21.7.08







LA VÉRITÉ SUR I.aphylla

Parmi les espèces d’iris qui interviennent dans les hybrides modernes, figure I. aphylla, un petit iris de la série Elatae, qui ne mesure guère que 30 cm, mais qui a eu une importance considérable.

On ne mesure pas forcément ce que cette espèce a apporté aux iris qui font la gloire de nos jardins. Après les « grands » tétraploïdes qui s’appellent I. cypriana, I. illyrica ou I. trojana et les fameux ‘Amas’ et ‘Ricardi’, au même titre que I. reichenbachii ou I. imbricata dont je parlerai sans doute un jour, I. aphylla est un élément primordial de la joyeuse salade que constituent les iris hybrides, petits et grands.

I.aphylla pousse naturellement en Europe Centrale, de l’Allemagne jusqu’au Caucase. Les fleurs, relativement grosses – mais c’est un iris tétraploïde, ceci explique cela – d’un joli violet foncé avec des barbes blanches ou blanc bleuté, s’élèvent à peine au dessus du feuillage, très acéré. Compte tenu de ses origines géographiques, c’est une plante rustique et supportant l’humidité hivernale. Du coup, elle ne pose guère de problèmes de culture et les mateurs d’iris botaniques lui disent pour cela merci.

Mais ils ne sont pas les seuls ! Ceux qui préfèrent les iris horticoles lui doivent aussi beaucoup de reconnaissance. En effet cette espèce a apporté des qualités devenues indispensables :
Elle a le pouvoir d’intensifier les couleurs des variétés qui portent ses gènes ; les noirs sont plus noirs, les roses plus vifs, les jaunes plus brillants, les bruns plus rutilants ;
Elle provoque un branchement puissant et partant bas sur la tige, ce qui permet de multiplier les fleurs sur une même hampe, et, par là, d’allonger la durée de floraison ;
Dans le même domaine, étant très florifère, elle participe à la multiplication des boutons, ce qui va dans le même sens que la caractéristique précédente ;
Elle est naturellement remontante et, à ce titre, améliore cette caractéristique appréciée par beaucoup d’amateurs ;
Elle contribue a donner des plantes assez trapues, donc moins sensibles à la verse dans les jours de gros temps ;
Sa bonne résistance au gel est un gage de robustesse des variétés qui en sont issues.

Mais ce dernier trait s’accompagne de la disparition des feuilles en hiver. C’est la raison pour laquelle beaucoup de variétés modernes ne présentent plus, dès l’entrée en dormance, que des moignons de plante, de quelques centimètres seulement, denses et drus, mais qui ne reprendront leur végétation qu’au retour de jours plus longs. A partir de ce moment, c’est à dire en général au début de mars, les variétés à base d’aphylla vont croître à toute vitesse puisqu’en deux mois elles vont grandir d’environ 80 cm ( du moins pour les grands iris).

Les variétés – grandes, moyennes ou petites – qui comportent les gènes d’Iris aphylla sont devenues largement majoritaires, au gré des croisements en tous sens réalisés par les hybrideurs.

Il semble que ce soit Paul Cook qui se soit aperçu le premier des capacités d’I. aphylla. Ce grand hybrideur a en effet exploré en profondeur la constitution génétique des espèces entrant dans la « fabrication » des hybrides. Il a expérimenté de nombreuses associations d’espèces pour tirer de ces combinaisons tout le parti possible, et dans ce sens, son ‘Blue Boy’, hybride d’aphylla, se trouve derrière ses iris sombres comme ‘Sable’ (1938) . Un cheminement semblable a été effectué par les Schreiner qui ont obtenu par I. aphylla l’ancêtre ‘Harmony’ (1939) qui se trouve à l’origine de ‘Black Forest’, lequel, après un long chemin passant par ‘Storm Warning’ (1952), ‘Licorice Stick’ (1961), ‘Tuxedo’ (65) et ‘Midnight Dancer’ (91) a abouti au noir profond de ‘Hello Darkness’ (92 – DM 99). La même progression pourrait être recherchée à l’égard d’autres couleurs, elles aussi renforcées par l’apport des gènes de I. aphylla.

Alors, tous les progrès que cette espèce a apportée au monde des iris valent bien l’inconvénient d’une absence de feuilles au cours de la période des frimas, pendant laquelle, au demeurant, l’amateur d’iris fréquente assez peu son jardin.
MISE AU POINT

Merci à ceux qui prêtent assez d’attention à ce blog pour en relever les erreurs ou imprécisions. C’est ainsi que la dernière chronique publiée ici, concernant les iris à éperons, a attiré de Lawrence Ransom l’observation suivante :

« Vous écrivez :
«Ceux qui se sont particulièrement investis dans ce domaine se nomment George et Michaël Sutton, Tom Burseen, Jim Hedgecock, Larry Lauer, Paul Black, et Richard Tasco, aux USA. En Australie, Graeme Grosvenor n’a pas dédaigné ‘Conjuration’ ; en France, Gérard Madoré et Richard Cayeux ont fait de même.»
Votre liste des obtenteurs actuels à l¹étranger me semble complète, mais pour la France, cela ne reflète pas la situation. Vous mettez le nom de ces deux obtenteurs français dans la même phrase où plus haut vous écrivez «particulièrement investis dans ce domaine », cela prête à la confusion qui pourrait laisser penser que Gérard Madoré (seul un iris SA sur 37 enregistrements) et Richard Cayeux (5 iris SA enregistrés, si je ne me trompe pas) représentent (à eux seuls) ce domaine en France. Je sais que ce n’est pas ce que vous vouliez dire - vous faisiez allusion à l¹utilisation de Conjuration, ­ mais il y a un risque de désinformation involontaire par confusion ou omission.
Car c’est regrettable que vous ne citiez pas Jean Peyrard (8 iris SA enregistrés) qui a été le premier obtenteur en France à s¹intéresser aux iris rostrata. Dès les années 1980 il correspondait avec Henri Rowlan etJames Mahoney. Son iris Ostrogoth fut enregistré dés 1993, le croisement remonterait donc au milieu des années 1980. De plus, c'est grâce à un semis issu de son croisement PB88/1 (Planet Iris X pumila) fait en 1988 que moimême j’ai obtenu mes premiers iris SA.
En plus de Jean Peyrard, il faudrait citer Anfosso, Bernard Laporte et votre serviteur (11 iris SA enregistrés). Je cite des chiffres pas pour me venter, mais tout simplement pour argumenter mes propos ; que tel ou tel obtenteur ait fait tel nombre de plus qu’un autre, ce n’est ni la question, ni important. Je souhaiterais simplement que vos lecteurs reçoivent une information la plus véritable et la plus objective possible sur la situation historique et actuelle des iris rostrata en France.»

Il faut bien reconnaître que ce commentaire est justifié dans la mesure où l’on peut, dans mon texte, effectivement confondre « utilisation de ‘Conjuration’ » et « création d’iris à éperons ». Au demeurant, le travail des hybrideurs français sur les iris rostratas n’était pas le sujet de cette chronique. Un texte sur cet aspect des choses sera publié dans quelques semaines.

11.7.08


MADE IN AUSTRALIA


Faut-il ou non laisser fleurir un iris qui arrive d'Australie et qui va vivre deux années en une ? La question se pose à chaque arrivage. Cette année j'ai laissé fleurir. Voici donc la première fleur de 'Chocolate and Silk' (Blyth 2007).










L’ÉLÉGANCE DES ÉPERONS





Cinquante ans d’iris « space age »

On peut dire que c’est à Lloyd Austin, obtenteur installé dès 1925 en Californie, que l’on doit le démarrage de l’intérêt pour les iris à éperons. Quand il a vu pour la première fois des iris présentant des extensions étranges à l’extrémité des barbes, il s’est dit qu’il y avait là quelque chose qui méritait d’être profondément étudié. Il a dès lors entrepris un énorme travail de recherche et de croisement afin d’exploiter ce qui n’était alors qu’une anomalie, et d’apporter à ces nouveautés toutes les améliorations qui étaient possibles, de manière à ce que les éperons et autres pétaloïdes, confèrent aux fleurs une personnalité excitante mais aussi esthétique, et il semble qu’il ait tout inventé : les petites pointes recourbées vers le haut, les minces filaments arqués, les larges spatules ou les extrémités touffues. C’est lui qui a inventé l’expression « Space Age » pour désigner ces nouveaux iris, leur attribuant du même coup une identité synonyme de modernité. A partir de 1959 il n’a plus produit que des SA, dont les noms font presque toujours allusion aux appendices qui les décorent. C’est le cas de ‘Lemon Spoon’ (60), ‘Horned Flare’ (63), ou ‘Spooned Blaze’ (64)…

Dès lors le goût pour les iris à éperons s’est installé aux Etats-Unis et bien d’autres hybrideurs se sont lancés dans l’aventure, utilisant les cultivars de Lloyd Austin comme base de leur recherches. Manley Osborne, Henry Rowlan ont été parmi les premiers à reprendre le flambeau. Tout le monde connaît ‘Hula Moon’ (Rowlan 78), chamois marqué de violet, ‘Moon Mistress’ (Osborne 76), iris de couleur pêche, ‘Battle Star’ (Osborne 78), bicolore chamois et fuchsia, ou les incontournables que sont ‘Twice Thrilling’ (Osborne 84), et surtout ‘Sky Hooks’ (Osborne 80).

Celui qui a le mieux saisi l’intérêt des iris « space age » fut Monty Byers. Cet hybrideur dont la carrière fut aussi brève que brillante, et qui a profondément marqué son époque, c’est essentiellement intéressé aux remontants et aux iris à éperons. C’est à ces derniers qu’il doit d’avoir pris place dans le cercle très fermé des obtenteurs dont trois cultivars ont reçu la Médaille de Dykes. Avec ‘Conjuration’, ‘Thornbird’ puis ‘Mesmerizer’ il est le seul jusqu’à présent à avoir hissé au sommet des iris à ornements.

Dans son sillage, peu à peu, de très nombreux hybrideurs ont pris conscience que les appendices pétaloïdes présents à l’extrémité des barbes n’étaient pas simplement des extravagances de la nature, mais qu’ils apportaient quelque chose à l’histoire des iris hybrides. Ceux qui se sont particulièrement investis dans ce domaine se nomment George et Michaël Sutton, Tom Burseen, Jim Hedgecock, Larry Lauer, Paul Black, et Richard Tasco, aux USA. En Australie, Graeme Grosvenor n’a pas dédaigné ‘Conjuration’ ; en France, Gérard Madoré et Richard Cayeux ont fait de même ; en Slovaquie, Ladislaw Muska en a fait son principal thème de recherche. Ce sont tous des obtenteurs dont on ne peut pas dire que la notoriété n’attendait que cela pour s’affirmer : ils avaient acquis la célébrité bien avant de jouer les prolongations de barbes !

Au fil des années, les iris à ornements ont fait comme les autres : ils ont évolué, ils ont acquis les mêmes qualité que les autres, tant en élégance de la fleur qu’en robustesse de la plante. Il y a autant de différence entre un « space age » de Lloyd Austin et un « space age » de Richard Tasco qu’entre un iris traditionnel de Tell Muhlestein et un autre de Paul Black. Ils ont même fait mieux puisqu’ils ont vaincu leurs défauts structurels. En plus, peu à peu, leurs caractéristiques spécifiques se sont améliorées : les ornements sont devenus plus gracieux, ils ont acquis en raffinement, en importance, et tendent de plus en plus souvent vers l’apparence de fleur double qui est une des voies de leur perfectionnement et un des buts à atteindre de la part des hybrideurs qui s’y consacrent.

Parallèlement ils se sont fait adopter par le grand public. Désormais rares sont ceux qui ont encore des réticences à leur égard. Même si les juges US, que certains considèrent comme des irisariens de la vieille garde, ont encore un peu de mal à reconnaître leur intérêt. Certes, ils ont consenti à couronner les trois lauréats de Monty Byers, mais depuis ils se sont repliés sur des positions plus traditionnelles. Ainsi, en 2007, ils n’ont décerné un AM qu’à un seul iris à éperons, ‘Solar Fire’ (Tasco 2002).

L’élégance des éperons serait-elle encore discutable ? Il ne reste sans doute plus grand monde pour soutenir cela. Même ceux qui furent longtemps dans la résistance ont fini par reconnaître que les appendices floraux pouvaient apporter quelque chose aux iris. Témoin, Richard Cayeux qui après avoir écrit à leur sujet : « …de là à parler de beauté supérieure, il y a un pas que nous ne franchirons pas », utilise sans hésiter ‘Conjuration’ et obtient des fleurs aussi belles que ‘Grenade’ (2007). Il n’y a pas de honte à changer d’opinion.
cliché Robin Shadlow
ECHOS DU MONDE DES IRIS

Concours MEIS 2008

Le concours de la MEIS (Société des iris d’Europe Centrale), qui s’est déroulé cette année à Pruhonice, près de Prague adonné le résultat suivant :
Premier Prix pour AM 02-0990 2 (semis Mego)
Première variété non européenne : ‘Princess Bride’ (Sutton G. 99) (BB).

4.7.08

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Compétition d’Europe Centrale


Les iris envoyés en 2005 et 2006 au « Gene Pool Department » du jardin botanique de Pruhonice, en République Tchèque, ont été évalués cette année pour la première fois. D’abord par les juges de la MEIS (équivalent de la SFIB pour l’Europe Centrale), puis par les visiteurs en provenance de la République Tchèque, bien sûr, d’Allemagne et de Hongrie. Il y avait 182 variétés en provenance de Rep. Tchèque, Pologne, Slovaquie, Slovénie et Etats-Unis, envoyés par 22 hybrideurs. Les juges ont retenu en priorité 10 variétés (5 américaine, 2 slovaques, 1 tchèque, 1 slovène et 1 polonaise). Le classement final n’est pas encore arrêté, mais on notera que ce concours a attiré plus de compétiteurs que les dernières compétitions d’Europe de l’Ouest – Florence ou Jouy en Josas !

A l’Est, du nouveau

Les amateurs de curiosités iront sur le site hongrois Szasz Iriskert Bt. Où ils trouveront des photos de variétés de toutes époques, et un catalogue intéressant, mais faire venir des iris de Hongrie, est-ce vraiment nécessaire ?

La mondialisation des iris est bien en route.

www.szaszirisz.hu










UNE AUTRE LONGUE MARCHE
‘Queen’s Circle’ de A à Z

Il n’est pas toujours facile de reconstituer le pedigree d’un iris dans son intégralité parce que souvent les renseignements fournis lors de l’enregistrement d’une variété sont partiels ou sibyllins. Parfois même la mention « parents inconnus » vient interrompre définitivement la recherche.

Voici un parcours complet qui concerne la dernière médaille de Dykes, le superbe amoena (façon ‘Emma Cook’) ‘Queen’s Circle’ (Kerr 99).

Au début il y eut l’espèce tétraploïde I. cypriana décrite et introduite en Europe par les anglais Baker et Foster en 1888. Sir Michaël Foster l’a croisée avec le très commun I. pallida pour obtenir ‘Caterina’, un hybride bleu clair introduit après sa mort en 1907 par son compatriote Robert Wallace.

‘Caterina’ a traversé l’Atlantique et même les Etats-Unis tout entiers pour atteindre la Californie et les terres de William Mohr. Ce dernier l’a croisé avec une autre espèce tétraploïde, I. mesopotamica, et en a obtenu ‘Argentina’ (1923), variété blanche à barbes jaunes.

En voiture, maintenant, pour la grande aventure menant à Queen’s Circle’ !

En croisant ‘Argentina’ et ‘Conquistador (Mohr W. 1920), le successeur de William Mohr, Sidney B. Mitchell, a obtenu le célèbre blanc ‘Purissima’ (1927). Retour sur la côte Est, et le jardin de Robert Graves où eut lieu le croisement de ‘Purissima’ et du bleu pâle ‘Cloud Castle’, à l’origine du fameux bleu clair ‘Helen McGregor’ (Graves 43 – DM 49). On revient alors vers le Middle West et c’est Orville Fay qui croise ‘Helen McGregor’ avec le bleu pur ‘Cahokia’ (Faught 46), l’un des fondements des iris bleus. Le résultat se nomme ‘Bluebird Blue’ (Fay 52). Le croisement (Butterfly Blue X Bluebird Blue) donne naissance à ‘Galilee’ (Fay 55), encore une pierre angulaire dans le domaine des bleus. Le voyage vers l’Ouest reprend et on se retrouve en Californie, chez Keith Keppel. Pour obtenir son illustre ‘Babbling Brook’ (Keppel 69 – DM 72), Keppel a croisé ‘Galilee’ et le blanc ‘Symphony (Hinckle 56). Un peu plus au nord, Opal Brown utilise ‘Babbling Brook’ pour effectuer le croisement (Babbling Brook X ((Lipstick x Country Cuzzin) x Bright Cloud)), qui débouche sur le bleu profond ‘Full Tide’ (O. Brown 72).

L’une des toutes premières obtention de Bill Maryott, de San José, en Californie, fut ‘Glistening Icicle’ (1982). C’est un produit de Full Tide X President Farnsworth (Muhlestein 74). On commence à approcher du but quand Frederick Kerr marie ‘Glistening Icicle’ et ‘Classic Treasure’ (Burger 83) et sélectionne ‘Christiana Baker’ (99) ; il ne reste plus qu’à marier ‘Victoria Circle (Kerr 94) et la jolie ‘Christiana Baker’ pour oibtenir le chef d’œuvre couronné de la Médaille de Dykes, ‘Queen’s Circle.

Voici, schématisé, le parcours que l’on vient de faire, de Grande-Bretagne au 19eme siècle jusqu’en Californie au 21eme, et qui a demandé 111 ans :

‘Caterina’ Foster 1909 = I. cypriana X I. pallida
‘Argentina’ Mohr W. 1923 = ‘Caterina’ x I. mesopotamica
‘Purissima’ Mitchell 1927 = ‘Argentina’ X ‘Conquistador’
‘Helen McGregor’ Graves 1943 = ‘Purissima’ X ‘Cloud Castle’
‘Bluebird Blue’ Fay 1952 = ‘Helen McGregor’ X ‘Cahokia’
‘Galilee’ Fay 1955 = ‘Butterfly Blue’ X ‘Bluebird Blue’
‘Babbling Brook’ Keppel 1969 = ‘Galilee X ‘Symphony’
‘Full Tide’ Brown O. 1972 = ‘Babbling Brook’ X ((‘Lipstick’ x ‘Country Cuzzin’) x ‘Bright Cloud’)
‘Glistening Icicle’ Maryott 1982 = ‘Full Tide’ X ‘President Farnsworth’
‘Christiana Baker’ Kerr 1999 = ‘Classic Treasure’ X ‘Glistening Icicle’
‘Queen’s Circle’ Kerr 1999 = ‘Victoria Circle’ X ‘Christiana Baker’.

C’est un parcours sans faute, marqué par de longs espaces temporels entre deux obtentions, qui fait que seulement 12 générations séparent les espèces d’origine et la variété très élaborée que l’on peut admirer actuellement dans nos jardins.

27.6.08




ECHOS DU MONDE DES IRIS

Le concours de Münich

Pour les Grands Iris :
Après deux ans de culture
:
Compétition Internationale
1.Médaille d’Or = Sdlg. HTB-T/4 (non encore nommé) - Zdenek Seidl, CZ
2.Médaille d’Argent = PLACEBO - Ladislav Muska, SL 2002
3.Médaille de Bronze = CHELSEA BLEU - Richard Cayeux, FR 2004
Compétition Nationale
1.Médaille d’Or = ORLAPERLE - Wolfgang Landgraf, 2005
2.Médaille d’Argent = LYDIA SCHIMPF - Manfred Beer, 2006
3.Médaille de Bronze = Sdlg. 9/95/3 (non encore nommé) - Günter Diedrich,
Après une année de culture :
Compétition Internationale
Médaille dArgent = MIDNIGHT TREAT – Schreiner, US 2006
Compétition Nationale
Médaille d’Argent = ECHINOR - G. Boffo, 2006
Pour les iris Nains Standard :
Après deux ans de culture
:
1.Médaille d’Or = PARADIGM SHIFT - Chuck Chapman, Canada 2006
2.Médaille d’Argent = FIRE CORAL - Terry Aitken, USA 2007
3.Médaille de Bronze = PINK LATTE - Terry Aitken, USA 2006
Après une année de culture :
Médaille d’Argent = FROSCHKONZERT - Frank Kathe 2007

A noter que le semis Sdlg. 9920 – 14 de Michèle Bersillon, est arrivé 4eme dans la compétition internationale TB un an.



IV. A la manière de la presse magazine (1)

Le retour de l’Europe

« C’est quelque chose de jamais vu ! » s’exclame Jean Gérard, celui qui, en France, enregistre tous les nouveaux iris obtenus par les hybrideurs. « Il n’y a jamais eu autant d’enregistrements en une même année : cinquante et un ! Et des plantes qui sortent de l’ordinaire ! » Gerda Kanthe, est chargée des enregistrements en Allemagne. Elle tient à peu près le même discours : « Ce qui me frappe, dit-elle, c’est que les hybrideurs qui osent enregistrer leurs iris sont de plus en plus nombreux. Jusqu’à la fin des années 90 seuls quelques hybrideurs chevronnés jouaient le jeu ; les autres n’osaient pas proposer leurs iris à l’enregistrement. » Quant à Zdenek Kusek, l’enregistreur Tchèque, il se réjouit de constater que les pays d’Europe Centrale disposent aujourd’hui d’obtenteurs dont la renommée dépasse les limites de la vieille Europe : « Un homme comme Anton Mego, explique-t-il, a obtenu une récompense majeure aux Etats-Unis, ce qui n’était jamais arrivé à un Européen. »

L’Europe serait donc en train de faire son retour sur le devant de la scène mondiale des iris. Une place qui fut la sienne au cours des années 1920 et 1930, grâce à des obtenteurs aussi fameux que Ferdinand Cayeux, en France, Goos et Koenemann en Allemagne, Amos Perry en Grande-Bretagne. Mais la guerre 39/45 et ses conséquences ruinèrent le travail des obtenteurs européens. Ils furent immédiatement supplantés par les américains qui, déjà très impliqués dans l’hybridation, saisirent l’occasion pour imposer au monde entier leurs excellents produits. Violetta Ravelli, qui règne, à Florence, sur le plus important concours d’iris du monde, le Concorso Firenze, a ressenti cette mainmise américaine : « Le concours a débuté en 1957, remarque-t-elle, mais la première victoire européenne n’est intervenue qu’en 1973, la seconde en 85 et la suivante en 99 ! Les deux dernières années, ce sont des iris européens qui ont triomphé : un italien ’Recondita Armonia’ en 2006, puis un français, ‘Aurélie’ en 2007. J’espère que cela va continuer ! »

Les hybrideurs américains continuent de dominer le monde des iris ; ils disposent de très grands professionnels, comme Keith Keppel, Paul Black ou George Sutton, et leur puissance commerciale est énorme : la firme Schreiner, et sa rivale Cooley’s Gardens, sont des entreprises industrielles qu’aucun producteur européen n’est prêt d’égaler. Mais en Europe, ce n’est pas la taille des pépinières qui fait leur succès, mais le génie de leurs propriétaires. A défaut de surface ou de marché, on a des idées, et de l’audace. Que ce soit en France, en Allemagne, en Italie ou en Europe Centrale, les hybrideurs sont le plus souvent des amateurs très éclairés qui savent effectuer les croisements les plus gratifiants et les sélections les plus fines. Mauro Bertuzzi, l’obtenteur de ‘Recondita Armonia’, Florin d’Or 2006, est quelqu’un d’important dans le monde agricole milanais, mais les iris ne sont pour lui qu’un loisir, et si Richard Cayeux est, en France, un véritable professionnels, Bernard Laporte, lui, est un retraité de la Poste. Le plus souvent, les jardins où poussent les iris européens sont minuscules. La réussite des obtenteurs n’en est que plus méritoire car plus on sème de graines, plus on a de chance d’obtenir l’oiseau rare ; réussir un bel iris quand on n’a réalisé que quelques semis est une gageure que seuls les Européens savent relever. Parce que les Australiens, les autres champions des iris, disposent de plantations pratiquement aussi étendues que celles des Américains.

Cependant quand on parle des iris européens, il ne faudrait pas négliger ceux qui sont obtenus en Russie et en Ukraine. Par là aussi on se passionne pour les iris et un hybrideur comme Aleksandr Trotsky, du côté de la mer Noire, à Nikolajev, propose des iris qui font rêver. Quant aux hybrideurs russes, ils ont une production monumentale et qui semble devenue de qualité ; un jour elle pourra envahir le marché quand les lourdeurs administratives issues de l’ancienne URSS auront été levées et les exportation rendues possibles.

Pour ne s’en tenir qu’au nombre de variétés enregistrées, en 2007 l’Europe a inscrit 355 variétés nouvelles, contre 577 pour les Etats-Unis. Elle a déjà, en ce domaine, conquis une seconde place qui la situe a un niveau qui correspond à son rang dans le monde. Comme dit Violetta Ravelli, « il ne lui reste plus qu’à s’imposer dans les compétitions américaines pour retrouver l’autorité que la seconde guerre mondiale lui a fait perdre », mais ce sera difficile parce qu’au plan de la diffusion de ses produits outre Atlantique, l’Europe peine à trouver des distributeurs. La réussite d’Anton Mego, l’obtenteur de Bratislava dont le ‘Slovak Prince’ a pu décrocher un Award of Merit, aura du mal à se renouveler.

(1) Les noms des personnes supposées être citées dans cette parodie ont été modifiés.

20.6.08


LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

‘Dance Recital’ (Keppel 2006) est un enfant du fameux ‘Fogbound’. Cela se reconnaît tout de suite aux barbes orangées qui ornent cet élégant amoena inversé, que la photographe a mis subtilement en valeur.










UN PETIT NOIR

La mode du noir ne concerne pas seulement la façon qu’ont les gens de s’habiller. Les fleurs aussi s’y sont mises et notamment les iris. Pour ce qui concerne les grands iris des jardins, le début du noir n’est pas récent. Dès les années 1930 les hybrideurs ont essayé d’obtenir des fleurs le plus noir possible. Peu à peu, lentement, il sont parvenus à leurs fins et certains iris récents comme ‘Hello Darkness’ (Schreiner 92 – DM 99) ou ‘Anvil of Darkness’ (Innerst 98) sont vraiment proches du noir absolu. Mais qu’en est-il chez les iris de petite taille ? Ont-ils vécu une évolution similaire ? La présente chronique va tenter de répondre à ces questions en évoquant le cas des iris nains standards (SDB) les plus nombreux et les plus appréciés des iris nains.

Les SDB proviennent du croisement de grands iris et d’iris nains comme I. pumila. Ils ont donc hérité des capacités des uns et des autres et, en matière de couleur des fleurs, ils ont atteint une diversité et une fantaisie supérieures à celles de leur parent de haute taille.

Il faut bien reconnaître, cependant, que le noir n’est pas la couleur de prédilection des obtenteurs de SDB. Celui qui y a mis le plus de cœur me semble être Ben Hager. Avec ‘Demon’ (71) il a présenté une variété proche du noir, issue de semis où l’on trouve, à la troisième ou quatrième génération le fameux ‘Black Forest’ (Schreiner 45), un grand iris très foncé, qui est considéré comme à l’origine de tous les « noirs ».

Un des traits particuliers des SDB est qu’il n’y a que quelques générations entre les espèces d’origine et les variétés d’aujourd’hui. Dans le cas de ‘Demon’ on y arrive dès la deuxième ou la troisième. ‘Demon’ a pour parent femelle ‘Zing’ (Brizendine 60), une variété jaune d’or très appréciée des connaisseurs et qui obtenu le Médaille Cook-Douglas (la plus haute récompense pour un SDB) en 66. Il a pour « père » un semis non dénommé de (Dark Fairy’ (Brown A. 60) X ‘Shine Boy’ (Brizendine 61). ‘Shine Boy’ et ‘Zing’ sont frères de semis et proviennent d’un I. pumila récolté en Roumanie dans les années 30. Aussi bien du côté paternel que maternel, ‘Demon’ a donc des ancêtres très saturés de violet, qui lui valent son coloris original. Ce coloris, il l’a transmis à un de ses fils, ‘Michael Paul’ (Jones 79) qui figure parmi les SDB les plus sombres.

D’une couleur assez voisine, ‘Dark Vader’ (Miller) est apparu en 1987. Qui l’a amené à se ranger du côté noir de la Force ? C’est tout simple : côté feminin, il provient d’un iris gris, ‘Mrs. Nate Rudolph’ (Briscoe 72), mais côté paternel on trouve le brun ‘Abracadabra’ (Hager 76), lui-même issu de ‘Kitten Kapers’ (Hager 71) qui est un frère de semis de ‘Demon’. Pas besoin de chercher plus loin.

Quant à ‘Hottentot’ (Marky Smith 93), autre iris nain noir, ou tout au moins très foncé, c’est un enfant de ‘Dark Vader’ : la Force noire est en lui !

Il est peut être abusif de considérer comme « noir » le petit SDB ‘Cassis’ (Ransom 99), mais du moins est-il d’un ton grenat très foncé, et de ce fait porte très bien son nom. Ses origines sont profondément différentes. C’est un approfondissement d’un coloris brun-rouge acajou provenant à la fois de ‘Little Bucaneer’ (Schreiner 73), par ‘Bloodstone’ (Scheiner 80) puis ‘Two Rubies’ (Niswonger 89), et du grand et célèbre ‘Captain Gallant’ (Schmelzer 57), par le SDB pourpre ‘Cherry Garden’ (Jones 66) que l’on trouve également comme parent mâle de ‘Bloodstone’ déjà cité. Il faut reconnaître le mérite et la réussite de Lawrence Ransom dans la recherche du SDB noir puisqu’on lui doit aussi deux frères de semis, ‘Putsch’ (96) et ‘Roman Noir’ (96) qui tendent l’un et l’autre vers cette couleur apparemment difficile à obtenir chez les SDB.

Les iris nains standards sont très agréables à voir, et ils illuminent nos jardins à un moment où l’on n’y trouve pas grand’ chose puisque tulipes et narcisses sont terminés et que les autres fleurs de printemps attendent encore un peu pour s’épanouir. Il est dommage qu’ils ne rencontrent pas plus de succès et restent confidentiellement cantonnés aux dernières pages de catalogues de nos grands producteurs, avec un choix limité, alors qu’ils sont si nombreux par ailleurs. La couleur noire leur va aussi bien que les autres et sa rareté la rend encore plus attractive.

13.6.08


ECHOS DU MONDE DES IRIS

Fantaisie ou mutation ?

L’image ci-jointe est celle d’une fleur de ‘Gnu’, photographiée ce printemps dans mon jardin. Les couleurs se présentent à l’inverse de ce qui est la coloration habituelle de ‘Gnu’.

Une seule tige portait ces fleurs mutantes.






LE JOUR SE LÈVE

Le Florin d’Or de 2008 a été attribué à ‘Morning Sunrise’ (Thomas Johnson 2005). La description donnée par son obtenteur est la suivante : « Pétales blancs, fin liseré or ; styles blancs, crêtes dentelées jaune moyen ; sépales blancs, bords et épaules jaunes, lavés de bleu léger passant avec l’âge ; grosses barbes jaune orangé ; parfum doux. ‘Notorious’ X ‘Goldkist’. »

L’analyse du pedigree laisse le déchiffreur sur sa faim parce qu’au delà de la quatrième génération, les « trous » sont plus nombreux que les « pleins ». Mais à vrai dire cela n’a pas d’importance car les informations dont on dispose sont suffisantes pour expliquer le coloris et ses particularités. Le côté blanc avec liserés jaunes a une origine facile à découvrir : il passe par ‘Goldkist’ (Black P. 93), le « père » de ‘Morning Sunrise’, et est apparu chez ‘Old Flame’ (Ghio 75), deux générations auparavant. En fait, les couleurs d’ ‘Old Flame’, qui est une variété largement utilisée dans leurs croisements par Opal Brown, Paul Black et quelques autres, se retrouvent chez de nombreuses variétés des années 80 et 90, comme ‘Creme de Creme’ (Ghio 80), ‘Finishing Touch’ (Brown O. 89), ‘Spring Satin’ (Black P. 88) ou ‘Winterbourne’ (Aitken 91) et son descendant ‘Linda’s Child’ (Innerst 2003). Il n’y a donc pas de surprise à découvrir parmi ses descendants plus lointains une caractéristique génétiquement puissante.

Le léger voile bleuté qui ombrage les sépales arrive tout droit de ‘Notorious’ (Ghio 91) qui, avec ses pétales roses et ses sépales indigo foncé largement veinés de blanc, ainsi que sa barbe rouge, est une amélioration (ou un approfondissement si l’on préfère) de ‘Fancy Tales’ (Shoop 80). On atteint là une variété aux capacités génétiques étonnantes décrites par S. Cancade dans le n° 158 d’Iris & Bulbeuses. Avec ce ‘Fancy Tales’ on est au début d’un coloris nouveau que ses co-signataires, Joë Ghio et Keith Keppel, ont baptisé « distalata » (de « distal », néologisme américain qui peut être traduit par « éparpillé » ou quelque chose comme ça) et qui se caractérise par des pétales blancs, au-dessus de sépales plus ou moins marqués de jaune ou d’abricot et avivés par des veines ou des marbrures bleu violacé, plus ou moins accentué. Les premiers iris de ce modèle ont pour nom ‘Quandary’ (Keppel 2001) et ‘Prototype’ (Ghio 2000). Proche des précédents, ‘Puccini’ a été enregistré par Ghio dès 1998, mais est en réalité un descendant à la première génération de ‘Prototype’, qui n’a été enregistré que deux ans plus tard.

Depuis, c’est à qui enregistrera son « distalata ». S. Cancade cite ‘Magic Happens’ (Ghio 2005), ‘Queen Empress’ (Filardi 2005), issu de ‘Puccini’, ‘Conjuring Cat’ (Black P. 2005), qui arrive en direct de ‘Notorious’, ‘Modern Era’ (Kerr 2005), proche des précédents, et ‘Arctic Burst’ (Duncan 2008), beaucoup plus bleu que les autres. Il ne faut pas oublier les deux frères de semis que sont ‘Wild Angel’ (Johnson T. 2006) et ‘Morning Sunrise’ qui nous intéresse aujourd’hui.

Il faut noter que le côté nouveau apporté par le modèle « distalata » est souvent relevé par les obtenteurs, dans les noms qu’ils ont donné : ‘Quandary’ signifie « dilemme », « embarras », comme peut en provoquer quelque chose de nouveau, ‘Proptotype’ parle évidemment de nouveauté, ‘Modern Era’ fait allusion à la modernité, ‘Arctic Burst’ évoque une explosion, un jaillissement, et ‘Morning Sunrise’ tout l’espoir que l’on peut avoir dans un jour qui se lève… En couronnant ‘Morning Sunrise’, les juges de Florence ont donné ses lettres de noblesse à un modèle récemment apparu qui suscite beaucoup d’espoir et qui, de fait, a de beaux jours devant lui.
GROSSE FRAYEUR

Les deux dernières semaines de mai ont été exceptionnellement orageuses et pluvieuses. Les iris n’apprécient guère les grosses averses. En une soirée, ce qui était un chatoiement de fleurs multicolores est devenu un amas de tiges couchées et de corolles pourrissantes. Je craignais les conséquences de ces intempéries, mais, engagements pris par ailleurs, je suis parti pour une semaine en Alsace. Semaine d’ailleurs plus arrosée à l’eau de pluie qu’au riesling !

Dès mon retour je suis allé faire un tour au jardin d’iris. En quelques jours toutes les plantes avaient pris leur tenue d’été : feuilles desséchées, rhizomes mûrissant sous le soleil retrouvé. Mais un examen plus précis révélait un grand nombre d’attaques de pourritures, essentiellement là où les hampes florales n’avaient pas pu être coupées avant mon départ. Plusieurs dizaines d’iris étaient atteints. A la hâte, j’ai préparé une bonne dose d’eau javellisée et, au pulvérisateur, j’ai aspergé touffe après touffe. Travail longs et fastidieux, douloureux pour le dos, quand il concerne près de 300 variétés, mais indispensable pour limiter la casse aux rhizomes les plus attaqués et déjà quasi morts. Et l’histoire ne dit pas comment les nombreux escargots qui attendaient la fraîche en somnolant au cœur des touffes ont supporté la douche parfumée façon piscine qui leur a été imposée.

Deux jours après ce traitement, les iris semblent avoir surmonté leur maladie. Pas de nouveaux malades, pas de traces de dessèchement, feuillage conservant son aspect normal… La crise est-elle surmontée ? Il est encore trop tôt pour l’affirmer. Mais il est certain qu’un certain nombre d’iris ne s’en remettront pas !

Cet incident m’ennuie, mais je me dis aussi que je trouvais que ma collection commençait à vieillir. Les iris qui vont disparaître vont faire de la place et l’an prochain je pourrai installer des variétés modernes qui me font envie. A quelque chose malheur peut être bon…

9.6.08


SILENCE

Pas de messages la semaine dernière pour cause de voyage. Mais ce vendredi, IRISENLIGNE sera de retour.

1.6.08

IRISENLIGNE A RAJEUNI

Un coup de jeune sur Irisenligne ! Cela valait bien un peu de retard dans la publication de cette semaine. C'est la troisième fois qu' Irisenligne subit un lifting, en sept ans d'existence (un des plus vieux blogs de la blogosphère !). Il va me falloir encore un peu de temps pour bien maîtriser cette nouvelle présentation, mais déjà l'affichage des photos se trouve amélioré. Dites-moi si vous appréciez ou si vous éprouvez des difficultés d'affichage. Merci.










CRI-CRI

C’est une affaire de goût. Certains aiment, d’autres n’aiment pas ce petit iris que je trouve gai et amusant, avec son ambiance jaune chartreuse ainsi que les barbes bleu lavande et les larges flammes de même couleur qui les prolongent. Avec ce ‘Cri-Cri’ (2003), Augusto Bianco a obtenu une petite plante bien sympathique et d’un coloris somme toute pas si courant. D’où l’idée de tenter de découvrir comment ce coloris a peu être obtenu.

Les iris SDB ou « lilliputs » résultent d’un croisement entre un grand iris (TB) et un iris nain, généralement de l’espèce I. pumila. A l’origine d’une nouvelle variété il y a toujours ce mariage d’un grand et d’un petit, même si, par la suite, des croisements entre SDB ont pu intervenir. On est tout à fait dans ce cas avec le petit ‘Cri-Cri’. Une autre particularité de ces iris est que leur arbre généalogique est en général peu développé : en sept ou huit générations on arrive à l’origine. C’est aussi le cas pour ‘Cri-Cri’.

Pour ce qui est des ancêtres grands iris, ‘Cri-Cri’ en recèle un certain nombre, et pas des moindres puisqu’on relève trois Médailles de Dykes, ‘Great Lakes’ (Cousins 38 – DM 42), ‘Helen McGregor’ (Graves 43 – DM 49) et ‘Stepping Out’ (Schreiner 64 – DM 68). S’y ajoutent quelques incontournables comme ‘Minnie Colquitt’ (H. Sass 42), plicata violacé, ‘Spanish Peaks’ (Loomis 46), blanc uniforme, ‘Black Forest’ (Schreiner 45), l’ancêtre de presque tous les iris « noirs », ‘Galilee’ (Fay 55), bleu moyen, ou ‘Tea Apron’ (Sass 60), plicata léger.

En remontant l’arbre généalogique, côté maternel, on trouve deux SDB importants, ‘Zounds’ (Blyth B. 84) et ‘Stockholm’ (Warburton 71) qui ont l’un et l’autre un joli palmarès de descendants. Le premier ‘Zounds’ est un bicolore lilas sur ocre, à barbes bleues. Le second ‘Stockholm’ est un jaune pâle, également à barbes bleues. Il y a essentiellement des bleus dans les antécédents de ‘Zounds’, jusqu’à ‘Tinkerbell’ (Douglas 57), joli SDB bleu issu du mariage de ‘Helen McGregor’ et d’un I. pumila bleu. Mais bien sûr il faut du brun pour obtenir des sépales de cette couleur, et en l’occurrence il provient d’un très célèbre SDB, ‘Gingerbread Man’ (B. Jones 68). ‘Stockholm’ descend directement de quatre croisements de variétés majeures et d’I. pumila : ‘Great Lakes’, ‘Spanish Peaks’, ‘Black Forest’ et ‘Garden Flame’. Deux seulement des semis résultants de ces croisements ont reçu un nom : ‘Red Dandy’ (Warburton 58) pour ce qui est de ‘Garden Flame’ et ‘Blueberry Muffins’ (Warburton 62) pour ce qui est de ‘Black Forest’ et de ‘Red Dandy’.

Pour en revenir à notre recherche, nous avons du côté maternel, le lilas/ocre de ‘Zounds’ et le jaune de ‘Stockholm’. Mais que trouve-t-on, du côté paternel ? Deux choses intéressantes : tout d’abord, de nouveau le couple ‘Zounds’ X Stockholm’ – et par conséquent tous les ancêtres qui vont avec – et ‘Frosted Angel’ (Th. Blyth 84), un blanc à barbes bleues. Ce dernier est un SDB « du deuxième rang », c’est à dire issu d’un croisement SDB X TB. Ses parents sont d’une part le SDB indigo uni ‘Sapphire Jewel’ (Hamblen 77), de l’autre le TB plicata amarante ‘Veiled Skies’ (Plough 73). Du côté de ‘Sapphire Jewel’ l’originalité provient de la présence dans la généalogie du tout petit MDB ‘Winking Star’ (Greenlee 62), de couleur blanc verdâtre. Quant au côté ‘Veiled Skies’, il est constitué de plicatas comme ‘Stepping Out’, ‘Viet-Nam’ (Plough 66) ou ‘Tea Apron’.

Les mélanges génétiques ne donnent pas toujours naissance à ce que l’on attend : c’est souvent la surprise. ‘Cri-Cri’ aurait très bien pu être un petit plicata. Il a plutôt hérité du coloris de base jaune olivâtre de certains autres antécédents et la couleur bleue qui est présente dans beaucoup d’autres s’est concentrée dans la brillante flamme qui se glisse sous les barbes bleues également (mais là, il n’y a aucune surprise compte tenu des ascendances). ‘Cri-Cri’ est une amusante et élégante opportunité que Augusto Bianco a su saisir pour nous donner l’occasion d’apprécier quelque chose d’original.

23.5.08



LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

Encore une photo remarquable signée « Greenorchid », et une variété d’iris au coloris inhabituel, obtenue par L. Baumunk.










EN DELTAPLANE ENTRE CIEL ET MER

Pour qui a une certaine proximité avec les grands iris, l’une des plus intéressantes obtentions de Richard Cayeux, de ces vingt dernières années, s’appelle ‘Deltaplane’ (91). C’est une fleur reconnaissable entre toutes pour la disposition très horizontale de ses sépales dont les bords récurvés vers le haut, attendent pour s’étaler complètement que la fleur soit un peu âgée. Ses couleurs aussi sont remarquables : le blanc bleuté des pétales finement dentelés, et le bleu d’encre des sépales, devenant peu à peu bleu clair en approchant du cœur de la fleur. Ce bleu soutenu, c’est un héritage de ‘Night Edition’ (Schreiner 81), qui arbore des pétales plus bleutés, mais se caractérise aussi par des sépales aux bords qui s’enroulent un peu sur eux-mêmes. Le dégradé de bleu s’éclaircissant vers le centre, c’est un trait de ‘Condottiere’ (J. Cayeux 78), la plus fameuse réalisation de son obtenteur, qui a fourni le pollen pour ‘Deltaplane’. Néanmoins, si l’on parlait d’un iris comme d’un enfant, on dirait que ‘Deltaplane’ ressemble à sa mère.

On a tout dit sur ‘Condottiere’, mais il moins souvent question de ‘Night Edition’. D’un point de vue génétique cependant cette variété est intéressante en ce sens qu’elle résulte de croisements d’iris bleu de toutes les teintes et de plusieurs origines. Elle descend au premier degré de ‘Blue Mountains’ (Schreiner 64), qui est bleu-violet ou indigo. A la génération précédente on trouve ‘Blue Linen’ (Schreiner 61), qui est bleu glycine et descend lui-même de ‘Harbor Blue’ (Schreiner 54), l’un des plus beaux bleus de son époque. A l’étage au-dessus il y a une célébrité dans les bleus, Jane Philips (Graves 49), bleu ciel, et ‘Quicksilver’ (Schreiner 50), bleu argent. ‘Jane Philips’ fait partie de la famille ‘Great Lakes’, alors que ‘Quicksilver’ est de celle de ‘Chivalry’. Deux des grandes familles de bleus se sont trouvées là réunies. ‘Night Edition’ est donc un membre de l’aristocratie des iris bleus. Il n’est pas étonnant que ‘Deltaplane’ ait de la classe.

Cette année, parmi les photos que Richard Cayeux m’a envoyées, j’ai trouvé celle de ‘Ciel et Mer’ (2007). Au premier coup d’œil j’ai pensé que cette fleur devait avoir des points communs avec ‘Deltaplane’. Même bleu d’encre des sépales, horizontaux et à bords ourlés ; même blanc des pétales, à peine teinté de bleu sur le pourtour. Cette nouvelle variété est le produit d’un croisement ‘World Premier’ X ‘Futuriste’. Il ne faut pas remonter bien loin dans les arbres généalogiques pour découvrir le lien de parenté : ‘Futuriste’ = (‘Alizés’ x ‘Skating Party’) X ‘Deltaplane’. Mais notre nouvelle variété tient aussi de ‘World Premier’ (Schreiner 98). Notamment les stries blanches qui apparaissent sous les barbes. ‘World Premier’ est une fleur qui présente tous les caractères des iris de la firme Schreiner, reconnaissables du premier coup d’œil, c’est à dire des fleurs parfaitement formées, amples et même majestueuses, qui ont plus de la forme plantureuse des égéries des peintres du 18eme siècle que de la grâce éthérée des top-modèles d’aujourd’hui.

En associant les talents de deux grandes familles d’hybrideurs, les Cayeux d’une part et les Schreiner de l’autre, ce ‘Ciel et Mer’ dont les teintes marines ont inspiré le nom, peut être qualifié de fleur royale. C’est d’abord une amélioration de ‘Deltaplane’, ce qui n’est pas rien, c’est aussi une extension de ‘World Premier’, une variété qui a frôlé la Médaille de Dykes en 2005, ce qui en dit long sur ses mérites.

A-t-on atteint, là, un sommet dans le modèle amoena ? C’est bien probable, car quelles améliorations apporter encore ? Mais en fait, il y a peut-être un perfectionnement à trouver : les fleurs de ‘World Premier’, comme celles de son descendant ‘Ciel et Mer’ se tiennent un peu trop au ras de la tige. La splendeur serait encore mieux mise en valeur sur une plante moins ramassée sur elle-même, avec un branchement plus nettement en candélabre. Les hybrideurs tentés par ce défi peuvent dès maintenant s’armer de leurs brucelles.

17.5.08


Au jardin d'iris (Piazzale Michelangelo)






















ECHOS DU MONDE DES IRIS

Résultats complets du Concorso Firenze 2008

GRANDS IRIS BARBUS

1 - Premio Firenze (Gold Florin) of the Tourist Organisation: MORNING SUNRISE (T. Johnson - U.S.A. 2005)
2 - Tuscany Region Prize: POWER POINT (T. Johnson - U.S.A. 2005)
3 - Silver Plate of the Industrial Organisation: DESIGNER’S ART (F. Kerr - U.S.A. 2004)
4 - Italian Iris Society Silver Medal ‘Piero Bargellini’: CORONA STAR (G. Grosvenor – Australia 2000)
5 - Honourable Mention: CITY OF GOLD” (P. Black – U.S.A. 2005)
6 - Honourable Mention: CELTIC GLORY” (H. L. Stahly – U.S.A. 2000)
7 - Honourable Mention: FLORENTINE SILK” (K. Keppel – U.S.A. 2005)
8 - Honourable Mention: MUST UNITE ” (G. Grosvenor – Australia 1998)
9 - Honourable Mention: LORD OF THE NIGHT (G. Sutton – U.S.A. 2005)
10 - Honourable Mention: JEALOUS HALO (J. Painter – U.S.A. 2004)

PRIX SPÉCIAUX

Comune di Firenze Silver Plate for the Best Red Variety: COUNTY TOWN RED (O. Wells – Great Britain 2004)
Chamber of Commerce Prize for the Best Commercial Variety: POWER POINT (T. Johnson – U.S.A. 2005)
Amici dei Fiori Cup for the Best Italian Variety: SELENE MOON (A. Bianco – Italy 2008)
Louise Branch Prize for the Best Branched Variety: VANILNOYE NEBO (A. Volfovich-Moler – Uzbekistan 2007)
Florence Garden Club Cup for the Most Original Colour: MORNING SUNRISE (T. Johnson – U.S.A. 2005)
Perugia Garden Club Cup for the Best Scented Variety: PEACE PRAYER (T. Johnson – U.S.A. 2005)
Rora and Luciano Bausi Prize for the Best Blue Variety: JOYFUL SKIES (Schreiner’s Garden – U.S.A. 2004)
Leila and Paolo Tarini Prize for the Best Violet Variety: FAY’S OSCAR (A.&D. Cadd – U.S.A. 2004)
Giorgio Saviane Prize for the Best Early Variety: NIGHTMARE (J. Hedgecock – U.S.A. 2005)
UNE SEMAINE A FLORENCE

Ce n’est pas une sinécure que d’être juge au Concours d’iris de Florence. On passe une semaine très dense, avec, chaque matin, une longue séquence de jugement, dans le merveilleux jardin du Piazzale Michelangelo, puis un déjeuner à l’italienne, qui ne se termine que vers 15.00 heures, suivi pour certains d’une seconde visite au jardin, ou, pour d’autres, d’un peu de tourisme dans la capitale de la Renaissance.

Le Chianti

Le mercredi est entièrement consacré au tourisme. Cette année les juges ont été emmenés vers la Chianti, ses châteaux, ses vins… Une première étape, néanmoins, a eu pour but la visite d’un champ d’iris. Ils ne sont plus nombreux, ceux qui cultivent encore l’iris pour le parfum. La famille Prunetti, qui a reçu les visiteurs, est une des dernières à pratiquer cette culture à laquelle elle ajoute celle du safran et la récolte du miel. Le champ à voir était situé au sommet d’une colline pentue qu’il a fallu grimper. Mais en haut, quel spectacle ! Cette étendue bleu-mauve, parsemée d’oliviers, est un ravissement pour les yeux. Un peu plus loin on s’est arrêté dans le château de Monna Lisa. Oui, la demeure de la Joconde. C’est aujourd’hui une exploitation vinicole moderne, mais les murs sont toujours ceux qui ont abrité la célèbre beauté et où la légende situe la naissance du peintre, Leonardo da Vinci. Après une agréable dégustation de chianti accompagnée de charcuteries toscanes et de fromages (que l’on mange arrosé de miel ou de confiture), le petit car est reparti pour une heure de route vers une auberge, perdue au fond des bois, où le repas a permis aux hôtes étrangers de goûter à tout un assortiment de plats typiques de la région. L’étape suivante fut le château sévère de Meleto où une nouvelle dégustation a permis de comparer les crus et d’apprécier la diversité des chiantis. Enfin, sur le chemin du retour, une escale de quelques instants à Greve, tout près de Florence, a été l’occasion de visiter une charcuterie traditionnelle et de faire le tour d’une petite ville fort pittoresque.

Les villas

La Société Italienne des Iris est quelque chose des très aristocratique. Le noyau florentin de cette association est animé par des dames de la bonne société qui font assaut de générosité et reçoivent à tour de rôle les juges et d’autres invités dans leurs demeures somptueuses (et le plus souvent historiques, où flotte encore l’âme d’un artiste ou d’un savant comme Galilée). Cela peut être seulement pour une visite façon musée suivie d’une collation, cela peut être aussi un véritable repas. C’est toujours merveilleux. Les villas grandioses, les couvents austères, toujours situés sur les hauteurs qui entourent la ville, s’ouvrent sur des jardins idylliques avec des vues de rêve sur la ville et les dômes ou campaniles de ses innombrables églises. Les hôtes, avec une simplicité propre aux personnes de qualité, vous accueillent comme des amis. Les agapes peuvent durer un peu, mais on est tellement à l’aise qu’on n’a pas hâte de retourner mesurer des iris.

Le banquet

Cette année (mais peut-être est-ce ainsi tous les ans) le Rotary-Club de Florence recevait les hôtes de la SII pour un dîner solennel, suivi d’une conférence. Le lieu ? Le Palais Borghèse, en plein cœur de la ville, un somptueux bâtiment Renaissance qui fut celui de Pauline Bonaparte, sœur de notre empereur et princesse Borghèse. Extérieurement, le palais, comme tous les autres, dresse ses pierres impressionnantes mais sévères, sur une rue étroite qui ne le met pas en valeur. Intérieurement, c’est à la fois riche et dépouillé. Un groupe de musicien en costume d’époque, annonce l’arrivée des convives avec un petit air de flûte et de harpe. La salle où va avoir lieu le repas s’emplit peu à peu de messieurs d’un certain âge en costumes sombres, et de rares dames, à peine plus jeunes, en tenues sobres mais distinguées. Sur un signal du maître des lieux, tout le monde se lève pour écouter la diffusion de trois hymnes : l’hymne du Rotary, celui de l’Italie, et celui de l’Europe. Puis l’on se rassoit et le repas peut commencer, modeste et sans intérêt gastronomique. Un nouveau signal de notre hôte et un conférencier se lève et se dirige vers un rétroprojecteur pour nous exposer par le menu, en italien bien sûr, tous les aspects de deux toiles de Leonardo da Vinci. Les invités de la SII, américains, tchèques, français, essaient de capter quelques mots… Mais les images sont, pour eux, plus parlantes. L’exposé terminé, chacun repart après les dernières congratulations.

Les iris

Le jardin d’iris, sur le versant de la colline de San Miniato, fut une oliveraie avant d’abriter les collections d’iris de la SII. Ce sont toutes les variétés envoyées au concours depuis 1957 ainsi que quelques dons d’hybrideurs. Toutes les plantes ne reçoivent pas les mêmes soins et des secteurs entiers semblent un peu à l’abandon, mais chaque année un nouveau carré est rénové en fonction des moyens de la Société. Les fleurs des derniers et prochains concours sont, elles, parfaitement entretenues. Il y en a dans tous les sens, là où il y a de la place. Cet apparent désordre est aussi l’un des charmes du jardin qui, de ce fait, ne fait pas du tout apprêté. Les iris en compétition pour 2008 sont au nombre de 113 (plus 14 iris de bordure). Au moment de la présence des juges, c’est à dire cette fois au pic de la saison, les iris hâtifs sont sur leur fin et les tardifs encore en boutons. Une soixantaine de plantes sont en pleine floraison. Le jury, après de laborieuses discussions, en retiendra 42 pour le concours proprement dit. Sont ainsi éliminés les iris mal venus où manifestement hors d’état d’être jugés. Une autre controverse agitera le jury quand il s’agira de désigner l’iris ayant le meilleur branchement. La notion de branchement n’est pas la même chez les juges italiens et chez les autres ; un grand plicata, un peu fragile, mais qui a la préférence du président du jury, sera finalement supplanté par une variété plus consensuelle. Pour l’attribution des trois premiers prix, il n’a aura en revanche aucune contestation. Difficile sera la désignation du meilleur parfum et de la meilleure variété italienne. Dans le premier cas parce qu’aucun iris n’a une odeur particulièrement puissante ou agréable qui le mette nettement en avant, dans le second parce qu’il n’y a pas de variété italienne classée dans les dix premières. Une solution sera de toute façon trouvée, à la satisfaction des organisateurs comme du jury.

Après la remise officielle des prix, dans le solennel Palazzo Vecchio, tout le monde se retrouvera pour un dernier repas dans une belle auberge, tout près des iris, sur la vaste esplanade du Piazzale Michelangelo. Puis ce sera la dispersion, les adieux, les espoirs de retrouvailles, les vœux de bonheur et les joyeuses manifestations d’amitié. Car ce concours 2008, remarquablement organisé, s’est déroulé dans les meilleures conditions et dans une ambiance chic, amicale mais bon-enfant qui n’a fait que faciliter les discussions parfois vives parce que sérieuses.

11.5.08











ECHOS DU MONDE DES IRIS

Concorso Firenze 2008

Florin d’Or : ‘Morning Sunrise’ (T. Johnson 2005)
2 eme prix : ‘Power Point’ (T. Johnson 2005)
3 eme prix : ‘Designer’s Art’ (F. Kerr 2004)
4 eme prix : ‘Corona Star’ (G. Grosvenor 2000)

Très beau concours, iris au pic de leur floraison.

IV. A la manière de Colette
(Pour un herbier)

Fleuri, doux.

« Fleuri, doux », c’est ainsi qu’un grand nez (comme on appelle ces hommes qui ont l’organe de l’odorat tellement affûté qu’ils sont capables, dans la foule d’une station de métro, de citer le nom du parfum de chacune des femmes qui passent auprès d’eux) a défini le parfum de l’iris. Parler du parfum de l’iris, c’est me retrouver dans notre jardin de St-Sauveur-en-Puisaye, un soir de mai, à la fin d’une journée où les premières chaleurs nous ont rendues nonchalantes. Les longues tiges flexueuses des iris bleu tendre s’inclinent vers le sol, et les fleurs, contraintes de se redresser pour offrir aux abeilles les trésors de leur nectar, se tortillent pour rester présentables malgré l’inconfort de leur situation. La chevelure dorée de leurs barbes est là pour leurrer les insectes. « Venez, semblent-elles dire, par ici vous trouverez ce qu’il y a de meilleur ! » Mais leur véritable intention est, en fait, de conduire jusqu’à leur cœur celui ou celle qui, au passage, va frotter son dos velu sur leur petite étamine et emporter le pollen vers la fleur voisine où il se déposera, mécaniquement, quand l’hôte d’un instant voudra encore une fois se régaler d’une nouvelle dose de sirop. Mais la chenille dorée n’est pas la seule à attirer le visiteur, il y a aussi l’odeur ! Ce parfum sucré, lourd, tenace, qui atteint son paroxysme aux dernières heures de la journée, comme pour ranimer l’appétit des pollinisateurs, émoussé par un après-midi de bombance.

Le parfum de l’iris, du moins celui de sa fleur, est effectivement un parfum doux et fleuri, mais pourquoi ne pas faire, justement, de ces caractéristiques la référence de l’iris. Un iris qui sent l’iris, est-ce inconcevable ? Oui, je sais, il existe des iris qui ne sentent pas l’iris ! Des traîtres, en quelque sorte, ou des plagiaires, qui prétendent se montrer intéressants en singeant l’odeur du muguet, de l’œillet, du lis blanc ou de la vanille. Comme si sentir l’iris était d’un commun, qu’une fleur distinguée ne pouvait pas se permettre. Il est vrai, également que d’autres négligent superbement de se parfumer : on-t-ils besoin de cet artifice, eux qui sont si beaux que personne ne saurait leur résister ? Certains vont même jusqu’à offrir une odeur âcre et désagréable, les iris sombres, surtout. Mais ce qui nous semble à nous humains, rébarbatif ou simplement déplaisant, n’a-t-il pas un effet fort différent sur l’odorat des insectes ? J’ai entendu dire que la forêt tropicale recèle des fleurs immenses, aux couleurs abominables, et dégageant une odeur épouvantable, mais qui ont un succès fou auprès des mouches autochtones. Tous les goûts sont dans la nature !

L’iris, au demeurant, n’est pas une fleur discrète : c’est un chevalier, un souverain. Observons avec quel dédain se dresse sa fleur, au sommet de la hampe. Il est fier et dominateur, et ses feuilles acérées et dressées lui font une garde rapprochée raide et menaçante. Mais ce prince guerrier a, aussi, son côté enjôleur, sa part de féminité. C’est son parfum, cette onde de langueur, douce et forte à la fois, que le souffle du soir emporte à travers le jardin et qui démontre, à ceux qui en douteraient , que l’iris abrite bien, en une seule enveloppe, les caractères majeurs des deux sexes.

2.5.08

UN PEU DE RETARD

La semaine prochaine Irisenligne sera un peu en retard. Je ne serai de retour de Florence (Concorso Firenze) que le dimanche 11. Mais j'aurai sans doute beaucoup de choses à dire.

LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

Cette photo de ‘Elegant Impressions’ (Schreiner 93) met bien en évidence les qualités des variétés proposées par la firme Schreiner : fleurs amples, parfaitement proportionnées, délicatement frisées. La lumière qui baigne cette photo accroît l’impression de fraîcheur …et d’élégance !






MEILLEUR ESPOIR

Dans le système américain des récompenses, on commence par les HM (Honorable Mention) qui sont destinés aux variétés récemment mises sur le marché et qui entrent par cette porte dans le grand cirque qui peut les emmener jusqu’à la Médaille de Dykes. Et la variété qui, chaque année, accumule le plus de voix pour un HM reçoit la Walther Cup. Cette récompense est très prisée, en effet elle jette un coup de projecteur sur un iris a priori intéressant et, comme elle est attribuée au tout début de la vie commerciale de cet iris, elle garantit à son obtenteur des ventes importantes. Un autre de ses pôles d’intérêt est qu’elle est attribuée à des iris de toutes catégories, ce qui, pour les autres que les grands iris, est très favorable à leur développement.

La Walther Cup a été créée en mémoire de Barbara Walther et de son mari Fred. Barbara a été la première responsable des Presby Memorial Iris Gardens, installés dès 1927 dans la petite ville de Montclair, dans le New Jersey pour devenir le conservatoire américain des iris. D’après les renseignements que je possède, il semble que cette distinction existe depuis 1975, mais cette information est à vérifier, Barbara Walther étant décédée seulement en 1977.

Quoi qu’il en soit, la Walther Cup a tout de suite été attribuée à des variétés qui par la suite ont eu un parcours des honneurs particulièrement flatteur, ce qui accroît son aura et l’intérêt que les hybrideurs lui portent. Pour en juger il suffit de se pencher sur le cas des vingt dernières variétés récompensées.

1989 = ‘Silverado’ (Schreiner 87) – bleu argent, splendide, honoré de la Wister Medal (meilleur grand iris) en 91 et de la Médaille de Dykes en 94 ;
1990 = ‘Honky Tonk Blues’ (Schreiner 88) – original bleu, aux sépales marbrés, deux fois Wister Medal (92 et 94) et Médaille de Dykes en 95 ;
1991 = ‘Frosted Velvet’ (K. Fisher 88) – iris de table (MTB), amoena violet, AM en 93 et Williamson-White Medal (meilleur MTB) en 95 ;
1992 = ‘Shaker’s Prayer’ (Warner 89) – Iris de Sibérie, pétales violets, sépales allant de l’or au violet, très original, AM en 94 et meilleur de sa catégorie (Morgan-Wood Medal) en 96 ;
1993 = ‘Tennessee Gentleman’ (Innerst 89) – jaune et prune, l’un des vainqueurs de la Walther Cup qui a fait le plus modeste parcours puisqu’il s’est arrêté à l’AM en 95 ;
1994 = ‘Hello Darkness’ (Schreiner 92) – Le meilleur « noir » des 20 dernières années, Wister Medal en 98 et Dykes Medal l’année suivante ;
1995 = ‘Boogie Woogie’ (Nichols 88) – très élégant amoena bleu glycine, AM en 97, Wister Medal en 99 ;
1996 = ‘Feature Attraction’ (Schreiner 94) – remarqué dès 1994 avec la President’s Cup, ce très joli mauve frisé n’a pas dépassé par la suite le stade de l’AM obtenu en 98 ;
1997 = ‘Fancy Woman’ (Keppel 94) – un iris luminata bien dans le style Keppel, en violet améthyste, qui a obtenu la Wister Medal en 2001, puis tutoyé à deux reprises la Médaille de Dykes (2002 et 2003) sans pouvoir décrocher la timbale ;
1998 = ‘¨Protocol’ (Keppel 94) – cet iris intermédiaire (IB) n’a été commercialisé qu’en 1996. C’est un amoena jaune spectaculaire qui a continué son chemin jusqu’à le Sass Medal (meilleur intermédiaire) en 2002 ;
1999 = ‘Diabolique’ (Schreiner 97) – excellent iris violet sombre, qui a continué sur sa lancée et frôlé la Wister Medal en 2003 ;
2000 = ‘Midnight Oil’ (Keppel 97) – Très traditionnel d’aspect, cet iris est la contribution récente de Keith Keppel à la grande famille des iris “noirs” ; il n’a pas dépassé le niveau de l’AM, atteint en 2002 ;
2001 = ‘Starwoman’ (M. Smith 97) – cet intermédiaire, plicata classique, intéressant au plan de l’hybridation, a suivi un cursus exceptionnel : AM en 2003, Sass Medal (meilleur intermédiaire) en 2005 puis deux fois challenger pour la Médaille de Dykes, en 2006 et 2007 ;
2002 = ‘Happenstance’ (Keppel 2000) – ce rose superbe n’en pas fini avec les honneurs puisqu’il a obtenu un AM en 2004 et est arrivé troisième pour la Wister Medal en 2006 ;
2003 = ‘Delirium’ (M. Smith 99) – encore un intermédiaire qui s’est fait remarquer ! C’est un iris aux pétales jaune d’or fumé et aux sépales dont le fond jaune est largement couvert de violet, avec un fin liseré jaune et des barbes minium. AM en 2005 et Sass Medal en 2007 ;
2004 = ‘Cat’s Eye’ (P. Black 2002) – cette fois c’est un SDB qui l’a emporté ; grenat clair, marqué de sombre aux sépales, avec une barbe bleue, AM en 2006, est encore en course pour une distinction supérieure ;
2005 = ‘Paul Black’ (T. Johnson 2002) – ce grand iris bleu outremer avec de grosses barbes oranges, a marqué un grand coup cette année-là en remportant également le Florin d’Or à Florence. Meilleur AM en 2007, il a toutes ses chances pour la Wister Medal en 2009, voire plus en 2010 ou 2011 ;
2006 = ‘Decadence’ (Blyth 2001) – encore une originalité puisque cet iris est originaire d’Australie ; peut continuer de faire parler de lui dans les années à venir ;
2007 = ‘Florentine Silk’ (Keppel 2004) – cet intéressant bicolore fait une entrée en fanfare dans le grand cirque puisque, la même année, il remporte aussi la Franklin Cook Cup lors de la convention d’Oklahoma City. C’est une variété dont devrait reparler.

25.4.08


LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

Les Américains font grand cas des iris d’origine française. Les variétés de Cayeux et Anfosso sont présentes dans la plupart des catalogues. Le photographe qui signe TNTIGGER nous donne aujourd’hui un joli cliché de ‘Eau Vive’ (Cayeux 97).
ECHOS DU MONDE DES IRIS

Le géant des producteurs

Quelques informations concernant la firme SCHREINER, à Salem dans l’Oregon : la plus grande entreprise du monde des iris :
Surface cultivée = 90 hectares
Nombre de semis effectués chaque année = 20000, 2% seront conservés
Ventes annuelles = 5 Millions de rhizomes !