7.11.08







MORGAN WOOD MEDAL

La Morgan Wood Medal est l’une des moins connues des récompenses attribuées chaque année par l’American Iris Society. Elle est destinée aux iris de Sibérie. Elle a été créée en 1952 et, à l’époque s’appelait simplement la Morgan Medal. Ce n’est qu’à partir de 1986 qu’elle a pris son nom actuel. Il lui a été donné en l’honneur de deux personnages fort dissemblables, mais tous deux amateurs d’iris de Sibérie.

F. Cleveland Morgan (1881/1962) fait partie de ces personnages extraordinaires qui peuplent le monde des iris. C’est un membre de la grande famille canadienne des Morgan, dont l’aîné, Henry, fut le fondateur de la société Henry Morgan and Co, l’équivalent pour le Canada à la fois des Galeries Lafayette et de la Manufacture de St Etienne. Ce fut à partir de 1845 un grand magasin, connu pour la variété et la qualité des produits proposés, puis à partir de 1891, une entreprise de vente par correspondance dont la renommée s’est répandue dans tout le Canada et où l’on pouvait tout trouver, y compris des automobiles ! La Henry Morgan and Co poursuivit son développement et ouvrit en 1900 une Galerie d’Art. C’est peut-être là, d’ailleurs, qu’il faut voir la vocation de F. Cleveland Morgan, lequel était appelé à devenir une immense personnalité dans le monde de l’art en Amérique du Nord en même temps qu’un des patrons de l’entreprise familiale. Il devint, dès 1917, le Conservateur du Musée des Beaux-Arts de Montréal, fonction qu’il conserva jusqu’à sa mort ! Son importante fortune lui permit d’acquérir une foule d’œuvres en tous genres et de posséder une collection exceptionnelle dont il fit donation au MBAM. En 1961, le MBAM organisa une exposition de plus de six cents œuvres données par Cleveland Morgan. Son activité de Conservateur et de collectionneur ne l’empêchait pas de s’intéresser vivement aux iris, et tout particulièrement aux iris de Sibérie. Ce fut l’un des pionniers de la culture de cette plante au Canada et aussi l’un des fondateurs de l’AIS ! Il pratiquait l’hybridation et plusieurs de ses obtentions, selon Clarence Mahan à qui j’ai largement emprunté pour la rédaction de cette chronique, se trouvent encore dans les jardins un peu partout dans le monde. Notamment les variétés ‘Caesar’ (Morgan 1930), ‘Caesar’s Brother’ (Morgan 1932) et ‘Tropic Night’ (Morgan 1937). D’ailleurs ‘Caesar’s Brother’ a obtenu la Morgan Medal en 53 et ‘Tropic Night’ en 54.

La vie d’Ira E. Wood (1903/1977) est toute différente. C’était un scientifique qui travaillait à la société de téléphonie Bell. Lui et sa femme s’intéressaient particulièrement aux iris de Sibérie et prenaient une part active à la vie de l’AIS et de la Society for Siberian Irises. Il hybridait un peu les SIB, mais c’était plus par plaisir ou distraction que dans un but professionnel. Ce n’est pas dans ce domaine que Ira E. Wood s’est fait un nom, mais plutôt pour son engagement au service de l’AIS.

La Morgan Wood Medal, et son prédécesseur la Morgan Medal, ont récompensé les meilleurs iris de Sibérie depuis plus de cinquante ans. Un cas particulier : certaines variétés ont été récompensées deux fois ! ‘Butter and Sugar’ (McEwen 76), 1981 et 1986 ; ‘Steve Varner’ (Briscoe 76), 1982 et 1987 ; ‘Pink Haze’ (McGarvey 69 mais introduit seulement en 80), 1983 et 1988. Les trois premières récompenses ont été attribuées au titre de la Morgan Medal qui a eu cours de 1952 à 1984, les trois autres au titre de la nouvelle Morgan Wood Medal. Un certain nombre des iris médaillés se trouvent aujourd’hui dans les catalogues de nos producteurs.

Les iris de Sibérie ne sont pas bien nombreux à être enregistrés chaque année : environ 30. D’où le nombre restreint des obtenteurs titulaires de la médaille. Dans les années 70 ce sont essentiellement William McGarvey et Currier McEwen qui ont été honoré (ce dernier a acquis la célébrité en étant à l’origine du passage des SIB de la diploïdie à la tétraploïdie par traitement à la colchicine). Depuis l’apparition de la Morgan Wood Medal, en 1986, ce sont Robert Hollingworth (7 succès) puis le couple Marty Schafer/Jan Sacks (5 succès) qui trustent les médailles.

Aujourd’hui où la création de jardins d’eau est à la mode, la Morgan Wood Medal va présenter de plus en plus d’intérêt pour guider le choix de ceux qui veulent orner leurs mares de plantes agréables et sans difficultés de culture. Le très sérieux F. Cleveland Morgan ne s’attendait sûrement pas à ce que son nom soit ainsi connu du monde entier pour autre chose que ce qui fit sa gloire : les œuvres d’art qu’il collectionnait avec une passion encore plus grande que celle qu’il accordait aux iris de Sibérie.
Voici la liste des vainqueurs de la Morgan Wood Medal depuis 2000 :
2000 Over in Gloryland (Hollingworth 92)
2001 Strawberry Fair (Hollingworth 92)
2002 Lake Keuka (Borglum 91)
2003 Careless Sally (Schafer/Sacks 96)
2004 Blueberry Fair( Hollingworth 96)
2005 Where Eagles Dare (Helsley 93)
2006 Riverdance (Schafer/Sacks 97)
2007 Ships are Sailing (Schafer/Sacks 98)
2008 Fond Kiss (Schafer/Sacks 99)

31.10.08

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Un iris pour 25 centimes

On peut rêver d’un iris à 25 centimes. Mais pour en obtenir à ce prix-là, il faut en acheter 20000 d’un coup ! Evidemment cela n’est pas à la dimension de nos jardins !

C’est le prix pratiqué aux Pays-Bas, à l’intention des collectivités, des entreprises paysagistes et des sociétés de vente par catalogue. Il ne faut pas toujours être exigeant sur la variété, mais quelquefois on a la surprise, dans un catalogue VPC, de trouver des variétés assez récentes et originales. Cependant le prix de vente n’est plus de 0.25 € !










IRIS EN UKRAINE





L’Ukraine a fait une entrée remarquée dans le monde des iris lorsque Nina Miroshnichenko a remporté le concours FRANCIRIS© 2007 avec son ‘Solovinyiaya Noch’. Mais elle n’est pas la seule à s’être lancée dans l’hybridation dans ce pays en voie d’émergence. Pour ce qui concerne les grands iris hybrides, au moins deux noms sont apparus ces temps derniers : Aleksandr Trotsky et Igor Khorosh. Madame Miroshnichenko, qui vit à Jitomir près de la Crimée, et cultive les iris depuis de nombreuses années, s’est contentée de pratiquer l’hybridation en amatrice, sans chercher à tirer profit de son hobby. En revanche les deux autres se sont lancés dans le commerce des iris, avec les moyens que la technologie moderne leur propose pour se faire connaître, et en particulier Internet.
Par opposition à la situation des irisariens de Russie, et surtout ceux qui habitent dans la partie nord, les Ukrainiens bénéficient, à proximité de la Mer Noire, d’un climat plutôt méditerranéen, propice aux iris. Ils en profitent, et leurs entreprises ont l’air prospère. A la base il y a des variétés américaines et australiennes, comme partout. En tant qu’hybrideurs, ils les utilisent avec soin et une évidente compétence. De sorte qu’ils peuvent présenter sur leurs sites et dans les forums internationaux des plantes qui ont tout à fait bonne allure. Les fleurs sont jolies, modernes, apparemment en mesure de se confronter aux productions des hybrideurs occidentaux. Mais cet avis n’est basé que sur l’examen de photographies et aurait besoin d’être vérifié sur le terrain. Malheureusement, jusqu’à présent, ces variétés n’ont pas fait leur apparition dans les concours français ou italiens, et conservent donc tout leur mystère. Elles n’apparaissent pas non plus dans les catalogues, nos producteurs restant obnubilés par les variétés américaines ou australiennes.
Aleksandr Trotsky porte un nom qui évoque bien des choses chez les gens de mon âge. Il n’a pas l’air d’en souffrir ! Sa pépinière, qui se trouve à Nikolaev, située à 150 km à l’est d’Odessa, à 50 km de la mer, est constituée de variétés classiques auxquelles s’ajoutent les produits maison. Pour faire sa connaissance, il faut se rendre sur son site Internet, malheureusement celui-ci n’est pour l’instant qu’en ukrainien, ce qui ne facilite pas la compréhension pour un occidental, mais on arrive tout de même à y naviguer suffisamment pour découvrir tout ce qu’il contient et notamment les photos des variétés commercialisées. ‘Rusich’ (2005) et ‘Shatior Sultana’ (2006) sont des exemples de ses dernières obtentions.
Il est plus facile de faire connaissance avec Igor Khorosh puisque son site est accessible en anglais. Cet ancien médecin est installé depuis 1989 à Ternopol, ville située à 400 km à l’ouest de Kiev, une région qui doit être beaucoup plus continentale que celle de Nikolaev. Il s’est lancé dans la culture des iris dès que les variétés occidentales ont pu être importées facilement dans son pays, et a présenté ses premières hybridations en 1999. Peu à peu il s’est perfectionné, utilisant les variétés les plus récentes et les plus réputées, jusqu’à obtenir de nouveaux iris qui, d’apparence, n’ont rien à envier à ceux que proposent les obtenteurs des autres pays. Les photos ci-dessus de ‘Illiuzionist’ (99) et ‘Sertse Okeanu’ (2005) donnent une idée de son travail.

Quand aurons-nous la possibilité de juger sur pièce ? J’espère que ces messieurs auront la bonne idée d’envoyer leurs plantes aux concours internationaux. Mais peut-être pourrions-nous leur passer commande ? Les prix, exprimés en USD, vont de 20 à 30 pour les dernières nouveautés. L’expérience pourrait être tentée. Elle deviendra peut-être une nécessité si l’on veut renouveler nos collections, puisque les importations des USA deviennent de plus en plus problématiques et onéreuses avec les restrictions phytosanitaires imposées à l’heure actuelle.

Chez les iris la mondialisation est vraiment en marche, et ceci est une bonne nouvelle.

24.10.08

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Concours FRANCIRIS®2011

Le concours FRANCIRIS®2011 se présente plutôt mieux que les organisateurs le craignaient en raison du boycott des envois en UE de la part de la plupart des obtenteurs américains, du fait des exigences douanières et sanitaires. L’affaire avait pris un mauvais départ avec la non-inscription, au printemps, des hybrideurs de l’hémisphère sud. Mais elle s’est améliorée grâce au dynamisme des Européens. En fin de compte il y aura 112 variétés en compétition, soit 2 de plus que pour le concours de 2007, présentées par 18 hybrideurs, dont 8 Français, 3 Américains, 2 Allemands, 2 Italiens, 1 Canadien, 1 Tchèque et 1 Russe.



CARRÉS ROUGES

Pour ceux qui aiment les casse-tête, les obtentions de Joë Ghio constituent pour la plupart un exercice exceptionnel. L’analyse du pedigree de quelques-unes de ses dernières est particulièrement significative, et je crois qu’il faut avoir le métier de Joë Ghio pour arriver à établir sans erreur ce genre de tableau.

Prenons l’exemple des variétés « rouges » qu’il a introduites ces dernières années. J’en ai relevé huit qui constituent deux remarquables carrés rouges illustrés ci-dessus.

‘Cover Page’ (2001) et ‘Ransom Note’ (2000) sont frères de semis. Leur pedigree est le suivant :
(Battle Royal x ((((Lady Friend x (Flareup x (Capitation x Coffee House))) x Battle Hymn sib) x (Cafe Society x (Cinnamon x (((Malaysia x Carolina Honey) x (Hi-Top x ((Ponderosa x Travel On) x Peace Offering sib))) x (Anointed x San Jose))))) x Heat Pump)) X (Battle Royal x ((((Homecoming Queen x 76-110BB) x Esmeralda sib)) x (( Romantic Mood sib x ((Paris Original sib x ((Princess x (Pink Sleigh x (Opening Round x Champagne Music))) x (Louise Watts x (Ghost Story x Ponderosa)))) x (((Louise Watts sib x ((((Commentary x Claudia Rene) x Claudia Rene) x Ponderosa) x (Ponderosa x New Moon))) x Crystal Dawn) x (Preface sib x Crystal Dawn)))) x Lightning Bolt))).

Quelques variétés un peu plus anciennes se présentent avec une complexité pratiquement semblable :

‘Rogue’ (94) = Caracas X ((((Cream Taffeta x (Ponderosa x New Moon)) x (Ballet in Orange x 73-122Z)) x (Blaze of Fire x 76-37F)) x ((((Flareup x (Hi-Top X ((Ponderosa x Travel On) x Peace Offering))) x 76-37F) x (Preface sib x (Old Flame x Pink Angel))) x (((Malaysia x Carolina Honey) x 73-122Z) x Toastmaster)))

‘Star Quality’ (95) = ((Romantic Mood sib x ((Paris Original sib x ((Princess (Pink Sleigh x (Opening Round x Champagne Music))) x (Louise Watts x (Ghost Story x Ponderosa)))) x (((Louise Watt sib x ((((Commentary x Claudia Rene) x Claudia Rene) x Ponderosa) x (Ponderosa x New Moon))) x Crystal Dawn) x (Preface sib x Crystal Dawn)))) x Lightning Bolt) X ((Caption x (Classico x ((Preface sib x Crystal Dawn) x ((Datebook x (Ponderosa x (Ponderosa x New Moon))) x Actress)))) x Lightning Bolt).

‘Ritual’ (98) = Engaging X ((((Lady Friend x (Flareup x (Capitation x Coffee House))) x Battle Hymn sib) x Court Martial) x ((((Praline x Lady Friend) x ((((Ponderosa x Honey Rae) x ((((Commentary x Claudia Rene) x Claudia Rene) x Ponderosa) x (Ponderosa x New Moon))) x Homecoming Queen) x (Entourage x Homecoming Queen))) x ((((Crème de Crème x Financier) x ((Ballet in Orange x Coffee House) x Cinnamon sib)) x Café Society)))))

Le pompon revient sans doute à ‘Regimen’ (99) : jugez un peu = (((Stratagem x Bygone Era) x (Caracas x (Fortunata x ((((Flareup x 73-122Z) x (Ballet in Orange x 73-122Z)) x (Preface sib x (Old Flame x Pink Angel))) x (((Ponderosa x Honey Rae) x ((((Commentary x Claudia Rene) x Claudia Rene) x Ponderosa) x (Ponderosa x New Moon))) x Homecoming Queen) x Orangerie))))) x ((((Lady Friend x (Flareup x (Capitation x Coffee House))) x Battle Hymn sib) x (((Praline x Lady Friend) x 76-181J x (Entourage x Homecoming Queen))) x (((Creme de Creme x Financier) x ((Ballet in Orange x Coffee House) x Cinnamon sib)) x Café Society))) x Quito)) X (Enhancement x ((Romantic Mood sib x (Designer Gown x (78-221U x ((Artiste x Tupelo Honey) x ((Malaysia x Carolina Honey) x (Hi-Top x ((Ponderosa x Travel On) x Peace Offering sib))))))) x Winning Smile)) !

Mais n’oublions pas l’addition de ‘Regimen’ et ‘Ritual’ qui a donné naissance à ‘House Afire’ (2002) ! Quant à ‘Infrared’ (2002), déclaré de « parents inconnus », on peut parier que ces parents, plus perdus qu’inconnus, ne donnent pas davantage dans la simplicité.

Tous ces iris, d’aspect splendide, ont pour caractéristique commune d’être d’un rouge sombre rutilant, parfois imprégné d’un peu de violet. Ils ont évidemment un air de famille et, de fait, on retrouve dans le pedigree de chacun des séquences identiques, par exemple les semis 73-122Z = Hi-Top X ((Ponderosa x Travel On) x Peace Offering) ou 76-181J = (Ponderosa x Honey Rae) X ((((Commentary x Claudia Rene) x Claudia Rene) x Ponderosa) x (Ponderosa x New Moon)). Mais il y en a d’autres comme (Louise Watts x (Ghost Story x Ponderosa)), et vous pouvez vous amuser à en chercher plusieurs. En tout cas, presque chez chacun on trouve quelque part la trace de ‘Lady Friend’ (Ghio 81), que l’on peut qualifier d’ancêtre commun.

Cette variété constitue la base « rouge » des nouveaux iris. Mais pour renforcer le coloris, lui donner plus de profondeur, Ghio a ajouté une foule d’ingrédients en utilisant un panel de fleurs considérable puisqu’il n’y a pas moins de soixante noms de variétés cités dans les pedigrees ! Il y a dans cet ensemble essentiellement des variétés « rouges » (en fait grenat, amarante ou magenta), roses, oranges, et brunes. Dans le première couleur, j’ai relevé les noms de ‘Battle Royal’ (Ghio 94), ‘Battle Hymn’ (Ghio 89), ‘Heat Pump’ (Stevens 81), ‘Paris Original’ (Ghio 81), ‘Lightning Bolt’ (Ghio 93) et ‘Court Martial’ (Ghio 91). Les roses sont représentés par ‘Romantic Mood’ (Ghio 88), ‘Princess’ (Gatty 72), ‘Pink Sleigh’ (Rudolph 70), ‘Claudia Rene’ (Gaulter 63), ‘Preface’ (Ghio 79), ‘Pink Angel’ (Rudolph 73), ‘Caption’ (Ghio 86), ‘Datebook’ (Corlew 72), ‘Entourage’ (Ghio 77), ‘Bygone Era’ (Ghio 90) et ‘Designer Gown’ (Ghio 85). Les « bruns », du jaune miel au brun café, sont ‘Flareup’ (Ghio 78), ‘Cafe Society’ (Ghio 85), ‘Cinnamon’ (Ghio 82), ‘Malaysia’ (Ghio 76), ‘Carolina Honey’ (Powell 72), ‘Hi-Top’ (Knocke 72), ‘Anointed’ (Boushay 75), ‘Toastmaster’ (Ghio 84), ‘Praline’ (Ghio 83), ‘Honey Rae (DeForest 68), ‘Stratagem (Ghio 88) et ‘Tupelo Honey’ (Gaulter 75). Enfin les oranges ont pour nom ‘Homecoming Queen’ (Sexton 78), ‘Esmeralda’ (Ghio 88), ‘Caracas’ (Ghio 95), Ballet in Orange’ (Smith C. 74), ‘Blaze of Fire’ (Christensen 73), ‘Orangerie’ (Keppel 82) et ‘Quito’ (Ghio 93). Ajoutez à cela un peu de jaune, quelques bicolores, mais très peu de mauve – ‘Engaging’ (Ghio 97)- ou de bleu – Actress (Keppel 76) – et encore est-ce plus en raison des barbes rouges que de la couleur générale.

Ces pedigrees si difficiles à déchiffrer ont un gros défaut : les plantes consanguines à ce point sont fragiles et poussent difficilement ailleurs qu’en Californie. Mais ils ont au moins un avantage, celui de permettre de découvrir qu’un grand maître des iris sait merveilleusement jouer avec les couleurs pour obtenir ce qu’il veut.

PS : Verra-t-on en Europe ces iris exceptionnels ? On peut craindre que non puisque actuellement Joë Ghio a renoncé à envoyer des iris vers l’Union Européenne, pour cause de tracasseries douanières et phytosanitaires.

20.10.08

RETARD OU OMMISSION ?

Quoi ? Pas de blog la semaine dernière ?
Retard, oui, mais pas ommission !
Voici la livraison prévue et différée par étourderie !






EN AVANT, CALME ET DROIT

Cette devise de cavalier a été choisie comme titre d’un de ses livres par l’écrivain François Nourissier. Même si les éperons dont il va être question sont plutôt ceux des antiques nefs guerrières que ceux destinés à aiguillonner les chevaux, c’est cette phrase qui m’est venue à l’esprit quand il s’est agi de donner un titre à une nouvelle chronique sur les iris à éperons.

Dans la précédente, publiée ici fin juillet dernier, une certaine confusion avait été notée à propos du rôle des hybrideurs français dans l’historique des iris rostratas. D’ailleurs Lawrence Ransom, puis Jean Peyrard, tous deux artisans des rostratas à la française, m’en ont fait la remarque. Je vais essayer aujourd’hui de faire le point sur la façon dont nos compatriotes ont abordé le sujet.

Le premier Français à s’être intéressé aux iris à éperons semble avoir été, en effet, Jean Peyrard. Son ‘Ostrogoth’ est apparu en 1993. C’est un croisement Sky Hooks x Golden Encore. Avec de petits éperons blancs à l’extrémité des barbes orange, plus apparents sur les fleurs du haut de la tige que sur le reste. En 2000, ‘Messire Benoit’ renouvelle l’expérience. C’est un iris issu de ‘Horned Flare’ (Austin 63), via ‘Flag of Truce’ (Rowlan 86). La même année, l’IB ‘Messire Florian’, avec ses éperons bleus, rappelle son « père » ‘Sky Hooks’.

Lawrence Ransom, de son côté, s’est lancé dans les éperons dès l’enregistrement de ‘Psy’ (94), qui cumule les originalités : c’est un Iris de Table (MTB) et il présente un soupçon d’éperons ! Par la suite c’est surtout sur ses SDB que les éperons apparaissent, plus ou moins volumineux, notamment grâce à l’apport d’un semis de J. Peyrard, (Planet Iris X I. pumila) qui a transmis à ses descendants les appendices qu’il a lui-même reçus de ‘Spooned Blaze’ (Austin 64). Quant au TB ‘Jet-Setter’ (2004), il fait partie de la lignée lancée par Monty Byers, par ‘Rockstar’ (Byers 91).

Dans la famille Anfosso, à Hyères, il faut choisir la fille, Laure, pour ouvrir une autre page de l’histoire qui nous intéresse aujourd’hui. Car elle a enregistré, entre 90 et 94, quatre variétés à éperons, issues de ‘Sky Hooks’ : ‘Luciole’ (90), ‘Antigua Soleil’ (90), ‘Flûte Enchantée’ (91) puis ‘Papillon d’Automne’ (94).

Pour respecter la chronologie, c’est mon ami Bernard Laporte qui s’est ensuite lancé dans cette expérience, avec la passion qu’on lui connaît. Il a enregistré au moins cinq variétés à éperons, dont ‘Messire Lancelot’ (2004), qui est un bel exemple de son travail, mais qui descend de ‘Snow Spoon’ (Hager 82) alors que les autres proviennent de ‘Sky Hooks’.

D’autres hybrideurs français ont suivi le chemin : Christian Lanthelme, Michèle Bersillon, puis, plus récemment, Jean-Claude Jacob ou Linda Vasquez-Poupin. Luc Bourdillon est également sur les rangs, mais ses obtentions n’ont pas été enregistrées, ce qui est bien dommage.

Quant à Richard Cayeux, longtemps hésitant, il s’est mis lui aussi aux rostratas avec, à l’heure actuelle, au moins cinq réalisations enregistrées, toutes descendantes de ‘Conjuration’, via un croisement exceptionnel : Chevalier de Malte X Conjuration.

J’espère n’avoir oublié personne dans ce tableau. Car les hybrideurs français n’hésitent plus à faire enregistrer leurs cultivars et le nombre des nouveautés peu laisser la place à une omission. En tout cas, comme on dit d’habitude, si oubli il y a, il serait tout à fait involontaire !

En avant, les obtenteurs français y vont, calme et droit, aussi, car ils ont compris l’intérêt des ces iris, et les réticences constatées il y a vingt ans sont maintenant dépassées.

10.10.08

SÉNÈQUE … ET LES HYBRIDEURS

Au premier paragraphe de « La Vie Heureuse », Sénèque, le philosophe stoïcien du premier siècle, écrit : « Il faut donc établir d’abord ce que nous devons rechercher ; puis il faut examiner en détail comment nous pouvons l’atteindre le plus rapidement, avec le souci de comprendre une fois que nous serons en chemin, si, du moins, c’est le bon, combien chaque jours nous abattons de besogne et dans quelle mesure nous sommes plus près de ce vers quoi nous pousse un désir naturel. »

Je réfléchissais à cette phrase et je me disais qu’elle est exactement la description de ce que doit être l’attitude de l’hybrideur (d’iris ou de toute autre plante) dans son travail de recherche. Un but, s’y tenir, et chercher à l’atteindre le plus rapidement possible et avec les meilleurs moyens. Prendre aussi un peu de temps pour faire le point sur l’avancement de la recherche et s’assurer que la route suivie est la bonne.

Parce que ce qui s’applique au comportement de tout être humain en quête du bien s’applique évidemment à l’hybrideur à la recherche de l’iris parfait.










MTB : DE PLUS EN PLUS DE SUCCÈS

En américain on dit MTB, qui signifie Miniature Tall Bearded. En français on traduit soit par Grand Iris Miniature (ce qui est plutôt antinomique) ou Iris de Table. On considère que ces iris sont issus principalement d’I. variegata et d’espèces assez voisines, notamment I. rudskyi.

On ne s’attardera pas sur I. variegata, ce petit iris jaune clair et violacé, aux sépales fortement striés qui, par ailleurs, a servi de point de départ à plusieurs autres groupes ou modèles d’iris hybrides. Mais on peut dire un mot de I. rudskyi Horvat 1947.

Certains s’interrogent à son sujet : s’agit-il vraiment d’une nouvelle espèce ou plutôt d’une sous-espèce de I. variegata ? Voici ce que Claire Austin, dans son livre « Irises, a Gardener’s Encyclopedia », écrit à son sujet : « Cette espèce est semblable à I. variegata mais a des fleurs d’un coloris plus soutenu. Les pétales sont caramel et, à bien y regarder, marqués d’un ton plus sombre. Les sépales blancs, très étroits, sont richement veinés de pourpre. Les barbes, plutôt petites, sont blanc pointé de jaune vers l’arrière. Hauteur : 30 cm. » La photo ci-dessus confirme cette description.

Le cocktail MTB contient aussi, selon « The World of Irises », quelques autres espèces :
Iris cengialtii, petit iris diploïde (45cm), bleu à barbes blanches, souvent considéré comme une sous-espèce de Iris pallida ;
Iris illirica, très voisin du précédent, originaire de la côte dalmate ;
Iris perrieri, voisin d’Iris aphylla, mais diploïde, d’un bleu profond, que l’on trouve encore dans les Alpes, dont la description a été faite par Marc Simonet en 1935 ;
Iris reginae, petit iris plicata, voisin de Iris variegata dont il est souvent considéré comme une sous-espèce.
Mais, avec le temps, d’autres espèces ont été ajoutées.

Ces iris ont donné naissance à des hybrides somme toute discrets mais qui ne manquent cependant pas d’intérêt pour les collectionneurs comme pour les fleuristes.

Bien qu’ils soient apparus très tôt dans l’histoire des iris, il fallut attendre les années 50 pour que soient définis leurs traits spécifiques. On parlait déjà d’iris de table dans les années 30, mais la désignation MTB n’est apparue qu’avec la définition du groupe. Ce sont Mary Williamson, au début, puis Alice White, dans les années 50, qui ont misé sur les iris de table, en faisant valoir leur intérêt décoratif tant pour le jardin que pour la fleur coupée. C’est d’ailleurs pourquoi la médaille catégorielle qui est dédiée aux MTB se nomme la Williamson-White Medal.

Ils se présentent avec des tiges fines et flexueuses, atteignant au maximum 70cm de haut (le mieux est de s’en tenir aux alentours de 55cm), portant des fleurs gracieuses ne dépassant pas 15cm de large, et fleurissant en même temps que les grands iris. Beaucoup moins spectaculaires que ces derniers, ils ont longtemps été un peu dédaignés par les hybrideurs. Mais depuis quelques années ils connaissent un regain d’intérêt sensible, surtout depuis qu’ils ne sont plus simplement diploïdes. En effet on trouve de plus en plus de tétraploïdes, plus riches en coloris et plus ondulés ou frisés, obtenus par l’apport de gènes d’iris de bordure (BB). En particulier aux USA, parce qu’en Europe, on n’en voit pas encore beaucoup. Cependant leur vigueur, leurs faibles besoins en surface de jardin, qui autorise leur culture sur un balcon, une terrasse ou une rocaille devrait leur valoir d’apparaître enfin dans les catalogues.

Dans la catégorie des MTB on trouve désormais toutes les couleurs et associations qui existent chez les grands barbus (TB) sur de mignonnes petites fleurs, qui s’épanouissent en grand nombre sur des touffes qui prennent vite de l’importance.

Cette année, la Williamson-White Medal est revenue à ‘Maslon’ (D. Spoon 2002), variegata classique, devant ‘Somewhat Quirky’ (R. Probst 97) amoena bleu tendre, et ‘Yellow Flirt’ (K. Fischer 97), jaune vif à barbes mandarine. Ce dernier obtenteur est accoutumé des récompenses : ses iris ont remporté déjà six fois la Williamson-White Medal ! Par ailleurs ‘Dividing Line’ (Bunnell 2005), amoena violet joli et original, s’est classé troisième pour la Ben Hager Cup.

Les MTB ne semblent guère inspirer les Européens. D’après Lawrence Ransom : « En Grande-Bretagne, à ma connaissance, Olga Wells est la seule personne / hybrideur qui s’est intéressée aux MTB. En France, Jean Peyrard a enregistré ‘Petite Celia’ (2005) ». On ne trouve qu’une autre variété française qualifiée de MTB. Il s’agit de ‘Psy’ (Ransom 94) qui présente la particularité d’être l’enfant d’un couple russo-britannique, puisque sa « mère » est I. astrachanica (une espèce rare, seulement décrite en 1961 par Rodionenko, qui est voisine de I. scariosa c’est à dire un petit iris barbu, proche de I. pumila, de couleur variable mais le plus souvent jaune) et son « père » le MTB ‘Welch’s Reward’ (Welch 87).

Selon L. Ransom, qui en a eu jusqu’à 22 variétés à la vente, les MTB « sont très rapidement suffoqués par les mauvaises herbes, contrairement aux SDB, IB et TB qui eux peuvent survivre même quand très envahis sur quelques années ». C’est peut-être là une des raisons de l’indifférence constatée à leur sujet, alliée au fait que, peu connus, ils ne présentent pas pour l’instant de véritable intérêt commercial. Les Américains règnent donc pratiquement sans partage en ce domaine.

NB : Aux Pays-Bas, le franco-hollandais Loïc Tasquier se fait le champion de ce qu’il faut bien appeler une nouvelle catégorie d’iris qui a été créée par Paul Black. Les fleurs sont petites mais très nombreuses grâce à la multiplicité des tiges florales. Issus de grands iris classiques, d’iris de table (MTB) et de l’espèce I. aphylla, ils allient les traits particuliers de chacun de ces géniteurs pour donner quelque chose de nouveau qui présente des qualités intéressantes pour le jardin et qui pourraient avoir plus de succès que les véritables MTB.

4.10.08
















SALADE LOUISIANAISE

Dans le bulletin n° 350 (July 2008) de l’AIS, j’ai trouvé un article signé Robert Treadway (vice-président de l’AIS pour l’Arkansas) qui fait le point sur les origines des iris de Louisiane. Le présent article est largement inspiré de ce texte.

En matière d’iris, la salade louisianaise se compose de cinq ingrédients :
I. I. hexagona – Walter 1788
II. I. fulva – Ker-Gawler 1812
III. I. giganticaerulea – Small 1929
IV. I. brevicaulis- Rafinesque 1817
V. I. nelsonii – Randolf 1966
Ils constituent la série HEXAGONAE de la section Limniris, du genre IRIS selon la classification Rodionenko.

Ils sont classés ci-dessus dans l’ordre de leur découverte en milieu naturel.

Iris hexagona, a été décrit par Walter dès 1788. Il présente des fleurs allant du bleu pâle au rose, voire pourpre, rarement blanches. Les sépales retombants s’étalent largement. A noter, le signal jaune, très visible. Les pétales, redressés, sont plus petits et plus étroits que les sépales. Les fleurs s’élèvent au-dessus du feuillage, persistant. Les touffes deviennent rapidement volumineuses. Elles poussent dans les prairies humides ou les marécages, spécialement en Louisiane, mais aussi dans tout le sud des USA, remontant vers le nord le long des cours d’eau. C’est la plante emblématique du Sud, c’est pourquoi cet iris est surnommé « Dixie Iris ».

Iris fulva a été décrit en 1812. Avec ses délicates fleurs d’un brun-rouge cuivré, rarement jaunes, c’est lui aussi une espèce originaire du sud des Etats-Unis que l’on trouve dans les parties humides, tout du long de la vallée du Mississipi et de ses affluents jusqu’aux portes de Chicago, dans l’Illinois. Ses larges sépales arqués vers le bas, sont marqués d’un signal jaune, tandis que ses pétales, également incurvés, sont un peu plus étroits que les sépales. Il n’y a guère plus de deux fleurs par tige. Elles s’élèvent au-dessus d’un feuillage falciforme qui provient de touffes généralement volumineuses.

Iris brevicaulis est plus discret, mais il pousse dans une aire très vaste allant du Golfe de Mexique à la frontière du Canada. On le surnomme « Zigzag iris » en raison de ses tiges qui ne se dressent pas mais se courbent à 45° pour laisser de l’espace aux fleurs qui naissent à chaque aisselle. Il se distingue des autres iris de la série par des sortes de fausses barbes jaunes sur les sépales. C’est l’espèce naine des HEXAGONAE : il ne dépasse pas 50cm de haut. Dans la description des fleurs qu’il en donne dans le n° 132 d’Iris & Bulbeuses, Jean Louis Latil écrit : « largement ouvertes, à pétales étalés et sépales retombant, diamètre 6 - 10 cm, de couleur variable allant du bleu-pourpre au bleu-violet pâle. Les fleurs sont généralement à l'intérieur du feuillage. »

Iris giganticaerulea, comme son nom le laisse à penser, est le plus grand des iris de Louisiane. C’est aussi l’espèce la plus commune. Il peut dépasser 1 mètre de hauteur et les feuilles elles-mêmes atteignent plus de 90cm de longueur. Il se trouve en abondance le long du Golfe du Mexique, tout autour de New Orleans. Même si chaque tige ne porte qu’une ou deux fleurs, il arrive à former une vaste étendue bleue là où il s’étale, dans un milieu humide et dans un climat doux. Ses larges sépales, ses pétales dressés vers le ciel, en font une des merveilles des bayous de Louisiane.


Iris nelsonii est la dernière espèce à avoir été découverte, dans le marais de la paroisse (c’est ainsi qu’en Louisiane on appelle ce qui ailleurs aux USA est dénommé un comté) de Vermilion, près de la petite ville d’Abbeville (d’où le surnom de « rouge d’Abbeville »). Mais s’agit-il vraiment d’une espèce ? Beaucoup pensent qu’il s’agit d’un ménage à trois entre I. fulva, I. brevicaulis, et I. giganticaerulea. Peut-être un hybride, donc, mais un hybride stabilisé à qui on peut attribuer le statut d’espèce. C’est L.E. Randolph, qui en a fait la description précise en 1966, et l’a baptisée du nom de Iris nelsonii, en hommage à Ira S. Nelson, un universitaire qui, à partir de 1941, a développé l’hybridation des iris de Louisiane. Il constitue de vigoureuses touffes d’un feuillage étroit, très vert, couronné au moment de la floraison par de jolies fleurs dans les tons de rouge vineux.

La recette de la salade louisianaise s’est élaborée à partir des quatre premières espèces, la cinquième est venue plus tard l’enrichir et lui apporter le coloris rouge qui n’existait pas au début. Peu à peu s’est constituée la catégorie des iris hybrides de Louisiane, ou Louisianas, qui est devenue la plus populaire et la plus riche après celle des grands iris (TB). C’est même la catégorie majoritaire en Australie. C’est une belle aventure qui mérite d’être contée, mais, comme dit Rudyard Kipling, « ceci est une autre histoire ».

27.9.08
















KEPPEL CONTRE CAYEUX

‘Parisien’ (Cayeux R. 94) = Rebecca Perret x ((Palomino x Emma Cook) x Tahiti Sunrise)
‘Ruban Bleu’ (Cayeux R. 97) = (Alizés sib x Love Bandit) X (Condottiere x Delphi)
‘Rebecca Perret’ (Cayeux R. 92) = (Condottiere x Delphi) X (Alizés x (Condottiere x Lunar Rainbow))

‘Gypsy Lord’ = Last Laugh X (Braggadocio x Romantic Evening)
‘Last Laugh’ (Shoop/Keppel 2000) = semis x Parisian Flight
‘Parisian Flight’ (Shoop 93) = (American Beauty x (French Connection x American Beauty)) X (( French Connection x American Beauty) x French Connection sib)
‘French Connection’ (Shoop 87) = Delphi X Condottiere

‘Gypsy Lord’ (Keppel 2005) vient de remporter la Franklin-Cook Cup lors de la dernière Convention de l’AIS à Austin, au Texas. Avec ses pétales d’un blanc pur, ses sépales marbrés de bleu-indigo vif et ses barbes minium, on est frappé par sa ressemblance avec les iris « bleu-blanc-rouge » de Richard Cayeux, et on peut se demander si ces variétés n’ont pas quelque chose en commun.

Un coup d’œil à ‘Ruban Bleu’ (Cayeux 97) démontre une réelle ressemblance : pétales également blancs, sépales au même dégradé partant d’un bleu pratiquement identique, et barbes un peu plus claires, mais très voisines. Chez ‘Parisien’ (Cayeux 94), on a des barbes plus vives, mais c’est le bleu des sépales qui s’éclaircit. Bref, ces iris ont un air de famille. En fouillant bien dans leurs pedigrees on devrait trouver pourquoi.

Ce parent commun, à l’origine de l’association « bleu-blanc-rouge », est un semis dont la famille Cayeux peut être fière : Condottiere X Delphi. Dans son livre « L’Iris une Fleur Royale », Richard Cayeux raconte son origine, et le cadeau que fit George Shoop de quelques étamines de ‘Delphi’ (Shoop 79). Le pollen apporté des USA, déposé sur les styles de ‘Condottiere’, a donné naissance à un semis qui fait partie de ces éléments miraculeux dont l’histoire des iris regorge. Dans le tableau ci-dessus il se trouve à l’origine de ‘Rebecca Perret’ (92) qui est l’élément le moins coloré d’une famille qui compte aussi ‘Bal Masqué’ (91), ‘Marbre Bleu’ (93) et ‘Vive la France’ (91). ‘Parisien’ (94) descend directement de ‘Rebecca Perret’, avec en plus la touche bicolore spéciale de ‘Emma Cook’ (Cook 57). Il tient de ‘Rebecca Perret’ un teint pastel qui lui donne beaucoup de charme. ‘Ruban Bleu’, lui, plus vivement coloré, est issu du fameux croisement mais avec l’apport de ‘Love Bandit’ (Blyth 77), bicolore un peu terne, dragée/lilas, mais avec des barbes soutenues rose corail.

La lecture du pedigree de ‘Gypsy Lord’ ne parle pas du premier coup. Il faut aller chercher au-delà le lien de parenté entre les deux lignées. La touche Keppel (Braggadocio x Romantic Evening) est là pour aviver les couleurs, mais celles-ci proviennent de ‘Last Laugh’ un iris dont Keppel a hérité au décès de George Shoop et dont il a pressenti les aptitudes. Ce ‘Last Laugh’ (un nom choisi par Keppel avec son sens aigu de l’amitié, qui honore le dernier éclat de rire de George Shoop) a lui-même un pedigree un peu énigmatique. On ne sait rien du semis qui lui a servi de mère. En revanche on connaît son « père », ‘Parisian Flight’ (Shoop 93) - un nom qui fait sûrement allusion au voyage dont Richard Cayeux a fait le récit – qui est l’équivalent américain de ‘Rebecca Perret’, avec des teintes pastel, plutôt ternes, mais relevées par des barbes mandarine bien visibles. Dans le pedigree de ce ‘Parisian Flight’ on trouve à trois reprises le nom de ‘French Connection’ (Shoop 87). Et qui est ce ‘French Connection’, le bien nommé ? Rien d’autre qu’une autre version du croisement mythique de la famille Cayeux (Condottiere X Delphi) !

Ainsi, par deux voies apparemment différentes, d’un côté comme de l’autre de l’océan Atlantique, Le croisement (Condottiere X Delphi) a engendré des iris tellement proches dans leur coloris et dans leur modèle qu’on aurait pu penser qu’ils étaient frères. Mais la preuve est faite que l’on peut se ressembler de plus loin, et le petit jeu de piste qui consiste à analyser les pedigrees se révèle aussi passionnant que la résolution d’une énigme policière.
ECHOS DU MONDE DES IRIS

De Russie

Le concours d’iris de Moscou a récompensé cette année les variétés suivantes :
1 – AKVAREL (Gavrilin 2005) – variégata contrasté ;
2 – NA KORRIDE (Loktev 2005) – bitone jaune/olive ;
3 – BRATISLAVA (Krasheninnikov 2005) – variégata pastel.

Pourquoi ne voit-on jamais d’iris russes en Europe occidentale ? Parce que les autorités russes ne délivrent pas les certificats phytosanitaires exigés par l’UE. Si l’on trouve parfois, c’est qu’ils sont parvenus à l’Ouest clandestinement.

19.9.08




LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

Variations en jaune et blanc

Ces deux photos juxtaposent deux iris du type ‘Joyce Terry’, bien mis en valeur par le fond flou et dans un ton de brun sans agressivité.



SÉRAPHIN-JOSEPH MOTTET
Le bras droit des Vilmorin

Il y en a qui préfèrent rester fidèles et inconnus plutôt que d’obtenir une gloire personnelle. Séraphin Mottet fut de ceux-là. Mais le cas n’est pas si fréquent et l’histoire de cet homme exceptionnel mérite bien d’être contée.

Celui qui en a parlé le mieux est sans conteste Clarence Mahan dans son ouvrage « Classic Irises and the Men and Women who created them ». La présente biographie fait largement appel aux connaissances de cet Américain, grand ami de la France et sommité dans le monde des iris.

Séraphin Mottet est né en 1861 et, après des études scientifiques, est entré chez Vilmorin-Andrieux en 1880. La plus grande part de sa vie professionnelle s’est déroulée au sein de cette entreprise majeure à laquelle il est toujours resté fidèle et dévoué. Par la suite, celui qui était si longtemps resté dans l’ombre de Henri, Philippe puis Jacques de Vilmorin a volé de ses propres ailes et, consacré son temps à l’enseignement et à l’écriture.

La loyauté est sûrement la qualité majeure de Séraphin Mottet : si la maison Vilmorin, au début du 20eme siècle, a été la référence en matière d’iris, c’est à cet homme qu’elle le doit, mais il n’y a aucune variété qui porte entre parenthèses le nom de Mottet. Pourtant des iris comme ‘Ambassadeur’ (1920) et ‘Alliés’ (1922) (1) sont très certainement l’œuvre de cet homme.

Clarence Mahan le décrit comme une personne de petite taille, toujours tirée à quatre épingles, avec une élégance un peu appuyée. D’après lui, il aurait pu servir de modèle à Agatha Christie pour son célèbre Hercule Poirot, avec néanmoins une barbe toujours impeccablement taillée, ce que ne porte pas le fameux détective ! Sous cette apparence particulière se trouvait un personnage cultivé, parlant parfaitement l’anglais, au point de traduire des ouvrages de botanique ou d’horticulture. Car les iris ne constituaient pas son seul pôle d’intérêt. Dès 1892 il a rédigé, seul ou en compagnie d’autres botanistes, un grand nombre d’ouvrages didactiques sur les rosiers, les pommes de terre, les œillets ou les conifères… Mais c’est cependant aux iris qu’il a consacré la majeure partie de son œuvre. Avec, notamment, en 1923, un système de classification selon les couleurs, réparties en huit classes et de nombreuses sous-classes. Ainsi la classe VII (les variegatas), comporte-t-elle quatre sous-classes. A son époque il était considéré comme l’une des plus éminents connaisseur des iris. D’ailleurs la British iris Society, dès la première promotion de la Foster Memorial Plaque, en 1926, a honoré Séraphin Mottet en compagnie de l’Anglais George Yeld et de l’Américain John Foster.

Le sommet de sa carrière a été atteint en 1922 lors de la Conférence Internationale sur les Iris. C’était un projet de Philippe de Vimorin, dont il fut question dès 1914. Mais la guerre, et la disparition de Philippe de Vilmorin en 1917, en ont retardé la réalisation. La Conférence n’a pu se tenir qu’en 1922, mais ce fut un événement de portée mondiale. Les quarante et quelques participants, venus de Grande Bretagne, des Etats-Unis et, bien entendu, de France, la patrie des iris à l’époque, furent accueillis à Verrières le Buisson par la famille Vilmorin. Ils visitèrent, évidemment les plantations de la maison Vilmorin-Andrieux, mais aussi celles de leurs confrères parisiens, au Petit Vitry (Cayeux) et à Bourg la Reine (Millet). Séraphin Mottet fut à l’honneur, même s’il venait alors de quitter l’entreprise à laquelle il avait été si étroitement attaché pendant plus de quarante ans, pour devenir professeur à l’Ecole d’Horticulture d’Igny.

Il est décédé en 1930, à un moment où l’étoile des Vilmorin s’était peu à peu effacée devant le soleil de Ferdinand Cayeux et de ses nombreuses et superbes réalisations.

(1) Il ne faut pas se fier aux dates d’enregistrement, les variétés Vilmorin datent pour la plupart d’avant la guerre de 14.

Source : Classic Irises and the Men and Women who Created Them (C. E. Mahan – Krieger Publishing Company – 2007).

12.9.08


ECHOS DU MONDE DES IRIS

Un IB intéressant
Michaël Sutton (le fils de George Sutton) qui fait partie des hybrideurs qui montent, a proposé cette semaine sur « Iris-Photos » un de ses petits derniers, ‘Bahama Blues’, qui accumule les pôles d’intérêt. Non seulement cet iris intermédiaire est d’une couleur originale, mais il présente des barbes bleues impressionnantes, il est fertile dans les deux sens, et il est remontant ! De quoi satisfaire les plus exigeants.






AVANT ‘CAHOKIA’

Si le bleu est la couleur la plus courante et la plus appréciée chez les iris, il n’a été ni simple ni facile qu’elle atteigne la perfection. A l’inverse d’autres couleurs qui ont progressé par étapes majeures, le bleu a évolué lentement, se purifiant ou s’approfondissant peu à peu. Cela ne veut pas dire qu’aucun iris marquant ne soit apparu. Mais ceux auxquels ont pense résultent d’une évolution constante et n’ont constitué que des points de passage, sans qu’il y ait une véritable rupture.

Le bleu le plus pur, c’est à dire exempt de violet, existait bien avant que l’on ne découvre les puissants iris tétraploïdes. Ces derniers, que l’on qualifie souvent de bleus, sont plus violacés que réellement bleus, et l’influence de ce coloris a été telle qu’il a été difficile de s’en débarrasser et de retrouver le bleu azur des anciens diploïdes.

Parmi ces derniers, le bleu était bien représenté. Dès 1858, ‘Céleste’ (Lémon) avait atteint une délicieuse pureté. Près d’un demi-siècle plus tard, ‘Mady Carrière’ (Millet 1905) n’arrivait pas à faire mieux !

C’est dans les années 20 que, sur le sol de France, de nouveaux bleus très jolis voient le jour A commencer par ‘Sensation’ (Cayeux F. 1925) qui est l’équivalent des meilleurs bleus américains du moment, comme ‘Conquistador’ (Mohr 1920) ou l’incontournable ‘Santa Barbara’ (Mohr-Mitchell 1925), un bleu clair tétraploïde à l’origine d’une grande partie des bleus actuels après une vingtaine de générations. ‘Sensation’ a été précédé par une variété très belle bien que beaucoup moins connue : ‘Idéal’ (Cayeux F. 1923). Quelle délicatesse, quelle profondeur dans la couleur ! Dans la même lignée on trouve ‘Zampa’ (Cayeux F. 1926), qui se présente avec les mêmes qualités. Enfin, toujours en France, c’est la maison Millet, rivale des Cayeux, qui, pour une fois, remporte le pompon, en 1930, avec ‘Paulette’.

La main passe. Les années trente sont, en matière d’iris bleu, avant tout américaines, avec des variétés qui ont fait le tour du monde, comme ‘Santa Clara’ (Mohr-Mitchell 31), ‘Sierra Blue’ (Essig 32 – DM 35) et, surtout, les deux grands champions que furent ‘Missouri’ (Grinter 32 – DM 37) puis ‘Great Lakes’ (Cousins 38 – DM 42). Quels que soient leurs mérites, je pense néanmoins que le bleu de ces fleurs-là est moins pur et moins joli que celui des français de la décade précédente.

La tentation était grande d’unir ‘Missouri’ et ‘Great Lakes’. L’union a eu lieu. En est résulté un troisième vainqueur de la DM : ‘Chivalry’ (Wills 43 – DM 47), puis, à la génération suivante, un quatrième : ‘Blue Sapphire’ (Schreiner 53 – DM 58) – une belle famille !

Des magnifiques iris français, les Américains ont surtout retenu ‘Sensation’. C’est ainsi que cette variété, mariée à un autre bleu d’origine américaine, ‘Gloriole’, se trouve à l’origine du bleu très pâle ‘Helen McGregor’ (Graves 43 – DM 49), lequel, uni à un descendant de ‘Great Lakes’, a donné naissance à ‘Jane Philips’ (Graves 49), le point de départ d’une longue lignée de bleus. Celle-ci arrivera à être unie à celle générée par ‘Cahokia’ (Faught 46), issue d’une autre branche de la famille de ‘Santa Barbara’ et ‘Santa Clara’, pour créer les grands bleus des temps modernes. Mais ceci est une autre histoire, qui a d’ailleurs déjà été contée ici.

5.9.08







LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

Trois variations, par Keith Keppel, sur le thème de l’amoena inversé. Par l’excellente photographe « greenorchid ».

LE BÉNÉFICE DE L’ERREUR
ou la mésaventure de I. reichenbachii

L’un de ceux à qui le monde des iris doit le plus s’appelait Paul Cook. Dès sa jeunesse il s’est intéressé à l’hybridation, faisant ses premiers essais sur les pois. Mais la Première Guerre Mondiale a interrompu ses efforts. Quand il est revenu, avec son ami Bruce Williamson, il a repris ses travaux, les focalisant sur les iris. Une véritable émulation s’est installée entre les deux amis, sans nuire à leur amitié et à leur partenariat commercial. Paul Cook était méticuleux et organisé, de sorte que son travail de croisements était systématiquement planifié. Dans « The World of Irises » Melba Hamblen et Keith Keppel ont écrit : “Son premier travail sur les grands iris a concerné les rouges et les bleus ; il fut l’un des premiers à reconnaître l’importance de la tétraploïdie et à s’efforcer d’obtenir de nouveaux tétraploïdes pour enrichir et diversifier ses lignes de production de grands barbus. »

En 1939, à la recherche d’une saturation des iris bleus, il voulut tenter un croisement avec un espèce naine, I. mellita. Mais il se révéla que son fournisseur de graines avait commis une erreur d’étiquetage, et que l’espèce utilisée n’était pas I. mellita, mais I. reichenbachii.

I.reichenbachii est en effet une espèce naine diploïde, originaire des Balkans, mais plutôt grande pour sa catégorie, avec des feuilles bien développées, en forme de faucille, et de jolies fleurs d’un jaune profond marquées de brun aux sépales. Paul Cook a réalisé en 1944 un croisement entre un de ces I. reichenbachii et le grand iris bleu ‘Shining Waters’ (Douglas circa 35). Le résultat n’a pas été brillant en nombre de graines, mais l’un des semis obtenus, croisé de nouveau avec ‘Shining Waters’, a donné un petit iris de rien du tout. Persévérant, Cook a croisé et re-croisé cet iris avec des grands iris barbus. Il a alors réalisé que l’iris minable issu de ces graines d’ I. reichenbachii, possédait l’extraordinaire capacité d’inhiber le pigment bleu dans les pétales de ses descendants. Cette variété providentielle fut baptisée ‘Progenitor’ et utilisée à maintes reprises pour produire des iris amoenas.

De tous les cultivars issus de ‘Progenitor’, s’il fallait n’en retenir que quatre, ce seraient ‘Melodrama’, Whole Cloth’, ‘Superlation’ et ‘Emma Cook’, parce qu’ils sont absolument exemplaires.

Dans sa très savante contribution sur la génétique des iris pour « The World of Irises », Kenneth K. Kidd explique comment et pourquoi se produit l’inhibition des pigments violets (anthocyaniques) chez les descendants de ‘Progenitor’, dans les pétales essentiellement, mais aussi dans les sépales. Pou faire court, la présence du gène inhibiteur, en plus ou moins grande quantité aboutit à un dégradé de couleur allant du simple neglecta au blanc pratiquement pur. Les quatre variétés citées plus hauts constituent des exemples de cette inhibition à plus ou moins grande échelle. Quand l’inhibition de l’anthocyanine est incomplète, on obtient des fleurs de modèle de ‘Melodrama’, c’est à dire avec des pétales plus clairs que les sépales. Quand l’inhibition s’accentue on arrive au modèle de ‘Whole Cloth’, avec des pétales presque blancs et des sépales qui ont conservé leurs pigments bleus d’origine. L’inhibition peut être plus active et atteindre les sépales, comme chez ‘Superlation’ où une zone blanche apparaît sous les barbes ; elle peut aussi s’accentuer au point de ne laisser apparaître la couleur qu’à l’extrême bord des sépales, comme chez ‘Emma Cook’ (on pourrait penser de ce dernier qu’il s’agit d’un plicata, mais les pointillés caractéristiques de ce modèle sont absents). Cette aptitude ouvre un espace infini dans les variations qu’il est possible d’obtenir, même s’il reste une part de mystère puisque la question du dosage du gène inhibiteur n’est toujours pas éclaircie. Les hybrideurs ne se sont pas privés d’utiliser ces potentialités et la famille des amoenas, auparavant extrêmement restreinte, s’est accrue dans des proportions illimitées. ‘Progenitor’ est apparu en 1951. Ses grands aînés datent de 56, 57 et 58. Cela ne fait donc que cinquante ans que l’on dispose d’amoenas de qualité. Ils sont devenus plus purs, plus contrastés, plus diversifiés. On en trouve dans tous les coloris, jaune, rose, orange, pourpre, avec des barbes contrastantes, rouges ou même tirant sur le noir. Ils sont devenus incontournables, mais on a oublié que c’est au petit Iris reichenbachii qu’on doit cette avalanche de fleurs délicieuses. Cette chronique est là pour lui rendre justice.

30.8.08







LE MIROIR ETAIT PRESQUE PARFAIT
Bluebeard’s Ghost

‘Bluebeard’s Ghost’ est la variété (SDB) qui a été déclarée « meilleur espoir » pour 2008 dans la grande course aux honneurs de l’AIS. Ce qui en fait l’attrait, c’est sa remarquable blancheur et l’intensité de ses barbes bleues.

Les barbes bleues sont plutôt fréquentes chez les iris nains standards, mais pas souvent avec ce degré d’intensité. La curiosité m’a poussée à analyser le pedigree de cet aimable iris, au moins jusqu’à la sixième génération, c’est à dire ce que l’on pourrait qualifier de premier tour dans un tournoi de tennis.

Du côté maternel, ‘Bluebeard’s Ghost’ provient d’un frère de semis de ‘Island Sun’, on ne peut donc pas savoir quel peut en être le coloris. Ce que l’on sait, c’est que ‘Island Sun’ (Black P. 2002) est un iris du modèle ‘Joyce Terry’ (pétales jaunes, sépales blancs liserés de jaune) avec des barbes bleutées. Ses parents allient le mauve lilas de ‘Shy Violet’ (B. Jones 88), le blanc de ‘Sigh’ (P. Black 88) et le « Joyce Terry » de ‘Spin Again’ (P. Black 95).

Du côté paternel on trouve ‘Experiment (P. Black 2005), jaune verdâtre avec des barbes indigo foncé. A partir de cette variété on constate que tout le pedigree est l’exact inverse de celui de ‘Island Sun’. D’où une économie de moyens qui fait qu’il n’y a que 30 semis ou variétés identifiées sur les 64 possibilités présentes en 6eme génération.

Dans chacune des ses branches ‘Bluebeard’s Ghost’ recèle tous les ingrédients qui le caractérisent. Ce genre de croisement est une façon de rechercher un approfondissement des formes et des couleurs : une forme élaborée d’ « inbreeding » - en français « endogamie ». Pour s’en tenir au seul coloris, le blanc des pièces florales vient de ‘Sigh’ et de son lointain ancêtre ‘Snow Flurry’, les barbes bleu vif de ‘Experiment’ et, plus loin, du célèbre ‘Stockholm’ (Warburton 71).

Le travail qui a abouti à une variété aussi valeureuse que ‘Bluebeard’s Ghost’ démontre le grand professionnalisme de Paul Black, son obtenteur. Les amateurs, qui hybrident gentiment dans leur jardin, peuvent s’en inspirer pour tenter de parvenir à un résultat aussi parfait. Il faut toujours suivre l’exemple des grands (du moins en matière d’hybridation) !



MAUVAISE NOTE

Je reçois régulièrement le catalogue VAD de Jacques Briant. Ce n’est pas le plus mauvais, et j’ai feuilleté la version « automne 08 » de sorte que mon attention a été attirée au chapitre des iris.

Trois offres : Trois iris du Japon (JI), six grands iris des jardins (TB) et trois iris de Louisiane (LA).

Les trois premiers sont :
‘August Emperor’ (Marx 61), un ancien mais encore bien présentable, avec ses coloris en pourpre et bleu – mais le nom est mal orthographié, ce qui reste secondaire ;
‘Freckled Geisha’ (Reid 81), un plicata très célèbre ;
‘Butterflies in Flight’ (Aitken 91), une originale association de veines mauves sur fond blanc et de violet pour les styles, avec un signal vert tendre.

Les « iris germanica » selon la dénomination choisie par les rédacteurs du catalogue, mélangent l’ancien et le moderne, sans aucun signalement sur l’origine et la date des variétés sélectionnées :
‘Sultan’s Palace’ (Schreiner 77), un iris de bonne valeur, brun-rouge à barbes assorties, sauf que j’ai des doutes sur la véracité de l’identification car la photo et la description parlent de barbes jaunes ;
‘Frost and Flame’ (Hall 56), une variété fameuse et toujours valable, blanche à barbes minium ;
‘Wine and Roses’ (Hall 63), bitone orchidée/pourpre, connu des tous les amateurs ;
‘Batik’ (Ensminger 80), l’archétype des iris à couleurs rubanées, autrement dit « broken color », qui a frôlé la Médaille de Dykes en 95 ;
‘Blue Eyed Blond’ (Ensminger 89), une variété très intéressante, jaune à barbes bleues, mais qui n’est pas un TB, mais un IB, plutôt tardif, sans que cela soit précisé (ce qui n’est pas non plus bien grave puisque ces plantes sont destinées à un public qui ne s’embarrasse pas de ces détails, mais cela n’est pas très sérieux) ;
enfin ‘Braithwaite’ (Randall 52), libellé Brainwaite (encore une erreur qui ne fait pas honneur au professionnalisme des auteurs du catalogue), un amoena glacier/violet qui est né en Grande Bretagne, ce qui est peu courant pour une plante de grande diffusion.

Le troisième groupe concerne des iris de Louisiane. A noter qu’en ce qui concerne ces hybrides, tout comme les JI dont il a été question plus haut, il est fort peu parlé des difficultés de culture sous notre climat : ce sont des plantes qui sont très gourmandes, et qui demandent des étés chauds et humides (ou considérablement arrosés) et des hivers doux et plutôt secs…
Là encore des variétés d’âge le plus divers :
‘Black Gamecock’ (Chowning 78), une très intéressante variété dans les tons sombres ;
‘Bold Pretender’ (Morgan 83), libellé abusivement « Bald Pretender », joli iris rouge ;
et pour finir un certain ‘Asazumafune’ qui m’a mis la puce à l’oreille. Manifestement la photo ne représente pas un LA, mais plutôt un JI. Et j’ai trouvé sur Internet qu’il s’agit effectivement d’un iris du Japon, qui est en vente à la pépinière Kamo, à Yokohama, mais qui ne semble pas avoir été enregistré en Occident. C’est un bel iris bleu, mais le proposer comme Louisiane est un peu osé !

Tout ceci sent l’à-peu-près et me paraît faire preuve d’un certain manque de respect du client. C’est dommage de la part d’une entreprise qui se voudrait sérieuse.

22.8.08











LE FACTEUR MANDARINE

Une des caractéristiques des iris rose orchidée apparus dans les années 30 était de présenter des barbes couleur mandarine. Cette vive couleur avait pour avantage de donner plus d’éclat aux fleurs qui l’arboraient et les hybrideurs de l’époque se sont efforcés de rendre ces barbes d’un orange plus vif, puis de les faire apparaître sur des fleurs d’une autre teinte que rose violacé.

Mais pour arriver au résultat recherché, il y a deux chemins : soit en modifiant la couleur des pièces florales tout en conservant les barbes d’origine, soit en transférant les barbes mandarines vers des fleurs d’une autre couleur. Ces deux chemins ont été utilisés.

Melba Hamblen fait partie de ceux qui ont essayé la première voie. Elle a croisé des roses et des bleus. Par ce moyen elle a obtenu ‘Enchanted Violet’ (57) qui n’est ni rose ni bleu, mais plutôt couleur bruyère, avec des barbes orangées. Mais il lui fallut pas mal d’obstination pour parvenir, quinze ans plus tard, à ‘Tipperary’ (72), qui peut être considéré comme le plus achevé, pour son époque, des iris bleus à barbes rouges.

Orville Fay, lui, a choisi la deuxième voie. Il a décidé de créer des blancs à barbes rouges. Il a croisé des iris blancs, notamment ‘New Snow’, avec des roses orchidée à barbes mandarines, mais le résultat, long à venir, fut plutôt un iris mauve, porteur des fameuses barbes, qui allait devenir l’un des plus utilisés en hybridation de tous les temps : ‘Rippling Waters’ (61). Dans le domaine des mauves – ou violets – à barbes mandarine, il a pour descendants des variétés aussi répandues que ‘San Leandro’ (Gaulter 68) ou ‘Lilac Treat’ (Niswonger 70), mais aussi ‘Raspberry Ripples’ (Niswonger 69), ‘Space Blazer’ (Gibson 76), ou ‘Mulled Wine’ (Keppel 82). Il y a beaucoup d’autres variétés, dans un vaste choix de coloris ou de nuances, qui ont hérité des barbes mandarines de ‘Rippling Waters’, comme par exemple ‘Country Lilac’ (Hamblen 71).

Des blancs à barbes rouges, il y en a eu très vite, et les travaux d’Orville Fay ont payé : à commencer par ‘Lipstick’ (54) et surtout son descendant ‘Arctic Flame (57). ‘Christmas Time’ (Schreiner 65) fait partie de la descendance d’ ‘Arctic Flame’, et on lui doit de très nombreux blancs à barbes minium, comme ‘Startler’ (Schreiner 78), Filoli (Corlew 82) ou les français ‘As de Cœur’ et ‘Neige de Mai’ (Cayeux 78).

Dans l’association bleu + barbes rouges, on est arrivé aujourd’hui à d’excellents résultats, mais le chemin a été long et plein d’embûches. L’une des pierres angulaires de ce coloris fut ‘Marquesan Skies’ (Blocher 67), dérivé d’un frère de semis de ‘Arctic Flame’. Keppel l’a utilisé avec succès pour son ‘Actress’ (76), très apprécié, et ‘Fire Water’ (77) moins connu. ‘Skyblaze’ (Keppel 87 –FO 90) est issu à la fois de l’un et de l’autre, tout comme le très joli ‘Douce France’ (Anfosso P. 88). Parmi ses propres descendants se trouvent les deux frères de semis de Richard Cayeux ‘Eau Vive’ et ‘Princesse Caroline de Monaco’ (97). Celui-ci, en plus de porter l’un des noms les plus longs du catalogue, arbore une barbe rouge minium qui fait son succès.

Le facteur mandarine, qui intriguait tant les hybrideurs des années 30/40 c’est ainsi répandu dans toutes les couleurs. Après les rose orchidée, les blancs et les bleus, on pourrait parler des jaunes, et même des noirs.

Pour les jaunes, on peut même dire que ce n’est pas la barbe mandarine qui leur a été adjointe, mais au contraire que c’est la barbe mandarine qui leur a apporté une amélioration remarquable. En apportent la preuve ‘Techny Chime’ (Reckamp 55), Rainbow Gold’ (Plough 59), puis ‘Temple Gold’ (Luihn 77), ou ‘Flaming Victory’ (Weiler 83). Ce dernier a donné naissance à un tas de jaunes très riches avec des barbes allant du vieil or au mandarine et au rouge vif, comme ‘Throb’ (Weiler 91), ‘Amarillo Frills (Hager 2002) et ‘Lunar Flame’ (Shockey 92).

Les barbes minium ont aussi fait leur apparition sur les fleurs noires. Cela ne date que des dernières années, et ce n’est pas encore parfait, mais c’est une nouvelle avancée. C’est d’Australie que le mouvement est parti avec ‘Witch’s Wand’ (Blyth B. 88). Keith Keppel, le compère de Barry Blyth, lui a emboîté le pas avec ‘Night Game’ (96) puis, cette année, ‘Midnight Passion’ issu de ‘Night Game’.

Ces quelques exemples ne font évidemment pas le tour complet de l’influence du facteur mandarine et de sa charge de lycopène, mais ils ouvrent une vue sur un autre aspect de l’extraordinaire monde des iris.
ECHOS DU MONDE DES IRIS

A la Convention américaine (Austin – Texas) 2008

President’s Cup
( Meilleur iris en provenance de la Région organisatrice) = ‘Jean Queen’ (Burseen 2005)
Franklin-Cook Cup
(Meilleur iris en provenance d’une autre Région) = ‘Gypsy Lord’ (Keppel 2006)
Hager Cup
(Meilleur iris autre que TB) = BB ‘Crow’s Feet’ (Black P. 2006)

15.8.08


Un iris « à rayure »

‘Crow’s Feet (Black 2006) est un BB qui a obtenu la Ben Hager Cup (qui récompense le meilleur iris autre que TB présenté à la Convention Annuelle de l’AIS ) lors de la Convention 07 à Austin –Texas-.

ECHOS DU MONDE DES IRIS

A chacun son « distalata »

C’est à croire que quand quelqu’un produit quelque chose de nouveau, ses pairs veulent absolument démontrer qu’ils sont capables d’en faire autant !

La photo ci-dessus, parue dans le dernier bulletin de l’AIS, en est une démonstration : Tom Burseen, un obtenteur qui donne souvent des noms qui nous paraissent ridicules à nous européens, a enregistré ce ‘Serious Sighs’ en 2007. Hommage ou imitation du travail de Keith Keppel et de Joë Ghio ?