18.11.05

SAPPHIRE HILLS
Un concentré de bleus

Si, au début des années 30, il y avait quatre familles d’iris bleus, l’une d’entre elle s’est rapidement éteinte, ou, plus exactement, s’est fondue avec l’une des autres. Je veux parler de la famille MISSOURI, qui, alliée à GREAT LAKES, a donné naissance à CHIVALRY pour ne plus former qu’une même famille. Les deux autres lignées ont eu une descendance plus longue, mais aussi elles se sont unies pour donner, dès les années 50, des sujets mêlant les gènes des trois origines. Il en est ainsi de SAPPHIRE HILLS (Schreiner 71). Pour bien suivre cette fusion des différentes familles, il faut remonter aux grands-parents de SAPPHIRE HILLS. On a la chance d’avoir des renseignements généalogiques presque complets concernant cette variété et on peut ainsi bien suivre les adjonctions successives des différents éléments. Remontons donc chaque branche…

Les quatre grands-parents de SAPPHIRE HILLS s’appellent GALILEE (Fay 55), SALEM (Schreiner 57), SYLVAN STREAM (Schreiner 61) et MELISSA (Hinckle 54). Tous sont des iris bleus, et trois sur quatre rassemblent déjà les gènes des trois familles.

Commençons par MELISSA, le quatrième grand-parent, parce qu’il est un peu différent des autres en ce sens qu’il arrive tout droit, par l’intermédiaire du bleu indigo ZARA (Hincle 51) du fameux blanc SNOW FLURRY (Rees 39) ; mais un semis d’Eva Faught, spécialiste des bleus, croisé avec ZARA, est assurément à l’origine de sa couleur bleue marine, alors que SNOW FLURRY, qui est tout de même un blanc issu de bleus, lui a transmis les gracieuses ondulations de sa corolle.

Pour arriver à cumuler tous les gènes, il a fallu croiser des variétés qui, dans les années 50, n’avaient encore rassemblé que ceux de deux familles. Ainsi, pour GALILEE, qui est un bleu à barbes blanches, couleurs qu’il a léguées à son petit-fils ; c’est BUTTERFLY BLUE (Fay 52) qui a fourni les gènes des familles Great Lakes et Santa Clara. Ces derniers figurent également dans les chromosomes de BLUEBIRD BLUE (Fay 52). BUTTERFLY BLUE et BLUEBIRD BLUE ont en effet l’un et l’autre pour parent CAHOKIA (Faught 46) qui détient le potentiel de la famille Santa Clara et a engendré un très grand nombre d’iris bleus. BLUEBIRD BLUE a fait en plus l’apport des gènes de la famille Helen McGregor. Un mélange à peine différent a abouti à SALEM : HARBOR BLUE (Schreiner 54) a apporté les parties Great Lakes par QUICKSILVER (Schreiner 50), et Helen McGregor par JANE PHILLIPS (Graves 49). Le croisement BLUE RHYTHM X SYLVIA MURRAY, quant à lui, a fourni les gènes des familles Great Lakes et Santa Clara. Les premiers viennent de SYLVIA MURRAY (Norton 44), un bleu pâle, les seconds de BLUE RHYTHM (Whiting 45 – DM 50). SYLVAN STREAM, bleu moyen, descend comme le précédent de HARBOR BLUE et c’est aussi BLUE RHYTHM, via PIERRE MENARD (Faught 48), qui lui a apporté les gènes Santa Clara.
GALILEE et SALEM d’un côté, PARISIAN BLUE (Schreiner 64), qui est le croisement de Sylvan Stream X Melissa, de l’autre, sont à l’origine de SAPPHIRE HILLS. Cet iris a toutes les qualités qui auraient pu faire de lui un vainqueur de la Médaille de Dykes : il est vigoureux et florifère, ses fleurs sont de belle taille, ondulées, délicatement frisées, et, par-dessus tout, sa couleur est du plus beau bleu qui soit, d’une pureté presque parfaite (c’est à peine si quelques veinules sombres apparaissent aux épaules) et la barbe sait se faire discrète, en blanc pointé d’or. Cette superbe variété valait bien ce petit travail d’archives, qui paraîtrait sans doute plus clair si je pouvais ajouter un arbre généalogique.
RÉCRÉATION

Voici la description officielle d’une variété très connue. Devinez laquelle, dans la liste ci-dessous :
« TB, 91cm, MO. Rose corail, uni, dentelé, barbe mandarine. »

AVALON SUNSET
BEVERLY SILLS
BUC VAPOREUX
COUP DE CŒUR
DAMOISELLE
RÉCRÉATION ( réponses)

Ce sont toutes des variétés aux pétales roses, et aux sépales blancs bordés de rose.

11.11.05

TÉMOIGNAGE
Une chimère

Il arrive que la nature balbutie. C’est ce qu’a constaté Colleen Modra, qui est une productrice d’iris australienne (son site, www.impressiveirises.com.au , est à visiter). Elle a envoyé le message ci-dessous (qu’elle m’a autorisé à reproduire) sur le forum de discussion « iris-photos », à propos d’une malformation constatée sur la variété SONG OF NORWAY (Luihn 79 – DM 86) :

« Voici la meilleure chimère que j’ai jamais vue. Une moitié de la fleur est normalement blanc bleuté, l’autre moitié est franchement bleue. Sur la même tige, une autre fleur présente un sépale et un pétale moitié blanc, moitié bleu.

SONG OF NORWAY est à la base un bleu avec une ou plusieurs copies d’un gène blanc dominant qui supprime la pleine expression du bleu. Cependant, très rarement, dans une partie d’une fleur ou d’une tige florale, ces gènes manquent leur coup et laissent apparaître l’entière couleur sous-jacente. C’est ce qu’on appelle une chimère. »

Parmi les lecteurs d’Irisenligne, quelqu’un a-t-il fait pareille constatation ? Si oui, qu’il veuille bien poster un commentaire pour faire profiter tout le monde de son opinion.
VARIATIONS SUR LE THÈME DU HALO

Au début des années 80, David Niswonger conçut le projet de créer toute une série de variétés dont la caractéristique serait de comporter un liseré autour des sépales, dans le plus grand nombre possible de coloris. Certes les iris de ce type ne sont pas forcément rares, notamment ceux qui sont blancs cernés de jaune, mais l’originalité vient de la recherche d’un même type sous un grand nombre de couleurs.

L’hybrideur a commencé par ce qui était peut-être le plus facile : un iris blanc entouré de jaune. Le défi était de faire mieux que ce qui existait à l’époque, et il a pratiqué comme c’est toujours le cas, par endogamie. Il a choisi un descendant du célèbre BRIDE’S HALO (Mohr H. 73 – DM 78), dénommé EXUBERANT (Mohr H. 81), qui se présente avec des pétales oranges, et des sépales blancs largement cernés d’orange, qu’il a croisé avec un semis de CHARTREUSE RUFFLES (Rudolph 76). Le résultat, qui est aussi le premier de la série, se présente dans le style de DEBBY RAIRDON (Kuntz 65 – DM 71) ou de JOYCE TERRY (Muhlestein 74), mais avec une meilleure saturation du jaune, des sépales d’un blanc plus pur et une bordure jaune bien nette. Il a été baptisé HALO IN YELLOW (Niswonger 89). Dans les même temps Niswonger a croisé CRYSTAL DAWN (Rudolph 75), lui aussi du type Joyce Terry, mais en clair, et MULBERRY CRUSH (Niswonger 78), superbe iris magenta, très frisé. Le résultat a été un dénommé HALO IN PINK (Niswonger 89), la version rose de HALO IN YELLOW. Vint ensuite la version orange qui s’appelle, comme prévisible, HALO IN ORANGE (Niswonger 89), et qui est le fils de HALO IN PINK et de EXUBERANT, dont il a été question plus haut, et à qui il ressemble énormément, même s’il est d’un orange plus clair et d’un blanc plus franc.

Voilà pour le premier paquet. Un autre paquet de trois est apparu cinq ans plus tard. Le premier de ceux-ci est HALO IN ROSEWOOD (Niswonger 93) qui allie les qualités de MINTED HALO (Mueller 87) – lavande cerné de cuivre – et de KABAKA (Niswonger 85) – dans les mêmes tons, mais liseré de bronze. Il a des pétales vieux rose, et des sépales lavande clair cernés du vieux rose des pétales. HALO IN CREAM (Niswonger 92) est le premier de la seconde génération, celle qui provient des trois variétés de 1989. C’est une nouvelle coloration du type Joyce Terry. Cette fois la couleur fondamentale est un jaune crémeux qui recouvre les pétales et entoure les sépales d’un fin liseré. Au plan des couleurs comme à celui de la plante, c’est une réussite. HALO IN GOLD (Niswonger 92) complète la deuxième série. Ce n’est qu’une version plus sombre du précédent et la fleur me semble de moins bonne tenue. L’un et l’autre, frères de semis, descendent de HALO IN YELLOW auquel a été apporté la teinte plus soutenue de PEACH BAND (Rudolph 83).

L’arrivage suivant est composé lui aussi de trois iris. Ils ont été enregistrés en 1998, soit neuf ans après les premiers. Dire qu’ils apportent vraiment du nouveau serait exagéré. Ce ne sont que des déclinaisons des précédents, un peu comme le remake un peu plat d’un film qu’on a bien aimé. HALO IN BURGUNDY et HALO IN PEARL, qui sont frères de semis, reproduisent l’effet obtenu avec HALO IN ROSEWOOD, à peu de choses près. Ils ont hérité de la jolie forme des fleurs de leur « mère », HALO IN CREAM, ce qui fait leur charme. La couleur de base du premier est un vieux rose assez soutenu, avec des sépales mauves entourés de vieux rose. Pour le second on peut parler de rose bruyère et de blanc perle (d’où le nom). C’est tout. Celui qui diffère un peu est HALO IN PEACH. Comme on peut s’y attendre sa couleur de base est un rose pèche et le halo pèche se place autour de sépales bien blancs. Au point de vue de la forme, disons que la fleur est plutôt raide et un peu vieillotte. Il a pour origines à la fois HALO IN ROSEWOOD et HALO IN YELLOW, associés à PEACH BAND déjà cité et au bicolore NEFERTITI’S DAUGHTER (Niswonger 91) qui allie le rose, le gris et… un liseré vieux rose.

On aurait pu imaginer que Dave Niswonger allait continuer son travail car toutes les couleurs voisines du jaune n’ont pas été approchées : les tons mordorés – ambre, miel, cannelle… - les jaunes tendant vers le vert – vanille, anis, chartreuse… - ainsi que les bruns. Il a cependant arrêté son expérience car il n’avait plus rien à prouver. Sauf à continuer de se répéter, ce qui n’aurait eu aucun intérêt, ni pour l’obtenteur, ni pour la communauté des iris. Il faut néanmoins saluer la performance d’hybrideur que représente cette série de neuf variétés. Niswonger est un grand professionnel qui possède admirablement les lois de la génétique et les règles de l’hybridation. Comme un musicien classique démontre son habileté en développant des variations sur un thème donné, il a nous a offert une intéressante et jolie musique florale.
RÉCRÉATION

Voici une liste de cinq variétés obtenues par Joë Ghio. Devinez quel est leur point commun.

CUTTING EDGE
HIGHNESS
JUSTMARRIED
ROMANTIC MOOD
WINNING EDGE
RÉCRÉATION ( réponses)

Ces variétés sont les seuls iris jaunes à avoir obtenu la Dykes Medal.

4.11.05

LES FRANÇAIS ET LES IRIS

Si l’on en juge par le nombre de nouvelles variétés d’iris qui sont enregistrées par des amateurs français depuis quelques années, jamais l’iridophilie ne s’est aussi bien portée dans notre pays. Pour confirmer cette impression, il n’est que de voir le nombre de nouveaux lecteurs de ce blogue et la quantité de messages échangés sur le forum de discussion Iris.fr. alors que l’ancien forum, Parlons-Iris, n’avait eu aucun succès. Pourtant la SFIB, l’association qui devrait fédérer tous les amateurs français, traverse une crise majeure : nombre d’adhérents en baisse constante, absence de renouvellement de ses dirigeants, par défaut de candidatures, assemblée générale en présence d’un nombre minimal de membres, impossibilité matérielle de maintenir la parution trimestrielle du bulletin, Iris & Bulbeuses… La réussite de l’organisation de la grande compétition Franciris 2005 cache en réalité une désaffection profonde des nouveaux amateurs d’iris pour toute structure trop formelle, dont l’organisation reste figée et dont les activités, peu nombreuses, faute de bonnes volontés, se cantonnent à des manifestations plutôt élitistes et où les iris n’ont, en général, qu’une place accessoire. La question de la survie en l’état de la SFIB a même été posée lors de l’assemblée générale de cette année. Mais personne n’a osé prendre la décision d’un sabordage qui pourrait prendre la forme d’une dissolution de l’association suivie de la création d’une section « Iris » au sein de la SNHF. La SFIB va donc continuer, avec pour seule réelle perspective l’organisation, et, souhaitons-le, le succès de Franciris 2007. Mais cette manifestation reste assujettie à l’intérêt en terme d’image qu’en tire Tecomah, l’école qui l’accueille et lui assure son rayonnement… L’avenir paraît donc bien morose. Mais l’iridophilie française est bien vivante, et les amateurs d’aujourd’hui, souvent jeunes, se tournent apparemment vers Internet pour chercher des informations et tisser des liens.

Je voudrais qu’Irisenligne leur fournisse une bonne part de ce qui leur manque.
BAPTÊME

Ce n’est pas évident de donner un nom de baptême à une nouvelle variété. A plusieurs reprises ce sujet à été abordé dans ces chroniques, mais cette fois il est prévu de faire le tour complet de la question.

Bien sûr les règles ont évolué au cours du temps, à la fois pour éviter des abus et pour ouvrir un peu plus l’éventail des possibilités, car il faut pouvoir donner un nom nouveau alors que des milliers ont déjà été utilisés. Les règles sont celles de la Nomenclature Internationale des Plantes Cultivées. On va les examiner une à une et voir quelles difficultés peuvent apparaître dans leur application.

1) Les noms de personnes.
Pour que le nom d’une personne soit donné à un iris, il faut soit que cette personne soit décédée depuis plus de dix ans, soit qu’elle ou ses ayants droit ait donné une autorisation écrite. Pour Vitali Gordodelov, il n’y a donc eu aucun problème pour qu’il choisisse le nom de GRAF TOLSTOY (1976) pour l’une de ses nombreuses obtentions. En revanche Lawrence Ransom a du demander à la dédicataire une autorisation pour donner un l’un de ses cultivars le nom de GLADYS CLARKE (2000). Mais il n’est pas possible à un mineur de donner cette autorisation ; alors on triche un peu. Richard Cayeux a-t-il voulu honorer l’une de ses filles ? Il a été obligé de baptiser la variété prévue pour cela SIXTINE C.(94). Le C est là pour Cayeux, évidemment.

2) Les titres.
Il ne serait plus possible aujourd’hui d’enregistrer MADAME FRANÇOIS DEBAT (Cayeux 57), mais il n’y a pas eu d’obstacle à ce que le nom de DOCTOR NOLAN HENDERSON (Hedgecock 2000) soit attribué. Parce que ce ne sont que les titres M. Mme, Melle etc.. qui sont interdits, en quelque langue que ce soit.

3) Nombres et symboles
Les choses se compliquent un peu à ce niveau. En effet les symboles, nombres, signes de ponctuation ou abréviations sont interdits, mais seulement s’ils ne sont pas essentiels pour le sens du nom. Ainsi R. Cayeux a-t-il eu le droit de donner le nom de TROIS MOUSQUETAIRES à l’une de ses dernières obtentions (2004) parce qu’il s’agit pratiquement d’une expression dont les éléments sont inséparables. De même rien ne s’est opposé à ce que Joyce Meek choisisse P.T. BARNUM (79) car les initiales sont partie intégrante du nom. Mais on entre là dans le domaine de l’interprétation donnée à la règle par le « registrar » de l’AIS.

4) L’article
Là encore le dernier mot restera au « registrar » car si un nom commençant par un article (dans n’importe quelle langue) est en principe interdit, il sera tout de même accepté si cet article est « nécessaire » dans la langue en question. LA BELLE AUDE (Ségui 82) a été retenu, mais ce n’était pas évident. En fait l’opposition que le « registrar » pourrait mettre tient à sa capacité de connaître ce qui, dans la langue considérée est nécessaire ou non, et il n’est pas forcément polyglotte, surtout lorsque, avec la mondialisation de l’extension de l’iris, des langues « exotiques » sont utilisées (aux USA, qui parle le breton, le basque, l’espéranto ou l’ouzbek ?) Des anomalies apparaîtront nécessairement, mais elles ne sont pas graves à ce niveau.

5) La langue
La seule langue interdite est le latin, pour cause de confusion possible avec les noms botaniques. Toutes les autres langues sont admises. Cela peut devenir un vrai casse-tête car on baptise des iris dans des pays chaque année plus nombreux. Une autre règle précise qu’un nom déjà utilisé dans une autre langue ne peut pas être repris après traduction. Mais comment savoir ce que veut dire tel ou tel nom dans une langue dont le « registrar » n’a aucune connaissance ? Il existe déjà des doublons en ce domaine. Ainsi Lech Komarnicki n’aurait pas du être autorisé à baptiser un iris BIALA NOC (97) parce qu’en polonais ce nom veut dire « nuit blanche », et que le nom de NUIT BLANCHE a été accordé à Pierre Anfosso en 1979. Enfin, pas plus qu’un nom identique à la langue près, n’est permise l’infime variation d’un nom déjà donné. Mais cette règle subit ou risque de subir les mêmes entorses que la précédente, pour les mêmes raisons. Il existe un moyen d’éviter ces malentendus et ces risques de confusion : que le nom proposé soit présenté à l’enregistrement à la fois dans la langue choisie et dans une langue commune, qui, pour moi, devrait être l’espéranto, mais qui pourrait être, plus vraisemblablement, l’américain. C’est une suggestion que je vais d’ailleurs faire à l’AIS.

6) Les mots et les lettres
Jusqu’à une époque récente, les noms composés de plus de trois mots étaient interdits. Il y a seulement quelques années qu’on est passé à quatre mots pour un nom. Dans ces conditions l’appellation PRINCESSE CAROLINE DE MONACO (Cayeux 97) est tout à fait légale. Ce nom à rallonge respecte également la limite des trente lettres pour un même nom. La règle des quatre mots vient en aide aux langues qui, comme le français, font usage de prépositions et d’articles ; auparavant, par exemple un nom comme COURONNE DE LA MARIÉE n’aurait pas été admissible, alors que les Schreiner ont eu la possibilité de nommer un BRIDAL CROWN (81). Les langues qui se passent de prépositions et les langues agglutinantes étaient outrageusement avantagées, notamment l’anglais ou son cousin l’américain.

7) Les noms d’espèces
Autre interdiction, les noms qui contiendraient le mot « iris » ou tout autre mot pouvant désigner une espèce végétale, notamment celles du genre « Iris ». C’est aussi pour éviter les confusions avec les noms botaniques.

8) L’ego de l’hybrideur
La règle suivante concerne essentiellement les obtenteurs de langue anglaise (ou américaine, évidemment). Il s’agit d’empêcher une appropriation excessive ou mégalomaniaque en utilisant la forme progressive (celle qui fait référence au génitif des langues saxonnes, avec un ‘ en fin de mot, suivi d’un s). Dans cet ordre d’idée, le nom de SCHORTMAN'S GARNET RUFFLES (Schortman 81) me semble en infraction à la règle puisque le nom de l’obtenteur en personne est à la forme progressive. En revanche le nom de PANDORA'S PURPLE (Ensminger 81) ne pose pas de problème car la belle Pandore a pu avoir une mauvaise idée, mais elle n’a jamais hybridé le moindre iris ! La règle suivante est dans le même ordre d’idée : pas d’exagération dans les qualités prêtées à la variété dénommée. LE MEILLEUR DE TOUS est un nom qui serait rejeté, à juste titre. Il est également interdit de choisir comme nom un adjectif, seul, lorsque celui-ci peut être considéré comme désignant une caractéristique de la plante : FRISÉ serait rejeté, FRISOUNETTE (Ségui 98) a été normalement admis.

9) Les noms oubliés
Des noms déjà donnés peuvent être tombés en désuétude, ou bien la plante baptisée a disparu. Dans le premier cas, le nom reste inutilisable sauf si celui qui veut s’en servir à son tour obtient la permission de celui qui a été le premier utilisateur. C’est contraignant, mais justifié. Dans l’autre cas, pour une reprise d’un nom déjà donné, il faut s’entourer de précautions, en particulier il faut s’assurer auprès du premier dénominateur que l’iris n’a pas été distribué et qu’il n’a pas été utilisé en hybridation pour une variété elle-même enregistrée. Toujours la même précaution pour éviter, cette fois, les erreurs de paternité.

On voit que donner un nom à une nouvelle variété n’est pas une affaire simple. Heureusement l’imagination humaine n’a pas de limites et les hybrideurs imaginatifs n’ont pas à se faire de soucis.
QUAND FLEURISSENT LES SEMIS

Dans son dernier catalogue, Keith Keppel donne quelques conseils aux apprentis hybrideurs. Venant d’une sommité comme Keppel, ces conseils doivent être considérés avec le plus grand sérieux. Je sais que de nombreux lecteurs de ce blogue s’amusent à hybrider. Ce qui suit devrait les intéresser.

« A mon catalogue d’il y a deux ans, j’avais ajouté une page expliquant comment réaliser soi-même des semis, pour apprendre à bien faire et pour en tirer du plaisir. Comme au moins quelques lecteurs avaient apprécié cette page, j’ai pensé, cette année, à continuer la discussion.

Commençons par rappeler quelques points. D’abord, les mêmes causes produisent les mêmes effets. Si vous commencez avec quelque chose de médiocre qualité, vous pouvez compter que vous n’obtiendrez que de la qualité médiocre à la génération suivante. Utilisez ce que vous trouverez de mieux qui corresponde à vos objectifs. Cela veut dire en particulier des variétés qui poussent bien, qui ont une bonne résistance aux maladies, qui sont saines, avec un joli feuillage, qui ont un nombre de pousses raisonnable, dont le branchement est capable de maintenir les fleurs au-dessus du feuillage et suffisamment écartées pour qu’elles ne soient pas serrées, avec des tiges suffisamment fortes pour qu’elles ne versent pas. Et bien sûr, que les fleurs soient en nombre, en taille et en forme qui vaillent la peine. Après tout combien y a-t-il de variétés d’iris cultivées uniquement pour leur feuillage ?

La couleur est le facteur le plus souple avec lequel on ait à travailler. Une planche de semis peut comprendre des roses, des jaunes, des crème, des blancs, de même que des mauves et des violets. Tout cela côte à côte. Mais la couleur ne sert à rien si les semis ne possèdent pas les qualités de base énoncées ci-dessus : ils ne sont pas prêts pour une carrière commerciale. (D’accord, on aimerait découvrir une touffe à fleurs rouge pompier avec de fortes tiges, après tout, il y a des exceptions à toute règle !)

Les grands iris d’aujourd’hui se trouvent à environ vingt-cinq générations des espèces de départ, et ils contiennent du matériel génétique issu de plusieurs espèces différentes. Ils sont aussi tétraploïdes, ce qui signifie que les combinaisons génétiques possibles quand on effectue un croisement sont incompréhensibles pour la plupart d’entre nous. Il y a tellement de facteurs différents, chacun d’entre eux pouvant intervenir simultanément, qu’il n’y a pas deux semis qui soient exactement semblables, même s’ils peuvent paraître identiques.

Alors, quel sera votre point de départ ? Cela dépend de ce que vous voulez obtenir. Si vous voulez simplement quelque jolie fleur de votre propre fabrication, croisez les meilleurs variétés (en assortissant les couleurs) et attendez les semis à fleurir. Mais si vous êtes curieux et aventurier, choisissez le but que vous voulez atteindre, prenez les moyens qu’il faut pour y parvenir (comptez un peu aussi avec la chance !). Un jaune à barbe rouge feu ? Un plicata noir et blanc à barbe mandarine ? Un bicolore inversé, brun sur blanc, avec des éperons ? Attention : vous n’atteindrez peut-être pas le but que vous visez, mais vous découvrirez des choses intéressantes en cours de route. Souventefois les semis vous feront prendre la tangente, vous suggérant de nouvelles routes à suivre, vers des destinations que vous n’aviez pas imaginées au départ.

Il est important d’interpréter ce que vous voyez. Il y a deux sortes de pigments de base. Les teintes froides, du bleu au violet-noir en passant par le mauve et le rose orchidée, proviennent de pigments solubles dans l’eau. Les teintes chaudes (crème, jaune, orange, rose) sont solubles dans les corps gras. Elles ne se mélangent pas et elles sont contrôlées par des séries de gènes différents. Par exemple, le modèle plicata est un modèle « froid » ; le modèle « Joyce Terry » ( pétales jaunes, sépales blancs liserés de jaune) est « chaud ». Quand un plicata bleu est combiné à un unicolore jaune, vous pouvez obtenir un plicata brunâtre sur fond jaune. Remplacez l’unicolore jaune par un jaune et blanc du modèle « Joyce Terry » et vous aurez un plicata brun sur fond blanc ( parce que seule la partie jaune de la fleur aura été couverte par le dessin plicata bleu). Et si vous utilisez un amoena jaune (pétales blancs, sépales jaunes) avec le même plicata bleu, vous verrez des pétales plicata bleu et des sépales jaunes bordés de dessins plicatas brunâtres.

Pour visualiser quelles teintes doivent être mariées pour obtenir un effet de couleur différent, rien ne vaut un plicata à fond coloré. A peu près tous les plicatas ont au moins un fond blanc auprès des barbes, même si la couleur de fond est le crème, le jaune, le rose, le rose saumon, l’orange ou n’importe quel ton chaud. Faites attention aux marques plicatas sur les épaules et près de la barbe, là où le fond est blanc. Ensuite regardez à côté, là où le fond coloré apparaît, et vous remarquerez que la couleur du plicata change. C’est la conséquence du mélange visuel des deux types de pigments, qui nous permet de voir des couleurs qui n’existent pas vraiment. Dans la variété CARAMBA, les pointillés violacés sur le fond blanc paraissent d’un brun café dès que le fond devient jaune. Examinez d’autres plicatas pour voir les différentes combinaisons. Vous voulez du rouge ? Cela ne sera pas le rouge pompier que vous espérez, mais sachez que les meilleurs iris « rouges » résultent de la combinaison d’un revêtement de violet rosé sombre sur un fond d’un jaune d’or brillant.

Alors, maintenant, à vous de jouer ! »
RÉCRÉATION

Voici une liste de cinq variétés qui, pour une raison ou une autre, ont toutes eu un moment de célébrité. Devinez quel est leur point commun.

DEBBY RAIDON
NEW MOON
OLA KALA
SPUN GOLD
TRULY YOURS
RÉCRÉATION ( réponses)

Ces variétés descendent toutes du fameux brun TOBACCO ROAD.

28.10.05

CHRONIQUE D'UN CHANGEMENT ANNONCE

C'est la semaine prochaine, première semaine de novembre, qu'Irisenligne new look commencera de paraître. En attendant, dès aujourd"hui, une première chronique de "témoigange".
PLEDGE ALLEGIANCE

Si on en juge par sa descendance, PLEDGE ALLEGIANCE (Schreiner 84) est un iris très recherché par ceux qui entendent obtenir des variétés d’un bleu pur. Ceci est confirmé par Michelle Bersillon, qui ne réalise pas ses croisements au hasard, et qui a fait au sujet de PLEDGE ALLEGIANCE une recherche généalogique complète. Cependant cette recherche aboutit souvent à des trous car chez Schreiner on n’est pas toujours disert sur les origines d’une variété : un numéro de semis est fréquemment la seule indication qui soit donnée. Sauf à interroger l’obtenteur lui-même, il faut donc se contenter de ce qui apparaît en clair, c’est à dire pas grand chose.

Du côté maternel, PLEDGE ALLEGIANCE a pour ancêtres à la troisième génération deux célébrités : BLACK SWAN (Fay 60) d’une part, et NAVY STRUT (Schreiner 72) de l’autre. Le premier est un pilier de la catégorie des iris noirs, le second, qui a été décrit ici en 2002, provient en autres de STERLING SILVER (Moldovan 61), un iris plutôt foncé, en bitone indigo pourpré, décrit ici-même en 2003.

Du côté paternel, le premier nom à être fourni se situe en « demi-finale », c’est à dire au niveau des grands-parents ! Le « père » est encore un semis où apparaissent REGAL RUFFLING (Moldovan 61), ALLEGIANCE (Cook 57 – DM 64) et STERLING SILVER. REGAL RUFFLING est le plus clair : bleu lavande ; il descend de l’inévitable SNOW FLURRY et de CELESTIAL BLUE (Reckamp 52), lui-même issu de CAHOKIA (Faught 46), c’est donc un membre de ce que j’ai appelé la famille Santa Clara (voir la chronique « Les Grands Bleus » publiée précédemment). Quant à ALLEGIANCE, on ne le présente plus mais c’est aussi un membre de la même famille, via le frère de semis de CAHOKIA, PIERRE MENARD (Faught 48). Il s’agit de NEPTUNE’S POOL (Moldovan 69), un iris indigo à barbes claires. La « mère » de NEPTUNE’S POOL est un autre produit Moldovan, SEVEN LEAGUES (66), dans les mêmes tons que son descendant. Dans cette branche-là, le grand ancêtre se nomme PACIFIC PANORAMA (Sexton 60 – DM 65) ; c’est aussi un membre de la famille Santa Clara, par CAHOKIA. Mais dans cette même branche il y a aussi STERLING SILVER qui se rencontre donc au moins trois fois dans les origines de PLEDGE ALLEGIANCE !

De quelque côté que l’on se tourne, on s’aperçoit que PLEDGE ALLEGIANCE est un pur représentant de la famille Santa Clara, puisque à la fois ALLEGIANCE et PACIFIC PANORAMA, les deux plus récompensés de la famille, se trouvent dans son pedigree. C’est ce que l’on peut nommer un bleu de chez les bleus, et c’est cette particularité qui a retenu l’attention des hybrideurs.

Car ils sont un certain nombre à l’avoir utilisé à plusieurs reprises. Les plus importants sont les Schreiner, et Barry Blyth, l’Australien. Mais il y a également les Français Richard Cayeux et Michelle Bersillon, ainsi que le Tchèque Jiri Dudek. Les variétés de ce dernier sont inconnues chez nous, mais PAPAPUBREN (2000), un iris blanc légèrement bleuté, a été très apprécié cette année dans son pays. A noter qu’il s’agit d’un des cinq cultivars issus du croisement (Lime Fizz x Pledge Allegiance) X inconnu, enregistré par l’obtenteur tchèque. Michelle Bersillon a sélectionné parmi ses semis LUNE BLEUE (99) et CŒUR D’HIVER (2000), deux « siblings », amoenas inversés, qui proviennent du croisement Edge of Winter x Pledge Allegiance. MER DU SUD (Cayeux 97), ce superbe bleu soutenu est de Dusky Challenger x Pledge Allegiance.

Du côté de Melbourne, Barry Blyth a utilisé PLEDGE ALLEGIANCE dans au moins quatre croisements. De Perfect Couple x Pledge Allegiance il a enregistré, à ma connaissance, HIGH WATERS (89), bleu pervenche, JUST MAGIC (90), amoena bleu tendre inversé, et SPRING CHILD (91), bleu ciel. De Swirling Seas x Pledge Allegiance il a tiré PAINTED BLUE (91), bleu pur, et SERENE SEA (92), bleu violacé profond. Du croisement inverse il a obtenu MUSIC MAESTRO (90), bleu marine. Enfin de croisement Olympiad x Pledge Allegiance il a proposé SKY ECHO TOO (89), un bleu glacier très clair.

Dans l’usine Schreiner, PLEDGE ALLEGIANCE a servi pour au moins huit réalisations parmi les plus belles dans les tons de bleu de ces dernières années. Dans l’ordre de leur enregistrement ce sont :
ROYAL CRUSADER (85), bitone bleu ;
RIDE THE WIND (91), amoena ;
SIERRA GRANDE (92), amoena très contrasté ;
JAZZ ME BLUE (93), bleu pur, barbes jaunes (Land o'Lakes x Pledge Allegiance) ;
CAPTAIN’S JOY (94), outremer, barbes jaunes ;
BLUE SUEDE SHOES (96), bleu marine ;
CAPITAL CITY JAZZ (97), bleu, barbes blanches ;
BLUE KENTUCKY GIRL (2002), bleu ciel.
A noter que le croisement Land o'Lakes x Pledge Allegiance est la base des variétés BLUE KENTUCKY GIRL, BLUE SUEDE SHOES et CAPITAL CITY JAZZ.

Pour l’anecdote citons encore la variété dénommée FIRST CONTACT (Spoon 97) qui s’offre le luxe d’une triple originalité : c’est une sorte de plicata sur fond bleu lavande, styles et crêtes sont d’un étrange indigo foncé, et le nom de PLEDGE ALLEGIANCE apparaît trois fois dans son pedigree, sous la forme (Pledge Allegiance x Pledge Allegiance)x Pledge Allegiance ! C’est pousser à l’extrême la technique de l’endogamie, mais sûrement au détriment de la vigueur de la plante, laquelle, d’ailleurs, atteint difficilement la taille réglementaire des 70 cm.

Ainsi PLEDGE ALLEGIANCE, digne descendant d’une des plus riches familles d’iris bleus, a-t-il su tenir son rang et donner naissance à une flopée d’iris de grande classe.
TÉMOIGNAGE
ABONDANCE ET SÉLECTION

Le Bulletin de l’AIS n° 339 d’octobre 2005 a publié une longue interview de Joseph Ghio et Keith Keppel. Plusieurs sujets y sont abordés. Irisenligne reprendra les thèmes les plus intéressants dans sa rubrique « Témoignage ». Voici une première question posée aux deux amis, qui fêtent cette année leurs cinquante ans d’hybridation.

« Combien de semis cultivez-vous chaque année, et combien de ceux-ci sont-ils retenus pour examen plus approfondi après la première floraison ?

Keppel : J’essaie de planter environ 10000 graines, dont environ 7500 germeront. Mais les nombres varient d’une année sur l’autre. (…) Le printemps 2003 a été dur pour les semis ; il y en a peu qui ont fleuri pour la première fois, aussi ai-je tout laissé en place et donné une seconde chance à toute la plantation. Normalement ce qui n’a pas fleuri dès la première année, c’est à dire deux ans après que le croisement a été effectué, est jeté, sauf s’il s’agit d’un croisement particulièrement difficile ou si je présage quelque chose de prometteur dans les feuilles ou dans la qualité de la pousse. A peu près 5% des plantes qui ont fleuri sont réservée pour être vues une seconde fois.

Ghio : Cette année ce sera pour moi à peu près comme pour Keith : environ 10000 semis, dont près de 1000 pacificas(1). Mais en temps normal je m’arrête à environ la moitié ; 4 à 5000 serait un maximum. Je pense que ces plantes constituent la quantité que je peux évaluer. La plupart de mes croisements fleuriront dès la première année, aussi le nombre de 3 à 4000 semis me convient-il très bien. Je crois que je vais devenir fou l’an prochain quand je vais devoir évaluer les plantes issues de 10000 semis. Le nombre des sujets épargnés dépend du nombre de ceux qui ont poussé, mais le taux se situe autour de 100 grands iris et de 35 pacificas. Je conserve plus maintenant qu’à mes débuts, parce que le manque de place me forçait à être ultra sélectif. Avec plus d’espace, je garde plus de semis. Ce n’est pas forcément un avantage. Par exemple les semis provenant du croisement dont est issu BUBBLING OVER étaient bons. Par manque de place j’ n’ai conservé que la plante qui me paraissait avoir « tout ». Aujourd’hui, avec plus de terrain, je sauvegarderais plusieurs plantes, mais peut-être le résultat ne serait-il pas différent. »
RÉCRÉATION ( réponses)

Ces variétés sont toutes de la grande famille d’iris bleus issus de SANTA CLARA.
RÉCRÉATION

Voici une liste de cinq variétés bien connues de tous les amateurs d’iris. Devinez quel est leur point commun.

HONEY CHIFFON
PUNCHLINE
POST TIME
CALIENTE
DUTCH CHOCOLATE

21.10.05

RÉCRÉATION

Réponse à la récréation de la semaine dernière :

Ces variétés sont toutes issues du « noir » BLACK FOREST.

La récréation de la semaine :

Voici une liste de cinq variétés qui, pour une raison ou une autre, ont toutes eu un moment de célébrité. Devinez quel est leur point commun.

CAHOKIA
PIERRE MENARD
ALLEGIANCE
PACIFIC PANORAMA
SHIPSHAPE
MOISSON 2005

Les différents concours et critérias (ou critériums si l’on veut éviter un brin de pédantisme !) de 2005 sont maintenant terminés. Il est donc possible de rassembler tous les résultats en un même tableau.

1) Etats-Unis

DYKES MEDAL US :
SPLASHACATA (Richard Tasco 97), amoena-plicata indigo vif, devant
WORLD PREMIER (Schreiner 98), amoena bleu très contrasté
POEM OF ECSTASY (Hager 97), bicolor rose/mauve
WISTER MEDAL (meilleur TB) :
SEA POWER (Keith Keppel 99), bleu marine uni, très ondulé et bouillonné, devant
FOGBOUND (Keith Keppel 98), amoena inversé indigo clair/blanc laiteux, barbes roses
UNCLE CHARLIE (Donald Spoon 99), blanc glacier uni, barbes lavande
KNOWLTON MEDAL (BB)
CHRISTIANA BAKER Fred Kerr 99), amoena blanc/ indigo clair, barbes jaunes
SASS MEDAL (IB)
STARWOMAN (Marky Smith 97), plicata violet sombre sur fond blanc
COOK-DOUGLAS MEDAL (SDB)
MARKSMAN (Marky Smith 97), deux tons d’orange, barbes vermillon
WALTHER CUP (meilleur espoir)
PAUL BLACK (Tom Johnson 2002), unicolore prune, barbes oranges
PRESIDENT’S CUP (meilleure variété originaire de la Région organisatrice de la Convention)
HEARTSTRING STRUMMER (Ben Johnson 97), amoena blanc/mauve, devant
HAZELNUT DELIGHT (Dave Niswonger 2001), blanc bleuté, épaules et barbes noisette
PRETTY JAZZY (Riley Probst 97), MTB, variegata jaune d’or/acajou, barbes orange souci
FRANKLIN COOK MEDAL (meilleure variété obtenue hors de la Région organisatrice de la Convention)
QUEEN’S CIRCLE (Frederik Kerr 99), blanc, sépales liserés bleu drapeau, barbes minium, devant
DRAMA QUEEN (Keith Keppel 2003), plicata aubergine sur fond ocre
QUEEN’S CONSORT (Fred Kerr 2003), blanc, sépales avec fin liseré indigo, barbes oranges

2) France

FRANCIRIS 2005
BYE BYE BLUES (George Sutton 96), bleu glycine à éperons glycine, devant
CHARIOTS OF FIRE (Terry Aitken 2000), unicolore pêche, barbes mandarine vif
GOT MILK (Terry Aitken 2002), unicolore blanc laiteux
Meilleure variété française = GWENNADEN (Gérard Madoré 2001), unicolore blanc pur

CRITERIUM DE L’IRIS (ORLÉANS) – six premières variétés classées -
PERLE ROSE (Jean Cayeux 87), rose corail uni, barbes saumon
LA MEIJE (Richard Cayeux 2000), blanc légèrement bordé bleu, barbes oranges
DYNAMITE (Schreiner 97), grenat pourpré, barbes bronze
MARIE JOSE NAT (Richard Cayeux 2000), bicolore rose / grenat, barbes vermillon
OLD BLACK MAGIC (Schreiner 96), violet foncé presque noir
LOCAL COLOR (Keith Keppel 96), deux tons de violet pourpré, grosses barbes rouges

3) Italie

PREMIO FIRENZE
Florin d’or = PAUL BLACK (Tom Johnson 2002), unicolore prune, barbes oranges, devant
QUEEN’S CIRCLE (Frederik Kerr 99), blanc, sépales liserés bleu drapeau, barbes minium
SUN FUN (Tom Johnson 2002), pétales jaunes, sépales blancs bordés d’or, barbes jaunes
Meilleure variété italienne = NEBBIA DI ROMAGNA (Mauro Bertuzzi 2005), mauve très pale, barbes jaunes pointées mauve

4) Grande Bretagne

BRITISH DYKES MEDAL
Non attribuée

5) Allemagne

IRIS-BEWERTUNG MÜNCHEN
Compétition Nationale
IRINA (Manfred Beer 2005), unicolore pourpre, barbes violettes
ROTER ZAUBER (Bernhard Lesche 2004), bitone violet pourpré, barbes jaunes
ERNST BRÄUNLICH GEDENK-IRIS (Wolfgang Landgraf 2002), unicolore blanc, barbes jaunes

Compétition Internationale
Semis ND n° S 245 – Zdenek Seidl (Rép. Tchèque), bleu lavande, éperons sombres
LA MEIJE (Richard Cayeux 2000), blanc légèrement bordé bleu, barbes oranges
CARISMA (Augusto Bianco 2005), rose pêche lavé de saumon, barbes mandarine

6) Europe Centrale
Compétition Nationale
AVE MARIA (Zdenek Seidl 2005), amoena inversé, parme/blanc liseré parme, barbes bronze
ALBINOS (Jerzy Wozniak 2001), blanc argenté, barbes mandarine
SUNSET STREET (Zdenek Krupka 2003), bitone inversé jaune, barbes orange brûlé

Compétition Internationale
SONGWRITER (Ben Hager 2002), amoena inversé, indigo/blanc glacier
IT’S ALL GOOD (Richard Ernst 2003), amoena inversé, mauve/blanc, barbes jaunes
Ex aequo OLGA K (Eberhardt Fisher 99), lavande, zone blanc s/s barbes blanches
et MONI (Manfred Beer 92), blanc uni, barbes vieil or

7) Russie

Compétition Internationale de Moscou
GOOD THING ( Richard Ernst 2001), bicolore inversé, ocre / blanc liseré or
SMOKIN (Richard Ernst 2001), bitone indigo, veiné de blanc sous barbes
WHISPERING SPIRIT (Richard Ernst 2001), pétales blancs liserés de jaune, sépales pourpres, veinés de blanc et bordés de jaune
BARBANERA (Augusto Bianco 2001), mauve très pâle, épaules et barbes bronze

Concours de popularité
TELEPATHY (Keith Keppel 2003), luminata mauve fumé
Ex aequo EXPOSE (Joseph Ghio 2004), pétales blancs, sépales violets veinés de blanc, larges cernes abricot, barbes oranges
et SANTA ( George Shoop 98), blanc laiteux, épaules abricot, barbes cerise

8) Australie

AUSTRALIAN DYKES MEDAL
JAYCEETEE (Graeme Grosvenor 2001), TB, blanc pur y compris la barbe

I.S.A. MEDAL
BETTER BELIEVE IT (John Taylor 96) LA, blanc, plumetis jaune, bords rouges

9) Nouvelle Zélande
NEW ZEELAND DYKES MEDAL
SALUTE D’AMOUR (Shirley Spicer 2001), TB, bitone corail et rose, barbes corail
Irisenligne change !

Vous pouvez constater dès maintenant qu’Irisenligne a changé. Le sous-titre est devenu : « L’hebdomadaire francophone des amateurs d’iris ». Cela veut dire qu’Irisenligne devient une sorte de e-magazine consacré à l’iris. A tous les iris. Pourquoi ?

Les amateurs d’iris disposaient jusqu’à présent de la revue IRIS & BULBEUSES qui paraissait trimestriellement (tout au moins jusqu’à l’an dernier) et abordait tous les sujets concernant les iris, botaniques comme horticoles. Mais la parution de cette revue passe à un numéro par an. Du coup la plupart des informations qui ont un peu un caractère d’actualité vont disparaître, et bien des sujets ne pourront plus être abordés. Les amateurs francophones, comme moi, vont se sentir frustrés. Alors je vais profiter de ce que ce blogue jouit d’une certaine notoriété (il existe depuis 2001 et plus de 250 articles y ont été publiés) pour l’ouvrir à d’autres sujets que les grands iris barbus qui ont constitué l’essentiel de sa matière.

Je pense que chaque vendredi je continuerai de présenter un texte sur les grands iris, mais d’autres articles vont faire leur apparition, des chroniques régulières, comme les Récréations actuelles, vont apparaître. Des témoignages, des informations pratiques, des nouvelles du petit monde des iris… Une fois par mois, environ, un grand article parlera d’autres sortes d’iris.

Vous avez dès maintenant la possibilité de faire part de vos commentaires sur les textes publiés. Irisenligne devient un peu interactif, et j’espère qu’il y aura beaucoup de ces commentaires, et s’ils posent des questions, j’y répondrai.

Enfin je vais inclure, de temps en temps, des illustrations. Je dispose d’une grande quantité de photos d’iris, mais elles ne sont pas toutes publiables parce qu’elles appartiennent en fait à leurs auteurs, mais celles que j’ai prises moi-même pourront apparaître, de même que celles dont j’aurai obtenu le droit de les publier.

J’espère que les amateurs d’iris seront satisfaits. Je le verrai peut-être aux commentaires qui seront mis en ligne.

14.10.05

RÉCRÉATION ( réponses)

Ces variétés sont toutes des iris roses apparues au début de la « révolution rose ».


RÉCRÉATION

Voici une liste de cinq variétés bien connues de tous les amateurs d’iris. Devinez quel est leur point commun.

WINNER’S CIRCLE
PRAISE THE LORD
BLACK SWAN
STUDY IN BLACK
LICORICE STICK


LES GRANDS BLEUS
(deuxième partie)

Le premier iris bleu foncé, ou, plus exactement indigo vif, à être parvenu au plus haut sommet se nomme ALLEGIANCE (Cook 57 – DM 64). Avec lui on voit une autre famille de bleus prendre sa place dans la hiérarchie. Cette famille est celle de SANTA CLARA (voir ci-dessus au paragraphe concernant SIERRA BLUE) qui a mis du temps à s’imposer, mais qui va s’installer définitivement aux premiers rangs. SANTA CLARA, pour résumer, à eu deux enfants importants, deux frères de semis, CAHOKIA (Faught 46) et PIERRE MENARD (Faught 48). CAHOKIA est d’un bleu glycine tendre, dans le style de BLUE SAPPHIRE, PIERRE MENARD est plus foncé, avec des barbes mandarines plus nettes. ALLEGIANCE vient de PIERRE MENARD. C’est le premier iris bleu véritablement moderne, avec de beaux sépales bien dressés et doucement ondulés, des barbes sombres pointées d’or, et une couleur richement saturée qui lui vient en partie de son côté « maternel », DARK BOATMAN (Cook 53), violet très sombre. ALLEGIANCE a eu une très riche descendance, dont au moins deux DM.

On revient à un coloris plus clair avec PACIFIC PANORAMA (N. Sexton 60 – DM 65). Le bleu est un joli bleu lavande et les barbes sont du même bleu, ce qui est nouveau. PACIFIC PANORAMA vient en droite ligne de CAHOKIA, via un bleu un peu plus gris, SOUTH PACIFIC (K. Smith 52). On reparlera de sa propre descendance dans l’énumération ultérieure des vainqueurs de la DM.

C’est au tour maintenant d’un autre descendant de CAHOKIA, universellement connu aujourd’hui, BABBLING BROOK (Keppel 69 – DM 72). Sept ans se sont écoulés depuis la dernière victoire d’un iris bleu, et les plantes ont pris une allure plus jeune, plus légère, plus gracieuse. BABBLING BROOK est un chef d’œuvre qui a maintenant 36 ans mais il a du mal à avouer cet âge. Bleu ciel, un peu acide, avec des barbes jaune citron, bien visibles, et des ondulations agréables, il est encore indispensable au jardin. Il a eu de nombreux descendants, comme il se doit, mais aucun n’a atteint sa célébrité.

En 1974 c’est SHIPSHAPE (Babson 69) qui triomphe ; un bleu proche du bleu pur, avec de discrètes barbes presque blanches. Il vient en direct de PACIFIC PANORAMA. Il fait donc partie de la famille SANTA CLARA/CAHOKIA. Il va faire l’objet de nombreux croisements dont un au moins ira au bout du chemin des honneurs.

Le bleu de MYSTIQUE (Ghio 75 – DM 80) a fait l’effet d’une bombe. Ce n’est pas un bleu absolu, mais un bleu indigo subtil et envoûtant, clair aux pétales, sombre aux sépales. La fleur a une classe exceptionnelle, bien ondulée, légèrement frisée, d’une tenue excellente. Les juges ont été subjugués et ont couronné cette plante dans un temps record. MYSTIQUE est avant tout un rejeton de la famille GREAT LAKES/CHIVALRY, qui refait surface.

Encore quatre ans et ce sera au tour de VICTORIA FALLS (Schreiner 77 – DM 84) de décrocher la médaille. C’est un parfait exemple de ce que la maison Schreiner sait faire : fleur ample, majestueuse, bien coiffée, bien proportionnée, coloris délicieux proche du bleu pur avec une petite tache blanche sous les barbes, blanches elles-aussi, qui donne du piquant à l’ensemble. Le pedigree de ce VICTORIA FALLS est à première vue énigmatique mais on parvient à le déchiffrer pour s’apercevoir qu’il réunit les forces de deux grandes familles, celle de GREAT LAKES et celle de SANTA CLARA. Par CHIVALRY, FIRST VIOLET(De Forest 51 – DM 56) et QUEEN’S FAVOR (D. Palmer 63) il provient de GREAT LAKES, par CAHOKIA, CLIFFS OF DOVER (Fay 52), WHITE PRIDE (Branch 62), il est issu de SANTA CLARA. Les hybrideurs l’ont abondamment utilisé et par BREAKERS (Schreiner 86) en particulier et DELTA BLUES (Schreiner 94), il est à l’origine d’une formidable série de bleus de toutes sortes.

Les amateurs de bleu vont devoir attendre dix ans pour voir une nouvelle fois leur couleur favorite remporter une Dykes Medal. Ce sera par SILVERADO (Schreiner 87 – DM 94), même si celui-ci n’est pas franchement bleu mais bien bleu argenté très clair. A lire le pedigree de SILVERADO on se demande s’il est rattaché à une de ces grandes familles qui règnent sur les bleus depuis les années 30. Et, si oui, à laquelle. Il faut alors entreprendre une longue remontée vers les origines parsemée d’obstacles dus au peu de renseignements fournis par la maison Schreiner. En effet SILVERADO est un enfant de NAVY STRUT (Schreiner 74) dont la Check-List ne donne en clair que le nom d’un parent, STELING SILVER (Moldovan 61). Celui-ci a pour parent BROTHER CHARLES ( Reckamp 57), frère de semis du blanc CELESTIAL SNOW (Reckamp 57), derrière lequel il y a le bleu ciel CELESTIAL BLUE (Reckamp 52). Et de qui descend CELESTIAL BLUE ? De l’inévitable CAHOKIA ! Voilà le point de rencontre. SILVERADO, peu ou prou, est membre du clan.

Un an après l’argent de SILVERADO, c’est le bleu marbré de HONKY TONK BLUES (Schreiner 88 – DM 95) qui est sur le podium. Pas de doute : HONKY TONK BLUES est bien un bleu de chez les bleus. On peut même affirmer qu’il est au confluent de toutes les lignées. Il est membre de la famille SIERRA BLUE par BLUE RHYTHM, ELEANOR’S PRIDE, BLUE CHIFFON (Schreiner 66) et un frère de semis de ROYAL REGENCY (Schreiner 77). Il est membre de la famille SANTA CLARA par plusieurs voies dont celle d’ALLEGIANCE et NEPTUNE’S POOL (Moldovan 69). La famille HELEN McGREGOR est entrée dans sa ligne par SALEM (Schreiner 57) puis BLUE CHIFFON. Enfin il est rattaché à la famille GREAT LAKES par ROYAL TOUCH (Schreiner 67) et ADMIRAL BLUE (Schreiner 72). Encore, là, ne s’agit-il que de quelques- uns des liens qui se sont tissés au cours de sa filiation.

Il reste encore un bleu parmi les triomphateurs de la DM : YAQUINA BLUE (Schreiner 92 – DM 2001). YAQUINA BLUE descend de SAPPHIRE HILLS, donc à la fois de GREAT LAKES et de HELEN McGREGOR. Mais il descend aussi d’ALLEGIANCE et par conséquent de SANTA CLARA, et de BLUE RHYTHM et de SIERRA BLUE ! Il dispose d’un patrimoine génétique très proche de celui de HONKY TONK BLUES et, comme ce dernier, est une synthèse de tout ce qui a donné naissance aux bleus.

Ainsi en partant de quatre souches différentes, par le jeu des croisements, on est arrivé de nos jours à un brassage où tous les gènes se trouvent mélangés. Cette complexité n’ira pas, avec le temps, en se réduisant. Mais cela importe peu tant que l’on aura des iris qui nous transportent de plaisir et rendent si excitante la passion des amateurs.

7.10.05

Récréation

Voici une liste de cinq variétés qui, pour une raison ou une autre, ont toutes eu un moment de célébrité. Devinez quel est leur point commun.

FLORA ZENOR
ISABELLINA
MELITZA
OVERTURE
SEA SHELL

La réponse viendra la semaine prochaine.

RÉCRÉATION (Réponse)

Ces variétés ont toutes remporté au moins une fois le Critérium de l’Iris du Parc de La Source à Orléans.

ALIZES = 91 et 93
BLACKOUT = 94,95 et 96
GOING MY WAY = 83
HELLO DARKNESS = 2001 et 2002
INTERPOL = 87 et 88

LES GRANDS BLEUS
(première partie)

A coup sûr c’est le bleu qui est la couleur la plus appréciée chez lez iris, les grands en particulier, et depuis sa création en 1927 jusqu’à nos jours il a eu dix-sept iris bleus qui ont obtenu la Médaille de Dykes américaine. Cela fait 24 % ! Il y en a certains que l’on a un peu perdu de vue aujourd’hui et d’autres qui ont conservé une indéniable célébrité. Le but de cette chronique est d’en faire l’inventaire et de parler de leurs lignées.

Le premier à apparaître dans la liste est SIERRA BLUE (Essig 32) qui a eu la Médaille en 1935. Le bleu, plus précisément le bleu lavande ou le bleu pourpré, étant une couleur naturelle chez les grands iris, il est bien normal qu’on l’ait trouvé dans les plantes horticoles dès le début de l’hybridation, mais les progrès ont été lents et les années 20, aussi bien en France qu’en Californie, ont été les premières où de vrais bleus sont apparus. Cependant il a fallu attendre encore une dizaine d’année pour en trouver de grande valeur. SIERRA BLUE fait partie de ce premier lot de champions, en compagnie d’une autre variété à la descendance importante : SANTA CLARA (Mohr-Mitchell 31). Ces deux-là ont joué un rôle essentiel dans l’hybridation des iris bleus comme on va le voir par la suite.

Un contemporain de SIERRA BLUE se nomme MISSOURI (Grinter 32), et il a remporté la Médaille en 1937. Cette variété d’un beau bleu glycine, à peine souligné d’un peu de brun aux épaules, a été l’un des éléments fondateurs d’une lignée royale de bleus. Cette famille incontournable a pour autre origine le fameux GREAT LAKES (Cousins 38), l’iris canadien qui a été couronné en 1942. Son bleu très pur, associé au bleu glycine de MISSOURI a donné naissance à un autre bleu de la liste des DM, le célèbre CHIVALRY (Wills 43 – DM 47), qui a la couleur de sa « mère » MISSOURI et la barbe jaune de GREAT LAKES. A partir de cette souche-là, les hybrideurs ont pu obtenir un grand nombre des variétés bleues que nous connaissons de nos jours.

Après celle de GREAT LAKES et celle de CHIVALRY se situe une autre Médaille de Dykes dévolue à un iris bleu : celle de HELEN McGREGOR (Graves 43) qui date de 1949. Peut-on dire que HELEN McGREGOR est bleu ? C’est discutable. Disons que c’est un blanc bleuté issu de la lignée qui a donné de fort beaux iris blancs en passant par les bleus GLORIOLE (Gage 32) et CLOUD CASTLE (Graves 42). De toute façon si cet HELEN McGREGOR n’a pas engendré directement de bleu vainqueur de la DM, il se trouve dans le pedigree de plusieurs de ceux qui l’ont emporté.

L’année qui a suivi celle de la victoire d’HELEN McGREGOR a vu le couronnement de BLUE RHYTHM (Whiting 45). Cette variété est une petite fille de SIERRA BLUE dont on a parlé au début. Bleu pâle, barbes mandarine pointées de blanc, avec de larges sépales semi-horizontaux, BLUE RHYTHM donne déjà une idée de ce que vont devenir les iris modernes et, en plus, il a eu deux descendants qui, comme lui, ont obtenu la DM : ELEANOR’S PRIDE (Watkins 52) et WHOLE CLOTH (Cook 57). Du premier on reparlera plus tard, du second on peut dire qu’il est l’une des bases de tous les amoenas bleus.

Il faut attendre 1958 pour voir un nouveau bleu triompher dans la compétition. Ce sera BLUE SAPPHIRE (Schreiner 53), un bleu lavande clair à barbes jaunes pointées de blanc. Celui-là fait partie de la famille CHIVALRY puisqu’il en est le descendant direct, en association avec l’immense SNOW FLURRY (Rees 39) dont il tient de jolies ondulations qui n’existaient pas auparavant chez les bleus. A cet endroit on est cependant à un cul-de-sac car BLUE SAPPHIRE n’a pas eu de descendance vraiment notable. Cependant la famille CHIVALRY n’a pas dit son dernier mot et on verra plus loin combien elle a été influente chez les iris bleus.

En 1961 c’est ELEANOR’S PRIDE (Watkins 52) qui remporte la Médaille de Dykes. C’est le produit d’un mariage entre deux familles de bleus : celle de SIERRA BLUE et celle de HELEN McGREGOR. Il est bleu très pâle, presque blanc, avec barbes jaune orangé. Du point de vue de l’aspect, il est en recul par rapport à BLUE SAPPHIRE car il ne bénéficie pas de l’effet de SNOW FLURRY pour les ondulations. Il va néanmoins engendrer une belle descendance qui va refaire son apparition dans les années 80.

29.9.05

CHRISTIANA BAKER

La Knowlton Medal, qui récompense chaque année le meilleur iris de bordure, est allée en 2005 à CHRISTIANA BAKER (Kerr 99). Si j’en parle aujourd’hui ce n’est pas parce que j’ai un attachement particulier à la catégorie dont cet iris fait partie, mais parce qu’il montre des qualités intéressantes dans le type « Emma Cook », type auquel j’ai déjà consacré plusieurs chroniques et qui tient une bonne place dans la hiérarchie de mes iris favoris.

Tel qu’il est décrit par son obtenteur, CHRISTIANA BAKER est un amoena présentant en effet les caractéristiques du type « Emma Cook » : « pétales et styles blancs ; sépales de blanc à bleu violacé clair, bordure bleu foncé, large de 8mm ; barbes jaunes pointées de blanc. » C’est un iris de bordure, puisqu’il ne dépasse pas les 70 cm de haut, et cela n’est pas fortuit puisque son parent féminin est un autre iris de bordure, CLASSIC TREASURE (Burger 83), petit iris blanc aux sépales liserés de bleu, chez qui se rencontrent non seulement les gènes de l’ancêtre des amoenas, WHOLE CLOTH (Cook 58 – DM 62) et ceux de son frère EMMA COOK (Cook 57), mais aussi ceux de l’ancêtre des iris ondulés, SNOW FLURRY (Rees 39), de l’ancêtre des iris bleus, CAHOKIA (Faught 46), et de l’ancêtre des iris frisés, MAY HALL (Hall 52). Voilà un pedigree qui a de l’allure !

Le côté masculin de CHRISTIANA BAKER est tout aussi riche. Il provient de GLISTENING ICICLE (Maryott 82), un célèbre amoena, lui-même descendant d’une lignée d’amoenas réussis : PRESIDENT FARNSWORTH (Muhlestein 74), IVY LEAGUE (Nearpass 68) et LORD BALTIMORE (Nearpass 69). Bien plus tôt dans l’arbre généalogique on trouve certains noms déjà cités, comme SNOW FLURRY, CAHOKIA et WHOLE CLOTH, mais aussi d’autres qui ont tous laissé une trace dans l’histoire des iris, comme SABLE (Cook 38 – DM 40), GREAT LAKES (Cousins 38 – DM 41), PALOMINO (Hall 51) et le troisième joyau de la production de Paul Cook, MELODRAMA (Cook 56).

Que CHRISTIANA BAKER soit une belle réussite n’a donc rien d’étonnant ! Cela explique pour une bonne part le parcours sans faute de cet iris sur le chemin des honneurs : Honorable Mention (1er des BB) en 2001 (et aussi cette année-là 2eme place pour la Franklin Cook Memorial Cup à la Convention d’York en Pennsylvanie) ; Award of Merit en 2003 (1er des BB) et, enfin, Knowlton Medal en 2005. Il est en course encore pour la Dykes Medal, mais à ce niveau il affrontera de rudes concurrents !

Frederick Kerr, l’hybrideur, a utilisé sans tarder les perspectives généalogiques de CHRISTIANA BAKER et il a obtenu une variété excellente, QUEEN’S CIRCLE (99), qui allie une jolie fleur blanche finement bordée de bleu à des qualités de plante remarquables. QUEEN’S CIRCLE, enregistré la même année que CHRISTIANA BAKER, mais dans la catégorie des grands iris, et qui a fait dans les honneurs une aussi belle carrière que celle de son « père », pourrait bien souffler la politesse à ce dernier et enlever prochainement la récompense suprême.


Récréation (Réponse à la question de la semaine dernière)
Ces variétés proviennent toutes de l’hémisphère sud (Australie ou Nouvelle Zélande).

AZURE ANGEL (Grosvenor – Australie)
HELEN DAWN (Grosvenor – Australie)
LIGHT BEAM (Lesley Blyth – Australie)
PINNACLE (Jean Stevens – Nouvelle Zélande)
SOSTENIQUE (Barry Blyth – Australie)

Récréation

Voici une liste de cinq variétés qui, pour une raison ou une autre, ont toutes eu un moment de célébrité. Devinez quel est leur point commun.

ALIZES
BLACKOUT
GOING MY WAY
HELLO DARKNESS
INTERPOL

La réponse viendra la semaine prochaine.

UNE A.G. ‘A MINIMA’

La SFIB a tenu son Assemblée Générale Annuelle la semaine dernière sur la côte normande, à Sotteville sur mer, entre Dieppe et Saint Valéry en Caux. Elle n’a pas attiré les foules d’amateurs d’iris et de plantes bulbeuses puisque seulement une quinzaine d’entre eux avaient fait le déplacement, dont sept des membres du Conseil d’Administration. Dans ces conditions les discussions ont été réduites. Les seules questions qui ont donné lieu à un véritable échange ont été celle du maintien de l’autonomie de la SFIB, celle de la périodicité du bulletin « Iris et Bulbeuses », et celle de l’élection des membres du C.A.

Sur le premier sujet, aucun avis n’a été déterminant, les avantages et les inconvénients s’équilibrant ; le statu quo a été décidé.

Sur la périodicité du bulletin, les échanges ont été plus animés. Mais la décision de passer à un bulletin annuel a été entérinée, faute de solution de rechange.

Le renouvellement des membres du C.A. s’est fait sans surprise. Pour dix sièges à pourvoir, les neuf sortants étaient candidats à leur propre succession. Deux candidatures nouvelles s’étant manifestées, il a été nécessaire d’effectuer un vote à bulletin secret qui a abouti à l’élection de Mmme Yvenat-Menou au siège vacant et au remplacement de Mme Bersillon par Mme Hemme.

Une interview, de la Présidente, réélue, de la SFIB sera publiée ici très prochainement. Ce sera l’occasion de modifier un peu Irisenligne, qui deviendra, en quelque sorte, l’hebdomadaire francophone de l’iris.

21.9.05

Un peu d'avance, cette semaine, pour cause d'Assemblée Générale de la S.F.I.B., en Haute Normandie.

RÉCRÉATION (Réponse à la récréation de la semaine dernière)

Ces variétés ont toutes été obtenues par des femmes.
BLUE RHYTHM (Agnès Whiting)
DEBBY RAIRDON (Lois Kunz)
EARLY LIGHT (Nora Scopes)
SETTIMO CIELO (Valeria Romoli)
SUNSET SKY (Bernice Roe)
Récréation

Voici une liste de cinq variétés qui, pour une raison ou une autre, ont toutes eu un moment de célébrité. Devinez quel est leur point commun.

AZURE ANGEL
HELEN DAWN
LIGHT BEAM
PINNACLE
SOSTENIQUE

La réponse viendra la semaine prochaine.
MELODRAMA

L’histoire des iris est peuplée d’événements fortuits qui ont eu des conséquences inouïes. Par exemple le fait que Paul Cook ait un jour commandé des graines de I. mellita et qu’il ait reçu par erreur des graines de I. reichenbachii. En 1944, un des semis de reichenbachii fut croisé avec le pollen du grand iris bleu SHINING WATERS (Douglas circa 35). Un des rares produits de ce croisement fut croisé de nouveau avec SHINING WATERS : ainsi naquit le fameux petit iris PROGENITOR (Cook 51). A l’époque le projet de Paul Cook était d’approfondir la couleur bleue des iris et il eut l’idée d’utiliser PROGENITOR dans ce but. Mais le résultat dépassa ses espérances. Il constata que l’espèce I. reichenbachii disposait d’un gène inhibiteur de la coloration des pétales et qu’il avait sans le rechercher créé un nouveau type d’iris. Croisée et recroisée avec des iris bleus, la souche PROGENITOR X SHINING WATERS fut enfin mariée au rose orchidée DREAMCASTLE (Cook 43). Le résultat : un iris agréablement ondulé, avec des pétales d’un bleu violacé clair qui va en s’assombrissant jusqu’on violet vif, sur les sépales. En prime ce semis était une plante de belle taille, bien branchue et avec de nombreux boutons. Il fut baptisé MELODRAMA (Cook 56).

Cook ne s’est pas arrêté à ce succès. Il a continué son travail et du couple PROGENITOR X SHINING WATERS, associé à d’autres souches, il a obtenu près d’une douzaine d’iris de valeur dont trois ont été des jalons indispensables dans l’histoire de l’iridophilie en général et des iris amoenas en particulier : EMMA COOK (57), SUPERLATION (57) et WHOLE CLOTH (57 – DM 62).

MELODRAMA, qui n’est pas un amoena mais plutôt un néglecta, pour sa part, a donné naissance au cours des années 60 et 70 a une quantité considérable de nouvelles variétés. On y trouve, bien entendu de nombreux néglectas et amoenas, mais aussi des iris de beaucoup d’autres coloris, au gré des croisements. Cela va du type variegata au type bicolor puis aux fleurs jaunes, rose orchidée, rouille ou ocre, mais presque toujours dans le type bitone. Il est nécessaire d’ajouter que MELODRAMA a joué une part prépondérante dans l’apparition de modèle de plicata « Spinning Wheel », ou bitone-plicata. SPINNING WHEEL (Nearpass 74) a en effet pour pedigree : (Dancer’s Veil x (New Adventure x (Captured Heart x Melodrama)) x Ribbon Round) X Charmed Circle.

Dans les tons de bleu on peut citer A PROPOS (Babson 64), CLOUD CAPERS (Schreiner 66), DREAM LOVER (Tams 71 – DM 77) ou RIPPLING CLOUDS (Hamblen 74) ; Dans le type variegata il y a GYPSY LULLABY (Hamblen 60), BON VIVANT (Plough 63), AMIGO’S GUITAR (Plough 64) ou COSMOPOLITAN (Hamblen 72) ; chez les bicolors parlons surtout de TOUCHE (Hamblen 69), chez les jaunes de QUEEN OF FLORENCE (Mallory 76, primé l’année précédente à Florence, comme son nom l’indique), chez les roses de ROSILLA (Tams 72), et chez les pourpres ou violacés de GONDOLIER (J. Nelson 71) ou de l’obtention française LUCINOU (Brun 78). Et cette liste deviendrait interminable si on devait la compléter par les descendants aux générations ultérieures de tous les iris issus de MELODRAMA, y compris ceux provenant de SPINNING WHEEL !

Il n’est donc pas exagéré de dire de cet iris qu’il constitue une des pierres angulaires de l’hybridation. Ce qui amène à une autre constatation : si Paul Cook s’était tenu scrupuleusement à son projet d’amélioration des iris bleus, il aurait peut-être rejeté le maigre PROGENITOR, et n’aurait jamais obtenu ses plus importantes variétés… Alors, quand on recommande aux hybrideurs débutants de déterminer un thème de recherches, il faut ajouter un autre conseil, celui de ne pas hésiter à bifurquer s’ils ont la conviction d’avoir découvert quelque chose d’intéressant.

16.9.05

Récréation

Voici une liste de cinq variétés qui, pour une raison ou une autre, ont toutes eu un moment de célébrité. Devinez quel est leur point commun.

BLUE RHYTHM (DM 50)
DEBBY RAIRDON (DM 65)
EARLY LIGHT (BDM 83)
SETTIMO CIELO (FO 99)
SUNSET SKY (FO 69)

La réponse viendra la semaine prochaine.
LA RÉVOLUTION ROSE

Après le passage à la tétraploïdie, la seconde révolution qui a secoué le monde des iris a été la révolution rose.

En fait cette dernière est l’un des avatars de la révolution tétraploïde. Laissons Ben Hager en parler (1) : « …tout à coup, le rose apparut sur plusieurs iris presque au même moment, accompagné de barbes mandarine, inévitables acolytes des corolles et calices roses.
La découverte de tous ces roses s’échelonna sur une période d’environ dix ans. Cette couleur dont on n’avait jamais vu les iris se parer envahit les jardins des hybrideurs qui travaillaient sur des fleurs aux origines inconnues. En ce temps-là, dans l’ensemble, les hybrideurs ne se souciaient guère de laisser des traces écrites des hybridations réalisées. Des évènements similaires se sont produits dans d’autres hybridations, jamais, toutefois, si vite et à cette échelle.
Il existait une bonne raison à l’apparition soudaine d’iris roses. Le rose est une couleur récessive. En d’autres termes, les quatre chromosomes de l’hybride tétraploïde hérités des parents doivent tous porter le gène responsable de la couleur rose pour que puissent être produites des plantes à fleurs roses. Cela explique pourquoi la couleur rose mit si longtemps à se manifester. Elle en pouvait se réaliser dans les diploïdes, qui ne comportent que deux chromosomes homologues pour ce facteur. »

On attribue la paternité du premier iris d’un rose presque parfait à P. A. Loomis, obtenteur du Colorado. Cette avant-garde s’est appelée SEA SHELL et a été obtenue au début des années 20. Presque au même moment, un autre rose a été enregistré, GOLDFISH (Wareham 1924), qui est un petit iris rosâtre bitone à barbes mandarine. P. A. Loomis, sur sa lancée, enregistra en 1929 un autre rose, SPINDRIFT, qui fut le premier à avoir un véritable succès commercial, peut-être du en partie au fait que, présenté à la Foire de Chicago en 1933, il déchaîna les critiques des experts de l’époque qui prétendirent que le rose n’était pas une couleur naturelle et que Loomis avait du tricher et utiliser un colorant pour teinter son iris ! ISABELLINA, autre rose, obtenu en 1934 par un autre obtenteur, Sidney Mitchell, eut un destin particulier en ce sens qu’il ne fut jamais enregistré du fait de son manque de substance, ce qui ne l’empêcha pas d’être abondamment utilisé par ceux qui voulaient à leur tour obtenir des iris roses. A noter que cet ISABELLINA est un frère de semis d’un autre jalon de l’iridophilie, le jaune HAPPY DAYS, premier tétraploïde jaune. ISABELLINA est, entre autres le « grand-père » du beau bitone rose vif PARADISE PINK (Lapham ).

Au cours des années 30 de nombreux roses apparurent un peu partout, mais c’est surtout à partir des années 40 qu’ils atteignirent le plein succès. Paradoxalement MELITZA (Nesmith E. 40), considéré comme rose, est en fait plus ivoire que rose, mais il eut un rôle important en hybridation, tant chez les véritables roses que chez les iris beiges ou chartreuse. A la même époque, ce sont les frères Sass qui ont présenté le rose le plus vif, baptisé FLORA ZENOR (42), battu sur ce plan par PINK CAMEO (Fay 44) encore plus rose, et de forme impeccable. L’un et l’autre font partie de la base des iris roses d’aujourd’hui.

D’où provient cette couleur rose si mystérieuse ? Ben Hager poursuit son exposé de la façon suivante : « L’apparition simultanée de la couleur rose en des lieux distincts, sous l’impulsion de différents hybrideurs, fut un phénomène étrange. En général, on pouvait trouver dans des iris voisins l’explication de l’apparition d’une nouvelle couleur. La limitation des coloris aux mauves et aux violets dans les tétraploïdes indiquait que la plupart des coloris du nouveau groupe des grands iris à barbes devaient provenir des diploïdes. » C’est le cas notamment de la couleur jaune, qui est issue de I. variegata, diploïde, mais dont les couleurs sont passées chez les tétraploïdes. La couleur rose est une évolution, certains disent une mutation, de ce jaune ; SEASHELL provient ainsi d’un semis variegata. Et il est avéré que le rose anglais EDWARD WINDSOR (Morris 45) est le rejeton de deux iris jaunes. Ainsi la couleur rose a-t-elle le jaune pour origine, mais celle-ci est longtemps restée inconnue du fait de l’absence de renseignements fiables dans les pedigrees.

Il faut bien dire que les premiers iris considérés comme roses contenaient une bonne dose de couleur jaune, donnant naissance à des roses un peu beiges ou pèche, et que le défi relevé par les hybrideurs a consisté à éliminer le jaune et concentrer le rose. Ce fut notamment le but que se fixa David Hall, et qu’il concrétisa en unissant le variegata RAMESES (Sass 29 – DM 32) et le bitone grenat DAUNTLESS (Connell 29 – DM 29) aux descendants de SEASHELL. Il obtint ainsi ses fameux roses flamant qui ont marqué l’histoire des roses. Pour se donner une idée des améliorations successives apportées au coloris, il est intéressant de suivre en photo, par exemple, le parcours de SEASHELL au charmant rose LOVELY KAY : SEASHELL (Loomis 24) -> MOROCCO ROSE (Loomis 37) -> OVERTURE (Hall 42) -> PINK CAMEO (Fay 44) -> PINK ICE (Rudolph 51) -> PINK TAFFETA (Rudolph 68 –DM 75) -> PINK SLEIGH (Rudolph 70) -> LOVELY KAY (Hamblen 80) !

L’émergence du rose fut vraiment la deuxième révolution dans le monde des iris et, à ce jour, cela reste la seule couleur nouvelle générée par le passage aux iris tétraploïdes. Mais ce fut quelque chose de formidable et on ne saurait compter les variétés roses existant aujourd’hui.

(1) in L’IRIS, de Josh Westrich – Thames and Hudson 1989.

9.9.05

LA PREMIÈRE RÉVOLUTION

Pendant très longtemps les grands iris qui étaient cultivés et hybridés étaient des iris diploïdes, mais cette caractéristique génétique n’était connue de personne, pour la bonne raison que l’on ignorait l’existence des chromosomes et, a fortiori, celle de leurs assemblages. Dans la nature, et plus particulièrement dans les Balkans ou en Asie Mineure, il existait bien des iris assez semblables à ceux que l’on cultivait en Europe de l’Ouest, mais plus grands et plus robustes. Cependant, à l’usage, les amateurs se sont rendu compte que ces belles plantes n’avaient qu’un choix très limité de coloris (entre le violet et le bleu) et qu’elles supportaient mal les climats frais et humides. D’où l’idée de croiser les anciens, plutôt grêles mais de couleurs très variées, avec les nouveaux, plus forts et plus spectaculaires. Les premières tentatives ne donnèrent pas grand’ chose : presque pas de graines et des plantes, grandes, certes, mais stériles et sans autres qualités remarquables. Ce n’est qu’à la longue, après bien des essais infructueux, que l’on obtint des hybrides à la fois fertiles et beaux. Personne ne savait pourquoi. Oui, un botaniste du nom de Strassburger avait bien, en 1882, observé la présence de chromosomes dans les plantes, mais cette découverte n’avait suscité aucun intérêt. Ce n’est qu’une quarantaine d’années plus tard que les premiers décomptes de chromosomes révélèrent la raison pour laquelle les iris balkaniques, et leurs rares hybrides féconds, étaient plus grands et plus beaux : ils avaient quatre paires de chromosomes au lieu des deux paires qui caractérisaient les iris anciens.

Pour bien expliquer ce phénomène, je n’ai rien trouvé de plus parfait qu’un texte signé de Ben Hager, l’hybrideur bien connu, publié dans la première partie d’un livre de photographies artistiques d’iris, « L’Iris », du néerlandais Josh Westrich. Voici cette explication :
« Tous les organismes vivants, plantes et animaux, se composent de cellules. Toutes les cellules possèdent une structure de base commune et comportent chacune un noyau. Dans une seule de ses entités infinitésimales se regroupent de nombreux chromosomes dont le nombre varie suivant les organismes. Les chromosomes portent une carte génétique qui contrôle le développement et les caractères du nouvel organisme après la fécondation. La cellule-œuf produit de nouvelles cellules en tous points identiques et destinées à former une structure entièrement rajeunie. Au moment où dans la fleur se forment les cellules reproductrices ou gamètes, le nombre de chromosomes est divisé en deux lots égaux mais avec, souvent, un brassage des caractères portés par les chromosomes. Des cellules mâle et femelle du même parent (autofécondation) ou provenant de parents différents, vont donner des cellules-œufs ayant un patrimoine génétique différent et produiront des plantes différentes. (…) »
« La nature préfère la simplicité. Les individus provenant de la fusion de deux lots réduits de chromosomes sont dits diploïdes ; la plupart des organismes sont diploïdes, ou, du moins, l’étaient à l’origine. Mais les accidents arrivent : si, durant la formation des gamètes, les cellules ne réduisent pas correctement le nombre de chromosomes, l’œuf contient quatre jeux de chromosomes au lieu de deux. De telles cellules sont dites tétraploïdes ; du fait de l’accident auquel elles sont dues, elles possèdent tout en double. (…) En augmentant de deux à quatre le nombre de chromosomes dans une cellule, on porte à plusieurs millions le nombre de combinaisons possibles de gènes. Non seulement on accroît les dimensions ou la robustesse de la plante ou de la fleur, mais l’on multiplie encore de façon inimaginable, les possibilités de combinaisons de couleurs et de motifs…. » Or les iris grands et beaux étaient tétraploïdes, sans doute à la suite d’un accident génétique comme décrit ci-dessus.

Pourquoi les premiers croisements entre les « nouveaux » iris orientaux et les « anciens », originaires de nos contrées, ne donnèrent-ils que des plantes décevantes ? C’est que l’on avait mélangé des plantes tétraploïdes, les « nouveaux », avec des plantes diploïdes, les « anciens ». D’où l’obtention de plantes triploïdes (un lot de chromosomes du parent diploïde et deux lots de chromosomes du parent tétraploïde), qui sont presque toujours stériles. Et si des croisements plus tardifs se sont révélés superbes et fertiles c’est qu’ils étaient, toujours accidentellement, tétraploïdes, par le fait d’un gamète non réduit chez un parent diploïde.

Cet accident s’est en fait produit un assez grand nombre de fois pour que les hybrideurs du début du XXeme siècle créent, sans mesurer la portée de leurs efforts, une nouvelle race d’iris, celle que nous connaissons actuellement et qui continue à être développée par les hybrideurs. Ce fut la première révolution dans le monde des iris, un monde qui en a connu plusieurs autres, pour notre plus grand bonheur.

1.9.05

David F. HALL

C’était une belle journée d’été, mais il avait 93 ans et était un peu sourd. Quand il a traversé le passage à niveau, tout près de chez lui, à Wilmette, dans la banlieue nord de Chicago, il n’a pas entendu le train qui arrivait. C’est ainsi qu’est mort David Hall, l’un des plus grands obtenteurs d’iris de tous les temps.

Il était né en 1875 à Blenheim, dans l’Ontario, au Canada. Il n’avait que cinq ans quand son père a été tué dans un accident provoqué par les chevaux emballés du fourgon qu’il menait. Curieuse coïncidence que de voir le père puis le fils tués dans des accidents de la circulation, à plus de 80 ans d’intervalle ! Quand sa mère s’est remariée, il a été pris en charge par ses grands-parents maternels qui l’ont élevé jusqu’à ses quinze ans. Son grand-père a eu sur lui une influence prépondérante et il semble que ce soit de lui qu’il tenait son caractère rustique mais carré, aux convictions bien ancrées, tempéré par un humour solide et ravageur.

A 21 ans, David Hall est entré à la compagnie de téléphone ATT, dans laquelle il a fait toute sa carrière, notamment en charge de ce qu’on appellerait de nos jours le service après vente, jusqu’à la retraite, en 1940. La passion pour les iris remonte chez lui au début des années 20 et il y a consacré, dès lors, une bonne partie de ses loisirs. Mais ce n’est qu’après sa vie professionnelle qu’il s’y soit entièrement investi.

Il s’est intéressé en priorité aux iris roses. Mais ses premiers semis furent particulièrement décevants. A l’époque il pratiquait aussi l’élevage des chevaux et du bétail dans une ferme du côté de Calgary, au Canada. Il se rendait compte qu’en cette matière les résultats tangibles n’apparaissaient guère avant la troisième génération. C’est pourquoi il en a déduit que les lois génétiques applicables aux animaux devaient valoir aussi pour les plantes. Il a donc repris son travail sur les iris à zéro et ses premiers résultats appréciables sont apparus en 1927. Il a poursuivi ses travaux d’amélioration de générations en générations et on peut sans se tromper lui attribuer le titre de père de l’endogamie. En 1942, après 17 ans de persévérance et d’acharnement, sont apparus les premiers iris valables en rose à barbe orange. Ce furent le bien nommé OVERTURE, qui est aussi le plus clair, DREAM GIRL, le plus vif de ton, mais le moins costaud, et FANTASY, plus nettement teinté de mauve. A ce nouveau coloris d’iris, Dave Hall donna le nom général de « Flamingo Pink ». De FANTASY descend CHERIE (48), qui fut le premier rose à obtenir la Médaille de Dykes, en 1951. Jusqu’à la fin Dave Hall introduisit de nouveaux roses : parmi les plus remarquables figurent VANITY FAIR (50), BALLERINA (50), HAPPY BIRTHDAY (52) et MAY HALL (52), puis LYNN HALL (56) et FASHION FLING (65), l’un des tout derniers.

Au gré des croisements, cette lignée a donné naissance à des variétés d’autre coloris qui ont été à leur tour des étapes décisives de l’hybridation :
RADIATION, dans les tons de violet, à l’origine de ENCHANTED VIOLET (Hamblen 57), rose violacé ;
FROST AND FLAME (56), célèbre blanc à barbes rouges ;
LIMELIGHT (52), jaune teinté chartreuse, premier d’une longue lignée de jaunes ;
PALOMINO (51), aux pétales roses sur des sépales blancs bordés de rose, avec barbe orange, très utilisé par la suite ;
WINE AND ROSES (63) bitone rose sur pourpre.
Les roses de Hall ont très vite acquis une renommée mondiale, grâce, en particulier, aux photos en couleur reproduites dans le catalogue Cooley.

Cependant ce n’est pas seulement dans les iris roses que David Hall s’est illustré. C’est ainsi qu’avec GOLDEN GARLAND (56), il a été le premier à présenter un iris aux pétales or, au-dessus de sépales blancs liserés d’or, un modèle qui a, depuis, fait florès et qui est celui de JOYCE TERRY (Muhlestein 74), universellement connu, et de DEBBY RAIRDON (Kuntz 65), premier du genre à décrocher la D.M., en 1971. Notons encore l’apparition de MELODY LANE (49), premier iris abricot digne de recevoir un A.M. Dave Hall n’a pas négligé non plus le modèle plicata, à commencer par FIRECRACKER (43), marqué d’acajou, jusqu’à DOT AND DASH (59), richement violacé.

Enfin il faut rendre hommage à David F. Hall pour avoir introduit dans nos fleurs favorites cette dentelle qui frise si joliment les bords des pétales d’un grand nombre des variétés d’aujourd’hui. Le précurseur s’appelle CHANTILLY, et il est apparu en 1940 ! C’était tout au début de la seconde vie de son obtenteur, celle qu’il a vouée aux iris et aux hémérocalles, et qu’il devait mener jusqu’à son dernier jour, sous les roues d’une locomotive aveugle.

26.8.05

GWENNADEN
ou comment faire du blanc avec du bleu

GWENNADEN (Madoré 2001) est une plante qui a plus d’un mérite. Tout d’abord il faut souligner que ce n’est pas l’obtention d’un professionnel mais celle d’un pur amateur, passionné d’iris depuis des années et qui a eut le courage d’enregistrer quelques-unes unes de ses obtentions. Il a bien fait car ce GWENNADEN est une grande réussite. Les visiteurs de Franciris 2005 ont pu admirer cet iris qui érigeait ses hautes tiges, sans complexe, au milieu d’autres, d’origines plus fameuses. Il est même regrettable que le sort l’ait placé un peu loin du public, tout au bord du plan d’eau qui délimitait le fond de la plantation, et inapprochable par d’autres que les membres du jury. Ceux-ci ont toutefois pu d’autant mieux l’apprécier que ses fleurs d’un blanc de lait se détachaient admirablement sur le fond sombre de l’eau qui ciselait ses ondulations impeccablement tuyautées comme une coiffe bretonne.

En langue bretonne, gwennaden c’est cette blancheur sur la mer qui signale au pêcheur la présence d’un banc de sardines. Une blancheur qui, en quelque sorte émane du bleu de l’océan. On ne pouvait trouver un nom plus adapté pour cette fleur blanche, issue de deux iris bleus. En effet les parents de GWENNADEN sont HONKY TONK BLUES (Schreiner 88 – DM 95) du côté féminin, et SCANDIA DELIGHT (Schreiner 89). On ne décrit plus HONKY TONK BLUES dont le bleu marbré de blanc a fait le tour du monde, en revanche SCANDIA DELIGHT, bleu pervenche à barbes blanches, est nettement moins connu. L’un et l’autre sont des fleurs parfaites au plan esthétique, avec cette ampleur et ses ondulations gracieuses qui caractérisent les produits de la maison Schreiner. Ceux qui ont quelques notions de génétique des iris savent qu’un iris blanc provient essentiellement de deux blancs ou d’un bleu et d’un blanc. Si cette dualité n’est pas apparente à première vue chez GWENNADEN, elle se découvre très vite à la lecture de son pedigree. Rien de blanc, certes, du côté de HONKY TONK BLUES, si ce n’est une lointaine origine plicata (responsable des marbrures pâles qui donnent son caractère à cet iris original) où se cachent ROCOCO et ses antécédents SNOW CRYSTAL (Wills 49) et CAROLINE JANE (DeForest 51). Mais chez SCANDIA DELIGHT, le blanc n’est pas loin, et il a les meilleures origines. On peut ainsi partir du grand ancêtre que fut KASHMIRE WHITE (Foster 1912), passer par PURISSIMA (Mohr-Mitchell 27) à la génération suivante, puis suivre deux branches des descendants de cet iris un peu faiblard mais puissant au plan de la génétique. D’une part il y a eu une première branche qui a donné la lignée de blancs de Nouvelle Angleterre dont, à la quatrième génération, THE CITADEL (Graves), puis CONCORD TOWN (Buttrick 54), puis CUP RACE (Buttrick 63). D’autre part il y a eu l’inévitable SNOW FLURRY (Rees 39) d’où découlent REHOBETH (DeForest 53 – FO 57), POET’S DREAM (O. Brown 57), WINTER OLYMPICS (O. Brown 63 – DM 67) puis TUFTED CLOUD (Schreiner 71). CUP RACE et TUFTED CLOUD ont été croisés pour donner le grand-père de SCANDIA DELIGHT, et le tour est joué.

Du côté des bleus, l’ascendance n’est pas mal non plus puisqu’on y découvre GREAT LAKES (Cousins 38 – DM 41), ELEANOR’S PRIDE (Watkins 52 – DM 61), ALLEGIANCE (Cook 57 – DM 64), PACIFIC PANORAMA (N. Sexton 60 – DM 65), et plusieurs autres d’aussi bonne lignée.

Avec des ancêtres aussi prestigieux, il n’est pas étonnant que GWENNADEN ait de la classe. Son obtenteur, Gérard Madoré, n’a pas eu que de la chance : il avait mis tous les atouts de son côté et sa réussite ne doit pas tout au hasard comme c’est parfois le cas quand on évoque les variétés en provenance d’amateurs. Si j’avais un conseil à donner aux hybrideurs, je les inviterais à se procurer ce GWENNADEN et à l’utiliser sans retenue, pour profiter de ce que cette plante apporte au monde des iris en terme de robustesse et d’ondulation.

19.8.05

ACAJOU

Parce qu’il n’existe naturellement pas, l’iris rouge a, de tous temps, tenté beaucoup d’hybrideurs. Aujourd’hui quelques-uns sont en train de l’obtenir (ou, du moins, le pensent-ils) au moyen de manipulations génétiques. Plutôt que de jouer ainsi aux apprentis sorciers, peut-être serait-il plus sage, et moins risqué, de rechercher l’amélioration des iris brun-rouge et, tout particulièrement, ceux qui se parent d’un beau brun acajou : ils sont peu nombreux bien qu’ils présentent un réel intérêt pour le jardin.

Avant d’entreprendre d’analyser l’évolution de ce coloris depuis les années 50, il faut faire une légère digression : les différences de couleurs, pour une même variété, selon les conditions de sol et d’ensoleillement, sont particulièrement nettes chez les iris brun-rouge qui, d’ailleurs, donnent de meilleurs résultats en climat tempéré. Telle variété qui offre de magnifiques fleurs acajou, c’est à dire brun-rouge mais teinté de pourpre, sous le ciel de l’Oregon, sera plus claire (mais aussi plus chétive) dans l’air torride de l’Arizona. Certains, comme Neva Sexton, se sont efforcés d’obtenir des iris brun-rouge adaptés aux climats chauds et secs, mais les résultats ont été dans l’ensemble assez décevants. Heureusement, en France, les différences de climat ne sont pas aussi importantes qu’aux Etats-Unis, et nos compatriotes n’ont pas à craindre les déboires éprouvés par les Américains des Etats du Sud.

La base par excellence des iris brun-rouge, et donc des iris acajou, se situe dans le croisement MEXICO X TOBACCO ROAD, deux variétés obtenues par le docteur Kleinsorge dans les années 40. De cette union sont nés, entre autres, BRYCE CANYON (Kleinsorge 44), PRETTY QUADROON (Kleinsorge 48), VOODOO (Kleinsorge 48) et, surtout, INCA CHIEF (52) issu d’un semis identique, réalisé par Grant Mitsch, un voisin de Kleinsorge, grand obtenteur d’hémérocalles, mais qui ne dédaignait pas pour autant les iris. De BRYCE CANYON, via GYPSY JEWELS (Schreiner 63), provient VITAFIRE (Schreiner 68), l’un des plus beaux iris brun-rouge, et, par lui, POST TIME (Schreiner 71), un iris vraiment acajou. Le même BRYCE CANYON est à l’origine de WAR LORD (Schreiner 68) et de SPARTAN (Schreiner 73). INCA CHIEF est à l’origine de deux autres variétés franchement acajou, qui s’appellent CREDO (Babson 64) et BURNISHED GLOW (Schreiner 68). Un autre enfant de TOBACCO ROAD, par un croisement avec CASA MORENA, est ARGUS PHEASANT (DeForest 48 – DM 52 -), lequel a engendré un grand iris acajou nommé TALL CHIEF (DeForest 55) qui a donné de nombreux descendants, mais plus spécialement dans les tons de bronze ou de miel, avec cependant au moins un brun-rouge, RED LION (Hager 86) dont on reparlera plus loin.

A ce stade de l’évolution on est donc en possession de BURNISHED GLOW, CREDO, POST TIME, SPARTAN et WAR LORD. Chacun de ces iris va être utilisé en hybridation et donner des variétés acajou. Parmi elles on remarque EVENING IN PARIS (Sexton 76), descendant de CREDO ; CLEAR FIRE (Stevens 81) et SHANIKO (J. Meek 83) qui proviennent de POST TIME ; de SPARTAN, HURRIN HOOSIER (Linda Miller 94) et MATAMORE (Anfosso 90) qui est aussi lié à POST TIME ; quant à WAR LORD il a donné MAHOGANY RUSH (Williamson 79) et SHANIKO déjà cité.

Il y a des voies bien détournées qui mènent aussi aux iris acajou. Par exemple celle empruntée par Bill Maryott pour obtenir AUSTRIAN GARNETS (91) et, bien évidemment, ses propres descendants comme TEXAS RENEGADE (2002), acajou comme il se doit. Dans le pedigree de cet iris il y a MALAYSIA (Ghio 76) qui est dans les tons de brun et qui a pour père SAFFRON ROBE (Moldovan 68), lequel a lui-même pour père GYPSY JEWELS, dont on a parlé plus haut, et qui provient de TOBACCO ROAD ! Ce MALAYSIA dont on vient d’évoquer les origines se trouve derrière un rouge très connu, LADY FRIEND (Ghio 81), et ce LADY FRIEND se retrouve dans MULBERRY ECHO (Maryott 97) qui fait partie des acajous. On n’en sort pas, TOBACCO RAOD est partout.

Donald Spoon, un hybrideur qui porte un intérêt très particulier aux iris rouges, a obtenu plusieurs variétés acajou, comme GUINEVERE’S KISS (2004) et MAROON MOON (95). Ce dernier n’est pas officiellement lié à TOBACCO ROAD, mais de son parent masculin, TIME LORD (Tompkins 87) on sait seulement qu’il descend d’une lignée d’iris « rouges », ce qui ouvre la porte de toutes les suppositions. En revanche on peut être plus affirmatif pour GUINEVERE’S KISS dont le père, RED LION, est un lointain descendant de TOBACCO ROAD, via INCA CHIEF et BRASS ACCENTS (Schreiner 58), lequel descend aussi d’ARGUS PHEASANT ! Donald Spoon s’oriente à présent vers le « rouge pompier » via d’autres voies mais celles-ci croisent cependant parfois les précédentes, notamment quand il fait usage de LADY FRIEND ou de ROGUE (Ghio 96) dans les gènes duquel on retrouve, comme par hasard, MALAYSIA qui figure comme on l’a vu dans la lignée de rouge acajou de Bill Maryott.

J’ai plus confiance dans la méthode Spoon pour atteindre le rouge que dans la méthode Ernst. Ce dernier a délibérément choisi la manipulation génétique, avec tous les risques qu’elle sous-entendra quand ses « rouges » (si tant est qu’il en obtienne !) seront croisés dans toutes les directions par les innombrables hybrideurs qui s’activent à travers le monde. Le premier s’en tient à l’amélioration de l’existant par des moyens naturels, et avec beaucoup de science et de patience. Je souhaite qu’il réussisse et qu’à travers les iris rouge-acajou il atteigne le rouge pratiquement pur dont beaucoup rêvent aujourd’hui.

12.8.05

Lloyd AUSTIN

Les jeunes amateurs d’iris ignorent peut-être ce qu’ils doivent à un homme comme Loyd Austin. Si ce nom n’a jamais atteint les sommets de la renommée, c’est une cruelle injustice. Mais les iris qu’il a obtenu était sans doute trop révolutionnaires, et l’individu trop modeste pour mettre suffisamment en avant ce qu’il faisait, de sorte que ses contemporains ne l’ont pas particulièrement honoré. On peut cependant dire que sans son travail les iris à éperons ne seraient pas ce qu’ils sont aujourd’hui. Car c’est bel et bien Lloyd Austin qui a été le premier à en obtenir à grande échelle et à les commercialiser, dès le début des années 60, bien avant qu’ils ne deviennent à la mode.

Lloyd Austin est né dans le Massachusetts en 1898. C’est après la guerre de 14 qu’il a traversé les Etats-Unis pour venir enseigner au Collège d’Agriculture de l’Université de Californie. En 1925 il s’est installé à Placerville en n’en a plus bougé. Son intérêt pour les iris remonte aux débuts de son amitié avec Carl Salbach, un hybrideur des années 30 qui fut l’un des premiers à s’intéresser aux iris roses. En 1946, il choisit de se consacrer essentiellement aux iris. Cette passion le tiendra jusqu’à la fin de ses jours, brutale, au début de 1965.

Plusieurs sortes d’amateurs d’iris peuvent se référer à Lloyd Austin. Parce qu’il ne s’est pas contenté d’agir dans la voie des grands iris. Il a même commencé par se consacrer aux arils, ces iris d’Asie dont la culture a toujours été difficile. Il en a fait venir de partout, et s’est efforcé d’en découvrir tous les secrets et ses écrits concernant les exigences et les modes de culture des arils ont longtemps été la bible des amateurs de ces plantes.

A partir du début des années 50 il a un peu mis de côté son intérêt pour les regelias et les oncocyclus, afin d’accorder plus d’attention aux iris proprement dits. Par nature, il était attiré par la nouveauté, le peu connu, tout ce qui ouvre le champ à des recherches dans un monde peu exploré. C’est ainsi qu’il s’est tout d’abord penché sur les iris remontants, s’efforçant de les rendre compatibles avec le climat plutôt chaud de la Californie. Parmi les trente quatre variétés de cette sorte qu’il a enregistrées il faut noter THANKSGIVING FIRELIGHT (50), variegata, DECEMBER ROYALTY (51), deux tons de pourpre, BLUE SURPRISE (56), bleu marqué de blanc sous les barbes, tout comme AUTUMN PRINCESS (59), en deux tons de rose indien.

Mais quand Lloyd Austin a vu les premiers iris présentant des extensions étranges à l’extrémité des barbes, il s’est dit qu’il y avait là quelque chose qui méritait d’être profondément étudié. Toujours son goût pour ce qui sort de l’ordinaire. Il a dès lors entrepris un énorme travail de recherche et de croisement afin d’exploiter ce qui n’était alors qu’une anomalie, et d’apporter à ces nouveautés toutes les améliorations qui étaient possibles, de manière à ce que les éperons et autres pétaloïdes, confèrent aux fleurs une personnalité excitante mais aussi esthétique. C’est lui qui a inventé l’expression « Space Age » pour désigner ces nouveaux iris, leur attribuant du même coup une identité synonyme de modernité. Le premier des SA qu’il a enregistré s’appelle UNICORN (52), et c’est aussi un plicata. A partir de 1959 il n’a plus produit que des SA, dont les noms font toujours allusion aux appendices qui les décorent : FLOUNCED MARVEL (60), SPOON OF GOLD (60), LEMON SPOON (60), HORNED FLARE (63), SPOONED BLAZE (64)…

Dès lors le goût pour les iris à éperons s’était installé et bien d’autres hybrideurs se sont lancés dans l’aventure, utilisant les cultivars de Lloyd Austin comme base de leur recherches. Manley Osborne, Henry Rowlan ont été parmi les premiers à reprendre le flambeau. Tout le monde connaît MOON MISTRESS (Osborne 76), iris de couleur pêche, ou BATTLE STAR (Osborne 78), bicolore chamois et fuchsia, HULA MOON (Rowlan 78), chamois marqué de violet, ou SPACE DAWN ( Rowlan 82) blanc influencé de jaune citron. Ce sont des variétés qui sont à l’origine des SA actuels, avec les descendants de MOON MISTRESS que sont TWICE THRILLING (Osborne 84), mais surtout SKY HOOKS (Osborne 80), et les SA de Monty Byers, dont CONJURATION (89), THORNBIRD (89) et MESMERIZER (91), les trois Médailles de Dykes issus de SKY HOOKS.

De tout cela Lloyd Austin n’a guère tiré de profit, ses SA étaient trop inhabituels pour espérer décrocher une médaille et lui-même n’a reçu de l’AIS aucune reconnaissance particulière. Cela fait partie des anomalies qui émaillent l’histoire des iris… Mais aujourd’hui chacun reconnaît le rôle primordial qu’il a joué dans cette histoire, et si cette chronique peut quelque peu réparer l’injustice qui lui a été faite, elle aura servi à quelque chose.

5.8.05

Walter Francis LUIHN

Ils ne sont pas si nombreux les obtenteurs qui peuvent s’enorgueillir de ce qu’une de leurs variétés ait récolté une Médaille de Dykes. Walter Luihn fait partie de ces « happy few ».

C’est en 1992, à l’âge de 80 ans, qu’il a quitté notre terre, après quarante cinq années consacrées à l’hybridation. C’est en effet en 1947 que cet enfant de Portland, Oregon, a été touché par la grâce de l’iridophilie. A l’époque les Luihn faisait déjà le commerce de plantes puisqu’ils cultivaient les fuchsias et les œillets. En rendant visite à une exposition florale, lui et son épouse Violet, ont reçu pour cadeau de bienvenue un rhizome d’iris. Il s’agissait de HAPPY DAYS (Mitchell 38), l’un des tout premiers iris jaunes obtenus aux Etats-Unis. Attiré par cette plante, mais aussi pour se prouver à lui-même qu’il était capable de la cultiver, Walt acheta un certain nombre d’autres variétés, de plus en plus diverses et modernes. C’est en 1952 qu’il tenta sa première hybridation. A la suite de quoi il se piqua d’obtenir des iris sombres poussant bien sous le climat doux et humide du Nord-Ouest, et il enregistra, en 1961, son premier « noir », DARK FURY. Ce joli iris bleu marine, pollinisé par BLACK SWAN, donna naissance à DUSKY DANCER (67), un « noir » qui fit connaître son obtenteur au quatre coins du monde. Walt Luihn resta d’ailleurs pendant toute sa carrière un amateur d’iris « noirs » puisqu’il produisit aussi MODERNAIRE (74), bleu sombre aux rares reflets pourprés, et surtout BLACKOUT (86), le plus noir de son époque.

A côté de cette couleur de prédilection, Walt Luihn s’illustra également dans d’autres teintes sombres : le violet avec CONTEMPO (72) puis NAVY CHANT (82) et NIGHT AFFAIR (83) ; le brun avec HONEY MOCHA (80) et CABLE CAR (82), aux énormes fleurs caramel ; le « rouge » grâce à CALIENTE (68), l’une de ses plus grandes réussites, et TAMPICO (77). Parmi les variétés qui ont eu un beau succès, citons les jaunes SOLANO (74) et TEMPLE GOLD (77), les bleus, frères de semis, PACIFIC GROVE (81) et MARINER’S COVE (83) et enfin ce qui a assis une fois pour toutes sa célébrité, les iris bleu glacier à barbes bleues. Dans ce domaine SONG OF NORWAY (79) a obtenu, dès son apparition, un succès énorme qui lui valut, en 86, de décrocher la Médaille de Dykes. Mais les deux principaux descendants de cette variété de référence, CHICO MAID (85) et AUTOGRAPH (86) me semblent encore plus réussis.

Walter Luihn n’a jamais cherché à se mettre en avant. Toute sa vie il est resté ce petit homme replet qui savait se montrer amical et généreux. Perfectionniste, il s’est affirmé comme un juge rigoureux, surtout envers son propre travail d’hybrideur, ce qui lui a valu le respect de ses confrères et l’hommage du petit monde des iris.
LE SYNDROME DE LA TOUFFE AGÉE

Sous ce titre un peu pittoresque se cache un phénomène dont je constate cette année les effets. Au cours de l’été dernier j’ai déplacé intégralement ma collection d’iris. Il y avait des années que je voulais faire cette transplantation, mais je ne disposais pas de la place nécessaire. Mes iris en étaient arrivés à se mêler les uns aux autres, à se marcher dessus puisque les nouvelles pousses s’installaient par-dessus de plus anciennes, bref un méli-mélo déplaisant et surtout beaucoup moins florifère. Une opportunité s’étant présentée, j’ai pu enfin récupérer les rhizomes intéressants et les transférer dans un espace nouvellement dégagé, bien cultivé et convenablement traité et engraissé. L’opération n’a pas été simple cependant et j’imagine quel peut être le travail quand un grand obtenteur américain décide de se déplacer d’un coin à l’autre du continent, comme l’a fait Paul Black pour échapper aux maladies qui infectaient sa pépinière dans le Nebraska et se réinstaller dans l’Oregon. En ce qui me concerne je n’avais qu’environ 300 variétés à identifier et déplacer, ce qui n’est rien à côté de ce que Black a du empoter puis dépoter !

A l’automne j’étais satisfait : ma plantation avait bonne allure, les rhizomes étaient suffisamment écartés, dans des bordures bien nettes, dépourvues de toutes mauvaises herbes. Vint l’hiver puis les premières pousses du printemps. Tous mes iris – à l’exception d’un – avaient correctement repris, les pousses nouvelles étaient fortes et saines oui, mais au lieu des trois bouquets de feuilles annonciateurs d’une floraison, la plupart des touffes ne se présentaient qu’avec un seul bouquet ! Je me suis aussitôt dit que j’avais certainement fait quelque chose qu’il ne fallait pas faire. Avais-je mis trop, ou pas assez, d’éléments nutritifs ? Avais-je réalisé la transplantation trop tard dans la saison ? Je me suis un peu consolé en constatant que des rhizomes que j’avais donnés à un jardinier de métier, replantés par lui au même moment que moi, dans un terrain très différent mais aussi sérieusement préparé, présentaient les mêmes symptômes que les miens : un beau bouquet de feuilles, mais un seul !

Sur ce je reçois le bulletin de l’AIS d’avril 2005. Page 14 je lis la réponse de Terry Aitken à un amateur qui lui demandait la règle à suivre en matière de division des touffes. Et voici ce qu’il écrit : « Quand vous effectuez la division de touffes établies (deux ans ou plus), il y a de bonnes chances pour que les rhizomes prélevés ne fleurissent pas ma première année après la transplantation. (Je ne sais pas pourquoi.) Ils seront beaux la deuxième année. … La plupart des producteurs transplantent leurs grands iris chaque année : de la sorte, leurs clients auront des plantes prêtes à fleurir dès la première année. (Encore une fois, je ne sais pas pourquoi c’est comme ça.) Mais la conséquence, c’est que les iris (de même que beaucoup d’autres plantes) ont tendance à rester courts et avec un faible nombre de boutons la première année. »

Ouf ! Je respire ! Je n’ai pas commis d’erreur et je peux m’attendre à une superbe floraison l’année prochaine. Il reste que je vieillis, et que perdre une année de floraison, à mon âge, cela compte ! Mais il faut rester humble devant les exigences de la nature et admettre que nous ne maîtrisons pas tout lorsque l’on travaille avec elle.