18.8.12

HISTOIRE DE LA SFIB


Je m’intéresse aux iris depuis 1980 et je suis membre de la SFIB depuis 1981. Un vieux de la vieille (même s’il y a des adhérents encore plus anciens que moi, certains même étant de la première génération) ! J’ai fait partie de son état-major dès 1985 et je puis donc regarder d'une certaine manière l’histoire de cette association qui vient de fêter ses cinquante trois ans.

Ce ne sera pas d’un simple point de vue chronologique, ni pour rendre hommage aux personnes qui se sont impliquées dans l’animation de l’association, mais pour analyser les directions que celle-ci a prises sous l’influence de ces personnes et de celles qui les ont entourées.

Celle qui a eu l’initiative de créer la SFIB, mais qui n’y a jamais tenu de fonction exécutive, c’est Gladys Clarke, une dame d’origine britannique, née et élevée en Chine, qui a pensé que les iridophiles français devaient s’organiser à l’image de ce que les Américains et les Anglais avaient fait auparavant. Il est en effet étonnant qu’en France, pays de l’iris par excellence dans les années 1920/1930, il n’existât aucune organisation rassemblant les amateurs. Gladys Clarke a réparé cette anomalie, et son entreprise a été couronnée de succès puisque six mois après sa fondation la SFIB comptait déjà une centaine de membres. Gladys Clarke a laissé le devant de la scène à un aristocrate russe, le Prince Pierre Wolkonsky, passionné de botanique, créateur du célèbre jardin de Kerdalo, en Bretagne, qui a exercé cette fonction jusqu’en 1961. Dès son origine, la SFIB a été une assemblée élitiste, plus bourgeoise qu’aristocratique néanmoins, mais composée essentiellement de notables et de retraités de la bonne société. Un grand nombre de ses membres vivaient sur la Côte d’Azur, dans une aisance de bon aloi. Le siège social de l’association, d’abord situé à Grasse, est transféré peu après à La Valette du Var, chez son Secrétaire Général Roger Renard, personnalité bien connue du monde des iris. L’association est avant tout une coterie de gens distingués qui se retrouvent avec plaisir dans les voyages et excursions qui constituent son activité principale.

Quand Maurice Boussard, sommité mondiale en matière d’iridacées, prend la succession du Prince Wolkonsky, l’atmosphère générale ne change guère. Et c’est la même chose quand la présidence échoit au Docteur Flon, un médecin de Melun. C’est à peine si le centre de gravité de l’association se déplace et s’installe en région parisienne. De toute façon la présidence du docteur Flon est de courte durée puisqu’il se retire en 1975. Les gens de la côte reprennent les commandes, avec une sorte de triumvirat constitué de Roger Renard et Igor Fédoroff, installés à La Valette, et Odette Perrier à Fayence. Cette dernière prend la succession du docteur Flon et la charge de coordonner le Congrès International de l’Iris qui se tiendra à Orléans La Source du 24 au 29 mai 1978.

Cette manifestation a été le point d’orgue de l’action de la SFIB au cours de ses vingt premières années. Le retentissement en a été mondial et une foule de plus de 6000 visiteurs a parcouru le parc de la Source à cette occasion.

Ce qui précède tend à démontrer qu’une association comme la SFIB est fortement sujette à l’influence de la personnalité qui y exerce les plus importantes responsabilités. Avec Odette Perrier l’association a repris son orientation méridionale et ses activités amicales et mondaines ; mais peu à peu le Docteur Jean Ségui, gynécologue languedocien, obtenteur d’iris appréciés, prend de l’importance au sein de l’association et, forcément, le centre nodal prend la direction de Sète et de Carcassonne où il habite. La présidence de Robert Pocreau, à partir de 1984, ne change pas cette inflexion, bien que cet ancien officier de marine soit lui-même retiré sur la Côte d’Azur. Dans les faits, en compagnie de Jean Ségui, ce sont des personnes habitant le Sud-Ouest qui vont faire marcher la SFIB et lui faire franchir une nouvelle étape de notoriété. Claude-Louis Gayrard, Claudette Dorchain, Anny Brunel font des miracles pour qu’elle se développe. Les activités se diversifient, portées par des gens énergiques et dévoués et par un nombre d’adhérent important (jusqu’à plus de 300), ce qui assure une trésorerie flatteuse. La SFIB est toujours une assemblée de notables, même si, peu à peu elle accueille des adhérents plus modestes. Quand le Président Robert Pocreau s’éloigne, à l’assemblée générale de 1993, les dirigeants et dirigeantes historiques ont déjà commencé à se retirer et une nouvelle génération a fait son apparition dans l’organigramme, tandis que Maurice Boussard, de nouveau plus largement disponible, récupère la présidence. Il assure une sorte de transition entre les anciens et les nouveaux. En même temps un début de désaffection commence à frapper le tissu des adhérents : par exemple, dans les années 80, une trentaine d’entre eux se déplaçait pour participer aux assemblées générales, en 1993 on n’en compte plus guère qu’une douzaine… Un autre phénomène se manifeste : les professionnels de l’iris, qui participaient au travail de l’association depuis sa création s’en éloignent les uns après les autres… C’est une attitude propre à la France qui surprend tous les animateurs des sociétés iridophiles étrangères.

Ces signaux d’alarme n’empêchent pas la SFIB de maintenir son rythme et, en particulier, de proposer à ses adhérents une revue qui est devenue une référence en la matière, avec une mise en page soignée, une impression et des illustrations de qualité et un contenu à la fois récréatif et savant. C’est Jean Ségui qui est à l’origine de cette métamorphose et de ce succès.

C’est fréquent qu’entre deux règnes prolongés intervienne une période d’instabilité. Pour la SFIB, celle-ci commence avec le successeur de Maurice Boussard, en 1997. Un invité-surprise, Charles-Guy Bouquet s’installe dans un fauteuil où il ne réussit pas à s’imposer et qu’il abandonne brusquement en 1999. Pendant un an, Jean Ségui, celui qui fut le rédacteur de la revue, de laquelle il a fait une des plus belles du genre, assure une sorte d’intérim, mais il se dit trop âgé pour continuer et laisse dès le printemps 2000 la présidence à Anne-Marie Chesnais. Une nouvelle ère commence pour la SFIB : celle des « dames de Jouy ».

Anne-Marie Chesnais est une forte personnalité, connue dans sa petite ville de Jouy en Josas, et entourée d’amies qui lui font une petite cour provinciale. À la tête de cette assemblée restreinte mais dévouée, elle va vivre une longue présidence qui sera marquée par un grand nombre d’événements importants pour le petit monde des iris. Dans une petite société comme la SFIB, la personnalité des dirigeants à une importance primordiale. Rien de majeur ne peut se produire sans quelqu’un de volontaire, tenace et charismatique. Madame Chesnais va montrer ces qualités en les mettant au service de la cause qu’elle a choisie. Elle rassemble et convainc les autorités de la vallée de la Bièvre autour d’un projet d’animation où l’iris devient le fil conducteur. Le concours FRANCIRIS va s’installer à Jouy à partir de 2005 et acquérir dès le début une renommée mondiale. La vallée de la Bièvre devient la vallée des iris, avec de nombreuses manifestations organisées par les communes voisines de la rivière. La SFIB n’a jamais été aussi connue de par le monde, mais cela n’empêche pas ses effectifs de s’amenuiser d’année en année et sa gestion de devenir de plus en plus difficile et confidentielle (pas plus d’une dizaine de membres participent aux assemblées générales qui prennent l’apparence de pique-niques entre amis). C’est bien là le problème de cette SFIB focalisée sur un sujet et sur un lieu mais sans ressources pour continuer sérieusement ses autres entreprises.

En dépit d’un court intermède (2007/2009) où elle a laissé le titre présidentiel à Jean-Michel Cagnard, le règne d’A-M Chesnais ne s’achèvera qu’au printemps 2011, après un concours FRANCIRIS calamiteux, et par la volonté d’un groupe de jeunes amateurs d’iris qui veut redynamiser l’association et lui rendre un caractère plus national. En effet, curieusement, alors que les adhérents à la SFIB ne sont plus qu’une centaine, un grand nombre de jeunes iridophiles se manifestent et prennent de l’assurance, grâce notamment aux dialogues que permet le site Internet de l’association. On assiste à un renouvellement considérable : les notables de province (ou de banlieue) cèdent la place à une nébuleuse socialement très différente, très dispersée géographiquement, mais fédérée par Internet. Les anciens ne se reconnaissent plus dans cette SFIB informatisée, mais beaucoup de fans d’iris apprécient, car aux mondanités des fêtes des plantes ils préfèrent les « chats » au sujet des iris et les échanges de rhizomes.

Cependant le nouvel élan que veut donner l’équipe qui succède aux dames de Jouy, sous la houlette de Jérôme Boulon, va-t-il durer et résister au temps, à la dispersion des ses animateurs et à leur disponibilité réduite ?

Illustrations :
Bulletin SFAI n° 1 – 1969, première façon ;
Bulletin SFIB n° 95, deuxième façon ;
Bulletin SFIB n° 117, façon Dr Ségui ;
Bulletin SFIB n° 157bis, façon S. Ruaud

10.8.12

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Palmarès

Loïc Tasquier, tenu au courant par son ami Paul Black, annonce que ce dernier collectionne les récompenses pour les iris petits et moyens en cette année 2012. L’ensemble des résultats devrait être connu dans la semaine qui vient.

LES SEIZE COULEURS DE SCHREINER AND CO.


XII. Noir

Avec le fameux « rouge », le « noir » est un défi pour les hybrideurs. Depuis longtemps c’est un coloris que la Maison Schreiner maîtrise parfaitement. Témoin, ces quatre sombres merveilles.

‘Black Tie Affair’ (1993)
‘Dark Passion’ (1998)
‘Fade to Black’ (2002)
‘Here Comes the Night’ (2009)

À LA MANIÈRE DE…

Guy de Maupassant (1)
(Promenade)

Malgré la douceur de ce soir d’été, il enfila son veston avant de sortir : on ne sort pas en chemise, à son âge. Dehors la lumière orangée du couchant lui brûla les yeux. Il baissa la tête pour ne pas être ébloui. C’était un soir de juin, d’une douceur incroyable, qui répandait sur Paris une irrésistible envie de partir en promenade. Au lieu de tourner à droite pour retourner directement chez lui, il prit vers la gauche et commença à descendre vers la Seine par la rue Dauphine. Changer d’itinéraire était quelque chose qui ne lui arrivait pas plus de trois fois dans l’année, car il vivait d’habitudes et de routines. Combien de fois avait-il fait, par tous les temps, de jour comme de nuit, le chemin qui le conduit de l’étude de M° Le Beuze à la petite chambre où il habite depuis si longtemps ? Presque quarante ans, c’est sûr ! Il était entré comme quatrième clerc chez M° Desroches en 1822. A cette époque l’étude était située rue de Béthisy, sur l’autre rive de la Seine. C’est une rue qui a disparu en 1852, ce qui a contraint M° Desroches à transférer son étude rue de Buci où elle se trouve encore, même si, depuis, Desroches à cédé à M° Le Beuze. Tout cela revenait soudain à l’esprit de ce petit homme sautillant, fluet, presque transparent, au point que les passants le heurtaient souvent car ils ne l’avaient pas vu venir ! Il portait le nom le plus banal qui soit, Pierre Guérin, un nom que personne ne retenait mais qui convenait bien à cette sorte d’invisibilité qui le caractérisait. Cependant, ce soir il semblait avoir oublié son insignifiance et ressentait une sorte de jubilation qui le surprenait lui-même.

C’est à l’angle du quai qu’il remarqua l’odeur. Devant lui marchait une jeune fille en robe blanche de toile de Jouy, ornée de dessins amarante. Un parfum d’iris l’entourait. Le petit clerc ressentit un étrange choc et il marcha un peu plus vite pour se rapprocher de la jeune fille. Tout près d’elle, il aspirait par petites bouffées l’air d’été chargé du parfum. C’est tout juste s’il n’eut pas un étourdissement : ce parfum, c’était celui d’Arlette !

Depuis combien d’années n’avait-il pas évoqué le souvenir de cette Arlette dont il retrouvait soudain la trace, au fond de sa mémoire olfactive ?

C’était peu de temps après son entrée chez M° Desroches. L’avoué l’avait envoyé à L’Isle-Adam porter un acte urgent que lui avait commandé son illustre client M. de Sérisy. Un matin de mai, il avait prit la voiture à quatre roues du père Pierrotin et était arrivé en fin de journée à L’Isle-Adam, au bord de l’Oise. Il avait du passer la nuit à l’auberge tenue par la femme de Pierrotin et n’était revenu vers Paris que le lendemain. C’était un voyage qui aurait pu avoir lieu sans histoire, un de ces déplacements dont on a tout oublié en quelques semaines, mais celui-ci ne s’était pas déroulé comme on aurait pu s’y attendre. Guérin était assis dans le coupé, attendant le départ, les cinq autres sièges étaient vides et en attelant les deux chevaux, Pierrotin s’était plaint que la journée allait lui coûter plus qu’elle ne lui rapporterait. Mais voilà qu’une jeune fille s’approche, elle tient d’une main un gros sac de voyage ventru, en cuir brun, et de l’autre le billet que vient de lui vendre Mme Pierrotin. Le cocher se précipite, ouvre la porte du coupé avec une inclinaison du buste exagérément respectueuse. La voyageuse lui confie son gros sac et grimpe lestement dans la voiture. Guérin respire alors la douce odeur sucrée, mélange de jasmin et de violette : la jeune demoiselle se parfume à l’iris.

Se rendre de L’Isle-Adam à Paris demande presque la journée. Comment, dans ces conditions rester assis, muet, devant une personne souriante, qui n’ose pas elle-même engager la conversation, mais que l’on sent prête au bavardage impromptu qui s’établit normalement dans une telle circonstance ? Guérin n’a rien d’un séducteur, il est petit, maigrelet, avec un visage long et irrégulier, et une voix aiguë qu’il essaie de rendre plus grave en parlant très bas. Il ne sait pas comment aborder la demoiselle, mais après un très long silence il se décide enfin à ouvrir la bouche :
« - Cette région est bien jolie, n’est-ce pas, Mademoiselle. »
La jeune fille n’attendait que ce signal. Elle répondit simplement, puis enchaîna par une autre phrase banale, mais au bout d’une demi-heure, alors que le coucou de Pierrotin prenait le chemin de St Brice, les deux jeunes gens conversaient gaiement, et Guérin éprouvait même une vive excitation qu’il contenait avec peine. Quand, vers deux heures de relevée ils s’arrêtèrent à St Denis pour faire souffler les chevaux, l’atmosphère était franchement cordiale, un peu complice, même, et la fin du voyage devint tout à fait joyeuse : elle l’appelait Monsieur Pierre, il la nommait Mademoiselle Arlette.

Les deux jeunes gens avaient décidé de se revoir, et ils se revirent en effet, plusieurs fois, souvent même, jusqu’au jour où ils se rendirent au Bois de Boulogne pour une promenade autour du lac qui prit un tour voluptueux quand Guérin s’enhardit jusqu’à poser un baiser dans le cou d’Arlette, là où le parfum d’iris était le plus enivrant. Mais elle parut surprise et même gênée de cette privauté. Guérin n’était pas trop fier de lui et le tour du lac s’acheva dans un silence embarrassé. Rendez-vous fut néanmoins pris pour le lendemain soir, au Palais-Royal.

Cependant Arlette ne vint pas au rendez-vous. Pierre Guérin l’attendit, de plus en plus inquiet, mais à peu près convaincu que son comportement de la veille n’était pas étranger à cette défection. Il se dirigea vers la rue Froidmanteau, toute proche, où il savait qu’Arlette demeurait pour quelques temps, chez une tante. A sa question, la domestique répondit que Mademoiselle Arlette était repartie le matin même pour L’Isle-Adam, chez ses parents. Guérin avait compris : son idylle s’achevait, par sa faute. Il ne chercha pas à revoir Arlette. Ecrasé par la honte et le chagrin, il reprit tristement son travail monotone à l’étude Desroches…

Et les saisons succédèrent aux saisons, les années aux années. Peu à peu il finit par se persuader que le seul épisode qui avait mis un peu de romanesque dans sa vie n’avait jamais eu lieu ; et voilà que quarante ans plus tard, alors qu’il n’a plus un cheveu sur la tête et qu’il doit mettre des lunettes pour continuer ses écritures à l’étude, des effluves de violette et d’iris viennent le bouleverser et ressusciter l’image d’un bonheur brièvement entrevu. Non, ce n’était pas possible ! Comment le parfum d’une grisette pouvait-il avoir ce pouvoir de lui déchirer soudain le cœur et de lui montrer brusquement le vide absolu de son existence ?

Il marchait lourdement, sans faire vraiment attention à son chemin. Après avoir descendu toute la rue Dauphine, il avait emprunté le Pont Neuf et continuait maintenant sur le quai de l’Horloge. A sa droite les murs de la Conciergerie vinrent évoquer la prison. Une prison, voilà, sa vie n’avait été que cela ! Malgré la douceur de l’air du soir il avait l’impression d’étouffer, et il traversa le quai pour reprendre son souffle en s’approchant de l’eau.
…………………………………………………………………………………………………..

Deux jours plus tard, un marinier qui venait d’amarrer sa péniche à la pointe de la nouvelle digue de Grenelle, remarqua une masse grise qui semblait coincée entre la proue du bateau et le bord du quai. Il en avait vu d’autres ! « Encore un macchabée, dit-il. Il va falloir que j’aille chercher les sergents de ville… »

L’examen des papiers trouvés sur le cadavre révélèrent qu’il s’agissait du corps de Pierre Guérin, soixante-huit ans, premier clerc chez M° Le Beuze, avoué, rue de Buci.

(1) Avec la complicité d’Honoré de Balzac (Un début dans la vie).

2.8.12

ECHOS DU MONDE DES IRIS



Envoyez la photo

L’AIS invite maintenant tous ceux qui enregistrent de nouvelles variétés à joindre une (ou plusieurs) photo à leur demande d’enregistrement. Un formulaire en ce sens vient d’être ajouté.

A mon avis, c’est une bonne disposition, en effet trop de variétés nouvelles n’apparaissent dans aucune des bases de données actuelles (Twiki, Iris-Register), pourtant une bonne image vaut mieux que la description la plus précise.



Toujours rien…

Habituellement les résultats des récompenses américaines (HM, AM etc.) sont publiés courant juillet. Cette année, au moment de publier ce billet, toujours rien. L’établissement du palmarès est-il donc si difficile cette année ?

LA FLEUR DU MOIS

‘LORENZACCIO DE MEDICIS’

C’est fou ce qu’une collection d’iris peut évoluer au cours des années. Je prends l’exemple des variétés obtenues par le clan Anfosso. J’en ai eu quinze ! Il ne m’en reste que cinq. Les raisons de cette évolution sont multiples mais seul le retrait de ‘Bateau Ivre’ est absolument volontaire. Les autres disparitions sont survenues soit accidentellement, soit parce qu’il faut bien, parfois, faire de la place…Les disparitions accidentelles (au cours d’un déplacement, par suite d’une attaque de pourriture du rhizome…) ont concerné ‘Bar de Nuit’, ‘Belle Embellie’ ‘Carmen X’, ‘Citoyen’, ‘Douce France’ et ‘Nuit Blanche’. Les retraits volontaires n’ont concerné que ‘Atys’, ‘Calamité’, ‘Echo de France’ et ‘Ecume’. Pourquoi ces délaissements ? Pour ce qui est de ‘Echo de France’, il s’est agi d’un transfert dans un jardin ami, où il se trouve toujours, mais pour les autres c’est le manque d’intérêt de la fleur qui a motivé ma décision. Ces trois-là manquent d’originalité. Pour ceux qui sont morts, j’ai regretté sérieusement ‘Carmen X’, ‘Nuit Blanche’ et, surtout, ‘Citoyen’. J’aurais pu les remplacer, je ne sais pas pourquoi je ne l’ai pas fait…

Les cinq rescapés se nomment : ‘Barocco’, ‘Coup de Cœur’, ‘Lumière d’Automne’, ‘Rive Gauche’ et ‘Lorenzaccio de Medicis’ dont il va être question maintenant. J’ai choisi de parler de celui-là parce que j’en ai donné un morceau à mon plus proche voisin, qui l’a planté bien en évidence, isolé, et que je puis le voir depuis chez moi, et me dire à chaque coup d’œil que je lui donne : « c’est vraiment un bel iris ! » Et cela me donne envie d’aller regarder le mien, dans son environnement fleuri.

‘Lorenzaccio de Medicis’ n’est plus de première jeunesse. Il a été obtenu par Pierre-Christian Anfosso en 1978, d’un croisement à faibles risques : Amethyst Flame X Wine and Roses. Le premier, donc le parent femelle de la vedette du jour, est une obtention Schreiner de 1957, d’un joli mauve clair avec des traces brunes dans la gorge et des barbes blanches. Son pedigree est (Crispette X (Lavanesque x Pathfinder)), et on peut le qualifier d’endogamique puisque deux des trois membres de la famille sont dans les tons de mauve. Cette variété fait partie de celles qui ont obtenu la Médaille de Dykes (en 1963), ce qui a été la reconnaissance de ses excellentes qualités. ‘Wine and Roses’ (D. Hall, 1963) est une variété ultra-classique, en deux tons de rose orchidée, partout très appréciée, et largement utilisée de tous côtés en hybridation. On ne sait malheureusement rien de précis sur ses origines.

‘Lorenzaccio de Medicis’ a, à mon avis, trois atouts majeurs :
1. D’excellentes dispositions végétatives : c’est un iris qui pousse bien ;
2. Un branchement de belle prestance, des fleurs gracieuses et bien placées, qui fleurissent longuement ;
3. C’est un iris hâtif – mais pas trop – qui arrive au moment où on a le plus hâte de le voir fleurir.
Il faut aussi lui reconnaître d’être d’un agréable brun-rouge clair, sans prétention mais séduisant.
Je crois que si une compétition du type américain avait lieu eu France ou en Europe, cette variété serait au moins montée jusqu’à l’Award of Merit.

Pourquoi apprécie-t-on un iris plus qu’un autre ? C’est une question d’affect personnel ou d’atomes crochus, comme l’on dit. En ce qui concerne ‘Lorenzaccio’ je puis dire que j’ai toujours pour lui, après trente ans de vie commune, un intérêt qui ne se dément pas et ne faiblit pas en dépit des années.

Iconographie :
- ‘Lorenzaccio de Medicis’ (P.C. Anfosso, 1978)
- ‘Amethyst Flame’ (Schreiner, 1957)
- ‘Wine and Roses’ (D. Hall ; 1963)

LES SEIZE COULEURS DE SCHREINER AND CO.


XI. Rose

Si le rose n’est pas officiellement la couleur fétiche de Schreiner and co., il y a, dans cette grande production, de grands iris roses. Voyez les quatre suivants :

‘Earlirose’ (1980)
‘My Girl’ (1991)
‘Kentucky Woman’ (1997)
‘June Krausse’ (2009)

APRÈS ‘SUNSET SNOWS’


Barry Blyth, le grand maître australien de l’hybridation, est venu en France ce printemps ; il a été reçu par la SFIB qui lui a fait rencontrer les producteurs et hybrideurs français ainsi que de nombreux simples amateurs, honorés de côtoyer une de leurs idoles, et intéressés d’entendre sa parole. Car il a animé chacun de ses rendez-vous d’une mini-conférence où il a présenté son travail sur les amoenas blanc et rose. Je vais ici tenter de résumer ce qu’il nous a dit le 15 mai 2012, lors de sa venue chez Richard Cayeux.

La recherche de l’amoena blanc et rose est la grande affaire de la vie de Barry Blyth. C’est même à partir de ce but qu’il a produit et offert au monde des iris son incomparable travail sur les iris bicolores. Celui-ci a débuté en 1962, quand Barry Blyth a découvert ‘Sunset Snows’ (Stevens, 1965) et qu’il a ressenti le désir de rechercher un iris parfaitement blanc aux pétales et richement rose aux sépales. Il a multiplié les croisements, souvent audacieux, obtenu une multitude de semis, parmi lesquels il a découvert un nombre incroyable de nouveautés qu’il a retenues et enregistrées, dans toutes les associations possibles de couleurs et de modèles. Des iris blanc/rose, il en a remarqué des quantités, dont il a sélectionné un certain nombre, mais il est toujours dans l’attente de ce qu’il imagine comme la perfection. Il faut dire que ‘Sunset Snows’, l’une des dernières obtentions de la Néo-zélandaise Jean Stevens, disparue en 1967, a atteint un sommet !

On a très peu d’informations sur les origines de ‘Sunset Snows’ (mais peut-être ceux qui ont eu accès aux carnets de Mme Stevens en savent-ils plus), car les Check-Lists ne lui attribuent qu’un seul parent dénommé, ‘Youthful Charm’ (Stevens, 1961), lequel n’a qu’une généalogie ambiguë …

Les informations sur les premières tentatives de Blyth avec les croisements concernant ‘Sunset Snows’ sont tout aussi parcellaires. Aussi faut-il suivre l’obtenteur lorsque, dans son exposé, il saute rapidement jusqu’à ‘Adoree’ (2009). Cette variété n’est pas à proprement parlé un amoena rose ! Mais Blyth y a senti les prémices de ce qu’il cherchait à atteindre depuis quarante-cinq ans. ‘Adoree’ a un pedigree pour spécialistes du décryptage : ((((Holiday Lover x Love Comes) x Bygone Era) x ((Affaire x (Chocolate Vanilla sib x semis)) x (Chocolate Vanilla x Electrique))) x Mandarin Morning sib) X I'm Dreaming sib. La variété la plus intéressante de ce panel est ‘Chocolate Vanilla’ (Blyth, 1992) dont voici le pedigree : (Touch of Bronze x Beachgirl) X ((Inca Queen x (Tranquil Star x (Love Chant x Festive Skirt))) x Amber Snow). Dans ces brillants ancêtres on trouve plusieurs variétés aux pétales blancs surmontant des sépales orangés ou rosés : ‘Beachgirl’ (Blyth, 1983), ‘Love Chant’ (Blyth, 1979), ‘Festive Skirt’ (Hutchings, 1974), ‘Amber Snow’ (Blyth 1987), ainsi qu’un certain ‘Tranquil Star’ (Blyth, 1978) qui, pour ne pas présenter ces couleurs, possède un ancêtre, ‘Outer Limits’ (Blyth, 1972), qui descend directement de ‘Sunset Snows’ ! Si l’on cherche bien, on découvre que ce ‘Sunset Snows’ est aussi présent dans l’arrière plan de ‘Beachgirl’ (par l’intermédiaire de ‘Twist and Shout’), ‘Festive Skirt’, ‘Amber Snow’, tout comme ‘Love Chant’ ! Keith Keppel a fait le compte, ‘Sunset Snows’ apparaît plus d’une centaine de fois dans le pedigree détaillé de ‘Adoree’ !

Avec ‘Adoree’, Barry Blyth est certain de détenir la clef de cet amoena rose qu’il cherche depuis si longtemps. En le croisant avec un autre de ces semis prometteurs, il a déjà obtenu plusieurs iris aux couleurs surprenantes, qui ont des sépales vivement colorés de brun rosé ou d’amarante. Il continue la quête de cet iris dont il a fait le but de sa vie d’hybrideur, un iris qu’il imagine depuis longtemps, qu’il voit peu à peu se préciser dans ses semis, mais qui lui échappe encore : un saint Graal qui le fuit, qu’il aperçoit à l’horizon de ses rêves, vers lequel il temps la main, plein d’espoir et de passion, mais qu’il n’a pas encore touché…

Iconographie :
‘Sunset Snows’
‘Adoree’
‘Amber Snow’
‘Festive Skirt’

26.7.12

LES SEIZE COULEURS DE SCHREINER AND CO



X. Bleu clair

Bleu tendre ou bleu pastel ? Schreiner trouve presque chaque année de quoi ravir les amateurs de ces teintes douces qui vont si bien aux iris.


‘Abiqua Falls’ (2003)
‘Altruist’ (1987)
‘Mariah’ (1995)
‘Tide’s In’ (1983)

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Richard Cayeux à la BBC

Allez voir l’intervention de Richard Cayeux à la BBC sur le blog de Terry Johnson : http://historiciris.blogspot.fr/2012/07/richard-cayeux-talks-about-hybridising.html

C’est en anglais, évidemment, mais cette courte vidéo est très facile à suivre.

DE ROUILLE ET D’OR


Parodier le titre du dernier film de Jacques Audiard et une amusante façon d’aborder le descriptif d’une variété récente d’iris qui fait plutôt parler d’elle. Il s’agit de ‘Wizard of Odds’ (Paul Black, 2007). Bernard Laporte (l’irisarien, pas le rugbyman !) m’a donné à l’automne 2011 un morceau de rhizome de cette variété dont il me vantait les rutilantes couleurs. La transplantation et la reprise de ce cultivar se sont passées sans problème et dès ce printemps ‘Wizard of Odds’ à fleuri dans mon jardin. Merci Bernard.

Il est indéniable que les couleurs de cette fleur attirent le regard. Un jaune d’or bien brillant, barbouillé de brun rouille (d’où le titre de la présente chronique !). Ce coloris passe peu au soleil et c’est à peine s’il est un peu moins vif au moment où tout se fane. Les fleurs elles-mêmes sont de bonne taille, avec des sépales qui restent très horizontaux.

‘Wizard of Odds’ est, évidemment, ce qu’on appelle un « broken color » ou, en latin de cuisine, un « maculosa », c’est à dire que la couleur de surface, le brun rouille en l’occurrence, est répartie de façon aléatoire sur les pièces florales. Il serait même plus exact de dire que le brun rouille des sépales est le résultat optique de la superposition de pigments anthocyaniques bleus (présents dans le liquide intercellulaire) sur les pigments caroténoïdes jaunes qui constituent le fond coloré. Dans la majorité des cas les pigments sont harmonieusement répartis, peut-être un peu moins dans le cas des plicatas, mais dans celui des maculosas, ils se logent un peu n’importe comment et, surtout, jamais deux fois au même endroit, ce qui fait qu’une fleur n’est jamais colorée exactement comme une autre. ‘Wizard of Odds’ répond exactement à cette description : certaines fleurs sont légèrement poudrées, d’autres comportent de grosses taches irrégulières…

Pour obtenir un maculosa, il faut partir d’un plicata, car les maculosas sont des avatars de plicatas, ou d’un autre maculosa. C’est bien ce qu’a fait Paul Black. Il a croisé ‘Pure as Gold’ (Innerst 1989) par ‘Infernal Fire’ (Richardson, 1994). Le premier est un excellent jaune uni, avec une barbe un peu plus soutenue, le second un maculosa jaune taché de brun violacé. ‘Pure as Gold’ lui-même est le fruit d’un croisement endogamique de deux jaunes : ‘Radiant Energy’ (Maryott, 1986) et ‘Sound of Gold’ (B. Blyth, 1982) (même si on distingue les origines plicatas de ce dernier par la présence fréquente de traces brunes sur les sépales). ‘Infernal Fire’ a des origines plus complexes, largement inspirées du variegata plicata ‘Broadway’ (Keppel, 1979), son père. Du côté féminin on trouve un peu de tout, mais aucune variété enregistrée avant la troisième génération (‘Campus Flirt’ (Daling, 1963) et ‘Mulberry Rose’ (Schreiner, 1941)). Plus avant dans la généalogie, apparaissent, d’un côté comme de l’autre, une série de grands classiques comme ‘New Moon’ (Sexton, 1968), ‘Gracie Pfost’ (E. Smith, 1958), ‘San Leandro’ (Gaulter, 1968), ‘Palomino’ (Hall, 1951) et l’inévitable ‘Snow Flurry’ (Rees, 1939).

Il est exact que ‘Wizard of Odds’ est une plante spectaculaire ; dans un jardin, elle attire l’œil et devrait valoir à son obtenteur beaucoup de succès dans les concours avec jury populaire. D’autant plus qu’elle présente plusieurs fleurs ouvertes au même moment et strictement serrées les unes contre les autres. Ce sont là des caractères qui ne sont pas appréciés par les juges pro, car la fleur manque d’aération et de sveltesse, mais qui conviennent quand on se contente de l’apparence attrayante du produit.

En conclusion cette addition de rouille et d’or est séduisante pour le grand public, mais beaucoup moins pour les amateurs d’iris parfaits. Je serais étonné si ‘Wizard of Odds’ faisait une grande carrière dans la filière des honneurs.

Iconographie :
‘Wizard of Odds’
‘Pure as Gold’
‘Infernal Fire’
‘Campus Flirt’

20.7.12

ECHOS DU MONDE DES IRIS



Du rififi à Moscou

Le concours d’iris de Moscou a été victime, cette année, d’un conflit entre la CIS (la société russe des iris) et celui qui avait été désigné comme commissaire, donc chargé de suivre ce concours et d’en assurer le bon déroulement. Ulcéré des reproches qui lui ont été faits à propos de son action, le commissaire a claqué la porte et gardé pour lui les résultats de la compétition !

LES SEIZE COULEURS DE SCHREINER AND CO.

IX. Bleu vif

Existe-t-il du bleu pur ? Le spécialistes en discutent. Schreiner est parvenu à un haut degré de pureté.





‘Rapture in Blue’ (1990)

‘Oregon Skies’ (1991)
‘Captain’s Joy’ (1994)
‘All About Blue’ (2009)

CHANGER LE SYSTÈME ?


La Société Américaine des Iris (AIS) a mis en place un système d’accession aux récompenses extrêmement structuré basé sur une progression de degré en degré, avec élimination des moins brillants à chaque étape. Ce système a fait ses preuves, mais est-il cependant parfait ? Certains pensent qu’il pourrait être amélioré.

Dans la dernière livraison du bulletin de l’AIS (vol. 93 n° 2, avril 2012), Tom Waters, un original adhérent, présente un projet de réforme. Actuellement, pour obtenir une distinction un iris doit avoir été noté par un grand nombre de juges qui l’auront apprécié au cours de la saison de floraison. Ceci implique que, pour avoir des chances de triompher, une variété doit être particulièrement bien distribuée à travers le pays : plus elle a des chances d’être vue, plus elle a de chances d’être notée. Waters cite l’exemple suivant : « Un iris A est cultivé par 500 juges. 100 juges le considèrent comme digne d’être récompense, les 400 autres juges ne le trouvent pas digne (peut-être a-t-il mal poussé ou mal fleuri chez eux). Un iris B a été vu par 100 juges en différentes régions du pays, et ces 100 juges sont d’accord pour dire que cet iris doit être récompensé. Les deux variétés ont reçu 100 votes et seront traitées de la même façon dans le système actuel. Mais il est évident que l’iris B est supérieur (il a bien marché pour tous ceux qui l’ont apprécié), tandis que le A n’a pas été brillant dabs 80 % des jardins !
La conséquence est évidente : un iris peut remporter une médaille même si la plupart des juges ne l’en ont pas jugé digne, simplement du fait qu’il a été vu par beaucoup, beaucoup de juges. »
Il fait cette suggestion : « Au lieu de faire voter les juges pour un certain nombre d’iris précisément désignés (1), qu’ils votent pour tout iris qu’ils ont eu l’occasion d’évaluer. On fait ensuite l’addition de tous les points reçus par chaque iris. Les juges qui n’ont pas vu et évalué un iris n’ont aucune influence sur son sort, alors que dans le système actuel, le fait de ne pas avoir vu un iris est en fait voter contre lui. »
Il ajoute : « On ne doit plus considérer que ne pas connaître et désapprouver sont la même chose. » C’est en effet une lacune du système que de ne pas tenir compte des désapprobations.

Cette suggestion me semble donc pleine de bon sens. L’attribution des récompenses ne serait plus assujettie à la quantité de plantes présentes dans les jardins, et les variétés valeureuses mais moins bien commercialisées auraient aussi leur chance. Il faut cependant admettre que les plus hautes récompenses concernent des variétés en générales excellentes à tous points de vue, ne serait-ce que parce que la compétition est d’une telle durée que les premiers jugements favorables ont pu être corrigés par une appréciation étalée sur de nombreuses années. Quoi qu’il en soit la suggestion de Tom Waters est particulièrement intéressante. A-t-elle cependant quelque chance d’être prise en considération ? Les producteurs d’iris, ceux donc qui les commercialisent, tiennent une grande place au sein de l’AIS (contrairement à ce qui se produit en Europe où les rivalités commerciales font que les producteurs se tiennent en marge des sociétés iridophiles pour ne pas être soupçonnés de vouloir les investir à leur profit) et peut-être craindront-ils que des plantes « indépendantes » ne fassent de l’ombre à celles qu’ils commercialisent…

Iconographie :
‘Dream Lover’(Tams, 1971 – DM 1977), l’une des DM qui eu le moins de succès commercial ;
‘Debby Rairdon’ (Kuntz, 1965 – DM 1971), une exception à la règle de Tom Waters ;
‘Mesmerizer’(Byers, 1991 – DM 2002), l’une des DM les plus controversées ;
‘Sky Hooks’ (Osborne, 1980 – AM 1986), une variété qui n’a pas dépassé le stade de l’AM, mais qui a été universellement appréciée.

(1) Les juges reçoivent chaque année la liste des variétés qu’ils ont à juger pour chaque degré de la course aux honneurs. Cette liste est établie en fonction des conditions de participation précisées dans le règlement de la compétition.

13.7.12

ECHOS DU MONDE DES IRIS

München

Le concours d’iris de Munich fait le distinguo entre les variétés allemandes et les autres.

Cette année, dans la catégorie « indigène », c’est ‘Miltitzer Tanzparty’ (M. Herm, 2011) qui l’a emporté.
La compétition internationale a couronné ‘Bel Avenir’ (Cayeux, 2008) devant ‘Certe Notti’ (Bianco, 2008)
Avec ‘Jacques Cœur’ et ‘Eclipse de Mai’, Richard Cayeux a pris une option sur le titre de 2013.
Quant à Michèle Bersillon, elle accumule les places d’honneur avec ses semis 0610 L et 0714 H dans la catégorie TB international, et 0796 B, 0796 L et 0796 U chez les SDB.



Illustrations :
· ‘Miltitzer Tanzparty’
· ‘Bel Avenir’
· ‘Certe Notti’

LES SEIZE COULEURS DE SCHREINER AND CO.

VIII. Indigo

Le mot indigo n’apparaît presque jamais dans les descriptions d’iris. Les obtenteurs lui préfèrent l’expression bleu-violet, allez savoir pourquoi ! Schreiner n’a pas négligé ce bleu-violet, du plus clair au plus foncé : en voici quatre exemplaires.

‘Last Hurrah’ (1983)
‘Blenheim Royal’ (1990)
‘Feature Attraction’ (1994)
‘Spirit Mountain’ (2002)

EVA FAUGHT ou MADAME CAHOKIA

La vaste plaine, au centre des Etats-Unis, où coulent le Mississipi et le Missouri est une région qui a donné naissance à un grand nombre de personnages éminents du monde des iris, depuis la première moitié du XXeme siècle jusqu’à nos jours. Eva Faught fait partie de ces gens-là.

Dans un article publié récemment sur le blog de l’AIS, l’excellent Mike Unser, spécialiste des iris historiques, donne quelques précisions sur cette personne de qualité. « Je crois, dit-il, qu’elle est née dans l’Iowa (1), mais elle a vécu la plus grande partie de sa vie à Carbondale, Illinois (2) où elle exerçait la profession de bactériologiste. » Ce n’est pas la première fois qu’on rencontre un scientifique s’intéressant à l‘hybridation. Peut-être que le côté savant de cette activité a des corrélations avec celle du chercheur. En tout cas Eva Faught ne s’est pas officiellement lancée dans l’hybridation dès sa tendre jeunesse : ses premiers enregistrements datent des années 1940, alors qu’elle avait dépassé l’âge de cinquante ans. D’ailleurs ces enregistrements ne furent pas nombreux : seulement une quinzaine de nouvelles variétés, mais parmi celles-ci deux qui ont marqué. Il y a plusieurs hybrideurs (ou plutôt hybrideuses) qui ont connu le succès pour une seule variété. Ce fut le cas de Clara Rees avec son fameux ‘Snow Flurry’ ou de Lois Kuntz grâce à ‘Debby Rairdon’. Eva Faught a fait coup double. Mike Unser continue en disant : « Dans les années 1940 elle a commencé à travailler avec beaucoup des bleus de Californie, et à partir d’un croisement complexe incluant 'Purissima', 'Santa Barbara', et 'Santa Clara' elle a créé un des meilleurs bleus de l’irisdom : ‘Cahokia’. » Ajoutons que ce ‘Cahokia’ (Faught, 1946) avait un frère jumeau baptisé ‘Pierre Ménard’ (Faught, 1948). Le premier était un bleu clair, le second un bleu foncé.

L’un et l’autre ont connu immédiatement le succès et ils ont été abondamment utilisés par tous les obtenteurs du moment, de telle sorte qu’aujourd’hui on compte environ 170 variétés issues en direct de l’un ou l’autre de ces deux frères.

‘Pierre Menard’ doit avoir au moins 90 descendants enregistrés dans le pedigree desquels son nom apparaît à un niveau ou à un autre. C’est du moins ce que dit la base de données « Iris Register » de l’AIS. Cela donne une idée de la quantité d’iris qui proviennent de lui ! Dans cette brassée de vedettes, on trouve un grand nombre de noms devenus célèbres à leur tour, comme ‘Allegiance’ (Cook, 1957), ‘Dialogue’ (Ghio, 1970), son frère de semis ‘Mystique’ (Ghio, 1972) et son cousin ‘Intuition’ (Ghio, 1975).

Cependant c’est ‘Cahokia’ à lui seul qui a assuré la célébrité d’Eva Faught. De lui descendent en effet des variétés aux innombrables rejetons. Orville Fay, Paul Cook et Georgia Hinkle ont assuré son triomphe. Le premier avec ‘Rippling Waters’ (Fay, 1952), le second avec ‘Whole Cloth’ (Cook, 1956) et la troisième avec ‘Symphony’ (Hinkle, 1956). Il est pratiquement impossible de compter les iris qui sont issus de ces illustres variétés.

Cela dit à quel point les jumeaux d’Eva Faught sont des éléments essentiels de l’histoire de l’hybridation. Ne leur doit-on pas au moins sept vainqueurs de la DM ? On aurait pu s’attendre à ce que des variétés aussi intéressantes reçoivent la reconnaissance du monde des iris sous forme d’une distinction particulière, mais ce ne fut pas le cas. Ce n’est pas la première fois que la Dykes Medal ignore les iris qui deviendront des pierres angulaires, ‘Snow Flurry’ a été oublié de la même façon. ‘Pierre Menard’ et ‘Cahokia’ n’ont pas dépassé le stade de l’Award of Merit… Leur récompense est ailleurs, dans le fleuve de leurs descendants et la place inestimable qu’ils ont prise dans le monde des iris.

Le nom de Miss Faught est aujourd’hui un peu perdu de vue. Qui se souvient encore de variétés comme ‘Carbondale ‘ (Faught, 1954), ‘Illinois Sunshine’ (Faught, 1949) ou ‘Roxy’ (Faught, 1954) ? Heureusement pour elle ( et pour nous !) que ses jumeaux sont là pour nous rappeler son existence et la place qu’elle tient dans les milieux de l’iridophilie.


(1) en 1888.
(2) L’Iowa est sur la rive droite du fleuve, l’Illinois sur la rive gauche.


Iconographie

‘Cahokia’ (Faught, 1946)
‘Pierre Menard’ (Faught, 1948)
‘Allegiance’ (P. Cook, 1957)
‘Symphony’ (G. Hinkle, 1956)

7.7.12

LA FLEUR DU MOIS


‘VDOKNOVENIE’

Quand ils ont voulu pratiquer l’hybridation, juste après la fin de la guerre froide et la déconfiture des régimes totalitaires en Europe, les amateurs de l’Est n’avaient pas grand’ chose à se mettre sous les pinces. Pendant des années, en ce domaine comme dans bien d’autres, il avait fallu ruser, tricher pour se procurer des iris en provenance de l’Ouest. Le panel d’éventuels géniteurs était donc particulièrement maigre. Dans les jardins d’Asie Centrale, il y avait quelques variétés assez anciennes mais bien connues pour leurs qualités génétiques. Broadway Star (Schreiner, 1957), Chartreuse Ruffles (Rudolph, 1976), Christmas Time (Schreiner, 1965), Dancer’s Veil (Hutchison, 1959), Deep Fire (Schreiner, 1979), Fresno Calypso (Weiler, 1978), Mary Frances (Gaulter, 1973), Pink Sleigh (Rudolph, 1970), Pipes of Pan (O. Brown, 1963), Rippling Waters (Fay, 1961), Victoria Falls (Schreiner, 1977) et c’est à peu près tout. C’est avec cet équipement minimal qu’Adolf Volfovitch-Moler s’est lancé dans l’aventure.

Comme il avait du talent – et de la chance- il a obtenu un certain nombre de variétés d’une perfection surprenante. Son ‘Ikar’ (1992) a obtenu le Florin d’Or en 1995, et la même année son ‘Simfoniya’ (1992) a été consacré « Meilleure variété tardive » au même concours de Florence. ‘Askia’ (1992) et Tashkent (1992) ont été, eux, remarqués au tout nouveau concours de Moscou, de même qu’un certain ‘Vdoknovenie’ (1992).

J’ai été contacté par A. Volfovitch-Moler en 1995. Il cherchait à se procurer des iris modernes, sans trop dépenser d’argent et un échange avec un amateur français pouvait être pour lui une aubaine. Pour moi aussi puisque les variétés de l’Est étaient encore (et restent toujours) des curiosités rarissimes en Occident. Il m’a donc envoyé une poignée de ses obtentions et je lui ai fait parvenir deux gros paquets de variétés françaises et américaines toutes récentes. Il n’ a pas eu de problème, ni dans un sens ni dans l’autre avec la Douane et les services de contrôle phytosanitaires. Voilà pourquoi mon jardin s’enorgueillit aujourd’hui encore d’une vingtaine de variétés exotiques en provenance d’Ouzbékistan.

Parmi celles-ci, il en est trois ou quatre qui me plaisent particulièrement. J’ai déjà évoqué ‘Zolotaya Korona’ (1998), superbe iris mordoré, et, comme les juges de Florence, j’apprécie vivement ‘Ikar’ et Simfoniya’. Mais ‘Vdoknovenie’ n’est pas mal non plus !

C’est un iris dont la couleur dominante se situe entre le mauve parme et le rose magenta, plus clair et ocré sous les barbes mandarine, avec un liseré et une flamme sur les sépales plutôt dans les tons de gris. Un coloris qui n’est pas si fréquent, et que je qualifierais même de typiquement ouzbek. C’est le résultat d’un croisement de (Rippling Waters X Dancer’s Veil) qui, évidemment, n’a pas la silhouette d’un iris d’aujourd’hui, mais qui conserve bien du charme.

Adolf Volfovitch-Moler a croisé cette variété avec le plicata rose ‘Pink Sleigh’, dans les deux sens, et en a sélectionné plusieurs semis, comme l’unicolore pourpre ‘Ispoved’ (1999), le blanc ‘Morskoy Priboy’ (1997), le très original ‘Rah-Rah Boy’ (1997), et le gris ‘Vecherniaya Skazka’ (1997).

Iconographie :
‘Vdoknovenie’
‘Vecherniaya Skazka’
‘Rah-Rah Boy’
‘Simfoniya’.