Les années 1950 furent une période primordiale de l’iridophilie. Beaucoup de ce que nous connaissons aujourd’hui est apparu pendant ces dix années. Elles sont un peu loin, maintenant pour les jeunes collectionneurs. Raison de plus pour leur montrer quelques échantillons de ce qui se faisait de mieux à cette époque.
En 1956
‘Valimar’ (Melba Hamblen, 1956)
‘Taholah’ (Jim Gibson, 1956)
‚Melodrama’ (Paul Cook, 1956)
‘Crinckled Beauty’ (Schreiner, 1956)
25.9.14
A LA MANIÈRE DE … Jules Barbey d’Aurevilly (Une vieille maîtresse)
Depuis la confession qu'il lui avait faite quelques jours auparavant, la vieille marquise de Flers se montrait plus affectueuse que jamais avec son futur gendre. Lorsque s'éteint l'anxiété, l'apaisement qui lui succède, avec la brusquerie et la violence d'un sentiment nouveau, s'accompagne d'une sorte d'euphorie très douce. Elle accueillit donc M. de Marigny avec un rien de familiarité quand il se présenta.
« Mon cher enfant, lui dit-elle dans un sourire, Hermangarde n'était pas de retour quand un commissionnaire s'est tout à l'heure présenté avec un énorme bouquet d'iris. J'ai donc été la première à pouvoir en profiter. Qu'est-ce donc que ces fleurs magnifiques que vous lui avez fait porter ?
Je me doutais bien, ma mère, que vous me poseriez cette question. Je vais devoir vous faire un nouvel aveu. Samedi dernier, en sortant d'ici, où je vous avais sans détour ouvert mon cœur, et encore tout bouleversé par ce que je venais de vous dire, je suis passé une nouvelle fois devant l'église St Philippe du Roule, dont vous savez maintenant quel rôle elle a joué dans ma destinée, et quelle importance elle tient maintenant dans ma vie. J'ai ressenti un irrésistible besoin de pénétrer de nouveau dans cet édifice et d'aller me recueillir un instant dans cette chapelle où j'avais suivi, comme vous le savez, cette Vellini qui devait devenir ma maîtresse. J'y pénétrai comme dans un rêve. Rien n'avait changé depuis ce fameux soir où je la vis agenouillée dans un éclatant rayon de soleil tombant en diagonale à travers la verrière. Mais devant la place qu'elle avait occupée, le soleil, ce soir-là, avait décoché une flèche dorée qui frappait un bouquet d'iris artistiquement disposé. Le reste de la chapelle restait dans la pénombre, et c'est le bouquet qui recevait toute la lumière. Il y avait des fleurs violettes, comme on en voit partout, mais aussi une tige d'un coloris dont la beauté et l'originalité me frappa. C'était un de ces iris dans vous avez pu voir à l'instant la couleur : un fond blanc entouré et piqueté de bleu. J'ai immédiatement pensé qu'il me fallait obtenir quelques tiges de cette admirable fleur pour les offrir à notre chère Hermangarde. Mais d'où pouvait venir cet iris ? Je fis le tour de la nef, à la recherche de quelque religieuse occupée à son ornementation à la veille du jour du Seigneur. Ce fut en vain. J'allais, désolé, sortir de l'église quand j'aperçus une toute petite sœur, de bleu vêtue, qui s'avançait en trottinant dans l'allée latérale. Je la rejoignis aussitôt et lui demandais l'origine des fleurs dont je venais de tomber amoureux. Elle m'expliqua qu'un habitué de l'église, un certain M. de Bure, apportait chaque semaine, à la saison, une gerbe d'iris provenant de ses terres proches de Paris. Elle semblait bien connaître ce paroissien amateur de fleurs et m'expliqua qu'il habitait dans le faubourg St Germain. Elle m'en donna même l'adresse, rue Hautefeuille, quand je lui eus expliqué la raison de mon insistance.
Dès lundi je me rendis chez ce monsieur. Je fus reçu avec une exquise courtoisie et cet homme aimable, au visage fin, avec le nez un peu long, mais un regard rêveur et une voix claire, se montra tout à fait accessible à ma requête. Il m'invita même à me rendre dans sa terre de Verrières le Buisson pour choisir à ma guise les fleurs dont je souhaitais faire le présent à ma bien-aimée. Dès le lendemain, donc mardi, je pris la route de Verrières en compagnie de mon ami le vicomte de Sérizy (1), que vous connaissez, et qui se pique de botanique quand il n'est pas de service dans le régiment de la garde royale.
Vous n'imaginez pas ce que nous avons découvert dans cette campagne. Une profusion d'iris tous plus beaux les uns que les autres : un kaléidoscope de couleurs magnifiques. M. de Bure sélectionne lui-même les plus belle plantes qu'il découvre parmi les semis qu'il réalise chaque année. Il donne un nom à chacun de ces iris nouveaux. C'est ainsi que celui que j'admire le plus, celui découvert à St Philippe du Roule, a été baptisé « buriensis », dans un latin de sacristie qui fait sourire mon hôte. Il me proposa de faire mon choix parmi les merveilles de son jardin et de faire porter le bouquet chez vous dès aujourd'hui.
Il est de fait, s’extasia la marquise, que ces iris sont superbes et tout à fait nouveaux. Mais figurez-vous que j'ai bien connu la mère de votre nouvel ami de Bure ! Nous étions ensemble au couvent des ursulines en 1780. Nous avons continué de nous fréquenter jusqu'à la Révolution, mais par la suite nous nous sommes perdues de vue. Et voilà qu'elle réapparaît par la personne de son fils. Les gens de qualité sont, il est vrai, assez peu nombreux à Paris et notre société est si close qu'il n'est pas possible de s'ignorer bien longtemps. Elle était l’héritière d'une fameuse maison d’édition qui existait depuis le milieu du XVIIe siècle et qui a publié ces géants de la littérature que sont Molière, Racine, La Fontaine et quelques autres. Mais je crois que la Révolution a été plus ou moins fatale à cette illustre entreprise, comme à bien d'autres d'ailleurs, qui n'ont pas survécu au cataclysme. »
Le souvenir de cette sombre période, pour cette femme du XVIIIe, rembrunit un instant son regard toujours lumineux malgré l'âge. Il est toujours douloureux, quel que soit le moment, d'évoquer un passé que le temps a idéalisé et qui ne parait jamais aussi plaisant que lorsqu'il surgit brusquement des profondeurs de l'esprit où il avait été enfoui par les ans. La marquise resta pensive quelques instants pendant lesquels Marigny se garda bien d'intervenir.
(1) clin d’œil et « cross-over ». Barbey d'Aurevilly parle du « comte de Cerizy ». J'ai préféré faire de ce personnage le « vicomte de Sérizy », que l'on rencontre chez Balzac (La Fausse Maîtresse, Un Début dans la Vie) et se situe dans le même milieu et à la même époque ! C'est plus amusant.
Illustration : Le véritable iris « buriensis » est considéré comme perdu. Voici une photo d'un Iris plicata des débuts de l'hybridation, à qui devait ressembler tout à fait « Iris buriensis ».
« Mon cher enfant, lui dit-elle dans un sourire, Hermangarde n'était pas de retour quand un commissionnaire s'est tout à l'heure présenté avec un énorme bouquet d'iris. J'ai donc été la première à pouvoir en profiter. Qu'est-ce donc que ces fleurs magnifiques que vous lui avez fait porter ?
Je me doutais bien, ma mère, que vous me poseriez cette question. Je vais devoir vous faire un nouvel aveu. Samedi dernier, en sortant d'ici, où je vous avais sans détour ouvert mon cœur, et encore tout bouleversé par ce que je venais de vous dire, je suis passé une nouvelle fois devant l'église St Philippe du Roule, dont vous savez maintenant quel rôle elle a joué dans ma destinée, et quelle importance elle tient maintenant dans ma vie. J'ai ressenti un irrésistible besoin de pénétrer de nouveau dans cet édifice et d'aller me recueillir un instant dans cette chapelle où j'avais suivi, comme vous le savez, cette Vellini qui devait devenir ma maîtresse. J'y pénétrai comme dans un rêve. Rien n'avait changé depuis ce fameux soir où je la vis agenouillée dans un éclatant rayon de soleil tombant en diagonale à travers la verrière. Mais devant la place qu'elle avait occupée, le soleil, ce soir-là, avait décoché une flèche dorée qui frappait un bouquet d'iris artistiquement disposé. Le reste de la chapelle restait dans la pénombre, et c'est le bouquet qui recevait toute la lumière. Il y avait des fleurs violettes, comme on en voit partout, mais aussi une tige d'un coloris dont la beauté et l'originalité me frappa. C'était un de ces iris dans vous avez pu voir à l'instant la couleur : un fond blanc entouré et piqueté de bleu. J'ai immédiatement pensé qu'il me fallait obtenir quelques tiges de cette admirable fleur pour les offrir à notre chère Hermangarde. Mais d'où pouvait venir cet iris ? Je fis le tour de la nef, à la recherche de quelque religieuse occupée à son ornementation à la veille du jour du Seigneur. Ce fut en vain. J'allais, désolé, sortir de l'église quand j'aperçus une toute petite sœur, de bleu vêtue, qui s'avançait en trottinant dans l'allée latérale. Je la rejoignis aussitôt et lui demandais l'origine des fleurs dont je venais de tomber amoureux. Elle m'expliqua qu'un habitué de l'église, un certain M. de Bure, apportait chaque semaine, à la saison, une gerbe d'iris provenant de ses terres proches de Paris. Elle semblait bien connaître ce paroissien amateur de fleurs et m'expliqua qu'il habitait dans le faubourg St Germain. Elle m'en donna même l'adresse, rue Hautefeuille, quand je lui eus expliqué la raison de mon insistance.
Dès lundi je me rendis chez ce monsieur. Je fus reçu avec une exquise courtoisie et cet homme aimable, au visage fin, avec le nez un peu long, mais un regard rêveur et une voix claire, se montra tout à fait accessible à ma requête. Il m'invita même à me rendre dans sa terre de Verrières le Buisson pour choisir à ma guise les fleurs dont je souhaitais faire le présent à ma bien-aimée. Dès le lendemain, donc mardi, je pris la route de Verrières en compagnie de mon ami le vicomte de Sérizy (1), que vous connaissez, et qui se pique de botanique quand il n'est pas de service dans le régiment de la garde royale.
Vous n'imaginez pas ce que nous avons découvert dans cette campagne. Une profusion d'iris tous plus beaux les uns que les autres : un kaléidoscope de couleurs magnifiques. M. de Bure sélectionne lui-même les plus belle plantes qu'il découvre parmi les semis qu'il réalise chaque année. Il donne un nom à chacun de ces iris nouveaux. C'est ainsi que celui que j'admire le plus, celui découvert à St Philippe du Roule, a été baptisé « buriensis », dans un latin de sacristie qui fait sourire mon hôte. Il me proposa de faire mon choix parmi les merveilles de son jardin et de faire porter le bouquet chez vous dès aujourd'hui.
Il est de fait, s’extasia la marquise, que ces iris sont superbes et tout à fait nouveaux. Mais figurez-vous que j'ai bien connu la mère de votre nouvel ami de Bure ! Nous étions ensemble au couvent des ursulines en 1780. Nous avons continué de nous fréquenter jusqu'à la Révolution, mais par la suite nous nous sommes perdues de vue. Et voilà qu'elle réapparaît par la personne de son fils. Les gens de qualité sont, il est vrai, assez peu nombreux à Paris et notre société est si close qu'il n'est pas possible de s'ignorer bien longtemps. Elle était l’héritière d'une fameuse maison d’édition qui existait depuis le milieu du XVIIe siècle et qui a publié ces géants de la littérature que sont Molière, Racine, La Fontaine et quelques autres. Mais je crois que la Révolution a été plus ou moins fatale à cette illustre entreprise, comme à bien d'autres d'ailleurs, qui n'ont pas survécu au cataclysme. »
Le souvenir de cette sombre période, pour cette femme du XVIIIe, rembrunit un instant son regard toujours lumineux malgré l'âge. Il est toujours douloureux, quel que soit le moment, d'évoquer un passé que le temps a idéalisé et qui ne parait jamais aussi plaisant que lorsqu'il surgit brusquement des profondeurs de l'esprit où il avait été enfoui par les ans. La marquise resta pensive quelques instants pendant lesquels Marigny se garda bien d'intervenir.
(1) clin d’œil et « cross-over ». Barbey d'Aurevilly parle du « comte de Cerizy ». J'ai préféré faire de ce personnage le « vicomte de Sérizy », que l'on rencontre chez Balzac (La Fausse Maîtresse, Un Début dans la Vie) et se situe dans le même milieu et à la même époque ! C'est plus amusant.
Illustration : Le véritable iris « buriensis » est considéré comme perdu. Voici une photo d'un Iris plicata des débuts de l'hybridation, à qui devait ressembler tout à fait « Iris buriensis ».
19.9.14
IRIS ET BABY BOOM
Les fifties
Les années 1950 furent une période primordiale de l’iridophilie. Beaucoup de ce que nous connaissons aujourd’hui est apparu pendant ces dix années. Elles sont un peu loin, maintenant pour les jeunes collectionneurs. Raison de plus pour leur montrer quelques échantillons de ce qui se faisait de mieux à cette époque.
Nous voilà à mi-chemin : 1955
‘Tom-Tom’ (Tom Craig, 1955)
‘Tall Chief’ (Fred DeForest, 1955)
‘Irma Melrose’ (Fred DeForest, 1955)
‘Galilee’ (Orville Fay, 1955)
Les années 1950 furent une période primordiale de l’iridophilie. Beaucoup de ce que nous connaissons aujourd’hui est apparu pendant ces dix années. Elles sont un peu loin, maintenant pour les jeunes collectionneurs. Raison de plus pour leur montrer quelques échantillons de ce qui se faisait de mieux à cette époque.
‘Tom-Tom’ (Tom Craig, 1955)
‘Tall Chief’ (Fred DeForest, 1955)
‘Irma Melrose’ (Fred DeForest, 1955)
‘Galilee’ (Orville Fay, 1955)
PHOTOGRAPHIES
Ce blog a beaucoup gagné en agrément le jour où j'ai pu (et su) ajouter des illustrations au texte. Il est en effet difficile de parler d'une fleur sans la voir. De plus effectuer une comparaison entre deux variétés est resté impossible tant que les photos de l'une et de l'autre ne pouvaient pas être présentées simultanément. Même chose quand il s'agit de mettre côte à côte un cultivar et ses deux parents. Il faut donc des photos pour rendre agréables les textes publiés ici. Mais trouver de bonnes photos a été longtemps difficile et encore aujourd'hui il faut souvent se lever de bonne heure pour découvrir un cliché présentable d'un iris ancien.
Je ne vais pas répéter une fois de plus comment il faut s'y prendre pour faire une bonne photo, je vais plutôt me contenter de dire ce que je considère comme une photo réussie, du moins du point de vue de celui qui souhaite une image correspondant au but recherché : illustrer un article traitant d'un sujet concernant une ou plusieurs variétés d'iris. Voici donc une sorte de cahier des charges à l'usage des photographes.
La qualité principale de la photo souhaitée est qu'elle soit tout à fait représentative de la variété dont on parle. Il faut qu'elle soit d'une grande netteté de façon que tous les traits dont il va être question dans l'article soient visibles. Il faut que la ou les couleurs de la fleur soient honnêtes : pas de contrastes exagérés, pas de teintes sursaturées. La fleur doit être immédiatement reconnaissable. Car dans ce blog il ne s'agit pas de faire la promotion de tel ou tel nouveau produit, en trichant un peu sur le coloris, mais de représenter l'exacte vérité. Or je constate que de nombreuses photos sont exagérément retouchées, ce qui les élimine d'office de mes choix.
Un autre point très important est que la fleur soit présentée sous son meilleur jour. Pas de cliché pris trop tôt après l'éclosion de la fleur – celle-ci n'est pas alors totalement épanouie, les pétales, notamment, n'ont pas atteint leur développement parfait - ; pas de fleur photographiée en fin de vie, quand les pétales commencent à s'effondrer ou à s'écarter de façon déplaisante, et que les couleurs se fanent ; pas de photos de fleurs surchargées de gouttes de pluie – quelques traces de rosée sont très photogéniques, mais de grosses gouttes alourdissent les tépales et les déforment ; pas de fleurs s’imbriquant les unes dans les autres ou se superposant de sorte qu'on ne distingue plus à laquelle appartiennent tel ou tel élément ; pas de corolles plus ou moins masquées par un amas de feuilles...
Je fais très attention à ce que l'on voit autour de la fleur elle-même. Un fond composé de mulch grisâtre, le passage d'une conduite d'eau d'arrosage, la présence d'une étiquette nominative voyante, la tige d'un tuteur au premier plan, sont des éléments qui enlaidissent le cliché, de même que l'apparition d’éléments parasites comme un outil de jardinage, un véhicule ou des personnes à l'arrière-plan.. Dans un ordre d'idée voisin je veille à ce que le sujet de la photo soit correctement mis en valeur grâce, par exemple un fond sombre pour une fleur claire ou clair pour une fleur sombre ; je recherche des clichés qui évitent la superposition de couleurs voisines dans l'entourage immédiat du sujet. Enfin, pour l'usage que j'en fait, je préfère des gros plans et non des photos où le sujet se perd dans son environnement. Mais il ne faut pas non plus que le gros plan soit artificiel et que, par exemple, lorsque la fleur n'est plus sur pied, on aperçoive les doigts de la personne qui la tient !
Il est bien préférable que la photo soit prise à l'extérieur, par un temps pas trop ensoleillé, mais suffisamment clair pour que le flash ne se déclenche pas : celui-ci écrase les contours et modifie totalement les couleurs. Un ensoleillement un peu trop vif créera des ombres qui, sur un cliché d'art, peuvent être très jolies, mais qui, sur un cliché à fondement descriptif, nuisent à l'appréciation des coloris. A l'inverse une photo crépusculaire ne rendra pas justice aux teintes de la fleur.
Parmi les amateurs d'iris il existe un assez grand nombre de photographes qui publient des images de grande qualité. Je me suis constitué une photothèque que j'améliore chaque jour au gré des clichés que je trouve sur Internet parmi ceux que publient les artistes (je puis bien les désigner ainsi) qui m'ont donné l'autorisation de reproduire leurs photos. Ce qui me fait le plus défaut, ce sont des images correctes de variétés de la « période classique (1950/1970) », car ce ne sont plus celles que l'on photographie actuellement et les anciennes photos argentiques, une fois transformées en images virtuelles, ne sont pas fameuses.
Pour donner une idée des photos que je recherche, voici quatre réalisations prises parmi celles que je trouve des plus réussies.
'Chloé Ransom' par Lawrence Ransom ;
'Top Gun' par Christine Cosi
'Face of an Angel' par Kent Pfeiffer
'Fallalery' par Betty Jacobs
Je ne vais pas répéter une fois de plus comment il faut s'y prendre pour faire une bonne photo, je vais plutôt me contenter de dire ce que je considère comme une photo réussie, du moins du point de vue de celui qui souhaite une image correspondant au but recherché : illustrer un article traitant d'un sujet concernant une ou plusieurs variétés d'iris. Voici donc une sorte de cahier des charges à l'usage des photographes.
La qualité principale de la photo souhaitée est qu'elle soit tout à fait représentative de la variété dont on parle. Il faut qu'elle soit d'une grande netteté de façon que tous les traits dont il va être question dans l'article soient visibles. Il faut que la ou les couleurs de la fleur soient honnêtes : pas de contrastes exagérés, pas de teintes sursaturées. La fleur doit être immédiatement reconnaissable. Car dans ce blog il ne s'agit pas de faire la promotion de tel ou tel nouveau produit, en trichant un peu sur le coloris, mais de représenter l'exacte vérité. Or je constate que de nombreuses photos sont exagérément retouchées, ce qui les élimine d'office de mes choix.
Un autre point très important est que la fleur soit présentée sous son meilleur jour. Pas de cliché pris trop tôt après l'éclosion de la fleur – celle-ci n'est pas alors totalement épanouie, les pétales, notamment, n'ont pas atteint leur développement parfait - ; pas de fleur photographiée en fin de vie, quand les pétales commencent à s'effondrer ou à s'écarter de façon déplaisante, et que les couleurs se fanent ; pas de photos de fleurs surchargées de gouttes de pluie – quelques traces de rosée sont très photogéniques, mais de grosses gouttes alourdissent les tépales et les déforment ; pas de fleurs s’imbriquant les unes dans les autres ou se superposant de sorte qu'on ne distingue plus à laquelle appartiennent tel ou tel élément ; pas de corolles plus ou moins masquées par un amas de feuilles...
Je fais très attention à ce que l'on voit autour de la fleur elle-même. Un fond composé de mulch grisâtre, le passage d'une conduite d'eau d'arrosage, la présence d'une étiquette nominative voyante, la tige d'un tuteur au premier plan, sont des éléments qui enlaidissent le cliché, de même que l'apparition d’éléments parasites comme un outil de jardinage, un véhicule ou des personnes à l'arrière-plan.. Dans un ordre d'idée voisin je veille à ce que le sujet de la photo soit correctement mis en valeur grâce, par exemple un fond sombre pour une fleur claire ou clair pour une fleur sombre ; je recherche des clichés qui évitent la superposition de couleurs voisines dans l'entourage immédiat du sujet. Enfin, pour l'usage que j'en fait, je préfère des gros plans et non des photos où le sujet se perd dans son environnement. Mais il ne faut pas non plus que le gros plan soit artificiel et que, par exemple, lorsque la fleur n'est plus sur pied, on aperçoive les doigts de la personne qui la tient !
Il est bien préférable que la photo soit prise à l'extérieur, par un temps pas trop ensoleillé, mais suffisamment clair pour que le flash ne se déclenche pas : celui-ci écrase les contours et modifie totalement les couleurs. Un ensoleillement un peu trop vif créera des ombres qui, sur un cliché d'art, peuvent être très jolies, mais qui, sur un cliché à fondement descriptif, nuisent à l'appréciation des coloris. A l'inverse une photo crépusculaire ne rendra pas justice aux teintes de la fleur.
Parmi les amateurs d'iris il existe un assez grand nombre de photographes qui publient des images de grande qualité. Je me suis constitué une photothèque que j'améliore chaque jour au gré des clichés que je trouve sur Internet parmi ceux que publient les artistes (je puis bien les désigner ainsi) qui m'ont donné l'autorisation de reproduire leurs photos. Ce qui me fait le plus défaut, ce sont des images correctes de variétés de la « période classique (1950/1970) », car ce ne sont plus celles que l'on photographie actuellement et les anciennes photos argentiques, une fois transformées en images virtuelles, ne sont pas fameuses.
Pour donner une idée des photos que je recherche, voici quatre réalisations prises parmi celles que je trouve des plus réussies.
'Chloé Ransom' par Lawrence Ransom ;
'Top Gun' par Christine Cosi
'Face of an Angel' par Kent Pfeiffer
'Fallalery' par Betty Jacobs
12.9.14
ECHOS DU MONDE DES IRIS
Florence : Le Concours reprend !
Anne Barbetti, une personne bien connue du monde des iris, a été désignée cette année pour diriger le fameux « Concorso Firenze ». Celui-ci, interrompu pour l'année 2015, reprendra à partir de la saison 2016. La compétition de ce printemps-là se déroulera dans des conditions qui ne m'ont pas été précisées, mais, vraisemblablement à base de variétés italiennes. Le concours revivra « normalement » à partir de 2017.
C'est une information qui réjouira tous les amateurs d'iris et particulièrement les hybrideurs, d'où qu'ils viennent, qui auront l'occasion de se mesurer et de jauger leurs progrès. Il serait important – j'allais dire primordial – que des obtenteurs français, aussi nombreux que possible, envoient leurs meilleures variétés à Florence.
Pour tous renseignements, interroger Anne Barbetti (elle parle anglais et italien, et aussi un peu français) à l'adresse suivante : anne.barbetti@gmail.com .
Anne Barbetti, une personne bien connue du monde des iris, a été désignée cette année pour diriger le fameux « Concorso Firenze ». Celui-ci, interrompu pour l'année 2015, reprendra à partir de la saison 2016. La compétition de ce printemps-là se déroulera dans des conditions qui ne m'ont pas été précisées, mais, vraisemblablement à base de variétés italiennes. Le concours revivra « normalement » à partir de 2017.
C'est une information qui réjouira tous les amateurs d'iris et particulièrement les hybrideurs, d'où qu'ils viennent, qui auront l'occasion de se mesurer et de jauger leurs progrès. Il serait important – j'allais dire primordial – que des obtenteurs français, aussi nombreux que possible, envoient leurs meilleures variétés à Florence.
Pour tous renseignements, interroger Anne Barbetti (elle parle anglais et italien, et aussi un peu français) à l'adresse suivante : anne.barbetti@gmail.com .
IRIS ET BABY BOOM
Les fifties
Les années 1950 furent une période primordiale de l’iridophilie. Beaucoup de ce que nous connaissons aujourd’hui est apparu pendant ces dix années. Elles sont un peu loin, maintenant pour les jeunes collectionneurs. Raison de plus pour leur montrer quelques échantillons de ce qui se faisait de mieux à cette époque.
1954.
‘Melissa’ (Georgia Hinckle, 1954)
‘Harbor Blue’ (Schreiner, 1954) ‚
Golden Crown’ (R. E. Kleinsorge, 1954)
‘Bazaar’ (Schreiner, 1954)
Les années 1950 furent une période primordiale de l’iridophilie. Beaucoup de ce que nous connaissons aujourd’hui est apparu pendant ces dix années. Elles sont un peu loin, maintenant pour les jeunes collectionneurs. Raison de plus pour leur montrer quelques échantillons de ce qui se faisait de mieux à cette époque.
1954.
‘Melissa’ (Georgia Hinckle, 1954)
‘Harbor Blue’ (Schreiner, 1954) ‚
Golden Crown’ (R. E. Kleinsorge, 1954)
‘Bazaar’ (Schreiner, 1954)
ROSES DE FRANCE
Les iris roses semblent être les préférés des Français. Du moins cela ressortait-il d'une enquête que j'ai menée il y a une dizaine d'année pour le revue « Iris et Bulbeuses ». Depuis, bien des choses se sont produites et il est possible qu'un nouveau sondage fasse apparaître de nouvelles préférences. Un de ces événements nouveaux survenus ces dernières années a été l'explosion du nombre des enregistrements d'iris obtenus par des hybrideurs français. Ce phénomène tout à fait réjouissant, a mis sur le marché une quantité de nouvelles variétés, bien hexagonales, dont beaucoup de fleurs roses, ce qui tendrait à prouver que les iris roses continuent d'avoir du succès. J'ai voulu savoir si des liens particuliers réunissaient ces diverses variétés provenant de toutes les régions et émanant de gens qui n'avaient pas forcément de relations entre eux.
L'histoire a commencé avec Jean Cayeux. Ce qui pourrait être son premier iris rose a été le très connu 'Madame François Debat' (1957). Très banalement, cette variété provient d'un iris jaune primevère, 'Bellerive' (Clifford Benson, 1949). Elle n'a pas de descendance connue. Elle a été suivie trois ans plus tard par 'Dentelle Rose' (1960), un cultivar d'un rose très pâle, qui fait très « oldies » maintenant. Sa descendance est amusante : deux variétés anecdotiques obtenues en Belgique au début de années 1990, et 'Encore Un', un BB de Monique Anfosso, en 1985. 'Nuage Rose' est aussi un produit de Jean Cayeux, en 1978. Il est décrit comme : « Unicolore rose léger, barbes rose-rouge », et provient de 'Pink Taffeta' (Nate Rudolph, 1965), le triomphateur de la Médaille de Dykes en 1975, utilisé maintes fois en hybridation ('Alizés, 'Cherub's Smile', 'Pink Sleigh', 'Vanity'...), et parent d'un grand nombre de variétés roses. 'Hélène C.' (1974) est encore un semis de Jean Cayeux, plus rouge magenta que rose, mais qui a une descendance rose dont on va parler un peu plus loin.
'La Belle Aude', est une obtention de Jean Ségui, en 1982. Il descend du rose le plus soutenu de son époque, 'One Desire' (Shoop, 1960). Il a connu une carrière commerciale flatteuse et se trouve toujours dans beaucoup de nos jardins, mais n'a pas inspiré les hybrideurs. Jean Ségui a aussi enregistré 'Aïda Rose', en 1988, qui descend de 'Princess' (1971), l'un des premiers roses de Joseph Gatty.
La génération d'hybrideurs suivante est celle de la famille Anfosso, une famille qui n'a pas négligé les iris roses. Cela a commencé en 1989, avec la sortie de 'Ah, ça Ira' (Pierre Anfosso) et de 'Carmagnole' (Laure Anfosso). La couleur de base provient, pour le premier, de 'Entourage' (Ghio, 1975), et de 'Beverly Sills' (Hager, 1978) pour le second. Même si le rose n'est pas le domaine de prédilection de la famille Anfosso, trois autres variétés vont apparaître : 'Riviera Stop' (Pierre Anfosso, 1990), une très jolie fleur, 'Flûte Enchantée' (Laure Anfosso, 1991), frère de semis de 'Carmagnole', puis 'Paris-Paris' (Pierre-Christian Anfosso, 1995), issu de Pink Sleigh X Paradise. Ce 'Paradise' (1979) est un nouveau rose de Gatty dont le 'Princess' a été évoqué ci-dessus.
C'est au tour de Richard Cayeux d'entrer en scène. Il aborde le domaine des roses avec 'Starlette Rose' (1996), fils de 'Playgirl' (Gatty, 1975). Il enregistre l'année suivante 'Buisson de Roses' (1997), enfant de 'Paradise' déjà cité, et de 'Hélène C.' 'La Vie en Rose' (1999) vient ensuite. Un nouvel iris de Gatty fait avec lui son apparition dans le panel des parents : 'Eden' (1982), associé à 'Hélène C.' 'Succès Fou' (2000) associe un frère de semis de 'Buisson de Roses' et 'Coming Up Roses' (Gatty, 1991).
Dans le même temps, Lawrence Ransom, franc-tireur particulièrement talentueux, propose 'Desiris' (1994), enfant de 'Beverly Sills', qui sera le parent femelle de 'Sensuelle' (2000) et de 'Gladys Clarke' (2000), deux iris à la limite du rose et du pêche.
Il faut quitter à présent le cercle des « professionnels » pour aller vers celui des « amateurs ». A commencer par Gérard Madoré. Le rose est, avec l'orange, la couleur favorite de l'obtenteur breton. Il a produit une dizaine de variétés, pas toutes enregistrées malheureusement, qui découlent de la sûreté de son goût et de son art des croisements. Pour ne pas surcharger cet article je n'en citerai que quatre : 'Ploumanac'h' (2005), particulièrement réussi, 'Poul-Fetan' (NR, circa 2005), rose pur, 'Rostudel' (NR, circa 2005) et mon préféré 'Rosmalo' (2007), rose clair à barbes blanches, descendant de 'Buisson de Roses'.
Isolé dans ses Cévennes, Clément Murati travaille sans contacts avec ses confrères. Il a enregistré quatre variétés roses dont on ne sait pas grand chose, faute d'avoir pu les observer : 'Rêve en Rose' (2008), 'Rose d'Arphy' (2008), 'Danse Ballerine' (2011) et 'Just for Me' (2012).
Dans la production de Rose-Linda Vasquez-Poupin, l'autodidacte provençale, j'ai relevé deux iris roses : 'Nacré' (2009), plutôt beige rosé, et 'Orane' (2009) bien rose, celui-ci, issu de 'La Vie en Rose'.
Pour en finir avec le sujet, revenons chez Richard Cayeux pour jeter un œil sur ses derniers cultivars roses. 'Je l'Adore' (2006), de 'Buisson de Roses', et 'Sandro' (2007) sont un peu passés inaperçus, 'Caprice de Star' (2011) rassemble deux grands roses archi-connus : 'Happenstance' et 'La Vie en Rose' ; 'Subtilité' (2014) vient de faire son apparition.
Peut-on tirer un enseignement quelconque de toute cette liste de roses français ? Oui. On note en effet une présence dominante des variétés roses de Joseph Gatty. Il faut dire que celles-ci sont devenues des classiques appréciés partout dans le monde et abondamment utilisés en hybridation. Les confrères de Richard Cayeux ont utilisé avec succès ses splendides roses des années 1990. Ils ont été bien inspirés.
D'autres roses viendront. Il y a tant maintenant d'hybrideurs dans notre pays qu'on peut s'attendre à découvrir bien des merveilles.
Illustrations :
'Flûte Enchantée'
'Buisson de Roses'
'Desiris'
'Rosmalo'
L'histoire a commencé avec Jean Cayeux. Ce qui pourrait être son premier iris rose a été le très connu 'Madame François Debat' (1957). Très banalement, cette variété provient d'un iris jaune primevère, 'Bellerive' (Clifford Benson, 1949). Elle n'a pas de descendance connue. Elle a été suivie trois ans plus tard par 'Dentelle Rose' (1960), un cultivar d'un rose très pâle, qui fait très « oldies » maintenant. Sa descendance est amusante : deux variétés anecdotiques obtenues en Belgique au début de années 1990, et 'Encore Un', un BB de Monique Anfosso, en 1985. 'Nuage Rose' est aussi un produit de Jean Cayeux, en 1978. Il est décrit comme : « Unicolore rose léger, barbes rose-rouge », et provient de 'Pink Taffeta' (Nate Rudolph, 1965), le triomphateur de la Médaille de Dykes en 1975, utilisé maintes fois en hybridation ('Alizés, 'Cherub's Smile', 'Pink Sleigh', 'Vanity'...), et parent d'un grand nombre de variétés roses. 'Hélène C.' (1974) est encore un semis de Jean Cayeux, plus rouge magenta que rose, mais qui a une descendance rose dont on va parler un peu plus loin.
'La Belle Aude', est une obtention de Jean Ségui, en 1982. Il descend du rose le plus soutenu de son époque, 'One Desire' (Shoop, 1960). Il a connu une carrière commerciale flatteuse et se trouve toujours dans beaucoup de nos jardins, mais n'a pas inspiré les hybrideurs. Jean Ségui a aussi enregistré 'Aïda Rose', en 1988, qui descend de 'Princess' (1971), l'un des premiers roses de Joseph Gatty.
La génération d'hybrideurs suivante est celle de la famille Anfosso, une famille qui n'a pas négligé les iris roses. Cela a commencé en 1989, avec la sortie de 'Ah, ça Ira' (Pierre Anfosso) et de 'Carmagnole' (Laure Anfosso). La couleur de base provient, pour le premier, de 'Entourage' (Ghio, 1975), et de 'Beverly Sills' (Hager, 1978) pour le second. Même si le rose n'est pas le domaine de prédilection de la famille Anfosso, trois autres variétés vont apparaître : 'Riviera Stop' (Pierre Anfosso, 1990), une très jolie fleur, 'Flûte Enchantée' (Laure Anfosso, 1991), frère de semis de 'Carmagnole', puis 'Paris-Paris' (Pierre-Christian Anfosso, 1995), issu de Pink Sleigh X Paradise. Ce 'Paradise' (1979) est un nouveau rose de Gatty dont le 'Princess' a été évoqué ci-dessus.
C'est au tour de Richard Cayeux d'entrer en scène. Il aborde le domaine des roses avec 'Starlette Rose' (1996), fils de 'Playgirl' (Gatty, 1975). Il enregistre l'année suivante 'Buisson de Roses' (1997), enfant de 'Paradise' déjà cité, et de 'Hélène C.' 'La Vie en Rose' (1999) vient ensuite. Un nouvel iris de Gatty fait avec lui son apparition dans le panel des parents : 'Eden' (1982), associé à 'Hélène C.' 'Succès Fou' (2000) associe un frère de semis de 'Buisson de Roses' et 'Coming Up Roses' (Gatty, 1991).
Dans le même temps, Lawrence Ransom, franc-tireur particulièrement talentueux, propose 'Desiris' (1994), enfant de 'Beverly Sills', qui sera le parent femelle de 'Sensuelle' (2000) et de 'Gladys Clarke' (2000), deux iris à la limite du rose et du pêche.
Il faut quitter à présent le cercle des « professionnels » pour aller vers celui des « amateurs ». A commencer par Gérard Madoré. Le rose est, avec l'orange, la couleur favorite de l'obtenteur breton. Il a produit une dizaine de variétés, pas toutes enregistrées malheureusement, qui découlent de la sûreté de son goût et de son art des croisements. Pour ne pas surcharger cet article je n'en citerai que quatre : 'Ploumanac'h' (2005), particulièrement réussi, 'Poul-Fetan' (NR, circa 2005), rose pur, 'Rostudel' (NR, circa 2005) et mon préféré 'Rosmalo' (2007), rose clair à barbes blanches, descendant de 'Buisson de Roses'.
Isolé dans ses Cévennes, Clément Murati travaille sans contacts avec ses confrères. Il a enregistré quatre variétés roses dont on ne sait pas grand chose, faute d'avoir pu les observer : 'Rêve en Rose' (2008), 'Rose d'Arphy' (2008), 'Danse Ballerine' (2011) et 'Just for Me' (2012).
Dans la production de Rose-Linda Vasquez-Poupin, l'autodidacte provençale, j'ai relevé deux iris roses : 'Nacré' (2009), plutôt beige rosé, et 'Orane' (2009) bien rose, celui-ci, issu de 'La Vie en Rose'.
Pour en finir avec le sujet, revenons chez Richard Cayeux pour jeter un œil sur ses derniers cultivars roses. 'Je l'Adore' (2006), de 'Buisson de Roses', et 'Sandro' (2007) sont un peu passés inaperçus, 'Caprice de Star' (2011) rassemble deux grands roses archi-connus : 'Happenstance' et 'La Vie en Rose' ; 'Subtilité' (2014) vient de faire son apparition.
Peut-on tirer un enseignement quelconque de toute cette liste de roses français ? Oui. On note en effet une présence dominante des variétés roses de Joseph Gatty. Il faut dire que celles-ci sont devenues des classiques appréciés partout dans le monde et abondamment utilisés en hybridation. Les confrères de Richard Cayeux ont utilisé avec succès ses splendides roses des années 1990. Ils ont été bien inspirés.
D'autres roses viendront. Il y a tant maintenant d'hybrideurs dans notre pays qu'on peut s'attendre à découvrir bien des merveilles.
Illustrations :
'Flûte Enchantée'
'Buisson de Roses'
'Desiris'
'Rosmalo'
6.9.14
EDITH WOLFORD ET COMPAGNIE
Il a déjà été question ici de 'Edith Wolford'. C'était en 2008 et la chronique concernait la nombreuse descendance de cette intéressante variété. Cette fois, plutôt qu'à 'Edith Wolford' proprement dit, nous nous pencherons sur l'association du jaune et du bleu qui en est le signe particulier, sur les origines de cette association de couleur et sur les variétés qui en sont les porte-drapeau.
‘Edith Wolford’ (Hager, 1986) est un des plus beaux variegatas qu’on puisse trouver. Il se présente avec des pétales jaune citron infus de mauve au cœur, au-dessus de sépales indigo soutenu bordés plus clair et marqués de brun aux épaules, et enrichis d’une barbe moutarde. La forme est classique, mais sans reproche, et la robustesse au-dessus de tout éloge. Sa particularité c'est qu'il ne se présente pas en jaune et brun-rouge, comme la majorité des variegatas, mais, comme on vient de le voir, en jaune et bleu. Son pedigree est tout simple : (Merry Madrigal x Freedom Road). C'est à 'Tambourine' (Babson, 1969) que l'on doit, apparemment, l'origine du rapport jaune/bleu, et ce 'Tambourine', en amont duquel on n'a guère de renseignements, a notamment pour descendants le tendre 'Swedish Modern' (Babson 76), et son cousin 'Merry Madrigal' (Babson 82). Ce 'Merry Madrigal' est à la base de quelques grandes variétés jaune/bleu, dont le très pâle 'Strato-cumulus' (Burseen, 1991) et le plus vif 'Becky's Bonnet' (Lemmer, 95), sans compter la série obtenue par Rick Ernst en croisant 'Merry Madrigal' et notre 'Edith Wolford'.Quant à 'Freedom Road' (Plough 77), qui est lui aussi un variegata jaune /bleu, son pedigree est intéressant : il est le fils de 'Guitar Country' (Plough 71), jaune moutarde / prune, et le petit-fils de 'Milestone' (Plough 65), jaune beurre / pourpre, qui est lui-même l’aboutissement d’un croisement entre un iris jaune, 'Rainbow Gold', et un amoena, 'Whole Cloth'.
'Swedish Modern' (Babson, 1976) aurait pu être une autre source de variegatas jaune/bleu, mais cela n'a guère été le cas puisque parmi ses descendants, peu nombreux au demeurant, on ne trouve dans ce coloris que 'Dixie Road' (Reinke, 2001), totalement inconnu, et 'Swedish Delight' (Hill, 1998) qui provient aussi, du côté masculin, de 'Edith Wolford'.
Une autre origine de variegatas jaune/bleu se trouve chez 'Betty Simon' (Hamblen, 1975). Cette variété très répandue est issue d'un croisement entre 'Misty Dawn' (Hamblen, 1972), rose/mauve, et 'Foggy Dew' (Keppel, 1969), plicata violet pâle. Elle a engendré quelques variétés du même modèle qu'elle, dont 'Glitz n' Glitter' (P. Black, 1987) et 'Ragtime' (Hamblen, 1982).
A partir de ce panel de géniteurs, et surtout à partir de 'Edith Wolford', il faut le reconnaître, on dispose aujourd'hui d'un nombre considérable de variegatas jaune/bleu, dans une infinité de variantes. Ce modèle est devenu fort courant, pour ne pas dire commun, mais ce n'est pas à regretter car il s'agit d'une association ravissante , très appréciée des collectionneurs comme des simples amoureux des iris. Pour donner des exemples, à travers tout le monde des iris, je citerai 'Emanations' (Jameson – USA- , 1995), 'Tumultueux' (R. Cayeux -France - , 1995), 'Plauen' (Landgraf – Allemagne- , 2007), 'Recondita Armonia' (Bertuzzi – Italie - ,2007), 'Outback Dawn' (Stribley – Australie - ,2007), 'Skandia' (Piatek – Pologne - , 2014) et 'Yellow Submarine' (Loktev – Russie- , 2008). C'est bien la preuve que ce modèle est devenu universel.
Illustrations :
° Becky's Bonnet
° 'Swedish Delight'
° 'Emanations'
° 'Skandia'
IRIS ET BABY BOOM
Les fifties
Les années 1950 furent une période primordiale de l’iridophilie. Beaucoup de ce que nous connaissons aujourd’hui est apparu pendant ces dix années. Elles sont un peu loin, maintenant pour les jeunes collectionneurs. Raison de plus pour leur montrer quelques échantillons de ce qui se faisait de mieux à cette époque.
1953.
‘Almond Blossom’ (Tom Craig, 1953)
‘Blue Sapphire’ (Schreiner, 1953) ‚
'Elisabeth Noble’ (Kenneth Smith, 1953) ‚
'Swan Ballet’ (Muhlestien, 1953)
Les années 1950 furent une période primordiale de l’iridophilie. Beaucoup de ce que nous connaissons aujourd’hui est apparu pendant ces dix années. Elles sont un peu loin, maintenant pour les jeunes collectionneurs. Raison de plus pour leur montrer quelques échantillons de ce qui se faisait de mieux à cette époque.
1953.
‘Almond Blossom’ (Tom Craig, 1953)
‘Blue Sapphire’ (Schreiner, 1953) ‚
'Elisabeth Noble’ (Kenneth Smith, 1953) ‚
'Swan Ballet’ (Muhlestien, 1953)
LE PARFUM DE LA GLOIRE
Interview de Keith Keppel
Keith Keppel, le célèbre obtenteur américain, a bien voulu répondre à quelques questions que je lui ai posées, à propos de sa prodigieuse carrière d'hybrideur et de ses triomphes dans la course aux honneurs américaine. Voici cette interview.
1) Pouvez-vous décrire ce que vous avez ressenti quand 'Babbling Brook' à remporté la Médaille de Dykes en 1972 ?
Une extrême allégresse.
2) Si vous deviez recevoir une nouvelle médaille, le ressenti serait-il le même ?
Une allégresse plus légère.Quand vous avez faim, est-ce que le sixième bol(1) de crème glacée est aussi bon que le premier ? (Ou bien un nouvel amour est-il aussi intense que le premier?) Quand vous vieillissez tous les sens s'émoussent, et ce qui pourrait être de la plus haute importance n'est plus aussi important. Une nouvelle médaille, ce serait bien, mais avec ou sans elle la vie continue... au moins pour un moment !
3) Pourquoi une aussi longue période entre la première et la seconde médaille (2) ?
Peut-être en partie parce que je travaillais sur les plicatas. Les plicatas, surtout ceux avec les fonds colorés (pas blancs), n'étaient pas à cette époque bien adaptés à tous les climats, de sorte qu'ils ne recevaient pas assez de votes en provenance de tous les coins du pays.
4) Pourquoi vos variétés actuelles ont-elles tant de succès ?
J'incline à penser que la plupart d'entre elles poussent bien un peu partout. Les ondulations sont très populaires. (Il est intéressant de constater que des gens se plaignent de ce que mes plantes sont trop ondulées et que je devrais m'orienter vers des variétés plus lisses. Mais les iris sans ondulations ne se vendent pas, même à ceux qui se plaignent !) La dynamique des introductions d'iris a changé du tout au tout depuis soixante ans et plus que je cultive des iris. Au début, les meilleurs hybrideurs (Cook, Fay, Hall...) introduisaient peu-être deux ou trois nouveaux iris chaque année. Maintenant de nombreux obtenteurs en proposent dix, vingt ou plus. C'est vrai que maintenant il y a davantage de couleurs et de modèles, et davantage de chances de produire un iris intéressant, mais cela veut dire aussi qu'il y a un nombre incroyable d'iris à apprécier par les juges au moment d'attribuer les récompenses. Pour la HM (Honorable Mention), le premier niveau après l'introduction, les juges ont plus de 800 variétés, rien que de grands iris, à prendre en considération. Pas un ne peut voir plus d'une petite portion du nombre total, de sorte que les variétés qui reçoivent la meilleure distribution ont le plus de possibilités d'être vues et de recevoir un vote. J'ai la chance d'avoir été sur le marché pendant tant d'années que, en plus des plantes que j'envoie de tous les côtés du pays, beaucoup d'autres vendeurs proposent mes variétés. Je suis particulièrement gâté qu'elles soient en vente dans les catalogues en couleur les plus réputés, comme Schreiner's et Mid-America. Je suis certain qu'il y a d'autres iris sur le marché qui sont aussi bons, voire meilleurs que les miens, mais n'ont pas une aussi bonne distribution et de ce fait n'obtiennent pas assez de votes pour obtenir des récompenses. La vie n'est pas toujours rose !
5) A propos de bonne ou de mauvaise distribution, pourquoi, d'après vous, un hybrideur comme Rick Ernst a-t-il obtenu aussi peu de reconnaissance ?
Pourtant ses iris étaient bien distribués... Je ne suis pas sûr d'avoir la réponse. Ses iris poussaient bien, Cooley's Gardens avaient un catalogue en couleur et les plantes étaient bien commercialisées... mais... ? Une critique que j'ai entendue était que trop de variétés se ressemblaient. Peut-être que ces similitudes ont entraîné une dispersion des votes, et par conséquent, pour chaque variété, un gain de voix insuffisant pour obtenir une récompense. Avec ses nombreuses années d'hybridation et son grand nombre de bonnes variétés, il aurait du obtenir la Hybrider's Medal de l'AIS. Mais cela ne s'est pas produit. Je pense qu'il l'aurait sans doute reçue, mais il est mort prématurément – et la médaille n'est pas attribuée à titre posthume. C'est une malheureuse affaire.
6) Pour conclure ?
A cette étape de ma vie, ce qui est le plus important c'est de faire ce que j'aime plutôt que de m'inquiéter à propos des récompenses. Ma plus grande joie est de cultiver les fleurs, sélectionnant ce que j'aime, et de continuer vers la génération suivante pour voir ce qui va se produire... avec ou sans récompense officielle.
C'est toute la sagesse d'un homme comblé par la vie professionnelle, qui a conservé tout son enthousiasme et toute sa foi dans ce qu'il fait.
(1) K. Keppel a reçu cinq DM. pour : - 'Babbling Brook' - 'Crowned Heads' - 'Sea Power' - 'Drama Queen' - 'Florentine Silk'.
Voir Illustrations.
(2) 'Babbling Brook' a été récompensé en 1972, 'Crowned Heads', le suivant, en 2004.
Keith Keppel, le célèbre obtenteur américain, a bien voulu répondre à quelques questions que je lui ai posées, à propos de sa prodigieuse carrière d'hybrideur et de ses triomphes dans la course aux honneurs américaine. Voici cette interview.
1) Pouvez-vous décrire ce que vous avez ressenti quand 'Babbling Brook' à remporté la Médaille de Dykes en 1972 ?
Une extrême allégresse.
2) Si vous deviez recevoir une nouvelle médaille, le ressenti serait-il le même ?
Une allégresse plus légère.Quand vous avez faim, est-ce que le sixième bol(1) de crème glacée est aussi bon que le premier ? (Ou bien un nouvel amour est-il aussi intense que le premier?) Quand vous vieillissez tous les sens s'émoussent, et ce qui pourrait être de la plus haute importance n'est plus aussi important. Une nouvelle médaille, ce serait bien, mais avec ou sans elle la vie continue... au moins pour un moment !
3) Pourquoi une aussi longue période entre la première et la seconde médaille (2) ?
Peut-être en partie parce que je travaillais sur les plicatas. Les plicatas, surtout ceux avec les fonds colorés (pas blancs), n'étaient pas à cette époque bien adaptés à tous les climats, de sorte qu'ils ne recevaient pas assez de votes en provenance de tous les coins du pays.
4) Pourquoi vos variétés actuelles ont-elles tant de succès ?
J'incline à penser que la plupart d'entre elles poussent bien un peu partout. Les ondulations sont très populaires. (Il est intéressant de constater que des gens se plaignent de ce que mes plantes sont trop ondulées et que je devrais m'orienter vers des variétés plus lisses. Mais les iris sans ondulations ne se vendent pas, même à ceux qui se plaignent !) La dynamique des introductions d'iris a changé du tout au tout depuis soixante ans et plus que je cultive des iris. Au début, les meilleurs hybrideurs (Cook, Fay, Hall...) introduisaient peu-être deux ou trois nouveaux iris chaque année. Maintenant de nombreux obtenteurs en proposent dix, vingt ou plus. C'est vrai que maintenant il y a davantage de couleurs et de modèles, et davantage de chances de produire un iris intéressant, mais cela veut dire aussi qu'il y a un nombre incroyable d'iris à apprécier par les juges au moment d'attribuer les récompenses. Pour la HM (Honorable Mention), le premier niveau après l'introduction, les juges ont plus de 800 variétés, rien que de grands iris, à prendre en considération. Pas un ne peut voir plus d'une petite portion du nombre total, de sorte que les variétés qui reçoivent la meilleure distribution ont le plus de possibilités d'être vues et de recevoir un vote. J'ai la chance d'avoir été sur le marché pendant tant d'années que, en plus des plantes que j'envoie de tous les côtés du pays, beaucoup d'autres vendeurs proposent mes variétés. Je suis particulièrement gâté qu'elles soient en vente dans les catalogues en couleur les plus réputés, comme Schreiner's et Mid-America. Je suis certain qu'il y a d'autres iris sur le marché qui sont aussi bons, voire meilleurs que les miens, mais n'ont pas une aussi bonne distribution et de ce fait n'obtiennent pas assez de votes pour obtenir des récompenses. La vie n'est pas toujours rose !
5) A propos de bonne ou de mauvaise distribution, pourquoi, d'après vous, un hybrideur comme Rick Ernst a-t-il obtenu aussi peu de reconnaissance ?
Pourtant ses iris étaient bien distribués... Je ne suis pas sûr d'avoir la réponse. Ses iris poussaient bien, Cooley's Gardens avaient un catalogue en couleur et les plantes étaient bien commercialisées... mais... ? Une critique que j'ai entendue était que trop de variétés se ressemblaient. Peut-être que ces similitudes ont entraîné une dispersion des votes, et par conséquent, pour chaque variété, un gain de voix insuffisant pour obtenir une récompense. Avec ses nombreuses années d'hybridation et son grand nombre de bonnes variétés, il aurait du obtenir la Hybrider's Medal de l'AIS. Mais cela ne s'est pas produit. Je pense qu'il l'aurait sans doute reçue, mais il est mort prématurément – et la médaille n'est pas attribuée à titre posthume. C'est une malheureuse affaire.
6) Pour conclure ?
A cette étape de ma vie, ce qui est le plus important c'est de faire ce que j'aime plutôt que de m'inquiéter à propos des récompenses. Ma plus grande joie est de cultiver les fleurs, sélectionnant ce que j'aime, et de continuer vers la génération suivante pour voir ce qui va se produire... avec ou sans récompense officielle.
C'est toute la sagesse d'un homme comblé par la vie professionnelle, qui a conservé tout son enthousiasme et toute sa foi dans ce qu'il fait.
(1) K. Keppel a reçu cinq DM. pour : - 'Babbling Brook' - 'Crowned Heads' - 'Sea Power' - 'Drama Queen' - 'Florentine Silk'.
Voir Illustrations.
(2) 'Babbling Brook' a été récompensé en 1972, 'Crowned Heads', le suivant, en 2004.
29.8.14
RETARD À VENIR
La semaine prochaine "Irisenligne" ne sera en place que le samedi 6 au soir. Pour cause de voyage à l'étranger.
IRIS ET BABY BOOM
Les années 1950 furent une période primordiale de l’iridophilie. Beaucoup de ce que nous connaissons aujourd’hui est apparu pendant ces dix années. Elles sont un peu loin, maintenant pour les jeunes collectionneurs. Raison de plus pour leur montrer quelques échantillons de ce qui se faisait de mieux à cette époque.
3 - L'année 1952.
- ‘Storm Warning’ (Schreiner, 1952)
-‘Limelight’ (David Hall, 1952)
-‘Inca Chief’ (Grant Mitsch, 1952)
-‘Eleanor’s Pride’ (Edward Watkins, 1952)
COMMENT DIRE ?
Nos chers iris comportent au moins deux niveaux de description : le niveau officiel, celui de la description donnée au moment de l’enregistrement de la variété près de l'AIS et repris dans les check-lists, et le niveau commercial, celui qui se trouve dans la présentation des catalogues. Chacun a sa raison d'être et son utilité. Le niveau officiel tend à donner de la plante une description sincère et rigoureuse, avec un certain nombre de renseignements obligatoires, dont le fameux pedigree. Le niveau commercial est totalement libre. L'obtenteur peut se contenter d'une présentation sobre, proche de la description officielle, mais expurgée des informations trop techniques dont le client lambda n'a rien à faire. Il peut aussi laisser s'exprimer son enthousiasme pour l'iris qu'il met en vente, insistant sur tel ou tel caractère remarquable et susceptible de retenir l'intérêt d'un éventuel acheteur. Il lui arrive parfois de se montrer particulièrement lyrique, voire excessif comme pourrait l'être un vendeur de foire (c'est un peu le cas de certains producteurs américains qui, lors de la mise sur le marché d'une nouvelle variété, se laissent aller à des débordements dithyrambiques proches du ridicule à nos yeux d'européens). Quelques rares fois il peut enfin exprimer des sentiments personnels pas toujours d'une parfaite courtoisie envers quelque confrère !
Ayant fait le constat ci-dessus à maintes occasions, j'ai trouvé savoureux de rapporter les descriptions de quatre variétés. Ce sont celles dont le nom met au premier plan celui de notre pays tout en étant parfaitement représentatives de ce qui vient d'être dit.
Pour faire bonne mesure, et pour montrer que l'on peut situer ce travail de description à d'autres niveaux, j'ai imaginé pour chaque variété un petit quatrain en alexandrins parfaitement classiques, qui pourrait être la présentation qu'on aurait pu lire si les catalogues d'iris avaient existé au XVIe siècle !
ECHO DE FRANCE
(P. Anfosso, R. 1984) (85 cm), HM
Pétales blancs ; sépales jaunes, reflets verts sous les barbes or sombre. Snowlight X Champagne Braise.
En écho avec les travaux de l'hybrideur B. Blyth en Australie, un amoena jaune, moderne,sélectionné pour le rapport du blanc pur des pétales au jaune primevère des sépales. La barbe jaune-orange réveille cette harmonie. Forme moderne semi-horizontale, texture soyeuse. Bonne vigueur et multiplication.
L'art des iris atteint aussi les antipodes,
D'où nous revient l'idée d'associer sans efforts
D'un côté le blanc pur et de l'autre les ors
Et un peu d'orangé pour sacrifier aux modes.
DOUCE FRANCE
(P. Anfosso, R. 1988) (90 cm), HA
Bleu marine profond, veiné plus clair autour des barbes rouge vermillon, pointées de jaune ; ondulé. ((Flamingo Blues x Caro Nome) x Actress) X ((Caro Nome x Flamingo Blues) x Firewater).
L'accord bleu rouge, celui qui se trouve le plus dans la peinture française. Une fleur d'un bleu outremer intense s'éclaircissant autour d'une barbe vermillon. La forme est large, arquée, ondulée, bien actuelle.
Voici l'accord parfait, celui que l'on adore,
Où l'outremer pâlit lorsqu'il atteint le cœur,
Donnant au vermillon l'acmé de sa valeur,
Comme chaque matin se réveille l'aurore.
VIVE LA FRANCE
(Jean Cayeux, R. 1993) (90 cm), MT
Pétales blancs ; sépales avec large bordure bleu moyen brillant, centre blanc ; barbes rouges. (Condottiere x Delphi) X (Alizes x (Condottiere x Lunar Rainbow)).
Plutôt que de sacrifier au Bicentenaire, nous avons préféré attendre deux ans de plus pour mieux tester cet excellent semis issu de nos études tricolores. Avec des pétales réellement blancs, des sépales bleu aniline vif à cœur blanc sur lequel se détache une fière barbe rouge orange, nous sommes très, très proches de nos trois couleurs d'où le nom. Ajoutez à cela que les fleurs sont grandes, élégantes, solides, impeccablement présentées sur de belles hampes ramifiées, et vous comprendrez notre joie.
Ami, que voyez-vous dans ce brillant arroi ?
Paris, en rouge et bleu, qui, fièrement, s'avance
En marchant au combat pour que vive la France,
Avec l'étendard blanc de notre noble roi.
TOUR DE FRANCE
(Keith Keppel, R. 2003) (89 cm), MO
Pétales blancs , centre infus de jaune de chrome; bras de styles blanc et jaune de chrome ; sépales jaune d'or profond, épaules marquées de jaune de chrome profond, texture veloutée ; barbes allant d'un jaune de chrome profond à un jaune cadmium, devenant orangé dans la gorge ; léger parfum doux. (Magharee x Overjoyed) X (Electrique x Romantic Evening).
Une version sombre du maillot jaune de Lance Armstrong. Un amoena surprenant avec des pétales blancs infus de jaune de chrome au centre, des sépales veloutés d'un jaune d'or sombre s'étendant jusqu'à la bordure. Barbes jaune orangé profond. Un champion.
On peut imaginer un petit tour de France :
Les falaises de Caux, le ciel blanc de l'Artois,
Les blés mûrs de la Brie, le vin jaune d'Arbois,
A moins que ce ne soit le soleil de Provence.
On pourrait trouver bien d'autres manière de décrire un iris. Cela dépend de la sensibilité ou de l'humeur de celui qui décrit. Mais la description n'est qu'une présentation de la plante. Le mieux c'est encore de l'avoir elle-même sous les yeux et de faire son propre jugement.
Ayant fait le constat ci-dessus à maintes occasions, j'ai trouvé savoureux de rapporter les descriptions de quatre variétés. Ce sont celles dont le nom met au premier plan celui de notre pays tout en étant parfaitement représentatives de ce qui vient d'être dit.
Pour faire bonne mesure, et pour montrer que l'on peut situer ce travail de description à d'autres niveaux, j'ai imaginé pour chaque variété un petit quatrain en alexandrins parfaitement classiques, qui pourrait être la présentation qu'on aurait pu lire si les catalogues d'iris avaient existé au XVIe siècle !
ECHO DE FRANCE
(P. Anfosso, R. 1984) (85 cm), HM
Pétales blancs ; sépales jaunes, reflets verts sous les barbes or sombre. Snowlight X Champagne Braise.
En écho avec les travaux de l'hybrideur B. Blyth en Australie, un amoena jaune, moderne,sélectionné pour le rapport du blanc pur des pétales au jaune primevère des sépales. La barbe jaune-orange réveille cette harmonie. Forme moderne semi-horizontale, texture soyeuse. Bonne vigueur et multiplication.
L'art des iris atteint aussi les antipodes,
D'où nous revient l'idée d'associer sans efforts
D'un côté le blanc pur et de l'autre les ors
Et un peu d'orangé pour sacrifier aux modes.
DOUCE FRANCE
(P. Anfosso, R. 1988) (90 cm), HA
Bleu marine profond, veiné plus clair autour des barbes rouge vermillon, pointées de jaune ; ondulé. ((Flamingo Blues x Caro Nome) x Actress) X ((Caro Nome x Flamingo Blues) x Firewater).
L'accord bleu rouge, celui qui se trouve le plus dans la peinture française. Une fleur d'un bleu outremer intense s'éclaircissant autour d'une barbe vermillon. La forme est large, arquée, ondulée, bien actuelle.
Voici l'accord parfait, celui que l'on adore,
Où l'outremer pâlit lorsqu'il atteint le cœur,
Donnant au vermillon l'acmé de sa valeur,
Comme chaque matin se réveille l'aurore.
VIVE LA FRANCE
(Jean Cayeux, R. 1993) (90 cm), MT
Pétales blancs ; sépales avec large bordure bleu moyen brillant, centre blanc ; barbes rouges. (Condottiere x Delphi) X (Alizes x (Condottiere x Lunar Rainbow)).
Plutôt que de sacrifier au Bicentenaire, nous avons préféré attendre deux ans de plus pour mieux tester cet excellent semis issu de nos études tricolores. Avec des pétales réellement blancs, des sépales bleu aniline vif à cœur blanc sur lequel se détache une fière barbe rouge orange, nous sommes très, très proches de nos trois couleurs d'où le nom. Ajoutez à cela que les fleurs sont grandes, élégantes, solides, impeccablement présentées sur de belles hampes ramifiées, et vous comprendrez notre joie.
Ami, que voyez-vous dans ce brillant arroi ?
Paris, en rouge et bleu, qui, fièrement, s'avance
En marchant au combat pour que vive la France,
Avec l'étendard blanc de notre noble roi.
TOUR DE FRANCE
(Keith Keppel, R. 2003) (89 cm), MO
Pétales blancs , centre infus de jaune de chrome; bras de styles blanc et jaune de chrome ; sépales jaune d'or profond, épaules marquées de jaune de chrome profond, texture veloutée ; barbes allant d'un jaune de chrome profond à un jaune cadmium, devenant orangé dans la gorge ; léger parfum doux. (Magharee x Overjoyed) X (Electrique x Romantic Evening).
Une version sombre du maillot jaune de Lance Armstrong. Un amoena surprenant avec des pétales blancs infus de jaune de chrome au centre, des sépales veloutés d'un jaune d'or sombre s'étendant jusqu'à la bordure. Barbes jaune orangé profond. Un champion.
On peut imaginer un petit tour de France :
Les falaises de Caux, le ciel blanc de l'Artois,
Les blés mûrs de la Brie, le vin jaune d'Arbois,
A moins que ce ne soit le soleil de Provence.
On pourrait trouver bien d'autres manière de décrire un iris. Cela dépend de la sensibilité ou de l'humeur de celui qui décrit. Mais la description n'est qu'une présentation de la plante. Le mieux c'est encore de l'avoir elle-même sous les yeux et de faire son propre jugement.
22.8.14
IRIS ET BABY BOOM
Les fifties
Les années 1950 furent une période primordiale de l’iridophilie. Beaucoup de ce que nous connaissons aujourd’hui est apparu pendant ces dix années. Elles sont un peu loin, maintenant pour les jeunes collectionneurs. Raison de plus pour leur montrer quelques échantillons de ce qui se faisait de mieux à cette époque.
2 - L'année 1951.
‘Al Borak’ (Fred DeForest, 1951)
‘Copper Medallion’ (Schreiner, 1951)
‘First Violet’ (Fred DeForest, 1951)
‘Raspberry Ribbon’ (Schreiner, 1951)
Les années 1950 furent une période primordiale de l’iridophilie. Beaucoup de ce que nous connaissons aujourd’hui est apparu pendant ces dix années. Elles sont un peu loin, maintenant pour les jeunes collectionneurs. Raison de plus pour leur montrer quelques échantillons de ce qui se faisait de mieux à cette époque.
2 - L'année 1951.
‘Al Borak’ (Fred DeForest, 1951)
‘Copper Medallion’ (Schreiner, 1951)
‘First Violet’ (Fred DeForest, 1951)
‘Raspberry Ribbon’ (Schreiner, 1951)
ECHOS DU MONDE DES IRIS
Promesse de fleurs
La collection Automne-Hiver 2014 de “Promesse de fleurs” est une nouvelle fois remarquable. Jolie présentation et choix intéressant. Pour ce qui est des iris, ceux-ci sont certes peu nombreux, mais il s'agit de variétés sérieusement choisies, même s'il ne s'agit pas toujours de variétés nouvelles :
'Cascade Springs' (Schreiner, 1994)
'Raspberry Wine' (Schreiner, 2001)
'Saturn' (Johnson T., 2001)
'Lady Friend' (Ghio, 1981)
'Brindisi' (Schreiner, 1979)
'Rising Moon' (Schreiner, 1983)
'Innocent Star' (Sutton G., 1998)
'English Charm' (Blyth, 1989)
'Gypsy Romance' (Schreiner, 1994)
'Blue Crusader' (Schreiner, 1998)
'Beguine' (Keppel, 1989)
'New Leaf' (Ghio, 1998)
Dans un catalogue “généraliste”, on ne trouve habituellement pas un choix aussi correct. .
La collection Automne-Hiver 2014 de “Promesse de fleurs” est une nouvelle fois remarquable. Jolie présentation et choix intéressant. Pour ce qui est des iris, ceux-ci sont certes peu nombreux, mais il s'agit de variétés sérieusement choisies, même s'il ne s'agit pas toujours de variétés nouvelles :
'Cascade Springs' (Schreiner, 1994)
'Raspberry Wine' (Schreiner, 2001)
'Saturn' (Johnson T., 2001)
'Lady Friend' (Ghio, 1981)
'Brindisi' (Schreiner, 1979)
'Rising Moon' (Schreiner, 1983)
'Innocent Star' (Sutton G., 1998)
'English Charm' (Blyth, 1989)
'Gypsy Romance' (Schreiner, 1994)
'Blue Crusader' (Schreiner, 1998)
'Beguine' (Keppel, 1989)
'New Leaf' (Ghio, 1998)
Dans un catalogue “généraliste”, on ne trouve habituellement pas un choix aussi correct. .
FRAICHEUR SIBÉRIENNE
Une mare ou un bassin entouré de pétasites, de bambous et d'iris de Sibérie, et vous avez sous les yeux une scène d'une douceur et d'une fraîcheur délicieuses. Les photos qui illustrent les premières pages du livre de Lech Komarnicki « Irisy Bezbrodkowe », dont l'auteur m'a dédicacé un exemplaire, donnent une parfaite image de ces scènes apaisantes. Leur charme doit beaucoup à la grâce des iris de Sibérie, des plantes dont on ne parle pas assez, même si elles commencent à se répandre chez lez amateurs de jardins d'eau. Cela m'a donné l'envie de parler ici, une fois n'est pas coutume, d'autre chose que les grands iris !
Nos iris de Sibérie actuels se répartissent en deux familles, d'aspect très voisin, mais issues d'espèces botaniques génétiquement différentes : les « véritables » iris de Sibérie, hybrides de I. sibirica et de I. sanguinea, comportant 28 paires de chromosomes, et les variétés à 40 chromosomes provenant des espèces de la sous-série I. chrysographes. Les variétés ayant pour base l'espèce I. sibirica, celles de la première famille, sont de loin les plus nombreuses. Leur hauteur varie de 60 à 90 cm. Elles ont un feuillage important et très graphique, et leurs tiges portent en général deux branches plus la sommité terminale et comptent souvent une dizaine de boutons floraux. L’espèce d'origine se rencontre en Sibérie, bien sûr, mais aussi en Allemagne, en Bohême, dans les Balkans et jusqu'en Turquie. C’est une espèce résistante, qui survit sous les plus rudes climats parce que ses longues feuilles sèchent à l’automne et constituent un manteau bien douillet qui protège le cœur de la plante. Au printemps, de nouvelles feuilles renaissent et entourent les hautes tiges florales. Les fleurs sont gracieuses, avec de petits pétales qui se dressent comme des ailes, et des sépales plus larges, plutôt horizontaux. Leur couleur est majoritairement bleue, mais on trouve des variétés blanches, jaunes, rose ou lavande, et certaines qui s'approchent d'un véritable rouge. De nouveaux coloris sont fréquemment proposés, notamment pour ce qui est des fleurs bicolores. C'est qu'en traitant les graines à la colchicine, les spécialistes, et en particulier l'américain Currier McEwen, ont réussi à doubler le nombre des chromosomes, et par conséquent à obtenir des plantes plus volumineuses, des fleurs plus grandes et des possibilités immenses de nouvelles colorations.
La seconde famille, celle à base de I. chrysographes, que l'on appelle aussi Iris sino-sibériens, est un cocktail de huit espèces botaniques, sans qu'il soit désormais possible de dire la part de chacune dans le potentiel génétique des hybrides d'aujourd'hui. Extérieurement elle ne se distingue guère de la précédente, sinon que les touffes peuvent être un peu plus fortes et, surtout que les couleurs obtenues sont plus variées. Malgré cette spécificité, elle n'est pas aussi répandue que la précédente, peut-être parce que sa culture s'avère plus délicate. Comme la première elle a été convertie à la tétraploïdie par traitement à la colchicine. Ce sont des hybrideurs allemands qui ont entrepris cette conversion et leur ouvrage a conquis le monde des amateurs d'iris de Sibérie car les plantes obtenues sont plus résistantes et plus élégantes.
Ces deux familles mènent concurremment leur chemin, même si les variétés à 2 X 28 chromosomes (ou leurs grandes sœurs à 2 X 56) continuent d'être les plus nombreuses et les plus répandues.
Ce sont des plantes qui aiment les zones humides, mais pas forcément l'eau. C'est pourquoi elles se plaisent à proximité des étangs ou des ruisseaux. Elle se développent vite et forment rapidement des touffes volumineuses couronnées, courant juin, de hampes florales ravissantes, comme on peut voir sur le cliché ci-dessous pris en Pologne. Leur résistance au froid en fait d'ailleurs des plantes parfaites pour les contrées où les hivers sont particulièrement rigoureux (et la Pologne, et particulièrement les zones marécageuses du sud de la Poméranie, est à ranger dans cette catégorie). C'est ce qu'ont bien compris des hybrideurs comme Tomas Tamberg, en Allemagne du nord, ou Lech Komarnicki, dans la région de Bydgoszcz.
L'un et l'autre ont entrepris, d'autre part, un programme passionnant de développement d'hybrides interspécifiques nouveaux, souvent remarquables au plan esthétique et horticole, mais le plus souvent stériles, ce qui limite leur diffusion. Des nominations ésotériques ont été attribuées à ces hybrides : « Sibtosa » pour (I. sibiricae x I. setosa), « Sibcolor » pour (I. sibiricae x I. versicolor), « Sibcorus » pour (I. sibiricae x I. pseudacorus), « Sibigraphes » ou « Chrysobirica » pour (I. sibiricae x I. chrysographes) ou inversement... Mais ce sont là des subtilités de spécialistes.
Pour rester concret, on peut considérer que les iris de Sibérie et leurs cousins Sino-sibériens constituent une catégorie d'iris particulièrement intéressants et qui gagneraient à être plus répandus dans nos jardins.
Illustrations :
'Fancy me This' Marty Schafer/Jan Sacks, R. 2012) SIB
'Begin the Biguine' (Tamberg, 2000) SIB (sino-sib tet.)
'Peter Hewitt' (Jennifer Hewitt, 2003) SIB (tet.)
'Viel Creme' ( Tamberg, 2001). SIB (tet.)
Nos iris de Sibérie actuels se répartissent en deux familles, d'aspect très voisin, mais issues d'espèces botaniques génétiquement différentes : les « véritables » iris de Sibérie, hybrides de I. sibirica et de I. sanguinea, comportant 28 paires de chromosomes, et les variétés à 40 chromosomes provenant des espèces de la sous-série I. chrysographes. Les variétés ayant pour base l'espèce I. sibirica, celles de la première famille, sont de loin les plus nombreuses. Leur hauteur varie de 60 à 90 cm. Elles ont un feuillage important et très graphique, et leurs tiges portent en général deux branches plus la sommité terminale et comptent souvent une dizaine de boutons floraux. L’espèce d'origine se rencontre en Sibérie, bien sûr, mais aussi en Allemagne, en Bohême, dans les Balkans et jusqu'en Turquie. C’est une espèce résistante, qui survit sous les plus rudes climats parce que ses longues feuilles sèchent à l’automne et constituent un manteau bien douillet qui protège le cœur de la plante. Au printemps, de nouvelles feuilles renaissent et entourent les hautes tiges florales. Les fleurs sont gracieuses, avec de petits pétales qui se dressent comme des ailes, et des sépales plus larges, plutôt horizontaux. Leur couleur est majoritairement bleue, mais on trouve des variétés blanches, jaunes, rose ou lavande, et certaines qui s'approchent d'un véritable rouge. De nouveaux coloris sont fréquemment proposés, notamment pour ce qui est des fleurs bicolores. C'est qu'en traitant les graines à la colchicine, les spécialistes, et en particulier l'américain Currier McEwen, ont réussi à doubler le nombre des chromosomes, et par conséquent à obtenir des plantes plus volumineuses, des fleurs plus grandes et des possibilités immenses de nouvelles colorations.
La seconde famille, celle à base de I. chrysographes, que l'on appelle aussi Iris sino-sibériens, est un cocktail de huit espèces botaniques, sans qu'il soit désormais possible de dire la part de chacune dans le potentiel génétique des hybrides d'aujourd'hui. Extérieurement elle ne se distingue guère de la précédente, sinon que les touffes peuvent être un peu plus fortes et, surtout que les couleurs obtenues sont plus variées. Malgré cette spécificité, elle n'est pas aussi répandue que la précédente, peut-être parce que sa culture s'avère plus délicate. Comme la première elle a été convertie à la tétraploïdie par traitement à la colchicine. Ce sont des hybrideurs allemands qui ont entrepris cette conversion et leur ouvrage a conquis le monde des amateurs d'iris de Sibérie car les plantes obtenues sont plus résistantes et plus élégantes.
Ces deux familles mènent concurremment leur chemin, même si les variétés à 2 X 28 chromosomes (ou leurs grandes sœurs à 2 X 56) continuent d'être les plus nombreuses et les plus répandues.
Ce sont des plantes qui aiment les zones humides, mais pas forcément l'eau. C'est pourquoi elles se plaisent à proximité des étangs ou des ruisseaux. Elle se développent vite et forment rapidement des touffes volumineuses couronnées, courant juin, de hampes florales ravissantes, comme on peut voir sur le cliché ci-dessous pris en Pologne. Leur résistance au froid en fait d'ailleurs des plantes parfaites pour les contrées où les hivers sont particulièrement rigoureux (et la Pologne, et particulièrement les zones marécageuses du sud de la Poméranie, est à ranger dans cette catégorie). C'est ce qu'ont bien compris des hybrideurs comme Tomas Tamberg, en Allemagne du nord, ou Lech Komarnicki, dans la région de Bydgoszcz.
L'un et l'autre ont entrepris, d'autre part, un programme passionnant de développement d'hybrides interspécifiques nouveaux, souvent remarquables au plan esthétique et horticole, mais le plus souvent stériles, ce qui limite leur diffusion. Des nominations ésotériques ont été attribuées à ces hybrides : « Sibtosa » pour (I. sibiricae x I. setosa), « Sibcolor » pour (I. sibiricae x I. versicolor), « Sibcorus » pour (I. sibiricae x I. pseudacorus), « Sibigraphes » ou « Chrysobirica » pour (I. sibiricae x I. chrysographes) ou inversement... Mais ce sont là des subtilités de spécialistes.
Pour rester concret, on peut considérer que les iris de Sibérie et leurs cousins Sino-sibériens constituent une catégorie d'iris particulièrement intéressants et qui gagneraient à être plus répandus dans nos jardins.
Illustrations :
'Fancy me This' Marty Schafer/Jan Sacks, R. 2012) SIB
'Begin the Biguine' (Tamberg, 2000) SIB (sino-sib tet.)
'Peter Hewitt' (Jennifer Hewitt, 2003) SIB (tet.)
'Viel Creme' ( Tamberg, 2001). SIB (tet.)
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