que Schreiner semble un peu en perte de vitesse. Cela lui permet de compter un taux de réussite aux HM de 82% sur la période considérée, avec un succès total pour les dernières années. Qu’en est-il, alors d’un troisième grand obtenteur, richement distribué, comme Richard Ernst ? Ce sera l’objet d’une prochaine chronique.




TOUT LE MONDE NE PEUT PAS PLAIRE

II - KEPPEL

Dans un premier article on a vu ce que pouvaient être les raisons pour lesquelles certaines variétés, pourtant aussi soignées et bien distribuées que celles de la maison Schreiner, ne parvenaient pas à décrocher une récompense dans la grande compétition annuelle qui occupe le monde des iris américain. Aujourd’hui, en examinant les variétés de Keith Keppel, mises au commerce à la même période, on va voir si les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Keppel a choisi d’offrir chaque année ses nouveaux produits par l’intermédiaire du bulletin de l’AIS. En principe, donc, dans le numéro de janvier du bulletin, paraît l’annonce de Keppel avec en général, au moins la photo d’une des variétés proposées, plusieurs même, depuis quelques années, et sur la page contiguë. Mais, à la différence de Schreiner, Keppel ne propose pas que des grands iris : son choix est plus éclectique et porte sur tous les types d’iris. Pour le présent nous ne traiterons que des grands.

La production de Keith Keppel n’atteint ni l’ampleur ni la régularité d’horloge de celle de son confrère. Mais la renommée est aussi grande, et la distribution très bien assurée, non seulement par Keppel lui-même, mais par un grand nombre d’autres catalogues. Il n’y a pas lieu de craindre une distorsion à ce niveau.

En 1990 Keith Keppel a mis sur le marché cinq variétés de grands iris. Parmi celles-ci deux seulement ont été primées. Les trois qui sont restées inconnues des juges sont ART SHOW, OPPORTUNITY et WILDEST DREAMS. ART SHOW est un bitone ambre sur ocre, nettement veiné de blanc sous les barbes oranges. La fleur est typiquement signée Keppel : pas très grande, bien ondulée, un peu étirée en hauteur. A priori rien ne destinait cette variété à rester sur la berme. Pourtant… OPPORTUNITY est un jaune très soutenu, très classique au plan du coloris et très Keppel au plan de l’aspect général ; sans doute trop peu original. WILDEST DREAMS se présente comme un petit plicata pourpre sur fond orangé. Il tient beaucoup de son parent GIGOLO, trop sans doute pour s’en distinguer aux yeux des juges.

1991 : cinq présentés, deux échecs. FOREIGN ACCENT ne pèche pas par la banalité. C’est un plicata aux pétales abricot pointillés de violet, violet qui recouvre presque intégralement les sépales au point que l’abricot du fond a l’air de n’être que la couleur des veines. Le désintérêt des juges est assez inexplicable dans ce cas. Même interrogation en ce qui concerne LIGHT SHOW ; une variété superbe, aux pétales d’un jaune franc surmontant des sépales dont le fond jaune paille est finement et régulièrement veiné de grenat, pour ne vraiment réapparaître qu’en lisière. Dans le genre des variegata-plicatas il marque une réelle avancée dans la netteté des dessins : FANFARON (Hager 88), bien que très voisin, n’a pas la même pureté, mais il a reçu un HM en 1990.

Les résultats de la fournée 92 ne sont pas très encourageant puisque sur six variétés, trois n’ont rien obtenu. Mais CONFESSION est un banal blanc à barbe mandarine et FAINT PRAISE un assez terne lilas marqué plicata violet aux épaules. En revanche DAWN SKY a de vives couleurs qui auraient du attirer les regards des juges : pétales roses, sépales blanc laiteux largement ourlés de violet héliotrope, avec de belles barbes oranges.

Toute différente est la situation de 93 puisque les quatre variétés proposées ont connu les honneurs, STARFLEET s’offrant même un troisième prix à Florence en 98. L’année 94 a bien failli connaître le même heureux sort, si ce n’est que SPRING SHOWER est passé à côté. Pour cause de banalité peut-être… En tout cas la réussite est de nouveau totale en 95, FANCY WOMAN allant même jusqu’à rater d’un cheveu la Médaille de Dykes en 2003.

Toujours 100% de réussite pour la brochette de 96, et LOCAL COLOR est toujours en course pour une Médaille de Dykes et fut meilleur TB en 2002 (Wister Medal). Il semble même que rien ne puisse arrêter les succès de Keith Keppel puisque désormais, et jusqu’en 2001 au moins, toutes les nouvelles variétés ont été honorées, à l’exception de MORNING MOOD (98) qui a été bien négligé. Mais est-ce un concours de circonstance ou une profonde désaffection des juges pour ce modèle de coloris ? En effet ce MORNING MOOD est une sorte de clone de DAWN SKY, déjà laissé en touche.

Si, d’une manière générale, les échecs des variétés Schreiner peuvent avoir pour explication leur académisme et un certain manque de fantaisie, on ne peut pas faire les mêmes reproches aux variétés Keppel qui ont subi le même sort. La plupart de celles qui n’ont pas eu au moins un HM auraient, à mon avis, bien mérité cette distinction. Mais entre autres raisons il y un effet de mode. A l’heure actuelle Keppel surfe sur le haut de la vague de la popularité, alors que Schreiner semble un peu en perte de vitesse. Cela lui permet de compter un taux de réussite aux HM de 82% sur la période considérée, avec un succès total pour les dernières années. Qu’en est-il, alors d’un troisième grand obtenteur, richement distribué, comme Richard Ernst ? Ce sera l’objet d’une prochaine chronique.




1.10.04

L’ENIGME DE LA SEMAINE


Chacun le sien (1)

L’année 2000 a vu l’enregistrement de nombreuses variétés françaises. Pouvez-vous attribuer chacune des variétés de la liste I à chacun des obtenteurs de la liste II ?

Liste I
BEAU TENEBREUX
DIANE CELLA
PARFUM DE FRANCE
SUCCES FOU
TEMPETE SUR VERSAILLES

Liste II
Lawrence RANSOM
Jean Jacques FRANCOIS
Georges DALVARD
Richard CAYEUX
Michèle BERSILLON

RÉPONSE À L’ÉNIGME DE LA SEMAINE DERNIÈRE
Iridial Pursuit

CONJURATION (Byers 89) a obtenu le Florin d’or en 1993.

TOUT LE MONDE NE PEUT PAS PLAIRE

On ne peut pas plaire à tout le monde, ou, tout au moins, tout le monde ne peut pas plaire. C’est sans doute ce qu’il faut dire quand une variété, au demeurant valable, n’arrive pas à décrocher une récompense officielle lors des compétitions annuelles aux Etats-Unis. Cependant tous les éventuels compétiteurs ne sont pas logés à la même enseigne. Les facteurs entrant en ligne de compte sont multiples et pas toujours rationnels. Il y en a de quatre natures : les critères techniques (telle variété a-t-elle toutes les qualités pour être notée ?), les critères commerciaux (telle variété est-elle suffisamment commercialisée pour être vue et appréciée par un nombre suffisant de juges ?), et les critères de notoriété (l’obtenteur de telle variété est-il apprécié par les juges comme produisant des iris de qualité ?) auxquels il faut ajouter l’originalité et le piquant des fleurs en concours. A travers les échecs de trois obtenteurs parmi les plus connus nous verrons le rôle et l’importance de chacun des ces axes de jugement sur le sort des iris en course pour les récompenses.

I - SCHREINER

Quand une entreprise aussi pointilleuse que la maison Schreiner, qui connaît toutes les ficelles pour produire un iris qui devrait plaire, qui jouit d’une réputation d’excellence et qui dispose d’un réseau de distribution particulièrement solide, met sur le marché une nouvelle variété, on peut s’attendre à ce que celle-ci obtienne au moins un HM. Malgré tout, il y a des produits Schreiner qui passent à côté de tout. On peut se demander pourquoi, d’autant que certains de ces délaissés font une carrière commerciale honorable, en Amérique comme ailleurs dans le monde. Jetons un coup d’œil à ceux de ces oubliés de la grande distribution des awards, qui sont venus en compétition depuis 1990, et n’ont plus aucun espoir d’être maintenant distingués.

On sait que bon an mal an la maison Schreiner met dans le commerce une quinzaine de nouveautés. Il y en toujours pour tous les goûts, dans toutes les couleurs ou associations de couleurs traditionnelles, avec, de-ci de-là, une offre plus fantaisie, pour faire bonne mesure et tester la réactivité du public.

La cuvée 90 a eu trois recalés : CRIMSON FIRE, RAVE ON et STARDUST MEMORIES. CRIMSON FIRE est un beau brun-rouge à barbes jaunes. Il ne présente apparemment aucun défaut, mais les juges ne l’ont pas trouvé à leur goût, à moins que, en cette période, la concurrence ait été sévère. RAVE ON fait partie des oranges, plus clair sous les barbes qui sont rouge minium. C’est une fleur absolument classique, sans défaut mais aussi sans originalité. Est-ce cette banalité qui lui a valu l’anonymat ? STARDUST MEMORIES doit être dans le même cas. Des plicatas comme celui-là, il y en a des centaines…Il n’y a que son nom qui attire vraiment l’attention.

En 1991 l’offre a été de quinze variétés, comme d’habitude ; il n’y a eu que deux recalés : AFRICAN SUNSET et MY GIRL. AFRICAN SUNSET est un iris abricot, un peu vineux sur les sépales, d’une tenue impeccable, mais dans une teinte qui n’a pas vraiment la cote. MY GIRL est un rose tendre, absolument sans défaut, sans doute un peu trop parfait pour faire le poids parmi des roses nombreux et qui accrochent plus le regard.

Quinze nouveautés en 92, et deux recalés également. Dans l’ordre alphabétique, le premier se nomme JOYOUS MORN. Ce n’est pas de chance, pour une fois que l’entreprise Schreiner avait choisi un iris d’un coloris un peu original ! Il s’agit d’un bois de rose, plus clair aux sépales, avec barbes minium. On peut supposer que cette jolie chose n’a pas rencontré un succès commercial suffisant pour que les juges puissent l’apprécier dans un assez grand nombre de jardins permettant qu’il obtienne assez de vote… Le second est SPARKLING DEW. En rose lilacé pâle, tout à fait banal, l’échec n’est pas surprenant.

Toujours quinze nouveaux iris en 93, et toujours deux recalés : INNOCENT BLUSH, et MADEIRA. Le premier cité est encore un rose, à reflets fumés, cette fois, mais cette particularité n’a pas été suffisante pour éviter l’éviction. L’échec de MADEIRA est plus inexplicable car il s’agit d’un pourpre très foncé, d’un coloris très à la mode. Cependant, pour une fois, la fleur n’est-elle pas tout à fait parfaite, avec des pétales qui sont un peu lourds et ont tendance à s’affaisser. Ce léger défaut peut expliquer l’oubli des juges. Même si maintenant cette variété se rencontre dans beaucoup de catalogues.

Devinez combien d’iris ont été présentés en 94 ? Quinze ? Vous avez gagné ! Et combien de recalés ? Deux ? Bingo ! Cette fois ce sont IN THE MOOD et SMILING ANGEL. IN THE MOOD est …un rose corail, clair, joliment coiffé, mais sans attrait particulier. Chez Schreiner, on n’a pas de succès avec les roses ! Quant à SMILING ANGEL, c’est un iris blanc, un peu crémeux, avec des barbes assorties. La fleur est gentiment frisottée, mais peu ondulée. Qu’est ce qui n’a pas marché ? A mon avis, c’est le fait que ce soit une fleur trop terne pour retenir l’attention des acheteurs, comme des juges.

On arrive à 95 mais on reste avec quinze nouveautés, dont trois, cette fois, n’auront rien gagné. GOODNIGHT MOON, le premier de la liste, se présente en robe jaune claire, encore plus claire sous les barbes, qui sont oranges. Rien de bien original, là-dedans, alors que les iris jaunes sont en nombre pléthorique. Vous prenez un peu d’orange, que vous ajoutez à la fleur précédente, et vous obtenez PARTY LIGHTS, qui est le second échec de l’année. Là encore on est en présence d’un iris sans rien pour le sortir de l’anonymat, dans un coloris peu prisé, de surcroît. En revanche, le sort malheureux de MARIAH est beaucoup plus surprenant. Comment un beau bleu clair, à barbes blanches, d’une forme parfaite, peut-il avoir été aussi peu apprécié ? Les ventes auraient-elles pâti du fait que, la première année, cette plante n’a été proposée qu’en « bonus » ? Probable. En tout cas Schreiner croyait en cet iris qui a été utilisé en vue d’améliorer la lignée des bleus clairs, et qui a donné naissance, à ce jour, à deux beaux rejetons, ABOVE THE CLOUDS (2001) bleu tendre à barbes jaunes, descendant également de YAQUINA BLUE, et BLUE KENTUCKY GIRL, bleu ciel, dernier avatar d’une longue famille de bleus, toujours primés.

C’est à peine croyable, mais 1996 se présente avec 15 nouveautés ! L’usine Schreiner ne varie pas son rythme. Cette fois ce sont les échecs qui s’accentuent puisqu’ils sont au nombre de quatre. Le jaune d’or AUTUMN ACCENT, le blanc à barbes pêche CARTE BLANCHE, le rose (encore un) HEAVENLY VISION, et le très sombre variegata SOMBRERO WAY. Celui-là, cependant, aurait sûrement mérité une distinction, même si l’austérité de ses couleurs peut ne pas être du goût du plus grand nombre.

Toujours quinze variétés enregistrées en 97, et trois oubliés : CITYSCAPE, jaune paille largement marqué de blanc sous les barbes minium, HARVEST FAIRE, variegata façon EDITH WOLFORD, et MOUNTAIN ECHO, le plus original des trois, en bleu lavande, fortement veiné d’ocre en haut des sépales.

Seulement quatorze enregistrements pour l’année 98, mais néanmoins trois de chute, qui sont le « dark top » - très léger – COASTAL MIST, le mauve rosé SERENE MOMENT ( là, c’est une anomalie que de ne l’avoir pas retenu, car ses couleurs, très nettes et très fraîches, ainsi que sa forme impeccable, auraient du lui valoir plus d’égards). Le même sort, réservé à TERRA ROSA, un iris qui sort de l’ordinaire, en brun puce rosé, avec une fleur classique mais parfaitement formée, n’est pas plus mérité.

Le choix s’appauvrit à treize variétés en 99, ce qui n’empêche pas le nombre des échecs de rester à trois, avec LAST CHANCE, amoena très gracieux mais desservi par sa floraison trop tardive : pas vu donc pas noté, WEDDING DANCE, version moderne de GOLD TRIMMINGS (75) , pourtant doté de tout ce qu’il faut pour réussir, et WILD FRONTIER, nouvelle version d’AFTERNOON DELIGHT, donc pas vraiment une nouveauté.

Les variétés présentées après 99 sont encore en course, on arrêtera donc là l’énumération. Peut-on en tirer quelque constatation générale ? Il semble bien que ce ne soit pas les critères techniques qui fassent la différence car les produits Schreiner sont techniquement parfaits. Les critères de commercialisation ne sont pas non plus déterminants car, en dehors du cas des iris offerts en « bonus », les variétés nouvelles bénéficient de la grande diffusion du catalogue Schreiner. Reste la réputation de l’obtenteur, qui n’est pas non plus en cause dans le cas de Schreiner, et le côté attirant des plantes en compétition. C’est peut- être de ce côté là qu’il faut chercher les causes de échecs, en effet les roses de Schreiner n’ont pas vraiment la cote, sans doute parce qu’on trouve aujourd’hui une foule de roses moins académiques et au moins aussi beaux ; il y a également le fait que plusieurs des variétés non retenues soient tardives, donc plus rarement vues par les juges, et que le choix de coloris trop sombres ou trop ternes doit nuire à la vente. Quoi qu’il en soit, avec un taux de HM de 88%, la maison Schreiner peut être fière de son travail et de ses résultats. La situation est-elle la même pour les produits de Keith Keppel, autre nom fort connu dans le petit monde des iris ? Nous verrons cela la prochaine fois.