23.2.08







UNE REINE EN ROBE D’INDIENNE

Elles ne sont pas nombreuses les variétés d’iris qui ont connu autant de succès en hybridation que ‘Queen in Calico’ (Gibson J. 80). C’est à un point tel que bien peu de plicatas modernes ne possèdent pas ses gènes. Dans ma base de données – qui contient les références de 9000 grands iris – ‘Queen in Calico’ apparaît au premier degré dans le pedigree de soixante-cinq variétés, obtenues par vingt-cinq hybrideurs. Et les noms les plus fameux figurent dans cette liste : Schreiner, Keppel, Black, Blyth, Meek, Kerr… Ainsi que plusieurs européens comme Ladislaw Muska et Augusto Bianco.

‘Queen in Calico’ s’est en fait emparé de la généalogie des plicatas à dessins grenats, ou bruns. Mais d’autres couleurs apparaissent aussi dans ses descendants, au gré des croisements.

On voudrait bien savoir pourquoi ce ‘Queen in Calico’ – une reine en robe d’indienne – a eu un tel succès. Sans doute est-ce en raison de ses propres ancêtres. Mais sur ce sujet on reste un peu déçus, parce que les renseignements fournis par James Gibson sont plutôt médiocres. Tout au plus sait-on que ce ‘Queen in Calico’ descend de ‘Orange Plush’ (Gibson 73) et ‘Anon’ (Gibson 75). Mais l’analyse ne va guère aller plus loin dans le temps puisque ces deux variétés sont des cousins germains, issus de ‘Apricot Blaze’ (Gibson 70) dont on nous dit simplement qu’il provient d’une longue série de croisements… C’est pauvre. Tout au moins il suffit de comparer ces trois variétés pour comprendre que leur caractère commun est d’allier l’orange – du pêche au chamois- et les dessins plus ou moins marqués du modèle plicata, dans les tons de brun-rouge, voire de brun clair.

Ce sont aussi ces couleurs qui caractérisent ‘Queen in Calico’ qui, sur un fond abricot très clair présente des dessins assez denses d’un rouge magenta vif. Ce sont à la fois ces couleurs et la richesse du dessin plicata qui ont retenu l’attention des hybrideurs. Ils y ont vu la possibilité d’améliorer le modèle dans des tons pas encore devenus communs. Par-dessus le marché ce ‘Queen in Calico’ est vigoureux, bien proportionné, avec des fleurs élégantes, délicatement ondulées et avec des pétales aux fines dentelures. Cette reine en indienne a tout pour plaire et pour laisser espérer une descendance de qualité.

Et cette descendance est importante. Les quatre principaux utilisateurs sont Keith Keppel, Augusto Bianco, Anton Mego et Ladislaw Muska.

Keith Keppel, le grand maître des plicatas, en a obtenu quatre variétés supérieures : ‘Bodacious’ (87), ‘Rosarita’ (89), ‘Film Festival’ (93) et ‘Tangled Web’ (99). Tous les quatre ont un incontestable air de famille. Les trois premiers sont assez voisins de la variété de référence, le quatrième présente des dessins plus denses, et une forme, évidemment, plus moderne. A la génération suivante, si ‘Bodacious’ ne semble pas avoir été utilisé, les trois autres ont eu des descendants importants. ‘Rosarita’ est à l’origine de ‘Cheating Heart’ (94), ‘Magic Show’ (94) et ‘Inside Track’ (2002). ‘Cheating Heart’ est un plicata rose « a minima » puisque les dessins grenats n’apparaissent qu’aux épaules des sépales ; ‘Magic Show’ est plus richement doté, mais aussi moins original et plus proche du modèle de base ; modèle dont s’éloigne ‘Inside Track’ puisque cette variété est une amorce d’un modèle différent, le plicata « noir/blanc », avec des pétales d’un violet pourpré sombre et des sépales ourlés du même violet, sur un fond blanc crayeux. ‘Screen Play’ (96), qui vient de ‘Film Festival’, décline le modèle plicata grenat en clair, puisque les dessins sont plus rouge magenta que grenats. Ces descendants ‘Lonely Hearts’ (99) et ‘Lovely Dawn’ (98) rééditent ce modèle. Quant aux frères de semis que sont ‘Dark Drama’ (2005) et Drama Queen’ (2003), ils sont assez différents l’un de l’autre. Le premier joue les beautés sombres : pétales violet pourpré, sépales à fond blanc fortement marqué du violet des pétales. Le second exécute une pirouette qui le ramène au coloris de son ancêtre ‘Queen in Calico’, auquel il ajoute une touche de modernité.

Les iris d’Augusto Bianco, issus de ‘Queen in Calico’ sont d’aspect très différent. En particulier parce que leur pedigree est généralement complexe, avec un rôle amoindri de la variété de référence. Il n’y a même qu’une seule variété qui présente les caractères d’un plicata, et qui se rapproche de ‘Screen Play’ : il s’agit de ‘Orchidea Selvaggia’ (99).

Anton Mego n’apparaît qu’une fois parmi les utilisateurs de ‘Queen in Calico’. La variété qui en est issue s’appelle ‘Slovak Prince’ (2002), et c’est un des plus beaux iris de ces dernières années. C’est un croisement de ‘Edith Wolford’ x ‘Queen in Calico’. Il est très différent de ses deux parents, mais il est magnifique et le voilà dans la course pour une DM ! S’il lui arrivait de gagner cette compétition, il serait le premier iris non américain à le faire.

Celui qui a le plus fait usage de ‘Queen in Calico’, c’est le Slovaque Ladislaw Muska. Au point que cette variété fait partie de ses iris fétiches, au même titre que ‘Babbling Brook’ à ses débuts, ‘Don Epifano’ ensuite, puis ‘Sky Hooks’. La plupart de ses obtentions à partir de ‘Queen in Calico’ sont de vrais plicatas. La plus emblématique est ‘Graffiti’ (96), et elle a également beaucoup servi pour des variétés ultérieures, comme les frères de semis ‘Intarzis’ et ‘Luc de Gras’ (98) ou ‘Tagli e Buchi’ (2001), l’une des plus belles réussites de son obtenteur, toute frisottée, qui revient, du point de vue des couleurs, aux associations qui ont fait le succès de ‘Queen in Calico’, plus de vingt ans auparavant.

‘Queen in Calico’ fait partie du petit nombre des variétés qui ont marqué leur époque ; tout collectionneur d’iris se doit de le cultiver dans son jardin.

15.2.08


LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

Autre style de photo, cette semaine. Lowell Baumunk, qui est avant tout hybrideur, réalise aussi des photos très travaillées, comme celle de ‘Broken Pattern’. La fleur est mise en valeur par un arrière plan très moderne et élégant.

ECHOS DU MONDE DES IRIS

L’année des luminatas

Le modèle « luminata » ne date pas d’aujourd’hui. ‘Moonlit Sea’ (Sass 43) est un bel exemple de « luminata » historique. Mais depuis quelques temps, sous l’impulsion de Keith Keppel, de nombreux hybrideurs ont cherché à obtenir ce modèle de fleurs. Les exemples sont nombreux, mais rien ne vaut le travail du « chef » ! Témoin : ce ‘Montmartre’ (Keppel 2008). 2008 sera-t-elle l’année des « luminatas » ?

Un parfum d’iris

Encore un parfum à base d’iris : « La Pausa » de Chanel. Décidément la culture de I. florentina pourrait bien redevenir rentable !



COMMENT TU T’APPELLES ?

Tous les obtenteurs vous le diront, c’est bien délicat de donner un nom à un iris.

La première difficulté, c’est de s’arrêter sur un nom qui ait une signification, soit en lien avec une caractéristique de la fleur, ou soit en hommage à un événement ou une personne. Ce nom va correspondre à la sensibilité de son inventeur, à son souci d’originalité, à son désir de nouveauté ou d’élégance. Il faut un nom évocateur, joli, qui ne rebute pas l’acheteur éventuel (comment espérer qu’un iris baptisé ‘Bordello’ puisse faire carrière en France ?).

La seconde réside dans le fait qu’une infinité de noms ont déjà été attribués, depuis que l’on baptise des iris, c’est à dire, environ, depuis les années 1880. En trouver un qui ne soit pas déjà porté, peut se révéler tortueux. C’est d’ailleurs pourquoi l’on demande, au moment de l’inscription, de proposer plusieurs noms. Le « registrar » vérifiera si le premier nom choisi n’a pas déjà un titulaire, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il découvre un nom toujours libre. Si jamais on tient particulièrement à un nom déjà donné, il faut s’assurer que la variété qui le porte, ou l’a porté, n’est pas devenue obsolète, soit qu’elle ait disparu, soit qu’elle ait été retirée du commerce par son obtenteur. Autant dire qu’il faut une belle chance pour obtenir toutes les assurances nécessaires.

La troisième est liée aux interdictions formulées par le Code International de Nomenclature des Plantes Cultivées. A l’heure actuelle elles sont au nombre de onze !!
Sont ainsi interdits :
Les noms de personnes vivantes (sauf si celles-ci ont donné un consentement écrit), et ceux des personnes décédées depuis moins de 10 ans (sauf avec l’autorisation des ayant-droit) ;
Les noms en forme d’adresse (par exemple commençant par Madame ou Mademoiselle) dans quelque langue que ce soit ;
Les noms contenant des chiffres, des symboles , des signes de ponctuation ou des abréviations ;
Les noms commençant par un article ( en quelque langue que ce soit) sauf si cette forme d’expression est requise dans la langue utilisée ;
Les noms en latin ou dans une forme latinisée ;
les faibles variations d’un nom déjà donné ;
Les noms de plus de quatre mots ou trente lettres ;
Les noms contenant les mots « iris » ou « flag », de même que ceux se référant à une espèce botanique ou composés à partir d’un de ces noms ;
Les noms contenant le nom propre de l’hybrideur ;
Les noms excessivement laudatifs, ou qui peuvent devenir inappropriés, et ceux qui ne contiennent que des adjectifs ou qui constituent une simple description ;
La simple traduction d’un nom exprimé dans une autre langue.

L’énoncé précédent peut aboutir à un véritable casse-tête. Pas tellement pour celui qui choisit le nom, mais surtout pour celui qui doit l’entériner.

Le « registrar » de l’AIS avait la vie belle du temps ou les noms étaient exprimés essentiellement en anglais et en français, mais il a de quoi s’arracher les cheveux maintenant qu’on trouve des noms dans un grand nombre de langues (allemand, italien, tchèque, slovaque, slovène, polonais, russe, ukrainien, japonais, et même breton ou esperanto !). Les règles 2, 4 10 et 11 notamment exigeraient du « regsitrar » une connaissance de tous les langages du monde ! Mission impossible (1).

L’actuel « registrar » a choisi de ne tenir compte que d’une seule chose : que deux noms ne comportent pas les mêmes lettres, dans le même ordre ! Sans aucune référence au sens des mots ou à la signification du nom ! C’est une absurdité absolue qui a déjà provoqué des frictions et qui entraînera immanquablement des abus et des confusions. Il y a pourtant une solution bien simple, si l’on ne veut pas que les noms d’iris reconstituent les problèmes de la tour de Babel : que chaque nom, en plus de la langue dans laquelle il est exprimé, soit suivi de sa traduction en anglais. J’ai fait cette suggestion à l’AIS, qui l’a examinée lors de sa dernière réunion du Conseil d’Administration. Mais elle a été rejetée, sans réel débat, ce qui est navrant. Il faudra faire de nouvelles propositions, plus argumentées sans doute. Il faudrait surtout qu’un locuteur anglais ou américain veuille bien se charger du dossier et aille le défendre devant le staff de l’AIS. Ne désespérons pas, cela viendra un jour. Mais il y a urgence, si l’on ne veut pas qu’une confusion calamiteuse s’installe dans les noms d’iris.

(1) exemples d’entorses déjà remarquées à la règle n° 11 :
- ‘Mystérieux’ (Cayeux 2003) et ‘Mysterious’ (Schreiner 74)
- ‘Ravissant’ (Cayeux 2005) et ‘Ravishing’ (Miller 93)
- ‘Starlette Rose’ (Cayeux 96) et ‘Pink Starlet’ (Wood 93).

10.2.08

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Pauvres remontants

Les hybrideurs ne seraient-ils plus intéressés par les iris remontants ? C’est à croire quand on constate, comme l’a fait Loïc Tasquier, combien ils sont peu nombreux dans les enregistrements des dernières années et, en particulier, en 2006 et 2007.

2001 = 55/964
2002 = 54/1051
2003 = 52/1031
2004 = 46/1052
2005 = 43/1268
2006 = 39/1152
2007 = 39/1193

LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

‘Bohemian’
La photo d’aujourd’hui provient de la collection du Parc Floral de Vincennes. L’auteur n’est pas nommément identifié, mais c’est un artiste qui apprécie les fleurs lorsqu’elles se présentent sous un aspect un peu ébouriffé, qui donne à ses clichés une originalité certaine, sans pour autant trahir l’iris qui en fait l’objet.



LES BRAS DRESSÉS DU BONZE EN PRIÈRE

En feuilletant un ancien numéro de Iris & Bulbeuses, je suis tombé sur la photo d’un iris, qualifié tout simplement de « spoon ». Je suis certain qu’il s’agit en fait de ‘Dauber’s Delight’ (Osborne 91), un iris « space age » bien connu et très représentatif du modèle. Les appendices dressées à l’extrémité des barbes m’ont fait irrésistiblement penser au geste d’un bonze en prière (et même à la manière de saluer, si élégante, du Dalaï Lama) : les bras collés et dressés, les mains jointes.

Les iris « space age » n’ont pas toujours la grâce de ‘Dauber’s Delight’. Souvent les tensions que l’appendice du bout des barbes crée dans le sépale provoquent une pliure de celui-ci autour de la nervure médiane, qui enlève tout chic à la fleur. C’est un inconvénient que les obtenteurs devraient toujours prendre en compte et leur faire rejeter les plantes qui en souffrent. Cependant le phénomène « space age » (que je souhaiterais voir désigné sous le vocable latinisant de « rostrata ») n’est pas du tout à rejeter. C’est même le chemin essentiel vers des iris à fleur double.

Chez les roses ou les pivoines, les horticulteurs sont parvenus à créer des fleurs doubles en obtenant une transformation des étamines en pétaloïdes. Il n’est pas imaginable que la même transformation intervienne chez les iris où il n’y a que trois étamines par fleur, de petite taille et dissimulées sous le couvercle des styles. L’apparition de prolongations des barbes est une occasion à saisir car, avec le temps et les croisements successifs, on doit pouvoir obtenir un développement important et harmonieux des pointes en forme de pétaloïdes. C’est d’ailleurs ce qui commence à se produire : des excroissances se terminant par un bouquet vaporeux de matière florale existent déjà ; il faut qu’elles s’accroissent en volume et en légèreté, mais la voie est ouverte.

Pour en arriver là, le chemin est long et difficile. Il a commencé dès les années 40, en particulier chez les frères Sass, dans le Nebraska, mais à l’époque ces prolongations ont été considérées comme des monstruosités et impitoyablement rejetées. Il a fallu la perspicacité du Californien Lloyd Austin et son souci d’apporter du nouveau dans le ronron des hybrideurs pour que, d’éléments indésirables, les éperons et autres cuillers acquièrent le rang d’apports esthétiques. Quand Lloyd Austin a vu les premiers iris présentant des extensions étranges à l’extrémité des barbes, il s’est dit qu’il y avait là quelque chose qui méritait d’être profondément étudié. Il a dès lors entrepris un énorme travail de recherche et de croisement afin d’exploiter ce qui n’était qu’une anomalie, et d’apporter à ces nouveautés toutes les améliorations qui étaient possibles, de manière à ce que les éperons confèrent aux fleurs une personnalité particulière. C’est lui qui a inventé l’expression « Space Age » pour désigner ces nouveaux iris, leur attribuant du même coup une identité synonyme de modernité. Ses variétés, tout comme celle de Tom Craig, un autre fan des iris à éperons, proviennent en fait d’une même lignée développée à partir de plicatas en provenance des semis de Sydney Mitchell et en particulier d’une variété dénommée ‘Advance Guard’. Dans tous les cas il s’agit de plantes issues des plicatas de la fratrie Sass. Chez Austin, l’origine de la lignée se situe notamment dans une variété au nom particulièrement bien choisi : ‘Horned Papa’ (60) ! Mais le premier des SA qu’il a enregistré s’appelle ‘Unicorn’ (52), et c’est aussi un plicata. A partir de 1959 il n’a plus produit que des SA, dont les noms font toujours allusion aux appendices qui les décorent : ‘Flounced Marvel’ (60), ‘Spoon of Gold’ (60), ‘Lemon Spoon’ (60), ‘Horned Flare (63), ‘Spooned Blaze’ (64)…

La machine était lancée. Manley Osborne, Henry Rowlan ont été parmi les premiers à reprendre le flambeau. Tout le monde connaît ‘Moon Mistress’ (Osborne 76), iris de couleur pêche, ou ‘Battle Star’ (Osborne 78), bicolore chamois et fuchsia, ‘Hula Moon’ (Rowlan 78), chamois marqué de violet, ou ‘Space Dawn’ ( Rowlan 82) blanc influencé de jaune citron. Ce sont des variétés qui sont à l’origine des SA actuels, avec les descendants de ‘Moon Mistress’ que sont ‘Twice Thrilling’ (Osborne 84), mais surtout ‘Sky Hooks’ (Osborne 80). Un autre visionnaire, Monty Byers, a compris que les SA recelaient tout ce qu’il faut pour révolutionner le monde des iris. Il a exploité le filon avec passion et persévérance. Il a été généreusement récompensé, à titre posthume malheureusement, grâce à ‘Conjuration’ (89), ‘Thornbird’ (89) et ‘Mesmerizer’ (91), les trois Médailles de Dykes qui ont été à ce jour attribuées à des SA. Ces trois variétés démontrent l’évolution du modèle « space age » , avec les courtes pointes blanches de «’Conjuration’, les longs filaments recourbés de ‘Thornbird’ et les spatules gaufrées de ‘Mesmerizer’.

Des centaines de variétés issues de ‘Sky Hooks’ peuplent maintenant nos jardins. C’est l’iris à éperons le plus utilisé en hybridation. Ses frères, sœurs ou cousins n’ont pas eu le même succès. Prenons le cas de ‘Dauber’s Delight’ dont il a été question au début de cette chronique. Cette variété a été presque exclusivement utilisée par la famille Sutton, George et Michael, qui en ont fait la base de leur lignée de SA. En France on connaît bien ‘Bye Bye Blues’ (96) vainqueur du concours FRANCIRIS ® 2005. Mais le plus réussi est peut-être ‘Reversi’ (2005) qui allie les modèles SA et amoena inversé.

Les obtenteurs sont toujours à la recherche de l’iris double. Pas à pas, les progrès dans l’importance et la forme des éperons progresse sur ce chemin. Ladislaw Muska, le principal hybrideur slovaque, a, par exemple, enregistré ‘Gaïus’(1) qui arbore des pétaloïdes en forme de champignon, du genre girolle ou mousseron. Mais il ne faut pas sombrer dans la facilité qui consiste à mettre au commerce des variétés équipées d’appendices extravagants, ou simplement disproportionnés. Cela existe pourtant, mais le vrai amateur ne se laissera pas prendre à cet effet de mode.

Les iris à éperons sont devenus un « must » partout dans le monde. Ils ont été adoubés par les juges officiels, pourtant réputés assez conservateurs, puisque par trois fois ils ont accordé la Dykes Medal à l’un d’entre eux. Un jour viendra où cette distinction si recherchée couronnera un iris vraiment « flore pleno ». Une nouvelle étape aura été franchie dans la longue histoire des iris.

(1) initialement baptisé ‘Impresario’

1.2.08


LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

Brock Heilman est un américain du Wisconsin. Il se passionne pour trois choses, la photo, les chevaux et les fleurs, en particulier les iris. Il publie sur son site de fort jolies photos consacrées à ses points d’intérêt. Les photos d’iris qu’il propose ont pour qualité essentielle leur fidélité au modèle. Il ne triche pas avec la vérité. Mais il peut aussi produire des images artistiques, en particulier des gros plants.

L’image d’aujourd’hui apportent la preuve de son talent, avec une variété française qui a beaucoup de succès outre atlantique : Aurélie.

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Lisière d’or

Un nouveau modèle d’iris ? Tout au moins une nouvelle décoration, apparue parmi les semis issus d’une variété qui se nomme ‘Prince George’ (Shoop 96), et qui consiste en un fin liseré d’or autour des pétales et des sépales. Ce liseré brillant, très fin, peut être aussi argenté (voir photo). Les obtenteurs qui ont remarqué cette particularité s’interrogent sur sa nature et sur son origine : certains penchent pour une sorte de dessèchement du bord des tépales, d’autres y voient un véritable trait de couleur. Où est la vérité ? Les iris savent encore nous réserver des surprises !



LETTRES D’IRIS

I. A la manière d’Honoré de Balzac

Natalie de Manerville
A
Félix de Vandenesse

Le 12 juin 1841.

« Vous ai-je dit, mon cher ami, ma passion pour les fleurs ? Nous nous connaissons depuis si longtemps, nous avons échangé sur tant de thèmes, que je ne sais plus ce dont je ne vous ai pas parlé à mon sujet. Quoi qu’il en soit, le récit qui va suivre devrait vous convaincre de l’intérêt que je porte aux plantes, et en particulier aux plantes fleuries.

Il y a quinze jours, pour la Pentecôte, j’étais à Paris chez notre amie Madame de Beauséant. Elle partage avec moi un goût prononcé pour les choses de la nature et elle me fit la surprise de m’emmener à Belleville chez un étonnant pépiniériste. Il faisait un peu frais, mais le soleil était suffisamment brillant pour que la promenade soit agréable. Mon amie fit donc atteler vers deux heures de l’après-midi, et nous voilà parties pour les hauteurs qui surplombent l’est de notre capitale. Belleville est un charmant village, encore assez épargné par l’extension des faubourgs. C’est au 3, rue Desnoyers, que se situe la pépinière d’un certain Jean-Nicolas Lémon, au milieu des cultures maraîchères et de ces vignobles qui fournissent aux parisiens leurs légumes et leur boisson. Les dimanches, nombre de cutadins viennent à Belleville pour respirer un air moins vicié que celui de la ville et pour boire ce petit vin aigrelet qu’ils appellent le ginglet. Presque en face de l’établissement de notre M. Lémon se trouve, d’ailleurs, un de ces débits de boisson fréquentés par le bon peuple de Paris. Cette « guinguette » porte le nom de « L’Île d’Amour », une appellation fort emphatique pour un estaminet aussi médiocre ! Mais là n’est pas mon propos, puisque je voulais vous parler de fleurs.

Madame de Beauséant a eu connaissance de l’existence de la pépinière vers laquelle elle m’a conduite à la lecture d’une chronique publiée à l’automne dernier dans les « Annales de Flore et Pomone », qui énumérait les variétés d’iris cultivées à Belleville par ce M. Lémon.

M. Lémon, un jeune homme qui n’a sûrement pas plus de trente ans, a succédé depuis peu à son père, lequel s’était fait une spécialité des iris. Ce que l’on voit chez lui est fort éloigné de ces iris bleus ou violets que l’on rencontre le long de nos chemins de Touraine. Il s’agit d’iris que vous ne pouvez pas imaginer tant ils sont variés dans leurs couleurs et dans les dessins qui les décorent. Les planches, qui s’étendent au long de la pente régulière du coteau, regorgent de milliers d’iris dans un choix inouï de coloris. C’est peu de dire que l’on se trouve devant une merveille.

Notre hôte, avec une extrême amabilité, s’est fait un plaisir de nous montrer et de nous décrire les plus inestimables pièces de sa collection. Chacune a reçu un nom populaire qui est plus facile à retenir que les appellations latines données jusqu’à présent aux plantes horticoles. Je ne vous lasserai pas en vous assénant ma science nouvellement acquise, mais je ne résiste pas au désir de vous parler de deux iris particulièrement étonnants. Le premier se nomme ‘Fries Morel’. C’est un iris dont les pétales sont jaunes et les sépales d’un brun acajou, veiné de blanc. Quant à ‘Jacquesania’ je ne sais comment le décrire. Je vais me risquer à dire que ses pétales sont d’un rouge violacé clair alors que ses sépales tendent vers un rouge écarlate surprenant. Il est bien regrettable que l’invention de M. Niepce, perfectionnée par M. Daguerre, ne soit pas encore en mesure de fixer une image en couleur car vous auriez pu apprécier par vous-même ces précieuses fleurs, si élégantes et si originales.

Bien d’autres iris, tous plus beaux les uns que les autres, nous ont été présentés. Au retour, nous avons parcouru les deux lieues qui nous séparaient de l’hôtel de Beauséant en vantant les mérites de chacun, de sorte que nous n’avons même pas remarqué que notre cheval avait perdu le fer de son antérieur droit, et que nous revenions clopin-clopant !

L’an prochain, si vous êtes disponibles, je vous emmènerai bien volontiers faire le tour du jardin de M. Lémon, pour que vous admiriez ses iris, mais aussi toutes les autres plantes à fleurs qu’il cultive. Il faudra que vous teniez compte de cette invitation dans votre emploi du temps de 1842.

Recevez, mon cher Félix, tous les bons souvenirs de votre amie, tout encore éblouie de ce qu’elle a vu. »

26.1.08


LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS


Cette semaine, photo de ‘Aztec Treasure’ par Margie Valenzuela. Cette fan d’iris, obtentrice elle-même, qui habite l’Arizona, est aussi une grande spécialiste de la photo d’iris. Ses clichés se caractérisent par leur grande netteté, qui met bien en valeur toutes les particularités de la fleur. Ce côté un peu chirurgical nous vaut des images extrêmement fidèles de leur sujet, comme cet iris mordoré, de forme très traditionnelle.
ECHOS DU MONDE DES IRIS

Catalogue Schreiner 2008

Je terminais mon article sur le catalogue Schreiner 2007 par ces mots : « Personnellement, les sélections de Schreiner me déçoivent depuis plusieurs années. Alors que celles de Keith Keppel, Richard Ernst, Paul Black et Rick Tasco, sans parler des jeunes hybrideurs comme Christopherson, regorgent de fleurs excitantes, les plantes de Schreiner restent dans le traditionnel et sombrent même dans le routinier. » Je n’ai rien d’autre à dire à propos du catalogue 08.

Quinze nouveautés, mais rien d’intéressant. La seule fantaisie consiste dans l’apparition d’une sorte de « flappy », c’est à dire un iris aux pétales aplatis, comme sur une fleur d’iris du Japon. On aurait pu espérer quelque chose de plus excitant, d’autant que la fleur en question, en blanc bleuté, est particulièrement terne. Comparez avec les offres nouvelles de la paire Paul Black & Tom Johnson ( www.mid-americagarden.com ) ; vous comprendrez pourquoi la vénérable institution Schreiner est en perte de vitesse.






L’IRIS DU QUÉBEC

Iris d’Angleterre, iris d’Espagne, iris de Hollande, des iris, on en trouve dans toutes les parties du monde et on a donné à certains le nom du pays dont il semble qu’ils soient originaires, même si cette identification est souvent inexacte. La dernière appropriation est sans doute celle du Québec, au Canada, qui s’est adjugé la paternité de I. versicolor au point d’en avoir fait sa fleur nationale on ne peut plus légalement, en 1999. Il paraît, selon Réjean D. Millette, que « la variété et l’harmonie des couleurs de sa fleur illustrent parfaitement la diversité culturelle du Québec. De plus il souligne l’importance de l’eau et des milieux humides pour l’équilibre de la nature. » Pourquoi pas ? En tout cas I. versicolor est une plante si charmante qu’elle mérite bien un coup de chapeau dans ce magazine de l’iris.

Iris versicolor est le cousin américain de nos I. pseudacorus, ce grand et puissant iris qui pousse dans les fossés et se couvre de fleurs jaunes. I. versicolor lui ressemble beaucoup, il a comme lui de longues feuilles étroites et plutôt raides, mais s’inclinant vers le sol à leur extrémité. Ses fleurs, assez grandes mais étroites, ont des sépales qui s’évasent à la pointe, ce qui fait tout leur charme. De couleur bleue ou violacée, elles s’ornent d’un signal blanc et se teintent de jaune d’or au cœur. C’est cette couleur bleue qui les fait appeler communément aux Etats-Unis « blue flag », drapeau bleu. Cependant il existe des variantes : l’une pourpre (var.kermisina), une autre rose lilas (var. rosea) rarement blanche, Elles s’épanouissent à la fin du printemps et jusqu’en juillet quand on se dirige du sud vers le nord. Tout comme I. pseudacorus, I. versicolor vit de préférence en milieu humide, voire inondé, mais il peut également pousser en terrain plus sec à la condition de l’arroser copieusement. Il lui faut néanmoins un sol acide, riche en nutriments.

Dans la classification de Rodionenko, il se situe dans le sous-genre LIMNIRIS, section Limniris, sous-section Apogon (iris sans barbes), série Laevigatae, où il voisine avec son cousin européen I. pseudacorus, son autre cousin, chinois, I. laevigata, son parent japonais I. ensata (alias kaempferi), et un autre iris américain, I. virginica. D’ailleurs le botaniste Edgar Anderson a déterminé, en 1936, que I. versicolor était un hybride stabilisé depuis des millénaires, de I. virginica et de I. setosa. C’est cette origine qui fait l’exception, dans le genre IRIS, de I. versicolor, puisque celui-ci dispose du plus grand nombre de chromosomes (2n = 108), résultat de l’addition des chromosomes de I. virginica (2n = 70) et de ceux de I. setosa (2n = 38). C’est sûrement à son lointain ancêtre I. setosa qu’I. versicolor doit sa grande résistance au froid (c‘est une des raisons pour lesquelles il pousse si abondamment au Québec), car setosa est une espèce qu’on trouve même au-delà du cercle polaire. C’est cette aptitude qui lui a permis d’émigrer d’Asie extrême orientale, jusqu’en Amérique du nord, par le Kamchatka et le détroit de Behring.

Les hybrideurs curieux de mélanges interspécifiques ont croisé I. versicolor avec tous ses cousins de la série Laevigatae. Ces croisements se réalisent sans difficultés, mais les hybrides qui en résultent ne sont pas toujours très intéressants car en plus de rester proches dans leur aspect de l’espèce d’origine, ils se révèlent stériles. Il faut faire quelques exceptions : pour le croisement I. versicolor x I. virginica et notamment la variété ‘Gerald Derby’, plus grande et plue bleue que I. Versicolor de base, et I. versicolor X I. laevigata qui donne naissance à des hybrides baptisés Versi-Laev. Notamment ‘Berlin Versilaev’ (Tamberg 88) aux fleurs rouge pourpré, ou ‘Fourfold Blue’ (Tamberg 97), bleu drapeau. D’une façon générale, il faut admirer le travail de Tomas Tamberg sur ces croisements interspécifiques.

Que ce soit dans sa forme originelle, ou dans ses hybrides, il est évident que nos parents québécois ont fait un bon choix en s’appropriant I. versicolor. C’est une plante très intéressante qui s’adapte fort bien en France, au bord des mares ou, de façon plus civilisée, dans les bassins artificiels qui agrémentent nombre de jardins.

19.1.08


LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

A partir de cette semaine, on trouvera ici quelques splendides photos d’iris. Pour le plaisir, et pour attirer l’attention sur une caractéristique particulière de la fleur photographiée. Les auteurs des photos sont des amateurs, aussi doués pour la photo que raffinés dans leurs choix.

Cette semaine, le héros sera ‘American Classic’ (Schreiner 96), un plicata dans plus pure tradition Schreiner, depuis ‘Rococo’ – qui fait d’ailleurs partie des ancêtres de ‘American Classic’.

Le photographe se fait connaître sous le pseudonyme de « greenorchid ». Habitant de l’Oregon, il est bien placé pour photographier des iris. Admirez la qualité et la netteté du sujet, et le chic de l’arrière plan dans les tons du sujet mais le mettant joliment en valeur.

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Une nouvelle catégorie d’iris ?

Paul Black, hybrideur américain bien connu, met désormais sur le marché des iris différents de ceux que l’on connaît. Par la taille, ce sont de grands iris (TB), mais les fleurs sont petites et très nombreuses grâce à la multiplicité des tiges florales. Issus de grands iris classiques, d’iris de table (MTB) et de l’espèce I. aphylla, ils allient les traits particuliers de chacun de ces géniteurs pour donner quelque chose de nouveau qui présente des qualités intéressantes pour le jardin. La première variété de cette nouvelle catégorie se nomme ‘Dolce’ (2002), . En 2008, Paul Black ajoute de nouvelles fleurs, comme ‘Guess who I am’ un iris rose qui a bien des traits communs avec son ancêtre ‘Abridge Version’ (MTB – Hager 83) et ‘May Debut’, en jaune paille. L’expérience est à suivre. Les clients vont-ils apprécier ?



AMAS, RICARDI ET COMPAGNIE

Nos grands iris actuels ne se sont pas faits en un jour. Même si de grands iris existent dans les jardins depuis la nuit des temps, ceux que nous admirons aujourd’hui ne sont que les derniers aspects d’une évolution qui a commencé il y a environ 150 ans.

Celle-ci a commencé quand des pépiniéristes fondus d’iris ont eu l’idée de sélectionner parmi les semis qu’ils effectuaient de graines issues de fécondations réalisées par les insectes, les plantes les plus belles et les plus originales. Peu à peu sont apparues des plantes aux couleurs plus variées, au développement plus grand et plus solide. Toutes ces fleurs provenaient des espèces couramment cultivées qui se nomment I. x germanica, I. pallida, I. variegata, I. plicata et quelques autres.

A la fin du XIXeme siècle, il est apparu que le tour des possibilités fournies par ces espèces et leurs croisements étaient atteintes, ou presque. Les obtenteurs, qui avaient alors délaissé la fécondation naturelle pour la fécondation provoquée, se sont tournés vers de nouvelles espèces pour enrichir leur panoplie. Il se trouve qu’à l’époque des explorateurs et botanistes venaient de découvrir, au Proche Orient, des iris qui, pour ressembler à ceux connus et utilisés en Occident, n’en étaient pas moins plus forts, plus somptueux, avec des fleurs plus grosses à l’aspect admirablement satiné. Ces iris présentaient néanmoins plusieurs inconvénients : ils n’étaient pas rustiques, et ils n’offraient pas beaucoup de diversité dans les coloris. L’idée est donc venue tout naturellement d’essayer de croiser ces gros iris avec les iris déjà utilisés.

Ce sont des scientifiques anglais qui ont été les premiers a tenter de tirer parti des espèces nouvellement découvertes. Le premier fut Sir Michael Foster, professeur de physiologie à Cambridge, il donna le nom de ‘Amas’ à l’un de ces nouveaux iris, en souvenir d’Amasya, la ville de Turquie, à environ 200 km à l’Est d’Ankara, près de laquelle la plante avait été recueillie en 1885. ‘Amas’ (photo) se présente avec une fleur volumineuse, aux pétales violet clair et aux sépales d’un beau violet velouté. Foster qui pratiquait les croisements de manière scientifique obtint plusieurs iris réussis à partir de ce ‘Amas’, mais il ne prenait pas attachement des croisements qu’il effectuait, de sorte qu’on ne connaît qu’imparfaitement le pedigree de ses obtentions. C’est un autre obtenteur anglais, Robert Wallace, qui commercialisa les obtentions de Foster après la mort de ce dernier. Parmi ces variétés remarquables, il faut citer ‘Mrs George Darwin’, ‘Mrs Horace Darwin’ ou ‘Kashmir White’. Elles furent parmi les premières à être importées aux USA où elles ont été utilisées en partie pour donner naissance aux iris américains qui n’ont pas tardé à s’imposer. Un autre descendant de ‘Amas’ à connaître un destin prestigieux a été ‘Dominion’, obtenu en 1912 par un autre anglais, Arthur Bliss. ‘Dominion’ est considéré comme l’un des piliers de l’iridophilie moderne, et ses descendants sont innombrables. Il a été utilisé partout. Par exemple, en France, Ferdinand Cayeux en a obtenu ‘Député Nomblot’ (1929), aux USA, Connell en a tiré ‘Dauntless’ (1929) qui fut le vainqueur de la Dykes Medal l’année même de son introduction.

Une autre espèce nouvelle arriva du Moyen Orient dans les années 1880. Récolté en Palestine par le botaniste A. Ricard, l’iris ‘Ricardi’ a été ainsi dénommé par le Français Fernand Denis en l’honneur de son inventeur. C’est une forme de l’espèce I. mesopotamica, de couleur bleu lavande, qui ne tolère guère le froid, mais que F. Denis, installé à Balaruc, sur l’étang de Thau, a pu cultiver et croiser avec des variétés issues d’I. germanica. Les rejetons de ces croisements, que l’on peu qualifier de spectaculaires à côté des variétés antérieures, ont passionné les amateurs de l’époque. Les plus célèbres furent, sans doute, ‘Andrée Autissier’, ‘Mademoiselle Schwartz’ ‘Mme Chobaut’ et surtout ‘Blanc Bleuté’. Sous ce nom plutôt anodin se cache un iris d’une grande importance car il est à l’origine d’une autre pierre angulaire de l’iridophilie, le fameux ‘Missouri’ (Grinter 32 – DM 37) (Photo).

Bien d’autres obtenteurs du début du XXeme siècle ont utilisé les « grands » iris de Turquie ou de Palestine. Puis, peu à peu, au fur et à mesure de leurs désirs d’obtenir des améliorations dans un domaine ou un autre, ils ont ajouté à leur cocktail d’autres espèces : I. plicata, I. variegata. I. aphylla ou I. reichenbachii pour ne citer que les plus marquantes.

Néanmoins, pendant de longues années, les hybrideurs se sont demandé pourquoi les croisements qu’ils tentaient entre les iris traditionnels et le nouvelles espèces moyen-orientales étaient si peu souvent couronnés de succès et pourquoi les graines obtenues donnaient naissance à tant de variétés stériles. Car les iris dont les noms viennent d’être donnés sont des exceptions. La plupart du temps les efforts des hybrideurs étaient vains. Il a fallu attendre la fin des années 1920 et les travaux de Marc Simonet pour que le mystère soit élucidé : les anciens iris étaient diploïdes, les nouveaux, tétraploïdes. L’association des deux devait normalement donner naissance à des plantes triploïdes, donc en quelque sorte bancales, stériles et souvent malingres ou fragiles. Ce n’est qu’exceptionnellement, et à la suite d’un concours de circonstances mal compris, qu’apparaissaient des variétés tétraploïdes, puissantes, fertiles et belles. Mais celles-là ont été mises à profit pour obtenir des centaines puis des milliers de cultivars tétraploïdes, ceux que l’on continue d’obtenir partout dans le monde et qui monopolisent l’espace de nos jardins.

11.1.08

ECHOS DU MONDE DES IRIS

La tendance

Les nouvelles variétés de Joë Ghio viennent d’être publiée sur le site de son club d’iris : http//montereybayiris.org/gallery/ghio . La tendance chez ce grand hybrideur est aux iris de couleur acajou : pas moins de cinq nouvelles variétés très proches les unes des autres en trois ans. Il s’agit de ‘Red Skies’ , ‘Trial by Fire’, ‘Gilt Edge’, Accessible’, et ‘Pianoforte’. Toutes sont dans les tons d’acajou, avec des nuances allant du magenta à l’amarante et au bourgogne. Sans doute pourrons-nous les trouver dans les catalogues européens dans environ cinq ans…






CRÉATEURS D’ÉTERNITÉ

Dans une chronique publiée dans « Irisenligne » en 2004, je terminais par cette phrase : « Verra-t-on des « maculosas » français ? Sûrement ! Michèle Bersillon, par exemple en a déjà obtenu, dont elle m’a fait parvenir une photo qui laisse espérer de jolies choses. » Mais ce n’est pas cette obtentrice qui a été la première à enregistrer un « maculosa ». Elle a été devancée par Rose-Linda Vasquez-Poupin, une amatrice du Vaucluse, qui nous a offert en 2007 ‘Rose-Linda Vasquez’ (voir photo), une variété aux pétales blanc bleuté et aux sépales blancs parcourus de dessins aléatoires bleu lavande. La fleur est bien formée et joliment ondulée. Charme supplémentaire, cet iris porte des éperons blancs à la pointe de ses barbes.

Voilà donc une double nouveauté à propos de laquelle son obtentrice s’est demandée s’il s’agissait bien d’un « maculosa » (ou « broken color »). Elle n’en sera persuadée que lorsqu’elle constatera le phénomène « broken color » sur les descendants de cette plante, mais dès maintenant elle peut être à peu près sûre de son coup. Car si ‘Rose-Linda Vasquez’ n’a pas d’ancêtre directement BC, il a pour parent femelle ‘Hindu Magic’ qui est un plicata, descendant de plicatas, et les BC sont des rejetons perturbés d’iris plicatas. L’un des premiers « maculosas » réellement intéressant qui ait été enregistré se nomme ‘Doodle Strudel’ (Ensminger 77), un iris bleu ciel, taché de bleu marine, et c’est un enfant de ‘Stepping Out’, plicata on ne peut plus célèbre. ‘Rose-Linda Vasquez’, lui, provient d’un autre fameux plicata, ‘Going My Way’, qui se situe dans le pedigree de ‘Hindu Magic’.

Dès maintenant on peut dire à Mme Vasquez-Poupin quelle peut se déclarer créatrice d’un iris très nouveau. De ce fait elle entre dans le monde de l’hybridation des iris d’une façon qui devrait être très remarquée. Et de ce fait aussi elle devient créatrice d’éternité.

Tous les hybrideurs, comme l’héroïne de cette chronique, se rendent-ils compte qu’en lançant dans le monde un nouvel iris ils créent une nouvelle plante qui, si tout va bien, pourra rester présente pour toujours ?

Les nouveaux cultivars, une fois qu’ils ont commencé à pousser, ont vocation à exister éternellement. En effet le système végétatif qui est le leur, avec son renouvellement par extension du rhizome originel, ne peut pas dégénérer et se multipliera indéfiniment à l’identique. C’est la raison pour laquelle on peut toujours trouver dans nos jardins des antiquités comme ‘Celeste (Lemon 1858) (photo), ‘Ma Mie’ (Cayeux F. 1903) ou ‘Prosper Laugier’ (Verdier 1914) (photo), et des centaines d’autres, pieusement conservés par des passionnés comme les animateurs de la HIPS (Historic Iris Preservation Society).

C’est une lourde responsabilité, en fin de compte, que de se lancer dans l’hybridation. A une échelle infime, créer un nouvel iris c’est modifier un élément du monde végétal. C’est une responsabilité encore plus grande que celle de concevoir un enfant. Car celui-ci, s’il se reproduit, ne le fera pas à l’identique et ne sera lui-même que pour un temps sur notre Terre. A la différence de la nouvelle plante qui défiera les siècles, pour peu que la chance lui laisse la possibilité de croître et de disséminer sur toute la planète des clones d’elle-même, et sera encore présente quand son créateur aura depuis longtemps disparu.

Je suis sûr que bien peu d’hybrideurs réfléchissent à cet aspect de leur action. C’est dommage car avec, en tête, cette vison des choses, peut-être choisiraient-ils avec encore plus de scrupules les iris qu’ils décident de mettre sur le marché, et, par conséquent, au monde pour l’éternité. Pour peu que ‘Rose-Linda Vasquez’ soit remarqué par les grands du monde des iris, son destin pourra être celui d’une plante que l’on retrouvera dans quelques siècles au fond de quelque jardin botanique comme on y trouve de nos jours ceux que certains appellent de « vieux » iris, faute de pouvoir leur mettre un nom sur la corolle.

5.1.08




ECHOS DU MONDE DES IRIS

Plein de nouveautés


Je viens de prendre connaissance de la liste des nouvelles variétés enregistrées par des obtenteurs français en 2007. Jamais il n’y en avait eu autant puisque l’on en compte 54, de 9 hybrideurs différents dont 3 nouveaux ! La liste sera publiée dans le prochain numéro de « Iris & Bulbeuses », mais pour vous donner une idée des nouveautés proposées, en voici deux, parmi les plus jolies.



FLEUR DE SOIE

En me documentant pour la rédaction de la chronique sur Marc Simonet, publiée ici il y a quelques semaines, j’ai appris que cet infatigable chercheur avait pratiqué des croisements interspécifiques à partir de l’espèce I. setosa. Quand je découvre comme cela quelque chose que je ne connais pas, ou très mal, j’éprouve une irrésistible curiosité qui me conduit à entreprendre aussitôt des recherches pour pénétrer ce nouveau sujet. C’est ce qui est arrivé avec cet I. setosa, dont je ne connaissais guère que le nom ainsi que le rôle dans les origines d’une autre espèce, I. versicolor. Alors, en avant ! Tous les bouquins de ma bibliothèque qui parlent des iris botaniques sont mis sur la table, et me voilà parti à la recherche de I. setosa.

Pour commencer, j’ai essayé de savoir pour quelle raison cette espèce avait reçu son nom. Mon vieux dictionnaire Gaffiot, qui m’a longuement servi quand je séchais sur mes versions latines, m’a confirmé que « setosus » ou « plutôt « saetosus » en latin classique, signifiait « couvert de poils ». Diable, cette fleur serait-elle velue ? Pourtant aucune des descriptions dont je dispose ne parle de poils. Cet adjectif « setosus » ne serait-il pas pris, au contraire, dans un sens plus large, celui de « soyeux » ? Il y a gros à parier que cette acceptation est la bonne. Néanmoins Maurice Boussard me précise que W. R. Dykes a une autre explication : d’après lui ce qualificatif spécifique tiendrait au fait que le verticille de "pétales" peu ou pas présents (ces pétales sont rudimentaires), pourrait évoquer des "soies" d'animal (porc par ex.). Bref, on ne sait pas quelle est l’origine du nom latin. Il n’est pas rare que ces noms s’appuient sur des caractéristiques douteuses, voire erronées. Tenez, notre I. setosa ne fait-il pas partie de la série Tripetalae, qui, logiquement, devrait comprendre des plantes n’ayant que trois pétales ? Eh bien, la série Tripetalae ne contient en fait que des fleurs qui n’ont pas, ou très peu, de pétales ! Le nom qui lui aurait mieux convenu est « trisepalae » puisque les iris en question sont dans la situation de n’avoir que des sépales (et de toutes petites écailles qui sont des moignons de pétales), largement développés.

J’ai appris que la plante I. setosa se présente en touffes denses de feuilles étroites d’où émergent des tiges florales minces qui culminent en moyenne à environ 60 cm. Mais il y a de fortes différences de tailles d’une sous-espèce à une autre. Il faut dire que notre héros du jour, a l’instar de son hybride naturalisé I. versicolor, à eu l’occasion de s’offrir de nombreuses variations au cours d’une aventure plurimillénaire. Il semble que l’origine des cette plante se situe dans le nord du Japon et en Mandchourie. Mais au cours des ans, elle s’est progressivement répandue vers le Nord, gagnant la Sibérie orientale, le Kamchatka, puis a franchi le détroit de Bering avant de se répandre dans le Nord de l’Amérique. Au gré de ces déplacements elle s’est un peu modifiée pour s’adapter au nouvel habitat qu’elle colonisait, passant d’une plante haute d’un bon mètre à des sous-espèces beaucoup plus naines. De même pour le coloris des fleurs : de violet pourpré, il a évolué vers un bleu indigo de plus en plus clair. Il y a même des fleurs blanches ou plutôt blanchâtres. C’est ça, les nomades, ils s’adaptent.

En commençant cette chronique, j’ai parlé du travail d’hybridation de Marc Simonet. Depuis, d’autres ont continué les croisements interspécifiques et I. setosa se prête bien à ce genre de manipulations. Selon l’espèce avec laquelle il est croisé ont obtient des hybrides, plus ou moins fertiles, auxquels on a donné des nom bien peu commerciaux, comme « Sevigata » pour les croisements ‘setosa/laevigata’, « Versitosa » pour ‘versicolor/setosa’, « Chrytosa » pour ‘chrysographes/setosa’ ou « Sibtosa » pour ‘Sibirica/setosa’… Le spécialiste de ces mélanges, au demeurant souvent originaux et spectaculaires, est Tomas Tamberg, à Berlin.

La question que l’on se pose quand on aborde le sujet d’une plante non indigène, c’est : « Peut-on l’acclimater chez nous ? » Pour I. setosa, la réponse est Oui. Il fallait s’y attendre, de la part d’une plante qui a parcouru des milliers de lieues, d’un continent à l’autre. Cet iris est à l’aise partout où il va rencontrer des conditions qui se rapprochent de celles des contrées où il est endémique. Il ne craint pas le froid. C’est même peut-être l’espèce la mieux à même de supporter des températures largement négatives. Il aime l’humidité. Mais pas tout le temps : au moment de la floraison il lui faut du sec. Ce n’est pas une plante d’eau, mais simplement une amatrice de fraîcheur et d’humidité printanière. L’installer dans un sol acide, près d’un point d’eau, ne pose pas de problème. On dit que c’est une plante qui n’a pas une grande longévité, mais on dit aussi qu’elle se reproduit facilement par graines. Alors, si vous voulez que votre mare ou votre bassin prenne une apparence un peu singulière, donnez-lui pour voisins quelques iris « de soie », ajoutez aussi, dans l’eau, des iris versicolores, et vous serez fiers de montrer à vos visiteurs un jardin d’eau original.