23.5.08



LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

Encore une photo remarquable signée « Greenorchid », et une variété d’iris au coloris inhabituel, obtenue par L. Baumunk.










EN DELTAPLANE ENTRE CIEL ET MER

Pour qui a une certaine proximité avec les grands iris, l’une des plus intéressantes obtentions de Richard Cayeux, de ces vingt dernières années, s’appelle ‘Deltaplane’ (91). C’est une fleur reconnaissable entre toutes pour la disposition très horizontale de ses sépales dont les bords récurvés vers le haut, attendent pour s’étaler complètement que la fleur soit un peu âgée. Ses couleurs aussi sont remarquables : le blanc bleuté des pétales finement dentelés, et le bleu d’encre des sépales, devenant peu à peu bleu clair en approchant du cœur de la fleur. Ce bleu soutenu, c’est un héritage de ‘Night Edition’ (Schreiner 81), qui arbore des pétales plus bleutés, mais se caractérise aussi par des sépales aux bords qui s’enroulent un peu sur eux-mêmes. Le dégradé de bleu s’éclaircissant vers le centre, c’est un trait de ‘Condottiere’ (J. Cayeux 78), la plus fameuse réalisation de son obtenteur, qui a fourni le pollen pour ‘Deltaplane’. Néanmoins, si l’on parlait d’un iris comme d’un enfant, on dirait que ‘Deltaplane’ ressemble à sa mère.

On a tout dit sur ‘Condottiere’, mais il moins souvent question de ‘Night Edition’. D’un point de vue génétique cependant cette variété est intéressante en ce sens qu’elle résulte de croisements d’iris bleu de toutes les teintes et de plusieurs origines. Elle descend au premier degré de ‘Blue Mountains’ (Schreiner 64), qui est bleu-violet ou indigo. A la génération précédente on trouve ‘Blue Linen’ (Schreiner 61), qui est bleu glycine et descend lui-même de ‘Harbor Blue’ (Schreiner 54), l’un des plus beaux bleus de son époque. A l’étage au-dessus il y a une célébrité dans les bleus, Jane Philips (Graves 49), bleu ciel, et ‘Quicksilver’ (Schreiner 50), bleu argent. ‘Jane Philips’ fait partie de la famille ‘Great Lakes’, alors que ‘Quicksilver’ est de celle de ‘Chivalry’. Deux des grandes familles de bleus se sont trouvées là réunies. ‘Night Edition’ est donc un membre de l’aristocratie des iris bleus. Il n’est pas étonnant que ‘Deltaplane’ ait de la classe.

Cette année, parmi les photos que Richard Cayeux m’a envoyées, j’ai trouvé celle de ‘Ciel et Mer’ (2007). Au premier coup d’œil j’ai pensé que cette fleur devait avoir des points communs avec ‘Deltaplane’. Même bleu d’encre des sépales, horizontaux et à bords ourlés ; même blanc des pétales, à peine teinté de bleu sur le pourtour. Cette nouvelle variété est le produit d’un croisement ‘World Premier’ X ‘Futuriste’. Il ne faut pas remonter bien loin dans les arbres généalogiques pour découvrir le lien de parenté : ‘Futuriste’ = (‘Alizés’ x ‘Skating Party’) X ‘Deltaplane’. Mais notre nouvelle variété tient aussi de ‘World Premier’ (Schreiner 98). Notamment les stries blanches qui apparaissent sous les barbes. ‘World Premier’ est une fleur qui présente tous les caractères des iris de la firme Schreiner, reconnaissables du premier coup d’œil, c’est à dire des fleurs parfaitement formées, amples et même majestueuses, qui ont plus de la forme plantureuse des égéries des peintres du 18eme siècle que de la grâce éthérée des top-modèles d’aujourd’hui.

En associant les talents de deux grandes familles d’hybrideurs, les Cayeux d’une part et les Schreiner de l’autre, ce ‘Ciel et Mer’ dont les teintes marines ont inspiré le nom, peut être qualifié de fleur royale. C’est d’abord une amélioration de ‘Deltaplane’, ce qui n’est pas rien, c’est aussi une extension de ‘World Premier’, une variété qui a frôlé la Médaille de Dykes en 2005, ce qui en dit long sur ses mérites.

A-t-on atteint, là, un sommet dans le modèle amoena ? C’est bien probable, car quelles améliorations apporter encore ? Mais en fait, il y a peut-être un perfectionnement à trouver : les fleurs de ‘World Premier’, comme celles de son descendant ‘Ciel et Mer’ se tiennent un peu trop au ras de la tige. La splendeur serait encore mieux mise en valeur sur une plante moins ramassée sur elle-même, avec un branchement plus nettement en candélabre. Les hybrideurs tentés par ce défi peuvent dès maintenant s’armer de leurs brucelles.

17.5.08


Au jardin d'iris (Piazzale Michelangelo)






















ECHOS DU MONDE DES IRIS

Résultats complets du Concorso Firenze 2008

GRANDS IRIS BARBUS

1 - Premio Firenze (Gold Florin) of the Tourist Organisation: MORNING SUNRISE (T. Johnson - U.S.A. 2005)
2 - Tuscany Region Prize: POWER POINT (T. Johnson - U.S.A. 2005)
3 - Silver Plate of the Industrial Organisation: DESIGNER’S ART (F. Kerr - U.S.A. 2004)
4 - Italian Iris Society Silver Medal ‘Piero Bargellini’: CORONA STAR (G. Grosvenor – Australia 2000)
5 - Honourable Mention: CITY OF GOLD” (P. Black – U.S.A. 2005)
6 - Honourable Mention: CELTIC GLORY” (H. L. Stahly – U.S.A. 2000)
7 - Honourable Mention: FLORENTINE SILK” (K. Keppel – U.S.A. 2005)
8 - Honourable Mention: MUST UNITE ” (G. Grosvenor – Australia 1998)
9 - Honourable Mention: LORD OF THE NIGHT (G. Sutton – U.S.A. 2005)
10 - Honourable Mention: JEALOUS HALO (J. Painter – U.S.A. 2004)

PRIX SPÉCIAUX

Comune di Firenze Silver Plate for the Best Red Variety: COUNTY TOWN RED (O. Wells – Great Britain 2004)
Chamber of Commerce Prize for the Best Commercial Variety: POWER POINT (T. Johnson – U.S.A. 2005)
Amici dei Fiori Cup for the Best Italian Variety: SELENE MOON (A. Bianco – Italy 2008)
Louise Branch Prize for the Best Branched Variety: VANILNOYE NEBO (A. Volfovich-Moler – Uzbekistan 2007)
Florence Garden Club Cup for the Most Original Colour: MORNING SUNRISE (T. Johnson – U.S.A. 2005)
Perugia Garden Club Cup for the Best Scented Variety: PEACE PRAYER (T. Johnson – U.S.A. 2005)
Rora and Luciano Bausi Prize for the Best Blue Variety: JOYFUL SKIES (Schreiner’s Garden – U.S.A. 2004)
Leila and Paolo Tarini Prize for the Best Violet Variety: FAY’S OSCAR (A.&D. Cadd – U.S.A. 2004)
Giorgio Saviane Prize for the Best Early Variety: NIGHTMARE (J. Hedgecock – U.S.A. 2005)
UNE SEMAINE A FLORENCE

Ce n’est pas une sinécure que d’être juge au Concours d’iris de Florence. On passe une semaine très dense, avec, chaque matin, une longue séquence de jugement, dans le merveilleux jardin du Piazzale Michelangelo, puis un déjeuner à l’italienne, qui ne se termine que vers 15.00 heures, suivi pour certains d’une seconde visite au jardin, ou, pour d’autres, d’un peu de tourisme dans la capitale de la Renaissance.

Le Chianti

Le mercredi est entièrement consacré au tourisme. Cette année les juges ont été emmenés vers la Chianti, ses châteaux, ses vins… Une première étape, néanmoins, a eu pour but la visite d’un champ d’iris. Ils ne sont plus nombreux, ceux qui cultivent encore l’iris pour le parfum. La famille Prunetti, qui a reçu les visiteurs, est une des dernières à pratiquer cette culture à laquelle elle ajoute celle du safran et la récolte du miel. Le champ à voir était situé au sommet d’une colline pentue qu’il a fallu grimper. Mais en haut, quel spectacle ! Cette étendue bleu-mauve, parsemée d’oliviers, est un ravissement pour les yeux. Un peu plus loin on s’est arrêté dans le château de Monna Lisa. Oui, la demeure de la Joconde. C’est aujourd’hui une exploitation vinicole moderne, mais les murs sont toujours ceux qui ont abrité la célèbre beauté et où la légende situe la naissance du peintre, Leonardo da Vinci. Après une agréable dégustation de chianti accompagnée de charcuteries toscanes et de fromages (que l’on mange arrosé de miel ou de confiture), le petit car est reparti pour une heure de route vers une auberge, perdue au fond des bois, où le repas a permis aux hôtes étrangers de goûter à tout un assortiment de plats typiques de la région. L’étape suivante fut le château sévère de Meleto où une nouvelle dégustation a permis de comparer les crus et d’apprécier la diversité des chiantis. Enfin, sur le chemin du retour, une escale de quelques instants à Greve, tout près de Florence, a été l’occasion de visiter une charcuterie traditionnelle et de faire le tour d’une petite ville fort pittoresque.

Les villas

La Société Italienne des Iris est quelque chose des très aristocratique. Le noyau florentin de cette association est animé par des dames de la bonne société qui font assaut de générosité et reçoivent à tour de rôle les juges et d’autres invités dans leurs demeures somptueuses (et le plus souvent historiques, où flotte encore l’âme d’un artiste ou d’un savant comme Galilée). Cela peut être seulement pour une visite façon musée suivie d’une collation, cela peut être aussi un véritable repas. C’est toujours merveilleux. Les villas grandioses, les couvents austères, toujours situés sur les hauteurs qui entourent la ville, s’ouvrent sur des jardins idylliques avec des vues de rêve sur la ville et les dômes ou campaniles de ses innombrables églises. Les hôtes, avec une simplicité propre aux personnes de qualité, vous accueillent comme des amis. Les agapes peuvent durer un peu, mais on est tellement à l’aise qu’on n’a pas hâte de retourner mesurer des iris.

Le banquet

Cette année (mais peut-être est-ce ainsi tous les ans) le Rotary-Club de Florence recevait les hôtes de la SII pour un dîner solennel, suivi d’une conférence. Le lieu ? Le Palais Borghèse, en plein cœur de la ville, un somptueux bâtiment Renaissance qui fut celui de Pauline Bonaparte, sœur de notre empereur et princesse Borghèse. Extérieurement, le palais, comme tous les autres, dresse ses pierres impressionnantes mais sévères, sur une rue étroite qui ne le met pas en valeur. Intérieurement, c’est à la fois riche et dépouillé. Un groupe de musicien en costume d’époque, annonce l’arrivée des convives avec un petit air de flûte et de harpe. La salle où va avoir lieu le repas s’emplit peu à peu de messieurs d’un certain âge en costumes sombres, et de rares dames, à peine plus jeunes, en tenues sobres mais distinguées. Sur un signal du maître des lieux, tout le monde se lève pour écouter la diffusion de trois hymnes : l’hymne du Rotary, celui de l’Italie, et celui de l’Europe. Puis l’on se rassoit et le repas peut commencer, modeste et sans intérêt gastronomique. Un nouveau signal de notre hôte et un conférencier se lève et se dirige vers un rétroprojecteur pour nous exposer par le menu, en italien bien sûr, tous les aspects de deux toiles de Leonardo da Vinci. Les invités de la SII, américains, tchèques, français, essaient de capter quelques mots… Mais les images sont, pour eux, plus parlantes. L’exposé terminé, chacun repart après les dernières congratulations.

Les iris

Le jardin d’iris, sur le versant de la colline de San Miniato, fut une oliveraie avant d’abriter les collections d’iris de la SII. Ce sont toutes les variétés envoyées au concours depuis 1957 ainsi que quelques dons d’hybrideurs. Toutes les plantes ne reçoivent pas les mêmes soins et des secteurs entiers semblent un peu à l’abandon, mais chaque année un nouveau carré est rénové en fonction des moyens de la Société. Les fleurs des derniers et prochains concours sont, elles, parfaitement entretenues. Il y en a dans tous les sens, là où il y a de la place. Cet apparent désordre est aussi l’un des charmes du jardin qui, de ce fait, ne fait pas du tout apprêté. Les iris en compétition pour 2008 sont au nombre de 113 (plus 14 iris de bordure). Au moment de la présence des juges, c’est à dire cette fois au pic de la saison, les iris hâtifs sont sur leur fin et les tardifs encore en boutons. Une soixantaine de plantes sont en pleine floraison. Le jury, après de laborieuses discussions, en retiendra 42 pour le concours proprement dit. Sont ainsi éliminés les iris mal venus où manifestement hors d’état d’être jugés. Une autre controverse agitera le jury quand il s’agira de désigner l’iris ayant le meilleur branchement. La notion de branchement n’est pas la même chez les juges italiens et chez les autres ; un grand plicata, un peu fragile, mais qui a la préférence du président du jury, sera finalement supplanté par une variété plus consensuelle. Pour l’attribution des trois premiers prix, il n’a aura en revanche aucune contestation. Difficile sera la désignation du meilleur parfum et de la meilleure variété italienne. Dans le premier cas parce qu’aucun iris n’a une odeur particulièrement puissante ou agréable qui le mette nettement en avant, dans le second parce qu’il n’y a pas de variété italienne classée dans les dix premières. Une solution sera de toute façon trouvée, à la satisfaction des organisateurs comme du jury.

Après la remise officielle des prix, dans le solennel Palazzo Vecchio, tout le monde se retrouvera pour un dernier repas dans une belle auberge, tout près des iris, sur la vaste esplanade du Piazzale Michelangelo. Puis ce sera la dispersion, les adieux, les espoirs de retrouvailles, les vœux de bonheur et les joyeuses manifestations d’amitié. Car ce concours 2008, remarquablement organisé, s’est déroulé dans les meilleures conditions et dans une ambiance chic, amicale mais bon-enfant qui n’a fait que faciliter les discussions parfois vives parce que sérieuses.

11.5.08











ECHOS DU MONDE DES IRIS

Concorso Firenze 2008

Florin d’Or : ‘Morning Sunrise’ (T. Johnson 2005)
2 eme prix : ‘Power Point’ (T. Johnson 2005)
3 eme prix : ‘Designer’s Art’ (F. Kerr 2004)
4 eme prix : ‘Corona Star’ (G. Grosvenor 2000)

Très beau concours, iris au pic de leur floraison.

IV. A la manière de Colette
(Pour un herbier)

Fleuri, doux.

« Fleuri, doux », c’est ainsi qu’un grand nez (comme on appelle ces hommes qui ont l’organe de l’odorat tellement affûté qu’ils sont capables, dans la foule d’une station de métro, de citer le nom du parfum de chacune des femmes qui passent auprès d’eux) a défini le parfum de l’iris. Parler du parfum de l’iris, c’est me retrouver dans notre jardin de St-Sauveur-en-Puisaye, un soir de mai, à la fin d’une journée où les premières chaleurs nous ont rendues nonchalantes. Les longues tiges flexueuses des iris bleu tendre s’inclinent vers le sol, et les fleurs, contraintes de se redresser pour offrir aux abeilles les trésors de leur nectar, se tortillent pour rester présentables malgré l’inconfort de leur situation. La chevelure dorée de leurs barbes est là pour leurrer les insectes. « Venez, semblent-elles dire, par ici vous trouverez ce qu’il y a de meilleur ! » Mais leur véritable intention est, en fait, de conduire jusqu’à leur cœur celui ou celle qui, au passage, va frotter son dos velu sur leur petite étamine et emporter le pollen vers la fleur voisine où il se déposera, mécaniquement, quand l’hôte d’un instant voudra encore une fois se régaler d’une nouvelle dose de sirop. Mais la chenille dorée n’est pas la seule à attirer le visiteur, il y a aussi l’odeur ! Ce parfum sucré, lourd, tenace, qui atteint son paroxysme aux dernières heures de la journée, comme pour ranimer l’appétit des pollinisateurs, émoussé par un après-midi de bombance.

Le parfum de l’iris, du moins celui de sa fleur, est effectivement un parfum doux et fleuri, mais pourquoi ne pas faire, justement, de ces caractéristiques la référence de l’iris. Un iris qui sent l’iris, est-ce inconcevable ? Oui, je sais, il existe des iris qui ne sentent pas l’iris ! Des traîtres, en quelque sorte, ou des plagiaires, qui prétendent se montrer intéressants en singeant l’odeur du muguet, de l’œillet, du lis blanc ou de la vanille. Comme si sentir l’iris était d’un commun, qu’une fleur distinguée ne pouvait pas se permettre. Il est vrai, également que d’autres négligent superbement de se parfumer : on-t-ils besoin de cet artifice, eux qui sont si beaux que personne ne saurait leur résister ? Certains vont même jusqu’à offrir une odeur âcre et désagréable, les iris sombres, surtout. Mais ce qui nous semble à nous humains, rébarbatif ou simplement déplaisant, n’a-t-il pas un effet fort différent sur l’odorat des insectes ? J’ai entendu dire que la forêt tropicale recèle des fleurs immenses, aux couleurs abominables, et dégageant une odeur épouvantable, mais qui ont un succès fou auprès des mouches autochtones. Tous les goûts sont dans la nature !

L’iris, au demeurant, n’est pas une fleur discrète : c’est un chevalier, un souverain. Observons avec quel dédain se dresse sa fleur, au sommet de la hampe. Il est fier et dominateur, et ses feuilles acérées et dressées lui font une garde rapprochée raide et menaçante. Mais ce prince guerrier a, aussi, son côté enjôleur, sa part de féminité. C’est son parfum, cette onde de langueur, douce et forte à la fois, que le souffle du soir emporte à travers le jardin et qui démontre, à ceux qui en douteraient , que l’iris abrite bien, en une seule enveloppe, les caractères majeurs des deux sexes.

2.5.08

UN PEU DE RETARD

La semaine prochaine Irisenligne sera un peu en retard. Je ne serai de retour de Florence (Concorso Firenze) que le dimanche 11. Mais j'aurai sans doute beaucoup de choses à dire.

LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

Cette photo de ‘Elegant Impressions’ (Schreiner 93) met bien en évidence les qualités des variétés proposées par la firme Schreiner : fleurs amples, parfaitement proportionnées, délicatement frisées. La lumière qui baigne cette photo accroît l’impression de fraîcheur …et d’élégance !






MEILLEUR ESPOIR

Dans le système américain des récompenses, on commence par les HM (Honorable Mention) qui sont destinés aux variétés récemment mises sur le marché et qui entrent par cette porte dans le grand cirque qui peut les emmener jusqu’à la Médaille de Dykes. Et la variété qui, chaque année, accumule le plus de voix pour un HM reçoit la Walther Cup. Cette récompense est très prisée, en effet elle jette un coup de projecteur sur un iris a priori intéressant et, comme elle est attribuée au tout début de la vie commerciale de cet iris, elle garantit à son obtenteur des ventes importantes. Un autre de ses pôles d’intérêt est qu’elle est attribuée à des iris de toutes catégories, ce qui, pour les autres que les grands iris, est très favorable à leur développement.

La Walther Cup a été créée en mémoire de Barbara Walther et de son mari Fred. Barbara a été la première responsable des Presby Memorial Iris Gardens, installés dès 1927 dans la petite ville de Montclair, dans le New Jersey pour devenir le conservatoire américain des iris. D’après les renseignements que je possède, il semble que cette distinction existe depuis 1975, mais cette information est à vérifier, Barbara Walther étant décédée seulement en 1977.

Quoi qu’il en soit, la Walther Cup a tout de suite été attribuée à des variétés qui par la suite ont eu un parcours des honneurs particulièrement flatteur, ce qui accroît son aura et l’intérêt que les hybrideurs lui portent. Pour en juger il suffit de se pencher sur le cas des vingt dernières variétés récompensées.

1989 = ‘Silverado’ (Schreiner 87) – bleu argent, splendide, honoré de la Wister Medal (meilleur grand iris) en 91 et de la Médaille de Dykes en 94 ;
1990 = ‘Honky Tonk Blues’ (Schreiner 88) – original bleu, aux sépales marbrés, deux fois Wister Medal (92 et 94) et Médaille de Dykes en 95 ;
1991 = ‘Frosted Velvet’ (K. Fisher 88) – iris de table (MTB), amoena violet, AM en 93 et Williamson-White Medal (meilleur MTB) en 95 ;
1992 = ‘Shaker’s Prayer’ (Warner 89) – Iris de Sibérie, pétales violets, sépales allant de l’or au violet, très original, AM en 94 et meilleur de sa catégorie (Morgan-Wood Medal) en 96 ;
1993 = ‘Tennessee Gentleman’ (Innerst 89) – jaune et prune, l’un des vainqueurs de la Walther Cup qui a fait le plus modeste parcours puisqu’il s’est arrêté à l’AM en 95 ;
1994 = ‘Hello Darkness’ (Schreiner 92) – Le meilleur « noir » des 20 dernières années, Wister Medal en 98 et Dykes Medal l’année suivante ;
1995 = ‘Boogie Woogie’ (Nichols 88) – très élégant amoena bleu glycine, AM en 97, Wister Medal en 99 ;
1996 = ‘Feature Attraction’ (Schreiner 94) – remarqué dès 1994 avec la President’s Cup, ce très joli mauve frisé n’a pas dépassé par la suite le stade de l’AM obtenu en 98 ;
1997 = ‘Fancy Woman’ (Keppel 94) – un iris luminata bien dans le style Keppel, en violet améthyste, qui a obtenu la Wister Medal en 2001, puis tutoyé à deux reprises la Médaille de Dykes (2002 et 2003) sans pouvoir décrocher la timbale ;
1998 = ‘¨Protocol’ (Keppel 94) – cet iris intermédiaire (IB) n’a été commercialisé qu’en 1996. C’est un amoena jaune spectaculaire qui a continué son chemin jusqu’à le Sass Medal (meilleur intermédiaire) en 2002 ;
1999 = ‘Diabolique’ (Schreiner 97) – excellent iris violet sombre, qui a continué sur sa lancée et frôlé la Wister Medal en 2003 ;
2000 = ‘Midnight Oil’ (Keppel 97) – Très traditionnel d’aspect, cet iris est la contribution récente de Keith Keppel à la grande famille des iris “noirs” ; il n’a pas dépassé le niveau de l’AM, atteint en 2002 ;
2001 = ‘Starwoman’ (M. Smith 97) – cet intermédiaire, plicata classique, intéressant au plan de l’hybridation, a suivi un cursus exceptionnel : AM en 2003, Sass Medal (meilleur intermédiaire) en 2005 puis deux fois challenger pour la Médaille de Dykes, en 2006 et 2007 ;
2002 = ‘Happenstance’ (Keppel 2000) – ce rose superbe n’en pas fini avec les honneurs puisqu’il a obtenu un AM en 2004 et est arrivé troisième pour la Wister Medal en 2006 ;
2003 = ‘Delirium’ (M. Smith 99) – encore un intermédiaire qui s’est fait remarquer ! C’est un iris aux pétales jaune d’or fumé et aux sépales dont le fond jaune est largement couvert de violet, avec un fin liseré jaune et des barbes minium. AM en 2005 et Sass Medal en 2007 ;
2004 = ‘Cat’s Eye’ (P. Black 2002) – cette fois c’est un SDB qui l’a emporté ; grenat clair, marqué de sombre aux sépales, avec une barbe bleue, AM en 2006, est encore en course pour une distinction supérieure ;
2005 = ‘Paul Black’ (T. Johnson 2002) – ce grand iris bleu outremer avec de grosses barbes oranges, a marqué un grand coup cette année-là en remportant également le Florin d’Or à Florence. Meilleur AM en 2007, il a toutes ses chances pour la Wister Medal en 2009, voire plus en 2010 ou 2011 ;
2006 = ‘Decadence’ (Blyth 2001) – encore une originalité puisque cet iris est originaire d’Australie ; peut continuer de faire parler de lui dans les années à venir ;
2007 = ‘Florentine Silk’ (Keppel 2004) – cet intéressant bicolore fait une entrée en fanfare dans le grand cirque puisque, la même année, il remporte aussi la Franklin Cook Cup lors de la convention d’Oklahoma City. C’est une variété dont devrait reparler.

25.4.08


LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

Les Américains font grand cas des iris d’origine française. Les variétés de Cayeux et Anfosso sont présentes dans la plupart des catalogues. Le photographe qui signe TNTIGGER nous donne aujourd’hui un joli cliché de ‘Eau Vive’ (Cayeux 97).
ECHOS DU MONDE DES IRIS

Le géant des producteurs

Quelques informations concernant la firme SCHREINER, à Salem dans l’Oregon : la plus grande entreprise du monde des iris :
Surface cultivée = 90 hectares
Nombre de semis effectués chaque année = 20000, 2% seront conservés
Ventes annuelles = 5 Millions de rhizomes !







BRASSÉE D’IRIS

Il y a quelques années, avant d’aller se consacrer, ailleurs, à autre chose, Luc Bourdillon avait pris du plaisir à pratiquer quelques hybridations, notamment en utilisant ‘Thornbird’ comme géniteur principal. C’est Pascal Bourdillon, son frère, qui, maintenant, a mis à son catalogue un certain nombre des obtentions sélectionnées par Luc. C’est une façon commode de régénérer un catalogue que les difficultés présentes entre l’Union Européenne et les Etats-Unis à propos des conditions d’importation des iris rendent plus délicat à renouveler. En 2004 Luc Bourdillon m’avait invité à parcourir les rangs où poussaient ses semis et à donner mon avis sur les plus intéressants. Les 28 variétés aujourd’hui retenues font donc partie de celles que j’avais vues ce printemps-là.

Dans cette brassée de nouveautés, dont on peut trouver les photos sur le site marchand de la maison Bourdillon, il y a forcément du bon et du moins bon. La présente chronique va essayer de faire le tour de ce sujet du point de vue de l’amateur collectionneur d’iris.

Il y a deux variétés roses : ‘Barrière de Corail’ et ‘Crevette’. Elles sont assez voisines, de forme classique, plutôt frisées, mais sans grande originalité.

‘Café-Chocolat’ est un iris brun, une couleur plutôt rare, et en ce sens il possède une certaine originalité. Il se situe dans la lignée de ‘Rusty Magnificence’ (Niswonger 95), un brun récent, en un peu plus clair.

Parmi les iris à éperons il y en a deux qui son très voisins : ‘Chamois d’Or’ et ‘Paillasson’. A mon avis, le coloris un peu plus contrasté (surtout les éperons, violets) de ‘Paillasson’ lui donne l’avantage, mais nous sommes dans un ensemble où l’on retrouve les caractéristiques de ‘Sky Hooks’, notamment le coloris jaune verdâtre. Avec ‘Tigrou’ on se rapproche du modèle ‘Thornbird’, notamment à cause de la couleur des éperons. Ceux-ci, longs et recourbés, sur des sépales qui supportent bien leur poids, en font une fleur très agréable. On serait tenté de donner une appréciation aussi bonne à ‘Guerrier Valeureux’ qui présente un aspect similaire en un jaune un peu plus doré, mais la taille râblée de la plante la dessert nettement. C’est un iris de bordure plus qu’un grand iris.

Trois variétés sont très proches d’aspect : ‘En Sologne’, ‘La Vie’ et ‘Nuisette’. ‘La Vie’ est plus nettement un amoena indigo que les deux autres que l’on peut qualifier de bitones. Des trois, c’est ‘Nuisette’ qui me paraît le plus intéressant, avec la forme gracieuse, un peu ouverte, de ses fleurs et ses petits éperons bleus.

Un certain nombre d’autres variétés me paraissent d’intérêt secondaire : formes de fleur très traditionnelles, coloris rencontré maintes fois… ‘Gamay’, ‘Glace’, ‘Myrtille’, ‘Néon’, ‘Ombre’, ‘Papillon Blanc’, ‘Sirop de Framboise’ et ‘Velours Noir’ sont dans ce cas, chacun dans son modèle ou son coloris. Quand on voit les photos, on se dit : « Mais j’ai déjà vu ça quelque part ». ‘Guimauve’ sera placé par certains dans le même sac. Pourtant son coloris légèrement violacé lui donne un certain charme ; néanmoins moins la forme de la fleur, très années 70, lui enlève de la valeur.

Une fleur comme ‘La Solognote’ intéresse surtout par son coloris contrasté. C’est un variégata par ailleurs on ne peut plus traditionnel ; tant qu’à faire, je lui préfère ‘Tout Feu Tout Flamme’ dont la forme, ondulée et légèrement frisée, est tout de même plus attractive.

Pour en terminer avec les fleurs qui n’ont pas beaucoup d’intérêt pour les collectionneurs, citons ‘Spot’, qui reprend une association violet sombre plus tache blanche sous les barbes qui était déjà celle du fort connu ‘Winner’s Circle’ (Plough 72).

Il reste six variétés qui suscitent davantage la curiosité. Dans l’ordre alphabétique, on trouve ‘Epée Violette’, visiblement un descendant de ‘Thornbird’, mais dans un coloris très frais. ‘Libellule’, gracieux et original, associe des pétales bouillonnés et des sépales mouvementés à des éperons touffus et amusants, le tout dans deux tons de mauve bien agréables. L’un de mes préférés sera ‘Rivière Pourpre’. Non pas que la forme de sa fleur soit très moderne, mais ses sépales très larges à la base lui donnent de la tenue, et l’association bleu glacier et indigo sombre, relevée d’une pointe de moutarde pour la barbe, est bien plaisante. ‘Sous le Vent’ est le troisième variegata de la sélection. Il est gai, jeune d’allure, et attire l’œil. Avec ‘Splendeur des Tropiques’ on est en présence d’un iris bitone bleu tout en mouvement, tout en fraîcheur, une jolie fleur. Pour terminer, ‘Vol au Vent’ retient l’attention grâce à ses éperons longs, minces et recourbés comme les cils d’une poupée, qui prolongent en bleu vif des barbes jaunes au cœur d’une fleur d’un beau bleu bitone.

Un peu plus de rigueur dans la sélection finale aurait été plus satisfaisante pour ceux qui choisissent leurs iris en terme d’originalité. Néanmoins toutes ces fleurs ont l’air d’être de bons iris qui devraient plaire et convenir à la majorité des acheteurs. Je regrette de devoir néanmoins ajouter un bémol : le prix de ces plantes me semble un peu élevé. Enfin, pour ceux qui s’intéressent à l’hybridation, il est dommage de ne pas pouvoir disposer des pedigrees.

18.4.08


LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

L’association du mauve de cet amoena inversé, ‘Romancer’ et du rose de l’arrière plan donne une image douce et reposante particulièrement réussie.
ECHOS DU MONDE DES IRIS

Un peu d’histoire

Le Dr Frédéric PAUTZ, directeur du Jardin Botanique de la Ville de Lyon, rédige un ouvrage pour lequel il recherche des informations sur l’histoire des Iris en France. Obtentions. Documents sur des expositions, entre 1800 et nos jours.

Il souhaite que ceux qui possèdent ce genre d’information ainsi que des documents relatifs à l’histoire des Iris en France, de prendre contact avec lui au:
Tel : 04 72 82 35 03 Fax : 04 72 82 35 09 Mobile : 06 24 98 30 92
Mail : frederic.pautz@mairie-lyon.fr






A LA RECHERCHE DE L’ANCÊTRE PERDU

‘Dornspiel’ (Muska 2006) est une variété qui se fait remarquer par les fines dentelures qui ornent ses bords. C’est aussi une jolie fleur rose pèche et rose orchidée, agrémentée d’un cœur doré et d’un liseré caramel. De petits éperons blancs complètent une fleur originale. Ces bords très dentelés ont un air de déjà vu, un air que les amateurs d’iris attribueront au premier coup d’œil à une variété emblématique, ‘Laced Cotton’ (Schreiner 78).

Ce ‘Laced Cotton’ se présente comme un iris blanc bleuté, à barbes blanches, ample et élégant comme la maison Schreiner sait le faire. On y remarque les fines déchiquetures et les piqûres délicates qui dessinent sur le bord des pétales et des sépales une charmante dentelle. Ce trait n’est pas à proprement une nouveauté : d’autres variétés l’avaient déjà montré, depuis ‘Chantilly’ (Hall 40) et surtout, tout au moins chez les Schreiner, depuis ‘Crinkled Ribbon’ (56). Pour aller de ‘Crinkled Ribbon’ à ‘Laced Cotton’, il y a vingt-deux ans de recherches et un chapelet de variétés dentelées qui se nomment ‘Crinckled Beauty’ (56), ‘Crinkled Joy’ (67) et ‘Grand Waltz’ (70), le plus remarquable de tous par la beauté de sa fleur et la richesse de ses ornements.

Si l’on veut avoir confirmation que derrière ‘Dornspiel’ il y a bien ‘Laced Cotton’, il faut entreprendre une recherche généalogique qui se révèle complexe mais réjouissante. En effet presque trente ans séparent ces deux variétés, et, par conséquent, un nombre considérable de générations : six ou sept, sans doute. Alors, partons à la recherche de l’ancêtre perdu !

On doit commencer par examiner le pedigree de ‘Dornspiel’. C’est (Scarlett in Gold x Golden Fasan) X Mesmerizer. Le côté masculin, ‘Mesmerizer’, responsable dans une certaine mesure des petits éperons blancs, n’est pour rien dans les frisottis. On peut donc faire l’impasse sur cette branche de la famille. ‘Scarlett in Gold’ et ‘Golden Fasan’ sont des purs produits des jardins de Bratislava. En route pour la Slovaquie…

‘Scarlett in Gold’ (Muska 96) a un pedigree où se mêlent variétés récentes et vieux de la vieille : (Sunshine Express x White Window) X (Lemon Fire x (Glory Bound x Silver Shower)). On peut abandonner tout de suite la piste ‘Sunshine Express’ (K. Mohr 78), puisque cette variété est contemporaine de celle dont nous recherchons la trace. L’échantillonnage se réduit aux deux produits « maison », ‘White Window’ (Muska 96) et ‘Lemon Fire’ (Muska 96). ‘White Window’ descend, du côté féminin, d’un iris Muska non enregistré mais baptisé ‘Bila Neha’, qui provient en fait de deux anciennes variétés mauves américaines, ‘Lavender Petticoat’ (Osborne 73) et Silver Shower’ (Schreiner 73). Ce ‘Silver Shower, associé à ‘Sunshine Express’, déjà cité, se trouve derrière ‘Monte Albano’ (Muska 92), l’autre branche féminine de ‘White Window’. Chou blanc dans cette direction. La branche masculine de ‘White Window’ se nomme ‘Cream with Gold’ (95). On reste dans la sphère Muska, mais on touche au but. Parce que ‘Cream with Gold’ est un enfant de ‘Don Epifano’ (89) et que ‘Don Epifano’ est un enfant de ‘Laced Cotton’. Ouf ! Ajoutons que ‘Lemon Fire’, le partenaire de ‘White Window’ dans le croisement à l’origine de la branche féminine de notre héros du jour, est un arrière petit-fils de ‘Laced Cotton’ et de ‘Fabulous Frills’, un autre enfant de ‘Grand Waltz’. Re-ouf.

Parviendra-t-on au même résultat en remontant la filière de ‘Golden Fasan’ (Muska 99) ? Ce très joli « space age » a pour pedigree ((Krimhilde x Mys Horn)x Sky Hooks) X Decory Win. ‘Decory Win’ (Muska 94) provident de ‘Sky Hooks’ et de ‘Lady Madonna’. Or ‘Lady Madonna’ (Schreiner 84) descend de ‘Fabulous Frills’. Bingo ! Quant à ‘Mys Horn (Muska 98), il descend à la troisième génération de ‘Laced Cotton’. Rebingo.

Ainsi un amusant jeu de piste au travers des ancêtres de ‘Dornspiel’ aboutit à la démonstration de ce que l’on supposait : ce ‘Dornspiel’, tout crêpu, est un lointain descendant de ‘Laced ‘Cotton’, et de ‘Grand Waltz’. Les traits dominants peuvent ainsi faire leur réapparition après des générations et des générations. Dans le cas présent il s’en est écoulé soit sept, soit huit, et même onze, depuis ‘Crinkled Ribbon’ ! Les multiples croisements n’ont pas eu raison de ces dentelures, et on est bien content de les retrouver, intactes, après tout ce temps et toutes ces combinaisons.

11.4.08


LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

Retour au travail de « Greenorchid », à propos d’un iris plicata original. La photo met bien en évidence les styles bleus de la fleur de ce ‘Patriotic Heart’.
DIVISION OU MULTIPLICATION

De toute façon c’est une question de calcul. La question est : comment obtenir la multiplication des rhizomes, pour pouvoir, sans trop attendre, quand on fait le commerce des iris, mettre un maximum de plantes sur le marché ? Il ne faut pas oublier qu’en Europe les variétés américaines arrivent alors qu’elles ont été déjà multipliées en abondance par les producteurs qui les proposent. Le défi pour les producteurs français est de perdre le moins de temps possible pour les commercialiser à leur tour.

Pour commencer, il y a ceux qui pensent que plus on divise les touffes, plus on obtient de nouvelles pousses. Ceux-là, par conséquent, vont, dès l’année A+1, diviser leurs plantations de l’année A. Ils partent de l’idée que chaque rhizome doit, en principe, donner naissance à trois pousses. Mais lorsque les touffes commencent à être un peu denses, il y a des pousses qui vont avorter, faute de place pour se développer, donc des rhizomes potentiels qui vont manquer. En divisant très vite on contourne le problème. Cependant, en un an, surtout sous les conditions météorologiques de l’Europe du Nord-Ouest, les jeunes pousses n’auront pas atteint un développement optimal, de sorte que, leur infligeant très tôt l’obligation de se réinstaller, on les fragilise sérieusement, avec le risque de voir certaines dépérir, et s’éteindre le bénéfice escompté d’une division précoce. Le bon sens exige donc de ne pratiquer ce traitement sévère que dans les régions plutôt clémentes, là où les pousses de l’année A auront pu atteindre une vigueur suffisante avant la transplantation. Autre inconvénient possible de cette technique : elle nécessite beaucoup d’espace et, par conséquent, une pépinière où les mètres carrés ne manquent pas. Enfin les rhizomes issus d’une multiplication rapide peuvent être petits et donc moins flatteurs, pour le client qui les reçoit, que les gros rejetons qui ont eu plus de temps pour prendre de la force. Pour compenser, il va falloir utiliser beaucoup d’eau et de l’engrais…

Deuxième technique : n’entreprendre la division que lorsque les touffes sont bien installées et les pousses nombreuses et solides. C’est sage, mais est-ce aussi efficace ? Les avis sont évidemment partagés, et ceux qui pratiquent ainsi sont convaincus d’utiliser la bonne méthode. Dans un climat un peu ingrat, c’est sûrement ce qu’il faut faire. Mais au bout de combien de temps pratiquer cette forme de division ? Là aussi les avis sont partagés. Deux années ? Trois années ? Plus ? C’est uniquement la rapidité de la multiplication qui va décider de la périodicité. Chaque producteur, qui connaît la progression des iris dans son exploitation, choisit ce qu’il considère comme le meilleur. Il choisit également l’espacement optimum à réserver entre les touffes. Car c’est un élément important : des touffes qui vont prendre de l’ampleur doivent avoir la place de se développer. Les rhizomes qui proviennent de cette méthode de culture sont en général plutôt costauds, sans se montrer exigeants en soins et en fortifiants.

Il existe une troisième technique. Elle est pratiquée par celui qui n’est pas particulièrement pressé d’obtenir des rhizomes en état d’être vendu, mais qui privilégie le naturel. Elle consiste à planter large, et à laisser les plantes se développer à leur rythme, aussi longtemps qu’elles pourront rester à la même place. Elles ne seront pas transplantées systématiquement mais seulement quand le besoin s’en fera sentir, parce que toutes les variétés ne poussent pas à la même vitesse. Pour la vente, au fur à mesure des commandes, le producteur vient retirer les rhizomes dont il a besoin, les détachant de la touffe mère, sans déterrer celle-ci. C’est une culture « bio » de l’iris, loin de la productivité recherchée par les adeptes des techniques précédentes. Ce mode de culture va de pair avec une quasi-absencee d’engrais et d’arrosage, et à un désherbage sans produit chimique. Mais autant dire que celui qui pratique ainsi ne fait pas du chiffre d’affaire sa première préoccupation ! La qualité est là, ainsi que la robustesse.

Enfin il y a des personnes qui ne recherchent pas la multiplication de leurs iris, mais au contraire essaient de la limiter pour s’éviter une transplantation pénible ou impossible. Ce sont des amateurs, aux jardins de taille modeste, qui tiennent à ce que leurs iris, généralement plantés serrés, ne viennent pas à se chevaucher et restent longuement en place. Pour cela ils retirent chaque été les poussent les plus extérieures, nettoient le centre de la touffe, y ajoutent du terreau et des amendements à diffusion lente, et replantent à cet endroit les rhizomes issus de la couronne. Cette méthode a été mise au point en Belgique par Koen Engelen, et elle est efficace dans les petits jardins.

Je vous disais que c’est une question de calcul ! Voulez-vous aller vite, ou prendre votre temps, voire freiner la prolifération ? Les quatre méthodes évoquées répondent en fait à des besoins différents.

4.4.08


LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

J’aime bien les fleurs un peu ébouriffées comme ce ‘Calm Stream’ photographié par Sébastien Cancade, amateur d’iris et bon photographe.






UNE BELLE FRATRIE

Une obtention récente, et des plus réussies, de Barry Blyth, le célèbre hybrideur australien, spécialiste des bicolores, s’appelle ‘Decadence’ (2004). C’est une variété vivement frisée et ondulée, avec des pétales dans les tons de pèche, et des sépales amarante bordées du pèche des pétales. Mais sa particularité est de faire apparaître des infusions de mauve, ou violet, à la base des pétales et surtout d’avoir des sépales veinés de sombre. Ce sont ces éléments, que Blyth a recherché à reproduire sur les descendants de ‘Decadence’, et qui se retrouvent, en effet sur de nombreux d’entre eux.

Un trait personnel de Barry Blyth, dont j’ai déjà parlé ici, est de sélectionner et enregistrer souvent un grand nombre des semis issus d’un croisement qui lui plait. C’est le cas avec celui de ‘Decadence’ par (‘Fogbound’ x ‘Starring’). Ce dernier croisement a donné ‘Reckless in Denim’ (2006), mais ce n’est pas cette variété enregistrée qui a été utilisée dans le croisement dont il est question maintenant, mais l’un de ses frères de semis. De ce mariage sont nés des iris dont Blyth a sélectionné, à l’heure actuelle, sept rejetons !

‘Reckless in Denim’ se présente comme un véritable iris a rayures : les sépales, dont le fond est d’un blanc rosé, couleur des pétales, portent des veines très nettes violet pourpré. Qu’en est-il de son frère, utilisé comme « père » des sept petits nouveaux ? Sans doute quelque chose d’approchant, mais l’histoire ne le dit pas. De ses sept descendants qui nous sont aujourd’hui proposés, six sont des iris à rayures. Le seul qui tranche un peu, c’est ‘Dinner Talk’ (2005) dont les rayures, en fait, disparaissent presque complètement dans le coloris violet foncé des sépales. Pour les autres, les veines richement colorées sont tout à fait visibles.

‘Astrobubbles’ (2005) décline les couleurs de ‘Decadence’, dans une note un peu plus bleutée. Les pétales, chamois tendre, légèrement teintés de mauve sur les côtes, s’opposent à des sépales pourpre, veinés de violet foncé. La fleur, comme pour ‘Decadence’, est profondément godronnée ce qui met en valeur le liseré et le revers des sépales, bleu lavande.

‘Full of Magic’ (2005) est d’un joli rose pêche, qui apparaît entre les veines pourpres, très épaisses, des sépales.

Chez ‘Jamaica me Crazy’ (2006) on retrouve le chamois tendre d’ ‘Astrobubbles’ en plus rosé, sans doute, et le pourpre des sépales, avec le chamois, qui réapparaît dans l’ourlet, largement mouvementé.

Des rayures encore pour ‘Juicy Rumours’ (2006). Cette fois les pétales champagne rosé surplombent des sépales dont le fond est également légèrement rosé, mais la couche supérieure est constituée de larges veines violet améthyste qui se densifient vers les bords avant de céder la place à un liseré plus clair. Amples ondulations.

La même disposition des couleurs se rencontre sur ‘Truly Wicked’ (2007), la couleur de base c’est le rose pêche. Le rose magenta, c’est celle des veines, denses vers l’extérieur, puis rose pêche pour le fin liseré qui ondule comme un ruché de dentelle. A mon avis c’est l’iris le plus joli de la série.

Le numéro 7 se nomme ‘Viking Dancer’ (2006) ; Il tient de ‘Starring’ un fort contraste entre pétales – beige clair – et sépales où le beige n’est présent que sous les barbes, un profond grenat amarante s’étalant ailleurs, avec des veines encore plus sombres, et toujours un liseré pâle qui se soulève comme le jupon d’une danseuse de cabaret.

Les traits communs aux sept frères sont évidemment nombreux, on peut parler d’un fort air de famille comme on le constate souvent chez les membres d’une famille nombreuse. Mais chacun à son caractère. On a envie de pouvoir tous les trouver dans son jardin. D’autant plus que cette sublime famille est aussi sans doute le point de départ d’un modèle de fleur qui, s’il n’est pas franchement nouveau, connaît un regain d’intérêt, avec les travaux conjoints, sur ce chapitre, de Barry Blyth et de son ami Keith Keppel.