24.10.02

BROADWAY

S’attaquer au pedigree de BROADWAY (Keppel 81) n’est pas une mince affaire. On part dans une recherche foisonnante qui remonte sans peine jusqu’aux années 50, sur sept ou huit générations. Cette aventure est cependant passionnante car elle met en évidence les géniteurs-clés des types plicata, bicolor-plicata, amoena-plicata et variegata-plicata, autrement dit toute la palette des iris à fleurs mouchetées. Elle montre également les cousinages entre toutes ces fleurs, au moins dans la lignée créée et poursuivie par Keith Keppel depuis le début de ses hybridations.

Pour expliquer la complexité de l’affaire, il suffit de noter le pedigree tel qu’il apparaît dans la check-list de l’AIS. BROADWAY provient de ((((IRMA MELROSE X TEA APRON)x ((FULL CIRCLE X ROCOCO)x TEA APRON))x APRIL MELODY)x CARAMBA)x FLAMENCO.

TEA APRON, que l’on retrouve par deux fois dans la généalogie maternelle fait partie des plicatas sur fond blanc obtenus par les frères Sass. Il a été introduit en 1961 après que les jardins Sass aient été dispersés. Sa particularité est de concentrer l’effet plicata sur les sépales, exactement sur les épaules. Cet effet plicata est déjà là chez FULL CIRCLE (58), obtenu par Chet Tompkins à partir d’un autre iris bleu indigo de Sass, DOTTED SWISS (56). Toujours du côté maternel, intervient ensuite APRIL MELODY (Gibson 65), une variété abondamment utilisée par Keith Keppel, qui est un plicata bitone rose orchidée, puis CARAMBA (Keppel 75), à qui appartient le côté variegata-plicata, qui se rencontre aussi du côté paternel comme on le verra plus loin. CARAMBA est un des meilleurs iris de Keppel des années 70. Il a cet aspect bien caractéristique : fleurs plutôt petites, bien ondulées, aux sépales qui se tiennent bien à l’horizontale ; et ces riches couleurs qui sont l’apanage des variegatas-plicatas. Quelle que soit la branche que l’on remonte dans la famille de cet iris, on découvre le gratin des « var-plic », comme SIVA-SIVA (Gibson 61), BALLYHOO (Keppel 68) –en fait un frère de semis de cette variété- et l’ancêtre MY HONEYCOMB (Gibson 58). BALLYHOO et ses frères de semis, dont FOGGY DEW (Keppel 69), proviennent de SIVA-SIVA et d’un autre plicata signé Keppel, DIPLOMACY (65). LIMERICK et METEOR (Keppel 73) sont deux autres « var-plic » de cette lignée. Et quand on n’est pas dans une lignée de variegatas-plicatas, on se trouve dans une lignée de plicatas tout court, descendants de TAHOLAH (Gibson 56), l’une des souches les plus efficaces de plicatas, ou de ROCOCO (Schreiner 60), une autre référence en la matière.

La branche paternelle commence par FLAMENCO (Keppel 77), un riche « var-plic », qui n’a que des plicatas dans ses ancêtres, depuis CHIQUAPIN (Gibson 59), dans les tons de pourpre, HENNA STITCHES (Gibson 60), plutôt brun-roux, APRIL MELODY (encore !), jusqu’à MONTAGE (Keppel 70) –jaune, blanc et prune- à l’origine duquel il y a l’inévitable TAHOLAH. MONTAGE est le père de ROUND UP (Keppel 71), un plicata bitone pourpre, lui- même géniteur de FLAMENCO. Le tour de piste est terminé.

Mais BROADWAY est maintenant presque une variété ancienne. On peut donc se pencher sur sa descendance, qui est fort nombreuse. Tous les obtenteurs de plicatas l’ont utilisé, que ce soit Keppel, bien sûr, mais aussi Gibson, Ghio, Cayeux ou Ségui, et surtout Byers et Blyth.

Monty Byers, avec son flair exceptionnel a jugé quel profit il pourrait tirer de BROADWAY. Au moins une demi-douzaine de ses obtentions en descendent directement, parmi lesquelles BARN DANCE (91), jaune léger ponctué de brun violacé, BLATANT (90), variegata jaune cadmium et grenat, et les deux frères, FLOORSHOW (89) et ISTANBUL (90), tous deux variegatas-plicatas brodés de pourpre, qui ont pour père EARL OF ESSEX (Zurbrigg 80), plicata bleu fort répandu chez nous.

Barry Blyth, en Australie, a marié BROADWAY avec ses propres obtentions et créé, par exemple, HE MAN (88), ROMAN PALACE (85), SHINE ON WINE (87) ou SWAIN (89). Le premier est un plicata pourpre très chargé ; le second, fils aussi de MICHIGAN PRIDE, un « var-plic » or et brun ; le troisième un riche variegata miel et grenat, plus proche de son autre parent, SHOWBIZZ (Gatty 79) ; le dernier, au pedigree complexe, un original bitone brun foncé.

Keith Keppel s’est servi de son « enfant » pour obtenir DISTANT ROADS (91), un variegata-plicata sombre, fortement imprégné d’indigo, LIGHT SHOW (91), l’un des plus beaux épigones de JITTERBUG, avec des pétales d’un jaune éclatant et des sépales finement et régulièrement rayés de grenat. ROSY CLOUD (85), plicata rose orchidée soutenu, ne descend pas directement de BROADWAY, mais de l’un de ses frères de semis.

Chez Gibson, BROADWAY a donné naissance à LIVING LEGACY (93), « var-plic » assez proche de DISTANT ROADS, et surtout THUNDER ECHO (87), tout le portrait de son père. Quant à Joseph Ghio, il en a tiré HOT CHOCOLATE (95), brillant plicata jaune et… chocolat.

N’oublions pas les Français. Richard Cayeux, avec DAZZLING GOLD X BROADWAY a obtenu le somptueux LOUIS D’OR, finement veiné de brun sur fond or, très voisin de RUÉE VERS L’OR (Ségui 92), qui est de BROADWAY X CATALAN.

L’histoire continue à la génération suivante et, pour faire bref, je ne citerai que quelques petits enfants de BROADWAY : AND ROYAL (Blyth 90), bicolore rose crème et violet, BURST (Blyth 93) qui a une certaine ressemblance avec son cousin RUÉE VERS L’OR , COPATONIC (Blyth 94), encore plus soutenu que SWAIN, SNEEZY (Keppel 96) gracieux « var-plic » clair, tout saupoudré de pourpre, ou PARFUM DE FRANCE (Ransom 2000), également variegata-plicata. Il est évident que d’autres successeurs de BROADWAY apparaîtront dans les années à venir, c’est la destinée des iris de grande valeur.

18.10.02

UN FESTIVAL DE COULEURS

Dans la grande palette des iris, on ne peut guère trouver plus vivement colorés que ceux de la catégorie que l’on appelle « variégata-plicata ». Comme cette dénomination le laisse entendre, il s’agit de fleurs aux pétales jaunes (ou tendant vers le jaune), et aux sépales clairs, voire jaunes également, mais liserés et pointillés de sombre. Il s’agit d’une transformation de la catégorie des plicatas par l’utilisation d’Iris variegata, une espèce riche en couleurs dont l’influence génétique est importante. Cette initiative est revenue aux frères Sass et a été largement exploitée par de nombreux obtenteurs dès les années 50, notamment par James Gibson, qui s’est fait une spécialité des plicatas jaunes ou bruns. Avec le temps, et une multitude de croisements divers, la catégorie s’est diversifiée. C’est ainsi que sont apparues un grand nombre de variations possibles et un vaste choix de combinaisons colorées. J’en ai distingué cinq types que je désignerai, par commodité, sous le nom de la variété de ce type la plus connue.

Le type « AUTUMN ECHO ».

Tout le monde, ou presque, connaît AUTUMN ECHO (Gibson 75), un célèbre iris remontant, aux chaudes couleurs, avec des pétales ocre, des sépales jaunes bordés et ponctués de l’ocre des pétales. S’il me paraît être la variété la plus répandue du type, il n’est pas le premier. Avant lui il y a eu MY HONEYCOMB (Gibson 58), SIVA-SIVA (Gibson 62), ECHO ONE (Schortman 63), ISLAND HOLIDAY (Gibson 69), SANDS OF GOLD (Plough 72), KONA COAST (Plough 73). Après, le type s’est perpétué avec des iris comme SHAFT OF GOLD (Sexton 76), RIO DE ORO (Plough 83), LEMON AND SPICE (Gibson 85), puis HOT TO TROT (McWhirter 91), BUSY SIGNAL (Lauer 93) ou CALDRON FIRE (Gibson 95).

Le type « FANFARON » ;

C’est un type assez voisin du précédent. Il se caractérise par des pétales éclatants, de jaune pâle à orange vif, et des sépales de la même couleur veinés ou ponctués de brun ou de violet, voire des deux. FANFARON (Hager 88) est très représentatif du type, mais tout aussi connus sont DAZZLING GOLD (Anderson 81), BENGAL TIGER (Maryott 81) ou JITTERBUG (Keppel 88). FLAMENCO WHIRL (Hamner 88) est encore plus vif, de même que LOS COYOTES (Burseen 93), qui descend d’ailleurs de deux variégatas-plicatas : DAZZLING GOLD et SUN TOASTED. PRIZE DRAWING (88), un produit tardif de Gordon Plough, est une version claire de ce type.

Le type « KILT LILT ».

C’est sûrement ce type qui a le plus de représentants et, sans doute, en est-ce le plus parfait achèvement. Les pétales sont jaunes, bien entendu, du jaune primevère au jaune d’or, et même à l’orange ou au brun miel. Les sépales, sur fond blanc ou crème, proposent des petits points de brun, de pourpre ou de violet foncé, devenant de plus en plus denses à mesure que l’on s’approche du bord, quelquefois les points se concentrent en une flamme, sous les barbes, quelquefois, aussi, un fin liseré de la couleur des pétales vient compléter l’ensemble. KILT LILT (Gibson 70 – DM 76) en est le plus bel et le plus fameux exemple. James Gibson, auparavant, avait aussi obtenu une variété toujours dans les catalogues, RADIANT APOGEE (64), et une autre, au moins aussi intéressante, ISLAND HOLIDAY (69). C’est ensuite Keith Keppel qui s’est fait, un temps, une spécialité de ces variétés flamboyantes, avec tout d’abord deux frères de semis, issus de RADIANT APOGEE, LIMERICK (73) et METEOR (73), auxquels ont succédé CARAMBA (75), fils de SIVA-SIVA, puis FLAMENCO (77), et MOROCCO (80), qui réunit les qualités de KILT LILT et de CARAMBA. SUN TOASTED (Gibson 76) fait partie de la version « soft » du type, où le rejoignent des iris comme DESERT ECHO (D. Meek 80) – l’effet plicata y est limité à un « spray » de brun violacé, au centre des sépales – et PANOCHA (Ernst 88), fils du précédent. WILD JASMINE (Hamner 83) est de la même eau, et descend de SHAFT OF GOLD, cité plus haut. Parmi les représentants de la version « hard » on trouve WHIRL AROUND (Hamblen 87), dans les tons oranges, HOT STREAK (Ghio 88), dans les tons grenats, ou CHEROKEE NATION (Hedgecock 92), dans les tons bruns. A côté, le moderne WESTERNAIRE (D. Miller 98), fait figure d’enfant sage, en jaune paille et blanc ourlé et moucheté d’indigo.

Le type « AZTEC DANCE ».

WESTERNAIRE, dont on vient de parler pourrait aussi être rangé sous ce type qui est une évolution récente. AZTEC DANCE (Blyth 80) en est un bon représentant : pétales cannelle, sépales blancs, flamme et liseré prune. La partie plicata est allégée, souvent limitée à une fine bordure ; les pétales vont du presque blanc au caramel soutenu. Un fils de CARAMBA, HINDU MAGIC (Blyth 81) fait partie du lot, de même que FLOORSHOW (Byers 89), descendant de BROADWAY, DISTANT ROADS (Keppel 91), très sombre, issu également de BROADWAY, tout comme SURPRISING WIT (99) enfant posthume de Jim Gibson. Sterling Innerst s’est fait en quelque sorte le champion de ce type, qu’il a décliné en TENNESSEE WOMAN (90), TENNESSEE GENTLEMAN (91), AGGRESSIVELY FORWARD (95), EXACTITUDE (96) ou, également, l’étrange OMINOUS STRANGER, qui porte bien son nom.

Le type « BURST ».

C’est là où l’on range les inclassables. BURST (Blyth 93) nous apporte d’Australie une variante où le dessin plicata abandonne les bords et se concentre au centre de la fleur. Chez BOLD VISION (Kerr 99), il se limite au contraire à l’extrême bord des sépales, tandis que sur LET’S DANCE (R. Nelson 86), il se contente d’imprégner les sépales et de s’étaler en une large flamme.

Avec les variégatas-plicatas, on est sûr d’en avoir plein la vue. Ce sont bien les iris aux couleurs les plus chaudes, et, par-dessus le marché, leurs combinaisons sont infinies. C’est pourquoi ils présentent un réel intérêt, non seulement pour le jardinier, mais aussi pour le collectionneur.

11.10.02

NORMA JEAN

J’ai eu l’occasion d’admirer, le printemps dernier, un iris rose que j’ai trouvé particulièrement séduisant. Il s’agit de NORMA JEAN (Durrance 91).

Le degré de séduction ne provient pas seulement de l’allusion directe que son nom fait à l’illustrissime Marilyn Monroe, mais surtout de la forme de la fleur, du port gracieux de la plante, et du charme de la couleur. NORMA JEAN est un iris rose, plutôt corail, tendre, avec des barbes roses assorties ; c’est à peine si les épaules des sépales et les côtes des pétales sont d’un rose un peu plus soutenu. La fleur est amplement ondulée, traditionnelle d’aspect, mais légère et vaporeuse à souhait. Rien d’exceptionnel, donc, mais une impression générale qui amène un sourire de plaisir sur les lèvres de celui qui contemple cette fleur.

Du point de vue génétique, NORMA JEAN est un rose de chez rose, comme on dit maintenant quand on veut parler au superlatif. Côté femelle il y a CORAL SATIN (Hamblen 81), un rose corail bien connu à barbes rose vif, et côté mâle CUSTOM MADE (Brown O. 81), un autre rose corail, à barbes saumon, délicatement frisé. Ces deux jolis parents ont engendré un descendant qui ne pouvait qu’être réussi. Le côté paternel n’a rien d’original. CUSTOM MADE provient de SCHIAPARELLI (Moldovan 72) x INSTANT CHARM (Brown O. 74). Le premier est un rose qui a eu son heure de gloire dans les années 70, issu lui-même d’une lignée de roses, dont le fameux ONE DESIRE (Shoop 60), le plus rose des roses de son époque. Le second est rose bleuté, avec une tache violacée au centre des sépales ; il descend d’ailleurs de RIPPLING WATERS (Fay 61 – DM 66), un mauve, comme chacun sait. Le côté maternel est plus intéressant car il n’y a pas que du rose, de ce côté là ! En effet CORAL SATIN est un produit de jaune par rose. Jaune par STAR SPANGLED (Hamblen 74), un beau jaune à barbes or, et par SAFFRON ROBE (Moldovan 68), jaune safran, donc foncé, qui a CHINESE CORAL (Fay 62), célèbre rose chair à barbes rouges, pour « mère » et GYPSY JEWELS (Schreiner 63), brun-rouge, pour « père ». Rose par LOVE SONNET (Hamblen 77), un rose classique à barbes rouge cerise, issu lui-même de MICHELIN (Hamblen 72), grenat clair, et de PINK SLEIGH (Rudolph 70), un de ces superbes roses de Rudolph, rose clair, qui provient du grand rose PINK TAFFETA (Rudolph 68 – DM 75). La teinte saumonée de CORAL SATIN n’est donc pas une surprise. Elle se retrouve, adoucie, dans NORMA JEAN, qui a également hérité, de ce côté là, de sa forme amplement sinueuse, gage de rigidité et de tenue des pièces florales.

NORMA JEAN aurait sûrement plu à sa « marraine », Marilyn, qui appréciait les teintes pastel, en harmonie avec son teint et la couleur donnée à sa chevelure. Que cela soit une jolie variété n’est, à bien réfléchir, que la conséquence de son riche patrimoine génétique. D’ailleurs, comme bien souvent chez les iris de qualité, on découvre qu’il y a des Dykes Medal parmi ses ancêtres : deux cette fois, RIPPLING WATERS et PINK TAFFETA. C’est un signe de plus que cette récompense est attribuée à juste titre. NORMA JEAN chasse de race.

4.10.02

ERREURS ET ÉCORCHURES

Un lecteur assidu et attentif m’a fait remarquer que, depuis qu’il existe, ce weblog a plusieurs fois écorché certains noms. C’est ainsi que celui d’Agnes WHITING, dont la variété BLUE RHYTHM a obtenu la Médaille de Dykes en 1950, a été orthographié WITTING. De même celui de James McWHIRTER est devenu parfois McWIRTHER… Quant au Britannique Brian DODSWORTH, je l’ai tout bonnement prénommé Barry. Je ne sais pas si ce fameux obtenteur me pardonnera de nouveau cette erreur, car, il y a quelques années, je l’ai déjà ainsi prénommé dans un courrier que je lui avais envoyé.

Certaines variétés ont également vu leur noms plus ou moins estropiés. Il serait fastidieux de les reprendre une à une. Les lecteurs avertis auront sans doute, comme l’on dit dans la presse, « rectifié d’eux-même ».

Ces observations, bien venues, vont m’inciter à me montrer plus méticuleux à l’avenir, et à me relire encore plus attentivement, d’autant que ce n’est pas le correcteur d’orthographe de l’ordinateur qui rectifiera les noms propres. Il faut tendre vers le zéro défaut, même si l’on sait qu’on n’arrivera jamais à la perfection.
BENJAMIN ROSS HAGER

De tous ceux qui, depuis l’origine, pratiquent ou ont pratiqué l’hybridation d’iris, il n’y en a pas un qui arrive à la cheville de Ben Hager pour ce qui est de la qualité et de la diversité de la production. Il s’est intéressé à tous les types d’iris sauf les bulbeux. Il a obtenu des succès formidables dans toutes les compétitions. Ses iris sont répandus en quantité dans le monde entier et il avait laissé un héritage si important que trois ans après sa mort, ses successeurs, et en particulier Richard Ernst, peuvent encore enregistrer des variétés qu’il avait hybridées.

Après une jeunesse, bien américaine, faite d’activités diverses et de métiers variés, c’est en 1951 qu’il a commencé à s’intéresser aux iris. Il avait 36 ans. Il a alors travaillé avec le réputé Tom Craig, puis chez un autre hybrideur, Carl Milliken. A quarante ans, en 1955, avec celui qui restera jusqu’au bout son alter ego, Sidney DuBose, il s’installe sur une petite plantation à Modesto, en Californie centrale, qui devient le nouveau Melrose Gardens, et se lance dans le commerce. C’est en 1959 qu’il déménage pour s’installer sur un terrain plus vaste, à Stockton, où il restera jusqu’à la fin de ses jours.

C’était un personnage attachant, d’une vive intelligence, d’une curiosité exceptionnelle et d’un immense courage au travail. Bien secondé par son ami Sid DuBose, il a mené de front une activité d’hybrideur multidirectionnelle. Et, à l’inverse de ce qui se produit habituellement lorsque l’on touche à tout, il a réussi dans toutes ses entreprises.

Il a commencé par s’occuper d’iris nains. C’est lui qui, en utilisant l’Iris aphylla dans la généalogie des grands iris miniatures, est à l’origine des iris « de table » (MTB). Ses succès dans ce type de plantes sont nombreux, depuis ses premières introductions en 1966. Pour n’en citer qu’un, parlons d’ABRIDGED VERSION (83), un rose fumé à barbes mandarine.

Iris aphylla, utilisé pour ses pouvoirs de miniaturisation, a donné naissance à de nouveaux nains miniatures (MDB), comme PRODIGY (73), un petit bleu clair de 15cm, qui est la « mère » de GIZMO (76), violet foncé, et l’un des ancêtres de BUGSY (92), variegata jaune et acajou, ou de IN TOUCH (99), rose à barbes crème, l’une de ses dernières introductions dans ce type.

Iris aphylla encore, pour rendre les iris intermédiaires un peu plus râblés. Ben Hager n’a pas négligé cette voie. Il a obtenu de la sorte des IB comme le jaune LOOKIN’GOOD (78). Ila aussi poursuivi ses recherches par d’autres voies et présenté plein de jolis variétés comme SWIZZLE (71), célèbre variegata-plicata, ou HOT FUDGE (82), plicata brun sur fond jaune ou l’orange JOY BOAT (92).

De 1963 à nos jours il n’a pas cessé de produire des SDB (plus de 70 variétés enregistrées) et, comme dans les autres domaines, il y a obtenu des iris remarquables. Tous les amateurs de ce type connaissent REGARDS (66), bicolore orchidée et acajou, DEMON (71), de couleur aubergine, HOCUS POCUS (74), curieuse fleur bleu lavande et brun verdâtre, BRIGHT MOMENT (82), aux pétales blancs et aux sépales indigo ourlés de blanc, PIGEON (87) bleu lavande profond, MY SHEBA (87) rose pêche, et son descendant LOVE TOKEN (97), rose clair à barbes blanches.

Une autre des directions qu’il a prises est celle des spurias. Il s’y est lancé dès 1955 et n’a pas cessé de proposer, pratiquement chaque année, de nouveaux iris comme le bleu lavande DIMINUENDO (85) ou le violet foncé veiné d’or DUERME (92). Cependant sa plus belle réussite en ce domaine doit être COUNTESS ZEPPELIN (87) surprenant variegata, qui a obtenu la Nies Medal en 97.

Si l’on parle d’iris du Japon, on est encore dans un domaine exploré par Ben Hager. Son STRANGER IN PARADISE (70) a obtenu la plus haute distinction, la Payne Award, en 1976, et l’année de son décès, il enregistrait encore POOH BAH (99), violet voilé de blanc.

La même passion l’a conduit à s’intéresser aux iris de Louisiane (MARY DUNN –74-, mauve rosé), aux iris de Sibérie (JAYBIRD –82-, deux tons de bleu), aux Pacific Coast (AROMAS –79-, du nom de sa petite ville natale), ou aux arilbreds (SHEIK –76).



Ce sont cependant les grands iris qui ont fait sa grande popularité, et aussi les iris de bordure (BB) grâce auxquels il a obtenu une de ses nombreuses médailles. PINK BUBBLES (79), frère de semis de BEVERLY SILLS, a obtenu la Knowlton Medal en 86.

Mais revenons aux grands iris. Au fil des années il a conçu (ou plutôt sélectionné) des fleurs amples, majestueuses tout en restant bien proportionnées, qui sont sa signature et que les spécialistes reconnaissent facilement. Ses premiers enregistrements concernent d’ailleurs des TB, FORAY (60), un iris dans les tons bordeaux, et SAVAGE QUEEN (60), un rose magenta. Cependant, dans ce type, la consécration a tardé à venir. Il a fallu attendre une dizaine d’années pour que des variétés de grande classe apparaissent. DECOLLETAGE est de 1970, BASIC BLACK de 1971, ICE SCULPTURE est de 1973… Mais une fois la machine lancée, elle a continué à plein régime ! La fête a commencé avec VANITY (75), la première des trois variétés Hager à avoir obtenu la DM. Mais les vingt ans qui séparent VANITY d’EDITH WOLFORD, DM numéro 3, ont été marqués par une foule d’iris tous plus réussis les uns que les autres, comme le plicata GRAPHIC ARTS (77), le blanc LEDA’S LOVER (79), l’orange PUNKIN (81), le rose, fils de BEVERLY SILLS, ANNA BELLE BABSON (84), tout comme AFFLUENCE (85). Les treize années suivantes sont encore plus prolifiques, avec, par exemple, BLYTH DEAN (87), DOLCE VITA(88), TIMESCAPE (89), AUTUMN CIRCUS (90), HORATIO (91), KATHLEEN KAY NELSON (92), HIGH TECH (93), LARK ASCENDING (94), CHASING RAINBOWS (95), PROSPEROUS VOYAGE (96), I’M PRETTY (97), DUO DANDY (98), MAKING WAVES (99)… Il s’est intéressé à presque tous les sujets concernant les TB, que soit les remontants (FEED BACK –83-, MOTHER EARTH –87-, CHRISTOPHER COLOMBUS –92-), les iris space age (HORNY LORRI –73-, JESTER –88-, TRIPLE WHAMMY –89-), les iris tardifs (LINGERING SPRING –91-, AFTER THE BALL –91- ou SURPRISE ENDING –92-).

Cette activité débordante, et cet art consommé ont valu à Ben Hager les récompenses les plus élevées. Trois Dykes Medal : VANITY (82), BEVERLY SILLS (85), EDITH WOLFORD (93) ; une Knowlton Medal pour PINK BUBBLES (86) ; trois Sass Medal pour ses iris intermédiaires SWIZZLE en 79, BUTTER PECAN en 91 et HOT FIDGE en 92 ; deux Cook-Douglas Medal pour ses SDB REGARDS en 73 et HOCUS POCUS en 81 ; deux Carpane-Welsh Medal pour ses petits GIZMO en 87 et DITTO en 88 ; une White Medal pour l’AB KALIFA’S ROBE en 98 et une Nies Medal pour le spuria COUNTESS ZEPPELIN en 97 ! Et il ne faut pas oublier le Florin d’Or que BEVERLY SILLS a remporté à Florence en 1981.

Benjamin Ross Hager, sous son large chapeau, s’était fait une place prééminente dans le monde terrestre des iris. Il est certain qu’il l’a gardée dans l’autre, où il a rejoint les frères Sass, Orville Fay, Ferdinand Cayeux, et tous ceux qui l’attendaient au paradis des iridophiles.

NDLR : Cette étude est basée sur les chroniques obituaires publiées dans le numéro 315 du Bulletin de l’A.I.S.

26.9.02

ELIZABETH POLDARK

Dans la chronique précédente, je déplorais la place restreinte réservée aux variétés européennes dans les offres des producteurs. Pour avoir quelque chance de voir une variété originaire d’Europe apparaître dans les catalogues, il faut le plus souvent qu’elle ait été introduite sur le marché des USA. C’est le cas pour ELIZABETH POLDARK, une variété anglaise, obtenue en 1987 par Robert Nichol et introduite aux Etats-Unis en 90 par George Sutton. Cette opportunité a valu à ELIZABETH POLDARK d’avoir une distribution mondiale, alors que bien d’autres variétés voisines, mais confinées à leur marché national, n’ont pas eu ce destin. Prenez, par exemple BRYNGWYN, de la Galloise Maureen Foster-Probert, enregistrée en 90, ou WHITE DREAM, de l’Allemand Harald Moos , obtenue en 91. L’une et l’autre sont des iris blancs, issus de variétés américaines, apparues au même moment. Mais ni l’une ni l’autre n’ont quitté leur pays d’origine…

Cela dit, ELIZABETH POLDARK n’a pas usurpé son succès mondial. Il s’agit d’un bel iris ondulé, blanc, avec traces de jaune au cœur et barbes jaunes pointées blanc. En soit il n’a rien de spécialement original, mais il est joli et, au moment de sa grande diffusion, enrichissait et rajeunissait les collections de blancs.

Analyser sa généalogie n’offre pas de réelle difficulté et présente un intérêt certain. ELIZABETH POLDARK provient de MARY FRANCES (Gaulter 73 – DM 79) x PARADISE (Gatty 80). C’est à dire un mauve croisé avec un rose. MARY FRANCES descend d’une lignée de mauves et de roses bleutés, TOWN AND COUNTRY (Gaulter 71), rose orchidée, MARIE PHILIPS (Muhlestein 63), bleu glycine, STERLING SILVER (Moldovan 61), néglecta mauve. A noter que MARIE PHILIPS et STERLING SILVER sont aussi les parents de TOWN AND COUNTRY ! C’est cependant le côté paternel d’ELIZABETH POLDARK qui est le plus intéressant. PARADISE est l’un de ces incomparables roses de Gatty, lui-même issu de roses : PLAYGIRL (Gatty 77) et un semis de MAY DANCER (Shoop 67), et de PRINCESS (Gatty 72). PLAYGIRL est sans conteste l’un des plus jolis roses qu’ait obtenu Joë Gatty. C’est un rose tendre, parfaitement formé et délicatement ondulé. Il a pour parents deux autres roses, LIZ (Gatty 72) et PINK SLEIGH (Rudolph 70). Rudolph était, avant Gatty, le champion des iris roses. Le « père » de PINK SLEIGH, PINK TAFFETA, est aussi un produit Rudolph. Enregistré en 68, il a été couronné de la Dykes Medal en 1975. Il résulte d’un croisement entre ARCTIC FLAME (Fay 60), blanc à barbes minium, et PINK ICE (Rudolph 60), rose pâle lui aussi, comme son nom l’indique. Quant à LIZ, c’est un joli rose saumon, qui est le frère de semis d’un « grand père » de PARADISE, le rose dragée bien connu PRINCESS (Gatty 72). Ce dernier et son frère LIZ ont des parents qui réunissent à peu près les mêmes caractéristiques que ceux de PINK TAFFETA, à savoir une « mère » blanche à barbes rouges – en l’occurrence RUFFLED VALENTINE (Brizendine 61) – et un « père » mauve, le fameux RIPPLING WATERS (Fay 61 – DM 66).

Si ELIZABETH POLDARK est un iris blanc, il le tient essentiellement de ces origines paternelles, où le blanc se retrouve chez ARCTIC FLAME et chez RUFFLED VALENTINE. Il a cependant troqué les barbes rouges contre un fond de jaune qui provient de son côté maternel.

ELIZABETH POLDARK n’a jamais obtenu de récompense officielle. En 92 et 93 la DM anglaise n’a pas été attribuée et, ensuite, se sont le bleu WHARFEDALE (Dodsworth 89) puis le petit plicata indigo ORINOCO FLOW (Bartlett 89) qui ont été honorés. Mais il peut se targuer de nobles origines. N’a-t-il pas dans ses ancêtres au moins trois vainqueurs de la DM : MARY FRANCES (79), PINK TAFFETA (75) et RIPPLING WATERS (66) ? De plus il peut être fier de ses descendants, essentiellement des iris blancs, comme H.C. STETSON (Stetson 2001) qui a remporté le Florin d’Or en 2001. Il faut compter aussi sur FREEDOM FLIGHT (Sutton 2001), qui ressemble beaucoup à sa « maman », et sur un iris que j’aime beaucoup, VERITY BLAMEY (Nichol 98), qui n’est évidemment pas blanc, mais qui, en deux tons de mauve et barbes or, rappelle les ancêtres colorés d’ELIZABETH POLDARK.

23.9.02

SACRÉE BARBOUZE

Il me faut faire une rectification. Il m’est arrivé, notamment dans la chronique à propos des iris à barbes noires, de citer l’iris bleu de Lawrence Ransom « Barbouze ». J’aurais du dire SACRÉE BARBOUZE, puisque c’est ce nom qui a finalement été attribué à cette variété. Pourquoi avoir changé le nom ? Lawrence Ransom l’explique très bien dans sa lettre 2002 : « …en France, les obtenteurs donnent à leurs hybrides des noms français, qui font allusion à une personne, une particularité… Pour moi qui suis le « fruit d’une hybridation franco-britannique », c’est un problème délicat, car certains mots ont parfois, à l’usage, un double sens… Ah ! ce nom de BARBOUZE !! Il m’avait plu, et je l’avais attribué l’année dernière à une fleur qui porte de bien belles barbes contrastées… sans penser à d’autres « barbes »… de triste renommée dans l’Histoire. Cela me fut reproché !… Je le regrette profondément et espère que la nouvelle appellation « SACRÉE BARBOUZE » vous incitera à découvrir cette variété. »

On peut ajouter que ce vocable de « barbouze » possède aussi une autre signification, qu’ignore peut-être notre ami « hybride franco-britannique », qui est de désigner un garde du corps musclé, ou un membre des services de sécurité, dont la réputation n’a rien de poétique ! SACRÉE BARBOUZE replace bien le problème dans le sens recherché par l’obtenteur, celui d’une barbe particulièrement remarquable. Cette jolie fleur originale ne méritait pas d’être mêlée à une histoire de gros bras !

21.9.02

OÙ SONT LES FRANÇAIS ?

Depuis plusieurs années les variétés françaises enregistrées se multiplient gentiment. Est-ce le résultat des efforts de la SFIB pour inciter les obtenteurs amateurs à donner une existence officielle à leurs produits ? Est-ce une prise de conscience de ces mêmes obtenteurs, de ce que leur travail ne doit pas éternellement rester dans l’ombre ? Est-ce qu’il y a de plus en plus d’amateurs qui pratiquent l’hybridation ? Sans doute un peu de tout cela, en tout cas le résultat est là, et c’est ce qui compte.

De 1995 à 2001 il y a eu 140 enregistrements de variétés françaises tous types confondus. Mais le vrai début des enregistrements d’amateurs se situe en 2000, avec quatre nouveaux noms. L’année 2001 a été florissante avec 6 amateurs qui ont proposé des enregistrements. Jusqu’ à la fin du XXème siècle les amateurs n’apparaissaient guère (1 en 95, 0 en 96, 3 en 97, 3 en 98, 1 en 99).

Si l’on ne peut que se réjouir de ce soudain engouement, cela n’est pas suffisant pour faire connaître l’hybridation française à travers le monde. En effet, quand on consulte les catalogues des producteurs étrangers il n’y a que deux noms d’obtenteurs français qui apparaissent : Cayeux et Anfosso. Le premier est sans aucun doute le plus connu et le plus répandu. Il jouit d’une réputation qui remonte aux années 20 et ne s’est jamais démentie. Le second, en quelques années, a su se creuser une place enviable : des variétés comme RÉVOLUTION, ECHO DE FRANCE, FONDATION VAN GOGH se rencontrent dans plusieurs catalogues d’outre atlantique. Mais les Américains sont friands de nouveautés et le désintérêt marqué de la famille Anfosso pour les iris aboutira dans peu de temps à la disparition de leur nom. Il n’y aura plus que Cayeux pour représenter notre pays ; c’est bien, mais c’est bien peu…

La France n’est pas seule dans ce cas. Les obtenteurs européens en général sont inconnus ailleurs que dans leur pays d’origine. Prenez les obtenteurs allemands. Ils sont sérieux, habiles et respectueux des règles. Ils enregistrent scrupuleusement le produit de leur travail. Mais leurs iris ne sont pas commercialisés. Les catalogues allemands eux-mêmes ne proposent que très peu d’iris allemands ! Le problème est aussi grave Grande-Bretagne. Les hybrideurs anglais enregistrent aussi leurs iris. Ils s’offrent même une Médaille de Dykes pour récompenser chaque année leurs plus beaux spécimens, mais les catalogues anglais ne parle guère des produits nationaux… Dans l’ex-Europe de l’Est, on se remue nettement plus. Le marché national est assez restreint, mais la solidarité entre obtenteurs joue bien et ils arrivent à se faire connaître en dehors de leurs frontières, sans pour autant atteindre encore à la véritable célébrité.

Le plus prolifique de nos obtenteurs, Lawrence Ransom, n’est pas intéressé par la commercialisation de ses obtentions. Il se contente d’une solide réputation franco-française et ne se passionne que pour l’hybridation. Mais cette attitude est bien dommage car ses iris ont leur place à travers le monde. Ceux de Jean Ségui pourraient aussi trouver une réputation mondiale. Mais il y a une difficulté : pour s’ouvrir une porte aux USA, à défaut d’y avoir acquis depuis longtemps sa renommée, il faut y avoir un actif correspondant. Si les iris de l’Australien Barry Blyth ont pu faire le tour du monde, c’est parce qu’il travaille avec Keith Keppel, qui commercialise ses variétés en Amérique. Quelques hybrideurs européens ont compris qu’il leur fallait faire de même. C’est le cas de l’Anglais Cy Bartlett, du tchèque Zdenek Seidl et de l’italien Augusto Bianco qui, maintenant, sont distribués là-bas. Tant que nos compatriotes n’auront pas cherché, ou trouvé, un correspondant, la place de nos iris dans le monde restera confidentielle. Personnellement je le regrette car je considère que les obtentions françaises de ces dernières années, et tout particulièrement celles de L. Ransom, sont dignes de représenter notre pays dans les jardins du monde entier.

13.9.02

DUDE RANCH

Voilà une variété récente, qui vient de remporter le Florin d’or cette année, dont la généalogie ne s’encombre pas de croisements complexes, et qui est parvenue à imposer un coloris trop peu récompensé jusqu’à présent.

DUDE RANCH (Paul Black 2000) est en effet un iris neglecta original. Les pétales en sont jaunes d’or imprégnés de pourpre à la base, les sépales plus sombres sont qualifiés de couleur caramel marqués de mauve sous les barbes vieil or. Une fleur flamboyante donc, originale et rare. Les iris jaunes d’or sont nombreux, les iris miel plus rares, les fleurs caramel franchement peu nombreuses. La combinaison présentée par DUDE RANCH est proprement unique, même si on peut lui trouver quelques traits communs avec des variétés comme BOHEMIAN (Schreiner 88) ou un autre enfant de Paul Black, BOY NEXT DOOR (93).

Ce n’est pas uniquement sur sa couleur que DUDE RANCH a été apprécié, mais aussi pour la qualité de la plante et la vigueur de sa pousse.

Du côté féminin, il provient de PORCELAIN BALLET (P. Black 85), un iris abricot à barbes minium, qui n’est pas, comme on voit de la dernière génération. Lui-même descend de deux iris des années 70, OLD FLAME (Ghio 75) et INSTANT CHARM (O. Brown 74). Le premier est blanc liseré de crème, un peu comme le célèbre BRIDE’S HALO, le second est un rose bleuté franchement mauve au bord des sépales. OLD FLAME lui-même est l’enfant de deux variétés richement colorées : WEST COAST (Knopf 68) – or deux tons, et RADIANT LIGHT (Fay 63) – orange. C’est très certainement de cette origine que DUDE RANCH tient son coloris.

Du côté masculin, ses grands-parents sont deux variétés fort connues, TEQUILA SUNRISE (Mc Wirther 78), variegata mandarine et améthyste, et ENTOURAGE (Ghio 77), exceptionnel iris vieux rose. Du côté de TEQUILA SUNRISE on trouve AMIGO’S GUITAR (Plough 64), variegata lui aussi, auquel ressemble beaucoup son descendant, et des mauves bien connus comme LAURIE (Gaulter 66) et SAN LEANDRO (Gaulter 68). Le même SAN LEANDRO est d’ailleurs dans le pedigree d’ENTOURAGE, ainsi que le jaune NEW MOON, dont on a parlé récemment. A titre anecdotique, il faut noter qu’ENTOURAGE a obtenu le Florin d’Or en 1980. Vingt-deux ans après, son petit-fils atteint le même sommet.

Deux générations en vingt ans. DUDE RANCH est l’exemple même d’une recherche basée sur la qualité intrinsèque des géniteurs. A côté de cela on voit certains obtenteurs multiplier les variétés et s’empresser de les croiser, comme si la multiplication des générations était la seule voie pour obtenir des variétés modernes. Avec DUDE RANCH, Paul Black a parié sur un choix raisonné de parents éprouvés et il a obtenu un iris non seulement original dans son coloris, mais sûrement sain et robuste. Car, à Florence, on ne regarde pas que la fleur, les qualités de la plante sont largement prises en considération, au point que l’on a vu des variétés superbes devancées par des iris plus ordinaires mais solides et qui poussent bien. Ce fut le cas en 1995 avec IKAR (Volfovitch-Moler 92). Dans son lointain Ouzbékistan, Adolf Volfovitch-Moler a longtemps travaillé avec les variétés qui avaient pu lui parvenir malgré les difficultés provoquées par le rideau de fer et le régime soviétique. Il a fort bien réussi, car IKAR n’est pas sa seule réussite. CARNIVAL NIGHT (97), dont il a été question ici il y a quelques mois, en est un autre exemple, de même que TASHKENT (92), rutilant or et bordeaux, ou SYMPHONYIA (92), rose pourpré tardif, à barbes minium, avec des fleurs dans le style de celles de CONJURATION. Le premier est issu de RIPPLING WATERS x BROADWAY STAR, le second est le fruit de PIPES OF PAN x RIPPLING WATERS, c’est à dire des variétés des années 60, comme les antécédents de DUDE RANCH.

8.9.02

LA GRANDE PASSION DE Mr DYKES

Au tournant du vingtième siècle, dans la petite ville de Godalming, dans le Surrey, au sud-ouest de Londres, vivait un professeur du nom de William Rickatson Dykes. Les Britanniques ont toujours été intéressés par la botanique et le jardinage. William R. Dykes n’échappait pas à cette règle. Lui, sa passion, c’était les iris. Les bons auteurs parlent de lui comme d’un collectionneur passionné et d’un jardinier habile. Pour assouvir sa passion il correspondait avec un grand nombre de ses compatriotes dispersés un peu partout dans l’immense empire colonial géré par son pays. Lui-même parcourait chaque année les montagnes sauvages de l’Est de l’Adriatique où il découvrit un grand nombre d’espèces nouvelles et d’hybrides interspécifiques spontanés. Il rapporta entre autres des plants des véritables Iris pallida et Iris variegata. Ses correspondants lui envoyaient toutes sortes d’iris auxquels il donna le nom de la région d’où ils provenaient. C’est ainsi qu’il dénomma Iris cypriana et Iris trojana, de même que Iris mesopotamica.

Il était en relation avec un autre passionné, Sir Michael Foster, professeur de médecine à l’Université de Cambridge, qui cultivait et hybridait toutes les espèces qu’on lui fournissait, souvent avec une certaine désinvolture scientifique. William R. Dykes, lui, se montrait plus rigoureux et redressait les erreurs de son ami. Mais il ne résistait pas au désir d’accomplir lui-même des croisements, comme, d’ailleurs, quelques autres Anglais, comme Robert Wallace, George Yeld, Arthur Hoyt, Amos Perry ou Arthur Bliss.

A la mort de Foster, en 1907, il hérita de la collection de ce dernier et se lança dans un énorme travail scientifique : la classification du genre Iris. En 1913 il publia ce qui est toujours le texte de référence sur le sujet, « The Genus Iris ». Sa réputation devint universelle. Il fut le Secrétaire de la Royal Horticultural Society, et participa à la fondation de la British Iris Society.

Il ne lui manquait plus que d’être immortalisé. Ce fut fait après sa mort, en 1925, quand sa famille lui dédia un nouvel hybride, qui porte le nom de W. R. DYKES, et quand la B.I.S. décida de décerner chaque année trois médailles portant son nom : une pour la Grande-Bretagne, une pour la France et une pour les Etats-Unis. De nos jours, le médaille française n’est plus attribuée depuis 1938 ; sa courte existence n’a jamais eu une véritable justification car il n’y a jamais eu de réelle compétition : toutes les médailles attribuées l’ont été à des variétés de la famille Cayeux ! Mais il existe toujours trois médailles de Dykes ; la française a été remplacée par une médaille pour l’Australasie. La médaille américaine est rapidement devenue le sommet de ce qui se fait dans le monde. Les variétés qui l’obtiennent sont sûrement les meilleures du moment et sont assurées d’une longue vie commerciale. C’est encore un domaine où se manifeste l’hégémonie américaine. Nul ne sait si William Rickatson Dykes, anglais bon teint, aurait apprécié cette suprématie.

Quoi qu’il en soit, sa renommée à lui est bien établie. On ne peut pas parler d’iris sans parler de Dykes, et ce n’est que justice rendue à celui qui a accompli un travail immense en faveur de cette fleur.

31.8.02

NEW MOON

Neva Sexton fait partie de ces rares semi-professionnels de l’hybridation qui ont eu la chance de voir plusieurs de leurs produits remporter la récompense suprême. Ce fut, pour elle, deux fois le cas. D’abord avec PACIFIC PANORAMA (60) en 1965, puis avec NEW MOON (68) en 1973.

Ce NEW MOON fait partie des iris dont la descendance est innombrable. Il a aussi la particularité d’être le seul iris jaune des temps modernes à avoir été couronné ! Il est décrit, très simplement, comme « unicolore jaune citron, barbes jaunes ». Cela ne reflète pas tout à fait ce qu’est réellement cette fleur. Jaune citron, certes, mais aussi avec une forme parfaite, un peu ronde, de belles ondulations et de petites frisettes au bord des pièces florales. Bref une fleur splendide, qui n’a pas volé sa médaille. Du côté de ses antécédents on trouve tout d’abord deux produits purement Sexton, MOON RIVER (Sexton 62) et NEW FRONTIER (Sexton 60). Le premier est un jaune d’or très pur, le second un rose chair à barbes corail. MOON RIVER est le fils de MIXED EMOTIONS, un original blanc perle touché de chartreuse, et de LIMELIGHT (Hall 52), célèbre jaune infus de chartreuse, à barbes oranges, une émanation de la lignée de roses qui a fait la réputation de David Hall, et qui remonte aux années 20. C’est en effet de la lignée des roses flamant à barbes mandarine que sont issus les meilleurs jaunes des années 50, et leur apparition fut à la fois une surprise et un bonheur car jamais les jaunes n’avaient eu jusque là cette brillance et ces bords dentelés, que l’on retrouve dans NEW MOON.

Cependant ce n’est pas du côté de ses ancêtres que NEW MOON est intéressant, mais plutôt du côté de ses descendants. De très nombreux hybrideurs ont, dès son apparition, utilisé NEW MOON pour leurs nouveaux iris. Ils ont obtenus avec lui essentiellement des jaunes – ce qui est normal -, mais aussi des bruns, des oranges et même quelques roses. Parmi ces derniers on remarque des variétés très célèbres comme BEAUTY CROWN (Hamner 77), et plusieurs variétés de Joë Ghio, qui fut sans doute le plus grand utilisateur de NEW MOON. Ainsi en est-il de ENTOURAGE (Ghio 77), rare iris dans les tons de vieux rose, DESIGNER GOWN (Ghio 85), rose doré, ou INDISCREET, plicata rose magenta. Les meilleurs oranges issus de NEW MOON sont peut-être MONTEVIDEO (Ghio 87), JOLT (Weiler 88) et FIRE BREATHER (Schreiner 92), un tardif orange sombre, très intéressant. Les descendants dans les tons de brun sont nombreux et souvent très célèbres. C’est le cas de SPICED HONEY (Hamner 76), de COFFEE HOUSE (Ghio 77), de HONEY MOCHA (Luihn 80), INDIAN TERRITORY (Ghio 80), VENEER (Ghio 81) et surtout de COPPER CLASSIC (Roderick 79) dont le coloris orange brûlé a fait l’évènement des années 80.

Les descendants jaunes restent les plus nombreux, et certains font partie du top de leur coloris. Dans l’ordre chronologique je citerai :
- SOLANO (Luihn 74)
- KENTUCKY DERBY (H. Mohr 76) ;
- MONEY (Roe 77) ;
- MOONSTRUCK (Schreiner 79) ;
- FINANCIER (Ghio 80) ;
- FLAMING VICTORY (Weiler 83) ;
- COTE D’OR (Schreiner 90) ;
- FIRST INTERSTATE (Schreiner 92).

Le panorama ne serait pas complet sans que l’on parle des cas particuliers que sont WHITE LIGHTNING (Gatty 74), magnifique blanc à barbes oranges, BARBARY COAST (McWirther 78), dans les tons cannelle, avec une pointe de mauve, BATTLE STAR (Osborne 79) bicolore cannelle et fuchsia à éperons mauves, ainsi que le variegata-plicata HOT STREAK (Ghio 88).

Si l’on se penchait sur les descendants à la seconde génération, on trouverait une quantité d’iris. Pour n’en citer que quelques-uns uns, on peut parler de :
De BATTLE STAR = GLADYS AUSTIN (Osborne 85), CHINESE NEW YEAR (Ghio 97) ;
De BEAUTY CROWN = AH CA IRA (Anfosso 89), BUC PAPILLON (François 2000) ;
De COFFEE HOUSE = SAN JOSÉ (Ghio 78), SPECULATOR (Ghio 82), GOLDKIST (Black P. 93) ;
De COPPER CLASSIC = ORANGE SLICES (Niswonger 87), CALIPH (Ghio 87) ;
D’ENTOURAGE = DUDE RANCH (Black P. 2000, FO 2002), SABLES D’ARGENT (Fédoroff 97), GYPSY ROMANCE (Schreiner 94) ;
De HONEY MOCHA = JUAN VALDEZ (Maryott 93) ;
De FINANCIER = RANCHO GRANDE (Ghio 88) ;
De FLAMING VICTORY = THROB (Weiler 91) ;
De KENTUCKY DERBY = JURIS PRUDENCE (Ernst 86) ;
De MONTEVIDEO = DAWNING (Ghio 95) ;
De SOLANO = TEMPLE GOLD (Luihn 77), VAN GOGH (Williamson 85) ;
De INDIAN TERRITORY = LADY FRIEND (Ghio 81), MALAGUENA (Ghio 85) ;
De VENEER = CALIPH (Ghio 87), GOLD COUNTRY (Ghio 87) ;
De WHITE LIGHTNING = AZTEC SUN (Dyer 82), BENGAL TIGER (Maryott 81), DREAM AFFAIR (Gatty 78), LEMON PUNCH (Gatty 79).
Enfin citons SPICED TIGER (Kasperek 96) qui fait partie des « broken color » de la dernière génération et qui est issu de HOT STREAK.

Il serait fastidieux de continuer ainsi de génération en génération. Mais pour conclure, il est permis d’affirmer que NEW MOON fait bien partie des plus grands iris de tous les temps.

24.8.02

GARDEN-PARTY AU PETIT VITRY

Dimanche dernier, en son domaine du Petit Vitry, Ferdinand Cayeux, le fameux pépiniériste, dont la renommée en matière d’iris dépasse depuis bien longtemps nos frontières, donnait une garden-party à l’occasion du baptême de son dernier petit-fils, JEAN CAYEUX. Celui-ci faisait l’admiration des nombreux invités qui se penchaient vers lui, alors qu’il était tenu dans les bras de sa marraine MADAME MAURICE LASSAILLY. Le tableau formé par la dame, vêtue d’une délicieuse robe bleue et violette, rehaussée au col d’une pointe d’orangé, et le nouveau-né, dans une longue robe de tulle couleur tabac clair, attirait nécessairement l’attention. Le DÉPUTÉ NOMBLOT, qui honorait de sa présence cette fête de famille, promenait sa noble stature parmi les invités.

Dans l’assistance on remarquait particulièrement les élégantes dames qui virevoltaient gracieusement parmi les fleurs. Celles de la famille, tout d’abord, et en premier lieu MADAME HENRI CAYEUX, somptueusement vêtue de violet et de cramoisi. Près d’elle ANNE MARIE CAYEUX, en robe mauve, veillait à ce que les rafraîchissements et les friandises ne manquassent à personne. D’Angleterre étaient venues pour la circonstance, par le Flèche d’Or, ALICE HARDING, dont on admirait la tenue jaune à col rouge, et LADY FOSTER, en deux tons de bleu du plus séduisant effet. A peine descendue du train transatlantique en provenance de Cherbourg où l’avait débarquée le Queen Mary, la belle américaine HELEN COLLINGWOOD, faisait tournoyer sa jupe de soie lavande. Quant aux françaises, elles n’avaient rien à envier en matière d’élégance à leurs voisines étrangères. MADAME LOUIS AUREAU exhibait une tenue blanche gansée de pourpre clair. La vénérable MADAME LOUESSE, assise auprès du bassin où se prélassaient des carassins dorés, étalait sur ses genoux les plis de sa robe de plumetis prune. ANDRÉE AUTISSIER, en bleu clair, se penchait vers elle pour lui murmurer quelqu’agréable observation, qui amusait visiblement la vieille dame. Trouvaient-elles trop clair l’ensemble blanc bleuté de MADEMOISELLE SCHWARTZ ? Ou trop foncé le velours pourpre de GERMAINE PERTUIS ? Peut-être avaient-elles en tête le SOUVENIR DE LAETITIA MICHAUD, toujours habillée de violet…

Quoi qu’il en soit, ce fut une longue et belle journée, tout à la gloire d’une famille qui fait la grandeur de la France, et d’un superbe bébé à qui l’on peut prédire une renommée internationale et une descendance innombrable.

NOTA : la présente chronique, totalement imaginaire, mais que l’on aurait pu lire dans un journal parisien des années 30, fait allusion à de célèbres variétés d’iris de cette époque, dont les noms sont imprimés en MAJUSCULES.
QUIZZ (RÉPONSES)

Question n° 1
SUNSET SKY
Question n° 2
NEVADA
Question n° 3
DEBBY RAIRDON
Question n° 4
SNOW FLURRY
Question n° 5
40/71
Question n° 6
EDWARD WINSOR
Question n° 7
SPECIAL MOZART
Question n° 8
ACOMA
Question n° 9
Paul COOK (SABLE NIGHT 54 – WHOLE CLOTH 62 – ALLEGIANCE – 64)
Question n° 10
TRESCOLS
Question n° 11
BEFORE THE STORM
Question n° 12
CŒUR D’HIVER
Question n° 13
SWAZI PRINCESS
Question n° 14
CODICIL
Question n° 15
LAUREL PARK
Question n° 16
MARIA TORMENA
Question n° 17
Clifford BENSON
Question n° 18
APPRICOT GLORY
Question n° 19
Amoena jaune
Question n° 20
Francis

20.8.02

JOHN C. WISTER MEMORIAL MEDAL

Jusqu’en 1992 les grands iris (TB en américain) ne disposaient pas d’une récompense particulière pour honorer le meilleur TB de l’année. Toutes les autres catégories étaient pourvues, mais pour les TB on considérait que la Dykes Medal était leur récompense suprême. Cependant, en 1981 c’est l’iris de bordure (BB) BROWN LASSO (Buckles 75) qui avait été couronné. Par ailleurs le système d’attribution de la DM avait fait qu’en 1987 et en 1989 la médaille n’avait pas été attribuée. Une réforme s’imposait. Elle a été votée à la réunion d’automne 1991 du bureau de l’AIS et est entrée en vigueur pour les compétitions de 1993. Une nouvelle médaille a donc été créée, pour les TB, et elle a été baptisée ‘John C. Wister Memorial Medal’ (Médaille Commémorative de John C. Wister), en l’honneur de John C. Wister, qui fut le premier Président de l’AIS, de 1920 à 1934, honoré et respecté, et qui était décédé en 1983.

Depuis 1993 les grands iris ont donc leur médaille. Elle a tout de suite pris le rang d’antichambre de la DM, puisqu’elle a été attribuée sept fois en dix ans à une variété qui, l’année suivante, allait être hissée au sommet. Le tableau ci-dessous fait le point sur l’attribution de cette récompense, il indique aussi les variétés qui l’ont loupée de peu :

93 SILVERADO CHAMPAGNE ELEGANCE ORANGE SLICES
94 HONKY TONK BLUES CHAMPAGNE ELEGANCE ORANGE SLICES
95 BEFORE THE STORM THORNBIRD CHAMPAGNE ELEG.
96 THORNBIRD CONJURATION SUPREME SULTAN
97 ACOMA CITY LIGHTS AMERICA'S CUP
98 HELLO DARKNESS CONJURATION YAQUINA BLUE
99 STAIRWAY TO HEAV. BOOGIE WOOGIE RHONDA FLEMING
00 MESMERIZER CELEBRATION SONG CLARENCE
01 FANCY WOMAN POND LILY SPIRIT WORLD
02 LOCAL COLOR JURASSIC PARK GYPSY ROMANCE

SILVERADO est peut-être le meilleur iris jamais produit par l’usine Schreiner. Je serais tenté de lui délivrer le titre d’ « Iris du Siècle », tant je trouve qu’il a toutes les qualités que l’on recherche, beauté de la fleur, abondance des boutons, solidité des tiges, robustesse de la plante, prolificité de la pousse.

HONKY TONK BLUES est remarquable par l’originalité de son coloris, lui aussi pousse bien.
BEFORE THE STORM était sans doute l’iris le plus noir de son époque. Il a le défaut d’être assez médiocre pousseur. THORNBIRD représente une petite révolution dans le monde des iris, c’est un iris « space age », original au point de paraître déplaisant à certains ; il a hissé la nouveauté des iris à éperons au plus haut rang de la hiérarchie. ACOMA est plus traditionnel, c’est peut-être ce qui lui a valu de passer à côté du destin auquel sa position de 97 lui montrait la voie. HELLO DARKNESS réunit les qualités bien connues des iris des Schreiner dans une couleur dont il représente presque l’achèvement (y-a-t-il plus noir que noir ?). STAIRWAY TO HEAVEN propose quelque chose de tout différent, un ensemble de couleurs déjà plusieurs fois couronné, dans une plante saine et résistante. MESMERIZER, comme je l’ai dit plusieurs fois, est non pas un aboutissement dans la perfection, mais le début de quelque chose de nouveau : une porte sur l’avenir. FANCY WOMAN en est une autre. Le dessin, la répartition des couleurs atteint un sommet dans un genre d’apparition récente. LOCAL COLOR fait partie des iris sombres très appréciés de nos jours. Il ne joue pas l’uniformité parfaite, mais apporte la touche de fantaisie qui se remarque : sombre il est, mais gai il reste.

CHAMPAGNE ELEGANCE et ORANGE SLICES font partie des « losers », ceux dont on se demande pourquoi ils ne réussissent pas tout à fait. L’un et l’autre sont clairs et élégants, le premier un peu mièvre, le second pas assez original sans doute. CONJURATION a bénéficié de l’engouement pour les « space age » provoqué par des variétés aussi populaires que SKY HOOKS ou BATTLE STAR. Ses éperons ne sont pas spécialement développés, mais l’ensemble de la plante, grande et saine, attire l’attention. SUPREME SULTAN est un variegata sans surprise, impeccable et généreux. Il lui a manqué peu de points pour emporter la DM en 97. CITY LIGHTS, AMERICA’S CUP sont peu connus chez nous ; ce sont des variétés très belle mais à qui il manque peut-être un peu de « peps » pour aller au-delà de la place qu’ils ont occupée. YAQUINA BLUE fait partie de la cohorte des fleurs parfaites produites chez Schreiner. C’est cette perfection qui fait sa force : souvent la tradition l’emporte sur la fantaisie. BOOGIE WOOGIE possède cette fantaisie, ce qui lui manque c’est une force commerciale qui l’impose, dommage. RHONDA FLEMMING me paraît être une variété de tout premier plan. Comme la précédente il lui a manqué une force de vente pour la hisser au pinacle. CELEBRATION SONG, lui, dispose de cette force. Comme il a aussi toutes les qualités, il y a fort à parier qu’il réussira à atteindre le sommet l’année prochaine ou en 2004. CLARENCE fait aussi partie des « losers ». Il a les mérites pour triompher, mais il a trouvé plus fort que lui. POND LILY est encore trop peu connu pour qu’on préjuge de son destin, mais c’est ce manque de notoriété qui pourrait lui être fatal. SPIRIT WORLD fait partie de l’écurie Keppel en passe de décrocher bientôt une DM. Le tir groupé de son obtenteur, qui mérite bien une nouvelle consécration, est un concours de circonstance qui peu rapporter gros. JURASSIC PARK tient beaucoup de son parent EDITH WOLFORD. GYPSY ROMANCE joue de son côté sombre pour amener une nouvelle fois l’écurie Schreiner au premier plan. Si le foncé est toujours à la mode, il aura ses chances dans trois ou quatre ans.

Ainsi ces vingt-cinq variétés, dont, malheureusement plusieurs ne sont pas en vente en France, représentent ce que l’on peut considérer comme le nec plus ultra de leur catégorie. Pour le débutant, elles constituent ce qui se fait de mieux dans l’amorce d’une collection d’aujourd’hui.

15.8.02

QUIZZ

En cette période de vacances, il est normal de s’amuser un peu. Les vingt questions à choix multiple qui suivent, qui font toutes référence à des informations présentées dans les textes précédents, peuvent contribuer à distraire le lecteur, sans sortir du domaine des iris.

I – Pour quel iris Bernice Roe a-t-elle obtenu le Florin d’Or en 1974 ?
· IRISH SPRING
· MONEY
· SUNSET SKY

II – Dans quel Etat des U.S.A. demeurait Melba Hamblen ?
· NEVADA
· UTAH
· ARIZONA

III – Mrs Kuntz n’a enregistré qu’une seule variété, laquelle a obtenu la DM en 1971, Il s’agit de :
· DEBBY RAIRDON
· JOYCE TERRY
· WINIFRED ROSS

IV – Le célèbre iris blanc enregistré en 1939 par Mrs Rees s’appelle :
· SNOW GLORY
· SNOW FLURRY
· SNOW QUARRY

V – Les iris intermédiaires (IB) doivent avoir une hauteur comprise entre :
· 40 et 70 cm
· 40 et 71 cm
· 50 et 80 cm

VI – Comment s’appelait le premier iris rose obtenu en Europe ?
· CONSTANT WATTEZ
· GODFREY OWEN
· EDWARD WINSOR

VII – Dans « Des bleus au cœur », il a été question de trois iris européens. Les deux premiers sont CLAUDE LOUIS GAYRARD et ALDO RATTI. Quel est le troisième ?
· SPECIAL MOZART
· EVASION
· MARGINAL

VIII – Depuis la création de la Wister Medal, tous les iris primés jusqu’en 2000 ont ensuite obtenu la DM, sauf un :
· CHAMPAGNE ELEGANCE
· ACOMA
· SUPREME SULTAN

IX – Jusqu’à présent seulement quatre hybrideurs indépendants ont obtenu trois DM ; en voici trois : Orville Fay, Ben Hager, Monty Byers. Quel est le quatrième ?
· Paul Cook
· Neva Sexton
· Jacob Sass

X – La première intro de Lawrence Ransom est un iris nain standard (SDB). Il s’agit de :
· TRESCOLS
· ZARBI
· ROMAN NOIR

XI – Quatre descendants de NAVY STRUT ont obtenu la DM. En voici trois : TITAN’S GLORY, SILVERADO, HELLO DARKNESS. Quel est le quatrième ?
· BEFORE THE STORM
· PROUD TRADITION
· SUPERSTITION

XII – De ces descendants de NAVY STRUT, l’un n’est pas un iris foncé, il s’agit de :
· TRAPEL
· BAR DE NUIT
· CŒUR D’HIVER

XIII – De ces iris « noirs », un seul est un produit Schreiner :
· DUSKY DANCER
· STUDY IN BLACK
· SWAZI PRINCESS

XIV – Parmi ces iris bleus, quel est celui qui a des barbes sombres ?
· CODICIL
· FIVE STAR ADMIRAL
· ACTRESS

XV – De ces trois variétés laquelle n’est pas un iris nain (SDB) ?
· PUMPIN’ IRON
· OPEN SKY
· LAUREL PARK

XVI – Lequel de ces iris est un des parents directs de TIGER HONEY ?
· MARIA TORMENA
· HOT STREAK
· BRINDLED BEAUTY

XVII – L’un de ces obtenteurs est décédé en 2001 ?
· Clifford Benson
· Joë Gatty
· Monty Byers

XVIII – Lequel de ces iris est considéré comme le « père » des iris abricot ?
· CELESTIAL GLORY
· RETURNING GLORY
· APRICOT GLORY

XIX – L’iris intermédiaire (IB) PROTOCOL est un :
· Amoena bleu
· Amoena jaune
· Plicata mauve

XX – Le fondateur de la Maison Schreiner se prénommait :
· Fred
· Francis
· Felix

Bon courage ! Réponses, la semaine prochaine.

10.8.02

NAVY STRUT

Ce n’est pas la check-list des années 70 qui nous renseignera sur les origines de NAVY STRUT (Schreiner 74), car elle n’indique en face de ce nom qu’une alignée de numéros de semis, et seulement un nom en clair, STERLING SILVER. Ce dernier est un bitone indigo, enregistré par Steve Moldovan en 1961, descendant de BROTHER CHARLES, frère de semis de CELESTIAL SNOW, et donc issu directement de l’incontournable SNOW FLURRY. Mais pour NAVY STRUT, il n’y a que les registres de la famille Schreiner qui pourraient nous renseigner plus précisément ! Si nous ne savons pas grand chose de ses origines, nous connaissons en revanche l’immensité de sa descendance, et à ce titre il est honnête de qualifier cette variété de pilier de l’iridophilie. C’est ainsi d’ailleurs que le désigne Ray Schreiner, dans une interview de 1994 (bulletin spécial de l’AIS pour son 75eme anniversaire).

La description de NAVY STRUT est on ne peut plus concise : « unicolore bleu marine violacé, barbes assorties, ébouriffé. » On est loin de descriptions méticuleuses d’aujourd’hui ! Cet iris tout simple est à l’origine d’une quantité invraisemblable de variétés, dans tous les tons allant du blanc au noir en passant par le bleu et le violet. Presque tous les obtenteurs ont utilisé NAVY STRUT pour leurs recherches dans les bleus. Et il n’y a pas beaucoup d’iris qui peuvent se prévaloir, comme celui-ci, d’avoir engendré quatre vainqueurs de la Médaille de Dykes. Pour avoir une idée de sa descendance, il faut prendre génération après génération, sur trente ans.

La première génération

Les Schreiner ont utilisé leur produit sans modération. Ils ont ainsi obtenu :
- SUPERSTITION (77) violet sombre qui a frôlé la DM en 84 ;
- MASTER TOUCH (80) luxueux bleu-violet foncé ;
- TITAN’S GLORY (81) DM 88, violet archevêque uni ;
- ROYAL SATIN (83) uniformément pourpre ;
- STORMY NIGHT (84) frère de semis du précédent, entièrement indigo ;
- PROUD TRADITION (90) bitone ciel et indigo.
Mais il faut compter aussi avec :
- STELLAR NIGHTS (Aitken 85) bleu drapeau, blanc sous barbes ;
- ORBITER (Aitken 85) violet pourpré uni ;
- GYRO (Aitken 89) frère de semis du précédent, violet pur ;
- STAR WARS (Roderick 80) indigo à barbes plus claires ;
- ROYAL VIKING (Roderick 83), frère du précédent, un peu plus foncé ;
- NIGHT AFFAIR (Luihn 83) violet, barbes outremer ;
- BLUES SINGER (Gaulter 84) bleu drapeau à barbes claires ;
- CODICIL (Innerst 85) remarquable bleu moyen à barbes noires ;
- EVENING CANTICLE (Carr 89) bleu glacier, Florin d’Argent en 90 ;
- BETTY FRANCES (Mahan 89) blanc infus de mauve, barbes foncées ;
- TRAPEL (Ségui 82), le petit français de la série, entièrement indigo sombre.
Ajoutons encore :
- BEST BET (Schreiner 88) bitone bleu, qui vient à la fois de NS et de TITAN’S GLORY ;
- BLENHEIM ROYAL (Schreiner 90) bleu pervenche, de NS et MASTER TOUCH ;
- INDIGO PRINCESS (Schreiner 92) indigo uni, de N.S. et quelques autres bleus ;
- MEMPHIS BLUES (Schreiner 87) bleu, plus clair sous les barbes ;
- SILVERADO (Schreiner 87 DM 94), bleu argent , impeccable ;
- PLEDGE ALLEGIANCE (Schreiner 84) indigo, riche d’une foule de descendants…

La deuxième génération

Les plus riches en descendants sont TITAN’S GLORY ET PLEDGE ALLEGIANCE.
De TITAN’S GLORY :
- DARKSIDE (Schreiner 85) ; LARRY GAULTER (O. Brown 88) ; THUNDER MOUNTAIN ( Schreiner 89) ; HELLO DARKNESS (Schreiner 92 – DM 99) ; BLACK TIE AFFAIR (Schreiner 93) ; MADEIRA (Schreiner 93) ; DEVIL’S LAKE (Schreiner 99) ; SETTIMO CIELO (Romoli 99 FO 99)…
De PLEDGE ALLEGIANCE :
- ROYAL CRUSADER (Schreiner 85) ; SERENE SEA (Blyth 92) ; SIERRA GRANDE (Schreiner 92) ; JAZZ ME BLUE (Schreiner 93) ; CAPTAIN’S JOY (Schreiner 94) ; BLUE SUEDE SHOES (Schreiner 96) ; CAPITAL CITY JAZZ (Schreiner 97) ; MER DU SUD (Cayeux R. 97) ; MODRE PONDELI (Seidl 97) ; CŒUR D’HIVER (Bersillon 2000)…
De SILVERADO :
- PEACE AND HARMONY (Ghio 92) ; TEMPTONE (Grosvenor 93 – ADM 96) ; AZURE ANGEL (Grosvenor 94 – ISAM 96) ; FJORD (R. Nelson 96) ; UNCLE CHARLIE (Spoon 99) ; CUMULUS (Cayeux R. 2000)…
De SUPERSTITION :
- BACK IN BLACK (Schreiner 86) ; BAR DE NUIT (Anfosso 87) BEFORE THE STORM (Innerst 89 – DM 96) ; MANDY G (Beer 92)…
De STORMY NIGHT :
- PERFECT PITCH (Gatty 91) ; NORTHWEST PRIDE (Schreiner 93) ; OVERNIGHT SENSATION (Schreiner 95)…
De MEMPHIS BLUES :
- RIVERBOAT BLUES (Schreiner 91) ; CASCADE SPRING (Schreiner 94) ; OURAGAN (Cayeux R. 96) ; GRAND AMIRAL (Cayeux R. 2001)…
De MASTER TOUCH :
- DIABOLIQUE (Schreiner 97)…
De BEST BET :
- JURASSIC PARK (Lauer 95)…
De TRAPEL :
- MONSIEUR-MONSIEUR (Ségui 94)…

La troisième génération

Multiples variétés très recherchées, comme :
PAINT IT BLACK (Schreiner 94) ; MOUNTAIN MAJESTY (Ghio 95) ; GREAT GATSBY (McWirther 95) ; OLD BLACK MAGIC (Schreiner 96) ; THUNDER SPIRIT (Schreiner 96) ; SKYLARK’S SONG (Schreiner 96) ;COLOR ME BLUE (Schreiner 97) ; BLEU CRUSADER (Schreiner 98) ; DARK PASSION (Schreiner 98) ; COASTAL MIST (Schreiner 98) ; MIDNIGHT OIL (Keppel 98) ; SEA POWER (Keppel 98) ; BLUE HEELER COUNTRY (Grosvenor 99) ; GHOST TRAIN (Schreiner 2000)…

La liste est interminable, aussi bien parmi les obtenteurs américains que parmi les autres. Ainsi en est-t-il au Pays de Galles de Mrs Probert ; en Allemagne de MM. Moos et Görbitz, en Slovaquie de L. Muska, en Russie de MM. Gavrilin et Loktev…

NAVY STRUT n’a pas encore fini de peupler le monde des iris.

3.8.02

RUFFLED BALLET, LE MAL AIMÉ

De tous les iris ayant obtenu la Dykes Medal, celui qui a été le moins vendu doit être RUFFLED BALLET (Roderick 75), qui a été couronné en 1983. Je ne m’explique pas cette désaffection autrement que par une commercialisation moins bien assurée, de la part d’un obtenteur plus discret que les autres, moins organisé pour le business, qui fut un outsider dans cette compétition. Pourtant Elvan Roderick n’est pas du tout un inconnu. Il a même une réputation de sérieux et d’exigence qui ressort d’ailleurs du fait qu’en une longue carrière dans le monde des iris il n’a pas enregistré une grande quantité de variétés. C’est un amateur éclairé. N’a-t-il pas frôlé une deuxième fois la même médaille de Dykes avec COPPER CLASSIC en 85 ? Ce COPPER CLASSIC (79) est sans doute sa plus belle réussite, et la plus connue, car il a longtemps été unique dans son coloris, auquel on a attribué le nom de « pastèque grillée » à défaut de pouvoir le définir plus simplement. On connaît bien aussi quelques autres de ses réalisations comme ERLEEN RICHESON (79), rose corail, ou ALICE GOODMAN (88), bitone rose tendre.

Tout mal connu qu’il soit, RUFFLED BALLET est un très bel iris. La description qui en est donnée est toute simple : « Pétales blanc bleuté ; sépales bleu moyen ; très ondulé. » Pas un mot sur les barbes qui sont jaune clair, ni sur le fait que le bleu des sépales s’éclaircit sous les barbes, jusqu’à se rapprocher du bleu glacier des pétales. Il s’agit donc d’un bleu bitone, presque un amoena. Du côté femelle, il provient de FAVORITE TOPIC (Hazel Schmelzer 65), qui est un bleu lavande très clair, presque blanc, lui-même issu de CURL’D CLOUD x MISS INDIANA. Ce dernier (Cook 60) est remarquable par la clarté de ses couleurs. C’est un vrai amoena, aux pétales blancs et aux sépales très horizontaux, d’un ton de bleu aniline. Il descend du fameux amoena WHOLE CLOTH, l’un des piliers de l’iridophilie moderne. Du côté mâle, RUFFLED BALLET découle de la longue lignée de bleus développée par Georgia Hinckle pendant près de trente ans. Son « père » est TEMPO (Hinckle 67), unicolore bleu pâle à reflets verts. Ce TEMPO est le produit de deux bleus Hinckle, EVE (64) x DEAR BOB (62). EVE provient directement de deux grands bleus, que l’on trouve dans le pedigree d’une foule d’iris de cette couleur : SYMPHONY (1), et DEMETRIA, toujours des produits de G. Hinckle, qui eux-même ont pour parents CAHOKIA, l’iris à partir duquel ont fait procéder les iris bleus d’aujourd’hui. Quant à DEAR BOB, amoena très pâle, il descend… de CURL’D CLOUD que l’on a vu dans l’autre partie de la généalogie de RUFFLED BALLET ! Par bleus unicolores interposés, ce dernier est donc une évolution de la lignée d’amoenas issus de WHOLE CLOTH.

S’il n’a donc pas eu un succès commercial énorme, RUFFLED BALLET a cependant été assez largement utilisé comme géniteur. C’est surtout Ben Hager qui l’a croisé avec d’autres bleus, notamment deux de ses propres produits, SILVER FLOW (83) et TINTED CRYSTAL (88). La trilogie RUFFLED BALLET, TINTED CRYSTAL et SILVER FLOW a en particulier donné naissance à une autre trilogie de Hager remarquable : HIGH TECH (93), KATHLEEN KAY NELSON (93) et RITE OF SPRING (95). D’autres obtenteurs ont également utilisé RUFFLED BALLET. C’est le cas de Joë Ghio, pour BUBBLY MOOD (84), tout blanc, et de Paul Black pour OKLAHOMA CRUDE (89), un bleu pétrole bitone, unique en ce coloris.

RUFFLED BALLET est une variété qui n’a pas fait la carrière à laquelle elle aurait pu avoir droit, mais elle reste une valeur sûre parmi les grands iris de la fin du XXème siècle.

(1) BABBLING BROOK (Keppel 69, DM 72) est un descendant direct de SYMPHONY.
GRANDEUR ET DÉCADENCE

Il en est des iris comme des parfums : ils se démodent. On dit que 80% des parfums mis sur le marché une année donnée ont disparu dans les cinq ans. On n’en est pas là pour les iris, car il faut du temps pour les multiplier et les proposer à la vente, mais le phénomène se remarque malgré tout. A titre d’exemple j’ai choisi un catalogue qui n’a rien de révolutionnaire, Cooley 96.

Pour l’année 96 elle-même, il propose 16 variétés, dont six offertes en bonus pour l’achat de variétés coûteuses. Pour les années précédentes on trouve :
95 = 13
94 = 14
93 = 14
92 = 15
Un nombre stable donc et relativement peu élevé, qui s’explique par ce que j’ai dit à propos des temps de culture et de multiplication. Mais à partir de 91 les chiffres explosent :
91 = 24
90 = 19
89 = 18
88 = 26
87 = 27
86 = 26
85 = 22
84 = 22
83 = 23
C’est la période de pleine exploitation, qui se situe donc entre 5 et 12 ans après l’introduction. Aussitôt après les chiffres décroissent très vite :
82 = 15
81 = 17
80 = 17
79 = 15
Puis c’est la chute :
78 = 8
77 = 11
76 = 6
75 = 7
74 = 5
73 = 6
Les variétés plus anciennes se comptent sans peine : 17 au total, dont 1 de 59, l’inusable blanc HENRY SHAW (Benson 59), qui n’est cependant offert que parmi les « bonnes affaires ». D’ailleurs seul un autre inusable, BEAUX ARTS (Plough 69), figure dans le catalogue général. Tous les autres cultivars antérieurs à 73 ne se trouvent que dans les « bonnes affaires ».

Au plan du prix, les paliers sont à peu près les suivants :
Première année = 40 dollars
Deuxième année = 30 dollars
De 3 à 5 ans = 10 dollars
De 5 à 10 ans = 5 ou 6 dollars
Au-delà = 3 dollars. Et même les « bonnes affaires » se soldent à 29 dollars les 10, 53 dollars les 20 et 125 dollars les 50, soit 2.5 dollars pièce !

On peut déduire de cette statistique que la vie d’un iris ordinaire, c’est à dire d’une variété qui ne se distingue ni par son originalité ni par ses succès dans les compétitions (1) est au mieux d’une vingtaine d’année. La plupart disparaissent même avant dix ans…

Chez nous, il faut ajouter cinq ans en moyenne pour chacune de ces étapes, surtout lorsqu’il s’agit de variétés américaines ou australiennes. Cependant je crois constater que la durée de commercialisation est un peu plus longue dans les catalogues classiques (Cayeux, Bourdillon) que dans ceux qui se donnent une allure plus « in » (Anfosso, Ransom). Le catalogue d’Iris de Thau, quant à lui, se distingue par la longueur de sa palette, qui va de variétés largement historiques, à des iris tout récents, ce qui en fait tout l’intérêt pour les amateurs.

(1) L’obtention d’une Médaille de Dykes est la garantie d’une survie prolongée. Toutes les variétés primées entre 82 et 97 sont répertoriées à l’exception de RUFFLED BALLET (DM 83) et BEFORE THE STORM (DM 96).

27.7.02

LE MOZART DES IRIS

(Ce texte reprend et complète un article publié
dans le numéro 122 de la revue « Iris et Bulbeuses »)

On peut donner à Monty Byers, qui vient pour la troisième fois de remporter la Dykes Medal, grâce à son iris MESMERIZER, la qualificatif de Mozart des iris. Comme le compositeur autrichien, il a fait preuve d’un véritable génie, comme lui il est décédé prématurément.

Car aux Etats-Unis, dans le pays le plus développé de notre planète, on peut encore mourir, à moins de quarante ans, d’une bronchite mal soignée ! Ce fut le destin de Monty Byers, sans doute le plus doué des hybrideurs que le monde ait connu jusqu’à présent.

En effet, en moins de six ans d’activité intensive, Monty Byers s’est distingué en enregistrant une centaine de variétés de toutes catégories. Ses premières introductions remontent à 1986. Il s’agit entre autre de BE MINE, BLOWTORCH, HALLOWEEN PUMPKIN et HOWDY DO, variétés de grands iris bien connues maintenant dans notre pays où elles ont été commercialisées. Il a disparu en 1992, mais ses héritiers ont encore introduit quelques variétés dans les années suivantes. C’est comme si, pressentant la brièveté de son existence, il avait jeté toute son énergie dans une débauche de croisements de toutes sortes, avec une sûreté dans ses choix de géniteurs et un tel succès dans ses résultats qu’il lui était difficile de faire une sélection parmi les semis dont il constatait la réussite.

Pour commercialiser sa production, il créa sa propre entreprise, Moonshine Gardens, qu’il géra avec le même enthousiasme bouillonnant qu’il mettait à réaliser ses hybridations. Très vite les professionnels comme les amateurs se sont rendu compte qu’ils avaient affaire à quelqu’un d’exceptionnellement doué. Par exemple, la plupart de ses iris sont issus d’une première génération de croisements, rarement plus de deux. Ses iris étaient réussis du premier coup et il pouvait rapidement les mettre sur le marché.

On peut dire qu’il a révolutionné le monde des deux principales catégories d’iris auxquelles il s’est attaché : les iris à éperons et les iris remontants. Avant lui les premiers n’avaient pas encore obtenu la reconnaissance des spécialistes et du public. Depuis ils sont parvenus au sommet, THORNBIRD (89) a été couronné de la D. M. en 97, CONJURATION (89) l’a obtenue l’année suivante et MESMERIZER a été sacré cette année 2002. Les seconds, depuis longtemps recherchés par certains amateurs, n’étaient pas toujours très élégants et très fiables. Il a donné au monde des remontants qui remontent vraiment et qui sont jolis à regarder ( même s’il faut reconnaître qu’en ce domaine d’autres ont fait également, dans les mêmes moments, des progrès équivalents).

Les récompenses n’ont pas tardé à tomber. Dès 1990 il a décroché ses premières Honorable Mention pour EASTER LACE (88), BLOWTORCH (86), PAGAN PINK (88) et CANDYLAND (BB 88) et SMELL THE ROSES (SDB). Mais peu d’autres ont suivi, ce qui constitue un paradoxe. En dehors de ces trois champions que sont sans contestation THORNBIRD, CONJURATION et MESMERIZER, seuls l’intermédiaire LOW HO SILVER et le SDB HOT ont eu une carrière des honneurs notable. Parmi les grands je n’ai relevé que HIGH HO SILVER (89), ROCKSTAR (91) et WINTERLAND (90) qui aient été notés au palmarès. Mais pour les trois champions, c’est un sans faute : THORNBIRD, dès 1991, se faisait remarquer en remportant le Franklin Cook Cup ; en 95 il ratait de quelques points la Wister Medal qui lui était attribuée l’année suivante, le mettant en position ultra favorable pour la Dykes Medal qu’il décrocha en 1997. CONJURATION a eu un parcours encore plus somptueux : Florin d’Or en 93, Wister Medal ratée de peu en 96, deuxième de la D.M., derrière son compagnon d’écurie, en 97, et enfin D.M. en 1998. MESMERIZER, un peu moins bien dans les récompenses, a tout de même remporté la Wister Medal en 2000, fini deuxième de la D.M. en 2001 et été vainqueur de cette compétition en 2002 !

De nombreux producteurs ont senti que ces iris allaient avoir du succès et se sont empressés de se les procurer (non seulement pour la vente, mais aussi pour exploiter leurs capacités génétiques). Ce fut le cas en France pour Iris en Provence (Anfosso) et Iris au Trescols (Ransom). Grâce à ces deux entreprises les amateurs français ont eu accès au génie de Monty Byers. Le premier cité a proposé plus de quarante variétés, dont beaucoup de remontants, restés, malheureusement trop peu de temps au catalogue. Le second a importé une douzaine de grands iris (peut-être plus), et de nombreuses variétés de petite taille.

Certains hybrideurs de grand renom, comme Donald Nearpass, n’ont enregistré que quelques iris tout au cours de leur carrière, car ils ne considéraient pas avoir assez atteint la perfection. Byers, lui, n’a pas toujours eu ce scrupule, mais c’est le seul reproche qu’on puisse lui faire, car beaucoup des variétés qu’il a enregistrées sont extrêmement proches les unes des autres. C’est à l’amateur de se montrer sélectif, mais il y a gros à parier qu’il aura autant de mal que l’obtenteur lui-même n’en a eu !

Quoi qu’il en soit le monde des iris a bien fait de couronner par trois fois les variétés de Monty Byers. Celui-ci rejoint à ce niveau trois très grands noms de l’irisdom, Orville Fay, Paul Cook et Ben Hager. On ne peut que regretter qu’il nous ait quittés aussi vite.

22.7.02

PROTOCOL

L’iris intermédiaire qui a obtenu la Sass Medal pour 2002 s’appelle PROTOCOL. Sous ce nom sérieux, qui a des connotations à la fois solennelles et scientifiques, se cache un joli cultivar amoena jaune. PROTOCOL a été enregistré en 1994 et commercialisé en 1996 par Keith Keppel. Il présente des pétales bien blancs, imprégnés de jaune doré sur les côtes. Ce jaune est celui des sépales qui offrent en outre un léger liseré du blanc des pétales. Les barbes sont orange clair. La forme est ample, ondulée, surtout les pétales. Les sépales se tiennent bien.

Du côté du pedigree, PROTOCOL est, comme la plus souvent du fait de la rare fécondité des iris intermédiaires, le produit d’un grand iris et d’un nain standard. C’est du côté paternel que se situe le grand iris. En l’occurrence un célèbre amoena abricot, AMBER SNOW (Blyth 87), lui-même pur produit de la filière australienne, puisqu’il faut remonter à la quatrième génération pour retrouver un iris américain. AMBER SNOW descend de deux amoenas très connus : ALPINE JOURNEY (Blyth 83) pour la « mère », BEACHGIRL (Blyth 83) pour le « père ». Ces deux variétés sont d’ailleurs cousines. En effet ALPINE JOURNEY, qui est blanc/jaune, provient de TRANQUIL STAR (Blyth 78) d’une part, et d’un semis non dénommé que l’on trouve dans la même position dans la généalogie de BEACH GIRL, dont l’autre parent est CHAMPAGNE SNOW (Blyth 76). Ce semis non dénommé est le produit de LOVE CHANT (Blyth 79) - un frère de semis de CHAMPAGNE SNOW - et de FESTIVE SKIRT (Hutchings 73), un iris au parentage très compliqué qui a été plus souvent utilisé en hybridation que présent dans les jardins.
CHAMPAGNE SNOW est un iris ivoire à barbes or. TRANQUIL STAR est un bitone jaune à barbes blanches. Pour en rester à ce niveau de parenté, disons que les arrières grands-parents de PROTOCOL sont un self dans les tons de jaune et un amoena abricot ; ses grands-parents deux amoenas jaune et abricot, et son « père » un amoena abricot.

La « mère », donc le petit iris, se nomme OVER EASY (Lankow 89). Il s’agit d’un amoena blanc/jaune, lui-même issu de deux SDB blanc/jaune : FLIRTY MARY (Rawdon 77) et LOVESHINE (Ritchie 84). Le programme de Keith Keppel, quand il a fait ses mariages, était donc d’obtenir un intermédiaire blanc/jaune à partir de deux éléments présentant cet aspect.

Parmi les grands iris, BEACH GIRL, LOVE CHANT, TRANQUIL STAR, ALPINE JOURNEY et AMBER SNOW font partie du panel de variétés bicolores largement utilisé par Barry Blyth ces dernières années. Leurs descendants peuplent le catalogue Blyth ainsi que ceux de bien d’autres producteurs dans le monde. Pour ne citer que les amoenas jaunes, parlons de BREEZES (92), blanc/citron, LOVER’S LANE (92), blanc/champagne devenant abricot vers le bord des sépales, et surtout le fameux NEUTRON DANCE (87) qui provient de ALPINE JOURNEY x BEACH GIRL, et qui est donc un grand cousin de notre PROTOCOL avec lequel il a, du reste, une vive ressemblance.

La même année 96 Keppel a commercialisé également un autre intermédiaire blanc et jaune, issu lui aussi du petit OVER EASY. Il s’agit de LUNAR FROST qui présente beaucoup de traits communs avec PROTOCOL, en particulier dans la forme de la fleur. La différence tient à la part du jaune, qui est limitée à une large tache citron sur les sépales, et a la barbe franchement jaune. Cette disposition est caractéristique des iris nains. Elle est cette fois importée dans un intermédiaire intéressant, mais qui n’a pas eu, comme son demi-frère, l’honneur d’être distingué au plus haut niveau par les juges américains.