28.3.08







LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

Trois nouveaux clichés signés « Greenorchid ». Des fleurs pourpres, un fond vert. C’est encore plus beau que la réalité !
ECHOS DU MONDE DES IRIS

Opération IRISADE

Extraits du site de l’association « Irisade » :

« L’Iris est l’un des supports d’une initiative qui associe éducation au développement durable et solidarité entre les générations et les territoires. (…) Cette initiative se nomme « IRISADE », elle a pour objectif principal de mettre en œuvre des projets pédagogiques intéressant la lutte contre le gaspillage de l’eau. L’iris est considéré comme un symbole multiculturel et scientifique associé avec l’homme et l'eau depuis la nuit des temps. Des références (entre tant d’autres !) à la fois à la messagère de la mythologie grecque, qui réunit l’eau et l’air dans l’arc en ciel, aux iris sacrés de la haute Égypte, aux iris superbes multicolores des jardins, à Iris nigricans dit ‘l’économiseur’ de l’eau, iris noir du désert et élégante fleur nationale de la Jordanie, et à l'iris jaune des marais, dit l’ « Iris de Clovis », qui aujourd'hui, en compagnie d'autres plantes aquatiques, épure les eaux usées et les boues des communes et autoroutes. »

Il est exact que l’iris n’est pas grand consommateur d’eau, du moins pour certaines espèces, notamment européennes et moyen-orientales. Mais ce n’est point vrai des iris d’Asie et d’Amérique !

Saluons quand même l’initiative de cette association dont on ne peut que louer le but.






BONS BAISERS DE BRATISLAVA
Regard sur les iris de Slovaquie


Bratislava, capitale de la Slovaquie, est une ville qui a un passé compliqué. Située au centre de l’ancien empire austro-hongrois, elle a porté trois noms différents au cours de l’époque moderne. Pour l’Autriche, elle s’appelle Presburg, et un traité fameux y fut signé au XVeme siècle, mais pour la Hongrie, dont elle a fait partie jusqu’en 1918, c’est Poszony, alors que son nom actuel est celui que lui donnent les Slovaques. Cette triple appartenance en fait une des villes au destin les plus complexes d’Europe et on peut peut-être retrouver ces multiples influences dans les nombreux iris qu’on y cultive et hybride aujourd’hui.

Pour pratiquer l’hybridation d’iris de l’autre côté du Rideau de Fer, entre 1960 et 1990, il fallait beaucoup d’humilité et beaucoup d’enthousiasme. Il n’était pas facile de se procurer les variétés américaines de l’époque. Aussi travaillait-on à partir de variétés anciennes, acquises par la débrouille et le commerce parallèle. La démarche était par ailleurs intuitive et sentimentale : pas de programme précis, pas d’autre but que celui d’obtenir de nouveaux iris, les plus beaux possibles, tout simplement. A cette époque, nombreux étaient ceux qui s’intéressaient aux iris hybrides dans ce qui constituait la Tchécoslovaquie. Entre tous ces amateurs régnait une vive amitié : aucun objectif commercial ne dressait entre eux les barrières de la concurrence, et s’il y avait compétition, elle s’entendait dans le sens de l’émulation et pas dans celui de l’antagonisme.

A Bratislava, Ladislaw Muska, au début des années 60 s’est lancé dans l’hybridation des iris. A la même époque, dans la Bohême voisine, il y avait beaucoup d’autres personnes qui s’intéressaient aux iris. Pour ne citer que les principaux, parlons de Jiri Adamovic, Milan Blazek, Leonard Rysnar ou Vojtech Smid. En Slovaquie, Muska n’était pas seul puisque ses compatriotes Kovarik et Stilhammer avaient eux aussi entrepris de produire de nouvelles variétés. C’est à croire que l’enthousiasme remplaçait les iris puisque le potentiel génétique à la disposition de tous ces amateurs était des plus réduit. D’ailleurs, avec presque rien, ils obtenaient des variétés nouvelles intéressantes. ‘Libon’ (Smid 80) issu de ‘Crinkled Gem’ X ‘Amigo’s Guitar’ est venu, en 1985, tailler des croupières aux variétés américaines et remporter le Florin d’Or du Concours de Florence !

La disparition des obstacles consécutive à l’ouverture vers l’Ouest des pays d’Europe Centrale a offert à tous ces fanatiques des perspectives nouvelles dont ils ont immédiatement usé en se procurant des centaines de nouvelles variétés américaines, australiennes et françaises. La seule barrière que les hybrideurs pouvaient rencontrer étaient celle de l’argent (il faut payer en dollar les variétés importées), mais pour des gens habitués au système D, elle pouvait être surmontée. Ce fut dès lors un plaisir que de travailler avec de grands iris comme ‘Bodacious’, Dusky Challenger’, Edith Wolford’, Everything Plus’, Jesse’s Song’, ‘Silverado’ ou ‘Titan’s Glory’. Et les résultats sont venus, tout naturellement car les utilisateurs avaient acquis un professionnalisme qui leur permettait d’effectuer des croisements dont ils anticipaient fort bien les réussites.

Mais au moment où les moyens matériels arrivaient enfin, le nombre des hybrideurs slovaques s’est mis à diminuer : l’âge et la lassitude, peut-être… Aujourd’hui ils ne sont plus que deux. Ladislaw Muska, déjà cité, et Anton Mego.

Muska a connu toutes les étapes de l’évolution de l’hybridation dans son pays, depuis sa période ‘Babbling Brook’, jusqu’à son présent constitué d’une profusion d’iris plicatas ou « space age ». C’est essentiellement de ce côté qu’il penche désormais et ses dernières obtentions dans ce domaine sont tout à fait intéressantes. ‘Bonvivan’ (2008) ou ‘Push out Horns’ (2008) sont des exemples de ce qu’il propose aujourd’hui.

Anton Mego est un homme de la génération suivante. Il n’a pas travaillé dans les conditions héroïques des années 80. Mais il a très vite, peut-être même instinctivement, acquis cette autorité qui lui fait tout de suite distinguer les bons parents, réaliser les bons croisements et sélectionner les bons semis. Chacune des réalisations qu’il propose est une réussite. Et cet artiste a tout de suite été repéré par les grands producteurs américains qui mettent à leur catalogue les nouveautés « made in Bratislava ». ‘Slovak Sapphire’ (2004) a obtenu le deuxième prix à Florence en 2003. ‘Slovak Prince’ (2002) s’est même payé le luxe de s’imposer dans le très rigoureux cercle des iris décorés aux USA d’un Award of Merit (2007).

La Slovaquie, tout petit état d’Europe Centrale, se trouve parmi les grandes nations de l’iridophilie. Il suffit de peu de chose, et surtout d’un peu de génie, pour se hisser au niveau des plus grands.

22.3.08







LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

Cette fois trois photos magnifiques signées « Greenorchid », une des meilleures photographes actuelles.
LETTRES D'IRIS (pastiches littéraires)

A la manière de Muriel Barbery(1)

- Extrait du journal intime de Paloma Josse -

Aujourd’hui il m’est arrivé quelque chose d’étonnant : je me suis fait un nouvel ami. J’ai eu beau protester et expliquer à Maman que je ne m’intéressais pas aux plantes (ce qui est faux, bien entendu, mais qui était l’excuse minable que j’avais trouvée pour justifier mon souhait de ne pas l’accompagner à la fête de plantes où elle avait décidé de me traîner, sous le prétexte de me faire prendre l’air), elle a pris une mine de chien battu pour me dire : « Ma pauvre chérie tu as tout l’air d’une endive, tu ne sors pas assez, ce n’est pas bon pour ta santé ! » Elle me regarde toujours comme si ma vie était en danger parce que je me sens mieux dans ma chambre que dans les manifestations mondaines. Consciente de l’inanité de mon argumentation, et prise d’une clémence à son égard qui m’est bien peu coutumière, j’ai fini par céder aux arguments de ma mère, et enfiler ma parka pour l’accompagner à Herson.

Herson, c’est un bled dans la banlieue sud-ouest, loin, un bled qui n’a pas d’autre intérêt que son château, son parc, et la fête des plantes qui s’y déroule deux fois l’an. On y arrive après une heure de voiture, dans les conditions éprouvantes que Maman inflige à ses passagers, car elle conduit comme si elle était entourée de requins bien décidés à lui faire la peau. D’ordinaire, elle parle du bout des lèvres, dans une langue châtiée propre aux personnes éduquées dans les meilleures institutions religieuses, au volant, elle emploie les termes les plus vulgaires qui soit, injuriant les autres automobilistes qui ont l’audace de se trouver sur sa trajectoire. Cela nous vaut des coups de frein brusques, des virages à faire crisser les pneus, ou des accélérations qui nous plaquent contre le dossier de notre siège.

Il a plu hier toute la journée et le sol est encore gorgé d’eau. De sorte que dans le parc de Herson, on patauge allègrement. J’ai regretté de n’avoir pas enfilé mes après-ski. On a commencé à se traîner devant les stands des gens qui sont là pour vendre aux parisiens les plantes qu’ils vont transporter précieusement vers leurs résidences secondaires de Normandie ou de Bourgogne, et qui périront de soif entre deux week-ends.

Maman, dans un très seyant manteau de drap bleu roi, un peu voyant peut-être, mais il ne faut surtout pas passer inaperçu dans ces rendez-vous de la bonne société, marche lentement, plus attentive au regard des autres qu’aux végétaux qu’elle est sensée être venue voir. J’ai très vite regretté mon moment de faiblesse de l’après déjeuner. J’avais mis à mon programme de ce dimanche les nouvelles de Philippe Jaworski, un jeune écrivain de fantasy que m’a recommandé mon amie Jeanne-Marie. Au long des allées boueuses où nous déambulions mollement, je m’apitoyais sur les délices de lecture dont je m’étais privée. Mais, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, je me suis mise à examiner dans le détail le comportement des gens qui nous entouraient. Les habitants des beaux quartiers parisiens étaient tous là, caricatures de leur milieu et de l’image qu’ils veulent donner d’eux-mêmes. J’imaginais le métier de chacun : celui-ci était forcément un médecin hospitalier, je le voyais très bien en blouse blanche, circulant de chambre en chambre ; celle-là devait avoir choisi la noble destinée de femme au foyer, à la voir, encombrée de trois lardons entre deux et huit ans, elle avait pris son rôle au sérieux et décidé de repeupler le XVIIeme, avec la bénédiction de son curé ; quant à ces deux-là, amoureusement serrés l’un contre l’autre, pour oublier un peu l’ennui de leur travail à La Défense, ils ont sûrement l’intention d’acheter un pavillon du côté de Cergy-Pontoise, dans un quartier neuf et encore préservé.

Soudain, Maman s’arrête. Elle vient de voir, derrière le comptoir du stand d’une association d’amis de végétaux, sa vieille amie de lycée Marie-Martine Rougé-Lefront. Elles s’embrassent comme si elles étaient contentes de se retrouver et entament aussitôt un papotage volubile auquel j’assiste dans la plus grande indifférence. C’est fou ce que deux copines de trente ans ont à se raconter après toutes ces années sans avoir eu besoin de se rencontrer. Tout y passe : les banalités sur la famille, les enfants, les maris, les souvenirs d’aventures infimes, les perfidies sur les condisciples et les considérations sur les difficultés de la vie moderne. Cela a l’air des plus amusant, mais je m’ennuie de plus en plus ferme. C’est alors que je découvre, sur le stand d’à côté, des petites fleurs en pot, dont j’ignore tout, mais qui me paraissent d’un naturel et d’une fraîcheur réjouissants. Laissant là les deux commères, je m’approche du fleuriste voisin. Voici une petite plante à pétales violet foncé, élancée, délicate. Je me penche vers l’étiquette : « iris chrysographes ». Un iris, ça ? Un autre pot exhibe une autre plante assez semblable, avec des feuilles fines et souples qui retombent gracieusement : « Iris versicolor ». Un iris, encore ? Juste à côté un autre pot contient une autre espèce, qui doit être aussi un iris car elle ressemble à la précédente sinon qu’au lieu d’un beau bleu tendre, elle porte des fleurs aux longs pétales étroits de couleur carmin : « Iris versicolor var. kermisina ». Je n’imaginais pas les iris comme cela. Pour moi ce sont les grosses fleurs que j’ai vues l’année dernière à l’abbaye de St Michel de Cuxa et qui se trouvent aussi sur ce stand, avec plein d’autres. Un homme d’un certain âge, l’air à la fois rustique et distingué, s’approche de moi. Il me parle. C’est surprenant : il ne me parle pas comme à une petite fille de douze ans mais comme à quelqu’un à qui l’on peut expliquer les choses sans bêtifier. Il remarque mon étonnement et m’explique qu’il y a beaucoup de sortes d’iris et que j’ai sous les yeux quelques exemples de cette diversité. Il me raconte que l’iris versicolor a été adopté comme plante nationale par le Québec, il fait la différence entre le type lui-même et la variété kermisina aux fleurs grenat. J’écoute, ravie. Ce monsieur est un grand pédagogue, il réussit à m’intéresser à quelque chose à quoi jamais je n’aurais imaginé porter quelque attention. Plus il m’en dit de sa voix calme et harmonieuse, plus j’ai envie d’en savoir plus.

Quand Maman m’a rejointe, elle a été à la fois fâchée parce que je ne suis pas restée avec elle pendant qu’elle faisait la causette avec son ancienne camarade de l’Institution Ste Agnès, et satisfaite de me voir m’intéresser à quelque chose de concret comme l’est une fleur. Elle a échangé quelques propos mondains avec le monsieur aux iris et c’est comme cela que j’ai appris qu’il se rendrait samedi et dimanche prochain à St Jouin des Bournais pour une autre foire aux plantes. En revenant vers Paris, toujours aussi nerveuse au volant, Maman a quand même réussi a me dire combien elle était satisfaite de m’avoir amenée à Herson, et elle m’a même proposé de me conduire dimanche prochain à St Jouin des Bournais. J’ai failli dire oui tout de suite, mais je me suis ravisée à temps. Certes je désire vivement aller à St Jouin, mais je demanderai plutôt à ma tante Hélène de m’y emmener. Elle, au moins, elle me laissera écouter mon nouvel ami.

(1)Muriel Barbery est notamment l’auteur de « L’élégance du hérisson » qui a servi de base à cette parodie.

14.3.08


LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

Puisque c’est la semaine de l’orange, voici une magnifique photo de ‘Brilliance’, par une personne qui se fait appeler Greenorchid, et qui m’a autorisé à publier ici ses photos, toujours très réussies.






A LA RECHERCHE DE L’ORANGE

Quel que soit la source d’information, on ne trouve pas grand’ chose sur l’histoire des iris oranges dans les textes des spécialistes. La Bible que constitue « The World of Irises » tout comme « Iris, une fleur royale » de Richard Cayeux, présentent les iris oranges, mais ne s’attardent pas sur les origines de cette couleur. En fait elle remonte à la révolution rose des années 30. Mais l’orange n’a pas été une couleur recherchée. Au contraire ! Pour obtenir du rose aussi pur que possible, il faut éliminer tout ce qui peut en brouiller l’éclat, et notamment la couleur jaune, sous-jacente. Les hybrideurs ont donc concentré leurs efforts sur cette élimination et ne sont revenus vers les tons de pêche, d’abricot et d’orange que lorsqu’ils sont parvenus par ailleurs à un rose parfait. Ce n’est que dans les années 50 que l’on a obtenu des iris abricot valables, et il a fallu attendre les années 60 pour voir des oranges dignes des récompenses annuelles de l’AIS.

Il n’est donc pas étonnant que le grand spécialiste des iris roses que fut David Hall soit aussi le fondateur de la lignée des iris abricot. Trois de ses obtentions dans cette couleur ont obtenu l’AM : ‘Melody Lane’ (47), ‘Temple Bells’ (52) et ‘Top Flight’ (53) ; associées à un autre iris abricot, ‘Apricot Glory’ (Muhlestein 48), ces variétés sont à la base des iris abricot que nous connaissons aujourd’hui. C’est ainsi que l’obtenteur allemand Viktor von Martin a enregistré en 1958 ‘Aprikosen-Prinzess’, descendant direct de ‘Top Flight’ (voir photo).

Pour les iris franchement oranges, l’évolution a été exactement parallèle puisque les sources ont été les mêmes. Mais ce n’est qu’au début des années 60 que cette couleur a pris son essor. L’un des tout premiers a être apprécié a été ‘Celestial Glory’ (Reckamp 61), plus chamois, d’ailleurs, qu’orange. Puis vinrent les pionniers qui se nomment ‘Orange Parade’ (Hamblen 59), ‘Chinese Coral’ (Fay 62) ‘Mission Sunset’ (Reckamp 62) ou ‘Son of Star’ (Plough 69). Ce dernier peut être considéré comme le premier iris vraiment orange, les autres n’ayant fait que montrer le chemin.

L’une des caractéristiques des iris abricot ou orange, qui ne leur fait pas que des amis, est leur faible développement, tant en hauteur qu’en prolificité. Chacun a pu constater dans son jardin que les iris oranges sont en général d’une taille plus basse que leurs voisins et qu’ils poussent souvent moins vite. Si l’on ajoute qu’ils sont difficiles à acclimater dans les régions les plus fraîches, on aura une idée de ce qui attend ceux qui veulent en faire leur cheval de bataille. Il y a encore des progrès à faire dans cette couleur, même si des variétés récentes présentent des qualités remarquables.

Parmi les meilleures, Richard Cayeux cite son ‘Feu du Ciel’ (Cayeux 93), ainsi que ‘Avalon Sunset’ (Schreiner 94). Mais, depuis, d’autres oranges excellents sont apparus, comme ‘Cracklin’ Caldera’ (Aitken 2003) (photo), remarqué au concours FRANCIRIS ® 2005, ‘Coup de Soleil’ (Cayeux 2006), très vif, ou ‘Sunset Point’ (Sutton G. 2001), qui ajoute des éperons à un riche coloris.

Dans les tons plus clairs, ‘Day Glow’ (Keppel 97) (photo) ou le joli ‘Fiesta Orange’ (Black P. 2006) montrent tous les progrès obtenus dans ce coloris.

Pour ceux qui, dans leur loisir ou leur travail d’hybrideurs sont à la recherche d’un domaine où ils peuvent apporter quelque chose de neuf, le secteur des iris oranges leur offre un champ d’expérience encore assez peu exploré.

7.3.08


LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

Le plus souvent, les clichés pris par Ladislav Muska dans sa pépinière de Bratislava sont d’une médiocrité qu’il reconnaît lui-même. Cette fois, pour ce ‘Dornspiel’, il a réussi une image qui met bien en évidence la particularité de cette fleur, à savoir les bords laciniés de ses pétales et de ses sépales.






PIÚ VIVO

L’apport de I. aphylla aux iris modernes

On me demande souvent pourquoi beaucoup de nos grands iris de jardin perdent presque complètement leur feuillage à l’entrée de l’hiver, ne laissant apparaître qu’un moignon vert émergeant à peine du sol, alors que d’autres variétés conservent un panache de feuille qui attendra le printemps pour laisser la place aux feuilles nouvelles. L’explication s’appelle I. aphylla. Cette espèce d’iris, de petite taille, originaire d’Europe de l’Est, a contribué de plusieurs façons au développement des iris jusqu’à ceux que l’on connaît aujourd’hui.

Il est connu depuis fort longtemps puisqu’il a été d’abord décrit en 1753 par Linné. Simonnet en 1934, puis Randolph en 1947 ont complété sa description. C’est un petit iris tétraploïde, d’une trentaine de centimètres, ce qui le classe parmi les iris intermédiaires, voire les MTB. Il a de nombreuses tiges portant par conséquent de nombreuses fleurs de couleur violet foncé avec barbes blanchâtres (photo).

Comme son nom le laisse entendre à ceux qui ont quelques notion de grec, I. aphylla possède une caractéristique bien particulière : il perd ses feuilles l’hiver. Mais ce n’est pas tout. En raison de ses origines est-européennes, il résiste bien au froid et à l’humidité. Cette rusticité s’allie à un port touffu et une forte croissance pour offrir aux hybrideurs un intérêt évident dont ils ont usé dès les années 30. Ce fut d’abord pour améliorer les caractéristiques des iris nains standards (SDB), mais certains obtenteurs de grands iris se sont dit que sa couleur violette, bien saturée, pouvait enrichir leurs recherches vers l’iris noir. Ce fut le cas de Paul Cook, hybrideur visionnaire, et de la famille Schreiner.

Paul Cook a utilisé pour point de départ une variété dénommée ‘Blue Boy’, issue d’ I.aphylla. Il l’a croisée avec un iris blanc, diploïde, puis recroisé avec des iris rouge pourpré en provenance de ‘Cinnabar’ et de ‘Seminole’. Un grand nombre de générations plus tard il a obtenu ‘Sable’, apparu sur le marché en 1938 et considéré à l’époque comme le roi des noirs, bien qu’il ne soit que violet foncé.

Les Schreiner, quant à eux, ont profité du travail vers le noir des frères Sass et utilisé leur ‘The Black Douglas’ (34), croisé avec un semis grenat foncé, pour obtenir ‘Ethiop Queen’. Cette variété, d’un violet pourpré profond, fut à son tour croisée avec ‘Dymia’, lui-même descendant à la troisième génération de I. aphylla. Le résultat se nomme ‘Black Forest’ (45). De là proviennent pratiquement tous les iris noirs actuels, qu’il s’agisse de ‘Before the Storm’ ou de ‘Hello Darkness’.

Les Schreiner ont cherché les raisons de leur avancée vers le noir et ont déterminé que cela provenait d’une aptitude de I. aphylla, qui aurait le pouvoir d’intensifier la couleur des semis qui en descendent. Ce pouvoir, évident pour les iris tendant vers le noir, s’est révélé également vrai pour toutes les autres couleurs, de sorte que la plupart des hybrideurs ont introduit un rejeton de I. aphylla dans leur panel et accru la richesse du coloris des variétés qui ont découlé de cette introduction.

Mais l’utilisation de I. aphylla n’a pas eu que cette conséquence. Il ne faut pas oublier que cette espèce est à feuillage caduc ! Les iris qui contiennent les gènes de I. aphylla ont donc tendance à perdre leurs feuilles. C’est particulièrement évident chez les iris sombres, comme ‘Edenite’ (Plough 58) (photo), ‘Black Swan’ (Fay 60) ou ‘Study in Black’ (Plough 68) et leurs très nombreux descendants, mais cela concerne également des variétés claires, au gré des brassages survenus dans leur arbre généalogique. Prenez, par exemple ‘Sierra Grande’ (Schreiner 92), qui est un amoena ou ‘Papapubren’ (Dudek J. 2000) (photo) d’un blanc nacré.

I. aphylla a été un élément essentiel de l’évolution des iris hybrides. Cette espèce et quelques autres comme I. reichenbachii, ajoutées au cocktail que constituent les iris modernes, ont largement contribué à leur beauté.

29.2.08




LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

On trouve de tout sur Dave’s Garden. Des photos superbes et d’autres qui ne valent pas un clou. Celui qui signe Tntigger est un des meilleurs photographes d’iris du web. Admirez ces deux spécimens de son art.




LETTRES D’IRIS

II. A la manière de Marcel Proust
(A l’ombre des jeunes filles en fleurs)

Longtemps, je ne me suis pas intéressé aux fleurs. Il me semble qu’elles n’ont d’attrait pour moi que depuis le jour où Mme de Villeparisis nous mena à Carqueville, voir cette église couverte de lierre qui, du côté du portail, quand le soleil est au couchant, apparaît comme constituée de pierres d’or, et du côté du chœur, donc vers l’Est, dresse une sombre façade massive comme une forteresse moyenâgeuse au-dessus de la rivière et d’un petit pont de pierre dont ma grand’mère prétend qu’ainsi privé de lumière et baigné d’humidité il présente un véritable danger pour les personnes qui le traversent pour peu qu’elles soient fragiles de la poitrine. C’est le long de la route menant de notre maison à Carqueville que j’aperçus, au milieu d’un jardin où l’on accédait par une allée bordée de grands arbres, des fleurs multicolores que je ne connaissais pas mais que, malgré la rapidité de notre déplacement grâce aux deux puissants chevaux qui étaient attelés à la voiture de la marquise, je crus identifier pour des iris, encore que je n’eusse jamais vu auparavant des iris ainsi chamarrés. Cette demeure élégante, tout à fait dans le style normand, avec colombages et tuiles brunes, se situait à proximité d’Hudimesnil, au bas d’une descente suivie d’un dos d’âne qui, quand nous arrivions, la cachait à notre regard jusqu’à l’instant où nous passions devant elle. Malgré cette apparition soudaine, ou peut-être à cause d’elle, j’eus l’impression de me trouver devant un lieu qui m’était familier autrefois de sorte que je me demandais si cette maison était bien réelle ou si elle ne sortait pas plutôt d’un rêve que m’aurait inspiré la légère somnolence que je ressentais à cause du balancement régulier de la voiture. L’éclat des fleurs alignées devant la maison mit un terme à ma torpeur et quand, la voiture ayant continué son chemin, je me retournais pour un dernier regard vers ces fleurs inconnues, Mme de Villeparisis, remarquant mon mouvement, me demanda ce qui suscitait tant d’intérêt de ma part. Je lui dis combien j’avais été surpris par ces plantes que nous venions d’apercevoir dans ce jardin magnifique, par leur taille, leurs couleurs et leur éclat. Je savais que dans son propre jardin Mme de Villeparisis avait demandé à son jardinier de disposer de multiples plantes originales qu’elle faisait venir de pays lointains, grâce à la connivence de religieux ou de scientifiques, les uns partis convertir les petits païens, les autres à la recherche de tout ce que la nature peut produire d’inconnu de nous dans des contrées peu ou même pas du tout explorées par les européens, si tant est qu’il en reste, depuis le temps que nos explorateurs parcourent les terres de plus en plus éloignées ou hostiles, mais je fus proprement étonné quand elle me répondit avec cet air naturel et quelque peu nonchalant qui était un des charmes de cette grande aristocrate, à l’aise en toutes circonstances, qu’elle avait bien remarqué tous ces iris en longues plates-bandes. Elle eut la bonté de me proposer que nous revenions dès le lendemain pour les admirer de plus près car elle connaissait en effet la propriétaire de cette demeure et pouvait demander à son régisseur de nous ouvrir la porte du jardin, ce à quoi je répondis avec un enthousiasme qui la fit sourire.

« Je ne voudrais pas abuser de votre temps, ajoutai-je un peu niaisement.
« Mais au contraire, je serai ravie moi-même de voir de plus près avec vous toutes ces splendeurs, répondit notre amie sur un ton cérémonieux qui contrastait avec sa simplicité habituelle. »
Dans ces moments-là, si elle ne se montrait pas vraiment naturelle, c’est qu’affleurait son éducation de grande dame capable de montrer à des bourgeois dans notre genre qu’elle n’a aucun scrupule à les fréquenter et qui plus est qu’elle y prend un certain plaisir, surtout si ce qui retient l’attention du bourgeois va dans le sens de ce qu’elle-même apprécie.

C’est ainsi que le lendemain, par un temps dont la clarté laissait présager qu’il ne ferait pas beau longtemps, comme c’est souvent le cas en Normandie, surtout à la fin de mai, quand la fraîcheur et la pluie sont plus fréquentes que le grand soleil, nous reprîmes la route d’Hudimesnil et de la belle maison dont j’appris qu’elle appartenait à Mademoiselle Sébastiani, la sœur de la duchesse de Praslin qui était d’origine roturière, ce dont Mme de Villeparisis ne tenait pas vraiment compte. Nous fûmes accueillis par un certain M. Bagard, régisseur du domaine, qui se montra avec ces dames d’une politesse proche de l’obséquiosité, mais fit preuve d’une incontestable connaissance du sujet et nous expliqua par le menu tout ce qui concernait ces iris multicolores que nous avions sous les yeux. J’ai donc appris, en circulant lentement entre les touffes aux feuilles acérées, que nous étions en présence d’iris qualifiés d’hybrides, cultivés par quelques spécialistes aussi savants dans l’art de croiser entre elles des variétés diverses que de sélectionner au milieu de semis innombrables les fleurs les plus belles, les plus robustes et les plus rustiques. Mme de Villeparisis parut aussi à l’aise dans ce coin de jardin qu’elle eut pu l’être dans son salon en compagnie des autres dames du faubourg St Germain, faisant remarquer ici quelque détail particulier de telle fleur, comme les fines veines pourprées qui apparaissent au bord des sépales d’une fleur dédiée à une certaine Madame Chobaut, ou l’harmonie des deux tons de mauve de celle baptisée Isoline. A mon grand étonnement, de sorte que l’admiration que je lui portais s’en trouva décuplée, la marquise rectifia même notre cicérone quand celui-ci attribua à la maison Verdier la paternité d’un iris tout strié de violet sombre dénommé Demi-Deuil, dont elle précisa qu’il avait été obtenu plutôt par Fernand Denis, un industriel qui cultive ses iris au bord de l’étang de Thau près de la ville de Sète. Ce nom de Denis ne manqua pas d’évoquer dans ma mémoire celle qui fut la bonne amie de Voltaire, au grand déplaisir de Madame du Châtelet qui tenait cette place depuis plusieurs années et n’entendait pas la céder sans batailler à une femme bien plus jeune qu’elle, tant il est vrai que notre cerveau même s’il est occupé par un sujet qui le passionne, peut brusquement s’éloigner du présent et, par un retour difficilement explicable, se fixer sur un souvenir qui peut être aussi bien sérieux que futile.

Pendant que nous revenions vers la maison et que les dames, c’est à dire la marquise et ma grand’mère, évoquaient avec une certaine excitation les merveilles que nous venions de voir, je me laissais emporter par une sorte de rêverie où apparaissaient les rangées d’iris violets présents dans le jardinet de ma tante à Combray, tous semblables, et qui commençaient à fleurir à peine les gelées de février disparues, quand nous revenions au moment de la mi-Carême et avions droit, pour je ne sais plus quelle tradition familiale, à un goûter de crêpes que ma tante et ma grand’mère mangeaient avec parcimonie car elles affirmaient que ces délicieuses pâtisseries étaient lourdes à digérer.

23.2.08


LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

Les gouttes d’eau sur une fleur sont éminemment photogéniques. Ce ‘Cover Page’, de Joë Ghio, qui sort de la douche, a tout pour plaire, devant l’objectif de Margie Valenzuela.
ECHOS DU MONDE DES IRIS

Décidément la culture de I. florentina pourrait bien redevenir rentable ! Après la réapparition de parfums à base d’iris, voici que les produits de beauté font appel à ces vertus. Connue pour ses propriétés astringentes et équilibrantes, la racine d’iris à parfum permet de réguler l’hydratation de la peau. C’est ce que tente d’exploiter un nouveau masque de beauté : ‘MASQUE ECLAT RAFRAÎCHISSANT À L’IRIS’ de Welleda.






UNE REINE EN ROBE D’INDIENNE

Elles ne sont pas nombreuses les variétés d’iris qui ont connu autant de succès en hybridation que ‘Queen in Calico’ (Gibson J. 80). C’est à un point tel que bien peu de plicatas modernes ne possèdent pas ses gènes. Dans ma base de données – qui contient les références de 9000 grands iris – ‘Queen in Calico’ apparaît au premier degré dans le pedigree de soixante-cinq variétés, obtenues par vingt-cinq hybrideurs. Et les noms les plus fameux figurent dans cette liste : Schreiner, Keppel, Black, Blyth, Meek, Kerr… Ainsi que plusieurs européens comme Ladislaw Muska et Augusto Bianco.

‘Queen in Calico’ s’est en fait emparé de la généalogie des plicatas à dessins grenats, ou bruns. Mais d’autres couleurs apparaissent aussi dans ses descendants, au gré des croisements.

On voudrait bien savoir pourquoi ce ‘Queen in Calico’ – une reine en robe d’indienne – a eu un tel succès. Sans doute est-ce en raison de ses propres ancêtres. Mais sur ce sujet on reste un peu déçus, parce que les renseignements fournis par James Gibson sont plutôt médiocres. Tout au plus sait-on que ce ‘Queen in Calico’ descend de ‘Orange Plush’ (Gibson 73) et ‘Anon’ (Gibson 75). Mais l’analyse ne va guère aller plus loin dans le temps puisque ces deux variétés sont des cousins germains, issus de ‘Apricot Blaze’ (Gibson 70) dont on nous dit simplement qu’il provient d’une longue série de croisements… C’est pauvre. Tout au moins il suffit de comparer ces trois variétés pour comprendre que leur caractère commun est d’allier l’orange – du pêche au chamois- et les dessins plus ou moins marqués du modèle plicata, dans les tons de brun-rouge, voire de brun clair.

Ce sont aussi ces couleurs qui caractérisent ‘Queen in Calico’ qui, sur un fond abricot très clair présente des dessins assez denses d’un rouge magenta vif. Ce sont à la fois ces couleurs et la richesse du dessin plicata qui ont retenu l’attention des hybrideurs. Ils y ont vu la possibilité d’améliorer le modèle dans des tons pas encore devenus communs. Par-dessus le marché ce ‘Queen in Calico’ est vigoureux, bien proportionné, avec des fleurs élégantes, délicatement ondulées et avec des pétales aux fines dentelures. Cette reine en indienne a tout pour plaire et pour laisser espérer une descendance de qualité.

Et cette descendance est importante. Les quatre principaux utilisateurs sont Keith Keppel, Augusto Bianco, Anton Mego et Ladislaw Muska.

Keith Keppel, le grand maître des plicatas, en a obtenu quatre variétés supérieures : ‘Bodacious’ (87), ‘Rosarita’ (89), ‘Film Festival’ (93) et ‘Tangled Web’ (99). Tous les quatre ont un incontestable air de famille. Les trois premiers sont assez voisins de la variété de référence, le quatrième présente des dessins plus denses, et une forme, évidemment, plus moderne. A la génération suivante, si ‘Bodacious’ ne semble pas avoir été utilisé, les trois autres ont eu des descendants importants. ‘Rosarita’ est à l’origine de ‘Cheating Heart’ (94), ‘Magic Show’ (94) et ‘Inside Track’ (2002). ‘Cheating Heart’ est un plicata rose « a minima » puisque les dessins grenats n’apparaissent qu’aux épaules des sépales ; ‘Magic Show’ est plus richement doté, mais aussi moins original et plus proche du modèle de base ; modèle dont s’éloigne ‘Inside Track’ puisque cette variété est une amorce d’un modèle différent, le plicata « noir/blanc », avec des pétales d’un violet pourpré sombre et des sépales ourlés du même violet, sur un fond blanc crayeux. ‘Screen Play’ (96), qui vient de ‘Film Festival’, décline le modèle plicata grenat en clair, puisque les dessins sont plus rouge magenta que grenats. Ces descendants ‘Lonely Hearts’ (99) et ‘Lovely Dawn’ (98) rééditent ce modèle. Quant aux frères de semis que sont ‘Dark Drama’ (2005) et Drama Queen’ (2003), ils sont assez différents l’un de l’autre. Le premier joue les beautés sombres : pétales violet pourpré, sépales à fond blanc fortement marqué du violet des pétales. Le second exécute une pirouette qui le ramène au coloris de son ancêtre ‘Queen in Calico’, auquel il ajoute une touche de modernité.

Les iris d’Augusto Bianco, issus de ‘Queen in Calico’ sont d’aspect très différent. En particulier parce que leur pedigree est généralement complexe, avec un rôle amoindri de la variété de référence. Il n’y a même qu’une seule variété qui présente les caractères d’un plicata, et qui se rapproche de ‘Screen Play’ : il s’agit de ‘Orchidea Selvaggia’ (99).

Anton Mego n’apparaît qu’une fois parmi les utilisateurs de ‘Queen in Calico’. La variété qui en est issue s’appelle ‘Slovak Prince’ (2002), et c’est un des plus beaux iris de ces dernières années. C’est un croisement de ‘Edith Wolford’ x ‘Queen in Calico’. Il est très différent de ses deux parents, mais il est magnifique et le voilà dans la course pour une DM ! S’il lui arrivait de gagner cette compétition, il serait le premier iris non américain à le faire.

Celui qui a le plus fait usage de ‘Queen in Calico’, c’est le Slovaque Ladislaw Muska. Au point que cette variété fait partie de ses iris fétiches, au même titre que ‘Babbling Brook’ à ses débuts, ‘Don Epifano’ ensuite, puis ‘Sky Hooks’. La plupart de ses obtentions à partir de ‘Queen in Calico’ sont de vrais plicatas. La plus emblématique est ‘Graffiti’ (96), et elle a également beaucoup servi pour des variétés ultérieures, comme les frères de semis ‘Intarzis’ et ‘Luc de Gras’ (98) ou ‘Tagli e Buchi’ (2001), l’une des plus belles réussites de son obtenteur, toute frisottée, qui revient, du point de vue des couleurs, aux associations qui ont fait le succès de ‘Queen in Calico’, plus de vingt ans auparavant.

‘Queen in Calico’ fait partie du petit nombre des variétés qui ont marqué leur époque ; tout collectionneur d’iris se doit de le cultiver dans son jardin.

15.2.08


LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

Autre style de photo, cette semaine. Lowell Baumunk, qui est avant tout hybrideur, réalise aussi des photos très travaillées, comme celle de ‘Broken Pattern’. La fleur est mise en valeur par un arrière plan très moderne et élégant.

ECHOS DU MONDE DES IRIS

L’année des luminatas

Le modèle « luminata » ne date pas d’aujourd’hui. ‘Moonlit Sea’ (Sass 43) est un bel exemple de « luminata » historique. Mais depuis quelques temps, sous l’impulsion de Keith Keppel, de nombreux hybrideurs ont cherché à obtenir ce modèle de fleurs. Les exemples sont nombreux, mais rien ne vaut le travail du « chef » ! Témoin : ce ‘Montmartre’ (Keppel 2008). 2008 sera-t-elle l’année des « luminatas » ?

Un parfum d’iris

Encore un parfum à base d’iris : « La Pausa » de Chanel. Décidément la culture de I. florentina pourrait bien redevenir rentable !



COMMENT TU T’APPELLES ?

Tous les obtenteurs vous le diront, c’est bien délicat de donner un nom à un iris.

La première difficulté, c’est de s’arrêter sur un nom qui ait une signification, soit en lien avec une caractéristique de la fleur, ou soit en hommage à un événement ou une personne. Ce nom va correspondre à la sensibilité de son inventeur, à son souci d’originalité, à son désir de nouveauté ou d’élégance. Il faut un nom évocateur, joli, qui ne rebute pas l’acheteur éventuel (comment espérer qu’un iris baptisé ‘Bordello’ puisse faire carrière en France ?).

La seconde réside dans le fait qu’une infinité de noms ont déjà été attribués, depuis que l’on baptise des iris, c’est à dire, environ, depuis les années 1880. En trouver un qui ne soit pas déjà porté, peut se révéler tortueux. C’est d’ailleurs pourquoi l’on demande, au moment de l’inscription, de proposer plusieurs noms. Le « registrar » vérifiera si le premier nom choisi n’a pas déjà un titulaire, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il découvre un nom toujours libre. Si jamais on tient particulièrement à un nom déjà donné, il faut s’assurer que la variété qui le porte, ou l’a porté, n’est pas devenue obsolète, soit qu’elle ait disparu, soit qu’elle ait été retirée du commerce par son obtenteur. Autant dire qu’il faut une belle chance pour obtenir toutes les assurances nécessaires.

La troisième est liée aux interdictions formulées par le Code International de Nomenclature des Plantes Cultivées. A l’heure actuelle elles sont au nombre de onze !!
Sont ainsi interdits :
Les noms de personnes vivantes (sauf si celles-ci ont donné un consentement écrit), et ceux des personnes décédées depuis moins de 10 ans (sauf avec l’autorisation des ayant-droit) ;
Les noms en forme d’adresse (par exemple commençant par Madame ou Mademoiselle) dans quelque langue que ce soit ;
Les noms contenant des chiffres, des symboles , des signes de ponctuation ou des abréviations ;
Les noms commençant par un article ( en quelque langue que ce soit) sauf si cette forme d’expression est requise dans la langue utilisée ;
Les noms en latin ou dans une forme latinisée ;
les faibles variations d’un nom déjà donné ;
Les noms de plus de quatre mots ou trente lettres ;
Les noms contenant les mots « iris » ou « flag », de même que ceux se référant à une espèce botanique ou composés à partir d’un de ces noms ;
Les noms contenant le nom propre de l’hybrideur ;
Les noms excessivement laudatifs, ou qui peuvent devenir inappropriés, et ceux qui ne contiennent que des adjectifs ou qui constituent une simple description ;
La simple traduction d’un nom exprimé dans une autre langue.

L’énoncé précédent peut aboutir à un véritable casse-tête. Pas tellement pour celui qui choisit le nom, mais surtout pour celui qui doit l’entériner.

Le « registrar » de l’AIS avait la vie belle du temps ou les noms étaient exprimés essentiellement en anglais et en français, mais il a de quoi s’arracher les cheveux maintenant qu’on trouve des noms dans un grand nombre de langues (allemand, italien, tchèque, slovaque, slovène, polonais, russe, ukrainien, japonais, et même breton ou esperanto !). Les règles 2, 4 10 et 11 notamment exigeraient du « regsitrar » une connaissance de tous les langages du monde ! Mission impossible (1).

L’actuel « registrar » a choisi de ne tenir compte que d’une seule chose : que deux noms ne comportent pas les mêmes lettres, dans le même ordre ! Sans aucune référence au sens des mots ou à la signification du nom ! C’est une absurdité absolue qui a déjà provoqué des frictions et qui entraînera immanquablement des abus et des confusions. Il y a pourtant une solution bien simple, si l’on ne veut pas que les noms d’iris reconstituent les problèmes de la tour de Babel : que chaque nom, en plus de la langue dans laquelle il est exprimé, soit suivi de sa traduction en anglais. J’ai fait cette suggestion à l’AIS, qui l’a examinée lors de sa dernière réunion du Conseil d’Administration. Mais elle a été rejetée, sans réel débat, ce qui est navrant. Il faudra faire de nouvelles propositions, plus argumentées sans doute. Il faudrait surtout qu’un locuteur anglais ou américain veuille bien se charger du dossier et aille le défendre devant le staff de l’AIS. Ne désespérons pas, cela viendra un jour. Mais il y a urgence, si l’on ne veut pas qu’une confusion calamiteuse s’installe dans les noms d’iris.

(1) exemples d’entorses déjà remarquées à la règle n° 11 :
- ‘Mystérieux’ (Cayeux 2003) et ‘Mysterious’ (Schreiner 74)
- ‘Ravissant’ (Cayeux 2005) et ‘Ravishing’ (Miller 93)
- ‘Starlette Rose’ (Cayeux 96) et ‘Pink Starlet’ (Wood 93).

10.2.08

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Pauvres remontants

Les hybrideurs ne seraient-ils plus intéressés par les iris remontants ? C’est à croire quand on constate, comme l’a fait Loïc Tasquier, combien ils sont peu nombreux dans les enregistrements des dernières années et, en particulier, en 2006 et 2007.

2001 = 55/964
2002 = 54/1051
2003 = 52/1031
2004 = 46/1052
2005 = 43/1268
2006 = 39/1152
2007 = 39/1193

LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

‘Bohemian’
La photo d’aujourd’hui provient de la collection du Parc Floral de Vincennes. L’auteur n’est pas nommément identifié, mais c’est un artiste qui apprécie les fleurs lorsqu’elles se présentent sous un aspect un peu ébouriffé, qui donne à ses clichés une originalité certaine, sans pour autant trahir l’iris qui en fait l’objet.



LES BRAS DRESSÉS DU BONZE EN PRIÈRE

En feuilletant un ancien numéro de Iris & Bulbeuses, je suis tombé sur la photo d’un iris, qualifié tout simplement de « spoon ». Je suis certain qu’il s’agit en fait de ‘Dauber’s Delight’ (Osborne 91), un iris « space age » bien connu et très représentatif du modèle. Les appendices dressées à l’extrémité des barbes m’ont fait irrésistiblement penser au geste d’un bonze en prière (et même à la manière de saluer, si élégante, du Dalaï Lama) : les bras collés et dressés, les mains jointes.

Les iris « space age » n’ont pas toujours la grâce de ‘Dauber’s Delight’. Souvent les tensions que l’appendice du bout des barbes crée dans le sépale provoquent une pliure de celui-ci autour de la nervure médiane, qui enlève tout chic à la fleur. C’est un inconvénient que les obtenteurs devraient toujours prendre en compte et leur faire rejeter les plantes qui en souffrent. Cependant le phénomène « space age » (que je souhaiterais voir désigné sous le vocable latinisant de « rostrata ») n’est pas du tout à rejeter. C’est même le chemin essentiel vers des iris à fleur double.

Chez les roses ou les pivoines, les horticulteurs sont parvenus à créer des fleurs doubles en obtenant une transformation des étamines en pétaloïdes. Il n’est pas imaginable que la même transformation intervienne chez les iris où il n’y a que trois étamines par fleur, de petite taille et dissimulées sous le couvercle des styles. L’apparition de prolongations des barbes est une occasion à saisir car, avec le temps et les croisements successifs, on doit pouvoir obtenir un développement important et harmonieux des pointes en forme de pétaloïdes. C’est d’ailleurs ce qui commence à se produire : des excroissances se terminant par un bouquet vaporeux de matière florale existent déjà ; il faut qu’elles s’accroissent en volume et en légèreté, mais la voie est ouverte.

Pour en arriver là, le chemin est long et difficile. Il a commencé dès les années 40, en particulier chez les frères Sass, dans le Nebraska, mais à l’époque ces prolongations ont été considérées comme des monstruosités et impitoyablement rejetées. Il a fallu la perspicacité du Californien Lloyd Austin et son souci d’apporter du nouveau dans le ronron des hybrideurs pour que, d’éléments indésirables, les éperons et autres cuillers acquièrent le rang d’apports esthétiques. Quand Lloyd Austin a vu les premiers iris présentant des extensions étranges à l’extrémité des barbes, il s’est dit qu’il y avait là quelque chose qui méritait d’être profondément étudié. Il a dès lors entrepris un énorme travail de recherche et de croisement afin d’exploiter ce qui n’était qu’une anomalie, et d’apporter à ces nouveautés toutes les améliorations qui étaient possibles, de manière à ce que les éperons confèrent aux fleurs une personnalité particulière. C’est lui qui a inventé l’expression « Space Age » pour désigner ces nouveaux iris, leur attribuant du même coup une identité synonyme de modernité. Ses variétés, tout comme celle de Tom Craig, un autre fan des iris à éperons, proviennent en fait d’une même lignée développée à partir de plicatas en provenance des semis de Sydney Mitchell et en particulier d’une variété dénommée ‘Advance Guard’. Dans tous les cas il s’agit de plantes issues des plicatas de la fratrie Sass. Chez Austin, l’origine de la lignée se situe notamment dans une variété au nom particulièrement bien choisi : ‘Horned Papa’ (60) ! Mais le premier des SA qu’il a enregistré s’appelle ‘Unicorn’ (52), et c’est aussi un plicata. A partir de 1959 il n’a plus produit que des SA, dont les noms font toujours allusion aux appendices qui les décorent : ‘Flounced Marvel’ (60), ‘Spoon of Gold’ (60), ‘Lemon Spoon’ (60), ‘Horned Flare (63), ‘Spooned Blaze’ (64)…

La machine était lancée. Manley Osborne, Henry Rowlan ont été parmi les premiers à reprendre le flambeau. Tout le monde connaît ‘Moon Mistress’ (Osborne 76), iris de couleur pêche, ou ‘Battle Star’ (Osborne 78), bicolore chamois et fuchsia, ‘Hula Moon’ (Rowlan 78), chamois marqué de violet, ou ‘Space Dawn’ ( Rowlan 82) blanc influencé de jaune citron. Ce sont des variétés qui sont à l’origine des SA actuels, avec les descendants de ‘Moon Mistress’ que sont ‘Twice Thrilling’ (Osborne 84), mais surtout ‘Sky Hooks’ (Osborne 80). Un autre visionnaire, Monty Byers, a compris que les SA recelaient tout ce qu’il faut pour révolutionner le monde des iris. Il a exploité le filon avec passion et persévérance. Il a été généreusement récompensé, à titre posthume malheureusement, grâce à ‘Conjuration’ (89), ‘Thornbird’ (89) et ‘Mesmerizer’ (91), les trois Médailles de Dykes qui ont été à ce jour attribuées à des SA. Ces trois variétés démontrent l’évolution du modèle « space age » , avec les courtes pointes blanches de «’Conjuration’, les longs filaments recourbés de ‘Thornbird’ et les spatules gaufrées de ‘Mesmerizer’.

Des centaines de variétés issues de ‘Sky Hooks’ peuplent maintenant nos jardins. C’est l’iris à éperons le plus utilisé en hybridation. Ses frères, sœurs ou cousins n’ont pas eu le même succès. Prenons le cas de ‘Dauber’s Delight’ dont il a été question au début de cette chronique. Cette variété a été presque exclusivement utilisée par la famille Sutton, George et Michael, qui en ont fait la base de leur lignée de SA. En France on connaît bien ‘Bye Bye Blues’ (96) vainqueur du concours FRANCIRIS ® 2005. Mais le plus réussi est peut-être ‘Reversi’ (2005) qui allie les modèles SA et amoena inversé.

Les obtenteurs sont toujours à la recherche de l’iris double. Pas à pas, les progrès dans l’importance et la forme des éperons progresse sur ce chemin. Ladislaw Muska, le principal hybrideur slovaque, a, par exemple, enregistré ‘Gaïus’(1) qui arbore des pétaloïdes en forme de champignon, du genre girolle ou mousseron. Mais il ne faut pas sombrer dans la facilité qui consiste à mettre au commerce des variétés équipées d’appendices extravagants, ou simplement disproportionnés. Cela existe pourtant, mais le vrai amateur ne se laissera pas prendre à cet effet de mode.

Les iris à éperons sont devenus un « must » partout dans le monde. Ils ont été adoubés par les juges officiels, pourtant réputés assez conservateurs, puisque par trois fois ils ont accordé la Dykes Medal à l’un d’entre eux. Un jour viendra où cette distinction si recherchée couronnera un iris vraiment « flore pleno ». Une nouvelle étape aura été franchie dans la longue histoire des iris.

(1) initialement baptisé ‘Impresario’