17.4.15

MONSIEUR VARIEGATA

Si Keith Keppel s'est lui-même attribué le surnom de M. Plicata, ce qu'il mérite absolument, peut-être pourrait-on conférer celui de M. Variegata à Michael Sutton. En effet, d'année en année, cet obtenteur californien semble se spécialiser dans les iris variegatas. D'une façon générale j'ai l'impression que le modèle variegata, avec les multiples variantes que l'on est parvenu à lui donner, a repris depuis quelques années un côté « tendance » qu'il avait quelque peu perdu.

Dans « The World of Irises », à la différence de ce qui est fait pour les amoenas, il n’y a pas à proprement parler de développement concernant les iris variegatas tels que nous les évoquons, c’est à dire ces iris aux pétales dans les tons de jaune, au-dessus de sépales dans les tons de brun, de bleu ou de violet. Leur problématique est traitée au chapitre des bicolores, tout simplement. Pourtant, entre 1900 et 1950 les variegatas se sont multipliés, évoluant dans quatre directions : vers des sépales très foncés ; vers des teintes plus brunes aux pétales ; vers des sépales où le violet s’affirme à côté du brun-rouge ; mais aussi vers des tons pastel, où le jaune devient primevère et le violet mauve tendre. Qu'ils soient des variegatas à sépales brun-rouge ou des variegatas à sépales violets, tous découlent d’une même base, mais pour obtenir la combinaison jaune/mauve ou violet les hybrideurs des années 60 ont associé le modèle amoena au modèle variegata de base.

 Michael Sutton est parti de ce constat pour établir sa ligne personnelle de variegatas. Son but, qui est aussi celui de quelques autres hybrideurs engagés dans la même direction, était bel et bien d'ajouter quelque chose au modèle variegata classique, non seulement en jouant d'abord sur l'association jaune/ mauve, puis en créant des variations dans la couleur mauve des sépales, soit en ajoutant un liseré plus ou moins brun sur la bordure, soit en créant une zone blanche autour des barbes. Il a essayé plusieurs solutions, dont certaines se sont révélées très encourageantes.

Pour faire simple, disons que pour une première approche il a associé une base amoena façon 'Emma Cook', donc blanc avec un bord des sépales bleu, plus ou moins large, et un modèle variegata, en l’occurrence où le mauve des sépales était déjà installé, c'est à dire descendant de 'Edith Wolford'. Le premier résultat valable qu'il ait mis sur le marché a été 'Mountain Sunrise' (2006). Le pedigree de ce variegata est (Seakist X Tropical Delight) : Le rôle de 'Emma Cook' y est tenu par 'Seakist' (Schreiner, 1997), celui de 'Edith Wolford' par 'Tropical Delight' (M. Sutton, 2001). Il faut bien chercher pour retrouver 'Edith Wolford' derrière ce variegata assez classique (si ce n'est qu'il a des éperons) mais il se trouve deux générations en avant ; en fait, de plus, 'Edith Wolford' figure aussi dans le lignage de 'Seakist'. Ce 'Mountain Sunrise' est décrit comme « pétales vert jaunâtre, sépales violet, veinés de jaune, liseré jaune pâle, spot blanc autour des barbes jaunes ».

 Michael Sutton a compris le parti qu'il pouvait tirer de cette variété qui était sur la voie de ce qu'il voulait faire. Il a réalisé au moins sept croisements différents où 'Mountain Sunrise' apparaît comme parent mâle. L'un est ((Mother Earth x Soaring) X Mountain Sunrise). Cela a donné 'Boundless' (2009) chez qui la teinte des sépales est très pâle (presque blanche) et ne se colore vraiment que vers le bord qui est franchement indigo. Un autre se présente comme ((Connie Sue X Ghio 98-3F) X Mountain Sunrise). Celui-là a fourni deux variétés enregistrées : 'Battle of the Bands' (2010) et 'Twin Cities' (2011). Le second est tout à fait conforme au projet, le premier est nettement plus rouge, mais, à mon goût, bien plus beau. Le troisième croisement, (Bold Vision X Mountain Sunrise), est à l'origine de 'Autumn Ring' (2009) qui est très voisin de 'Boundless', cité ci-dessus, mais le liseré en est plus nettement amarante. Avec le quatrième croisement, ((Conjuration x Connie Sue) X Mountain Sunrise), Michael Sutton a obtenu 'Bahia Cooler' (2011), chez qui le jaune est considérablement atténué sur les pétales, tandis que les sépales conservent la coloration caractéristique. Cinquième croisement : (Chasing Rainbow X Mountain Sunrise). Cela a donné 'Broad Minded' (2010), plus classique, en jaune/améthyste. Sixième tentative, ((Connie Sue x Applause Line pollen parent) X Mountain Sunrise) = 'Cold Fusion' (2010), qui se présente de façon vraiment spéciale, avec des pétales blancs fortement veinés de jaune, et des sépales dont la couleur dominante est un bleu violacé sombre qui s'éclaircit vers le centre jusqu'à devenir parfaitement blanc sous les barbes jaunes, et prend une teinte beige isabelle sur le liseré extérieur. Il existe enfin un septième croisement, plus compliqué, mais qui a abouti à peu près au même résultat avec 'Above the Rim' (2010) et qui s'écrit (((World Premier x High Point) x (Prince George x Flight Commander)) X Mountain Sunrise). La présente moisson est intéressante, mais 'Mountain Sunrise' n'est pas la seule souche utilisée par M. Sutton.

 Une autre source vient de 'Claim Jumper' (2007) dont le pedigree est ((Seakist x Aaron's Rod) X Snowed In). On y retrouve 'Seakist', mais uni cette fois à l'amoena très contrasté 'Snowed In' (Ghio, 1998) façon 'Slovak Prince'. 'Claim Jumper' est rutilant : pétales d'or pur, sépales bordeaux veinés d'or sous les barbes et bordés de brun isabelle. Pas tout à fait dans la formule recherchée mais qui ouvre certaines possibilités. (Special Blend X Claim Jumper) a donné 'Fusion' (2009), l'un des plus réussis de la bande, avec des pétales jaune vif s'éclaircissant vers la pointe, et des sépales pourprés, devenant jaunes sous les barbes jaunes (avec un petit spot blanc, en plus) puis s'ourlant de bleu clair. (Claim Jumper X Spot-on) a donné naissance à 'Bold Move' (2008), fortement coloré, où les pétales sont jaunes, bien sûr, et où les sépales associent quatre couleurs : le jaune, sous les barbes, puis le blanc, au centre, puis le violet pourpré, et enfin le brun fumé, dans le contour. 'Definition' (2011) est la suite du précédent, à la génération suivante : le jaune y est moins présent, au bénéfice du blanc ; le violet y est plus clair, et le bord brun plus large.

'Point of No Return (2010) relève d'une autre recherche. Les « associés » sont ((Grand Circle x Futuriste) X Fall Enterprise), et le produit, un iris aux pétales jaunes éclaircis au bord, et aux sépales quadricolores (jaune aux épaules, blanc sous barbes, violet ensuite, puis grenat sur uns large bordure.

 Pour terminer ce tour d'horizon sur le travail de Michael Sutton, parlons des croisements faisant appel au couple (Barbara my Love x Bride's Blush), en association – ou non – à ((Seakist x Snowed in) x Spot on). 'Adventurous' (2009) et 'Bandwidth' (2009) en sont issus. L'un et l'autre déclinent les mêmes associations de couleur, mais n'ajoutent rien, en réalité.

 Ces variétés brillantes apportent véritablement un renouveau d'originalité dans le domaine des variegatas. En 2015 leur obtenteur a poursuivi son travail. Au moins quatre nouveautés sont apparues. Mais il est trop tôt pour en parler car, à l'heure de la rédaction de ce sujet, les pedigrees n'avaient pas encore été publiés. Cela fera l'occasion de revenir pour en parler dans quelques semaines.

 Illustrations : 

'Mountain Sunrise'


'Claim Jumper' 


'Fusion' 


'Point of No Return'

11.4.15

S'IL N'EN FALLAIT QU'UNE …

S'il n'en fallait qu'une, laquelle prendrai-je ? Je me suis posé cette question en consultant ma photothèque pour rechercher les illustrations destinées à un récent article. Le feuilleton des prochaines semaines présentera certaines des photos que je trouve bien réussies. Ce ne sont que des photos d'identité, certes, mais elles peuvent tout de même êtree bien jolies, et leurs réalisateurs ont eu de la chance (pour ce qui me concerne), mais peut-être aussi... du talent (chez les autres) ! 

Cinquième semaine : de Q à T 


'Quaker Lady' (Farr, 1909) (photo de Heidi Soroken – Greenorchid) 


'Ransom Note' (Ghio, 2000) (photo de Heidi Soroken) 


'Sardane' (Dauphin, par Dejoux, 2008) (photo S. Ruaud) 


'Torrent de Soleil' (Cancade, 2011) (photo S. Cancade)

10.4.15

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Renaissance (une autre !)

Ceci est l'image que l'on découvre quand on va sur le site de « Iris au Trescols », la pépinière de Lawrence Ransom. Qui ne se réjouirait pas de constater qu'un aussi talentueux hybrideur revienne dans le petit monde des iris. Attendons de voir ce qui va nous être proposé et souhaitons que cela dure !

DÉFILÉ DE MODE

C'est un peu comme dans la haute couture : en janvier et février, les obtenteurs et les producteurs d'iris présentent leurs créations (ou nouveautés) de l'année, et les fans guettent sur Internet l'apparition des catalogues. Le coup d'envoi est donné par les Américains, les Européens suivent immédiatement. Et comme dans la mode, les exégètes définissent de nouvelles tendances, parlent des nouvelles couleurs et de l'évolution des formes de fleurs. On ne voit pas encore des mannequins défiler en portant les nouvelles variétés, mais les photographies présentées sont de plus en plus raffinées – et fréquemment retouchées – pour donner de la fleur la présentation la plus alléchante.

 Aux États-Unis, où le top de départ a été donné, les nouveautés sont si nombreuses qu'on ne sait pas par quel bout commencer. Prenons l'ordre de prolixité. Les plus nombreuses se trouvent chez Black et Johnson. Pas moins de 55 nouveaux iris dont seulement (si l'on peut dire) 24 grands TB. C'est ahurissant ; d'autant qu'à voir les photographies, il n'y a pas l'air d'y avoir de « nanards » : rien que de superbes fleurs, majestueuses, des variétés bouillonnées, d'autres plutôt « tailored »(1), bref il y en a pour tous les goûts. Rien que parmi les TB, il y a forcément des doublons (même si l'on ne trouve pas de véritables jumeaux homozygotes). J'ai noté la présence de quatre iris roses, trois plicatas jaune/violet et un jaune/ brun mordoré, trois amoenas, trois blancs, trois mauves ou violets... A noter la présence d'un iris plat, c'est à dire se présentant à la façon des iris du Japon. Il paraît que le goût pour ce type de fleur va croissant...

Après ces champions vient la vieille maison Schreiner qui, pour la seconde fois, s'éloigne de son nombre annuel fétiche de nouveautés qui était de 15 ou 16 depuis de nombreuses années, pour atteindre cette fois 22 variétés dont 5 naines, ce qui est révolutionnaire pour cette entreprise. Là aussi, rien que des fleurs magnifiques, avec cette ampleur et cette perfection de forme qui est une marque de fabrique. C'est Bruce Filardi qui occupe la troisième marche du podium en présentant 18 nouveaux iris dont 16 TB. Avec cet obtenteur les amateurs français se montrent réticents en souvenir d'un achat groupé, il y a quelques années, servi avec beaucoup de légèreté. Pourtant les plantes de cette années semblent sur le papier belles et bien venues. La pépinière Commanche Acres, de la famille Hedgecock, propose 13 iris du nouveau millésime. A noter la présence de quatre amoenas bleus... Superstition Iris Garden (Duncan et Tasco) aligne 9 iris dont seulement 4 TB. Ex-aequo il y a Keith Keppel qui se contente aussi de neuf variétés et qui poursuit cette année une sorte de retraite, du moins pour ce qui est de la commercialisation de ses obtentions. Hugh Stout a inscrit 8 nouveautés à son catalogue, dont, il faut le signaler, quatre sont des variétés françaises signées de Michèle Bersillon : de belles fleurs mais qu'on n'a pas le droit de montrer... Au nord de San Francisco, dans la Napa Valley, les Painter offrent 7 TB nouveaux ce qui montre que tout le monde n'est pas atteint par l'obsession du nombre. Ce premier tour d'horizon se terminera par les 2 nouvelles fleurs de la famille Jedlicka. Au moment où cet article est rédigé, les autres obtenteurs ou producteurs n'ont pas terminé la préparation de leurs catalogues. Il faudra y revenir.

Peut-on, comme les exégètes de la mode, tirer des tendances de cet étalage de nouveautés ? C'est bien difficile car on peut trouver de tout, avec pas mal de distallatas et de luminatas, modèles qui sont aux premiers rangs depuis plusieurs années maintenant. Les amoenas inversés n'ont pas encore dit leur dernier mot, et les variegata, longtemps en perte de vitesse, reviennent au goût du jour. La tendance à l'inflation, du moins pour ce qui est de quelques catalogues cités, n'affecte plus guère que les deux premier, Mid-America et Schreiner. Il est encore trop tôt pour dire s'il s'agit d'une situation durable, mais il serait tout de même souhaitable qu'il en soit ainsi car la multiplication à l'infini des nouveaux iris est une attitude que je déplore.

Nous en resterons là pour cette semaine ; la prochaine fois nous ferons le tour des obtenteurs européens, lesquels, on peut déjà l'affirmer, ne s'en laissent pas compter !

Illustrations : 


'Born This Way' (Black P. , 2015) 

'Waves of Joy' (Tasco, 2015) 


'Minnesota Nice' (Worel, 2015)


'Painted Shadows' (Keppel, 2015)

3.4.15

EXTRAVAGANT (FLEUR DU MOIS)

Les iris hauts en couleur sont indispensables au jardin pour créer des points de fixation du regard. C'est ce pourquoi j'ai voulu me procurer 'Extravagant' (Hamblen, 1982), il y a déjà longtemps, pour ce qui fut le troisième site de mes iris. Je crois que c'était en 1989. A cette époque ma collection était en pleine expansion. Elle s'enrichissait d'année en année grâce aux achats divers que je faisais, mais surtout grâce aux échange que j'avais mis en place. Un petit groupe de collectionneurs s'était formé – avec le soutien mollement assuré de la SFIB – au sein duquel la collection réunie par l'un passait peu à peu chez les autres. Pour que cette politique soit efficace il ne faut pas hésiter à mettre au pot chaque année un certain nombre de nouveautés qui, quelques années plus tard, viendront enrichir l'offre. C'est ainsi qu'un collectionneur, restaurateur dans la région de Pau, m'a fourni cet 'Extravagant' que je convoitais.

'Extravagant' est officiellement décrit comme : « S. red purple (RHS 72C); F. slightly lighter, lightening toward center and darkening toward edge, laced and ruffled; cerise beard. » Soit, en français : « Pétales rouge pourpré ; sépales légèrement plus clairs, s'éclairant vers le centre et s'assombrissant vers les bords, dentelés et ondulés, barbe cerise. » On est bien en face d'un iris de couleur éclatante, particulièrement agréable à voir et, ce qui ne gâte rien, plutôt solide et poussant facilement. Les juges américains ont été d'accord pour lui reconnaître des qualités éminentes puisqu'ils lui ont accordé le HM dès 1985 et l'AM en 1989, allant jusqu'à le propulser à la conquête de la Médaille de Dykes, qu'il a ratée de peu en 1991. Je n'ai jamais regretté cette acquisition.

Cet iris pourpre clair est le fruit d'un croisement (Lilac Flame X Glory Bound ) dans lequel 'Lilac Flame' (Hamblen, 1978) apporte une note rose orchidée tandis que 'Glory Bound' (Nelson, 1978) ajoute un peu de profondeur avec un coloris plus vif et plus bleuté enrichi d'une barbe minium. 'Lilac Flame', pur produit d'une lignée défendue depuis longtemps par Melba Hamblen, a pour parents le rouge brique 'Pretty Nancy' (Hamblen, 1974) et le célèbre rose 'Pink Sleigh' (Rudolph, 1970), lui-même descendant de la Médaille de Dykes 'Pink Taffeta' (Rudolph, 1968). 'Glory Bound', très apprécié en France, et très longtemps au catalogue Cayeux, a pour origine 'Meggie' (Gaulter, 1969), élément important de la lignée des fameux mauves de Gaulter. Toutes ces variétés font partie de la classe VIP de leur époque. Il n'est donc pas étonnant que 'Extravagant' en soit l'une des meilleures.

On lui connaît officiellement trente-deux descendants enregistrés. Aux États-Unis, bien sûr, où l'excellent Paul Black en a fait plusieurs fois l'usage, en Nouvelle-Zélande, en France aussi – le 'Rouge Gorge' (2000) rutilant de Richard Cayeux est un de ses descendants – mais surtout en Europe de l'Est où il a fait son apparition dès la fin des restrictions d'importation à la fin des années 1980 et où on trouve sa trace chez Zbigniew Kilimnik et Lech Komarnicki en Pologne, chez Ladislaw Muska en Slovaquie et chez Zdenek Seidl et Josef Dudek en République Tchèque. Un de ses enfants, doré, 'Podzni Leto' (Seidl, 1997) l'a rejoint dans mon jardin il y a quelques années. Il a légué à sa descendance essentiellement sa vive couleur pourprée comme on la retrouve chez 'Bella Venezia' (Komarnicki, 2003).

Il faut de tout pour faire un monde, il faut aussi de tout pour faire une belle collection d'iris, c'est pourquoi 'Extravagant' à la vibrante couleur rouge, se fait toujours remarquer lorsqu'il déploie ses corolles impeccables parmi les autres iris qui fleurissent avec lui.

Illustrations : 

'Extravagant' 

'Glory Bound' 


'Podzni Leto' 


'Bellla Venezia'

S'IL N'EN FALLAIT QU'UNE …

S'il n'en fallait qu'une, laquelle prendrai-je ? Je me suis posé cette question en consultant ma photothèque pour rechercher les illustrations destinées à un récent article. Le feuilleton des prochaines semaines présentera certaines des photos que je trouve bien réussies. Ce ne sont que des photos d'identité, certes, mais elles peuvent tout de même êtree bien jolies, et leurs réalisateurs ont eu de la chance (pour ce qui me concerne), mais peut-être aussi... du talent (chez les autres) ! 

Quatrième semaine : de M à P 

'Magical Encounter' (Schreiner's , 1999) (photo S. Ruaud) 


'Noble Gesture' (Keppel, 2009) (photo Kent Pfeiffer) 


'Obsessed' (B. Blyth, 2010) (photo de Robert Piatek) 

'Palace Symphony' (B. Blyth, 2006) (photo de Betty Jacobs)

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Renaissance 

Iris en Provence annonce l'enregistrement par Marin Le May (fils de Laure Anfosso) de trois variétés de grands iris. Trois fleurs foncièrement différentes les unes des autres, dont un amoena blanc/noir apparemment très élégant. Après une aussi longue absence, il est réjouissant de voir renaître une entreprise qui a donné tant de bonheur au monde des iris. Souhaitons un plein succès à Marin Le May : bon sang ne saurait mentir.

06-77 : UN MARIAGE PROLIFIQUE

En croisant 'Silk Road' (2007) et 'Roaring Twenties', (2009) Keith Keppel avait-il une idée de ce qui l'attendait ? Quand on connaît l'homme on peut bien se douter qu'il songeait à quelque chose, mais il a bien du être étonné quand il a vu le résultat !

Le croisement, comme l'indique son numéro, date de 2006, c'est à dire avant même l'enregistrement des parents. Cela peut paraître ancien, mais dans le cas présent cela n'est pas extraordinaire, car Keppel, en vieux briscard à qui on ne la fait plus, ne s'emballe plus (ou moins!) et prend le temps de jauger méticuleusement chacune des plantes qu'il crée. C'est un grand sage qui a conscience qu'un nouvel iris est une plante qui a vocation à exister pour l'éternité, et que, lorsqu'on met au monde quelque chose qui, en théorie, n'aura pas de fin, on doit être humble, mais sûr de soi.

 'Silk Road', la mère, est un variegata bleu, frère de semis de 'Bollywood', qui réunit 'Lydia Safan-Swiastyn' (Jameson, 1999) et le célèbre 'Sea Power' (Keppel, 1999). Le premier est un variegata bleu et le second un unicolore bleu ; que ce croisement ait donné naissance à un variegata n'est donc pas une surprise. C'est aussi une variété excellente à tous points de vue, couronnée à Florence en 2011. 'Roarng Twenties' est un bicolore beige et pourpre, abondamment bouillonné comme son parent 'Decadence', plusieurs fois utilisé par Keith Keppel dans ses croisements contemporains. Un tel croisement était manifestement destiné à produire des variegatas ou, occasionnellement, des amoenas, avec des sépales dans les tons de bleu. C'est effectivement ce qu'il a donné.

A l'heure actuelle on en est à sept variétés retenues et enregistrées et une autre, sélectionnée pour un jour prochain. Pour un mariage prolifique, on est vraiment devant un mariage prolifique ! A noter que depuis quelques années, ce genre de résultat est de plus en plus fréquent : La richesse des sélections a abouti à des cultivars modernes dont les qualités sont telles que leurs descendants sont le plus souvent des plantes magnifiques parmi lesquelles il est difficile, voire cruel, de faire un choix. D'où la prolifération actuelle d'enregistrements qui donne parfois l'impression que les hybrideurs ne sont plus capables de choisir ! Cette parenthèse fermée, revenons à notre sujet.

La première variété retenue et mise sur le marché a été 'Dancing Days' (2012), qui porte le numéro 06-77 M. Son obtenteur le décrit, avec son lyrisme coutumier, comme :  « Pétales de blanc huître à jaune pâle, sépales d'un violet sacerdotal bordés de mauve verveine. » Il est ondulé et bouillonné sans excès.

 En 2013 ce sont deux membres de la fratrie qui ont été présentés : 'Gambling Man' (06-77 A) et 'Wishes Granted' (06-77 X). La description du premier donne ceci : « Vif contraste entre les pétales, ondulés, d'un jaune moyen, et les sépales légèrement recourbés, d'un bleu situé entre lobélia et aconit. Le bord des sépales pâlit jusqu'à montrer un mélange de beige et de chartreuse. » Celle du second se complète d'un petit commentaire : « Il y a plein de jolies fleurs qui proviennent de ce croisement mais nous espérions en trouver une comportant le facteur mandarine. Et notre vœu a été comblé ! Des pétales beige rosé, des sépales recourbés d'un riche bleu-violet lobélia qui pâlit avec l'âge vers les bords et aux épaules. (...) » C'est, à mon avis, celui dont la fleur est de la forme la plus traditionnelle.

L'année 2014 est celle de l'enregistrement d 'un commando de quatre nouveaux iris  décrits ci-dessous dans l'ordre alphabétique :

'Billowing Waves' (06-77 W) : « Les pétales couleur d'écume de mer bleutée s'élèvent au-dessus de sépales largement ondulés bleu pourpré avec un liseré plus pâle. Cela fait penser au gonflement et à la chute de l'eau de l'océan (...) » ;
'Espionage' (06-77 F) : « Le bleu clair des pétales est masqué par une plage centrale d'un beige doux et ocré. Les sépales d'un riche bleu lobélia, beaucoup plus sombre au centre et avec un aspect velouté, pâlissent jusqu'au bleu clair dans la partie inférieure. De chaque côtés de la barbe bleu sombre devenant jaune d'or au cœur, on trouve une empreinte allant du vert olive au brun fauve avec quelques veines blanches ». La fleur est abondamment bouillonnée, peut-être trop au goût de certains ;
'Painted Shadows' (06-77 DD) : « Variegata aux superbes ondulations avec des pétales jaune soufré et cuivré (l'intérieur des côtes prend des teintes fauves) et des sépales arqués allant du pourpre mûre au violet pétunia. Au fur et à mesure que les fleurs prennent de l'âge, le liseré gris perle des sépales s'étend et des veines pâles apparaissent à l'intérieur de la fleur ; peu à peu le pourpre vif central s'évanouit, ne laissant qu'une petite plage auprès des barbes jaune cuivré » ;
'Swedish Lullaby' (06-77 C) : « Séparation nette entre jaune et bleu, les couleurs qui rappellent celles du drapeau suédois. Pétales jaune entre jaune citron et jaune de chrome, sépales bleu lavande avec une imperceptible trace de jaune citron de chaque côté des barbes gris orangé. Une fleur ondulée, joliment colorée. ».

 Il reste encore un frère de semis en attente : 06-77 D, qui n'a pas encore reçu de nom, mais que Keppel présente comme « assez semblable à 'Espionage' ».

 Tous ces iris ont indéniablement un air de famille. Un jour Jean Ségui me disait que chez les iris, c'est comme chez les humains, parmi les enfants, il y des familles où ils se ressemblent tous, d'autres où ils sont complètement différents. Il ajoutait que c'est sans doute cette proximité entre humains et iris qui fait que les obtenteurs ont tant de mal à sacrifier les semis qui ne sont pas parfaits : on s'attache à ses enfants, même s'ils ne sont pas exempts de défauts !

 Le cas du semis Keppel 06-77 est emblématique de ce qui se passe à l'heure actuelle chez beaucoup d' hybrideurs : les résultats obtenus sont tellement bons que des séries de frères de semis vont être enregistrés, enflant le nombre des nouveautés mises sur le marché, avec l'inévitable perspective qu'un grand nombre de ces nouveaux iris n'ait qu'une existence fort éphémère...

Illustrations : 


 'Roaring Twenties' 


 'Dancing Days' 


 'Gambling Man' 


'Swedish Lullaby'

27.3.15

A PROPOS DE « JE T'AIME, MOI NON PLUS »

La teneur du sujet de la semaine dernière, « Je t'aime, moi non plus », n 'a pas été du goût de tout le monde.

J'ai reçu du Président de la SFIB le message suivant :
« Comme je l’ai expliqué dans les commentaires de ton article, la SFIB a d’excellents rapports avec les grands professionnels. Tu souhaiterais qu’ils commercialisent des créateurs français, ils y sont favorables ; j’ai demandé aux hybrideurs amateurs de contacter ces professionnels, très peu l’ont fait, donc je pense que les responsabilités ne sont pas du coté des 4 grandes pépinières françaises.  Richard Cayeux n’est pas opposé à cette possibilité de même que Iris du Quercy. Déjà Iris en Provence a une collection d’iris miniatures de Loïc Tasquier à son catalogue, Iris Bourdillon a en culture un semis de Jean Claude Jacob qui sera au catalogue prochainement, Pascal et Nicolas Bourdillon visitent régulièrement les jardins des hybrideurs amateurs français.  La machine est en route pour l’apport de créateurs amateurs français aux catalogues professionnels, mais il faut un peu de temps. Je vais m’employer davantage à les mettre en relation».

C'est, en quelque sorte, la confirmation de la conclusion de mon article qui était : "En France, si certains se plaignent, il faut reconnaître que grâce aux efforts des dirigeants actuels de la SFIB les intérêts des uns et des autres peuvent être considérés comme en train de se rapprocher. La publication par le président lui-même des photos des dernières créations Cayeux en est une démonstration. C'est ce que l'on peut espérer de meilleur."

S'IL N'EN FALLAIT QU'UNE …

S'il n'en fallait qu'une, laquelle prendrai-je ? Je me suis posé cette question en consultant ma photothèque pour rechercher les illustrations destinées à un récent article. Le feuilleton des prochaines semaines présentera certaines des photos que je trouve bien réussies. Ce ne sont que des photos d'identité, certes, mais elles peuvent tout de même êtree bien jolies, et leurs réalisateurs ont eu de la chance (pour ce qui me concerne), mais peut-être aussi... du talent (chez les autres) ! 

Troisième semaine : de I à L 

'I Feel Lucky' (T. Johnson, 2006) photo de Heidi Soroken (Greenorchid) 

'Je t'Aime' (Gartman, 1990) (cliché extrait du catalogue ancien Roris Garden) 


'Kilt Lilt' (J. Gibson, 1970 - DM 76) (Photo de Kent Pfeiffer) 


'Landgräfin Elizabeth' (Landgraf, 2007) (photo de Sylvain Ruaud, prise au jardin Tecomah à Jouy en Josas)

ECHOS DU MONDE DES IRIS

De Pologne 

Décidément la Pologne est en passe de devenir le plus iridophile des pays européens. Après le projet de Lech Komarnicki d'écrire un nouvel ouvrage de fond sur les iris rhizomateux et le monde des iris, voici que Robert Piatek, autre personnage de l'hybridation des iris, vient de produire un livre dont le titre est « Ajrysy, Druga Strona Tęczy », que l'on peut traduire par « Iris, de l'autre côté de l'arc-en-ciel ». Je vais essayer de me le procurer.

HELEN REYNOLDS : celle qui sauva la collection Sass

Le dernier bulletin de l'AIS nous a appris la mort d'Helen Reynolds, à l'âge de 102 ans. Dans le monde des iris elle était essentiellement connue pour, avec un autre passionné, John Owl, sauvé de la disparition l'incroyable collection d'iris des frères Sass. Implantée à Omaha, dans le Nebraska, elle était un grave danger quand Henry Sass est décédé, en 1954.

 Il y avait déjà quelques années qu'Helen Graham (le nom de son premier mari) s'intéressait aux iris. Elle et son époux tenaient depuis longtemps une grosse épicerie dans la ville d'El Dorado, Kansas, et ils demeuraient un peu à l'écart de la ville, sur une grande propriété, où elle avait aménagé un beau jardin dans lequel poussaient lilas, pivoines et hémérocalles. Y ajouter des iris allait de soi. Mais Madame Graham ne se doutait pas qu'elle serait à ce point conquise par ses nouvelles fleurs.

 Quand elle a connu la disparition de Henry Sass, dont elle connaissait l'immensité du travail d'hybridation, elle fit tout son possible pour que toutes ces fleurs (celles qui étaient déjà enregistrées et celles qui étaient encore en observation) ne soient pas abandonnées. Avec son ami Owl elle les fit transporter chez elle à El Dorado et poursuivit le travail du dernier des Sass. C'est ainsi qu'on lui doit, entre autres, l'enregistrement et l'introduction de 'Tea Apron', une variété qui allait faire les beaux jours de Keith Keppel, avec le fameux croisement (Irma Melrose X Tea Apron). 'Tea Apron' est un plicata « léger » enregistré en 1960 par Helen Reynolds sans que l'on connaisse précisément ses origines. Cependant on sait qu'il s'agit du point d’achèvement d’une lignée dont les éléments de base se nomment 'Blue Shimmer' et 'Minnie Colquitt'. Le caractère plicata y est concentré sur le haut des sépales. Son importance pour tout le travail de K. Keppel est considérable et on peut dire que c'est Helen Reynolds qui en est à l'origine.

En dehors de ce haut fait d'arme Mme Reynolds (c'est le nom de son second mari, épousé en 1965 après le décès de Clyde Graham, le premier), très impliquée dans le microcosme américain des iris, a poursuivi un certain travail d'hybridation, de la fin des années 1930 au début des années 1970, concernant la plupart des catégories. Elle n'a jamais fait de miracle, mais ses obtentions, une vingtaine en son nom propre, une cinquantaine si l'on compte celles enregistrées sous le nom de « El Dorado », ont toujours reçu un bon accueil, même si, de nos jours, elles sont assez oubliées. Les images ci-dessous en sont quelques exemples.

 Illustrations : 



 'Kansas Kid' (1971) BB 


 'Pink Tiger' (1964) TB 


 'Tea Apron' (1961) TB 


 'Warlock' (1963) TB

20.3.15

S'IL N'EN FALLAIT QU'UNE …

S'il n'en fallait qu'une, laquelle prendrai-je ? Je me suis posé cette question en consultant ma photothèque pour rechercher les illustrations destinées à un récent article. Le feuilleton des prochaines semaines présentera certaines des photos que je trouve bien réussies. Ce ne sont que des photos d'identité, certes, mais elles peuvent tout de même être bien jolies, et leurs réalisateurs ont eu de la chance (pour ce qui me concerne), mais peut-être aussi... du talent (chez les autres) ! 

Deuxième semaine : de E/F/G/H 

- 'Everything Plus' (Dave Niswonger, 1984 – DM 91 ) photos de Sylvain Ruaud ; 

- 'Fit for a King' (Schreiner's, 2006) cliché de Christine Cosi ; 


- 'Gitta' (Manfred Beer, 1992) photo de Sylvain Ruaud ; 


- 'Honky Tonk Blues' (Schreiner's, 1988 - DM 95) cliché de A. Bettinelli.

JE T'AIME MOI NON PLUS

Une fois de plus c'est la lecture du forum de la SFIB qui m'a inspiré pour cette chronique. Il y a quelque temps, un participant s'est ému de ce qu'à son avis les producteurs « professionnels » négligeaient les clients potentiels que sont les amateurs français d'iris (traduction littérale de « french iris lovers ») en ne leur réservant pas la primeur de leurs nouveautés et en ne prenant pas part aux discussions du forum. C'était dit un peu rudement, mais c'était tout de même assez vrai. En effet, hormis Laure Anfosso qui fait maintenant partie du staff de la SFIB et qui intervient de temps en temps sur le forum, l'action des grands producteurs français (ils ne sont pas si nombreux) n'est pas spécialement orientée vers ceux qui pourraient constituer leur fan-club, à savoir la poignée de grands amateurs, avides de nouveautés, qui se ruent sur les catalogues du monde entier dès leur parution. Ces grands amateurs ne reçoivent aucun traitement de faveur. Est-ce parce qu'ils sont considérés comme quantité négligeable – ils sont peut-être une vingtaine seulement – ? Parce qu'ils passent aussi des commandes à l'étranger ? Parce qu'ils peuvent se montrer critiques à l'égard des produits qu'on leur propose ? Il semble en tout cas que cette absence d'égards particuliers soit amèrement ressentie. Il paraît en effet étonnant que ces producteurs se tiennent ainsi à l'écart de cette petite communauté que constitue ceux qui ont l'iris pour passion. N'en font-ils pas naturellement partie ? Y a-t-il chez nous deux sortes de fans d'iris : ceux qui se rassemblent par affinité autour du noyau dur de la SFIB, et ceux qui gardent leurs distances vis-a-vis des précédents ? Les faits semblent le laisser croire. Mais à bien y réfléchir cela n'est peut-être pas aussi tranché que cela paraît l'être.

 Le groupe des amateurs s'est créé très rapidement, ces dernières années, grâce à Internet et aux forums de discussion. Il se compose d'amateurs proprement dits, et de semi-professionnels qui cherchent à se constituer une clientèle pour écouler leurs propres obtentions (et quelques importations récentes qu'ils peuvent mettre sur le marché très rapidement compte tenu de la petite quantité qui peut leur être nécessaire pour honorer leurs ventes potentielles). Plusieurs personnes se situent à la fois dans l'une et l'autre catégorie. On est donc en face d'une petite coterie soudée par le facilité des conversations électroniques et qui se comporte un peu comme les abonnés d'une ligne SNCF, voyageurs fidèles, mais prompts à la critique et à la protestation. Dans le cas présent le rôle de la SNCF est tenu par ceux qui sont qualifiés de « grands » ou d' « historiques » parce qu'ils ont pignon sur rue et dominent le marché.

Les opérateurs historiques (comme on dit pour les télécommunications) sont au nombre de deux ou trois. Ce sont des entreprises structurées, dont les dirigeants n'ont ni la volonté de se mettre au niveau des précédents, ni la disponibilité pour suivre les discussions sur les forums. Ils ne disposent pas non plus d'un attaché de presse ou d'un service de communication qui interviendrait sur le web aussi fréquemment que les grands amateurs ! C'est peut-être leur handicap. Ils ont aussi, il faut bien l'avouer, un certain ressentiment à constater qu'ils ne sont plus les seuls fournisseurs des grands amateurs. Certains vont même jusqu'à considérer que la SFIB, en groupant par exemple les commandes à l'étranger, est pour eux un concurrent plutôt qu'un soutien. Ils gardent donc leurs distances avec elle. Ils ne sont pas non plus enclins à accorder un traitement particulier à des clients exigeants, mais peu nombreux et peu rémunérateurs. Par dessus le marché, on se situe dans un commerce de niche, où l'apparition de nouveaux marchands exacerbe la concurrence et n'encourage pas la confraternité.

On se trouve donc en face d'une situation qu'on peut résumer par l'expression « je t'aime moi non plus », qui s'explique parfaitement, mais qui ne satisfait ni les uns ni les autres. Cette situation est sans doute particulière à la France. Dans les autres pays, il n'y a rien de semblable. Aux États-Unis, les amateurs d'iris sont très nombreux et se rassemblent dans des clubs locaux ou régionaux où s'instaurent des relations généralement cordiales et où les obtenteurs et producteurs locaux ont toute leur place. D'autre part le marché est si vaste que si concurrence il y a, elle s'exerce dans un esprit qui, me semble-t-il, est plus souvent proche de la guerre en dentelle que de la lutte à couteaux tirés. La plupart des obtenteurs et producteurs contribuent activement à la vie de l'AIS où il leur arrive d'exercer des responsabilités importantes. En Australie les producteurs, peu nombreux, se connaissent et s'apprécient, même si leurs relations ne sont pas intenses, mais je ne sais pas si l'ISA (l'équivalent de la SFIB) a une réelle influence fédératrice des intérêts des uns et des autres. En Italie le rôle des producteurs est sans doute plus restreint que chez nous et la SII me fait d'avantage l'effet d'une assemblée de notables – au demeurant très impliqués – que d'une réunion d'amateurs, et ceux-ci me paraissent beaucoup moins soudés que chez nous. Même phénomène en Allemagne. Dans les pays de l'Est on est en face de la situation inverse. Les producteurs sont proches de nos semi-pro et je ne crois pas qu'il y ait la séparation qu'on constate aujourd'hui en France : le commerce des iris n'y est pas encore structuré. Reste le cas de la Grande-Bretagne. Les producteurs me semblent y être peu nombreux et peu puissants. Qu'en est-il des amateurs ? Nous avons si peu d'information les concernant qu'il serait osé de dire quoi que ce soit à leur sujet. Mais la situation de l'iridophilie à l'air d'être à l'heure actuelle en perte de vitesse, dans un pays qui fut en grande partie à l'origine de son expansion à travers le monde.

En France, si certains se plaignent, il faut reconnaître que grâce aux efforts des dirigeants actuels de la SFIB les intérêts des uns et des autres peuvent être considérés comme en train de se rapprocher. La publication par le président lui-même des photos des dernières créations Cayeux en est une démonstration. C'est ce que l'on peut espérer de meilleur.

Illustrations : Des créations récentes qu'on aimerait rencontrer côte à côte :

'Buvard' (Cayeux, 2015) 


'Beg an Fri' (Jacob, 2013) 

semis Laporte 06-33-30 (inconnu X (Honky Tonk Blues x Decadence) 


'Tenue de Soirée' (Chapelle, 2014)

13.3.15

S'IL N'EN FALLAIT QU'UNE …

S'il n'en fallait qu'une, laquelle prendrai-je ? Je me suis posé cette question en consultant ma photothèque pour rechercher les illustrations destinées à un récent article. Le feuilleton des prochaines semaines présentera certaines des photos que je trouve bien réussies. Ce ne sont que des photos d'identité, certes, mais elles peuvent tout de même être bien jolies, et leurs réalisateurs ont bien du talent. 

Première semaine : de A à D


'Abiding Love' (T. Johnson, 2014) 


'Big Dipper' (O. Brown, 1981) 


'Coffee Trader' (B. Blyth, 2004) 


'Désiris' (L. Ransom, 1994)

UN ÉCHEC BIENFAISANT ?

Comme la tulipe noire ou la rose bleue, l'iris rouge est un fantasme d'horticulteur avide de parvenir à ce qui paraît inaccessible. Mais si les deux premiers ont finalement été atteints, le troisième reste encore bien loin de se réaliser.

Pour obtenir des iris rouges, les hybrideurs sont partis de fleurs brunes qu'ils ont croisées avec des fleurs orange ou roses. Mais le résultat n'a jamais été parfait. Certes certaines variétés se présentent en un brun-rouge, plus rouge acajou ou rouge bordeaux que vraiment rouge, mais le procédé n'est plus vraiment efficace et il y a longtemps qu'une véritable avancée dans cette voie ait eu lieu. Partant de ce constat le regretté Richard Ernst a entrepris de régler le problème par la biologie et la recherche génique. Son projet était ambitieux et il s'est donné les moyens de le faire aboutir. Il s'est dit que le pigment rouge ne se trouvant concentré, chez l’iris, que dans les poils de certaines barbes, pour avoir des pétales et des sépales rouges, il fallait parvenir à y concentrer autant de rouge, sinon on n’obtiendrait qu’une fleur rose, et encore à la condition d’avoir éliminé les pigments anthocyaniques... Ernst a pris contact avec un physicien qui affirmait qu’il était possible, avec les moyens technologiques actuels, d’obtenir un iris rouge. Il a relevé le défi et s’est mis en rapport avec l’Université de l’Etat d’Oregon pour engager le travail. Ce qui a nécessité l’embauche d’un physicien à temps complet et l’acquisition du matériel de laboratoire. L’Université de l’Etat d’Oregon a entrepris l’analyse complète de l’ADN d’un iris. La pigmentation de douzaines de variétés a été analysée et des cultures de tissu « in vitro » ont été réalisées. Il a fallu douze années de recherche pour découvrir et sélectionner les bons gènes rouges avant que ne commence le processus de transformation, processus qui a été couvert par un brevet. L’iris transformé a alors été mis en culture et la première fleur de ce qui devait être un iris rouge aurait du s’épanouir au printemps 2005. Mais on n'a plus jamais entendu parler de ce fameux iris qui aurait du être rouge. Il est par conséquent évident que la tentative a échoué et que l'argent investi l'a été en pure perte.

Dans le même temps Donald Spoon s'est lancé dans l'aventure mais en empruntant un autre chemin. Il a axé sa recherche sur une voie traditionnelle. Il est parti de la constatation que certains iris, dont 'My Ginny' (Spoon, 2002), présentaient des barbes absolument rouges. Un rouge coquelicot provenant d’une forte concentration de lycopène, le pigment qui fait que les tomates sont rouges. Il en a déduit que ce pigment, lorsqu’il est présent dans une fleur d’iris, peut se trouver concentré à l’extrême dans les barbes, mais ne peut pas se développer de la même façon dans les pétales et sépales parce qu’il est bloqué par un gène particulier. Il imagine qu’il existe deux sortes de gènes inhibiteurs, un pour les barbes et un pour les autres parties, et que ces gènes peuvent exister avec quatre niveaux d’influence : faible, médian, vif et très vif. Le niveau très vif correspond à une quasi-absence de lycopène, donnant une coloration très pâle, proche du blanc. Le niveau vif est synonyme de coloration rose tendre ; le niveau médian abouti au rose soutenu, et le niveau faible laisse le lycopène se développer au maximum, ce qui donne une coloration d’un rose orangé foncé proche du rouge coquelicot. Mais le rouge coquelicot n’est pas le rouge absolu. Il contient une pointe d’orange qu’il faut corriger pour tendre vers la perfection. Cette correction peut être obtenue au moyen d’un trait de pigments anthocyaniques qui adoucit ou rafraîchit la couleur de base. Don Spoon était convaincu qu’en utilisant des parents dont les fleurs ont une forte concentration de lycopène il allait parvenir à ce rêve plus que centenaire de l’iris parfaitement rouge. C'était en 2004. Depuis, silence sur le sujet. Sans doute parce que les résultats n'ont pas été à la hauteur...

Un autre irisarien américain s'est, à peu près au même moment intéressé à cette question. Neil Mogensen s'est efforcé de démontrer qu’il peut exister une troisième voie pour obtenir du rouge. Ce n'est pas facile à rapporter, mais j'ai compris que la couleur rouge pure, qui est produite par la pélargonidine (pigment présent dans les géraniums) fait partie de la même série que la delphinidine (pigment qui colore en bleu les delphiniums …et les iris). Ces deux pigments, ainsi que beaucoup d’autres, sont des éléments de la grande famille des pigments anthocyaniques, hydrosolubles, et présents dans le liquide intercellulaire des fleurs. Ils ne se différencient que par le nombre et la position de radicaux OH attachés à l’un des anneaux de base des anthocyanines. D'après les schémas illustrant l’article, la delphinidine a trois radicaux OH, et la pélargonidine seulement un. D’où l’idée, pour obtenir de la pélargonidine au lieu de la delphinidine, de réussir à retirer deux des radicaux OH de cette dernière. On sait cela depuis les travaux de L. F. Randolph, dans les années 50 et 60. Mais le problème n’est pas de savoir ce qu’il faut faire, mais de trouver comment le faire ! Mais si l’on sait, aujourd'hui, où se situe sur les chromosomes de l’iris, l’enzyme qui détermine le nombre des radicaux OH et l’emplacement où ils s’attachent, la manipulation qui pourrait aboutir à transformer la delphinidine et pélargonidine n'est pas simple ! Parce qu’aux pigments de base, s’ajoutent des co-pigments et des variations du taux d’acidité du liquide intercellulaire qui rendent l’opération infiniment complexe et très aléatoire dans ses résultats. D’autant plus que, paraît-il, le processus de transformation pourrait être bloqué par une réaction de la plante qui, constatant une anomalie dans les cellules, rétablirait automatiquement la normalité ! Neil Mogensen n'est donc sûr de rien...

Ceci se passait en 2006. Depuis les événements qui se sont produits ont pratiquement stoppé les recherches : Richard Ernst et Neil Mogensen sont décédés et Don Spoon ne communique plus sur le sujet. La recherche de l'iris rouge est-elle donc enterrée ?

Richard Ernst avait eu l'idée de la transplantation de gènes de lis dans les chromosomes de l’iris pour tenter de lui donner la couleur éclatante d’un poivron ; Neil Mogensen avait eu celle de la production d’une grande quantité de pélargonidine pour atteindre le rouge du géranium zonale ; Donald Spoon a tenté de saturer le lycopène des iris roses ou oranges et d’y ajouter une pointe de violet pour donner l’illusion du rouge pompier. A l'heure qu'il est je pense que le projet va rester encore quelques temps dans les tiroirs des chercheurs et dans les rêves des hybrideurs, mais je crois que les avancées de la génétique aboutiront un jour ou l'autre à la révolution recherchée. Car si le projet est aujourd'hui en panne, on peut être certain qu'un jour prochain quelqu'un le reprendra.

Aboutira-t-il ? Nul ne peut le savoir, mais s'il se réalise, Il y a tout lieu de penser que ce sera une révolution plus fondamentale que celles qui l'ont précédée. L'iris reste une plante naturelle. Les hybrideurs y ont apporté des modifications importantes, mais ils sont restés jusqu'à présent dans le domaine de la nature. Avec l'apparition d'un rouge transgénique, nous serons dans un autre monde, et comme les iris génétiquement modifiés seront immanquablement croisés avec des iris naturels, nous finirons par n'obtenir que des variétés artificielles. Les iris « pur jus » seront des antiquités sanctuarisées qu'on conservera religieusement. Cela me fait un peu peur. Ne serait-il pas préférable que cela échoue, pour que l'iris reste la plante qu'il a été depuis son apparition sur notre terre ?

Illustrations : 


Un « rouge » actuel : semis Bianco #696 


'My Ginny' 


Une vue d'artiste