14.8.15

HOMMAGE AUX SCHREINER'S

La firme Schreiner est la pépinière d'iris la plus importante au monde, et cela dure depuis 1925. C'est Carlos Ayento, le responsable du jardin « Brighton Park » à Chicago qui a eu l'idée de réunir, autant que cela soit possible, une photo de toutes les variétés enregistrées par l'illustre famille. Bien sûr il y a des trous dans sa collection, surtout concernant les variétés les plus anciennes, mais telle qu'elle est, c'est un magnifique hommage. Nous reprendrons ici quelques-uns de ces clichés (et quelques autres, pour exprimer aux Schreiner's toute notre reconnaissance.

Quatorzième partie : Les années 2010/14

'Twilight Rapture' (2010) ((((((Michele Taylor x (Silver Shower x Fabulous Frills)) x Sparkling Dew) x (Startler x Laced Cotton sib)) x (Song of Angels x (Titan’s Glory x Mt. Olympus))) x Good Looking) X Burst of Joy sib)

'Italic Light' (2012) (Wild Irish Rose X (Sentimental Mood x (Visual Arts x ((( (Crinkled Beauty x ((((Midwest Gem x Chantilly) x semis) x (Casa Morena x semis)) x ((Etude x semis) x Crinkled Ribbon sib))) x Lilac Supreme) x ((Amethyst Flame x Silvertone) x Lilac Supreme)) x Fond Wish))))

'Downtown Brown' (2013) ((Cote d’Or sib x Golden Ecstasy) X Blushing Kiss)

'Damsel in A Dress' (2014) ((Last Chance x D 119-A: (Mariah x Z 63-A: (Braekers x T 283-1: (Land io'Lakes x Pledge Allegiance)))) X Starship Enterprise.

LE COCKTAIL CALIFORNIEN

On parle peu des iris de Californie. Des plantes qui, jusqu'à une date récente, restaient confidentielles et réservées à la zone dont elles sont originaires et à quelques endroits où le climat leur convient. L'intérêt pour ces iris a cru depuis le début des années 2000 : au cours de la décennie 2001/2010, une moyenne de 27 variétés nouvelles a été enregistrée chaque année, soit environ 2 % du nombre total des enregistrements. Ce n'est évidemment pas beaucoup, mais c'est tout de même une belle performance quand on connaît les exigences de ces plantes.

Ces hybrides sont d'apparition assez récente. Disons qu'ils sont apparus dans les années 1930. Pas aux États-Unis d'ailleurs, mais en Grande-Bretagne. Au début ce furent des espèces botaniques qui ont été utilisées, puis des croisements interspécifiques sont intervenus, dans le but de réunir les qualités de différentes espèces, toutes natives de la côte Ouest, entre l’État de Washington et celui de Californie.

On s'accorde pour dire que le cocktail actuel est composé d'une douzaine d'espèces, mais il y en a quatre qui ont été majoritairement utilisées :
    I. douglasiana : C'est une espèce robuste, vigoureuse et florifère, qui est plutôt résistante au gel et qui n'est pas regardante sur la nature du sol dans lequel elle est plantée. Elle constitue de fortes touffes de feuilles persistantes d'où s'élèvent des tiges florales de 30 à 50 cm de haut.
    I. innominata : Offre à peu près les mêmes exigences que le précédent en matière de résistance mais est plus sensible à la nature du substrat où elle pousse, car il lui faut un sol acide, riche et bien drainé.  
    I. tenax : Peut être comparé aux deux précédentes en matière de besoins, mais ses fleurs, uniques sur leur tige, mais dans un large spectre de couleurs (jaune, mauve, violet et bleu).
    I. munzii : Pousse à l'ombre et dans un sol humide ; craint le gel ; ses hampes florales hautes d'environ 50cm donnent dans les tons de bleu et de violet, avec des fleurs ondulées.

 Le résultat est un hybride au feuillage persistant, long et étroit, avec la formation rapide de fortes touffes, qui préfèrent les sols acides et bien drainés, couvertes à la floraison de nombreuses fleurs généralement rondes, d'environ 8cm de diamètre, dans un choix remarquable de couleurs et de modèles.

Voilà pour présenter la plante. Mais qu'en disent ceux qui les connaissent le mieux ? Petit tour chez les spécialistes.

Culture :
Jean Peyrard (in Iris et Bulbeuses n° 111 – hiver 1993) « Ils peuvent être cultivés pratiquement partout en France à partir du moment où les étés sont chauds et assez secs, les sols légers et bien drainés. Une couverture de neige ou de feuilles sèches est importante se les hivers sont très froids. Les hybrides présentent des couleurs très variables et leur qualité est bien meilleure que celles des hybrides des autres groupes d'iris. La meilleure solution pour obtenir rapidement des touffes est le semis. »  
Graeme Grosvenor (in Iris, flower of the rainbow) « La multiplication par division des touffes est difficile et bien des désillusions surviennent au cours des transplantations. Il faut prendre soin de ne replanter que des jeunes divisions et seulement quand les nouvelles racines blanches se forment à la fin de l'automne ou au début de l'hiver. Pour déplacer des plantes sur une certaine distance les divisions prises doivent être grosses, avec beaucoup de jeunes pousses, et il faut les transporter humides en les enveloppant dans du papier buvard ou de la mousse. Le fait que les PCI, dans leur totalité, rejettent l'idée de déplacement fait de la division et de la multiplication de variétés dénommées une aventure frustrante et souvent désastreuse. Mais s'il est relativement décevant de tenter la division ou le repiquage de ces iris, on peut facilement les obtenir par semis. »
Jean-Claude Jacob (dans un courrier personnel) « La nécessité de diviser en période de croissance limite considérablement la durée maximale entre l’arrachage et la plantation : en enrobant les racines avec du papier humide dès l’arrachage, un maximum de 48 h est possible : la SPCNI préconise un arrachage en début de semaine, une expédition immédiate par les transporteurs les plus rapides, et une plantation dès réception. Cela exclut totalement l’exportation vers l’Europe à partir des U.S.A. Quand je fais mes divisions, je les mets en godets dans les minutes qui suivent l’arrachage. Je préfère une mise en godets à l’automne et une plantation définitive au printemps. Cette année je vais essayer la division avec plantation immédiate en pleine terre, pour mettre en multiplication les sujets les plus intéressants issus des semis. Dans les régions où le sol ou le climat ne permettent pas la culture en pleine terre, il est possible de les cultiver en pots que l’on peut protéger pendant l’hiver.”

Horticulture :
Graeme Grosvenor (in Iris, flower of the rainbow) « Les iris de Californie possèdent 2n=40 chromosomes, le même nombre que chez les iris sino-sibériens et des croisements interspécifiques ont été réalisés (…). Ces Cal-Sib, comme on les appelle, sont de bonnes plantes de jardin, mais aucun de ceux que j'ai vus n'arrive pour la beauté au niveau des hybrides de Californie. »
Jean-Claude Jacob (dans un courrier personnel) "Je conteste formellement l'appréciation de Graeme Grosvenor sur les Cal-Sibe (...) Ils supportent également des conditions de tempérarture qui permettent leur culture partout en France." 

 Histoire :
Claire Austin (in Irises, a gardener's encyclopedia) « Un des premiers hybrideurs à travailler avec les PCI fut Lee Lenz (…). Au cours de la première moitié du XXeme siècle il fit la collecte de plantes dans la nature et introduisit de nombreux croisements. Marjorie Brummitt en Angleterre introduisit aussi 32 variétés entre 1955 et 1982, dont le nom est habituellement précédé du mot « Banbury ». Aujourd'hui Joe Ghio, de Californie, fait tout ce qu'il peut pour attirer l'attention du public sur les hybrides de Californie. Depuis 1995, il a mis sur le marché (de nombreux) PCI, en plus de beaucoup d'autres types d'iris. Il est malheureux que, malgré tout, bien qu'il y ait des centaines de variétés enregistrées mises sur le marché, les PCI ne soient pas vraiment disponibles (…). » 
« La Sidney B. Mitchell Medal est la récompense du plus haut niveau instituée par l'AIS pour les PCI. Mitchell fut le premier président de la Société d'Horticulture de Californie, auteur de livres sur le jardinage, et l'un des premiers à utiliser les PCI pour l'aménagement d'un jardin. » 
Utilisation :
 Jean Witt (in « Almanac » - bulletin de la Society for Pacific Coast Irises – Automne 2000) « Il y a plusieurs raisons pour lesquelles j'aime les PCI : 
    - Ce sont des plantes idéales pour un jardin en sol humide. Je peux les mettre dans n'importe quel coin du jardin, là où ne va pas le tuyau d'arrosage ; 
    - Leur feuillage persistant reste vert toute l'année ; 
    - J'ai pour deux mois de fleurs grâce à la succession des espèces : d'abord les I. tenax et I. innominata, puis I. douglasiana ensuite ; 
    - Les fleurs, de petite taille, constituent des bouquets exquis, même si chaque fleur dure moins longtemps que celles des iris de Hollande ; 
    - Les capsules contenant les graines, ivoire et brun-roux, sont aussi jolies que les fleurs en bouquets secs ; 
    - Les touffes n'ont pas besoin d'être divisées aussi souvent que celles des iris barbus, et la division peut être retardée en séparant une partie de la touffe chaque année, vous trouverez toujours des gens autour de vous intéressés par des morceaux à replanter ; 
    - Ils se reproduisent par graine tellement facilement qu'il n'y a pas besoin de polliniser manuellement pour obtenir de belles plantes, si c'est pour obtenir simplement des plantes des jardin, pas pour avoir des variétés que l'on veut enregistrer. »

Que dire de plus ? Chacun se fera son opinion en fonction des ces avis éclairés. Pour ma part je vois dans ces iris d'agréables plantes de jardin que l'on peut se fabriquer soi-même, à sa guise. Mais, à l'inverse de ce qui se passe avec les iris barbus et les iris sans barbes comme ceux de Sibérie ou de Louisiane, leur transport et leur commercialisation reste délicats.

 Illustrations : 


- semis Jacob 310/12-4


- semis Jacob de 'Lines that Rhyme' (Ghio, 2002)


- 'Canyon Snow' (Emery, 1974)


- Vue générale

LA SEMAINE PROCHAINE...

La semaine prochaine, analyse et commentaires de la distribution des prix américains de 2015. Avec plein de photos.

7.8.15

HOMMAGE AUX SCHREINER'S

La firme Schreiner est la pépinière d'iris la plus importante au monde, et cela dure depuis 1925. C'est Carlos Ayento, le responsable du jardin « Brighton Park » à Chicago qui a eu l'idée de réunir, autant que cela soit possible, une photo de toutes les variétés enregistrées par l'illustre famille. Bien sûr il y a des trous dans sa collection, surtout concernant les variétés les plus anciennes, mais telle qu'elle est, c'est un magnifique hommage. Nous reprendrons ici quelques-uns de ces clichés (et quelques autres, pour exprimer aux Schreiner's toute notre reconnaissance. 

 Treizième partie : Les années 2005/2009 



'Sambuca Rosa' (2005) (Outrageous Fortune X Festive Mood) 

'County Cork' (2006) ((Starlight Express x Salmon Band) X Magical Encounter) 



'Royal Snowcap' (2007) (Fit for a King X Parvin’s Pinot) 



'June Krausse' (2009) ((Celebration Song x Presence) X Wild Irish Rose)

ECHOS DU MONDE DES IRIS

En Russie 

Surprise. Sur le mur de l'église orthodoxe de la petite ville d'Ouglitch, au nord de Moscou : un iris de céramique !



DEUX CRÉATEURS DISPARUS

1) HAROLD STAHLY

 A près de 90 ans, Harold Stahly s'en est allé au mois de janvier dernier. Il ne faisait pas partie à proprement parler des ténors de l'hybridation, mais son nom dit forcément quelque chose à un grand nombre d'amateurs et de collectionneurs.

Le Midwest américain a longtemps été un des hauts lieux de l'hybridation. Maintenant, le royaume des iris à changé de capitale et si on parle surtout de Salem (Oregon) ou de Stockton (Californie), pendant des décennies on s'intéressait surtout aux Etats d'Illinois, de Nebraska et de Missouri. Originaires ou installés dans cette région j'ai compté une bonne douzaine d'hybrideurs bien connus : Allan Ensminger, Charles Reckamp, Clarence Blocher, Chet Tompkins, David Hall, David Niswonger, Eva Faught, Georgia Hinkle, Helen Reynolds, Lawrence Gaulter, Nathan Rudolph, Orville Fay, Paul Cook et, bien sûr, les frères Sass ! A cette liste il faut ajouter, Steve Varner et Harold Stahly.

Harold Stahly était enseignant. Il était entré en fonction après son temps chez les militaires en qualité de technicien radio, et a terminé sa carrière à l'Université du Michigan. A côté de cette activité principale il s'est intéressé aux iris et a pratiqué l'hybridation pendant plus de trente ans. Il a enregistré près de 80 variétés nouvelles, essentiellement des Grands Iris. Il s'est aussi impliqué dans le fonctionnement de l'AIS et y a exercé la Présidence pendant un mandat de trois ans (1981/1983).

Un certain nombre de ses variétés sont internationalement connues, surtout ses créations « noires ». C'est le cas de :
'Affirmative' (2006) : blanc glacier à barbes bleutées. (((Ivy League x River Patrol) x (Irish Lullaby x Barcelona)) x Frosted Sapphire) X High Five ;
'Baltic Star' (1994) : beau noir profond, avec une auréole blanche sous les barbes. Wagontrail Night X Night Lady ;
 'Black Flag' (1983) : violet très foncé, barbes noires. Swahili X ((Mary Randall x Edenite) x (Licorice Stick x Black Swan)) ;
'Black Madonna' (1984) : entièrement violet profond. (Tuxedo x (Licorice Stick x Black Swan)) X Dusky Dancer ;
'Body and Soul' (1999) : orange abricot, barbes minium. (Sun Fire x (Orange Chariot x Barcelona)) X Esmeralda ;
'Call Waiting' (1998) bitone orange et miel, frère de semis du précédent. (Sun Fire x (Orange Chariot x Barcelona)) X Esmeralda ;
'Celtic Glory' (2000) orange clair, autre frère de semis des précédents. (Sun Fire x (Orange Chariot x Barcelona)) X Esmeralda ;
 'Charger' (1983) : Couleur bordeaux profond. Royal Trumpeter X 73-105: ((Edenite x Wine and Roses) x Credo) ;
'Midnight Vigil' (2005) : deux tons de violet presque noir. Night Ruler X Before the Storm ;
 'Starlit Velvet' (1990) : autre violet très profond, poudré de blanc sous les barbes. Night Lady X Spinning Wheel (donc cousin de 'Baltic Star') ;
'Sun King' (1977) : blanc très pur au cœur d'or, une grande réussite. Lilac Mist X Meghan.

Les deux « siblings » 'Call Waiting' et 'Celtic Glory' ont été remarqués à Florence en 2006 et 2008. Ils y ont obtenu des récompenses secondaires, ce qui est déjà une remarquable performance.

Harold Stahly fut aimé et respecté par ses confrères et tout l'irisdom américain. Ce fut un bon serviteur de la cause qui nous est chère.

 Illustrations : 


 'Affirmative' 


'Baltic Star' 


'Body and Soul' 


'Charger' 


2) STEVE VARNER

 Ce n'était pas quelqu'un de très connu dans le monde des iris. Il faisait partie de ces hybrideurs discrets dont on connaît les obtentions sans rien savoir de leur auteur. C'était un pur homme du Middle West, né et mort dans l'Illinois où il vécut d'un bout à l'autre de sa vie, hormis une rude période dans l'armée américaine de 1941 à 1945. il fut des batailles de libération de la Tunisie et de l'Algérie, maniant courageusement son char d’assaut. Il faisait son boulot... Revenu au pays, il termina ses études dans le domaine de l'agriculture, se spécialisant dans les recherches sur l'alimentation animale puis faisant carrière dans une entreprise d'aliments pour bestiaux. Après sa retraite, en 1977, il se lança dans l'élevage des porcs et du bétail, parcourant son élevage sur le dos d'un de ses chevaux. Une vie paisible... Son hobby : les iris. Membre de l'AIS pendant 60 ans, il exerça plusieurs fonctions importantes dans les sociétés iridophiles locales et régionales et fut juge dans les compétitions américaines. L'AIS a su reconnaître ses mérites en lui accordant en 1995 le prestigieux AIS Hybridizers Award. Ses mérites ? Oui. Dans le domaine des iris il a abordé presque toutes les catégories, depuis son premier TB, 'Purple Heart' en 1955, jusqu'aux iris de Sibérie qui lui valurent ses plus nobles récompenses. Ainsi 'Tealwood' reçut-il le Morgan Award (qui était alors l'équivalent d'un AM pour les SIB) en 1965 ; ce fut aussi le cas pour 'Ann Dasch' (1977) qui fut honoré de la même récompense en 1983. La récompense suprême pour un SIB, la Morgan-Wood Medal, lui fut attribuée deux fois : une première en 1989 pour 'Dance Ballerina Dance' (1982) et une seconde, l'année suivante, pour 'King of Kings' (1982). Ce sont ses deux plus belles réussites.

 Dans le domaine des grands iris, dont il enregistra 51 variétés, on retiendra surtout les jaunes 'Miss Illini' (1965) (AM en 1969), la plus « capée » de ses obtentions ; 'Newly Rich' (1969) qui reçut la Franklin Cook Cup en 1971, et 'Spanish Sun' (1974), superbe descendant de 'Rainbow Gold'. On peut citer aussi le rose 'Love Is' (1972), ainsi que le sombre 'Battle Fury' (1978). Mais son plus succès le plus intéressant fut sans nul doute 'Avis' (1963), baptisé ainsi en l'honneur de sa femme dont c'était le prénom, que l'on s'accorde pour considérer comme l'une des origines des « dark top », et son descendant 'Pearl Chiffon' (1972) encore plus joli et plus moderne de forme, comme en témoigne la photo ci-jointe.

Steve Varner ne fut certainement pas un génie des iris. Seulement un bon ouvrier, avec un belle touche de fantaisie, un peu surprenante de la part d'un paysan de l'Illinois, mais qui démontre que le monde des iris est peuplé de gens tellement différents ! Avec un grand nombre de personnalités remarquables.

Illustrations :

'Miss Illini'

'Pearl Chiffon'

'Ann Dasch'

'Dance Ballerina Dance'

1.8.15

HOMMAGE AUX SCHREINER'S

La firme Schreiner est la pépinière d'iris la plus importante au monde, et cela dure depuis 1925. C'est Carlos Ayento, le responsable du jardin « Brighton Park » à Chicago qui a eu l'idée de réunir, autant que cela soit possible, une photo de toutes les variétés enregistrées par l'illustre famille. Bien sûr il y a des trous dans sa collection, surtout concernant les variétés les plus anciennes, mais telle qu'elle est, c'est un magnifique hommage. Nous reprendrons ici quelques-uns de ces clichés (et quelques autres, pour exprimer aux Schreiner's toute notre reconnaissance. 

 Douzième partie : Les années 2000/2004 


 'Millennium Sunrise' (2000) (Rustler X (((Orange Beauty x (((Real Delight x Glittering Amber) x Orange Parade) x (Golden Ice x (Merry Belle x Glittering Amber)))) x Hula Girl) x (((((Amethyst Flame x Lavish Lady) x Arctic Flame) x White Taffeta) x semis Craig #57) x (Leisure Day x semis)))) 


 'Midnight Majesty' (2001) ((Best Bet x ((Sailor's Dance x ((Pacific Panorama x Parisian Blue) x Sapphire Hills)) x semis) x Mystique)) X Hello Darkness) 


'Strange Brew' (2002) ((Fancy Brass sib, x Spanish Leather) X (Syncopation x Bohemian)) 

'Magical Glow' (2003) ((Fireside Glow x parent mâle de Avalon Sunset) X Good Show)

LA FLEUR DU MOIS

PIROSKA

De nombreuses personnes n'aime pas la couleur orange. Du moins en tant que couler de fleurs. Je ne fais pas partie de cette catégorie et, dans mon jardin, les fleurs oranges sont nombreuse. Qu'il s'agisse, entre autres, de la bignone qui, cette année est particulièrement florifère, ou des hémérocalles « fulva » qui éclairent tout un coin un peu ombragé. Et puis, à la saison, il y a les iris. Ma collection en recèle plusieurs que je contemple avec plaisir. Pourtant les iris orange ne sont pas les plus belle plantes de l'espèce. Je ne sais pas pourquoi mais, le plus souvent, les tiges sont courtes, les plantes un peu prostrées, comme si un feu intérieur les brûlait. Elles ont, de plus, la réputation d'être un peu fragiles et de mal supporter les variations climatiques. En revanche, pour ce qui est de la couleur, il est difficile de faire plus éclatant.

L’orange est une couleur qui a eu du mal à s’imposer dans le monde des iris. Son apparition, qui coïncide avec celle du rose, a d’abord consisté en une teinte abricot qui était considérée en général, dans les années 50, comme une imperfection dans la recherche du rose pur. Cette présence de jaune gênait les hybrideurs qui se sont alors évertués à la faire disparaître. Seul un très petit nombre d’entre eux a misé sur cette couleur intermédiaire. La première variété abricot à présenter des qualités réelles a été 'Apricot Glory' (Muhlestein 1954), un iris abricot à barbes du même ton, avec uns substance épaisse. Cette variété a été largement exploitée par ceux qui trouvaient quelque intérêt à cette nouvelle couleur. Notamment par Melba Hamblen qui a enregistré en 1956 'Valimar', un iris très réussi. Mais par la suite, on s’est plutôt efforcé d’accroître la saturation de l’orange, et les recherches vers l’abricot ont été plus ou moins délaissées. On peut suivre cette évolution avec ‘Orange Parade’ (Hamblen 59), ‘Chinese Coral’ (Fay 62) ‘Mission Sunset’ (Reckamp 62) ou ‘Son of Star’ (Plough 69). Ce dernier peut être même considéré comme le premier iris vraiment orange, sans traces des points jaunes qui gâchent souvent les premiers iris orange, les autres n’ayant fait que montrer le chemin. Il faut rendre cette justice à Jean Cayeux, qu’il s’est attaché à poursuivre son travail en direction d'un orange doux, ce qui l’a amené à introduire deux frères de semis, 'Piroska' (1978) et 'Roger Renard' (1978), deux variétés remarquables et toujours appréciées.

'Piroska' a longtemps figuré à l'inventaire de ma collection, et ce n'est qu'à cause de la nécessité de faire de la place pour des variétés modernes qu'elle en a été retirée. J'aimais (et j'aime toujours) ses fleurs bien proportionnées d'un joli orange clair uniformément étalé sur toute la fleur.

Cette variété, tout comme son « cousin » 'Roger Renard', sont des descendants de 'Marilyn C' (Luzon Crosby, 1957), un iris pas vraiment spectaculaire, mais qui a eu un énorme succès en hybridation et qui se trouve à l'origine de très nombreux iris abricot, orange ou rose pâle. Dans le cas de 'Roger Renard' il est associé à 'Flaming Dragon' (Fay, 1965), mais pour 'Piroska' il est croisé avec 'Orange Chariot' (Fay, 1962), frère de semis du précédent. 'Orange Chariot' a intéressé bon nombre d'hybrideurs dans le but d'obtenir essentiellement des variétés roses, jaunes ou orange. Ses plus célèbres descendants s'appellent 'Ming Dinasty' (Moldovan, 1969), 'Carolina Gold' (L. Powell, 1970), 'Far Corners' (Moldovan, 1978) ou 'Orange Celebrity' (Niswonger, 1983). Lui-même est un descendant de 'Frances Kent' (DeForest, 1948), un iris qui ne paie pas vraiment de mine (abricot pâle au pétales, blanc crémeux aux sépales), mais dont le potentiel génétique a été largement exploité, et particulièrement en association avec 'Mary Randall' (Fay, 1950). On doit à ce croisement certaines variétés très appréciées comme , 'Risque'  (Gatty, 1974) mais aussi 'Irene Nelson' (B. Jones, 1975) et 'Roman Candle' (B. Jones, 1974). Il fait partie de ces croisements remarquables dont Keith Keppel a fait un usage intensif, comme c'est le cas pour 'Catalyst' (Keppel, 1979), 'Punkin' (Keppel, 1981), 'Heathen' (Keppel, 1988) ou 'Day Glow' (Keppel, 1996). A noter que les superbes iris orange(1) qui sont la spécialité de Lorena Montanari sont le résultat d’un seul croisement (Crackling Caldera X Rustle of Spring) où l'on rencontre, chez 'Crackling Caldera', 'Irene Nelson' dont on vient de voir qu'il est issu du croisement de Frances Kent et de Mary Randall ! Tout finit par se retrouver !

'Piroska' n'a pas eu de longue descendance, mais il existe au moins une variété qui en découle et qui fait les beaux jours de bien des jardins. Il s'agit de 'Marcel Turbat' (J. Cayeux, 1993) qui est sans doute le plus bel iris orange obtenu par Jean Cayeux car 'Mandarin' (non enregistré), obtenu à partir d'une autre source, n'a pas la même brillance. Pour constater une nouvelle amélioration il faudra attendre 'Feu du Ciel' (R. Cayeux, 1993), enfant de 'Marcel Turbat'.

L'orange, que l'on appelle parfois tango, avec ses nuances allant de l'abricot à l'orange brûlé, est une couleur attrayante, qui se remarque tout de suite dans un jardin. La famille Cayeux l'a bien compris et son grand mérite a été de faire preuve de constance et de persévérance, jusqu'à obtenir les variétés superbes qu'elle nous propose aujourd'hui.

(1) - ‘Ferragosto’ (Montanari, 2008) 
        ‘Fratello Sole’ (Montanari, 2009) 
        ‘Valeria Romoli’ (Montanari, 2010) 

 Illustrations : 


 'Piroska' 


'Orange Chariot' 


'Punkin' 


'Marcel Turbat'

FRANKLIN COOK MEMORIAL CUP

Le petit monde américain des iris regorge de compétitions, qu'elles soient locales, régionales ou nationales. A ce dernier niveau figure, en dehors de la course aux honneurs bien connue qui égrène ses récompenses sur une dizaine d'années de la vie d'une plante, de la HM à la DM, deux récompenses majeures sont attribuées chaque année au cours de la Convention Nationale : La President's Cup, et la Franklin Cook Memorial Cup. Depuis 1966, tous les iris mis sur le marché, présents et en fleur dans les jardins dont la visite est prévue lors de la Convention sont automatiquement retenus pour ces deux compétitions. Ces compétitions fonctionnent à peu près comme nos « Prix du Public » européens, à la différence que le public américain en question est constitué d'amateurs éclairés et de professionnels, car pour se rendre à une Convention, parfois à plus de mille kilomètres de chez soi, il faut être expert, enthousiaste et déterminé ! Mais pourquoi deux compétitions ? Parce que la President's Cup concerne uniquement les iris enregistrés par les hybrideurs habitant la Région organisatrice de la Convention, alors que la Franklin Cook Cup est destinées aux autres variétés. C'est une façon de mettre en avant les variétés obtenues dans la Région organisatrice. Il n'en a pas toujours été ainsi. A l'origine, en 1947, son fondateur, le docteur Franklin Cook, d'Evanston (Illinois), alors Président de l'AIS, avait eu l'idée d'instituer une compétition se déroulant pendant la durée de la Convention, et qu'il avait nommée President's Cup. Après sa mort, en 1952, la compétition fut renommée en son honneur Franklin Cook Memorial Cup. Plus tard, en 1965, l'AIS a décidé de scinder les participants en deux groupes, et c'est ainsi que la FCMC s'est trouvée dédiée aux variétés hors Région organisatrice.

De 1947 à 1965, cette coupe a été attribuée par le vote des participants à la Convention à certaines variétés restées tout à fait inconnues, mais aussi à certaines qui ont connu par la suite une renommée souvent internationale. Ce fut le cas pour 'Zantha' (Fay, 1947), première variété primée, qui a été distribuée dans le monde entier et figure encore dans de nombreux jardins publics et aussi dans bien des collections personnelles. 'Blue Rhythm' (Whiting, 1945 – DM 1950) a été récompensé en 1950. 'Violet Harmony' (Lowry, 1948, DM 1957) l'a été en 1953. Ont été mis à l'honneur des hybrideurs de renom comme Tell Muhlestein, Fred DeForest, Patricia Nesmith ou le Dr. Loomis.

Dans sa nouvelle version, en 1966, elle est revenue à 'Stepping Out' (Schreiner, 1964 – DM 1968), universellement connu et apprécié. Un grand nombre de variétés qui par la suite ont obtenues la Médaille de Dykes possèdent aussi la FCMC dans leur palmarès : 'Pink Taffeta' (Rudolph, 1968 – DM 1975), 'Shipshape' (Babson, 1969 – DM 1974), 'Ruffled Ballet' (Roderick, 1975 – DM 1983), 'Dusky Challenger' (Schreiner, 1986 – DM 1992), 'Thornbird' (Byers, 1989 – DM 1997), 'Yaquina Blue' (Schreiner, 1992 – DM 2001), 'Queen's Circle'(1) (Kerr, 1999 – DM 2007), 'Splashacata' (Tasco, 1997 – DM 2005), 'Paul Black' (T. Johnson, 2002 – DM 2010) et 'Florentine Silk' (Keppel, 2005 – DM 2012).

 La vie et la personnalité de Franklin Cook (1906/1952), le fondateur de la coupe, est assez exceptionnelle. C'est sa fille, Katharine Cook, qui l'a racontée dans le numéro 96/2 – Printemps 2015 du Bulletin de l'AIS.

Cet enfant du Midwest a fait des études de médecine et s'est spécialisé en pédiatrie. Il s'est installé dans la ville d'Evanston, dans la banlieue nord de Chicago, où il a acquis une réputation d'excellence. Il s'est engagé en 1942 et a fini la deuxième guerre mondiale dans la marine du Pacifique. Il s'est intéressé très tôt aux iris et parmi les premières variétés qu'il a cultivées figurent (c'est lui qui l'a écrit dans un de ses textes) 'Pluie d'Or' (F. Cayeux, 1928), 'Pink Satin' (J. Sass, 1930) ou 'Jean Cayeux' (F. Cayeux, 1931). Il a également pris très tôt des responsabilités dans les instances régionales et nationales de l'AIS, dont il fut le Président de 1947 à 1949. C'était un ami intime de Jesse Wills, l'infatigable homme d'affaire iridophile du Tennessee. Sa vie a basculé quand il a constaté qu'il était atteint de la maladie de Parkinson. Son état s'est rapidement aggravé et la paralysie de tout son côté droit l'a gravement handicapé. Ce travailleur acharné s'est vite rendu compte qu'il ne pouvait plus s'occuper de son jardin comme il le faisait depuis son jeune âge, et cela l'a rendu très malheureux. A cette époque la famille Cook passait ses vacances au bord d'un lac du Michigan. Un jour de 1952, Franklin Cook a pris son bateau et est parti se promener sur le lac. Il n'est jamais revenu... Accident ? Suicide ? Son corps n'a jamais été retrouvé. C'est de cette façon tragique qu'a disparu un homme de qualité, père attentionné, médecin dévoué et attentif, et irisarien convaincu. La Franklin Cook Memorial Cup est heureusement là pour rappeler à tous les mérite de ce grand humaniste.

 (1) Cette variété a été récompensée deux fois ! (en 2001 et en 2005). 

 Illustrations :

'Pink Satin' 


'Pinafore Lass' (F. Cook, 1951)


'Zantha' -premier lauréat de la Franklin Cook Cup


'Bahama Blues' – lauréat 2014 de la FCMC.

26.7.15

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Ça y est ! 

Iris au Trescols renaît ! Avec une jolie collection de nouveautés de toutes sortes où dominent néanmoins les arilbreds, Lawrence Ransom prend un nouveau départ qui va faire plaisir à tous ses fans et, en général, à tous les amateurs d'iris de grande qualité.

HOMMAGE AUX SCHREINER'S

La firme Schreiner est la pépinière d'iris la plus importante au monde, et cela dure depuis 1925. C'est Carlos Ayento, le responsable du jardin « Brighton Park » à Chicago qui a eu l'idée de réunir, autant que cela soit possible, une photo de toutes les variétés enregistrées par l'illustre famille. Bien sûr il y a des trous dans sa collection, surtout concernant les variétés les plus anciennes, mais telle qu'elle est, c'est un magnifique hommage. Nous reprendrons ici quelques-uns de ces clichés (et quelques autres, pour exprimer aux Schreiner's toute notre reconnaissance. 

 Douzième partie : Les années 2000/2004 


'Millennium Sunrise' (2000) (Rustler X (((Orange Beauty x (((Real Delight x Glittering Amber) x Orange Parade) x (Golden Ice x (Merry Belle x Glittering Amber)))) x Hula Girl) x (((((Amethyst Flame x Lavish Lady) x Arctic Flame) x White Taffeta) x semis Craig #57) x (Leisure Day x semis)))) 


'Midnight Majesty' (2001) ((Best Bet x ((Sailor's Dance x ((Pacific Panorama x Parisian Blue) x Sapphire Hills)) x semis) x Mystique)) X Hello Darkness) 


'Strange Brew' (2002) ((Fancy Brass sib, x Spanish Leather) X (Syncopation x Bohemian)) 


'Magical Glow' (2003) ((Fireside Glow x parent mâle de Avalon Sunset) X Good Show)

N'OUBLIONS PAS LES FONDAMENTAUX ! (Deuxième partie)

Dans un précédent texte a été abordée la revue des variétés fondamentales de la famille des grands iris. Elles étaient cinq, mais, au fur et à mesure que j'en faisais brièvement le portrait, je me suis rendu compte que certaines autres méritaient tout autant de ne pas sombrer dans l'oubli. C'est pourquoi je reviens aujourd'hui sur le sujet. C'est même dès le début que je me suis dit qu'il fallait aller au-delà des cinq variétés retenues. En effet peut-on parler de 'Whole Cloth' sans dire un mot de ses deux alter ego que sont 'Melodrama' et 'Emma Cook' ? En route, donc, pour un nouveau tour d'horizon.

 'Melodrama' et 'Emma Cook' ou les cousins indissociables. 

 Dans le but d'améliorer le coloris bleu dont il s'était fait une spécialité, Paul Cook a fait usage de son petit 'Progenitor'. Après plusieurs croisements et recroisements, la souche (Progenitor X Shining Waters) qui s'est révélée être un vrai trésor génétique, fut enfin mariée au rose orchidée 'Dreamcastle' (Cook 43). Le résultat : un iris agréablement ondulé, avec des pétales d’un bleu violacé clair qui va en s’assombrissant jusqu’au violet vif, sur les sépales. En prime ce semis était une plante de belle taille, bien branchue et avec de nombreux boutons. Il fut baptisé 'Melodrama' (Cook 56).

 Une autre série de croisements utilisant les mêmes géniteurs – et quelques autres – donna naissance à 'Emma Cook' (Cook, 1957) qui est le plus clair des deux : les pétales sont d’un blanc à peine bleuté, de même que les sépales qui comportent un large liseré en dégradé de bleu s’intensifiant vers le bord (l’effet d’inhibition généré par 'Progenitor' s’est étendu largement sur les sépales), il est légèrement ondulé.

 'Melodrama' est à l’origine d’une foule d’iris bitones, bicolores ou plicatas, soit en ligne directe, soit par l’intermédiaire de ses descendants. Il existe plus de 220 variétés dans le pedigree desquelles figure le nom de 'Melodrama', ce qui laisse supposer que des centaines (voire des milliers) d'iris portent ses gènes. Quant à 'Emma Cook', il est présent dans le pedigree de nombreuses variétés très diverses, dont l'inépuisable 'Condottiere' (Cayeux, 1978) dont il a été question la dernière fois, mais plus particulièrement dans celles qui, comme lui, comportent une large inhibition de la couleur sur les sépales, si bien qu'on parle couramment des fleurs du modèle Emma Cook.

 En fait, parmi les variétés basiques, peut-être aurait-il été plus justifié de citer 'Progenitor' puisque c'est celle-là qui a apporté la révolution. Mais j'ai trouvé préférable de distinguer ses trois descendants principaux, chacun ayant eu une lignée distincte.

 'Pinnacle' et 'Sunset Snows', ou l'apport de Nouvelle-Zélande. 

Emily Jean Stevens est une dame néo-zélandaise à qui le monde des iris doit beaucoup. C'est elle qui a créé les deux variétés dont il va être question maintenant parce qu'elles ont constitué un apport magistral dans la recherche des amoenas jaunes et roses.

 Le premier, 'Pinnacle' (1945), est resté très longtemps la référence en matière d’amoena jaune. Son pedigree s'écrit (Magnolia X (Gudrun x (Lady Morvyth x Rangatira))), ce qui ne dit rien puisque, seul parmi ses antécédents, le blanc 'Gudrun' (Dykes, 1934) a atteint une certaine célébrité en enlevant la Médaille de Dykes britannique dès 1931. Des trois autres on n'a pas de descriptions officielles. Toujours est-il que son introduction sur le marché américain par la famille Schreiner a permis son utilisation en hybridation par de nombreux obtenteurs à la recherche d'amoenas autres que blanc/bleu. Parmi ses enfants ou petits-enfants on trouve, certes, des amoenas jaunes, comme 'Serene Duet' (D. Palmer, 1976), mais aussi de nombreux amoenas pèche, rose ou orangés, comme 'Delicato' (Schreiner, 1972), obtenus en le croisant avec une variété rose. Le second, 'Sunset Snows' (1963), dérive de 'Youthful Charm' (Stevens, 1961) lui même provenant d'une base amoena jaune associée à une variété rose.

'Sunset Snows' est un amoena rose pas franchement pur, mais faisant faire un grand pas en avant dans une matière réputée immensément difficile. Il a donné naissance notamment à 'Ambrosia Delight' (Niswonger, 1982) et 'Festive Skirt' (Hutchings, 1973). Il se trouve aussi derrière 'Sugar Magnolia' (Schreiner, 1998). Mais surtout il est la base de l'immense travail, pas encore achevé, de Barry Blyth sur ce sujet qui lui tient tant à cœur.

 'Mary Randall' ou comment voir la vie en rose 

 À comparer les images de 'Cherie' (D. Hall, 1948 – DM 1951) et de 'Mary Randall' (O. Fay, 1950 – DM 1954) on se dit que l'hybridation des iris roses a avancé à pas de géants. Le premier a une forme simple, basique, et une couleur un peu fade ; le second est le type parfait de l'iris classique, d'un rose franc et soutenu. Dès son apparition, tout le monde des iris s’est rendu compte qu’un grand pas avait été franchi dans les progrès de l’hybridation. Il se présente en fait comme un iris rose vif, infus de crème, avec des barbes oranges. Mais quand on dit « rose », il s’agit de ce rose que les Américains appellent « pink » et que l’on n’a pas de mot équivalent pour définir. Un rose bleuté, à qui l'on peut prêter le nom de rose orchidée. Il a fleuri pour la première fois au printemps de 1948. Son pedigree se décline : (New Horizon X (Pink Cameo x Cherie)). A son propos son obtenteur a écrit quelques années plus tard : « J’ai su aussitôt que j’ai vu la première fleur, que cette plante était exactement celle que je voulais… combinée avec 'Snow Flurry', 'Pink Cameo', 'Fleeta' et 'Native Dancer', elle est à l’origine de tous mes bleu-mauve à barbes rouges…elle est porteuse d’assez de gènes rouges pour produire de l’orange en la croisant avec des jaunes issus d’une lignée de roses. » Effectivement, dès la première génération on lui trouve des enfants dans ces différents coloris sans compter le blanc. Et avec le temps sa descendance directe s'est considérablement accrue, au point qu'on trouve sa trace dans le pedigree de 345 variétés enregistrées, ce qui est un des plus forts taux d'utilisation de tout l'irisdom. Ce qui veut dire qu'il ne doit pas se trouver beaucoup de variétés modernes qui ne compte pas 'Mary Randall' parmi leurs ancêtres.

 Il n'est pas exagéré de dire que 'Mary Randall' mérite bien sa place au firmament des variétés de base du monde des iris d’aujourd’hui, aux côtés de toutes ces merveilleuses variétés dont il est question dans cette chronique et celle qui l'a précédée. Il a fait voir la vie en rose à tant de monde !

 'Black Forest' ou le côté noir du rêve. 

 « Tu contiens, mer d'ébène, un éblouissant rêve » (Charles Baudelaire : La Chevelure). 

 La plupart des iris noirs, ou tendant vers le noir, descendent aujourd’hui d’une variété de base qui se nomme 'Black Forest' (Schreiner 1945). Cette variété a partagé avec 'Sable' (Cook 1938) le titre de « l’iris noir », du fait de l’intensité de son coloris. 'Sable' s’est révélé être une sorte d’aboutissement, car ses descendants, hormis 'Sable Night' (Cook, 1950), n’ont pas manifesté un réel progrès par rapport à leur géniteur sauf en direction d’autres sortes d’iris foncés. En revanche 'Black Forest' a démontré un puissant avenir génétique qui a été utilisé plus de cent fois aussitôt après son apparition.

Le noir a toujours été une des couleurs favorites de la Firme Schreiner et en 2008, à propos de 'Raven Girl', le « noir » de l'année, on lit dans son catalogue que cette variété est qualifiée « d’aboutissement de la lignée vieille de 63 ans qui a commencé avec ‘Black Forest’ ». Sur les origines de ce ‘Black Forest’ lui-même, voici ce qui en est dit dans « The World of Irises » : « Les Schreiner ont croisé ‘The Black Douglas’ avec un semis sombre issu d’une lignée de rouges, et de ce croisement a résulté ‘Ethiop Queen’, introduit la même année que ‘Sable’ de Paul Cook. ‘Ethiop Queen’ croisé avec ‘Dymia’, a donné ‘Black Forest’, de taille un peu courte mais avec un ton de noir d’une profondeur inconnue chez les eupogons. » Les Schreiner ont tout de suite compris ce qu’ils pouvaient espérer de ce ‘Black Forest’. Ils en ont exploité habilement les aptitudes et furent suivis en cette voie par de nombreux obtenteurs.

C'est cette universalité qui place 'Black Forest' dans le peloton des variétés fondamentales car le rêve de Baudelaire s'est toujours vérifié.

 'Wild Jasmine' et 'Fancy Tales' ou les couleurs de l'étrange. 

 Ces deux variétés ont en commun d'être à l'origine de cultivars aux coloris hors des sentiers battus. 'Wild Jasmine' (Hamner 83) est un variegata-plicata avec des pétales jaune soutenu, couleur qui est aussi celle du fond des sépales, lesquels sont couverts d’un tissu brun-rouge, plus sombre au centre, alors que la couleur du fond, presque blanche sous les barbes, réapparaît en lisière. Ce fut une des variétés essentielles de la recherche de Richard Ernst qui en fit un usage intensif associé à 'Edna's Wish' (Gibson 83). 'Fancy Tales' (Shoop, 1980) se présente avec des pétales blancs et des sépales en dégradé rayé de mauve violacé avec des épaules pêche. Ils n'ont rien de commun. 'Wild Jasmine' vient de deux variegata-plicatas très proches l’un de l’autre et d’ailleurs l’un et l’autre descendants de 'Radiant Apogee' (Gibson 64), alors que 'Fancy Tales' et relié à 'Wine and Roses' (Hall, 1963) à travers plusieurs générations de semis riches en amoenas roses.

Ils sont à mettre l'un et l'autre dans la catégorie des iris fondamentaux pour être à la base de deux modèles apparus seulement au début des années 2000 mais qui ont suscité une rare émulation chez les hybrideurs. Il s'agit du modèle « distallata » et de son proche voisin qui n'a pas de nom de baptême mais que je définis comme « distallata + ». « Distallata » désigne des iris sur fond blanc (ou presque) s’agrémentant d’une couche centrale de couleur, qui peut être du jaune ou de l’orangé clair, à laquelle s’ajoutent de fines rayures sombres, partant de la barbe et s’étirant plus ou moins vers le bord. L'autre modèle a, d'origine, des pétales blancs finement ourlés de jaune primevère, et des sépales à fond blanc, légèrement poudré de grenat, bordés de jaune primevère, mais au fur et à mesure que le temps passe et que les croisements se multiplient, le jaune s'assombrit et la couleur vive du centre des sépales change et s'étale. Autrement dit la coloration de base est la même dans les deux cas mais ce qui n'est que fines rayures chez l'un devient beaucoup plus marqué et coloré chez l'autre. Au départ, c'est 'Prototype' (Ghio, 2000) qui a donné le coup d'envoi, suivi de 'Puccini' (Ghio, 1998) et de 'Quandary' (Keppel, 2001) avec la base 'Fancy Tales', tandis que 'Ring Around Rosie' (Ernst 2000) a lancé l'autre modèle en utilisant 'Wild Jasmine'. A partir de 2006, avec 'Wild Angel' (T. Johnson) le modèle distallata d'origine s'est rapproché du modèle distallata +, tandis que Roger Duncan, avec 'Arctic Burst' (2008) arrivait a un distallata + en partant de 'Puccini' ! Il ne restait plus qu'à mélanger le tout. C'est ce qui est arrivé avec 'Scatterbrain' (T. Johnson, 2008) qui est de Ring Around Rosie X Quandary.

 Désormais les deux origines risquent de se fondre dans un modèle intermédiaire, mais l'on ne sait pas si elles vont par ailleurs se maintenir. En tout cas 'Wild Jasmine' et 'Fancy Tales' auront bien mérité de figurer au Panthéon des iris.

Illustrations : 


 'Black Forest' 


'Fancy Tales' 


'Pinnacle' 


'Wild Jasmine'

17.7.15

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Moscou 2015

 Le concours d'iris de Moscou a abouti au podium ci-dessous :

1. Bratislavan Prince, Anton Mego, Slovaquie, 2010
2. Il Mare In Inverno, Lorena Montanari, Italie, 2010
3. Sumchanka, Svetlana Yakovchuk, Ukraine, 2011

Encore un beau succès pour Anton Mego, et Lorena Montanari, bien classés à Paris ce printemps.

HOMMAGE AUX SCHREINER'S

La firme Schreiner est la pépinière d'iris la plus importante au monde, et cela dure depuis 1925. C'est Carlos Ayento, le responsable du jardin « Brighton Park » à Chicago qui a eu l'idée de réunir, autant que cela soit possible, une photo de toutes les variétés enregistrées par l'illustre famille. Bien sûr il y a des trous dans sa collection, surtout concernant les variétés les plus anciennes, mais telle qu'elle est, c'est un magnifique hommage. Nous reprendrons ici quelques-uns de ces clichés (et quelques autres, pour exprimer aux Schreiner's toute notre reconnaissance.

 Onzième partie : Les années 1995/99 

 'Dreamsicle' (1995) (Cotton Club X Bright Fire) 


'Sheer Ecstasy' (1996) ((Enchanted World x Lorilee) X Mulled Wine) 


'Art Deco' (1997) (Momentum X semis) 


'Magical Encounter' (1999) (((Renaissance Faire x ((((Amethyst Flame x (Halolight x Savage)) x (Amethyst Flame x Silvertone)) x (Rippling Waters x (((((Chantilly x Midwest Gem) x Cherie) x (semis Lapham x (Chantilly x Midwest Gem))) x Pretty Carol) x semis Fay))) x Country Lilac)) x (Far Corners x Laurel Park)) X Dreamsicle)

N'OUBLIONS PAS LES FONDAMENTAUX !

Dans les sports d'équipe, football, rugby, les joueurs se laissent parfois aller, dans leur désir de bien faire, à compliquer leurs prestations jusqu'à perdre de vue les gestes de base et les règles du jeu. C'est alors que les entraîneurs, dans les vestiaires, les exhortent à revenir aux « fondamentaux ». C'est en effet en gardant à l'esprit les éléments essentiels que l'on obtient les meilleurs résultats. Dans le monde des iris il en est de même. Depuis les débuts de l'hybridation sont apparues certaines variétés qui se sont révélées être les bases du travail, ou être des étapes incontournables, des jalons qu'on ne peut pas négliger.

 Aujourd'hui nous allons en évoquer quelques unes, et dans un prochain article nous parlerons d'un certain nombre d'autres.

 'Snow Flurry' ou notre père à tous. 

Chacun a en mémoire l’histoire de Clara Rees qui a croisé 'Purissima' (Mohr-Mitchell, 1927), un tétraploïde blanc, avec le rose 'Thaïs' (F. Cayeux, 1926), et obtenu seulement deux graines. Il n’y a qu’une de ces deux graines qui a germé, mais le produit a dépassé toutes les espérances : Un iris blanc, tétraploïde, impeccablement coiffé, ondulé, bref une fleur parfaite. C'était en 1939. Le nom qui fut donné à cette merveille est 'Snow Flurry'. Ce n’est pas une plante très fertile, elle produit peu ou pas de pollen, mais heureusement elle se comporte en bonne génitrice et les enfants qu’elle a eus son tous formidables. Avec ce cultivar Madame Rees avait obtenu le plus fameux iris blanc des temps modernes. Tous les obtenteurs de l'époque ont voulu en disposer et l'on abondamment utilisé dans leurs croisements. Tous savaient que cette fleur parfaite, agrémentée de gracieuses ondulations, allait faire progresser les iris d'une façon considérable. Ils ne s'étaient pas trompés. 'Snow Flurry' est à l’origine d’une foule de descendants, dans un grand nombre de coloris. Parmi ceux-ci, au premier rang, on trouve de nombreuses variétés blanches de premier plan comme 'New Snow' (O. Fay, 1946), 'Tranquility' (O. Fay, 1950) ou 'Celestial Snow' (Reckamp, 1957), qui, toutes, reproduisent les qualités de 'Snow Flurry'. Mais le choix est aussi important parmi les fleurs bleues : 'Blue Sapphire' (Schreiner 53 – DM 58), bleu à barbes jaunes, 'Lord Baltimore' (Nearpass 69), néglecta bleu ou 'Champagne Music' (Fay 64), amoena bleu, qui a eu lui-même une abondante descendance. Parmi les autres coloris, le choix est aussi important. C'est ainsi que, de nos jours, il ne doit pas y avoir de nouvelle variété qui ne comporte dans ses gènes ceux de 'Snow Flurry'. Pour être fondamentale, cet variété l'a été de manière absolue.

 'Whole Cloth' ou l' origine des amoenas

Avec plus de 300 descendants au premier degré enregistrés, 'Whole Cloth' fait partie des variétés les plus utilisées en hybridation. La raison ? C'est à partir de celui-ci que l'on a découvert des iris amoenas fiables et faciles à obtenir. Auparavant, l'obtention de vrais iris amoenas (blanc/bleu) était un événement exceptionnel, comme ce fut le cas pour 'Wabash' (Williamson, 1936). Plusieurs spécialistes ont émis à ce sujet différentes hypothèses, mais cela n'a pas rendu le problème plus facile à résoudre. C'est seulement avec l'apparition de 'Whole Cloth' (Cook, 1956) qu'une solution pratique a été mise en œuvre.

 'Whole Cloth' fait partie de ce que j'ai appelé le tiercé gagnant de M. Cook. En recroisant un descendant direct de l'espèce I. reichenbachii, le petit 'Progenitor' avec le fameux 'Cahokia' (Faught, 1946), une des souches d'iris bleus, Paul Cook a obtenu un iris dont la couleur des pétales a été totalement inhibée, mais qui a conservé tout le bleu de ses sépales. 'Whole Cloth' est à l’origine d’un nombre incroyable d’iris de toutes sortes. On ne peut qu’en citer quelques-uns, en commençant par 'Miss Indiana' (Cook 61) qui reste l’un des plus brillants amoenas, avec une forme parfaite, et qui a eu lui-même une riche descendance. Les Français 'Cascadeur' (Cayeux 69) et 'Fantaisie' (Cayeux 68), les célèbres 'Latin Lover' (Shoop 69), 'Lilac Champagne' (Hamblen 65), 'Lord Baltimore' (Nearpass 69), 'Milestone' (Plough 65), 'Navajo Blanket' (Schreiner 78), et les exceptionnels 'Dialogue' (Ghio,  1973) et 'Mystique' (Ghio, 1975).

Whole Cloth est actuellement présent dans les gènes de pratiquement tous les iris amoenas.

 'Rippling Waters' ou l'ancêtre des iris modernes. 

 'Rippling Waters' (Orville Fay, 1961) a, plus encore que le précédent, marqué l'histoire des iris. On lui connaît aujourd'hui 367 descendants directs officiellement recensés. Autant dire que parmi les iris modernes il ne doit pas y en avoir beaucoup chez qui ses gènes ne sont pas présents. Il faut dire qu’il s’agit d’une plante proche de la perfection dans la forme, et riche d’un potentiel génétique qui n’a échappé à aucun des obtenteurs importants des années 60, 70, et même 80.Il faut dire qu’il s’agit d’une plante proche de la perfection dans la forme, et riche d’un potentiel génétique qui n’a échappé à aucun des obtenteurs importants. Du point de vue de la couleur, il s’agit d’un iris lilas, à barbes mandarine, ni spécialement original, ni spécialement spectaculaire, mais néanmoins un très belle fleur remarquée par tous les amateurs et couronnée de la Médaille de Dykes en 1966. Il descend de 'Native Dancer' (Fay, 1953), une variété issue elle-même du fameux 'Snow Flurry', et de 'May Hall' (Hall, 1952), un rose « flamant », avec des barbes mandarine, certes pas ondulé, mais portant les gènes pour cette particularité.

 Mis à toutes les sauces dans son pays d'origine, hors des Etats-Unis, 'Rippling Waters' a aussi été utilisé : par exemple en Grande Bretagne par Barry Dodsworth ('Bewick Swan', 1980) – BDM 85), et même dans le lointain Ouzbékistan par Adolf Volfovitch Moler qui en a obtenu plusieurs remarquables variétés comme 'Ikar', florin d’or à Florence en 1995. A noter que parmi ces descendants directs, si nombreux, il n'y a aucun iris français...


 'April Melody', ou la chanson des plicatas. 

Celui qui voudrait connaître les origines de ‘April Melody’ (J. Gibson, 1967) sera forcément déçu, et même Keith Keppel, qui est le détenteur des carnets de Jim Gibson, ne peut que très partiellement nous renseigner bien qu’il ait été l’un des plus ardents utilisateurs de cette variété dans son travail d’hybrideur. On sait que 'New Adventure’ y est associé à des semis où interviennent ‘Taholah’ (J. Gibson, 1956), ‘Ballerina’ (D. Hall , 1950) et ‘Happy Birthday’ (D. Hall, 1952). Le côté plicata est assuré par ‘Taholah’ et le côté rose à barbes mandarine par les variétés de David Hall. ‘April Melody’ est une des variétés les plus jolies qu’on puisse trouver dans les fraîches couleurs de rose bleuté. Les pétales sont d’un délicieux rose tendre, les sépales blancs sont cernés d’un plumetis de mauve améthyste, et les barbes mandarine réveillent l’ensemble. La fleur dans son ensemble est joliment formée, ondulée et frisée. Il a maintes fois été utilisé par Gibson lui même pour tout un pan de son travail sur les plicatas ; il a surtout fait partie du panel de base de Keppel. Il a eu pour compagnons dans l’aventure ‘Irma Melrose’ (DeForest, 1955), ‘Rococo’ (Schreiner, 1959), ‘Tea Apron’ (Sass, 1960) et ‘Osage Buff’ (Gibson, 1973). Dans tous les cas les pedigrees sont d’une évidente complexité.

 Le modèle plicata est propre aux iris. On le découvre dans les peintures de la Renaissance. C'est celui des tout premiers cultivars retenus par les pionniers de l'iridophilie, dès le deuxième tiers du XIXeme siècle. A côté des unicolores traditionnels il a représenté la fantaisie la plus répanduependant de nombreuses années. L'usage qui a été fait de ‘April Melody’ lui a donné un nouvel élan. A ce titre cette variété remarquable fait véritablement partie des pierres angulaires de l’hybridation des plicatas au même titre que les cultivars plus anciens comme ‘Sacramento’.

 'Condottiere' ou quand la France devance l'Amérique. 

Terminons ce premier tour d'horizon par le fabuleux 'Condottiere'. Fabuleux, parce qu’il fait partie de la vingtaine de variétés les plus utilisées en hybridation. Fabuleux aussi par la qualité de ses descendants et l’originalité de leurs coloris.

 'Condottiere' a été introduit par Jean Cayeux en 1978. C’est une grosse fleur en deux tons de bleu-mauve, avec une barbe rouge minium. Cette barbe, il la tient de sa « mère », 'Falbala' (Cayeux 78), qui la tient lui-même de ses grand-parents et arrière grands-parents. Quant à la teinte bleu-mauve, elle provient à la fois de 'Falbala' et de 'Triton' (Julander 62), une de ses « grands-mères ». Richard Cayeux, dans son livre « L’iris, une fleur royale » explique très bien comment, à partir d’iris amoena ('Whole Cloth') ou provenant de la même lignée ('Emma Cook'), on a obtenu ce néglecta aux capacités génétiques remarquables.

 L’une des aptitudes de 'Condottiere' est de transmettre à ses descendants ses deux caractéristiques essentielles, le modèle amoena (pétales blancs, sépales bleus) et la barbe rouge. A la Maison Cayeux elle fut mise à profit pour la nombreuse série des iris dits « tricolores » (bleu/blanc/rouge), mais aussi pour quelques autres, en particulier pour des néglectas ou bicolores à barbes rouges. Aux États-Unis 'Condottiere' a été utilisé fréquemment pour les barbes mandarines, notamment par le génial Monty Byers qui en a tiré ses plus énormes réussites ('Conjuration' (1988), 'Mezmerizer' (1990)...), mais aussi pour des variétés aussi diverses que 'Magic Kingdom' (1989), 'Starship' (1989) ou 'St Petersburg' ( 1990), et plusieurs autres. De très nombreux hybrideurs s'en sont servis pour bien autre chose, ce qui fait que l'on a là l’un des iris les plus importants du vingtième siècle.

Ce ne sont là que cinq variétés parmi celles dont il ne faut pas oublier le rôle dans l'histoire de l'hybridation. Un autre jour nous rappellerons l'importance d'un autre contingent de jalons essentiels.

 Illustrations : 


 'Snow Flurry' 


'Whole Cloth' 

'Rippling Waters' 


'April Melody' 


'Condottiere'