23.7.21

LA NUIT

La nuit. Voilà quelque chose qui éveille en nous des images qui peuvent être voluptueuses aussi bien que cauchemardesques. Alors, quand ils doivent trouver un nom pour une nouvelle variété d'iris, les obtenteurs se laissent emporter par leurs sentiments ou leurs fantasmes. Et la nuit fait partie des thèmes qui leurs viennent à l'esprit. Surtout si l'iris qu'ils doivent baptiser évoque, par sa couleur ou par quelque autre trait quelque chose qui leur rappelle la nuit ou une situation que l'on associe généralement à la nuit. 

 Les hybrideurs d'expression française ne font pas exception à la règle définie ci-dessus. On peut même dire qu'ils y adhèrent pleinement. Les check-lists de l'AIS ne contiennent pas moins de 25 variétés, toutes catégories confondues, qui comportent le mot « nuit » dans leur nom ! Curieusement, ces allusions nocturnes ne sont apparues que depuis 1980 ! Allez savoir pourquoi les anciens hybrideurs n'ont jamais utilisé ce mot ! Autre curiosité, les variétés en cause, ne sont pas toutes de couleur sombre... Pour les hybrideurs français la nuit n'est donc pas forcément synonyme d’obscurité. C'est d'autant plus amusant d'essayer de découvrir ce qui a pu les pousser à choisir un nom comportant le mot « nuit », quand la nuit elle-même, avec son caractère bien particulier et qui vient tout de suite à l'esprit, n'a pas été le motif déterminant. Nous allons maintenant faire la connaissance de ces 25 iris et de leurs caractéristique singulières. Par ordre chronologique d'enregistrement. 

'Nuit Blanche' (P. Anfosso, 1980). La nuit blanche c'est celle pendant laquelle on ne dort pas. Quelle que soit la raison de cette absence de sommeil, c'est un moment où le noir est remplacé par le blanc, et cela tombe bien puisque 'Nuit Blanche' est une variété d'un blanc pur. Une des premières et des plus belles fleurs de son obtenteur. 

'Bar de Nuit' (P. Anfosso, 1986). Ce nom évoque deux choses : la nuit proprement dite, avec l'obscurité, ainsi que le monde de la nuit, avec ce qu'il a de louche ou d'inquiétant, en même temps que de lié à la fête. C'est le premier iris noir de Pierre Anfosso, une fleur qui a fait sensation quand elle est apparue et qui reste un modèle du genre. 

'Ciel de Nuit' (J. Peyrard, 1990). C'est le premier enregistrement de cet obtenteur éclectique et passionné. Une variété qui est sans doute en grand danger d'être perdue parce qu'elle n'a été commercialisée que par « Iris au Trescols », et l'on sait combien confidentielle était la clientèle de son animateur, Lawrence Ransom. C'est un petit SDB bleu à barbes blanches. 

'Belle de Nuit' (R. Cayeux, 1999) .Pour cet amoena superbe et justement apprécié dans toutes les compétitions où il a été inscrit, c'est certainement le côté sombre de ses couleurs qui a été à l'origine de son nom. Les barbes teintées de mandarine rappellent son géniteur mâle, 'In Town' (B. Blyth, 1985) auquel il ressemble vivement. 

'Nuit Magique' (L. Ransom, 2000). Fait partie comme le précédent de ceux dont le nom est inspiré par le coloris. Son obtenteur a décrit ce petit SDB très classique comme « pétales violet cobalt moyen ; sépales violet cobalt sombre et velouté, plus clairs sur les bords ; barbes violettes. » Une de ces obtentions délicates comme savait en faire Lawrence Ransom. 

'Nuit d'Encre' (Surand, 2002) et 'Nuit Mauve' (Surand, 2002) sont deux frères de semis enregistrés par Claude Surand, amateur domicilié près d'Orléans, qui s'est manifesté en 2002 avec cinq variétés mais qui n'a pas renouvelé l'expérience. Autant dire que ces deux fleurs, très classiques, n'ont pas du beaucoup quitter le jardin de leur naissance. Le premier est un bitone violet à barbes mandarine, le second un bicolore beige et violet foncé agrémenté de barbes jaune d'or. 

'Nuit de Noce' (R. Cayeux, 2008). Jolie fleur rose lilacée vif ; le nom de cet iris n'évoque pas le côté sombre de la nuit mais plutôt son côté festif. C'est un des autres sens que l'on peut donner à la nuit. Est-ce tout à fait approprié ? On peut en douter car la couleur rose vif et bleuté paraît plus synonyme d'intimité que de bamboche ! Ce n'est cependant qu'une opinion personnelle. 

'Nuit Vénitienne' (J. Peyrard, 2010). Jean Peyrard n'a enregistré qu'une douzaine de Grands Iris. 'Nuit Vénitienne' en fait partie. A quel thème rattacher ce nom ? Ce n'est pas celui de la nuit en tant que telle, ce n'est pas vraiment celui de la fête. Alors ? Dans son joli costume rose orangé, cette vénitienne est prête pour le carnaval ! 

'Nuit Tzigane' (L. Tasquier, 2010). Enregistré en 2010, mais commercialisé seulement en 2014, cet iris de bordure fait partie des premiers produits de son obtenteur. Où se situe le côté tzigane ? Où se trouve le côté nuit ? On imagine un feu de camp, autour duquel on chante et on danse... Mais la fleur est d'un modèle bien courant et, en deux tons de pourpre, la danse autour du feu semble bien éloignée... 

'Nuit d'Orient' (A. Chapelle, 2011). Un peu plus haut nous avons découvert 'Belle de Nuit'. Ici nous voyons un de ses descendants qui possède tous les traits de son « pod parent » comme on dit en anglais (qu'on peut traduire par « parent-capsule ». Le violet profond des sépales, élégamment ourlé de bleu lavande, mérite bien l'allusion à la nuit et, pourquoi pas, à la nuit sous le ciel de Perse ? 

'Nuit de Chine' (P. Anfosso, 2012) et 'Nuit Fauve' (P. Anfosso, 2012) n'ont reçu le sacrement du baptême que bien après leur mise sur le marché et postérieurement à la disparition de leur obtenteur. Si l'on veut respecter strictement l'ordre chronologique, il aurait fallu en parler pour 1993 et 1994. Mais qu'importe ! Ce sont deux frères de semis qu'on peut qualifier de « noir par les noirs » puisqu'ils résulte d'un pur croisement endogamique entre deux iris noirs. Du coup l'allusion à la nuit est tout à fait justifiée. 

'Nuit Câline' (L. Tasquier, 2012). Dans le cas présent l'allusion nocturne vient encore du coloris de la fleur. Au plan horticole, nous sommes en face d'une incursion dans un nouveau modèle, celui des fleurs possédant des sépales longs et étroits, amorce de ce qui pourrait être une fleur « spider ». Avec un « père » illustre et couvert de lauriers, 'Bedford Lilac' (B. Jones, 1990), en bleu glacier et barbes bleues. 

'Nuit Satinée' (R. Cayeux, 2012), issu de deux excellents « noirs », cet iris mérite parfaitement son nom. Il n'est pas tout à fait noir, mais le violet très sombre qu'il arbore en fait un fort bel ornement pour le jardin. Un soir de nouvelle lune... 

'Nuit Argentée' (JC. Jacob, 2013). A la recherche d'un contraste blanc/noir, J.C. Jacob est parvenu à une variété originale qui, s'il ne s'agit pas à proprement parlé d'un amoena, allie les qualités de ses deux parents : le slovaque 'Slovak Prince' (A. Mego, 2002), amoena remarquable pour le fin liseré doré qui entoure ses pétales, et le californien 'Starring (J. Ghio, 1999) admiré pour la réussite de son contraste et pour sa rare barbe rousse. Le liseré est là, plus argenté que doré (d'où le nom) et le contraste n'est pas loin. 

Un paquet de trois variétés aux noms évoquant la nuit a été enregistré en 2017. Un SDB, 'Vol de Nuit' (L. Tasquier, 2017), mais il n'a sans doute pas survécu et le nom a été réutilisé. On verra plus loin comment. Un iris intermédiaire (IB) qui est aussi une variété de Loïc Tasquier ; il s'appelle 'A la Nuit Tombée'. C'est un iris violet assez classique dont on remarque les grands pétales étalés comme des ailes. Un Grand iris de jardin (TB), 'Nuit Noire' (B. Laporte, 2017). Difficile de faire plus noir que celui-là. Avec ça il est très abondamment ondulé, et d'une taille qui rassure dans un jardin venté. Son nom dit tout à son sujet ! 

En 2019, Loïc Tasquier a enregistré trente-neuf variétés ! En six catégories différentes ! C'est beaucoup pour un seul homme, mais ce boulimique de l'hybridation, comme tous ceux qui aiment, ne compte pas. 'Au cœur de la Nuit' ; ce SDB d'un bleu nuit qui justifie son appellation, s'agrémente d'un barbe bleu lavande originale et d'abondantes ondulations. 'Retiens la Nuit' est un IB en deux tons de bleu foncé, donc bel et bien évocateur des heures nocturnes qui s'éloignent comme une chanson dans le petit jour. Ses deux parents, noirs, lui ont assuré une coloration traditionnelle, tout comme la forme de sa fleur. 

'Bientôt la Nuit' (R. Cayeux, 2019). Traditionnellement obtenu à partir d'un SDB et d'un TB, cet iris intermédiaire est de couleur violet vif (un peu éclairci sous les barbes), de quoi expliquer son nom, la nuit n'est pas encore complète ! Depuis 1993 la Maison Cayeux propose régulièrement des IB, tout aussi réussis que ses grands iris de réputation mondiale. 

'Il Fait Nuit' (R. Cayeux, 2019). Autre production Cayeux, intéressante pour ses fortes ondulations, rares chez les IB, tout comme chez les iris sombres. Un iris violet foncé qui n'a pas volé son nom, obtenu avec un TB signé Michèle Bersillon et un SDB violet de Paul Black. 

Notre inventaire va se terminer après un coup d’œil à 'Vol de Nuit' (B. Habert, 2018). C'est la variété qui a pris la succession du 'Vol de Nuit' de L. Tasquier. En deux tons de bleu foncé, cet iris se distingue par la richesse de ses ondulations. Mme Habert fait preuve d'un sérieux et d'un goût très sûr dans ses sélections qui font un petit chef-d’œuvre de chacune de ses obtentions. 

 En général, donc, quand un iris porte le mot « nuit » dans son nom, c'est bien parce que, d'une façon ou d'une autre, ce que l'on associe à la nuit se trouve quelque part dans les traits de la fleur. En l'occurrence chacun de ces iris, en plus de ses couleurs, se révèle être une très jolie plante, bien représentative de ce que les hybrideurs français savent maintenant si bien faire. 

Pour terminer sur une note un peu légère, disons que nous avons déjà une 'Nuit de Chine', et une 'Nuit Câline'. Il ne nous manque plus qu'une 'Nuit d'Amour' !  

 Illustrations : 

 'Nuit Magique' 

 'Nuit Noire' 

 'Il Fait Nuit' 

 'Vol de Nuit'

16.7.21

LES SEVENTIES (1975)

'Autumn Echo'


 

'Caramba'

'Gold Trimmings'

'Leisure Day'

'Ruffled Ballet'

'Showcase'

'Sostenique'






NOIR PROGRÈS

Une persuasion volontaire, autrement dit la méthode Coué, a fait longtemps dire des iris les plus sombres qu'ils étaient noirs. C'est le grand désir qu'en avaient les amateurs et les obtenteurs. Mais si l'on regarde les choses avec objectivité, il faut bien avouer que ce noir supposé n'est qu'un violet très foncé. Pourtant, de toutes les couleurs dont se parent les iris, le noir est celle qui a connu au fil des années le progrès le plus remarquable. 

Il y a eu plusieurs cheminements pour parvenir aux iris noirs actuels. Cependant celui qui est considéré comme l'ancêtre des iris de cette couleur s'appelle 'Black Forest' (Schreiner, 1945). Auparavant il y avait bien eu des approches, comme avec 'Ethiop Queen' (Schreiner, 1936) ou 'Sable' (P. Cook, 1936) mais on restait dans une teinte violet sombre qu'il fallait un peu d'imagination pour appeler « noir ». Avec 'Black Forest' un grand pas a été franchi dans la poursuite du vrai noir. D'ailleurs les hybrideurs ne s'y sont pas trompés et les descendants de 'Black Forest' sont plus deux cent, la plupart dans les tons de noir (ou de violet foncé tirant sur le noir). Un autre pas a été franchi avec 'Sable' qui est à l'origine d'une grande famille d'iris sombres (près de deux cent descendants lui aussi) ainsi que son descendant 'Sable Night' (Cook, 1950) qui en est une visible amélioration. Très vite les différentes lignées se sont mêlées, de sorte que les descendants des uns sont aussi les descendants des autres ! Il semble bien néanmoins que ce soit la souche 'Black Forest' qui ait pris le dessus et ce n'est pas sans raison que la famille de ‘Black Forest’ s'est développée à tel point que l’on ne peut plus parler aujourd'hui d’iris noir sans faire y faire référence. 

L'amélioration de l'intensité du coloris a été essentiellement obtenue par la technique de l'endogamie, un procédé bien connu et qui a fait ses preuves, même s'il a pour corrélat un affaiblissement des autres caractéristiques de la plante (consanguinité), ce qui oblige à introduire dans la lignée les gènes de variétés différentes mais qui ont pour rôle d'apporter plus de vigueur et plus de résistance aux iris qui vont résulter de l'apport de ces qualités « extérieures ». 

Pour se rendre compte des améliorations qui sont apparues au cours du temps, on ne peut pas se contenter d'un tableau généalogique : en plus il faut des photos. Mais commençons par représenter la lignée d'un iris remarquable par la proximité à laquelle il parvient en matière de couleur noire. 

 ‘Raven Girl’ (2008)

‘Ghost Train’ (2000)

‘Hello Darkness’ (92)

‘Midnight Dancer’ (91)

                                                     3                         4                          2

‘Matinata’ (68) ‘Black Swan’ (60) ‘Tuxedo’ sib

                                               2                               2                                  2

‘Storm Warning’ (52) ‘Black Hills ‘ (50) ‘Storm Warning’ (52)

 ‘Black Forest’ (45) 

Le cheminement s'étale sur 12 générations, ce qui prouve combien le métier d'hybrideur exige de patience et de persévérance. On pourrait suivre de la même façon le cheminement qui aboutit aux jumeaux d'Iris en Provence, 'Nuit Fauve' et 'Nuit de Chine' (P. Anfosso, 2012). Dans la généalogie de ces deux-là, il y a au moins cinq descendants de 'Black Forest' ('Storm Warning' (Schreiner, 1952), 'Licorice Stick' (Schreiner, 1960), 'Black Swan' (O. Fay, 1960)', 'Swahili' (G. Plough, 1964) et 'Dusky Dancer' (W. Luihn, 1966)), ce qui confirme le cousinage entre nos variétés françaises et leurs contemporaines américaines. Et comme on pouvait s'y attendre on trouve bien des traits communs entre les deux familles. Examinons ensuite les photos. Il faut apporter à ce moment un certain aveu de faiblesse. Il est difficile voire impossible de disposer de photos des différentes variétés prises par le même opérateur, avec le même appareil (ou un appareil équivalent), dans les mêmes conditions (météorologiques, horaires...)... Cela entraîne des différences qui peuvent être sensibles et qui perturbent la perception que l'on peut avoir de la teinte de la fleur, mais cette teinte elle-même peut être influencée par la nature du sol, le climat etc. Autant dire que le résultat du rapprochement des différents clichés peut nuire à la démonstration ! Néanmoins, aussi imparfaite soit-elle, la comparaison parvient à se faire. Entre 'Black Forest' et 'Raven Girl' ou 'Nuit Fauve', en 6o et quelques années, la couleur noire s'est approfondie. Et cet approfondissement n'a pas son égal dans les autres couleurs. Cela tient certainement au fait que chez ces autres couleurs la saturation a été obtenue bien plus tôt et que celle du noir était encore imparfaite. Peut-on dire d'ailleurs affirmer qu'elle a atteint la perfection ? On devine toujours le violet derrière le noir et la profondeur de celui-ci se situe surtout dans le velouté de la fleur. Il peut donc y avoir encore du progrès, mais tel qu'il est ce dernier a fait faire au cours des cinquante dernières années un grand bond en avant dans la qualité des iris noirs. 

Illustrations : 


'Black Forest'

 


'Storm Warning' 


'Black Swan' 


'Hello Darkness' 


'Raven Girl'


'Nuit de Chine'.

9.7.21

LA FLEUR DU MOIS

'Belle Fille' (Marky Smith, 2015) 

('Queen Eleanor Of Aquitaine' x (('Bruneau Jasper' x 'Flights Of Fancy') x 'High Master')) X ('High Master' x ((('Handshake' x ('Cross Current' x (('Snowbrook' x 'Blackout') x ('Snowbrook' sibling x ( 'Rain Flurry' sibling x 'Charmed Life'))))) x ('Spirit World' x 'Answered Prayers')) x ('Spirit World' x ('Fancy Woman' x (('Goddess' x semis 77-137F : ( 'Mistress' sibling x (('Joy Ride' x 'Roundup') x ('April Melody' x ((('Irma Melrose' x 'Tea Apron') x (('Full Circle' x 'Rococo') x 'Tea Apron')) x 'April Melody'))))) x ('Goddess' x semis 77-137F)))))). 

 'Belle Fille' a remporté le Fiorino d'Oro au concours de Florence 2021. C'est une récompense méritée car il s'agit d'un iris exceptionnel autant par les qualités de la plante que par la beauté de la fleur. Beaucoup de collectionneurs en ont fait l'acquisition et cette récompense va susciter des envies chez ceux qui ne le possèdent pas encore. C'est une belle consécration pour une hybrideuse exigeante et assez rare pour qui les TB ne sont pas le domaine de prédilection, mais qui a œuvré dans plusieurs autres catégories, en particulier les SDB qui lui ont valu déjà trois Cook-Douglas Medal (plus haute récompense pour cette catégorie) (1). Chez les TB plusieurs de ses réalisations ont retenu l'attention de tous ; c'est le cas de 'Vintner' (1994), en noir aubergine, 'Obsidian' (2001), en noir de jais, 'Snow Lion' (2005), luminata blanc crémeux... 

Pour 'Belle Fille' elle a fait preuve d'un professionnalisme confirmé. Le pedigree de cet iris, qui a l'air particulièrement complexe, fait essentiellement appel à trois modèles de fleur : le modèle luminata, qui constitue la base du mélange, le modèle plicata et le modèle glaciata. On constate aussi l'utilisation de la technique du « cluster » initiée par Jim Gibson dans les années 1970. Il a été démontré que le modèle plicata consiste en une base blanche ou légèrement colorée par des pigments caroténoïdes (qui se trouvent à l'intérieur même des cellules) sur laquelle on a ajouté une couche de pigments anthocyaniques (présents dans le liquide intercellulaire) étalée de façon très inégale et très variable mais avec une concentration plus marquée vers les bords de la fleur. Le modèle luminata serait, en quelque sorte, l'inverse du plicata, la couleur anthocyanique s'effaçant vers les bords et au cœur de la fleur. Cependant si, avec un logiciel de retouche, on inverse les couleurs d'un plicata on n'obtient pas vraiment un luminata. Il faut y ajouter ce qui est le propre des iris glaciata, c'est à dire une absence totale de pigments anthocyaniques ici limitée à la zone autour et sous les barbes. Dans le pedigree de 'Belle Fille', tous ces éléments sont réunis. Disons que l'obtentrice a mis ensemble tous les éléments conduisant à une réussite. L'élément plicata est apporté par les « anciens » comme 'Roundup', 'April Melody', 'Rococo' ; l'élément luminata provient entre autre de 'High Master', 'Spirit World' ou 'Fancy Woman' ; l'élément glaciata vient de 'Goddess' et 'Mistress'. 

Il est encore un peu tôt pour savoir si 'Belle Fille' aura une longue descendance. Pour l'instant on ne lui compte que trois rejetons, dont deux TB, et pas des moindres ! C'est Keith Keppel qui en est l'auteur. Il s'agit de 'Boston Cream' (2013), qui a profité du côté glaciata de son parent pour un superbe blanc crémeux à barbes mandarine, et de 'Dark Universe' (2018), luminata bleu bien classique mais avec les qualités que l'on connait aux obtentions de Keith Keppel. 

'Belle Fille' est sans doute la plus belle œuvre signée de Marky Smith dans le domaine des TB. Un domaine où elle excelle même si ce n'est pas la quantité qui fait sa force. Elle se distingue entre autres par ses iris noirs, comme 'Obsidian' (2001), 'Pinot Noir' (2005), 'Vintner' (1996) ou 'Visigoth' (2012). A noter son iris blanc/noir baptisé 'Underworld' (2010), descendant du célêbre 'Starring' (Ghio, 1999), et un autre luminata, 'Wise Woman' (2009), descendant de 'Flights of Fancy' (Keppel, 1992). 

Madame Smith est une personne discrète, mais elle fait partie des meilleurs obtenteurs américains du moment. 

Illustrations : 


 

'Belle Fille' 


 

'Wise Woman' 


 

'Dark Universe' 


 

'Underworld' 

 (1) 'Starbaby' (1992) en 2001 ; 'Minidragon' (1996) en 2004 et 'Marksman' (1997) en 2005.

LES SEVENTIES (1974)

'Autumn Leaves'
 
'Carnaby'

'Pistachio'

'Queen of Heart'

'Roundup'

'White Lightning'





LES ADVENTICES

(ou comment s'en débarrasser) 

Comme pour toutes les plantes qui restent longtemps en place, il faut penser à désherber les iris. C'est sûrement le seul côté un peu désagréable de la culture de cette plante, par ailleurs peu exigeante en soins. Mais on va voir que ce qui peut être vécu comme une corvée peut aussi présenter quelque agrément. 

La première chose dont on va parler concerne ce qui se passe avant l'implantation des nouveaux iris ou le transfert d'une plantation ancienne vers un nouvel emplacement, ce qui revient au même. Il s'agit de la préparation des sols car celles que l'on appelle les plantes adventices sont déjà là avant que n'apparaissent les iris. Il faut donc d'abord nettoyer le terrain où va avoir lieu la plantation. Jusqu'à une période récente la plupart des jardiniers faisaient pour cela usage d'un désherbant systémique qui, répandu sur les plantes en place, pénètre dans leurs cellules et les tue. L'espace prenait ainsi une couleur roussâtre caractéristique jusqu'à l'heure où toutes ces plantes mortes allaient être enlevées. L'utilisation des ces produits chimiques est maintenant prohibée ou tout au moins vivement déconseillée. Il faut se débrouiller autrement, avec des moyens mécaniques ou, tout simplement avec la main ! Les plus méticuleux (qui sont aussi les mieux équipés) pourront alors, pour fignoler leur travail, détruire tous les germes au moyen d'un appareil thermique, mais il est inutile de préciser que ces moyens ne sont pas à la portée du jardinier moyen ! Une autre procédure, radicale, consiste à mettre le feu à la zone à désherber. Mais outre le fait que cela soit généralement interdit par arrêté préfectoral, c'est la mort garantie pour tous les insectes et tous les petits organismes présents sur le sol, ce qui n'est pas bon pour la nature. La majorité se contentera donc de répandre un couche généreuse de fertilisant avant de bêcher traditionnellement ou de griffer en profondeur la future bordure pour incorporer l'engrais ou la fumure. Cette opération, hélas, n'aura guère d'effet sur ce que l'on appelle les « mauvaises herbes », lesquelles profiteront comme les « bonnes » de l'apport de nutriments. Néanmoins le désherbage préventif et les remaniements des surfaces auront-ils atténué leur ardeur, tout au moins pour la première année. Par la suite il faudra trouver d'autres moyens de lutte. 

Et l'on peut, dès le moment de la plantation, disposer sur la future plate-bande un film plastique noir. C'est un système qui a ses adeptes mais aussi ses détracteurs. Les premiers y voient une quasi disparition de la corvée de désherbage puisque le sol ne sera apparent qu'aux emplacements des rhizomes d'iris. Les second déplorent d'une part l'aspect industriel des plates-bandes, bien peu compatible avec un jardin d'agrément, d'autre part la gêne au développement des touffes et, enfin, la durée de vie limitée des bandes plastiques qui ne pourront jamais être remplacées du fait de la pousse des iris. On peut aussi imaginer une protection efficace mais renouvelable. Le paillage. Efficace, ça l'est, du moins en grande partie. Mais tous les paillages ne se valent pas et il faut tenir compte des inconvénients. En particulier de ce que le vent et les oiseaux gratteurs dispersent une partie non négligeable des matériaux répandus autour des touffes, que l'on retrouvera ici et là dans le jardin, ce qui astreindra le jardinier à un ratissage régulier des allées et des autres bordures. Dans la plupart des jardins de particuliers il n'y aura donc qu'une solution : le désherbage manuel ! Dans les jardins de taille petite ou moyenne c'est bien la meilleure méthode, c'est à dire la plus efficace, la plus écologique et la moins dangereuse. C'est par ailleurs la seule qui convienne lorsque les iris se trouvent parmi d'autres fleurs. En mars, quand les plantes sont encore courtes et peu fragiles, puis en juillet, après la fin de la floraison, et encore une fois en octobre, il faut retirer ces fameuses adventices en prenant bien soin de ne pas mettre à nu les racines des iris, qui s'étalent vers l'avant des bouquets de feuilles. C'est un travail fastidieux mais on pardonne à nos plantes favorites cette petite contrainte qu'elles nous imposent en échange de leur rayonnante floraison. D'autant plus qu'avec le temps, et le développement des touffes, il y aura de moins en moins d'herbe à arracher. Et puis nous pouvons trouver un certain plaisir à ce travail. A 20cm du sol, c'est fou les détails que l'on distingue. Agenouillé près des précieux rhizomes, on voit une multitude de choses minuscules qu'une inspection à hauteur d'homme ne permet pas ; on peut de la sorte se rendre compte de tout un tas de petites choses intéressantes, tout comme de détecter précocement des attaques des ennemis des iris, d'enrayer un début de pourriture du rhizome, d'éliminer quelques insectes ravageurs. Le désherbage manuel présente ainsi l'avantage de jouir du contact intime avec la nature. C'est un avantage que l'horticulteur professionnel d'iris ne peut pas connaître depuis son tracteur ! 

Mais il y a peut-être plus astucieux ! Pourquoi pas faire en sorte qu'il n'y ait plus d'herbe parmi les iris, en leur adjoignant un compagnon qui empêche le développement des adventices ? Par exemple Scleranthus annuus, une espèce tapissante de plante à fleurs de la famille des Caryophyllacées connue sous le noms commun de renouée allemande, qui se présente comme une espèce de mousse d'un vert bleuté, d'environ 5cm de haut, avec des fleurs insignifiantes verdâtres, sans corolle, qui produisent de petites graines noires qui se resèment facilement et forment vite un tapis au milieu duquel les iris se multiplient sans difficulté. Les racines, superficielles, ne concurrencent pas celles des iris, et rendent la plante facilement déterrable si l'en est besoin. Plus de place pour les envahisseurs habituels ! Avantage supplémentaire, ces petites feuilles étroites retiennent parfaitement la rosée, ce qui, l'été, est un apport d'eau bienvenu pour les rhizomes et les autres saison évite la stagnation de l'eau de pluie. Enfin la scléranthe est facile à tailler de manière à mettre en valeur les iris au moment de la floraison. Quelques hybrideurs américains, comme Donald Spoon, utilisent cette plante comme « couvre-bordure » et s'en montrent très satisfaits. Cela semble donc fort intéressant pour éviter du travail aux pauvres jardiniers que nous sommes. Le problème c'est qu'il n'est pas évident de se procurer des graines en France ! 

La corvée de désherbage risque donc de durer encore longtemps !

2.7.21

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Nouveau catalogue

 Laimonis Zakis, hybrideur lituanien, propose son propre catalogue d'iris. On y trouve un grand nombre de variétés « internationales » (U.S.A./France/ etc.) mais aussi ses propres obtentions. Ce sont essentiellement des grands iris qui, à en croire les photos, semblent des iris modernes et de bon aloi. Cultivés dans un pays dont le climat, frais et humide, n'est pas le plus favorable pour les iris, on peut penser qu'ils ont une bonne résistance au gel. Pour le reste, il faudrait pouvoir juger sur pièce, en passant une commande à cette nouvelle pépinière puisque les exportation sont possibles au sein de l'Union Européenne. Ce qui est certain c'est qu'elles ont un gros défaut : elles ne sont pas enregistrées et leur distribution hors de leur jardin d'origine ne peut que rendre plus incertains les pedigrees des iris du futur... 

htpps://failiem.lv/u/5y2cqgr9v

LES SEVENTIES (1973)

Bride's Halo
 
Brook Flower

Interpol


 

Limerick

Meteor


 

Peach Spot

Secret Society


 

Thundercloud



VUE DE CHINE

Dans notre imaginaire nous avons chacun une vision particulière d'un lieu, d'une atmosphère, d'un objet... Les obtenteurs d'iris ne font pas exception à cette règle et les noms qu'ils donnent aux plantes qu'ils enregistrent tiennent compte de la manière dont ils conçoivent tel ou tel thème. Ainsi la couleur rose est-elle associée à la notion d'amour – et, sans doute, parce que les hommes sont nombreux dans le monde de l'hybridation, à l'idée de la femme - ; le jaune, de son côté, est souvent associé à l'idée de lune (essentiellement dans l'imaginaire américain, car dans l'esprit des européens la lune n'est pas jaune mais argentée) ; le rouge est synonyme de feu, le noir fait penser à la nuit, le blanc à la neige et à l'hiver ; les iris variegatas fortement contrastés évoquent à l'Espagne... Mais à quoi la Chine est-elle associée ? 

L'idée qui vient immédiatement à l'esprit est le jaune. Mais curieusement, ce n'est pas cette couleur qui est le plus souvent à l'origine de l'apparition du mot « Chine » ou « chinois » dans le nom d'un grand iris. On a même l'impression que les hybrideurs voient plutôt la Chine en rose ! Prenez, pour commencer, l'ancien 'China Maid' (Milliken 1936), qui est un rose bronzé, puis passez au célèbre 'Chinese Coral' (Fay, 1960) qui est un rose orangé à barbes corail et allez jusqu'à 'China Pink' (G. Sutton, 1995) qui est un rose vénitien liseré de rose clair, et l'on pourrait passer par 'Shanghai Sunset' (D. Spence, 1989) qui est un rose orangé. Parce que l'orange est aussi fréquemment associé à la Chine. 'China Girl' (Rowlan, 1961) est orange abricot, 'China Dragon' (Shoop, 1979) est une variété orange bien connue, qui porte fièrement la barbe rouge , marque de fabrique de son obtenteur. Cette même barbe rouge orne de la même façon 'China Moon' (Schreiner, 1998). En fait le jaune n'est pas complétement absent chez les iris qui portent un nom « chinois ». Ainsi 'China Lantern' (Fay, 1957) est bien jaune , alors que 'China Gate' (Plough, 1957) est blanc liseré de jaune, et que 'China Doll' (Rogers, 1953) est jaune ivoire. 

Un peu plus haut on a dit que les couleurs de l'Espagne, sang et or, étaient destinées aux iris variegatas, mais ce sont aussi les couleurs du célèbre 'Peking Summer' (Schreiner, 1984) En fait il faut croire que la Chine n'inspire pas les hybrideurs pour une question de couleur. Ce serait plutôt l'intérêt que le monde – et spécialement le monde américain – porte aux évolutions économiques de ce pays et à son ascension vers les sommets qui motive l'attribution d'un nom à caractère chinois. Pour les obtenteurs aussi la Chine s'éveille ! Pour 'China Nights' (Mahan, 1990) les nuits chinoises sont de couleur brun-rouge allégée de blanc sous les barbes. De son côté 'Chinese New Year' (Ghio, 1996), présente le nouvel an chinois sous les somptueuses couleurs de blanc chamoisé et de pourpre lavé de fuchsia. Ce sont un peu les mêmes couleurs pour 'Chinese Whisper' (B. Blyth, 2005) pour qui les chuchotements asiatiques se traduisent par des pétales rose abricot et des sépales grenat pourpré. Blyth a d'ailleurs été plusieurs fois inspiré par la Chine lorsqu'il a choisi des noms pour ces très nombreuses variétés. 'ChineseTreasure' (1983) est un amoena aux pétales blancs lavés de rose et aux sépales blanc rosé largement bordés d'améthyste, avec de belles barbes minium. Pour 'Chinese Empress' (1988) Blyth a vu l'impératrice de Chine vêtue de blanc argenté et de prune sombre avec ce qui pourrait être la ceinture de cette tenue, les barbes, en bronze foncé ; une toilette impériale en effet! Enfin 'China Walk' (1994), très différent, est une variété blanc lavé de jaune et de vert moutarde. Pour terminer, on retrouve le mélange rose et pourpre dans la variété anglaise de Nora Scopes 'China Seas' (1986), cette fois tourné vers la mer de Chine, ce qui est pour le moins original ! Notez aussi la couleur mauve de 'China Doll' (Framke, 1969) et dans la même teinte l'anecdotique 'China Dream' (2015), descendant russe de notre fameux Condottiere, récolté au pieds du Caucase par une dame S. E. Zavizionova. 

L'Empire du Milieu a-t-il inspiré, comme il l'a fait pour les anglo-saxons, les hybrideurs français ? Pas vraiment. On ne connaît que 'Nuit de Chine' (Anfosso, 1993), qui fait partie de la série de variétés « noires » typiques du travail de notre artiste azuréen. 

Au vu de ce qui précède, la perception de la Chine, tout au moins chez les amateurs d'iris, n'a rien d'unanime ! En langage de spécialiste de la communication on dirait aujourd'hui que l'image qu'ils en ont est pour le moins brouillée. Ni le jaune ni le rouge ne prennent le devant, et aucun concept que l'on pourrait qualifier de proprement chinois ne se dégage. La Chine reste encore de nos jours bien mystérieuse et bien lointaine, chez les obtenteurs d'iris en particulier, mais sans doute aussi dans l'esprit de beaucoup d'Occidentaux. 

Illustrations : 


'China Maid' 


'China Moon' 


'Chinese New Year' 


'Chinese Empress' 


'China Walk' 


'Nuit de Chine'

26.6.21

LES SEVENTIES (1972)






 

LA BELLE HISTOIRE DES IRIS DE LOUISIANE

Dans le sud des États-Unis, Louisiane, Est du Texas, Alabama, Mississippi, les iris barbus ne se plaisent pas : trop doux l'hiver, trop chaud et humide l'été. Ce sont des plantes qui ont besoin du coup de fouet que leur donne le froid voire même le gel, qui craignent l'humidité et surtout l'humidité stagnante mais qui apprécient en revanche la sécheresse qui leur rappelle le climat du Moyen-Orient d'où sont originaires leurs ancêtres tétraploïdes. Pourtant dans ce « deep south » il y a des amateurs d'iris. Mais pas du tout les mêmes que ceux que l'on trouve plus au nord. Ce sont des iris sans barbes, voisins des iris de Sibérie, natifs d'Europe centrale, et adaptés à des régions sub-tropicales. Il y en a au moins cinq espèces, que les botanistes ont baptisés Iris hexagona, Iris giganticaerulea, Iris brevicaulis, Iris fulva et Iris nelsonii. Et c'est principalement à partir de cette dernière que les horticulteurs ont créé ce que l'on appelle aujourd'hui les iris de Louisiane. Cette appellation vient de ce que Iris nelsonii est une espèce géographiquement peu répandue mais que l'on rencontre dans la nature autour de la petite ville d'Abbeville, en Louisiane, et qui a été découverte seulement en 1929. 

Ce n'est qu'aux alentours de 1960 que l'on s'est intéressé à créer une nouvelle sorte d'iris de jardin à partir d'espèces endémiques de ce sud profond, de manière à obtenir des plantes réunissant les caractéristiques de chacune des espèces de base dans un hybride joli, solide et facile à cultiver. Le processus a été semblable à celui qu'avaient utilisé les horticulteurs européens au tournant du XXe siècle avec les iris à barbes, mais avec les progrès qu'avait fait la génétique en un demi-siècle. Pour parvenir à ce résultat les hybrideurs ont eu recours à : 

Iris hexagona. C'est l'espèce la plus répandue. On la trouve tout du long du golfe du Mexique et elle remonte le long du Mississippi jusqu'au confluent avec l'Ohio. Elle possède un feuillage étroit d'environ 90cm de haut, formant de fortes touffes, et des hampes florales de même taille portant de fleurs dans les tons de bleu ou de violet. Elle est très voisine d'une autre espèce de base du groupe des iris de Louisiane, I. giganticaerulea

Iris giganticaerulea. Son territoire se limite à la Louisiane des bayous. C'est la plus grande des espèces constituant le « cocktail » des iris de Louisiane puisqu'elle s'élève à plus d'un mètre de hauteur et peut même atteindre les 1,60m. Ses fleurs ont plus de 15cm de diamètre et sont de couleur allant du violet au blanc. 

Iris brevicaulis. Si I. giganticaerulea est, comme son nom l'indique, un géant bleu, I. brevicaulis est une espèce naine : pas plus de 50cm de haut et des tiges florales qui restent cachées dans le feuillage avec des fleurs bleues ou violettes. Elle est présente essentiellement dans le sud de la Louisiane. 

Iris fulva. Un iris qui pousse dans les marais de Louisiane. Hauteur du feuillage environ 60cm., des hampes florales 90cm. Il se distingue des précédents par la couleur de ses fleurs puisque celles-ci sont rouges, c'est à dire dans les tons de cuivre ou de rouille. Autre particularité intéressante, elles sont nombreuses et étagées le long de la tige. 

I. nelsonii. Sa zone d'extension, très réduite, limitée aux espaces marécageux peu accessibles entourant Abbeville, justifie le fait que cette espèce particulièrement intéressante ait été découverte aussi tardivement. C'est une espèce proche de I. fulva mais son coloris est d'un rouge encore plus franc, ce qui constitue une exception dans le genre iris.Cependant morphologiquement elle est très voisine de I. giganticaerulea, à tel point que certains pensent qu'il s'agit d'un croisement entre I. giganticaerulea et I. fulva qui se serait naturalisé. 

Si c'est dès les années 1930 que des amateurs d'iris se sont intéressés aux iris de Louisiane, C'est à l'énergie et l'enthousiasme de Marie Caillet, une texane à placer aux premiers rangs des promoteurs des iris, qu'on le doit. Elle n'a pas elle-même pratiqué l'hybridation mais dès 1941, et pendant un demi-siècle, elle s'est entièrement dévouée aux iris de Louisiane. Elle a été aidée en cela par des hommes comme le botaniste et hybrideur Ira Nelson qui a véritablement débuté l'hybridation des diverses espèces qui constituent aujourd'hui les ingrédients du véritable cocktail que sont les Iris de Louisiane actuels. Si l'on compare avec ce qui a eu lieu avec les iris barbus, le travail s'est déroulé sur une période extraordinairement courte. Il n'y a pas eu d'hésitations ou de tâtonnements, mais il faut dire que la connaissance de la génétique des iris avait considérablement progressé et que chaque croisement créateur a été fait en toute connaissance de cause. Très vite on est passé de l'étape initiale à la recherche d'améliorations nécessaires ou simplement souhaitables, comme une meilleure rusticité, un accroissement du nombre de fleurs sur chaque hampe, une augmentation de la taille des corolles, une durée de vie prolongée pour chaque fleur, l'ajout de nouvelles couleurs ou associations de couleurs... Il faut insister sur le travail de quelques hybrideurs remarquables, comme Charles Arny, Frank Chowning ou Joseph Merzweiler our expliquer le développement et l'amélioration de ces iris qui sont devenus en 70 ans de petites merveilles admirées de tous. Aujourd'hui les reproches que l'on pouvait faire à l'origine à ces nouveaux hybrides ont été corrigés et ces plantes qui n'étaient guère importables sous nos climats européens peuvent y être désormais introduite avec succès. Il faut néanmoins s'assurer que le sol où on veut les mettre est suffisamment humifère, profond, acide et humide. Une particularité à relever cependant : ces hybrides sont naturellement diploïdes. Comme l'écrivent les deux auteurs du chapitre sur les iris de Louisiane dans « The World of Irises », « Il n'y a pas de tétraploïdes naturels connus », mais plusieurs hybrideurs ont réussi la conversion, ce qui induit « une meilleure substance de la fleur, une plus grande taille et plus de vigueur. » 

Devenus de plantes faciles à cultiver, belles et florifères, les iris de Louisiane connaissent un engouement considérable chez les amateurs de tous pays, à tel point que ce sont maintenant les iris les plus nombreux à être enregistrés après les indétrônables TB. Les États-Unis sont bien entendu le pays où l'on en obtient le plus grand nombre, mais l'Australie en est le deuxième producteur avec des personnalités aussi importantes que Bob Raabe, dans les années 1970, John Taylor (le beau-frère du spécialiste des TB Graeme Grosvenor) et Heather Pryor et son époux Bernard Pryor. En France, il n'y a guère que la famille Anfosso qui se soit intéressée aux LA, et encore leur travail est-il resté assez restreint, mais peut-être se trouvera-t-il bientôt des hybrideurs tentés par ces fleurs devenues à la portée de tous. Notamment parce qu'on trouve aujourd'hui un choix très étendu de coloris, bien loin des iris bleus ou violets des débuts. Dès les années 1970 sont apparues des fleurs rouges ou blanches, les vrais iris jaunes datent des années 80, de même que les roses, rares encore cependant, tout comme les fleurs oranges qui n'ont atteint qu'un peu plus tard une qualité acceptable. Quant aux fleurs bicolores, elles existaient bien auparavant puisqu'on peut fixer leur éclosion vers 1975. 

Ces quelques mots sur l'historique des iris de Louisiane ne peuvent pas se terminer sans quelques illustrations de nature à faire apprécier ces beaux iris (cinq cette semaine, cinq autres la semaine prochaine). 

Illustrations :

 'Cherry Bounce' (I. Nelson, 1946) 

'Clara Goula' (C. Arny, 1975)) 


'Ann Chowning' (F. Chowning, 1976) 


'Koorawatha' (J. Taylor, 1987) 


'Cosi Fan Tutte' (L. Anfosso, 1991)