17.5.08






















ECHOS DU MONDE DES IRIS

Résultats complets du Concorso Firenze 2008

GRANDS IRIS BARBUS

1 - Premio Firenze (Gold Florin) of the Tourist Organisation: MORNING SUNRISE (T. Johnson - U.S.A. 2005)
2 - Tuscany Region Prize: POWER POINT (T. Johnson - U.S.A. 2005)
3 - Silver Plate of the Industrial Organisation: DESIGNER’S ART (F. Kerr - U.S.A. 2004)
4 - Italian Iris Society Silver Medal ‘Piero Bargellini’: CORONA STAR (G. Grosvenor – Australia 2000)
5 - Honourable Mention: CITY OF GOLD” (P. Black – U.S.A. 2005)
6 - Honourable Mention: CELTIC GLORY” (H. L. Stahly – U.S.A. 2000)
7 - Honourable Mention: FLORENTINE SILK” (K. Keppel – U.S.A. 2005)
8 - Honourable Mention: MUST UNITE ” (G. Grosvenor – Australia 1998)
9 - Honourable Mention: LORD OF THE NIGHT (G. Sutton – U.S.A. 2005)
10 - Honourable Mention: JEALOUS HALO (J. Painter – U.S.A. 2004)

PRIX SPÉCIAUX

Comune di Firenze Silver Plate for the Best Red Variety: COUNTY TOWN RED (O. Wells – Great Britain 2004)
Chamber of Commerce Prize for the Best Commercial Variety: POWER POINT (T. Johnson – U.S.A. 2005)
Amici dei Fiori Cup for the Best Italian Variety: SELENE MOON (A. Bianco – Italy 2008)
Louise Branch Prize for the Best Branched Variety: VANILNOYE NEBO (A. Volfovich-Moler – Uzbekistan 2007)
Florence Garden Club Cup for the Most Original Colour: MORNING SUNRISE (T. Johnson – U.S.A. 2005)
Perugia Garden Club Cup for the Best Scented Variety: PEACE PRAYER (T. Johnson – U.S.A. 2005)
Rora and Luciano Bausi Prize for the Best Blue Variety: JOYFUL SKIES (Schreiner’s Garden – U.S.A. 2004)
Leila and Paolo Tarini Prize for the Best Violet Variety: FAY’S OSCAR (A.&D. Cadd – U.S.A. 2004)
Giorgio Saviane Prize for the Best Early Variety: NIGHTMARE (J. Hedgecock – U.S.A. 2005)
UNE SEMAINE A FLORENCE

Ce n’est pas une sinécure que d’être juge au Concours d’iris de Florence. On passe une semaine très dense, avec, chaque matin, une longue séquence de jugement, dans le merveilleux jardin du Piazzale Michelangelo, puis un déjeuner à l’italienne, qui ne se termine que vers 15.00 heures, suivi pour certains d’une seconde visite au jardin, ou, pour d’autres, d’un peu de tourisme dans la capitale de la Renaissance.

Le Chianti

Le mercredi est entièrement consacré au tourisme. Cette année les juges ont été emmenés vers la Chianti, ses châteaux, ses vins… Une première étape, néanmoins, a eu pour but la visite d’un champ d’iris. Ils ne sont plus nombreux, ceux qui cultivent encore l’iris pour le parfum. La famille Prunetti, qui a reçu les visiteurs, est une des dernières à pratiquer cette culture à laquelle elle ajoute celle du safran et la récolte du miel. Le champ à voir était situé au sommet d’une colline pentue qu’il a fallu grimper. Mais en haut, quel spectacle ! Cette étendue bleu-mauve, parsemée d’oliviers, est un ravissement pour les yeux. Un peu plus loin on s’est arrêté dans le château de Monna Lisa. Oui, la demeure de la Joconde. C’est aujourd’hui une exploitation vinicole moderne, mais les murs sont toujours ceux qui ont abrité la célèbre beauté et où la légende situe la naissance du peintre, Leonardo da Vinci. Après une agréable dégustation de chianti accompagnée de charcuteries toscanes et de fromages (que l’on mange arrosé de miel ou de confiture), le petit car est reparti pour une heure de route vers une auberge, perdue au fond des bois, où le repas a permis aux hôtes étrangers de goûter à tout un assortiment de plats typiques de la région. L’étape suivante fut le château sévère de Meleto où une nouvelle dégustation a permis de comparer les crus et d’apprécier la diversité des chiantis. Enfin, sur le chemin du retour, une escale de quelques instants à Greve, tout près de Florence, a été l’occasion de visiter une charcuterie traditionnelle et de faire le tour d’une petite ville fort pittoresque.

Les villas

La Société Italienne des Iris est quelque chose des très aristocratique. Le noyau florentin de cette association est animé par des dames de la bonne société qui font assaut de générosité et reçoivent à tour de rôle les juges et d’autres invités dans leurs demeures somptueuses (et le plus souvent historiques, où flotte encore l’âme d’un artiste ou d’un savant comme Galilée). Cela peut être seulement pour une visite façon musée suivie d’une collation, cela peut être aussi un véritable repas. C’est toujours merveilleux. Les villas grandioses, les couvents austères, toujours situés sur les hauteurs qui entourent la ville, s’ouvrent sur des jardins idylliques avec des vues de rêve sur la ville et les dômes ou campaniles de ses innombrables églises. Les hôtes, avec une simplicité propre aux personnes de qualité, vous accueillent comme des amis. Les agapes peuvent durer un peu, mais on est tellement à l’aise qu’on n’a pas hâte de retourner mesurer des iris.

Le banquet

Cette année (mais peut-être est-ce ainsi tous les ans) le Rotary-Club de Florence recevait les hôtes de la SII pour un dîner solennel, suivi d’une conférence. Le lieu ? Le Palais Borghèse, en plein cœur de la ville, un somptueux bâtiment Renaissance qui fut celui de Pauline Bonaparte, sœur de notre empereur et princesse Borghèse. Extérieurement, le palais, comme tous les autres, dresse ses pierres impressionnantes mais sévères, sur une rue étroite qui ne le met pas en valeur. Intérieurement, c’est à la fois riche et dépouillé. Un groupe de musicien en costume d’époque, annonce l’arrivée des convives avec un petit air de flûte et de harpe. La salle où va avoir lieu le repas s’emplit peu à peu de messieurs d’un certain âge en costumes sombres, et de rares dames, à peine plus jeunes, en tenues sobres mais distinguées. Sur un signal du maître des lieux, tout le monde se lève pour écouter la diffusion de trois hymnes : l’hymne du Rotary, celui de l’Italie, et celui de l’Europe. Puis l’on se rassoit et le repas peut commencer, modeste et sans intérêt gastronomique. Un nouveau signal de notre hôte et un conférencier se lève et se dirige vers un rétroprojecteur pour nous exposer par le menu, en italien bien sûr, tous les aspects de deux toiles de Leonardo da Vinci. Les invités de la SII, américains, tchèques, français, essaient de capter quelques mots… Mais les images sont, pour eux, plus parlantes. L’exposé terminé, chacun repart après les dernières congratulations.

Les iris

Le jardin d’iris, sur le versant de la colline de San Miniato, fut une oliveraie avant d’abriter les collections d’iris de la SII. Ce sont toutes les variétés envoyées au concours depuis 1957 ainsi que quelques dons d’hybrideurs. Toutes les plantes ne reçoivent pas les mêmes soins et des secteurs entiers semblent un peu à l’abandon, mais chaque année un nouveau carré est rénové en fonction des moyens de la Société. Les fleurs des derniers et prochains concours sont, elles, parfaitement entretenues. Il y en a dans tous les sens, là où il y a de la place. Cet apparent désordre est aussi l’un des charmes du jardin qui, de ce fait, ne fait pas du tout apprêté. Les iris en compétition pour 2008 sont au nombre de 113 (plus 14 iris de bordure). Au moment de la présence des juges, c’est à dire cette fois au pic de la saison, les iris hâtifs sont sur leur fin et les tardifs encore en boutons. Une soixantaine de plantes sont en pleine floraison. Le jury, après de laborieuses discussions, en retiendra 42 pour le concours proprement dit. Sont ainsi éliminés les iris mal venus où manifestement hors d’état d’être jugés. Une autre controverse agitera le jury quand il s’agira de désigner l’iris ayant le meilleur branchement. La notion de branchement n’est pas la même chez les juges italiens et chez les autres ; un grand plicata, un peu fragile, mais qui a la préférence du président du jury, sera finalement supplanté par une variété plus consensuelle. Pour l’attribution des trois premiers prix, il n’a aura en revanche aucune contestation. Difficile sera la désignation du meilleur parfum et de la meilleure variété italienne. Dans le premier cas parce qu’aucun iris n’a une odeur particulièrement puissante ou agréable qui le mette nettement en avant, dans le second parce qu’il n’y a pas de variété italienne classée dans les dix premières. Une solution sera de toute façon trouvée, à la satisfaction des organisateurs comme du jury.

Après la remise officielle des prix, dans le solennel Palazzo Vecchio, tout le monde se retrouvera pour un dernier repas dans une belle auberge, tout près des iris, sur la vaste esplanade du Piazzale Michelangelo. Puis ce sera la dispersion, les adieux, les espoirs de retrouvailles, les vœux de bonheur et les joyeuses manifestations d’amitié. Car ce concours 2008, remarquablement organisé, s’est déroulé dans les meilleures conditions et dans une ambiance chic, amicale mais bon-enfant qui n’a fait que faciliter les discussions parfois vives parce que sérieuses.

11.5.08











ECHOS DU MONDE DES IRIS

Concorso Firenze 2008

Florin d’Or : ‘Morning Sunrise’ (T. Johnson 2005)
2 eme prix : ‘Power Point’ (T. Johnson 2005)
3 eme prix : ‘Designer’s Art’ (F. Kerr 2004)
4 eme prix : ‘Corona Star’ (G. Grosvenor 2000)

Très beau concours, iris au pic de leur floraison.

IV. A la manière de Colette
(Pour un herbier)

Fleuri, doux.

« Fleuri, doux », c’est ainsi qu’un grand nez (comme on appelle ces hommes qui ont l’organe de l’odorat tellement affûté qu’ils sont capables, dans la foule d’une station de métro, de citer le nom du parfum de chacune des femmes qui passent auprès d’eux) a défini le parfum de l’iris. Parler du parfum de l’iris, c’est me retrouver dans notre jardin de St-Sauveur-en-Puisaye, un soir de mai, à la fin d’une journée où les premières chaleurs nous ont rendues nonchalantes. Les longues tiges flexueuses des iris bleu tendre s’inclinent vers le sol, et les fleurs, contraintes de se redresser pour offrir aux abeilles les trésors de leur nectar, se tortillent pour rester présentables malgré l’inconfort de leur situation. La chevelure dorée de leurs barbes est là pour leurrer les insectes. « Venez, semblent-elles dire, par ici vous trouverez ce qu’il y a de meilleur ! » Mais leur véritable intention est, en fait, de conduire jusqu’à leur cœur celui ou celle qui, au passage, va frotter son dos velu sur leur petite étamine et emporter le pollen vers la fleur voisine où il se déposera, mécaniquement, quand l’hôte d’un instant voudra encore une fois se régaler d’une nouvelle dose de sirop. Mais la chenille dorée n’est pas la seule à attirer le visiteur, il y a aussi l’odeur ! Ce parfum sucré, lourd, tenace, qui atteint son paroxysme aux dernières heures de la journée, comme pour ranimer l’appétit des pollinisateurs, émoussé par un après-midi de bombance.

Le parfum de l’iris, du moins celui de sa fleur, est effectivement un parfum doux et fleuri, mais pourquoi ne pas faire, justement, de ces caractéristiques la référence de l’iris. Un iris qui sent l’iris, est-ce inconcevable ? Oui, je sais, il existe des iris qui ne sentent pas l’iris ! Des traîtres, en quelque sorte, ou des plagiaires, qui prétendent se montrer intéressants en singeant l’odeur du muguet, de l’œillet, du lis blanc ou de la vanille. Comme si sentir l’iris était d’un commun, qu’une fleur distinguée ne pouvait pas se permettre. Il est vrai, également que d’autres négligent superbement de se parfumer : on-t-ils besoin de cet artifice, eux qui sont si beaux que personne ne saurait leur résister ? Certains vont même jusqu’à offrir une odeur âcre et désagréable, les iris sombres, surtout. Mais ce qui nous semble à nous humains, rébarbatif ou simplement déplaisant, n’a-t-il pas un effet fort différent sur l’odorat des insectes ? J’ai entendu dire que la forêt tropicale recèle des fleurs immenses, aux couleurs abominables, et dégageant une odeur épouvantable, mais qui ont un succès fou auprès des mouches autochtones. Tous les goûts sont dans la nature !

L’iris, au demeurant, n’est pas une fleur discrète : c’est un chevalier, un souverain. Observons avec quel dédain se dresse sa fleur, au sommet de la hampe. Il est fier et dominateur, et ses feuilles acérées et dressées lui font une garde rapprochée raide et menaçante. Mais ce prince guerrier a, aussi, son côté enjôleur, sa part de féminité. C’est son parfum, cette onde de langueur, douce et forte à la fois, que le souffle du soir emporte à travers le jardin et qui démontre, à ceux qui en douteraient , que l’iris abrite bien, en une seule enveloppe, les caractères majeurs des deux sexes.

2.5.08

UN PEU DE RETARD

La semaine prochaine Irisenligne sera un peu en retard. Je ne serai de retour de Florence (Concorso Firenze) que le dimanche 11. Mais j'aurai sans doute beaucoup de choses à dire.

LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

Cette photo de ‘Elegant Impressions’ (Schreiner 93) met bien en évidence les qualités des variétés proposées par la firme Schreiner : fleurs amples, parfaitement proportionnées, délicatement frisées. La lumière qui baigne cette photo accroît l’impression de fraîcheur …et d’élégance !






MEILLEUR ESPOIR

Dans le système américain des récompenses, on commence par les HM (Honorable Mention) qui sont destinés aux variétés récemment mises sur le marché et qui entrent par cette porte dans le grand cirque qui peut les emmener jusqu’à la Médaille de Dykes. Et la variété qui, chaque année, accumule le plus de voix pour un HM reçoit la Walther Cup. Cette récompense est très prisée, en effet elle jette un coup de projecteur sur un iris a priori intéressant et, comme elle est attribuée au tout début de la vie commerciale de cet iris, elle garantit à son obtenteur des ventes importantes. Un autre de ses pôles d’intérêt est qu’elle est attribuée à des iris de toutes catégories, ce qui, pour les autres que les grands iris, est très favorable à leur développement.

La Walther Cup a été créée en mémoire de Barbara Walther et de son mari Fred. Barbara a été la première responsable des Presby Memorial Iris Gardens, installés dès 1927 dans la petite ville de Montclair, dans le New Jersey pour devenir le conservatoire américain des iris. D’après les renseignements que je possède, il semble que cette distinction existe depuis 1975, mais cette information est à vérifier, Barbara Walther étant décédée seulement en 1977.

Quoi qu’il en soit, la Walther Cup a tout de suite été attribuée à des variétés qui par la suite ont eu un parcours des honneurs particulièrement flatteur, ce qui accroît son aura et l’intérêt que les hybrideurs lui portent. Pour en juger il suffit de se pencher sur le cas des vingt dernières variétés récompensées.

1989 = ‘Silverado’ (Schreiner 87) – bleu argent, splendide, honoré de la Wister Medal (meilleur grand iris) en 91 et de la Médaille de Dykes en 94 ;
1990 = ‘Honky Tonk Blues’ (Schreiner 88) – original bleu, aux sépales marbrés, deux fois Wister Medal (92 et 94) et Médaille de Dykes en 95 ;
1991 = ‘Frosted Velvet’ (K. Fisher 88) – iris de table (MTB), amoena violet, AM en 93 et Williamson-White Medal (meilleur MTB) en 95 ;
1992 = ‘Shaker’s Prayer’ (Warner 89) – Iris de Sibérie, pétales violets, sépales allant de l’or au violet, très original, AM en 94 et meilleur de sa catégorie (Morgan-Wood Medal) en 96 ;
1993 = ‘Tennessee Gentleman’ (Innerst 89) – jaune et prune, l’un des vainqueurs de la Walther Cup qui a fait le plus modeste parcours puisqu’il s’est arrêté à l’AM en 95 ;
1994 = ‘Hello Darkness’ (Schreiner 92) – Le meilleur « noir » des 20 dernières années, Wister Medal en 98 et Dykes Medal l’année suivante ;
1995 = ‘Boogie Woogie’ (Nichols 88) – très élégant amoena bleu glycine, AM en 97, Wister Medal en 99 ;
1996 = ‘Feature Attraction’ (Schreiner 94) – remarqué dès 1994 avec la President’s Cup, ce très joli mauve frisé n’a pas dépassé par la suite le stade de l’AM obtenu en 98 ;
1997 = ‘Fancy Woman’ (Keppel 94) – un iris luminata bien dans le style Keppel, en violet améthyste, qui a obtenu la Wister Medal en 2001, puis tutoyé à deux reprises la Médaille de Dykes (2002 et 2003) sans pouvoir décrocher la timbale ;
1998 = ‘¨Protocol’ (Keppel 94) – cet iris intermédiaire (IB) n’a été commercialisé qu’en 1996. C’est un amoena jaune spectaculaire qui a continué son chemin jusqu’à le Sass Medal (meilleur intermédiaire) en 2002 ;
1999 = ‘Diabolique’ (Schreiner 97) – excellent iris violet sombre, qui a continué sur sa lancée et frôlé la Wister Medal en 2003 ;
2000 = ‘Midnight Oil’ (Keppel 97) – Très traditionnel d’aspect, cet iris est la contribution récente de Keith Keppel à la grande famille des iris “noirs” ; il n’a pas dépassé le niveau de l’AM, atteint en 2002 ;
2001 = ‘Starwoman’ (M. Smith 97) – cet intermédiaire, plicata classique, intéressant au plan de l’hybridation, a suivi un cursus exceptionnel : AM en 2003, Sass Medal (meilleur intermédiaire) en 2005 puis deux fois challenger pour la Médaille de Dykes, en 2006 et 2007 ;
2002 = ‘Happenstance’ (Keppel 2000) – ce rose superbe n’en pas fini avec les honneurs puisqu’il a obtenu un AM en 2004 et est arrivé troisième pour la Wister Medal en 2006 ;
2003 = ‘Delirium’ (M. Smith 99) – encore un intermédiaire qui s’est fait remarquer ! C’est un iris aux pétales jaune d’or fumé et aux sépales dont le fond jaune est largement couvert de violet, avec un fin liseré jaune et des barbes minium. AM en 2005 et Sass Medal en 2007 ;
2004 = ‘Cat’s Eye’ (P. Black 2002) – cette fois c’est un SDB qui l’a emporté ; grenat clair, marqué de sombre aux sépales, avec une barbe bleue, AM en 2006, est encore en course pour une distinction supérieure ;
2005 = ‘Paul Black’ (T. Johnson 2002) – ce grand iris bleu outremer avec de grosses barbes oranges, a marqué un grand coup cette année-là en remportant également le Florin d’Or à Florence. Meilleur AM en 2007, il a toutes ses chances pour la Wister Medal en 2009, voire plus en 2010 ou 2011 ;
2006 = ‘Decadence’ (Blyth 2001) – encore une originalité puisque cet iris est originaire d’Australie ; peut continuer de faire parler de lui dans les années à venir ;
2007 = ‘Florentine Silk’ (Keppel 2004) – cet intéressant bicolore fait une entrée en fanfare dans le grand cirque puisque, la même année, il remporte aussi la Franklin Cook Cup lors de la convention d’Oklahoma City. C’est une variété dont devrait reparler.

25.4.08


LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

Les Américains font grand cas des iris d’origine française. Les variétés de Cayeux et Anfosso sont présentes dans la plupart des catalogues. Le photographe qui signe TNTIGGER nous donne aujourd’hui un joli cliché de ‘Eau Vive’ (Cayeux 97).
ECHOS DU MONDE DES IRIS

Le géant des producteurs

Quelques informations concernant la firme SCHREINER, à Salem dans l’Oregon : la plus grande entreprise du monde des iris :
Surface cultivée = 90 hectares
Nombre de semis effectués chaque année = 20000, 2% seront conservés
Ventes annuelles = 5 Millions de rhizomes !







BRASSÉE D’IRIS

Il y a quelques années, avant d’aller se consacrer, ailleurs, à autre chose, Luc Bourdillon avait pris du plaisir à pratiquer quelques hybridations, notamment en utilisant ‘Thornbird’ comme géniteur principal. C’est Pascal Bourdillon, son frère, qui, maintenant, a mis à son catalogue un certain nombre des obtentions sélectionnées par Luc. C’est une façon commode de régénérer un catalogue que les difficultés présentes entre l’Union Européenne et les Etats-Unis à propos des conditions d’importation des iris rendent plus délicat à renouveler. En 2004 Luc Bourdillon m’avait invité à parcourir les rangs où poussaient ses semis et à donner mon avis sur les plus intéressants. Les 28 variétés aujourd’hui retenues font donc partie de celles que j’avais vues ce printemps-là.

Dans cette brassée de nouveautés, dont on peut trouver les photos sur le site marchand de la maison Bourdillon, il y a forcément du bon et du moins bon. La présente chronique va essayer de faire le tour de ce sujet du point de vue de l’amateur collectionneur d’iris.

Il y a deux variétés roses : ‘Barrière de Corail’ et ‘Crevette’. Elles sont assez voisines, de forme classique, plutôt frisées, mais sans grande originalité.

‘Café-Chocolat’ est un iris brun, une couleur plutôt rare, et en ce sens il possède une certaine originalité. Il se situe dans la lignée de ‘Rusty Magnificence’ (Niswonger 95), un brun récent, en un peu plus clair.

Parmi les iris à éperons il y en a deux qui son très voisins : ‘Chamois d’Or’ et ‘Paillasson’. A mon avis, le coloris un peu plus contrasté (surtout les éperons, violets) de ‘Paillasson’ lui donne l’avantage, mais nous sommes dans un ensemble où l’on retrouve les caractéristiques de ‘Sky Hooks’, notamment le coloris jaune verdâtre. Avec ‘Tigrou’ on se rapproche du modèle ‘Thornbird’, notamment à cause de la couleur des éperons. Ceux-ci, longs et recourbés, sur des sépales qui supportent bien leur poids, en font une fleur très agréable. On serait tenté de donner une appréciation aussi bonne à ‘Guerrier Valeureux’ qui présente un aspect similaire en un jaune un peu plus doré, mais la taille râblée de la plante la dessert nettement. C’est un iris de bordure plus qu’un grand iris.

Trois variétés sont très proches d’aspect : ‘En Sologne’, ‘La Vie’ et ‘Nuisette’. ‘La Vie’ est plus nettement un amoena indigo que les deux autres que l’on peut qualifier de bitones. Des trois, c’est ‘Nuisette’ qui me paraît le plus intéressant, avec la forme gracieuse, un peu ouverte, de ses fleurs et ses petits éperons bleus.

Un certain nombre d’autres variétés me paraissent d’intérêt secondaire : formes de fleur très traditionnelles, coloris rencontré maintes fois… ‘Gamay’, ‘Glace’, ‘Myrtille’, ‘Néon’, ‘Ombre’, ‘Papillon Blanc’, ‘Sirop de Framboise’ et ‘Velours Noir’ sont dans ce cas, chacun dans son modèle ou son coloris. Quand on voit les photos, on se dit : « Mais j’ai déjà vu ça quelque part ». ‘Guimauve’ sera placé par certains dans le même sac. Pourtant son coloris légèrement violacé lui donne un certain charme ; néanmoins moins la forme de la fleur, très années 70, lui enlève de la valeur.

Une fleur comme ‘La Solognote’ intéresse surtout par son coloris contrasté. C’est un variégata par ailleurs on ne peut plus traditionnel ; tant qu’à faire, je lui préfère ‘Tout Feu Tout Flamme’ dont la forme, ondulée et légèrement frisée, est tout de même plus attractive.

Pour en terminer avec les fleurs qui n’ont pas beaucoup d’intérêt pour les collectionneurs, citons ‘Spot’, qui reprend une association violet sombre plus tache blanche sous les barbes qui était déjà celle du fort connu ‘Winner’s Circle’ (Plough 72).

Il reste six variétés qui suscitent davantage la curiosité. Dans l’ordre alphabétique, on trouve ‘Epée Violette’, visiblement un descendant de ‘Thornbird’, mais dans un coloris très frais. ‘Libellule’, gracieux et original, associe des pétales bouillonnés et des sépales mouvementés à des éperons touffus et amusants, le tout dans deux tons de mauve bien agréables. L’un de mes préférés sera ‘Rivière Pourpre’. Non pas que la forme de sa fleur soit très moderne, mais ses sépales très larges à la base lui donnent de la tenue, et l’association bleu glacier et indigo sombre, relevée d’une pointe de moutarde pour la barbe, est bien plaisante. ‘Sous le Vent’ est le troisième variegata de la sélection. Il est gai, jeune d’allure, et attire l’œil. Avec ‘Splendeur des Tropiques’ on est en présence d’un iris bitone bleu tout en mouvement, tout en fraîcheur, une jolie fleur. Pour terminer, ‘Vol au Vent’ retient l’attention grâce à ses éperons longs, minces et recourbés comme les cils d’une poupée, qui prolongent en bleu vif des barbes jaunes au cœur d’une fleur d’un beau bleu bitone.

Un peu plus de rigueur dans la sélection finale aurait été plus satisfaisante pour ceux qui choisissent leurs iris en terme d’originalité. Néanmoins toutes ces fleurs ont l’air d’être de bons iris qui devraient plaire et convenir à la majorité des acheteurs. Je regrette de devoir néanmoins ajouter un bémol : le prix de ces plantes me semble un peu élevé. Enfin, pour ceux qui s’intéressent à l’hybridation, il est dommage de ne pas pouvoir disposer des pedigrees.

18.4.08


LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

L’association du mauve de cet amoena inversé, ‘Romancer’ et du rose de l’arrière plan donne une image douce et reposante particulièrement réussie.
ECHOS DU MONDE DES IRIS

Un peu d’histoire

Le Dr Frédéric PAUTZ, directeur du Jardin Botanique de la Ville de Lyon, rédige un ouvrage pour lequel il recherche des informations sur l’histoire des Iris en France. Obtentions. Documents sur des expositions, entre 1800 et nos jours.

Il souhaite que ceux qui possèdent ce genre d’information ainsi que des documents relatifs à l’histoire des Iris en France, de prendre contact avec lui au:
Tel : 04 72 82 35 03 Fax : 04 72 82 35 09 Mobile : 06 24 98 30 92
Mail : frederic.pautz@mairie-lyon.fr






A LA RECHERCHE DE L’ANCÊTRE PERDU

‘Dornspiel’ (Muska 2006) est une variété qui se fait remarquer par les fines dentelures qui ornent ses bords. C’est aussi une jolie fleur rose pèche et rose orchidée, agrémentée d’un cœur doré et d’un liseré caramel. De petits éperons blancs complètent une fleur originale. Ces bords très dentelés ont un air de déjà vu, un air que les amateurs d’iris attribueront au premier coup d’œil à une variété emblématique, ‘Laced Cotton’ (Schreiner 78).

Ce ‘Laced Cotton’ se présente comme un iris blanc bleuté, à barbes blanches, ample et élégant comme la maison Schreiner sait le faire. On y remarque les fines déchiquetures et les piqûres délicates qui dessinent sur le bord des pétales et des sépales une charmante dentelle. Ce trait n’est pas à proprement une nouveauté : d’autres variétés l’avaient déjà montré, depuis ‘Chantilly’ (Hall 40) et surtout, tout au moins chez les Schreiner, depuis ‘Crinkled Ribbon’ (56). Pour aller de ‘Crinkled Ribbon’ à ‘Laced Cotton’, il y a vingt-deux ans de recherches et un chapelet de variétés dentelées qui se nomment ‘Crinckled Beauty’ (56), ‘Crinkled Joy’ (67) et ‘Grand Waltz’ (70), le plus remarquable de tous par la beauté de sa fleur et la richesse de ses ornements.

Si l’on veut avoir confirmation que derrière ‘Dornspiel’ il y a bien ‘Laced Cotton’, il faut entreprendre une recherche généalogique qui se révèle complexe mais réjouissante. En effet presque trente ans séparent ces deux variétés, et, par conséquent, un nombre considérable de générations : six ou sept, sans doute. Alors, partons à la recherche de l’ancêtre perdu !

On doit commencer par examiner le pedigree de ‘Dornspiel’. C’est (Scarlett in Gold x Golden Fasan) X Mesmerizer. Le côté masculin, ‘Mesmerizer’, responsable dans une certaine mesure des petits éperons blancs, n’est pour rien dans les frisottis. On peut donc faire l’impasse sur cette branche de la famille. ‘Scarlett in Gold’ et ‘Golden Fasan’ sont des purs produits des jardins de Bratislava. En route pour la Slovaquie…

‘Scarlett in Gold’ (Muska 96) a un pedigree où se mêlent variétés récentes et vieux de la vieille : (Sunshine Express x White Window) X (Lemon Fire x (Glory Bound x Silver Shower)). On peut abandonner tout de suite la piste ‘Sunshine Express’ (K. Mohr 78), puisque cette variété est contemporaine de celle dont nous recherchons la trace. L’échantillonnage se réduit aux deux produits « maison », ‘White Window’ (Muska 96) et ‘Lemon Fire’ (Muska 96). ‘White Window’ descend, du côté féminin, d’un iris Muska non enregistré mais baptisé ‘Bila Neha’, qui provient en fait de deux anciennes variétés mauves américaines, ‘Lavender Petticoat’ (Osborne 73) et Silver Shower’ (Schreiner 73). Ce ‘Silver Shower, associé à ‘Sunshine Express’, déjà cité, se trouve derrière ‘Monte Albano’ (Muska 92), l’autre branche féminine de ‘White Window’. Chou blanc dans cette direction. La branche masculine de ‘White Window’ se nomme ‘Cream with Gold’ (95). On reste dans la sphère Muska, mais on touche au but. Parce que ‘Cream with Gold’ est un enfant de ‘Don Epifano’ (89) et que ‘Don Epifano’ est un enfant de ‘Laced Cotton’. Ouf ! Ajoutons que ‘Lemon Fire’, le partenaire de ‘White Window’ dans le croisement à l’origine de la branche féminine de notre héros du jour, est un arrière petit-fils de ‘Laced Cotton’ et de ‘Fabulous Frills’, un autre enfant de ‘Grand Waltz’. Re-ouf.

Parviendra-t-on au même résultat en remontant la filière de ‘Golden Fasan’ (Muska 99) ? Ce très joli « space age » a pour pedigree ((Krimhilde x Mys Horn)x Sky Hooks) X Decory Win. ‘Decory Win’ (Muska 94) provident de ‘Sky Hooks’ et de ‘Lady Madonna’. Or ‘Lady Madonna’ (Schreiner 84) descend de ‘Fabulous Frills’. Bingo ! Quant à ‘Mys Horn (Muska 98), il descend à la troisième génération de ‘Laced Cotton’. Rebingo.

Ainsi un amusant jeu de piste au travers des ancêtres de ‘Dornspiel’ aboutit à la démonstration de ce que l’on supposait : ce ‘Dornspiel’, tout crêpu, est un lointain descendant de ‘Laced ‘Cotton’, et de ‘Grand Waltz’. Les traits dominants peuvent ainsi faire leur réapparition après des générations et des générations. Dans le cas présent il s’en est écoulé soit sept, soit huit, et même onze, depuis ‘Crinkled Ribbon’ ! Les multiples croisements n’ont pas eu raison de ces dentelures, et on est bien content de les retrouver, intactes, après tout ce temps et toutes ces combinaisons.

11.4.08


LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

Retour au travail de « Greenorchid », à propos d’un iris plicata original. La photo met bien en évidence les styles bleus de la fleur de ce ‘Patriotic Heart’.
DIVISION OU MULTIPLICATION

De toute façon c’est une question de calcul. La question est : comment obtenir la multiplication des rhizomes, pour pouvoir, sans trop attendre, quand on fait le commerce des iris, mettre un maximum de plantes sur le marché ? Il ne faut pas oublier qu’en Europe les variétés américaines arrivent alors qu’elles ont été déjà multipliées en abondance par les producteurs qui les proposent. Le défi pour les producteurs français est de perdre le moins de temps possible pour les commercialiser à leur tour.

Pour commencer, il y a ceux qui pensent que plus on divise les touffes, plus on obtient de nouvelles pousses. Ceux-là, par conséquent, vont, dès l’année A+1, diviser leurs plantations de l’année A. Ils partent de l’idée que chaque rhizome doit, en principe, donner naissance à trois pousses. Mais lorsque les touffes commencent à être un peu denses, il y a des pousses qui vont avorter, faute de place pour se développer, donc des rhizomes potentiels qui vont manquer. En divisant très vite on contourne le problème. Cependant, en un an, surtout sous les conditions météorologiques de l’Europe du Nord-Ouest, les jeunes pousses n’auront pas atteint un développement optimal, de sorte que, leur infligeant très tôt l’obligation de se réinstaller, on les fragilise sérieusement, avec le risque de voir certaines dépérir, et s’éteindre le bénéfice escompté d’une division précoce. Le bon sens exige donc de ne pratiquer ce traitement sévère que dans les régions plutôt clémentes, là où les pousses de l’année A auront pu atteindre une vigueur suffisante avant la transplantation. Autre inconvénient possible de cette technique : elle nécessite beaucoup d’espace et, par conséquent, une pépinière où les mètres carrés ne manquent pas. Enfin les rhizomes issus d’une multiplication rapide peuvent être petits et donc moins flatteurs, pour le client qui les reçoit, que les gros rejetons qui ont eu plus de temps pour prendre de la force. Pour compenser, il va falloir utiliser beaucoup d’eau et de l’engrais…

Deuxième technique : n’entreprendre la division que lorsque les touffes sont bien installées et les pousses nombreuses et solides. C’est sage, mais est-ce aussi efficace ? Les avis sont évidemment partagés, et ceux qui pratiquent ainsi sont convaincus d’utiliser la bonne méthode. Dans un climat un peu ingrat, c’est sûrement ce qu’il faut faire. Mais au bout de combien de temps pratiquer cette forme de division ? Là aussi les avis sont partagés. Deux années ? Trois années ? Plus ? C’est uniquement la rapidité de la multiplication qui va décider de la périodicité. Chaque producteur, qui connaît la progression des iris dans son exploitation, choisit ce qu’il considère comme le meilleur. Il choisit également l’espacement optimum à réserver entre les touffes. Car c’est un élément important : des touffes qui vont prendre de l’ampleur doivent avoir la place de se développer. Les rhizomes qui proviennent de cette méthode de culture sont en général plutôt costauds, sans se montrer exigeants en soins et en fortifiants.

Il existe une troisième technique. Elle est pratiquée par celui qui n’est pas particulièrement pressé d’obtenir des rhizomes en état d’être vendu, mais qui privilégie le naturel. Elle consiste à planter large, et à laisser les plantes se développer à leur rythme, aussi longtemps qu’elles pourront rester à la même place. Elles ne seront pas transplantées systématiquement mais seulement quand le besoin s’en fera sentir, parce que toutes les variétés ne poussent pas à la même vitesse. Pour la vente, au fur à mesure des commandes, le producteur vient retirer les rhizomes dont il a besoin, les détachant de la touffe mère, sans déterrer celle-ci. C’est une culture « bio » de l’iris, loin de la productivité recherchée par les adeptes des techniques précédentes. Ce mode de culture va de pair avec une quasi-absencee d’engrais et d’arrosage, et à un désherbage sans produit chimique. Mais autant dire que celui qui pratique ainsi ne fait pas du chiffre d’affaire sa première préoccupation ! La qualité est là, ainsi que la robustesse.

Enfin il y a des personnes qui ne recherchent pas la multiplication de leurs iris, mais au contraire essaient de la limiter pour s’éviter une transplantation pénible ou impossible. Ce sont des amateurs, aux jardins de taille modeste, qui tiennent à ce que leurs iris, généralement plantés serrés, ne viennent pas à se chevaucher et restent longuement en place. Pour cela ils retirent chaque été les poussent les plus extérieures, nettoient le centre de la touffe, y ajoutent du terreau et des amendements à diffusion lente, et replantent à cet endroit les rhizomes issus de la couronne. Cette méthode a été mise au point en Belgique par Koen Engelen, et elle est efficace dans les petits jardins.

Je vous disais que c’est une question de calcul ! Voulez-vous aller vite, ou prendre votre temps, voire freiner la prolifération ? Les quatre méthodes évoquées répondent en fait à des besoins différents.

4.4.08


LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

J’aime bien les fleurs un peu ébouriffées comme ce ‘Calm Stream’ photographié par Sébastien Cancade, amateur d’iris et bon photographe.






UNE BELLE FRATRIE

Une obtention récente, et des plus réussies, de Barry Blyth, le célèbre hybrideur australien, spécialiste des bicolores, s’appelle ‘Decadence’ (2004). C’est une variété vivement frisée et ondulée, avec des pétales dans les tons de pèche, et des sépales amarante bordées du pèche des pétales. Mais sa particularité est de faire apparaître des infusions de mauve, ou violet, à la base des pétales et surtout d’avoir des sépales veinés de sombre. Ce sont ces éléments, que Blyth a recherché à reproduire sur les descendants de ‘Decadence’, et qui se retrouvent, en effet sur de nombreux d’entre eux.

Un trait personnel de Barry Blyth, dont j’ai déjà parlé ici, est de sélectionner et enregistrer souvent un grand nombre des semis issus d’un croisement qui lui plait. C’est le cas avec celui de ‘Decadence’ par (‘Fogbound’ x ‘Starring’). Ce dernier croisement a donné ‘Reckless in Denim’ (2006), mais ce n’est pas cette variété enregistrée qui a été utilisée dans le croisement dont il est question maintenant, mais l’un de ses frères de semis. De ce mariage sont nés des iris dont Blyth a sélectionné, à l’heure actuelle, sept rejetons !

‘Reckless in Denim’ se présente comme un véritable iris a rayures : les sépales, dont le fond est d’un blanc rosé, couleur des pétales, portent des veines très nettes violet pourpré. Qu’en est-il de son frère, utilisé comme « père » des sept petits nouveaux ? Sans doute quelque chose d’approchant, mais l’histoire ne le dit pas. De ses sept descendants qui nous sont aujourd’hui proposés, six sont des iris à rayures. Le seul qui tranche un peu, c’est ‘Dinner Talk’ (2005) dont les rayures, en fait, disparaissent presque complètement dans le coloris violet foncé des sépales. Pour les autres, les veines richement colorées sont tout à fait visibles.

‘Astrobubbles’ (2005) décline les couleurs de ‘Decadence’, dans une note un peu plus bleutée. Les pétales, chamois tendre, légèrement teintés de mauve sur les côtes, s’opposent à des sépales pourpre, veinés de violet foncé. La fleur, comme pour ‘Decadence’, est profondément godronnée ce qui met en valeur le liseré et le revers des sépales, bleu lavande.

‘Full of Magic’ (2005) est d’un joli rose pêche, qui apparaît entre les veines pourpres, très épaisses, des sépales.

Chez ‘Jamaica me Crazy’ (2006) on retrouve le chamois tendre d’ ‘Astrobubbles’ en plus rosé, sans doute, et le pourpre des sépales, avec le chamois, qui réapparaît dans l’ourlet, largement mouvementé.

Des rayures encore pour ‘Juicy Rumours’ (2006). Cette fois les pétales champagne rosé surplombent des sépales dont le fond est également légèrement rosé, mais la couche supérieure est constituée de larges veines violet améthyste qui se densifient vers les bords avant de céder la place à un liseré plus clair. Amples ondulations.

La même disposition des couleurs se rencontre sur ‘Truly Wicked’ (2007), la couleur de base c’est le rose pêche. Le rose magenta, c’est celle des veines, denses vers l’extérieur, puis rose pêche pour le fin liseré qui ondule comme un ruché de dentelle. A mon avis c’est l’iris le plus joli de la série.

Le numéro 7 se nomme ‘Viking Dancer’ (2006) ; Il tient de ‘Starring’ un fort contraste entre pétales – beige clair – et sépales où le beige n’est présent que sous les barbes, un profond grenat amarante s’étalant ailleurs, avec des veines encore plus sombres, et toujours un liseré pâle qui se soulève comme le jupon d’une danseuse de cabaret.

Les traits communs aux sept frères sont évidemment nombreux, on peut parler d’un fort air de famille comme on le constate souvent chez les membres d’une famille nombreuse. Mais chacun à son caractère. On a envie de pouvoir tous les trouver dans son jardin. D’autant plus que cette sublime famille est aussi sans doute le point de départ d’un modèle de fleur qui, s’il n’est pas franchement nouveau, connaît un regain d’intérêt, avec les travaux conjoints, sur ce chapitre, de Barry Blyth et de son ami Keith Keppel.

28.3.08







LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

Trois nouveaux clichés signés « Greenorchid ». Des fleurs pourpres, un fond vert. C’est encore plus beau que la réalité !
ECHOS DU MONDE DES IRIS

Opération IRISADE

Extraits du site de l’association « Irisade » :

« L’Iris est l’un des supports d’une initiative qui associe éducation au développement durable et solidarité entre les générations et les territoires. (…) Cette initiative se nomme « IRISADE », elle a pour objectif principal de mettre en œuvre des projets pédagogiques intéressant la lutte contre le gaspillage de l’eau. L’iris est considéré comme un symbole multiculturel et scientifique associé avec l’homme et l'eau depuis la nuit des temps. Des références (entre tant d’autres !) à la fois à la messagère de la mythologie grecque, qui réunit l’eau et l’air dans l’arc en ciel, aux iris sacrés de la haute Égypte, aux iris superbes multicolores des jardins, à Iris nigricans dit ‘l’économiseur’ de l’eau, iris noir du désert et élégante fleur nationale de la Jordanie, et à l'iris jaune des marais, dit l’ « Iris de Clovis », qui aujourd'hui, en compagnie d'autres plantes aquatiques, épure les eaux usées et les boues des communes et autoroutes. »

Il est exact que l’iris n’est pas grand consommateur d’eau, du moins pour certaines espèces, notamment européennes et moyen-orientales. Mais ce n’est point vrai des iris d’Asie et d’Amérique !

Saluons quand même l’initiative de cette association dont on ne peut que louer le but.






BONS BAISERS DE BRATISLAVA
Regard sur les iris de Slovaquie


Bratislava, capitale de la Slovaquie, est une ville qui a un passé compliqué. Située au centre de l’ancien empire austro-hongrois, elle a porté trois noms différents au cours de l’époque moderne. Pour l’Autriche, elle s’appelle Presburg, et un traité fameux y fut signé au XVeme siècle, mais pour la Hongrie, dont elle a fait partie jusqu’en 1918, c’est Poszony, alors que son nom actuel est celui que lui donnent les Slovaques. Cette triple appartenance en fait une des villes au destin les plus complexes d’Europe et on peut peut-être retrouver ces multiples influences dans les nombreux iris qu’on y cultive et hybride aujourd’hui.

Pour pratiquer l’hybridation d’iris de l’autre côté du Rideau de Fer, entre 1960 et 1990, il fallait beaucoup d’humilité et beaucoup d’enthousiasme. Il n’était pas facile de se procurer les variétés américaines de l’époque. Aussi travaillait-on à partir de variétés anciennes, acquises par la débrouille et le commerce parallèle. La démarche était par ailleurs intuitive et sentimentale : pas de programme précis, pas d’autre but que celui d’obtenir de nouveaux iris, les plus beaux possibles, tout simplement. A cette époque, nombreux étaient ceux qui s’intéressaient aux iris hybrides dans ce qui constituait la Tchécoslovaquie. Entre tous ces amateurs régnait une vive amitié : aucun objectif commercial ne dressait entre eux les barrières de la concurrence, et s’il y avait compétition, elle s’entendait dans le sens de l’émulation et pas dans celui de l’antagonisme.

A Bratislava, Ladislaw Muska, au début des années 60 s’est lancé dans l’hybridation des iris. A la même époque, dans la Bohême voisine, il y avait beaucoup d’autres personnes qui s’intéressaient aux iris. Pour ne citer que les principaux, parlons de Jiri Adamovic, Milan Blazek, Leonard Rysnar ou Vojtech Smid. En Slovaquie, Muska n’était pas seul puisque ses compatriotes Kovarik et Stilhammer avaient eux aussi entrepris de produire de nouvelles variétés. C’est à croire que l’enthousiasme remplaçait les iris puisque le potentiel génétique à la disposition de tous ces amateurs était des plus réduit. D’ailleurs, avec presque rien, ils obtenaient des variétés nouvelles intéressantes. ‘Libon’ (Smid 80) issu de ‘Crinkled Gem’ X ‘Amigo’s Guitar’ est venu, en 1985, tailler des croupières aux variétés américaines et remporter le Florin d’Or du Concours de Florence !

La disparition des obstacles consécutive à l’ouverture vers l’Ouest des pays d’Europe Centrale a offert à tous ces fanatiques des perspectives nouvelles dont ils ont immédiatement usé en se procurant des centaines de nouvelles variétés américaines, australiennes et françaises. La seule barrière que les hybrideurs pouvaient rencontrer étaient celle de l’argent (il faut payer en dollar les variétés importées), mais pour des gens habitués au système D, elle pouvait être surmontée. Ce fut dès lors un plaisir que de travailler avec de grands iris comme ‘Bodacious’, Dusky Challenger’, Edith Wolford’, Everything Plus’, Jesse’s Song’, ‘Silverado’ ou ‘Titan’s Glory’. Et les résultats sont venus, tout naturellement car les utilisateurs avaient acquis un professionnalisme qui leur permettait d’effectuer des croisements dont ils anticipaient fort bien les réussites.

Mais au moment où les moyens matériels arrivaient enfin, le nombre des hybrideurs slovaques s’est mis à diminuer : l’âge et la lassitude, peut-être… Aujourd’hui ils ne sont plus que deux. Ladislaw Muska, déjà cité, et Anton Mego.

Muska a connu toutes les étapes de l’évolution de l’hybridation dans son pays, depuis sa période ‘Babbling Brook’, jusqu’à son présent constitué d’une profusion d’iris plicatas ou « space age ». C’est essentiellement de ce côté qu’il penche désormais et ses dernières obtentions dans ce domaine sont tout à fait intéressantes. ‘Bonvivan’ (2008) ou ‘Push out Horns’ (2008) sont des exemples de ce qu’il propose aujourd’hui.

Anton Mego est un homme de la génération suivante. Il n’a pas travaillé dans les conditions héroïques des années 80. Mais il a très vite, peut-être même instinctivement, acquis cette autorité qui lui fait tout de suite distinguer les bons parents, réaliser les bons croisements et sélectionner les bons semis. Chacune des réalisations qu’il propose est une réussite. Et cet artiste a tout de suite été repéré par les grands producteurs américains qui mettent à leur catalogue les nouveautés « made in Bratislava ». ‘Slovak Sapphire’ (2004) a obtenu le deuxième prix à Florence en 2003. ‘Slovak Prince’ (2002) s’est même payé le luxe de s’imposer dans le très rigoureux cercle des iris décorés aux USA d’un Award of Merit (2007).

La Slovaquie, tout petit état d’Europe Centrale, se trouve parmi les grandes nations de l’iridophilie. Il suffit de peu de chose, et surtout d’un peu de génie, pour se hisser au niveau des plus grands.

22.3.08







LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

Cette fois trois photos magnifiques signées « Greenorchid », une des meilleures photographes actuelles.
LETTRES D'IRIS (pastiches littéraires)

A la manière de Muriel Barbery(1)

- Extrait du journal intime de Paloma Josse -

Aujourd’hui il m’est arrivé quelque chose d’étonnant : je me suis fait un nouvel ami. J’ai eu beau protester et expliquer à Maman que je ne m’intéressais pas aux plantes (ce qui est faux, bien entendu, mais qui était l’excuse minable que j’avais trouvée pour justifier mon souhait de ne pas l’accompagner à la fête de plantes où elle avait décidé de me traîner, sous le prétexte de me faire prendre l’air), elle a pris une mine de chien battu pour me dire : « Ma pauvre chérie tu as tout l’air d’une endive, tu ne sors pas assez, ce n’est pas bon pour ta santé ! » Elle me regarde toujours comme si ma vie était en danger parce que je me sens mieux dans ma chambre que dans les manifestations mondaines. Consciente de l’inanité de mon argumentation, et prise d’une clémence à son égard qui m’est bien peu coutumière, j’ai fini par céder aux arguments de ma mère, et enfiler ma parka pour l’accompagner à Herson.

Herson, c’est un bled dans la banlieue sud-ouest, loin, un bled qui n’a pas d’autre intérêt que son château, son parc, et la fête des plantes qui s’y déroule deux fois l’an. On y arrive après une heure de voiture, dans les conditions éprouvantes que Maman inflige à ses passagers, car elle conduit comme si elle était entourée de requins bien décidés à lui faire la peau. D’ordinaire, elle parle du bout des lèvres, dans une langue châtiée propre aux personnes éduquées dans les meilleures institutions religieuses, au volant, elle emploie les termes les plus vulgaires qui soit, injuriant les autres automobilistes qui ont l’audace de se trouver sur sa trajectoire. Cela nous vaut des coups de frein brusques, des virages à faire crisser les pneus, ou des accélérations qui nous plaquent contre le dossier de notre siège.

Il a plu hier toute la journée et le sol est encore gorgé d’eau. De sorte que dans le parc de Herson, on patauge allègrement. J’ai regretté de n’avoir pas enfilé mes après-ski. On a commencé à se traîner devant les stands des gens qui sont là pour vendre aux parisiens les plantes qu’ils vont transporter précieusement vers leurs résidences secondaires de Normandie ou de Bourgogne, et qui périront de soif entre deux week-ends.

Maman, dans un très seyant manteau de drap bleu roi, un peu voyant peut-être, mais il ne faut surtout pas passer inaperçu dans ces rendez-vous de la bonne société, marche lentement, plus attentive au regard des autres qu’aux végétaux qu’elle est sensée être venue voir. J’ai très vite regretté mon moment de faiblesse de l’après déjeuner. J’avais mis à mon programme de ce dimanche les nouvelles de Philippe Jaworski, un jeune écrivain de fantasy que m’a recommandé mon amie Jeanne-Marie. Au long des allées boueuses où nous déambulions mollement, je m’apitoyais sur les délices de lecture dont je m’étais privée. Mais, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, je me suis mise à examiner dans le détail le comportement des gens qui nous entouraient. Les habitants des beaux quartiers parisiens étaient tous là, caricatures de leur milieu et de l’image qu’ils veulent donner d’eux-mêmes. J’imaginais le métier de chacun : celui-ci était forcément un médecin hospitalier, je le voyais très bien en blouse blanche, circulant de chambre en chambre ; celle-là devait avoir choisi la noble destinée de femme au foyer, à la voir, encombrée de trois lardons entre deux et huit ans, elle avait pris son rôle au sérieux et décidé de repeupler le XVIIeme, avec la bénédiction de son curé ; quant à ces deux-là, amoureusement serrés l’un contre l’autre, pour oublier un peu l’ennui de leur travail à La Défense, ils ont sûrement l’intention d’acheter un pavillon du côté de Cergy-Pontoise, dans un quartier neuf et encore préservé.

Soudain, Maman s’arrête. Elle vient de voir, derrière le comptoir du stand d’une association d’amis de végétaux, sa vieille amie de lycée Marie-Martine Rougé-Lefront. Elles s’embrassent comme si elles étaient contentes de se retrouver et entament aussitôt un papotage volubile auquel j’assiste dans la plus grande indifférence. C’est fou ce que deux copines de trente ans ont à se raconter après toutes ces années sans avoir eu besoin de se rencontrer. Tout y passe : les banalités sur la famille, les enfants, les maris, les souvenirs d’aventures infimes, les perfidies sur les condisciples et les considérations sur les difficultés de la vie moderne. Cela a l’air des plus amusant, mais je m’ennuie de plus en plus ferme. C’est alors que je découvre, sur le stand d’à côté, des petites fleurs en pot, dont j’ignore tout, mais qui me paraissent d’un naturel et d’une fraîcheur réjouissants. Laissant là les deux commères, je m’approche du fleuriste voisin. Voici une petite plante à pétales violet foncé, élancée, délicate. Je me penche vers l’étiquette : « iris chrysographes ». Un iris, ça ? Un autre pot exhibe une autre plante assez semblable, avec des feuilles fines et souples qui retombent gracieusement : « Iris versicolor ». Un iris, encore ? Juste à côté un autre pot contient une autre espèce, qui doit être aussi un iris car elle ressemble à la précédente sinon qu’au lieu d’un beau bleu tendre, elle porte des fleurs aux longs pétales étroits de couleur carmin : « Iris versicolor var. kermisina ». Je n’imaginais pas les iris comme cela. Pour moi ce sont les grosses fleurs que j’ai vues l’année dernière à l’abbaye de St Michel de Cuxa et qui se trouvent aussi sur ce stand, avec plein d’autres. Un homme d’un certain âge, l’air à la fois rustique et distingué, s’approche de moi. Il me parle. C’est surprenant : il ne me parle pas comme à une petite fille de douze ans mais comme à quelqu’un à qui l’on peut expliquer les choses sans bêtifier. Il remarque mon étonnement et m’explique qu’il y a beaucoup de sortes d’iris et que j’ai sous les yeux quelques exemples de cette diversité. Il me raconte que l’iris versicolor a été adopté comme plante nationale par le Québec, il fait la différence entre le type lui-même et la variété kermisina aux fleurs grenat. J’écoute, ravie. Ce monsieur est un grand pédagogue, il réussit à m’intéresser à quelque chose à quoi jamais je n’aurais imaginé porter quelque attention. Plus il m’en dit de sa voix calme et harmonieuse, plus j’ai envie d’en savoir plus.

Quand Maman m’a rejointe, elle a été à la fois fâchée parce que je ne suis pas restée avec elle pendant qu’elle faisait la causette avec son ancienne camarade de l’Institution Ste Agnès, et satisfaite de me voir m’intéresser à quelque chose de concret comme l’est une fleur. Elle a échangé quelques propos mondains avec le monsieur aux iris et c’est comme cela que j’ai appris qu’il se rendrait samedi et dimanche prochain à St Jouin des Bournais pour une autre foire aux plantes. En revenant vers Paris, toujours aussi nerveuse au volant, Maman a quand même réussi a me dire combien elle était satisfaite de m’avoir amenée à Herson, et elle m’a même proposé de me conduire dimanche prochain à St Jouin des Bournais. J’ai failli dire oui tout de suite, mais je me suis ravisée à temps. Certes je désire vivement aller à St Jouin, mais je demanderai plutôt à ma tante Hélène de m’y emmener. Elle, au moins, elle me laissera écouter mon nouvel ami.

(1)Muriel Barbery est notamment l’auteur de « L’élégance du hérisson » qui a servi de base à cette parodie.

14.3.08


LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

Puisque c’est la semaine de l’orange, voici une magnifique photo de ‘Brilliance’, par une personne qui se fait appeler Greenorchid, et qui m’a autorisé à publier ici ses photos, toujours très réussies.






A LA RECHERCHE DE L’ORANGE

Quel que soit la source d’information, on ne trouve pas grand’ chose sur l’histoire des iris oranges dans les textes des spécialistes. La Bible que constitue « The World of Irises » tout comme « Iris, une fleur royale » de Richard Cayeux, présentent les iris oranges, mais ne s’attardent pas sur les origines de cette couleur. En fait elle remonte à la révolution rose des années 30. Mais l’orange n’a pas été une couleur recherchée. Au contraire ! Pour obtenir du rose aussi pur que possible, il faut éliminer tout ce qui peut en brouiller l’éclat, et notamment la couleur jaune, sous-jacente. Les hybrideurs ont donc concentré leurs efforts sur cette élimination et ne sont revenus vers les tons de pêche, d’abricot et d’orange que lorsqu’ils sont parvenus par ailleurs à un rose parfait. Ce n’est que dans les années 50 que l’on a obtenu des iris abricot valables, et il a fallu attendre les années 60 pour voir des oranges dignes des récompenses annuelles de l’AIS.

Il n’est donc pas étonnant que le grand spécialiste des iris roses que fut David Hall soit aussi le fondateur de la lignée des iris abricot. Trois de ses obtentions dans cette couleur ont obtenu l’AM : ‘Melody Lane’ (47), ‘Temple Bells’ (52) et ‘Top Flight’ (53) ; associées à un autre iris abricot, ‘Apricot Glory’ (Muhlestein 48), ces variétés sont à la base des iris abricot que nous connaissons aujourd’hui. C’est ainsi que l’obtenteur allemand Viktor von Martin a enregistré en 1958 ‘Aprikosen-Prinzess’, descendant direct de ‘Top Flight’ (voir photo).

Pour les iris franchement oranges, l’évolution a été exactement parallèle puisque les sources ont été les mêmes. Mais ce n’est qu’au début des années 60 que cette couleur a pris son essor. L’un des tout premiers a être apprécié a été ‘Celestial Glory’ (Reckamp 61), plus chamois, d’ailleurs, qu’orange. Puis vinrent les pionniers qui se nomment ‘Orange Parade’ (Hamblen 59), ‘Chinese Coral’ (Fay 62) ‘Mission Sunset’ (Reckamp 62) ou ‘Son of Star’ (Plough 69). Ce dernier peut être considéré comme le premier iris vraiment orange, les autres n’ayant fait que montrer le chemin.

L’une des caractéristiques des iris abricot ou orange, qui ne leur fait pas que des amis, est leur faible développement, tant en hauteur qu’en prolificité. Chacun a pu constater dans son jardin que les iris oranges sont en général d’une taille plus basse que leurs voisins et qu’ils poussent souvent moins vite. Si l’on ajoute qu’ils sont difficiles à acclimater dans les régions les plus fraîches, on aura une idée de ce qui attend ceux qui veulent en faire leur cheval de bataille. Il y a encore des progrès à faire dans cette couleur, même si des variétés récentes présentent des qualités remarquables.

Parmi les meilleures, Richard Cayeux cite son ‘Feu du Ciel’ (Cayeux 93), ainsi que ‘Avalon Sunset’ (Schreiner 94). Mais, depuis, d’autres oranges excellents sont apparus, comme ‘Cracklin’ Caldera’ (Aitken 2003) (photo), remarqué au concours FRANCIRIS ® 2005, ‘Coup de Soleil’ (Cayeux 2006), très vif, ou ‘Sunset Point’ (Sutton G. 2001), qui ajoute des éperons à un riche coloris.

Dans les tons plus clairs, ‘Day Glow’ (Keppel 97) (photo) ou le joli ‘Fiesta Orange’ (Black P. 2006) montrent tous les progrès obtenus dans ce coloris.

Pour ceux qui, dans leur loisir ou leur travail d’hybrideurs sont à la recherche d’un domaine où ils peuvent apporter quelque chose de neuf, le secteur des iris oranges leur offre un champ d’expérience encore assez peu exploré.

7.3.08


LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

Le plus souvent, les clichés pris par Ladislav Muska dans sa pépinière de Bratislava sont d’une médiocrité qu’il reconnaît lui-même. Cette fois, pour ce ‘Dornspiel’, il a réussi une image qui met bien en évidence la particularité de cette fleur, à savoir les bords laciniés de ses pétales et de ses sépales.






PIÚ VIVO

L’apport de I. aphylla aux iris modernes

On me demande souvent pourquoi beaucoup de nos grands iris de jardin perdent presque complètement leur feuillage à l’entrée de l’hiver, ne laissant apparaître qu’un moignon vert émergeant à peine du sol, alors que d’autres variétés conservent un panache de feuille qui attendra le printemps pour laisser la place aux feuilles nouvelles. L’explication s’appelle I. aphylla. Cette espèce d’iris, de petite taille, originaire d’Europe de l’Est, a contribué de plusieurs façons au développement des iris jusqu’à ceux que l’on connaît aujourd’hui.

Il est connu depuis fort longtemps puisqu’il a été d’abord décrit en 1753 par Linné. Simonnet en 1934, puis Randolph en 1947 ont complété sa description. C’est un petit iris tétraploïde, d’une trentaine de centimètres, ce qui le classe parmi les iris intermédiaires, voire les MTB. Il a de nombreuses tiges portant par conséquent de nombreuses fleurs de couleur violet foncé avec barbes blanchâtres (photo).

Comme son nom le laisse entendre à ceux qui ont quelques notion de grec, I. aphylla possède une caractéristique bien particulière : il perd ses feuilles l’hiver. Mais ce n’est pas tout. En raison de ses origines est-européennes, il résiste bien au froid et à l’humidité. Cette rusticité s’allie à un port touffu et une forte croissance pour offrir aux hybrideurs un intérêt évident dont ils ont usé dès les années 30. Ce fut d’abord pour améliorer les caractéristiques des iris nains standards (SDB), mais certains obtenteurs de grands iris se sont dit que sa couleur violette, bien saturée, pouvait enrichir leurs recherches vers l’iris noir. Ce fut le cas de Paul Cook, hybrideur visionnaire, et de la famille Schreiner.

Paul Cook a utilisé pour point de départ une variété dénommée ‘Blue Boy’, issue d’ I.aphylla. Il l’a croisée avec un iris blanc, diploïde, puis recroisé avec des iris rouge pourpré en provenance de ‘Cinnabar’ et de ‘Seminole’. Un grand nombre de générations plus tard il a obtenu ‘Sable’, apparu sur le marché en 1938 et considéré à l’époque comme le roi des noirs, bien qu’il ne soit que violet foncé.

Les Schreiner, quant à eux, ont profité du travail vers le noir des frères Sass et utilisé leur ‘The Black Douglas’ (34), croisé avec un semis grenat foncé, pour obtenir ‘Ethiop Queen’. Cette variété, d’un violet pourpré profond, fut à son tour croisée avec ‘Dymia’, lui-même descendant à la troisième génération de I. aphylla. Le résultat se nomme ‘Black Forest’ (45). De là proviennent pratiquement tous les iris noirs actuels, qu’il s’agisse de ‘Before the Storm’ ou de ‘Hello Darkness’.

Les Schreiner ont cherché les raisons de leur avancée vers le noir et ont déterminé que cela provenait d’une aptitude de I. aphylla, qui aurait le pouvoir d’intensifier la couleur des semis qui en descendent. Ce pouvoir, évident pour les iris tendant vers le noir, s’est révélé également vrai pour toutes les autres couleurs, de sorte que la plupart des hybrideurs ont introduit un rejeton de I. aphylla dans leur panel et accru la richesse du coloris des variétés qui ont découlé de cette introduction.

Mais l’utilisation de I. aphylla n’a pas eu que cette conséquence. Il ne faut pas oublier que cette espèce est à feuillage caduc ! Les iris qui contiennent les gènes de I. aphylla ont donc tendance à perdre leurs feuilles. C’est particulièrement évident chez les iris sombres, comme ‘Edenite’ (Plough 58) (photo), ‘Black Swan’ (Fay 60) ou ‘Study in Black’ (Plough 68) et leurs très nombreux descendants, mais cela concerne également des variétés claires, au gré des brassages survenus dans leur arbre généalogique. Prenez, par exemple ‘Sierra Grande’ (Schreiner 92), qui est un amoena ou ‘Papapubren’ (Dudek J. 2000) (photo) d’un blanc nacré.

I. aphylla a été un élément essentiel de l’évolution des iris hybrides. Cette espèce et quelques autres comme I. reichenbachii, ajoutées au cocktail que constituent les iris modernes, ont largement contribué à leur beauté.

29.2.08




LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

On trouve de tout sur Dave’s Garden. Des photos superbes et d’autres qui ne valent pas un clou. Celui qui signe Tntigger est un des meilleurs photographes d’iris du web. Admirez ces deux spécimens de son art.




LETTRES D’IRIS

II. A la manière de Marcel Proust
(A l’ombre des jeunes filles en fleurs)

Longtemps, je ne me suis pas intéressé aux fleurs. Il me semble qu’elles n’ont d’attrait pour moi que depuis le jour où Mme de Villeparisis nous mena à Carqueville, voir cette église couverte de lierre qui, du côté du portail, quand le soleil est au couchant, apparaît comme constituée de pierres d’or, et du côté du chœur, donc vers l’Est, dresse une sombre façade massive comme une forteresse moyenâgeuse au-dessus de la rivière et d’un petit pont de pierre dont ma grand’mère prétend qu’ainsi privé de lumière et baigné d’humidité il présente un véritable danger pour les personnes qui le traversent pour peu qu’elles soient fragiles de la poitrine. C’est le long de la route menant de notre maison à Carqueville que j’aperçus, au milieu d’un jardin où l’on accédait par une allée bordée de grands arbres, des fleurs multicolores que je ne connaissais pas mais que, malgré la rapidité de notre déplacement grâce aux deux puissants chevaux qui étaient attelés à la voiture de la marquise, je crus identifier pour des iris, encore que je n’eusse jamais vu auparavant des iris ainsi chamarrés. Cette demeure élégante, tout à fait dans le style normand, avec colombages et tuiles brunes, se situait à proximité d’Hudimesnil, au bas d’une descente suivie d’un dos d’âne qui, quand nous arrivions, la cachait à notre regard jusqu’à l’instant où nous passions devant elle. Malgré cette apparition soudaine, ou peut-être à cause d’elle, j’eus l’impression de me trouver devant un lieu qui m’était familier autrefois de sorte que je me demandais si cette maison était bien réelle ou si elle ne sortait pas plutôt d’un rêve que m’aurait inspiré la légère somnolence que je ressentais à cause du balancement régulier de la voiture. L’éclat des fleurs alignées devant la maison mit un terme à ma torpeur et quand, la voiture ayant continué son chemin, je me retournais pour un dernier regard vers ces fleurs inconnues, Mme de Villeparisis, remarquant mon mouvement, me demanda ce qui suscitait tant d’intérêt de ma part. Je lui dis combien j’avais été surpris par ces plantes que nous venions d’apercevoir dans ce jardin magnifique, par leur taille, leurs couleurs et leur éclat. Je savais que dans son propre jardin Mme de Villeparisis avait demandé à son jardinier de disposer de multiples plantes originales qu’elle faisait venir de pays lointains, grâce à la connivence de religieux ou de scientifiques, les uns partis convertir les petits païens, les autres à la recherche de tout ce que la nature peut produire d’inconnu de nous dans des contrées peu ou même pas du tout explorées par les européens, si tant est qu’il en reste, depuis le temps que nos explorateurs parcourent les terres de plus en plus éloignées ou hostiles, mais je fus proprement étonné quand elle me répondit avec cet air naturel et quelque peu nonchalant qui était un des charmes de cette grande aristocrate, à l’aise en toutes circonstances, qu’elle avait bien remarqué tous ces iris en longues plates-bandes. Elle eut la bonté de me proposer que nous revenions dès le lendemain pour les admirer de plus près car elle connaissait en effet la propriétaire de cette demeure et pouvait demander à son régisseur de nous ouvrir la porte du jardin, ce à quoi je répondis avec un enthousiasme qui la fit sourire.

« Je ne voudrais pas abuser de votre temps, ajoutai-je un peu niaisement.
« Mais au contraire, je serai ravie moi-même de voir de plus près avec vous toutes ces splendeurs, répondit notre amie sur un ton cérémonieux qui contrastait avec sa simplicité habituelle. »
Dans ces moments-là, si elle ne se montrait pas vraiment naturelle, c’est qu’affleurait son éducation de grande dame capable de montrer à des bourgeois dans notre genre qu’elle n’a aucun scrupule à les fréquenter et qui plus est qu’elle y prend un certain plaisir, surtout si ce qui retient l’attention du bourgeois va dans le sens de ce qu’elle-même apprécie.

C’est ainsi que le lendemain, par un temps dont la clarté laissait présager qu’il ne ferait pas beau longtemps, comme c’est souvent le cas en Normandie, surtout à la fin de mai, quand la fraîcheur et la pluie sont plus fréquentes que le grand soleil, nous reprîmes la route d’Hudimesnil et de la belle maison dont j’appris qu’elle appartenait à Mademoiselle Sébastiani, la sœur de la duchesse de Praslin qui était d’origine roturière, ce dont Mme de Villeparisis ne tenait pas vraiment compte. Nous fûmes accueillis par un certain M. Bagard, régisseur du domaine, qui se montra avec ces dames d’une politesse proche de l’obséquiosité, mais fit preuve d’une incontestable connaissance du sujet et nous expliqua par le menu tout ce qui concernait ces iris multicolores que nous avions sous les yeux. J’ai donc appris, en circulant lentement entre les touffes aux feuilles acérées, que nous étions en présence d’iris qualifiés d’hybrides, cultivés par quelques spécialistes aussi savants dans l’art de croiser entre elles des variétés diverses que de sélectionner au milieu de semis innombrables les fleurs les plus belles, les plus robustes et les plus rustiques. Mme de Villeparisis parut aussi à l’aise dans ce coin de jardin qu’elle eut pu l’être dans son salon en compagnie des autres dames du faubourg St Germain, faisant remarquer ici quelque détail particulier de telle fleur, comme les fines veines pourprées qui apparaissent au bord des sépales d’une fleur dédiée à une certaine Madame Chobaut, ou l’harmonie des deux tons de mauve de celle baptisée Isoline. A mon grand étonnement, de sorte que l’admiration que je lui portais s’en trouva décuplée, la marquise rectifia même notre cicérone quand celui-ci attribua à la maison Verdier la paternité d’un iris tout strié de violet sombre dénommé Demi-Deuil, dont elle précisa qu’il avait été obtenu plutôt par Fernand Denis, un industriel qui cultive ses iris au bord de l’étang de Thau près de la ville de Sète. Ce nom de Denis ne manqua pas d’évoquer dans ma mémoire celle qui fut la bonne amie de Voltaire, au grand déplaisir de Madame du Châtelet qui tenait cette place depuis plusieurs années et n’entendait pas la céder sans batailler à une femme bien plus jeune qu’elle, tant il est vrai que notre cerveau même s’il est occupé par un sujet qui le passionne, peut brusquement s’éloigner du présent et, par un retour difficilement explicable, se fixer sur un souvenir qui peut être aussi bien sérieux que futile.

Pendant que nous revenions vers la maison et que les dames, c’est à dire la marquise et ma grand’mère, évoquaient avec une certaine excitation les merveilles que nous venions de voir, je me laissais emporter par une sorte de rêverie où apparaissaient les rangées d’iris violets présents dans le jardinet de ma tante à Combray, tous semblables, et qui commençaient à fleurir à peine les gelées de février disparues, quand nous revenions au moment de la mi-Carême et avions droit, pour je ne sais plus quelle tradition familiale, à un goûter de crêpes que ma tante et ma grand’mère mangeaient avec parcimonie car elles affirmaient que ces délicieuses pâtisseries étaient lourdes à digérer.

23.2.08


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