29.9.06


IL N’Y A PAS QUE LA COULEUR

Ici, nous parlons souvent de la couleur des fleurs d’iris. Cependant l’attrait d’une fleur ne tient pas seulement à cela. Plusieurs autres traits concourent à l’élégance, la grâce, et, en un mot, la beauté d’un iris. Au cours du siècle dernier, et essentiellement dans la période entre les deux guerres, l’aspect des iris a profondément évolué, passant d’une forme molle et vieillotte à ce que nous connaissons aujourd’hui.

Deux et deux font quatre.

Ce que l’on nomme les vieux iris était des plantes d’environ 70 cm de haut, aux tiges grêles, souvent incapables de tenir en hauteur des fleurs petites et caractérisées par des pétales étroits et des sépales pendants. La première étape du changement a consisté à faire acquérir aux tiges une taille majestueuse et une vigueur telle qu’en presque toutes circonstances, les fleurs soient portées haut et fièrement. Cette étape est celle qu’on a baptisé la révolution tétraploïde, celle qui a consisté à faire passer dans les petits iris traditionnels du début du XXeme siècle la force des iris originaires d’Asie Mineure qu’on trouvait dans certains jardins d’Angleterre ou de France, plus grands et plus robustes que les précédents. Sans qu’on le sache à l’époque, les petits iris étaient diploïdes : ils avaient deux paires de chromosomes, ce qui limite forcément les possibilités de développement. Les grands avaient quatre paires, ce qui était la raison de leur taille plus imposante. Mais ces gros iris n’offraient qu’un choix réduit de couleurs (divers tons de violet et de lavande), alors que les anciens, hybridés depuis longtemps, avaient acquis un éventail de coloris remarquable et varié. De plus ils avaient conservé de leur origine moyen-orientale une fragilité aux rudesses du climat de l’Europe du Nord ou des Etats-Unis. Pour allier les avantages des deux plantes, les hybrideurs tentèrent de croiser les unes avec les autres. Les débuts furent laborieux, car les nouveaux cultivars, plus grands, certes, ne donnaient que des plantes pratiquement stériles, sans autres avantages que leur taille. On n’en savait rien, à l’époque, mais ces hybrides stériles, croisements entre diploïdes et tétraploïdes, étaient des triploïdes, incapables de se reproduire. Il arrive cependant que des croisements de parents diploïdes et tétraploïdes donnent naissance à de vrais tétraploïdes, pour peu que se produise la rencontre rarissime d’un parent tétraploïde avec le gamète - non réduit – d’une variété diploïde. Instinctivement, ce sont ceux-là que les hybrideurs ont sélectionné, et c’est grâce à leur travail acharné que les qualités des diploïdes ont pu être introduites dans des plantes à quatre chromosomes, plus grandes et plus belles. On n’apprendra qu’au cours des années 20 la raison scientifique de ces caractères, lorsque le comptage des chromosomes sera devenu possible. Mais la révolution avaient déjà eu lieu chez les iris : presque toutes les variétés nouvelles, dans les années 30, étaient tétraploïdes. Ce qui n’avait pas pour résultat que de donner des plantes plus grandes et plus fortes (près d’un mètre de hauteur), mais aussi cela ouvrait pratiquement à l’infini les variations possibles dans les coloris et associations de coloris.

SNOW FLURRY

Jusqu’à l’apparition de SNOW FLURRY, en 1939, les fleurs d’iris ne présentaient pas d’ondulations : pétales et sépales restaient plats, presque comme ayant été repassés. La Californienne Clara Rees a eu la bonne fortune, en croisant PURISSIMA (tétraploïde) et THAÏS (diploïde), d’obtenir un extraordinaire iris blanc à barbes jaune primevère, dont les fleurs s’ornaient de gracieuses ondulations. Bien qu’un peu pauvre en pollen, SNOW FLURRY a été infiniment utilisé en hybridation et a donné naissance a des variétés nouvelles magnifiques et dans à peu près toutes les couleurs. C’est à tel point que de nos jours il est pratiquement acquis que tous les hybrides ont du sang de SNOW FLURRY dans leurs vaisseaux. Certains hybrideurs développent maintenant des variétés sans ondulations, ou presque, mais c’est pour rechercher un effet particulier : on s’efforce de supprimer une caractéristique devenue universelle, ce qui peut paraître paradoxal, mais qui n’est pas forcément dénué d’intérêt. A la force de la tétraploïdie s’est ajoutée la grâce des ondulations.

CHANTILLY

Dès les années 30, de petites granulosités étaient apparues à l’extrémité des parties florales de certains semis. Les obtenteurs de l’époque considéraient cela comme des anomalies et rejetaient les plantes atteintes, mais certains y virent l’amorce de ce qui pouvait devenir un ornement supplémentaire, pour peu que ces granulosités évoluent en petites échancrures fines analogues à ce que l’on voit sur les œillets. Les frères Sass, puis Agnes Whiting, se lancèrent dans l’aventure, bientôt suivis du précurseur que fut David Hall. C’est lui qui enregistra en 1940 un iris mauve à cœur jaune, baptisé CHANTILLY. Ce CHANTILLY présentait, au bord de ses pétales de délicates dentelures. En dehors de cela CHANTILLY n’était pas une fleur vraiment jolie, mais le départ était donné pour une diffusion étendue de cette dentelle à laquelle il doit son nom. Tous les obtenteurs se sont lancés dans l’aventure, et en particulier Robert Schreiner, à qui l’on doit des variétés frisées qui vont de CRISPETTE (57) à LACED COTTON (80) et tous leurs descendants.

De l’ampleur.

Il n’était pas suffisant de produire des grosses fleurs, encore fallait-il que celles-ci soient solides, résistantes aux intempéries, et conservant leur jolie forme le plus longtemps possible. Peu à peu, par sélections successives, les hybrideurs ont travaillé à l’obtention de pétales plus larges, avec des côtes plus robustes, qui conservaient leur verticalité malgré la pluie et le temps. De même, la largeur des sépales à leur base a été recherchée pour faire disparaître le côté disgracieux de sépales s’effondrant en « oreilles de cocker ». La force leur étant venue, ils se sont épanouis en délivrant les pétales tout en conservant une position proche de l’horizontale, beaucoup plus esthétique. Une jolie fleur d’aujourd’hui possède des sépales qui s’évasent très vite, allant jusqu’à déborder sur la base des pétales pour constituer un ensemble bien rond, très élégant. Pour arriver à ces résultats il a fallu donner davantage de substance aux pièces florales pour que celles-ci deviennent capables de se maintenir pendant trois ou quatre jours avant de faner, et de faire front sans faiblir aux attaques de la pluie et du vent.

Le nombre d’or.

Le chic d’une fleur provient aussi des proportions entre d’une part les différentes pièces florales, d’autre part la taille des fleurs par rapport à la hauteur de la tige. Tout ceci n’a pas été obtenu en un jour, et n’est donc pas l’apanage d’une fleur apparaissant subitement comme parfaite, mais le fruit d’une longue évolution faisant appel au goût et à l’application des obtenteurs. Il est apparu que la proportion idéale d’une fleur était non pas l’exacte égalité entre les dimensions des pétales et des sépales, mais provenait de pétales un tout petit peu moins hauts que les sépales. En ce sens, WHOLE CLOTH (Cook 57 – DM 62) (voir photo) a longtemps été considéré comme la perfection. De nos jours, les fleurs d’iris dignes d’être enregistrés ont presque toutes ces proportions idéales. Il en est de même pour l’harmonie entre la taille des fleurs et l’élévation de la tige florale. Pour les grands iris, les mensurations idéales sont : hauteur 90 cm, fleurs de 15/15 cm, ou un peu plus. Mais que serait-ce qu’une fleur bien proportionnée, isolée au sommet de sa hampe, ou des corolles en grand nombre, tassées le long d’une tige sans assez d’espace pour s’épanouir avec aisance ? En ces domaines aussi l’activité des hybrideurs s’est manifestée pour obtenir des fleurs en nombre suffisant pour que la plante dure aussi longtemps que possible en restant belle. Les hampes ont pris une forme onduleuse, en S, pour permettre que les fleurs placées de part et d’autre se développent harmonieusement. Dans les guides pour les juges aux concours internationaux, l’accent est mis sur ces caractéristiques, et notamment le nombre de boutons (minimum 7 par tiges) et celui des branches (3 au moins).

De la fantaisie.

D’autres améliorations sont intervenues au long du vingtième siècle, pour apporter de nouveaux attraits à nos fleurs préférées. On pourrait parler des recherches pour fidéliser la seconde floraison des iris présentant l’aptitude à remonter, mais on quitterait là le domaine de la forme. Pour ne pas s’éloigner du sujet, abordons la question des éperons, froufrous et autres appendices pétaloïdes.

Il s’agit, encore une fois, d’un avatar constaté depuis longtemps dans les champs d’iris, mais rejeté car considéré comme une malformation. Il faut rendre grâce à Lloyd Austin pour l’énorme travail de recherche et de croisement entrepris afin d’exploiter ce qui n’était dans les années 50 qu’une anomalie, et d’apporter à ces nouveautés toutes les améliorations qui étaient possibles, de manière à ce que les éperons et autres fantaisies, confèrent aux fleurs une personnalité excitante mais aussi esthétique. C’est lui qui a inventé l’expression « Space Age » pour désigner ces nouveaux iris, leur attribuant du même coup une identité synonyme de modernité. Après lui, bien d’autres hybrideurs se sont lancés dans l’aventure, utilisant les cultivars de Lloyd Austin comme base de leur recherches. Manley Osborne, Henry Rowlan ont été parmi les premiers à reprendre un flambeau qui ne s’est plus éteint et est parvenu à s’imposer dans un monde qui fit longtemps de la résistance. Les iris à éperons ne font plus discussion maintenant. Ils ont reçu la consécration de la récompense suprême, la Médaille de Dykes, attribuée à trois reprises à des variétés obtenues par Monty Byers, autre visionnaire.

D’autres perspectives.

Viendra le jour où les éperons se transformeront en pétaloïdes donnant aux fleurs d’iris l’aspect « flore pleno », qui existe déjà dans bien d’autres espèces de fleurs. Les iris doubles approchent à grandes enjambées. Mais ils ne sont pas les seuls à pointer leur nez : les fleurs sans pétales, donc ayant un aspect absolument plat, existent déjà. Et celles dont les styles se développeraient en nouveaux pétales, comme chez certains iris du Japon, ne sont pas loin. On parle également de variétés croisées avec d’autres espèces pour obtenir, par exemple, des iris « spider », aux tépales longs et étroits, tout comme d’iris dont les bords laciniés deviendraient de véritables cils, comme chez certains chrysanthèmes… La forme des iris n’est pas figée. Elle a subi au cours des décennies passées de profonds changements, elle en connaîtra d’autres, et l’on peut faire confiance à l’imagination, au bon goût et au travail des hybrideurs, pour nous surprendre et nous enchanter.
RÉCRÉATION

SUR LA RIVE

Les six noms qui suivent font référence à une rivière. Mais l’un d’entre eux n’a pas (encore) été attribué à une variété d’iris. Lequel ?

DANUBE WALTZ
HUDSON MIRROR
LEINEUFER
SEVERN SIDE
VAL DE LOIRE
WILLAMETTE MIST
RÉCRÉATION (réponses)

TENUE DE SOIRÉE

Le nom qui n’a pas été attribué est :
EVENING SUIT

23.9.06


AFTERNOON DELIGHT

Les grands hybrideurs ont souvent une variété fétiche, qu’ils utilisent à tour de bras pour leurs croisements. Longtemps Keith Keppel s’est servi d’APRIL MELODY (Gibson 67) avec lequel il a obtenu une vingtaine de cultivars. Pour Joë Ghio, ce serait plutôt CLAUDIA RENE (Gaulter 63), avec le même nombre de rejetons. Pour Richard Ernst, il s’agit d’AFTERNOON DELIGHT (Ernst 85), une de ses toutes premières obtentions, qu’il a croisé dans les deux sens avec plusieurs autres variétés dont, principalement, IRENE NELSON (Jones 75), RINGO (Shoop 79), EDNA’S WISH (Gibson 83) ou CRANBERRY ICE (Schreiner 76).

Il est curieux de constater que cet AFTERNOON DELIGHT n’a pas inspiré les autres hybrideurs en dehors de Tom Burseen qui en a fait, lui, un usage modéré. Mais Ernst y a vu un géniteur intéressant et il en a obtenu des variétés de premier ordre qui constituent son fond de catalogue.

AFTERNOON DELIGHT présente la particularité d’être ce que l’on peut imaginer qu’on va obtenir en croisant deux variétés : on y retrouve parfaitement les traits de la famille de chacun de ses parents. Il a pour pedigree (Countryman x Outreach) X (Mary Frances x Lombardy). On peut dire qu’il tient ses pétales du groupe (Countryman x Outreach), et ses sépales de la paire (Mary Frances x Lombardy). Sa description peut se résumer à : pétales miel entourés de mauve, sépales mauve entourés de miel, barbes jaunes (voir photo) ; un effet miroir qui n’est pas très fréquent. COUNTRYMAN comme OUTREACH sont des iris jaunes ; MARY FRANCES et LOMBARDY sont dans les tons mauves et violacés. On ne sait pas grand chose de la famille de COUNTRYMAN (Gaulter 75), sinon qu’on y trouve NOB HILL (Gaulter 63), MAY MELODY (Hamblen 65), RAINBOW GOLD (Plough 59), ROYAL GOLD (Hamblen 66) et WEST COAST (Knopf 68). Tous sont des iris jaunes. D’OUTREACH (Jeannette Nelson 71), les grands-parents sont RAINBOW GOLD, HOMECOMING (J. Nelson 60), CALL ME MADAM (J. Nelson 56) et HUDSON BAY (Plough 57). En dehors de RAINBOW GOLD, tous les autres sont dans les tons de rose orchidée, abricot, bruyère ou magenta. En mélangeant ces ingrédients, on peut imaginer que l’on va obtenir un ton jaune orangé nuancé de rose, pourquoi pas un jaune miel ? Et avec HUDSON BAY, on a apporté l’effet de cerne ou de liseré.

On ne présente plus MARY FRANCES (Gaulter 73 – DM 79), qui est une des variétés les plus populaires, d’un mauve doux particulièrement plaisant. LOMBARDY (Gaulter 76) n’a pas la même notoriété, mais pour ce qui est du coloris, on reste dans le mauve, lequel provient, d’un côté de MARIE PHILLIPS (Muhlestein 63) et GRACELINE (Buss 56), de l’autre de SAN LEANDRO (Gaulter 68) et RIPPLING WATERS (Fay 61 – DM 66). Voilà de quoi fabriquer des sépales mauves !

Avec une ascendance où l’on rencontre beaucoup de beau monde, il était à prévoir qu’AFTERNOON DELIGHT pourrait être un bon parent. Richard Ernst, qui a été très fier de son travail, en a profité. Entre 1990 et maintenant, je lui compte quarante-six enregistrements à base d’AFTERNOON DELIGHT ! Sans compter les descendants indirects comme le très remarqué bicolor inversé TAUGHT BY MASTERS (2002), qui est un produit de LIVING RIGHT (91), que l’on peut qualifier, lui, de néglecta inversé !

Croisé avec l’autre variété vedette de Rick Ernst, le rose saumon EDNA’S WISH (Gibson 83), AFTERNOON DELIGHT a donné des iris époustouflants qui devraient contribuer à assurer à leur obtenteur la reconnaissance des juges qui lui a quelque peu manqué jusqu’à maintenant. Il s’agit d’amoenas ou de bicolors inversés comme ICECREAM TREAT (96), DANDY CANDY (2001), BOLD EXPRESSION (2003), STRANGE SENSATION (2004), SWEET BALLERINA (2004) et FINISHING SCHOOL(2005).

En décidant d’utiliser pleinement AFTERNOON DELIGHT, Ernst n’a sûrement pas fait le mauvais choix. Il est arrivé aujourd’hui à une maîtrise des couleurs inversées qui mérite que nous lui tirions notre chapeau.
RÉCRÉATION (réponses)

AU MATIN

Le nom qui n’a pas été attribué est :
MORNING MAID
RÉCRÉATION

TENUE DE SOIRÉE

Les six noms qui suivent font référence à la soirée. Mais l’un d’entre eux n’a pas (encore) été attribué à une variété d’iris. Lequel ?

EVENING CANTICLE
EVENING ECHO
EVENING GOWN
EVENING MIST
EVENING SILK
EVENING SUIT

16.9.06


APPRENDRE À LIRE

D’habitude, ce que je publie ici s’adresse à des amateurs chevronnés, pour qui le langage des iris n’est pas quelque chose d’abscons. Pour une fois, je vais m’adresser à ceux qui commencent leur vie d’amateurs d’iris.

Pour commencer, je vais essayer d’expliquer comment on lit le pedigree d’une variété, en déchiffrant les codes et indications qui apparaissent dans les « check-lists » ou le livret annuel des enregistrements et introductions sur le marché.

Prenons, par exemple, la description de ARISTOCRACY (voir photo), une variété enregistrée en 2005 par le célèbre Keith Keppel. Voici ce qu’on peut lire :
ARISTOCRACY : (Keith Keppel, R. 2005). Sdg. 99-82B. TB, 37” (94 cm), L. S. wood violet (M&P 42-K-10); style arms slightly lighter (43-I-9); F. royal purple (43-KL-11), hazy bluer area (41-F-9 to 41-E-8) near beard; beards light blue (41-D-9) tipped light yellow; ruffled, lightly laced. Rosette Wine X 97-52D: (Fashionably Late x Nora Eileen).

Commençons par donner la traduction française de ce charabia :
ARISTOCRACY : (Keith Keppel, R. 2005). Semis 98-82B. Grand Iris, 37 pouces (94 cm), Tardif. Pétales violet palissandre (M&P 42-K-10) ; styles légèrement plus clairs (43-I-9) ; Sépales pourpre royal (43-KL-11), zone plus nettement bleu grisé (41-F-9 à 41-E-8) près de la barbe ; barbes bleu clair (41-D-9) pointées jaune clair ; ondulé, légèrement frisé. Rosette Wine X 97-52D: (Fashionably Late x Nora Eileen).


C’est déjà plus clair, mais il y a encore des explications à donner.

(Keith Keppel R. 2005). Cela signifie que l’iris en question a été obtenu par K. Keppel et qu’il l’a enregistré en 2005.
Semis 98-82B : C’est le numéro de semis, propre à l’obtenteur, qui a été attribué par lui à la nouvelle variété, avant qu’elle ne soit enregistrée.
Grand Iris, 37’’ : cela situe la plante dans sa catégorie (Grand Iris), et donne la hauteur moyenne de la tige florale, en pouces et en centimètres.
Tardif : renseigne sur la période de floraison ; cela peut être VE (Très Hâtif), E (Hâtif), EM (Hâtif Moyen), M (mi-saison), ML (Mi-tardif), L (Tardif) et VL (Très Tardif). Pourrait être ajoutée une indication supplémentaire, RE suivie d’une date), pour préciser si la variété a été constatée comme remontante.
Pétales bois de rose (M&P42-K10) : renseigne sur le coloris des pétales et se réfère à une charte de couleurs, le Maerz and Paul Dictionary of Color, utilisée par l’obtenteur ; il en existe d’autres, comme la RHS, charte de la Royal Horticultural Society, également fréquemment utilisée. A noter que la référence à une charte de couleurs n’est pas obligatoire, ce que je considère comme dommage, car c’est un point de repère incontestable.
Les autres couleurs découvertes sur la fleur sont repérées de la même façon.
Suit le pedigree proprement dit de la plante : le premier nom désigne la plante mère (en anglais « pod parent »), sui un X qui veut dire que cette plante a été croisée avec la suivante (« pollen parent »). Dans le cas présent la plante père est un semis numéroté 97-52D, jamais enregistré, dont les membres sont indiqués dans la parenthèse suivante.
Rosette Wine X 97-52D: (Fashionably Late x Nora Eileen) signifie donc que ARISTOCRACY est le produit de Rosette Wine, multiplié par un semis de Fashionably Late par Nora Eileen. Ce pedigree est relativement simple, mais il arrive fréquemment que l’on se trouve devant un véritable puzzle, pour peu que plusieurs semis non dénommés soient intervenus dans la genèse de l’iris décrit.
Pourrait être fournis, ensuite, le nom du producteur qui a mis la variété sur le marché, et l’année de cette opération.
Il arrive que l’obtenteur ne soit pas très bavard sur les origines de la variété, ou qu’il se contente de fournir des numéros de semis, ce qui ne renseigne guère l’amateur curieux !

La lecture d’un enregistrement n’est donc pas quelque chose de sorcier. Il est nécessaire cependant de pratiquer un peu l’anglais, et, lorsqu’on ne comprend pas les abréviations, de se référer à la première page de la brochure, pour y trouver les précisions souhaitées.

Alors, amis débutants, amusez-vous à déchiffrer le R&I d’une année quelconque, et rapidement vous serez incollables dans cette science !
RÉCRÉATION (réponses)

LA BANNIÈRE ÉTOILÉE

Le nom qui n’a pas été attribué est :
DELAWARE BELLE
RÉCRÉATION

AU MATIN

Les six noms qui suivent font référence au matin. Mais l’un d’entre eux n’a pas (encore) été attribué à une variété d’iris. Lequel ?

MORNING BREEZE
MORNING FROST
MORNING MAID
MORNING MOOD
MORNING SUNRISE
MORNING TWILIGHT

8.9.06


DU TRAVAIL D'AMATEURS

II n'y a pas que les professionnels qui soient en mesure de présenter des hybridations réussies. De nombreux amateurs se sont lancés dans ce travail : ils sont même de plus en plus nombreux dans notre pays. Et ces dernières années ils l’ont fait avec assez de succès. Déjà, dans les années 70, André BRUN de Malesherbes (45) a fait son entrée au catalogue Cayeux avec un joli iris pourpre, LUCINOU (78). Aujourd'hui, il y a plusieurs dizaines d’amateurs qui pratiquent l'hybridation. Cette activité reste confidentielle puisque l'on ne sait pratiquement rien des obtentions de ces amateurs, que l’on découvre de temps en temps sur Internet, lorsqu’ils se manifestent dans un courrier. Ils se montrent en général d’une modestie extrême, considérant que leurs obtentions n’arrivent pas à la cheville de celles des pros. C'est tout à leur honneur, mais peut-être dommage; cependant il faut dire qu'aucune compétition intérieure française n'est là pour inciter les obtenteurs amateurs à comparer leurs travaux : un concours comme Franciris est plus une compétition internationale de grande volée qu’une manifestation d’émulation pour amateurs !
Pourtant, ces dernières années, j’ai eu l’occasion de voir et d’apprécier des variétés françaises de qualité. L’un des premiers à obtenir de beaux iris a été Igor Fédoroff, qui a souvent envoyé de ses cultivars à Orléans, et qui y a obtenu un certain succès ded la part des visiteurs. Prenez, par exemple, AYGADE, MIRASOULEOU ou SABLES D'ARGENT (97), le seul qui ait été enregistré. Bernard Laporte, a longtemps sous-estimé son travail. Il a fallu le beau classement de son iris IRIADE (2004) au concours du même nom en 2003, pour qu’il se décide à enregistrer plusieurs de ses cultivars. Il s’est pour cela associé à Virginie Fur qui a pris à son compte certains croisements de B. Laporte, comme l’intéressant MAMY FRAMBOISE (2004) (voir photo). Bernard Lecaplain, a pu été distingué en 94 á Orléans avec NIAGARA et BERLINGOT mais il s’est depuis détourné des iris pour se consacrer aux hémérocalles. Gérard Madoré a réussi à se frayer un chemin dans la forêt des iris professionnels et à placer son GWENNADEN (2001) à Franciris 2005. Michèle Bersillon, une autre passionnée, réalise dans son tout petit jardin des croisements de valeurs comme ses superbes amoenas inversés, comme CŒUR D’HIVER (2000), que l’on devrait voir un jour au catalogue Cayeux, si mes informations sont exactes. Jean-Jacques François a, quant à lui, obtenu qu’un autre distributeur s’intéresse à ses œuvres. On les trouve maintenant au catalogue Bourdillon. C’est la même chose pour Jean Peyrard, qui est distribué par Iris au Trescols, et qui se distingue par un ample choix de variétés de toutes catégories.
Quant á Jean SEGUI, qui est un amateur très averti, ses obtentions sont nombreuses et réussies. Citons surtout DOCTOR GOLD (83), SUR DEUX NOTES (81), TRAPEL (82), VIA DOMITIA (93) qui font partie de ses plus belles réalisations et qui sont en vente chez Iris de Thau.
Quand j’apprend qu’un amateur hybride dans son coin, pour s’amuser, bien sûr, je m’en réjouis vivement, car c’est la garantie de la vivacité de l’hybridation française. Je souhaite à chacun de ces passionnés de trouver un jour un producteur qui s’intéresse à leurs œuvres. Car ce n’est qu’une juste récompense que de lire son nom dans un catalogue. Un écrivain écrit pour son plaisir, mais rien ne peut être pour lui plus gratifiant que de trouver un éditeur !


Ce texte est la reprise, développée et enrichie, d’un article publié dans le n° 122 (automne 96) de la revue Iris & Bulbeuses.
RÉCRÉATION (réponses)

CHACUN SA TRIBU


Le nom qui n’a pas été attribué est :
ZUNI BLANKET
RÉCRÉATION

LA BANNIÈRE ÉTOILÉE

Les six noms qui suivent font référence à un état des Etats-Unis d’Amérique. Mais l’un d’entre eux n’a pas (encore) été attribué à une variété d’iris. Lequel ?

ALABAMA BOUND
DELAWARE BELLE
LOUISIANA LACE
MICHIGAN PRIDE
MINNESOTA GLITTERS
OREGON SKIES

31.8.06


VINGT ANS DE BONHEUR

De 1978 à 1996, cela ne fait que 18 ans, mais c’est évidemment pendant vingt ans et plus que la famille Anfosso nous a gâtés de ses superbes obtentions d’iris de toutes sortes. 102 variétés au total : une majorité de grands iris, mais aussi plusieurs iris de bordure, plusieurs iris nains standards, des spurias, quelques arils, mais surtout, peut-être, des iris de Louisiane, dont il n’y a pas d’autres exemples en France. Pourquoi, depuis dix ans, l’ensemble de la famille a-t-elle brusquement cessé de s’intéresser à l’hybridation des iris ? C’est une question que tous les amateurs se posent avec plein de regrets. Car chaque année, ils attendaient avec impatience la nouvelle récolte. Et chaque fois c’était pour constater le chic et la grâce des iris Anfosso. L’un des plus ardents admirateurs de ce que nos provençaux produisaient, était Keith Keppel, celui dont le goût et le flair ne font aucun doute. Il fut le premier sans doute à importer les iris Anfosso aux Etats-Unis et à en faire activement la promotion par son catalogue. Par la suite d’autres ont suivi son exemple et encore aujourd’hui, dix ans après la cessation de toute nouvelle obtention, on trouve des iris Anfosso dans la plupart des grandes collections américaines, ce qui est un gage de qualité et de succès, dans un pays où la nouveauté est toujours recherchée en priorité.

Dès l’apparition de LORENZACCIO DE MEDICIS (P.C. Anfosso 78), les connaisseurs ont vu que quelque chose d’important allait se produire. Les obtentions suivantes, plus sophistiquées et peut-être trop originales, n’ont pas connu une brillante carrière commerciale. Pourtant CHILOE (M. Anfosso 79), blanc au cœur rose, MALDOROR (P. Anfosso 80), bleu marine uni, ou SONATE D’O (P. Anfosso 80), brun façon PAGAN, avaient-ils tout pour plaire. En revanche SANSEVERINA (P.C. Anfosso 81), jaune tilleul centré de blanc bleuté, ou BATEAU IVRE (P.C. Anfosso 82), étrange gris rosé à large flamme bleue, étaient-ils plus destinés à des amateurs avides de coloris qui sortent du commun. EVASION (P. C. Anfosso 80), délicat néglecta bleu mauve, à la texture un peu fragile, BELLE EMBELLIE (P. Anfosso 81), sorte d’amoena jaune pâle inversé, et NUIT BLANCHE (P. Anfosso 80), blanc pur, doucement ondulé, ont eu plus de succès. Mais d’ores et déjà on savait que les iris Anfosso ne seraient jamais indifférents.

Serait-ce en raison des circonstances qui ont entouré son apparition, où parce que c’était un iris classique mais bien sous tous rapports, toujours est-il que CALAMITÉ (P. Anfosso 82) est resté longtemps au catalogue. C’est aussi le premier iris très foncé d’une série qui comportera plusieurs belles réussites.

Le plus achevé des iris Anfosso des premières années est sans aucun doute ECHO DE FRANCE (84). Ce nom lui a été donné en hommage au travail sur les bicolores effectué en Australie par Barry Blyth. Il a été dès son apparition largement utilisé en hybridation, chez nous par Bernard Lecaplain, en Grande Bretagne par C.E.C. Bartlett et aux Etats-Unis (Fred Kerr, George Sutton…). Il figure toujours dans plusieurs catalogues américains, ce qui en dit long sur son succès auprès des amateurs.

Un autre cultivar de valeur, proposé en 84 également, est OPIUM (P. C. Anfosso). Cet iris très classique de forme, dans ses habits roses et mauves, a de la classe et de l’originalité. Il descend de l’étrange BATEAU IVRE et a particulièrement séduit Lawrence Ransom, qui en a obtenu plusieurs de ses plus intéressantes variétés, notamment les frères de semis CON FUOCO (94) et ULTIMATUM (94).

CARMEN X (P. Anfosso 85) est un orange assez soutenu, très bien formé, ondulé et frisé, ce qui est rare en ce coloris. C’est aussi un des plus vendus en Amérique. Des iris proposés en 86, il y en a trois qui m’ont particulièrement intéressé : ECUME (M. Anfosso), BAR DE NUIT (P. Anfosso) et MARGINAL (P. Anfosso). Le premier est une fleur très féminine, où se mêlent le blanc et le rose ; le second est un « noir de chez noir » puisqu’il provient du croisement Calamité X Superstition ; le dernier, en bleu tendre cerné de jaune tilleul est véritablement séduisant, et je me demande pourquoi il n’a pas eu plus de succès.

La plus étonnante nouveauté de l’année 88 a été celle d’un iris de Louisiane, TEQUILA (P. Anfosso). A ma connaissance, c’est la première fois qu’un obtenteur français propose un iris de Louisiane. Il faut dire que ces plantes-là ne sont pas franchement adaptées à notre sol et à notre climat : elles exigent un terrain meuble, fortement enrichi en humus, et des étés chauds et humides, ce qui correspond à un climat tropical, ou presque ! TEQUILA, mauve avec un signal doré, est la première variété d’une courte série qui comprend aussi BERENICE (Besse 88), CASSIOPEE (L. Anfosso 88), BARBARE (P. Anfosso 89), BOURGOGNE (E. Besse 89), COSI FAN TUTTE (L. Anfosso 91) et MISTRAL ROUGE (L. Anfosso 92). Il m’apparaît que les plus réussis sont les « louisianas » de Laure Anfosso, notamment CASSIOPEE (voir photo), avec ses grands sépales pourpre profond ornés d’un gros signal d’or, et ses pétales rose orchidée, larges et ondulés.

Sans que nous en soyons conscients, nous avons déjà dépassé la moitié des années d’activité d’hybrideurs de la famille Anfosso ! Mais ce sont les années les plus riches qui vont maintenant arriver. 1989 sera, sous le signe de la Révolution Française, l’année de variétés excellentes, comme CITOYEN (P. C. Anfosso) et REVOLUTION (P. Anfosso). Le premier est un « blend » étrange et attachant, où l’or des pétales le dispute aux couleurs variées des sépales ; le second est presque un iris bleu-blanc-rouge ; c’est plus un néglecta qu’un amoena, mais l’ensemble, vivement contrasté, annonce la série tricolore de Richard Cayeux. 1990 marquera le sommet de l’art des Anfosso. FONDATION VAN GOGH (M. Anfosso) sera le clou de l’année, avec un succès qui dure encore ; LASER et MATAMORE (P. Anfosso) seront le résultat d’une tentative d’obtention d’iris rouges au moyen d’une irradiation des graines. 1991 sera l’année Mozart où, à côté du Louisiana de Laure COSI FAN TUTTE, en deux tons de violet pourpré, sont apparus le TB rose à éperons bleus FLUTE ENCHANTEE (Laure Anfosso) et le variegata rutilant MARCHE TURQUE (P. C. Anfosso) qui ne sera certainement pas égalé par l’ANDALOU de la Maison Cayeux (95), dans les mêmes couleurs mais avec une fleur moins bien coiffée et des sépales à la base trop étroite. A partir de ce moment les nouveautés vont aller en s’amenuisant. SAMARCANDE (P. C. Anfosso 92), frère de semis de MARCHE TURQUE, est le portrait craché de son ancêtre SHAMAN ; LUMIERE D’AUTOMNE (E. Besse 92) est une variété merveilleusement frisée et ondulée, en un ton de tabac doré plutôt rare. Les deux « sib » noirs NUIT DE CHINE (P. Anfosso 93) et NUIT FAUVE (P. Anfosso 94) marquent-ils l’extinction de la flamme des Anfosso ? On serait tenté de le penser, car les variétés postérieures n’atteindront pas la même perfection, et d’ailleurs leurs obtenteurs ne se donneront même pas la peine de les enregistrer.

La belle aventure s’achève. Les amateurs en restent malheureux et frustrés, car une belle histoire, on voudrait qu’elle n’ait pas de fin, et celle-ci a été trop brève pour qu’on n’ait aucun regret.
PETITS CONSEILS ENTRE AMIS

Une série de réflexions qui pourront intéresser les débutants.



L’Été des iris

Pendant l’été, les iris se reposent, puis reconstituent leurs réserves en vue de la floraison de l’année suivante. A l’automne, après une première pousse qui amorce ce que sera la saison suivante, ils cessent toute activité jusqu’au printemps.

Pendant la période de dormance (depuis la fin de la floraison jusqu’à la mi-juillet environ), il n’y a rien à faire, si ce n’est, en cas de besoin, enlever les feuilles complètement desséchées.

Pendant la période suivante, qui est aussi celle où l’on peut les diviser et les transplanter (grosso modo du 15 juillet au 15 septembre), il faut leur apporter un peu d’engrais complet, versé en surface de la plate-bande et enterré par un léger grattage suivi d’un arrosage permettant de hâter la dissolution de la poudre ou des granulés.

(à suivre)
FLORENCE

Cette année, le Concours de Florence a récompensé :
1) RECONDITA ARMONIA (Bertuzzi 06) variegata aux pétales jaune primevère sur sépales parme liserés du jaune des pétales, barbes jaunes.
2) HIGH CLASS (P. Black 02) neglecta ciel/pourpre
3) MYTHOLOGY (T. Johnson 02) unicolore indigo, barbes brunes.
RÉCRÉATION

Finies, les vacances, on reprend les bonnes habitudes !


CHACUN SA TRIBU

Les six noms qui suivent font référence à une tribu indienne d’Amérique. Mais l’un d’entre eux n’a pas (encore) été attribué à une variété d’iris. Lequel ?

CHICKASAW SUE
CHIPPEWA MAIDEN
MOHAWK BRAVE
NAVAJO JEWEL
OSAGE BUFF
ZUNI BLANKET

26.8.06


POURQUOI AIMONS-NOUS LES IRIS ?

Quand on lui demandait les raisons de son amitié pour La Boëtie, Montaigne répondait « parce que c’était moi, parce que c’était lui. » Mais si l’on en reste à cette évidence, on n’avancera pas beaucoup dans le sujet d’aujourd’hui. Car s’il est bien vrai que quelque chose d’inexplicable régit nos sentiments, il existe aussi des raisons tangibles de nos choix. Pourquoi les amateurs d’iris aiment-ils cette fleur-là ? Pourquoi bien souvent cet attachement devient exclusif, ou tout au moins dominant ? Voilà des questions auxquelles on peut essayer d’apporter des réponses.

La madeleine de Proust

Quant on interroge un mordu des iris, il explique en général qu’il a été accroché, d’une façon qui ressemble à un coup de foudre amoureux. Quelque fois cette attirance est apparue très tôt dans la vie de l’amateur : il a ressenti un choc, un jour, dans des circonstances variables, mais qui gravitent le plus souvent autour d’une rencontre. Auprès de chez ma grand’mère, à Chinon, dans la falaise qui domine la ville, il y avait (il y a toujours) des touffes de petits iris germanicas, violet foncé, qui s’épanouissaient très tôt en saison, vers la mi-février. J’ai été fasciné par cette fleur superbe, qui accompagnait mes pas vers celle que j’aimais tendrement et que je me dépêchais d’aller rejoindre. Quand j’approchais des iris, c’était l’avertissement que j’arrivais où je voulais aller et c’était le signe avant-coureur du bonheur qui m’attendait. Dans mon jardin d’aujourd’hui, j’ai des iris germanicas qui viennent de ces touffes hâtives du coteau de Chinon, et auxquels je tiens plus qu’à toutes mes variétés modernes et vivement colorées. Aux alentours de la Pentecôte, le jardin de mon autre grand’mère, en Limousin, embaumait du délicieux parfum des grands iris pallidas bleu tendre, aux tiges un peu molles, qui traînaient souvent au sol. Ces fleurs là ont conservé pour moi un sens très particulier et, comme aux précédents, je tiens profondément aux rhizomes de ces iris, que j’ai précieusement rapportés quand il a fallu abandonner la maison limousine…

J’ai lu et étudié les biographies d’un grand nombre d’iridophiles, surtout lorsqu’ils s’étaient taillé une place majeure dans le petit monde des iris en tant qu’hybrideurs de mérite. Dans de très nombreux cas c’est un choc du même genre qui a déclenché la passion. Quelque fois c’est un intérêt plus spécifique, comme une attirance pour la création de variétés nouvelles, qui en est à la base. Mais il s’agit toujours de quelque chose d’irraisonné, tout à fait proche de l’opinion de Montaigne dont je parlais au début ; quelque chose d’inexplicable, de mystérieux, mais néanmoins rattaché par un lien particulier à la personnalité de l’amateur.

Le choc des couleurs

A côté de ces chocs émotionnels, il y a d’autres causes à la passion que les iris génèrent. Ils ne sont pas les seuls, d’ailleurs, à déclencher ces réactions : les orchidées, les hémérocalles, les pivoines, les lis, les roses surtout, font l’objet de passions identiques. Il est curieux de constater que ce sont en général des plantes pérennes, encombrantes, majestueuses ; on se passionne moins pour les crocus ou les pensées. Ces aspects de permanence et de taille importante font certainement partie des raisons de l’attirance pour les iris, mais ce ne sont pas les seuls : il y a la forme ternaire de la fleur, le fait qu’elle soit portée par une tige élevée qui la met bien en évidence, le fait qu’elle soit d’assez grande taille elle-même, même chez les iris nains, enfin il y a les couleurs. Je ne connais personne qui soit insensible à la vision d’une iriseraie au pic de sa floraison, ni même à la splendeur d’un catalogue illustré. Ces couleurs exceptionnelles, variées, infiniment déclinées en dessins ou mélanges harmonieux, n’ont pas leurs pareil. Comparez un champ d’iris, chez Cayeux par exemple, et un champ de roses dans une pépinière : une certaine uniformité marque le second, tandis que c’est la variété qui domine dans le premier. Le fait qu’il ne manque que le vrai rouge dans la palette des iris explique évidemment cette différence.

Le mystère de l’hybridation

Presque tous ceux qui cultivent les iris sont un jour tentés par l’hybridation, quand ce n’est pas cet aspect des choses qui a entraîné la culture. Rien de plus facile, en effet, que de créer ses propres variétés. Et l’on n’a pas à patienter trop longtemps avant de jouir de ce que l’on a créé : deux ou trois ans suffisent. On se pique vite au jeu. On n’est pas obligé d’agir méthodiquement, comme font les professionnels, on peut tout simplement laisser libre cours à l’inspiration du moment, au désir de voir ce que pourra donner telle ou telle variété croisée avec telle autre. Le résultat ne sera pas forcément génial, mais le plaisir de créer et l’excitation de voir apparaître la première fleur d’un semis compensent largement la petite déception du résultat. De toute façon, ses iris, on les aime, comme on aime ses enfants dont on ne voit pas l’ingratitude de certains traits ou l’imperfection de certaines silhouettes. Ainsi de ce ‘Tilleul-Menthe’ (voir photo) que je garde, mais qui ne sera jamais enregistré. Ce qui compte, c’est bien autre chose, quelque chose qui vient du cœur. A preuve, il faut une sacrée dose de courage (ou d’indifférence !) pour arracher un semis par trop imparfait. La sélection n’est pas naturelle à qui se prend pour le père !

En guise de conclusion

La passion des iris est née en France, au milieu du XIXeme siècle. Elle a gagné le monde anglo-saxon où elle a prospéré formidablement. Elle est revenue en Europe continentale, a envahi le monde slave, qui est maintenant le plus prospère. Elle s’est aussi installée chez les latins : l’Italie compte un grand nombre de passionnés ; elle atteint les slaves du sud et fait son apparition en Espagne là où le climat permet son expansion, comme la Catalogne ou le Pays Basque. Au Japon, en Australie, en Nouvelle Zélande, elle prend la forme des iris Ensatas ou celle des iris de Louisiane, mais elle a les mêmes fondements. Partout où il est possible d’en faire pousser, les iris s’installent. Cette universalité démontre qu’aimer les iris peut atteindre tous les humains, parce que tous sont sensibles aux phénomènes que je viens de décrire.

18.8.06


LES BONS GÉNITEURS

Il y a quelques semaines, un sujet a parcouru le petit monde des amateurs d’iris : celui des bons géniteurs. Tout est parti d’un constat, certains obtenteurs, dans leurs catalogues, vantent les mérites d’une variété nouvelle en disant qu’elle est fertile, le plus souvent « both way », c’est à dire dans les deux sens. Qu’une variété soit fertile, cela n’a rien d’original, car la plupart le sont. Ce qui, à mon avis, mériterait d’être signalé, chaque fois que le cas se présente, c’est que telle variété est stérile, ou qu’elle n’est fertile que dans un sens, pollen ou ovaire. Pour le reste, dire qu’une fleur est fertile ne veut pas dire qu’il s’agisse d’un bon géniteur. Mais c’est quoi, un bon géniteur ?

J’ai voulu savoir ce qu’en disait la bible des iridophiles, « The World of Irises ». Mais ce sujet n’y est pas abordé. J’ai donc consulté l’autre bible des amateurs, le livre de Richard Cayeux « L’Iris, une Fleur Royale ». Un paragraphe répond en partie à ma question, page 174, en précisant que le bon géniteur est celui qui convient le mieux au but que l’hybrideur entend atteindre, et que, pour un croisement déterminé il faut « essayer de trouver des parents ayant le plus possible les caractères recherchés, non seulement en eux mais aussi dans leurs antécédents. » Ce qui conduit à effectuer des recherches généalogiques qui « sont très intéressantes en elles-mêmes et riches d’enseignements car elles permettent souvent de découvrir que certaines plantes sont meilleurs parents que d’autres. » En d’autres termes, il n’y a pas de bons géniteurs systématiques, mais des iris qui, en fonction de leurs origines et de ce que l’on souhaite en obtenir, sont meilleurs, ou mieux placés que d’autres. Le rêve du bon géniteur tous azimuts s’éteint, mais s’ouvre le champ de la recherche et du travail généalogique.

Cela dit, il existe cependant des variétés qui, au fil des ans, se sont révélées de remarquables géniteurs, reconnus comme tels par toute la communauté iridophile. Sur ce sujet, la consultation de « The World of Irises » est édifiante. Qui veut hybrider autrement qu’à l’aveuglette doit impérativement avoir lu les chapitres consacrés à l’histoire de l’hybridation. Mais « The World of Irises » est un ouvrage maintenant ancien (1978) et il ne peut pas parler des grandes variétés récentes, celles qui sont à l’origine des iris qui peuplent aujourd’hui les catalogues et les jardins des amateurs.

Pour bien faire il faudrait ajouter une suite à chacun des chapitres de « The World of Irises ». Cette chronique n’a pas ce but ni cette prétention. A ceux que le sujet intéresse, je donnerai seulement quelques pistes issues de mes propres recherches et études statistiques. A commencer par un extrait d’une chronique parue en 2004 et qui s’intitule « Familles Nombreuses ». J’y relève les trente variétés les plus utilisées en hybridation :
1. SKY HOOKS (Osborne 80) – voir photo - (plus de 140 variétés enregistrées en descendent directement)
2. RIPPLING WATERS (Fay 61 – DM 66) (Cité près de 100 fois)
3. PONDEROSA (Ghio 70)
4. PINK SLEIGH (Rudolph 70)
5. NEW MOON (Sexton 68 – DM 73)
6. VANITY (Hager 75 – DM 82)
7. STEPPING OUT (Schreiner 64 – DM 68)
8. QUEEN IN CALICO (Gibson 80)
9. EDITH WOLFORD (Hager 86 – DM 93)
10. TITAN’S GLORY (Schreiner 81 – DM 88)
11. SILVERADO (Schreiner 87 – DM 94)
12. HONKY TONK BLUES (Schreiner 88 – DM 95)
13. NAVY STRUT (Schreiner 74)
14. RINGO (Shoop 79)
15. PINK TAFFETA (Rudolph 38 – DM 75)
16. CONDOTTIERE (Cayeux 78)
17. GIGOLO (Keppel 84)
18. AFTERNOON DELIGHT (Ernst 85)
19. SONG OF NORWAY (Luihn 79 – DM 86)
20. MYSTIQUE (Ghio 75 – DM 80)
21. ALLEGIANCE (Cook 57 – DM 64)
22. WHOLE CLOTH (Cook 57 – DM 62)
23. CLAUDIA RENE (Gaulter 63)
24. CHRISTMAS TIME (Schreiner 65)
25. ENTOURAGE (Ghio 77 – FO 80)
26. MELODRAMA (Cook 56)
27. WINTERSCAPE (McWhirter 84)
28. EDNA’S WISH (Gibson 83)
29. VICTORIA FALLS (Schreiner 77 – DM 84)
30. LACED COTTON (Schreiner 80)…

C’est bien intéressant, mais les jeunes tentés par l’hybridation me rétorqueront qu’il s’agit de variétés plutôt anciennes, qu’ils auraient souvent du mal à trouver dans le commerce. Soit. Cherchons alors parmi les variétés plus récentes, sachant que le choix est chaque année plus vaste, ce qui ne facilite pas le travail. Il apparaît cependant que trois ou quatre variétés ont actuellement le vent en poupe :

ROMANTIC MOOD (Ghio 88)
FOGBOUND (Keppel 98)
CHAMPAGNE ELEGANCE (Niswonger 87)
ROMANTIC EVENING (Ghio 96)

Cependant les variétés actuellement enregistrées correspondent à des semis d’il y a au moins cinq ans, voire plus. Il n’est donc pas étonnant qu’on rencontre beaucoup d’enfants de DUSKY CHALLENGER (Schreiner 86 – DM 92), SOAP OPERA (Ghio 82), MESMERIZER (Byers 91 – DM 2002), et de l’inusable EDITH WOLFORD qui, malgré les années, continue d’avoir la faveur des obtenteurs.

Ces iris intéressent un grand nombre de personnes, mais ils n’ont pas tous les pouvoirs et je répète que celui qui veut hybrider, après s’être fixé sur le ou les domaines qu’il entend explorer, devra beaucoup travailler sur la génétique des iris, en général, et les renseignements généalogiques que l’on trouve dans les « Registrations and Introductions » et les « Iris Check-lists ».

11.8.06


UN AUSTRALIEN, MEILLEUR ESPOIR

Je ne possède pas les résultats de la Walther Cup depuis son institution, mais je suis à peu près convaincu que c’est la première fois qu’un iris non américain est classé à la première place de cette compétition ; en tout cas rien de semblable ne s’est produit depuis 1975. La Walther Cup, qui est accordée à la variété nouvelle qui a reçu, une année donnée, le plus grand nombre de votes pour une H. M. (Honorable Mention, premier degré de la course aux honneurs), est la plus éclectique des récompenses américaines. Elle n’honore pas forcément un grand iris et, dans les années récemment passées, elle est allée aussi bien à un iris de table, FROSTED VELVET, en 91, qu’à un iris de Sibérie, SHAKER’S PRAYER, en 92, des iris intermédiaires, PROTOCOL en 98, STARWOMAN en 2001 et DELIRIUM en 2003, et un iris nain standard, CAT’S EYE en 2004. Cette année elle a été attribuée à une variété australienne de grand iris, DECADENCE, obtenue par Barry Blyth en 2004 et introduite aux USA par Keppel.

DECADENCE (voir photo) est le porte-drapeau d’un nouveau type d’iris, qui allie des ondulations froufroutantes comme un jupon de french-cancan et un liseré clair sur des sépales sombres. Ces caractères sont apparus avec LOUISA’S SONG (Blyth 99), et se retrouve chez ses descendants. Blyth qui exploite sans hésiter tous les semis intéressants qu’il découvre, a fait trois croisements très prometteurs avec ce LOUISA’S SONG, et enregistré une série de variétés bordées de clair et abondamment ondulées. Avec le croisement LOUISA’S SONG X AVONA sib, il a obtenu AFFLUTER (2001), néglecta mauve, STOP FLIRTING (02), étrange gris, et SWEETLY SUNG (03), rose infus de mauve. Le mariage LOUISA’S SONG X SHADOWS sib a donné naissance à BABYLON QUEEN (01), bleu tendre, le moins typique de tous, et LULLABY LIGHT (02), néglecta mauve à barbes rouges. Le croisement inverse est à l’origine de ROMANTIC GENTLEMAN (02), néglecta magenta. Le croisement le plus prolifique a été TEMPLE OF TIME X LOUISA’S SONG. Blyth en a extrait six nouveaux iris, tous super ondulés :
- EASY LIVING (02), néglecta indigo, très proche de son « père » ;
- RACING HEART (01), néglecta bleu ;
- LOVE ACTUALLY (01), néglecta brique ;
- LOOKING BEAUTIFUL (02), bicolor abricot et magenta ;
- HELLO IT’S ME (02), abricot et bourgogne, et enfin
- DECADENCE (04), notre vedette du jour, ambre et grenat. Et ce qui ajoute son intérêt, c’est le ruché de dentelle couleur chamois qui ornemente le bord des sépales.

Le coloris de DECADENCE est à rapprocher de celui de MASTERY (2000) et des sa descendance et, notamment, de INDULGENCE (2002), qui a participé au concours Franciris 2005 et de son frère de semis RULING LORD (2002). Le type ‘MASTERY’ se signale par des teintes plus vives, avec des pétales jaune vif et des sépales grenat largement bordés de chamois ou de jaune, mais avec beaucoup moins d’ondulations.

DECADENCE a séduit les juges américains. Il avait des arguments pour cela et sa récompense est logique. Mais ce qui est le plus important c’est qu’il s’avère qu’il n’est plus obligatoire d’être d’origine américaine pour être distingué outre-atlantique. Il suffit, mais c’est déjà beaucoup, d’avoir d’indéniables qualités, et d’être bien introduit et distribué par un producteur renommé. Là, on n’est plus dans le domaine horticole, mais dans celui du business…
ECHANGES USA > FRANCE

Les échanges ont repris et des colis en provenance des USA sont parvenus ces jours-ci à leur destinataire français.