18.6.21
ECHO DU MONDE DES IRIS
Une belle publicité.
Dans le journal « La Croix » du jeudi 17 juin 2021, la chronique de Christiane Rancé est intitulée « La possibilité d'un gué ». Elle débute ainsi : « Un ami m'a offert le catalogue Cayeux. « Juillet approche, il est temps de commander de nouveaux iris pour les installer au jardin », m'a-t-il dit pour que je consulte cette bible sans tarder. J'avais mille choses à faire mais je suis restée là, à rêver des heures devant ces pages pleines de fleurs en robe de bal. Des bleus et des pourpres, des blancs et des violets, panachés roses et mauves. » Voilà une belle introduction à la contemplation de ce qui est, en effet, une bible multicolore et tentatrice. Le catalogue Cayeux est toujours une source d'émerveillement.
En dehors de cela la chronique en question, fourre-tout et brouillonne, ne présente guère d'intérêt pour les amateurs d'iris.
ECHOS DU MONDE DES IRIS
Palmarès New York 2021
À l'occasion de la grande manifestation qui devait marquer le centenaire de l'AIS et se dérouler au printemps 2020 à Montclair, ville de 40,000 habitants, dans le New Jersey, à environ soixante kilomètres à l'ouest de New York, un concours d'iris sur le modèle européen était prévu. Il n'a pas pu avoir lieu en raison des événements sanitaires. Il a été reporté à 2021 et a été jugé exclusivement par des juges américains.
En voici le « Top Ten » :
1. 'Lamoyne Elizabeth' Jim Hedgecock 2018
2. 'Jedi Master' Ginny Spoon 2020
3. 'All Too Exciting' Paul Black 2018
4. 'Red Triumph' Terry Aitken 2017
5. 'Flower Fever' Elizabeth Rieniets 2017
6. 'Cover Of Rolling Stone' Walter Moores 2018
7. 'Gracious Me' Terry Aitken 2015
8. 'Twilit Snow' Sdlg 9-123C Stephanie Markham 2019
9. 'Flamboyance Dorée' Alain Chapelle 2015 (*)
9. EA Semis RD-13108-B Roland Dejoux
10. 'Fragrance des Sables' Nicolas Bourdillon 2021
(*)Patatras ! Les organisateurs du concours annoncent qu'une erreur a été commise et que 'Flamboyance Dorée' ne figure pas au palmarès ! Quelle déception pourl'obtenteur Alain Chapelle, et pour tout le monde français des iris...
LECH KOMARNICKI
Du théâtre aux iris
On ne peut pas parler de mondialisation de la culture des iris sans évoquer Lech Komarnicki, car ce personnage se situe à la charnière entre le monde d'avant (avant l’éclatement et la fin du l'ère soviétique) et le monde d'après (celui que nous connaissons aujourd'hui). Avant, le monde des iris était exclusivement un monde occidental. Il était largement dominé par les hybrideurs américains derrière lesquels se situaient les hybrideurs australiens, français, anglais, italiens, allemands... La suprématie américaine s'était imposée à l'occasion de la deuxième guerre mondiale. Elle avait profité du fait que les obtenteurs européens, au sommet de la pyramide jusqu'aux années 1940, avaient pratiquement cessé d'exercer leur art, plus préoccupés de produire des plantes vivrières que des plantes d'ornement à un moment où l'on manquait de tout sur un continent à feu et à sang. Le conflit terminé, les européens avaient repris peu à peu la culture des iris, mais leurs concurrents américains avaient pris une telle avance qu'il leur fut laborieux de remonter leur retard. Cependant le niveau de la production européenne, notamment la production française, s'est progressivement élevé, grâce surtout au travail et à l'habileté de Jean Cayeux puis de son fils Richard. En 1990 les deux continents se trouvaient sans aucun doute sur un pied d'égalité. Après, le fait que les échanges aient pu se développer sans contrainte entre les deux univers a eu pour conséquence une croissance extraordinaire de la production d'iris dans les pays qui se trouvaient auparavant enfermés derrière le rideau de fer. C'est ainsi que les hybrideurs allemands vivant dans l'ex-Allemagne de l'Est sont devenus plus nombreux et plus actifs que ceux demeurant à l'Ouest ! Ailleurs le même phénomène a pu être constaté : d'abord en République Tchèque et en Slovaquie, puis en Pologne. Et dans ce pays Lech Komarnicki a été un précurseur.
Curieux destin que celui de cet homme. C'était d'abord un homme de théâtre, acteur au Théâtre National de Varsovie, et metteur en scène réputé dans son pays, avec la réalisation de plusieurs dizaines de spectacles. Rien ne le prédisposait à devenir un spécialiste écouté de l'iris. Il a raconté lui-même que c'est sa femme qui, souhaitant disposer d'un jardin, lui a fait prendre goût à se mettre les mains dans la terre, puis à s’intéresser plus particulièrement aux iris. Ce n'était pas une mince affaire que de trouver des iris dans un pays où l'on ne dénombrait la présence que d'environ deux cents variétés, toutes anciennes, c'est à dire datant de l'immédiat après-guerre. Il a fallu de la persévérance, de l’opiniâtreté et de la débrouille ! Mais une fois accroché on ne se tire pas comme ça de la passion pour les iris ? Lech Komarnicki s'est rapidement aperçu que celle-ci prenait le pas sur l'intérêt porté au théâtre, et en 1990 il a pris sa retraite d'acteur et s'est consacré sans réserve à sa nouvelle passion. Après avoir lu toute la littérature sur le sujet, aidé en cela par sa connaissance pointue des langues anglaise et française, il s'est mis à écrire des articles dans différentes revues horticoles, ce qui lui a valu la proposition d'un éditeur pour la rédaction d'un ouvrage complet, en polonais, dont le besoin était évident tant de nombreux jeunes gens étaient saisis du désir de faire mieux connaissance avec cette plante nouvelle et encore très rare dans leur pays. Cela l'a obligé à approfondir ses connaissances et l'a amené au rôle de mentor pour toute une nouvelle génération. En même temps, disposant d'un vaste terrain à 150 km de Varsovie, il a pu joindre le geste à la parole et mettre en application les lois et conseils qu'il prodiguait dans ses écrits. Cependant faire pousser des iris dans une région aux hivers humides et froids, mais sans importantes chutes de neige pouvant recouvrir et protéger les plantes, lui valut bien des désillusions. Mais on ne décourage pas facilement un homme comme Lech Komarnicki ! Apprenant de ses échecs, il a réussi non seulement à se constituer une collection importante de grands iris et de SDB, mais aussi à réaliser des croisements originaux et de qualité. Il dit lui-même que l'hybridation « est une forme passionnante de création artistique » et qu'il a été bien aidé par « les articles de Keith Keppel dans les bulletins de l'AIS et ensuite la correspondance avec ce grand hybrideur à la personnalité exquise ». C'est ainsi qu'il a enregistré des variétés dignes de participer aux concours européens (1) et de ce fait assurant la promotion des iris d'Europe de l'Est dans des territoires où l'on ne s'attendait pas à découvrir la présence croissante de nouveaux hybrideurs, même si la victoire de 'Ikar' (A. Volfovitch-Moler, 1995) au concours de Florence en 1995 avait attiré l'attention sur la présence des grands iris à l'autre bout du monde.
Le premier enregistrement de TB, celui de 'Biala Noc', date de 1997, après un hiver 95/96 abominable pendant lequel la presque totalité des iris de Lech Komarnicki avaient gelé, et un été 96 où la collection a pu reprendre vie grâce à la générosité de Lawrence Ransom et de quelques-uns de ses amis français.
Cependant les TB ne constituent pas l'essentiel des travaux de notre metteur en scène polonais. Curieux de tout, il s'est lancé sans hésiter dans l'hybridation de bien d'autres catégories ou groupes, en particulier les Iris de Sibérie (qui étaient mieux appropriés au climat de son pays), les SDB et plusieurs sortes de croisements interspécifiques, dans la lignée initiée par Tomas Tamberg, en Allemagne, et avec une belle imagination. Ces hybrides, stériles, se trouvaient dans la propriété de L. Komarnicki. Depuis le décès de celui-ci, que sont-ils devenus ?
Lech Komarnicki fait partie de ces personnages exceptionnels que l'on rencontre cependant à maintes reprises dans le monde des iris. C'est donc à titre tout à fait justifié que l'AIS lui a décerné la Warburton Medal en 2010. Sachant qu'avant lui seulement deux irisariens originaires d'Europe de l'Est ou de Russie, Georges Rodionenko et Milan Blazek, avaient reçu cette distinction.
(1) notamment à FRANCIRIS© 2007 avec 'Evelyn Likes Me' (2005), 'Exploding Sun' (2003) et 'Tajemnica' (2005).
Illustrations :
'Biala Noc' (1997)
'Explosion of Joy' (2009)
'Poranna Mgielka' (2010)
'Tajemnica' (2005)
'Slavonic Beauty' (2004) SIB
'Three Continents' (2005) SPX
11.6.21
ECHOS DU MONDE DES IRIS
New York 2021
Roland Dejoux, président de la SFIB, m'a adressé le message suivant :
« Jill(1) m’a envoyé les résultats des français au concours de New York (2) :
9° place : 'Flamboyance Dorée' d'Alain Chapelle
9° place : Semis RD13-108B de Roland Dejoux
10° place : Semis 14-34-01 de Nicolas Bourdillon »
(1) Jill Bonino, organisatrice de concours.
(2) À l'occasion de la grande manifestation qui devait marquer le centenaire de l'AIS et se dérouler au printemps 2020 à Montclair, ville de 40,000 habitants, dans le New Jersey, à environ soixante kilomètres à l'ouest de New York, un concours d'iris sur le modèle européen était prévu. Il n'a pas pu avoir lieu en raison des événements sanitaires. Il a été reporté à 2021 et a été jugé exclusivement par des juges américains.
L'ensemble des résultats sera publié ici la semaine prochaine. Ces bons résultats confirment que les iris français ont atteint le niveau international. Félicitations aux lauréats.
-'Flamboyance Dorée'
- semis Dejoux RD13-108B-
semis Bourdillon 14-34-01 devenu 'Fragrance des Sables'
TOCAIA GRANDE
L'histoire récente du petit monde des iris a été marquée par une crise qui a empoisonné l'American Iris Society pendant près de quinze ans. Elle a concerné la place des grands iris au sein de l'association et l'existence, ou non, d'une société dédiée exclusivement à cette catégorie.
Il faut reprendre l'historique de l'AIS et le développement de chacune des catégories d'iris.
En 1920, quand l'AIS a été fondée, on ne parlait que des grands iris, les autres catégories étaient balbutiantes, voire même inexistantes. Qui disait donc iris disait grands iris barbus. Peu à peu les autres catégories se sont à leur tour développées, mais un peu comme des catégories annexes, existant à côté de la catégorie-reine des grands barbus, sans y être cependant tout à fait intégrées. Les tenants de ces iris un peu différents ont donc tout naturellement ressenti le besoin de se rapprocher et d'échanger à propos de leur pôle d'intérêt spécifique. C'est ainsi que sont apparues des associations distinctes de l'AIS proprement dite, et plus ou moins proches d'elle. C'est alors posée la question de fédérer ou non ces différentes associations, et avec quels types de liens. Aujourd'hui il existe treize de ces associations spécialisées :
Median Iris Society, qui concerne les BB, IB, et MTB ;
Society for Siberian Irises pour les iris de Sibérie (SIB) ;
Spuria Iris Society pour les spurias (SPU), comme son nom l'indique ;
Society for Japanese Irises pour les iris du Japon (JA) ;
Reblooming Iris Society pour les iris remontants ;
Dwarf Iris Society qui concerne les iris nains (SDB, MDB) ;
Society for Pacific Coast Native Irises, en charge des iris de Californie (PCN) ;
Species Iris Group of North America vouée aux différentes espèces d'iris botaniques ;
Historic Iris Preservation Society qui s'occupe des variétés anciennes ;
Society for Louisiana Irises pour les iris de Louisiane (LA) ;
Novelty Iris Society, la plus récente, pour les iris « space age » et autres nouveautés ;
Aril Society International, qui s'intéresse aux iris arils ;
Tall Bearded Iris Society, spécialement pour les grands iris barbus (TB).
C'est cette dernière association qui est la cause de la crise dont il est question ici. Elle est née en 1997 du désir d'un certain nombre de grands amateurs de TB de disposer d'une tribune où l'on ne discuterait que de grands iris. Au départ ces fanatiques n'étaient pas en opposition avec le staff de l'AIS, mais ils souhaitaient, à l'instar de ce qui existait pour les autres catégories d'iris, avoir un groupe de parole particulier. Pourquoi en effet existerait-il des associations où l'on parle des IB, des SDB, des remontants, des variétés anciennes etc. et n'en existerait-il pas à propos des TB ? L'idée a trouvé rapidement son public et moins d'un an plus tard paraissait le premier bulletin du nouveau groupe, baptisé « Tall Talk ». Ce premier bulletin expliquait simplement que la nouvelle association était créée pour promouvoir tout ce qui concernait les grands iris. L'équipe initiale réunissait des gens bien connus du monde des iris, tous fortement, voire exclusivement, tournés vers les TB. Les membres de ce groupe ne se situaient cependant pas en tant que dissidents de l'AIS et d'ailleurs ils ont aussitôt demandé à ce que leur association soit intégrée à l'AIS au titre de société associée. Mais le staff de l'AIS ne l'a pas entendu comme cela. Il a considéré que le sujet de prédilection de la majorité des membres de l'AIS étant les grands iris il n'y avait pas lieu de créer une association discussion était que, si la nouvelle société tenait sa convention au printemps de chaque année , ce qui correspondait évidemment à la période de floraison des TB, cela ferait du tort à la convention de l'AIS qui, traditionnellement, se tient à la même période. S'en est suivi une vive controverse qui a abouti à la proposition que la TBIS devienne une « section » de l'AIS, comme les toutes premières de la liste ci-dessus, c'est à dire un satellite n'empiétant pas sur les prérogatives de la maison mère. Mais les animateurs de la TBIS ont rejeté cette proposition qui limitait leur autonomie et n'ont pas souhaité d'autre statut que celui de société coopérante (ce qui est déjà le statut de l'Arils Society International). Point final de la discussion. Pour une quinzaine d'années. Peu à peu cependant la situation s'est détendue. La plupart des animateurs de la TBIS étant restés membres (et même membres dirigeants) de l'AIS, il eut été bien improbable que les choses ne finissent pas par s'arranger. Ce fut chose faite en 2011. Maintenant la TBIS a obtenu le statut de société coopérante qu'elle souhaitait. Elle maintient son organisation particulière et ses organes de communication, et la liste de son « Hall of Fame », qui est une forme de concours de popularité, continue d'être dressée annuellement. C'est un apaisement heureux qui fait honneur aux dirigeants de l'une et l'autre société. Et le fait que l'actuelle présidente de l'AIS ait été précédemment présidente de la TBIS et la preuve que tout est rentré dans l'ordre.
NB : l'essentiel des informations utilisées pour la rédaction de cet article provient d'un texte de l'ex- présidente Judy Keisling pour le supplément « 100 Years Bold ! » de la revue « Irises » de l'AIS.
4.6.21
LA FLEUR DU MOIS
'Purple Pepper'
( D. C. Nearpass, 1986)
Semis : 'Dancers Veil' x Semis: (('New Adventure x ('Captured Heart' x 'Melodrama')) x 'Ribbon Round')) X 'Easy Street'
En préparant un article (qui sera publié prochainement) sur les iris plicatas « poivrés » j'ai redécouvert 'Purple Pepper', une variété qui m'a enthousiasmé dès que je l'ai vue. Son intérêt ? Outre la perfection formelle de la plante, un modèle nouveau et surprenant.En effet je n'avais encore jamais vu d'iris plicata dont les pointillés traditionnels laissaient la place à un poudrage complet de petits grains de couleur faisant penser à une fleur blanche (ou claire) ayant reçu une bruine de peinture sombre, bleue en l’occurrence.
On pouvait s'attendre à quelque chose qui soit hors du commun de la part d'un hybrideur inspiré et exigeant comme Donald Charles Nearpass. Il s'est fait un nom avec des variétés plaisantes et horticulturalement impeccables comme les amoenas 'Lord Baltimore' (1968) et 'Dover Beach' (1970), ou l'amoena-plicata 'Spinning Wheel' (1974), et on sait qu'il a jeté des quantités de semis qui, à ses yeux, n'avaient pas assez de qualités pour être conservés. D'ailleurs son catalogue personnel ne comporte que 26 noms, tous portés par des variétés en tous points réussies.
Le pedigree de 'Purple Pepper' fait appel à des variétés dont plusieurs ont été des étapes dans l'évolution de l'hybridation : 'Dancer's Veil' (Hutchison, 1959) est un plicata britannique qui a fait le tour du monde et reçu dans son pays d'origine la British Dykes Medal en 1963 ; 'New Adventure' (Muhlestein, 1953) est sans doute le premier iris plicata « rose », issu de la lignée des « flamingo pinks » ; dans la classe des plicatas à barbes mandarine, 'Captured Heart' (Tompkins, 1957) se distingue par un riche parure de pointillés couleur héliotrope, il est certainement pour beaucoup dans le poudrage caractéristique de 'Purple Pepper' ; on ne présente plus 'Melodrama' (Cook, 1956) puisque cette variété exceptionnelle est considérée comme le point de départ des amoenas modernes ; 'Ribbon Round' (Tompkins, 1962) est un autre plicata, délicieusement frais et gai ; il en est de même pour 'Easy Street' (Tompkins,1966), le dernier des ascendants directs de 'Purple Pepper'. Avec cela il y avait bien de quoi créer une belle plante !
Une variété spéciale comme 'Purple Pepper' ne pouvait pas laisser indifférents les hybrideurs à la recherche de nouveauté. C'est pourquoi, parmi ses descendants on en trouve un certain nombre qui présentent ses pointillés. Dans l'ordre chronologique on retiendra :
'Confederate Royalty' (Moores, 1994) 'Purple Pepper' X ('Vanity' x 'Capricious'), amoena d'apparence absolument classique où les pointillés finissent tout de même par céder le pas à une coloration complète, ce qui n'en fait pas un « poivrés » total mais seulement une bonne approche ;
'Violet Shimmer' (Moores, 1995) 'Sterling Prince' X 'Purple Pepper, de la même « écurie »que le précédent, qui arbore une coloration plus complètement bleue et où les pointillés ne sont pas majoritaires mais où le principe est respecté ;
En 1997 Leroy Meininger a tenté sa chance et obtenu pour commencer 'Leanna' (Meininger, 1997) 'Queen In Calico' X inconnu (sans doute 'Jesse's Song', et 'Purple Pepper') chez qui le modèle est intégralement atteint de sorte que l'on a un iris parfaitement nouveau et très agréable, mais peut-être moins bien distribué qu'il aurait mérité ; il a été suivi d'une autre nouveauté remarquable 'Jammy Prints' (Meininger, 1997) 'Island Fiesta' X ('Purple Pepper' x 'Purple Streaker') qui allie astucieusement le modèle poivré et un broken-color de la première heure, encore quelque chose de surprenant qui aurait pu être mieux connu ;
'Confederate Muster' (Moores', 1999) 'Purple Pepper' X ('Vanity' x 'Capricious'), frère de semis de 'Confederate Royalty' avec lequel il a une certaine ressemblance mais où le pointillé est complet et impeccable ;
pour terminer citons une rareté (du moins pour les Européens de l'Ouest) en provenance de Russie, 'New Vasyuki' (Krashennikov, 2008) 'Purple Pepper' X 'Acoma', amoena proche de 'Confederate Royalty', en un peu plus clair mais franchement pointillé, lui aussi, sur les sépales.
On ne peut pas cependant rester sur cette énumération car la plus belle des descendances de 'Purple Pepper' s'appelle en fait 'Splashacata' (Tasco, 1997) et se trouve à l'origine d'une lignée qui a marqué le début du XXIe siècle. Rien que pour cela, on peut délivrer à 'Purple Pepper' le certificat de chef de lignée, ce qui est une récompense qui n'a pas d'existence officielle, mais qui doit avoir une valeur inestimable et qui ne concerne qu'un tout petit nombre de variétés exceptionnelles.
Illustrations :
'Purple Pepper'
'Violet Shimmer'
'Jammy Prints'
'New Vasyuki'
LES SEVENTIES (deuxième partie)
La semaine dernière nous avons jeté un coup d’œil sur les introductions marquant les cinq premières années de la décennie. C'est maintenant le tour des cinq années suivantes.
1975 : Cette année-là trois des iris mis sur le marché auront l'insigne honneur de se voir décerner la Médaille de Dykes. Il s'agit de 'Mystique' (Ghio,), 'Ruffled Ballet' (Roderick,) et 'Vanity' (Hager,). 'Mystique' et 'Vanity' sont mondialement connus, le premier en deux tons de bleu indigo, une teinte encore jamais vue et qui a fait sensation, le second en rose délicat. 'Ruffled Ballet' a moins de notoriété, néanmoins c'est un superbe iris aux pétales bleu très pâle et aux sépales bleu plus soutenu. En plus de ces trois-là, les variétés qui ont connu le succès sont : 'Autumn Echo' (Gibson,), or, caramel et brun, un peu fragile cependant, 'Caramba' (Keppel,) sur le même thème, 'Gold Trimmings' (Schreiner,) original jaune mêlé de blanc, 'Showcase' (Schreiner,) jaune entièrement ourlé de brun, et le rare crème 'Leisure Day' (Schreiner,). En Australie, Barry Blyth commence à faire parler de lui et son 'Sostenique' a marqué les esprits. Il y aura deux variétés de l'année : 'Mystique' et 'Vanity'.
1976 : Beaucoup de nouveautés de valeur, le choix est difficile. Votons pour : les deux presque jumeaux 'Betty Simon' (Hamblen, ) et 'Swedish Modern' (Babson, ), tous deux selon le modèle variegata bleu, c'est à dire avec des pétales jaune léger et des sépales mauve tendre ; 'Chartreuse Ruffles' (Rudolph, ) qui fait partie de ces variétés aux couleurs indéfinisables mais qui sont porteurs de gènes qui font saliver les hybrideurs ; 'English Cottage' (Zurbrigg, ) blanc légèrement bordé de bleu clair, au parfum enivrant. En France apparaissent deux iris orange qui confirment le retour au premier plan des hybrideurs français, 'Piroska' (J. Cayeux, ) et 'Roger Renard' (J. Cayeux, ) tandis que 'Tangerine Sky' (Schreiner, ) en orange clair vient leur apporter la contradiction ; d'Australie est venu 'Cabaret Royale' (B. Blyth, ) célèbre bitone bleu et « noir » avec une éclatante barbe rouge. C'est à cette variété que peut être décerné le titre d'iris de l'année.
1977 : Cette fois encore le choix est difficile. Le nombre d'iris de valeur s'accroît d'année en année... Keppel nous propose 'Flamenco' dans sa série de variegatas-plicatas déjà richement pourvue ; Gatty offre 'Playgirl', un de ses roses tout de finesse et de grâce ; Melba Hamblen a sélectionné 'Silent Majesty', l'un des plus beaux bleu sombre qui aurait pu lui valoir la DM si la concurrence n'avait pas été aussi relevée ; Bernard Hamner lance 'Beauty Crown' plicata dans les tons pêche remarquablement frisé, enfin Schreiner a la chance de présenter 'Victoria Falls' formidable bleu pur à petit cœur blanc, et 'Superstition', une grande avancée dans les noirs. Gibson s'exerce de nouveau aux plicatas bleu vif et Ghio, avec 'Entourage', rare vieux rose, remporte le Florin d'Or à Florence. Il y a aussi le plicata bleu clair 'Gentle Rain' (Keppel,) ou le blanc au cœur d'or 'Sun King' (Stahly,). Le pompon doit néanmoins revenir à l'indémodable 'Victoria Falls (Schreiner,).
1978 : Ce fut un cru de bonne qualité, caractérisé par un grand choix de nouveaux iris français où se distinguent 'Condottiere' (J. Cayeux,) qui va devenir un des iris les plus utilisés au monde en hybridation, 'Falbala' (J. Cayeux,), bleu violacé à barbes rouges, 'Karinka' (J. Cayeux,) original rosé gorge de pigeon, 'Vague à l'Âme' (J. Cayeux, ), bitone dans les tons violine d'une vigueur remarquable et 'Lorenzaccio de Medicis' (P. Anfosso,), riche bitone brun-rouge hâtif, qui marque l'entrée en lice de son obtenteur. D'Amérique débarque l'un des premiers iris à éperons de bonne qualité, 'Hula Moon' (Rowlan, ) ; dans la production Schreiner on remarque le plicata léger 'Stitch in Time', le blanc à barbe rouge 'Startler', 'Swazi Princess', le « noir » de l'année, et surtout 'Gold Galore', un jaune d'or formidable. Mais quoi qu'il en soit l'iris de l'année est sans conteste 'Condottiere'.
1979 : La dernière année de la décennie n'est pas la moins intéressante. Les iris à éperons commencent à s'étendre. Avec, cette fois, 'Battle Star' (Osborne,) joli mélange de brun cannelle et de rose fuchsia. Gibson apporte un lot de plicatas qui comprend 'Beyond', abricot marqué de grenat, 'Burgundy Brown', brun-rouge sur fond crème, et le plus traditionnel 'White Echo Blues', jolie fleur blanche largement bordée de bleu vif. Margaret Parker, se fait connaître avec 'Supersimmon', l'un des oranges les plus vifs jamais apparus. Rudolph propose une nouvelle couleur, en américain c'est « toasted watermelon », en français « melon grillé » ce qui n'est pas très explicite et que l'on préfère traduire par orangé à reflets bruns. Le porteur de cette originalité s'appelle 'Copper Classic'. Walter Luihn marque un grand coup avec 'Song of Norway', bleu glacier à barbe bleue, qui, en dépit d'une évidente raideur, a rencontré un triomphal succès qui lui vaudra la DM en 1986. Cependant le succès numéro un de l'année sera 'Beverly Sills' (Hager,
), qui sera peut-être plus connu que la fameuse cantatrice à laquelle il est dédié, et qui mérite bien le titre d'iris de l'année, même si celle-ci est marquée par les nouveautés de la famille Anfosso, en France, qui feront connaître au monde entier ces nouveaux maîtres de l'hybridation. Enfin, pour terminer ce tour d'horizon, il faut aller en Australie où Barry Blyth enregistre 'Magic Man', descendant de 'Cabaret Royale', et comme ce dernier vivement coloré de bleu, d'indigo et de rouge.
Il faut bien s'arrêter ! Le choix est grandement subjectif, néanmoins la plupart des variétés citées ont été largement appréciées partout dans le monde. Les « seventies » font partie des plus belles années du XXe siècle en matière d'iris. Même si au cours des années qui ont suivi sont apparues des variétés admirables qui ont démontré la créativité des obtenteurs et la puissance de l'iridophilie.
Illustrations :
Mystique' 'Vanity'
'Cabaret Royale'
'Victoria Falls'
'Condottiere'
'Beverly Sills'
29.5.21
LES SEVENTIES
« Les Seventies », c'est ainsi que l'on nomme, dans cet anglais qui a pris tant d'importance dans le monde des iris (comme dans tous les autres mondes...), les années de la décennie 1970. C'est une période majeure en iridophilie, à tel point qu'on la considère comme son âge d'or. Pendant ces dix ans il y a eu une véritable explosion de l'hybridation et un enrichissement considérable de la qualité des plantes et de la palette de leurs coloris. Même s'ils ont maintenant cinquante ans, de nombreux iris de cette période restent parmi les plus beaux et les plus réussis. Ce sont aujourd'hui les grands classiques de l'hybridation et le collectionneur qui se consacrerait entièrement à la culture des iris de ces années pourrait s'enorgueillir d'un somptueux jardin.
Dans les lignes qui vont suivre on va s'efforcer de choisir les variétés qui malgré leur âge peuvent faire pièce aux variétés actuelles soit pour leur splendeur, soit pour leur facilité de culture, soit pour une originalité qui n'a pas encore été dépassée, soit pour le succès qu'elles ont obtenu de la part des hybrideurs du monde entier. Cette sélection a forcément un côté arbitraire, mais les qualités des variétés choisies sont indéniables.
1970 : Parmi les iris blancs, 'Madeira Belle' (Quadros) est assurément une réussite avec des fleurs solides, bien proportionnées suffisamment frisées et ondulées, et d'un blanc absolument pur, même pour les barbes. Dans les roses on trouve 'Pink Sleigh' (Rudolph) qui fait partie des roses « pink », c'est à dire influencés par des pigments bleus, orné d'une magnifique barbe rouge. Dans les mauves, 'Caro Nome' (O. Brown) et 'Grand Waltz' (Schreiner) se partagent les suffrages des amateurs. Cependant la variété la plus remarquable de la décennie pourrait bien être ce 'Kilt Lilt' (Gibson, 1970), médaillé de Dykes en 1976, variegata exceptionnel à tous points de vue.
1971 : Plusieurs iris parfaits ont été mis sur le marché cette année-là : 'Chapeau' (Babson) beige et mauve, 'Casino Queen (Gibson) délicat plicata rose, 'Mode Mode' (Gibson) autre plicata rose très réussi, 'Post Time' (Schreiner) « rouge » remarquable pour son époque, 'Outreach' (Nelson) jaune d'or au cœur blanc avec des bords laciniés, et 'Dream Lover' (E. Tams) deux tons d'indigo, apprécié au point d'obtenir la Médaille de Dykes en 1977. D'autres variétés ont eu un appréciable succès, comme le plicata brun 'Copper Capers', (Gibson), le mauve 'Tiburon', (Gaulter), ou le bleu vif 'St Louis blues, (Schreiner). Tout ce beau monde est cependant dominé par 'Chapeau' (Babson, 1971) qui peut être qualifié d'iris de l'année.
1972 : Beaucoup de jolies choses dont la plupart ont encore leur mot à dire. C'est le cas de 'Maestro Puccini' (Benson) toujours un des meilleurs bleus, 'Going my Way' (Gibson) fameux plicata violet qui est toujours resté dans l'ombre de 'Stepping Out' même s'il a les mêmes qualités et qu'il a figuré dans les votes de popularité jusqu'en 2014, le beau blanc 'Wedding Vow' (Ghio), le jaune tendre 'Lemon Mist' (Rudolph) ou 'Winner's Circle' (Plough) bleu-violet foncé, qui sort de l'ordinaire avec son gros spot blanc. Peut-être peut-on délivrer le titre d'iris de l'année à 'Surf Rider' (Tucker, 1972 ) qui donne maintenant quelques signe de vieillissement, notamment pour son côté un peu trop raide, mais qui est aussi l'un des premiers amoenas inversés.
1973 : Année particulièrement riche en iris de premier plan. C'est celle de 'Bride's Halo' (Mohr) et de 'Mary Frances' (Gaulter) tous deux couronnés d'une DM. Le premier en blanc finement liseré d'or et le second en mauve lilas éclairé d'un spot blanc ; l'un et l'autre sont restés populaires aux USA jusqu'en 2015 ! C'est aussi celle où les plicatas de Keith Keppel se montrent en majesté, avec 'Limerick', 'Meteor', et 'Thundercloud' le plus célèbre des trois. Admirons également le délicat 'Brook Flower' (Schreiner), l'étrange 'Secret Society' (Plough), le « noir » 'Interpol' (Plough) au succès universel, sans oublier le charmant 'Peach Spot' (Shoop) délicieux blanc marqué de rose pêche. Iris de l'année : 'Mary Frances' (Gaulter, 1973).
1974 : Tout amateur d'iris a en tête des variétés comme 'Autumn Leaves' (Keppel) plicata dans les tons de brun, or et lie-de-vin, 'Round-Up' (Keppel) grenat deux tons sur fond crème, 'Carnaby' (Schreiner) bitone mauve rosé, 'Joyce Terry' (Muhlestein) jaune marqué de blanc devenu la référence pour cet type de coloris, ''Queen of Hearts' (O. Brown) rose saumon et blanc, 'Pistachio' (Ghio) en vert ou 'White Lighning' (Gatty) l'une des obtentions les plus célèbres de son hybrideur, blanc sculptural avec une barbe mandarine clair. Le titre de Variété de l'année pourrait être attribué à 'Joyce Terry' (Muhlestein,1974), variété très appréciée puisqu'elle n'a disparu des votes de popularité qu'après 2012, et qui restera un modèle.
Les cinq années que l'on vient d'évoquer recèlent donc des iris qui figurent dans la mémoire de tous les amateurs. La semaine prochaine nous verrons que les cinq années suivantes n'ont pas été moins riches. (à suivre...)
Illustrations :
'Chapeau'
'Surf Rider'
'Mary Frances'
'Joyce Terry'
Pour illustrer ces développements, les semaines à venir apporteront des photos de toutes les autres variétés citées.
21.5.21
ECHOS DU MONDE DES IRIS
Fête des iris
Malgré un temps très incertain la fête des iris de Champigny sur Veude, le 16 Mai 2021, a attiré beaucoup de visiteurs (environ 1500). Les iris, bichonnés par l'équipe organisatrice, étaient bien portants et en pleine floraison. Une belle fête à la gloire de nos fleurs favorites.
WALTER MOORES
WALTER MOORES
Le bibliothécaire du Mississippi
La renommée internationale d'un hybrideur ne tient pas à la quantité de variétés obtenues, mais plutôt à la qualité de celles-ci, et peut-être un peu à la chance. Ce sont certainement ces deux dernières raisons qui ont fait que Walter Moores ait connu en France une certaine célébrité. Il a commencé à se faire connaître quand Iris en Provence, toujours à l'affût de nouveautés intéressantes, a mis à son catalogue plusieurs de ses variétés remontantes. En effet, au début de sa carrière d'hybrideur, il a enregistré de nombreux grands iris sélectionnés pour leur aptitude à refleurir après la floraison traditionnelle du mois de mai. À l'époque, c’est-à-dire au tournant des années 1970/1980, ils n'étaient pas nombreux les obtenteurs qui avaient fait de la remontrance leur cheval de bataille. Walter Moores était de ceux-ci, en compagnie de Lloyd Zurbrigg, Monty Byers et Ben Hager. C'est ainsi que cet hybrideur semi-professionnel a acquis sa réputation en France.
Originaire du Texas, il est venu s'installer dans le nord du Mississippi, un peu au sud de Memphis (Tennessee), à la limite sud de la zone climatique où l'on peut cultiver les grands iris avec succès. Il disait qu'il appréciait le défi supplémentaire engendré par cette situation, et il est vrai que ses semis ont quelquefois souffert d'une température excessive et surtout de l'absence de gel hivernal. Comme beaucoup de gens il avait fait connaissance avec les iris sous la forme de ceux que son père et sa grand-mère avaient dans leur jardin, mais il fut véritablement accroché lors d'une visite à une exposition dans sa ville natale de Fort Worth en 1966. Il a raconté lui-même : « J'ai rejoint sur le champ la Fort Worth Iris Society et je n'ai jamais bougé de mon amour pour le genre iris. » Il a commencé aussitôt l'hybridation et ses premiers enregistrements datent de 1976 et ont été tout de suite des succès commerciaux. C'est le cas de 'Pepper Blend' (1976) et de 'Dante's Inferno' (1978). Ce dernier fait partie des variétés présentées au catalogue Iris en Provence, avec quelques autres comme 'White Reprise' (1984) ou 'Pink Reprise' (1991). Mais on peut en citer quelques autres tout aussi intéressants : le brun et lumineux 'Burnt Offering' (1976), le variegata-plicata 'Off Broadway' (1991), les violets 'Violet Reprise' (1993),' Scorpio Star' (1994), ou 'Libra Star' (1998), ces derniers enrichis d'un spot blanc sous les barbes. Comme on peut le constater sa recherche sur les remontants ne s'est jamais arrêtée. Mais il s'est aussi attaché à toutes sortes d'autres variétés, ce qui nous vaut 'Purgatory' (1987), descendant de 'Dante's Inferno', 'Ascii Art' (1995), dont il a été question ici il y a quelques mois, 'Violet Shimmer' (1995), plicata issu de 'Purple Pepper' (Nearpass, 1986), 'Lemonade Springs' (2003), joli jaune façon 'Joyce Terry', 'Night Train to Memphis' (2008), sombre descendant de 'Hello Darkness' (Schreiner, 1999) ou son tout dernier, 'Yalobusha Desert' (2010), rose saumoné infus de mauve. Et, comme l'écrit Renée Frazer en 2012 pour le blog « World of Irises », les derniers temps, il s'est focalisé sur les iris dit « zonals », avec différentes couleurs d'arrière-plan. Rappelons que le terme de « zonals » désigne un type de fleur, intermédiaire entre le type « glaciata », chez qui les pigments anthocyaniques sont totalement inhibés et le type « luminata », où cette inhibition est limitée à la zone située dans la partie supérieure des sépales. Cette nouvelle dénomination convient à des variétés comme le célèbre 'Clarence' ( Zurbrigg, 1991), c’est-à-dire des iris présentant sous les barbes une vaste plage blanche qui confère à la fleur une clarté très agréable. C'est le cas pour 'Opal Essence' (2011).
Cependant, les grands iris n'ont pas été les seuls à retenir sa curiosité. Dans ses opus on trouve également des arilbreds et des intermédiaires, ainsi que quelques « species », c’est-à-dire des iris issus d'autres espèces botaniques que celles que se trouvent en mélange dans les catégories horticoles habituelles.
Walter Moores est décédé le 2 novembre dernier. Il fait partie de ces hybrideurs qui ont la main heureuse et qui ne sont pas près d'être oubliés des amateurs.
Illustrations :
'Dante's Inferno'
'White Reprise'
'Burnt Offering'
'Night Train to Memphis'
16.5.21
ECHOS DU MONDE DES IRIS
Bonne nouvelle
Roland Dejoux, hybrideur français sage et rigoureux, m'annonce que son iris 'Noces de Diamant', dont il a été question ici la semaine dernière, «est commercialisé cette année chez Iris Cayeux » qui « a aussi mis à son catalogue 'Nuage de Lait' de Stéphane Boivin. » Ce sont là d'excellentes nouvelles. Cayeux S.A., en faisant de la place à ces variétés françaises dans un catalogue qui ne contient que des iris de qualité, valorise une production qui est parvenue au niveau international.
Florence 2021
Malgré les circonstances, le concours international de Florence s'est tenu cette année encore. Voici les premiers résultats : 1) 'Belle Fille' (Marky Smith, 2011 ), magnifique luminata, très recherché, au pedigree particulièrement complexe ; 2) 'Mimmimaria' (S. Luconi, 2021) ; 3) 'Cloud Dweller' (Schreiner, 2018).
'Belle Fille'
- 'Mimmimaria'
- 'Cloud Dweller'
IL S'APPELAIT 'SAMARCANDE'
Ce n'est pas la première fois que l'on aborde ici la problématique du nom des iris. C'est une question importante car elle impacte gravement toute l'existence d'une nouvelle variété. Lawrence Ransom disait que, pour lui, c'était une étape plus délicate que le choix des parents ou la sélection des semis. Tous les hybrideurs ne rencontrent pas ces difficultés, mais le choix d'un nom reste un moment essentiel.
« Un iris qui n'a pas de nom n'existe pas ». C'est par cette phrase que Valeria Romoli, l'ancienne directrice du concours de Florence, commençait il y a quelques années un article sur le sujet dans une publication italienne. Son but était de sensibiliser ses compatriotes à la nécessité de faire enregistrer leur production avant de la mettre sur le marché. Car pendant longtemps les amateurs italiens d'iris n'ont pas considéré que leurs obtentions méritaient un enregistrement, du moment qu'elles n'avaient pas vocation à sortir de leurs jardins d'origine. Pendant de nombreuses années, donc, l'Italie n'existait pas aux yeux du monde des iris. Pourtant à cette époque des variétés très intéressantes ont été obtenues par des hybrideurs (et surtout des hybrideuses) de talent, dont certaines ont essaimé un peu partout en Europe où on les trouve encore ! Mais l'absence de renseignements sur leur pedigree rend hasardeuse leur utilisation en hybridation et les empêche pratiquement d'avoir la descendance que leurs qualités pouvaient laisser espérer. C'est une perte pour le monde des iris. Une perte et un risque de confusion et de quiproquos.
Car l'absence d'enregistrement du nom choisi, de même qu'un enregistrement tardif (après la commercialisation de la plante) est une opération à risque. En effet, si le nom n'est pas retenu officiellement, un autre hybrideur peut le choisir à son tour, en toute bonne foi, de sorte qu'il y aura deux variétés homonymes. C'est, par exemple, ce qui est arrivé à la famille Anfosso avec la variété désignée au catalogue d'Iris en Provence sous le nom de 'Samarcande'. Un iris remarquable signé Pierre-Christian Anfosso, commercialisé en 1992 mais enregistré seulement en 2012. Oui, mais un vieil iris de 1934 avait été à l'époque enregistré sous le nom de 'Samarcand'. L'appellation moderne a donc été refusée. D'où l'obligation de modifier le nom initial d'une variété diffusée depuis vingt ans, et de l'appeler officiellement 'Samarcande Grège' ce qui d'une part sent à plein nez le raccommodage, et d'autre part écorne le caractère évocateur du nom d'origine. La même mésaventure est arrivée à la Maison Cayeux avec la variété qui porte aujourd'hui le nom officiel de 'Aigle Marine' (2011), ce qui n'a guère de sens, mais qui a été mise au catalogue avant enregistrement sous celui de 'Aigue Marine', lequel avait déjà été donné, en 1938, à un iris de Ferdinand Cayeux. Un tel pataquès est difficilement explicable !
Certains hybrideurs ont du mal à accepter les exigences exprimées par le service d'enregistrement de l'AIS, et préfèrent renoncer à l'enregistrement plutôt que de se plier aux règles édictées. Ils ont tort. Certes ces règles sont contraignantes, mais elles ont le but louable d'éviter toute confusion et tout excès. Encore faudrait-il qu'elles soient appliquées à la fois avec rigueur et avec discernement, ce qui n'est pas toujours le cas et dépend bien souvent de l'humeur du « registrar ». Ainsi, comme on vient de le voir, 'Samarcande' a été refusé parce qu'il y avait 'Samarcand' alors qu'a été accepté 'Sardane' (Dejoux, 2008) alors qu'on trouve 'Sardana' (Peckham, 1942) ! Certaines décisions du « registrar » peuvent paraître franchement discutables, voire arbitraires. Ainsi, cette année, 'Vanille Citron' (B. Habert, 2021) a finalement été refusé au motif que les deux mots constituant le nom étaient deux adjectifs désignant des couleurs (association effectivement interdite), alors que ce sont d'abord des substantifs attribués à des fruits ! Et alors que le nom de 'Chocolate Vanilla' avait été accordé à Barry Blyth en 1991. Mais dans ce domaine il n'est pas possible de faire appel, et le plus sage est d'accepter la sanction...
Ce sont là de petits incidents désagréables mais inévitables et cette controverse ne doit pas éloigner les hybrideurs de la nécessité de faire enregistrer le nom des variétés qu'ils ont l'intention de commercialiser. Il y va de l'ordre qui est nécessaire en horticulture comme en tout autre domaine et de la bonne harmonie qui doit régner dans le petit monde des iris.
Illustrations :
'Chocolate Vanilla' .
7.5.21
LES SAISONS
L'hiver
Je regarde par la fenêtre qui est à côté de moi. Le ciel est gris, les arbres sont agités par une bise vigoureuse qui arrache les chatons des noisetiers après les avoir bien secoués pour en faire s'envoler le pollen. C'est l'hiver. Au jardin, dans les bordures d'iris, on ne voit encore que des moignons rabougris qui attendent des jours meilleurs pour lancer vers le ciel les épées vertes de leur feuillage. Souffrent-t-ils par ces températures négatives ?
Nos grands iris des jardins, que l'on appelle TB en langage international, ont pour origine un grand nombre d'espèces de plantes provenant de diverses régions du monde. L'élément de base, c'est I. germanica, mais l'apport de I. aphylla est important et celui de I. mesopotamica (ou de ses cousins proche-orientaux) primordial. Forcément toutes ces espèces ont apporté des aptitudes, des forces et des faiblesses qui influencent le comportement de nos iris. Du point de vue climatique, avec I. germanica on a le type parfait de la plante adaptée aux climats tempérés de l'hémisphère nord. En compagnie de I. pallida, autre plante des régions tempérées d'Europe, il constitue le fondement de ce cocktail très élaboré que représentent nos iris d'aujourd'hui. En ajoutant les gènes de I. aphylla, plante des montagnes du sud de l'Europe, on renforce la résistance au grand froid. C'est d'ailleurs pour contourner l'effet des morsures du gel que les feuilles disparaissent et ne laissent apparentes que les amorces du feuillage de l'année suivante. Pour faire face à l'hiver, nos grands iris ont donc toutes les armes nécessaires. La neige peut être à la fois un danger et un secours. Côté secours, elle maintient un température basse mais constante autour des rhizomes, ce qui leur évite les accidents dus au gel profond. Mais côté danger il y a l'humidité. Car nos iris recèlent des trésors génétiques qui proviennent de régions qui ignorent les ondées. Ils sont venus du Moyen-Orient, de Turquie d'Asie, de Palestine, d'Irak... Autant de contrées à la limite de situations désertiques. Il y pleut peu et l'eau qui tombe sur ces terres assoiffées est rapidement absorbée. Plus encore qu'au froid, la présence de gènes d'iris originaires de cette région confère à nos hybrides modernes une aversion confirmée à l'eau stagnante. C'est pourquoi il faut tout faire pour que l'eau ne séjourne pas autour des rhizomes. L'hiver, c'est surtout l'humidité permanente qu'il faut éviter.
Le printemps
Quand les beaux jours reviennent, la saison la plus ingrate est passée. Dès les premiers jours de mars les iris vont se réveiller et se lancer dans une croissance effrénée. En deux mois les tiges vont devoir s'élever de 90cm. Cette poussée va exiger la mise en œuvre de nutriments importants. Ils se trouvent dans les réserves que constitue la chair des rhizomes, dans les éléments que les racines vont chercher dans le sol et dans l'eau que les averses printanières vont apporter. Cependant certains incidents peuvent se produire à cette saison et compromettre la floraison. Le plus grave est le gel printanier. Ce n'est pas à craindre dans la zone méditerranéenne, mais ailleurs, plus on s'oriente vers le nord, si. Les variétés hâtives sont les plus sujettes au gel. En effet, dès la mi-avril les tiges florales portent des boutons qui commencent à s'arrondir. Les frimas du matin peuvent atteindre les délicates parties florales en train de se développer et les détruire sans pardon. Passé le 10 mai, et les journées dites des saints de glace, les iris sont sauvés. Les fleurs vont pouvoir s'épanouir, mais certains dangers les guettent ! D'abord la « verse ». Les tiges, hautes, et les fleurs, lourdes, peuvent avoir pour conséquence de précipiter vers le sol les hampes pas assez robustes ou dont le réseau racinaire est insuffisant, pour toutes sortes de raisons. Ce phénomène est surtout fréquent chez les iris de plantation récente, dont les racines peuvent être faibles et dont les tiges peu nombreuses ne vont pas se soutenir les unes les autres. Et d'autres dangers menacent. Les vers ou les escargots qui vont dévorer en partie les tiges et les rendre cassantes, les cétoines qui adorent les pétales de fleur et peuvent massacrer bien des touffes, surtout les plus claires qui les attirent particulièrement. Par bonheur ces incidents laissent tout de même, le plus souvent, beaucoup de fleurs s'épanouir et conférer à nos jardins cette splendeur qui enthousiasme tous ceux qui passent par là.
L'été
La grande floraison est terminée ; les tiges qui ont porté avec tant de prestance les fleurs magnifiques et terminé leur rôle dans la reproduction vont se dessécher peu à peu. Le feuillage lui-même, qui avait pour rôle essentiel d'attirer l'eau du ciel vers les racines et d'apporter à la plante le carbone dont elle a besoin, va très vite perdre de sa superbe , brunir et se recroqueviller. Les iris entrent en dormance. C'est la saison qui laisse le plus de répit au jardinier. Pendant cette période les iris ne sont cependant pas sans une certaine activité. Ils ont à mener à maturation les graines qu'on a bien voulu leur laisser porter : c'est une fonction majeure mais exigeante en nutriments que la sève va devoir véhiculer du fond du sol vers les précieuses capsules. La chaleur ne nuit pas, au contraire, mais la sécheresse peut avoir de fâcheuses conséquences, même si nos iris, grâce à leurs origines balkaniques et proche-orientales, savent s'en accommoder. Un peu d'eau, de temps en temps, si besoin, sera la bienvenue. Elle sera néanmoins la cause d'une pousse active des herbes adventices. Avec ses feuilles sèches et ses herbes qui se dépêchent de venir à graine, le jardin d'iris ne va pas avoir belle allure. C'est une situation que leurs détracteurs ne vont pas manquer de reprocher aux iris. Cependant la grande affaire de l'été va être, après la maturation des capsules, la récolte des graines. Si l'on n'y prenait garde, ces graines mûres tomberaient au sol dès l'éclatement des capsules. Mais le jardinier averti saura veiller à se trouver là au bon moment pour recueillir les précieuses graines. C'est sur cet événement que se termine l'été des iris.
L'automne
Les iris se sont réveillés après la dormance estivale. Ils ont repris, doucement, leur croissance. Sur les côtés des rhizomes des pousses nouvelles vont se développer. Ce sont elles qui porteront les fleurs de l'année suivante. On entame un nouveau cycle. Les iris, comme toutes les plantes et même tous les êtres vivants ont pour raison d'être essentielle la reproduction. Les iris mettent tous les atouts de leur côté. Non seulement ils produisent des graines qui vont donner naissance à des plantes nouvelles, mais encore ils émettent des plantules destinées à les reproduire éternellement de façon végétative (pour peu que le hasard – ou la main de l'homme – ne vienne pas arrêter cette vie destinée à ne pas avoir de fin). Pour atteindre leur but ils ont mis tous les moyens que la nature a imaginés. Par exemple ce qu'il faut pour attirer les insectes pollinisateurs. Car la couleur des fleurs n'est pas là pour faire joli mais pour être le plus attirante possible. Et en modifiant cette couleur l'homme s'est immiscé dans la vie des plantes. Celles-ci sont des instruments dont l'homme use pour parvenir à ses fins d'ordre esthétique. En automne on assiste à une double évolution : d'une part les plantes « anciennes » continuent aveuglément leur multiplication , d'autre part les graines issues de croisements,spontanés ou organisés, vont être mises en terre et vont débuter leur existence. C'est à ce moment que les manipulations humaines vont produire leur effet. Qu'il s'agisse des croisements interspécifiques comme ceux qui ont eu lieu fréquemment dans les débuts de l'hybridation et qui interviennent encore parfois, ou des fécondations entre hybrides provoquées manuellement. L'automne est un moment crucial dans la vie des iris. Les plantes elles-même, indifférentes aux manipulations qui les affectent, vont se préparer pour le nouvel hiver. Elles vont profiter des derniers rayons du soleil pour reconstituer leurs réserves, réduire leur voilure de feuillage et protéger leurs bourgeons. Certaines, dans une hâte compulsive de floraison, vont tenter – et réussir très souvent – de développer des tiges florales et porter jusqu'au gelées des fleurs incongrues mais appréciées des jardiniers. Mais la froidure aura raison de tout cela et, dans le secret du jardin endormi, les iris vont préparer une explosion colorée dont les amateurs jouiront dès le retour des beaux jours.
LA FLEUR DU MOIS
'Noces de Diamant'
( Roland Dejoux, 2019)
Montmartre X Duplication
Cela s'est passé à St Pol de Léon. Les participants à l'Assemblée Générale de la SFIB regardaient tomber la pluie en espérant que le temps allait se lever pour leur permettre de se rendre, comme prévu, à l'île de Batz pour un pique-nique « horticole ». Mais cela se présentait plutôt mal ! Roland Dejoux en a profité pour exposer aux personnes présentes son projet d'offrir à la SFIB, pour ses soixante ans, une variété de sa production. L'idée a été appréciée de tous et le choix s'est porté sur un semis luminata, d'une belle couleur bordeaux, typique du modèle, avec ses bords clairs et la pure clarté qui émane du cœur de la fleur. L'affaire était faite, restait à trouver un nom pour cette nouveauté superbe. Chacun y est allé de sa proposition et c'est 'Noces de Diamant' qui a été choisi. Pour fêter les soixante ans de l'association dédicataire, on ne pouvait pas trouver plus approprié. Ainsi est né 'Noces de Diamant', une variété de premier choix.
Cet iris luminata est issu d'un croisement entre deux luminatas, donc réunissant toutes les chances de voir réapparaître le modèle escompté. Un luminata présente les mêmes dessins qu’un plicata, sur les mêmes fonds légèrement colorés. Ces fonds tiennent leur couleur, plus ou moins prononcée, de la présence dans leurs cellules d’un pigment caroténoïde – donc plus ou moins rouge ou orangé – à concentration variable. Les dessins, eux, sont constitués par les pigments anthocyaniques – bleus ou violet – et leur application a été faite sur les sépales ( et d’habitude aussi sur les pétales). Une caractéristique du modèle luminata est que la pigmentation anthocyanique tend à s’éclaircir notablement au fur et à mesure qu’elle approche des bords. Un autre trait typique des luminatas, ce sont les veines plus claires qui apparaissent habituellement dans les parties colorées. En général les fleurs d’iris sont veinées de sombre, dans le cas des luminatas, c’est le contraire. Pour 'Noces de Diamant' ces veines s'étalent au-dessous des barbes. Mais ce qui définit absolument le modèle luminata, c’est une zone claire absolument pure de part et d’autre de la barbe. Pas une seule trace de la couleur de couverture. Au cœur de la fleur les pigments ont été totalement inhibés et par conséquent la surface apparaît dans son exacte teinte de base.
'Montmartre', le « parent-capsule » de 'Noces de Diamant' est une plante caractéristique du travail de Keith Keppel. C'est un cocktail de variétés plicatas et luminatas où l'on retrouve ce qui se fait de mieux dans le genre, avec l'addition de 'Moonlit Water' (Keppel, 2004), 'New Leaf' (Ghio, 1996) et 'High Master' (Blyth, 2000). 'Montmartre', mis sur le marché en 2008, a recueilli dès son apparition l'approbation du public et des juges américains qui lui ont accordé leurs suffrages dans la course aux honneurs et lui ont fait parcourir la cycle complet aussi rapidement que possible : Honorable Mention 2010, Award of Merit 2012, Wister Medal 2014, American Dykes Medal 2017.
'Duplication' (Brandon Sutton, 2010) est aussi un bon luminata issu de la production de la tribu Sutton, avec parmi ses géniteurs 'Entangled' (Ghio, 1999), 'Fancy Woman' (Keppel, 1994) et 'Suky' (Mahan, 1988).
'Noces de Diamant' est un iris parfait en tous points, et on sait combien son obtenteur est exigeant sur les qualités de la plante. Il est actuellement commercialisé uniquement chez son obtenteur, mais il faut espérer que les grands pépiniéristes européens vont lui trouver une place dans leurs catalogues, car il le mérite. Il est assez regrettable que les obtentions de semi-professionnels français, bien souvent d'une qualité que pourrait leur envier bien des variétés américaines, ne connaissent pas une diffusion à leur mesure. Espérons que les choses évoluent dans le bon sens et que dans un avenir proche des variétés comme 'Noces de Diamant' se rencontreront partout, comme on rencontre les variétés des hybrideurs mondialement connus.
Illustrations :
'Noces de Diamant'
'Montmartre'
'Duplication'







































