18.1.13

LA VALLÉE DES IRIS

La Bièvre, de sa source à Paris 

Sous l’impulsion de son ex-présidente, Anne-Marie Chesnais, la SFIB a mis en route une animation liée aux iris, dans la vallée de la Bièvre, entre sa source et sa disparition sous les rues de l’agglomération parisienne, à partir d’Antony. Ce parcours traverse une des plus jolies parties de la région parisienne et c’est une excellente idée d’avoir ajouté à ce paysage exceptionnel la présence des iris.

 L’Encyclopédie Wikipédia dispose d’un article long et particulièrement bien documenté sur cette rivière qu’est la Bièvre. Le présent article fait largement référence à ce texte.

 La Bièvre doit vraisemblablement son nom aux castors qui devaient peupler ses rives dans les temps anciens. Elle prend sa source au sud-ouest de Versailles, à la limite du plateau de Satory, sur la commune de Guyancourt. Elle a ceci de particulier qu’elle commence son existence par un parcours des plus bucoliques et qu’elle se termine piteusement dans les égouts de la Ville de Paris ! Ce n’est évidemment pas cette fin calamiteuse qui peut intéresser l’amateur d’iris, mais bien la première moitié de son cours, lorsqu’elle serpente à l’air libre, de Buc à Verrières-le-Buisson. Ce n’est qu’un petit ruisseau, au débit minimaliste, mais elle parcourt une vallée pittoresque et traverse des petites villes bourgeoises et animées qui savent profiter des charmes de la rivière qu’elles ont eu le bon goût de conserver dans sa fraîcheur agreste. 

A Buc elle est surmontée par le grand aqueduc de pierre chargé d’amener au château de Versailles une partie de l’eau nécessaire aux jeux d’eau du parc, captée sur le plateau de Saclay, plus au sud. Le secteur est très vallonné, les pentes forestières abritent maintenant pavillons et résidences typiques de la région parisienne un peu chic. De Jouy-en-Josas à Verrières-le-Buisson elle court gracieusement au fond de sa fraîche vallée. C’est après que les choses se gâtent et que la ville a eu raison d’elle en l’emprisonnant dans des tuyaux… L’origine de cette déchéance n’est pas nouvelle, et avant d’être enfermée, elle était déjà gravement polluée dans toute sa traversée de Paris par « les pestilences des abattoirs, des hôpitaux, des égouts, des tanneurs, corroyeurs, mégissiers et teinturiers » qui s’étaient établi le long de son cours. Ce n’est que dans les temps très anciens qu’elle était une agréable rivière venant se jeter dans la Seine, d’abord à la hauteur de l’actuel pont de l’Alma (à cette époque la Seine passait beaucoup plus au nord qu’actuellement), puis à celle du pont d’Austerlitz. 

Reste le parcours quasi rural qui va de Buc à Verrières. C’est là que la SFIB et les communes ont installé la Route des Iris. Il y avait déjà les I. pseudacorus qui poussent naturellement sur les rives, il y a maintenant les iris, botaniques ou horticoles, qui ont été plantés. Il y a aussi, puisque les hommes sont présents partout dans cette verte vallée, toutes les animations autour de l’iris mises en place pour satisfaire promeneurs et touristes. Cette appropriation du site par l’iris n’est pas le fait d’un caprice de quelques amateurs, mais la suite logique de l’implantation, dès la fin du XIXe siècle, de la famille Vilmorin dans la petite ville de Verrières-le-Buisson. 

 Lorsque la SFIB a pris ses quartiers à Jouy-en-Josas, elle avait en projet la création d’une compétition internationale de l’iris. L’idée était apparue au milieu des années 1990 mais le site où installer cette manifestation n’était pas clairement retenu. Ce fut d’abord en Bretagne, près de Rennes, que les choses ont commencé à se concrétiser, mais ce site n’était pas idéal : trop éloigné de Paris, trop venté, trop difficile d’accès… A Jouy en Josas ces incommodités n’existaient pas, bien au contraire. Dans le magnifique parc commun aux écoles HEC et TECOMAH, à cheval sur le cours du petit ru de St Mard, affluent de la Bièvre, il a été possible de trouver la place où planter et cultiver les iris destinés au concours FRANCIRIS. Les six premières années, l’affaire a très bien fonctionné et les premiers concours ont été très réussis, puis les choses se sont gâtées et aujourd’hui le concours est obligé de se chercher un nouveau point d’installation. Mais entre temps le concept de « Route des Iris » avait fait son chemin. 

 Que deviendra-t-il maintenant que les dirigeants de la SFIB ont déserté la vallée de la Bièvre et que l’implication de la commune de Verrières-le-Buisson est moins évidente (les collections d’iris rapportées de Rouen et d’ailleurs et alimentées par de nombreux collectionneurs français ne sont plus correctement entretenues) ? 

Il faut espérer que la vallée supérieure de la Bièvre restera un site privilégié pour la présentation en vrai grandeur des iris de toutes sortes, et qu’elle ne perdra pas son nom actuel de Vallée des Iris.


 Illustrations : 
- la Bièvre à Jouy en Josas 
- la Bièvre à Igny 
- ‘Bye Bye Blues’ vainqueur du concours de 2005 
- ‘Mamie Framboise’, deuxième prix du concours 2007.

11.1.13

LES DILETTANTES

VII. Lech Komarnicki 

Encore un artiste pour qui l’iris est un violon d’Ingres. Cet ancien acteur et metteur en scène, fort connu dans son pays, hybride maintenant toutes sortes d’iris dans son jardin du nord-ouest de la Pologne. Souvent victime des conditions climatiques sévères pour les TB, il s’oriente désormais davantage vers les SIB.


· ‘Bella Venezia’ (2003) 
· ‘Exploding Sun’ (2003) 
· ‘Next Little Step’ (2009) 
· ‘Zhoonyo’ (2003)

IRIS ET COULEURS (deuxième partie)

II. les demi-couleurs 

Abordons maintenant les demi-couleurs, celles qui sont allé chercher leur nom dans celui d’une fleur ou d’un fruit. Ce sont des noms qui ont été choisi tardivement pour exprimer des couleurs qui ne font pas partie des six couleurs de base, mais que l’on avait besoin de désigner spécifiquement. 

 Le Violet 

Après avoir été la couleur des évêques (pourquoi ?) le violet a perdu de son aura et, souvent associé au deuil, il est maintenant peu apprécié car considéré comme triste. Mais ce n’est pas nécessairement l’avis les amateurs d’iris qui y voient au contraire quelque chose de noble et de majestueux. Il profite, par phénomène de proximité, de l’intérêt porté au bleu avec lequel il se mélange régulièrement. On dit même qu’il n’y a pas de bleu vraiment pur, et qu’à bien y regarder tous les iris dits bleus sont en fait peu ou prou mâtinés de violet.

 Il faudrait à ce moment évoquer le pourpre. Cependant s’agit-il d’une couleur ou simplement d’une nuance de violet (avec une touche de rouge) ? C’est à cette opinion que se rangent aujourd’hui les coloristes.

 Le Rose

 Ah ! Le rose ! Combien d’iris roses trouve-t-on sur le marché ? L’engouement qu’il a suscité dès son apparition chez les iris dans les années 1930 ne s’est jamais démenti. Sans doute parce qu’il symbolise la tendresse, la douceur, la féminité. Son côté négatif, la mièvrerie, n’est pas de mise dans l’univers des iris. Le rose est double. La langue anglaise sait faire le distinguo entre le rose « bleuté » pour lequel elle dispose du mot « pink », et le rose « orangé » qui est appelé « rose ». En français cette subtilité est absente. Le rose n’est pas altruiste, il tient en général toute la place. Les iris où le rose partage la vedette avec une autre couleur sont relativement peu nombreux, à part lorsqu’il est associé à un bleu tendre.

 L’Orange 

Encore une couleur difficile pour les obtenteurs d’iris. L’orange pur est rare : le plus souvent il est obtenu par une juxtaposition de points microscopiques jaunes et violacés et tout le travail consiste à faire que ces points soient tellement petits que l’œil ne peut plus les distinguer. C’est une couleur de feu qui semble même consumer les plantes elles-même : les iris oranges sont en général petits, prostrés, comme dévorés par l’intérieur. Les hybrideurs modernes s’efforcent de faire disparaître ces caractères, mais le travail est ardu !

 Le Marron

 Le marron existe-t-il vraiment chez les iris ? C’est une question qui se pose comme elle se pose pour le noir. Mais cette fois c’est parce qu’il y a tellement de nuances de marron qu’on doute de l’existence d’un marron « vrai » ! Chez les iris, le marron est toujours ou presque imprégné de rouge. Parce qu’il résulte d’une superposition de pigments jaunes et de pigments violacés. Le mélange est extrêmement variable et va de l’ocre et du miel au bourgogne et à l’acajou. C’est à partir de cette couleur que les obtenteurs s’efforcent de se rapprocher du rouge, l’inaccessible Graal de l’hybrideur ! 

 Le Gris 

Comme le vert, le gris n’est pas une couleur assurée du succès dans les jardineries. D’une part il est associé symboliquement à la tristesse et à la vieillesse, d’autre part il n’attire pas l’œil dans un étal. Il ne fait donc pas partie des domaines de recherche préférés des obtenteurs. Il apparaît de temps en temps, accidentellement peut-on dire, et tirant plus vers le bleu que vers le noir. Il est en fait considéré comme une fausse couleur, ce qui est dommage parce qu’il offre une infinie variété de nuances et permet des camaïeux très fins. Néanmoins il y a fort à parier qu’il restera longtemps le mal aimé des coloris d’iris.

 Le Mordoré 

Ce n’est pas une couleur, du moins pas officiellement, Mais chez l’iris c’est une teinte qui tient sa place. En dehors des chrysanthèmes, il n’existe pas, à ma connaissance, de fleurs qui soient mordorées. Si l’on veut être rigoureux il faut parler d’une nuance de jaune, ou de brun. Quoi qu’il en soit c’est un aspect des iris qu’on ne peut pas passer sous silence. 

A partir de ces couleurs et demi-couleurs, en les associant ou en les superposant, en jouant sur les couches de pigments et les subtilités de l’intervention des enzymes inhibiteurs, les créateurs d’iris ont offert une infinité de variétés différentes où les oppositions violentes côtoient les mélanges les plus subtils et tout cela ne suscite que l’enchantement des amateurs. 

Documentation : « M. Pastoureau et D. Simonnet : Le petit livre des couleurs – Ed. du Panama – 2005

 Illustrations II :

- ‘Virginia Squire’ (Gaulter – 1973) 
- ‘Paradise’ (Gatty – 1980) 
- ‘Classic Hues’ (Brown O. – 1998) 
- ‘Obi-Wan Kenobi’ (Mahan – 2003)

7.1.13

JE SUIS EN RETARD...

... comme le lapin d'Alice au pays des merveilles ! Mais j'ai une bonne explication : un week-end loin de chez moi. 

Cette semaine on revient au rythme normal; donc, à vendredi.

LA FLEUR DU MOIS

‘ENGLISH COTTAGE’ 

Quand on évoque ‘English Cottage’, on pense immédiatement au mot « parfum ». Car il n’y a pas beaucoup d’iris dont l’odeur soit aussi puissante et agréable. Mais ce n’est pas la seule des particularités de cette variété archi-connue. 

‘English Cottage’ (Zurbrigg, 1976), est d’abord un iris plicata. Cela ne se voit pas du premier coup d’œil, mais il ne faut pas un long examen pour s’en rendre compte : les pétales, qui ont l’air blanc, sont veinés de bleu pâle ; les sépales, sur le fond blanc, ont tout un réseau indigo clair qui va s’intensifiant vers les bords et particulièrement aux épaules. C’est, en fait, le résultat d’un mariage entre une lignée de blancs et une lignée de plicatas : ((Crinkled Ivory x Autumn Sensation) x Grand Baroque) X Cross Stitch. Derrière ‘Grand Baroque’ il y a les iris blancs ‘Henry Shaw’, ‘Cliffs of Dover’, New Snow’. Derrière ‘Cross Stitch’, lui-même plicata, il y a ‘Rococo’, ‘Gibson Girl’, ‘Tiffany’, ‘Blue Shimmer’ etc. 

 C’est aussi un iris remontant, et même à fort pouvoir en ce domaine. Une caractéristique, fortement recherchée par Lloyd Zurbrigg, que l’on retrouve dans sa descendance, notamment chez ‘Immortality’ (1982) ou ‘ Northward Ho’ (1990).

 C’est enfin un iris au parfum puissant et délicieux. 

 C’est ce dernier aspect qui m’a fait m’intéresser à lui. J’avais lu ça dans la liste de Lawrence Ransom, et je le lui ai acheté. Quand je me suis penché pour la première fois, l’année suivante, au-dessus des premières fleurs ouvertes, j’ai pu me rendre compte que Lawrence n’avait pas menti en parlant d’un parfum exceptionnel. Est-ce celui du seringat ? Du chèvrefeuille ? En tout cas c’est quelque chose comme cela. Cela sent le printemps, les soirs paisibles sur les gazons d’avril… Ce n’est pas la lourde odeur sucrée propre à l’iris en général, c’est bien plus délicat. Cela va parfaitement avec cette fleur un peu surannée, maintenant, à la consistance un peu fragile, à la grâce légère et féminine. ‘English Cottage’ n’enthousiasmera pas les amateurs de fleurs somptueuses, mais il plaira à tous ceux qui mettent la délicatesse et la classe au-dessus de tout.

Illustrations : 
- ‘English Cottage’ 
- ‘Cross Stitch’ 
- ‘Crinkled Ivory’ 
- ‘Grand Baroque’ 
- ‘Immortality’

LES DILETTANTES

VI. Valeria Romoli 

C’est, bien entendu, surtout pour le « fun » que Valeria Romoli hybride les iris. Dans son agréable jardin de Florence elle effectue des croisements qui démontrent son savoir et son bon goût. Les juges du Concorso Firenze ne s’y sont pas trompé quand ils ont décerné le Florin d’Or à son ‘Settimo Cielo’ .


· ‘Buongiorno Aprile’
· ‘Celeste Aida’ 
· ‘Settimo Cielo’ 
· ‘Andante con Brio’

IRIS ET COULEURS

I. les couleurs de base 

Cultiverait-on les iris s’il n’y avait pas la couleur ? Sans doute pas ! Car lorsqu’on parle d’iris à une personne, elle évoque presque immédiatement la, ou les, couleurs. Il y a donc une association spontanée entre la fleur et les couleurs qu’elle peut prendre. Ce qu’il y a de curieux, c’est que l’évocation des couleurs de l’iris ne semble pas avoir de lien avec la symbolique attribuée à chaque couleur. Le bleu des iris n’est pas terne, le jaune n’a rien d’infamant, le noir ne signifie pas deuil… Avec les fleurs, celles de l’iris en particulier, les couleurs sont toutes jolies. 

En ce qui concerne les iris, l’intérêt des couleurs est peut-être avivé par le fait qu’il y en a une, deux peut-être, qui n’existent pas ! Chacun sait que l’iris ne fabrique pas le pigment rouge, et la couleur verte n’est pas vraiment présente puisqu’elle ne paraît sur certaines fleurs que de façon très discrète, par introduction de la chlorophylle des feuilles dans les veines de certaines fleurs blanches. De sorte qu’il ne reste que quatre véritables couleurs sur les six dont s’accorde de nos jours à reconnaître l’existence : le blanc, le noir, le vert et le bleu. On vient de constater que les deux autres, le rouge et le vert, ne sont pas vraiment présentes.

 Il s’agit là des six couleurs que les spécialistes prennent en considération. Ce sont celles qui ont un nom spécifique : elles n’ont pas besoin de référent. Pourtant on parle de bien d’autres couleurs ; mais on fait un amalgame entre couleurs proprement dites, et nuances. Les couleurs sont peu nombreuses, les nuances sont infinies, même si l’œil humain n’en distingue qu’environ deux cents (et quand nos ordinateurs ou nos appareils photographiques prétendent nous en offrir des millions, voire des milliards, la surenchère commerciale frise l’imposture.) En plus des six couleurs de base, on peut distinguer les demi-couleurs, qui sont le violet, le rose, l’orange, le marron et, dans une certaine mesure, le gris. Dans tous les autres cas, on parle de nuances pour lesquelles on choisit des noms qui sont plus évocateurs de sensations que de rigueur scientifique. 

 Avec quatre couleurs, donc, et cinq demi-couleurs, on réussit à obtenir l’infinie variété des coloris de nos iris. 

 Le Bleu

 C’est sûrement la couleur la plus répandue chez les iris. Elle est présente dans la plupart des espèces de base qui constituent le cocktail des nos hybrides. C’est, d’ailleurs, la couleur préférée des Occidentaux d’aujourd’hui. C’est peut-être là l’une des raisons de l’intérêt que l’on porte aux iris dans l’Occident. Elle se combine avec toutes les autres et se conjugue à toutes les teintes. Jusqu’à présent personne ne s’en lasse. Chaque année des centaines d’iris bleus – ou mêlés de bleu – sont enregistrés. 

Le Blanc 

Symbole de l’innocence et de la pureté, il n’est pas étonnant que les obtenteurs d’iris aient depuis toujours tenté de le produire, chaque fois encore plus pur, encore plus blanc que blanc. Il est présent en solo, aussi bien qu’en association plus ou moins complexe avec les autres couleurs quelles qu’elles soient. De ce fait il porte sans doute le numéro deux dans l’ordre décroissant de présence chez les iris. 

Le Jaune 

C’est maintenant une couleur pure et éclatante chez les iris modernes. Il a donné tellement de mal aux hybrideurs, entre les années 1920 et 1960, qu’il est maintenant royalement servi dans les programmes d’hybridation. Le côté infamant qu’il a eu longtemps dans notre symbolique, couleur des traîtres, des cocus, … et des juifs dans l’univers nazi, est complètement absent dans l’esprit des amateurs d’iris qui l’apprécient pour son éclat et son brillant. Sans doute, en ce domaine bénéficie-t-il de l’absence du rouge qui tient cette place là où il est présent. 

Le Noir 

Existe-t-il chez l’iris ? On peut peut-être encore en douter puisqu’il n’apparaît pas spontanément dans ses fleurs. Mais il fait des progrès foudroyants depuis une vingtaine d’années et chaque année des iris de plus en plus « noirs » sont mis sur le marché. Les obtenteurs saturent de plus en plus la couleur d’iris bleus ou pourpres, de sorte que le noir est réellement présent sur les sépales de nombreuses variétés récentes. Ce n’est pas son côté lugubre qui fait son succès, mais plutôt son apparence luxueuse et son assimilation à la richesse du velours ou du satin.

 A suivre… 

Illustrations :
- ‘Blue Luster’ (Brown O. – 1973)
- ‘Arctic Age’ (Schreiner – 1999) 
- ‘Dark Passion’ (Schreiner – 1998) 
- ‘Giannutri’ (Gigli – circa 2000)

28.12.12

LES DILETTANTES

V. Jean Ségui 

Le docteur Ségui, gynécologue occitan, a peut-être franchi le pas entre dilettantisme et professionnalisme lorsque, après sa retraite, il s’est entièrement consacré aux iris. Certaines de ses obtentions, comme ‘La Belle Aude’, ont obtenu un vrai succès commercial quand elles sont apparues au catalogue de « Iris de Thau ».

· ‘La belle Aude’ (1982) 
· ‘Sur Deux Notes’ (1981) 
· ‘Doctor Gold’ (1983) 
· ‘Cerdagne’ (1989)

LES SATELLITES

A l’image des Etats-Unis eux même, l’AIS est constituée de sociétés ou d’associations régionales : une structure fédérale, en quelque sorte. Il y a actuellement 22 régions(1) qui peuvent regrouper un certain nombre d’Etats voisins (par exemple la Région 6 rassemble l’Ohio, l’Indiana et le Michigan) soit n’être constituées que d’un seul Etat (c’est le cas de la Région 17 qui ne concerne que le Texas) ; seule la Californie est scindée en deux parties, le Nord qui, augmenté du Nevada et d’Hawaii, forme la Région 14, tandis que le Sud, allié à l’Arizona, aboutit à la Région 15, qui s’est donnée le nom de « Calizona ». A noter que les treize Provinces du Canada, depuis une réforme entrée en application en 2011, sont comme qui dirait annexées aux Etats-Unis pour faire partie des Régions 1 (les provinces maritimes de l’Est), 2 ( le Québec et l’Ontario), 13 (British Columbia et Yukon), 21 (les autres). Enfin Porto-Rico, qui n’est qu’un Etat associé des Etats-Unis, est également absorbé, cette fois par la Région 5. Mais cultive-t-on les iris aussi bien dans le Nunavut qu’aux Antilles ? Chacune de ces Régions est représentée dans le staff de l’AIS par un Vice-Président. A tour de rôle les Régions organisent chaque année la Convention de l’AIS, grand’ messe de l’iris, extrêmement bien fréquentée par les adhérents, à qui traverser l’Amérique du Nord pour se rendre à la Convention ne fait pas peur. 

Chaque Région regroupe les différentes sociétés locales, nombreuses et généralement bien structurées et actives, qui organisent des colloques, des ventes aux enchères, des compétitions de plantes soit vivantes soit en bouquets. Les plus importantes disposent d’un site Internet, voire d’un blog ou d’un compte sur les réseaux sociaux. Ça marche ! D’ailleurs, après de nombreuses années de perte d’effectifs, l’AIS est de nouveau en croissance. 

 Voilà pour l’organisation territoriale de l’AIS. Mais à côté de ces organismes membres à part entière, figurent deux sortes de sociétés satellites, structurée autour d’un thème particulier – soit catégorie d’iris, soit caractère spécifique de certains iris.



 Les sociétés les plus proches de l’AIS (dont on pourrait presque dire que ce sont des franchisées) sont les « AIS Sections ». Elles sont à l’heure actuelle au nombre de neuf. Il y en a six pour des catégories d’iris particulières. Une pour les iris de taille intermédiaire entre les grands et les nains. C’est la « Median Iris Society ». C’est une des plus anciennes sections puisque créée en 1959 et l’une des plus vivantes : elle publie un bulletin spécifique, The Medianite, très apprécié. Autres sections dédiées à une catégorie d’iris, la Society for Siberian Irises (pour les accros aux iris de Sibérie), la Spuria Iris Society, la Society for Japanese Irises ( qui concerne évidemment les iris du Japon), la Society for Pacific Coast Native Irises, pour les iris de Californie, et la Dwarf iris Society qui concerne uniquement les amateurs d’iris nains. Les trois autres visent d’autres centres d’intérêts, que l’on peut qualifier de transversaux. C’est d’abord la Reblooming Iris Society, qui traite de tout ce qui intéresse les iris remontants. Avant d’être une section proprement dite, elle est apparue en 1962 et ce n’est qu’en 1967 qu’elle a pris son statut actuel. Vient ensuite le Species Iris Group of North America (SIGNA) qui date de 1968 et qui est une société de botanique, importante et reconnue comme telle partout dans le monde. Enfin la Historic Iris Preservation Society (HIPS), fondée en 1988, qui s’est donné pour tâche la sauvegarde des anciennes variétés et qui publie deux fois l’an « Roots », un superbe bulletin tout en couleur. 
 
A côté de ces sortes de filiales, on trouve un groupe de trois « Cooperating Societies » qui entretiennent avec l’AIS des relations beaucoup plus subtiles. L’Aril Society International est, comme son nom le laisse entrevoir, une société internationale dédiée aux iris arils, elle a été fondée en 1996 et est dirigée actuellement par un Australien. La Society for Louisiana Irises, elle, s’apparente plutôt à une Section, mais elle a conservé une certaine indépendance, liée à ses origines. C’est une affaire ancienne puisqu’elle a été fondée en 1941. La Tall Bearded Iris Society pourrait aussi être une Section. Son statut actuel est la résultante d’une longue discorde : elle a été fondée en 1998 par des dissidents de l’AIS qui reprochaient à cette dernière de ne pas faire assez de place aux TB, et qui a joué les francs-tireurs pendant une dizaine d’année. Aujourd’hui les querelles sont apaisées et, comme elle est composée essentiellement de gens encore membres de l’AIS, ou d’anciens dirigeants parvenus au terme de leur mandat, elle est à peu près rentrée dans le rang. Son bulletin, « Tall Talk », est l’une des plus belles revues d’iris qu’on puisse trouver. 

La composition un peu complexe de l’AIS résulte de son histoire et de celle des hommes qui l’ont créée. C’est une entreprise importante, animée par des bénévoles, qui a pris une place prépondérante dans le monde des iris dont elle constitue le cœur. 

(1) A l’origine il y avait 24 Régions, mais les Régions 16 et 19 n’existent plus depuis 2010. 

Illustrations :
- « Roots » - bulletin de la HIPS 
- « The Medianite » - bulletin de la MIS 
- « Tall Talk » - bulletin de la TBIS.

21.12.12

LES DILETTANTES

IV. Eberhardt Fischer 

C’est encore un modèle de dilettante. Car, biologiste de profession, il ne consacre aux iris que le temps qui lui reste. Il a réalisé peu de croisement, mais ses obtentions ont attiré l’attention des amateurs allemands. Notamment pour ses iris blancs issus du croisement (Azucena X Leda’s Lover).

· ‘Eismöve’ (1999) 

· ‘Fliederprinzessin’ (1993)

· ‘Helga Maria’ (2004) 

· ‘Olga K’ (1999)

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Keppel 2013 

Les introductions 2013 de Keith Keppel ont été mises en ligne sur son site. Je n'ai pas remarqué de véritable nouveauté, même si 'Art Glass' et 'Cotillon Gown' sont intéressants. Il est vrai qu'on ne peut pas trouver dans chaque fournée une future Dykes Medal !

 http://www.keithkeppeliris.com/gallery.html

L'ÉNIGMATIQUE 'COLOR CARNIVAL'

‘Color Carnival’ (DeForest 1949) est un iris énigmatique. On ne sait pas grand’ chose sur ses origines, ses descendants ne sont pas nombreux, et son coloris est pour ainsi dire unique. Il a fait une très longue carrière commerciale (en France, du moins), et malgré les années il n’a rien perdu de son originalité. Certes, il affiche son âge, avec des pièces florales très peu ondulées, des sépales un peu pendants, avec cette petite échancrure à l’extrémité de la ligne médiane propre aux iris anciens, et ces pétales qui, avec le temps, s’effondrent un peu vers le cœur de la fleur… Mais qu’importe. Son affaire c’est le coloris. Les pétales affichent un rose corail tendre, les sépales, plus ivoire que rose, sont finement veinés de violet améthyste, alors que les bords retrouvent la couleur du fond. La barbe, mandarine, anime joliment l’ensemble.

 Ses origines, comme il vient d’être dit, sont plutôt confuses. On connaît seulement son parent femelle, ‘Spindrift’ (Loomis, 1929), une variété de premier ordre, très largement utilisée par les hybrideurs des années 1950/1960, dont les descendants enregistrés sont au nombre de 70, ce qui en fait une des bases de l’ iridophilie moderne. On sait que c’est un iris rose orchidée (donc avec une pointe de bleu)qui descend lui-même de deux « roses » anciens, ‘Morocco Rose’ (Loomis, 1937) et ‘Seashell’ (Loomis, circa 1925). C’est à ce dernier qu’il faut, semble-t-il, rattacher ‘Color Carnival’. « The World of Irises » dit ceci de ce ‘Seashell’ : « Il a fleuri dans le jardin de P.A. Loomis vers le milieu des années 1920. Petit, d’un coloris rose pâle avec des barbes mandarine, c’est le premier iris rose clair qui, même en bouton, ne montre aucune trace de bleu. » Il n’y a pas beaucoup de photos en couleur de ‘Seashell’. J’en ai trouvé une, il y a plusieurs années et, à bien la regarder, on y trouve quelques veines pourprées qui, s’il n’y a pas de confusion sur le cliché, ouvrent la voie à ‘Color Carnival’.

Quand on a essayé d ‘éclairer les origines, il faut voir les descendants. Ce n’est pas la foule : seulement 17 rejetons connus et enregistrés. Et parmi ceux-ci, bien peu qui aient hérité des traits de ‘Color Carnival’. Il y a ‘Color Festival’ (Perkins, 1953) qui est décrit comme « rose coquillage, fortement strié de violet, bords rose pâle. Le pedigree en est : (GoldenEagle X Color Carnival). Il y a aussi ‘Tangerine Carnival’ (Austin, 1957) qui a grosso modo les mêmes couleurs que le précédent, un peu plus chargé en violet. Et c’est tout ! La descendance directe de ‘Color Carnival’ s’arrête là.

Au cours d’une autre recherche, je suis tombé sur une image de ‘Flora Zenor’ (Sass J. , 1942), et j’y ai vu quelques veines pourpre clair sur le fond des sépales où le rose se change en mauve pâle. Ces traits pourraient venir de ‘Midwest Gem’ (Sass J. ,1937) son possible parent mâle qui, en effet présente des sépales légèrement marbrés de mauve. Malheureusement rien d’autre dans la descendance – pourtant importante - de ces deux variétés ne vient corroborer mes supputations, notamment dans une parenté entre ces deux-là et les géniteurs de ‘Color Carnival’. Le mystère de ce dernier reste toujours entier. 

Pendant un quart de siècle le modèle de ‘Color Carnival’ n’a pas été repris. C e n’est qu’en 1983 que ‘Crowd Pleaser’ (Hamner) lui a redonné une forme de vie. Mais les veines pourpres y sont nettement moins apparentes. Il apparaît cependant que cette variété serait susceptible de transmettre le modèle ‘Color Carnival’. En témoigne ‘Lady Winifred Beardsley’ (Anaya, 1991) et ‘Peach Royale’ (Meininger, 1999) ; le premier sous forme atténuée, le second en plus vif. A la génération suivante, dans la descendance de ‘Peach Royale’, le fond rose se perd, mais les veines pourpres restent. Bref on n’a toujours pas trouvé de succession à ‘Color Carnival’. 

 Allons plus loin, et regardons du côté de la famille Spoon. Cette fois le modèle réapparaît nettement chez ‘Diamond Blush’ (D. Spoon, 1997), même si le pedigree ((Cataldo x Infinite Grace) X Pink Attraction) ne le sous-entend pas. Et de plus il s’est transmis au croisement (Diamond Blush X Chatter) et aux deux variétés qui en viennent : ‘Autumn Rose’ (G. Spoon, 2007) et ‘Autumn Sunrise’ (G. Spoon, 2007). Est-ce une résurgence de ‘Color Carnival’ ou une coïncidence ? Je pencherais pour la deuxième solution. 

 Au hasard de mes pérégrinations parmi les photos d’iris, j’ai découvert ‘Pom Pom Girl’ (L. Miller, 1998) à propos duquel je me suis posé la question « Est-ce un nouveau ‘Color Carnival’ » ? La description qui en est donnée ne le laisse pas supposer, mais sur une première photo, signée Denise Stewart, la ressemblance est troublante, alors que sur une autre elle est beaucoup moins évidente ! Un examen du pedigree (((Coral Magic x Love Sonnet) x Vanity) X Role Model) laisse perplexe. En effet, peut-on dire que ‘Role Model’ ait un peu de l’apparence de ‘Color Carnival’ ? C’est un peu osé, même si la couleur des sépales présente certaines ressemblances ! 

 En fin de compte mes efforts pour rattacher ‘Color Carnival’ à une famille, ou tout au moins à un modèle affirmé n’ont pas abouti. Cet iris reste une énigme. C’est probablement ce qui lui a valu une longue présence dans les catalogues, c’est aussi ce qui contribue à l’intérêt que je lui porte.

Illustrations : 
· ‘Color Carnival’ (DeForest, 1949) ; 
· ‘Tangerine Carnival’ (Austin, 1957 ;) 
· ‘Flora Zenor’ (Sass, 1942) ; 
· ‘Peach Royale’ (Meininger, 1999) ; 
· ‘Diamond Blush’ (Spoon, 1997).

14.12.12

LES DILETTANTES

III. Nina Miroshnichenko (1914/2009) 

Voilà le type parfait de la dilettante. Femme d’officier soviétique, elle n’avait pas besoin de ça pour vivre. De plus, ingénieur agronome de métier, et parlant plusieurs langues, elle pouvait se débrouiller sans problème d’argent. Les iris, les glaïeuls et les lis étaient sa passion, et elle a pratiqué l’hybridation jusqu’à ses derniers jours.

 Voici quatre de ses nombreuses réalisations.





 · ‘Bronzovy Vek’ (1994)
 · ‘Feodor Chaliapin’ (NR) 
 · ‘Nebo Angelov’ (NR) 
 · ‘Zamriyanny Vals’ (1997)

A LA MANIERE DE ...

Amin Maalouf (Le périple de Baldassare) 

 (Pour ceux qui ne connaissent pas : Le héros, Baldassare, commerçant en curiosités dans une petite ville près de Beyrouth, a entrepris de se rendre à Constantinople, accompagné de ses deux neveux, pour se procurer un livre qui l’intrigue. Sur le chemin, il est rattrapé par Marta, une jeune femme qu’il aime en secret mais qui est mariée à un malfrat, et qui va elle-aussi à Constantinople, pour obtenir du sultan l’annulation de son mariage.)


 Journal de Baldassare 
10 septembre 1665

 Maudites soit les femmes qui ne peuvent pas retenir leurs gémissements lorsqu’elles approchent du paroxysme du plaisir ! Dans le khan où nous sommes arrivés hier soir, la nuit ne fut pas paisible pour un voyageur qu’une longue journée de chevauchée avait affaibli et endolori. Marta, allongée à mon côté, elle, a dormi d’un profond sommeil qu’elle a quitté ce matin fraîche et reposée. Je me suis, quant à moi, levé de fâcheuse humeur, et il m’a été pénible de reprendre la route. Notre caravanier, toujours autoritaire et suffisant, nous a expliqué que nous coucherions ce soir sous la tente, à proximité de la grande route entre Alep et Alexandrette. J’aime autant cette situation que l’inconfort d’un khan sans intimité. 

Vers midi nous sommes passés à Antioche. Pour ne pas nous retarder, le caravanier nous a fait contourner la ville par le nord, de sorte que nous n’en avons aperçu qu’une partie des remparts. Il est vrai que notre but n’est pas de visiter les prestigieuses villas romaines ou de retrouver les traces d’Antoine et de Cléopâtre, mais tout de même mes neveux auraient apprécié une courte escale. En fait nous avons tout de même obtenu que nous nous reposions un instant près de la Porte de Saint Paul, le temps de prendre notre repas à l’ombre de quelques pins. 

Plusieurs voyageurs se sont ensuite allongés et assoupis, de sorte que notre déplaisant guide n’a pas osé sonner aussitôt l’heure du départ. Marta a fait partie des dormeurs, mais quant à moi, échauffé par le souvenir de la nuit à l’hôtellerie, je n’arrivais pas à trouver le sommeil. Je me suis donc un peu écarté de la troupe, et j’ai marché sous les vieux murs qui ont connu les combats de l’hiver 1098 et les cris des hommes de Bohémond de Tarente ou de Godefroy de Bouillon. C’est à cet endroit que j’ai fait une découverte dont je dois parler. De loin j’ai aperçu une touffe de fleurs d’un admirable bleu profond. C’était surprenant, dans cette pierraille. En m’approchant j’ai identifié, à l’existence de deux fois trois pétales, une sorte d’iris dont seulement deux tiges se dressaient au-dessus des cailloux. D’ordinaire les iris fleurissent au printemps, mais sans doute les fortes pluies que nous avons connues dans le courant du mois d’août ont-elles trompé la nature et laissé croire à cette plante que le moment de fleurir était revenu. La fraîcheur de ces fleurs dans un endroit aussi minéral et désertique m’a remué le cœur. J’ai pensé à Marta, à sa peau douce et soyeuse, à son regard velouté. J’ai cueilli l’un des iris et je suis revenu, aussi vite que j’ai pu, vers notre campement. Marta était éveillée. Elle riait et plaisantait avec mon neveu Habib. Quand j’ai déposé la tige fleurie sur ses genoux croisés, elle m’a souri de telle façon que j’en fus tout tremblant. Mes sentiments pour elle deviennent chaque jour plus tendres et je crains que ne vienne celui où je ne leur résisterai plus. 


7.12.12

LA FLEUR DU MOIS

‘SHAKER’S PRAYER’ 

Ce n’est pas dans mes habitudes de chroniquer un iris de Sibérie. Une fois n’étant pas coutume, nous allons parler aujourd’hui de ‘Shaker’s Prayer’, l’une des plus jolies variétés de ce type.

‘Shaker’s Prayer (Carol Warner, 1989) est né sur la côte Est des Etats-Unis, dans le Maryland. Son obtentrice ne fait pas partie des stakhanovistes de l’hybridation car son catalogue ne doit comporter de cinq numéros : toujours des iris de Sibérie. En revanche c’est elle qui enregistre et introduit aux USA les variétés d’iris du Japon et de « pseudatas » obtenus au Japon par Hiroshi Shimizu. Avec ‘Shaker’s Prayer’ elle a atteint un certain niveau de célébrité puisque cette variété, remarquée dès son apparition (elle obtient la Walther Cup dès 1992), elle a collectionné les récompenses : HM en 1992, AM en 1994, Morgan-Wood Medal en 96. C’est un parcours éclair qui en dit long sur l’estime que les juges lui ont portée.

La Check-List décrit ‘Shaker’s Prayer’ comme suit :
« Pétales violets ; styles violacés ; sépales jaune d’or aux épaules, devenant blancs au centre, parcouru de délicates veinures lilas, bords violets. Parents inconnus. » C’est cette absence de parenté bien définie qui est le plus ennuyeux car on aurait aimé savoir avec certitude d’où vient une aussi jolie fleur. C’est d’ailleurs probablement la raison pour laquelle sa descendance est restée confidentielle puisqu’il n’y a que deux iris qui avouent leur lien familial avec ‘Shaker’s Prayer’ : ‘Roadside Wonder’ (Ackerman, 2001) et ‘Seneca Butterfly’ (Borglum, 2003). Par dessus le marché, ni l’un ni l’autre de ces deux iris n’a fait une carrière commerciale digne de ce nom.

 La diffusion des iris de Sibérie reste assez faible. C’est pourquoi il n’est pas facile de rencontrer le héros du jour. A noter qu’il est toujours en vente dans la collection de la Maison Bourdillon.

 Les iris de Sibérie ne se collectionnent guère comme les iris de jardin. En revanche, au bord d’un bassin ou d’une mare, leur présence est quasiment indispensable pour un décor agréable. Je l’ai, pour ma part offert à une personne de mon entourage qui venait de créer dans son jardin une mare rustique, à l’abri d’un vaste noyer. Il est toujours là et chaque printemps j’ai le plaisir d’aller l’admirer. Pensez-y si vous songez à créer un point d’eau dans votre jardin, comme c’est actuellement la mode. Dans ce cas ‘Shaker’s Prayer’ à toute sa place chez vous.


Illustration : 
‘Shaker’s Prayer’ (photo par Lawrence Rettig).

LES DILETTANTES

II. Cedric Morris (1889/1982) 

En tout premier lieu peintre britannique de réputation internationale, Cedric Morris avait aussi une passion pour l’horticulture et, d’ailleurs, il vécut les 50 dernières années de sa vie à la campagne, en particulier dans son château de Benton End, dans le Suffolk. En plus des iris, il se consacrait aux pavots d’orient, aux géraniums vivaces, aux narcisses et à quelques autres plantes d’ornement.





· ‘Edward of Windsor’ (1945) 
· ‘Benton Daphne’ (1946) 
· ‘Benton Judith (1958) 
· ‘Benton Pearl’ (1949)

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Cadeau empoisonné 

 Dans la dernière livraison du Bulletin de l’AIS, Barry Blyth, le fameux hybrideur australien, donne une série de judicieux conseils. Parmi ceux-ci, il en est un à propos des noms qui peuvent être donnés à de nouvelles variétés : 
« Le bon nom à donner à un iris peut contribuer pour moitié dans le succès international d’une variété. Evitez, si possible de lui donner le nom d’une personne amie. Si vous êtes amené à utiliser le nom d’une personne, choisissez de préférence un nom familier, pas un surnom. Evitez l’usage de noms des personnes. Les surnom comme les noms de personnes tuent souvent la popularité. J’ai en ce domaine l’expérience de plus de cinquante ans dans la gestion d’une pépinière. Par dessus le marché, si vous utilisés le nom d’un ami, et qu’après plusieurs années vous décidez que la variété n’a plus de raisons de la conserver, qu’allez-vous raconter à votre ami ? Et c’est un risque qui n’est pas négligeable dans un monde où apparaissent chaque année plus de 1200 variétés nouvelles : la vie d’un nouvel iris est souvent très courte. »