TASHKENT
C'est grâce à Sergueï Loktev, le fantasque hybrideur russe, que je suis entré en relation avec Adolf Vofovich-Moler. C'était en 1993 ou 94. Loktev lui-même m'avait fait parvenir selon des combines proprement soviétiques un certain nombre de variétés d'origine russe ou du voisinage, et j'étais très curieux d'accroître ma collection avec des variétés exotiques. Je suis donc entré en contact avec Adolf Volfovich-Moler, géophysicien russe en poste à Tashkent, en Ouzbékistan, et nous avons sympathisé. C'était un homme cordial mais qui considérait les Occidentaux comme des individus d'un moralité douteuse et uniquement préoccupés par leurs affaires ! J'en ai eu la démonstration quand il m'a parlé de ses glaïeuls. En effet, à côté des iris, il hybridait aussi les glaïeuls et, je dois dire, avec une surprenante réussite. Les variétés dont il m'a envoyé des photos étaient remarquables par l'originalité de leurs coloris et la richesse de leurs fleurs. Il m'a demandé si je voulais bien me faire son intermédiaire auprès des producteurs français de glaïeuls car il aurait bien aimé que ses variétés soit commercialisées à l'Ouest. Il m'a fait parvenir un lot de bulbes qui ont été mis en végétation chez Ernest Turc, la plus grande maison française de bulbes à fleurs. L'expérience, malheureusement, a tourné court car la Maison Turc s'est aperçue que les bulbes ouzbeks étaient atteint de virose, ce qui les rendaient impropres à la culture en France. Cette information transférée à Tashkent a eu pour effet de déclencher la colère de mon correspondant qui s'est imaginé que le refus qui lui était opposé n'était motivé que par de sombres intentions mercantiles...
Nous avons décidé d'échanger des rhizomes. Je lui ai fait envoyer par Lawrence Ransom un gros colis d'obtentions françaises. Il m'a fait parvenir, sans problèmes particuliers, toutes ses obtentions des années antérieures à 1995. Bien peu de chose, en vérité ! Il faut dire qu'au fin fond de l'Asie Centrale, fut-ce à l'heure de la perestroïka, se procurer des variétés d'iris relevait de l'aventure ! En fait, Volfovich ne disposait que de onze variétés différentes ! Et pas forcément de la première jeunesse ! Qu'on en juge :
'Babbling Brook' (Keppel, 1969), bleu ciel à barbes citron ;
'Broadway Star' (Schreiner, 1957), variegata miel/brun ;
'Buttercup Bower' (Tompkins, 1960), jaune à barbes blanches ;
'Dancer's Veil' (Hutchison, 1959), plicata à dessins mauve ;
'Mary Frances' (Gaulter, 1973), unicolore lavande :
'Pipes of Pan' (O. Brown, 1963), bicolore crème et pourpre ;
'Rippling Waters' (Fay, 1961), unicolore lilas, barbes mandarine ;
'Sable Night' (Cook, 1950), unicolore violet foncé
'Siva-Siva' (J. Gibson, 1962), plicata acajou ;
'Victoria Falls' (Schreiner, 1977), unicolore bleu ;
'Vitafire' (Schreiner, 1968), unicolore bordeaux.
Ce qu'il y a de plus extraordinaire, c'est qu'avec ce choix réduit de géniteurs, Volfovich ait obtenu des variétés, qui avouent leur âge, forcément, mais qui me paraissent dans l'ensemble parfaitement réussies, tant au point de vue horticole, qu'au point de vue botanique. Un bel exemple est ce 'Tashkent' dont on va parler maintenant.
Cette variété, obtenue en 1992, n'a pu être enregistrée qu'en 1995, en même temps que la première tournée des obtentions de leur hybrideur. Elle est issue du croisement (Rippling Rivers X Broadway Star) et se présente comme un variegata brillant, avec des pétales d'un beau jaune doré et des sépales brun-rouge très contrastés, qui en font une plante très spectaculaire au jardin. Elle reste encore aujourd'hui très appréciée en Russie ou en Ukraine et récemment encore deux variétés nouvelles en ont fait état dans leur pedigree.
Le croisement (Rippling Rivers X Broadway Star) semble avoir été bien apprécié par Adolf Vofovich-Moler puisqu'on lui connaît un frère de semis, 'Aziyat' (1995), jolie fleur dans les tons de magenta, et un « cousin », issu du croisement inversé, 'Askiya' (1995), bicolore beige/bourgogne, sans doute moins intéressant.
Je conserve ces variétés religieusement en souvenir d'une époque où les obtenteurs russes n'avaient rien pour travailler, mais où ils s'efforçaient de ne pas perdre de vue leurs rivaux européens. Ce courage et cette opiniâtreté, qui sont des caractéristiques de la mentalité russe, font qu'aujourd'hui, à l'image de leur pays, ils se rapprochent du niveau mondial où l'on devra dans peu de temps compter sur eux dans les compétitions internationales.
Illustrations :
'Tashkent'
'Aziyat'
'Broadway Star'
'Rippling Waters'
10.7.15
ECHOS DU MONDE DES IRIS
Terre d'Iris
Le parfumeur londonien Miller Harris a créé un nouveau parfum baptisé 'Terre d'Iris » : quelque chose de délicieux, doux et délicat, qui plaira aux personnes raffinées. La description qu'en fournit son créateur laisse rêveur : « Sensualité de la Méditerranée dans une senteur. Bergamote calabraise, orange amère de Sicile laissent place par la suite aux herbes du sud, romarin de Dalmatie, sauge. La fleur d'oranger et la rose de Tunis et de Turquie s'expriment sur les notes de fond de patchouli, de mousse et d'orris(1) florentine, cette fleur de lys apposée sur les blasons des armes de la ville de Florence.” Si vous en avez l'occasion, essayez-le, c'est un délice.
Dans les grandes parfumeries et, à Londres : 21 Bruton Street, Mayfair, London, W1J 6QD.
(1) Orris root est le nom donné à la poudre de rhizome d'iris.
Novelty Iris Society
La Novelty Iris Society, dédiée aux iris à éperons et autres « Space Age », dirigée actuellement par Bonnie Nichols, vient d'obtenir le statut de Section à part entière de l'AIS. Elle ne fait donc pas bande à part et concoure naturellement à l'expansion de l'AIS.
Le parfumeur londonien Miller Harris a créé un nouveau parfum baptisé 'Terre d'Iris » : quelque chose de délicieux, doux et délicat, qui plaira aux personnes raffinées. La description qu'en fournit son créateur laisse rêveur : « Sensualité de la Méditerranée dans une senteur. Bergamote calabraise, orange amère de Sicile laissent place par la suite aux herbes du sud, romarin de Dalmatie, sauge. La fleur d'oranger et la rose de Tunis et de Turquie s'expriment sur les notes de fond de patchouli, de mousse et d'orris(1) florentine, cette fleur de lys apposée sur les blasons des armes de la ville de Florence.” Si vous en avez l'occasion, essayez-le, c'est un délice.
Dans les grandes parfumeries et, à Londres : 21 Bruton Street, Mayfair, London, W1J 6QD.
(1) Orris root est le nom donné à la poudre de rhizome d'iris.
Novelty Iris Society
La Novelty Iris Society, dédiée aux iris à éperons et autres « Space Age », dirigée actuellement par Bonnie Nichols, vient d'obtenir le statut de Section à part entière de l'AIS. Elle ne fait donc pas bande à part et concoure naturellement à l'expansion de l'AIS.
HOMMAGE AUX SCHREINER'S
La firme Schreiner est la pépinière d'iris la plus importante au monde, et cela dure depuis 1925. C'est Carlos Ayento, le responsable du jardin « Brighton Park » à Chicago qui a eu l'idée de réunir, autant que cela soit possible, une photo de toutes les variétés enregistrées par l'illustre famille. Bien sûr il y a des trous dans sa collection, surtout concernant les variétés les plus anciennes, mais telle qu'elle est, c'est un magnifique hommage. Nous reprendrons ici quelques-uns de ces clichés (et quelques autres, pour exprimer aux Schreiner's toute notre reconnaissance.
Dixième partie : Les années 1990/94
'Harvest King' (1990) ((semis x (semis x semis Craig #37)) X (((Burnished Gold x Bayadere) x (Calypso Bay sib x ((Olympic Torch x Brass Accents sib) x ((Casa Morena sdlg. x Inca Chief) x Dutch Chocolate)))) x (Gold Trimmings x semis Craig #36)))
'Rosa Nova' (1991) ((Princess x (Pink Taffeta x (Pink Horizon x (Valimar x (May Hall x Pink Enchantment))))) X Blushing Pink)
'Hello Darkness' (1992) ((((((Allegiance x ((semis de Envoy x Black Castle) x ((Blue Glow x Black Belle) x Storm Warning))) x semis de Black Swan) x Navy Strut) x (((((Black Mischief x (Black Forest x Starless Night)) x semis) x Black Swan) x Matinata) x Navy Strut)) x Titan's Glory) X Midnight Dancer)
'Gypsy Romance' (1994) ((Louisiana Lace x Entourage) X ((semis x Fabulous Frills) x Starcrest)
Dixième partie : Les années 1990/94
'Harvest King' (1990) ((semis x (semis x semis Craig #37)) X (((Burnished Gold x Bayadere) x (Calypso Bay sib x ((Olympic Torch x Brass Accents sib) x ((Casa Morena sdlg. x Inca Chief) x Dutch Chocolate)))) x (Gold Trimmings x semis Craig #36)))
'Rosa Nova' (1991) ((Princess x (Pink Taffeta x (Pink Horizon x (Valimar x (May Hall x Pink Enchantment))))) X Blushing Pink)
'Hello Darkness' (1992) ((((((Allegiance x ((semis de Envoy x Black Castle) x ((Blue Glow x Black Belle) x Storm Warning))) x semis de Black Swan) x Navy Strut) x (((((Black Mischief x (Black Forest x Starless Night)) x semis) x Black Swan) x Matinata) x Navy Strut)) x Titan's Glory) X Midnight Dancer)
A L'OMBRE DU CRATAEGUS
En réalisant le croisement (Kir sib (1) X Iriade) j'avais dans l'idée de créer un amoena inversé, en comptant sur l'avancée fournie par 'Iriade' (Laporte, 2004). J'étais cependant loin d'imaginer ce que j'allais récolter !
Rien d'extraordinaire au plan des graines : seulement 23 ont germé et poussé. Au bout de trois ans, toutes avaient fleuri... C'est là que la surprise et l'émerveillement ont commencé. J'avais dans le petit coin où j'avais planté ces jeunes semis un véritable kaléidoscope : une sorte de résumé de ce que peut être une collection d'iris ! En dehors du rose, toutes les couleurs de la palette actuelle des iris était représentée. De loin, c'était très joli. En s'approchant, cela l'était beaucoup moins. En effet sur ces 23 jeunes iris combien pouvaient présenter un quelconque intérêt ? Vraiment très peu... Il y avait une majorité de néglecta bleu lavande, tous plus ou moins de couleur délavée, terne, à part un, dont les sépales centrés de bleu vif veiné plus sombre n'aurait pas été négligeable si ce n'était que ses fleurs semblaient être celles d'une variété centenaire : pétales en arche, certes, mais tellement mous qu'ils s'effondrait en quelques heures, sépales étroits retombant tristement le long de la hampe. Il y avait aussi plusieurs fleurs dans les tons de jaune, mais un jaune bourbeux, souvent infus de gris à la base des pétales. J'ai trouvé également un iris maigrichon, qui rappelait vaguement les couleurs de son ancêtre 'Moon Mistress' (Osborne, 1976), c'est a dire un orange abricot, mais toujours avec un arrière fond de gris qui gâchait tout. La couleur de l'autre ancêtre 'Wedding Vow' (Ghio, 1972) était présente chez deux variétés : l'une, bien blanche et d'une bonne tenue, mais avec une ou deux malheureuses fleurs sur chaque hampe, jamais plus ; l'autre blanche également mais teintée de bleu-gris à la base des pétales et sur les épaules des sépales, avec des fleurs assez nombreuses et bien faites, mais d'une apparence à la fois raide (pas une ondulation) et fragile (pas d'épaisseur). J'ai regretté cette faiblesse car le coloris était intéressant. J'ai gardé du pollen que j'ai déposé sur la fleur d'un iris blanc que j'aime bien, 'Gwennaden' (Madoré, 2001). Le résultat de cette deuxième génération a été très décevant car je n'ai plus retrouvé le coloris qui m'intéressait.
J'ai cru un instant que j'avais obtenu ce que je cherchais en constatant qu'un de ces semis présentait tous les traits de 'Spécial Mozart' (P. Anfosso, 1991), parent de 'Iriade'. Mais je dus déchanter car, en dehors de coloris, somme toute plutôt présentable, il fallait bien admettre que la plante était malingre et chétive et que la hampe florale avait bien du mal à s'extraire d'une touffe de feuilles étroites et qui se pliaient à mi-hauteur...
Je désespérais de trouver quelque chose de valable dans tout ce lot. Le dernier iris à fleurir se trouvait planté trop près d'un Crataegus oxyacantha qui le dissimulait sous ses basses branches qui se développaient fâcheusement vite. Dans cette situation peu favorable, je craignais que mon iris retardataire ne fleurisse jamais. Il s'est cependant décidé sur le tard, en fin de mai de la troisième année. Sa hampe avait une bonne hauteur et ses boutons plutôt nombreux. Son feuillage ample et abondant s'étalait en un joli vert un peu bleuté. J'étais vraiment curieux de voir ce que cela allait donner. Le 24 mai, jour de mon anniversaire, la première fleur s'est épanouie. Je n'ai pas pu la voir dès le matin parce que j'étais absent ce jour-là, mais quand je suis revenu à la maison, en fin de journée, je suis bien vite monté (2) au jardin pour voir s'il y avait du nouveau. Et là, oh surprise, une jolie fleur exactement comme celle dont je rêvais : pétales d'un joli bleu tendre, un peu plus soutenu à la base, sépales bien blancs avec un soupçon de jaune en bordure des épaules, et barbes jaune vif égayant l'ensemble ; avec ça les ondulations donnaient de la tenue à la fleur, sans excès. Le tout était soutenu par une hampe qui, en un tout autre emplacement, plus ensoleillé et plus dégagé, ne pouvait que prendre plus de tonus. Bref une plante qui montrait tous les signes d'une réussite. Voici pourquoi cette variété plaisante a été conservée et baptisée. Son nom ? 'Zone d'Ombre' (2012), en souvenir de l'emplacement mal éclairé où elle a fleuri pour la première fois, au milieu des branches agressives d'un Crataegus oxyacantha.
(1) Le 'Kir sib' en question est un iris gris bleuté, d'un coloris intéressant, mais dont la fleur a conservé l'aspect vieillot de la mère, 'Beghina'.
(2) Oui, chez moi, on « monte » au jardin car il se situe plus haut que la maison : on y accède par un sentier qui grimpe au milieu des lilas et des seringas.
Illustrations :
'Fumée sans Feu' (sibling de 'Kir' - non enregistré)
'Moon Mistress'
'Iriade'
'Zone d'Ombre'
Rien d'extraordinaire au plan des graines : seulement 23 ont germé et poussé. Au bout de trois ans, toutes avaient fleuri... C'est là que la surprise et l'émerveillement ont commencé. J'avais dans le petit coin où j'avais planté ces jeunes semis un véritable kaléidoscope : une sorte de résumé de ce que peut être une collection d'iris ! En dehors du rose, toutes les couleurs de la palette actuelle des iris était représentée. De loin, c'était très joli. En s'approchant, cela l'était beaucoup moins. En effet sur ces 23 jeunes iris combien pouvaient présenter un quelconque intérêt ? Vraiment très peu... Il y avait une majorité de néglecta bleu lavande, tous plus ou moins de couleur délavée, terne, à part un, dont les sépales centrés de bleu vif veiné plus sombre n'aurait pas été négligeable si ce n'était que ses fleurs semblaient être celles d'une variété centenaire : pétales en arche, certes, mais tellement mous qu'ils s'effondrait en quelques heures, sépales étroits retombant tristement le long de la hampe. Il y avait aussi plusieurs fleurs dans les tons de jaune, mais un jaune bourbeux, souvent infus de gris à la base des pétales. J'ai trouvé également un iris maigrichon, qui rappelait vaguement les couleurs de son ancêtre 'Moon Mistress' (Osborne, 1976), c'est a dire un orange abricot, mais toujours avec un arrière fond de gris qui gâchait tout. La couleur de l'autre ancêtre 'Wedding Vow' (Ghio, 1972) était présente chez deux variétés : l'une, bien blanche et d'une bonne tenue, mais avec une ou deux malheureuses fleurs sur chaque hampe, jamais plus ; l'autre blanche également mais teintée de bleu-gris à la base des pétales et sur les épaules des sépales, avec des fleurs assez nombreuses et bien faites, mais d'une apparence à la fois raide (pas une ondulation) et fragile (pas d'épaisseur). J'ai regretté cette faiblesse car le coloris était intéressant. J'ai gardé du pollen que j'ai déposé sur la fleur d'un iris blanc que j'aime bien, 'Gwennaden' (Madoré, 2001). Le résultat de cette deuxième génération a été très décevant car je n'ai plus retrouvé le coloris qui m'intéressait.
J'ai cru un instant que j'avais obtenu ce que je cherchais en constatant qu'un de ces semis présentait tous les traits de 'Spécial Mozart' (P. Anfosso, 1991), parent de 'Iriade'. Mais je dus déchanter car, en dehors de coloris, somme toute plutôt présentable, il fallait bien admettre que la plante était malingre et chétive et que la hampe florale avait bien du mal à s'extraire d'une touffe de feuilles étroites et qui se pliaient à mi-hauteur...
Je désespérais de trouver quelque chose de valable dans tout ce lot. Le dernier iris à fleurir se trouvait planté trop près d'un Crataegus oxyacantha qui le dissimulait sous ses basses branches qui se développaient fâcheusement vite. Dans cette situation peu favorable, je craignais que mon iris retardataire ne fleurisse jamais. Il s'est cependant décidé sur le tard, en fin de mai de la troisième année. Sa hampe avait une bonne hauteur et ses boutons plutôt nombreux. Son feuillage ample et abondant s'étalait en un joli vert un peu bleuté. J'étais vraiment curieux de voir ce que cela allait donner. Le 24 mai, jour de mon anniversaire, la première fleur s'est épanouie. Je n'ai pas pu la voir dès le matin parce que j'étais absent ce jour-là, mais quand je suis revenu à la maison, en fin de journée, je suis bien vite monté (2) au jardin pour voir s'il y avait du nouveau. Et là, oh surprise, une jolie fleur exactement comme celle dont je rêvais : pétales d'un joli bleu tendre, un peu plus soutenu à la base, sépales bien blancs avec un soupçon de jaune en bordure des épaules, et barbes jaune vif égayant l'ensemble ; avec ça les ondulations donnaient de la tenue à la fleur, sans excès. Le tout était soutenu par une hampe qui, en un tout autre emplacement, plus ensoleillé et plus dégagé, ne pouvait que prendre plus de tonus. Bref une plante qui montrait tous les signes d'une réussite. Voici pourquoi cette variété plaisante a été conservée et baptisée. Son nom ? 'Zone d'Ombre' (2012), en souvenir de l'emplacement mal éclairé où elle a fleuri pour la première fois, au milieu des branches agressives d'un Crataegus oxyacantha.
(1) Le 'Kir sib' en question est un iris gris bleuté, d'un coloris intéressant, mais dont la fleur a conservé l'aspect vieillot de la mère, 'Beghina'.
(2) Oui, chez moi, on « monte » au jardin car il se situe plus haut que la maison : on y accède par un sentier qui grimpe au milieu des lilas et des seringas.
Illustrations :
'Fumée sans Feu' (sibling de 'Kir' - non enregistré)
'Moon Mistress'
'Iriade'
'Zone d'Ombre'
3.7.15
ECHOS DU MONDE DES IRIS
Iris au Trescols ?
Le site de « Iris au Trescols » qui devait reprendre vie avec l'arrivée de l'été est toujours désespérément muet. Espoir et inquiétude....
Le site de « Iris au Trescols » qui devait reprendre vie avec l'arrivée de l'été est toujours désespérément muet. Espoir et inquiétude....
HOMMAGE AUX SCHREINER'S
La firme Schreiner est la pépinière d'iris la plus importante au monde, et cela dure depuis 1925. C'est Carlos Ayento, le responsable du jardin « Brighton Park » à Chicago qui a eu l'idée de réunir, autant que cela soit possible, une photo de toutes les variétés enregistrées par l'illustre famille. Bien sûr il y a des trous dans sa collection, surtout concernant les variétés les plus anciennes, mais telle qu'elle est, c'est un magnifique hommage. Nous reprendrons ici quelques-uns de ces clichés (et quelques autres, pour exprimer aux Schreiner's toute notre reconnaissance.
Neuvième partie : Les années 1985/89
'Royal Crusader' (1985) (((Blue Chiffon sib x Music Maker) x Study in Black) X Pledge Allegiance)
'Loyalist' (1986) (Master Touch X (semis x Rondo))
'Cinnamon Girl' (1987) ((semis x Polka Party) X Smoke Rings)
'Rosette Wine' (1989) (Lorilee X Raspberry Frills sib)
Neuvième partie : Les années 1985/89
'Royal Crusader' (1985) (((Blue Chiffon sib x Music Maker) x Study in Black) X Pledge Allegiance)
'Loyalist' (1986) (Master Touch X (semis x Rondo))
'Cinnamon Girl' (1987) ((semis x Polka Party) X Smoke Rings)
'Rosette Wine' (1989) (Lorilee X Raspberry Frills sib)
UNE SEMAINE A VINCENNES
Depuis 2011 il n'y avait plus eu de concours d'iris en France. Il faut dire que le dernier avait été à ce point catastrophique que l'on pouvait se demander si l'on était capable de mettre sur pied une compétition qui tienne la route. La nouvelle équipe de la SFIB a relevé le défi et, en trois ans, a trouvé le moyen de construire un concours avec tous les aspects d'un grand. La première difficulté était de trouver un endroit et une équipe capable de cultiver dans les meilleures conditions une centaine de plantes, de manière à les amener au top en deux ans seulement. L'endroit devait, en plus être géographiquement bien situé : pas loin de Paris, dans un parc accessible au meilleur prix et à tout moment. La disponibilité du Parc Floral de la Ville de Paris, au bois de Vincennes, et des animateurs prêts à s'investir dans la tâche ont fourni une opportunité remarquable, qui a été saisie sans attendre, et qui s'est révélée d'une fiabilité absolue. La seconde difficulté était de réaliser cette compétition en dépensant le moins d'argent possible, sachant que la trésorerie de la SFIB est des plus réduites ! Les coûts sont essentiellement liés à le réception et à l'hébergement des juges venus parfois de fort loin, à leurs frais, mais néanmoins logés et nourris par les organisateurs. L'astuce a consisté en un hébergement façon auberge de la jeunesse, dans un gîte certes fort éloigné de Paris, mais dont les prix étaient en adéquation avec une bourse peu remplie. Dans cet environnement rural et bon enfant les juges et tous ceux qui sont venus partager leur demeure ont passé une semaine rustique mais conviviale et chaleureuse. L'inconvénient majeure était seulement la durée du trajet jusqu'à Vincennes et les aléas constants de la circulation en banlieue parisienne, de jour comme de nuit. Théoriquement calculé pour durer une demi-heure environ, le voyage s'est révélé exiger le plus souvent plus d'une heure ! A part ce petit inconvénient, tout est allé pour le mieux de ce côté-là. Une troisième difficulté a été plus difficile à surmonter. Il s'agit de l'occupation des juges en dehors des séances de jugement. En la circonstance, comme dans la précédente, il fallait faire au mieux avec peu d'argent, et tenir compte du délai de transport pour rentrer au bercail le soir. C'est cette partie du programme qui m'a semblé la plus délicate. La faute en revient au fait que l'organisateur, domicilié près de Toulouse, n'a pas pu tester ou vérifier chaque point des réjouissances. Ainsi la visite de Paris en bus s'est effectuée dans un véhicule au confort spartiate, extérieurement non lavé au point qu'il fallait ouvrir les fenêtres pour pouvoir photographier les monuments et que le toit, en principe transparent, était en fait opaque de poussière ! L'attente du bateau-mouche où s'est déroulé le grand dîner a été plutôt pénible et la dispersion après le repas, totalement improvisée. Mais il s'agit là de menus incidents qui n'ont pas détérioré l'ambiance générale toute de sympathie et de bonne humeur. Une machine aussi complexe ne se met pas en place sans anicroches lesquelles sont en fait des expériences pour les organisations à venir.
Le concours proprement dit a été parfait sur tous les plans. Les lieux, tout d'abord, étaient parfaitement aménagés, les plantes délicatement soignées et à un bon niveau de floraison, même si celles placées au plus près des grands arbres entourant le terrain du concours ont souffert d'un défaut d'ensoleillement qui a retardé leur anthèse et compromis leur participation à la compétition. Néanmoins le nombre de variétés retenues pour concourir a été suffisant et équivalent à celui qu'on rencontre ailleurs dans ce type de manifestation. Si j'ajoute un petit bémol, c'est à propos du plan de plantation qui n'a pas été fourni aux juges, ce qui a obligé ceux-ci à des parcours compliqués pour retrouver telle ou telle plante à vérifier. Mais ce ne fut qu'un inconvénient absolument mineur.
Après une semaine passée à examiner, jauger, humer puis noter les iris soumis à leur appréciation, les cinq juges se sont retrouvés pour colliger leurs notes et établir le classement. Tout s'est admirablement passé jusqu'au moment où il a fallu reprendre touts les notes pour établir le classement « bis » destiné à désigner le meilleur iris de jardin. Petit moment de panique et de désarroi devant la difficulté qui se présentait, mais, après quelques discussions soutenues, et grâce à la compétence informatique d'un participant, une solution simple a été trouvée et le second classement a pu être réalisé en quelques dizaines de minutes. Quand les noms des lauréats ont été dévoilés, une énorme surprise s'est fait jour : pas une seule variété américaine ou australienne, qui triomphaient généralement dans les concours depuis de nombreuses années, ne s'est trouvée dans le « Top 10 » !. Mais est-ce vraiment une surprise ? Depuis déjà quelques temps bien des variétés européennes avaient trouvé le chemin des podiums. Cela fut, malgré tout, un choc pour certains et fut même évoquée l'idée d'un commentaire en forme d'excuse destiné aux compétiteurs malheureux. Mais les juges américaines elles-même ont déclaré que, le concours s'étant déroulé dans les meilleures conditions d'équité, ce commentaire était superflu.
Ce concours fut, pour moi, la dernière de mes participations officielles. J'en garde un souvenir qui fait partie des meilleurs que je puis avoir de mes nombreuses interventions en tant que juge. C'est très bien ainsi et, comme je l'ai dit en prenant congé des participants : « Aujourd'hui je suis comme ce vieux matelot qui, debout sur le quai, voit partir le vaisseau où il a si longtemps vécu et travaillé. Il regarde le bateau s'éloigner jusqu'à ce que le grand mât disparaisse sous l'horizon, puis il retourne à sa demeure, avec une pointe de nostalgie, certes, mais confiant dans l'avenir et dans ceux qui viennent de prendre la mer. ». Et pour reprendre ce qu'a dit, évoquant Federico Fellini, une personne avec qui je me suis lié de sympathie au cours de ces quelques jours : « E la nave va ... »
Le concours proprement dit a été parfait sur tous les plans. Les lieux, tout d'abord, étaient parfaitement aménagés, les plantes délicatement soignées et à un bon niveau de floraison, même si celles placées au plus près des grands arbres entourant le terrain du concours ont souffert d'un défaut d'ensoleillement qui a retardé leur anthèse et compromis leur participation à la compétition. Néanmoins le nombre de variétés retenues pour concourir a été suffisant et équivalent à celui qu'on rencontre ailleurs dans ce type de manifestation. Si j'ajoute un petit bémol, c'est à propos du plan de plantation qui n'a pas été fourni aux juges, ce qui a obligé ceux-ci à des parcours compliqués pour retrouver telle ou telle plante à vérifier. Mais ce ne fut qu'un inconvénient absolument mineur.
Après une semaine passée à examiner, jauger, humer puis noter les iris soumis à leur appréciation, les cinq juges se sont retrouvés pour colliger leurs notes et établir le classement. Tout s'est admirablement passé jusqu'au moment où il a fallu reprendre touts les notes pour établir le classement « bis » destiné à désigner le meilleur iris de jardin. Petit moment de panique et de désarroi devant la difficulté qui se présentait, mais, après quelques discussions soutenues, et grâce à la compétence informatique d'un participant, une solution simple a été trouvée et le second classement a pu être réalisé en quelques dizaines de minutes. Quand les noms des lauréats ont été dévoilés, une énorme surprise s'est fait jour : pas une seule variété américaine ou australienne, qui triomphaient généralement dans les concours depuis de nombreuses années, ne s'est trouvée dans le « Top 10 » !. Mais est-ce vraiment une surprise ? Depuis déjà quelques temps bien des variétés européennes avaient trouvé le chemin des podiums. Cela fut, malgré tout, un choc pour certains et fut même évoquée l'idée d'un commentaire en forme d'excuse destiné aux compétiteurs malheureux. Mais les juges américaines elles-même ont déclaré que, le concours s'étant déroulé dans les meilleures conditions d'équité, ce commentaire était superflu.
Ce concours fut, pour moi, la dernière de mes participations officielles. J'en garde un souvenir qui fait partie des meilleurs que je puis avoir de mes nombreuses interventions en tant que juge. C'est très bien ainsi et, comme je l'ai dit en prenant congé des participants : « Aujourd'hui je suis comme ce vieux matelot qui, debout sur le quai, voit partir le vaisseau où il a si longtemps vécu et travaillé. Il regarde le bateau s'éloigner jusqu'à ce que le grand mât disparaisse sous l'horizon, puis il retourne à sa demeure, avec une pointe de nostalgie, certes, mais confiant dans l'avenir et dans ceux qui viennent de prendre la mer. ». Et pour reprendre ce qu'a dit, évoquant Federico Fellini, une personne avec qui je me suis lié de sympathie au cours de ces quelques jours : « E la nave va ... »
ECHOS DU MONDE DES IRIS
Concours de Munich.
Sébastien Cancade me communique à l'instant les résultats du concours de Munich.
1) Semis Mego AM07/2825/2
2) 'Color Strokes' (Schreiner, 2012)
3) Semis Bianco 177-05
4) Semis Dalla Libera D08-1158 1/1
5) 'Tel Arlequin' (Cayeux, 2013)
6) 'Il Mare in Inverno' (Montanari, 2010)
7) 'Syrian Hills' (Schreiner, 2012)
8) 'Caprice de Star' (Cayeux, 2011)
9) Semis Dotto 06-09-TD
10) Semis Mego AM02/1302-6
Encore un beau succès européen, … et un panier plein pour les hybrideurs italiens. Bravo !
Sébastien Cancade me communique à l'instant les résultats du concours de Munich.
1) Semis Mego AM07/2825/2
2) 'Color Strokes' (Schreiner, 2012)
3) Semis Bianco 177-05
4) Semis Dalla Libera D08-1158 1/1
5) 'Tel Arlequin' (Cayeux, 2013)
6) 'Il Mare in Inverno' (Montanari, 2010)
7) 'Syrian Hills' (Schreiner, 2012)
8) 'Caprice de Star' (Cayeux, 2011)
9) Semis Dotto 06-09-TD
10) Semis Mego AM02/1302-6
Encore un beau succès européen, … et un panier plein pour les hybrideurs italiens. Bravo !
27.6.15
HOMMAGE AUX SCHREINER'S
La firme Schreiner est la pépinière d'iris la plus importante au monde, et cela dure depuis 1925. C'est Carlos Ayento, le responsable du jardin « Brighton Park » à Chicago qui a eu l'idée de réunir, autant que cela soit possible, une photo de toutes les variétés enregistrées par l'illustre famille. Bien sûr il y a des trous dans sa collection, surtout concernant les variétés les plus anciennes, mais telle qu'elle est, c'est un magnifique hommage. Nous reprendrons ici quelques-uns de ces clichés (et quelques autres, pour exprimer aux Schreiner's toute notre reconnaissance.
Huitième partie : Les années 1980/84
'Skyfire' (1980) (Flaming Day X ((semis x Pretty Carol) x Claudia Rene))
'Dawn Glory' (1982) ((Annabel Lee x (Gracie Pfost x semis)) X ((semis x Lilac Supreme) x Warm Laughter sib))
'Last Hurrah' (1983) (Sailor's Dance X St. Louis Blues sib)
'Perfect Interlude' (1984) ((Citron Creme x Sunlit Ripples) X Country Manor)
Huitième partie : Les années 1980/84
'Dawn Glory' (1982) ((Annabel Lee x (Gracie Pfost x semis)) X ((semis x Lilac Supreme) x Warm Laughter sib))
'Last Hurrah' (1983) (Sailor's Dance X St. Louis Blues sib)
'Perfect Interlude' (1984) ((Citron Creme x Sunlit Ripples) X Country Manor)
EN NOIR ET BLANC
Obtenir une variété parfaitement blanche, il y a longtemps que les hybrideurs y sont parvenus. Réussir un iris parfaitement noir, on n'en est pas loin, mais il faut encore faire un petit effort, même si les variétés dites « noires » sont désormais très sombres et tout à fait élégantes. Mais un iris noir et blanc ? Peut-on le faire ? C'est ce que nous allons voir dans la présente chronique.
Un iris noir et blanc, c'est une fleur dont les sépales sont noirs (ou, admettons, violet très foncé) et les pétales vraiment blancs ; quant aux barbes, elles doivent être le plus discrètes possible, pour ne pas nuire au but recherché. Et réussir cela, c'est encore un exploit ! Parce que pour y arriver il faut triompher d'un triple défi :
1) le défi du noir ; Le noir n'est pas une couleur de fleur, à proprement parler. C'est une concentration extrême de pigments anthocyaniques. Pour obtenir un noir parfait, les hybrideurs le savent depuis longtemps, il faut que les pigments anthocyaniques, qui se logent dans le liquide interstitiel situé entre les cellules, soient le plus concentrés possible. Pour cela, on utilise la méthode le l'endogamie qui consiste à croiser deux variétés de la même couleur, selon la formule (Noir X Noir = Noir+) en ce qui concerne notre sujet. Après une multitude de croisement de ce type, on est parvenu à obtenir du noir quasiment parfait. 'Before The Storm' (Innerst, 1989 – DM 1996) a été une première approche justement récompensée. Avec 'Hello Darkness' (Schreiner, 1992 – DM 1999) on a atteint un nouveau pallier qui n'a été dépassé, peut-être, que par 'Black Suited' (Innerst, 1999). Pour le noir, le défi est sans doute relevé.
2) Le défi du blanc ; Pour obtenir des pétales blancs, il faut supprimer ou inhiber les pigments bleus naturellement présents dans cette partie de la fleur. Le matériel pour existe. Il provient des gènes de I. reichenbachii introduit dans les grands iris par Paul Cook. Plus ces gènes seront nombreux et efficaces, plus les pigments anthocyaniques seront bloqués et plus on verra du blanc. Les hybrideurs arrivent à maîtriser la présence de ces gènes et, en quelque sorte, à les doser. Mais la difficulté consiste à faire en sorte que ces gènes inhibiteurs agissent au mieux sur les pétales mais ne tentent pas de déborder sur les sépales ! C'est là le troisième défi.
3) le défi de la juxtaposition ; Le tout est dans le dosage. Il arrive très souvent que la dose d'anti-pigments soit insuffisante. Dans ce cas le blanc pur ne sera pas atteint. Il restera du bleu (ou du violet) dans les côtes des pétales et au cœur de la fleur. Cela peut être très joli, mais on ne sera pas au but. A l'inverse, les gènes inhibiteurs peuvent quitter les limites des pétales et envahir les sépales. Ainsi des rayures blanches apparaîtront à partir de la base des sépales , autour des barbes, et irradieront plus ou moins loin vers les bords, les veines, elles, résistant mieux à la décoloration. Le noir et blanc parfait sera obtenu quand la décoloration des pétales sera totale et quand le « noir » des sépales aura impeccablement résisté.
On peut parler d'un quatrième défi : celui des barbes. Leur couleur ne doit pas trancher avec celle du reste de la fleur. On retiendra donc, dans la mesure du possible, les semis qui présenteront des barbes proches du noir ou, tout au moins, peu visibles. Or, pour accentuer la sensation de noir, on peut être tenté d'introduire dans les sépales un peu de rouge-brun. Mais cette teinte est obtenue en utilisant des pigments caroténoïdes qui colorent généralement les barbes dans les tons de mandarine, voire de rouge. Avec ce subterfuge on risque donc de passer du noir et blanc au tricolore, ce qui serra une autre forme d'échec.
Pour augmenter la difficulté, il ne faut pas oublier que les iris-parents que l'on va choisir sont des plantes issues de croisements nombreux et plus ou moins maîtrisés qui comportent toutes sortes de gènes qui vont venir compliquer l'opération et rendre les résultats très aléatoires. Il faut donc aussi faire une place au facteur chance !
Cela dit, à l'heure actuelle, je vois trois pistes explorées par les hybrideurs : celle qui descend de 'Midnight Moolight' initiée pat Lowell Baumunk et encore peu utilisée ; celle inventée par Richard Cayeux avec 'Noctambule', et celle qui part de 'Starring' et de ses frères de semis, créée à l'origine par Joë Ghio. Examinons le sort de ces trois souches.
La souche 'Midnight Moonlight'. Son point de départ est donc 'Midnight Moonlight' (Baumunk, 1999) qui a pour pedigree (Tempting Fate X (Twist of Fate x Ride the Wind)). L'idée de base est toute simple : partir d'une fleur où les pigments bleus sont très concentrés sur les sépales, mais où les pétales sont plus clairs et, sans doute, plus faciles à dépigmenter, et pour faciliter cette dépigmentation, une variété fortement dosée en gènes inhibiteurs. Le résultat est très proche de celui qui a été souhaité puisque les pétales sont blancs, les sépales pourpre très foncé, à peine plus clairs aux bords et sous les barbes et celles-ci, couleur moutarde, très peu visibles.
La souche 'Noctambule' (((Rebecca Perret x 88175A) x (Bal Masque x (Astrid Cayeux x Helene C.))) X (Futuriste x (In Town x Night Edition))) procède de la même idée de base : des néglectas aux sépales sombres, des amoenas (type Emma Cook essentiellement) aux pétales bien clairs, et au final 'Noctambule' (Cayeux, 2005) qui ne s'éloigne du but visé que par la présence de quelques traces des gènes inhibiteurs du bleu sur le haut des sépales. Les barbes, jaune vif, ne sont pas agressives et, d'un autre côté, avivent agréablement la fleur.
La souche 'Starring'. C'est, de loin, la plus connue et la plus utilisée. 'Starring' (Ghio, 1999) est décrit ainsi : « Pétales blancs, bras des styles blancs, crêtes liserées d'or ; sépales pourpre-noir, barbes rouge brique. » C'est le produit du croisement ((Notorious x ((Success Story x (Fancy Tales x Alpine Castle)) x ((Persian Smoke x Entourage) x ((Strawberry Sundae x (Artiste x Tupelo Honey)) x Borderline sib)))) X Romantic Evening). Il faudrait détailler les particularités de chacune des variétés entrant dans ce pedigree pour comprendre comment Joë Ghio est arrivé à un pareil résultat. Ce qui est certain c'est qu'il a obtenu quelque chose de proche de la perfection. La seule note discordante est celle de la barbe, sans doute encore trop colorée. Mais il faut aussi dire qu'elle est très discrète par la taille et qu'elle ne provoque pas l'effet tricolore. La réussite est donc indéniable, et beaucoup de ceux qui ont voulu présenter leur propre noir et blanc sont partis de là. Ajoutons que deux frères de semis de 'Starring', 'Snowed In' (1998) et 'Connection' (1999), qui possèdent donc le même patrimoine génétique, mais ne se présentent pas exactement sous le même aspect, ajoutent aux possibilités de la famille.
Alors que c'est, à mon avis, la variété la plus proche du but à atteindre, il semble que 'Midnight Moonlight' ait été le point de départ le moins utilisé. Peut-être que les hybrideurs le considèrent plus comme un aboutissement qu'un point de départ ? En fait on ne lui connaît qu'un seul descendant direct, et encore s'agit-il d'un croisement de 'Starring' et de 'Midnight Moonlight'. Son nom est 'Opposites' (un nom vraiment approprié) (S. Trio, 2013). D'apparence, c'est un sosie de 'Noctambule'.
'Noctambule' qui n'est arrivé sur le marché qu'en 2007 n'a pas eu encore le temps de donner naissance à un certain nombre de descendants. Mais je parierais qu'on en trouvera d'ici peu car il ne peut que tenter les opportunistes qui veulent avoir une place dans le domaine du noir et blanc. En attendant, Richard Cayeux a continué ses travaux sur la question et proposé 'Domino Noir' (2013), d'une origine voisine. Cet iris, issu de 'Magnetisme' (Cayeux, 2009), s'approche encore plus de l'idéal.
Venons-en à la souche 'Starring' (et 'Starring' frères). Je lui ai trouvé une quinzaine de descendants qui peuvent être classés dans le modèle. Mais il y en a bien peu, somme toute, à qui l'on peut attribuer sincèrement l'épithète « noir et blanc ». Les meilleurs sont :
'Blackberry and Cream' (Z.Seidl, 2011), malgré des traces trop violacées à la base des pétales ; 'Cosmic Celebration' (L. Painter, 2008), dont la barbe est trop rouge à mon goût ;
'Grace upon Grace' (L. Roberts, 2007), très intéressant descendant de 'Snowed In', barbes discrètes ; 'Jazz Queen' (B. Nicodemus, 2011), actuellement sans doute le meilleur ;
'Trumped' (T. Burseen, 2007), très proche du but.
A partir de 'Connection', les variétés noir et blanc sont peu nombreuses, mais on peut y classer 'Yin-Yang' (A. Chapelle, 2010), qui provient du croisement (Enjoy the Party X Connection).
Pour terminer cet aperçu, la photo que j'ai récemment reçue de 'Atoll Marin' (Marin Le May-Anfosso, 2015) (Wings of Peace X Starring) montre une fleur sans doute très proche du but. Marquant le retour à l'hybridation de la famille Anfosso, cet iris me semble plein de promesses.
Il y a eu d'autres tentatives dont je n'ai pas fait l'inventaire ici, mais la rareté des réussites démontre le niveau de difficulté auquel se confrontent les hybrideurs. C'est comme vouloir prendre un calmant pour bien s'endormir le soir, et un excitant, pour bien se réveiller le lendemain !
Illustrations :
'Midnight Moonlight'
'Domino Noir'
'Starring'
'Atoll Marin'
Un iris noir et blanc, c'est une fleur dont les sépales sont noirs (ou, admettons, violet très foncé) et les pétales vraiment blancs ; quant aux barbes, elles doivent être le plus discrètes possible, pour ne pas nuire au but recherché. Et réussir cela, c'est encore un exploit ! Parce que pour y arriver il faut triompher d'un triple défi :
1) le défi du noir ; Le noir n'est pas une couleur de fleur, à proprement parler. C'est une concentration extrême de pigments anthocyaniques. Pour obtenir un noir parfait, les hybrideurs le savent depuis longtemps, il faut que les pigments anthocyaniques, qui se logent dans le liquide interstitiel situé entre les cellules, soient le plus concentrés possible. Pour cela, on utilise la méthode le l'endogamie qui consiste à croiser deux variétés de la même couleur, selon la formule (Noir X Noir = Noir+) en ce qui concerne notre sujet. Après une multitude de croisement de ce type, on est parvenu à obtenir du noir quasiment parfait. 'Before The Storm' (Innerst, 1989 – DM 1996) a été une première approche justement récompensée. Avec 'Hello Darkness' (Schreiner, 1992 – DM 1999) on a atteint un nouveau pallier qui n'a été dépassé, peut-être, que par 'Black Suited' (Innerst, 1999). Pour le noir, le défi est sans doute relevé.
2) Le défi du blanc ; Pour obtenir des pétales blancs, il faut supprimer ou inhiber les pigments bleus naturellement présents dans cette partie de la fleur. Le matériel pour existe. Il provient des gènes de I. reichenbachii introduit dans les grands iris par Paul Cook. Plus ces gènes seront nombreux et efficaces, plus les pigments anthocyaniques seront bloqués et plus on verra du blanc. Les hybrideurs arrivent à maîtriser la présence de ces gènes et, en quelque sorte, à les doser. Mais la difficulté consiste à faire en sorte que ces gènes inhibiteurs agissent au mieux sur les pétales mais ne tentent pas de déborder sur les sépales ! C'est là le troisième défi.
3) le défi de la juxtaposition ; Le tout est dans le dosage. Il arrive très souvent que la dose d'anti-pigments soit insuffisante. Dans ce cas le blanc pur ne sera pas atteint. Il restera du bleu (ou du violet) dans les côtes des pétales et au cœur de la fleur. Cela peut être très joli, mais on ne sera pas au but. A l'inverse, les gènes inhibiteurs peuvent quitter les limites des pétales et envahir les sépales. Ainsi des rayures blanches apparaîtront à partir de la base des sépales , autour des barbes, et irradieront plus ou moins loin vers les bords, les veines, elles, résistant mieux à la décoloration. Le noir et blanc parfait sera obtenu quand la décoloration des pétales sera totale et quand le « noir » des sépales aura impeccablement résisté.
On peut parler d'un quatrième défi : celui des barbes. Leur couleur ne doit pas trancher avec celle du reste de la fleur. On retiendra donc, dans la mesure du possible, les semis qui présenteront des barbes proches du noir ou, tout au moins, peu visibles. Or, pour accentuer la sensation de noir, on peut être tenté d'introduire dans les sépales un peu de rouge-brun. Mais cette teinte est obtenue en utilisant des pigments caroténoïdes qui colorent généralement les barbes dans les tons de mandarine, voire de rouge. Avec ce subterfuge on risque donc de passer du noir et blanc au tricolore, ce qui serra une autre forme d'échec.
Pour augmenter la difficulté, il ne faut pas oublier que les iris-parents que l'on va choisir sont des plantes issues de croisements nombreux et plus ou moins maîtrisés qui comportent toutes sortes de gènes qui vont venir compliquer l'opération et rendre les résultats très aléatoires. Il faut donc aussi faire une place au facteur chance !
Cela dit, à l'heure actuelle, je vois trois pistes explorées par les hybrideurs : celle qui descend de 'Midnight Moolight' initiée pat Lowell Baumunk et encore peu utilisée ; celle inventée par Richard Cayeux avec 'Noctambule', et celle qui part de 'Starring' et de ses frères de semis, créée à l'origine par Joë Ghio. Examinons le sort de ces trois souches.
La souche 'Midnight Moonlight'. Son point de départ est donc 'Midnight Moonlight' (Baumunk, 1999) qui a pour pedigree (Tempting Fate X (Twist of Fate x Ride the Wind)). L'idée de base est toute simple : partir d'une fleur où les pigments bleus sont très concentrés sur les sépales, mais où les pétales sont plus clairs et, sans doute, plus faciles à dépigmenter, et pour faciliter cette dépigmentation, une variété fortement dosée en gènes inhibiteurs. Le résultat est très proche de celui qui a été souhaité puisque les pétales sont blancs, les sépales pourpre très foncé, à peine plus clairs aux bords et sous les barbes et celles-ci, couleur moutarde, très peu visibles.
La souche 'Noctambule' (((Rebecca Perret x 88175A) x (Bal Masque x (Astrid Cayeux x Helene C.))) X (Futuriste x (In Town x Night Edition))) procède de la même idée de base : des néglectas aux sépales sombres, des amoenas (type Emma Cook essentiellement) aux pétales bien clairs, et au final 'Noctambule' (Cayeux, 2005) qui ne s'éloigne du but visé que par la présence de quelques traces des gènes inhibiteurs du bleu sur le haut des sépales. Les barbes, jaune vif, ne sont pas agressives et, d'un autre côté, avivent agréablement la fleur.
La souche 'Starring'. C'est, de loin, la plus connue et la plus utilisée. 'Starring' (Ghio, 1999) est décrit ainsi : « Pétales blancs, bras des styles blancs, crêtes liserées d'or ; sépales pourpre-noir, barbes rouge brique. » C'est le produit du croisement ((Notorious x ((Success Story x (Fancy Tales x Alpine Castle)) x ((Persian Smoke x Entourage) x ((Strawberry Sundae x (Artiste x Tupelo Honey)) x Borderline sib)))) X Romantic Evening). Il faudrait détailler les particularités de chacune des variétés entrant dans ce pedigree pour comprendre comment Joë Ghio est arrivé à un pareil résultat. Ce qui est certain c'est qu'il a obtenu quelque chose de proche de la perfection. La seule note discordante est celle de la barbe, sans doute encore trop colorée. Mais il faut aussi dire qu'elle est très discrète par la taille et qu'elle ne provoque pas l'effet tricolore. La réussite est donc indéniable, et beaucoup de ceux qui ont voulu présenter leur propre noir et blanc sont partis de là. Ajoutons que deux frères de semis de 'Starring', 'Snowed In' (1998) et 'Connection' (1999), qui possèdent donc le même patrimoine génétique, mais ne se présentent pas exactement sous le même aspect, ajoutent aux possibilités de la famille.
Alors que c'est, à mon avis, la variété la plus proche du but à atteindre, il semble que 'Midnight Moonlight' ait été le point de départ le moins utilisé. Peut-être que les hybrideurs le considèrent plus comme un aboutissement qu'un point de départ ? En fait on ne lui connaît qu'un seul descendant direct, et encore s'agit-il d'un croisement de 'Starring' et de 'Midnight Moonlight'. Son nom est 'Opposites' (un nom vraiment approprié) (S. Trio, 2013). D'apparence, c'est un sosie de 'Noctambule'.
'Noctambule' qui n'est arrivé sur le marché qu'en 2007 n'a pas eu encore le temps de donner naissance à un certain nombre de descendants. Mais je parierais qu'on en trouvera d'ici peu car il ne peut que tenter les opportunistes qui veulent avoir une place dans le domaine du noir et blanc. En attendant, Richard Cayeux a continué ses travaux sur la question et proposé 'Domino Noir' (2013), d'une origine voisine. Cet iris, issu de 'Magnetisme' (Cayeux, 2009), s'approche encore plus de l'idéal.
Venons-en à la souche 'Starring' (et 'Starring' frères). Je lui ai trouvé une quinzaine de descendants qui peuvent être classés dans le modèle. Mais il y en a bien peu, somme toute, à qui l'on peut attribuer sincèrement l'épithète « noir et blanc ». Les meilleurs sont :
'Blackberry and Cream' (Z.Seidl, 2011), malgré des traces trop violacées à la base des pétales ; 'Cosmic Celebration' (L. Painter, 2008), dont la barbe est trop rouge à mon goût ;
'Grace upon Grace' (L. Roberts, 2007), très intéressant descendant de 'Snowed In', barbes discrètes ; 'Jazz Queen' (B. Nicodemus, 2011), actuellement sans doute le meilleur ;
'Trumped' (T. Burseen, 2007), très proche du but.
A partir de 'Connection', les variétés noir et blanc sont peu nombreuses, mais on peut y classer 'Yin-Yang' (A. Chapelle, 2010), qui provient du croisement (Enjoy the Party X Connection).
Pour terminer cet aperçu, la photo que j'ai récemment reçue de 'Atoll Marin' (Marin Le May-Anfosso, 2015) (Wings of Peace X Starring) montre une fleur sans doute très proche du but. Marquant le retour à l'hybridation de la famille Anfosso, cet iris me semble plein de promesses.
Il y a eu d'autres tentatives dont je n'ai pas fait l'inventaire ici, mais la rareté des réussites démontre le niveau de difficulté auquel se confrontent les hybrideurs. C'est comme vouloir prendre un calmant pour bien s'endormir le soir, et un excitant, pour bien se réveiller le lendemain !
Illustrations :
'Midnight Moonlight'
'Domino Noir'
'Starring'
'Atoll Marin'
19.6.15
ECHOS DU MONDE DES IRIS
Iris de Californie « made in Australia ».
John Taylor, l'hybrideur australien de renommée mondiale, spécialiste des iris de Louisiane et des iris de Californie, m'a fait parvenir quelques photos de ses dernières obtentions.
Pour le plaisir des lecteurs d'Irisenligne, en voici quelques unes.
John Taylor, l'hybrideur australien de renommée mondiale, spécialiste des iris de Louisiane et des iris de Californie, m'a fait parvenir quelques photos de ses dernières obtentions.
Pour le plaisir des lecteurs d'Irisenligne, en voici quelques unes.
HOMMAGE AUX SCHREINER'S
La firme Schreiner est la pépinière d'iris la plus importante au monde, et cela dure depuis 1925. C'est Carlos Ayento, le responsable du jardin « Brighton Park » à Chicago qui a eu l'idée de réunir, autant que cela soit possible, une photo de toutes les variétés enregistrées par l'illustre famille. Bien sûr il y a des trous dans sa collection, surtout concernant les variétés les plus anciennes, mais telle qu'elle est, c'est un magnifique hommage. Nous reprendrons ici quelques-uns de ces clichés (et quelques autres, pour exprimer aux Schreiner's toute notre reconnaissance.
Septième partie : Les années 1975/79
'By Night' (1976) (((Black Onyx x semis) x Prince Indigo) X Ecstatic Night)
'Superstition' (1977) (semis X Navy Strut)
'Stitch in Time' (1978) ((Tea Apron x Stepping Out) X (Magic Circle X Stepping Out))
'Enchanted World' (1979) ((Flaming Dragon x Pink Horizon) X (Glazed Orange x Radiant Light))
Septième partie : Les années 1975/79
'By Night' (1976) (((Black Onyx x semis) x Prince Indigo) X Ecstatic Night)
'Superstition' (1977) (semis X Navy Strut)
'Stitch in Time' (1978) ((Tea Apron x Stepping Out) X (Magic Circle X Stepping Out))
'Enchanted World' (1979) ((Flaming Dragon x Pink Horizon) X (Glazed Orange x Radiant Light))
SCÉNARIO NOIR POUR IRIS ROUGE
Fiction
PARIS, 24 mai, 16.10 (de notre correspondant particulier).
Le concours « Iris en France » vient de se terminer. Le jury s'est réuni en fin de matinée et les discussions viennent seulement de prendre fin. Rappelons que les juges sont originaires d'Australie -1-, Lettonie -1-, Italie -1- et France -2-. L'un d'entre eux a bien voulu me communiquer les notes qu'il a prises au cours des discussions. Elles démontrent combien il a été difficile de se mettre d'accord sur un palmarès.
Le dépouillement des votes a mis en évidence que cinq variétés, assez dissemblables, étaient arrivées « dans un mouchoir de poche » pour reprendre une expression populaire bien connue. En voici la description dans l'ordre de leur numéro de compétition :
13 : pétales jaune éteint, sépales blanc bleuté sous les barbes, devenant progressivement bleu vif en gagnant vers le pourtour, lequel est brun café ; barbes moutarde.
17 : Pétales et sépales blancs, cœur de la fleur rose crevette, barbes roses avec éperons mandarine. 63 : pétales blanc glacier, fin liseré bleu marine, styles blancs bordés de bleu marine ; sépale violet pourpré presque noir ; barbes tabac brun.
92 : pétales et sépales blancs, cœur infus de jaune vif, barbes jaunes.
108 : fleur uniformément rouge pompier, barbes jaune doré, peu visibles.
Après un premier tour de table où chacun s'est exprimé sur ses préférences, le n° 92, en dépit de qualités horticoles évidentes, a été classé en cinquième position, essentiellement parce que ses concurrents présentaient des coloris ou des modèles plus spectaculaires.
La variété n° 13 a été considérée comme originale mais, pour au moins deux juges, d'un coloris vulgaire et trop voyant. Les qualités végétatives de la plante ont été mises en avant par son principal soutien sans pour autant convaincre les autres juges sur l'intérêt de lui accorder une préférence. Elle se trouve classée en quatrième position.
Un second tour de table n'a pas permis de dégager une majorité en faveur de l'une ou l'autre des variétés restant en lice.
Le cas de l'iris n° 17 a fait l'objet d'une discussion très vive. En effet l'ensemble du jury s'est accordé pour dire que le modèle et le coloris de la fleur étaient tout à fait remarquable, mais la controverse a porté sur ses qualités générales : feuillage étroit et rabougri, vigueur insuffisante, nombre de boutons un peu faible. Deux juges ont insisté pour mettre en avant l'originalité de la fleur et se montrer indulgent sur les défauts végétatifs. Mais deux autres juges ont été intransigeants à ce sujet et ont fait remarquer que dans une compétition internationale, les récompenses ne peuvent aller qu'à des variétés au-dessus de tout reproche. L'avis du cinquième juge a été déterminant et, comme il s'est finalement rangé aux arguments des deux juges « sévères », le n° 17 a pris seulement la troisième place.
Une autre discussion très animée a marqué l'étude du cas n° 63. L'accord est intervenu rapidement à propos de ses qualités horticoles, mais plusieurs juges ont considéré que le coloris blanc/noir, s'il pouvait plaire à certains collectionneurs, en particulier pour sa rareté et le caractère acrobatique de son obtention, nuisait à son avenir commercial auprès des simples amateurs. Les deux juges français auraient préféré qu'on leur présente une fleur dotée de barbes mandarine ou rouges, ce qui aurait relevé l'ensemble et l'aurait rendu plus attrayant. Mais le juge letton a insisté sur le caractère exceptionnel d'une telle fleur qui réalise une association parfaite de couleurs antinomiques qui constitue une avancée majeure en matière d'hybridation ; à son point de vue, une barbe vivement colorée aurait évidemment rendu la fleur plus gaie, mais aurait nui à l'effet recherché. C'est l'avis prépondérant du Président, australien, qui a emporté la décision de donner dans un premier temps la préférence à cette variété dans le classement final.
Particulièrement intéressante a été la discussion suscitée par l'iris n° 108. A l'issue du premier tour de table il semblait que la suite des débats pouvait tourner à son avantage pour le premier prix mais les choses ne se sont pas déroulées comme cela avait l'air acquis. Le côté sensationnel de cette plante, avec une couleur inconnue jusqu'à présent, irréalisable sans le secours de la science, a, dans un premier temps, séduit les membres du jury qui étaient cependant au courant de l'origine artificielle de cette variété. Mais des interrogations se sont élevées. Un point de friction essentiel a été le suivant : peut-on accorder la préférence à une variété qui résulte d'une manipulation génétique et non pas d'un travail horticole ne faisant appel qu'à des lois naturelles et à l'habileté de l'hybrideur ? Le juge letton a été spécialement alarmiste sur cette question. A son avis laisser ce répandre ce genre de plante portait le risque d'une disparition, à terme, des iris dépourvus de gènes artificiels. Il souhaitait donc que, compte tenu de ce risque, le concurrent n° 108 soit exclu de la compétition. L'un des juges français s'est partiellement rangé à cette opinion, sans aller, toutefois jusqu'à l'exclusion. Le débat a alors rebondi car, comme l'a fait remarquer le juge italien, si l'on redoute la dispersion des gènes artificiels, on ne peut pas récompenser le porteur de ce risque. Le second juge français a été beaucoup moins alarmiste que les précédents, laissant entendre que les conséquences d'une dispersion n'étaient peut-être pas si dramatiques que ses détracteurs tendaient à le démontrer. De nouveau des hésitations se sont fait jour et un vote, à bulletins secrets, a abouti à classer en deuxième position cette plante controversée. Cependant les membres du jury convaincus du danger ont de nouveau relancé le débat et, après de longs et vigoureux échanges, un nouveau vote a eu lieu. Cette fois l'iris rouge n° 108 a été retiré de la compétition. Une motion spéciale a été ajoutée aux résultats du jugement demandant à ce que l'autorité compétente (en l'occurrence l'American iris Society qui gère ces problèmes) interdise de façon générale les manipulations génétiques. Cette décision, la première du genre vu qu'auparavant il n'y a pas eu de compétition à laquelle une variété artificielle ait participé, devrait, en quelque sorte, faire jurisprudence.
Pour mettre les choses au clair le Président a demandé un dernier vote afin d'établir un classement unanime et cohérent. Une fois révélé le nom des variétés et celui de leurs obtenteurs, le vote a donné le résultat ci-dessous :
1) N° 92, 'Ma Payse' (Jean-Jacques Castagnède, France)
2) N° 63 'Porteur de Lumière' (Thomas Montjoye, Belgique)
3) N° 17 'If you Love me' (Greg Higgins, USA)
4) N° 13 'Give me your Hand' (Joel Stanley, Australie)
le N° 108 'Krasniyanka' (Sergeï Golotchenko, Ukraine) est déclaré hors compétition.
PARIS, 24 mai, 16.10 (de notre correspondant particulier).
Le concours « Iris en France » vient de se terminer. Le jury s'est réuni en fin de matinée et les discussions viennent seulement de prendre fin. Rappelons que les juges sont originaires d'Australie -1-, Lettonie -1-, Italie -1- et France -2-. L'un d'entre eux a bien voulu me communiquer les notes qu'il a prises au cours des discussions. Elles démontrent combien il a été difficile de se mettre d'accord sur un palmarès.
Le dépouillement des votes a mis en évidence que cinq variétés, assez dissemblables, étaient arrivées « dans un mouchoir de poche » pour reprendre une expression populaire bien connue. En voici la description dans l'ordre de leur numéro de compétition :
13 : pétales jaune éteint, sépales blanc bleuté sous les barbes, devenant progressivement bleu vif en gagnant vers le pourtour, lequel est brun café ; barbes moutarde.
17 : Pétales et sépales blancs, cœur de la fleur rose crevette, barbes roses avec éperons mandarine. 63 : pétales blanc glacier, fin liseré bleu marine, styles blancs bordés de bleu marine ; sépale violet pourpré presque noir ; barbes tabac brun.
92 : pétales et sépales blancs, cœur infus de jaune vif, barbes jaunes.
108 : fleur uniformément rouge pompier, barbes jaune doré, peu visibles.
Après un premier tour de table où chacun s'est exprimé sur ses préférences, le n° 92, en dépit de qualités horticoles évidentes, a été classé en cinquième position, essentiellement parce que ses concurrents présentaient des coloris ou des modèles plus spectaculaires.
La variété n° 13 a été considérée comme originale mais, pour au moins deux juges, d'un coloris vulgaire et trop voyant. Les qualités végétatives de la plante ont été mises en avant par son principal soutien sans pour autant convaincre les autres juges sur l'intérêt de lui accorder une préférence. Elle se trouve classée en quatrième position.
Un second tour de table n'a pas permis de dégager une majorité en faveur de l'une ou l'autre des variétés restant en lice.
Le cas de l'iris n° 17 a fait l'objet d'une discussion très vive. En effet l'ensemble du jury s'est accordé pour dire que le modèle et le coloris de la fleur étaient tout à fait remarquable, mais la controverse a porté sur ses qualités générales : feuillage étroit et rabougri, vigueur insuffisante, nombre de boutons un peu faible. Deux juges ont insisté pour mettre en avant l'originalité de la fleur et se montrer indulgent sur les défauts végétatifs. Mais deux autres juges ont été intransigeants à ce sujet et ont fait remarquer que dans une compétition internationale, les récompenses ne peuvent aller qu'à des variétés au-dessus de tout reproche. L'avis du cinquième juge a été déterminant et, comme il s'est finalement rangé aux arguments des deux juges « sévères », le n° 17 a pris seulement la troisième place.
Une autre discussion très animée a marqué l'étude du cas n° 63. L'accord est intervenu rapidement à propos de ses qualités horticoles, mais plusieurs juges ont considéré que le coloris blanc/noir, s'il pouvait plaire à certains collectionneurs, en particulier pour sa rareté et le caractère acrobatique de son obtention, nuisait à son avenir commercial auprès des simples amateurs. Les deux juges français auraient préféré qu'on leur présente une fleur dotée de barbes mandarine ou rouges, ce qui aurait relevé l'ensemble et l'aurait rendu plus attrayant. Mais le juge letton a insisté sur le caractère exceptionnel d'une telle fleur qui réalise une association parfaite de couleurs antinomiques qui constitue une avancée majeure en matière d'hybridation ; à son point de vue, une barbe vivement colorée aurait évidemment rendu la fleur plus gaie, mais aurait nui à l'effet recherché. C'est l'avis prépondérant du Président, australien, qui a emporté la décision de donner dans un premier temps la préférence à cette variété dans le classement final.
Particulièrement intéressante a été la discussion suscitée par l'iris n° 108. A l'issue du premier tour de table il semblait que la suite des débats pouvait tourner à son avantage pour le premier prix mais les choses ne se sont pas déroulées comme cela avait l'air acquis. Le côté sensationnel de cette plante, avec une couleur inconnue jusqu'à présent, irréalisable sans le secours de la science, a, dans un premier temps, séduit les membres du jury qui étaient cependant au courant de l'origine artificielle de cette variété. Mais des interrogations se sont élevées. Un point de friction essentiel a été le suivant : peut-on accorder la préférence à une variété qui résulte d'une manipulation génétique et non pas d'un travail horticole ne faisant appel qu'à des lois naturelles et à l'habileté de l'hybrideur ? Le juge letton a été spécialement alarmiste sur cette question. A son avis laisser ce répandre ce genre de plante portait le risque d'une disparition, à terme, des iris dépourvus de gènes artificiels. Il souhaitait donc que, compte tenu de ce risque, le concurrent n° 108 soit exclu de la compétition. L'un des juges français s'est partiellement rangé à cette opinion, sans aller, toutefois jusqu'à l'exclusion. Le débat a alors rebondi car, comme l'a fait remarquer le juge italien, si l'on redoute la dispersion des gènes artificiels, on ne peut pas récompenser le porteur de ce risque. Le second juge français a été beaucoup moins alarmiste que les précédents, laissant entendre que les conséquences d'une dispersion n'étaient peut-être pas si dramatiques que ses détracteurs tendaient à le démontrer. De nouveau des hésitations se sont fait jour et un vote, à bulletins secrets, a abouti à classer en deuxième position cette plante controversée. Cependant les membres du jury convaincus du danger ont de nouveau relancé le débat et, après de longs et vigoureux échanges, un nouveau vote a eu lieu. Cette fois l'iris rouge n° 108 a été retiré de la compétition. Une motion spéciale a été ajoutée aux résultats du jugement demandant à ce que l'autorité compétente (en l'occurrence l'American iris Society qui gère ces problèmes) interdise de façon générale les manipulations génétiques. Cette décision, la première du genre vu qu'auparavant il n'y a pas eu de compétition à laquelle une variété artificielle ait participé, devrait, en quelque sorte, faire jurisprudence.
Pour mettre les choses au clair le Président a demandé un dernier vote afin d'établir un classement unanime et cohérent. Une fois révélé le nom des variétés et celui de leurs obtenteurs, le vote a donné le résultat ci-dessous :
1) N° 92, 'Ma Payse' (Jean-Jacques Castagnède, France)
2) N° 63 'Porteur de Lumière' (Thomas Montjoye, Belgique)
3) N° 17 'If you Love me' (Greg Higgins, USA)
4) N° 13 'Give me your Hand' (Joel Stanley, Australie)
le N° 108 'Krasniyanka' (Sergeï Golotchenko, Ukraine) est déclaré hors compétition.
12.6.15
ECHOS DU MONDE DES IRIS
FRANCIRIS 2015 / Prix du public
Gérard Raffaelli m'apprend que le prix du public du Concours FRANCIRIS 2015 a été décerné à
'Barbe Noire' (Cayeux, 2013) tout comme le Grand Prix du Concours lui-même. En deuxième position :
'Ferragosto' (Montanari, 2008) et en troisième,
'Caresse d'un Soir' (Chapelle, 2010).
Encore un triomphe pour les Européens.
Gérard Raffaelli m'apprend que le prix du public du Concours FRANCIRIS 2015 a été décerné à
'Barbe Noire' (Cayeux, 2013) tout comme le Grand Prix du Concours lui-même. En deuxième position :
'Ferragosto' (Montanari, 2008) et en troisième,
'Caresse d'un Soir' (Chapelle, 2010).
Encore un triomphe pour les Européens.
HOMMAGE AUX SCHREINER'S
La firme Schreiner est la pépinière d'iris la plus importante au monde, et cela dure depuis 1925. C'est Carlos Ayento, le responsable du jardin « Brighton Park » à Chicago qui a eu l'idée de réunir, autant que cela soit possible, une photo de toutes les variétés enregistrées par l'illustre famille. Bien sûr il y a des trous dans sa collection, surtout concernant les variétés les plus anciennes, mais telle qu'elle est, c'est un magnifique hommage.
Nous reprendrons ici quelques-uns de ces clichés (et quelques autres, pour exprimer aux Schreiner's toute notre reconnaissance.
Sixième partie : Les années 1970/74
'Night Owl' (1970) (Prince Indigo X Nightside)
'Gigi' (1971) (Magic Circle X Stepping Out)
'Brook Flower' (1973) (deux semis non dénommés)
'Gay Parasol' (1974) (semis Davis de Melodrama X Margarita)
Nous reprendrons ici quelques-uns de ces clichés (et quelques autres, pour exprimer aux Schreiner's toute notre reconnaissance.
Sixième partie : Les années 1970/74
'Night Owl' (1970) (Prince Indigo X Nightside)
'Gigi' (1971) (Magic Circle X Stepping Out)
'Brook Flower' (1973) (deux semis non dénommés)
'Gay Parasol' (1974) (semis Davis de Melodrama X Margarita)
BLUEYED BRUNETTE (FDM)
Plutôt que pour une banale description, je choisis pour ces « Fleur du Mois » une variété avec laquelle j'ai vécu une histoire. 'Blueyed Brunette' n'échappe pas à cette règle. 'Blueyed Brunette' (Charles Hall, 1962) est entré dans ma collection à un moment où, comme pratiquement tous les collectionneurs, j'ai éprouvé le besoin d'ajouter à mes iris, jusque là très classiques, quelque chose de plus original ou qui, plus simplement, sortait un peu de l'ordinaire. Le fait que ce soit une variété d'origine anglaise, qu'elle ait obtenu la Médaille de Dykes britannique, qu'elle apparaisse dans le catalogue de Lawrence Ransom sous une description flatteuse, m'a fait pencher en sa faveur. Elle a fleuri dès son premier printemps en Touraine et s'est montrée fidèle et vigoureuse. Elle a montré ses jolies petites fleurs couleur tabac, toute simples, pendant de nombreuses années, jusqu'au jour où, je le regrette aujourd'hui, à l'occasion d'une transplantation, j'ai jugé bon de ne pas la réintroduire dans ma collection rénovée. A l'époque j'avais plus d'attirance pour les iris aux fleurs modernes, ondulées et frisées, et chez Ghio ou Schreiner il y avait alors des variétés couleur tabac qui correspondaient à ces choix. 'Blueyed Brunette a donc disparu à ce moment. Ce fut une décision funeste, je le reconnais aujourd'hui. Même que, si j'avais eu quelques décennies de moins, j'aurais pu qualifier ça d'erreur de jeunesse !
'Blueyed Brunette' résulte du croisement (Quechee X Carnton), deux variétés dans les tons de brun, issues elle-même d'une série d'iris bruns. 'Quechee' (Knowlton, 1947) a été assez recherché en hybridation, 'Carnton' (Wills, 1950) un peu moins. Charles Hall, du même croisement, a enregistré deux autres iris bruns : 'Redbourne' (1965), et 'Royal Oak' (1962). Ces deux-là n'ont pas eu une destinée aussi flatteuse que celle de leur frère de semis. Mais un autre enfant de 'Quechee' est aussi venu sur le devant de la scène. C'est 'Muriel Neville' (Fothergill, 1963) qui a obtenu à son tour la British Dykes Medal en 1973. Enfin notons que 'Quechee' figure dans le pedigree de 'Fortunate Son' (Schreiner, 2006, preuve s'il en est besoin qu'il n'est pas encore complètement oublié. Tout ceci est le signe que ce 'Quechee' avait un excellent potentiel génétique. De son côté 'Carnton' dont les descendants sont bien moins nombreux, est à l'origine de 'Natchez Trace' (Wills, 1964), un autre brun très apprécié en son temps et qui figure toujours dans de nombreuses collections.
Le registre mondial des variétés de grands iris ne comporte pas de descendant connu de 'Blueyed Brunette'. Il est vrai que ce cultivar, issu d'une longue lignée d'iris bruns, ne pouvait guère laisser espérer une possible amélioration de ses qualités. Ce n'est pas le cas de ses deux frères de semis. 'Redbourne' a donné naissance à 'Brigand' (C. Hall, 1971), un autre brun. Quant à 'Royal Oak', sa descendance est plus importante et comprend quelques bruns intéressants comme 'Audley' (C. Hall, 1974), brun clair, ou 'Sienna' (C. Hall, 1974), brun foncé. Ces variétés font partie des derniers enregistrements de leur obtenteur.
S'il est encore possible de se procurer ce 'Blueyed Brunette', je le conseille vivement à ceux qui aiment les iris au charme un peu désuet, qui portent des petites fleurs sans fioritures (tailored and dainty, comme ont dit outre-manche). Je me dis chaque année que j'aurais bien du le garder !
Illustrations :
'Blueyed Brunette'
'Quechee'
'Muriel Neville'
'Natchez Trace'
'Blueyed Brunette' résulte du croisement (Quechee X Carnton), deux variétés dans les tons de brun, issues elle-même d'une série d'iris bruns. 'Quechee' (Knowlton, 1947) a été assez recherché en hybridation, 'Carnton' (Wills, 1950) un peu moins. Charles Hall, du même croisement, a enregistré deux autres iris bruns : 'Redbourne' (1965), et 'Royal Oak' (1962). Ces deux-là n'ont pas eu une destinée aussi flatteuse que celle de leur frère de semis. Mais un autre enfant de 'Quechee' est aussi venu sur le devant de la scène. C'est 'Muriel Neville' (Fothergill, 1963) qui a obtenu à son tour la British Dykes Medal en 1973. Enfin notons que 'Quechee' figure dans le pedigree de 'Fortunate Son' (Schreiner, 2006, preuve s'il en est besoin qu'il n'est pas encore complètement oublié. Tout ceci est le signe que ce 'Quechee' avait un excellent potentiel génétique. De son côté 'Carnton' dont les descendants sont bien moins nombreux, est à l'origine de 'Natchez Trace' (Wills, 1964), un autre brun très apprécié en son temps et qui figure toujours dans de nombreuses collections.
Le registre mondial des variétés de grands iris ne comporte pas de descendant connu de 'Blueyed Brunette'. Il est vrai que ce cultivar, issu d'une longue lignée d'iris bruns, ne pouvait guère laisser espérer une possible amélioration de ses qualités. Ce n'est pas le cas de ses deux frères de semis. 'Redbourne' a donné naissance à 'Brigand' (C. Hall, 1971), un autre brun. Quant à 'Royal Oak', sa descendance est plus importante et comprend quelques bruns intéressants comme 'Audley' (C. Hall, 1974), brun clair, ou 'Sienna' (C. Hall, 1974), brun foncé. Ces variétés font partie des derniers enregistrements de leur obtenteur.
S'il est encore possible de se procurer ce 'Blueyed Brunette', je le conseille vivement à ceux qui aiment les iris au charme un peu désuet, qui portent des petites fleurs sans fioritures (tailored and dainty, comme ont dit outre-manche). Je me dis chaque année que j'aurais bien du le garder !
Illustrations :
'Blueyed Brunette'
'Quechee'
'Muriel Neville'
'Natchez Trace'
TOUT PETIT PETIT
Le chapitre sur les iris MDB (Miniature Dwarf Beardeds) de « The World of Irises » commence comme ceci : « Lorsque la vue du premier crocus va signifier pour la plupart des gens le retour du printemps, c'est la vue du premier iris nain miniature qui va vouloir dire « printemps » pour les amis des iris. Les premiers des iris barbus à fleurir, les MDB, annoncent la saison si impatiemment attendue pendant le long hiver (...) » C'est, ma foi, fort bien dit ! En effet ces tout petits iris sont effectivement les premiers à fleurir, et ceux qui en possèdent vont se sentir tout ragaillardis quand ils vont les apercevoir. Petits ils sont, c'est certain, puisque leur hauteur, officiellement, ne doit pas excéder 21cm., avec des tiges qui peuvent être plusieurs mais sans pousses latérales, et des fleurs qui, pour respecter de bonnes proportions, n'auront pas plus de 7,5cm de large. Leur précocité n'incite pas à les placer en bordure d'iris de haute tailles puisqu'ils ne seront pas fleuris simultanément, mais ils seront tout à fait à leur place en compagnie d'autres fleurs hâtives près desquelles leur relative raideur donnera de la structure à l'ensemble du massif. Dit ainsi, cela n'incitera pas l'amateur à constituer des bordures complètes de MDB ou à rassembler une collection abondante de ces petites fleurs. On peut être néanmoins tenté d'en réunir un certain nombre,ne serait-ce que pour se faire une idée de la variété des couleurs et des modèles.
Les tout premiers MDB étaient en général violets, gris-bleu, jaunes ou blancs. C'était surtout les hybrideurs européens qui s'intéressaient à eux. Ce fut le cas des allemands Goes & Koenemann, de l'anglais Carpane, du hollandais van Tubergen et surtout des français Millet et André. De ce dernier on connaît encore les petits 'Lieutenant de Chavagnac' et 'Jean Siret', qui datent de 1926 et ont fait le tour du monde. Ces deux-là ainsi que les autres MDB de leur époque était issus de l'espèce I. chamaeiris croisée avec I. olbiensis ou I. italica. L'analyse chromosomique effectuée plus tard a confirmé cette origine. I. pumila, un peu plus grand, mais très voisin, et tétraploïde, fait aussi partie du panel génétique des MDB et d'ailleurs c'est de cette espèce qu'est parti le travail de Paul Cook, aux USA, au milieu des années 1940, dont on peut dire qu'il a été fondateur des MDB que nous connaissons aujourd'hui.
Quelles que soient leurs qualités horticoles, les iris nains miniatures n'ont pas rencontré un grand succès au début de leur existence, ni de la part des obtenteurs, ni, surtout, des amateurs ; de sorte que leur développement a été très lent et qu'ils restent la moins recherchée de toutes les classes. Ainsi en l'année 2000 y a-t-il eu l'enregistrement de 525 grands iris (TB) mais seulement de 9 iris nains miniature (MDB).
Malgré le peu d'engouement pour ces iris, les hybrideurs ont réussi à obtenir des variétés de très nombreux coloris : unicolores bleu, violet, pourpre, brun, rose, orange, jaune, blanc ; bicolores, amoenas (et même amoenas inversés), neglectas, plicatas, variegatas... Le choix mondial est, finalement, plutôt vaste, mais en France il est en revanche exceptionnellement limité ! Seule la Maison Cayeux offre un choix remarquable, avec 33 variétés présentées, toutes américaines ; chez Iris en Provence, en cherchant bien, on trouvera 'Pokemon' (G. Sutton, 2000), classé parmi les « iris de rocaille ». Enfin à la Ferme des Iris il y a deux variétés obtenues par le franco-hollandais Loïc Tasquier.
Il fut un temps, au début de son activité commerciale, où Lawrence Ransom offrait une belle collection de MDB, mais elle a très vite disparu. C'est pourtant lui, et son compère Jean Peyrard, qui ont hybridé chez nous cette classe d'iris avec le plus de constance et le goût de l'exceptionnel qui les caractérise. A eux deux, à partir de 1991, ils ont enregistré une douzaine de variétés, souvent très originales et propres à exciter la curiosité des collectionneurs. Chez Ransom cela à commencé par 'A Gogo' (1992), un tout petit jaune pâle à barbes blanches, suivi de 'Dekho' (1993), fils de Hocus Pokus x Eyebright, d'un étrange coloris jaune verdâtre et acajou. Jean Peyrard s'est essayé avec 'Soueich' (1991), dans les tons de jaune, obtenu à partir de graines échangées avec la BIS. Sa plus belle réussite sera 'Passion Bleue' (1994), violet aux sépales presque noirs. Lawrence Ransom a poursuivi son travail jusqu'à une date récente puisque l'on découvre 'Quota' en 2008 puis 'Tilleul' en 2010. Pour être complet sur ce qui se fait en France en la matière, il faut parler des deux variétés enregistrées par Loïc Tasquier, 'Bijtje' (2009) et 'Wheety' (2010) et, pour finir, le MDB de Michèle Bersillon 'Fauviste', de 2011.
Au vu de ce qui précède on peut dire que notre pays est bien placé en matière de MDB, ce qui démontre que ce n'est pas l'espérance de ventes faramineuses qui pousse nos hybrideurs à travailler sur ces iris, mais l'envie et la curiosité. Pour cela ils méritent nos encouragements. Espérons qu'ils continuent car, rien que pour le plaisir, le jeu en vaut la chandelle.
Illustrations :
'Enfant Terrible' (Ransom, 2007) ;
'Punk' (Ransom, 1998) ;
'Quota' (Ransom, 2008) ;
'Bijtje' (Tasquier, 2009).
Les tout premiers MDB étaient en général violets, gris-bleu, jaunes ou blancs. C'était surtout les hybrideurs européens qui s'intéressaient à eux. Ce fut le cas des allemands Goes & Koenemann, de l'anglais Carpane, du hollandais van Tubergen et surtout des français Millet et André. De ce dernier on connaît encore les petits 'Lieutenant de Chavagnac' et 'Jean Siret', qui datent de 1926 et ont fait le tour du monde. Ces deux-là ainsi que les autres MDB de leur époque était issus de l'espèce I. chamaeiris croisée avec I. olbiensis ou I. italica. L'analyse chromosomique effectuée plus tard a confirmé cette origine. I. pumila, un peu plus grand, mais très voisin, et tétraploïde, fait aussi partie du panel génétique des MDB et d'ailleurs c'est de cette espèce qu'est parti le travail de Paul Cook, aux USA, au milieu des années 1940, dont on peut dire qu'il a été fondateur des MDB que nous connaissons aujourd'hui.
Quelles que soient leurs qualités horticoles, les iris nains miniatures n'ont pas rencontré un grand succès au début de leur existence, ni de la part des obtenteurs, ni, surtout, des amateurs ; de sorte que leur développement a été très lent et qu'ils restent la moins recherchée de toutes les classes. Ainsi en l'année 2000 y a-t-il eu l'enregistrement de 525 grands iris (TB) mais seulement de 9 iris nains miniature (MDB).
Malgré le peu d'engouement pour ces iris, les hybrideurs ont réussi à obtenir des variétés de très nombreux coloris : unicolores bleu, violet, pourpre, brun, rose, orange, jaune, blanc ; bicolores, amoenas (et même amoenas inversés), neglectas, plicatas, variegatas... Le choix mondial est, finalement, plutôt vaste, mais en France il est en revanche exceptionnellement limité ! Seule la Maison Cayeux offre un choix remarquable, avec 33 variétés présentées, toutes américaines ; chez Iris en Provence, en cherchant bien, on trouvera 'Pokemon' (G. Sutton, 2000), classé parmi les « iris de rocaille ». Enfin à la Ferme des Iris il y a deux variétés obtenues par le franco-hollandais Loïc Tasquier.
Il fut un temps, au début de son activité commerciale, où Lawrence Ransom offrait une belle collection de MDB, mais elle a très vite disparu. C'est pourtant lui, et son compère Jean Peyrard, qui ont hybridé chez nous cette classe d'iris avec le plus de constance et le goût de l'exceptionnel qui les caractérise. A eux deux, à partir de 1991, ils ont enregistré une douzaine de variétés, souvent très originales et propres à exciter la curiosité des collectionneurs. Chez Ransom cela à commencé par 'A Gogo' (1992), un tout petit jaune pâle à barbes blanches, suivi de 'Dekho' (1993), fils de Hocus Pokus x Eyebright, d'un étrange coloris jaune verdâtre et acajou. Jean Peyrard s'est essayé avec 'Soueich' (1991), dans les tons de jaune, obtenu à partir de graines échangées avec la BIS. Sa plus belle réussite sera 'Passion Bleue' (1994), violet aux sépales presque noirs. Lawrence Ransom a poursuivi son travail jusqu'à une date récente puisque l'on découvre 'Quota' en 2008 puis 'Tilleul' en 2010. Pour être complet sur ce qui se fait en France en la matière, il faut parler des deux variétés enregistrées par Loïc Tasquier, 'Bijtje' (2009) et 'Wheety' (2010) et, pour finir, le MDB de Michèle Bersillon 'Fauviste', de 2011.
Au vu de ce qui précède on peut dire que notre pays est bien placé en matière de MDB, ce qui démontre que ce n'est pas l'espérance de ventes faramineuses qui pousse nos hybrideurs à travailler sur ces iris, mais l'envie et la curiosité. Pour cela ils méritent nos encouragements. Espérons qu'ils continuent car, rien que pour le plaisir, le jeu en vaut la chandelle.
Illustrations :
'Enfant Terrible' (Ransom, 2007) ;
'Punk' (Ransom, 1998) ;
'Quota' (Ransom, 2008) ;
'Bijtje' (Tasquier, 2009).
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