15.10.15

LA VOÛTE SEMÉE D'ÉTOILES

« Ciel » et « Étoile » font partie des mots qui reviennent souvent dans les noms donnés aux iris. Mais il ne faut pas confondre : il y a « Étoile » et Étoile » ! Ou plutôt « Étoile » et « Star », au sens de vedette du monde du spectacle. Ces étoiles-là ne sont pas celles auxquelles ces quelques lignes sont consacrées. Restons-en aux étoiles du ciel.

 En feuilletant ma base de données, j'ai relevé une quinzaine de noms de grands iris qui évoquent les étoiles du ciel et j'ai essayé de distinguer les différentes thématiques auxquelles les obtenteurs font allusion.

Il y a tout d'abord les noms qui restent dans le domaine des généralités. En témoignent :
     'In the Stars' (B. Blyth, 1999) (Crazy for You X About Town), un amoena aux pétales blancs et aux sépales vieux rose cernés de blanc, sans aucun excès de frisottis ;
     'Moon and Stars' (Nearpass, 2005), introduit par Don Spoon bien après le décès de son obtenteur, qui est un iris blanc très classique doté d'une belle barbe jaune, avec un pedigree un peu compliqué pour une plante plutôt banale ((Abridged Version x (Hager 2542, sib to Puppy Love pollen parent, x (Peach Paisley x April Melody))) X (Payoff x (My Katie x Memphis Delight))) ;
     'Stardusted' (L. Markham, 2010), en bleu tendre un peu argenté, qui n'a rien de transcendant, si ce n'est, lui-aussi, un pedigree délicat à interpréter : (Midnight Fragrance X (((Angel Feathers x (Sheaff 60-3: (Hall pink sdlg. x Celestial Snow) x Arctic Flame)) x Black Taffeta) x (Blackbeard x Secret Weapon)).

 D'autres noms font référence au mouvement des étoiles :
     Depuis le statique 'Tranquil Star' (B. Blyth, 1978), amoena jaune sans prétention, mais accompagné d'une descendance remarquable ('Electrique', 'Imprimis', 'Alpine Journey'...). Son pedigree explique en partie son intérêt génétique:((Champagne Music x Snowlight) X (Eloquent x Outer Limits)) ;
     Jusqu'à 'Dancing Star' (T. Johnson, 2009), très joli amoena blanc/bleu marine, descendant des vedettes que sont 'Queen's Circle' et 'Starring' ; En passant par le fugace mais éclatant 'Shooting Stars' (Ernst, 1993), issu du couple mythique (Edna's Wish X Wild Jasmine).

Il y a les amateurs d'expressions poétiques. Cela donne :
     'Dreaming Star' (Terrada, 1997) (Sweet Musette X Inga Ivey) aux douces teintes rose pastel ;
     Et 'Star of the Morn' (Grosvenor, 2005) (Pay the Price X Rhonda Fleming), aux fines broderies plicata bleues.

 En Amérique, il semble que, comme la lune, les étoiles soient jaunes, voire même orangées ; du moins si l'on en croit les noms choisis par certains hybrideurs :
     le « vieux » 'Flaming Star' (Plough, 1966) (Marilyn C X Orange Parade), ascendant direct d'un des plus beaux oranges, 'Son of Star', et qui se trouve dans le pedigree d'un grand nombre d'iris oranges aussi connus que 'Avalon Sunset', 'Cajun Rhythm', 'Fresno Frolic' ou 'Marcel Turbat'.
     L'éclatant 'Orange Star' (Hamblen, 1980) ((Azure Gold sib x ((Valimar sib x June's Sister) x Tomeco)) X Hilight ), fréquemment rencontré en France et « père » d'une variété que j'adore : 'Podzni Leto' (Seidl, 1997) ;
    'Risen Star' (Maryott, 1991) (Radiant Energy X Sound of Gold), dans la même thématique, sera plus jaune qu'orange.

 Et puis les étoiles évoquent aussi les contrées lointaines et la beauté des ciels que l'on voit ailleurs. C'est sans doute le cas pour :
     'Aegean Star' (Plough, 1971) (((Jaipur x (My Darling x Copper Halo)) x Jakarta sib) X Stepping Out), classique plicata, fils de 'Stepping Out' et mère de 'Batik' ;
     'Baltic Star' (Stahly, 1994) (Wagontrail Night X Night Lady), dans un autre genre, plus sombre et franchement original ;
     ou 'Exotic Star' (Plough, 1974) (Winner's Circle X 66-73-19: sib), autre plicata couramment rencontré encore aujourd'hui.

C'est bien connu, les étoiles font rêver. Leur lueur ou leur éclat portent à la réflexion, tandis que les immenses distances qui nous en séparent font naître admiration en enthousiasme pour les merveilles de la nature. Pas étonnant que les obtenteurs d'iris, souvent lyriques dans le choix de leurs noms, aient appelé « Star » un bon nombre de leurs cultivars.

 Illustrations : 


'Dancing Star' 


 'Shooting Stars' 


 'Orange Star' 


 'Baltic Star'

9.10.15

HONNEUR À KEITH KEPPEL

Avec six Médailles de Dykes, Keith Keppel est actuellement le plus « capé » des obtenteurs d'iris. C'est l'occasion de l'honorer, en images, comme il le mérite, après cinquante ans de carrière et encore plein de projets.

Septième épisode : Aujourd'hui. 

Keith Keppel poursuit sa recherche dans la diversité des plicatas, sans oublier que quelques dispositions classiques réservent encore de belles surprises. Quatre modèles de ces orientations :


'Fire Danger' (2014) ((Inside Track x Spice Lord) X Sorbonne) 


 'High Desert' (2014) ((Inside Track x Spice Lord) X Reckless Abandon) 


 'Painted Shadows' (2014) ( Silk Road X Roaring Twenties) 


 'Swedish Lullaby' (2014) ( Silk Road X Roaring Twenties)

COMME UNE FLEUR développement, épanouissement, flétrissement

Lorsque le printemps s'avance, l'amateur d'iris, impatient de voir ses plantes fleurir, passe un doigt fébrile sur la base des bouquets de feuilles qui commencent à s'élever. S'il sent un léger renflement, il sait qu'une fleur est en formation et il se met à rêver de ce qu'il pourra admirer dans quelques semaines. Car les fleurs d'iris se développent dès le début de la poussée printanière. Elles naissent au cœur des trois feuilles qui se dressent, bien verticales, à l'extrémité du rhizome. Comme le reste de la plante, elles croissent avec une extraordinaire rapidité. Le début se situe vers la mi-février, ici, dans les contrées tempérées comme l'Ouest de la France. Il faut que tout soit prêt pour la mi-mai, soit environ 90 jours plus tard. C'est à dire que la croissance va atteindre et même dépasser un centimètre par jour ! Combien de millions de cellules cela représente-t-il par période de 24 heures ? La différenciation est immédiate, de sorte que, en effet, très vite l'amorce des fleurs et de la tige qui les porte est sensible au toucher avant d'être visible à l’œil nu sous la forme d'un renflement qui peu à peu s'élève et s'arrondit au centre de son triple bouquet de feuilles.Tous les éléments de la future fleur sont là. Si, comme pour une future maman, on faisait une échographie de l'iris à ce moment, on distinguerait les différents éléments qui constitueront la sommité de la hampe florale. Le rameau porteur, les boutons blottis dans leur enveloppe qui deviendra chitineuse, les pétales qui seront roulés comme un cigare dans l'enveloppe formée par les sépales, eux-même délicatement enroulés. Plus le temps passe, plus ces différents éléments se distinguent et s'accroissent. Le jardinier qui se projette dans l'avenir peut mesurer chaque jour les progrès accomplis. Il se gardera bien de serrer ce renflement entre ses doigts de peur d'écraser les tépales encore tellement fragiles, mais il pourra mesurer la progression des ces promesses de fleur.

Peu à peu le bouton prend sa forme caractéristique, lenticulaire, irrégulière chez les iris tétraploïdes (l'un des côtés est presque droit, l'autre s'arrondit, les deux se rejoignent au sommet de la future fleur en une pointe plus ou moins acérée).À quelques jours de leur éclosion, les fleurs pointent leur nez hors de leur enveloppe verte. Ce que l'on voit, c'est l'extérieur des sépales. Le reste de la fleur est encore précieusement abrité. Au fil des jours, la couleur se précise, puis, brusquement, l'ensemble se déploie. Les sépales s'écartent et libèrent les pétales qui prennent aussitôt leur forme plus ou moins en dôme. Le plus souvent deux fleurs s'ouvrent à peu près au même moment : l'une sur la partie basse de la tige, l'autre vers le sommet. Sur les plantes les meilleures à ce point de vue, la floraison va être progressive : pour une meilleure durée de la floraison, il ne faut pas que toutes les fleurs s'épanouissent en même temps, ni même en quelques jours ; un étalement permettra de profiter plus longtemps de la floraison. Autant d'un point de vue esthétique que de solidité de la tige, les fleurs ouvertes doivent se répartir tout au long de la hampe. Il en est dont ce sont les fleurs de l'extrémité qui éclosent toutes en même temps ; elles s'entassent et se gênent, elles donnent trop de poids à cette partie haute et, à la première occasion – coup de vent ou averse – la tige va verser... Quelque fois les rameaux inférieurs, au nombre de deux ou trois, ne réussissent pas à s'écarter de la tige principale ; les fleurs, de ce fait, s'écrasent sur cette tige et ne parviennent pas à leur plein épanouissement... Ce sont là des défauts qui n'apparaissent pas forcément aux yeux d'un admirateur subjugué par les couleurs de la fleur, mais que les obtenteurs qui aiment tendre vers la perfection autant qu'ils redoutent le verdict de leurs juges savent bien reconnaître et tentent d'éliminer en ne sélectionnant pas les plantes ainsi constituées. Une autre anomalie qui vient parfois perturber la floraison est aussi la conséquence d'une aspect de la fleur pourtant très positif sur un autre plan : des tépales très abondamment frisés se trouvent étroitement imbriqués les uns dans les autres et ne parviennent pas à se séparer complètement ; c'est comme une salade trop frisée dont on ne peut pas détacher les feuilles sans les déchirer...Il reste encore quelque chose qui peut venir gâcher le bonheur de l'amateur d'iris. Il s'agit de la durée de vie de chaque fleur. Les fleurs un peu molles, dont la matière est mince ou fragile, vont se faner très rapidement. Les fleurs d'iris sont importantes. Ce sont de grosses fleurs qui offrent aux intempéries et à l'action du soleil une grande surface sensible aux altérations. Pour qu'elles durent il faut qu'elles soient épaisses et résistantes. Souvent, dans les catalogues, les producteurs insistent sur la nature cireuse de la matière des tépales. Ils ont raison car c'est un gage de durée autant que d'élégance. Mais on rencontre aussi des fleurs minces et sensibles à la moindre pression...

 Ces fleurs-là vont se flétrir rapidement. L'amateur n'aura guère le temps de tirer de chacune tout le profit esthétique qu'il en espère. Son plaisir sera de courte durée. Surtout si le nombre de boutons floraux est peu important. Cependant, quelle que soit la résistance des parties florales, leur espérance de vie est malgré tout réduite (pas plus de deux ou trois jours avant le début de la flétrissure). Celle-ci va se manifester par un épuisement progressif de l'eau qui imprègne la matière florale, ce liquide interstitiel qui assure la cohésion entre les cellules. Les parties extérieures, les plus minces, vont s’assécher et commencer à se recroqueviller. Le phénomène va progressivement gagner l'ensemble de la fleur. En se desséchant les sépales vont se refermer autour des pétales, un peu comme un parapluie inversé ; le liquide va s'écouler si le soleil n'est pas là pour l'absorber. En peu de temps, la fleur séchée aura perdu toute sa substance et se résumera à uns sorte de petit morceau de papier chiffonné, grisâtre, tandis que, si la fleur a été fécondée, la base commencera à se gonfler. Le cycle floral est terminé, mais commence celui de la multiplication. Le jardinier, s'il n'a pas pratiqué l'hybridation manuelle de ses iris, va devoir s'éloigner de son domaine de rêve, pour une longue période d'attente et de réflexion, qui va durer sept ou huit mois, avant que ne recommence le cycle de la nature.

2.10.15

LA FLEUR DU MOIS

‘MORSKOY PRIBOY’ 
Pétales blanc bleuté ; Sépales blanc bleuté rehaussé de crème, épaules jaune pâle, barbes lavande pointées jaune pâle, jaune pâle dans la gorge. 'Pink Sleigh' X 'Laced Cotton' 

En russe, cela s'écrit « Морской прибой » et cela signifie quelque chose comme « le ressac de la mer » ou « surfer sur la mer ». Cela fait évidemment allusion à la couleur de la fleur qui peut être comparée à celle de la crête d'une vague qui s'apprête à se briser. Je ne sais pas si l'obtenteur de cet iris, Adolf Volfovitch-Moler, a jamais vu la mer qui se situe tout de même à quelques milliers de kilomètres de Tashkent où il habitait, mais il peut aussi avoir choisi ce nom pour ce qu'il évoque plus que pour ce qu'il représente de réel pour lui.

'Morskoy Priboy' fait partie du lot d'iris qui m'est parvenu d'Ouzbékistan en 1997 lors de mon premier échange avec son obtenteur. J'avais eu la curiosité de voir ce qu'un hybrideur du bout du monde pouvait bien obtenir avec un stock de géniteurs des plus pauvres. Le succès à Florence en 1995 de 'Ikar' et de 'Sinfonyia' m'avait intrigué. Comment pouvait-on obtenir ce que les Américains appellent un « winner » quand on ne dispose que de quelques anciennes variétés mystérieusement parvenues au fin fond de l'Asie Centrale ? L'échange a pu se faire assez simplement en 1997 : j'ai reçu un gros paquet de variétés inconnues et j'ai fait expédier par Lawrence Ransom un nombre à peu près équivalent de variétés françaises parmi les plus récentes et les plus belles.

Volfovitch-Moler ne m'a jamais expliqué comment il s'était procurer 'Pink Sleigh' et 'Laced Cotton', les parents de 'Morskoy Priboy'. Cette année, rencontrant Zdenek Seidl lors du concours FRANCIRIS, je lui ai demandé comment on faisait, du temps de rideau de fer, pour acheter des iris américains. Sa réponse a été sincère et conforme à ce que j'imaginais : « par fraude ». Les chanceux qui pouvaient aller à l'ouest rapportaient dans leur valise quelques précieux rhizomes, cultivés comme des plantes précieuses, et échangés en grand secret entre amateurs.

Arrivés en France, les rhizomes ouzbeks ont tranquillement poussé. 'Morskoy Priboy' a fleuri dès 1998, puis assez fidèlement, environ une année sur deux jusqu'en 2008. Puis il a connu une longue et inexplicable éclipse jusqu'en 2013, avant de reprendre son rythme habituel. Son développement est plutôt faible. La touffe grossit lentement, mais la plante est parfaitement saine, et les floraisons sont belles. Dans ma terre ingrate et avec le peu de soins que j'apporte à mes iris, disons qu'elle se comporte à peu près comme la plupart de celles des autres variétés cultivées.

La photo jointe montre que ce 'Morskoy Priboy' est un iris très classique, d'une forme conforme à ce qu'on peut attendre d'un croisement entre deux excellents géniteurs de l'époque classique ('Pink Sleigh' date de 1970 et 'Laced Cotton' de 1978). Il n'a eu aucun frère de semis et aucun descendant enregistré. Ce n'est pas le cas de 'Pink Sleigh' (Rudolph, 1970) qui est gratifié de plus de 150 rejetons, ni de 'Laced Cotton' (Schreiner, 1978) à qui l'on en attribue plus de 130. Chez Volfovitch-Moler, si 'Pink Sleigh' a été utilisé à plusieurs reprises, 'Laced Cotton' ne figure qu'une fois dans le pedigree de ses variétés. Parmi celles qu'il a obtenues avec 'Pink Sleigh', il m'en a envoyé trois que je continue d'apprécier chaque printemps : 'Babyie Leto' (1995), bitone vieux-rose ; 'Happy Childhood' (1997), jaune pâle infus de blanc ; 'Vecherniaya Skazda' (1997), mélange de mauve et de brun noisette.

Aucun de ces iris ne peut être considéré comme un chef d’œuvre, mais ce sont de bonnes variétés classiques qui sont tout à fait représentatives de ce qui se faisait dans l'ancienne Union Soviétique, avec peu de moyens, mais beaucoup d'envie.

Illustrations : 


'Morskoy Priboy' 


'Pink Sleigh' 


'Laced Cotton' 


'Babiye Leto'

HONNEUR À KEITH KEPPEL

Avec six Médailles de Dykes, Keith Keppel est actuellement le plus « capé » des obtenteurs d'iris. C'est l'occasion de l'honorer, en images, comme il le mérite, après cinquante ans de carrière et encore plein de projets. 

 Sixième épisode : La période contemporaine. 

De 2010 à 2013, il y a déjà plus de 30 TB enregistrés. La notoriété de K. Keppel atteint des sommets. A mon point de vue le terme qui qualifie le mieux les iris signés Keppel, c'est « raffinement ». En voici quatre exemples.


 'Dancing Days' (2012) (Silk Road X Roaring Twenties) 


 'Ringtone' (2010) (Jazz Band X (Starship Enterprise x (frère de semis de Sharpshooter, x Sharpshooter))) 


'Strawberry Shake' (2011) (In Love Again X (Crystal Gazer x frère de semis de Adoregon)) 


 'Volcanic Glow' (2011) (Montmartre X Lip Service)

IRIS ET COMPAGNIE

Un jardin d'iris, c'est beau pendant deux mois et même grandiose pendant un seul. Le reste du temps, avec les feuilles qui sèchent, puis disparaissent presque complètement, cela fait négligé, voire triste. D'où l'intérêt qu'il y a à donner des compagnons aux iris. Mais ceci n'est pas une mince affaire ! Voici un certain nombre des problèmes que l'on doit résoudre si l'on veut constituer un jardin où dominent les iris, mais qui reste plaisant tout au long de la belle saison. En premier lieu, les iris restent en place pendant plusieurs années et se développent largement, finissant par constituer de touffes importantes qui laissent peu de place pour d'autres plantes qui pourraient se substituer à eux pendant leur période de végétation ralentie. Autre difficulté, les compagnons qu'on peut leur donner doivent être discrets au moment où les hôtes privilégiés sont en fleur. Ajoutons que tout le monde ne doit pas manger au même râtelier, c'est à dire que chacune des plantes vivant ensemble doit se nourrir dans une strate différente du sol, de manière à ne point se gêner les unes les autres. Enfin il est nécessaire de ne faire cohabiter que des plantes qui ont à peu près les mêmes besoins en eau et en ensoleillement. Ce sont-là quelques-uns des principaux obstacles que doit surmonter le jardinier.

Dans la plupart des ouvrages traitant des iris on trouve un chapitre consacré à la cohabitation entre iris et autres fleurs. Mais bien souvent les informations données sont succinctes, voire même insuffisantes (1). C'est comme si ceux qui parlent d'iris ne savaient pas quoi dire sur un sujet essentiel, et qu'ils doivent pourtant aborder, mais sur lequel ils sont un peu à court d'idées.

Je ne suis pas moi-même le mieux placé pour traiter de cette question, mais au cours de mes quarante ans de fréquentation des iris, j'ai pu faire quelques observations que je vais livrer ici.

Prenons, dans l'ordre, les différents problèmes évoqués ci-dessus. Le développement des touffes d'iris, tout d'abord. Certaines variétés poussent fortement et se multiplient à l'envi. Mais pas toutes, et certaines, qui prolifèrent ici, seront moins exubérantes ailleurs. D'où la difficulté à prévoir la place qui doit être réservée à chacune au moment de leur plantation. Il faut adopter une règle moyenne et ajuster au fil des ans en retirant une partie des touffes qui viendraient à prendre trop de place. Cette règle peut d'ailleurs s'appliquer aux plantes commensales qui, elles-aussi, peuvent avoir une propension à occuper plus de terrain qu'on ne souhaiterait leur en allouer. Bref, je crois qu'en laissant de 50 à 60cm entre deux touffes d'iris, on aura assez de place pour planter autre chose dans l'intervalle.

Quand les iris perdent leur attrait, il est souhaitable que leurs voisins soient là pour prendre leur succession, mais quand ils sont au sommet de leur floraison, il ne faut pas que ces voisins soient eux-même en plein développement. Autrement dit il importe de choisir pour ce rôle de substitut des plantes à floraison estivale et à développement tardif. Dans ce rôle, j'ai un faible pour les dahlias. En mai ils sortent tout juste de terre, en juin ils atteindront leur hauteur maximale et déploieront leurs premières corolles, lesquelles se renouvelleront jusqu'aux gelées. En choisissant des variétés de taille moyenne, on ne crée pas de hiatus avec les iris. Mais d'autres fleurs d'été peuvent jouer le même rôle. Pour leur côté linéaire, échinops et éryngium ou verveines de Buenos-Aires ont tout leur intérêt ; pour leur souplesse, coréopsis et gaillardes ou rudbeckias sont à considérer. Enfin n'oublions pas les phlox, sans soucis et bien florifères, et certains fuchsias rustiques qui sont en fleur tout l'été. Mais j'oublie certainement d'autres plantes qui ont les mêmes qualités.

Si, pour varier les plaisirs, on alterne les iris et d'autres fleurs de printemps, on doit penser aux lupins – dans les terrains plutôt acides – aux achillées ou aux délicats omphalodes. Les pavots d'orient peuvent avoir leur place : ils ne l'occupent pas longtemps, mais sont très volumineux au printemps. Pour leur caractère graphique, les grands alliums sont aussi recommandés. Les photos de la pépinière Schreiner, en Oregon, montrent des compositions d'iris, d'allium et de lupins à faire rêver... Ces fleurs ont des racines plus profondes que celles des iris et ne se nourrissent pas au même étage. Il n'y a pas de concurrence pour les nutriments.

 Les iris ont besoin de beaucoup d'ensoleillement. Les bordures où ils sont plantés doivent donc se trouver en plein soleil et leurs commensaux doivent aussi aimer la chaleur. C'est le cas des plantes que j'ai citées, mais lors du choix du panel de fleurs à planter ensemble, il faut tenir compte de ce fait, comme il faut aussi penser à ce que les iris craignent l'humidité stagnantes et savent se contenter de la moindre goutte de rosée pour s'abreuver. En premier plan, il est facile de faire pousser des népétas qui fleurissent tout l'été et, comme de nombreuses labiacées, adorent le soleil, ou de petits géraniums vivaces (ils poussent vite et beaucoup, mais sont faciles à éclaircir).

Tout cela n'est pas rien à prendre en compte quand on veut créer des massifs diversifiés. Mais la difficulté rend la tâche encore plus passionnante. Ce n'est pas cela qui va arrêter le bon jardinier !

(1) Le livre de Richard Cayeux « L'Iris, une fleur Royale » est au contraire parfaitement documenté et source de la meilleure inspiration.

25.9.15

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Cité des iris (suite) 

 Le village de Champigny sur Veude, à 60 km au sud-ouest de Tours, poursuit son projet de devenir la cité des iris. En 2014 une soixantaine de variétés récentes de grands iris ont pris place aux entrées de la ville. Leur floraison au printemps 2015 a été réussie. Cet automne plus de 280 variétés de toutes origines et représentant l'évolution des iris depuis les années 1970 vont prendre place dans un jardin créé pour les accueillir dans l'ancien presbytère. Dans les années à venir des variétés plus récentes vont venir compléter cet échantillonnage de ce qui se fait de mieux à travers le monde des iris.

HONNEUR À KEITH KEPPEL

Avec six Médailles de Dykes, Keith Keppel est actuellement le plus « capé » des obtenteurs d'iris. C'est l'occasion de l'honorer, en images, comme il le mérite, après cinquante ans de carrière et encore plein de projets. 

Cinquième épisode : Changement de siècle. 

 C'est une sorte de surproduction, puisque plus de 90 variétés nouvelles de TB ont été mis sur le marché entre 2000 et 2009. Là-dedans, une quantité de choses superbes et, forcément, d'autres, plus banales. Choisir quatre représentants n'a pas été facile. Avec un rien de chauvinisme j'ai retenu quatre variétés faisant allusion à la France.

 'Paris Fashion' (2002) (Vienna Waltz X Fogbound) 


 'Sorbonne' (2008) ((Charleston x ((Rosarita x (Rancho Rose x (frère de semis de Flamenco x (frère de semis de Roundup x April Melody))) x Gigolo)) x Power Surge)), X Drama Queen) 


 'Tour de France' (2003) ((Magharee x Overjoyed) X (Electrique x Romantic Evening)) 


 'Versailles' (2006) (Balderdash X Last Laugh)

SE FAIRE PLAISIR

Quelles variétés ? 

Quand on a décidé de créer une collection d'iris, bien des questions se posent. Je suis passé par là il y a plus de trente ans, et au fil des années, j'ai eu à résoudre certains problèmes ; j'ai aussi eu à constater des erreurs que j'avais commises et que j'aurais pu éviter si j'avais, à l'époque, pu profiter de l'expérience d'autres collectionneurs. Je vais essayer ici de parler de mes loupés et de mes tâtonnements. Pour aider, autant que possible, les débutants.Quelles variétés ? Quand j'ai commencé à collectionner les iris, je n'y connaissais absolument rien. J'étais seulement subjugué par leur beauté et la richesse de leurs couleurs. Aussi ai-je acheté n’importe quoi, uniquement poussé par mon admiration. Ce n'est que peu à peu que j'ai affiné mes choix. Puis est venue une seconde période pendant laquelle j'ai été atteint de boulimie : je voulais tout, de plus en plus d'originalités quelles qu'elles soient. Il m'a fallu bien des années pour que je m'assagisse et que ma collection s'enrichisse de variétés de plus en plus importantes sur tous les points de vue. Faut-il conseiller d'agir autrement ? Je n'en suis pas certain. En effet se laisser porter par ses goûts et ses envies du moment n'est pas une mauvaise chose. Il est en effet toujours possible de revenir sur un choix qui apparaît comme malencontreux, comme il est possible de ne point conserver une variété qui ne veux pas se comporter avec fidélité ou qui refuse de pousser, ou de fleurir.

 La seule erreur que j'assume, c'est celle d'avoir accordé une place trop importante à ce que je croyais être de l'originalité (des variétés rares, en provenance d'hybrideurs plus ou moins doués ou judicieux dans leurs sélections) et qui n'était que maladresse ou poudre aux yeux.

En tout cas une erreur que je n'ai pas commise, mais dont je crains qu'elle ne soit fréquente chez les débutants, c'est celle de se jeter sur les nouveautés, pour être l'un des premiers à posséder tel ou tel iris apparemment flatteur, mais dont les qualités ne sont pas confirmées par le fil du temps. Aujourd'hui on constate une inflation de nouveaux cultivars, souvent de séduisante apparence, qui envahissent le marché et étouffent les réels progrès sous une foule de redites ou de plantes simplement « dans le vent ». A mon avis, mieux vaut attendre quelques années avant de faire l'achat, souvent coûteux au moment de sa mise sur le marché, d'une variété non éprouvée dont on constatera surtout les défauts.

Autre conseil : il est préférable de n'enrichir sa collection que par des plantes que l'on a vues « in vivo », surtout lorsque la réputation des obtenteurs n'est pas durablement acquise. Les catalogues – papier ou virtuels – parent souvent ce qu'ils proposent de vertus ( et surtout de couleurs) qui ne reflètent pas exactement la vérité.

Enfin il est bon de connaître les qualités qui font un bon iris, pour n'acquérir que des variétés qui donneront entière satisfaction. Mais on peut bien aussi avoir un coup de cœur, même si on doit être un peu déçu. Après tout, c'est par nos erreurs qu'on progresse.

NÉS SOUS X

« Parents inconnus » (en anglais « Unknown parentage ») est une expression qu'on trouve relativement souvent dans les descriptions de nouvelles variétés d'iris. Elle peut correspondre en fait à deux situations très différentes. Dans l'un et l'autre cas elle signifie que l'obtenteur n'est pas en mesure de fournir le pedigree de la plante qu'il enregistre. Mais il peut y avoir plusieurs raison à cette impossibilité. Il se peut qu'un incident ait amené la perte ou la destruction du document où les renseignements étaient notés. Il peut arriver aussi que le papillon placé sur la capsule où mûrissent les graines disparaisse ; ou que l'étiquette repérant un semis soit emportée par un événement climatique ou un incident de jardinage. Doit-on pour autant renoncer à semer les graines ou faut-il détruire la plantule ? La plupart des hybrideurs choisissent une autre voie : s'ils en arrivent à la décision d'enregistrer la plante accidentée, ils la déclarent comme étant de parents inconnus. Il en sera de même si la plante est issue d'un croisement naturel (d'un « bee pod » comme on dit chez les anglophones). D'autre part beaucoup d'hybrideurs amateurs ne prennent pas la peine de noter le nom des variétés qu'ils croisent pour s'amuser. S'ils veulent enregistrer un cultivar ainsi obtenu, ils le feront également avec la petite phrase « parents inconnus ». Cette expression fait la preuve que celui qui l'utilise n'a pas cherché à falsifier le pedigree de son obtention, mais elle n'a en général pas bonne presse parmi les hybrideurs, professionnels ou pas, car elle signifie que, si l'iris est utilisé dans un croisement on aura des doutes sur ses aptitudes et le résultat du croisement sera forcément un peu hasardeux.

Pourtant de nombreux iris d'une grande renommée, obtenus par les plus grands noms de l'irisdom, sont dans ce cas. Il en est ainsi pour 'Lula Marguerite' (DeForest, 1959) une variété qui a fait le tour du monde et qui est toujours présente dans de nombreux jardins. Ce handicap n'a pas empêché des hybrideurs ayant pignon sur rue de l’utiliser dans leurs programmes d'hybridation. On trouve que c'est le cas de Tell Muhlestein, de Keith Keppel, Gordon Plough ou Chet Tompkins, même si les variétés ainsi obtenues n'ont pas toujours atteint la célébrité.

Encore plus célèbre est 'Burnt Toffee' (Schreiner, 1977). Cette variété au coloris indescriptible a eu un très large succès, et chez nous elle est très connue. Ce qui est étonnant, c'est qu'un de ses frères de semis, un certain 'G 1519-A', donc a priori aussi incertain quant à ses origines, a fait les beaux jours de la maison Schreiner qui en a obtenu des variétés intéressantes comme 'Fashion Queen' (2004) ou 'Lenten Prayer' (1998).

'Frosted Pumpkin' (Maryott, 2002) est aussi né sous X. J'ai lu récemment que c'était une des meilleures ventes de la pépinière de Jim Hedgecock, Comanche Acres I.G. !

 On atterrit en Europe avec 'Terra del Fuoco' (Bianco, 2005). Car il n'y a pas que les hybrideurs américains qui poussent le scrupule jusqu'à préférer ne rien indiquer plutôt que d'affirmer des choses qui peuvent être erronées. Cette rutilante variété n'a que des qualités et son obtenteur a été bien inspiré de l’enregistrer malgré l'absence de pedigree.

 Le cas de 'Debby Rairdon' (Kuntz, 1965) est tout à fait différent. Il s'agit typiquement de l'obtention d'une personne qui ne faisait ça que pour le « fun ». En la circonstance le résultat a passé toutes les espérances qu'on peut avoir pour un croisement que l'on réalise dans ces conditions. Pensez ! Vendre tout son stock à une professionnelle avisée, et voir son iris franchir toutes les étapes de la course aux honneurs jusqu'à décrocher la Médaille de Dykes, ça, c'est gagner le gros lot !

 Autre fleur, autres circonstances. 'Clarence' (Zurbrigg, 1991) a, dès son apparition excité la curiosité de tous ceux qui s'intéressent aux iris. C'est une variété qui a toutes les qualités : une bonne plante de jardin, une splendide association de couleurs dans un modèle qui n'est pas si fréquent (luminata), une aptitude confirmée à remonter... Cela aurait du le conduire au plus haut niveau des honneurs, mais il a raté la dernière marche, certainement à cause de son pedigree incertain. Toutes sortes de conjectures ont été faites à propos de ses parents. Las avis convergent facilement pour dire que du côté maternel, il faut voir 'I Do' (Zurbrigg, ) ou l'un des descendants de ce riche géniteur. Mais du côté paternel de multiples hypothèses ont été avancées, néanmoins les opinions les plus sages tablent sur 'Victoria Falls' ou l'une des variétés qui en sont issues comme 'Sugar Blues' (Zurbrigg, 1984) ou 'Bethany Claire' (Zurbrigg, 1984). C'est le risque, avec la mention « parents inconnus » : les suppositions les plus diverses peuvent apparaître.

 Il est une dernière variété née sous X qui mérite un commentaire. Il s'agit de l'indéboulonnable 'Stepping Out' (Schreiner, 1964). L'absence de pedigree avéré n'a pas du tout nui à sa carrière. Aussi bien au plan commercial – c'est un des iris les plus répandus à travers le monde – qu'au plan des honneurs - HM en 1965, F. Cook en 1966, AM en 1967, Dykes Medal en 1968 - ou celui des croisements – près de 200 semis enregistrés -, et il est resté jusqu'en 2011 parmi les vingt premiers du symposium annuel de l'AIS ! Il faut dire que, s'agissant d'un plicata, il est certain qu'il en porte le gène, ce qui favorise son utilisation.

L'appellation « parents inconnus » peut donc aussi bien être sans conséquence sur la destinée d'un iris qu'avoir sur celle-ci des suites fâcheuses. Chez les humains être né sous X pose souvent des problèmes psychologiques qui peuvent avoir des répercussions dans bien des domaines. Chez les iris les choses sont évidemment moins dramatiques, mais elles ne sont pas non plus totalement anodines.

 Illustrations : 


 Lula Marguerite 


Frosted Pumpkin 


Terra del Fuoco 


Clarence

18.9.15

HONNEUR À KEITH KEPPEL

Avec six Médailles de Dykes, Keith Keppel est actuellement le plus « capé » des obtenteurs d'iris. C'est l'occasion de l'honorer, en images, comme il le mérite, après cinquante ans de carrière et encore plein de projets. 

Quatrième épisode : Les années 90.

La maturité, diront certains. En tout cas une grande maîtrise qui se traduit par une foule de récompenses flatteuses. L'action se poursuit dans les directions déjà explorées, mais d'autres voies sont ouvertes. Avec des variétés très connues et d'autres qui le sont moins. Celles dont on voit ici les photos font partie de ces dernières.


 'Day Glow' (1996) ((((((Frances Kent x Mary Randall) x (Sexton 60: (Gail x Techny Chimes) x Golden Gene)) x (Denver Mint x semis n° 60-183-O)) x (Radiant Light x (((Golden Gleam x Hallmark) x Sexton 60) x semis n° 60-183A)) x Orange Fire) x Orangerie) X Champagne Wishes 


'Lovely Dawn' (1997) (Dawn Sky X Screen Play) 

'Magic Show' (1994) (Rosarita X ((Santana x Anon) x Rustic Dance)) 


'Morning Mood' (1997) (Dawn Sky X Platform)

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Avis de gros temps. 

Le dernier bulletin de la British Iris Society (BIS) fait apparaître des difficultés à venir pour cette illustre société. En effet son Président se retire et sa secrétaire aussi. Ces deux postes essentiels sont donc dépourvus et il n'y a pas de candidat pour prendre la succession, en particulier pour la fonction de secrétaire...

PRÉSENCE D' 'APRIL MELODY' EN FRANCE

En recherchant la descendance de 'Gibson Girl' en vue de la chronique publiée il y a quelques semaines, j'ai trouvé que cet important patriarche apparaissait treize fois dans le pedigree d'une autre variété majeure, 'April Melody'. L'idée m'est alors venue de rechercher si ce 'Gibson Girl' à la riche descendance n'avait pas, via 'April Melody', autre géniteur abondant, quelque rejeton né en France. La recherche était hasardeuse, mais elle avait néanmoins toute chance d'aboutir car je pensais qu'il ne devait pas y avoir de milliers de plicatas chez qui n'apparaissent pas les gènes de 'April Melody' ! Et je n'ai pas cherché longtemps !

J'ai commencé par fouiller dans la production Cayeux et les variétés plicatas qu'on peut y trouver. Elles ne sont pas nombreuses, en vérité, et devant cette maigre récolte j'ai eu un moment d'hésitation : allai-je continuer cette recherche à l'aveugle ? Oui ? Oui.

Pour changer un peu les habitudes, j'ai choisi comme point de départ le petit IB 'Vitrail' (R. Cayeux, 2003). Me voilà donc parti à travers la base de donnée « Irisregister », reculant dans le temps vers cet éventuel 'April Melody' qui date tout de même de 1965, ce qui peut faire parfois une dizaine de générations !

Les parents immédiats de 'Vitrail' sont (Hoodlum x Change of Pace). 'Hoodlum' est un SDB de Keith Keppel (1996) que les spécialistes des iris nains connaissent bien car il a eu de très nombreux descendants. Mais la trace de 'April Melody' n'apparaît pas de ce côté-là ... Chou blanc. 'Change of Pace' (Schreiner, 1991) va-t-il être plus intéressant ? C'est un produit à 100% maison puisque son pedigree est (Eagle's Flight x Cinnamon Girl), deux iris signés Schreiner. Avec 'Eagle's Flight' (Schreiner, 1985) on est entraîné dans une voie qui mène à 'Rococo' (Schreiner, 1959) en évitant la smala Gibson. Rien par là, donc. Il ne reste plus qu'à croiser les doigts et à inventorier les ancêtres de 'Cinnamon Girl' (Schreiner, 1991). Les parents en sont d'un côté un semis de 'Polka Party' (Schreiner, 1976), un plicata issu de 'Memphis Lass' (Schortmann, 1957) lui-même petit-fils de 'Gibson Girl' ! Par ce chemin on est arrivé à cette mythique variété, mais sans passer par 'April Melody'. Le parent masculin de 'Cinnamon Girl', ce joli plicata amarante, est 'Smoke Rings' (J. Gibson, 1971), autre plicata amarante, à la tête d'une descendance riche de plus de soixante variétés. Et voilà que le parent féminin qui a donné naissance à ce 'Smoke Rings' est un semis désigné sous la formule (35-1 PB1A: (23-4B x Rococo) x April Melody).

 Le tour est joué ! 'April Melody' figure bien dans le pedigree d'un variété française ! Le contraire eut été exceptionnel, il est vrai. Du coup, mis en appétit par cette découverte, j'ai lancé une nouvelle recherche à partir d'une autre variété obtenue par Richard Cayeux, 'Urluberlu' (2012).

La quête n'est pas vraiment longue avec cette variété typique des plicatas modernes. Elle provient du croisement (Bord de Mer X Belle Hortense) dont ni l'un ni l'autre des membres ne manifeste des signes de « plicatisme ». Mais 'Bord de Mer' (R. Cayeux, 2009) est fils de 'Chevalier de Malte' (R. Cayeux, 1997), très souvent utilisé par son créateur, qui est lui-même le fils de 'Whirl Around' (M. Hamblen, 1986), et derrière cet iris il y a d'une part 'Anon ('J. Gibson, 1974), d'autre part 'Porta Villa' (J. Gibson, 1972). Le premier a pour ancêtre 'April Melody', et le second en est le descendant direct. 'April Melody' est encore là...

Autre recherche : à partir d'un autre plicata Cayeux, 'Eau Piquante' (2009). On repart, mais il n'y a pas longtemps à attendre pour être édifié. Voici le cheminement : 'Eau piquante' > semis > 'Aurelie' > 'Chevalier de Malte' > 'Whirl Around' > 'Anon' > 'April Melody. C'est en ligne directe et seulement six ou sept générations auparavant.

Quittons La Carcaudière et son sol de moraine pour la baie de Morlaix et les plantations de Jean-Claude Jacob. Il n'y a pas beaucoup de plicatas dans son programme, mais si l'on s'intéresse à 'Cent Ans Déjà' (2014) l'aventure s'arrête très vite car cette variété est issue de 'Charleston (Keppel, 2002), plicata bleu traditionnel et lumineux, dans le pedigree duquel apparaît très vite notre fameux 'April Melody' !

 Passons de Bretagne en Gascogne, sur les terres de Roland Dejoux. 'Reine de Cuers' nous y attend dans sa robe de cotonnade à petits pois qui évoque immédiatement son ancêtre 'Queen in Calico' (J. Gibson, 1979). Un petit tour dans le pedigree de cette variété archi-célèbre et si souvent utilisée en hybridation, et l'on retrouve 'Anon', puis, bien entendu 'April Melody'.

En restant sur la fiche de 'Queen in Calico', je sais qu'il y a au moins une autre variété française qui en descend, c'est 'Mauvais Genre' (S. Ruaud, 2012), et celui-là je le connais très intimement ! Un peu plus bas dans la liste on découvre 'Nebbiolo' (L. Ransom, 1999), une variété qui figure dans ma collection, comme de nombreux autres fils ou rejetons de 'Queen in Calico', en particulier les plicatas de Ladislav Muska : 'Zuzana' (1999) et 'Tagli e Buchi' (2001). Décidément il n'est pas facile de faire un pas dans la grande famille des plicatas sans rencontrer cet 'April Melody' qui fait décidément partie des incontournables du monde des iris.

 Illustrations : 


 'Vitrail' 

'Eau Piquante' 


'Cent Ans Déjà' 


'Reine de Cuers'

12.9.15

HONNEUR À KEITH KEPPEL

Avec six Médailles de Dykes, Keith Keppel est actuellement le plus « capé » des obtenteurs d'iris. C'est l'occasion de l'honorer, en images, comme il le mérite, après cinquante ans de carrière et encore plein de projets.

Troisième épisode : Les années 80. 

 Une grande décennie ! Près de 50 TB enregistrés ! Surtout des plicatas, bien sûr, mais aussi quelques perles, comme ce « rouge » 'Mulled Wine'.

 'Beguine' (1987) (Gigolo X Columbia the Gem)

'Gigolo' (1982) (((Roundup x frère de semis de Artwork) x Osage Buff) X (Flamenco sib x (frère de semis de Roundup x April Melody)))

 'Mulled Wine' (1981) ((((Amigo's Guitar x (Rippling Waters x Gypsy Lullaby)) x (semis Jones 743 x (Marquesan Skies x Babbling Brook))) x Salmon River) X Maraschino)

 'Rustler' (1987) (Laredo X Dazzling Gold)

SE FAIRE PLAISIR

Quand on a décidé de créer une collection d'iris, bien des questions se posent. Je suis passé par là il y a plus de trente ans, et au fil des années, j'ai eu à résoudre certains problèmes ; j'ai aussi eu à constater des erreurs que j'avais commises et que j'aurais pu éviter si j'avais, à l'époque, pu profiter de l'expérience d'autres collectionneurs. Je vais essayer ici de parler de mes loupés et de mes tâtonnements. Pour aider, autant que possible, les débutants.

Planter. 

Tout dépend, bien entendu, de la place dont on dispose. Néanmoins il y a des erreurs à ne pas commettre.

Première erreur : planter à un emplacement mal ensoleillé. Si l'ensoleillement est seulement insuffisant – moins d'1/2 journée de plein soleil -, les iris pousseront normalement, mais leur floraison sera moins abondante et plus tardive. J'en ai fait le constat ce printemps au parc Floral de la Ville de Paris à Vincennes, lors du dernier concours FRANCIRIS : une partie des iris en compétition avait été plantée à proximité de grands arbres qui leur cachaient le soleil toute la matinée ; total, ces variétés n'étaient pas encore en fleur alors que la plupart des autres l'étaient. Si la lumière est vraiment trop faible, le feuillage va manquer de vigueur, s'étaler sur le sol au lieu de se dresser, et il n'y aura pas de floraison.

 Deuxième erreur : choisir un emplacement mal drainé. Qu'ils soient grands, moyens ou petits, les iris n'aiment pas l'eau stagnante. Il faut qu'ils aient les racines au sec. Si le terrain est humide, prévoir une plantation sur merlon.

 Troisième erreur : planter trop serré. A moins de 50cm les uns des autres, les iris ne tarderont pas à se rejoindre et à se mêler. Mais planter trop lâche n'est pas mieux car l'esthétique du jardin s'en ressentira : il ne faut pas que l'on voit trop la terre entre les touffes et, en plus, cela laisse de l'espace pour le développement des plantes adventices, qu'il faudra arracher !

 Quatrième erreur : Constituer des bordures trop larges. Lorsqu'il y a plus de deux touffes de front, l'entretien (désherbage, retrait des fleurs fanées, coupe des tiges après la fin de la floraison...) va se trouver plus délicat à effectuer. En plus, l'aspect général, trop massif, sera moins plaisant. L'idéal, c'est une bordure d'environ un mètre de large bordée d'une allée de part et d'autre. Ces allées elles-même doivent avoir une largeur suffisante pour que les visiteurs puissent y passer sans risquer, en frôlant les plantes, de casser les fleurs, voire même les hampes florales ; si elles sont engazonnées ces allées doivent permettre le passage de la tondeuse (deux passes, c'est bien).

Cinquième erreur : adopter un plan de plantation compliqué, ou tortueux. Plus un plan est simple (bordures rectilignes ou en larges ondulations) plus il est élégant parce qu'aisément lisible. Un plan dont on ne peut avoir une vision globale qu'en survolant le jardin en montgolfière n'a plus de sens, au niveau du sol où se trouvent les visiteurs. Éviter cependant les bordures trop longues : les visiteurs seraient trop tentés d'enjamber la plantation pour aller d'un bord à l'autre, et alors gare aux dégâts !

Ce sont là les principales erreurs à éviter, mais il doit y en avoir d'autres auxquelles je ne pense pas à l'instant. La semaine prochaine on parlera plutôt du choix des variétés car c'est là le moment de se faire vraiment plaisir.

L'IRIS A PARFUM

C'est la très jolie photo que Milan Blazek m'a envoyée pour mon dernier anniversaire qui m'a inspiré pour faire une recherche sur l'iris à parfum. Car elle a été prise dans la région du Chianti, près de Florence, dans une plantation d'iris destinés à la parfumerie. Comme on peut voir, les iris ont envahi une combe entourée de grands arbres. Pour y aller il faut grimper par un petit chemin au flan d'une agréable colline. Les endroits idylliques, cela se mérite...

 Pendant très longtemps, alors que la main d’œuvre était abondante et bon marché, la culture des iris à parfum a été une spécificité de la Toscane : les princes, qu'ils soient florentins, milanais, vénitiens ou romain, raffolaient de cette senteur de violette qui pouvaient à la fois ajouter à l'attrait des gentes dames et masquer les senteurs obscures des cités italiennes. Au cours du XXeme siècle, cette culture de même que la préparation laborieuse du parfum ont été peu à peu abandonnées : trop de travail ! Mais au cours des vingt dernières années les plus grands parfumeurs ont eu de plus en plus recours à l'orris root, autre nom de la racine d'iris pour la parfumerie. Du coup la culture a repris, en Toscane, bien entendu, et particulièrement dans les collines du Chianti entre Florence et Sienne, mais aussi au Maroc, en Chine (bien entendu!), puis en France même, dans la région de Grasse, pour le compte de la maison Chanel.

Voilà donc l'iris qui est de nouveau cultivé pour sa racine et les essences qu'elle contient. Pendant très longtemps, au moins depuis le XVIIeme siècle, on a utilisé pour cet usage le fameux Iris florentina, de couleur blanche, forme particulière de Iris germanica dont il n’est qu’un sous-hybride un peu chétif, aux fleurs blanc bleuté, un peu molles, mais recherché pour tout autre chose que ses fleurs : l’irone extrait de ses rhizomes. Longtemps cet iris de Florence a été une des richesses d'une vaste région allant du Chianti à toute l’Italie du Nord, jusqu’à la région de Vérone, au pied des Alpes. La recherche scientifique faisant des progrès, on s'est aperçu que I. pallida var. dalmatica, autrement dit l’iris de Dalmatie, était deux fois plus riche en irone que I. florentina. Celui-ci a été rapidement délaissé pour son cousin d'outre-Adriatique, lequel a fini par le supplanter complètement. Ce que l'on voit aujourd'hui dans les champs est donc I. dalmatica, reconnaissable à sa délicieuse couleur bleu pâle, qui possède deux caractéristiques très originales. D’abord sa multiplication ne s’obtient pas de façon sexuelle, mais uniquement de façon végétative, ce qui garantit la pérennité des caractères (et démontre par conséquent que la multiplication végétative n’entraîne aucune dégénérescence de la plante). Ensuite ses rhizomes contiennent beaucoup d’irone, substance extraite pour obtenir ce parfum très spécifique que l'on appelle aussi « essence de violette ».. Cependant on conserve encore quelques plantations de I. florentina, moins riche et moins subtil, mais dont la puissance peut s'avérer utile en parfumerie.

La fleur de I. pallida a un parfum inoubliable et prononcé, des plus délicieux. De ce fait beaucoup s'imaginent que c'est cette fleur qui est utilisée en parfumerie, mais il n'en est rien. Ce qui compte, c'est le rhizome ! Pour l'obtenir, les iris restent en place dans les champs pendant au moins trois ans. Les rhizomes sont alors déterrés, sélectionnés, nettoyés épluchés puis coupés en rondelles qui sont mises à sécher sur des clayettes dans une pièce ventilée et chauffée à 30 °C, pour que les rhizomes perdent 60 % de leur eau et puissent se conserver en concentrant leur fameux irone. Il va falloir trois ans de séchage avant que les rondelles de rhizomes, devenues grises et dures, ne soient broyées et envoyées à la distillation. Celle-ci s'effectue après macération dans l'eau froide. On obtient alors une substance de couleur et de consistance crémeuse. Ce «beurre d'iris» appelé aussi «concrète» sera à son tour distillé pour donner l'absolu, qui est la base des parfums. Il ne faut pas moins de 13 tonnes de rhizomes frais pour obtenir un seul kilo de l'extraordinaire produit, ce qui explique son prix exorbitant (près de 100 000 euros le kilo). Les spécialistes disent que « son odeur est complexe et délicate, poudrée, boisée, paillée, beurrée, violette, tout en étant linéaire et très persistante. » Pour le commun des mortels, elle est simplement riche et profonde : combinée à d'autres senteurs, elle aboutit à des parfums complexes mais toujours délicieux, comme ce « Terre d'Iris » (Miller Harris) que j'ai eu le plaisir de humer il y a quelques semaines dans un grand magasin parisien.


Aujourd'hui, des parfums à base d'iris, il y en a de plus en plus. Le plus réputé est peut-être « Infusion d'Iris » de Prada, mais on trouve aussi « Iris Noir » d'Yves Rocher, « Chanel n° 19 », « Bois d'Iris » de Van Cleef et Arpels, « Songe d'Iris » de Rochas, « Iris Ukioyé » de Hermès...


Ainsi notre fleur préférée peut-elle présenter de l'intérêt pour son rhizome, cette tige souterraine, mystérieuse, qui la nourrit et abrite ses gènes pour l'éternité. Comme quoi, dans l'iris, tout est bon !

Illustration : 

 - Champ d'iris à parfum.

4.9.15

SE FAIRE PLAISIR

Quand on a décidé de créer une collection d'iris, bien des questions se posent. Je suis passé par là il y a plus de trente ans, et au fil des années, j'ai eu à résoudre certains problèmes ; j'ai aussi eu à constater des erreurs que j'avais commises et que j'aurais pu éviter si j'avais, à l'époque, pu profiter de l'expérience d'autres collectionneurs. Je vais essayer ici de parler de mes loupés et de mes tâtonnements. Pour aider, autant que possible, les débutants. 

L'heure du choix. 

Au moment de me lancer dans une collection d'iris, je me suis demandé plusieurs choses, la première étant qu'elles variétés choisir ? Mais il y en a d'autres que j'aurais été bien inspiré de me poser ! Ainsi je ne me suis pas interrogé sur la (ou les) catégories d'iris à collectionner. Je suis allé vers les grands iris de jardin, parce qu'à l'époque je ne connaissais qu'eux. Mais j'aurais peut-être me diriger vers les iris nains, étant donné qu'à ce moment je ne disposais que d'un espace minimal, et que je n'avais pas la possibilité de mettre vraiment en valeur les grands cultivars que j'allais acheter. Alors, Nains ? Médians ? Grands ?

Tout dépend de la place dont on dispose. Si l'on possède une grand jardin, bien dégagé, on peut se lancer dans les TB, qui sont évidemment les plus spectaculaires. Mais on peut préférer quelque chose de plus intime. Les SDB ou MDB sont alors le meilleur choix. On peut aussi souhaiter une période de floraison plus ou moins hâtive ; on peut alors se tourner vers les IB. Il est alors possible de faire un large choix, avec toutes les catégories possibles.

 Il faudra à un certain moment prendre en compte le temps dont on disposera pour prendre soin de ces iris, sachant que, à nombre égal de plantes, plus la période de floraison sera étendue, plus le travail sera de longue durée. Ce n'est pas rien, par exemple, d'enlever au fur et à mesure les fleurs qui fanent, puis de couper les hampes florales. Sans compter les heures passées à désherber !

 Mais le plus délicat, c'est de choisir l'emplacement de la future collection et le plan de plantation. Il y a en ces domaines des erreurs à ne pas commettre. On verra ça la semaine prochaine.

'PEN HIR' (FDM)

Tous ceux qui, ce printemps, sont venus voir mes iris ont été admiratifs. « Oh ! Celui-là, qu'est-ce qu'il est noir ! Pourras-tu m'en donner un morceau ? » Ils parlaient de 'Pen Hir' (Madoré, circa 2001) une variété non enregistrée bien qu'elle ait amplement mérité cette distinction. Gérard Madoré, son obtenteur, fait partie de ces amateurs éclairés qui ont apporté une énergie nouvelle à l'hybridation française dans les quinze dernières années. Maintenant reconverti dans l'élevage des oiseaux exotiques, il devrait réussir dans le métier d'oiseleur aussi bien que dans celui d'obtenteur d'iris où il a acquis, à juste titre, une certaine renommée. Il a commencé à hybrider il y a longtemps, et il a acquis une solide expérience et un sens aigu des bons croisements. C'était un artiste sans esprit d'aventure et s'il n'a pas pris de risques génétiques inconsidérés, car ses iris, au pedigree sans excès de raffinement, font essentiellement appel à des géniteurs confirmés, il est tout de même parvenu à d'excellents résultats. Maintenant c'est un autre artiste qui commercialise ses obtentions : Alain Chapelle, breton comme lui.

Le travail de Gérard Madoré a porté essentiellement sur quatre lignes de recherche : Les iris « bleu-blanc-rouge », les iris orange, les iris roses et les iris noirs. Dans chacun de ces domaines il est parvenu à d'excellents résultats.

Pour les tricolores il s'est fait remarquer au concours FRANCIRIS ® 2007, quand ‘Morgat’ (2005) a obtenu la mention « Meilleure variété bleu, blanc, rouge ». Pour les fleurs orange il a songé, entre autres, à un croisement qui a été particulièrement prolifique (9 frères de semis). Il s’agit de (Good Show X Feu du Ciel). L’association de ces deux iris oranges a donné naissance à des variétés très voisines mais toutes du meilleur cru. Tous les tons d’orange sont représentés. Depuis l’orange abricot de ‘Callac’ jusqu’à l’orange mandarine de ‘Arzano’ ou l'orange vif de 'Plouescat’. Tous ont une belle barbe minium, ce qui est normal puisque c’est aussi l’ornement des deux parents. Parmi les roses, ses plus belles réussites me semblent être ‘Ploumanach’ (2005), enfant de (Social Event X Bubble Up) et ‘Rosmalo’ (2007) qui a pour parents ((Pagan Pink x Cherub's Smile) X Pretty in Pink).

 On arrive enfin à la couleur noire. Ce n'est pas celle à laquelle il s'est le plus intéressé, mais c'est peut-être celle où il a eu la main la plus heureuse. Comme d'habitude, il s'est contenté dans le cas présent d'un croisement de tout repos : (Hello Darkness X Before the Storm). 'Hello Darkness' (Schreiner, 1992) a été longtemps considéré comme l'iris le plus noir jamais mis sur le marché. Il a eu un grand succès commercial et s'est adjugé la Médaille de Dykes en 1999. Autant dire que c'est un champion (« a winner » comme on dit aux USA). 'Before the Storm' (Innerst, 1988) est le premier iris noir des temps modernes à remporter la DM. Ce fut en 1996, trois ans seulement avant que 'Hello Darkness' ne renouvelle l'exploit. Il est noir, oui, mais n'a pas l'intensité de son suivant ; ce qui n'enlève rien, par ailleurs, à ses excellentes qualités botaniques. Gérard Madoré, en réalisant son croisement de deux DM noirs, jouait sur du velours, car Noir + Noir = Noir ++, comme toujours dans les croisements endogamiques. Néanmoins celui-ci n'a pas inspiré beaucoup d'hybrideurs. A ma connaissance, seul les Jedlicka l'ont également tenté, avec un résultat, 'Total Darkness' (2011), aussi sombre que l'est 'Pen Hir'. Gérard Madoré en a, comme on dit communément, rajouté une couche, en recroisant un sibling de 'Pen Hir' avec 'Night Ruler', un autre iris très sombre, mais le résultat n'apporte pas une réelle amélioration (Guilvinec, 2007).

 Pour ce qui est de la saturation des pigments anthocyaniques, on ne peut guère faire plus. Les pétales sont, certes, un peu plus bleus, mais les sépales atteignent le noir parfait. La barbe, bleue sombre, n'enlève rien à l'effet noir. La fleur est absolument classique – les iris noirs ne sont pas réputés pour abuser des ondulations – pas trop grosse, mais bien proportionnée ; le nombre de boutons est juste suffisant, mais le branchement est impeccable. Voilà donc un iris pour lequel on n'exagère pas quand on dit qu'il est noir, et le succès qu'il rencontre auprès des simples spectateurs en dit long sur l'intérêt que l'on a à cultiver dans son jardin cette fleur de premier plan.

Illustrations : 


 'Pen Hir'


'Guilvinec'


'Total Darkness'


'Before the Storm'

HONNEUR À KEITH KEPPEL

Avec six Médailles de Dykes, Keith Keppel est actuellement le plus « capé » des obtenteurs d'iris. C'est l'occasion de l'honorer, en images, comme il le mérite, après cinquante ans de carrière et encore plein de projets. 

Deuxième épisode : Les années 70.

 Dès cette époque, Keith Keppel s'est spécialisé dans les plicatas. En voici quatre qui ont fait sa réputation :

'Broadway' (1979) (((((Irma Melrose x Tea Apron) x ((Full Circle x Rococo) x Tea Apron)) x April Melody) x Caramba) X Flamenco) 


'Gentle Rain' (1976) ((Vaudeville x Radiant Apogee) X Charmed Circle) 


 'Morocco' (1978) (Kilt Lilt X Caramba) 


'Roundup' (1971) (Montage X April Melody)

'GIBSON GIRL' ET LES REMONTANTS

Ceux qui lisent les chroniques publiées ici savent sans doute que je ne suis pas un franc admirateur des iris remontants. Pourtant j'aurais bien aimé trouver dans mon jardin des fleurs d'iris en toute saison. Oui, mais comme bien d'autres, j'ai été déçu par ces variétés que l'on qualifie de remontantes. De nos jours les spécialistes de cette question font, comme moi, la constatation selon laquelle, malgré une recherche qui atteint bientôt un siècle, les iris remontants restent capricieux, gourmand en eau et d'une fidélité aléatoire. Mike Lockatell, celui qui, à l'heure actuelle connaît le mieux la question a bien été obligé de faire le constat suivant : « « Après beaucoup d'optimisme au cours de la dernière partie du XXe siècle, les avancées dans le développement des iris remontants semblent toujours aussi rares ». Quelque peu lassés, les plus ardents chercheurs sont devenus bien discrets et on constate aujourd'hui un net désintérêt pour la question. Mike Lokatell lui-même, avoue son désarroi dans un article paru dans « Irises », la Revue de l'AIS : « Qui sera le successeur des Percy Brown, Raymond Smith ou Lloyd Zurbrigg ? » Il n'y a toujours pas de réponse.

 On peut se demander pourquoi les choses sont à ce point décevantes.

 Les premiers à s’intéresser vraiment à la question de la remontance ont été les frères Sass, dans le Nebraska, aux Etats-Unis. Y a-t-il une question à laquelle ces deux-là n’ont pas cherché de réponse ? Dès 1924, ils enregistraient 'Autumn King', un grand iris bleu violacé, qui devait être suivi de nombreux autres au cours des années 20 et 30. Dans les décennies qui suivirent plusieurs hybrideurs s’essayèrent à l’obtention de remontants. Percy Brown en fait partie. Son 'Fall Primrose' (1953) est un des premiers à avoir été franchement reconnu comme remontant. Cependant c’est Jim Gibson et son 'Gibson Girl' (1946) qui ont réellement marqué le coup d’envoi de la recherche en remontance. Ce 'Gibson Girl' n'était pas destiné à donner naissance à des iris remontants. Il était avant tout un des premiers éléments de la recherche de Gibson dans les iris plicatas. Il s'est révélé, accessoirement, apte à donner naissance à des remontants. Il faut dire que ses deux parents, 'Tiffany' (H.P. Sass, 1938) et 'Madame Louis Aureau' (F. Cayeux, 1934) ont été reconnus comme porteur du gène de la remontance, et, comme il s'agit d'un gène récessif, sa présence chez ces deux variétés permettait de provoquer sa manifestation dans leur rejeton.

Cela a été confirmé « de visu » dans la descendance de 'Gibson Girl'. Malheureusement le commun des mortels ne peut pas connaître tous les descendants de cette variété car, comme c'était fréquent à l'époque, les renseignements fournis lors de l'enregistrement se contentent d'indiquer des numéros de semis, sans préciser qui se cache derrière ces numéros. Il faut disposer des carnets de l'obtenteur pour connaître la réelle parenté.

Ce fut sans doute le cas de Lloyd Zurbrigg, ami de Gibson, puisqu'il a déclaré que 'Halloween Party' (Gibson, 1970) descendait de 'Gibson Girl' et était remontant. 'Halloween Party' n'a eu que quelques descendants, lesquels ont tous montré qu'ils possédaient le gène de la remontance. Citons 'Hallowed Thought' (Zurbrigg, 1976), 'Spirit of Memphis (Zurbrigg, 1976), 'Fiji Dancer' (Zurbrigg, 1978), 'Lightly Seasoned' (Zurbrigg, 1979)... 'April Melody' a manifesté les mêmes aptitudes. Il faut dire que, pour cela, il est bien doté : Keith Keppel, qui détient les carnets de Jim Gibson, confirme que 'Gibson Girl' apparaît treize fois dans son pedigree ! 'April Melody' est une des variétés les plus utilisées en hybridation dans les années 1970/80, d'abord en vue d'obtenir des iris plicatas, mais aussi pour des remontants, plicatas ou non quand les hybrideurs ont su que cette variété était porteuse du gène de la remontance. A partir de là on peut imaginer combien de variétés modernes sont potentiellement remontantes.

Il faut y ajouter la descendance de tous les autres semis issus de 'Gibson Girl' et, eux, précisément identifiés. Et ils sont nombreux.

Ainsi en est-il de 'Cross Stitch' (Zurbrigg, 1973) qui a engendré en particulier 'English Cottage' (Zurbrigg, 1976), 'Garden Grace' (Zurbrigg, 1981) et 'Lady Essex' (Zurbrigg, 1990). De même pour 'Dante's Inferno' (Moores, 1978), à l'origine de 'Peach Reprise' (Moores, 1981) ou de 'Purgatory' (Moores, 1983). 'Autumn Tryst' (Weiler, 1993) est un enfant de 'Lilac Stitchery' (Jensen, 1989). 'Northern Spy' (Zurbrigg, 1960) a donné naissance à cinq variétés, toutes remontantes, dont 'I Spy' (Zurbrigg, 1970). 'Replicata (R.G. Smith, 1964) a donné 'Da Capo' (Zurbrigg, 1968) et 'Grand Baroque' (Zurbrigg, 1968).

A la génération suivante on ne peut plus citer tous les iris remontants confirmés qui ont été enregistrés ! Contentons-nous des plus connus, comme 'Immortality' (Zurbrigg, 1982), 'Earl of Essex' (Zurbrigg, 1979), 'Winterland' (Byers, 1989), 'Zurich' (Byers, 1989), 'Istanbul ' (Byers, 1989), 'Lichen' (Byers, 1988) … Il y a trente ans de cela ! Alors, aujourd'hui ? Autant dire qu'on peut à tous moments obtenir des variétés remontantes.

Mais voilà. Une évidente lassitude a atteint tous ceux qui ont cru dans l'avenir des iris remontants. Ils ont constaté à quel point cette aptitude était capricieuse et se sont mis à douter de l'intérêt de continuer les recherches en ce sens. Peut-être la remontance reviendra-t-elle à la mode ? On se souviendra alors que 'Gibson Girl' aura été l'un des principaux géniteurs de ce caractère.

Illustrations : 


'Gibson Girl' 


'Cross Stitch' 


'Autumn Tryst' 


'Winterland'