15.2.19

LA PUISSANCE ET LA GLOIRE (la suite)

La période dorée de l'activité d'hybrideur de Ferdinand Cayeux se situe dans les années 1928/1937. Au cours de ces dix ans Ferdinand Cayeux a enregistré environ 260 variétés nouvelles ! Une telle production en dit long sur l'importance de l'entreprise et le travail fourni par son propriétaire. Et le miracle c'est qu'un grand nombre de ces iris existe toujours et est présent dans nos jardins partout dans le monde.

VII – 1934 

'Brasier' (pedigree non indiqué) 


'Corinthe' (Chimène X Dominion) 


'Favori' (Marc Aureau X Cardinal) 

'Saltarelle' (pedigree non indiqué) 

'Voltigeur' ((Alcyon x Blanchefleur) X B Y Morrison)

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Aigue ou Aigle ?

 En 1938 René Cayeux enregistrait, au nom de son père Ferdinand Cayeux, une variété baptisée 'Aigue Marine'. Elle existe toujours et, ces temps derniers, Carlos Ayento, de Brighton Park Iris Garden, à Chicago, en a publié une photo.

En 2011 Richard Cayeux mettait sur le marché une jolie variété nouvelle sous le nom de 'Aigue Marine'... Cette mise sur le marché a précédé l'enregistrement. Et au moment de celui-ci, le « registrar » de l'AIS a été dans l'obligation de refuser le nom demandé puisqu'il était déjà attribué. D'où une variété qui porte deux noms :
- un nom « de catalogue », en l'occurrence 'Aigue Marine' ;
- un nom d'enregistrement, 'Aigle Marine', qui n'a pas beaucoup de sens, mais qui permet de réparer ce qui semble bien être un cafouillage assez surprenant.

Chacune dans leur genre, ces deux variétés sont bien jolies. En plaçant côte à côte leurs photos on se rend compte de l'évolution de la fleur d'iris hybride sur une période de 70 ans.

Cultiver ces deux variétés serait une curiosité qui amènerait bien des commentaires...

A LA RECHERCHE D'UN LOINTAIN PARENT

Dès que 'Crowd Pleaser ' a fleuri dans mon jardin, j'ai été frappé par sa ressemblance avec le « vieux » 'Color Carnival' qui était en fleur à quelques pas de là, comme tous les ans depuis de nombreuses années. Cette ressemblance concernait non seulement la teinte générale de la fleur, mais aussi son port et même son côté « tailored ». Je dois dire que ce sont ces similitudes qui ont éveillé mon intérêt pour l'étude de la généalogie des iris. J'étais curieux de savoir si des liens parentaux existaient entre ces deux plantes. Aujourd'hui la ressemblance me semble beaucoup moins évidente, mais il y a néanmoins, sinon un air de famille, du moins quelque chose de commun !

J'avais amorcé une étude généalogique de 'Crowd Pleaser' dans la chronique dédiée à cette fleur il y a bientôt deux ans. Pour l'approfondir il a fallu de longues recherches car il n'est pas facile de trouver un lien de parenté entre 'Color Carnival' et 'Crowd Pleaser', mais il existe ! 'Color Carnival' (deForest, 1949) est un descendant direct d'une variété assez mystérieuse baptisée 'Spindrift' (Loomis, 1944). Il s'agit d'un iris rose de la première génération, celle qui est connue sous le nom générique de « flamingo pink ». Il n'a, semble-t-il, pas été enregistré si bien qu'il y a confusion avec un autre 'Spindrift', beaucoup plus ancien (1929), mais qui n'a jamais été mis sur le marché, et dont on ne sait rien. Marchons donc pour ce deuxième 'Spindrift' et cherchons par quel chemin cette variété figure dans l'arbre généalogique de 'Crowd Pleasure'. Comme on peut voir dans le sous-titre de la présente chronique, un certain 'Touch of Envy' (Hamner, 1973) figure dans le pedigree du parent femelle de 'Crowd Pleasure'. Cette variété qui n'a rien d'enthousiasmant (il me paraît terne et sans charme) provient d'un croisement ('Mission Sunset' x ('Nike' x 'New Frontier')) X 'Spanish Flair'. J'ai analysé le pedigree des quatre variétés ci-dessus citées. En commençant par 'Mission Sunset' et en terminant par 'Spanish Flair'. Et même en se penchant sur cette dernière variété, on ne voit rien, sauf à creuser un peu plus loin, dans le pedigree d'un certain 'Gay Time' (Shoop, 1963), un plaisant rose-orangé, qui est le parent mâle de 'Spanish Flair'. C'est la que 'Spindrift' fait sa réapparition puisque son pedigree est ainsi formulé :  «  'Jeb Stuart', 'Spindrift', 'Flora Zenor' 'Salmon Shell', 'Pink Formal' and 'Party Dress' ».

Si l'on sait pourquoi 'Color Carnival' est à base de rose, le manque de précision de son pedigree ne nous renseigne pas sur les influences violettes. En revanche en ce qui concerne 'Crowd Pleaser' on n'a pas de doute. Ces pigments anthocyaniques ont leur origine dans la série de parents qui se nomment 'Touché', Misty Dawn' et 'Heather Blush'. On peut aussi faire un rapprochement avec ce 'Spindrift' de 1949 qui n'est peut-être pas sans influence sur le coloris de 'Color Carnival' ! On peut se ressembler de plus loin !

La descendance de 'Crowd Pleaser', qui n'est pas très abondante, en porte le plus souvent les traits. C'est le cas de 'Choose a Juice' (Burseen, 1995), comme la photo ci-dessous en est la preuve. Mais les seuls rejetons qui en ont perdu l'apparence sont les trois variétés que Bernard Laporte en a tiré et qui ont nom 'Féria de Nîmes' (2006), 'Nevado del Ruiz' (2006) et 'Nouméa' (2006). Ces deux derniers, frères de semis, ont énormément de traits communs, au point qu'il est difficile de les distinguer.

Pendant de longues années 'Color Carnival' n'a pas eu d'équivalent. 'Crowd Pleaser' s'en rapproche nettement, mais il a fallu encore attendre une trentaine d'années pour rencontrer quelque chose qui en soit plus nettement proche. C'est à Tom Johnson que revient le privilège de cette résurrection, avec 'Centerline' (2011), au pedigree duquel, en cherchant bien parce que cela nécessite d'éplucher des tas de pedigrees, on retrouve un certain 'Touché' dont il vient d'être question ! C'est sans doute osé de dire que la réapparition d'un coloris, après aussi longtemps et autant de croisements divers n'est pas le fait du hasard. Quoi qu'il en soit, 'Crowd Pleaser' et 'Centerline' ont bel et bien un ancêtre commun et une lointaine filiation avec 'Color Carnival'. La généalogie des iris apporte bien des surprises et bien des satisfactions. Mais encore faut-il avoir du temps à y consacrer.

Illustrations: 


'Crowd Pleaser' 


'Color Carnival' 


'Spindrift' 


'Choose a Juice' 


'Centerline'

9.2.19

LA PUISSANCE ET LA GLOIRE (la suite)

La période dorée de l'activité d'hybrideur de Ferdinand Cayeux se situe dans les années 1928/1937. Au cours de ces dix ans Ferdinand Cayeux a enregistré environ 260 variétés nouvelles ! Une telle production en dit long sur l'importance de l'entreprise et le travail fourni par son propriétaire. Et le miracle c'est qu'un grand nombre de ces iris existe toujours et est présent dans nos jardins partout dans le monde. Notre feuilleton va présenter une cinquantaine de ces variétés. 

VI – 1933 

'Alice Harding' (Iceberg X Evolution) 


'Boscambo' (pedigree non indiqué) 


'Plurabelle' (Eldorado X Gloriole) 


'Rapsodie' (pedigree non indiqué) 


'Séduction' (Arlinde X Ensorceleur)

LA FLEUR DU MOIS

‘IKAR’ (Volfovitch-Moler, 1995) 
Rippling Waters X Pipes of Pan 

Une énorme surprise est survenue en 1995 lorsque le jury de Florence a accordé sa plus haute récompense à un iris baptisé 'Ikar', dont l’obtenteur était un certain Adolf Volfovitch-Moler, habitant à Tachkent, en Ouzbékistan. En plus, la même année, c’est aussi un iris signé Volfovitch-Moler qui a été déclaré meilleure variété tardive : 'Symfoniya'. Ainsi il y avait des créateurs d’iris ailleurs qu’en Amérique, Europe et Australie ? Et ils étaient capables de rafler des récompenses parmi les plus convoitées du monde ?

Jusqu’à la chute de l’empire soviétique, aucune information ne circulait sur les amateurs d’iris de ce monde isolé. Le rideau de fer enfermait aussi ceux dont la paisible passion ne concernait qu’une simple fleur ! Leur libération allait être explosive. Dès 1990 ils se sont fait connaître du petit monde des iris et ont commencé à s’offrir quelques iris plus récents que leurs antiques variétés des années 50 ou 60. C’est dans le recueil des enregistrements de 1995 qu’apparaissent les premières variétés originaires de l’ancien bloc de l’Est. C'est ainsi qu'on a fait connaissance avec le Slovaque Ladislav Muska, l’Allemand (de l’Est) Manfred Beer, les Russes Irina Driagina, Vitali et Nadeghda Gordodelov, Piotr Hattenberger, Viktor Koroliov, Seguei Loktev, Galina Shevchenko, Viktor Sheviakov, le Kazakh Leonard Venivitin et l’Ouzbek Adolf Volfovitch-Moler. Le Slovène Izidor Golob s’est joint à l’équipe en 1996, puis ce furent les Tchèques et les Polonais en 1997. Aujourd'hui les hybrideurs des pays qualifiés « de l'Est » rivalisent avec les meilleurs.

Ce n'était pas encore le cas en 1995 et l'envoi à Florence trois ans plus tôt de variétés ouzbéks était un coup d'audace.

Quand on regarde le pedigree d' 'Ikar' on est encore plus convaincu de ce qu'avait d'audacieux le fait de mettre en compétition une variété aussi typée. 'Rippling Waters' (Fay, 1961) est certes un chef d'oeuvre, médaillé de Dykes et utilisé plusieurs centaines de fois en hybridation, mais il date d'une autre époque, et 'Pipes of Pan' (O. Brown, 1963) est à peine plus jeune. 'Ikar' date donc du temps où les ressortissants du monde communiste n'avaient pas d'autre ressource génétique que des variétés parvenues on ne sait comment jusqu'au fin fond de l'Asie Centrale. En l'occurence Volfovitch-Moler a fait du neuf avec du vieux ! Et il ne s'est pas arrêté à un seul croisement avec son précieux 'Rippling Waters'. J'en compte huit, dont il m'a envoyé des rhizomes qui me sont parvenus après bien des tribulations, mais qui ont tous repris et qui se trouvent toujours dans ce qui fut ma collection. Deux de ces iris se distinguent : 'Tashkent' (1995), brillant variegata, issu de (Rippling Waters X Broadway Star) et 'Simfoniya', bitone rose lilacé, tardif, enfant de (Pipes of Pan X Rippling Waters).

 'Pipes of Pan' n'a pas eu une carrière aussi brillante que le précédent, mais, commercialement, il ne s'est pas mal débrouillé puisqu'il a été convenablement distribué en Europe et en France en particulier. On le trouve encore dans nos jardins, souvent de façon anonyme (le temps est fatal aux étiquetages!). En plus d'Ikar' et de 'Simfoniya', Volfovitch-Moler l'a utilisé pour 'Aelita'. Cependant son descendant le plus remarqué doit être 'Latin Tempo' (Blyth, 1973), l'un des fondement du travail du grand obtenteur australien.

En tant que géniteur, 'Ikar' n'a pas été très riche, on ne lui connait qu'un descendant, toujours en Ouzbékistan : il s'agit de 'Lyrical Duet' (Volfovitch-Moler, 2000), amoena à barbes orange, venant du croisement (Persian Berry X Ikar) et mis sur le marché par Vladimir Volfovitch, le fils d'Adolf, après le décès de ce dernier.

L'incroyable triomphe à Florence a tourné les projecteurs vers les hybrideurs de l'Est. En ce sens le rôle d' 'Ikar' a été majeur. Je ne sais ps si on le trouve dans beaucoup de jardins français, mais je sais que j'en ai fait cadeau à plusieurs amis, y compris à la collection du Jardin de Brocéliande où il figure peut-être toujours.

Illustrations : 


'Ikar' 


'Rippling Waters' 


'Pipes of Pan' 


'Tashkent' 

'Aelita'

JARDIN DE FEMMES

Il y a très longtemps (25 ans!) je m'étais amusé à créer un jardin (virtuel) constitué de variétés dédiées à des femmes. J'ai retrouvé l'article que j'avais rédigé à ce sujet pour la Revue « Iris & Bulbeuses ». Nous allons voir si aujourd'hui le choix a vieilli, et dans quelle mesure il serait utile de le rajeunir pour que ce « Jardin de Femmes » soit toujours aussi attrayant.

« … Rien qu'avec les catalogues 1992 des producteurs francophones, on peut réunir une belle galerie des portraits féminins, et admirer au printemps 1993 un merveilleux jardin d'iris.

En blanc éclatant nous trouvons 'Michele Taylor'. Dans les jaunes ces dames sont nombreuses. Ainsi 'Debby Rairdon' ou 'Joyce Terry', avec leur plastron blanc ; l'acide 'Helen Boehm' et 'Jeanne Price', qui donne dans le même registre. La princesse 'Grace-Patricia' en deux tons somptueux, et 'Miss Linda', fraîche et frisée.

L'orange va bien à la mystérieuse 'Carmen X' comme à la hongroise 'Piroska', et l'abricot habille 'Jean Guymer' ou 'Marie-Flore', tandis que 'Lisa Ann', blanc et pêche, s'anime d'un boa rouge vif autour du cou. Quant à 'Pauline Cooley', c'est, aux dires de ses amis, une grande dame qui s'est vêtue de caramel et d'ambre, avec un col bien rouge.

Le brun n'est guère une couleur de femme, si l'on en croit les amateurs d'iris. Il ne va qu'à 'Miss Dorine', et encore avec une blouse blanche sous un ensemble bordeaux.

C'est dans les roses que ces dames excellent. Depuis 'La Belle Aude' jusqu'à 'Elisabeth Stuart', en passant par les vedettes comme 'Beverly Sills', 'Erleen Richeson', 'Elsie May Nicholson' et la luxueuse 'Anna Belle Babson', sans oublier 'Liz', agrémentée de mandarine, ou 'Prissy Miss' rayée de lilas.

Et puis il y a celles qui ont choisi un corsage rose et une jupe dans un ton différent, comme 'Colette Thurillet', toute en frou-frou, 'Karen' ou 'Berry Sherbert' qui marient le rose et le mauve.

'Inga Ivey', elle, tire sur le pourpre ou le rose orchidée. 'Laurie', de son côté, a choisi un mauve rosé chaleureux. 'Mary Frances' est si belle en mauve doux, tout comme 'Annabel Jane', en lilas deux tons : une anglaise qui a de la branche !

Le violet va bien à 'Virginia Squire' et le noir est tout naturel chez 'Swazi Princess'.

C'est le bleu pâle qu'ont choisi 'Barbara Dawn' ou 'Jane Philips' et le bleu vif 'Jean Hoffmeister'.

Restent celles qui n'hésitent pas à faire chanter les association violentes ou pastellisées : ce dernier cas est celui de 'Betty Simon', en primevère et pervenche. Mais 'Edith Wolford', 'Gladys Austin' et 'Tracy Tirene' ont préféré le vif du jaune et du violet avec ici et là un galon mordoré ou un pompon blanc-bleuté. Quant à l'impertinente 'Saucie Sue', elle arbore la soies jaune vif et le velours bordeaux.

'Béatrice Cherbuy' et 'Rebecca Perret', chacune à sa manière, ont choisi le blanc, le bleu et un peu de rouge.'Emma Louisa' a mis un corsage bleu sur sa jupe prune, et 'Margarita' s'est contentée d'une tenue d'écolière : chemisier blanc et jupe bleue.

Simples ou raffinées ces dames se retrouvent au jardin, toutes plus attirantes les unes que les autres... et elles ne demandent qu'à venir chez vous ! »

Vingt-cinq ans après, lesquelles de ces variétés se rencontrent encore dans nos jardins ?

Si l'on en croit les catalogues des producteurs français, un grand nombre de ces anciennes plantes sont encore en vente, principalement chez les quasi-professionnels dont les offres retiennent souvent des iris devenus historiques (au sens américain du terme, c'est à dire qui ont plus de 30 ans d'existence). En parcourant leurs sites j'ai été surpris d'y trouver des variétés que je croyais oubliées depuis longtemps. J'ai vu quelque part 'Helen Boehm' et 'Jean Guymer', 'Elsie May Nicholson', 'Laurie', 'Swazi Princess',sans oublier les vedettes inoxydables que sont 'Beverly Sills', 'Anna Belle Babson', 'Mary Frances', 'Betty Simon', 'Edith Wolford', 'Gladys Austin' et 'Tracy Tyrene'.

Les autres semblent avoir disparu des catalogues et doivent se faire très rares dans les jardins. Elles n'étaient pas très répandues, ce qui est une bonne raison pour avoir tendance à disparaître. C'est spécialement le cas des petites suisses cultivées au château de Vullierens par Mme Martignier ('Grace-Patricia' , 'Miss Dorine' et 'Miss Linda'), et qui n'ont que rarement franchi les frontières de leur pays.

Mais par qui ces dames d'un certain temps jadis ont-elles été remplacées ? Y a-t-il de jeunes personnes pour constituer un jardin d'iris ? Eh bien je puis vous dire que cela ne manque pas ! Avec l'inflation actuelle du nombre des enregistrements et la multiplication des sites marchands d'iris en France, c'est presque une centaine de variétés portant le nom de dédicataires que l'on trouve dans notre pays. Des variétés déjà anciennes et d'autres toute récentes, parmi lesquelles, pour faire plus original, je ne retiendrai que des variétés européennes.

Commençons une nouvelle fois par le blanc : Pourquoi pas avec un peu de vert, comme chez 'Ma Véronique' (Cayeux, 2014) ? Mais aussi avec 'Mathilde G' (Jacob, 2014), orné d'une barbe orange. Continuons par le jaune : avec 'Simone François' (2000) qui date un peu, et 'Dominique C' (Cayeux, 2011) qui arbore la tenue de 'Joyce Terry'. Pour illustrer le coloris orange, il n'y a pas un grand choix. On peut prendre 'Nicole Prud'homme' (François, 2001), dans les tons de pêche, mais surtout 'Nadezhda' obtenu en Russie par Olga Riabykh en 2007, lui aussi du modèle 'Joyce Terry', mais en pêche.

Le coloris brun, ou mordoré, sera absent de cette nouvelle sélection, c'est un peu dommage, mais on se rattrapera par ailleurs ! Avec quelque chose de nouveau, ce qu'on désigne par le mot « distallata ». Ce sera la place de la toute jeune 'Flavie D.' (Jacob, 2017), ou de 'Czardas Princess', (Mego, 2014), originaire de Slovaquie.

Dans les roses, on est un peu à court car il n'y a pas dans les critères recherchés d'iris franchement rose. Contentons-nous de 'Miss Pessemier-Deboudt' (Laporte, 2006) en rose orchidée un peu fumé, ou peut-être de 'Douce Léonie' (Chapelle, 2016), mais qui n'est pas tout à fait ça !

Pour les bicolores aux tons pastels, retenons 'Joy de Rohan-Chabot' (Cayeux, 2011) dans laquelle on reconnaît la grande classe de son obtenteur. Qualité qu'on constate aussi chez 'Hélène C' (Cayeux, 1995), en rose vif, et chez 'Mamy Framboise' (Fur/Laporte, 2004), très appréciée au concours FRANCIRIS de 2007).

Pour le coloris violet, on prendra sans hésiter le violet pourpré de 'Belle Hortense' (Cayeux, 2009) ainsi que l'indigo sombre de 'Mélanie Bricard' (Laporte, 2006) ou l'indigo pourpré de 'Madame Pilou' (Balland, 2013). Et n'oublions pas le grenat, qu'on appelle aussi brun-rouge, et qui va avoir pour ambassadrice l'Italienne 'Bianca Micheletta' (Bianco, 2004). Par ailleurs, en bleu ciel, il faut choisir 'Princesse Caroline de Monaco' (Cayeux, 1997) qui n'a qu'un seul défaut, la longueur de son nom !

Parmi les variegatas, dont on apprécie la chaleur et le contraste, on ira chercher 'Miss C. Morel' (Laporte, 2007), très classique, mais aussi 'Duchesse Anne' (Jacob, 2014) beaucoup plus audacieux car alliant les modèles luminata et variegata. On peut aussi faire appel à 'Marie-José Nat' (Cayeux, 2000) qui réunit classicisme et originalité. Et pendant qu'on est dans les coloris modernes et flashant, allons-y pour 'Nelly Tardivier' (Cayeux, 2012) et 'Agnès Brosset' (Chapelle, 2018), qui pourrait être son sosie. Ces deux variétés proviennent pourtant d'origines bien différentes !

Pour terminer ce tour d'horizon, faisons un passage par le modèle amoena : 'Alice Khayati' (Chapelle, 2017) affiche sa parenté avec 'Décadence' et 'Louisa's Song', tandis que 'Astrid Cayeux' (Cayeux, 1995) joue avec les tons pastels, tout comme 'Noémie D'. (Jacob, 2014), alors que 'Hortense C.' (Cayeux, 1995) choisit des tons plus contrastés, de même que 'Princesse Laura' (Cancade, 2014).

Enfin terminons avec les plicatas, qui ne sont pas les mieux représentés puisque ne se distinguent que 'Sixtine C.' (Cayeux, 1995) - mais est-ce vraiment un plicata – ou 'Reine de Cuers' (Dejoux, 2008) pour qui il n'y a pas de doutes.

Voilà, notre jardin de dames est reconstitué. Il est aussi riche que le précédent, et, comme les iris se renouvellent sans cesse, dans quelques années on pourra certainement le rafraîchir de nouveau avec des fleurs toujours aussi belles.

Illustrations : 


'Ma Véronique' (Cayeux, 2014)

' Mélanie Bricard' (Laporte, 2006) 


'Madame Pilou' (Balland, 2013) 


'Duchesse Anne' (Jacob, 2014) 


'Agnès Brosset' (Chapelle, 2018) 


'Princesse Laura' (Cancade, 2014).

1.2.19

LA PUISSANCE ET LA GLOIRE (la suite)

La période dorée de l'activité d'hybrideur de Ferdinand Cayeux se situe dans les années 1928/1937. Au cours de ces dix ans Ferdinand Cayeux a enregistré environ 260 variétés nouvelles ! Une telle production en dit long sur l'importance de l'entreprise et le travail fourni par son propriétaire. Et le miracle c'est qu'un grand nombre de ces iris existe toujours et est présent dans nos jardins partout dans le monde. Notre feuilleton va présenter une cinquantaine de ces variétés. 

V – 1932 

'Directeur Pinelle' (Pénélope X Bruno)


'Eclador' (Fantasia X Pluie d'Or) 


'Faraud' (pedigree non indiqué) 


'Geneviève Serouge' (Iceberg X Evolution) 

'Vision' (Coriolan X Claude Aureau)

ECHOS DU MONDE DES IRIS

CHAMPIGNY 2019

Le dimanche 12 mai se tiendra à Champigny sur Veude le deuxième festival « IRIS ET PATRIMOINE ». Le thème en sera le parfum et comme le veut la célébration des 500 ans de la Renaissance dans la Région Centre-Val-de-Loire, le festival mettra le 16e siècle à l'honneur avec Catherine de Médicis et la poudre d'iris rapportée de Florence et bien sûr la Sainte Chappelle du château, son architecture et ses somptueux vitraux. De nombreux exposants : artistes, artisans d'art, producteurs de végétaux... animeront cette journée autour de l'iris et, plus largement, de la Nature. Parade costumée, ateliers olfactifs autour de l'iris, causeries et exposition sur Catherine de Médicis, parcours architectural du village seront proposés. L'iriseraie sera au cœur de la manifestation et l'on pourra admirer dans le jardin du presbytère une collection de plus de 500 variétés de collection, en grande partie offertes par des obtenteurs et producteurs français.

DE LA NATIONALITÉ

Les iris ont-ils une nationalité ? Et si oui, laquelle ? La question peut se poser au moment où les échanges internationaux se développent à grande vitesse. Voici mes réflexions sur le sujet.

l ne peut pas y avoir de doutes sur la nationalité d'un obtenteur (même si certain pourrait disposer d'une double nationalité), mais qu'en est-il des plantes qu'ils obtiennent et mettent sur le marché ? Et à quoi peut servir le fait de leur en attribuer une ?

On parle naturellement d'iris français quand il s'agit d'un iris obtenu par un hybrideur français et mis en vente sur le catalogue ou sur le site web d'un producteur demeurant en France. Personne n'a jamais douté que les iris de Lawrence Ransom puissent porter la nationalité française, et c'est encore plus évident quand il s'agit des obtentions de Richard Cayeux ! Quelle que soit le pays, il en sera de même partout dans le monde. Mais l'attribution de cette nationalité, spontanée, n'a pas d'autre intérêt que de fixer les idées, du moins ailleurs qu'aux Etats-Unis. C'est quelque chose de commode, mais cela n'entraine pas de conséquence. Sauf là où cette nationalité est nécessaire pour pouvoir prendre part à une course aux honneurs, ce qui est le cas aux Etats-Unis pour concourir à la Médaille de Dykes, puisque la question de la nationalité fait partie des conditions d'attribution de la récompense. Un problème est apparu à propos de 'Decadence' (2001), variété signée Barry Blyth, donc australienne mais mise sur le marché américain par Keith Keppel, et susceptible d'être couronnée à partir de 2011 à la suite de la Wister Medal qui lui a été attribuée en 2010. Le même dilemme était apparu l'année précédente à propos de 'Slovak Prince' (Mego, 2002). Une variété née ailleurs qu'aux Etats-Unis peut-elle acquérir la nationalité américaine si elle est mise sur le marché américain ? La réponse donnée est que cette nationalité s'acquiert si la variété concernée est mise sur le marché américain avant de l'être dans un autre pays, y compris son pays d'origine. « America first » en quelque sorte. Cela pourrait être le cas si l'un des semis obtenus par Barry Blyth, encore, transférés aux USA chez Tom Johnson lors de la cessation de l'activité de leur obtenteur, et que Johnson aura mis sur le marché dans son catalogue, lui ouvrant de ce fait la course aux honneurs. Mais cela ne vaut pas dans les pays où il n'y a pas (ou plus) de Médaille de Dykes, ou quelque chose d'équivalent.

 Avec la mondialisation, d'autres questions vont se poser. Par exemple quel serait le sort d'iris cultivés et mis en vente dans un pays par un ressortissant d'un autre pays ? Si cela devait présenter un quelconque intérêt, devrait-on les rattacher à la nationalité de leur obtenteur ou devrait-on appliquer le droit du sol, c'est à dire que n'est pris en compte que le lieu où la plante a fleuri pour la première fois ? Autre cas : un iris obtenu dans un pays, quel qu'il soit, mais commercialisé en premier lieu dans un autre, sera-t-il considéré, comme cela le serait aux USA, comme ayant acquis la nationalité du pays d'accueil ? Toute ces réflexions restent absolument théoriques ailleurs que dans les pays où une Médaille de Dykes est attribuée (et offerte par la British Iris Society). En France il n'y a rien de tel et la nationalité d'un iris n'est rien d'autre qu'un repère. Cela s'est vérifié par exemple en 1994 quand 'Damoiselle', de Lawrence Ransom, qui avait concouru en Grande Bretagne, a été enregistré par la BIS. A aucun moment les amateurs français n'ont pensé que cette variété n'était pas une variété française.

Quand il suffit d'allumer son ordinateur pour trouver plein d'iris disponibles partout dans le monde, que l'on peut acquérir en quelques clics, toutes ces discussions semblent bien le reflet d'une autre époque.

 Illustrations : 


'Decadence' (Blyth, 2001), recalé pour l'attibution de la DM ; 


'Slovak Prince' (Mego, 2002), à qui la même mésaventure est survenue ; 


'Damoiselle' (Ransom, 1994), enregistré en Grande-Bretagne ; 


'Gribnoy Dozhd' (Riabykh, 2008), iris obtenu en Russie, en vente sur le site d'Iris en Provence'.