19.10.19

ECHECS (ET DEMI-RÉUSSITES)

En fonction de leurs goûts personnels et des tendances du marché, les obtenteurs d'iris qui entendent faire le commerce de leurs réalisations choisissent un domaine dans lequel ils vont se spécialiser. Mais ce choix n'est pas toujours couronné de succès. Au cours des dernières décennies plusieurs sujets de recherches ont été abordés ; certains ont débouché sur des progrès remarquables en matière d'horticulture, mais quelques autres se sont montrés ingrats envers leurs promoteurs. Ce sont ceux-la que nous allons explorer aujourd'hui.

Quand peut-on parler d'échec ? Il me semble que cela se produit quand une innovation n'aboutit à rien ou que son promoteur ne donne pas suite, soit que l'expérience ne donne rien d'intéressant, soit que le succès commercial n'ait pas lieu. En matière d'iris, heureusement, ces circonstances sont exceptionnelles. A bien chercher je n'en vois d'ailleurs qu'un seul. C'est celui de l'iris rouge. Entendons-nous bien, il s'agit du rouge total du rouge « pompier ».

 Dans les années 2000 plusieurs hybrideurs ont été tentés par l'idée d'un iris vraiment rouge. C'eût été une grande révolution ! Trois obtenteurs au moins ont lancé des recherches, dans trois directions différentes, mais sans plus de résultats. Le premier – et le plus audacieux – a été Richard Ernst, hybrideur talentueux mais brouillon et pour cela mal aimé des juges américains qui ne lui ont accordé leurs suffrages que de manière parcimonieuse. La recherche qu'il a entreprise, avec le concours de l’Université de l’Etat d’Oregon, a commencé par l’analyse complète de l’ADN d’un iris. La pigmentation de douzaines de variétés a été analysée et des cultures de tissu « in vitro » ont été réalisées. Il a fallu douze années de recherche pour découvrir et sélectionner ce qui devait être les bons gènes rouges avant que ne commence le processus de transformation, processus qui a été couvert par un brevet et devait déboucher sur une plante nouvelle dont la première floraison était attendue pour le printemps 2005. Ce scoop annoncé par Ernst lui-même n'a été qu'un flop monumental car on n'a plus jamais entendu parler de l'affaire ! Donald Spoon, de son côté a axé sa recherche sur une voie traditionnelle. Il est parti de la constatation que certains irisqu’il a obtenus, comme ‘My Ginny’ (2002), présentaient des barbes absolument rouges. Un rouge coquelicot provenant d’une forte concentration de lycopène, le pigment qui fait que les tomates sont rouges. Il en a déduit que ce pigment, lorsqu’il est présent dans une fleur d’iris, peut se trouver concentré à l’extrême dans les barbes, mais ne peut pas se développer de la même façon dans les pétales et sépales parce qu’il est bloqué par un gène particulier qu’il suffirait d’identifier et d’éliminer. C'est une hypothèse qui n’est pas vérifiée scientifiquement. On reste dans le domaine du possible, voire du probable, mais pas du certain. D'ailleurs les espoirs de Don Spoon sont restés sans suite, du moins jusqu'à ce jour... Quant à Neil Mogensen, il a expliqué que la couleur rouge pure, qui est produite par la pélargonidine (pigment présent dans les géraniums) fait partie de la même série que la delphinidine (pigment qui colore en bleu les delphiniums …et les iris). Ces deux pigments, ainsi que beaucoup d’autres, sont des éléments de la grande famille des pigments anthocyaniques comportant plus ou moins de radicaux OH. Mogensen en déduit que pour obtenir de la pélargonidine au lieu de la delphinidine, il suffirait de réussir à retirer deux des radicaux OH de cette dernière. Mais il ne dit pas comment faire ! Ni comment retirer les autres pigments qui pourraient venir perturber son mécanisme. Son décès prématuré n'a pas permis la poursuite de son expérience... Après ce triple fiasco, n'est-il pas justifié de parler d'échec dans la recherche de l'iris rouge ? A vrai dire, si l'on ne peut pas parler de véritable iris écarlate, les astuces déployées par les hybrideurs pour se rapprocher de cette couleur si convoitée font que les derniers développements en la matière ne sont pas loin du résultat escompté. Mais parviendrons-nous un jour au rouge parfait ? J'en doute tout de même.

On peut également parler d'échec à propos des iris à fleurs doubles (en latin botanique on dit « flore pleno »). Personne en vérité n'a osé parler de fleurs doubles en ce qui concerne les iris, mais tout de même un des buts plus ou moins avoués des iris à éperons qu'on nomme aussi « space age » était de tendre vers ce résultat. Et si le but avait été atteint on aurait connu une véritable révolution! Sur les roses, ce sont les étamines qui se transforment en pétales et qui donnent naissance aux fleurs doubles. Mais cette mutation n'est pas jouable chez les iris où les étamines sont seulement au nombre de trois, ce qui est bien insuffisant pour donner l'apparence de fleurs doubles. Un espoir est venu d'ailleurs. Au début des années 1960, lorsque Lloyd Austin, en Californie, a eu l'idée d'exploiter les excroissances situées à l'extrémité des barbes de certaines variétés jusque là rejetées comme des monstruosités. Quand d'autres obtenteurs se sont aperçu que ces iris avaient du succès commercialement, ils ont cessé de les considérer comme des anomalies à rejeter et en ont sélectionné et mis sur le marché. Même si, souvent, ils n'étaient pas très fiers de ce qu'ils proposaient. Il faut dire que certains éperons passablement extravagants n'étaient pas des modèles d'élégance et de bon goût. Surtout, lorsqu'ils prenaient une grande ampleur, ils avaient alors le défaut de provoquer un effondrement des sépales, lesquels pendaient lamentablement de chaque côté de barbes prolongées de façon disproportionnée. Ce n' était donc pas bien joli, cependant, comme l'a écrit Ben Hager : « Des éperons bien formés peuvent conférer à la fleur une sorte de gaîté communicative... » Surtout, l'espoir est né qu'en développant astucieusement ces éperons, on pouvait peut-être aboutir à des fleurs ayant l'apparence de fleurs doubles. Cet espoir s'est encore accru quand de véritables petits pompons sont apparus au lieu et place des éperons pointus. Mais cela s'est produit il y a cinq ou six ans et depuis aucune amélioration significative n'est apparue... Certes on peut encore espérer mais la probabilité d'un progrès s'annonce vraiment faible. Second raté, donc, même si peu à peu les éperons disgracieux ont disparu pour ne laisser dans les catalogues que des iris modérément pourvus, avec des formes ajoutant quelque chose d'attrayant au cœur de nos chères fleurs. Aujourd'hui les iris « space age » nouveaux ont trouvé une certaine sagesse qui assure leur pérennité.  Ils n'encombrent certes pas les catalogues mais continuent d'y être présents. Ce qui signifie que l'innovation s'est tournée vers autre chose, et que le destin des iris à éperons n'est peut-être pas à classer parmi les échecs mais simplement parmi les semi-réussites.

 En dehors des deux cas précédents, il existe plusieurs tentatives de nouveautés dans les fleurs d'iris qui ont semblé intéressantes mais qui à l'expérience se sont montrées décevantes. Je veux parler des fleurs aux couleurs rubanées (autrement appelées « broken color ») et des fleurs remontantes. Les amateurs de ces plantes vont sans doute crier au scandale ! Je vais cependant exposer pourquoi je considère qu'il s'agit de résultats en demi-teinte comme on dit dans les journaux quand on ne veut froisser personne.

Quelle que soit notre réticence lexicale, il faut bien adopter ce qu'on nous impose et parler de « broken color » pour désigner ces fleurs sur lesquelles deux voire trois couleurs s'amalgament de façon aléatoire. Un peu comme lorsqu'on verse un colorant dans un pot de peinture et que l'on commence le mélange. Pendant longtemps, les iris qui présentaient la physionomie de ce qu'on appelle maintenant les « broken color » ont été rejetés comme des anomalies bonnes pour le compost. Ce n'est qu'aux confins des années 1970 qu'on a commencé à s'intéresser à eux sérieusement. C'est Allan Ensminger qui en a été le promoteur. Vint ensuite le règne de Brad Kasperek, lequel n’est pas parti du néant. Il a tout simplement utilisé les variétés d’Ensminger pour commencer sa nouvelle lignée. Dès le début, ses iris ont été remarqués, non seulement pour leurs noms qui surfent sur des jeux de mots que l'on n'est pas obligé d'apprécier, mais surtout pour leurs qualités et l’originalité de leurs coloris. Ces iris ne peuvent pas passer inaperçus et quelques autres obtenteurs à se lancer dans l'aventure. Ces iris proviennent de plicatas chez qui les couleurs ne sont plus régulièrement réparties. Mais s'il n'est pas théoriquement difficile d'obtenir cette répartition aléatoire, il s'avère qu'il y a beaucoup de déchet dans les semis de « broken colors ». C’est d’ailleurs pourquoi il y a beaucoup d’iris de petite taille (BB) dans la catégorie. C'est un inconvénient, mais le risque pour nos jardins est plutôt de voir apparaître des plantes d'esthétique discutable. C'est peut-être pour cela que certains hybrideurs font état de scrupules quant à l'intérêt de banaliser ces anomalies génétiques. Je ne sais pas si leurs craintes sont justifiées, mais je serais tenté de considérer ces iris seulement comme des curiosités dont il n'est pas souhaitable d'accroître indéfiniment le nombre. N'est-ce pas déjà un peu le cas ? Il me semble que l'engouement par ces iris bizarres va actuellement en s'apaisant. Par ailleurs je constate que les juges américains ne manifestent pas un intérêt majeur pour eux puisque ceux qui sont parvenus sur les podiums sont toujours aussi peu nombreux. Alors ? Demi-échec ou demi-réussite ?

Et qu'en est-il des iris remontants ? La saison des iris est si courte que depuis longtemps on bataille pour découvrir des variétés à la floraison renouvelée plusieurs fois au cours de l'année. Les frères Sass ont été les premiers, dans les années 1920, à s'intéresser à la question. Après eux plusieurs hybrideurs de renom se sont spécialisés sur les remontants, mais il faut surtout attendre le travail de Lloyd Zurbrigg dans les années 1970/80 pour assister à de réels progrès. L'affaire n'était pas mince car plusieurs problèmes majeurs étaient à résoudre : à propos de la plante elle-même, d'une part, à cause de l'insuffisance de la matière des tépales, accompagnée de l'étroitesse des épaules et du manque de rigidité des tiges ; à propos de la remontance d'autre part qui était restée capricieuse et ne se produisait que sous les climats doux et humides. Zurbrigg a fait faire de réels progrès aux remontants, mais sans résorber totalement leurs défauts. Betty Wilkerson, autre spécialiste de qualité, s'était promis d'aboutir à un progrès palpable. Elle avait conscience des faiblesses récurrentes des remontants et elle s'acharnait contre. Son premier objectif était d'obtenir des iris dont la remontance serait fiable et constante. Elle était en voie de réussir sur ce point, mais sa disparition précoce a stoppé brutalement son travail. Quelques autres hybrideurs ont également relevé le défi, notamment sur le plan de la beauté des fleurs, mais beaucoup continuent de penser que les résultats ne sont pas à la hauteur des enjeux. Un homme, Mike Lockatell, se bagarre depuis toujours pour des remontants en tous points comparables aux iris à floraison unique. Il est cependant obligé de constater que les iris remontants intéressent de moins en moins les hybrideurs, et il attribue cette perte d'intérêt au fait que les progrès tardent à apparaître. « Après beaucoup d'optimisme au cours de la dernière partie du XXe siècle, écrit-il, les avancées dans le développement des iris remontants semblent toujours aussi rares ». A son vis, quelque peu lassés, les plus ardents chercheurs sont devenus bien discrets et à l'heure actuelle on constate une nette perte d'intérêt pour la question. On ne peut donc pas parler d'échec en cette matière, mais on ne peut pas non plus crier victoire. Il faut se contenter de garder l'espoir car on remarque tellement de progrès dans beaucoup de domaines de l'horticulture des iris que les chances de voir un jour prochain des remontants enthousiasmants ne peut pas être rejetée.

Le chemin vers quelque chose de franchement nouveau en matière d'iris n'est pas toujours jonché de roses. Les exemples ci-dessus montrent des cas d'échecs ou tout au moins de semi-réussites. En revanche il existe bien des cas où les efforts des obtenteurs aboutissent à du concret et de l'enthousiasmant. Et ce qui est encourageant c'est que quoi qu'on dise les progrès ne cessent jamais.

Illustrations : 

'My Ginny' (pour sa barbe rouge) ; 

Fleur d'iris à pompons 

'Kinkajou Shrew' (bel exemple de « broken color ») 

'Lichen' (un vrai remontant)

12.10.19

WISTER MEDAL (un sommet pour les grands iris)

Pendant longtemps les grands iris (TB) n'ont pas eu de médaille spécifique ! On considérait que la Dykes Medal était pour eux et qu'ils n'avaient donc pas besoin d'être autrement distingués. Mais à partir du jour où les autres catégories d'iris se sont hissés au plus haut niveau l'anomalie est devenue flagrante et pour les TB a été créée la « John C. Wister Medal ». Elle n'existe que depuis 1992. Au début elle était distribuée à un seul exemplaire, ce qui, compte tenu du nombre de TB enregistrés chaque année, en faisait une relative rareté. Mais depuis 1998 l'AIS a décidé d'en attribuer trois par an. Notre feuilleton photographique va illustrer toutes les variétés qui ont reçu cette ultime médaille.

2001 

Début de la domination de Keith Keppel. Elle va durer longtemps !

 'Pond Lily' (Evelyn Jones, R. 1994) 'Lullaby Of Spring' X seedling# 85E8-2: ((('Heather Blush' x 'So Rare') x ((('Lilac Champagne' x 'Sand And Sea') x sibling) x 'Betty Simon')) x ((((Beattie seedling# 65-36 x ((('Spanish Affair' x Hamblen seedling# H5-35) x ('Marilyn C' x Shoop seedling# 57-35)) x 'Spanish Gift')) x ('Orange Chariot' x 'Bright Butterfly')) x 'Bright Life') x (('Highland Thistle' x 'Twilight Blush') x (('Rhoda Ann' x ('Pink Sleigh' x ('Elizabeth Stuart' x 'Pretty Poise'))) x Shoop pink seedling.)))). 


'Fancy Woman' (Keith Keppel, R. 1994) ((((((('Irma Melrose' x ''Tea Apron') x ('Full Circle' x 'Rococo') x 'Tea Apron')) x 'April Melody') x semis) x (('Joy Ride' x 'Roundup') x 'April Melody' x (semis x 'April Melody')))) x ('Mistress' x 'Peccadillo' sibling)) x ('Gigolo' sibling, x 'Rosy Cloud' sibling)) X (('Mistress' sibling, x 'Goddess') x ('Goddess' x (semis x semis))) 

'Spirit World' (Keith Keppel, R. 1992) frère de semis du précédent

LA FLEUR DU MOIS

'Barbary Coast' 
(James McWhirter, 1976) 
'New Moon' X 'Post Time' 

Encore un des ces « vieux» iris dont on parle fréquemment dans ces « Fleurs du Mois ». Ce sont des variétés apparues dans l'âge d'or que furent les années 1970/1990 et qui, pour la plupart ont fait une apparition plus ou moins longue dans ma collection personnelle. Celui-ci n'échappe pas à cette règle. Il ne s'est pas particulièrement plu dans ma terre à vigne et a disparu au bout de quatre ou cinq ans...

'New Moon' et 'Post Time', les géniteurs de 'Barbary Coast', font partie des grands iris classiques. Ils ont connu un beau succès commercial, mais là s'arrête le parallèle entre eux. Car 'New Moon' (Neva Sexton, 1968) , dès le départ, a été remarqué par les juges et s'est trouvé lancé dans la course aux honneurs selon un parcours sans faute : HM en1969 ; AM en1971 ; DM en 1973 ; on ne peut pas aller plus vite ! 'Post Time' en revanche est resté sagement dans l'anonymat. Il est vrai que peu d'iris « rouges » en sortent, même ceux qui ont fait progresser la recherche de cette couleur. Regardez son parent-femelle, 'Vitafire' (Schreiner, 1968). Il figure toujours parmi les iris les plus rouges qui soient. Il a essaimé sur tous les continents et figure toujours dans de très nombreux catalogues. Il n'a pourtant pas attiré les juges. Son autre parent, 'Fire Magic' (Schreiner, 1961) s'est hissé jusqu'à la HM (en 1963) mais s'est arrêté là en dépit de la grande estime dans laquelle le tenait son obtenteur, qui en a fait la couverture de son catalogue de 1963 et en donne une description dithyrambique.

'New Moon' fait partie du « top 10 » des variétés les plus utilisées en hybridation. Il a eu près de 200 descendants directs et, par conséquent, une foule de rejetons ultérieurs. Parmi ceux-ci souvenons-nous de quelques beaux rouges comme 'Ennoble' (J. Ghio, 1998), des jaunes superbes comme 'Kentucky Derby' (D. Mohr, 1974), des dorés comme 'Boy Friend' (Williamson, 1986) et des mordorés comme 'Spiced Honey' (B. Hamner, 1975). 'Post Time' a été moins utilisé, mais néanmoins il a été fort bien suivi, avec plus de 50 descendants, essentiellement des iris rouges, comme 'Matamore' (P. Anfosso, 1990) mais aussi quelques autres comme 'Doctor Gold' (J. Ségui, 1998).

Wikipedia nous explique que : « La côte de Barbarie était un quartier chaud durant la seconde moitié du XIXe siècle et le début du XXe siècle à San Francisco. On y trouvait des salles de danse, des salons, des bars, des clubs de jazz, des spectacles de variétés et des maisons closes ».Pour le californien qu'était James McWirther cela devait être un nom évocateur de quelque chose qui, personnellement, m'échappe. A moins que cela ne fasse référence à ce qu'en français on appelait jadis la côte des Barbaresques et qui s'étendait en Méditerranée de Tanger à la Lybie, et que ce nom ait été attribué en raison de la couleur « bronzée » de la fleur... Car ce qui distingue 'Barbary Coast' c'est la couleur de sa fleur, un brun rosé, enrichi d'un spot bleu sous les barbes. C'est une couleur qui a connu son heure de gloire dans les années 1970, avec en particulier le célèbre 'Burnt Toffee' (Schreiner, 1977). Mais aussi une couleur qui ne se prête guère à un grand développement. Il ne faut donc pas s'étonner que ni 'Burnt Toffee', ni 'Barbary Coast' n'aient eu une grande descendance. Pour 'Barbary Coast' cela se résume à quatre variétés seulement, dont la plus fameuse est 'Triple Whammy' (B. Hager, 1989).

Avec 'Barbary Coast' on n'est pas devant une variété brillante ou singulière. C'est un bon iris dont l'intérêt ne tient guère qu'au coloris, mais celui-ci n'attire pas l’œil et, par conséquent, n'a rien de « grand public ». C'est une fleur pour collectionneur.

Illustrations : 

'Barbary Coast' 


'New Moon' 


'Post Time' 


'Boy Friend' 


'Burnt Toffee'

L’EUROPE DES IRIS EN 2019

En 2001 puis en 2013 j'ai fait le point ici sur la situation de l'iridophilie en Europe. Dans notre monde en perpétuelle évolution, les iris n'échappent pas aux bouleversements que nous vivons.

L’Europe, (de l’Atlantique à la frontière de la Russie), sur le plan de l’iridophilie comme sur beaucoup d’autre, est handicapée par le cloisonnement des Etats et les barrières linguistiques. Chaque pays, dans le domaine qui nous intéresse, a ses goûts et ses habitudes, auxquels s’ajoutent dans une certaine mesure, des problèmes climatiques. De sorte qu’à chaque pays correspond une situation particulière.

L’Europe du Nord est absente de l’iridophilie. Norvège, Suède, Finlande, Danemark, ont un climat peu favorable à la culture des iris et de ce fait les amateurs y sont rares, voire inexistants. Les Pays-Bas, pourtant réputés pour leurs cultures florales, sont plus particulièrement branchés bulbeuses et culture intensive, les iris, hormis les iris de hollande, bien entendu, y étaient peu rencontrés jusqu’à ce que Loïc Tasquier, un Français d’origine, installé près de Nimègue y développe une intense activité d’hybrideur orientée en priorité vers les iris nains et médians. Il y a fait au moins une émule plus qu'une amie à lui, Marianne Joosten, s'est lancée et a enregistré à ce jour sept variétés nouvelles. La Belgique a connu une certaine activité iridistique par le passé, mais celle-ci s’est presque éteinte. Cependant un jeune amateur très doué, Etienne Nouwen, se prépare à mettre sur le marché des grands iris de son cru qui paraissent tout à fait remarquables et révèlent un bon goût très encourageant.

L'Allemagne est un pays important en matière d’iridophilie. On n'oublie pas les variétés de la Maison Goes et Koennemann dans l'entre-deux-guerres. Chaque année de nombreuses variétés nouvelles y apparaissent et plusieurs obtenteurs ont une véritable notoriété. Harald Moos, Dietmar Görbitz, Eberhard Fischer ou Manfred Beer font partie de la première génération d'obtenteurs venus sur le marché à la fin du Xxe siècle. Plusieurs autres enregistrent chaque année des variétés nouvelles de grands iris. Le plus doué d'entre eux pourrait bien être Klaus Burkhardt qui a déjà été honoré au concours de Florence. Thomas Tamberg de son côté, est depuis longtemps un spécialiste des iris de Sibérie et des hybrides interspécifiques (sib-color, cal-sib, sib-tosa…). Ce qui pèche en Allemagne ce sont les circuits de distribution de ces fleurs. Certains ont réussi à se faire connaître aux USA mais sur notre vieux continents il y a encore beaucoup à faire !

La Grande Bretagne fut longtemps un grand pays en matière d’iris. Elle reste l’un de ceux qui attribuent chaque année une médaille de Dykes (elle fournit d’ailleurs les autres médailles portant cet illustre nom). Les amateurs y sont toujours nombreux, mais les hybrideurs s’y font plus rares. Barry Dodsworth, Robert Nichol et Nora Scopes ont été jusqu’à leur mort les plus connus d’entre eux ; hélas la relève est longue à venir et la vénérable BIS (British Iris Society) souffre actuellement d'un réel problème de renouvellement de ses cadres.

En Europe du Sud, question de climat peut-être, les iris sont pratiquement inconnus, cependant en Espagne on note un frémissement sous la forme de deux ou trois entreprises artisanales qui proposent un catalogue entièrement dédié aux iris. Il n’y a que l’Italie qui compte un grand nombre d’amateurs. Ce pays se distingue même par le fameux concours de Florence qui récompense chaque printemps une variété de grande qualité. Au plan de l’hybridation, l’Italie connaît, un peu comme en France, de plus en plus d'hybrideurs intéressants. Augusto Bianco a élevé peu à peu son entreprise au rang des plus importantes d’Europe, et s'est lui-même distingué plusieurs fois dans les grandes compétitions. Des gens comme Luigi Mostosi, Roberto Marucchi, Lorena Montanari ou Tiziano Dotto ont été rejoints par des jeunes qui entendent bien trouver leur place au soleil. Au plan commercial plusieurs nouvelles pépinières spécialisées se sont ouvertes ces temps derniers ce qui démontre bien l'appétence grandissante des Italiens en matière d'iris.

De même qu'en Allemagne ce sont des hybrideurs de l'Est du pays qui constituent la plus grande part du cheptel actuel des obtenteurs, de même dans les anciennes républiques socialistes (Slovaquie, République Tchèque, Pologne.... Un foisonnement particulièrement étonnant existe en République Tchèque, même s'il s'agit d’un pays qui a une longue tradition iridophilique. Souvenons-nous de Zdenek Smid (qui remporta le Florin d’Or en 1985 avec ‘Libon’) ainsi que de Milan Blazek, toujours actif mais qui fut, du temps des communistes, un véritable précurseur. Aujourd'hui le plus éminent obtenteur est certainement Zdenek Seidl, dont 'Chachar' remporta le concours de Paris en 2017 et le concours de Florence cette année ! En Slovaquie Ladislaw Muska a acquis dans les années 1980/90 une réputation mondiale avant que l’âge et la maladie ne l’éloignent. Il a trouvé un successeur éminent en la personne de Anton Mego, qui fait partie maintenant des meilleurs hybrideurs au monde et qui a accompli la performance d'obtenir une Wister Medal en 2008 pour son superbe TB 'Slovak Prince'.

A côté, la Pologne suit le même chemin, même si les conditions climatiques rigoureuses gênent le travail des hybrideurs. Néanmoins des amateurs de plus en plus nombreux comme Jerzy Wosniak, Zbigniew Kilimnik, Henryk Polaszek et surtout Robert Piatek obtiennent des iris aux fleurs jolies et originales dont on commence à pouvoir apprécier les qualités puisqu'ils apparaissent enfin chez nous dans les collections de quelques hardis pépiniéristes, et concourent dans les compétitions occidentales. Cependant, à ce niveau, ils se sont montrés délicats à s'acclimater...

On pourrait croire que cultiver des iris en Lituanie relevait d'une certaine témérité. C'est pourtant ce que fait un certain Laimondis Zakis qui exhibe sur Internet ses réalisations. En dehors de leur apparence, on ne sait rien de ces iris puisque leur obtenteur n'en fait pas le commerce et, même, s'enferme dans sa bulle puisqu'il refuse d'enregistrer ses variétés au motif qu'elles ne doivent pas sortir de son jardin...

Ailleurs en Europe de l'Est, le présence des iris est encore confidentielle, même si en Hongrie et en Roumanie certains se lancent dans leur commercialisation et, bien entendu, réalisent des croisement dans les résultats présentés sur Internet ont une bonne allure.

A ce stade, on a fait le tour de l'Europe des iris. On constate qu'il est en pleine expansion, ce qui fait bien plaisir. Mais on n'a pas parlé de la Russie et de l'Ukraine où l'iridophilie se développe à toute vitesse. Les variétés qui en proviennent commencent tout juste à atteindre nos contrées. On parvient donc à se forger une idée sur leurs qualités végétatives, mais il est encore trop tôt pour émettre un jugement à leur sujet. Attendons encore deux ou trois ans et nous serons fixés. En tout cas remercions les pépiniéristes qui en proposent déjà en France. Plus les implantations seront nombreuses et plus vite nous pourrons nous prononcer.

Illustrations : 

'Bontje Kermis' (Tasquier, 2010) 


'Charmanda' (Burkhardt, 2014) 

'Chachar' (Seidl, 2013) 


'Pokalunek Nocy' (Piatek, 2014)

5.10.19

WISTER MEDAL

(un sommet pour les grands iris) 

Pendant longtemps les grands iris (TB) n'ont pas eu de médaille spécifique ! On considérait que la Dykes Medal était pour eux et qu'ils n'avaient donc pas besoin d'être autrement distingués. Mais à partir du jour où les autres catégories d'iris se sont hissés au plus haut niveau l'anomalie est devenue flagrante et pour les TB a été créée la « John C. Wister Medal ». Elle n'existe que depuis 1992. Au début elle était distribuée à un seul exemplaire, ce qui, compte tenu du nombre de TB enregistrés chaque année, en faisait une relative rareté. Mais depuis 1998 l'AIS a décidé 'en attribuer trois par an. 

Notre feuilleton photographique va illustrer toutes les variétés qui ont reçu cette ultime médaille. 

2000 

C'est la fin des Schreiner dont la politique commerciale indispose les juges.

Une année de transition

'Celebration Song' (Schreiner, 1993) 'Lullaby Of Spring' X 'Frances Gaulter'. 


'Clarence' (Lloyd Zurbrigg, 1990) Parentage unknown 


'Mesmerizer' (Monty Byers, 1990) ('Sky Hooks' x 'Condottiere') X 'Branching Out'

MAIS ENCORE ?

Melba Hamblen (1910/1992) a donné toute sa vie aux iris. Depuis son Utah natal elle a acquis une indéniable célébrité au cours des années 1960/1980 et son plus grand mérite est d'être à l'origine de « The World of Irises », cette bible indispensable à tous ceux qui s'intéressent à tout ce qui concerne les iris, que ce soit les iris botaniques ou les variétés horticoles. Elle a pratiqué avec passion l'hybridation des iris barbus, depuis les tout petits MDB jusqu'aux grands TB (sauf semble-t-il les iris de table (MTB) chez lesquels elle n'a rien enregistré). Son nom figure dans les tablettes de toutes les catégories auxquelles elle s'est intéressée et elle y a obtenu les plus hautes récompenses, sauf...chez les grands TB, auxquels pourtant elle a consacré la plus grande part de son activité d'hybrideuse ! C'est une incroyable malchance car ses iris font partie des plus réussis de son époque. Mais voilà, en ces années-là de très grands noms de l'irisdom étaient en activité. C'était l'âge d'or des Neva Sexton, Sanford Babson, Ben Hager et, bien sûr, de la famille Schreiner. Il n'empêche ! Plusieurs de ses cultivars ont été largement appréciés et utilisés en hybridation, non seulement par elle mais aussi par de très nombreux confrères. Deux exemples seulement :
'Lilac Champagne' (1964) = 71 descendants directs dont 'Starship Enterprise' (Schreiner, 1999) ou 'Pond Lily' (Ev. Jones, 1994) parvenu jusqu'à le Wister Medal en 2001 ;
'Touché' (1966) = 68 descendants directs dont le bleu 'Actress' (Keppel, 1975), le variegata 'Merry Madrigal ' (Babson, 1982), ou les français 'Sanseverina' (Anfosso, 1979) et 'Sonate d'O' (Anfosso, 1979).

Mais peut-être sa production était-elle moins bien distribuée, depuis sa petite pépinière de Roy, près de Salt Lake City, et, en conséquence, moins souvent rencontrée par les juges ? C'est peut-être l'explication de ce manque de récompenses là où elle fut le plus productive. Mais si les juges américains l'ont oubliée (1), le public l'a bien appréciée et ses cultivars ont trouvé une place dans tous les grands catalogues (puisqu'en Amérique les pépiniéristes – qui sont aussi obtenteurs – ne rechignent pas à enrichir leurs catalogues de variétés issues de leurs confrères et concurrents). Dans le catalogue Schreiner de 1988 (le plus ancien de ceux que j'ai conservés) il y a seize variétés signées Hamblen ! A l'international aussi sa production a été largement diffusée. Dans la collection d'Iris en Provence de 1989 on trouve quatre grands iris et sept iris médians de la main de Melba Hamblen.

 Car il n'y a pas que les grands iris dans la production de cette grande dame. C'est même les iris médians qui lui ont apporté les plus belles récompenses. Par ordre décroissant de taille, on trouve :

Quatre Knowlton Medal (BB) :
en 1963 pour 'Fairy Jewels' (1959) ;
en 1964 pour 'Tulare' (1960) qui reçoit la récompense une nouvelle fois en 1966 après la réforme des règles d'attribution ;
en 1985 pour 'Gypsy Wings' (1977). Deux Sass Medal (IB) : en 1975 pour 'Butterscotch Frills' (1969) en 1981 pour 'Raspberry Blush' (1975)
Une Cook-Douglas Medal (SDB) :
en 1984 pour 'Sapphire Jewel' (1977)
Quatre Carpane-Welch Medal (MDB) :
en 1977 pour 'Tom Thumb' (1972)
en 1981 pour 'Penny Candy' (1976)
en 1982 pour 'Garnet Elf' (1976) qui reçoit la récompense une nouvelle fois en 1986 après la réforme des règles d'attribution.

Ce n'est tout de même pas un palmarès négligeable.Bien des obtenteurs souhaiteraient d'en avoir un aussi prestigieux. Même si le grand vide qui frappe les TB laisse une impression d'inachevé (ou d'injustice) (2), le monde des iris est infiniment reconnaissant à Melba Hamblen pour sa belle contribution au rayonnement de notre fleur préférée.

(1)Pas totalement cependant puisque 'Gypsy Wings », BB, a obtenu la Walther Cup en 1980 ;
(2) N'oublions pas que la Wister Medal, aujourd'hui attribuée chaque année à trois variétés de TB n'existait pas au temps de la splendeur de la « Lady of Irises ».

Illustrations : 


'Fairy Jewels' 


'Penny Candy' 


'Sapphire Jewel' 


'Raspberry Blush'

27.9.19

WISTER MEDAL

(un sommet pour les grands iris)

Pendant longtemps les grands iris (TB) n'ont pas eu de médaille spécifique ! On considérait que la Dykes Medal était pour eux et qu'ils n'avaient donc pas besoin d'être autrement distingués. Mais à partir du jour où les autres catégories d'iris se sont hissés au plus haut niveau l'anomalie est devenue flagrante et pour les TB a été créée la « John C. Wister Medal ». Elle n'existe que depuis 1992. Au début elle était distribuée à un seul exemplaire, ce qui, compte tenu du nombre de TB enregistrés chaque année, en faisait une relative rareté. Mais depuis 1998 l'AIS a décidé 'en attribuer trois par an. 

Notre feuilleton photographique va illustrer toutes les variétés qui ont reçu cette ultime médaille. 

1999 
 Une année où les outsiders se distinguent


'Boogie Woogie' (Hooker Nichols, 1988.)('Taj Rani' x 'In Tempo') X 'Song Of Spring'. 

'Rhonda Fleming' (Ron Mullin, 1992) 'Go Around' X 'Laced Cotton'. 

'Stairw
ay To Heaven' (Larry Lauer, 1992) 'Edith Wolford' X 'Breakers'.

UN HOMME COMBLÉ

Il n'est sans doute pas possible d'être plus titré que ne l'est Keith Keppel, celui qui se surnomme lui-même Mr. Plicata. La liste ci-dessous récapitule (sauf ommission involontaire) toutes les médailles, coupes et autres récompenses officielles qu'il a gagnées au cours de sa déjà longue carrière d'hybrideur. Rien que pour la prestigieuse médaille de Dykes il est un recordman qu'il sera difficile de battre : huit ! D'autant qu'il n'a pas dit son dernier mot !

Ses plus grands triomphes concernent le grands iris de jardin (TB) dont il est le meilleur spécialiste au monde. Mais dans tous les domaines où il s'est exercé il a réussi à monter sur la plus haute marche des podiums.

Cette année il va fêter le cinquantenaire de sa première médaille (pour l'AB 'Nineveh', en 1969), souhaitons-lui de nouveaux succès !

Dykes Medal (Toutes catégories confondues)

'Babbling Brook' en 1972
'Crowned Heads' en 2004
'Sea Power' en2006
'Drama Queen' en 2011
'Florentine Silk' en 2012
'Gypsy Lord' en 2015
'Montmartre' en 2017
'Haunted Heart' en 2018

 Wister Medal (TB – trois médailles chaque année)

'Spirit World' en 2001
'Fancy Woman' en 2001
'Local Color' en 2002
'Crowned Heads' en 2003
'Fogbound' en 2005
'Sea Power' en 2005
'Happenstance' en 2006
'Drama Queen' en 2009
'Wintry Sky' en 2010
'Tour de France' en 2011
'Florentine Silk' en 2011
'Gypsy Lord' en 2012
'Montmartre' en 2014
'Tuscan Summer' en 2016
'Haunted Heart' en 2016
'Reckless Abandon' en 2017
'Strawberry Shake' en 2018

Sass Medal (IB)

'Protocol' en 2002
'Ruby Slippers' en 2010
'Garnet Slippers' en 2011

Knowlton Medal (BB)

'Peccadillo' en 1989
 'Shenanigan' en 1991
'Petite Ballet' en 1999
'Eye Candy' en 2010

 Cook-Douglas Medal (SDB)

'Music' en 2007

 Carpane-Welch Medal (MDB)

'Fission Chips' en 2011
 'Icon' en 2014

 Mohr Medal (AB ¼)

'Nineveh' en 1969
'Eye to Eye' en 2017

 Walther Cup (meilleur espoir)

 'Fancy Woman' en 1997
 'Protocol' en 1998
'Midnight Oil' en 2000
'Happenstance' en 2002
'Florentine Silk' en 2007
'Black Lipstick' en 2018

Francklin Cook Cup (meilleure variété obtenue par un hybrideur hors de la Région organisatrice de la Convention annuelle de l'AIS)

'Rustler' en 1990
'Florentine Silk' en 2007
'Gypsy Lord' en 2008

 Premio Firenze à Florence

'Foggy Dew' en 1971
'Woodcraft' en 1983
'Skyblaze' en 1990
'Silk Road' en 2011

Moscow Competition

'Fogbound' en 2004

 Illustrations : 

'Nineveh' 


'Music' 


'Woodcraft' 


'Black Lipstick'

20.9.19

WISTER MEDAL

(un sommet pour les grands iris) 

Pendant longtemps les grands iris (TB) n'ont pas eu de médaille spécifique ! On considérait que la Dykes Medal était pour eux et qu'ils n'avaient donc pas besoin d'être autrement distingués. Mais à partir du jour où les autres catégories d'iris se sont hissés au plus haut niveau l'anomalie est devenue flagrante et pour les TB a été créée la « John C. Wister Medal ». Elle n'existe que depuis 1992. Au début elle était distribuée à un seul exemplaire, ce qui, compte tenu du nombre de TB enregistrés chaque année, en faisait une relative rareté. Mais depuis 1998 l'AIS a décidé 'en attribuer trois par an. 

Notre feuilleton photographique va illustrer toutes les variétés qui ont reçu cette ultime médaille. 

1998 
Première année de la nouvelle règle des trois.

'Conjuration' (Monty Byers, 1988) ('Sky Hooks' x 'Condottiere') X 'Alpine Castle'.

'Hello Darkness' (Schreiner, 1992) ((((('Allegiance' x (('Envoy' seedling. x 'Black Castle') x (('Blue Glow' x 'Black Belle') x 'Storm Warning'))) x 'Black Swan' seedling) x 'Navy Strut') x ((((('Black Mischief' x ( 'Black Forest' x 'Starless Night')) x seedling) x 'Black Swan') x 'Matinata') x 'Navy Strut')) x 'Titan's Glory') X 'Midnight Dancer'.

'Yaquina Blue' ( Schreiners, 1992) ((( 'Cup Race' x 'Tufted Cloud') x 'Sailor's Dance') x ( 'Sapphire Hills' x ( 'Parisian Blue' x (( 'Blue Linen' sibling x (seedling x 'Violet Harmony')) x ( 'Swan Ballet' x 'Snowy Heron'))))) X ( ((((( 'Black Onyx' x seedling) x 'Grand Ball') x ( 'Sterling Silver' x ((( 'Pierre Menard' x ( 'Blue Rhythm' x 'Chivalry')) x 'Harbor Blue') x ( 'Blue Sapphire' x 'Harbor Blue')))) x unknown) x 'Neptune'

UN HOMME HONORÉ

Paul Black est certainement l'hybrideur qui a été le plus honoré. Jamais personne n'a reçu autant de récompenses, dans autant de catégories différentes. Ses débuts dans le métier remontent à 1979, cela fait donc quarante ans qu'il hybride ce qui en fait un des grands anciens de la profession. Après une brève participation au « Contemporary Garden' de Perry Dyer, il a créé dès 1981 sa propre entreprise , « Mid-America Iris Garden ». A l'époque il était installé dans l'Oklahoma, son Etat d'origine. Son affaire a régulièrement prospéré et ses succès dans les compétitions ont commencé à s'accumuler jusqu'en 1993. Cette année fut une « annus horribilis » pour cause de pourriture des rhizomes. Des années de travail à Mid-America Garden ont été anéanties en quelques semaines. Beaucoup de merveilleux semis, près à être introduits ont été perdus. Il faudra attendre trois ans avant qu’une liste de grands iris soit de nouveau au catalogue. Le climat de l'Oklahoma n'est pas favorable à la culture des iris, c'est pourquoi en 1998 « Mid-America » a déménagé pour l'Oregon. Avec la collaboration de son associé Thomas Johnson, Paul Black a pris une dimension exceptionnelle et Mid-America est devenue l'une des principales exploitation du pays. Parallèlement son travail d'hybrideur s'est encore perfectionné et les récompenses n'ont pas tarder à reconnaître le talent dont Paul Bllack faisait preuve. Au fil des années les introductions de Paul ont été récompensées par un total de onze Médailles de Cook-Douglas (les SDB sont sa vraie spécialité), six Médailles de Carpane-Welsh, six Médailles de Sass, six Médailles de Knowlton, trois Médailles de Wister, deux Médailles de William Mohr et six Walther Cups! Dans les compétitions qui se déroulent au cours de chaque Convention de l'AIS elles ont également été maintes fois récompensées : Une President's Cup, deux Franklin-Cook Cups et trois Hager Cups. Elles ont également reçu deux Florins d’Or à Florence et une victoire au concours de Moscou en 2011. Tout y est, sauf une, la plus prestigieuse, la Médaille de Dykes !

 Son activité ne donne apparemment aucun signe de ralentissement. Je dirai même qu'elle s'accélère avec 58 nouveautés au catalogue de 2019. Les t'Bluebeard's Ghost' in 2012 'Wish Upon A Star' in 2013 'Eye of the Tiger' in 2014 'Zooboomafoo' en 2015 'Open your Eyes' en 2016 'My Cher' en 2018 Sass Medal (IB) 'Devil May Care' en 2009 'Nickel' in 2012 'Dazzling' in 2014 'Man's Best Friend' en 2015 'Star in the Night' en 2016 'Cat in the Hat' en 2018 Knowlton Medal (BB) 'Go for Bold' in 2007 'Fleece as White' in 2011 'Crow's Feet' in 2012 'Bundle of Love' in 2013 'Lady of the Night' in 2014 'Ballerina Pink' en 2017 Wister Medal (TB) 'Tom Johnson' en 2003 'Money in your Pocket' en 2015 'Beauty Becomes Here' en 2017 William Mohr Medal (AB 1/4) 'She Devil' en 2003 'Brash and Bold' en 2016 Randolph-Perry Medal (Species X) 'Dolce' en 2009 Walther Cup (meilleur espoir) 'Cat's Eye' (SDB) en 2004 'Bluebeard's Ghost' (SDB) en 2008 'Bundle of Love' (TBSF) en 2009 'Eye of the Tiger' (SDB) en 2010 'Star in tne Night' (IB) en 2011 'Desert Snow' (AB) en 2015 riomphes vont-ils pour autant continuer ? Cela n'est pas certain car en multipliant le nombre de variétés mises sur le marché on diminue les chances de recevoir une grande quantité de votes...

Voici la liste des récompenses reçues à ce jour :

 Caparne-Welsh Medal (MDB)

 'Spot of Tea' in 1995
'Cinnamon Apples' in 1995
'Dinky Circus' in 2004
'Chemistry' in 2010
'Dollop of Cream' in 2012
'Cute as a Button' en 2017

Cook-Douglas Award

(SDB) 'Chubby Cheeks' in 1991
'Pumpin' Iron' in 1996
'Cat's Eye' in 2008
'Puddy Tat' in 2009
 'Fires of Fiji' in 2011
'Bluebeard's Ghost' in 2012
'Eye of the Tiger' in 2014
'Zooboomafoo' en 2015
'Open your Eyes' en 2016
'My Cher' en 2018


'Devil May Care' en 2009

'Nickel' in 2012

'Dazzling' in 2014
'Man's Best Friend' en 2015
'Star in the Night' en 2016
'Cat in the Hat' en 2018


'Go for Bold' in 2007
'Fleece as White' in 2011
'Crow's Feet' in 2012
'Bundle of Love' in 2013
'Lady of the Night' in 2014
'Ballerina Pink' en 2017

Wister Medal (TB)

'Tom Johnson' en 2003

'Money in your Pocket' en 2015
'Beauty Becomes Here' en 2017

William Mohr Medal (AB 1/4)

'She Devil' en 2003
'Brash and Bold' en 2016

Randolph-Perry Medal (Species X)
'Dolce' en 2009

Walther Cup (meilleur espoir)

'Cat's Eye' (SDB) en 2004
'Bluebeard's Ghost' (SDB) en 2008
'Bundle of Love' (TBSF) en 2009
'Eye of the Tiger' (SDB) en 2010
'Star in tne Night' (IB) en 2011
'Desert Snow' (AB) en 2015

13.9.19

WISTER MEDAL (un sommet pour les grands iris)

Pendant longtemps les grands iris (TB) n'ont pas eu de médaille spécifique ! On considérait que la Dykes Medal était pour eux et qu'ils n'avaient donc pas besoin d'être autrement distingués. Mais à partir du jour où les autres catégories d'iris se sont hissés au plus haut niveau l'anomalie est devenue flagrante et pour les TB a été créée la « John C. Wister Medal ». Elle n'existe que depuis 1992. Au début elle était distribuée à un seul exemplaire, ce qui, compte tenu du nombre de TB enregistrés chaque année, en faisait une relative rareté. Mais depuis 1998 l'AIS a décidé 'en attribuer trois par an. Notre feuilleton photographique va illustrer toutes les variétés qui ont reçu cette ultime médaille. 

I – 1993/1997 
C'est encore le règne de la maison Schreiner : elle truste les récompenses depuis quelques années.  

'Silverado' (Schreiner, 1986). ('Starina' x 'Navy Strut') X 'Carriage Trade'. 

'Honky Tonk Blues' (Schreiner. 1988). ('Admiral Blue' x 'Sailor's Dance') X ((semis x 'Neptune's Pool') x 'Royal Regency' sibling). 

'Before the Storm' (Sterling Innerst, 1988). 'Superstition' X 'Raven's Roost'. 

'Thornbird' (Monty Byers, 1988) 'Art Of Raphael' X ('Cease-Fire' x 'Sky Hooks'). 


'Acoma' (Tom Magee, R. 1987) (((semis Cook x 'Claudia Rene') x 'Orchid Brocade') x ( 'After All' x 'Moon River')) X 'Capricious'.

LA FLEUR DU MOIS

‘MAGIC MAN’ 
(Barry Blyth, 1979) 
((('Fanfare Orchid' x ('Arctic Flame' x 'Morning Breeze')) x 'Latin Tempo') X 'Cabaret Royale')

'Magic Man' a fait son entrée dans ma collection d'iris dès qu'il a été commercialisé en France par la famille Anfosso, c'est à dire en 1987. Il est ainsi décrit dans le catalogue de cette année-là : « Une amélioration de célèbre 'Cabaret Royale'. Les pétales sont bleu pastel doux, plus sombres à la base, et ondulés. Les sépales évasés sont pourpre velouté, bordés d'un fin liseré bleu clair. Une barbe mandarine fait vibrer l'ensemble. » On ne peut pas mieux dire. La photo publiée dans le catalogue de 1988, comme toujours chez Iris en Provence, est particulièrement avantageuse et m'a aussitôt séduit. Ma fille de 18 ans m'a dit, en feuilletant le catalogue : « Celui-là, papa, il faut que tu l'achètes. » J'ai suivi son conseil, et je ne l'ai jamais regretté.

Si 'Cabaret Royale' est le géniteur de cette variété, la « mère » est un semis qui rassemble sur trois générations un joli panel d'iris de grande valeur.
'Fanfare Orchid' (Bennett Jones, 1965) est un deux-tons de rose orchidée, tirant vers le bleu sur les sépales si l'on en croit la description officielle (je n'ai pas trouvé de photo).
'Arctic Flame' (Orville Fay, 1957) fait partie de la famille des iris blancs à barbes rouges dont Orville Fay était un promoteur. C'est un descendant direct de 'Snow Flurry' et d'un iris rose non dénommé dont il tire sa barbe. C'est une grande réussite pour son époque. Il était admiré, à juste titre, pour son aspect givré, ses grosses barbes rouges, son excellent branchement et la bonne santé de son feuillage. Il a été abondamment utilisé par un grand nombre d'hybrideurs.
'Morning Breeze' (Orville Fay, 1962) est un tendre rose bleuté, avec des barbes roses pointées de blanc : une version soft de 'Rippling Waters'.
'Latin Tempo' (Barry Blyth, 1973) fait partie de la première fournée des obtentions de Barry Blyth. C'est un bitone aux pétales rose pâle et aux sépales rose bleuté, avec de jolies barbes rose.
Associé à 'Cabaret Royale', ce quatuor a apporté à la nouvelle plante une apparence plus douce et plus moderne, mais sans doute moins brillante.

Au jardin, 'Magic Man' ne présente pas de difficultés. C'est une plante fidèle, robuste, qui fleurit abondamment. Elle présente toutes les qualités que l'on s'accorde à dire qu'elles sont celles de l'âge d'or des iris, les années 1960/80.

Du fait qu'il ne présente pas de traits foncièrement originaux, 'Magic Man' n'a pas eu une descendance très nombreuse : 26 variétés enregistrées seulement. Mais parmi celles-ci, un certain nombre de « pointures », qui ont, elles fait parler d'elles chez les hybrideurs. En voici quelques-unes parmi les plus intéressantes :
- 'Fondation Van Gogh' (M. Anfosso, 1988), le célèbre bitone orangé que l'on trouve dans un grand nombre de jardin ;
- 'Gallant Rogue' (B. Blyth, 1989), qui s'est hissé jusqu'aux AM dans l'ascension des honneurs américaine, grâce à une introduction par K. Keppel sur le marché américain. Le même Keppel en a fait abondamment usage, avec des champions comme 'Braggadocio' (1996), 'Foreign Legion' (2000), 'Local Color' (1995) ou 'Night Game' (1995) ;
- 'In Town' (B. Blyth, 1985), frère de semis du précédent, encore plus apprécié en hybridation, et par des obtenteurs de tous les pays, comme, en France, Richard Cayeux et Gérard Madoré. Du premier on connait 'Belle de Nuit' (1999), 'Eclipse de Mai' (2009), 'Mystérieux' (2003), 'Noctambule' (2005), 'Quelle classe' (2009), 'Rose Désir' (2017) ou 'Né dans la Pourpre' (2015), tout cela grâce à un croisement important, (In Town X Night Edition), présent dans tous les cas ci-dessus. Chez Gérard Madoré c'est le croisement (Rebecca Perret X In Town) qui a fourni quatre amoenas originaux, comme 'Erdeven' (2007), de la même veine que les célèbres tricolores de la maison Cayeux.
- 'Liaison' (J. Ghio, 1986) et son descendant 'Tempting' (1991), superbe amoena « rouge » ;
- 'London Lord', (B. Blyth, 1986), très apprécié de Barry Blyth lui-même, ainsi que de Joë Ghio et à l'origine du modèle « distallata », (Prototype, Puccini).
- 'Mammy Blue' (R. Dejoux, 2008), sympathique amoena indigo doté de longs éperons violets ;
- 'Venetian Queen' (B. Blyth, 1987), approche plaisante de l'amoena rose, cheval de bataille de Barry Blyth ;
- 'Witch's Wand' (B. Blyth, 1985), que l'on retrouve dans l'incontournable 'Romantic Evening' (J. Ghio, 1994).

Tout cela – et quelques autres – constitue une importante descendance et fait de 'Magic Man' une variété de premier plan.

Illustrations : 


'Magic Man' 


'Arctic Flame' 


'In Town' 


'Venetian Queen' 


'Witch's Wand'

L'ITALIE, GRANDE ENFIN

Pour résumer la situation, voici ce que j'ai écrit dans un autre article à propos de l'iridophilie en Italie : « Au plan de l’hybridation, l’Italie connaît, un peu comme la France, de plus en plus d'hybrideurs intéressants. Augusto Bianco a élevé peu à peu son entreprise au rang des plus importantes d’Europe, et s'est lui-même distingué plusieurs fois dans les grandes compétitions. Des gens comme Luigi Mostosi, Roberto Marucchi, Lorena Montanari ou Tiziano Dotto ont été rejoints par des jeunes qui entendent bien trouver leur place au soleil. Au plan commercial plusieurs nouvelles pépinières spécialisées se sont ouvertes ces temps derniers ce qui démontre bien l'appétence grandissante des Italiens en matière d'iris. » On peut tout de même développer cela pour donner à l'Italie sa place actuelle dans le monde des iris.

Au début, c'est à dire dans les années d'après la seconde guerre mondiale, l'Italie s'était créé une place tout à fait originale. Alors qu'ailleurs dans le monde les hybrideurs prenaient conscience de mettre de l'ordre dans leur travail, en enregistrant scrupuleusement leurs variétés dans les fichiers de l'AIS, l'Italie se distinguait en faisant, en quelque sorte bande à part. L'hybridation y était l'apanage de quelques grandes bourgeoises ou aristocrates qui y voyaient un loisir de qualité qui pouvait mettre en valeur la beauté de leurs jardins. Leurs hybridations ne sortaient guère de ces derniers et elles ne voyaient pas la nécessité d'officialiser par une déclaration en bonne et due forme une activité bien plus ludique que scientifique ou simplement commerciale. Elles étaient peu nombreuses ces jardinières éclairées qui pratiquaient l'hybridation. La première à s'être fait connaître fut Mary Senni, une américaine qui épousa en 1907 le comte Giulio Senni et qui, au cours des années 30 à 50, a joué un rôle de premier plan près du grand public en diffusant des informations sur les progrès de l’hybridation des iris en Europe comme aux Etats-Unis par le biais des articles qu’elle publiait dans la Revue « Il Giardino Fiorito ». La comtesse Senni était en contacts étroits avec les hybrideurs les plus importants de l’époque, si bien qu'en 1931 une variété lui a dédiée par l'obtenteur français Millet. Dans le même temps elle pratiquait elle-même l’hybridation dans son jardin romain et ses propres variétés ont reçu un accueil favorable de la part des connaisseurs.

Plus près de nous plusieurs autres dames lui ont emboîté le pas. A commencer par Gina Sgaravitti. Elle s'est fait connaître en France par son 'Beghina' qui, par je ne sais quel hasard, s'est retrouvé dans plusieurs jardins. D'origine vénitienne, son mariage avec Teresio Sgaravitti l’a amenée à Rome où elle avait à s’occuper d’un vaste jardin qui, au fil des années, est devenu une sorte de pépinière, avec même un catalogue exclusivement dévolu aux iris ! Flaminia Goretti, épouse de George Specht, a consacré sa vie aux iris et c'est grâce à elle, en grande partie, que le Jardin d’Iris de Florence, le Concours International et la Société Italienne des Iris ont été créés. Nita Radicati, épouse Stross, a pris part à la création du Jardin d’Iris de Florence et a dirigé la Revue « Il Giardino Fiorito ». Avec son ami G. G. Bellia, elle est à l’origine de la création du jardin expérimental de San Bernardino di Trana, près de Turin, devenu depuis le Giardino Botanico Rea, qui accueille une superbe collection d’iris historiques et qui vient d’être réhabilité. Ceux qui s’intéressent à la littérature connaissent forcément l’écrivain italien Italo Calvino, dont le conte « Le baron perché » a fait le tour du monde. Ils ignorent sûrement que sa mère, Eva Mameli Calvino, s’était fait un nom dans le domaine de la botanique et, en particulier, dans celui des iris ; au cours des années 30/50 elle leur a consacré un grand nombre d’articles dans la Revue « Il Giardino Fiorito ». Elle s’est aussi essayée à l’hybridation allant jusqu’à envoyer plusieurs de ses obtentions au nouveau Concours de Florence qu’elle avait contribué à lancer. Ces dames sont restées fort peu connues en dehors du petit cercle des iridophiles italiens, et cette situation est en grande partie due au fait que, jusqu’à une date récente, l’hybridation était, en Italie, considérée comme un passe-temps, pratiqué par des intellectuels et autres gens de la bonne société qui n’accordaient à leurs obtentions qu’une modeste attention.

Pour faire la jonction entre ces prémices et la période moderne, je ne vois que Giuseppe Giovanni Bellia, un Turinois amateur d'iris, hybrideurs à ses heures, mais agissant dans le même esprit que les personnes citées plus haut. Ses obtentions, non enregistrées, s'étalent des années 196o aux années 1980 avec des variétés restées confidentielles et seulement présentes dans quelques précieuses collections italiennes.

Il faut attendre l'émergence d'Augusto Bianco, au début des années 1990 pour constater le départ de l'hybridation à une échelle d'abord artisanale mais qui s'est développée rapidement. Néanmoins les variétés italiennes ont été longtemps réservées aux amateurs de leur pays d'origine. Elles ont eu du mal à se faire connaître au-delà des Alpes. Mon jardin s'est longtemps enorgueilli de détenir de nombreuses obtentions signées Bianco, acquises par échanges amicaux, avant qu'elles n'essaiment ailleurs en France. Le triomphe de 'Vento di Maggio' (2011) au concours de Florence en 2013 ne s'est produit que tardivement, après plusieurs tentatives (1) et le succès de plusieurs autres obtenteurs, apparus bien après Bianco !

Le réveil de l'Italie s'est d'abord manifesté en 1999 quand 'Settimo Cielo' (V. Romoli, ) a pris le dessus sur l'américain 'Swingtown' au concours florentin. Madame Romoli, charmante et cultivée, s'inscrit dans la lignée des dames des années d'après-guerre, avec en plus une pleine conscience de la nécessité de donner une existence officielle à ses obtentions. Son travail, néanmoins, reste celui d'une grande amatrice particulièrement éclairée.

Plusieurs autres amateurs s'étaient fait aussi connaître en récoltant des récompenses annexes au concours de Florence, avant, pour certains d'atteindre le haut du podium. En voici la liste, de 1996 à 2003 :
Antonella Affortunati : 'Samuele' ; 'Bagnolo' ; 'Battiloro' ; 'Capoliveri'
Mauro Bertuzzi : 'Nebbia di Romagna' ; 'Recondita Armonia' (2) ; 'Fiore di Maggio' ; 'Macedonia' ; 'Notte di Lugo' ; 'Anemico'
Tiziano Dotto : 'Egeo'
Stefano Gigli : 'San Giovanni' ; 'Castelfranco' ; 'Viola di Nuovo' ; 'Ale Viola' (2) ; 'Amico Mio' ; 'Barbablu' ; 'Tramonto' ; 'Vinaccia'
Roberto Marucchi : 'Libarna' ; 'Sorriso di Alice' ; 'Cheyenne my Dog' (2); 'Mattinata Fiorentina' Lorena Montanari : 'Valeria Romoli' ; 'Fratello Sole' ; 'Ballerina Silhouette'
Luigi Mostosi : 'Citta di Bergamo' ; 'Traffic Light'
Stefano Paolin : 'Vymarna'
Valeria Romoli : 'Buongiorno Aprile' ; 'Verde Luna' ; 'Celeste Aïda' ; 'Zefiro Rosa' ; 'Agrodolce' ; 'Luna Rossa'
Leonardo Urbinati : 'Montefiore'
S. Volani : 'Tabarro'

 Les obtenteurs italiens n'ont fait, depuis 2003, que croître et embellir, s'illustrant largement dans la compétition pour le Fiorino d'Oro :
Mauro Bertuzzi (déjà cité) : 'Tenue Tenerezza' ; 'Aria di Maggio'
Angelo Bolchi : 'Lingua di Drago' ; 'Voglio Tempo'
Davide Dalla Libera : semis DAL 758-4/7 ; DAL 08-4/2 ; 'Spicy Violet' ; 'Red Surge' ;
Tiziano Dotto (déjà cité) : 'Sara' ; 'Esabella' ; 'Baba Jaga' ; 'Almast'
Angelo Garanzini : 'Pietra Focaia' ; 'Anima Cara' (2) ; 'Rubizzo' ; 'Anima Triste'
Simone Luconi : 'Lucomone I°' ; 'Donella G.'
Roberto Marucchi (dejà cité) : semis U 39-1
Lorena Montanari (déjà citée) : semis 7/06 A ; 'Come un Uragano' ; 'La Vita e' Bella' ; 'Buon Compleano' ; 'Il Canto delle Sirene'
Valeria Negri : 'Notte Profumata'
Stefano Paolin (déjà cité) : 'Canto del Cherubino'

Le succès des obtenteurs italiens s'est répandu en dehors de Florence. En 2015 'Alto Cielo' d'Angelo Garanzini s'est classé second à Paris.

Les longues listes ci-dessus apportent la preuve qu'en Italie, désormais, les iris ont pignon sur rue. Et cela se confirme par le fait que plusieurs nouvelles pépinières se sont ouvertes récemment, ce qui démontre qu'il n'y a pas que les professionnels (ou semi-professionnels) qui interviennent, mais que le grand public est également intéressé. Il reste néanmoins une bonne habitude à prendre : l'enregistrement systématique des variétés nouvelles, car beaucoup de celles qui sont ici citées sont restées dans l'anonymat...

 (1) Variétés ayant reçu une récompense annexe (1996/2012) :
1997 = 'Piero Bargellini'
1998 = 'Te alla Pesca'
2000 = 'Rosa Vanitosa'
2001 = 'Marcel Hayat'
2003 = 'Bianca Micheletta' ;
2004 = 'Dolce Acqua' ; 'Dragone' ;
2005 = 'Tango Bond'
2009 = 'Certosino' ; 'Ci Sei' ;
2011 = 'Tenebroso' ; 'Sahariana' ;

Par la suite les variétés suivantes ont été primées :
2017 = 'Delizia Tropicale' ; 'Campo di Marte' ; 'Rosso di Sera'
2018 = 'Mille Tre' ; 'Mille Due' ; 'Valdarno' ; 'Long Play'.

(2) Vainqueur du « Premio Firenze »

Illustrations : 

'Dolce Acqua' (Bianco, 2002) 


'Recondita Armonia' (Bertuzzi, 2007) 


'Sorriso di Alice' (Marucchi, 2008) 

'Notte Profumata' (Negri, non enregistré) 


'Donella G.' (Luconi, non enregistré)