9.6.17

CE N'EST PAS LA PREMIÈRE FOIS...

De nouveau une chronique d'Irisenligne débutera par une allusion musicale. « Ce n'est pas la première fois » est la phrase par laquelle commence un air de l'opérette « Coup de Roulis ». Un air qui est aussi une déclaration d'amour, troussée avec le talent que l'on connaît à André Messager. Cette fois ce ne sera pas une déclaration d'amour qui suscitera le titre emprunté, mais une prudente mise en garde issue des réflexions de Keith Keppel. Celui-ci en a fait le thème d'un des articles qu'il publie régulièrement sur Facebook. En voici la traduction publiée avec l'assentiment de l'auteur.

"La première fois que fleurissent de nouveaux semis, il y en a 5% à 10% qui sont mis de côté pour être examinés une autre fois ; le reste s'en va à la décharge. L'exception concerne quelque chose qui n'a pas fleuri mais qui provient d'un croisement particulièrement difficile à réaliser, ou qui provientd'un croisement qui a engendré un fort pourcentage de « bons à prendre ». Celui qui est illustré ici, 14-34B, de ((Drama Queen x Tuscan Summer) X Vista Point), a été conservé à cause de la forte tache jaune au centre des sépales. 

Lors de la première floraison il s'est montré en dessous du standard en terme de branchement et de hauteur, et sa forme n'était pas aussi large qu'il aurait fallu au niveau des épaules (l'angle de prise de vue de la photo masque ce défaut). La question est : « qu'est-ce qu'il donnerait s'il avait la place de se développer une fois établi ? » On lui donne donc deux ans pour prouver ce dont il est capable avant le prochain tour d'élimination. 

Une observation : des semis qui sont éventuellement nommés et enregistrés, la plupart ne sont pas ceux qui ont attiré l'attention lors de la première floraison. Ce sont plutôt ceux qui relèvent du deuxième choix, qui font leur preuve avec l'âge et démontrent leur valeur en tant que plantes de jardin, qui sont finalement choisis. Ceux qui frappent à première vue souvent ne seront qu'un feu de paille, quand les espoirs que vous mettiez en eux auront fait pschitt ! Ne jamais partir avant le signal et baptiser quelque chose sur la base de la première floraison !"

Les amateurs d'iris que nous sommes ont en effet remarqué qu'une plante qui n'en est qu'à sa première floraison dans nos jardins ne préfigure pas forcément ce qu'elle donnera dès la seconde année et encore moins les qualités (ou les défauts) qu'elle montrera au bout de trois ans. Dans les concours internationaux comme le Premio Firenze, les iris sont cultivés trois ans avant d'être appréciés. Au début de FRANCIRIS© il en était de même, mais des contingences propres au lieu d'organisation ont contraint le staff de la SFIB à limiter à deux ans le temps de culture préalable. Grâce aux soins méticuleux des jardiniers du Parc Floral de Vincennes les iris s'y présentent suffisamment bien pour que la compétition y soit équitable. Mais je persiste à penser qu'une troisième année aurait donné des résultats encore meilleurs.

On fait donc avec des végétaux transplantés le même constat que celui de Keppel avec des variétés nouvelles. Les iris aiment à prendre leur temps pour s'installer. La première année ils doivent surmonter le choc de la transplantation. Il leur faut développer leur système racinaire et tant que celui-ci n'est pas suffisant ils n'auront pas la force de fabriquer des fleurs achevées (forme, taille, nombre, durée de floraison). Parfois ils réussissent à présenter des fleurs séduisantes, mais c'est en général au détriment de la vigueur de la plante, de son aptitude à résister aux éléments aggresseurs, et bien souvent la seconde floraison pâtira de cette hâte. Prenons le cas des iris en provenance de l'hémisphère sud qui arrivent chez nous au printemps : Aussitôt plantés ils vont ressentir les effets de la belle saison (durée d'ensoleillement, température...) et vont souvent fleurir quelques semaines après leur transplantation. La floraison peut être belle mais le plus souvent elle donnera des signes d'insuffisance. L'année suivante les plantes seront bien acclimatées et elles fleuriront normalement. Il ne faut pas perdre de vue que la floraison exige de la plante une quantité exceptionnelle d'énergie, et ce qui aura été consommé pour aboutir à l'anthèse pourra venir à manquer pour le reste.

Lorsqu'il s'agit de semis nouveaux, la situation est la même et Keppel l'explique très bien. J'en ai personnellement fait l'expérience. Je ne suis qu'un tout petit hybrideur amateur, cependant, pour m'en tenir aux trois seules variétés que j'ai enregistrées, j'ai constaté des comportements différents : parmi ces trois iris, deux ont été intéressants dès leur première floraison, il s'agit de 'Kir' et de 'Zone d'Ombre', mais le troisième, 'Mauvais Genre' a attendu sa deuxième année pour donner tout ce qu'il pouvait. La première fois il s'est montré d'une banalité absolue et j'ai été tenté de l'écarter comme tous ses frères de semis. Il était cependant un peu moins moche que ses frères et c'est ce qui l'a sauvé !

Ce genre de comportement doit être pris en compte par tous ceux qui hybrident, qu'ils soient professionnels ou simplement amateurs comme moi. Suivons donc les conseils de Keith Keppel et gardons-nous de nous enthousiasmer pour une fleur nouvelle qui fait illusion ou de rejeter un cultivar qui ne demande qu'un peu de temps pour se montrer sous son meilleur jour.

 Iconographie : 


Semis 14-34B 


'Kir' 


'Zone d'Ombre' 


'Mauvais Genre'

2.6.17

LES TROPHÉES

Emprunter le titre de ce feuilleton à José-Maria de Hérédia me paraît tout à fait adapté pour mettre en valeur les variétés d'iris considérées comme les meilleures de ces vingt dernières années. Ce sont des iris qui méritent bien les trophées qu'ils ont remportés.
Nous en avons vu quatre par semaine. La semaine prochaine : nouveau feuilleton.

XX – 2016 

Médaille de Dykes = 'Swans in Flight' (SIB, Hollingworth, 2006) 


Wister Medal (TB) = 'Sharp Dressed Man' (T. Johnson, 2010) 


Whalter Cup (HM+) = 'Good Morning Sunshine' (T. Johnson, 2013) 


CIS Iris Competition Moscow = 'Island of Luck' (Loktev, 2011)

UN FOU D'IRIS

C'était il y a bientôt vingt ans. Un soir d'hiver, alors que toute la famille est réunie pour fêter Noël, je reçois un appel téléphonique en anglais :
« Bonsoir Sylvain. Je suis à la gare de Tours, j'attends un train pour m'emmener à Bordeaux. Pourrions-nous nous voir ? » 
C'était Sergeï Loktev, en voyage en France, solitaire et un peu malheureux. Il était en route pour aller rendre visite à Lawrence Ransom. Rien ne l'avait retenu, ni la proximité des Fêtes, ni les jours trop courts, ni la dépense énorme. Il voyageait comme un chemineau, s'arrêtant dans une gare pour passer la nuit dans la salle d'attente... Rien ne l'arrêtait, rien ne pouvait l'éloigner de son rêve : les iris.

J'avais fait sa connaissance peu auparavant, alors que je cherchais à diversifier ma collection d'iris avec des variétés hors du commun. Il venait de créer la Société Russe des Iris, dont le nom faisait alors allusion à la Communauté des Etats Indépendants, créée par Gorbatchev sur les ruines de l'empire soviétique. Il était pratiquement seul, dans un pays en plein chaos, où les gens se préoccupaient plus de leur avenir que de leur jardin, à abandonner tout pour se consacrer aux iris ! Car c'est ce qu'il venait de faire : il avait liquidé le garage dont il avait hérité et qui le faisait vivre, pour s'adonner sans partage à son unique passion. Dieu seul sait par quelles combines il avait réussi à réunir suffisamment d'argent pour se procurer les papiers nécessaires à sa sortie de l'URSS, le prix d'un AR Moscou-Paris par l'Aeroflot, et un peu de monnaie pour les billets de train et de quoi manger... Comme un clochard ou un chercheur d'or en route pour le Klondike, il visitait tout ce que la France pouvait avoir d'amateurs et de producteurs d'iris.

Toujours par des moyens hasardeux et compliqués il s'est procuré des variétés récentes américaines, australiennes et françaises, et il s'est lancé dans l'hybridation, créant de nouveaux iris avec une frénésie incroyable et enregistrant par dizaines chaque année ses diverses obtentions.

Il a acquis ainsi une certaine renommées. Chacun le prenant pour un doux dingue, mais reconnaissant que parmi ses milliers de semis il y avait quelques variétés qui valaient la peine. Peu à peu il s'est creusé une place dans le petit monde des iris et, avec l'extraordinaire énergie qu'il mettait en œuvre, il a rassemblé autour de lui une brassée d'iridophiles venant de tout l'ex-empire soviétique, tout aussi enthousiastes que lui, qui ont, en quelques années, placé leurs pays parmi les grandes nations de l'irisdom.

Parvenu à être connu et apprécié, et disposant d'un petit peu de ressources matérielles, il a pu se rendre aux Etats-Unis -peut-être même en Australie, mais je n'en suis pas certain – puis participer comme juge international au Concours de Florence et à FRANCIRIS. Il a partout laissé un souvenir inoubliable. Sa petite silhouette surmontée d'une crinière à la lionne circulait dans les jardins, toujours solitaire, s'égarant dans les villes, mais réussissant néanmoins à être présente aux moments essentiels. Sa conversation était rare et brève, ses gestes délicats, ses attitudes mystérieuses. Mais on découvrait à l'occasion une intelligence pointue et une culture étendue, tant littéraire que scientifique.

SergeÏ Loktev était à la fois un poète romantique et un « mâle alpha », une personnalité complexe, un être à la fois éloigné des contingences terrestres, et sachant agir avec ténacité pour arriver à ses fins. Les misères de notre monde l'ont rattrapé. Elles l'ont emporté vers les étoiles, celles où se trouvent les plus merveilleux des iris.

Iconographie : 



Portrait de Sergeï Nikolaievitch Loktev

Quelques-uns de ses iris dédiés à de grands écrivains :


    - Edgar Poë 


    - Henrik Ibsen 


    - Remarque 


    - Stefan Tsweig

FRANCIRIS 2017

La semaine dernière s'est déroulé le concours FRANCIRIS 2017, au Parc Floral de la Ville de Paris, en présence d'un public nombreux et intéressé. L'organisation était impeccable, tout comme la tenue de l'espace consacré à la manifestation. Le temps s'est montré clément, ce qui n'est pas toujours le cas en cette saison.

 Un visiteur un peu averti constatait dès son arrivée « sur zone » que les iris présents présentaient d'importantes différences de végétation. Quelques touffes opulentes voisinaient avec des plantes chétives et, en général, assez peu développées. L'impression était bien différentes de celle ressentie en 2015 au même endroit et dans les mêmes circonstances. Plusieurs raison ont été avancées pour xpliquer cette situation. La plus vraisemblable est, à mon avis, le fait que les variétés en compétition, ont été mises en terre à l'automne 2015, aussitôt après le retrait des iris concourant pour FRANCIRIS 2015, sans que soit modifié profondément le sol de leur implantation. Les iris n'aiment pas s'installer dans les aîtres d'autres iris.

Ce bémol n'a pas empêché le jury international de faire son travail, et même celui-ci a été un peu compliqué par le fait qu'aucune variété en état d'être jugée ne s'élevait vraiment au-dessus du lot. Le résultat, dans ces conditions, ne pouvait qu'être serré et, sans doute, discutable. De plus le jury a choisi non pas de travailler individuellement comme c'est le cas en général dans les concours de ce genre, avec une compilation finale des notes attribuées par chaque juge, mais d'examiner collégialement les variétés en compétition et d'attribuer une note unique à chacune. Ce système a ses avantages, notamment au moment de la compilation des avis et l'attribution des récompenses, mais il ne laisse guère de place pour la réflexion ...et le repentir.

On ne sait pas si c'est ce qui s'est passé, toujours est-il que les résultats affichés ont été, pour le moins, controversés. L'attribution du premier prix à la variété 'Chachar' (Seidl, 2013) a notamment surpris pas mal de monde. En témoignent quelques commentaires recueillis ici ou là sur Facebook :

« Je n'ai pas vu arriver cet iris et je dirai que personne (des personnes que j'ai côtoyées) n'a vu cet iris comme un potentiel bien classé. 
Cet iris présente des qualités mais aussi des défauts majeurs : il n'est pas florifère : 4 hampes pour 30 rhizomes ; 
Le branchement est plutôt vers le haut ; 
les pétales ont tendance à s'ouvrir. 

Ses atouts :
 un très bon développement ; 
un feuillage bien vert qui n’empêche pas des traces d'hétérosporiose ; 
 des sépales aériens. » 

 D'une façon plus générale, voici d'autres commentaires :
 « Beaucoup des iris du concours donnaient une impression de déjà vu. Je me disais que si un bon iris des années 80 s'était glissé subrepticement parmi les variétés mises au concours il aurait pu remporter le 1er prix. » 
  « Il faudrait au niveau de l'AIS réfléchir au barème pour accorder plus de place aux qualités de la fleur et à la nouveauté. »

 Le Président de la SFIB a, en outre, précisé :
« Nous avons demandé que la terre soit changée avant l'installation du concours 2019. Nous demanderons aussi un apport d'engrais organique qui semble être utilisé sur les autres concours européens. » 

Toutes ces observations ont l'avantage de démontrer l'intérêt suscité par ce concours et par ses résultats. Voici le palmarès :

1er : 'Chachar' (Zdenek Seidl, 2013) 
2e : 'High Desert' (Keith Keppel, 2014) 
3e : 'Midnight Velvet' (Tom Johnson, 2013) 
3e ea : semis Mego 06-2155-2 
5e : 'Blackbird Tears (Steve Poole, 2014) 
6e : 'Cigarillo' (Richard Cayeux, 2014) 
7e : 'Me Pizzica' (Augusto Bianco, 2017 ) 
8e : 'Outcaste' (Marky Smith, 2010/2015) 
9e : 'Swedish Lullaby' (Keith Keppel, 2015) 
10e : semis J.L. Rémy n° 157 G 

 En dehors du premier prix dont les mérites ont été discutés ci-dessus, les 2e et 5e ont également suscité la controverse. Le n° 2, 'High Desert', présentait une anomalie qui lui a coûté la victoire : sur chaque sépale, en bas à gauche, il y avait une sorte de faux pli, quelque fois enkysté. Cette anomalie se remarque également sur la photo ci-dessous, prise aux Etats-Unis ! La variété classée cinquième a été considérée par beaucoup comme entachée de plusieurs défauts majeurs, le moindre n'étant pas le fait que ses fleurs présentent une disproportion entre la taille de sépales, larges et étalés, et celle des pétales, courts et ouverts ; en quelque sorte une amorce de « flatty »...

Beaucoup de discussions, donc, autour de ce concours. Mais qu'on se rassure, d'âpres échanges ont également eu lieu cette année à Florence à l'énoncé du palmarès ! Dans les courses cyclistes, les arrivées « dans un mouchoir » sont toujours les plus dangereuses. Il en est apparemment de même dans les compétitions d'iris.

 Iconographie : 


 'Chachar' 


'High Desert' 


'Midnight Velvet' 


'Me Pizzica' 


'Outcaste' 


semis Rémy n° 157 G

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Une autre cruelle disparition. 

J'apprends avec une réelle émotion la disparition de Jean Cayeux. J'avais pour cet homme jovial et cet habile hybrideur beaucoup de sympathie. Il a été de la troisième génération dans la dynastie Cayeux qui en est maintenant à la cinquième. Son plus important succès a sans aucun doute été 'Condottiere', une des variétés au monde les plus utilisées en hybridation. Mais bien d'autre splendides iris ont marqué son empreinte dans notre petit monde.

Que toute sa famille, et en particulier son fils Richard, soit assurée de toute ma compassion.

Une chronique obituaire complète sera publiée ici la semaine prochaine.

26.5.17

UNE PERTE CRUELLE

Je viens d'apprendre la mort de Sergeï Loktev, le 25 mai2017, à Moscou.
Il luttait contre un cancer depuis plusieurs années.
Je reviendrai la semaine prochaine sur cette disparition qui me touche profondément.
R.I.P.

ECHOS DU MONDE DES IRIS

En revenant de Vincennes 

Brève visite au concours FRANCIRIS 2017. Un jardin toujours impeccablement soigné, un environnement agréable. Mais, par rapport à ce que j'avais vu en 2015, les iris m'ont paru plus chétif, moins riches en fleurs, beaucoup de plantes peu ou mal poussées et, selon moi, pas vraiment de variété qui se situe au-dessus du panier.



Le vainqueur de la compétition s'appelle 'Chachar' (Seidl, 2013).

La semaine prochaine, pour parodier Jules César, "Commentarii de concursu gallico" ! (1)

(1) en français : "Commentaires sur le concours français".

LES TROPHÉES

Emprunter le titre de ce feuilleton à José-Maria de Hérédia me paraît tout à fait adapté pour mettre en valeur les variétés d'iris considérées comme les meilleures de ces vingt dernières années. Ce sont des iris qui méritent bien les trophées qu'ils ont remportés. Nous en verrons quatre par semaine. 

XIX – 2015 

Médaille de Dykes = 'Gypsy Lord' (Keppel, 2005) 


Wister Medal (TB) = 'Temporal Anomaly' (Tasco, 2007) 


British Dykes Medal = 'Iceni Sunset' (Emmerson, 2008) 


FRANCIRIS = 'Barbe Noire' (R. Cayeux, 2013)

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Elle ira loin 

 Sur Facebook on découvre les images des obtentions signées « Lisa Hemera ». Les descriptions qui vont avec laissent à penser que ces nouveautés sont tout à fait remarquables. Pour confirmer ces espoirs il faudrait que ces iris soient mis en culture dans d'autres jardins que celui où ils sont nés. Mais je pense sincèrement que cette obtentrice française ira loin.

MON JARDIN EST MA RAISON

Cela va faire deux ans que j'ai fait don de ma collection d'iris. La plus grande partie a été cédée à la commune de Champigny sur Veude, village tourangeau au riche patrimoine historique, qui en a fait son ornement principal et le sujet d'un projet de développement touristique. Le reste (essentiellement des doublons de la collection principale) a été pris par la commune où j'habite, Beaumont en Véron, autre village tourangeau, plus important que le précédent et donc doté de moyens financiers et humains plus étendus, qui le soigne et l'utilise dans un but pédagogique puisqu'une partie de l'entretien est effectuée par les enfants de l'école primaire. Dans les deux cas c'est une destinée intéressante et utile, dont je me réjouis. J'espère que cette collection, qui ne concerne qu'environ trois cents variétés, sera ainsi pérennisée. Mais des difficultés sont apparues. Surtout à Champigny qui en a confié l'entretien et l'extension à une association de bénévoles. Dès la première année le désherbage à donné bien du souci car si la plantation et les soins en période de floraison attirent des bonnes volontés, il n'en est pas de même pour l'ingrate tâche de l'entretien de fond... Cette année l'engagement des bénévoles a été plus soutenu et le désherbage de printemps a été presque parfait. Qu'en sera-t-il dans le futur ?

 En dehors de cela, je constate que mes iris me manquent ! J'en ai fait l'abandon pour une bonne raison : le travail devenait au-dessus de mes forces ! Je n'avais plus le courage de passer des journées entières accroupi à retirer les plantes adventices et ma colonne vertébrale ne supportait plus cet exercice. De plus mon jardin est relativement petit et l'espace pour déplacer régulièrement les touffes parvenues à la limite de vieillissement manquait véritablement. Mais quand même...

Voici le printemps revenu et mes visites à l'ancienne iriseraie sont sources de réflexions nostalgiques. Je connaissais l'emplacement de chaque variété ; je veillais sur chacune comme on surveille l'évolution et l'éducation d'un enfant. Les plantations nouvelles suscitaient chaque année une vive excitation, la surveillance des éventuelles maladies provoquait des angoisses certaines, la multiplication des variétés en place était examinée minutieusement et même les travaux ingrats étaient source d'une certaine forme de satisfaction. J'en viens à rêver de l'iriseraie d'un collectionneur fortuné, où je n'aurais qu'à surveiller l'exécution des travaux et à jouir de la splendeur printanière de la floraison...

Les iris sont terriblement addictifs. Tous ceux qui se passionnent pour eux n'ont qu'un mot pour exprimer l'attraction qu'ils ont subie : « J'ai été accroché (en anglais : I was hooked) ». Ils pourraient dire aussi « J'ai été ensorcelé », c'est pourquoi le nom de 'Mesmerizer' est spécialement adéquat. En ce qui me concerne l'ensorcèlement est venu d'un catalogue en couleur, avec plein de photos splendides, mais aussi, plus humblement, de quelques touffes d'iris sauvages, fleurissant dès le mois de février, sur le coteau exposé au midi qui contribue au pittoresque de ma petite ville de Chinon. Un peu comme le Petit Chaperon Rouge du conte, j'allais régulièrement rendre visite et porter quelque gâterie à ma grand-mère qui demeurait dans une habitation troglodytique sur ce coteau. Je passais de préférence par un petit sentier qui grimpait en pente raide en tortillant autour des jardins où les touffes d'iris s'étalaient à foison dès les premiers ensoleillements de la fin de l'hiver. A cette époque, nous allions chaque printemps, aux alentours de la Pentecôte, rendre visite à mon autre grand-mère, en Limousin. Il y avait là-bas une énorme maison de village, agrémentée côté sud d'un vaste jardin prolongé par un parc arboré dessiné et planté par mon grand père. C'était une propriété idyllique, où j'étais heureux de me retrouver, d'autant plus qu'au printemps le jardin regorgeait d'iris pallida, bleu tendre, si délicieusement parfumés (et à côté de ces fleurs charmantes on trouvait en abondance des fraises des bois, autre parfum inoubliable).

Les iris « germanica » du coteau de Chinon et les iris pallida du jardin de Nantiat m'avaient en quelque sorte prédisposé à l'addiction qui devait m'atteindre bien des années plus tard, et dont je ne suis toujours pas guéri. Dès que le climat s'adoucit et que les jours s'allongent, le besoin d'iris se fait de plus en plus prégnant. Il me saisit le jour et me poursuit la nuit. Maintenant ce besoin est devenu plus immatériel, mais il est bien là. Je réserve aux quelques variétés que j'ai conservées toute mon attention et tous mes soins et quand, comme l'an dernier où le premier semestre a été l'un des plus exécrables que j'ai connu, un rhizome vient à périr de la terrible pourriture bactérienne, j'en suis profondément navré. J'aurais tendance, si je ne me retenais pas, à reconstituer une nouvelle collection. Mais non, il ne faut pas. Même si mon jardin est ma raison d'être, ma raison tout court me retient.

Iconographie : 


'Mesmerizer' 


'Wizard of Odds' 


semis Boris – disparu chez moi pour cause de pourriture 


semis Zeh – disparu chez moi pour cause de pourriture

19.5.17

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Concorso Firenze

 Cette année c'est une nouvelle fois la maison Schreiner qui a remporté le Fiorino d'Oro grâce à son plicata 'Spirit Rider' (2013) (('Rain Man' x 'I Feel Good') X 'Take Five').

Le second prix revient à 'Schloss Herrenhausen' de Harald Moos (Allemagne), le 3eme à 'Canto del Cherubino' de Stefano Paolin (Italie), le quatrième à 'Rosso di Sera' d'Augusto Bianco (Italie) (2011) et le 5eme à 'Delizia Tropicale' (2017), autre obtention d'Augusto Bianco qui remporte également le Prix du meilleur iris de bordure avec 'Campo di Marte' (2017).

Michèle Bersillon est distinguée pour deux semis non encore enregistrés (voir les photos).

 Félicitations aux lauréats.
Merci à Florence Darthenay pour la promptitude de ses informations et la qualité de ses clichés.

Iconographie : 


'Spirit Rider' 


'Schloss Herrenhausen' 


'Canto del Cherubino' 


'Rosso di Serra' 


'Delizia Tropicale' 


'Campo di Marte' (BB) 


semis Bersillon 09 44A 


semis Bersillon 11 38O

LES TROPHÉES

Emprunter le titre de ce feuilleton à José-Maria de Hérédia me paraît tout à fait adapté pour mettre en valeur les variétés d'iris considérées comme les meilleures de ces vingt dernières années. Ce sont des iris qui méritent bien les trophées qu'ils ont remportés. Nous en verrons quatre par semaine. 

XVIII – 2014 

Médaille de Dykes = 'Dividing Line' (MTB, Bunnell, 2004) 


Fiorino d'Oro = 'Drifting' (Schreiner, 2011) 


Wister Medal (TB) = 'Magical' (Ghio, 2007) 


Williamson-White Medal (MTB) = 'Rayos Adentro' (C. Morgan, 2004)

LES NOMBREUSES VIES DE JESSE WILLS

Il est bien des gens qui se lèvent le matin en bâillant à la pensée d'aller au travail, et qui se dépêchent de rentrer chez eux le plus tôt possible, pour se vautrer sur leur canapé devant la télévision. Ce n'est pas sur ce ton désabusé qu'il faut parler de Jesse Wills, celui que l'on peut qualifier sans exagérer d'homme le plus extraordinaire du monde des iris. J'ai rédigé à son sujet une page biographique publiée dans Irisenligne il y a trois ans, mais les recherches que j'ai faites à propos de cet homme m'ont tellement marquées que j'éprouve aujourd'hui le besoin de revenir sur son histoire.

La seule chose que Jesse Wills n'ait pas totalement réussie dans son existence, c'est de vivre vieux. Mais est-ce un échec ? La vieillesse est-elle un moment tellement souhaitable ? On peut avoir des doutes là-dessus. En tout cas Jesse Wills s'est éteint à l'âge de 78 ans, sans avoir eu le temps de perdre la plus grande partie de ses aptitudes. Jusqu'à ce triste mais inévitable instant la vie de ce personnage avait été absolument exceptionnelle.

Ce fils d'une vieille famille de Nashville (Tennessee) était doué pour tout ! Après de brillantes études secondaires, il entra à l'Université Vanderbilt, établissement de grand renom qui fait la gloire de Nashville, pour y poursuivre des études littéraires. Il y acquiert vite une notoriété particulière en raison de ses dons pour la poésie. Il fait partie d'un petit groupe d'étudiants d'élite qui s'était baptisé « les Fugitifs » où l'on rencontre plusieurs noms d'écrivains et de poètes qui sont très connus aux États-Unis, comme Robert Penn-Warren ou Allen Tate. C'est en quelque sorte l'un des piliers du « cercle des peètes disparus » ! Selon ses condisciples il aurait pu devenir un des meilleurs poètes de son pays, mais il fut contraint de choisir un travail pour subvenir aux besoins de sa famille à cause de la maladie de son père et il décida de ne conserver la poésie qu'à titre de loisir et d'entrer dans une compagnie d'assurance, National Life. Parti du bas de l'échelle, il en gravit tous les barreaux jusqu'à en devenir, en 1965, le Président Directeur Général et en faire l'une des premières compagnies d'assurance des Etats-Unis. Bien des hommes, et des plus doués, auraient pu se contenter de cette activité, mais pas lui. Il créa une station locale de radio et de télévision, c'était dans le vent à cette époque. Entre les mains de Jesse Wills une affaire pareille ne pouvait pas se limiter à de petites émissions provinciales. Sa chaîne devint le foyer principal de la musique « country », spécialité du Tennessee, et atteignit avec ça une renommée nationale. On parlait de Dysneyland et des parcs d'attraction ? Il fut à l'origine du premier parc de ce genre dans l’État, du Tennessee, Opryland. Il prit des responsabilités dans la direction de l'Université Vanderbilt dont il fit l'une des plus réputées des USA, ouvrit un hôpital pour enfants, fut l'initiateur du plus grand musée du Tennessee, anima la Société locale de Cardiologie et la section locale de la Croix-Rouge, fit de la vieille église presbytérienne de Nashville la plus importante de la ville, développa la bibliothèque de l'Université et dirigea son club de football !!

Mais tout ceci n'était pas suffisant ! Dès son plus jeune âge il s'était pris d'intérêt pour l'histoire des Indiens et il devint un des spécialistes de cette question, publiant plusieurs ouvrages dont une somme essentielle, « Meditations on the American Indian » . L'ornithologie était aussi parmi ses pôles d'intérêt. Dans ce domaine comme dans le reste il acquit une connaissance du sujet qui faisait référence.

Tout ceci dépasse déjà tout ce qu'un homme normal peut accumuler comme activité et comme succès. Mais il faut y ajouter la belle et heureuse famille qui fut la sienne, …et la coquette fortune qu'il s'est arrondie. Enfin n'oublions pas – et c'est la raison pour laquelle on parle de lui ici - que comme pour les oiseaux, il s'est passionné pendant plus de 45 ans pour les iris et, bien entendu, a pris une place prépondérante parmi les animateurs de l'AIS, jusqu'à en devenir le Président dans les années 1940. A ce titre il décida de mener une réflexion sur les iris amoenas et les difficultés rencontrées pour leur hybridation et leur culture, réflexion qui aboutit à l'apparition de 'Bright Hour' (G. Douglas, 1948). Il faut encore ajouter que, mettant régulièrement son tablier de jardinier, il trouvait le temps de pratiquer l'hybridation, allant jusqu'à obtenir des iris aussi superbes et célèbres que 'Chivalry' (1943) – qui triompha dans la course aux honneurs en 1947 – 'Glacier Gold' (1964), ou 'Natchez Trace' (1969).

 Il ne doit pas y avoir grand monde pour imaginer de connaître une existence aussi remplie, riche et réussie que celle de cet homme. Elle fut à ce point foisonnante qu'il est préférable de ne pas en conclure qu'il n'en a connu qu'une seule, et de parler plutôt des nombreuses vies de Jesse Wills.

Iconographie : 


Couverture de « Fugitives », anthologie réalisée par J. Wills en 1928 


'Chivalry' 


'Glacier Gold' 


'Natchez Trace'

ECHOS DE LA CITÉ DES IRIS

Coup d'oeil sur le jardin du presbytère de Champigny sur Veude, au sommet de la floraison 2017.

12.5.17

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Des nouvelles de la « cité des iris » 

Champigny sur Veude, qui aspire à devenir la cité des iris, poursuit la montée en puissance de sa collection. Mais les problèmes ne manquent pas ! Disponibilités financières pour l'acquisition de nouvelles variétés, main d'oeuvre pour l'entretien des bordures, et aussi aléas climatiques ! Le gros de la collection est installé dans l'ancien jardin du presbytère, exposé au vent d'ouest. Cette année le gel tardif, qui a également saccagé les vignes et les vergersde Touraine, s'en est pris aux fragiles tiges des iris et aux fleurs en développement. Les variétés hâtives ont souffert... Ailleurs dans le village, à l'abri des constructions, le reste de la collection s'en est bien sorti et la floraison est superbe, essentiellement en jaune et bleu, couleurs des armoiries de la famille de Bourbon-Montpensier qui avait ici son domaine.

Iconographie : deux jolies variétés qui ornent les rues du village :


'Star of the Morn' (Grosvenor, 2005) 


'Sunshine Lady' (Moores, 2004)

LA FLEUR DU MOIS

‘CROWD PLEASER’

 (Hamner, 1983)

(( 'Touché' x 'Misty Dawn') x 'Touch of Envy') X 'Heather Blush'

 'Crowd Pleaser' a intégré ma collection en 1991, une époque où les nouveaux iris arrivaient par dizaines chaque année. Je cherchais, à ce moment quelque chose qui s'approche au plus près de 'Color Carnival' (F. DeForest, 1949), un iris « historique » pour lequel j'avais craqué et qui me donnait vraiment du bonheur, tant par l'originalité de son coloris que par la robustesse et la fidèlité de la plante. Avec 'Crowd Pleaser' je n'ai pas obtenu autant de satisfaction : vigueur insuffisante, floraison irrégulière...(Ce que je dis là vaut pour mon jardin et il ne faut pas en tirer des conclusions générales). En fait, la ressemblance – côté coloris - avec 'Color Carnival' n'est pas évidente non plus...

On ne peut qu'imaginer l'apparence du parent féminin de 'Crowd Pleaser'puisqu'il s'agit d'un semis non dénommé et non enregistré, mais ses ancêtres directs sont bien connus et toujours appréciés. 'Touché' (Hamblen, 1966) est une variété bicolore rose/bleu à l'origine d'une multitude de variétés bicolores, 'Misty Dawn' (Hamblen, 1972) fait également partie des bicolores rose/bleu de Melba Hamblen. Quand on voit 'Touch of Envy' (Hamner, 1973) on constate que son descendant 'Crowd Pleaser' en est une version plus contrastée. Enfin avec 'Heather Blush' (Hamner, 1976), qui réunit dans sa parenté 'Touch of Envy ', 'Touché' et 'Misty Dawn' on est en présence d'un bicolore rose/bleu, pur produit de la technique de l' « inbreeding ». La ligne générale qui a guidé Bernard Hamner est bien celle de la famille bicolore. Peut-être s'attendait-il a une version améliorée de 'Heather Blush'. Il s'est trouvé devant une version différente, où les deux couleurs sont bien présentes, mais ont été associée de façon différente et plus originale, ce qui a sûrement été un élément pris en considération au moment de la sélection.

'Crowd Pleaser', si l'on en croit son nom, était chargé de séduire les foules. Il n'a pourtant pas eu un succès fou auprès de hybrideurs, et en dehors de Hamner lui-même qui en a obtenu le rose corail 'Jaime Lynn' (1984), c'est notre compatriote (et ami) Bernard Laporte qui en a fait le plus large usage. Il a réalisé un premier croisement, (Crowd Pleaser X Jitterbug) dont il a retenu deux variétés de la même inspiration : 'Nevado del Ruiz' (2006) et 'Noumea' (2006). Ces deux variétés sont des iris de grande qualité, vigoureux et florifère. Je sais ce dont je parle, Bernard me les a offert ! L'autre croisement est (Sound of Gold X Crowd Pleaser), et le produit 'Féria de Nimes' (2006) est un éclatant iris jaune finement veiné de brun-rouge, un vrai coloris de corrida !. Parmi ses autres descendants il en est un dont il faut parler parce qu'il est particulièrement nouveau et original. Il s'agit de 'Sunset Storm' (G. Richardson, 2009), une variété aux pétales mauve pâle, au-dessus de sépales jaune clair. Il y a dix ans c'était un coloris révolutionnaire ; maintenant il s'est largement démocratisé et on le rencontre même chez les obtenteurs parmi les plus mesurés comme Richard Cayeux ('Infusion Tilleul', 2013). Le reste de la famille est dans les tons de rose, veiné de pourpre parfois, ou d'orange.

'Crowd Pleaser' n'est certainement pas le plus grande réussite de Bernard Hamner, mais tel qu'il est il peut être intéressant pour le jardin en raison de son coloris peu courant.

Iconographie : 



'Crowd Pleaser' 


'Heather Blush' 


'Féria de Nîmes' 


'Sunset Storm' 


'Infusion Tilleul'