18.9.15

HONNEUR À KEITH KEPPEL

Avec six Médailles de Dykes, Keith Keppel est actuellement le plus « capé » des obtenteurs d'iris. C'est l'occasion de l'honorer, en images, comme il le mérite, après cinquante ans de carrière et encore plein de projets. 

Quatrième épisode : Les années 90.

La maturité, diront certains. En tout cas une grande maîtrise qui se traduit par une foule de récompenses flatteuses. L'action se poursuit dans les directions déjà explorées, mais d'autres voies sont ouvertes. Avec des variétés très connues et d'autres qui le sont moins. Celles dont on voit ici les photos font partie de ces dernières.


 'Day Glow' (1996) ((((((Frances Kent x Mary Randall) x (Sexton 60: (Gail x Techny Chimes) x Golden Gene)) x (Denver Mint x semis n° 60-183-O)) x (Radiant Light x (((Golden Gleam x Hallmark) x Sexton 60) x semis n° 60-183A)) x Orange Fire) x Orangerie) X Champagne Wishes 


'Lovely Dawn' (1997) (Dawn Sky X Screen Play) 

'Magic Show' (1994) (Rosarita X ((Santana x Anon) x Rustic Dance)) 


'Morning Mood' (1997) (Dawn Sky X Platform)

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Avis de gros temps. 

Le dernier bulletin de la British Iris Society (BIS) fait apparaître des difficultés à venir pour cette illustre société. En effet son Président se retire et sa secrétaire aussi. Ces deux postes essentiels sont donc dépourvus et il n'y a pas de candidat pour prendre la succession, en particulier pour la fonction de secrétaire...

PRÉSENCE D' 'APRIL MELODY' EN FRANCE

En recherchant la descendance de 'Gibson Girl' en vue de la chronique publiée il y a quelques semaines, j'ai trouvé que cet important patriarche apparaissait treize fois dans le pedigree d'une autre variété majeure, 'April Melody'. L'idée m'est alors venue de rechercher si ce 'Gibson Girl' à la riche descendance n'avait pas, via 'April Melody', autre géniteur abondant, quelque rejeton né en France. La recherche était hasardeuse, mais elle avait néanmoins toute chance d'aboutir car je pensais qu'il ne devait pas y avoir de milliers de plicatas chez qui n'apparaissent pas les gènes de 'April Melody' ! Et je n'ai pas cherché longtemps !

J'ai commencé par fouiller dans la production Cayeux et les variétés plicatas qu'on peut y trouver. Elles ne sont pas nombreuses, en vérité, et devant cette maigre récolte j'ai eu un moment d'hésitation : allai-je continuer cette recherche à l'aveugle ? Oui ? Oui.

Pour changer un peu les habitudes, j'ai choisi comme point de départ le petit IB 'Vitrail' (R. Cayeux, 2003). Me voilà donc parti à travers la base de donnée « Irisregister », reculant dans le temps vers cet éventuel 'April Melody' qui date tout de même de 1965, ce qui peut faire parfois une dizaine de générations !

Les parents immédiats de 'Vitrail' sont (Hoodlum x Change of Pace). 'Hoodlum' est un SDB de Keith Keppel (1996) que les spécialistes des iris nains connaissent bien car il a eu de très nombreux descendants. Mais la trace de 'April Melody' n'apparaît pas de ce côté-là ... Chou blanc. 'Change of Pace' (Schreiner, 1991) va-t-il être plus intéressant ? C'est un produit à 100% maison puisque son pedigree est (Eagle's Flight x Cinnamon Girl), deux iris signés Schreiner. Avec 'Eagle's Flight' (Schreiner, 1985) on est entraîné dans une voie qui mène à 'Rococo' (Schreiner, 1959) en évitant la smala Gibson. Rien par là, donc. Il ne reste plus qu'à croiser les doigts et à inventorier les ancêtres de 'Cinnamon Girl' (Schreiner, 1991). Les parents en sont d'un côté un semis de 'Polka Party' (Schreiner, 1976), un plicata issu de 'Memphis Lass' (Schortmann, 1957) lui-même petit-fils de 'Gibson Girl' ! Par ce chemin on est arrivé à cette mythique variété, mais sans passer par 'April Melody'. Le parent masculin de 'Cinnamon Girl', ce joli plicata amarante, est 'Smoke Rings' (J. Gibson, 1971), autre plicata amarante, à la tête d'une descendance riche de plus de soixante variétés. Et voilà que le parent féminin qui a donné naissance à ce 'Smoke Rings' est un semis désigné sous la formule (35-1 PB1A: (23-4B x Rococo) x April Melody).

 Le tour est joué ! 'April Melody' figure bien dans le pedigree d'un variété française ! Le contraire eut été exceptionnel, il est vrai. Du coup, mis en appétit par cette découverte, j'ai lancé une nouvelle recherche à partir d'une autre variété obtenue par Richard Cayeux, 'Urluberlu' (2012).

La quête n'est pas vraiment longue avec cette variété typique des plicatas modernes. Elle provient du croisement (Bord de Mer X Belle Hortense) dont ni l'un ni l'autre des membres ne manifeste des signes de « plicatisme ». Mais 'Bord de Mer' (R. Cayeux, 2009) est fils de 'Chevalier de Malte' (R. Cayeux, 1997), très souvent utilisé par son créateur, qui est lui-même le fils de 'Whirl Around' (M. Hamblen, 1986), et derrière cet iris il y a d'une part 'Anon ('J. Gibson, 1974), d'autre part 'Porta Villa' (J. Gibson, 1972). Le premier a pour ancêtre 'April Melody', et le second en est le descendant direct. 'April Melody' est encore là...

Autre recherche : à partir d'un autre plicata Cayeux, 'Eau Piquante' (2009). On repart, mais il n'y a pas longtemps à attendre pour être édifié. Voici le cheminement : 'Eau piquante' > semis > 'Aurelie' > 'Chevalier de Malte' > 'Whirl Around' > 'Anon' > 'April Melody. C'est en ligne directe et seulement six ou sept générations auparavant.

Quittons La Carcaudière et son sol de moraine pour la baie de Morlaix et les plantations de Jean-Claude Jacob. Il n'y a pas beaucoup de plicatas dans son programme, mais si l'on s'intéresse à 'Cent Ans Déjà' (2014) l'aventure s'arrête très vite car cette variété est issue de 'Charleston (Keppel, 2002), plicata bleu traditionnel et lumineux, dans le pedigree duquel apparaît très vite notre fameux 'April Melody' !

 Passons de Bretagne en Gascogne, sur les terres de Roland Dejoux. 'Reine de Cuers' nous y attend dans sa robe de cotonnade à petits pois qui évoque immédiatement son ancêtre 'Queen in Calico' (J. Gibson, 1979). Un petit tour dans le pedigree de cette variété archi-célèbre et si souvent utilisée en hybridation, et l'on retrouve 'Anon', puis, bien entendu 'April Melody'.

En restant sur la fiche de 'Queen in Calico', je sais qu'il y a au moins une autre variété française qui en descend, c'est 'Mauvais Genre' (S. Ruaud, 2012), et celui-là je le connais très intimement ! Un peu plus bas dans la liste on découvre 'Nebbiolo' (L. Ransom, 1999), une variété qui figure dans ma collection, comme de nombreux autres fils ou rejetons de 'Queen in Calico', en particulier les plicatas de Ladislav Muska : 'Zuzana' (1999) et 'Tagli e Buchi' (2001). Décidément il n'est pas facile de faire un pas dans la grande famille des plicatas sans rencontrer cet 'April Melody' qui fait décidément partie des incontournables du monde des iris.

 Illustrations : 


 'Vitrail' 

'Eau Piquante' 


'Cent Ans Déjà' 


'Reine de Cuers'

12.9.15

HONNEUR À KEITH KEPPEL

Avec six Médailles de Dykes, Keith Keppel est actuellement le plus « capé » des obtenteurs d'iris. C'est l'occasion de l'honorer, en images, comme il le mérite, après cinquante ans de carrière et encore plein de projets.

Troisième épisode : Les années 80. 

 Une grande décennie ! Près de 50 TB enregistrés ! Surtout des plicatas, bien sûr, mais aussi quelques perles, comme ce « rouge » 'Mulled Wine'.

 'Beguine' (1987) (Gigolo X Columbia the Gem)

'Gigolo' (1982) (((Roundup x frère de semis de Artwork) x Osage Buff) X (Flamenco sib x (frère de semis de Roundup x April Melody)))

 'Mulled Wine' (1981) ((((Amigo's Guitar x (Rippling Waters x Gypsy Lullaby)) x (semis Jones 743 x (Marquesan Skies x Babbling Brook))) x Salmon River) X Maraschino)

 'Rustler' (1987) (Laredo X Dazzling Gold)

SE FAIRE PLAISIR

Quand on a décidé de créer une collection d'iris, bien des questions se posent. Je suis passé par là il y a plus de trente ans, et au fil des années, j'ai eu à résoudre certains problèmes ; j'ai aussi eu à constater des erreurs que j'avais commises et que j'aurais pu éviter si j'avais, à l'époque, pu profiter de l'expérience d'autres collectionneurs. Je vais essayer ici de parler de mes loupés et de mes tâtonnements. Pour aider, autant que possible, les débutants.

Planter. 

Tout dépend, bien entendu, de la place dont on dispose. Néanmoins il y a des erreurs à ne pas commettre.

Première erreur : planter à un emplacement mal ensoleillé. Si l'ensoleillement est seulement insuffisant – moins d'1/2 journée de plein soleil -, les iris pousseront normalement, mais leur floraison sera moins abondante et plus tardive. J'en ai fait le constat ce printemps au parc Floral de la Ville de Paris à Vincennes, lors du dernier concours FRANCIRIS : une partie des iris en compétition avait été plantée à proximité de grands arbres qui leur cachaient le soleil toute la matinée ; total, ces variétés n'étaient pas encore en fleur alors que la plupart des autres l'étaient. Si la lumière est vraiment trop faible, le feuillage va manquer de vigueur, s'étaler sur le sol au lieu de se dresser, et il n'y aura pas de floraison.

 Deuxième erreur : choisir un emplacement mal drainé. Qu'ils soient grands, moyens ou petits, les iris n'aiment pas l'eau stagnante. Il faut qu'ils aient les racines au sec. Si le terrain est humide, prévoir une plantation sur merlon.

 Troisième erreur : planter trop serré. A moins de 50cm les uns des autres, les iris ne tarderont pas à se rejoindre et à se mêler. Mais planter trop lâche n'est pas mieux car l'esthétique du jardin s'en ressentira : il ne faut pas que l'on voit trop la terre entre les touffes et, en plus, cela laisse de l'espace pour le développement des plantes adventices, qu'il faudra arracher !

 Quatrième erreur : Constituer des bordures trop larges. Lorsqu'il y a plus de deux touffes de front, l'entretien (désherbage, retrait des fleurs fanées, coupe des tiges après la fin de la floraison...) va se trouver plus délicat à effectuer. En plus, l'aspect général, trop massif, sera moins plaisant. L'idéal, c'est une bordure d'environ un mètre de large bordée d'une allée de part et d'autre. Ces allées elles-même doivent avoir une largeur suffisante pour que les visiteurs puissent y passer sans risquer, en frôlant les plantes, de casser les fleurs, voire même les hampes florales ; si elles sont engazonnées ces allées doivent permettre le passage de la tondeuse (deux passes, c'est bien).

Cinquième erreur : adopter un plan de plantation compliqué, ou tortueux. Plus un plan est simple (bordures rectilignes ou en larges ondulations) plus il est élégant parce qu'aisément lisible. Un plan dont on ne peut avoir une vision globale qu'en survolant le jardin en montgolfière n'a plus de sens, au niveau du sol où se trouvent les visiteurs. Éviter cependant les bordures trop longues : les visiteurs seraient trop tentés d'enjamber la plantation pour aller d'un bord à l'autre, et alors gare aux dégâts !

Ce sont là les principales erreurs à éviter, mais il doit y en avoir d'autres auxquelles je ne pense pas à l'instant. La semaine prochaine on parlera plutôt du choix des variétés car c'est là le moment de se faire vraiment plaisir.

L'IRIS A PARFUM

C'est la très jolie photo que Milan Blazek m'a envoyée pour mon dernier anniversaire qui m'a inspiré pour faire une recherche sur l'iris à parfum. Car elle a été prise dans la région du Chianti, près de Florence, dans une plantation d'iris destinés à la parfumerie. Comme on peut voir, les iris ont envahi une combe entourée de grands arbres. Pour y aller il faut grimper par un petit chemin au flan d'une agréable colline. Les endroits idylliques, cela se mérite...

 Pendant très longtemps, alors que la main d’œuvre était abondante et bon marché, la culture des iris à parfum a été une spécificité de la Toscane : les princes, qu'ils soient florentins, milanais, vénitiens ou romain, raffolaient de cette senteur de violette qui pouvaient à la fois ajouter à l'attrait des gentes dames et masquer les senteurs obscures des cités italiennes. Au cours du XXeme siècle, cette culture de même que la préparation laborieuse du parfum ont été peu à peu abandonnées : trop de travail ! Mais au cours des vingt dernières années les plus grands parfumeurs ont eu de plus en plus recours à l'orris root, autre nom de la racine d'iris pour la parfumerie. Du coup la culture a repris, en Toscane, bien entendu, et particulièrement dans les collines du Chianti entre Florence et Sienne, mais aussi au Maroc, en Chine (bien entendu!), puis en France même, dans la région de Grasse, pour le compte de la maison Chanel.

Voilà donc l'iris qui est de nouveau cultivé pour sa racine et les essences qu'elle contient. Pendant très longtemps, au moins depuis le XVIIeme siècle, on a utilisé pour cet usage le fameux Iris florentina, de couleur blanche, forme particulière de Iris germanica dont il n’est qu’un sous-hybride un peu chétif, aux fleurs blanc bleuté, un peu molles, mais recherché pour tout autre chose que ses fleurs : l’irone extrait de ses rhizomes. Longtemps cet iris de Florence a été une des richesses d'une vaste région allant du Chianti à toute l’Italie du Nord, jusqu’à la région de Vérone, au pied des Alpes. La recherche scientifique faisant des progrès, on s'est aperçu que I. pallida var. dalmatica, autrement dit l’iris de Dalmatie, était deux fois plus riche en irone que I. florentina. Celui-ci a été rapidement délaissé pour son cousin d'outre-Adriatique, lequel a fini par le supplanter complètement. Ce que l'on voit aujourd'hui dans les champs est donc I. dalmatica, reconnaissable à sa délicieuse couleur bleu pâle, qui possède deux caractéristiques très originales. D’abord sa multiplication ne s’obtient pas de façon sexuelle, mais uniquement de façon végétative, ce qui garantit la pérennité des caractères (et démontre par conséquent que la multiplication végétative n’entraîne aucune dégénérescence de la plante). Ensuite ses rhizomes contiennent beaucoup d’irone, substance extraite pour obtenir ce parfum très spécifique que l'on appelle aussi « essence de violette ».. Cependant on conserve encore quelques plantations de I. florentina, moins riche et moins subtil, mais dont la puissance peut s'avérer utile en parfumerie.

La fleur de I. pallida a un parfum inoubliable et prononcé, des plus délicieux. De ce fait beaucoup s'imaginent que c'est cette fleur qui est utilisée en parfumerie, mais il n'en est rien. Ce qui compte, c'est le rhizome ! Pour l'obtenir, les iris restent en place dans les champs pendant au moins trois ans. Les rhizomes sont alors déterrés, sélectionnés, nettoyés épluchés puis coupés en rondelles qui sont mises à sécher sur des clayettes dans une pièce ventilée et chauffée à 30 °C, pour que les rhizomes perdent 60 % de leur eau et puissent se conserver en concentrant leur fameux irone. Il va falloir trois ans de séchage avant que les rondelles de rhizomes, devenues grises et dures, ne soient broyées et envoyées à la distillation. Celle-ci s'effectue après macération dans l'eau froide. On obtient alors une substance de couleur et de consistance crémeuse. Ce «beurre d'iris» appelé aussi «concrète» sera à son tour distillé pour donner l'absolu, qui est la base des parfums. Il ne faut pas moins de 13 tonnes de rhizomes frais pour obtenir un seul kilo de l'extraordinaire produit, ce qui explique son prix exorbitant (près de 100 000 euros le kilo). Les spécialistes disent que « son odeur est complexe et délicate, poudrée, boisée, paillée, beurrée, violette, tout en étant linéaire et très persistante. » Pour le commun des mortels, elle est simplement riche et profonde : combinée à d'autres senteurs, elle aboutit à des parfums complexes mais toujours délicieux, comme ce « Terre d'Iris » (Miller Harris) que j'ai eu le plaisir de humer il y a quelques semaines dans un grand magasin parisien.


Aujourd'hui, des parfums à base d'iris, il y en a de plus en plus. Le plus réputé est peut-être « Infusion d'Iris » de Prada, mais on trouve aussi « Iris Noir » d'Yves Rocher, « Chanel n° 19 », « Bois d'Iris » de Van Cleef et Arpels, « Songe d'Iris » de Rochas, « Iris Ukioyé » de Hermès...


Ainsi notre fleur préférée peut-elle présenter de l'intérêt pour son rhizome, cette tige souterraine, mystérieuse, qui la nourrit et abrite ses gènes pour l'éternité. Comme quoi, dans l'iris, tout est bon !

Illustration : 

 - Champ d'iris à parfum.

4.9.15

SE FAIRE PLAISIR

Quand on a décidé de créer une collection d'iris, bien des questions se posent. Je suis passé par là il y a plus de trente ans, et au fil des années, j'ai eu à résoudre certains problèmes ; j'ai aussi eu à constater des erreurs que j'avais commises et que j'aurais pu éviter si j'avais, à l'époque, pu profiter de l'expérience d'autres collectionneurs. Je vais essayer ici de parler de mes loupés et de mes tâtonnements. Pour aider, autant que possible, les débutants. 

L'heure du choix. 

Au moment de me lancer dans une collection d'iris, je me suis demandé plusieurs choses, la première étant qu'elles variétés choisir ? Mais il y en a d'autres que j'aurais été bien inspiré de me poser ! Ainsi je ne me suis pas interrogé sur la (ou les) catégories d'iris à collectionner. Je suis allé vers les grands iris de jardin, parce qu'à l'époque je ne connaissais qu'eux. Mais j'aurais peut-être me diriger vers les iris nains, étant donné qu'à ce moment je ne disposais que d'un espace minimal, et que je n'avais pas la possibilité de mettre vraiment en valeur les grands cultivars que j'allais acheter. Alors, Nains ? Médians ? Grands ?

Tout dépend de la place dont on dispose. Si l'on possède une grand jardin, bien dégagé, on peut se lancer dans les TB, qui sont évidemment les plus spectaculaires. Mais on peut préférer quelque chose de plus intime. Les SDB ou MDB sont alors le meilleur choix. On peut aussi souhaiter une période de floraison plus ou moins hâtive ; on peut alors se tourner vers les IB. Il est alors possible de faire un large choix, avec toutes les catégories possibles.

 Il faudra à un certain moment prendre en compte le temps dont on disposera pour prendre soin de ces iris, sachant que, à nombre égal de plantes, plus la période de floraison sera étendue, plus le travail sera de longue durée. Ce n'est pas rien, par exemple, d'enlever au fur et à mesure les fleurs qui fanent, puis de couper les hampes florales. Sans compter les heures passées à désherber !

 Mais le plus délicat, c'est de choisir l'emplacement de la future collection et le plan de plantation. Il y a en ces domaines des erreurs à ne pas commettre. On verra ça la semaine prochaine.

'PEN HIR' (FDM)

Tous ceux qui, ce printemps, sont venus voir mes iris ont été admiratifs. « Oh ! Celui-là, qu'est-ce qu'il est noir ! Pourras-tu m'en donner un morceau ? » Ils parlaient de 'Pen Hir' (Madoré, circa 2001) une variété non enregistrée bien qu'elle ait amplement mérité cette distinction. Gérard Madoré, son obtenteur, fait partie de ces amateurs éclairés qui ont apporté une énergie nouvelle à l'hybridation française dans les quinze dernières années. Maintenant reconverti dans l'élevage des oiseaux exotiques, il devrait réussir dans le métier d'oiseleur aussi bien que dans celui d'obtenteur d'iris où il a acquis, à juste titre, une certaine renommée. Il a commencé à hybrider il y a longtemps, et il a acquis une solide expérience et un sens aigu des bons croisements. C'était un artiste sans esprit d'aventure et s'il n'a pas pris de risques génétiques inconsidérés, car ses iris, au pedigree sans excès de raffinement, font essentiellement appel à des géniteurs confirmés, il est tout de même parvenu à d'excellents résultats. Maintenant c'est un autre artiste qui commercialise ses obtentions : Alain Chapelle, breton comme lui.

Le travail de Gérard Madoré a porté essentiellement sur quatre lignes de recherche : Les iris « bleu-blanc-rouge », les iris orange, les iris roses et les iris noirs. Dans chacun de ces domaines il est parvenu à d'excellents résultats.

Pour les tricolores il s'est fait remarquer au concours FRANCIRIS ® 2007, quand ‘Morgat’ (2005) a obtenu la mention « Meilleure variété bleu, blanc, rouge ». Pour les fleurs orange il a songé, entre autres, à un croisement qui a été particulièrement prolifique (9 frères de semis). Il s’agit de (Good Show X Feu du Ciel). L’association de ces deux iris oranges a donné naissance à des variétés très voisines mais toutes du meilleur cru. Tous les tons d’orange sont représentés. Depuis l’orange abricot de ‘Callac’ jusqu’à l’orange mandarine de ‘Arzano’ ou l'orange vif de 'Plouescat’. Tous ont une belle barbe minium, ce qui est normal puisque c’est aussi l’ornement des deux parents. Parmi les roses, ses plus belles réussites me semblent être ‘Ploumanach’ (2005), enfant de (Social Event X Bubble Up) et ‘Rosmalo’ (2007) qui a pour parents ((Pagan Pink x Cherub's Smile) X Pretty in Pink).

 On arrive enfin à la couleur noire. Ce n'est pas celle à laquelle il s'est le plus intéressé, mais c'est peut-être celle où il a eu la main la plus heureuse. Comme d'habitude, il s'est contenté dans le cas présent d'un croisement de tout repos : (Hello Darkness X Before the Storm). 'Hello Darkness' (Schreiner, 1992) a été longtemps considéré comme l'iris le plus noir jamais mis sur le marché. Il a eu un grand succès commercial et s'est adjugé la Médaille de Dykes en 1999. Autant dire que c'est un champion (« a winner » comme on dit aux USA). 'Before the Storm' (Innerst, 1988) est le premier iris noir des temps modernes à remporter la DM. Ce fut en 1996, trois ans seulement avant que 'Hello Darkness' ne renouvelle l'exploit. Il est noir, oui, mais n'a pas l'intensité de son suivant ; ce qui n'enlève rien, par ailleurs, à ses excellentes qualités botaniques. Gérard Madoré, en réalisant son croisement de deux DM noirs, jouait sur du velours, car Noir + Noir = Noir ++, comme toujours dans les croisements endogamiques. Néanmoins celui-ci n'a pas inspiré beaucoup d'hybrideurs. A ma connaissance, seul les Jedlicka l'ont également tenté, avec un résultat, 'Total Darkness' (2011), aussi sombre que l'est 'Pen Hir'. Gérard Madoré en a, comme on dit communément, rajouté une couche, en recroisant un sibling de 'Pen Hir' avec 'Night Ruler', un autre iris très sombre, mais le résultat n'apporte pas une réelle amélioration (Guilvinec, 2007).

 Pour ce qui est de la saturation des pigments anthocyaniques, on ne peut guère faire plus. Les pétales sont, certes, un peu plus bleus, mais les sépales atteignent le noir parfait. La barbe, bleue sombre, n'enlève rien à l'effet noir. La fleur est absolument classique – les iris noirs ne sont pas réputés pour abuser des ondulations – pas trop grosse, mais bien proportionnée ; le nombre de boutons est juste suffisant, mais le branchement est impeccable. Voilà donc un iris pour lequel on n'exagère pas quand on dit qu'il est noir, et le succès qu'il rencontre auprès des simples spectateurs en dit long sur l'intérêt que l'on a à cultiver dans son jardin cette fleur de premier plan.

Illustrations : 


 'Pen Hir'


'Guilvinec'


'Total Darkness'


'Before the Storm'

HONNEUR À KEITH KEPPEL

Avec six Médailles de Dykes, Keith Keppel est actuellement le plus « capé » des obtenteurs d'iris. C'est l'occasion de l'honorer, en images, comme il le mérite, après cinquante ans de carrière et encore plein de projets. 

Deuxième épisode : Les années 70.

 Dès cette époque, Keith Keppel s'est spécialisé dans les plicatas. En voici quatre qui ont fait sa réputation :

'Broadway' (1979) (((((Irma Melrose x Tea Apron) x ((Full Circle x Rococo) x Tea Apron)) x April Melody) x Caramba) X Flamenco) 


'Gentle Rain' (1976) ((Vaudeville x Radiant Apogee) X Charmed Circle) 


 'Morocco' (1978) (Kilt Lilt X Caramba) 


'Roundup' (1971) (Montage X April Melody)

'GIBSON GIRL' ET LES REMONTANTS

Ceux qui lisent les chroniques publiées ici savent sans doute que je ne suis pas un franc admirateur des iris remontants. Pourtant j'aurais bien aimé trouver dans mon jardin des fleurs d'iris en toute saison. Oui, mais comme bien d'autres, j'ai été déçu par ces variétés que l'on qualifie de remontantes. De nos jours les spécialistes de cette question font, comme moi, la constatation selon laquelle, malgré une recherche qui atteint bientôt un siècle, les iris remontants restent capricieux, gourmand en eau et d'une fidélité aléatoire. Mike Lockatell, celui qui, à l'heure actuelle connaît le mieux la question a bien été obligé de faire le constat suivant : « « Après beaucoup d'optimisme au cours de la dernière partie du XXe siècle, les avancées dans le développement des iris remontants semblent toujours aussi rares ». Quelque peu lassés, les plus ardents chercheurs sont devenus bien discrets et on constate aujourd'hui un net désintérêt pour la question. Mike Lokatell lui-même, avoue son désarroi dans un article paru dans « Irises », la Revue de l'AIS : « Qui sera le successeur des Percy Brown, Raymond Smith ou Lloyd Zurbrigg ? » Il n'y a toujours pas de réponse.

 On peut se demander pourquoi les choses sont à ce point décevantes.

 Les premiers à s’intéresser vraiment à la question de la remontance ont été les frères Sass, dans le Nebraska, aux Etats-Unis. Y a-t-il une question à laquelle ces deux-là n’ont pas cherché de réponse ? Dès 1924, ils enregistraient 'Autumn King', un grand iris bleu violacé, qui devait être suivi de nombreux autres au cours des années 20 et 30. Dans les décennies qui suivirent plusieurs hybrideurs s’essayèrent à l’obtention de remontants. Percy Brown en fait partie. Son 'Fall Primrose' (1953) est un des premiers à avoir été franchement reconnu comme remontant. Cependant c’est Jim Gibson et son 'Gibson Girl' (1946) qui ont réellement marqué le coup d’envoi de la recherche en remontance. Ce 'Gibson Girl' n'était pas destiné à donner naissance à des iris remontants. Il était avant tout un des premiers éléments de la recherche de Gibson dans les iris plicatas. Il s'est révélé, accessoirement, apte à donner naissance à des remontants. Il faut dire que ses deux parents, 'Tiffany' (H.P. Sass, 1938) et 'Madame Louis Aureau' (F. Cayeux, 1934) ont été reconnus comme porteur du gène de la remontance, et, comme il s'agit d'un gène récessif, sa présence chez ces deux variétés permettait de provoquer sa manifestation dans leur rejeton.

Cela a été confirmé « de visu » dans la descendance de 'Gibson Girl'. Malheureusement le commun des mortels ne peut pas connaître tous les descendants de cette variété car, comme c'était fréquent à l'époque, les renseignements fournis lors de l'enregistrement se contentent d'indiquer des numéros de semis, sans préciser qui se cache derrière ces numéros. Il faut disposer des carnets de l'obtenteur pour connaître la réelle parenté.

Ce fut sans doute le cas de Lloyd Zurbrigg, ami de Gibson, puisqu'il a déclaré que 'Halloween Party' (Gibson, 1970) descendait de 'Gibson Girl' et était remontant. 'Halloween Party' n'a eu que quelques descendants, lesquels ont tous montré qu'ils possédaient le gène de la remontance. Citons 'Hallowed Thought' (Zurbrigg, 1976), 'Spirit of Memphis (Zurbrigg, 1976), 'Fiji Dancer' (Zurbrigg, 1978), 'Lightly Seasoned' (Zurbrigg, 1979)... 'April Melody' a manifesté les mêmes aptitudes. Il faut dire que, pour cela, il est bien doté : Keith Keppel, qui détient les carnets de Jim Gibson, confirme que 'Gibson Girl' apparaît treize fois dans son pedigree ! 'April Melody' est une des variétés les plus utilisées en hybridation dans les années 1970/80, d'abord en vue d'obtenir des iris plicatas, mais aussi pour des remontants, plicatas ou non quand les hybrideurs ont su que cette variété était porteuse du gène de la remontance. A partir de là on peut imaginer combien de variétés modernes sont potentiellement remontantes.

Il faut y ajouter la descendance de tous les autres semis issus de 'Gibson Girl' et, eux, précisément identifiés. Et ils sont nombreux.

Ainsi en est-il de 'Cross Stitch' (Zurbrigg, 1973) qui a engendré en particulier 'English Cottage' (Zurbrigg, 1976), 'Garden Grace' (Zurbrigg, 1981) et 'Lady Essex' (Zurbrigg, 1990). De même pour 'Dante's Inferno' (Moores, 1978), à l'origine de 'Peach Reprise' (Moores, 1981) ou de 'Purgatory' (Moores, 1983). 'Autumn Tryst' (Weiler, 1993) est un enfant de 'Lilac Stitchery' (Jensen, 1989). 'Northern Spy' (Zurbrigg, 1960) a donné naissance à cinq variétés, toutes remontantes, dont 'I Spy' (Zurbrigg, 1970). 'Replicata (R.G. Smith, 1964) a donné 'Da Capo' (Zurbrigg, 1968) et 'Grand Baroque' (Zurbrigg, 1968).

A la génération suivante on ne peut plus citer tous les iris remontants confirmés qui ont été enregistrés ! Contentons-nous des plus connus, comme 'Immortality' (Zurbrigg, 1982), 'Earl of Essex' (Zurbrigg, 1979), 'Winterland' (Byers, 1989), 'Zurich' (Byers, 1989), 'Istanbul ' (Byers, 1989), 'Lichen' (Byers, 1988) … Il y a trente ans de cela ! Alors, aujourd'hui ? Autant dire qu'on peut à tous moments obtenir des variétés remontantes.

Mais voilà. Une évidente lassitude a atteint tous ceux qui ont cru dans l'avenir des iris remontants. Ils ont constaté à quel point cette aptitude était capricieuse et se sont mis à douter de l'intérêt de continuer les recherches en ce sens. Peut-être la remontance reviendra-t-elle à la mode ? On se souviendra alors que 'Gibson Girl' aura été l'un des principaux géniteurs de ce caractère.

Illustrations : 


'Gibson Girl' 


'Cross Stitch' 


'Autumn Tryst' 


'Winterland'

28.8.15

NOUVELLE CHRONIQUE

À partir de la semaine prochaine, une nouvelle chronique hebdomadaire verra le jour. Elle s'appellera "Se faire plaisir" et traitera des situations qui se présentent au collectionneur d'iris, et des manières de les surmonter pour disposer d'un collection agréable, et se faire plaisir.

HONNEUR À KEITH KEPPEL

Avec six Médailles de Dykes, Keith Keppel est actuellement le plus « capé » des obtenteurs d'iris. 

C'est l'occasion de l'honorer, en images, comme il le mérite, après cinquante ans de carrière et encore plein de projets. 

Premier épisode : Au début. 



 'Babbling Brook' (1969) (Galilee X Symphony) Première Médaille de Dykes, premier succès. 


'Ballyhoo' (1968) (Siva Siva X Diplomacy) On aurait pu choisir 'Vaudeville', frère de semis... 


'Charmed Circle' (1968) ((Happy Meeting x Rococo) X (Full Circle x Rococo)) Un bon début chez les plicatas, une réussite sur tous les plans. 


 'Humoresque' (1961) (Snow Flurry X (Maisie Lowe x Stratosphere)) Un des tout premiers enregistrements, mais aussi un des tout premiers « broken color ».

VIE ET MORT D'UNE FLEUR

Dans la fraîcheur de la terre, à peine atténuée par quelques pâles rayons de soleil, la torpeur de l'hiver va cesser. A l’extrême pointe du rhizome de l'iris, une révolution se prépare. Les cellules commencent à se multiplier et à se spécialiser. Un triple panache feuilles ne va pas tarder à se développer. Bientôt vont apparaître les extrémités minuscules de ce trio. En quelques jours le sol va laisser s'extirper trois petits points d'abord d'un jaune un peu crémeux puis prenant peu à peu la couleur verte de la chlorophylle. C'est l'amorce de la future floraison. Les pointes de droite et de gauche vont grandir et chacune se diviser en panaches de trois pousses, trois feuilles qui vont rapidement grandir, tandis que la pousse du milieu, au début totalement semblable aux deux autres, va connaître un développement différent. Il va falloir attendre au moins trois semaines pour que l'on puisse faire le distinguo. Avec une vigueur incroyable l'iris, puisant dans les réserves de sucre de son rhizome et complétant son alimentation par les substances aspirées par ses racines, va grandir de près d'un centimètre par jour. Le mois de mars est maintenant au milieu de son cours. Le champ d'iris, jusque là triste et vide, prend peu à peu sa couleur de printemps. On sent chaque jour combien la nature a hâte de mener au jour sa mission de vie.

  L'iridophile impatient va chaque matin vérifier que le mystère du renouveau prépare la future floraison. Les deux triples panaches de feuilles grandissent presque à vue d’œil. Ils s'écartent un peu de la verticale qui était leur direction initiale et s'inclinent légèrement de manière à laisser assez de place entre eux pour que le troisième panache, celui du milieu, puisse prendre ses aises. Celui-ci marque son originalité en s'élevant bien droit. En passant délicatement la main sur la base de ce panache, on sent que gonfle une surépaisseur que l’œil mettra plusieurs jours à distinguer. C'est l'amorce de la tige florale et des premiers boutons floraux.

Tout va maintenant très vite. Les froides nuits du début d'avril ne freinent pas l'élan de la végétation. Mais attention au gel, néanmoins ! Il arrive que les fleurs hâtives, dont les tiges, tendres, apparaissent au centre des nouvelles pousses, ne résistent pas à une gelée matinale. Heureusement le 23 avril, le dragon glacé sera transpercé par la lance de St Georges et l'amateur d'iris verra ses craintes s'éloigner... Désormais la floraison est en route pour de bon.

 Les panaches latéraux vont cesser de croître, mais la hampe florale, emportée par son élan, va s'élever, rigide et majestueuse, au-dessus du feuillage. Les boutons s'enflent et prennent cette forme en quenouille caractéristique qui annonce l'éclosion prochaine des fleurs dont, peu à peu, on distingue les premières couleurs, celles des sépales, délicatement enroulés autour de ce que la fleur a de plus précieux, ses appareils de reproduction. On pressent que l'éclosion est proche, mais on ignore quand elle va se produire : il y a tout un tas de paramètres que l'on ne maîtrise absolument pas : humidité, chaleur, fraîcheur, maturité des organes sexuels... Brusquement, la fleur décide de se déployer : en un instant les trois sépales s'écartent et s'inclinent tandis que les pétales, encore un peu fripés et blottis les uns contre les autres se gonflent comme les ailes d'un nouveau papillon et mettent en place leur parasol protecteur au-dessus des stigmates et des étamines.

 La fleur est un formidable appareil sexuel. Est-ce ce qui fait sa séduction ? Est-ce le mystère qu'elle dissimule en même temps qu'elle l'expose ? Tout est fait pour la reproduction, et uniquement dans ce but. Les couleurs, vives, attirantes, incitent les insectes à la visite. Les barbes, leurre diabolique, prennent les bourdons par la patte pour les conduire au saint des saints, là où le nectar les attend pour les récompenser de leur intervention. En passant, sans qu'ils s'en doutent, ils vont se charger de pollen et, lorsqu'ils visiteront une autre fleur, la lame poisseuse du stigmate va s'incliner mécaniquement pour recevoir cette précieuse semence mâle que personne d'autre que ces gros bombyles n'est en mesure de lui apporter. La fécondation se déroule au vu de tout l'univers, mais la beauté qui l'entoure est tellement saisissante qu'elle en masque innocemment l'impudeur.

Sitôt la fécondation réalisée, la fleur n'a plus d'importance. Quand du pollen a été déposé sur la lèvre collante du stigmate, commence une véritable course entre les grains pour étendre leur tube jusqu’à l’ovule. Le voyage est long et plein d’embûches. Les noyaux de sperme (ils sont au nombre de deux) glissent à l’intérieur du tube et descendent vers l’ovule où ils vont pénétrer par un minuscule orifice et accomplir leur œuvre de vie. Un grain de pollen féconde un ovule et un seul. Il met environ huit heures pour se développer et parvenir au contact de celui-ci. Même si les grains de pollen ne sont déposés que sur une seule des trois lèvres stigmatiques ; ils féconderont néanmoins l’ensemble des ovules, dans les trois compartiments de l’ovaire : encore une merveille de la nature ! La fleur, quant à elle, peut maintenant s'effacer. Sa vie n'aura été que d'une durée minimale : deux, peut-être trois jours, au cours desquels elle a exhibé tous ses charmes. Mais que ceux-ci aient été couronnés de succès avec la réussite d'une fécondation, ou que rien ne ce soit passé, la fleur disparaîtra rapidement car pour que toutes les chances soient réunies en vue d'une reproduction garantie il faut que l'attirance des fleurs soit en permanence à son plus haut degré et, par conséquent, que la fraîcheur et l'attirance restent parfaites. Quand la nature estime que ces qualités ne sont plus au top, elle sacrifie la fleur. Celle-ci se fane et se rétracte en quelques heures. Elle replie ses sépales qui se fripent et s'amollissent tandis que les pétales fondent comme un soufflé qui a trop attendu. Ce qui était une splendeur n'est plus qu'une petite masse informe et gluante. Sous l'action des rayons du soleil toute l'humidité contenue va s'évaporer et ce qui était la fleur devient un tortillon sec et brun qui finira par tomber, un peu comme une sorte de cordon ombilical.

Il n'y a plus qu'un souvenir de fleur, en l'occurrence l'enveloppe chitineuse qui a contenu le bouton floral pendant le temps qu'il lui a fallu pour atteindre son plein développement. Celle-ci, de même que ses voisines qui ont tenu le même rôle, va rester en place jusqu'à ce que la hampe florale, désormais inutile, ne sèche à son tour et se ratatine. Tout cela viendra à disparaître en trois ou quatre semaines si on n'a pas pris auparavant la peine de couper ces éléments devenus inutiles et disgracieux. Parfois, souvent même, la hampe florale conserve un brin de vie. C'est quand elle porte une ou plusieurs capsules fécondées qui vont gonfler et mûrir tout au cours de l'été. Veut-on récolter les graines ? Ces hampes devront être protégées de manière à ne point être brisées au cours des deux mois de gestation. Sinon, point de grâce : le sécateur évitera que la plante ne s'épuise à fabriquer des graines inutiles. Il est préférable qu'elle affecte toute sa vigueur à reconstituer ses réserves de glucides et à développer un nouveau rhizome pour la floraison de l'année suivante. Rendez-vous est donné pour le prochain mois de mai !

21.8.15

LAURIERS 2015 AUX ETATS-UNIS

Les résultats de la course aux honneurs pour 2015 ont été publiés le 13 août. Ils sont intéressants sur plusieurs points qui marquent une évolution de l'opinion des juges.

 Dykes Medal

 'Gypsy Lord' (Keppel, 2005) 

 'Swans in Flight' (Hollingworth, ) SIB 


 'Absolute Treasure' (Tasco, 2006) 


'Montmartre' (Keppel, 2007)

L'attribution de la médaille à 'Gypsy Lord' n'est pas à proprement parler une surprise. Après l'avoir frôlée en 2013 puis en 2014, cette variété, déjà récompensée d'une Franklin-Cook en 2008 et de la Wister Medal en 2012 était en première ligne pour la distinction suprême. Pour son obtenteur, c'est une sixième(1) DM qui rejoint ses autres trophées, une situation qui ne s'était encore jamais produite dans l'histoire de la DM. Rappelons les noms de ses cinq premières médailles : 'Babbling Brook' en 1972 'Crowned Heads' en 2004 'Sea Power' en 2006 'Drama Queen' en 2011 'Florentine Silk' en 2012.

 L'autre fait marquant est l'apparition d'un iris de Sibérie à la seconde place de ce classement. Cela veut-il dire que la diversification des catégories dans l'attribution de la DM, marquée ces dernières années par les victoires de 'Starwoman' (IB) en 2008, puis de 'Dividing Line' (MTB) en 2014, va se poursuivre ? La bataille sera rude l'année prochaine, avec 'Absolute Treasure', qui est unanimement apprécié, et 'Montmartre' qui a de très fervents admirateurs, sans compter les nouveaux entrants, comme 'Money in your Pocket' ou 'Temporal Anomaly'.

Wister Medal (TB) 

'Money in your Pocket' (P. Black, 2007) 


 'Snapshot' (T. Johnson, 2007


 'Temporal Anomaly'  (R. Tasco, 2007)

Cette récompense destinée aux seuls grands iris (TB) échoit cette année à une de ces obtentions remarquables qui constituent le travail de Paul Black. Cet hybrideur moult fois récompensé dans plusieurs catégories n'a toujours pas eu accès à la plus haute marche du podium. L'année prochaine ce 'Money in your Pocket' sera en compétition pour la DM. Sera-ce le triomphe attendu ? Il faudra se méfier de 'Temporal Anomaly' qui aura aussi toutes ses chances car c'est un iris excellent et original.

Walter Cup (meilleur HM) 

 'Desert Snow' (P. Black, 2013) AB 

Parmi toutes ses récompenses, je n'ai pas souvenance que Paul Black ait remporté une médaille chez les iris arils. C'est fait, et cela complète agréablement un palmarès d'une incroyable richesse. La Walther Cup a déjà rendu hommage à autre chose que des TB ; la surprise ne vient pas de ce côté, mais plutôt de celui de la catégorie, jamais parvenue à ce niveau.

 Knowlton Medal (pour les BB) 


 'Niche' (J. Ghio 2006) 

 Cela faisait longtemps que Joë Ghio n'avait pas récolté une grande médaille. Depuis des années, il est distingué plus souvent pour ses PCI que pour ses grands iris, pourtant tellement beaux. Mais dans cette catégorie il souffre d'une réputation de fragilité et d'inconstance qui doit lui nuire. Ainsi, cette année, il ne reçoit qu'un seul AM, pour 'Engagement Ring'...

Sass Medal (pour les IB) 


'Man's Best Friend' (P. Black, 2008) 

Encore une médaille pour une variété « made by Black » ! Il y en aura encore une (voir ci-dessous). Cela démontre combien Paul Black est apprécié dans tout le monde des iris. Il faudra forcément lui délivrer un jour une DM !

 Cook-Douglas Medal (pour les SDB) 


'Maui Sunrise' (T. Aitken, 2008) 


 'Zooboomafoo' (P. Black, 2007) 

 Situation originale, il y a « dead head » pour la CDM. Cette double médaille récompense pour le première fois dans cette catégorie Terry Aitken et une septième fois Paul Black qui s'affirme comme le spécialiste des iris nains.

Williamson-White Medal (pour les MTB) 


 'Hot News' (Stéphanie Markham, 2009) 

 Carpane-Welch Medal (pour les MDB) 


 'Keeno' (T. Johnson, 2009) 

 Morgan-Wood Medal (pour les SIB) 


 'Humors of Whiskey' (Schafer/Sachs, 2007) 

 Dans cette catégorie, les Schafer et Sachs sont indétrônables (ou presque!).

 D'une manière générale, les compétitions restent dominées actuellement par une petite troupe de grands hybrideurs comme Keppel, Black, Johnson et Schreiner. Michael Sutton arrive à se placer et quelques outsiders aussi, mais je trouve néanmoins que la relève tarde à prendre sa place.

President's Cup (meilleure variété en provenance de la Région organisatrice de la Convention) 


'Football Hero' (L. Miller, 2015) TB 

Franklin-Cook Cup (meilleure variété issue d'une Région autre que la Région organisatrice) 


 'Swans in Flight' (Hollingworth, 2006) SIB 

Ben Hager Median Cup (meilleur médian présenté à la Convention) 


 'Moose Tracks (L. Miller, 2015) MTB 

(1) Dans ma précipitation, j'ai donné un nombre inexact la semaine dernière, tant pour Keppel (6) que pour Schreiner (10).

PARFUM OU PAS PARFUM ?

Il fut un temps, relativement lointain, où le parfum d'un iris n'était pas du tout pris en compte dans la description qui en était donnée. Il est vrai qu'à cette époque les descriptions étaient pour le moins succinctes. Prenons par exemple la description dans la check-list de 1959 de 'Eleanor's Pride' (E. Watkins, 1952, DM 1961) : « Sdlg 50-32A. TB, 41'', M, B1L. Self, bleu pâle. Jane Phillips X Blue Rhythm. » On ne s'attarde pas sur les détails. Ni la couleur des barbes, ni la forme de la fleur ne sont prises en considération, et pas davantage son parfum !

Avec le temps, les obtenteurs ont tout de même peu à peu ajouté des informations qui donnent des précisions intéressantes sur les caractéristiques de la fleur. C'est le cas de la description du joli plicata magenta 'Mod Mode' (J. Gibson, 1969) : « 27-50. TB, 36'', M, RV2RVL. Pétales rose orchidée léger ; Sépales rose orchidée léger sur fond rose clair ; ondulée ; barbes blanche pointées orange. April Melody X 2-PLB. » Les progrès sont évidents : seule l'indication d'un numéro de semis pour désigner le donateur de pollen laisse le chercheur sur sa faim. A l'intention de ceux qui ne le sauraient pas, le code RV2RVL, qui suit l'indication de la précocité de la plante, est l'indication d'une classification par couleur instituée en 1949 et qui signifie en l'occurrence « plicata rouge violacé clair ». Avec une telle description on peut, sans avoir la fleur sous les yeux, se faire une idée de l'aspect et du coloris.

Cela va prendre de la consistance, avec le temps. Vingt ans plus tard, la description que C. Mahan donne de son célèbre 'Suky' (1988) montre à quel point les choses ont avancé : « Sdlg. 186-1. TB, 37'' (94cm), HM. Pétales blancs infus de violet clair (RHS 86B) sur les bords, côtes violettes ; sépales violet de moyen à vif (83B), très grande zone blanc pur s'étendant des épaules jusque vers le milieu ; barbes blanches, jaune vif dans la gorge ; ondulées ; parfum épicé prononcé. Violet Miracle X Victoria Falls. » Cette fois, on a tout. La fleur est délicate à décrire, mais Mahan l'a fait avec précision, dans les moindres détails, et la notion de parfum apparaît.

Depuis, le raffinement des descriptions n'a fait que se développer et parler du parfum est devenu une obligation. Il faut dire que la multiplication exponentielle du nombre des variétés enregistrées a rendu toutes ces précisions nécessaires sous peine de voir se perdre l'intérêt des descriptions elles-même.

Cependant, pour ce qui est du parfum, on en est encore à des appréciations sommaires. Les obtenteurs se contentent de dire si oui ou non leur fleur est parfumée et tous ne vont pas jusqu'à préciser si le parfum en question est fort ou discret, sucré ou poivré... Tous les obtenteurs n'ont pas, en effet, l'aptitude d'un nez à donner une évaluation précise du parfum ! On en restera donc encore longtemps à quelque chose de rudimentaire.

 C'est pourquoi on peut se poser la question suivante : Dans les concours d'iris (façon Florence ou FRANCIRIS), quelle importance faut-il donner à la notation du parfum ? Aujourd'hui celui-ci représente 5% de la note totale attribuée à une variété. Vu comme cela, il n'y a rien d'anormal à ce pourcentage. Mais à bien y réfléchir, cela pose un problème. En effet la note en question est sans nuance. Le parfum existe-t-il ? Est-il puissant ? Subtil ? Délicat ? Lourd ? Agréable ? Déplaisant ? La note est limitée à l’appréciation subjective du juge, alors qu'en plusieurs autres domaines elle porte sur des critères tout à fait concrets, comme l'importance du branchement ou le nombre des boutons floraux. Certes, l'avis personnel du juge est aussi sollicité sur d'autres critères subjectifs, comme la couleur ou la forme de la fleur, mais ce sont des caractères visibles, alors qu'il n'y a pas de comparaison possible en ce qui concerne le parfum. Les 5% en question peuvent donc peser très lourd dans la note finale. Et cela peut même devenir rédhibitoire si la fleur n'a pas de parfum ! Pas de parfum cela veut dire 0 point et puisqu'il y a cinq juges, cela représente un handicap de 25 points, ce qui est énorme. Une plante jolie, solide, florifère, qui pousse bien mais qui ne sent rien sera forcément hors-course, ce qui me paraît injuste et même contraire au but recherché qui est, ne l'oublions pas, de désigner une plante qui a de réelles qualités horticoles. A mon point de vue, l'absence de parfum chez un iris n'est pas un défaut mais une simple particularité tout à fait anecdotique. Pour ne pas en faire un élément fondamental, il faudrait trouver un système de notation qui tienne compte du parfum, bien évidemment, mais qui soit suffisamment précis pour avantager un peu un iris qui sent bon, ou pour sanctionner un iris à l'odeur désagréable, mais qui ne handicape pas une fleur neutre sur le plan olfactif.

J'espère que dans un proche avenir un consensus s'établira entre les organisateurs de concours pour noter équitablement le parfum des variétés en compétition.

 Illustrations : 


 'Eleanor's Pride' 


'Mod Mode' 


'Suky'

14.8.15

ECHOS DU MONDE DES IRIS


Et une de plus ! 

 Le vainqueur de la Dykes Medal 2015 est 'Gypsy Lord' (Keppel, 2005).

C'est la cinquième Médaille de Dykes remportée par une variété obtenue par Keith Keppel. Aucun obtenteur « individuel » (1) n'avait jusqu'à ce jour obtenu un tel palmarès.

Nous reviendrons la semaine sur ce triomphe.

(1) La famille Schreiner a reçu huit fois la DM depuis 1984, mais cela couvre trois générations !