N'est-ce pas la meilleure manière de rendre hommage à tous ceux qui, depuis cent cinquante ans maintenant, font des iris hybrides ce qu'ils sont aujourd'hui, que de publier quelques photos de leurs œuvres ? Irisenligne dresse désormais un bref portrait de nombreux hybrideurs de tous pays et offre à ses lecteurs les plus belles images de leurs iris.
XXVIII – Jean Ségui
Dans les années 1970/1980, les obtenteurs français n'étaient pas bien nombreux ! Jean Ségui s'est amusé à créer d nouvelles variétés, et il a parfaitement réussi dans cette entreprise. Ses iris sont tous excellents, tant au plan esthétique qu'au plan horticole. Ce fut un précurseur et les nombreux nouveaux hybrideurs de France, aujourd'hui, ont suivi la route qu'il avait tracée. Voici quatre exemples de son talent :
'Trapel'(1982/98)
'La Belle Aude' (1982/98)
'Doctor Gold' (1983/98)
'Corbières' (1982/98
16.12.16
DES RHIZOMES ET DES AILES
L'adjectif qui convient le mieux pour décrire les iris de Sibérie, c'est « gracieux ». Et il s'applique particulièrement bien à 'Swans in Flight' (Hollingworth, 2006), le dernier lauréat de la Médaille de Dykes, et premier iris de Sibérie à remporter ce trophée.
Tout est parfait dans cette fleur, à commencer par le nom qui lui a été donné, qui lui va comme un gant puisque évoquer le vol des cygnes à propos d'un iris de Sibérie vaporeux et immaculé ne peut pas être plus approprié. On peut continuer par la forme de la fleur : une corolle typique des SIB modernes, avec des sépales larges et arrondis qui s'étalent avec distinction au milieu du feuillage. On peut aussi parler de la couleur : un blanc très pur, sans trace de quelque autre teinte que ce soit. Toutes ces qualités ne pouvaient que retenir l'attention des juges qui ont exprimé leur admiration dès l'entrée de cette plante dans la course aux médailles. HM en 2009, AM en 2011, Morgan-Wood Medal en 2013 et, récompense suprême, Dykes Medal en 2016. Cette dernière distinction est d'autant plus méritoire que, chacun le sait, les juges ont à apprécier sans doute deux fois plus de grands iris que d'iris de Sibérie !
Ce bel iris est du au talent de Robert Hollingworth, hybrideur du Michigan, qui fait partie des spécialistes – peu nombreux – des iris de Sibérie, dont il a enregistré une soixantaine de variétés en presque une trentaine d'années. Huit de ses iris ont obtenu la Morgan-Wood Medal, la plus haute distinction pour un SIB : 'Lady Vanessa',1992 ; 'Jewelled Crown',1993 ; 'Sultan's Ruby',1994 ; 'Coronation Anthem', 1997 ; 'Over in Gloryland', 2000 ; 'Strawberry Fair', 2001 ; 'Blueberry Fair', 2004 ; 'Ruffles and Flourishes', 2009 et 'Swans in Flight' en 2013. Cela en dit long sur sa maîtrise et sur l'opinion favorable des juges.
Pour obtenir 'Swans in Flight', il a réalisé le croisement suivant : (((Pink Haze x Fairy Dawn) x Über den Wolken) x Silver Illusion) X Springs Brook. Dans ce cocktail il y a une dominante de variétés blanches, accompagnées de rose ('Pink Haze'), de bleu ('Über den Wolken') et d'amoena bleu ('Springs Brook'). Mais la variété dominante, puisqu'elle intervient à plusieurs reprises dans les pedigrees des parents en présence, c'est 'White Swirl' (Cassebeer, 1957). Il est évident que cette ancienne variété a apporté l'essentiel pour un iris blanc : la couleur. Mais son apparence est très datée et c'est d'un autre côté qu'il faut chercher la forme ample et étoffée de 'Swans in Flight'. Ce n'est certainement pas du côté du « vieux » 'Fairy Dawn'. Celui-ci est d'un blanc intéressant, mais, de l'avis même de son obtentrice il y a du « old white "sibirica type" » ce qui veut dire « iris blanc du type sibirica ancien » dans son pedigree. Les autres parents, en revanche, se présentent sous une forme moderne, plus agréable aux yeux d'aujourd'hui. En particulier la branche allemande constituée par 'Über den Wolken' (Tamberg, 1994), dont on se fait une bonne idée avec la photo de Brock Heilman ci-jointe. Mais aussi grâce à 'Ruffled Velvet' (McEwen, 1973), une variété maintes fois utilisées justement pour la perfection de ses fleurs.
Nous voici donc en présence d'un savant mélanges de variétés choisies d'une part pour la pureté de leur coloris et leur aptitude à en assurer la force, d'autre part pour leur perfection formelle. Du vrai travail de pro.
A l'heure qu'il est, malgré ses qualités, 'Swans in Flight' n'a pas encore de descendance enregistrée. Cela signifie simplement qu'aucune des tentatives pour en obtenir des descendants valables n'a abouti. Mais rien n'est perdu car sa nouvelle notoriété va sans doute inciter certains à tenter de nouveaux croisements. En tout cas il ne faudra pas s'attendre à une amélioration quelconque car on n'est pas loin de la perfection. Cependant, dans d'autres coloris par exemple, on peut espérer un transfert des qualités acquises.
Les iris de Sibérie, avec leurs vertus spécifiques comme la rusticité, la facilité de culture, l'adaptabilité à presque toutes les conditions de sols, secs comme humides, la richesse du feuillage et ce que l'on a appelé la grâce de leurs fleurs, avec en plus maintenant un grand choix de couleurs et de modèles, justifient pleinement l'intérêt qu'on leur porte désormais. Ce ne sont plus ces iris du bord des pièces d'eau, presque uniformément bleus. Ils ont atteint le même niveau de développement que les iris barbus, grands et petits, et peuvent trouver leur place dans tous les jardins.
Ainsi, avec 'Swans in Flight' Robert Hollingworth est parvenu semble-t-il au nirvana des obtenteurs d'iris de Sibérie. Cela ne veut pas dire que quelqu'un ne fera jamais mieux, mais le fait d'atteindre le paradis n'empêche pas d'autres prétendants d'aboutir au même point !
Iconographie :
'Swans in Flight'
'White Swirl'
'Über den Wolken'
'Ruffled Velvet'
Tout est parfait dans cette fleur, à commencer par le nom qui lui a été donné, qui lui va comme un gant puisque évoquer le vol des cygnes à propos d'un iris de Sibérie vaporeux et immaculé ne peut pas être plus approprié. On peut continuer par la forme de la fleur : une corolle typique des SIB modernes, avec des sépales larges et arrondis qui s'étalent avec distinction au milieu du feuillage. On peut aussi parler de la couleur : un blanc très pur, sans trace de quelque autre teinte que ce soit. Toutes ces qualités ne pouvaient que retenir l'attention des juges qui ont exprimé leur admiration dès l'entrée de cette plante dans la course aux médailles. HM en 2009, AM en 2011, Morgan-Wood Medal en 2013 et, récompense suprême, Dykes Medal en 2016. Cette dernière distinction est d'autant plus méritoire que, chacun le sait, les juges ont à apprécier sans doute deux fois plus de grands iris que d'iris de Sibérie !
Ce bel iris est du au talent de Robert Hollingworth, hybrideur du Michigan, qui fait partie des spécialistes – peu nombreux – des iris de Sibérie, dont il a enregistré une soixantaine de variétés en presque une trentaine d'années. Huit de ses iris ont obtenu la Morgan-Wood Medal, la plus haute distinction pour un SIB : 'Lady Vanessa',1992 ; 'Jewelled Crown',1993 ; 'Sultan's Ruby',1994 ; 'Coronation Anthem', 1997 ; 'Over in Gloryland', 2000 ; 'Strawberry Fair', 2001 ; 'Blueberry Fair', 2004 ; 'Ruffles and Flourishes', 2009 et 'Swans in Flight' en 2013. Cela en dit long sur sa maîtrise et sur l'opinion favorable des juges.
Pour obtenir 'Swans in Flight', il a réalisé le croisement suivant : (((Pink Haze x Fairy Dawn) x Über den Wolken) x Silver Illusion) X Springs Brook. Dans ce cocktail il y a une dominante de variétés blanches, accompagnées de rose ('Pink Haze'), de bleu ('Über den Wolken') et d'amoena bleu ('Springs Brook'). Mais la variété dominante, puisqu'elle intervient à plusieurs reprises dans les pedigrees des parents en présence, c'est 'White Swirl' (Cassebeer, 1957). Il est évident que cette ancienne variété a apporté l'essentiel pour un iris blanc : la couleur. Mais son apparence est très datée et c'est d'un autre côté qu'il faut chercher la forme ample et étoffée de 'Swans in Flight'. Ce n'est certainement pas du côté du « vieux » 'Fairy Dawn'. Celui-ci est d'un blanc intéressant, mais, de l'avis même de son obtentrice il y a du « old white "sibirica type" » ce qui veut dire « iris blanc du type sibirica ancien » dans son pedigree. Les autres parents, en revanche, se présentent sous une forme moderne, plus agréable aux yeux d'aujourd'hui. En particulier la branche allemande constituée par 'Über den Wolken' (Tamberg, 1994), dont on se fait une bonne idée avec la photo de Brock Heilman ci-jointe. Mais aussi grâce à 'Ruffled Velvet' (McEwen, 1973), une variété maintes fois utilisées justement pour la perfection de ses fleurs.
Nous voici donc en présence d'un savant mélanges de variétés choisies d'une part pour la pureté de leur coloris et leur aptitude à en assurer la force, d'autre part pour leur perfection formelle. Du vrai travail de pro.
A l'heure qu'il est, malgré ses qualités, 'Swans in Flight' n'a pas encore de descendance enregistrée. Cela signifie simplement qu'aucune des tentatives pour en obtenir des descendants valables n'a abouti. Mais rien n'est perdu car sa nouvelle notoriété va sans doute inciter certains à tenter de nouveaux croisements. En tout cas il ne faudra pas s'attendre à une amélioration quelconque car on n'est pas loin de la perfection. Cependant, dans d'autres coloris par exemple, on peut espérer un transfert des qualités acquises.
Les iris de Sibérie, avec leurs vertus spécifiques comme la rusticité, la facilité de culture, l'adaptabilité à presque toutes les conditions de sols, secs comme humides, la richesse du feuillage et ce que l'on a appelé la grâce de leurs fleurs, avec en plus maintenant un grand choix de couleurs et de modèles, justifient pleinement l'intérêt qu'on leur porte désormais. Ce ne sont plus ces iris du bord des pièces d'eau, presque uniformément bleus. Ils ont atteint le même niveau de développement que les iris barbus, grands et petits, et peuvent trouver leur place dans tous les jardins.
Ainsi, avec 'Swans in Flight' Robert Hollingworth est parvenu semble-t-il au nirvana des obtenteurs d'iris de Sibérie. Cela ne veut pas dire que quelqu'un ne fera jamais mieux, mais le fait d'atteindre le paradis n'empêche pas d'autres prétendants d'aboutir au même point !
Iconographie :
'Swans in Flight'
'White Swirl'
'Über den Wolken'
'Ruffled Velvet'
9.12.16
LES PRIVILÉGIÉS (complément)
Après la lecture de la chronique de la semaine dernière, Loïc Tasquier a fait l'observation suivante : « Dès qu'une nouvelle variété entre sur le marché, et qu'elle est distribuée dans un maximum de jardins de démonstration officiels disséminés sur le territoire des États Unis où les juges peuvent les voir, elle entame la course aux honneurs …
C'est ainsi que seuls les hybrideurs qui ont à la fois suffisamment de stock et le courage d'envoyer leurs iris à des douzaines de jardins ont une chance, car les juges restent près de chez eux, ils ne vont pas juger des iris à 500km.
Si ton iris n'est pas là, pas de chance de médaille. »
C'est bien vrai ! Pour faire partie des privilégiés, il faut donc disposer d'une entreprise d'une certaine importance. Les « petits » partent avec un lourd handicap.
Mais avoir une grosse pépinière n'est pas suffisant. Les cas de Joë Ghio, qui n'a plus atteint le sommet depuis 1980, en dépit d'iris remarquables et certainement bien distribués, ou de Richard Ernst, jamais couronné malgré qu'il ait disposé de la plus grande affaire d'iris du pays, montrent bien qu'il faut aussi autre chose que des moyens importants pour entrer dans le cénacle des médaillés.
C'est ainsi que seuls les hybrideurs qui ont à la fois suffisamment de stock et le courage d'envoyer leurs iris à des douzaines de jardins ont une chance, car les juges restent près de chez eux, ils ne vont pas juger des iris à 500km.
Si ton iris n'est pas là, pas de chance de médaille. »
C'est bien vrai ! Pour faire partie des privilégiés, il faut donc disposer d'une entreprise d'une certaine importance. Les « petits » partent avec un lourd handicap.
Mais avoir une grosse pépinière n'est pas suffisant. Les cas de Joë Ghio, qui n'a plus atteint le sommet depuis 1980, en dépit d'iris remarquables et certainement bien distribués, ou de Richard Ernst, jamais couronné malgré qu'il ait disposé de la plus grande affaire d'iris du pays, montrent bien qu'il faut aussi autre chose que des moyens importants pour entrer dans le cénacle des médaillés.
PORTRAITS
N'est-ce pas la meilleure manière de rendre hommage à tous ceux qui, depuis cent cinquante ans maintenant, font des iris hybrides ce qu'ils sont aujourd'hui, que de publier quelques photos de leurs œuvres ? Irisenligne va désormais dresser un bref portrait de nombreux hybrideurs de tous pays et offrir à ses lecteurs les plus belles images de leurs iris.
XXVII – Luzon Crosby
Dans le monde des iris la fameuse parité qui veut que les femmes tiennent autant de place que les hommes, et qui a tant de peine à s'imposer, doit être une réalité. Elles n'y ont pas toujours tenu une place de premier plan mais elles ont aussi souvent été richement récompensées pour leurs obtentions qui ont réussi à créer la surpris dans les grandes compétitions. A ce titre les obtentrices originaires de l'Utah ont été spécialement remarquées. Ne parlons pas de Melba Hamblen, qui se tenaient tout à fait dans la cour des grands, mais d'Esther Tams, par exemple qui a vu son 'Dream Lover' (1970) enlever la Médaille de Dykes en1977, et de Luzon Crosby, amie de Melba Hamblen qui commercialisait ses
iris, et qui s'est offert le Florin d'Or en 1959 avec 'La Negra Flor' (1956).
Voici quelques-unes de ses obtentions :
'La Negra Flor' (1956)
'Lilac Bouquet' (1957)
'Marilyn C' (1957) qui se trouve au pedigree de nombreuses variétés dont 'Piroska' et 'Roger Renard' (J. Cayeux, 1976)
'Negrura' (1957)
XXVII – Luzon Crosby
Dans le monde des iris la fameuse parité qui veut que les femmes tiennent autant de place que les hommes, et qui a tant de peine à s'imposer, doit être une réalité. Elles n'y ont pas toujours tenu une place de premier plan mais elles ont aussi souvent été richement récompensées pour leurs obtentions qui ont réussi à créer la surpris dans les grandes compétitions. A ce titre les obtentrices originaires de l'Utah ont été spécialement remarquées. Ne parlons pas de Melba Hamblen, qui se tenaient tout à fait dans la cour des grands, mais d'Esther Tams, par exemple qui a vu son 'Dream Lover' (1970) enlever la Médaille de Dykes en1977, et de Luzon Crosby, amie de Melba Hamblen qui commercialisait ses
Voici quelques-unes de ses obtentions :
'La Negra Flor' (1956)
'Lilac Bouquet' (1957)
'Marilyn C' (1957) qui se trouve au pedigree de nombreuses variétés dont 'Piroska' et 'Roger Renard' (J. Cayeux, 1976)
'Negrura' (1957)
FOSTER MEMORIAL PLAQUE (II)
Il y a quelque temps, j'ai publié ici une chronique sur la « Foster Memorial Plaque ». Je reviens sur ce sujet aujourd'hui car la chronique initiale comportait quelques erreurs. Voici un extrait de ce texte :
« Le plus souvent les bénéficiaires de cette décoration sont des hybrideurs de renommée mondiale, mais on trouve dans la liste des récipiendaires de nombreux scientifiques ayant contribué à la progression des connaissances dans le domaine des iris et iridacées, ainsi que quelques personnalités ayant apporté leur soutien à la cause des iris.
Comme on peut s’y attendre les Anglo-saxons sont majoritaires, qu’ils viennent de Grande-Bretagne (ils sont plus de quarante), des Etats-Unis (25) ou d’Australie (3) et de Nouvelle Zélande (2). Mais on trouve aussi quelques Français, comme le bras droit des Vilmorin, Séraphin Mottet, distingué dès 1927, Ferdinand Denis (1933), et Maurice Boussard (1977). (...) Comme toujours également des grands noms, qui auraient largement mérité d’être récompensés, se sont trouvés oubliés. On peut citer par exemple Marc Simonnet ou Ferdinand Cayeux pour ne parler que de nos compatriotes."
"Hic jacet lupus", comme on dit en latin ! En effet Ferdinand Cayeux a reçu la plaque en 1935, et son arrière-petit-fils Richard en 2012. Mais Marc Simonnet , malheureusement, a bien été oublié. Parmi les bénéficiaires hybrideurs contemporains on trouve :
Robert Schreiner en 1963
Bee Warburton en 1975
Currier McEwen en 1978
Melba Hamblen en 1980
Ben Hager en 1981
Bryan Dodsworth en 1988
Nora Scopes en 1992
Keith Keppel en 1993
Tomas Tamberg en 1994
Bennett Jones en 1995
Graeme Grosvenor en 1999
Dave Niswonger en 2000
John Taylor en 2003
Terry Aitken en 2008...
Curieusement, des gens comme Monty Byers, Barry Blyth, Joseph Ghio, Paul Black ou Rick Tasco entre autres n'ont toujours pas été récompensés. Mais il ne faut pas désespérer !
« Le plus souvent les bénéficiaires de cette décoration sont des hybrideurs de renommée mondiale, mais on trouve dans la liste des récipiendaires de nombreux scientifiques ayant contribué à la progression des connaissances dans le domaine des iris et iridacées, ainsi que quelques personnalités ayant apporté leur soutien à la cause des iris.
Comme on peut s’y attendre les Anglo-saxons sont majoritaires, qu’ils viennent de Grande-Bretagne (ils sont plus de quarante), des Etats-Unis (25) ou d’Australie (3) et de Nouvelle Zélande (2). Mais on trouve aussi quelques Français, comme le bras droit des Vilmorin, Séraphin Mottet, distingué dès 1927, Ferdinand Denis (1933), et Maurice Boussard (1977). (...) Comme toujours également des grands noms, qui auraient largement mérité d’être récompensés, se sont trouvés oubliés. On peut citer par exemple Marc Simonnet ou Ferdinand Cayeux pour ne parler que de nos compatriotes."
"Hic jacet lupus", comme on dit en latin ! En effet Ferdinand Cayeux a reçu la plaque en 1935, et son arrière-petit-fils Richard en 2012. Mais Marc Simonnet , malheureusement, a bien été oublié. Parmi les bénéficiaires hybrideurs contemporains on trouve :
Robert Schreiner en 1963
Bee Warburton en 1975
Currier McEwen en 1978
Melba Hamblen en 1980
Ben Hager en 1981
Bryan Dodsworth en 1988
Nora Scopes en 1992
Keith Keppel en 1993
Tomas Tamberg en 1994
Bennett Jones en 1995
Graeme Grosvenor en 1999
Dave Niswonger en 2000
John Taylor en 2003
Terry Aitken en 2008...
Curieusement, des gens comme Monty Byers, Barry Blyth, Joseph Ghio, Paul Black ou Rick Tasco entre autres n'ont toujours pas été récompensés. Mais il ne faut pas désespérer !
DOROTHY PALMER
Une dame qui nous veut du bien
Le monde des iris est rempli de ces hybrideurs ou hybrideuses qui, sans prétendre au génie, se sont fait connaître sur la terre entière. C'est le cas de Dorothy Palmer. La longue et paisible existence de cette dame du Middle West (région de St Louis, Missouri, à l'endroit où le Missouri rejoint le Mississipi) a été largement consacrée à l'hybridation et la culture des iris, et il faut bien dire que cela lui a plutôt bien réussi.
L'intérêt pour le jardinage lui a été insufflé par son grand père qui cultivait lui-même toutes sortes de plantes dont quelques iris. Avec son mari Ray, elle a acquis une maison avec beaucoup d'espace tout autour. Dorothy y planta des rosiers et des iris. Elle avait appris qu'une de ses voisines en avait une grande collection et elle lui en acheta un certain nombre pour un prix dérisoire. Les deux dames devinrent amies et firent la connaissance d'un autre citoyen de la banlieue de St Louis, Cliff Benson, qui pratiquait l'hybridation. Dorothy lui acheta un certain nombre de ses semis dont un qui devait prendre le nom de 'Tosca' (Benson, 1947) – de nombreuses variétés obtenues par Cliff Benson portent des noms en rapport avec la musique classique car Benson était lui-même musicien d'orchestre – lequel devait devenir l'une des bases du programme d'hybridation de Mme Palmer. Encouragée par son nouvel ami Benson, Dorothy Palmer se décida à s'essayer elle-même au croisement d'iris. Peu à peu elle prit de l'assurance dans cette activité et des responsabilités au sein de l'AIS et de sa formation régionale. A l'occasion de la Convention de 1952 qui se déroula à St Louis, elle enrichit ses relations dans le monde des iris en rencontrant des gens comme Georgia Hinkle, David Hall, Orville Fay ou Nathan Rudolph. Et ses relations s'étendirent quand elle suivit son époux sur la côte Est où son travail l'avait appelé. A ce point de son existence, elle avait acquis une somme de relations bien utiles et, parallèlement, des connaissances étendues en génétique et en horticulture. Elle était armée pour une carrière d'obtentrice.
Après quelques années sur la côte Est, et leur retour au pays natal, les Palmer disposaient d'une propriété de 28000 m² où ils avaient la possibilité de mettre en culture environ 4000 semis chaque année. C'était une exploitation importante. Dorothy avait à ce moment acquis une certaine réputation dans le métier.
Parmi ses premiers enregistrements figurent 'Her Ladyship' (1955) et 'Muted Music' (1955) deux iris bleu clair issus de 'Tosca'. Le violet 'Sophisticate' (1961) (qui porte, à mon avis, bien mal son nom) descend de 'Her Ladyship' et fait partie du programme de recherche amorcé par Dorothy en vue d'obtenir des iris blancs à barbes bleues. En fait elle a essentiellement obtenu des iris bleus clair ou bleu glacier à barbes bleues ou blanches, mais de vrais blancs à barbes bleues, point, ou plutôt rien de vraiment valable ; 'Winter Pageant', (1965), 'Soft Music' (1971) sont les meilleurs de cette série. Elle a eu plus de chance avec les amoenas roses, comme 'New Venture' (1973) ou jaunes et, au passage, des blancs à cœur jaune de grande qualité comme 'Buttered Popcorn' (1966), 'Gold Burst' (1979) ou 'Sunkist Frills' (1986). Néanmoins c'est dans des domaines bien différents qu'elle a eu le plus de réussite. Les producteurs français ne s'y sont pas trompés et c'est ceux-là qu'ils ont mis à leurs catalogues. 'Conversation Piece' (1971), 'Fashion Trend' (1971), 'Sheer Poetry' (1978), 'Starring Role' (1971) font partie de ces variétés qui ont franchi l'Atlantique. Comme on le voit, l'année 1971 a été particulièrement fortunée et elle se situe à l'apogée de la carrière de Dorothy Palmer.
A la mort de son mari, en 1981, Dorothy Palmer s'est retirée et a quitté l'activité horticole directe. C'est là qu'elle a vécu les derniers moments d'une existence bien remplie. Elle pouvait être heureuse de la façon dont ses iris avaient été accueillis dans le monde où on les trouve encore dans bien des jardins.
Iconographie :
'Gold Burst'
'Sheer Poetry'
'Starring Role'
'Winter Pageant'
3.12.16
LA FLEUR DU MOIS
'Apropos' ( Sanford Babson, 1963)
Commentary X Melodrama
Ne me demandez pas pourquoi je me suis fait envie de ce cultivar. C'était au début des années 1980, alors que je commençais à m'intéresser aux iris. Peut-être la fraîcheur du coloris mauve de cette fleur, proche de celle des iris traditionnels si présents dans nos jardins, a-telle joué un rôle dans ma décision... Pendant de longues années 'Apropos' a fleuri dans mon jardin (je devrais dire « mes jardins » car il y en a eu trois, entre 1981 et1989 !), sans problème, mais aussi sans cette touche de je ne sais quoi qui fait qu'on prête attention à une fleur plus qu'à une autre. Un beau jour, il a laissé la place à une variété plus récente. Comme on dit en latin : « Sic transit gloria mundi »... Aujourd'hui, alors que je m'intéresse de plus en plus aux variétés historiques et surtout à celles qui constituent les bases de l'iridophilie moderne, je n'agirais plus de la même façon : 'Apropos' serait toujours là.
Parce que 'Apropos' n'est pas une variété banale. Elle a la discrétion des choses importantes, mais elle représente beaucoup dans le monde des iris. Pour commencer, elle est la fille d'un couple mémorable : (Commentary X Melodrama). 'Commentary' (Babson 1963) est un membre fondateur de la famille des « blends », ces iris à propos desquels il faut dire « couleurs » et non « couleur ». Celui-ci décrit comme : « S buff; F light lavender-violet, red-brown on haft; lavender beard tipped bronze », soit « Pétales chamois ; Sépales violet-lavande clair, brun-rouge aux épaules ; barbe lavande pointée bronze ». C'est un pilier de l'hybridation des années 1970 : il a plus de cent descendants au premier échelon. 'Melodrama' est une autre variété fondamentale. Elle, ce n'est pas plus de cent descendants, mais plus de deux cents ! C'est un iris néglecta, mauve bleuté ou bleu jacinthe pour les pétales, indigo clair pour les sépales, un peu plus clair sous les barbes mauve pâle, qui fait partie de trio essentiel dont les membres se nomment 'Melodrama' (Cook 1956), 'Emma Cook' (Cook 1957) et 'Whole Cloth' (Cook 58). Avec des parents comme ceux-là, 'Apropos' ne pouvait qu'intéresser les hybrideurs à la recherche de sujets originaux.
Grâce à la base de données « Irisregister » on peut se lancer parmi les descendants de 'Apropos' à la recherche d'un de ses modernes rejetons, c'est un jeu facile et amusant.
Parmi les descendants du premier rang figure 'Merry Madrigal' (Babson, 1982) qui a pour pedigree (Touché X ((Tambourine x Sterling Silver) x (Apropos x Stepping Out))). C'est un variegata aux pétales jaune clair, et ce trait de caractère nous invite à rechercher un nouveau venu du modèle variegata. Prenons-en un, des plus célèbres : 'Edith Wolford' (Hager, 1984). On peut être sûr que celui-là possède une kyrielle d'enfants et petits enfants. Bingo ! Voici une autre célébrité : 'Slovak Prince' (Mego, 2002), et si l'on continue la recherche on va trouver un tout nouvel iris, bien français, 'Filigrane' (Jacob, 2012), un superbe amoena qui tient de son autre ascendance, 'Starring' (Ghio, 1999) des couleurs vivement contrastées, proches du blanc/noir très recherché actuellement.
Notre jeu de piste nous a emporté vers des horizons différents, mais l'origine 'Apropos' n'est tout de même qu'à six générations. On aurait pu faire bien d'autres recherches, tout aussi passionnantes, qui nous auraient conduits vers des variétés d'aujourd'hui qui seront les vedettes de demain et qui apporteraient la preuve que 'Apropos' n'était pas une variété anodine. Je dois donc être reconnaissant de sa valeur, et déplorer de l'avoir abandonné au bord de la route des iris dans un geste éminemment regrettable.
Illustrations :
- 'Apropos'
- 'Merry Madrigal'
- 'Edith Wolford'
- 'Filigrane'
PORTRAITS
N'est-ce pas la meilleure manière de rendre hommage à tous ceux qui, depuis cent cinquante ans maintenant, font des iris hybrides ce qu'ils sont aujourd'hui, que de publier quelques photos de leurs œuvres ? Irisenligne est en train de dresser un bref portrait de nombreux hybrideurs de tous pays et offrir à ses lecteurs les plus belles images de leurs iris.
XXVI – Loleta Powell
Je ne sais pas pourquoi cette dame, originaire de Caroline du Nord, assez prolifique et qui possédait sa propre pépinière, a réussi à se faire connaître en France et a y distribuer plusieurs de ses obtentions. Ces iris sont de bonnes plantes de jardin, qui n'ont rien de particulièrement remarquables mais qui représentent bien ce qui se faisait en Amérique au cours des années 1970/80.
'Attention Carolina' (1980)
'Carolina Gold' (1970)
'Flyby' (1984)
'Stawberry Sensation' (1980)
XXVI – Loleta Powell
Je ne sais pas pourquoi cette dame, originaire de Caroline du Nord, assez prolifique et qui possédait sa propre pépinière, a réussi à se faire connaître en France et a y distribuer plusieurs de ses obtentions. Ces iris sont de bonnes plantes de jardin, qui n'ont rien de particulièrement remarquables mais qui représentent bien ce qui se faisait en Amérique au cours des années 1970/80.
'Attention Carolina' (1980)
'Carolina Gold' (1970)
'Flyby' (1984)
'Stawberry Sensation' (1980)
L'AUTRE CHARME DES IRIS
SIMPLICITÉ ET FÉMINITÉ
Le jeune parfumeur Olivier Polge, nez chez Chanel, a donné une interview à la journaliste du Figaro Hélène Guillaume. Il y décrit son attirance pour le parfum d'iris et les raisons pour lesquelles il utilise cette senteur dans la plupart de ses créations. Il explique ce qui l'a séduit dans le parfum d'iris, et c'est très joliment dit : « Il y a une certaine complexité dans l'iris, (…) bien sûr, la rose est tout à fait complexe, chimiquement parlant, avec ses 400 composants. L'iris est intrinsèquement plus simple, mais son odeur se manifeste moins facilement... Elle est très sophistiquée, associée quoi qu'on en dise à une idée puissante de la féminité. » Était-ce pour ces raisons que les aristocrates de la Renaissance, qu'ils soient florentins, milanais, vénitiens ou romains, raffolaient de cette senteur proche de la violette qui pouvait à la fois ajouter à l'attrait des gentes dames et masquer les senteurs obscures des cités italiennes ?
Longtemps délaissé, pour cause de prix prohibitif et de fabrication laborieuse, le parfum d'iris est revenu à la mode. Les initiateurs de ce retour en force s'appellent Henri Robert (Chanel n° 19), Jean-Claude Ellena (Déclaration, de Cartier) et, bien sûr, Olivier Polge. Aujourd'hui la culture a repris, non seulement sur la Côte d'Azur, du côté de Pégomas, mais aussi dans la région traditionnelle du Chianti, près de Florence, sans compter que la Chine s'est mise aussi à cette culture, en vue de produire une essence peut-être moins raffinée mais bien moins coûteuse. Ce que l'on voit aujourd'hui dans les champs n'est plus I. florentina, moins riche en principes actifs, mais I. dalmatica, reconnaissable à sa délicieuse couleur bleu pâle, qui possède deux caractéristiques très originales. D’abord sa multiplication qui ne s’obtient pas de façon sexuelle, mais uniquement de façon végétative, ce qui garantit la pérennité des caractères (et démontre par conséquent que la multiplication végétative n’entraîne aucune dégénérescence de la plante). Ensuite ses rhizomes qui contiennent beaucoup d’irone, substance extraite pour obtenir ce parfum très spécifique que l'on appelle aussi « essence de violette ». Cependant on conserve encore quelques plantations de I. florentina, moins riche et moins subtil, mais dont la puissance peut s'avérer utile en parfumerie.
Certes la fleur de I. pallida a un parfum inoubliable et prononcé, des plus délicieux. Ce qui fait que beaucoup s'imaginent que c'est cette fleur qui est utilisée en parfumerie, mais il n'en est rien. Ce qui compte, c'est le rhizome ! O. Polge constate avec amusement qu'il a fallu soit beaucoup d'imagination soit un coup de chance miraculeux pour découvrir que le parfum se cachait dans le rhizome et non dans la fleur. Et combien d'essais avortés, combien de récoltes gâchées a-t-il fallu pour parvenir au procédé maintenant utilisé ! Les iris restent en place dans les champs pendant au moins trois ans. Les rhizomes sont alors déterrés, sélectionnés, nettoyés épluchés avec une espèce de rasoir, puis coupés en rondelles qui sont mises à sécher sur des clayettes dans une pièce ventilée et chauffée à 30 °C, pour que les rhizomes perdent 60 % de leur eau et puissent se conserver en concentrant leur fameux irone. Il va falloir trois ans de séchage avant que les rondelles de rhizomes, devenues grises et dures, ne soient broyées et envoyées à la distillation. Celle-ci s'effectue après macération dans l'eau froide. On obtient alors une substance de couleur et de consistance crémeuse. Ce «beurre d'iris» appelé aussi «concrète» sera à son tour distillé pour donner l'absolu, qui est la base des parfums. Il ne faut pas moins de 13 tonnes de rhizomes frais pour obtenir un seul kilo de l'extraordinaire produit, ce qui explique son prix exorbitant (près de 100 000 euros le kilo).
A ce propos Olivier Polge imagine que le fait « de savoir que ce produit est l'un des plus chers le rend peut-être aux yeux du débutant encore plus aristocratique ». En tout cas, dès son apprentissage, il en est tombé amoureux, et il avoue : « J'aime l'iris et toutes les odeurs qu'on lui associe traditionnellement. » Cela nous vaut « Dior Homme », qui est la senteur de ses débuts, puis « Balenciaga Paris », « Valentino Uomo » et « Misia » pour Chanel. Autant de parfums où l'iris est présent et constitue, en quelque sorte, la signature de leur créateur.
Aujourd'hui, des parfums à base d'iris, il y en a de plus en plus. A côté des créations d'Olivier Polge, on trouve « Infusion d'Iris » de Prada, « Iris Noir » d'Yves Rocher, « Chanel n° 19 », déjà évoqué, « Bois d'Iris » de Van Cleef et Arpels, « Songe d'Iris » de Rochas, « Iris Ukioyé » de Hermès et le rare « Terre d'Iris » de Miller Harris. Autant de parfums qui nous rappellent que nos chers iris ne sont pas que les fleurs splendides qui nous ensorcellent.
Le jeune parfumeur Olivier Polge, nez chez Chanel, a donné une interview à la journaliste du Figaro Hélène Guillaume. Il y décrit son attirance pour le parfum d'iris et les raisons pour lesquelles il utilise cette senteur dans la plupart de ses créations. Il explique ce qui l'a séduit dans le parfum d'iris, et c'est très joliment dit : « Il y a une certaine complexité dans l'iris, (…) bien sûr, la rose est tout à fait complexe, chimiquement parlant, avec ses 400 composants. L'iris est intrinsèquement plus simple, mais son odeur se manifeste moins facilement... Elle est très sophistiquée, associée quoi qu'on en dise à une idée puissante de la féminité. » Était-ce pour ces raisons que les aristocrates de la Renaissance, qu'ils soient florentins, milanais, vénitiens ou romains, raffolaient de cette senteur proche de la violette qui pouvait à la fois ajouter à l'attrait des gentes dames et masquer les senteurs obscures des cités italiennes ?
Longtemps délaissé, pour cause de prix prohibitif et de fabrication laborieuse, le parfum d'iris est revenu à la mode. Les initiateurs de ce retour en force s'appellent Henri Robert (Chanel n° 19), Jean-Claude Ellena (Déclaration, de Cartier) et, bien sûr, Olivier Polge. Aujourd'hui la culture a repris, non seulement sur la Côte d'Azur, du côté de Pégomas, mais aussi dans la région traditionnelle du Chianti, près de Florence, sans compter que la Chine s'est mise aussi à cette culture, en vue de produire une essence peut-être moins raffinée mais bien moins coûteuse. Ce que l'on voit aujourd'hui dans les champs n'est plus I. florentina, moins riche en principes actifs, mais I. dalmatica, reconnaissable à sa délicieuse couleur bleu pâle, qui possède deux caractéristiques très originales. D’abord sa multiplication qui ne s’obtient pas de façon sexuelle, mais uniquement de façon végétative, ce qui garantit la pérennité des caractères (et démontre par conséquent que la multiplication végétative n’entraîne aucune dégénérescence de la plante). Ensuite ses rhizomes qui contiennent beaucoup d’irone, substance extraite pour obtenir ce parfum très spécifique que l'on appelle aussi « essence de violette ». Cependant on conserve encore quelques plantations de I. florentina, moins riche et moins subtil, mais dont la puissance peut s'avérer utile en parfumerie.
Certes la fleur de I. pallida a un parfum inoubliable et prononcé, des plus délicieux. Ce qui fait que beaucoup s'imaginent que c'est cette fleur qui est utilisée en parfumerie, mais il n'en est rien. Ce qui compte, c'est le rhizome ! O. Polge constate avec amusement qu'il a fallu soit beaucoup d'imagination soit un coup de chance miraculeux pour découvrir que le parfum se cachait dans le rhizome et non dans la fleur. Et combien d'essais avortés, combien de récoltes gâchées a-t-il fallu pour parvenir au procédé maintenant utilisé ! Les iris restent en place dans les champs pendant au moins trois ans. Les rhizomes sont alors déterrés, sélectionnés, nettoyés épluchés avec une espèce de rasoir, puis coupés en rondelles qui sont mises à sécher sur des clayettes dans une pièce ventilée et chauffée à 30 °C, pour que les rhizomes perdent 60 % de leur eau et puissent se conserver en concentrant leur fameux irone. Il va falloir trois ans de séchage avant que les rondelles de rhizomes, devenues grises et dures, ne soient broyées et envoyées à la distillation. Celle-ci s'effectue après macération dans l'eau froide. On obtient alors une substance de couleur et de consistance crémeuse. Ce «beurre d'iris» appelé aussi «concrète» sera à son tour distillé pour donner l'absolu, qui est la base des parfums. Il ne faut pas moins de 13 tonnes de rhizomes frais pour obtenir un seul kilo de l'extraordinaire produit, ce qui explique son prix exorbitant (près de 100 000 euros le kilo).
A ce propos Olivier Polge imagine que le fait « de savoir que ce produit est l'un des plus chers le rend peut-être aux yeux du débutant encore plus aristocratique ». En tout cas, dès son apprentissage, il en est tombé amoureux, et il avoue : « J'aime l'iris et toutes les odeurs qu'on lui associe traditionnellement. » Cela nous vaut « Dior Homme », qui est la senteur de ses débuts, puis « Balenciaga Paris », « Valentino Uomo » et « Misia » pour Chanel. Autant de parfums où l'iris est présent et constitue, en quelque sorte, la signature de leur créateur.
Aujourd'hui, des parfums à base d'iris, il y en a de plus en plus. A côté des créations d'Olivier Polge, on trouve « Infusion d'Iris » de Prada, « Iris Noir » d'Yves Rocher, « Chanel n° 19 », déjà évoqué, « Bois d'Iris » de Van Cleef et Arpels, « Songe d'Iris » de Rochas, « Iris Ukioyé » de Hermès et le rare « Terre d'Iris » de Miller Harris. Autant de parfums qui nous rappellent que nos chers iris ne sont pas que les fleurs splendides qui nous ensorcellent.
25.11.16
PORTRAITS
N'est-ce pas la meilleure manière de rendre hommage à tous ceux qui, depuis cent cinquante ans maintenant, font des iris hybrides ce qu'ils sont aujourd'hui, que de publier quelques photos de leurs œuvres ? Irisenligne dresse désormais un bref portrait de nombreux hybrideurs de tous pays et offrir à ses lecteurs les plus belles images de leurs iris.
XXV – Robert Piatek
L'étoile montante des obtenteurs d'Europe de l'Est. Robert Piatek fait maintenant partie des hybrideurs qui comptent, même si ses iris n'ont pas encore trouvé leur place dans les catalogues de l'Occident, ce qui n'est pas juste. Avec lui la Pologne détient une valeur sûre, dont on devrait entendre parler pendant longtemps encore.
'Allys' (2014)
'Etsitu' ( (2013)
'Slonce Jazwinu' (2009)
'Medieval Legend' (2016)
XXV – Robert Piatek
L'étoile montante des obtenteurs d'Europe de l'Est. Robert Piatek fait maintenant partie des hybrideurs qui comptent, même si ses iris n'ont pas encore trouvé leur place dans les catalogues de l'Occident, ce qui n'est pas juste. Avec lui la Pologne détient une valeur sûre, dont on devrait entendre parler pendant longtemps encore.
'Allys' (2014)
'Etsitu' ( (2013)
'Slonce Jazwinu' (2009)
'Medieval Legend' (2016)
LES PRIVILÉGIÉS
Pour un obtenteur d'iris américain, il n'y a pas de récompense plus importante que la Médaille de Dykes. Mais il n'y en a qu'une par an et il y a environ 600 nouvelles variétés, toutes catégories confondues, qui entrent en lice chaque année. La compétition est donc très âpre. Dès qu'une nouvelle variété entre sur le marché, on dit qu'elle est « introduite », elle entame la course aux honneurs qui peut la mener jusqu'à la récompense suprême. Une première étape sera la « Honorable Mention » (HM) qui va reconnaître l'intérêt de 80 variétés, rien que pour les grands iris, et une vingtaine d'autres seront nominées dans la liste des récompenses mais n'iront pas plus loin dans la compétition. Le tour suivant, sera celui de l' « Award of Merit ». Pour l'obtenir il faudra avoir de sérieuses qualités car, pour en rester avec les TB, il n'y aura plus qu'une vingtaine d'iris récompensés sur une cinquantaine de cités. Les variétés de TB qui ont passé cette seconde sélection entrent en piste pour obtenir la John C. Wister Medal. A ce niveau il n'y a plus que trois TB récompensés sur la dizaine qui sera citée. Et puis viendra enfin le tour, au bout d'une dizaine d'années d'attente, de cette fameuse Dykes Medal. A ce niveau toutes les catégories entrent en jeu et si, de temps en temps (et de plus en plus souvent depuis quelques années), c'est une autre catégorie que celle des TB qui l'emporte, le plus souvent c'est un TB qui est couronné.
Ce que l'on constate, c'est que les noms des obtenteurs situés aux avant-postes sont peu nombreux, et toujours les mêmes. Certes il y a des noms qui disparaissent – naturellement par la mort de ceux qui les portent, mais quelquefois de façon plus inexplicable – mais ceux que l'on peut appeler les « ténors » restent en place pendant de nombreuses années. Ce sont ceux que j'ai baptisé les « privilégiés ». Ils sont peu nombreux et forment l'oligarchie qui règne sur le monde des iris, et les intrus dans cette coterie sont rares et généralement ne font qu'une brève et miraculeuse apparition.
Prenons pour exemple ce qui s'est passé en 2016 en comparaison avec les résultats de 2006.
Cette année, la DM a échappé aux TB puisque c'est un iris de Sibérie qui a été sacré, alors qu'en 2006 c'était 'Sea Power' (Keppel, 1998) qui l'avait emporté, et que 'Tom Johnson' (Black, 1996) était dans les nominés. A part cela, dans les autres listes (Wister Medal et Award of Merit) il n'y a de changement que pour quatre noms : quatre qui disparaissent et quatre « nouveaux ». Arrêtons nous un peu sur ces huit changements.
Les disparus concernent deux personnes décédées, Rick Ernst et Duane Meek ; une personne reconnue dans le domaine des iris médians plutôt que celui des grands iris : Marky Smith ; et un obtenteur spécialisé dans les « broken color » donc moins présent, mais qui figure toujours dans les listes, et en 2016 dans celle des nominés pour la DM : Brad Kasperek.
Les quatre nouveaux de 2016 se nomment :
John Painter. Cet hybrideur californien prend une place de plus en plus importante depuis une dizaine d'année ;
Barbara Nicodemus est véritablement une nouvelle hybrideuse qui est apparue sur le tard mais dont les obtentions font chaque fois sensation ;
Les Sutton, George -décédé – et Michael. Leurs superbes et éclatants iris polychromes ne passent jamais inaperçus et retiennent de plus en plus l'attention des juges.
On ne peut donc pas parler de véritable renouvellement. Ce sont toujours les mêmes ténors qui raflent toutes les médailles et presque toutes les places d'honneur.
Rick Tasco était deux fois présent en 2006, il l'est également deux fois en 2016.
Keith Keppel, le plus capé des hybrideurs, apparaît 11 fois en 2006 et encore quatre en 2016.
Joë Ghio, toujours un peu négligé par les juges, était là deux fois en 2006, pour cinq cette année.
Paul Black, qui semble se spécialiser désormais dans les SDB, était cité 3 fois en 2006 et reste cité 2 fois en 2016.
Frederick Kerr, le discret, continue son petit chemin avec deux apparitions en 2006 et une en 2016. Même constat pour Terry Aitken, une citation en 06, une en 16.
Il faut aussi dire un mot de quelques-uns qui ont un destin un peu particulier. Il s'agit de Tom Burseen, un texan pur jus, qui se fait remarquer par des variétés hors du commun mais pas toujours de bon goût, mais qui ont leurs hardis défenseurs, et de l'inoxydable famille Schreiner, longtemps au dessus du panier mais qui pendant quelques temps avait choisi de caresser son énorme clientèle bien conservatrice dans le sens du poil, et qui semble maintenant se rapprocher de la recherche de belles nouveautés et, par conséquent, du haut des listes de récompenses.
Les privilégiés ne constituent dont qu'une infime partie des centaines d'obtenteurs américains. Cela correspond-il à une réelle suprématie ou, au contraire, n'est-ce que l'effet d'un conformisme qui frapperait les juges appelés à faire un choix parmi les nombreuses (trop?) variétés qu'ils doivent apprécier ? Je pencherais, bien sûr, pour un mélange des deux. Parce qu'il est certain que les iris récompensés sont d'excellentes plantes et que leurs obtenteurs sont de remarquables professionnels, parce qu'il est bien possible aussi que les juges, à tout choisir, soient un peu influencés par la renommée des obtenteurs que l'on a l'habitude de trouver aux premiers rangs.
Illustrations :
'Kitty Kay' (Keppel, 2002) – le plus grand nombre de votes pour l'AM des TB en 2006
'Got Milk' (Aitken, 2002) – deuxième plus grand nombre de votes pour l'AM des TB en 2006
'Insaniac' (Johnson, 2012) - le plus grand nombre de votes pour l'AM des TB en 2016
'Strawberry Shake' (Keppel, 2011) - deuxième plus grand nombre de votes AM 2016
Ce que l'on constate, c'est que les noms des obtenteurs situés aux avant-postes sont peu nombreux, et toujours les mêmes. Certes il y a des noms qui disparaissent – naturellement par la mort de ceux qui les portent, mais quelquefois de façon plus inexplicable – mais ceux que l'on peut appeler les « ténors » restent en place pendant de nombreuses années. Ce sont ceux que j'ai baptisé les « privilégiés ». Ils sont peu nombreux et forment l'oligarchie qui règne sur le monde des iris, et les intrus dans cette coterie sont rares et généralement ne font qu'une brève et miraculeuse apparition.
Prenons pour exemple ce qui s'est passé en 2016 en comparaison avec les résultats de 2006.
Cette année, la DM a échappé aux TB puisque c'est un iris de Sibérie qui a été sacré, alors qu'en 2006 c'était 'Sea Power' (Keppel, 1998) qui l'avait emporté, et que 'Tom Johnson' (Black, 1996) était dans les nominés. A part cela, dans les autres listes (Wister Medal et Award of Merit) il n'y a de changement que pour quatre noms : quatre qui disparaissent et quatre « nouveaux ». Arrêtons nous un peu sur ces huit changements.
Les disparus concernent deux personnes décédées, Rick Ernst et Duane Meek ; une personne reconnue dans le domaine des iris médians plutôt que celui des grands iris : Marky Smith ; et un obtenteur spécialisé dans les « broken color » donc moins présent, mais qui figure toujours dans les listes, et en 2016 dans celle des nominés pour la DM : Brad Kasperek.
Les quatre nouveaux de 2016 se nomment :
John Painter. Cet hybrideur californien prend une place de plus en plus importante depuis une dizaine d'année ;
Barbara Nicodemus est véritablement une nouvelle hybrideuse qui est apparue sur le tard mais dont les obtentions font chaque fois sensation ;
Les Sutton, George -décédé – et Michael. Leurs superbes et éclatants iris polychromes ne passent jamais inaperçus et retiennent de plus en plus l'attention des juges.
On ne peut donc pas parler de véritable renouvellement. Ce sont toujours les mêmes ténors qui raflent toutes les médailles et presque toutes les places d'honneur.
Rick Tasco était deux fois présent en 2006, il l'est également deux fois en 2016.
Keith Keppel, le plus capé des hybrideurs, apparaît 11 fois en 2006 et encore quatre en 2016.
Joë Ghio, toujours un peu négligé par les juges, était là deux fois en 2006, pour cinq cette année.
Paul Black, qui semble se spécialiser désormais dans les SDB, était cité 3 fois en 2006 et reste cité 2 fois en 2016.
Frederick Kerr, le discret, continue son petit chemin avec deux apparitions en 2006 et une en 2016. Même constat pour Terry Aitken, une citation en 06, une en 16.
Il faut aussi dire un mot de quelques-uns qui ont un destin un peu particulier. Il s'agit de Tom Burseen, un texan pur jus, qui se fait remarquer par des variétés hors du commun mais pas toujours de bon goût, mais qui ont leurs hardis défenseurs, et de l'inoxydable famille Schreiner, longtemps au dessus du panier mais qui pendant quelques temps avait choisi de caresser son énorme clientèle bien conservatrice dans le sens du poil, et qui semble maintenant se rapprocher de la recherche de belles nouveautés et, par conséquent, du haut des listes de récompenses.
Les privilégiés ne constituent dont qu'une infime partie des centaines d'obtenteurs américains. Cela correspond-il à une réelle suprématie ou, au contraire, n'est-ce que l'effet d'un conformisme qui frapperait les juges appelés à faire un choix parmi les nombreuses (trop?) variétés qu'ils doivent apprécier ? Je pencherais, bien sûr, pour un mélange des deux. Parce qu'il est certain que les iris récompensés sont d'excellentes plantes et que leurs obtenteurs sont de remarquables professionnels, parce qu'il est bien possible aussi que les juges, à tout choisir, soient un peu influencés par la renommée des obtenteurs que l'on a l'habitude de trouver aux premiers rangs.
Illustrations :
'Kitty Kay' (Keppel, 2002) – le plus grand nombre de votes pour l'AM des TB en 2006
'Got Milk' (Aitken, 2002) – deuxième plus grand nombre de votes pour l'AM des TB en 2006
'Insaniac' (Johnson, 2012) - le plus grand nombre de votes pour l'AM des TB en 2016
'Strawberry Shake' (Keppel, 2011) - deuxième plus grand nombre de votes AM 2016
18.11.16
PORTRAITS
N'est-ce pas la meilleure manière de rendre hommage à tous ceux qui, depuis cent cinquante ans maintenant, font des iris hybrides ce qu'ils sont aujourd'hui, que de publier quelques photos de leurs œuvres ? Irisenligne dresse désormais un bref portrait de nombreux hybrideurs de tous pays et offre à ses lecteurs les plus belles images de leurs iris.
XXIV – Richard Cayeux
Il fait partie des plus grands hybrideurs actuels.Le nombre de ses obtentions est considérable et chacune mérite au moins un détour (comme on dit dans le Guide Michelin) ; Les nombreuses distinctions internationales qui lui ont été attribuées témoignent de ses talents. Il n'est pas facile de faire un choix, limité, de plus, à quatre photos, parmi toutes les excitantes réussites dont il nous a gratifié. Essayons d'en montrer qui sont parmi les moins connues...
'Sable Jaune' -IB - (2014)
'Prunelle' – IB - (2007)
'Val de Loire' (1998)
'Peau de Pêche' (2007)
XXIV – Richard Cayeux
Il fait partie des plus grands hybrideurs actuels.Le nombre de ses obtentions est considérable et chacune mérite au moins un détour (comme on dit dans le Guide Michelin) ; Les nombreuses distinctions internationales qui lui ont été attribuées témoignent de ses talents. Il n'est pas facile de faire un choix, limité, de plus, à quatre photos, parmi toutes les excitantes réussites dont il nous a gratifié. Essayons d'en montrer qui sont parmi les moins connues...
'Sable Jaune' -IB - (2014)
'Prunelle' – IB - (2007)
'Val de Loire' (1998)
'Peau de Pêche' (2007)
ECHOS DU MONDE DES IRIS
Altruisme
Il fut un temps où les hybrideurs savaient se montrer généreux. C'est cette qualité qu'on prête à de nombreux obtenteurs américains des années 1920/1930 comme David Hall, Paul Cook et bien d'autres. En ce temps là on n'hésitait pas à donner du pollen à celui qui souhaitait en faire usage pour son propre programme d'hybridation. Puis cette pratique c'est un peu perdue de vue. Concurrence, concurrence...
Je crois voir revenir cette attitude élégante et altruiste quand je constate, par exemple, que Barry Blyth laisse Roland Dejoux ou Bernard Laporte, en visite aux antipodes, réaliser leurs propres croisements parmi ses semis, que Stéphane Boivin a fait de même chez Keith Keppel et Tom Johnson ou que Paul Black a envoyé du pollen à Loïc Tasquier. Et j'ai en tête plusieurs cas semblables de coopération et d'entraide.
Notre monde que l'on dit sans pitié retrouverait-il le chemin du partage ?
Il fut un temps où les hybrideurs savaient se montrer généreux. C'est cette qualité qu'on prête à de nombreux obtenteurs américains des années 1920/1930 comme David Hall, Paul Cook et bien d'autres. En ce temps là on n'hésitait pas à donner du pollen à celui qui souhaitait en faire usage pour son propre programme d'hybridation. Puis cette pratique c'est un peu perdue de vue. Concurrence, concurrence...
Je crois voir revenir cette attitude élégante et altruiste quand je constate, par exemple, que Barry Blyth laisse Roland Dejoux ou Bernard Laporte, en visite aux antipodes, réaliser leurs propres croisements parmi ses semis, que Stéphane Boivin a fait de même chez Keith Keppel et Tom Johnson ou que Paul Black a envoyé du pollen à Loïc Tasquier. Et j'ai en tête plusieurs cas semblables de coopération et d'entraide.
Notre monde que l'on dit sans pitié retrouverait-il le chemin du partage ?
LE CADEAU DE 'LADY MOHR'
On ne parle plus guère de 'Lady Mohr' (Salbach, 1943). La principale raison de cet oubli tient au fait qu'on n'a jamais su dans quelle catégorie ranger cet iris. Son obtenteur l'a qualifié de « aril », mais le plus souvent on le traite comme un TB. C'est donc plutôt un iris « transgenre », exactement un croisement entre un grand iris et un hybride d'oncocyclus. De ce fait il comporte 45 chromosomes, ce qui en fait une variété tout à fait à part et pas forcément facile à utiliser en croisements. Son pedigree s'écrit (Alta California x King Midas) X Capitola. Le côté grand iris vient du couple (Alta California x King Midas), le côté Oncocyclus, c'est 'Capitola' – OB – (Reinelt, 1940) - (William Mohr x I. macrantha). 'Lady Mohr' a l'essentiel des traits d'un grand iris, mais on distingue bien ses origines aril à la couleur de sa barbe et de la tache sombre qu'il y a dessous. Une barbe sombre ! Voilà quelque chose qui excite beaucoup d'hybrideurs depuis près d'un siècle, mais qui est inaccessible sans les gènes d'aril. C'est pour cela que 'Lady Mohr' a été mis à profit dès son apparition sur le marché. Mais pourquoi avoir recours à cette variété intermédiaire plutôt qu'à 'Capitola' par exemple, qui comporte nettement la tache et les barbes sombres ? L'explication n'est pas évidente, mais il faut croire qu'il y a un problème car si certains ont croisé 'Capitola' avec un TB, notamment avec 'Snow Flurry', cela n'a jamais donné naissance à une variété inoubliable et, surtout, susceptible d'une descendance. En revanche, dans le domaine des arils, les croisements ont été nombreux et productifs. Si les croisements utilisant directement 'Capitola' se sont montrés frustrants, il a fallu ruser pour tenter d'obtenir sur des TB les fameuses barbes sombres. La ruse a consisté à utiliser un descendant de 'Capitola' plus maniable que la version originale ! C'est ce qu'à fait Melba Hamblen. Certes les barbes de cette 'Lady Mohr', d'un brun grisâtre, ont bien l'apparence désirée et le signal sombre se trouve bien sur le haut des sépales, mais tout de même ces traits sont fortement atténués. La chance a joué en faveur de Melba Hamblen, 'Lady Mohr' lui a fait un beau cadeau : la possibilité d'obtenir des TB à barbes sombres, celles qui apparaissent sur 'Evening Echo' (1977).
Le pedigree de 'Evening Echo' est le suivant : (Top of the World x (Azure Accent x Blue Crest)) X ((Courtesy x Lady Mohr) x (Swan Ballet x Marriott)).
'Top of the World' (Margaret Albright, 1959) est une sorte d'amoena inversé dont les barbes sont bleu ardoise ;
'Azure Accent' (Durrance 67), est un gris-bleu à barbes sombres qui lui viennent d’un parent aril, 'Arabi Pasha' ;
'Blue Crest' (Luzon Crosby, 1958) apporte le côté blanc qui provient de 'Swan Ballet' (Muhlestein, 1953 ) mais comporte aussi des barbes bleues foncées ;
'Courtesy' (Tompkins, 1950) est également un blanc à barbes bleues ;
quant à 'Marriott' (A. Marriott, 1958), (ainsi nommé en souvenir de la petite ville où Melba Hamblen est née et d'où est également originaire l'obtentrice Agnès Marriott !!), c'est un bleu pâle à barbes bleu vif.
En grande professionnelle qu'elle était, dans sa recherche de la barbe noire, Melba Hamblen avait pris toutes les garanties : les six variétés utilisées dans la généalogie de 'Evening Echo' présentent toutes des barbes foncées. Le résultat est à la mesure des dispositions prises pour y parvenir.
Une fois mises en place, ces barbes noires ont été exploitées par plusieurs obtenteurs : Melba Hamblen, bien sûr, avec 'Fontaine' (1989), qui tient aussi de 'Song of Norway', autre bleu pâle à barbes sombres, Sterling Innerst avec le fameux 'Codicil' (1985), bleu vif à barbes très foncées, et, surtout, Barry Blyth, en Australie. Avec 'Inca Queen' (1983) et 'Touch of Bronze' (1983), tous deux pourvus d'une longue liste de descendants, il a considérablement enrichi la grande famille des TB à barbes noires ou tout au moins foncées, comme en témoignent 'Hello Hobo' (Blyth 1988) ou 'Electrique' (Blyth 1993). Avec l'Intermédiaire 'Zing Me' (1990) il a aussi conquis celle des iris médians. Car ce 'Zing Me', descendant direct de 'Evening Echo', a acquis les traits arils de 'Lady Mohr' et les a transmis à ses propres descendants qui sont nombreux et dont certains ont acquis une célébrité méritée. Il en est ainsi du BB 'Lyrique' (Blyth, 1996), du SDB 'Death by Chocolate' (Bianco, 2001) ou du BB 'Bonjour' (Baumunk, 2008) qui vient de rater de peu la Knowlton Medal de 2016. C'est ainsi que Barry Blyth s'est taillé une place prépondérante dans le domaine des barbes sombres, dans toutes les catégories.
L'empreinte laissée par 'Lady Mohr', sensible chez les descendants de 'Evening Echo', est spécialement apparente chez les iris médians, mais elle fait aussi les beaux jours de bien des grands iris, et c'est ainsi tout le monde des iris qui doit dire à 'Lady Mohr' merci pour son beau cadeau.
Illustrations :
'Lady Mohr'
'Evening Echo'
'Top of the World'
'Marriott'
'Zing Me'
'Lyrique'
Le pedigree de 'Evening Echo' est le suivant : (Top of the World x (Azure Accent x Blue Crest)) X ((Courtesy x Lady Mohr) x (Swan Ballet x Marriott)).
'Top of the World' (Margaret Albright, 1959) est une sorte d'amoena inversé dont les barbes sont bleu ardoise ;
'Azure Accent' (Durrance 67), est un gris-bleu à barbes sombres qui lui viennent d’un parent aril, 'Arabi Pasha' ;
'Blue Crest' (Luzon Crosby, 1958) apporte le côté blanc qui provient de 'Swan Ballet' (Muhlestein, 1953 ) mais comporte aussi des barbes bleues foncées ;
'Courtesy' (Tompkins, 1950) est également un blanc à barbes bleues ;
quant à 'Marriott' (A. Marriott, 1958), (ainsi nommé en souvenir de la petite ville où Melba Hamblen est née et d'où est également originaire l'obtentrice Agnès Marriott !!), c'est un bleu pâle à barbes bleu vif.
En grande professionnelle qu'elle était, dans sa recherche de la barbe noire, Melba Hamblen avait pris toutes les garanties : les six variétés utilisées dans la généalogie de 'Evening Echo' présentent toutes des barbes foncées. Le résultat est à la mesure des dispositions prises pour y parvenir.
Une fois mises en place, ces barbes noires ont été exploitées par plusieurs obtenteurs : Melba Hamblen, bien sûr, avec 'Fontaine' (1989), qui tient aussi de 'Song of Norway', autre bleu pâle à barbes sombres, Sterling Innerst avec le fameux 'Codicil' (1985), bleu vif à barbes très foncées, et, surtout, Barry Blyth, en Australie. Avec 'Inca Queen' (1983) et 'Touch of Bronze' (1983), tous deux pourvus d'une longue liste de descendants, il a considérablement enrichi la grande famille des TB à barbes noires ou tout au moins foncées, comme en témoignent 'Hello Hobo' (Blyth 1988) ou 'Electrique' (Blyth 1993). Avec l'Intermédiaire 'Zing Me' (1990) il a aussi conquis celle des iris médians. Car ce 'Zing Me', descendant direct de 'Evening Echo', a acquis les traits arils de 'Lady Mohr' et les a transmis à ses propres descendants qui sont nombreux et dont certains ont acquis une célébrité méritée. Il en est ainsi du BB 'Lyrique' (Blyth, 1996), du SDB 'Death by Chocolate' (Bianco, 2001) ou du BB 'Bonjour' (Baumunk, 2008) qui vient de rater de peu la Knowlton Medal de 2016. C'est ainsi que Barry Blyth s'est taillé une place prépondérante dans le domaine des barbes sombres, dans toutes les catégories.
L'empreinte laissée par 'Lady Mohr', sensible chez les descendants de 'Evening Echo', est spécialement apparente chez les iris médians, mais elle fait aussi les beaux jours de bien des grands iris, et c'est ainsi tout le monde des iris qui doit dire à 'Lady Mohr' merci pour son beau cadeau.
Illustrations :
'Lady Mohr'
'Evening Echo'
'Top of the World'
'Marriott'
'Zing Me'
'Lyrique'
11.11.16
PORTRAITS
N'est-ce pas la meilleure manière de rendre hommage à tous ceux qui, depuis cent cinquante ans maintenant, font des iris hybrides ce qu'ils sont aujourd'hui, que de publier quelques photos de leurs œuvres ? Irisenligne dresse un bref portrait de nombreux hybrideurs de tous pays et offrir à ses lecteurs les plus belles images de leurs iris.
XXIII – Bernard Hamner
Bernard Hamner fait partie de ces hybrideurs nés dans les années 1910 qui ont eu une particulière importance dans la création des iris que nous connaissons maintenant. Pourtant ce personnage discret et religieux n’est jamais apparu au premier plan, il n’a jamais brillé dans les cercles du petit monde des iris en dépit d’un travail dont chacun s’accorde aujourd’hui à reconnaître l’importance. Mais ce petit monde n'est pas rancunier et il lui a accordé en 1992 l' « American Iris Society Hybridiser Award ». Parmi les nombreuses variétés qu'il a enregistrées, il en existe beaucoup qui ont présenté des qualités que n’ont pas manqué de remarquer ses confrères et que les amateurs d’iris ont appréciées. On peut même dire que 'Wild Jasmine', variegata autant que plicata, est un des piliers de l'iridophilie moderne.
'Crowd Pleaser' (1983)
'Heather Blush' (1976)
'Purple Pirouette' (1988)
'Zestful Miss' (BB, 1994)
XXIII – Bernard Hamner
Bernard Hamner fait partie de ces hybrideurs nés dans les années 1910 qui ont eu une particulière importance dans la création des iris que nous connaissons maintenant. Pourtant ce personnage discret et religieux n’est jamais apparu au premier plan, il n’a jamais brillé dans les cercles du petit monde des iris en dépit d’un travail dont chacun s’accorde aujourd’hui à reconnaître l’importance. Mais ce petit monde n'est pas rancunier et il lui a accordé en 1992 l' « American Iris Society Hybridiser Award ». Parmi les nombreuses variétés qu'il a enregistrées, il en existe beaucoup qui ont présenté des qualités que n’ont pas manqué de remarquer ses confrères et que les amateurs d’iris ont appréciées. On peut même dire que 'Wild Jasmine', variegata autant que plicata, est un des piliers de l'iridophilie moderne.
'Crowd Pleaser' (1983)
'Heather Blush' (1976)
'Zestful Miss' (BB, 1994)
ECHOS DU MONDE DES IRIS
La beauté des iris.
Peu de temps avant qu'il ne meure, Lech Komarnicki m'avait demandé une traduction en français d'une introduction de chaque chapitre d'un beau livre qu'il préparait et qui devait s'intituler « La Beauté des Iris » (en polonais « Pięknow Irysów »). Il est malheureusement décédé avant d'avoir pu mettre la dernière main à son projet. Heureusement son fils et le commanditaire(1) de l'ouvrage ont tenu à ce que ce livre soit néanmoins édité. Il vient de paraître et c'est quelque chose de fort beau : 250 pages de magnifiques photographies de toutes les catégories d'iris. Une dernière relecture des textes aurait permis d'éliminer quelques petites erreurs ou coquilles, mais cela n'est pas rédhibitoire car l'important ce sont les images.
Aux amis français des iris, je propose qu'ils me fassent savoir s'ils sont intéressés par l'acquisition de ce grand et beau livre. Il coûte 15€ plus les frais de port. C'est donné !
(1) Arboretum i Zakład Fizjografii w Bolestraszycach - Przemyśl
Peu de temps avant qu'il ne meure, Lech Komarnicki m'avait demandé une traduction en français d'une introduction de chaque chapitre d'un beau livre qu'il préparait et qui devait s'intituler « La Beauté des Iris » (en polonais « Pięknow Irysów »). Il est malheureusement décédé avant d'avoir pu mettre la dernière main à son projet. Heureusement son fils et le commanditaire(1) de l'ouvrage ont tenu à ce que ce livre soit néanmoins édité. Il vient de paraître et c'est quelque chose de fort beau : 250 pages de magnifiques photographies de toutes les catégories d'iris. Une dernière relecture des textes aurait permis d'éliminer quelques petites erreurs ou coquilles, mais cela n'est pas rédhibitoire car l'important ce sont les images.
Aux amis français des iris, je propose qu'ils me fassent savoir s'ils sont intéressés par l'acquisition de ce grand et beau livre. Il coûte 15€ plus les frais de port. C'est donné !
(1) Arboretum i Zakład Fizjografii w Bolestraszycach - Przemyśl
RENDEZ-VOUS À MOSCOU
Deuxième partie.
Encore une razzia américaine en 2004, avec en un 'Fogbound' (Keppel, 1998), en deux 'Sweet Ambrosia' (Ragle, 2002) et en trois 'Aardvark Lark' (P. Black, 2002). Si 'Fogbound' est parfaitement connu, les deux autres sont plus anecdotiques. 'Sweet Ambrosia' s'apparente, question coloris, à 'Opal Brown' cité ci-dessus, en amoena abricot ; 'Aardvark Lark', prisé aux USA, mais peu connu en France, est un variegata orangé/amarante, très joli. Sébastien Cancade, l'ardéchois, l'a dans sa collection.
L'exercice 2005 enregistre un succès complet pour Richard Ernst. Ce résultat est exceptionnel et n'aurait certainement pas pu se produire en Amérique où Ernst souffrait d'un ostracisme jamais précisément expliqué. Le premier est 'Good Thing' (2001), le second 'Smokin'' (2001), le troisième 'Whispering Spirits' (2001). Trois variétés remarquables : les récompenses sont méritées et réparent, en quelque sorte, une regrettable injustice.
Retour à la case départ en 2006 avec la première place de 'Lestnitsa V Nebo' (Loktev, 2003), qui est un amoena bleu assez banal, mais peut-être joliment branché. Son second, 'Light and Shadow' (P. Black, 2002) est un néglecta indigo avec un gros spot blanc sous les barbes : une fleur bien classique, mais signée Black ce qui signifie bien sous tous rapports.
Paul Black est encore à l'honneur en 2007 puisqu'il place deux iris dans les trois premiers. 'Don't Touch' (2002) l'emporte devant l'australien 'Twirl the Kilt' ( B. Blyth, 2001) et l'autre Black, 'Chuckwagon' (2001). 'Don't Touch' est un violet moyen, 'Chuckwagon' un amoena améthyste, bien apprécié en Amérique, et 'Twirl the Kilt', premier Blyth a se signaler dans cette compétition, un bicolore pas facile à décrire, jaune orangé aux pétales, rose pourpré aux sépales.
Encore un succès total pour les iris américains en 2008. C'est Richard Ernst qui a le pompon grâce à 'Realist' (2004), devant deux variétés du couple Anna et David Cadd, 'Italian Ice' (2000) et 'Black Mercury' (2003). 'Italian Ice' est une glace à la vanille, qui a eu beaucoup de succès partout où il a été présenté, 'Black Mercury' est un majestueux descendant de 'Titan's Glory'. Quant au vainqueur, 'Realist', c'est un néglecta mauve impeccable.
En 2009 Sergeï Loktev remporte son second succès (sur quatre au total) et rassure les Russes sur leur aptitude à contrer les américains. 'Henri Bergson' (Loktev, 2005) se signale par l'élégance de sa forme et la fraîcheur de son coloris bleu clair. 'Alaska Country' (2005), comme son nom le laisse supposer, offre des fleurs blanches à barbes jaune primevère. La troisième place est revenue à 'Reversi' (M. Sutton, 2005), un des plus beaux amoenas inversés qu'on puisse trouver.
Cocorico !, en 2010, c'est 'Ravissant' (R. Cayeux, 2005) qui reçoit le premier prix. Une récompense bien méritée pour l'une des plus charmantes obtentions de Richard Cayeux de ces dernières années, déjà Florin d'Or à Florence l'année précédente. Le second cette année-là fut 'High Chaparral' (Schreiner, 2005), variegata très apprécié, devenu l'une des vedette de l'illustre maison de Salem. La troisième place est allée à 'Somerset Moem' (Loktev, 2007), le régional de l'étape.
'Money in your Pocket' (P. Black, 2007), magistral bleu ourlé de blanc, a pris la plus haute marche du podium en 2011. 'Mandarin Morning', (Blyth, 2007), variegata bien contrasté, s'est installé sur le deuxième marche ; tandis qu'un outsider, 'Lani Hoko' (Hedgecock, 2008), jaune et blanc du type Joyce Terry, est arrivé troisième.
2012 fut une année très exceptionnelle puisque seul 'Eramosa Ridge' (Chapman, 2009) a réussi a être compétitif au bon moment. Et comme 2013 a connu la farce décrite au début de cet article, on passe directement à 2014. Ce fut une année franchement russe, avec la victoire de 'Chto Yest Krasota' (Loktev. 2009), violet archevêque, devant 'Andreï Sakharov' (Loktev, 2008), amoena inversé très pâle, et 'Taynoye Chuvstvo' (Volfovitch-Moler, 2009).
On arrive à 2015, qui fut une année où la qualificatif d'international n'a jamais été aussi bien porté puisque le premier prix a honoré Anton Mego – Slovaquie – pour 'Bratislavan Prince' (2009), amoena typique de la production Mego, le deuxième prix 'Il Mare in Inverno', délicat bleu pâle de Lorena Montanari – Italie- et le troisième 'Sumchanka' de Svetlana Yakovchuk – Ukraine -, premier rose pêche à figurer au classement.
Le résultat de 2016 marque un nouveau triomphe de Sergeï Loktev, avec 'Island of Luck' (Loktev, 2011), devant 'Just a Dream' (Loktev, 2010).
La compétition russe figure maintenant dans l'agenda de tous les grands hybrideurs, ce qui la place parmi les grandes rencontres de ce type. Elle a donc atteint le but que ses créateurs s'étaient fixé : stimuler l'hybridation et récompenser les meilleures variétés d'iris de jardin.
Illustrations :
'Lestnitsa V Nebo'
'Chto Yest Krasota'
'Eramosa Ridge'
'Sumchanka'
Encore une razzia américaine en 2004, avec en un 'Fogbound' (Keppel, 1998), en deux 'Sweet Ambrosia' (Ragle, 2002) et en trois 'Aardvark Lark' (P. Black, 2002). Si 'Fogbound' est parfaitement connu, les deux autres sont plus anecdotiques. 'Sweet Ambrosia' s'apparente, question coloris, à 'Opal Brown' cité ci-dessus, en amoena abricot ; 'Aardvark Lark', prisé aux USA, mais peu connu en France, est un variegata orangé/amarante, très joli. Sébastien Cancade, l'ardéchois, l'a dans sa collection.
L'exercice 2005 enregistre un succès complet pour Richard Ernst. Ce résultat est exceptionnel et n'aurait certainement pas pu se produire en Amérique où Ernst souffrait d'un ostracisme jamais précisément expliqué. Le premier est 'Good Thing' (2001), le second 'Smokin'' (2001), le troisième 'Whispering Spirits' (2001). Trois variétés remarquables : les récompenses sont méritées et réparent, en quelque sorte, une regrettable injustice.
Retour à la case départ en 2006 avec la première place de 'Lestnitsa V Nebo' (Loktev, 2003), qui est un amoena bleu assez banal, mais peut-être joliment branché. Son second, 'Light and Shadow' (P. Black, 2002) est un néglecta indigo avec un gros spot blanc sous les barbes : une fleur bien classique, mais signée Black ce qui signifie bien sous tous rapports.
Paul Black est encore à l'honneur en 2007 puisqu'il place deux iris dans les trois premiers. 'Don't Touch' (2002) l'emporte devant l'australien 'Twirl the Kilt' ( B. Blyth, 2001) et l'autre Black, 'Chuckwagon' (2001). 'Don't Touch' est un violet moyen, 'Chuckwagon' un amoena améthyste, bien apprécié en Amérique, et 'Twirl the Kilt', premier Blyth a se signaler dans cette compétition, un bicolore pas facile à décrire, jaune orangé aux pétales, rose pourpré aux sépales.
Encore un succès total pour les iris américains en 2008. C'est Richard Ernst qui a le pompon grâce à 'Realist' (2004), devant deux variétés du couple Anna et David Cadd, 'Italian Ice' (2000) et 'Black Mercury' (2003). 'Italian Ice' est une glace à la vanille, qui a eu beaucoup de succès partout où il a été présenté, 'Black Mercury' est un majestueux descendant de 'Titan's Glory'. Quant au vainqueur, 'Realist', c'est un néglecta mauve impeccable.
En 2009 Sergeï Loktev remporte son second succès (sur quatre au total) et rassure les Russes sur leur aptitude à contrer les américains. 'Henri Bergson' (Loktev, 2005) se signale par l'élégance de sa forme et la fraîcheur de son coloris bleu clair. 'Alaska Country' (2005), comme son nom le laisse supposer, offre des fleurs blanches à barbes jaune primevère. La troisième place est revenue à 'Reversi' (M. Sutton, 2005), un des plus beaux amoenas inversés qu'on puisse trouver.
Cocorico !, en 2010, c'est 'Ravissant' (R. Cayeux, 2005) qui reçoit le premier prix. Une récompense bien méritée pour l'une des plus charmantes obtentions de Richard Cayeux de ces dernières années, déjà Florin d'Or à Florence l'année précédente. Le second cette année-là fut 'High Chaparral' (Schreiner, 2005), variegata très apprécié, devenu l'une des vedette de l'illustre maison de Salem. La troisième place est allée à 'Somerset Moem' (Loktev, 2007), le régional de l'étape.
'Money in your Pocket' (P. Black, 2007), magistral bleu ourlé de blanc, a pris la plus haute marche du podium en 2011. 'Mandarin Morning', (Blyth, 2007), variegata bien contrasté, s'est installé sur le deuxième marche ; tandis qu'un outsider, 'Lani Hoko' (Hedgecock, 2008), jaune et blanc du type Joyce Terry, est arrivé troisième.
2012 fut une année très exceptionnelle puisque seul 'Eramosa Ridge' (Chapman, 2009) a réussi a être compétitif au bon moment. Et comme 2013 a connu la farce décrite au début de cet article, on passe directement à 2014. Ce fut une année franchement russe, avec la victoire de 'Chto Yest Krasota' (Loktev. 2009), violet archevêque, devant 'Andreï Sakharov' (Loktev, 2008), amoena inversé très pâle, et 'Taynoye Chuvstvo' (Volfovitch-Moler, 2009).
On arrive à 2015, qui fut une année où la qualificatif d'international n'a jamais été aussi bien porté puisque le premier prix a honoré Anton Mego – Slovaquie – pour 'Bratislavan Prince' (2009), amoena typique de la production Mego, le deuxième prix 'Il Mare in Inverno', délicat bleu pâle de Lorena Montanari – Italie- et le troisième 'Sumchanka' de Svetlana Yakovchuk – Ukraine -, premier rose pêche à figurer au classement.
Le résultat de 2016 marque un nouveau triomphe de Sergeï Loktev, avec 'Island of Luck' (Loktev, 2011), devant 'Just a Dream' (Loktev, 2010).
La compétition russe figure maintenant dans l'agenda de tous les grands hybrideurs, ce qui la place parmi les grandes rencontres de ce type. Elle a donc atteint le but que ses créateurs s'étaient fixé : stimuler l'hybridation et récompenser les meilleures variétés d'iris de jardin.
Illustrations :
'Lestnitsa V Nebo'
'Chto Yest Krasota'
'Eramosa Ridge'
'Sumchanka'
4.11.16
ECHOS DU MONDE DES IRIS
Iris Bewertung München
Avec beaucoup de retard, les résultats du Concours de Munich viennent d'être publiés.
Médaille d'or : 'Traute's Blue' (H. Moos, 2003)
Médaille d'argent : semis 0950A (M. Bersillon, NR)
Médaille de bronze : semis KB2 (K. Burkhardt, NR)
Harald Moos doit être, avec Manfred Beer, l'obtenteur allemand le plus titré. Ce 'Traute's Blue' est une variété bleue tout à fait méritante. Quant à Michelle Bersillon, elle s'est déjà plusieurs fois distinguée dans la compétition munichoise, cette nouvelle place d'honneur est une belle récompense pour une obtentrice qui travaille sur un espace minuscule et avec un nombre d'obtentions forcément restreint. Klaus Burkhardt est un nouveau venu dans le monde des hybrideurs.
A partir de cette année la distinction entre variétés allemandes et variétés étrangères est abandonnée. Je trouve cela beaucoup mieux.
Avec beaucoup de retard, les résultats du Concours de Munich viennent d'être publiés.
Médaille d'or : 'Traute's Blue' (H. Moos, 2003)
Médaille d'argent : semis 0950A (M. Bersillon, NR)
Médaille de bronze : semis KB2 (K. Burkhardt, NR)
Harald Moos doit être, avec Manfred Beer, l'obtenteur allemand le plus titré. Ce 'Traute's Blue' est une variété bleue tout à fait méritante. Quant à Michelle Bersillon, elle s'est déjà plusieurs fois distinguée dans la compétition munichoise, cette nouvelle place d'honneur est une belle récompense pour une obtentrice qui travaille sur un espace minuscule et avec un nombre d'obtentions forcément restreint. Klaus Burkhardt est un nouveau venu dans le monde des hybrideurs.
A partir de cette année la distinction entre variétés allemandes et variétés étrangères est abandonnée. Je trouve cela beaucoup mieux.
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