1.2.08


LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

Brock Heilman est un américain du Wisconsin. Il se passionne pour trois choses, la photo, les chevaux et les fleurs, en particulier les iris. Il publie sur son site de fort jolies photos consacrées à ses points d’intérêt. Les photos d’iris qu’il propose ont pour qualité essentielle leur fidélité au modèle. Il ne triche pas avec la vérité. Mais il peut aussi produire des images artistiques, en particulier des gros plants.

L’image d’aujourd’hui apportent la preuve de son talent, avec une variété française qui a beaucoup de succès outre atlantique : Aurélie.

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Lisière d’or

Un nouveau modèle d’iris ? Tout au moins une nouvelle décoration, apparue parmi les semis issus d’une variété qui se nomme ‘Prince George’ (Shoop 96), et qui consiste en un fin liseré d’or autour des pétales et des sépales. Ce liseré brillant, très fin, peut être aussi argenté (voir photo). Les obtenteurs qui ont remarqué cette particularité s’interrogent sur sa nature et sur son origine : certains penchent pour une sorte de dessèchement du bord des tépales, d’autres y voient un véritable trait de couleur. Où est la vérité ? Les iris savent encore nous réserver des surprises !



LETTRES D’IRIS

I. A la manière d’Honoré de Balzac

Natalie de Manerville
A
Félix de Vandenesse

Le 12 juin 1841.

« Vous ai-je dit, mon cher ami, ma passion pour les fleurs ? Nous nous connaissons depuis si longtemps, nous avons échangé sur tant de thèmes, que je ne sais plus ce dont je ne vous ai pas parlé à mon sujet. Quoi qu’il en soit, le récit qui va suivre devrait vous convaincre de l’intérêt que je porte aux plantes, et en particulier aux plantes fleuries.

Il y a quinze jours, pour la Pentecôte, j’étais à Paris chez notre amie Madame de Beauséant. Elle partage avec moi un goût prononcé pour les choses de la nature et elle me fit la surprise de m’emmener à Belleville chez un étonnant pépiniériste. Il faisait un peu frais, mais le soleil était suffisamment brillant pour que la promenade soit agréable. Mon amie fit donc atteler vers deux heures de l’après-midi, et nous voilà parties pour les hauteurs qui surplombent l’est de notre capitale. Belleville est un charmant village, encore assez épargné par l’extension des faubourgs. C’est au 3, rue Desnoyers, que se situe la pépinière d’un certain Jean-Nicolas Lémon, au milieu des cultures maraîchères et de ces vignobles qui fournissent aux parisiens leurs légumes et leur boisson. Les dimanches, nombre de cutadins viennent à Belleville pour respirer un air moins vicié que celui de la ville et pour boire ce petit vin aigrelet qu’ils appellent le ginglet. Presque en face de l’établissement de notre M. Lémon se trouve, d’ailleurs, un de ces débits de boisson fréquentés par le bon peuple de Paris. Cette « guinguette » porte le nom de « L’Île d’Amour », une appellation fort emphatique pour un estaminet aussi médiocre ! Mais là n’est pas mon propos, puisque je voulais vous parler de fleurs.

Madame de Beauséant a eu connaissance de l’existence de la pépinière vers laquelle elle m’a conduite à la lecture d’une chronique publiée à l’automne dernier dans les « Annales de Flore et Pomone », qui énumérait les variétés d’iris cultivées à Belleville par ce M. Lémon.

M. Lémon, un jeune homme qui n’a sûrement pas plus de trente ans, a succédé depuis peu à son père, lequel s’était fait une spécialité des iris. Ce que l’on voit chez lui est fort éloigné de ces iris bleus ou violets que l’on rencontre le long de nos chemins de Touraine. Il s’agit d’iris que vous ne pouvez pas imaginer tant ils sont variés dans leurs couleurs et dans les dessins qui les décorent. Les planches, qui s’étendent au long de la pente régulière du coteau, regorgent de milliers d’iris dans un choix inouï de coloris. C’est peu de dire que l’on se trouve devant une merveille.

Notre hôte, avec une extrême amabilité, s’est fait un plaisir de nous montrer et de nous décrire les plus inestimables pièces de sa collection. Chacune a reçu un nom populaire qui est plus facile à retenir que les appellations latines données jusqu’à présent aux plantes horticoles. Je ne vous lasserai pas en vous assénant ma science nouvellement acquise, mais je ne résiste pas au désir de vous parler de deux iris particulièrement étonnants. Le premier se nomme ‘Fries Morel’. C’est un iris dont les pétales sont jaunes et les sépales d’un brun acajou, veiné de blanc. Quant à ‘Jacquesania’ je ne sais comment le décrire. Je vais me risquer à dire que ses pétales sont d’un rouge violacé clair alors que ses sépales tendent vers un rouge écarlate surprenant. Il est bien regrettable que l’invention de M. Niepce, perfectionnée par M. Daguerre, ne soit pas encore en mesure de fixer une image en couleur car vous auriez pu apprécier par vous-même ces précieuses fleurs, si élégantes et si originales.

Bien d’autres iris, tous plus beaux les uns que les autres, nous ont été présentés. Au retour, nous avons parcouru les deux lieues qui nous séparaient de l’hôtel de Beauséant en vantant les mérites de chacun, de sorte que nous n’avons même pas remarqué que notre cheval avait perdu le fer de son antérieur droit, et que nous revenions clopin-clopant !

L’an prochain, si vous êtes disponibles, je vous emmènerai bien volontiers faire le tour du jardin de M. Lémon, pour que vous admiriez ses iris, mais aussi toutes les autres plantes à fleurs qu’il cultive. Il faudra que vous teniez compte de cette invitation dans votre emploi du temps de 1842.

Recevez, mon cher Félix, tous les bons souvenirs de votre amie, tout encore éblouie de ce qu’elle a vu. »

26.1.08


LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS


Cette semaine, photo de ‘Aztec Treasure’ par Margie Valenzuela. Cette fan d’iris, obtentrice elle-même, qui habite l’Arizona, est aussi une grande spécialiste de la photo d’iris. Ses clichés se caractérisent par leur grande netteté, qui met bien en valeur toutes les particularités de la fleur. Ce côté un peu chirurgical nous vaut des images extrêmement fidèles de leur sujet, comme cet iris mordoré, de forme très traditionnelle.
ECHOS DU MONDE DES IRIS

Catalogue Schreiner 2008

Je terminais mon article sur le catalogue Schreiner 2007 par ces mots : « Personnellement, les sélections de Schreiner me déçoivent depuis plusieurs années. Alors que celles de Keith Keppel, Richard Ernst, Paul Black et Rick Tasco, sans parler des jeunes hybrideurs comme Christopherson, regorgent de fleurs excitantes, les plantes de Schreiner restent dans le traditionnel et sombrent même dans le routinier. » Je n’ai rien d’autre à dire à propos du catalogue 08.

Quinze nouveautés, mais rien d’intéressant. La seule fantaisie consiste dans l’apparition d’une sorte de « flappy », c’est à dire un iris aux pétales aplatis, comme sur une fleur d’iris du Japon. On aurait pu espérer quelque chose de plus excitant, d’autant que la fleur en question, en blanc bleuté, est particulièrement terne. Comparez avec les offres nouvelles de la paire Paul Black & Tom Johnson ( www.mid-americagarden.com ) ; vous comprendrez pourquoi la vénérable institution Schreiner est en perte de vitesse.






L’IRIS DU QUÉBEC

Iris d’Angleterre, iris d’Espagne, iris de Hollande, des iris, on en trouve dans toutes les parties du monde et on a donné à certains le nom du pays dont il semble qu’ils soient originaires, même si cette identification est souvent inexacte. La dernière appropriation est sans doute celle du Québec, au Canada, qui s’est adjugé la paternité de I. versicolor au point d’en avoir fait sa fleur nationale on ne peut plus légalement, en 1999. Il paraît, selon Réjean D. Millette, que « la variété et l’harmonie des couleurs de sa fleur illustrent parfaitement la diversité culturelle du Québec. De plus il souligne l’importance de l’eau et des milieux humides pour l’équilibre de la nature. » Pourquoi pas ? En tout cas I. versicolor est une plante si charmante qu’elle mérite bien un coup de chapeau dans ce magazine de l’iris.

Iris versicolor est le cousin américain de nos I. pseudacorus, ce grand et puissant iris qui pousse dans les fossés et se couvre de fleurs jaunes. I. versicolor lui ressemble beaucoup, il a comme lui de longues feuilles étroites et plutôt raides, mais s’inclinant vers le sol à leur extrémité. Ses fleurs, assez grandes mais étroites, ont des sépales qui s’évasent à la pointe, ce qui fait tout leur charme. De couleur bleue ou violacée, elles s’ornent d’un signal blanc et se teintent de jaune d’or au cœur. C’est cette couleur bleue qui les fait appeler communément aux Etats-Unis « blue flag », drapeau bleu. Cependant il existe des variantes : l’une pourpre (var.kermisina), une autre rose lilas (var. rosea) rarement blanche, Elles s’épanouissent à la fin du printemps et jusqu’en juillet quand on se dirige du sud vers le nord. Tout comme I. pseudacorus, I. versicolor vit de préférence en milieu humide, voire inondé, mais il peut également pousser en terrain plus sec à la condition de l’arroser copieusement. Il lui faut néanmoins un sol acide, riche en nutriments.

Dans la classification de Rodionenko, il se situe dans le sous-genre LIMNIRIS, section Limniris, sous-section Apogon (iris sans barbes), série Laevigatae, où il voisine avec son cousin européen I. pseudacorus, son autre cousin, chinois, I. laevigata, son parent japonais I. ensata (alias kaempferi), et un autre iris américain, I. virginica. D’ailleurs le botaniste Edgar Anderson a déterminé, en 1936, que I. versicolor était un hybride stabilisé depuis des millénaires, de I. virginica et de I. setosa. C’est cette origine qui fait l’exception, dans le genre IRIS, de I. versicolor, puisque celui-ci dispose du plus grand nombre de chromosomes (2n = 108), résultat de l’addition des chromosomes de I. virginica (2n = 70) et de ceux de I. setosa (2n = 38). C’est sûrement à son lointain ancêtre I. setosa qu’I. versicolor doit sa grande résistance au froid (c‘est une des raisons pour lesquelles il pousse si abondamment au Québec), car setosa est une espèce qu’on trouve même au-delà du cercle polaire. C’est cette aptitude qui lui a permis d’émigrer d’Asie extrême orientale, jusqu’en Amérique du nord, par le Kamchatka et le détroit de Behring.

Les hybrideurs curieux de mélanges interspécifiques ont croisé I. versicolor avec tous ses cousins de la série Laevigatae. Ces croisements se réalisent sans difficultés, mais les hybrides qui en résultent ne sont pas toujours très intéressants car en plus de rester proches dans leur aspect de l’espèce d’origine, ils se révèlent stériles. Il faut faire quelques exceptions : pour le croisement I. versicolor x I. virginica et notamment la variété ‘Gerald Derby’, plus grande et plue bleue que I. Versicolor de base, et I. versicolor X I. laevigata qui donne naissance à des hybrides baptisés Versi-Laev. Notamment ‘Berlin Versilaev’ (Tamberg 88) aux fleurs rouge pourpré, ou ‘Fourfold Blue’ (Tamberg 97), bleu drapeau. D’une façon générale, il faut admirer le travail de Tomas Tamberg sur ces croisements interspécifiques.

Que ce soit dans sa forme originelle, ou dans ses hybrides, il est évident que nos parents québécois ont fait un bon choix en s’appropriant I. versicolor. C’est une plante très intéressante qui s’adapte fort bien en France, au bord des mares ou, de façon plus civilisée, dans les bassins artificiels qui agrémentent nombre de jardins.

19.1.08


LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

A partir de cette semaine, on trouvera ici quelques splendides photos d’iris. Pour le plaisir, et pour attirer l’attention sur une caractéristique particulière de la fleur photographiée. Les auteurs des photos sont des amateurs, aussi doués pour la photo que raffinés dans leurs choix.

Cette semaine, le héros sera ‘American Classic’ (Schreiner 96), un plicata dans plus pure tradition Schreiner, depuis ‘Rococo’ – qui fait d’ailleurs partie des ancêtres de ‘American Classic’.

Le photographe se fait connaître sous le pseudonyme de « greenorchid ». Habitant de l’Oregon, il est bien placé pour photographier des iris. Admirez la qualité et la netteté du sujet, et le chic de l’arrière plan dans les tons du sujet mais le mettant joliment en valeur.

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Une nouvelle catégorie d’iris ?

Paul Black, hybrideur américain bien connu, met désormais sur le marché des iris différents de ceux que l’on connaît. Par la taille, ce sont de grands iris (TB), mais les fleurs sont petites et très nombreuses grâce à la multiplicité des tiges florales. Issus de grands iris classiques, d’iris de table (MTB) et de l’espèce I. aphylla, ils allient les traits particuliers de chacun de ces géniteurs pour donner quelque chose de nouveau qui présente des qualités intéressantes pour le jardin. La première variété de cette nouvelle catégorie se nomme ‘Dolce’ (2002), . En 2008, Paul Black ajoute de nouvelles fleurs, comme ‘Guess who I am’ un iris rose qui a bien des traits communs avec son ancêtre ‘Abridge Version’ (MTB – Hager 83) et ‘May Debut’, en jaune paille. L’expérience est à suivre. Les clients vont-ils apprécier ?



AMAS, RICARDI ET COMPAGNIE

Nos grands iris actuels ne se sont pas faits en un jour. Même si de grands iris existent dans les jardins depuis la nuit des temps, ceux que nous admirons aujourd’hui ne sont que les derniers aspects d’une évolution qui a commencé il y a environ 150 ans.

Celle-ci a commencé quand des pépiniéristes fondus d’iris ont eu l’idée de sélectionner parmi les semis qu’ils effectuaient de graines issues de fécondations réalisées par les insectes, les plantes les plus belles et les plus originales. Peu à peu sont apparues des plantes aux couleurs plus variées, au développement plus grand et plus solide. Toutes ces fleurs provenaient des espèces couramment cultivées qui se nomment I. x germanica, I. pallida, I. variegata, I. plicata et quelques autres.

A la fin du XIXeme siècle, il est apparu que le tour des possibilités fournies par ces espèces et leurs croisements étaient atteintes, ou presque. Les obtenteurs, qui avaient alors délaissé la fécondation naturelle pour la fécondation provoquée, se sont tournés vers de nouvelles espèces pour enrichir leur panoplie. Il se trouve qu’à l’époque des explorateurs et botanistes venaient de découvrir, au Proche Orient, des iris qui, pour ressembler à ceux connus et utilisés en Occident, n’en étaient pas moins plus forts, plus somptueux, avec des fleurs plus grosses à l’aspect admirablement satiné. Ces iris présentaient néanmoins plusieurs inconvénients : ils n’étaient pas rustiques, et ils n’offraient pas beaucoup de diversité dans les coloris. L’idée est donc venue tout naturellement d’essayer de croiser ces gros iris avec les iris déjà utilisés.

Ce sont des scientifiques anglais qui ont été les premiers a tenter de tirer parti des espèces nouvellement découvertes. Le premier fut Sir Michael Foster, professeur de physiologie à Cambridge, il donna le nom de ‘Amas’ à l’un de ces nouveaux iris, en souvenir d’Amasya, la ville de Turquie, à environ 200 km à l’Est d’Ankara, près de laquelle la plante avait été recueillie en 1885. ‘Amas’ (photo) se présente avec une fleur volumineuse, aux pétales violet clair et aux sépales d’un beau violet velouté. Foster qui pratiquait les croisements de manière scientifique obtint plusieurs iris réussis à partir de ce ‘Amas’, mais il ne prenait pas attachement des croisements qu’il effectuait, de sorte qu’on ne connaît qu’imparfaitement le pedigree de ses obtentions. C’est un autre obtenteur anglais, Robert Wallace, qui commercialisa les obtentions de Foster après la mort de ce dernier. Parmi ces variétés remarquables, il faut citer ‘Mrs George Darwin’, ‘Mrs Horace Darwin’ ou ‘Kashmir White’. Elles furent parmi les premières à être importées aux USA où elles ont été utilisées en partie pour donner naissance aux iris américains qui n’ont pas tardé à s’imposer. Un autre descendant de ‘Amas’ à connaître un destin prestigieux a été ‘Dominion’, obtenu en 1912 par un autre anglais, Arthur Bliss. ‘Dominion’ est considéré comme l’un des piliers de l’iridophilie moderne, et ses descendants sont innombrables. Il a été utilisé partout. Par exemple, en France, Ferdinand Cayeux en a obtenu ‘Député Nomblot’ (1929), aux USA, Connell en a tiré ‘Dauntless’ (1929) qui fut le vainqueur de la Dykes Medal l’année même de son introduction.

Une autre espèce nouvelle arriva du Moyen Orient dans les années 1880. Récolté en Palestine par le botaniste A. Ricard, l’iris ‘Ricardi’ a été ainsi dénommé par le Français Fernand Denis en l’honneur de son inventeur. C’est une forme de l’espèce I. mesopotamica, de couleur bleu lavande, qui ne tolère guère le froid, mais que F. Denis, installé à Balaruc, sur l’étang de Thau, a pu cultiver et croiser avec des variétés issues d’I. germanica. Les rejetons de ces croisements, que l’on peu qualifier de spectaculaires à côté des variétés antérieures, ont passionné les amateurs de l’époque. Les plus célèbres furent, sans doute, ‘Andrée Autissier’, ‘Mademoiselle Schwartz’ ‘Mme Chobaut’ et surtout ‘Blanc Bleuté’. Sous ce nom plutôt anodin se cache un iris d’une grande importance car il est à l’origine d’une autre pierre angulaire de l’iridophilie, le fameux ‘Missouri’ (Grinter 32 – DM 37) (Photo).

Bien d’autres obtenteurs du début du XXeme siècle ont utilisé les « grands » iris de Turquie ou de Palestine. Puis, peu à peu, au fur et à mesure de leurs désirs d’obtenir des améliorations dans un domaine ou un autre, ils ont ajouté à leur cocktail d’autres espèces : I. plicata, I. variegata. I. aphylla ou I. reichenbachii pour ne citer que les plus marquantes.

Néanmoins, pendant de longues années, les hybrideurs se sont demandé pourquoi les croisements qu’ils tentaient entre les iris traditionnels et le nouvelles espèces moyen-orientales étaient si peu souvent couronnés de succès et pourquoi les graines obtenues donnaient naissance à tant de variétés stériles. Car les iris dont les noms viennent d’être donnés sont des exceptions. La plupart du temps les efforts des hybrideurs étaient vains. Il a fallu attendre la fin des années 1920 et les travaux de Marc Simonet pour que le mystère soit élucidé : les anciens iris étaient diploïdes, les nouveaux, tétraploïdes. L’association des deux devait normalement donner naissance à des plantes triploïdes, donc en quelque sorte bancales, stériles et souvent malingres ou fragiles. Ce n’est qu’exceptionnellement, et à la suite d’un concours de circonstances mal compris, qu’apparaissaient des variétés tétraploïdes, puissantes, fertiles et belles. Mais celles-là ont été mises à profit pour obtenir des centaines puis des milliers de cultivars tétraploïdes, ceux que l’on continue d’obtenir partout dans le monde et qui monopolisent l’espace de nos jardins.

11.1.08

ECHOS DU MONDE DES IRIS

La tendance

Les nouvelles variétés de Joë Ghio viennent d’être publiée sur le site de son club d’iris : http//montereybayiris.org/gallery/ghio . La tendance chez ce grand hybrideur est aux iris de couleur acajou : pas moins de cinq nouvelles variétés très proches les unes des autres en trois ans. Il s’agit de ‘Red Skies’ , ‘Trial by Fire’, ‘Gilt Edge’, Accessible’, et ‘Pianoforte’. Toutes sont dans les tons d’acajou, avec des nuances allant du magenta à l’amarante et au bourgogne. Sans doute pourrons-nous les trouver dans les catalogues européens dans environ cinq ans…






CRÉATEURS D’ÉTERNITÉ

Dans une chronique publiée dans « Irisenligne » en 2004, je terminais par cette phrase : « Verra-t-on des « maculosas » français ? Sûrement ! Michèle Bersillon, par exemple en a déjà obtenu, dont elle m’a fait parvenir une photo qui laisse espérer de jolies choses. » Mais ce n’est pas cette obtentrice qui a été la première à enregistrer un « maculosa ». Elle a été devancée par Rose-Linda Vasquez-Poupin, une amatrice du Vaucluse, qui nous a offert en 2007 ‘Rose-Linda Vasquez’ (voir photo), une variété aux pétales blanc bleuté et aux sépales blancs parcourus de dessins aléatoires bleu lavande. La fleur est bien formée et joliment ondulée. Charme supplémentaire, cet iris porte des éperons blancs à la pointe de ses barbes.

Voilà donc une double nouveauté à propos de laquelle son obtentrice s’est demandée s’il s’agissait bien d’un « maculosa » (ou « broken color »). Elle n’en sera persuadée que lorsqu’elle constatera le phénomène « broken color » sur les descendants de cette plante, mais dès maintenant elle peut être à peu près sûre de son coup. Car si ‘Rose-Linda Vasquez’ n’a pas d’ancêtre directement BC, il a pour parent femelle ‘Hindu Magic’ qui est un plicata, descendant de plicatas, et les BC sont des rejetons perturbés d’iris plicatas. L’un des premiers « maculosas » réellement intéressant qui ait été enregistré se nomme ‘Doodle Strudel’ (Ensminger 77), un iris bleu ciel, taché de bleu marine, et c’est un enfant de ‘Stepping Out’, plicata on ne peut plus célèbre. ‘Rose-Linda Vasquez’, lui, provient d’un autre fameux plicata, ‘Going My Way’, qui se situe dans le pedigree de ‘Hindu Magic’.

Dès maintenant on peut dire à Mme Vasquez-Poupin quelle peut se déclarer créatrice d’un iris très nouveau. De ce fait elle entre dans le monde de l’hybridation des iris d’une façon qui devrait être très remarquée. Et de ce fait aussi elle devient créatrice d’éternité.

Tous les hybrideurs, comme l’héroïne de cette chronique, se rendent-ils compte qu’en lançant dans le monde un nouvel iris ils créent une nouvelle plante qui, si tout va bien, pourra rester présente pour toujours ?

Les nouveaux cultivars, une fois qu’ils ont commencé à pousser, ont vocation à exister éternellement. En effet le système végétatif qui est le leur, avec son renouvellement par extension du rhizome originel, ne peut pas dégénérer et se multipliera indéfiniment à l’identique. C’est la raison pour laquelle on peut toujours trouver dans nos jardins des antiquités comme ‘Celeste (Lemon 1858) (photo), ‘Ma Mie’ (Cayeux F. 1903) ou ‘Prosper Laugier’ (Verdier 1914) (photo), et des centaines d’autres, pieusement conservés par des passionnés comme les animateurs de la HIPS (Historic Iris Preservation Society).

C’est une lourde responsabilité, en fin de compte, que de se lancer dans l’hybridation. A une échelle infime, créer un nouvel iris c’est modifier un élément du monde végétal. C’est une responsabilité encore plus grande que celle de concevoir un enfant. Car celui-ci, s’il se reproduit, ne le fera pas à l’identique et ne sera lui-même que pour un temps sur notre Terre. A la différence de la nouvelle plante qui défiera les siècles, pour peu que la chance lui laisse la possibilité de croître et de disséminer sur toute la planète des clones d’elle-même, et sera encore présente quand son créateur aura depuis longtemps disparu.

Je suis sûr que bien peu d’hybrideurs réfléchissent à cet aspect de leur action. C’est dommage car avec, en tête, cette vison des choses, peut-être choisiraient-ils avec encore plus de scrupules les iris qu’ils décident de mettre sur le marché, et, par conséquent, au monde pour l’éternité. Pour peu que ‘Rose-Linda Vasquez’ soit remarqué par les grands du monde des iris, son destin pourra être celui d’une plante que l’on retrouvera dans quelques siècles au fond de quelque jardin botanique comme on y trouve de nos jours ceux que certains appellent de « vieux » iris, faute de pouvoir leur mettre un nom sur la corolle.

5.1.08




ECHOS DU MONDE DES IRIS

Plein de nouveautés


Je viens de prendre connaissance de la liste des nouvelles variétés enregistrées par des obtenteurs français en 2007. Jamais il n’y en avait eu autant puisque l’on en compte 54, de 9 hybrideurs différents dont 3 nouveaux ! La liste sera publiée dans le prochain numéro de « Iris & Bulbeuses », mais pour vous donner une idée des nouveautés proposées, en voici deux, parmi les plus jolies.



FLEUR DE SOIE

En me documentant pour la rédaction de la chronique sur Marc Simonet, publiée ici il y a quelques semaines, j’ai appris que cet infatigable chercheur avait pratiqué des croisements interspécifiques à partir de l’espèce I. setosa. Quand je découvre comme cela quelque chose que je ne connais pas, ou très mal, j’éprouve une irrésistible curiosité qui me conduit à entreprendre aussitôt des recherches pour pénétrer ce nouveau sujet. C’est ce qui est arrivé avec cet I. setosa, dont je ne connaissais guère que le nom ainsi que le rôle dans les origines d’une autre espèce, I. versicolor. Alors, en avant ! Tous les bouquins de ma bibliothèque qui parlent des iris botaniques sont mis sur la table, et me voilà parti à la recherche de I. setosa.

Pour commencer, j’ai essayé de savoir pour quelle raison cette espèce avait reçu son nom. Mon vieux dictionnaire Gaffiot, qui m’a longuement servi quand je séchais sur mes versions latines, m’a confirmé que « setosus » ou « plutôt « saetosus » en latin classique, signifiait « couvert de poils ». Diable, cette fleur serait-elle velue ? Pourtant aucune des descriptions dont je dispose ne parle de poils. Cet adjectif « setosus » ne serait-il pas pris, au contraire, dans un sens plus large, celui de « soyeux » ? Il y a gros à parier que cette acceptation est la bonne. Néanmoins Maurice Boussard me précise que W. R. Dykes a une autre explication : d’après lui ce qualificatif spécifique tiendrait au fait que le verticille de "pétales" peu ou pas présents (ces pétales sont rudimentaires), pourrait évoquer des "soies" d'animal (porc par ex.). Bref, on ne sait pas quelle est l’origine du nom latin. Il n’est pas rare que ces noms s’appuient sur des caractéristiques douteuses, voire erronées. Tenez, notre I. setosa ne fait-il pas partie de la série Tripetalae, qui, logiquement, devrait comprendre des plantes n’ayant que trois pétales ? Eh bien, la série Tripetalae ne contient en fait que des fleurs qui n’ont pas, ou très peu, de pétales ! Le nom qui lui aurait mieux convenu est « trisepalae » puisque les iris en question sont dans la situation de n’avoir que des sépales (et de toutes petites écailles qui sont des moignons de pétales), largement développés.

J’ai appris que la plante I. setosa se présente en touffes denses de feuilles étroites d’où émergent des tiges florales minces qui culminent en moyenne à environ 60 cm. Mais il y a de fortes différences de tailles d’une sous-espèce à une autre. Il faut dire que notre héros du jour, a l’instar de son hybride naturalisé I. versicolor, à eu l’occasion de s’offrir de nombreuses variations au cours d’une aventure plurimillénaire. Il semble que l’origine des cette plante se situe dans le nord du Japon et en Mandchourie. Mais au cours des ans, elle s’est progressivement répandue vers le Nord, gagnant la Sibérie orientale, le Kamchatka, puis a franchi le détroit de Bering avant de se répandre dans le Nord de l’Amérique. Au gré de ces déplacements elle s’est un peu modifiée pour s’adapter au nouvel habitat qu’elle colonisait, passant d’une plante haute d’un bon mètre à des sous-espèces beaucoup plus naines. De même pour le coloris des fleurs : de violet pourpré, il a évolué vers un bleu indigo de plus en plus clair. Il y a même des fleurs blanches ou plutôt blanchâtres. C’est ça, les nomades, ils s’adaptent.

En commençant cette chronique, j’ai parlé du travail d’hybridation de Marc Simonet. Depuis, d’autres ont continué les croisements interspécifiques et I. setosa se prête bien à ce genre de manipulations. Selon l’espèce avec laquelle il est croisé ont obtient des hybrides, plus ou moins fertiles, auxquels on a donné des nom bien peu commerciaux, comme « Sevigata » pour les croisements ‘setosa/laevigata’, « Versitosa » pour ‘versicolor/setosa’, « Chrytosa » pour ‘chrysographes/setosa’ ou « Sibtosa » pour ‘Sibirica/setosa’… Le spécialiste de ces mélanges, au demeurant souvent originaux et spectaculaires, est Tomas Tamberg, à Berlin.

La question que l’on se pose quand on aborde le sujet d’une plante non indigène, c’est : « Peut-on l’acclimater chez nous ? » Pour I. setosa, la réponse est Oui. Il fallait s’y attendre, de la part d’une plante qui a parcouru des milliers de lieues, d’un continent à l’autre. Cet iris est à l’aise partout où il va rencontrer des conditions qui se rapprochent de celles des contrées où il est endémique. Il ne craint pas le froid. C’est même peut-être l’espèce la mieux à même de supporter des températures largement négatives. Il aime l’humidité. Mais pas tout le temps : au moment de la floraison il lui faut du sec. Ce n’est pas une plante d’eau, mais simplement une amatrice de fraîcheur et d’humidité printanière. L’installer dans un sol acide, près d’un point d’eau, ne pose pas de problème. On dit que c’est une plante qui n’a pas une grande longévité, mais on dit aussi qu’elle se reproduit facilement par graines. Alors, si vous voulez que votre mare ou votre bassin prenne une apparence un peu singulière, donnez-lui pour voisins quelques iris « de soie », ajoutez aussi, dans l’eau, des iris versicolores, et vous serez fiers de montrer à vos visiteurs un jardin d’eau original.

30.12.07

AUX AMIS D'IRISENLIGNE

L'arrivée de la nouvelle année me donne l'occasion de présenter mes meilleurs voeux à ceux qui, chaque semaine, viennent sur ce blog.

Irisenligne continue. Je songe à quelques modernisations. Elles interviendront au cours des prochains mois, pour rendre encore plus agréable ce rendez-vous avec les iris.






JARDINS D’IRIS

III. – LA GUIRLANDE DE JULIE

VILLE DE C…
Aménagement du coteau St Eloi
Commission Spéciale

RAPPORT DE LA COMMISSION SPECIALE
POUR L’AMENAGEMENT DU
COTEAU SAINT ELOI

Lors de sa réunion plénière du …/… la Commission Spéciale pour l’Aménagement du Coteau St Eloi a adopté à l’unanimité le projet ci-dessous.

Rappel des motifs de la création de la Commission :

La Ville de C… a fait l’acquisition de l’ancienne propriété Rethel, constituée de jardins et friches à mi-hauteur du coteau St Eloi, cadastrée E 2101 à E 2107. Ces terrains, situés en secteur protégé, à proximité du glacis sud-ouest du château, ne sont pas constructibles, ils constituent une réserve foncière destinée à un aménagement paysager devant mettre en valeur les abords du château. Par délibération du 24/05/2006, la Ville de C… a décidé de confier à une Commission Spéciale une réflexion sur cet aménagement.

Propositions de la Commission :

La Commission s’est réunie à cinq reprises entre le 27/08/2006 et le 30/06/2007.
Plusieurs projets ont été examinés. Celui qui a été retenu est une proposition des Services Techniques de la Ville. Elle a été présentée à la Commission le 14/09/2006.

Elle consiste à aplanir et ensemencer en prairie l’ensemble du terrain qui est constitué d’une bande de terre en pente vive, de forme variable en fonction des irrégularités du sol. Sur cette « trouée verte », des bosquets d’arbustes de petite taille seront plantés selon un plan s’adaptant aux dispositions naturelles du terrain, de manière à ne pas constituer d’obstacle visuel entre la ville, située en contrebas, le coteau et le château. Des espaces floraux, constitués de plantes rustiques et résistantes à la sécheresse, d’un aspect aussi naturel que possible, seront disposés de manière aléatoire, mais laissant entre eux de larges espaces de prairie. Pour créer un lien entre ces espaces, une ligne irrégulière et ondulante de grands iris sera établie d’une extrémité à l’autre du la parcelle.

En ce qui concerne la ligne irrégulière d’iris, la Commission, après avoir pris le conseil de M. … , spécialiste de cette plante, a laissé à ce dernier le choix des variétés qui devront la constituer. Afin de donner une identité au nouveau jardin et à l’élément qui en constitue l’originalité, elle a proposé que lui soit donné le nom de « La Guirlande de Julie », allusion littéraire au recueil de madrigaux écrits en 1641 pour Julie d’Angennes, fille de Madame de Rambouillet, par tous les beaux esprits de l’époque. La guirlande d’iris pourrait, en rapport avec le recueil qui comprend 29 poésies, être constituée de 29 variétés d’iris, plantées de manière à réaliser un ensemble attirant l’œil, particulièrement esthétique vu du sentier qui court le long du coteau.

A la réunion du 30/06/2007, M. … a proposé que la Ville fasse l’acquisition des variétés d’iris suivantes, pour constituer la guirlande ; il s’agit de variétés blanches, roses et mauves ou violettes, très résistantes et qui ne demandent qu’un minium de soins. Chaque variété serait à acquérir en quatre exemplaires, chacun se rencontrant quatre fois tout au long de la guirlande :

‘Frison-Roche’ - blanc
‘Ré la Blanche’ - blanc
‘Neige de Mai’ - blanc
‘La Meije’ – blanc
‘Titanium’ - blanc
‘French Cancan’ – rose / mauve
‘Buisson de Roses’ - rose
‘Eau Vive’ – bleu vif
‘Horizon Bleu’ -bleu
‘Condottiere’ –blanc / bleu
‘Succès Fou’ - rose
‘La Vie en Rose’ - rose
‘Hortensia Rose’ - rose
‘Je l’Adore’ -rose
‘Starlette Rose’ - rose
‘Heure Bleue’ - bleu
‘Bal Masqué’ – blanc / bleu
‘Alizés’ – blanc / bleu ciel
‘Crème Glacée’ – blanc / rose
‘Princesse Caroline’ – bleu clair
‘Sixtine C’ – blanc et bleu
‘Cœur d’Hiver’ –mauve / blanc
‘Tiphaine François’ – blanc / lavande
‘Claude Louis Gayrard’ – bleu / blanc
‘Autan’ – bleu
‘Désiris’ - rose
‘Gladys Clarke’ rose et blanc
‘Sensuelle’ - rose
‘Thalasso’ - bleu


Par délibération en date du 31 octobre 2007, le Conseil Municipal de la Ville de C… a décidé la création du jardin baptisé « La Guirlande de Julie » dans les conditions proposées par la Commission Spéciale. Les travaux préparatoires seront entrepris à la fin de l’hiver 2008 et les plantations interviendront au printemps ; les iris, tous d’obtention française et commercialisés en France, seront mis en place dans le courant d’août 2008.

21.12.07

ECHOS DU MONDE DES IRIS

FRANCIRIS © 2011

Pendant quelques temps on a pu avoir des doutes sur le retour du concours FRANCIRIS © en 2011. Maintenant on sait qu’il aura bien lieu. C’est une bonne nouvelles pour tous les amateurs d’iris et particulièrement pour les hybrideurs français qui pourront se mesurer aux meilleurs hybrideurs du monde.






RUSSIE : UN NOUVEAU MONDE DES IRIS

I. L’émergence

Avant la désagrégation de l’URSS, on ne se doutait pas que derrière le rideau de fer des amateurs un peu illuminés pratiquaient l’hybridation des iris. On ne s’est aperçu de l’existence de ces fanatiques que lorsqu’ils ont commencé à enregistrer leurs obtentions auprès de l’AIS. C’est à dire en 1995.

Cette année-là, la CII, la Société Russe des Iris, qui se voulait encore la représentante de tout l’ancien bloc soviétique, a fait enregistrer des variétés obtenues bien avant le retour de la Russie dans le monde libre. Il s’agissait de variétés de la moscovite Irina Driaghina, avec parmi elles ‘Fioletovy Nizkorosly’, un joli petit iris pourpre (60 cm), issu de l’antique ‘Sable’. Le couple Nadegda et Vitali Gordodelov rattrapait 20 ans de travail dans l’ombre en proposant 47 variétés dont ‘Graf Tolstoï’ (photo). Piotr Hattenberger, un autre habitant de Moscou, inscrivait deux nouveautés, Viktor Koroliov, 4, Galina Shevchenko, 13, et Viktor Sheviakov, 32. Sergei Loktev se lançait avec son ‘Drevni Rim’ (photo), premier d’une famille devenue immense.

La machine était lancée et sa vitesse allait s’accroître très rapidement.

Que dire de ces iris ? Qu’il s’agit de variétés qui étaient le reflet des géniteurs utilisés. C’est à dire quelques variétés américaines des années 50 ou 60, parvenues on ne sait comment dans un univers où tout ce qui provenait des Etats-Unis était considéré comme suspect. Il a sans doute fallu proposer des avantages en nature aux douaniers pour qu’ils laissent passer ces sulfureux produits ! Est-ce pour éviter d’avoir des explications embarrassantes à donner que tous les iris proposés par la famille Gordodelov ont été déclarés « de parents inconnus » ? C’est probable : Vitali était un retraité de l’Armée Rouge, et, au fin fond du Caucase, là où demeurait le couple, la libéralisation n’était peut-être pas encore bien acceptée. Mais prenez le cas de ‘Drevni Rim’ : son pedigree est ‘Bang’ X ‘Stepping Out’. ‘Bang’ (T. Craig) date de 1955, et ‘Stepping Out’ de 1964. ‘Surskiye Zori’ (Sheviakov 95), un bitone brun-rouge, est issu de ‘Heather Hawk’ x ‘Latin Lover’, deux iris des années 60. Tous les autres ont des pedigrees du même genre. De ce fait les variétés russes ont paru, au moment de leur enregistrement, plutôt ringardes, mais il fallait les replacer dans leur contexte. D’ailleurs, pour ne parler que de celles que je connais, je puis dire qu’en dépit d’un aspect quelquefois démodé, ces iris étaient robustes et plutôt intéressants.

Robustes, il est évident que pour naître et se développer dans le climat de la Russie, ils devaient forcément l’être : un peu comme l’étaient à la même époque les variétés des frères Sass, nées dans la région la plus rude des Etats-Unis.

Le petit livre « Registrations and Introductions » de 1996 comprend 75 inscriptions en provenance de Russie et d’Ukraine, avec un premier lot de semis obtenus par Nina Miroshnichenko, dont le gris ‘Khmuroye Utro’, qui démontre déjà l’intérêt de cette dame pour les coloris peu courants.

Il n’y a eu « que » 50 nouveaux enregistrements en 97. Le rattrapage des années de plomb était à peu près terminé. L’année 99 a vu l’enregistrement de 90 cultivars, dont certains issus de croisements entre variétés récentes. De plus, si les TB constituent encore la majorité, les hybrideurs abordent d’autres catégories (SDB, IB, BB…). On est au début d’une nouvelle ère.

II. L’inflation

A partir du début des années 2000, on assiste à une multiplication formidable du nombre des iris enregistrés. Ils deviennent tellement nombreux qu’on peut se demander quelle est la réelle valeur de toutes ces plantes. D’autant plus qu’en Occident rares sont ceux qui ont pu les approcher. Leur distribution reste en effet confidentielle et limitée à leur pays d’origine. C’est ce qui différencie ces iris de ceux produits dans les autres pays de l’ex-bloc de l’Est. En effet, que ce soit de Slovaquie, de Slovénie, de République Tchèque, les variétés obtenues peuvent être librement achetées, et l’entrée de ces pays dans la Communauté Européenne n’a fait que faciliter ces échanges. Mais de Russie, rien ne sort ! Ou presque, puisque les exportations officielles sont pratiquement impossibles. Il est même difficile de récupérer des photos. Pour se procurer des iris russes, il faut contourner les obstacles et rapporter ces plantes dans le fond d’une valise en priant que les contrôles dans les aéroports ne détectent pas les intrus…

Cet isolement ne semble pas décourager les hybrideurs. 33 nouvelles variétés en 2000, 105 en 2001, 91 en 2002, 116 en 2003, 124 en 2004, 355 en 2005, 219 en 2006 !!

Les plus grands pourvoyeurs s’appellent Viacheslav Gavriline, Boris Krasheninnikov, Sergeï Loktev, Viktor Sheviakov ou Viktor Sholupov. Ces quelques hybrideurs enregistrent plus que Schreiner, Black, Ernst, Keppel et Tasco ! On trouve de tout de ce grand magasin d’iris : toutes les catégories, toutes les couleurs, tous les modèles, y compris ceux qui sont à la mode aux Etats-Unis, comme les amoenas inversés ou les luminatas.

Cette inflation n’est pas significative de qualité, mais autant qu’on puisse en juger sur photo, les fleurs semblent bien formées, correctement ondulées ou frisées. Cependant, tant que ces plantes n’auront pas participé à des concours occidentaux relevés, comme celui de Florence, elles ne pourront pas être correctement évaluées.

Quoiqu’il en soit, on peut se faire un début d’opinion en regardant les photos de certains cultivars comme ‘Edgar Poe’ (Loktev 2005), ‘Oberman’ (Loktev 2006) ou ‘Solnetchnaya Fantasiya’ (Krasheninnikov 2007).

La Russie est-elle le nouvel Eldorado des iris ? Personne n’est en mesure de l’affirmer pour l’instant. Mais il est vraisemblable que sur la masse, et chez quelques obtenteurs scrupuleux dans leur sélection, on puisse découvrir de véritables perles.

14.12.07


ECHOS DU MONDE DES IRIS

Un Européen médaillé aux USA

A ma connaissance, c’est la première fois qu’un iris européen reçoit une médaille dans la grande distribution annuelle orchestrée par l’AIS. Il s’agit de ‘Sibtosa Princess’ (98) (voir photo), un croisement interspécifique obtenu par l’allemand Tomas Tamberg, à qui a été allouée la Randoph-Perry Medal 2007. ‘Sibtosa Princess’ est le croisement entre I. setosa et un iris de Sibérie, recroisé avec un autre iris de Sibérie ; ses fleurs lavande rosé marquées d’or à la base, s’ouvrent à la mi-saison. Tomas Tamberg est coutumier des récompenses internationales : un autre de ses croisements, l’iris de Sibérie ‘Berlin Ruffles’ (93) a été distingué (BDM) en Grande Bretagne en 1999.

Un autre hybrideur européen, Anton Mego, peut se frotter les mains : son ‘Slovak Prince’ (2002) a obtenu un AM, en troisième rang s’il vous plait, avec 113 votes.



JARDINS D’IRIS

II. – BESANTS D’OR

Pour atteindre ce petit château, il faut escalader la rive droite du Cher, puis, après une courte traversée du plateau, redescendre dans un petit vallon, au milieu d’un bois. On passe d’abord le long d’un étang, d’allure plutôt sauvage et romantique, puis on arrive devant le mur d’une grosse écurie qui masque le château dont on ne voit alors que les toits puissants recouverts d’ardoises. Quand on contourne cet obstacle, on parvient devant un petit pont qui enjambe le fond du vallon et on se présente devant un porche qui, une fois franchi, s’ouvre sur une cour carrée. A gauche, les écuries dont ne voyait tout à l’heure que le dos, à droite le château, d’architecture classique, assez austère, entre les deux, cette grande cour dont le centre est occupé par une vaste pelouse bien tondue d’où émergent trois cercles plantés d’iris en fleur, tous jaunes.

La maîtresse des lieux nous accueille. « Vous êtes intrigués, dit-elle, par ces grands ronds jaunes. Sachez que les armoiries de notre famille sont « de sinople aux trois besants(1) d’or ». Quand j’ai voulu créer un jardin d’iris, j’ai pensé que ces trois besants pouvaient inspirer le dessin des massifs. Vous avez donc sous les yeux un reproduction géante de nos armoiries. Par dessus le marché, ces fleurs jaunes éclairent vigoureusement un lieu qui n’est pas foncièrement gai. Vous voyez que nous sommes dans une combe avalant vers le nord-est, ce qui n’est pas la plus lumineuse des orientations. »

« Ne vous attendez pas à trouver parmi ces iris jaunes des variétés récentes, ma collection commence à dater, je l’avoue. Quand je la régénèrerai, je remplacerai sans doute quelques-uns des plus vieux iris. Mais je conserverai mes tout premiers jaunes, ceux qui datent de l’apparition des cette couleur chez les iris, comme ‘Happy Days’, ‘Alice Harding’ ou ‘Techny Chimes’. »

Les trois cercles n’ont pas exactement les mêmes teintes. Celui du fond, face aux écuries, est plus clair que les deux autres. Et c’est celui qui est du côté nord qui est le plus foncé.

« Il y a, complète notre hôtesse, dix variétés différentes par cercle, cela ne fait donc que trente iris, mais les touffes sont énormes. Voici un ‘Rainbow Gold’ qui a vingt-quatre tiges florales, et ce vieil ‘Ola Kala’, à côté, doit en avoir une vingtaine. Dans ce cercle nord, voyez aussi les énormes fleurs de ce ‘Côte d’Or’. Je les trouve trop grosses et c’est certainement une des variétés que j’enlèverai bientôt. Approchez-vous, venez voir celui-ci, c’est un de mes préférés. Vous le connaissez ? C’est ‘Starring Role’, il doit avoir plus de trente ans (Palmer 73, NDLR), mais quelle fraîcheur ! Finalement je crois que je préfère les jaunes acides aux jaunes dorés. Voyez, là, ‘Elegant Impressions’, il est beaucoup plus récents que le précédent (Schreiner 93, NDLR), et ses fleurs sont encore plus ondulées. »

On ne se lasse pas de tourner autour des ces trois imposants massifs. Au milieu du besant ouest, celui qui est seul, on reconnaît sans peine l’inusable ‘Zantha’ que l’on trouve en masse dans les jardins publics. C’est sans doute une des variétés les plus utilisées dans le monde. Il fait bien son âge, mais fleurit toujours avec vaillance. Et ce petit iris avec une grande tache blanche sur les sépales, ne serait-ce pas l’ancien ‘Mattie Gates’ ?

« C’est bien lui, confirme la châtelaine. Je l’ai eu par chance, au jardin de Brüglingen, près de Bâle, où je suis allée il y a bien longtemps maintenant, en 79 ou 80, je crois. J’aime bien toutes ces vieilles variétés, je leur trouve beaucoup de charme, comme ce ‘Trompette’, ou ce ‘Desert Gold’ ; je trouve qu’ils sont en accord avec l’aspect rectiligne des façades de cette demeure. Les iris récents jurent un peu, me semble-t-il, mais ils sont si beaux néanmoins ! »

Après un dernier tour de ces besants d’or, on se dirige à regret vers le château, où pourtant la propriétaire, qui sait recevoir, a préparé un goûter à l’anglaise, qui s’annonce aussi plaisant que les iris.

(1) Besant = monnaie byzantine et, également, en héraldique, figure circulaire d’or ou d’argent.

7.12.07







HISTOIRE DES XIII

Ils étaient treize. Choisis après bien des hésitations dans le catalogue Cayeux de 1981. Ils ont constitué le noyau d’une collection qui, au fil des années, s’est développée jusqu’à avoisiner les 400 variétés. En fait, ce sont bien plus de quatre cents iris qui ont été plantés dans mon jardin, car il faut compter ceux qui, pour une raison ou une autre, n’y sont pas restés. Certains ont disparu d’eux-mêmes, d’autres ont été volontairement éliminés, soit qu’ils n’aient pas voulu pousser correctement, soit qu’ils aient du laisser la place à des variétés plus récentes, faute de place pour loger tout le monde. C’est un peu ce qui s’est produit pour les treize variétés d’origine. Qui sont ceux qui ont survécu aux transplantations successives ? Qui sont ceux qui ont disparu, et pourquoi ?

La liste de 82

‘A Propos’ (Babson 64) – un bitone mauve très connu ;
‘Babbling Brook’ (Keppel 69 – DM 72) – le plus joli bleu qui soit, même aujourd’hui ;
‘Chapeau’ (Babson 71) – bicolore, beige et pourpre ;
‘Fashion Fling’ (Hall 65) – un rose orchidée doux, d’un des pères des variétés de cette couleur ;
‘Margarita’ (Schreiner 68) – un amoena blanc et bleu pervenche ;
‘Matinata’ (Schreiner 68) – le bleu outremer façon Schreiner ;
‘Raspberry Ripples’ (Niswonger 69) – magenta vif, à barbes rouges ;
‘Ruby Mine’ (Schreiner 62) – d’un rouge bourgogne bien uni ;
‘Son of Star’ (Plough 69) – un orange des plus vifs, et qui ne passe pas ;
‘Stepping Out’ (Schreiner 64 – DM 68) – Le plus fameux plicata ;
‘Surf Rider’ (Tucker 70) – l’un des premiers amoenas inversés ;
‘Tuxedo’ (Schreiner 65) – toujours majestueux iris en habit noir ;
‘Vitafire’ (Schreiner 68) – est encore l’un des plus beaux “rouges”.

A examiner cette liste, je me dis que, pour ma première commande, j’avais eu la main heureuse et, si c’était à refaire, je crois que je reprendrais les mêmes. Il manque simplement un iris blanc et un iris jaune – mais cette absence s’est trouvée comblée dès la commande suivante qui comportait ‘Bride’s Halo’ et ‘‘Outreach’-.

Les commandes ultérieures n’ont fait qu’agrandir le choix dans ces coloris traditionnels, puis, au fil du temps et de mes exigences de diversification, ont abordé des couleurs plus rares et des mélanges plus audacieux.

Ceux qui ont disparu

‘A Propos’, premier de la liste, a aussi été le premier à quitter la collection. C’est une fin accidentelle, à l’occasion d’un déménagement (depuis 82, la collection a subi quatre déménagements !). Cette variété n’a pas été remplacée parce qu’à sa disparition elle n’était plus au catalogue chez aucun producteur français. Adieu donc ‘A Propos’…
‘Fashion Fling’ n’a pas été replanté lors du dernier transfert. Il fallait choisir entre des variétés aussi intéressantes les une que les autres, faute de place pour loger tout le monde. Il a été retiré en 2002, pour céder sa place à une variété plus moderne (mais pas forcément aussi robuste, hélas).
‘Margarita’, éliminé lors du transfert de 1990 : pour manque d’originalité…
‘Matinata’, a suivi le même sort que ‘Fashion Fling’ lors de la transplantation de 2002. Pour les mêmes raisons.
‘Ruby Mine’ a figuré dans la charrette de 1990. Cette année-là a été celle d’un grand bouleversement de la collection, avec une dizaine de départs et plus de vingt arrivées.
‘Son of Star’ est mort de pourriture en 2001. Il n’a pas été renouvelé.

C’est tout. Les sept autres figurent toujours dans mon jardin.

Ceux qui restent

J’ai eu plusieurs incidents avec ‘Babbling Brook’ qui me semble ne pas aimer les déménagements. Perdu deux fois, il a été aussitôt remplacé parce que je ne conçois pas que la collection puisse se passer de lui. J’adore ses petites fleurs d’un bleu si bleu, avec cette barbe verdoyante qui ajoute de l’acidité au coloris. Depuis son dernier déplacement, il se plait bien là où il est et fleurit abondamment.
‘Chapeau’ est inusable. Il a subi sans broncher tous les tracas que je lui ai causés. Ses fleurs accusent bien leur âge, mais sa belle santé m’incite à le conserver encore quelques années…
Qu’est-ce qui pourrait me faire renoncer à ‘Raspberry Ripples’ ? Rien, apparemment puisqu’il a échappé aux réformes intervenues jusqu’à présent. Lui aussi a des fleurs plutôt petites, mais l’éclat de sa couleur le rend toujours aussi plaisant.
A mon avis il ne peut pas y avoir une collection d’iris digne de ce nom sans ‘Stepping Out’ : c’est un élément incontournable. Il n’y a pas beaucoup de plicatas modernes pour égaler sa robustesse et la netteté du contraste entre le blanc et le violet.
‘Surf Rider’ n’a certes pas l’éclat des amoenas inversés qui pullulent aujourd’hui, mais il a pour lui son antériorité, en quelque sorte c’est un jalon nécessaire, que je voudrais bien conserver, mais il n’a pas fleuri cette année et je ne suis pas sûr qu’il sera encore là au printemps prochain. Aurait-il été « absorbé » par des voisins encombrants ?
‘Tuxedo’ est un fidèle. Il n’a jamais protesté lors de ses déménagements et il n’y a qu’en 2005 qu’il n’a pas fleuri. Je lui conserve toute ma confiance. Et puis c’est le favori de ma femme, alors ! Il faut savoir faire plaisir a une personne qui ne proteste pas quand son jardin se trouve peu à peu envahi par de nouveaux iris qui empiètent dans le domaine des autres plantes.
‘Vitafire’, malgré le poids des ans, reste le plus rouge des rouges. Dans ce coloris un peu bâtard et souvent difficile, je ne lui connais qu’un rival : ‘New Centurion’ (Schreiner 93).

Quand je retrouve mes « vieux » iris, j’éprouve un plaisir qui a pour cause non seulement les qualités intrinsèques de ces plantes, mais aussi toute la nostalgie qui résulte du nombre des années que j’ai passées avec eux, et des souvenirs qu’ils font remonter à la surface de ma mémoire. Depuis les XIII, tant de choses se sont produites !