15.7.18

'JOYCE TERRY' (la suite)

Les variétés de modèle Joyce Terry sont très nombreuses et de nouvelles apparaissent chaque année. Voici un échantillonnage des plus belles réalisations de ces cinquante dernières années. 

Les années 2000 (bis) 

Le modèle prend une tournure mondiale : des USA à l'Australie et à la Pologne (Krupka)...

'In the Spotlight' (M. Sutton, 2005) (Aura Light X Fashion Designer) 


'Sunset Street' (Krupka, 2003) (Howdy Do X Rustler) 


'Silk and Honey' (Blyth, 2006) (de Affaire, Chocolate Vanilla, Yes, Mandarin Morning...) 


'Lemon Frappucino' (M. Sutton, 2007) (Silverado X Barbara’s Lace) 


'Lemonella' (Hedgecock, 2008) (Sophistication X Golden Surrey)

LA FLEUR DU MOIS

'Land Art' (Augusto Bianco, 2008) 
'Confusione' X (((( 'Surf Rider' x 'Winter Adventure') x 'Beachgirl') x ( 'Sun Dappled' x 'Beachgirl')) x 'Earthborn'). 


C'est Augusto Bianco lui-même qui m'a envoyé cet iris. C'est un des derniers à être entré dans ma collection puisqu'il y est apparu en 2010 et que j'en ai fait don en 2015. Depuis son transfert, il continue sa vie dans le jardin du presbytère de Champigny sur Veude et ce printemps il a abondamment fleuri, comme tout le reste des iris transférés, d'ailleurs, ce qui est une chance peu banale quand on sait qu'un peu partout dans la région, la saison a été modeste, voire médiocre. Il a également bien fleuri ici, chez moi, où j'en ai conservé une touffe, pour le plaisir. Le plaisir ? Assurément parce que c'est une plante généreuse et une fleur dont le coloris me plait. Par non-conformisme en effet j'affectionne les fleurs peu banales, les iris gris, les iris plicatas compliqués, les iris verts... Ces derniers sont représentés par mon propre 'Kir' dont la couleur de base est un jaune un peu fumé, issu de 'Sky Hooks', couleur qu'on retrouve sur 'Land Art', en plus franc peut-être.

 La description officielle de 'Land Art' est la suivante : « Pétales, sépales et styles jaune verdâtre, sépales touchés de gris en leur centre ; barbes moutarde à la pointe, vieil or dans la gorge. » Cependant, quand on examine le pedigree de 'Land Art', on peut vraiment s'étonner de trouver une fleur jaune dans cet environnement. 'Confusione' (Bianco, 2005) est un bicolore améthyste et grenat, 'Surf Rider' ( Tucker, 1970) est in amoena bleu inversé de la première génération, de même que 'Winter Adventure' (P. Black, 1991) qui en est une version plus moderne et contrastée, Beachgirl' (Blyth, 1983) est un amoena orange, 'Sun Dappled' (Niswonger, 1983) est un amoena jaune (la variété chez laquelle on trouve un coloris qui s'approche du jaune de 'Land Art') et 'Earthborn' (Hager, 1992) un bicolore orchidée / beige. 'Confusione, la « mère » a par ailleurs un pedigree voisin de celui de 'Land Art' : ((((Surf Rider x Edge of Winter) x Beachgirl) x (Sun Dappled x Beachgirl)) x Fascinator) X Crimson Twist. Ce qui change : 'Fascinator' (Hager, 1989) et 'Crimson Twist' (Ernst, 1996). Le premier porte des sépales dorés surmontés de pétales infus de violet, le second, plicata dans les tons de grenat, est issu du couple mythique (Edna's Wish x Wild Jasmine). Aux yeux de A. Bianco ce 'Confusione' doit présenter bien des opportunités parce qu'il en a fait un usage abondant, pour obtenir jusqu'à ce jour, des variétés au nombre de treize, toutes fort différentes les unes des autres. Avec ses douze cousins 'Land Art' constitue toute une famille très diversifiée et originale.

On ne sait pas encore si ce 'Land Art' aura une descendance. Pour l'instant il n'y a rien de ce côté-là mais il est encore un peu tôt pour parler d'absence de postérité.

 Au jardin, 'Land Art', qui pousse facilement, constitue des belles touffes bien construites avec de nombreuses tiges florales et beaucoup de fleurs. C'est donc une bonne plante de jardin que je recommande à ceux qui sont attirés par les coloris rares.

Iconographie : 


 'Land Art' 


'Confusione' 


'Winter Adventure' 


'Earthborn'

LES MYSTÈRES DE L'EST

Dans les années 1970 j'aimais bien à la télé regarder une série appelée « Les Mystères de l'Ouest » où l'on suivait les aventures de James West et d'Artemus Gordon. Cela se passait dans un Ouest américain mythique, au cours des années 1870, ou à peu près... Aujourd'hui, dans la matière qui nous intéresse, les mystères ne viennent plus d'Amérique mais plutôt de l'Est de l'Europe et de l'ex-empire soviétique.

Depuis la disparition de Rideau de Fer, dans les pays devant lesquels il se situait, un engouement considérable pour les iris s'est développé à grande vitesse. Dès que cela a été possible pour eux, ceux qui avaient envie d'hybrider les iris se sont procuré à l'Ouest des variétés récentes avec lesquelles ils ont entrepris un gros travail qui n'a pas tardé à porter ses fruits. Plusieurs fois j'ai raconté l'histoire des pionniers qui ont nom Ladislav Muska, Adolf Volfovitch-Moler ou Sergeï Loktev. Ces trois-là nous ont quitté et une nouvelle génération d'hybrideurs est apparue. Elle s'est implantée dans les länder allemands de Saxe, Saxe-Anhalt et Thuringe, en République Tchèque, en Slovaquie, en Pologne, en Lituanie, et surtout en Russie et en Ukraine. Un grand nombre de nouveaux hybrideurs sont apparus. Les carnets d'enregistrement de l'AIS on été envahis de variétés nouvelles obtenues dans ces pays. On découvre régulièrement les photos de nouvelles variétés qui semblent intéressantes en terme de coloris et de forme, mais on ne sait pas grand' chose d'autre à propos de ces variétés car très peu sont arrivées jusqu'à nous.

Les hybrideurs américains et australiens ont distribué leurs productions à travers le monde en faisant l'effort de les expédier chez les pépiniéristes et amateurs de tous pays. Les variétés américaines constituent la base de nos catalogues (un peu moins maintenant que les européens se montrent moins timides et proposent beaucoup de leurs obtentions). Mais où sont les variétés allemandes, polonaises et autres ? Les iris participants aux concours ouest-européens proviennent largement des pépinières américaines ou australiennes, mais, en dehors du concours de Munich, on n'y voit guère de variétés orientales. C'est de là que proviennent les mystères de l'Est.

Essayons de les élucider.

Les hybrideurs de l'Est de la première génération n'avaient pas la fibre commerciale. Sergeï Loktev hybridait à tour de bras, enregistrait des légions de nouveautés, mais faisait tout cela essentiellement pour sa satisfaction personnelle. Les autres travaillaient également pour leur plaisir et ils n'ont jamais vraiment essayé de diffuser leur production. Pour plusieurs raisons : Ils ne disposaient pas de surface importante de culture, souvent ils se contentaient d'un petit jardin ouvrier ; ils de maîtrisaient pas la langue anglaise qui leur aurait permis de se faire connaître ailleurs que dans leurs pays d'origine ; la législation de leurs propres pays, longtemps restée inspirée par les lois autarciques héritées du régime communiste, interdisait pratiquement l'exportation de plantes vivantes (1). Ainsi Viacheslav Gavriline, obtenteur russe, venu en touriste en France, a-t-il apporté dans sa valise trois ou quatre rhizomes de sa production, qu'il a remis discrètement à la présidente d'alors de la SFIB, en lui demandant de les cultiver et de les inscrire au concours FRANCIRIS 2011.

Il semble que la génération suivante n'ait plus autant de handicaps. Pourtant ses iris n'atteignent ni la France, ni le reste de l'Occident, d'ailleurs il est rare qu'on puisse voir une de ses obtentions dans nos jardins. Cela doit signifier qu'il reste des obstacles. Lesquels ?
- La langue. L'anglais n'est toujours pas très répandu parmi les hybrideurs est-européens. Alors que je recherchais des juges étrangers pour le concours FRANCIRIS 2013, Anton Mego, slovaque et remarquable hybrideur, n'a pas souhaité participer au motif que sa pratique de l'anglais était déficiente. Pour le concours FRANCIRIS 2017, Igor Khorosh, ukrainien, était accompagné d'une interprète afin de pouvoir participer aux discussions avec les autres juges.
- Les structures commerciales. Les obtenteurs ne disposent pas des moyens commerciaux nécessaires pour diffuser leurs iris à l'étranger. De plus les réglementations de leurs pays pour l'exportation restent encore archaïques et contraignantes. Il leur faut user de stratagèmes pour que leurs plantes parviennent jusqu'à nous.
- Le comportement végétatif. Les iris d'Europe de l'Est, de Russie et d'Ukraine sont nés sous des climats continentaux rigoureux. Si j'en juge par les performances des variétés envoyées en France pour le dernier concours FRANCIRIS, l'adaptation aux conditions météorologiques de l'Europe Occidentale a été difficile. Elles n'ont pas été à la mesure des espoirs qu'avaient mis en elles ceux qui les avaient expédiées au concours.
- Enfin la frilosité de certaines pépinières françaises à accueillir des variétés dont on ne connaît pas la valeur horticole et qu'il n'est pas facile de se procurer. Peut-être même la graphie et la prononciation des noms de variétés exprimés en langues slaves contribuent-t-elles à cette méfiance.

Cela fait, ou contribue à faire, que malgré une production importante, et des fleurs présentées par des photos flatteuses, tous ces iris nous restent à peu près inconnus.

(1) La législation russe, par exemple, dans les années 1990, ne prévoyait pas que l'on puisse exporter des quantités de marchandises inférieures à la charge d'un camion ou d'un wagon … De plus il n'existait pas de contrôle phytosanitaire.

Iconographie : 


 'Fakel Nadezhdy' Факел надежды (Loktev, 2006) 


'Bely Popugay' Белый попугай (Gavrilin, 2006) 


'Polski Tancerz' (Piatek, 2013) 


'Zvuky Trembity' (Khorosh, 2011)

6.7.18

'JOYCE TERRY' (la suite)

Les variétés de modèle Joyce Terry sont très nombreuses et de nouvelles apparaissent chaque année. Voici un échantillonnage des plus belles réalisations de ces cinquante dernières années. 

Les années 2000 

Le Triomphe ! 'That's All Folks' hisse le modèle au pinacle.

'Sunshine and Snow' (Schreiner, 2001) (de Lady Madonna, Lilac Champagne, Breaking Dawn...) 


'Happy Again' (Schreiner, 2002) (semis X First Interstate) 


'Pure and Simple' (Maryott, 2003) (Barbara My Love X Ghio U94-1A) 


'House Guest' (Blyth, 2004) (((All Silent sib x Goldie the Pirate sib) x Natural Grace sib) X ((Over The Blues x China Walk) x Street Talk sib)) 


'That's All Folks' (Maryott, 2004) (Barbara My Love X Ghio U94-1A)

ERREURS

Un lecteur attentif - et fort au fait des événements concernant les Etats-Unis a remarqué deux erreurs dans l'article de la semaine dernière "La voie vers l'Ouest I" :

 1) "Il ne faut cependant pas faire d'un cas particulier une généralité. Car à peu près au même moment c'est en Pennsylvanie, à Wyomissing exactement, que Bertrand Farr, qui vendait aussi des pianos, s'est intéressé aux fleurs et a créé une pépinière où il a commencé à hybrider des iris. Nous sommes bien sur la côte ouest, et ma démonstration peut commencer.
Il fallait lire "sur la côte est".
2) "Les premiers colons arrivés aux Etats-Unis, en provenance d'Angleterre et d'Allemagne, ont pris pied dans le nord-est du territoire, dans ce que l'on appelle la Nouvelle Angleterre." Notre lecteur avisé précise : "les premiers colons arrivèrent au sud de la Virginie et fondèrent la première colonie à Jamestown en 1607. La Colonie de Plymouth en Nouvelle Angleterre est historiquement la plus connue mais elle fut la seconde colonie permanente anglaise après Jamestown."

 Mea culpa... et merci de ces mises au point.

LA VOIE VERS L'OUEST II. du Mississipi au Pacifique

Dans leur progression vers l'ouest les iris ont traversé le Mississipi et ont été cultivés dans la grande prairie du Middlewest. Dans ces contrées continentales ils ont rencontré des conditions de culture difficiles qui ont renforcé leur rusticité et leur résistance aux climats extrêmes. Ce fut un acquis important pour leur diffusion partout dans le monde.

Les frères Sass sont les principaux hybrideurs officiant dans cette région. Nés en Allemagne et arrivés aux Etats-Unis en 1884, ils se sont installés dans le Nebraska comme de nombreux immigrants de l’époque. L'aîné, Hans, botaniste de formation, a enregistré son premier iris 'Midwest' en 1923. La célébrité lui est venue grâce à 'Rameses' (1930) qui a reçu la Médaille de Dykes en 1932. Un autre de ses titres de gloire est d’avoir eu l’idée de croiser les grands iris avec les petits pumilas et obtenu les tout premiers iris intermédiaires. Lui et son frère Jacob avaient les mêmes objectifs en matière d’hybridation, et des goûts très voisins. Jacob a commencé à enregistrer des iris, comme son frère, dès 1923, mais il a lui aussi attendu longtemps la consécration. Le succès est venu avec 'The Red Douglas' (1934) qui a obtenu la Médaille de Dykes en 1941. Au-delà se situent d’autres réussites notoires comme 'Blue Shimmer' (1942) et l’indétrônable 'Ola Kala' (1943). Les frères Sass sont évidemment à classer dans le monde de l’iridophilie au rang des obtenteurs fondamentaux.

Un autre immigré en provenance d'Allemagne a acquis dans cette région une renommée qui a fait le tour du monde. Il s'agit de Frantz-Xaver Schreiner, le fondateur d'une dynastie qui règne encore sur le monde des iris cent ans après son apparition. C'est en 1920 que F. X. Schreiner commencera à s'intéresser aux iris à la suite d'une rencontre fortuite avec John Wister, le fondateur de l'AIS. Cette rencontre sera déterminante pour le restant de sa vie et pour celle de sa famille. Très vite il se constitue une belle collection d'iris et envisage d'en faire son activité principale. A l'époque les iris étaient encore peu répandus notamment dans le Minnesota et F. X. Schreiner a compris qu'il y avait une belle opportunité de concilier sa nouvelle passion et les affaires de sa famille. Mais l'âpre climat du Minnesota n'offre pas les conditions idéales pour cultiver les grands iris ! Frantz- Xaver en est bien persuadé, surtout après les fameuses tempêtes de sable de l'année 1930 qui ont dévasté les plantations d'iris, et une tornade, l'année suivante, qui a aggravé la situation. C'est pourquoi, avant de mourir prématurément en 1931 il fait à ses enfants la recommandation suivante : « Si vous continuez l'aventure, il faudrait que vous envisagiez de la transférer dans une région dont le climat serait plus favorable. » Ses deux fils et sa fille ont en effet l'intention de continuer ensemble et ils transfèreront l'entreprise beaucoup plus à l'ouest, dans l'Oregon et la vallée de la Willamette. Ils continueront ainsi la progression du monde des iris, à l'image du peuplement des Etats-Unis.

La prairie du Middlewest s'achève brusquement devant l'énorme barrière des Montagnes Rocheuses. Les pionniers ont néanmoins franchi cet obstacle et les iris étaient du voyage. C'est ainsi qu'à la fin des années 1940 Tell Muhlestein a ouvert une pépinière à Orem, dans la banlieue de Salt Lake City, dans l'Utah. Il commercialisait lui-même les iris qu'il produisait et son catalogue présentait cette caractéristique de contenir des informations et des conseils de culture et d’hybridation marqués par son humour et son talent didactique. Car c'était un homme généreux, ouvert aux autres et curieux de plein de choses. N’a-t-il pas été pianiste et compositeur avant de devenir éleveur de canaris, tout en s’adonnant avec passion à l’hybridation des iris ? Les premières variétés qui attirèrent sur lui le regard des iridophiles, furent sans aucun doute 'Pink Formal' (1949) et 'Party Dress' (1950) deux iris roses, de ce rose qui porte sa marque. Cependant les roses ne furent pas ses seules réussites. Au fil des ans, ses variétés furent de nombreuses fois à l’honneur. En 1956 'Swan Ballet' (1953) reçut, à Florence, le Florin d’or, et continua sur sa lancée pour obtenir la Médaille de Dykes l’année suivante. Melba Hamblen, une de ses voisines, a repris le flambeau qu'il avait abandonné bien trop tôt.

Melba Hamblen, guidée par son compatriote de l'Utah, Tell Muhlestein, s'est lancée dans l'iridophilie dès 1936. Elle a commencé l'hybridation en 1943, avec les conseils de son illustre mentor, et enregistré ses premières variétés en 1954. 'Glittering Amber' (1955) et 'Pretty Carol' (1956) font partie des premières variétés qui l'ont fait connaître. Ses nombreux iris – plus de deux cents - étaient considérés dès les années 1960 comme parmi les meilleurs et, en raison de ses connaissances étendues de l'irisdom, elle fut chargée de rédiger une grande partie de la célèbre « bible » « The World of Irises ».

Lors de la disparition de Melba Hamblen, en 1992, il y avait bien longtemps que les iris avaient conquis la Californie et l'Oregon, sur la côte du Pacifique.

Ils ne sont sans doute pas parvenus à San Francisco par la voie terrestre, mais plutôt par la voie maritime et ils se sont implantés dans la région de Sacramento où ils ont rencontré une terre et un climat parfait pour leur développement. On est alors après la fin de la Première Guerre Mondiale. Et celui qui est à l'origine de leur expansion est le bibliothécaire de l'université de Berkeley, Sydney B. Mitchell. Celui-ci est né à Montréal au Canada en 1878. Cet intellectuel, quand il était étudiant à l'Université McGill, s'est lié d'amitié avec le jardinier de l'Université, qui lui fit cadeau de ses premiers plans d'iris. Il les cultiva dans une partie du jardin de son frère et il se constitua bientôt une collection de belle taille. Celle-ci le suivit à Berkeley quand il gagna la Californie, en 1911. Ce fut son amour des grands iris barbus qui accompagna toute son existence. Il hybrida de nombreuses variétés, en particulier de nouveaux grands plicatas et des iris jaunes. Cependant ses plus grandes réussites en hybridation vinrent de sa collaboration avec d'autres, en particulier de son travail avec William Mohr. Après la disparition tragique de ce dernier, Mitchell continua de travailler avec ses semis, introduisant les meilleurs et en continuant la lignée. L'une des premières introductions de ces semis fut 'San Francisco' (1927), qui fut le premier à recevoir la Médaille de Dykes, l'année de son enregistrement.

Les iris avaient séduit un grand nombre d'amateurs californiens et leur culture a pris une rapide extension. C'est au point qu'en une vingtaine d'année la Californie est devenue ce qu'on pourrait appeler le pays des iris ! Dans les années 1940 on parlait de Lloyd Austin, le promoteur des iris à éperons, de Tom Craig, Jim Gibson, Clara Rees, Carl Salbach...

Plus au nord, les Etats d'Oregon et Washington, se révélèrent rapidement comme encore plus favorables à la culture des iris que la Californie elle-même. Curieusement,ce n'est pas dans la fertile vallée de la Willamette que les premiers obtenteurs s'étaient installés, mais plutôt sur le plateau, au-dessus. Gordon Plough et Opal Brown habitaient par là. C'est sans doute l'arrivée des frères Schreiner, en 1947, en provenance du Minnesota, qui a déclenché l'implantation de nombreux hybrideurs, attirés par les conditions de culture idéales de la basse vallée de la Willamette.

Les iris avaient accompli leur migration. Et même si, aujourd'hui, on trouve des pépinières d'iris un peu partout, les plus importantes, et les obtenteurs les plus éminents se trouvent toujours dans cet eldorado que constitue la côte Ouest.

Iconographie :


'Rameses' (Sass, 1930) 


'Party Dress' (Muhlestein, 1950) 


'Tabasco' (Tom Craig, 1951)


'Pretty Carol' (Hamblen, 1956)

25.6.18

'JOYCE TERRY' (la suite)

Les variétés de modèle Joyce Terry sont très nombreuses et de nouvelles apparaissent chaque année. Voici un échantillonnage des plus belles réalisations de ces cinquante dernières années. 

Les années 1990 

L'âge d'or ! L'Allemagne fait son apparition avec 'Elena Lang' de Manfred Beer.


'New Dawning' (Ernst, 1990) (Afternoon Delight X semis Gaulter) 

'First Interstate' (Schreiner, 1990) ((Soft Moonbeam x New Moon) X (((Lightning Ridge x (Wine and Roses x Gypsy Lullaby)) x (((Imperial Lilac sib x Arctic Flame) x White Taffeta) x Launching Pad)) x Piping Hot)) 


'Sunkiss' (Gartman, 1993) ((Piping Hot x (Soap Opera x (Joyce Terry x Entourage))) X Alluring) 


'Starlight Express' (Schreiner, 1994) (semis X S 659-1, Outrageous Fortune sib) 


'Elena Lang' (Beer, 1997) (Gold Ring X Fringe of Gold)

LA VOIE VERS L'OUEST I. de l'Atlantique au Mississipi

À lire et compulser des masses de documents sur les iris, en particulier les iris aux Etats-Unis, je finis par en connaître bien des aspects. J'ai remarqué notamment qu'au fil du temps le lieu de résidence des hybrideurs s'est progressivement déplacé d'Est en Ouest. Tout à fait comme cela s'est passé avec les pionniers, lors de la conquête de l'Ouest.

On peut donc penser que les iris sont apparus sur la côte est, en Nouvelle Angleterre par exemple. Pourtant le premier iris américain, d'après Clarence Mahan, qui en connaît un rayon, serait 'Fairy', une variété presque blanche, obtenue par un certain Amasa Kennicott, citoyen de l'Illinois, à proximité de Chicago, dans les années 1900. Voilà qui contredit l'affirmation précédente !

 Il ne faut cependant pas faire d'un cas particulier une généralité. Car à peu près au même moment c'est en Pennsylvanie, à Wyomissing exactement, que Bertrand Farr, qui vendait aussi des pianos, s'est intéressé aux fleurs et a créé une pépinière où il a commencé à hybrider des iris. Nous sommes bien sur la côte ouest, et ma démonstration peut commencer.

Les premiers colons arrivés aux Etats-Unis, en provenance d'Angleterre et d'Allemagne, ont pris pied dans le nord-est du territoire, dans ce que l'on appelle la Nouvelle Angleterre. C'est la première terre que l'on rencontre en arrivant d'Europe, et c'est par là que, vers le début du XXe siècle, les premiers iris hybrides ont été importés. Il est donc normal que ce soit dans cette région que l'on ait commencé à les cultiver, puis à les hybrider. Si Bertrand Farr s'est intéressé aux iris dès le début du siècle, c'est parce qu'il a trouvé sur place des plantes qui arrivaient d'Angleterre où l'hybridation battait alors son plein. La variété qui a fait sa célébrité s'appelle 'Quaker Lady' (1909) mais il est aussi l'obtenteur de nombreux autres iris qu'on trouve encore chez les amateurs de variétés anciennes. Malheureusement il n'a pas noté les pedigrees de ses iris et c'est un manque pour les spécialistes de la généalogie.

A la même époque, dans les environs de Boston où elle est née, Grace Sturtevant s'est à son tour lancée dans l'hybridation des iris. Elle fut la première femme à s'intéresser à cette activité nouvelle qu'était l'hybridation des iris et elle l'a abordée dans un but plus scientifique qu'artistique. Elle a dit elle-même qu'il s'agissait pour elle d' « une étude de la génétique et de la couleur » des iris. Elle a enregistré un grand nombre de nouvelles variétés, mais, avec le temps et l’approfondissement de sa connaissance des iris, elle se montra éminemment sévère avec elle-même et si l’on cherche un exemple de cette obsession de la perfection, il se trouve dans ‘Shekinah’ (1918), qui fut le plus bel iris jaune de son époque et peut-être même le premier.

 Très rapidement ces nouvelles fleurs sont parties avec les nouveaux arrivants vers les terres plus à l'ouest où ils comptaient s'installer. C'est pourquoi on voit apparaître des obtenteurs d'iris au-delà des Apalaches, dans les nouveaux Etats à l'est du Mississipi (Illinois, Indiana, Kentucky, Tennessee...). Le citoyen Kennicott fut un pionnier, mais d'autres ont suivi sa trace et se sont imposés parmi les meilleurs. Encore aujourd'hui leurs obtentions font le bonheur de bien des jardiniers partout dans le monde. Cela se passe à partir des années 1930, et parmi une grand nombre de bons obtenteurs il faut surtout parler de quatre d'entre eux : David Hall (1875/1968), Paul Cook (1891/1963), Orville Fay (1896/1980) et Jesse Wills (1899/1977).

 Le plus ancien, David Hall est l'homme qui a introduit l'endogamie dans l'hybridation des iris. En tant qu'éleveur de chevaux il s'était rendu compte qu'en matière d'amélioration des performances génétiques des résultats tangibles n’apparaissaient guère avant la troisième génération. Il en a déduit que ce qui était applicable aux animaux devaient valoir aussi pour les plantes. Comme il s'intéressait aux iris roses – ceux qu'il a lui-même baptisés les « flamingo pink » - il a poursuivi ses travaux d’amélioration de générations en générations et après 17 ans de persévérance et d’acharnement, il a vu apparaître les premiers iris valables en rose à barbe orange, et ces variétés roses ont très vite acquis une renommée mondiale. Il faut aussi lui rendre hommage pour avoir introduit dans nos fleurs favorites avec 'Chantilly' cette dentelle qui frise si joliment les bords des pétales d’un grand nombre des variétés d’aujourd’hui. Enfin il a été le premier à présenter un iris aux pétales or, au-dessus de sépales blancs liserés d’or, un modèle qui a, depuis, fait florès.

 Dans les mêmes moments, Paul Cook s'est fait à son tour un nom inoubliable. Un nom indissociable de celui de ‘Progenitor’, un pauvre petit semis que la plupart des hybrideurs aurait détruit dès sa première fleur, mais dont il a eu, lui, le génie de pressentir les grandes aptitudes. De ce ‘Progenitor’ sont venus ‘Melodrama’, ‘Whole Cloth’, ‘Emma Cook’, ‘Miss Indiana’ et d'autres d'immense valeur qui nous valent de disposer aujourd'hui d'un panel pratiquement infini d'iris amoenas et bicolores.

Troisième homme de cette avancée vers l'ouest, Orville Fay, l’un des quatre ou cinq plus importants personnages du monde des iris. Les faits sont là pour confirmer cette affirmation. Trois de ses variétés n’ont-elles pas obtenu la Médaille de Dykes ? Ce sont 'Truly Yours' (1949), 'Mary Randall (1950) et 'Ripling Waters' (1961). Son travail, qui s’étend sur près de 40 ans, est essentiel dans l’histoire de l’hybridation et chacun des iris qu’il a introduit ont apporté quelque chose de neuf et d’important. Il aura fait mentir le principe selon lequel un bon hybrideur ne peut pas s’intéresser à tout puisque l’on trouve des variétés Fay incontournables dans presque tous les coloris, et qu’il a hybridé plusieurs autres sortes de plantes et en particulier les narcisses, les pivoines et, surtout, les hémérocalles. Son nom doit être connu et même révéré par tous ceux qui aiment les iris et s’intéressent à leur évolution.

Avec Jesse Wills on est en présence d'un tout autre type d'individu. Poète, musicien, sportif, historien, ornithologue, homme d'affaires, philanthrope, son travail sur les iris n'était qu'un délassement... Pour s'en tenir au domaine des iris qui fut le sien pendant près de 45 ans, il faudrait parler des multiples avancées qu'il y a développées. Pas seulement de 'Chivalry' (1943), qui fut son premier enregistrement, et qui lui valut la Médaille de Dykes en 1947 (pour un coup d'essai ce fut vraiment un coup de maître!) lequel ne faisait pas partie de ses favoris ! Il avait une nette préférence pour les amoenas, de toutes couleurs, comme 'Glacier Gold' (1964), pour les plicatas comme 'Belle Meade' (1950), à moins que ce ne soit pour les « rouges » comme 'Natchez Trace' (1969). Ce fut une personnalité qui a marqué le monde des iris où, comme dans les nombreux autres domaines où il excellait, il a laissé une marque qu'on ne peut pas oublier.

(à suivre...)
Iconographie : 



'Fairy' (Kennicott, 1905) 


'Wyomissing' (Farr, 1909) 


'Quaker Lady' (Farr, 1909) 


'Shekinah' (Sturtevant, 1918)

10/47

Une rumeur a circulé selon laquelle si les variétés italiennes avaient réussi un aussi beau parcours au dernier concours de Florence, c'était faute de combattants étrangers. La vérité est un peu moins sévère. Il y avait 47 variétés en compétition dont 10 italiennes. Ce qui est surprenant c'est qu'il n'y ait pas eu de plus nombreux concurrents, mais le succès des italiennes n'est pas usurpé.

15.6.18

Patience !

La semaine prochaine les lecteurs de Irisenligne devront attendre jusqu'au dimanche soir pour trouver leur blog favori. La raison ? Quelques jours de séjour à Bordeaux...

'JOYCE TERRY' (la suite)

Les variétés de modèle Joyce Terry sont très nombreuses et de nouvelles apparaissent chaque année. Voici un échantillonnage des plus belles réalisations de ces cinquante dernières années. 

Les années 1980 

Le caractère « moderne » des fleurs est de plus en plus évident.


'Eastertime' (Schreiner, 1980) ((White Taffeta x (semis x Arctic Flame)) X ((May Delight x Christmas Time) x Tinsel Town)) 


'Sun Circle' (Hamner, 1981) (Fashion Rings X Joyce Terry) 


'Golden Surrey' (Rudolph, 1984) ((Lavender Ribbon x Ruffled Surprise) X 80-29: ((Lemon Crest x Pink Sleigh) x (Lemon Crest x 74-40))) 


'Fringe of Gold' (Schreiner, 1987) (Tut's Gold X Amber Beauty) 

'Critic's Choice' (Gartman, 1988) (Classico X ((77-38D x Crystal Dawn) x Soap Opera))

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Soixante ans 

L'année prochaine la SFIB aura soixante ans. Elle aura connu bien des vissicitudes, mais n'a jamais perdu le cap fixé à son début par Gladys Clarke, sa fondatrice. Pour marquer cet anniversaire son actuel président, Roland Dejoux, va lui faire don d'une variété obtenue par lui. Le produit des ventes de cet iris ne fera pas de mal à une association qui manque de ressources.

Nom = 'Noces de Diamant' 

Obtenteur = Roland Dejoux

Enregistrement = 2018

Description = luminata grenat sombre, liserés crème. 


'Reta Fry' (Collie Terrell, 1964) 

Keith Keppel, fidèle et attentif lecteur de Irisenligne, m'a fourni le pedigree exact de 'Reta Fry', variété dont il a été question dans l'article consacré aux variétés de type 'Joyce Terry'. Le voici : ((((involved white sdlg. x Aldura) x (((Los Angeles x Don Juan) x (Titan x San Francisco)) x ((Aldura x Tiffany)))) x (((Fort Knox x "Type Dore" Sea Shell sdlg.) x Gold Ruffles) x Spring Sunshine) x (((Prairie Sunset x (Jane Williams x Tuscany Gold)) x (("Balofita" x W. R. Dykes)  x Bryce Canyon)) x Generous))   X  (Limelight x (Nomohr x Cream Crest)).

Merci chaleureux à Keith Keppel

'MADAME LOUIS AUREAU' un plicata qui nous veut du bien

«Ferdinand Cayeux est entré en scène quelques années après ses compatriotes (1) mais il les a rapidement distancés à la fois sur la quantité et sur la qualité des iris qu'il a obtenus. Ceux qui ont emporté la Médaille de Dykes Française (10 en 10 ans!) comprennent des variétés bien connues des amateurs et des hybrideurs partout dans le monde des iris ; et 'Pluie d'Or', 'Député Nomblot', 'Jean Cayeux' et 'Madame Louis Aureau' ont une place prépondérante dans l'évolution des iris modernes ». C'est en ces termes que les rédacteurs de « The World of Irises » parlent de 'Madame Louis Aureau' et des autres grandes variétés enregistrées par Ferdinand Cayeux dans les années 1930, au moment de la transition entre iris diploïdes et tétraploïdes.

'Madame Louis Aureau'(1934) fait partie de la grande famille des plicatas, des plicatas tétraploïdes, pour être précis, dont il est un des premiers représentants. Dans le procès-verbal de la Commission des Iris de 1934, il est décrit comme :  « Plicata aux fleurs larges et de belle forme portées par des hampes solides et branchues, divisions supérieures rose héliotrope sur fond blanc, les inférieures à fond blanc sablé et bordé de rouge vin ». Cette description laisse entendre que le fond, bien que blanc d'apparence, porte une certaine dose de pigments caroténoïdes qui donnent par effet d'optique cette teinte vineuse au parties chargées en pigments anthocyaniques (bleu ou violet). Pour une fois on dispose du pedigree de cette plante : 'Fakir X 'Ferdinand Denis'. 'Fakir date de 1933 et c'est un iris déclaré comme bleu profond, mais en fait plutôt un bitone bleu violacé avec des pétales éclairés de blanc et des sépales plus sombres, à reflets vineux et stries blanches aux épaules (c'est le côté plicata). 'Ferdinand Denis' a été enregistré en 1930 ; il est schématiquement désigné « S5M », ce qui veut dire en langage codé de l'époque « mêlé de jaune moyen », ce qui n'est pas très explicite mais qui justifie la présence de caroténoïdes chez son descendant.

Dans le chapitre de « The World of Irises » consacré aux plicatas, à propos des plicatas bruns de jim Gibson, il est écrit : « En plus de 'Sacramento', le matériel de base des premiers plicatas de Gibson comprend 'Tiffany', 'Siegfried' et 'Orloff' de Sass, 'Madame Louis Aureau' de Cayeux et, de Mitchell, 'Misty Rose', bitone descendant de 'Séduction' » un autre plicata signé Cayeux. C'est ainsi que le fameux 'Gibson Girl' (1946) vient de 'Madame Louis Aureau' et de 'Tiffany', ressemble bigrement à sa « mère » et précède toute une lignée d'excellents plicatas. Par son intermédiaire les gènes de 'Madame Louis Aureau' se trouvent dans 'Taholah' (1953), puis 'Wild Ginger' (1960) et ensuite, dans 'Kilt Lilt' (1969) et ses descendants. 'Madame 'Louis Aureau', par d'autres voies se retrouve dans d'autres plicatas bien connus comme 'Crinoline' (Schreiner, 1965), 'Decolletage' (Hager, 1968), 'English Cottage' (Zurbrigg, 1976) ou 'Needlecraft' (Zurbrigg, 1976). 'Decolletage' précède entre autres 'Jesse's Song' (Williamson, 1979), qui figure lui-même au pedigree de 'Splashacata ' (Tasco, 1997). cette dernière variété a été utilisée en abondance par son obtenteur Tasco, donnant notamment l'excellent 'Celestial Explosion' (2003). Pour l'anecdote, notons que notre 'Madame Louis Aureau', par l'intermédiaire de 'Splashacata' a légué un peu de ses gènes à 'Boucles d'Or' (Michèle Bersillon, 2009), faisant ainsi un retour au pays après plus de 80 ans de séjour aux Etats-Unis.

Pour notre héros du jour le voyage aux Etats-Unis n'a pas été un exil. Il y a engendré une longue et prolifique famille, à laquelle ont contribué à peu près tous les noms célèbres de l'hybridation. Le modèle plicata lui doit une descendance incroyablement nombreuse, et, par dessus le marché, ses aptitudes à la remontance ont aussi été exploitée, ce qui en fait un des éléments majeurs de l'iridophilie moderne.

 (1) NDLR = Philippe de Vilmorin, Ferdinand Denis et Armand Millet. 

Iconographie : 


 'Madame Louis Aureau' 


'Gibson Girl' 


'Crinoline' 


'Celestial Explosion'

8.6.18

'JOYCE TERRY' (la suite)

Les variétés de modèle Joyce Terry sont très nombreuses et de nouvelles apparaissent chaque année. Voici un échantillonnage des plus belles réalisations de ces cinquante dernières années. 

Les années 1970 

Le modèle s'affine !


'Peace Offering' (Ghio, 1971) (Reta Fry X New Moon) 


'Bicentennial' (Ghio, 1975) (Peace Offering sib X Ponderosa ) 


'Lemon Crest' (Rudolph, 1975) ((Lemon Mist x semis) X Beige Melody) 


'Gold Ring' (Gaulter, 1977) (New Moon X semis incluant Nob Hill, Rainbow Gold, West Coast, Royal Gold) 


'Genesis' (Tompkins, 1977) (semis incluant Tinsel Town, Maudie Marie, Charmaine, Pink Pussycat)

BAPTÊMES

Dans l'allocution que j'ai prononcée lors du baptême de 'La Grande Mademoiselle', j'ai dit, un peu vite, qu'à ma connaissance c'était la première fois qu'on baptisait officiellement une nouvelle variété. Mon information en matière de petits événements concernant le monde des iris n'est pas au point car il s'avère que des baptêmes il y en a eu déjà plusieurs. C'est Richard Cayeux qui en a fait la remarque à un ami commun, lequel m'a tenu informé. Merci à notre hybrideur numéro un qui est aussi, à l'évidence, un connaisseur avisé de ce qui se passe dans notre microcosme.

DE MOZART À SALIERI


Le modèle plicata doit être celui qui a le plus excité la créativité des hybrideurs depuis que cette activité existe, c'est à dire depuis que l'on se préoccupe de l'horticulture des iris. N'oublions pas que le premier iris hybride sélectionné par l'homme, 'Iris Buriensis', était un plicata, et que le premier titulaire de la Médaille de Dykes, 'San Francisco', était également un plicata. On aurait pu penser qu'avec le temps et la multiplication des variétés de ce modèle l'engouement allait s'essouffler. Mais il n'en est rien du tout ! L'année 2018 est même peut-être celle où l'on nous en offre le plus grand choix. Mais au fond pourquoi perdrait-on l'intérêt pour les plicatas quand on écoute Keith Keppel :  « Ce qui fait les plicatas si fascinants ce sont les variations à peu près illimitées qui peuvent apparaître, à la fois sur le fond et sur les dessins. » ?

On ne peut pas nier que Keppel soit le pape des plicatas. C'est d'ailleurs ainsi qu'il se qualifie lui-même ! Mais on constate qu'il rencontre une sévère concurrence. Par exemple, cette année, son voisin (et ami) Paul Black nous propose rien moins que huit nouvelles variétés (onze en comptant les luminatas-plicatas) alors que pour une fois son propre catalogue n'ajoute rien en ce domaine. Dans ce marché très concurrentiel, où d'autres fameux obtenteurs ne manquent pas de mettre leur grain de sel, il peut être intéressant de rechercher ce qu'il y a de différent dans le travail de ces deux ténors.

Dans le domaine de la musique classique, la rivalité entre Mozart et Salieri a donné naissance à bien des élucubrations. Mais si elle a défrayé la chronique dans les années 1780/90 on peut maintenant juger les choses avec nettement plus de recul. C'est à elle que me fait penser la situation qui s'est créée entre Black et Keppel.

Paul Black, dont la spécialité jusqu'à présent était du côté des iris nains (SDB) ne délaisse pas pour autant les grands iris. Il y déploie même une activité débordante dont on peut d'ailleurs s'inquiéter pour l'avenir, j'en parle dans d'autres chroniques. Il est, depuis quelques années, particulièrement porté sur les plicatas, et ce qu'il nous présente retient l'attention. Ce qui saute aux yeux, c'est l'économie des moyens mis en œuvre. C'est ainsi que pour les onze nouveautés de cette année, il n'a eu recours qu'à une douzaine de variétés, toutes excellentes (ou tout au moins prometteuses en ce qui concerne celles qu'on ne connaît pas parce qu'il s'agit de semis non dénommés). Et il y a deux croisements qui ont donné au total six frères de semis. Black a acquis une connaissance supérieure de la génétique des iris et il sait quelles variétés utiliser pour aller là où il veut aller, c'est à dire des variétés parfaites qui apportent toujours quelque chose de mieux à ce qui existait auparavant. C'est ainsi que procèdent la plupart des obtenteurs et on peut dire que nos iris actuels sont le résultat d'une amélioration continue. Pour en revenir à notre comparaison musicale, on peut dire que les obtentions de Paul Black sont l'équivalent des opéras d'Antonio Salieri : de l'excellent travail. Parmi ses dernières nouveautés, c'est ainsi que j'apprécie 'Cloud Gate' (2018) qui provient de ( Etcetera X Petticoat Shuffle), ou 'Oh Dear' (2018), issu de (Tickle My Fancy X Etcetera sib).

En quoi les plicatas de Keith Keppel diffèrent-ils ? Ce dernier a acquis une célébrité mondiale, justement mais pas uniquement, avec ses plicatas pour la plupart innovants. il se passionne pour ce modèle d'iris. Il y consacre maintenant l'essentiel de ses recherches et il obtient des choses extraordinaires. Depuis quelques temps il publie sur Facebook une sorte de leçon de « plicatisme » aussi savante que passionnante et l'on ressent le même enthousiasme à la lecture des articles qu'il publie dans les revues spécialisées. Les principes et les lois qu'il explique sont mis en application dans ses croisements et les variétés qu'il sélectionnent sont les reflets de ses analyses. C'est là, la différence. Bien sûr il lui arrive, dans une recherche de la perfection, de procéder comme tout le monde et d'offrir des iris qui résultent d'une application soigneuse de règles éprouvées : c'est le cas, par exemple, de 'Flash Mob' (2015) ou de 'Ghirardelli Square' (2015). Mais il invente aussi des iris que l'on n'a pas encore vus. Il sait exploiter les coups de chance que la nature accorde à lui ainsi qu'à son compère Barry Blyth. Et nombre de ses plicatas sont franchement nouveaux, témoin : 'Vista Point' (2016) ou ce semis 07-17B aux multiples couleurs. Ils surprennent, ils n'emportent pas forcément l'adhésion des amateurs, mais ils sont appréciés des spécialistes et des véritables connaisseurs. C'est pour cela qu'il me fait penser à Wolfgang Amadeus Mozart dont les opéras ont plusieurs fois désorienté ses contemporains mais que l'on joue toujours et partout.

Il ne faut pas tirer de cette comparaison une conclusion qui laisserait à penser que les fleurs signées Keppel sont meilleures que celles introduites par Black ou vice-versa. Elles ont les unes et les autres leurs avantages et leurs inconvénients. Celles de Keppel sont quelques fois exigeantes, elles ont leurs détracteurs et leurs admirateurs, celles de Black sont plus accessibles, mais certains leur reprochent d'être conformistes, quoi qu'il en soit les unes et les autres apportent la preuve que les iris en général et les plicatas en particulier ont un immense avenir.

Iconographie : 


'Cloud Gate' 

'Oh Dear' 

'Tickle my Fancy' 


'Ghirardelli Square' 


'Vista Point' 


semis 07-17B