L'hybrideur aimé des papes
A l'occasion d'une visite au pape Paul VI, Franklin E. Carr, hybrideur américain qui eut son heure de célébrité au cours des années 1980, fut invité à planter certains de ces iris dans les jardins du Vatican, et la légende dit que, à l'occasion, des hampes de son obtention 'Serene Highness' (1972) ont été disposées sur l'autel privé du Saint Père. Mais si cet événement est tout de même assez exceptionnel, il n'est pas le seul dans son genre à avoir donné un caractère original à la carrière d'hybrideur de cet Américain de la côte Est.
Né dans le New Jersey, à Bordentown, près de Philadelphie, il n'a jamais quitté cette région où il a fait carrière dans l'industrie métallurgique et où il a pris sa retraite. Ce n'est certainement pas de ce côté là qu'il faut regarder si l'on veut découvrir la part d'originalité de cet homme, discret et dévôt. Il faut plutôt se tourner vers son travail d'hybrideur de grands iris. Il s'est intéressé à ces plantes dès son plus jeune âge, et a été attiré par elles parce qu'il y en avait dans le jardin du presbytère de l'église où il se rendait pour son service d'enfant de choeur. Pour parfaire ses connaissances en botanique, il a suivi des cours à l'Université de Pennsylvanie, et, pour la pratique, il donné un coup de main à sa sœur qui était fleuriste dans leur petite ville.
Dès son mariage et l'acquisition d'une maison avec jardin, il a fait l'acquisition de quelques variétés fameuses à l'époque. C'est à partit de là qu'il s'est lancé dans l'hybridation. Il fallait qu'il ait une certaine audace bien du talent pour parvenir aux résultats qu'il a atteint dans ce domaine alors que la totalité de ses iris poussaient dans un espace grand comme un mouchoir de poche !
Sur cette surface exiguë il a réalisé des croisements généralement très simples mais qui lui ont donné des plantes soigneusement sélectionnées et qui ont rencontré un succès plus qu'honorable dans les compétitions, partout dans le monde, auxquelles elles ont été inscrites. Son premier enregistrement, 'Introit' (1970) a reçu la Médaille d'Or de l' « Iris Bewertung » 1980 qui se déroulait alors à Frankfurt. Dans la même compétition, en 1983, 'Daylight Splendor' et 'Joyful News' ont eu droit à une Médaille d'Or et 'Jersey Maid' une Médaille d'Argent. Mais ce n'était qu'un début !
C'est surtout le Concorso de Florence qui lui a réussi. Sa première participation remonte à 1976 et à partir de cette date il y a collectionné les place d'honneur : 'Raven Hiil' (1973), 'Golden Summit' (1973), 'Noble Fancy' (1974), 'Queen's Jubilee' (1977), 'Lahaska' (1979), Angel's Message' (1981), 'Jersey Maid' (1981) et 'Worthy Deed' (1983) ont obtenu une « Mention Honorable », 'Heavenly Cloud' (1974) a été déclaré en 1977 « Meilleure Variété Blanche », en 1981 c'est 'Joyful News' (1979) qui a été dit « Variété la plus Commerciale ». Mais le meilleur restait à venir : en 1990 'Evening Canticle' (1988) a reçu la Médaille d'Argent et en 1994 'Steadfast Love' (1994) a obtenu, enfin et à titre posthume, le Florin d'Or ! Pour un obtenteur aussi confidentiel, presque un amateur, il n'est pas possible de faire mieux !
D'autant plus que, pendant ce temps, deux variétés baptisées en l'honneur du jardin botanique Raven hill de Germantown, en Pennsylvanie, ville où Grace Kelly, la future princesse de Monaco, a été à l'école, 'Raven Hill' et 'Serene Highness', ont été cultivées dans les propriétés de la famille princière, tant à Paris qu'à Monaco même. 'Queen's Jubilee' a été dédié à la Reine Elizabeth II de Grande Bretagne et, à ce titre, a été planté à Buckingham Palace.
Et cela continue ! En 1982 le bleu 'Point Breeze' (1972) (du nom de la propriété où Joseph Bonaparte s'est réfugié de 1815 à 1840) a servi de modèle pour la médaille officielle du tricentenaire de Bordentown. Quant au blanc 'Pontiff', (1981) il a été utilisé en vue de la création d'un objet en porcelaine offert au pape Jean-Paul II pour le remercier d'avoir autorisé l'exposition aux USA d'objets d'art tirés des collections du Vatican.
Ces nombreuses marques de reconnaissance n'ont cependant pas altéré la modestie de Franklin Carr qui, une fois à la retraite, a ajouté à ses hobbies l'élevage de labradors et la collection de soldats de plomb.
Cette histoire peu ordinaire est absolument exemplaire. Elle démontre qu'il n'est pas nécessaire de cultiver des milliers d'iris pour acquérir la renommée. Franklin Carr y est parvenu sur un terrain pour ainsi dire de la taille d'un timbre-poste et avec des moyens comparables à ceux de la grande majorité de ceux qui hybrident pour leur loisir.
Iconographie :
'Daylight Splendor'
'Point Breeze'
'Pontiff'
'Queen's Jubilee'
11.2.17
3.2.17
LA FLEUR DU MOIS
'Mesmerizer' ( Monty Byers, 1990)
('Sky Hooks' x 'Condottiere') X 'Branching Out'
Le grand hybrideur Ben Hager a écrit ce qui suit à propos de Monty Byers, l'obtenteur de 'Mesmerizer' : « He was truly one of the most original and ardent breeders of irises in the iris world. In that world his niche was expanding both with accomplishment and promise--until death cut short all inspiration and activity. But his iris creations still remain to pleasure our gardens and to remind us of his gifts to us. » (C'était vraiment l'un des obtenteurs les plus originaux et les plus brillants du monde des iris. Dans ce monde il a développé le créneau qu'il avait choisi avec talent et promesse, jusqu'à ce que la mort coupe net cette inspiration et cette activité. Mais les iris qu'il a créés subsistent pour agrémenter nos jardins et pour rappeler tout ce qu'il nous a donné.)
Ce bel hommage convient à merveille à cet artiste dont la disparition prématurée a été une immense perte pour tous les passionnés d'iris. Dans une chronique que je lui ai consacrée, je l'ai appelé le Mozart des iris, et je continue de penser que ce qualificatif lui convient parfaitement : il était génial et il est mort dans la fleur de l'âge. 'Mesmerizer' fait partie de ses dernières créations. Dès que cela fut possible j'ai acquis cette variété et je n'ai jamais regretté mon achat. Je sais cependant que tous les irisariens ne l'ont pas toujours apprécié et je me souviens de ce que Lawrence Ransom en disait. Il considérait qu'en lui donnant la Médaille de Dykes en 2002 les juges avaient fait une erreur parce qu'il s'agissait d'une variété peu fiable et capricieuse à cultiver. Je n'ai jamais constaté ce défaut. Dans mon jardin ce fut une plante fidèle et vigoureuse, fleurissant en abondance et se développant normalement. Il est cependant possible que chez certains, comme chez Ransom, ce n'ait pas été le cas...
Dans le pedigree de 'Mesmerizer' on trouve deux iris qu'on peut qualifier d'incontournables : 'Sky Hooks' et 'Condottiere'. L'un et l'autre ont été utilisés à foison par les hybrideurs de tous les pays. Ils sont à l'origine de variétés très appréciées et de véritables familles d'iris car l'un et l'autre ont notamment apporté du nouveau à deux catégories majeures : les iris à éperons et les iris tricolores. 'Sky Hooks' (Osborne, 1979) a totalement révolutionné le domaine des iris à éperons qu'il a relancé et considérablement perfectionné. Il est à l'origine au premier rang de plus de 300 variétés enregistrées, ce qui en fait l'un des géniteurs les plus prolifiques. 'Condottiere' (J. Cayeux, 1978) est présent dans le pedigree de plus d'une centaine de variétés parmi lesquelles les fameux iris tricolores de la maison Cayeux, mais aussi de plein d'autres iris de tous modèles. 'Branching Out' (Byers, 1986), le « père » de 'Mesmerizer' est beaucoup moins connu, mais il fait partie lui-aussi des descendants directs de 'Sky Hooks'. C'est un blanc bleuté avec un long éperon rouge que l'on ne trouve que rarement dans les jardins et qui, de ce fait, est véritablement en danger de disparition.
On peut imaginer qu'avec son pedigree et son palmarès 'Mesmerizer' ait tenté bien des hybrideurs. C'est le cas en effet, et on décompte près de 180 descendants au premier rang de cette variété vedette. Curieusement, parmi les utilisateurs on ne trouve pas, ou peu, de grands noms de l'irisdom. Cela signifierait-il que ces grands hybrideurs ont partagé l'opinion exprimée par Lawrence Ransom ? En tout cas la conséquence de cette apparente réserve des plus éminents est qu'il n'y a guère de variétés internationalement connues parmi les enfants de 'Mesmerizer'. Les utilisateurs les plus reconnus sont Tom Burseen, George Sutton, Lloyd Zurbrigg et le slovaque Ladislaw Muska. Mais 'Mesmerizer' a eu beaucoup de succès en Russie et en Ukraine chez Alla Chernoguz et Igor Khorosh. Allez donc savoir pourquoi ?
Dans ma collection personnelle 'Mesmerizer' a tenu toute sa place. Sa blancheur immaculée et ses éperons très développés en ont fait une vedette très admirée par mes visiteurs. Il semble que le même succès se soit produit dans d'autres jardins puisque, apparu dans le symposium en 1997, il n'en a plus bougé et, après avoir atteint le neuvième rang, sa meilleure place, en 2009, il était encore 21eme l'année dernière.
Iconographie :
'Mesmerizer'
'Sky Hooks'
'Condottiere'
'Branching Out'
ECHOS DU MONDE DES IRIS
Kat Zalewska
Ceux qui apprécient les photos artistiques peuvent aller visiter le jardin d'iris de Kat Zaleswska, filmé par Magda Wasiczek, à l'adresse suivante : www.magdawasiczek.pl/irysy . Enthousiasmant !
Ceux qui apprécient les photos artistiques peuvent aller visiter le jardin d'iris de Kat Zaleswska, filmé par Magda Wasiczek, à l'adresse suivante : www.magdawasiczek.pl/irysy . Enthousiasmant !
ECHOS DU MONDE DES IRIS
Semis d'iris
Antoine Bettinelli, amateur d'iris des plus convaincus, a publié sur Facebook une remarquable lettre concernant les semis d'iris. Avec son autorisation j'en publie ci-dessous de larges extraits.
« Je vous explique rapidement comment je procède pour le semis.
(…) Sachez également que je ne range pas mes graines d’iris au frigo : le bac à légumes contient déjà de multiples enveloppes de graines d’hémérocalles, prioritaires dorénavant. (…) j’ai mis les graines dehors (…) : trois semaines de froid, avec des pointes à -18°c, ça peut vous réveiller une graine bien endormie, peut être?
Allez, trêve de blabla : une graine d’iris c’est du costaud, ça a la tête dure : on commence par un trempage d’une semaine dans de l’eau changée tous les jours. J’ai toujours utilisé de l’eau de pluie bouillie, mais vous pouvez utiliser de l’eau minérale si vous voulez. Certains ajoutent un peu d’eau oxygénée, je le fais pour les hémérocalles, pas pour les iris, moins fragiles. Un trempage dans un verre de vin rouge (deux heures, pas plus !) est censé aussi accélérer la germination. Je n’ai pas de statistiques là dessus.
Si vous avez (…) suffisamment de graines, un petit coup de papier de verre sur quelques unes est peut être aussi à essayer...
Je sème ensuite dans des pots de 4 litres, jusqu’à 40 graines par pot, et je mets sous châssis froid.
Pas la peine d’aller guetter tous les jours : lorsque je sème en novembre, il n’est pas rare que les premières plantules pointent fin mars !
Et si rien ne sort avec ce semis tardif, ne criez pas au voleur, vous ne serez pas remboursés ! Mais attendez sagement le printemps 2018. Il y a deux ans, j’ai eu un très mauvais taux de germination, les graines sont sorties l’an passé. Et l’an passé, j’ai eu un taux de germination de l’ordre de 80%. C’est variable...
Ne laissez pas vos pots au sec complet, c’est l’humidité et le froid qui favorisent la germination (mais ce ne sont pas des iris d’eau non plus hein !)
Je sème dans un gros pots parce que les racines d’iris s’enfoncent vite profondément. En mai, en général, lorsque les plantules sont assez grosses, je les repique en pleine terre. Au bout de trois à quatre semaines, les signes de reprise sont bien visibles. On n’ en perd pas en général, même en secouant les plantules.
Choisissez un endroit très ensoleillé, avec une terre plutôt calcaire et sableuse.
Si vous êtes dans une région plutôt humide, plantez les sur de légères buttes, l’iris germanica déteste l’eau stagnante ! Et pas de paillage surtout !
Vous aurez sans doute la chance d’en voir fleurir dès la fin du printemps 2018, les autres en 2019. Eh oui, il ne faut pas si longtemps que ça pour voir apparaître la première fleur, pur moment de bonheur ! (...) »
On ne peut pas expliquer mieux les choses. Pas étonnant, Antoine est prof de math : la pédagogie, il connait !
Antoine Bettinelli, amateur d'iris des plus convaincus, a publié sur Facebook une remarquable lettre concernant les semis d'iris. Avec son autorisation j'en publie ci-dessous de larges extraits.
« Je vous explique rapidement comment je procède pour le semis.
(…) Sachez également que je ne range pas mes graines d’iris au frigo : le bac à légumes contient déjà de multiples enveloppes de graines d’hémérocalles, prioritaires dorénavant. (…) j’ai mis les graines dehors (…) : trois semaines de froid, avec des pointes à -18°c, ça peut vous réveiller une graine bien endormie, peut être?
Allez, trêve de blabla : une graine d’iris c’est du costaud, ça a la tête dure : on commence par un trempage d’une semaine dans de l’eau changée tous les jours. J’ai toujours utilisé de l’eau de pluie bouillie, mais vous pouvez utiliser de l’eau minérale si vous voulez. Certains ajoutent un peu d’eau oxygénée, je le fais pour les hémérocalles, pas pour les iris, moins fragiles. Un trempage dans un verre de vin rouge (deux heures, pas plus !) est censé aussi accélérer la germination. Je n’ai pas de statistiques là dessus.
Si vous avez (…) suffisamment de graines, un petit coup de papier de verre sur quelques unes est peut être aussi à essayer...
Je sème ensuite dans des pots de 4 litres, jusqu’à 40 graines par pot, et je mets sous châssis froid.
Pas la peine d’aller guetter tous les jours : lorsque je sème en novembre, il n’est pas rare que les premières plantules pointent fin mars !
Et si rien ne sort avec ce semis tardif, ne criez pas au voleur, vous ne serez pas remboursés ! Mais attendez sagement le printemps 2018. Il y a deux ans, j’ai eu un très mauvais taux de germination, les graines sont sorties l’an passé. Et l’an passé, j’ai eu un taux de germination de l’ordre de 80%. C’est variable...
Ne laissez pas vos pots au sec complet, c’est l’humidité et le froid qui favorisent la germination (mais ce ne sont pas des iris d’eau non plus hein !)
Je sème dans un gros pots parce que les racines d’iris s’enfoncent vite profondément. En mai, en général, lorsque les plantules sont assez grosses, je les repique en pleine terre. Au bout de trois à quatre semaines, les signes de reprise sont bien visibles. On n’ en perd pas en général, même en secouant les plantules.
Choisissez un endroit très ensoleillé, avec une terre plutôt calcaire et sableuse.
Si vous êtes dans une région plutôt humide, plantez les sur de légères buttes, l’iris germanica déteste l’eau stagnante ! Et pas de paillage surtout !
Vous aurez sans doute la chance d’en voir fleurir dès la fin du printemps 2018, les autres en 2019. Eh oui, il ne faut pas si longtemps que ça pour voir apparaître la première fleur, pur moment de bonheur ! (...) »
On ne peut pas expliquer mieux les choses. Pas étonnant, Antoine est prof de math : la pédagogie, il connait !
Francesca THOOLEN américaine et française
Francesca THOOLEN ne fait pas partie des hybrideurs ultra-connus dont il est généralement question dans les biographies publiées par Irisenligne. Mais elle mérite néanmoins que l'on parle d'elle parce que pour nous, Français, elle avait quelque chose de particulier.
Elle est née dans l'Etat de New York, mais elle a passé une grande partie de son enfance et de son adolescence en France dans les années 1930. En effet son père était diplomate à l'ambassade des Etats-Unis à Paris. Elle a donc appris la langue française et cette aptitude l'a accompagnée tout au long de son existence. Elle a en effet commencé sa vie active par un travail de secrétariat à la Compagnie Générale Transatlantique, la compagnie de navigation propriétaire de navires aussi connus que le « Normandie » ou l' « Ile de France », et plus connue aux USA sous le titre de « French Line ».
Après la guerre elle s'est mariée et a suivi son époux en Californie. Elle y a longtemps travaillé à la bibliothèque de l'Université de Californie où elle a exercé différentes tâches, avant de cesser toute activité professionnelle en 1964 pour se consacrer entièrement à une vie de femme au foyer. C'est à partir de ce moment qu'elle s'est intéressée aux iris. Dès 1965 elle a rejoint l'AIS et n'a pas tardé à y tenir des postes de direction, étant par exemple responsable de l'organisation de la Convention de 1968.
Dans la foulée Francesca est devenue juge officielle et même responsable de la formation des juges dans l'importante Région de Californie du Nord. Parallèlement l'AIS a mis ses connaissances linguistiques à contribution et l'a désignée pour la représenter à Orléans lors de la manifsetation internationale que la SFIB y avait réunie en 1978. Ce retour dans le pays où elle avait passé ses jeunes années fut pour elle un grand moment de plaisir. C'est elle-même qui me l'a dit lorsque nous avons fait connaissance.
Son intérêt pour les iris ne portait pas essentiellement sur les grands iris de jardin, mais plutôt sur des catégories plus rares et considérées comme plus raffinées. En particulier les iris arils et les iris de Californie, puis, un peu plus tard, les iris botaniques et les croisements interspécifiques. Dans chaque cas elle est vite devenue une sommité unanimement appréciée. Plus ses connaissances s'approfondissaient, plus elle accordait d'importance aux questions de botanique et de biologie végétale, C'est ainsi qu'elle s'est penchée sur l'embryo-culture des iris arils, puis sur le développement des iris nains à 48 paires de chromosomes avec pour objectif d'obtenir des iris arils nains.
Cette activité plus scientifique qu'horticulturale, associée à un sens aigu de l'organisation et de la formation faisait de Francesca Thoolen une personnalité à part dans le monde américain des iris. Ajoutez à cela une francophilie affirmée et vous aurez le portrait d'une personne assez exceptionnelle. Elle ne perdait jamais une occasion de s'exprimer dans un français très soutenu, un peu suranné, qui lui donnait un charme sympathique et rendait sa fréquentation fort plaisante. J'avais envers elle une sorte d'affection filiale. Elle était en effet de la génération de ma propre mère avec qui, si les circonstances l'avaient voulu, elle aurait pu faire connaissance car, à la fin des années 1930 elles fréquentaient l'une et l'autre le milieu de la bourgeoisie parisienne.
Francesca Thoolen avait ce charme propre aux personnes de qualité, à l'aise avec tout le monde et dont chacun reconnaissait implicitement le caractère dominant mis en valeur par son côté séduisant.
Elle est née dans l'Etat de New York, mais elle a passé une grande partie de son enfance et de son adolescence en France dans les années 1930. En effet son père était diplomate à l'ambassade des Etats-Unis à Paris. Elle a donc appris la langue française et cette aptitude l'a accompagnée tout au long de son existence. Elle a en effet commencé sa vie active par un travail de secrétariat à la Compagnie Générale Transatlantique, la compagnie de navigation propriétaire de navires aussi connus que le « Normandie » ou l' « Ile de France », et plus connue aux USA sous le titre de « French Line ».
Après la guerre elle s'est mariée et a suivi son époux en Californie. Elle y a longtemps travaillé à la bibliothèque de l'Université de Californie où elle a exercé différentes tâches, avant de cesser toute activité professionnelle en 1964 pour se consacrer entièrement à une vie de femme au foyer. C'est à partir de ce moment qu'elle s'est intéressée aux iris. Dès 1965 elle a rejoint l'AIS et n'a pas tardé à y tenir des postes de direction, étant par exemple responsable de l'organisation de la Convention de 1968.
Dans la foulée Francesca est devenue juge officielle et même responsable de la formation des juges dans l'importante Région de Californie du Nord. Parallèlement l'AIS a mis ses connaissances linguistiques à contribution et l'a désignée pour la représenter à Orléans lors de la manifsetation internationale que la SFIB y avait réunie en 1978. Ce retour dans le pays où elle avait passé ses jeunes années fut pour elle un grand moment de plaisir. C'est elle-même qui me l'a dit lorsque nous avons fait connaissance.
Son intérêt pour les iris ne portait pas essentiellement sur les grands iris de jardin, mais plutôt sur des catégories plus rares et considérées comme plus raffinées. En particulier les iris arils et les iris de Californie, puis, un peu plus tard, les iris botaniques et les croisements interspécifiques. Dans chaque cas elle est vite devenue une sommité unanimement appréciée. Plus ses connaissances s'approfondissaient, plus elle accordait d'importance aux questions de botanique et de biologie végétale, C'est ainsi qu'elle s'est penchée sur l'embryo-culture des iris arils, puis sur le développement des iris nains à 48 paires de chromosomes avec pour objectif d'obtenir des iris arils nains.
Cette activité plus scientifique qu'horticulturale, associée à un sens aigu de l'organisation et de la formation faisait de Francesca Thoolen une personnalité à part dans le monde américain des iris. Ajoutez à cela une francophilie affirmée et vous aurez le portrait d'une personne assez exceptionnelle. Elle ne perdait jamais une occasion de s'exprimer dans un français très soutenu, un peu suranné, qui lui donnait un charme sympathique et rendait sa fréquentation fort plaisante. J'avais envers elle une sorte d'affection filiale. Elle était en effet de la génération de ma propre mère avec qui, si les circonstances l'avaient voulu, elle aurait pu faire connaissance car, à la fin des années 1930 elles fréquentaient l'une et l'autre le milieu de la bourgeoisie parisienne.
Francesca Thoolen avait ce charme propre aux personnes de qualité, à l'aise avec tout le monde et dont chacun reconnaissait implicitement le caractère dominant mis en valeur par son côté séduisant.
27.1.17
ECHOS DU MONDE DES IRIS
Loletta Powell
Dans la série des portraits publiés l'année dernière, à la date du 3 décembre, est paru celui de Loletta Powell. Je viens d'apprendre que cette dame est décédée à l'âge de 92 ans, à la fin de novembre... Jusqu'en 2014 elle a continué l'exploitation de sa pépinière.
Parmi ses nombreuses obtentions chacun s'accorde à accorder un prix d'excellence à 'Carolina Gold' (1970), mais l'on peut aussi apprécier son joli rose vif 'Strawberry Sensation' (1980).
Dans la série des portraits publiés l'année dernière, à la date du 3 décembre, est paru celui de Loletta Powell. Je viens d'apprendre que cette dame est décédée à l'âge de 92 ans, à la fin de novembre... Jusqu'en 2014 elle a continué l'exploitation de sa pépinière.
Parmi ses nombreuses obtentions chacun s'accorde à accorder un prix d'excellence à 'Carolina Gold' (1970), mais l'on peut aussi apprécier son joli rose vif 'Strawberry Sensation' (1980).
LES TROPHÉES
Emprunter le titre de ce feuilleton à José-Maria de Hérédia me paraît tout à fait adapté pour mettre en valeur les variétés d'iris considérées comme les meilleures de ces vingt dernières années. Ce sont des iris qui méritent bien les trophées qu'ils ont remportés. Nous en verrons quatre par semaine.
IV – 2000
Médaille de Dykes = 'Stairway to Heaven' (Lauer, 1992)
Fiorino d'Oro = 'Diabolique' (Schreiner, 1997)
Australian Dykes Medal = 'Lavender Park' (Grosvenor, 1998)
FRANCIRIS = 'Samsara' (Ransom, 1996)
IV – 2000
Médaille de Dykes = 'Stairway to Heaven' (Lauer, 1992)
Fiorino d'Oro = 'Diabolique' (Schreiner, 1997)
Australian Dykes Medal = 'Lavender Park' (Grosvenor, 1998)
FRANCIRIS = 'Samsara' (Ransom, 1996)
POINTS A LA LIGNE
Richard Tasco est une personnalité du monde américain des iris (et du monde des iris en général). Ils ne sont pas innombrables ceux qui ont été honorés de deux Médailles de Dykes, de deux Wister Medal, et de l'Hybridizer Award ! Sa première Médaille de Dykes a été attribuée en 2005 à 'Splashacata' (1997) et c'est cette variété qui va nous intéresser aujourd'hui.
Elle a ceci de particulier qu'elle met en avant un motif jusqu'alors peu rencontré mais qui, depuis, a fait des émules, et qui, surtout, a été largement exploité par Rick Tasco lui-même.
'Splashacata' se présente avec des pétales violet clair et des sépales blancs entièrement poudrés de violet, les pointillés étant plus concentrés vers les bords. C'est cet aspect qui fait son originalité car à l'acoutumé les pointillés des plicatas sont plutôt alignés suivant les veines des pièces florales, et c'est ce qui lui vaut son succès. Il a pour pedigree (Purple Pepper X (Snowbrook x Jesse's Song)). Parmi ces parents, c'est vers 'Purple Pepper' (Nearpass, 1986) qu'il faut se pencher pour découvrir l'origine des ces petits points violets caractéristiques. Dans les ancêtres de ce 'Purple Pepper' il n'y a rien qui laisse présager l'apparition de ces motifs, si ce n'est qu'on est en présence d'un iris plicata, et que d'autres plicatas, avant et après sont eux aussi dotés de pointillés équivalents. Il s'agit donc d'un avatar du modèle plicata. On en avait un avant goût avec 'Rustic Dance' (J. Gibson, 1979), et on le retrouve chez 'Tanzanian Tangerine' (Kasperek, 1995) tout comme chez 'Sneezy' (Keppel, 1995). On peu dire vulgairement que le modèle était « dans les tuyaux » quand il est apparu sur 'Splashacata'. Ce n'est pas la première fois qu'une modification – ou un nouveau modèle – apparaît simultanément dans les semis de différents hybrideurs.
Le modèle ainsi perfectionné par Rick Tasco méritait bien d'être exploité de telle sorte qu'il apparaisse dans d'autres coloris. 'Splashacata' a donc une assez abondante descendance. Rick Tasco lui-même a exploité au maximum les aptitudes de sa vedette. Dès la première génération 'Splashacata' a donné naissance à certaines variétés qui lui ressemblent. C'est le cas de 'Celestial Explosion' (2003) avec ses sépales blancs tout piquetés de violet, dont l'autre parent est 'Colortrack' (Innerst, 1982), un variegata-plicata très traditionnel. C'est aussi le cas du BB 'Magic Quest' (2007) qui est une démonstration du professionnalisme de Rick Tasco. Il avait obtenu en 1995 un très joli IB, 'Sonoran Sands', qui était, en jaune, un équivalent de 'Splashacata', avec des pointillés brun-rouge. Cette étonnante variété provenait de l'union de deux iris jaunes marqués de brun aux épaules et autour des barbes : 'Panocha' (TB, Ernst, 1988) et 'Sam' (SDB, Aitken, 1987).Cet iris a été croisé avec un semis issu de 'Splashacata' et de 'Rustic Dance' et le résultat a été un transfert chez les BB du modèle de 'Sonoran Sands'. C'est enfin le cas de 'Camera Ready' (2009) qui fut un peu plus long à obtenir mais qui transfert lui aussi le modèle 'Splashacata' sur un iris jaune. Son pedigree (Ostentatious X (Splashacata x Tanzanian Tangerine)) démontre à son tour à quel point l'obtenteur est habile puisqu'en mariant 'Splashacata et 'Tanzanian Tangerine' il renforce les aptitudes de l'un et de l'autre et réalise un astucieux mélange des motifs de l'un et de l'autre.
A la génération suivante, c'est 'Celestial Explosion' qui a été jusqu'à ce jour le plus souvent mis à contribution. C'est ainsi qu'il est à l'origine de 'Temporal Anomaly' (2007), 'Starfield' (IB, 2012) et de 'Autumn Explosion' (2013).
'Temporal Anomaly', le premier de la série, ne provient pas directement de 'Celestial Explosion' mais d'un de ses frères de semis. Il a pour parent femelle 'Tennessee Woman' (Innerst, 1989), classique variegata-plicata', et reproduit les traits de sa « mère » mais avec les motifs caractéristiques de 'Celestial Explosion'. C'est une absolue réussite.
L'Intermédiaire 'Starfield', avec un pedigree plutôt compliqué, transfert le modèle dans les tons de grenat sur blanc. Quant à 'Autumn Explosion', c'est une transposition du modèle sur une fleur qui restitue les couleurs de 'Mariposa Autumn'(Tasco, 1999), sa « mère ».
Il reste une variété dont il nous faut parler. C'est 'American Original' (2014), qui est de la troisième génération. C'est encore un habile transfert du modèle sur une fleur très semblable à sa « mère », en l'occurence le fameux 'Spice Lord' (Blyth, 2001), un spectaculaire plicata brun pourpré sur fond blanc : un peu la version XL du petit 'Starfield'.
Pour être complet il faut aussi parler des descendants de 'Splashacata' qui ne sortent pas de chez Tasco, tout en se contentant de ceux qui reproduisent le motif caractéristique de pointillés uniformément répartis. Dans ce modèle on trouve 'Soaring Softly' (Filardi, 2005), en bleu pâle sur fond blanc, et 'For Gretchen' (A. Nicoll, 2009), en version néo-zélandaise. Il existe peut-être d'autres variétés qui arborent ce motif. C'est possible mais elles ne sont certainement pas nombreuses. Elles pourraient aussi le devenir pour peu que les obtenteurs s'entichent du modèle et tentent chacun d'en avoir leur exemplaire, comme c'est souvent le cas, hélas, de nos jours.
Iconographie :
'Splashacata'
'Camera Ready'
'Magic Quest'
'American Original'
'For Gretchen'
Elle a ceci de particulier qu'elle met en avant un motif jusqu'alors peu rencontré mais qui, depuis, a fait des émules, et qui, surtout, a été largement exploité par Rick Tasco lui-même.
'Splashacata' se présente avec des pétales violet clair et des sépales blancs entièrement poudrés de violet, les pointillés étant plus concentrés vers les bords. C'est cet aspect qui fait son originalité car à l'acoutumé les pointillés des plicatas sont plutôt alignés suivant les veines des pièces florales, et c'est ce qui lui vaut son succès. Il a pour pedigree (Purple Pepper X (Snowbrook x Jesse's Song)). Parmi ces parents, c'est vers 'Purple Pepper' (Nearpass, 1986) qu'il faut se pencher pour découvrir l'origine des ces petits points violets caractéristiques. Dans les ancêtres de ce 'Purple Pepper' il n'y a rien qui laisse présager l'apparition de ces motifs, si ce n'est qu'on est en présence d'un iris plicata, et que d'autres plicatas, avant et après sont eux aussi dotés de pointillés équivalents. Il s'agit donc d'un avatar du modèle plicata. On en avait un avant goût avec 'Rustic Dance' (J. Gibson, 1979), et on le retrouve chez 'Tanzanian Tangerine' (Kasperek, 1995) tout comme chez 'Sneezy' (Keppel, 1995). On peu dire vulgairement que le modèle était « dans les tuyaux » quand il est apparu sur 'Splashacata'. Ce n'est pas la première fois qu'une modification – ou un nouveau modèle – apparaît simultanément dans les semis de différents hybrideurs.
Le modèle ainsi perfectionné par Rick Tasco méritait bien d'être exploité de telle sorte qu'il apparaisse dans d'autres coloris. 'Splashacata' a donc une assez abondante descendance. Rick Tasco lui-même a exploité au maximum les aptitudes de sa vedette. Dès la première génération 'Splashacata' a donné naissance à certaines variétés qui lui ressemblent. C'est le cas de 'Celestial Explosion' (2003) avec ses sépales blancs tout piquetés de violet, dont l'autre parent est 'Colortrack' (Innerst, 1982), un variegata-plicata très traditionnel. C'est aussi le cas du BB 'Magic Quest' (2007) qui est une démonstration du professionnalisme de Rick Tasco. Il avait obtenu en 1995 un très joli IB, 'Sonoran Sands', qui était, en jaune, un équivalent de 'Splashacata', avec des pointillés brun-rouge. Cette étonnante variété provenait de l'union de deux iris jaunes marqués de brun aux épaules et autour des barbes : 'Panocha' (TB, Ernst, 1988) et 'Sam' (SDB, Aitken, 1987).Cet iris a été croisé avec un semis issu de 'Splashacata' et de 'Rustic Dance' et le résultat a été un transfert chez les BB du modèle de 'Sonoran Sands'. C'est enfin le cas de 'Camera Ready' (2009) qui fut un peu plus long à obtenir mais qui transfert lui aussi le modèle 'Splashacata' sur un iris jaune. Son pedigree (Ostentatious X (Splashacata x Tanzanian Tangerine)) démontre à son tour à quel point l'obtenteur est habile puisqu'en mariant 'Splashacata et 'Tanzanian Tangerine' il renforce les aptitudes de l'un et de l'autre et réalise un astucieux mélange des motifs de l'un et de l'autre.
A la génération suivante, c'est 'Celestial Explosion' qui a été jusqu'à ce jour le plus souvent mis à contribution. C'est ainsi qu'il est à l'origine de 'Temporal Anomaly' (2007), 'Starfield' (IB, 2012) et de 'Autumn Explosion' (2013).
'Temporal Anomaly', le premier de la série, ne provient pas directement de 'Celestial Explosion' mais d'un de ses frères de semis. Il a pour parent femelle 'Tennessee Woman' (Innerst, 1989), classique variegata-plicata', et reproduit les traits de sa « mère » mais avec les motifs caractéristiques de 'Celestial Explosion'. C'est une absolue réussite.
L'Intermédiaire 'Starfield', avec un pedigree plutôt compliqué, transfert le modèle dans les tons de grenat sur blanc. Quant à 'Autumn Explosion', c'est une transposition du modèle sur une fleur qui restitue les couleurs de 'Mariposa Autumn'(Tasco, 1999), sa « mère ».
Il reste une variété dont il nous faut parler. C'est 'American Original' (2014), qui est de la troisième génération. C'est encore un habile transfert du modèle sur une fleur très semblable à sa « mère », en l'occurence le fameux 'Spice Lord' (Blyth, 2001), un spectaculaire plicata brun pourpré sur fond blanc : un peu la version XL du petit 'Starfield'.
Pour être complet il faut aussi parler des descendants de 'Splashacata' qui ne sortent pas de chez Tasco, tout en se contentant de ceux qui reproduisent le motif caractéristique de pointillés uniformément répartis. Dans ce modèle on trouve 'Soaring Softly' (Filardi, 2005), en bleu pâle sur fond blanc, et 'For Gretchen' (A. Nicoll, 2009), en version néo-zélandaise. Il existe peut-être d'autres variétés qui arborent ce motif. C'est possible mais elles ne sont certainement pas nombreuses. Elles pourraient aussi le devenir pour peu que les obtenteurs s'entichent du modèle et tentent chacun d'en avoir leur exemplaire, comme c'est souvent le cas, hélas, de nos jours.
Iconographie :
'Splashacata'
'Camera Ready'
'Magic Quest'
'American Original'
'For Gretchen'
20.1.17
LES TROPHÉES
Emprunter le titre de ce feuilleton à José-Maria de Hérédia me paraît tout à fait adapté pour mettre en valeur les variétés d'iris considérées comme les meilleures de ces vingt dernières années. Ce sont des iris qui méritent bien les trophées qu'ils ont remportés. Nous en verrons quatre par semaine.
III – 1999
Médaille de Dykes = 'Hello Darkness' (Schreiner, 1992)
Fiorino d'Oro = 'Settimo Cielo' (V. Romoli, 1999)
Cook-Douglas Medal (SDB) = 'Pele' (Aitken, 1993)
Wister Medal (TB) = 'Rhonda Fleming' (Mullin, 1992)
III – 1999
Médaille de Dykes = 'Hello Darkness' (Schreiner, 1992)
Fiorino d'Oro = 'Settimo Cielo' (V. Romoli, 1999)
Cook-Douglas Medal (SDB) = 'Pele' (Aitken, 1993)
Wister Medal (TB) = 'Rhonda Fleming' (Mullin, 1992)
À LA MANIÈRE DE... MATHIAS ÉNARD (« BOUSSOLE »)
… C'est comme à Baden-Baden quand je suis allé y passer les fêtes de fin d'année chez mon oncle Pierre, du temps qu'il y était en fonction ; pour le soir de la St Sylvestre il avait pris des places pour le concert donné au Kurhaus par l'orchestre du Südwestfunk que dirigeait Michael Gielen, lequel, pour la circonstance, avait préparé un programme dit « léger » qui se composait de la marche et des fragments turcs d'Ippolitov-Ivanov, de Shéhérazade de Rimsky-Korsakov et de l'ouverture et la marche turque des Ruines d'Athènes de Beethoven, un programme très oriental, donc. C'était la première fois que j'allais assister à un concert symphonique et rien qu'à cette idée j'étais dans un état d'excitation considérable car ma mère m'avait souvent décrit les concerts qu'elle avait fréquentés dans sa jeunesse, immédiatement après la guerre, au temps où elle était étudiante à la Sorbonne, et j'en avais retenu l'image de quelque chose de grandiose, à la fois solennel et enthousiasmant, réservé à des privilégiés friands à la fois de musique et de mondanités, fréquemment elle fredonnait un thème de symphonie ou de concerto que je trouvais magnifique. Le brouhaha qui emplissait la salle au moment où nous sommes entrés, les costumes sombres des hommes, les robes élégantes et les bijoux scintillants des dames, l'odeur qui se répandait, mélange de tabac et de parfum chic, tout contribuait à m'intimider et à me rendre fébrile, ce fut bien plus intense quand les musiciens firent leur apparition sous les applaudissements du public, bientôt suivis par la haute silhouette du chef, impeccable en habit noir, chemise immaculée et nœud papillon blanc. J'avais quatorze ans ; dès les premières mesures j'étais tellement transporté que je retenais mon souffle comme si ce qui pénétrait en moi par les oreilles allait se substituer à l'air dans mes poumons. Mon oncle, lui-même excellent flûtiste amateur, écoutait avec un air grave que je ne lui connaissais pas ; j'avais l'impression de participer à quelque cérémonie majestueuse et enivrante, et à la fin de l’œuvre d'Ippolitov-Ivanov, pourtant bien mièvre quand j'y pense aujourd'hui, j'avais le cœur battant et les yeux mouillés. L'effet de Shéhérazade fut encore plus violent, les interventions du violon solo, toutes de grâce et de sentiment, m'émouvait au plus au point, je crois que c'est à ce moment que j'ai inconsciemment décidé que ma vie serait consacrée à la musique, et c'est aussi, peut-être, à ce moment qu'est née mon attirance pour l'Orient. A moins que cela ne soit dû à Sarah, dont j'allais faire le connaissance quelques années plus tard, et à l'art avec lequel elle parlait de l'Iran et des poètes et philosophes persans : Hafez, le poète de Chiraz, ou Sadegh Hedayat, le premier romancier iranien...
C'est aussi à Sarah que je dois l'autre thème de ma symphonie personnelle, celui qui étonne tellement ceux qui en apprennent l'existence. J'étais venu en Touraine passer quelques jours, au début de mai, chez Grand Mère et je m'ennuyais un peu dans la grande maison rurale, isolée, à Saint Benoît la Forêt, à l'orée de la forêt de Chinon, quand je reçus ce SMS sibyllin où Sarah me demandait de venir la rejoindre à Bordeaux sans tarder. Deux jours plus tard, pas fâché, en fin de compte, de m'éloigner un peu de ma retraite chinonaise, je la retrouvais en gare de Bordeaux St Jean où elle m'attendait ; elle portait un jean très étroit et un pull blanc sur lequel se déployait sa magnifique chevelure rousse, mais se sont ses yeux bleu profond et son étrange sourire qui, de nouveau, faisaient chavirer mon cœur. « Ne me demande pas pourquoi je t'ai fait venir, me dit-elle, j'ai loué une voiture et je t'emmène vers quelque chose qui va te plaire. » Et c'est ainsi qu'à peine descendu du train je me suis retrouvé sur l'autoroute en direction de Toulouse, extrêmement intrigué, mais incapable de poser la moindre question tant ma conductrice paraissait enthousiaste et bavarde. Nous nous sommes arrêtés pour déjeuner dans banal restaurant d'autoroute où nous sommes restés le moins de temps possible, puis, en début d'après-midi, à partir d'Agen, nous avons rejoint le réseau régional. C'est à ce moment qu'elle consentit enfin à m'expliquer ce qui nous amenait dans cette paisible campagne.
Sarah (toujours enthousiaste) :
« Tu vas faire la connaissance des iris, car je suis sûre que tu ignores tout de cette plante.
Moi (plus que surpris) :
Des iris ? Il y en a chez ma grand-mère. Pourquoi venir jusqu'ici ?
Sarah : Parce que ceux que tu vas voir vont changer l'opinion que tu peux avoir sur cette plante. Sais-tu que l'iris est en grande partie originaire d'Orient ? Les iris modernes ont une double origine : dalmate et turque. En Dalmatie, une première souche, celle des petits iris bleus, si parfumés ; en Turquie, en Anatolie exactement, une autre souche, plus grande et plus spectaculaire. Au début du XXe siècle des horticulteurs anglais et français ont eu l'idée de mélanger ces deux origines et ils ont obtenu des iris qui réunissaient les qualités des deux espèces de base. Comme tu vois, l'iris actuel est consubstantiel de l'Orient. Tu ne peux pas parler de ces régions et de l'influence qu'elles ont toujours eu sur les européens sans faire le parallèle avec l'union des iris d'Occident et des iris d'Orient. Des passionnés ont développé cette plante interspécifique et tu vas voir ce qu'ils sont parvenus à faire ! »
J'étais dubitatif sur l'intérêt que je pouvais trouver à cette question, mais j'étais en même temps curieux de ce que Sarah allait me présenter. Au détour d'une petite route départementale, au pied d'une douce colline, nous sommes arrivés devant une forte demeure près de laquelle un homme en tenue de paysan se tenait accroupi, retirant méticuleusement quelques herbes. Notre arrivée n'a pas eu l'air de lui faire plaisir mais la bonne humeur de Sarah a néanmoins réussi à lui arracher l'amorce d'un sourire. Elle fit les présentations : « Voici M. Ransom, me dit-elle, M. Ransom voici mon ami Frantz, que j'ai fait venir de Vienne en Autriche pour qu'il découvre votre travail. » « Je n'ai pas beaucoup de temps à vous consacrer,répondit le personnage bourru qui se tenait devant nous, mais vous pouvez circuler seuls dans le jardin ! Je viendrai vous saluer quand vous serez prêts à repartir ! », et il nous planta là, sans autre manifestation d'intérêt pour notre présence. Sérieuse comme un guide professionnel, Sarah entreprit donc de me faire parcourir les plantations d'iris de ce monsieur si peu attiré par ses visiteurs. Nous avons fait l'ascension du coteau et découvert des milliers d'iris alignés comme des militaires à la parade. C'est l'incroyable variété des coloris qui a d'abord retenu mon attention et j'ai ressenti aussitôt ce point dur dans ma poitrine qui caractérise mes plus fortes émotions. Sarah, tout en circulant entre les touffes en fleur, m'expliquait avec son incroyable bagout pédagogique comment et dans quel but ces plantes imposantes avaient été créées ; elle insistait sur le fait qu'une fois obtenus et sélectionnés les nouveaux iris commençaient une existence qui pouvait ne pas avoir de fin. « Fabriquer une plante nouvelle, disait-elle, c'est exercer une prérogative divine, celle de créer quelque chose d'éternel ; Si rien d'extérieur et lié à la destinée des choses ne vient interrompre brutalement la vie de cette plante, elle continuera d'exister jusqu'à la fin des temps ! Tu te rends compte de la responsabilité d 'un créateur d'iris ! Et quand on dispose de cette palette infinie, on pense aux innombrables combinaisons qui peuvent en résulter et on ne peut même pas imaginer l'immensité du domaine dans lequel on pénètre. Tout cela, un homme le tient entre ses doigts ; avec quelques connaissances en génétique, beaucoup de goût et autant de chance, il compose, un peu comme un musicien avec les sons et les rythmes, une œuvre qui sera là pour toujours ! » C'est ce parallèle entre le compositeur et l'hybrideur qui, je crois, a emporté mon propre enthousiasme, et savoir en plus que ce nouveau monde auquel j'accédais brusquement était le fruit d'une alliance entre l'Orient et l'Occident ajoutait à l'addiction vers laquelle je me sentais entraîné. C'est ainsi que de musicologue orientaliste je suis devenu, en quelques heures, un iridophile convaincu...
C'est aussi à Sarah que je dois l'autre thème de ma symphonie personnelle, celui qui étonne tellement ceux qui en apprennent l'existence. J'étais venu en Touraine passer quelques jours, au début de mai, chez Grand Mère et je m'ennuyais un peu dans la grande maison rurale, isolée, à Saint Benoît la Forêt, à l'orée de la forêt de Chinon, quand je reçus ce SMS sibyllin où Sarah me demandait de venir la rejoindre à Bordeaux sans tarder. Deux jours plus tard, pas fâché, en fin de compte, de m'éloigner un peu de ma retraite chinonaise, je la retrouvais en gare de Bordeaux St Jean où elle m'attendait ; elle portait un jean très étroit et un pull blanc sur lequel se déployait sa magnifique chevelure rousse, mais se sont ses yeux bleu profond et son étrange sourire qui, de nouveau, faisaient chavirer mon cœur. « Ne me demande pas pourquoi je t'ai fait venir, me dit-elle, j'ai loué une voiture et je t'emmène vers quelque chose qui va te plaire. » Et c'est ainsi qu'à peine descendu du train je me suis retrouvé sur l'autoroute en direction de Toulouse, extrêmement intrigué, mais incapable de poser la moindre question tant ma conductrice paraissait enthousiaste et bavarde. Nous nous sommes arrêtés pour déjeuner dans banal restaurant d'autoroute où nous sommes restés le moins de temps possible, puis, en début d'après-midi, à partir d'Agen, nous avons rejoint le réseau régional. C'est à ce moment qu'elle consentit enfin à m'expliquer ce qui nous amenait dans cette paisible campagne.
Sarah (toujours enthousiaste) :
« Tu vas faire la connaissance des iris, car je suis sûre que tu ignores tout de cette plante.
Moi (plus que surpris) :
Des iris ? Il y en a chez ma grand-mère. Pourquoi venir jusqu'ici ?
Sarah : Parce que ceux que tu vas voir vont changer l'opinion que tu peux avoir sur cette plante. Sais-tu que l'iris est en grande partie originaire d'Orient ? Les iris modernes ont une double origine : dalmate et turque. En Dalmatie, une première souche, celle des petits iris bleus, si parfumés ; en Turquie, en Anatolie exactement, une autre souche, plus grande et plus spectaculaire. Au début du XXe siècle des horticulteurs anglais et français ont eu l'idée de mélanger ces deux origines et ils ont obtenu des iris qui réunissaient les qualités des deux espèces de base. Comme tu vois, l'iris actuel est consubstantiel de l'Orient. Tu ne peux pas parler de ces régions et de l'influence qu'elles ont toujours eu sur les européens sans faire le parallèle avec l'union des iris d'Occident et des iris d'Orient. Des passionnés ont développé cette plante interspécifique et tu vas voir ce qu'ils sont parvenus à faire ! »
J'étais dubitatif sur l'intérêt que je pouvais trouver à cette question, mais j'étais en même temps curieux de ce que Sarah allait me présenter. Au détour d'une petite route départementale, au pied d'une douce colline, nous sommes arrivés devant une forte demeure près de laquelle un homme en tenue de paysan se tenait accroupi, retirant méticuleusement quelques herbes. Notre arrivée n'a pas eu l'air de lui faire plaisir mais la bonne humeur de Sarah a néanmoins réussi à lui arracher l'amorce d'un sourire. Elle fit les présentations : « Voici M. Ransom, me dit-elle, M. Ransom voici mon ami Frantz, que j'ai fait venir de Vienne en Autriche pour qu'il découvre votre travail. » « Je n'ai pas beaucoup de temps à vous consacrer,répondit le personnage bourru qui se tenait devant nous, mais vous pouvez circuler seuls dans le jardin ! Je viendrai vous saluer quand vous serez prêts à repartir ! », et il nous planta là, sans autre manifestation d'intérêt pour notre présence. Sérieuse comme un guide professionnel, Sarah entreprit donc de me faire parcourir les plantations d'iris de ce monsieur si peu attiré par ses visiteurs. Nous avons fait l'ascension du coteau et découvert des milliers d'iris alignés comme des militaires à la parade. C'est l'incroyable variété des coloris qui a d'abord retenu mon attention et j'ai ressenti aussitôt ce point dur dans ma poitrine qui caractérise mes plus fortes émotions. Sarah, tout en circulant entre les touffes en fleur, m'expliquait avec son incroyable bagout pédagogique comment et dans quel but ces plantes imposantes avaient été créées ; elle insistait sur le fait qu'une fois obtenus et sélectionnés les nouveaux iris commençaient une existence qui pouvait ne pas avoir de fin. « Fabriquer une plante nouvelle, disait-elle, c'est exercer une prérogative divine, celle de créer quelque chose d'éternel ; Si rien d'extérieur et lié à la destinée des choses ne vient interrompre brutalement la vie de cette plante, elle continuera d'exister jusqu'à la fin des temps ! Tu te rends compte de la responsabilité d 'un créateur d'iris ! Et quand on dispose de cette palette infinie, on pense aux innombrables combinaisons qui peuvent en résulter et on ne peut même pas imaginer l'immensité du domaine dans lequel on pénètre. Tout cela, un homme le tient entre ses doigts ; avec quelques connaissances en génétique, beaucoup de goût et autant de chance, il compose, un peu comme un musicien avec les sons et les rythmes, une œuvre qui sera là pour toujours ! » C'est ce parallèle entre le compositeur et l'hybrideur qui, je crois, a emporté mon propre enthousiasme, et savoir en plus que ce nouveau monde auquel j'accédais brusquement était le fruit d'une alliance entre l'Orient et l'Occident ajoutait à l'addiction vers laquelle je me sentais entraîné. C'est ainsi que de musicologue orientaliste je suis devenu, en quelques heures, un iridophile convaincu...
14.1.17
LES TROPHÉES
Emprunter le titre de ce feuilleton à José-Maria de Hérédia me paraît tout à fait adapté pour mettre en valeur les variétés d'iris considérées comme les meilleures de ces vingt dernières années. Ce sont des iris qui méritent bien les trophées qu'ils ont remportés.
Nous en verrons quatre par semaine.
II – 1998
Médaille de Dykes = 'Conjuration' (Byers, 1988)
Fiorino d'Oro = 'Helen Dawn' (Grosvenor, 1998)
DeBaillon Medal (LA) = 'Bayou Mystique' (Mary Dunn, 1988)
Whalter Cup (HM+) = 'Protocol' (IB, Keppel, 1994)
Nous en verrons quatre par semaine.
II – 1998
Médaille de Dykes = 'Conjuration' (Byers, 1988)
Fiorino d'Oro = 'Helen Dawn' (Grosvenor, 1998)
DeBaillon Medal (LA) = 'Bayou Mystique' (Mary Dunn, 1988)
Whalter Cup (HM+) = 'Protocol' (IB, Keppel, 1994)
ELVAN RODERICK
Le fleuriste du Missouri
Au début des années 1970 Georgia Hinkle cherchait quelqu'un pour lui succéder et continuer son travail. Elle l'a trouvé en la personne de Elvan Roderick, celui que ses amis appelaient familièrement « Al » ou « Rod ». En croisant 'Tempo' (Hinkle, 1967) et 'Favorite Topic' (H. Schmelzer, 1965) a pu obtenir ses trois premières variétés : 'Moody Blue' (1972), 'Cherished Memory' (1972) et 'Ruffled Ballet' (1973), toutes les trois étant des amoenas bleus.
Elvan Roderick est né dans le Missouri en 1930. Il est devenu très jeune amoureux des iris, à la suite d'une amusante anecdote. Un jour qu'à l'âge de 14 ans il se rendait en vélo à la piscine, il eut le malheur de crever et s'apprêtait à poursuivre sa route en poussant sa bicyclette quand il aperçut dans le jardin d'une vieille maison abandonnée une grosse touffe d'iris en fleurs, particulièrement odorante. Deux ans plus tard, avec l'argent de la vente d'un panier d'oeufs, il s'acheta ses premiers iris, une occasion pas trop coûteuse qui devait avoir une influence déterminante sur son avenir.
A la fin de ses études, il s'engagea dans la Marine et passa un certain temps à naviguer sur la Côte Ouest et jusqu'aux Îles Hawaï. Après quoi il revint dans son Missouri natal où il se maria et fut embauché chez un fleuriste où il passa un bon nombre d'années avant d'ouvrir, en 1963, sa propre boutique de fleurs.
A cette époque, il avait déjà réalisé quelques hybridations, mais il avait du renoncer à poursuivre cette activité, faute de temps. Mais il était toujours intéressé par la question et à la première occasion il revint à cette passion. C'était en 1970. Avec les encouragements de deux éminentes hybrideuses, Dorothy Palmer et Georgia Hinkle, il se mit à cultiver quelques semis, toujours trop occupé pour se donner à fond. Ce n'est qu'en 1972 qu'il enregistra ses premiers iris. D'année en année il enrichit son catalogue, mais néanmoins celui-ci reste modeste puisqu'il ne comporte que trente-cinq noms. Cependant ce n'est pas à la quantité que l'on reconnaît un grand hybrideur. Elvan Roderick, en si peu de variétés, a réussi à obtenir une Franklin-Cook Cup en 1982 et une Médaille de Dykes pour 'Ruffled Ballet' en 1983 et une President's Cup, en 1981 pour 'Copper Classic' ! On connaît des tas de gens qui n'ont jamais été autant honoré malgré une carrière richement remplie.
Elvan Roderick fut – et reste peut-être – un hybrideur fort connu en France car ses variétés y ont été largement commercialisées.
Iconographie :
'Cherished Memory'
'Copper Classic'
'Alice Goodman'
'Erleen Richeson'
Au début des années 1970 Georgia Hinkle cherchait quelqu'un pour lui succéder et continuer son travail. Elle l'a trouvé en la personne de Elvan Roderick, celui que ses amis appelaient familièrement « Al » ou « Rod ». En croisant 'Tempo' (Hinkle, 1967) et 'Favorite Topic' (H. Schmelzer, 1965) a pu obtenir ses trois premières variétés : 'Moody Blue' (1972), 'Cherished Memory' (1972) et 'Ruffled Ballet' (1973), toutes les trois étant des amoenas bleus.
Elvan Roderick est né dans le Missouri en 1930. Il est devenu très jeune amoureux des iris, à la suite d'une amusante anecdote. Un jour qu'à l'âge de 14 ans il se rendait en vélo à la piscine, il eut le malheur de crever et s'apprêtait à poursuivre sa route en poussant sa bicyclette quand il aperçut dans le jardin d'une vieille maison abandonnée une grosse touffe d'iris en fleurs, particulièrement odorante. Deux ans plus tard, avec l'argent de la vente d'un panier d'oeufs, il s'acheta ses premiers iris, une occasion pas trop coûteuse qui devait avoir une influence déterminante sur son avenir.
A la fin de ses études, il s'engagea dans la Marine et passa un certain temps à naviguer sur la Côte Ouest et jusqu'aux Îles Hawaï. Après quoi il revint dans son Missouri natal où il se maria et fut embauché chez un fleuriste où il passa un bon nombre d'années avant d'ouvrir, en 1963, sa propre boutique de fleurs.
A cette époque, il avait déjà réalisé quelques hybridations, mais il avait du renoncer à poursuivre cette activité, faute de temps. Mais il était toujours intéressé par la question et à la première occasion il revint à cette passion. C'était en 1970. Avec les encouragements de deux éminentes hybrideuses, Dorothy Palmer et Georgia Hinkle, il se mit à cultiver quelques semis, toujours trop occupé pour se donner à fond. Ce n'est qu'en 1972 qu'il enregistra ses premiers iris. D'année en année il enrichit son catalogue, mais néanmoins celui-ci reste modeste puisqu'il ne comporte que trente-cinq noms. Cependant ce n'est pas à la quantité que l'on reconnaît un grand hybrideur. Elvan Roderick, en si peu de variétés, a réussi à obtenir une Franklin-Cook Cup en 1982 et une Médaille de Dykes pour 'Ruffled Ballet' en 1983 et une President's Cup, en 1981 pour 'Copper Classic' ! On connaît des tas de gens qui n'ont jamais été autant honoré malgré une carrière richement remplie.
Elvan Roderick fut – et reste peut-être – un hybrideur fort connu en France car ses variétés y ont été largement commercialisées.
Iconographie :
'Cherished Memory'
'Copper Classic'
'Alice Goodman'
'Erleen Richeson'
CARL SALBACH
L'obtenteur de 'Lady Mohr'
Carl Salbach n'a jamais reçu la Médaille de Dykes, même si beaucoup pensent que 'Lady Mohr' l'aurait méritée, pourtant ce ne sont pas les distinctions de tous genres qui lui ont manqué, tant dans le domaine des iris, où il a excellé, que dans celui des glaïeuls, qui furent ses premières amours. Son iris 'Radiant' a même fait la couverture du magazine « Time », mais sa plus belle récompense est sans doute la Foster Memorial Plaque qui lui a été décernée en 1948.
C'était un fils de paysans, né près de la ville de Stockton, dans la grande vallée centrale de Californie. C'était quelqu'un de strict et de sévère dans ses opinions, mais qui cachait sous ces dehors rigoureux un cœur généreux et charitable. Il aimait les gens, et les gens l'aimait.
Très tôt il s'est intéressé à l'horticulture, mais son premier métier a été celui de marchand de machines à écrire ! Cependant il n'a jamais perdu les plantes de vue et a commencé par se faire un nom dans la culture des glaïeuls et des dahlias. Cependant à partir de 1922 il s'est plus profondément impliqué dans celle des iris. Il était méticuleux et croyait en les vertus d'une hybridation programmée.C'est ainsi que désireux d'exploiter les possibilités offertes par l'arilbred 'Capitola' (Reinelt, 1940), il a effectué un grand nombre de croisements, à la recherche d'une couleur nouvelle et originale. Et ses efforts ont été récompensés, notamment par le célèbre 'Lady Mohr' (AB, 1943), une variété qui se trouve à l'origine de la plupart des iris à barbes sombres.
Parallèlement il s'était attiré la réputation d'une personne sérieuse et d'un pépiniériste sur qui on pouvait compter. Plusieurs de ses collègues hybrideurs lui ont donc confié la distribution de leur production. C'est le cas de George Brehm, Edouard Essig, Stafford Jory, Clara Rees ou Franck Reinelt. Sydney Mitchell lui-même, lorsqu'il prit la décision de cesser de commercialiser personnellement ses iris et ceux de son ami William Mohr, céda son exploitation à Carl Salbach. Pour celui-ci c'était une affaire juteuse car les variétés de Mitchell et Mohr avaient une formidable réputation et se vendaient à prix d'or (50 dollars pour une nouveauté !). Par ricochet elles servaient de locomotive pour toutes les autres variétés au catalogue.
Ce n'est qu'en 1933 qu'il mit en vente ses propres obtentions. Les trois premières se nomment 'Gold Cup', un variegata qui ne fut jamais enregistré, 'Tioga' (1931), un iris bleu indigo, 'Yellow Pearl' (1931) qu'on peut qualifier de plicata jaune. Puis vinrent de nombreux autres iris dont 'Eleanor Blue', 1933, 'Radiant' (1936), 'Lighthouse' (1936), 'Monadnock' (1937) …
C'est lui qui mit en vente l'immense 'Snow Flurry' (Rees, 1939). En compagnie de son 'Deep Velvet' (1939), il tenta de créer le système de la marque déposée (avec les droits d'utilisation qui vont avec) comme cela se pratique avec de nombreuses plantes hybrides (rosiers, glaïeuls …) Pour plusieurs raisons, notamment parce que les contrôles étaient difficiles, il renonça à son projet. C'est sans doute pourquoi la multiplication des variétés d'iris est restée libre jusqu'à nos jours.
Les affaires de Carl Salbach ne cessant pas de prospérer, mais lui-même prenant de l'âge, il fut peu à peu contraint de limiter son activité, surtout après la mort accidentelle en 1939 de son fils unique Edward qui devait lui succéder. En 1945, donc, il cessa le commerce des dahlias, et en 1950 celui des glaïeuls. Mais il continua d'hybrider les iris jusqu'en 1952. Son dernier enregistrement s'appelle 'Gold Dust'. C'est un plicata parfait, avec des pétales crémeux, plus dorés au cœur, marqués de rose violacé et des sépales également blanc crème cernés d'un plumetis violet fumé. Il faisait partie de ses trois favoris, les deux autres étant 'Lady Mohr', bien sûr, et 'Oriental Glory', (1952), bitone rouge acajou avec un spot bleu au centre des sépales.
Aujourd'hui la pépinière de Carl Salbach, au cœur de la ville de Berkeley, a été absorbée par l'extension de l'urbanisation. C'est un peu le même sort que celui de la propriété Cayeux au Petit Vitry, aux portes de Paris. Il faut maintenant s'éloigner des villes pour disposer de suffisamment de place pour maintenir une pépinière...
Iconographie :
'Deep Velvet'
'Lighthouse'
'Oriental Glory'
'Miss California'
'Radiant'
Carl Salbach n'a jamais reçu la Médaille de Dykes, même si beaucoup pensent que 'Lady Mohr' l'aurait méritée, pourtant ce ne sont pas les distinctions de tous genres qui lui ont manqué, tant dans le domaine des iris, où il a excellé, que dans celui des glaïeuls, qui furent ses premières amours. Son iris 'Radiant' a même fait la couverture du magazine « Time », mais sa plus belle récompense est sans doute la Foster Memorial Plaque qui lui a été décernée en 1948.
C'était un fils de paysans, né près de la ville de Stockton, dans la grande vallée centrale de Californie. C'était quelqu'un de strict et de sévère dans ses opinions, mais qui cachait sous ces dehors rigoureux un cœur généreux et charitable. Il aimait les gens, et les gens l'aimait.
Très tôt il s'est intéressé à l'horticulture, mais son premier métier a été celui de marchand de machines à écrire ! Cependant il n'a jamais perdu les plantes de vue et a commencé par se faire un nom dans la culture des glaïeuls et des dahlias. Cependant à partir de 1922 il s'est plus profondément impliqué dans celle des iris. Il était méticuleux et croyait en les vertus d'une hybridation programmée.C'est ainsi que désireux d'exploiter les possibilités offertes par l'arilbred 'Capitola' (Reinelt, 1940), il a effectué un grand nombre de croisements, à la recherche d'une couleur nouvelle et originale. Et ses efforts ont été récompensés, notamment par le célèbre 'Lady Mohr' (AB, 1943), une variété qui se trouve à l'origine de la plupart des iris à barbes sombres.
Parallèlement il s'était attiré la réputation d'une personne sérieuse et d'un pépiniériste sur qui on pouvait compter. Plusieurs de ses collègues hybrideurs lui ont donc confié la distribution de leur production. C'est le cas de George Brehm, Edouard Essig, Stafford Jory, Clara Rees ou Franck Reinelt. Sydney Mitchell lui-même, lorsqu'il prit la décision de cesser de commercialiser personnellement ses iris et ceux de son ami William Mohr, céda son exploitation à Carl Salbach. Pour celui-ci c'était une affaire juteuse car les variétés de Mitchell et Mohr avaient une formidable réputation et se vendaient à prix d'or (50 dollars pour une nouveauté !). Par ricochet elles servaient de locomotive pour toutes les autres variétés au catalogue.
Ce n'est qu'en 1933 qu'il mit en vente ses propres obtentions. Les trois premières se nomment 'Gold Cup', un variegata qui ne fut jamais enregistré, 'Tioga' (1931), un iris bleu indigo, 'Yellow Pearl' (1931) qu'on peut qualifier de plicata jaune. Puis vinrent de nombreux autres iris dont 'Eleanor Blue', 1933, 'Radiant' (1936), 'Lighthouse' (1936), 'Monadnock' (1937) …
C'est lui qui mit en vente l'immense 'Snow Flurry' (Rees, 1939). En compagnie de son 'Deep Velvet' (1939), il tenta de créer le système de la marque déposée (avec les droits d'utilisation qui vont avec) comme cela se pratique avec de nombreuses plantes hybrides (rosiers, glaïeuls …) Pour plusieurs raisons, notamment parce que les contrôles étaient difficiles, il renonça à son projet. C'est sans doute pourquoi la multiplication des variétés d'iris est restée libre jusqu'à nos jours.
Les affaires de Carl Salbach ne cessant pas de prospérer, mais lui-même prenant de l'âge, il fut peu à peu contraint de limiter son activité, surtout après la mort accidentelle en 1939 de son fils unique Edward qui devait lui succéder. En 1945, donc, il cessa le commerce des dahlias, et en 1950 celui des glaïeuls. Mais il continua d'hybrider les iris jusqu'en 1952. Son dernier enregistrement s'appelle 'Gold Dust'. C'est un plicata parfait, avec des pétales crémeux, plus dorés au cœur, marqués de rose violacé et des sépales également blanc crème cernés d'un plumetis violet fumé. Il faisait partie de ses trois favoris, les deux autres étant 'Lady Mohr', bien sûr, et 'Oriental Glory', (1952), bitone rouge acajou avec un spot bleu au centre des sépales.
Aujourd'hui la pépinière de Carl Salbach, au cœur de la ville de Berkeley, a été absorbée par l'extension de l'urbanisation. C'est un peu le même sort que celui de la propriété Cayeux au Petit Vitry, aux portes de Paris. Il faut maintenant s'éloigner des villes pour disposer de suffisamment de place pour maintenir une pépinière...
Iconographie :
'Deep Velvet'
'Lighthouse'
'Oriental Glory'
'Miss California'
'Radiant'
7.1.17
LES TROPHÉES
Avec l'année nouvelle, voici un nouveau feuilleton.
Emprunter le titre de ce feuilleton à José-Maria de Hérédia me paraît tout à fait adapté pour mettre en valeur les variétés d'iris considérées comme les meilleures de ces vingt dernières années. Ce sont des iris qui méritent bien les trophées qu'ils ont remportés. Nous en verrons quatre par semaine.
I – 1997
Médaille de Dykes = 'Thornbird' (Byers, 1989)
Fiorino d'Oro = 'Champagne Waltz' (Schreiner, 1994)
Wister Medal (TB) = 'Acoma' (Magee, 1987)
Sass Medal (IB) = 'Hot Spice' (Aitken, 1989)
Emprunter le titre de ce feuilleton à José-Maria de Hérédia me paraît tout à fait adapté pour mettre en valeur les variétés d'iris considérées comme les meilleures de ces vingt dernières années. Ce sont des iris qui méritent bien les trophées qu'ils ont remportés. Nous en verrons quatre par semaine.
I – 1997
Médaille de Dykes = 'Thornbird' (Byers, 1989)
Fiorino d'Oro = 'Champagne Waltz' (Schreiner, 1994)
Wister Medal (TB) = 'Acoma' (Magee, 1987)
Sass Medal (IB) = 'Hot Spice' (Aitken, 1989)
LA FLEUR DU MOIS
'Flair' ( Joseph Gatty, 1975)
'Pacific' X ('Brave Viking' x 'Winter Olympics')
Ma collection d'iris a subi quatre transplantations. Créée à partir de 1981, elle a été une première fois délocalisée en 1985 et transférée de Limoges vers une propriété tourangelle tout près de l'embouchure de la Vienne dans la Loire, rive gauche. En 1989 elle a traversé la Vienne et gagné un nouvel emplacement, plus vaste, sur la rive droite cette fois. En 1994, compte tenu du vieillissement des touffes, il a fallu exécuter un nouveau transfert, dans une autre partie du même terrain. Enfin en 2002 un nouveau remaniement a eu lieu. De petites retouches ont été réalisées par la suite mais elle n'a plus connu de lourd déplacement avant son exil, en 2015, vers sa résidence actuelle dans le jardin du presbytère de Champigny sur Veude. Chaque déplantation/replantation a donné lieu à quelques pertes inévitables en de telles circonstances. C'est ce qui est arrivé à 'Flair'. Acquis en 1984, je crois, il n'a fleuri qu'une fois à son premier emplacement où il s'était parfaitement implanté. Là où je l'avais mis en 85, il se plaisait beaucoup moins et, même si sa floraison était fidèle, sa multiplication est restée faible si bien que j'ai eu du mal à trouver trois rhizomes présentables lors du transfert de 94 ! Ce fut peine perdue : il n'a pas réapparu au printemps 95...
C'est bien dommage car il s'agit d'une variété qui me plaisait beaucoup. Comme la plupart des iris de Gatty elle avait cette grâce délicate si représentative de la nature fragile de son obtenteur. Elle est décrite comme atteignant une taille un peu au-dessus de la moyenne (98cm), mais chez moi elle restait plus discrète, autour de 75/80cm. Dans ces conditions elle aurait pu passer inaperçue, perdue au milieu de nombreuses hampes vigoureuses, mais il n'en était rien car sa délicieuse couleur la mettait en évidence. La photo prise par mon presque voisin Gérard Raffaelli lui rend parfaitement justice.
Le croisement dont elle est issue fait appel à 'Pacifica' (Jeannette Nelson, 1967), dont je n'ai pas trouvé de photo, provenant en droite ligne du fameux 'Snow Flurry' (Rees, 1939) et des bleus 'Chivalry' (Wills, 1943) et 'Rehobeth' (DeForest, 1953) . Ce 'Pacifica' a été associé à un croisement de deux iris plus modernes, le bleu ciel 'Brave Viking' (Hinkle, 1961) et le blanc pur 'Winter Olympics' (O. Brown, 1961) – un iris qui a remporté toutes les distinctions possibles- . Avec de tels parents on ne pouvait obtenir qu'un semis blanc ou bleu ; celui qui nous intéresse est décrit comme : « pétales blanc bleuté ombré de bleu glycine à la base et sur les côtes ; sépales blanc glacier avec une touche de bleu glycine à la gorge ; barbes blanches pointées de jaune clair. » Un coloris frais et de bon goût pour un iris qui ne pouvait guère être autre chose qu'une réussite, avec au moins quatre vainqueurs de la Dykes Medal dans ses ancêtres.
Les descendants de ce joli iris bleu ne sont pas nombreux. J'en ai compté dix dont plusieurs n'ont jamais été commercialisés (ce sont l'oeuvre d'amateurs).Ce sont tous des iris bleu pâle, avec, chez plusieurs, une nette tendance à l'inversion des couleurs, en quelque sorte des amorces d'amoenas inversés. C'est le cas de 'Trident' (R. Dunn, 1982) et de 'Spécial Mozart' (P. Anfosso, 1991). Ce dernier représente quelque chose pour moi puisqu'il se trouve à la troisième génération, via 'Iriade' (Laporte, 2004), derrière 'Zone d'Ombre' (Ruaud, 2012), un amoena inversé bien réussi qui mériterait de s'éloigner un peu de mon propre jardin. Qu'on me pardonne cette poussée de vanité !
Il existe aujourd'hui de nombreuses variétés où l'on retrouve à peu près les couleurs délicieuses de 'Flair',mais les fleurs contemporaines n'ont pas cette légèreté qui contribue tellement à son charme. Les possesseurs de cet iris de premier choix ont bien de la chance. Ils devraient, selon moi, en prendre particulièrement soin de manière à le conserver comme un vrai trésor.
Iconographie :
'Flair'
'Brave Viking'
'Winter Olympics'
'Rehobeth'
'Zone d'Ombre'
AU NOIR PAR LES ROUGES
Aller au noir en passant par les rouges, tel est le raisonnement que s'est tenu Gordon Plough, dans les années 1950. Il y a en effet deux moyens, au moins, pour obtenir des iris noirs : la voie qui passe par le violet, et celle qui fait intervenir le « rouge ». La première consiste à accroître la concentration des pigments jusqu'à obtenir une couleur très sombre, pratiquement noire. C'est le chemin le plus fréquemment emprunté. Mais Gordon Plough a tenté une autre expérience. Il a cherché non pas la concentration des pigments anthocyaniques violets, mais celle de leurs cousins pourpres ajoutés à une base brun-rouge.
La tentative qui a donné le meilleur résultat est le croisement entre 'Great Day' (Tompkins, 1953) et 'Sable Night' (P. Cook, 1950). Le premier est décrit par son obtenteur comme un iris orange, mais les photos les plus fiables, notamment celle présentée par la HIPS (Société pour la Préservation des Iris Historiques) pour Iris Encyclopedia, montrent une variété brun-rouge, qui serait plus en adéquation avec le sujet de la recherche entreprise par Plough. Le second est un iris « noir » très connu et très apprécié, titulaire de la Dykes Medal de 1955. Le résultat s'appelle 'Edenite'(1958), et il a du combler son obtenteur tant il est proche du but à atteindre.
A noter qu'une recherche similaire, entreprise par Luzon Crossby – une amie de Melba Hamblen- , à partir de 'Solid Mahogany' (J. Sass, 1943), a débouché sur un résultat équivalent : 'La Negra Flor' (1956), honoré du Fiorino d'Oro en 1959.
Le même Gordon Plough a poursuivi sur la trajectoire choisie. Il a obtenu 'Study in Black' (1967) qui a pour pedigree (Duke of Burgundy x Edenite) X Congo Song dans lequel 'Congo Song' (Christensen, 1961) est un autre descendant de 'Sable Night'. 'Study in Black' est considéré comme un grand progrès dans la recherche du noir par les rouges. Il a eu quelques descendants, dans des couleurs très diverses, dont au moins deux variétés foncées : 'Black Jazz' (Heiman, 1979) originaire d'Allemagne, et surtout 'Interpol' (Plough, 1972), décrit comme « noir venant du côté pourpre », dans lequel on voit nettement cette influence rougeâtre.
Par une autre voie, mais toujours en utilisant 'Sable Night' comme point de départ, Duane Meek a obtenu 'Cherry Smoke' (1977), rouge sombre et violacé comme son nom le laisse penser. Duane Meek a senti le potentiel de cette variété pour l'obtention d'iris violacé réchauffés de tons de rouge. Il a enregistré toute une série de fleurs sombres dont la description va de « rouge violacé » à « violet rougeâtre ». Parmi ceux-ci 'Harlem Hussy' (1982), remarquable obtention tirant vers le noir, mais un noir sous-tendu de rouge. Le filon a été exploité non seulement par Duane Meek, mais aussi par quelques autres comme Larry Johnson ou Darlene Pinegar : 'Dark Passage' (Pinegar, 1997), 'Mallory Kay' (Johnson, 1998).
'Superstition' (Schreiner, 1977) est un noir un peu rougeâtre ultra célèbre et souvent utilisé pour des croisements où dominent les variétés noir-rouge comme 'Back in Black (Schreiner, 1986), 'Before the Storm' (Innerst, 1988), 'Kekionga' (Miller, 1984), 'Mandy G.' (Beer, 1991), 'Son of Dracula' (Hedgecock, 1990) et son frère de semis 'Navajo Night' (Hedgecock, 1997),sans oublier 'Night Flame' (Aitken, 1992), l'un des plus réussis de toute cette famille.
Cette revue de variétés noires par les rouges se terminera par 'Black Magic Wooman' (Tasco, 2008) qui provient d'une autre origine et dont le pedigree est Night Game X Romantic Evening, 'Night Game' (Keppel, 1995) (Witches' Sabbath X Gallant Rogue) étant décrit comme couleur aubergine, ce qui sous entend un noir imprégné de rouge. Le pourpre amarante est aussi présent chez 'Romantic Evening' (Ghio, 1994), l'autre parent, un classique de l'hybridation actuelle, qui a une foule de descendants.
Depuis les avancées de Gordon Plough dans les années 1950/60, les iris noirs, qu'ils soient obtenus via les violets ou via les brun-rouge, ont fait des progrès gigantesques. Mais les deux branches continuent d'exister certains préférant le noirs absolu délicieusement velouté, d'autre préférant le noir chaud où l'on perçoit une origine rouge. Pour ma part, je ne suis pas loin de me ranger dans la deuxième partie ; j'aime 'Mandy G' et 'Before the Storm' et j'ai toujours une tendresse pour l'ancien 'Study in Black', qui fut longtemps mon noir préféré.
Illustrations :
'Edenite'
'Study in Black'
'Harlem Hussy'
'Night Flame'
'Black Magic Woman'
La tentative qui a donné le meilleur résultat est le croisement entre 'Great Day' (Tompkins, 1953) et 'Sable Night' (P. Cook, 1950). Le premier est décrit par son obtenteur comme un iris orange, mais les photos les plus fiables, notamment celle présentée par la HIPS (Société pour la Préservation des Iris Historiques) pour Iris Encyclopedia, montrent une variété brun-rouge, qui serait plus en adéquation avec le sujet de la recherche entreprise par Plough. Le second est un iris « noir » très connu et très apprécié, titulaire de la Dykes Medal de 1955. Le résultat s'appelle 'Edenite'(1958), et il a du combler son obtenteur tant il est proche du but à atteindre.
A noter qu'une recherche similaire, entreprise par Luzon Crossby – une amie de Melba Hamblen- , à partir de 'Solid Mahogany' (J. Sass, 1943), a débouché sur un résultat équivalent : 'La Negra Flor' (1956), honoré du Fiorino d'Oro en 1959.
Le même Gordon Plough a poursuivi sur la trajectoire choisie. Il a obtenu 'Study in Black' (1967) qui a pour pedigree (Duke of Burgundy x Edenite) X Congo Song dans lequel 'Congo Song' (Christensen, 1961) est un autre descendant de 'Sable Night'. 'Study in Black' est considéré comme un grand progrès dans la recherche du noir par les rouges. Il a eu quelques descendants, dans des couleurs très diverses, dont au moins deux variétés foncées : 'Black Jazz' (Heiman, 1979) originaire d'Allemagne, et surtout 'Interpol' (Plough, 1972), décrit comme « noir venant du côté pourpre », dans lequel on voit nettement cette influence rougeâtre.
Par une autre voie, mais toujours en utilisant 'Sable Night' comme point de départ, Duane Meek a obtenu 'Cherry Smoke' (1977), rouge sombre et violacé comme son nom le laisse penser. Duane Meek a senti le potentiel de cette variété pour l'obtention d'iris violacé réchauffés de tons de rouge. Il a enregistré toute une série de fleurs sombres dont la description va de « rouge violacé » à « violet rougeâtre ». Parmi ceux-ci 'Harlem Hussy' (1982), remarquable obtention tirant vers le noir, mais un noir sous-tendu de rouge. Le filon a été exploité non seulement par Duane Meek, mais aussi par quelques autres comme Larry Johnson ou Darlene Pinegar : 'Dark Passage' (Pinegar, 1997), 'Mallory Kay' (Johnson, 1998).
'Superstition' (Schreiner, 1977) est un noir un peu rougeâtre ultra célèbre et souvent utilisé pour des croisements où dominent les variétés noir-rouge comme 'Back in Black (Schreiner, 1986), 'Before the Storm' (Innerst, 1988), 'Kekionga' (Miller, 1984), 'Mandy G.' (Beer, 1991), 'Son of Dracula' (Hedgecock, 1990) et son frère de semis 'Navajo Night' (Hedgecock, 1997),sans oublier 'Night Flame' (Aitken, 1992), l'un des plus réussis de toute cette famille.
Cette revue de variétés noires par les rouges se terminera par 'Black Magic Wooman' (Tasco, 2008) qui provient d'une autre origine et dont le pedigree est Night Game X Romantic Evening, 'Night Game' (Keppel, 1995) (Witches' Sabbath X Gallant Rogue) étant décrit comme couleur aubergine, ce qui sous entend un noir imprégné de rouge. Le pourpre amarante est aussi présent chez 'Romantic Evening' (Ghio, 1994), l'autre parent, un classique de l'hybridation actuelle, qui a une foule de descendants.
Depuis les avancées de Gordon Plough dans les années 1950/60, les iris noirs, qu'ils soient obtenus via les violets ou via les brun-rouge, ont fait des progrès gigantesques. Mais les deux branches continuent d'exister certains préférant le noirs absolu délicieusement velouté, d'autre préférant le noir chaud où l'on perçoit une origine rouge. Pour ma part, je ne suis pas loin de me ranger dans la deuxième partie ; j'aime 'Mandy G' et 'Before the Storm' et j'ai toujours une tendresse pour l'ancien 'Study in Black', qui fut longtemps mon noir préféré.
Illustrations :
'Edenite'
'Study in Black'
'Harlem Hussy'
'Night Flame'
'Black Magic Woman'
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