14.9.18

HOMMAGE A BARRY BLYTH (la suite)

Ne retenir qu'une vingtaine de variété sur une production qui doit dépasser les 1200, toutes catégories confondues, n'est ni simple ni juste. Nous nous contenterons cependant de cela, parce qu'il faut bien se fixer des limites... 

7/6 (oui!) 

En complément des images précédemment publiées, Roland Dejoux m'a fait parvenir les cinq images ci-dessous. En quelque sorte, le testament de Barry Blyth.


Z 21/3 


Z 33/3 

Z 62A 


Z 104A 


Z 140/31

MORT SUBITE DU CULTIVAR

C'est un des phénomènes les plus étranges que nous réserve le monde des iris. En américain, avec cette concision que permet la langue anglaise, on dit tout simplement « blooming out ». En deux mots tout est dit ! L'iris fleurit (bloom) et meurt (out). C'est quelque chose qui est apparu aux Etats-Unis dans les années 1980 (peut-être avant, mais on n'en parlait pas) et qui s'est répandu à travers le monde, conséquence certaine de la diffusion internationale des cultivars.

Pour avoir plusieurs fois constaté le phénomène, je puis en faire une description précise. D'abord il faut dire qu'il se produit le plus souvent au cours de la période de floraison (l'anthèse comme disent les savants) suivant la plantation. Au moment de cette dernière la plante reprend normalement et passe l'hiver sans dommage apparent. C'est lors de la reprise de la végétation que les premiers symptômes apparaissent. D'abord cette reprise met du temps à se manifester. Et elle ne se déroule pas selon le processus classique. Le premier signe d'anomalie est qu'une seule pousse se manifeste au lieu des trois habituelles. C'est la tige qui doit porter les fleurs. Les deux tiges latérales qui ne sont composées que de feuillage n'apparaissent pas. Et la tige qui pousse pousse lentement et reste prostrée. Alors que les tiges des autres plantes s'élèvent jusqu'aux 90cm traditionnels, celle de la plante atteinte ne dépassent pas les 60cm. Seule et courte, elle va tout de même porter des fleurs. Peu. Une ou deux, rarement plus. On comprend que toute l'énergie dont la plante a besoin ne provient que de la réserve constituée dans le rhizome. A l'éclosion de la première fleur, qui intervient à la période normale, on constate qu'elle manque de sève car les tépales sont un peu fripés, comme si ils étaient victimes d'une forte sécheresse. Néanmoins les couleurs, les ondulations, les frisottis éventuels sont là. La durée de vie de la fleur n'est pas diminuée. La catastrophe annoncée apparaît dans toute son étendue lorsque toutes les fleurs sont fanées. A ce moment l'iris atteint tend à disparaître. C'est à dire que n'en subsiste que la tige qui a porté les fleurs, désormais desséchée. On peut passer à l'éloge funèbre !

Retirons du sol la plante apparemment morte. Le rhizome est sec, vidé. Les racines, peu nombreuses sont également sèches et aucun bourgeon ne se montre sur les côtés du rhizomes, là où, dans une situation normale il devrait y en avoir au minimum un sur chaque face. Le diagnostic est sans appel.

J'ai lu plusieurs commentaires et analyses à propos de cet événement. Tous se concluent par un aveu d'impuissance et de doute. Les explications données ne m'ont jamais parues satisfaisantes. Les plantes atteintes sont-elles victimes d'une agression extérieure ? Un ravageur inconnu s'est il ainsi manifesté ? Est-ce le résultat d'une attaque bactérienne ou virale ? Rien ne confirme ces causes éventuelles. Il faut donc s'orienter vers une anomalie génétique. C'est d'autant plus vraisemblable qu'il peut arriver que le « mort » ressuscite ! En effet il est apparu que le rhizome desséché, placé dans l'obscurité totale et une légère humidité, après quelques semaines de catalepsie, laisse pointer quelques signes de vie. Cela se manifeste par l'apparition de ces fameux bourgeons latéraux gages d'une reprise de la végétation. Cependant cette résurrection n'est pas générale. Elle n'intervient que sur certains rhizomes atteints, pas sur tous, loin s'en faut. Pourquoi ? Mystère !

Il semble bien néanmoins que la cure d'obscurité soit le seul remède. On connaît la puissance vitale d'un rhizome d'iris. Combien de fois a-t-on découvert qu'un morceau de rhizome abandonné au compost survit à ce placement en fosse commune et renaît avec un acharnement incroyable. Et combien de fois a-t-on constaté qu'un minuscule segment laissé en terre après un arrachage total d'une touffe, donne naissance à une nouvelle plante, souvent vigoureuse, qui vient sans vergogne se mêler, et parfois se substituer, à celle que l'on a mise à son ancienne place ! C'est d'ailleurs une des causes de ce que certains qualifient de dégénérescence !

Il y a donc une trace d'espoir puisque le choc provoqué par le placement en atmosphère obscure peut aboutir à une reprise. Reste à organiser ce traitement. J'ai tenté plusieurs méthodes. La première consiste à disposer un pot à fleur renversé par-dessus le rhizome dont le pronostic vital est engagé, sans toucher au rhizome lui-même, dont on pourra assez facilement suivre la résurrection en soulevant périodiquement le pot et en auscultant le malade. Une autre, qui n'est pas moins efficace mais qui présente quelques difficultés, consiste à enterrer profondément le rhizome. La lumière ne l'atteindra plus sous cette taupinière artificielle et, s'il doit reprendre, il le fera. Mais il faut faire attention au taux d'humidité dans le monticule : trop d'eau et le rhizome va pourrir, pas assez et il va poursuivre fatalement sa dessication. Et puis cela n'est pas facile de contrôler l'éventuelle reprise !

Chez certains collectionneurs la plus grande plaie atteignant les iris est la pourriture du rhizome. Chez d'autres, c'est le « scortch », ce dessèchement brutal de la plante, sans signes avant-coureurs. Le blooming-out n'est pas la plus fréquente mais il ruine bien des espoirs et fait disparaître des variétés qui auraient pu présenter une avancée intéressante dans le progrès de l'horticulture des iris. La connaissance du phénomène est encore balbutiante et, compte tenu de l'importance très relative de l'affaire, il n'est pas raisonnable de penser à une étude approfondie des causes et des remèdes. Contentons-nous pour l'instant d'une approche pragmatique...

Iconographie : Quelques variétés qui ont « bloom-outé » dans mon jardin : 


'Jud Paynter' (Nichol, 1991) 


'Callella' (Muska, NR) 


'Bontje Kermis' (2010) 


'Sébastien Cancade' (Laporte, 2007)

8.9.18

SÉPALES (suite)

Jérôme Boulon, lecteur assidu de « Irisenligne », m'a fait parvenir la photo et le message suivants, en guise de précision à propos de l'article de la semaine dernière sur l'évolution des sépales d'iris :
 « Tu peux noter une différence significative de la largeur du sépale, au niveau de l'épaule, entre les différentes variétés.  
Avec pour celles en photos la forme la plus '' ronde'' et une largeur supérieur au niveau épaule et attache pour 'Roaring Twenties'. » 

Cette photo montre bien à la fois l'évolution survenue dans la forme des sépales et les importantes variations de forme et de taille d'une fleur à l'autre. Chaque hybrideur a ses préférences et ses interprétations du sujet !

LA FLEUR DU MOIS

'Dakar' ( Bernard Laporte, 2009) 

 (Designer Gown X Ostrogoth) 

 Les iris unicolores noirs agrémentés d'éperons ne sont pas les plus nombreux dans ce coloris. C'est pour ça que j'ai demandé à mon ami Bernard Laporte de me fournir celui-ci. Et je n'ai pas été déçu ! Dans mon jardin (où il est resté malgré l'exil du reste de la collection) c'est un des plus voyants et des plus remarqués. C'est si vrai qu'au moins deux de mes visiteurs m'ont demandé de leur en réserver un rhizome. Les iris noirs ne rencontrent pas toujours la même approche ! Il est vrai que cet enthousiasme est mérité. Pour la vigueur et et le fort développement de la plante, d'abord : en quelques années il a constitué une touffe vigoureuse et florifère. C'est une situation, dans les noirs, que je n'avais pas rencontrée depuis 'Tuxedo' (Schreiner, 1964), une variété increvable et qui fait toujours de l'effet. Pour l'originalité de sa fleur, d'autre part.

Dire que 'Dakar' est un iris noir est peut-être un peu outré. Parler d'iris violet foncé serait plus exact, car la couleur de sa fleur est en fait en deux tons de violet très sombre. Ce n'est pas là l'originalité de 'Dakar'. Cette originalité provient plutôt de ces éperons violets qui pointent au cœur de la fleur. C'est, du moins, ce qui me plait. Je ne connais qu'un autres iris noir doté d'éperons, il s'agit de l'IB 'Athaeneos' (Peyrard, 2009) – dont je n'ai pas trouvé de photographie - , qui est aussi un descendant 'Ostrogoth'. 'Ostrogoth' (Jean Peyrard, 1993) est une variété qui descend de 'Sky Hooks' (Osborne, 1979), la référence en matière d'éperons. Chez 'Ostrogoth' ils ne sont ni très développés ; ni très stables – ils manquent souvent sur les fleurs situées en bas des tiges – mais les gènes sont là et ils se transmettent à la descendance.

Pour ce qui est de la couleur des fleurs, il est préférable de chercher du côté maternel. Encore qu'il faille bien chercher parce que rien n'est bien net dans cette affaire. Le violet ne se rencontre guère que dans l'ascendance de 'Louise Watts' (Blocher, 1970) dont un frère de semis se trouve au pedigree de 'Designer Gown' (Ghio, 1985). Disons qu'il s'agit de pigments anthocyaniques qui font là une réapparition après une longue éclipse. A moins qu'il n'y ait eu quelque confusion dans les arbres généalogiques ! Cela arrive ! Notons aussi que 'Ostrogoth' comporte lui aussi des pigments anthocyaniques et que l'addition des uns et des autres peut avoir eu cette heureuse conclusion.

Je ne sais pas si l'on verra un jour apparaître un descendant de 'Dakar'. Les bases de données de l'AIS n'en font pas mention jusqu'à présent et je n'ai pas interrogé Bernard Laporte à ce sujet. Quoi qu'il en soit, avec ou sans rejetons, 'Dakar' est une variété intéressante, qui devrait plaire à tous les amateurs avides de nouveauté.

Iconographie : 

'Dakar'


'Designer Gown' 


'Ostrogoth' 

'Louise Watts'
A la mémoire de Nina 

L'information n'est pas vraiment nouvelle, mais elle ne nous parvient qu'aujourd'hui. La Société Ukrainienne des Iris a décidé la création d'une médaille consacrant chaque année le meilleur iris obtenu en Ukraine. Cette médaille porte le nom de Nina Miroshnichenko, la première obtentrice ukrainienne à avoir obtenu une récompense hors du petit cercle de l'ex-URSS : le Prix Philippe de Vilmorin du concours FRANCIRIS de 2007, avec 'Soloviniyaya Noc'. La première Médaille Nina Miroshnochenko a été attribuée en 2015 à la variété 'Veter Pustiny'(1) (Miroshnichenko, 1999) considérée comme la plus belle réalisation de son obtentrice.


 Munich 2018

Voici les premiers résultats du concours de Munich 2018, tels que me les a fait parvenir le commissariat du concours.
1 - Simone Luconi (I) 311-2009
2 - Schreiner 'Makin Good Time'
3 - Diedrich G (D) 73-08-12-2
4 - Bianco A (I) 'Mille Sei'
5 - Garanzini A 2111-1
6 - Cayeux R (F) 'Terre A Silex'

Cette année les Italiens sont en forme ! Après le triomphe à Florence, voici la réussite à Munich !

GLACIATA TUTORIAL (par Keith Keppel)

Dans une de ses interventions récentes sur Facebook, Keith Keppel nous a livré une leçon parfaite à propos des iris glaciatas. Je n'ai pas résisté au plaisir d'en faire une traduction qui doit en faciliter la compréhension par un public francophone. La voici (avec la permission de l'auteur).

Glaciatas are part of the plicata complex. You can think of them as plicatas with the markings erased. Genetically, they cannot form the anthocyanin pigments which otherwise would make the markings. In the picture, all but the two larger falls on the left are glaciatas. Note how there is a white area beside the beards, with coloring....carotene yellow, pink, or orange, not anthocyanin.....on the shoulders. The upper right fall doesn't even have the yellow shoulders.

Les glaciatas font partie de la grande famille des plicatas. Vous pouvez les considérer comme des plicatas dont les dessins ont été effacés. Génétiquement, ils ne peuvent pas fabriquer les pigments anthocyaniques qui, autrement, formeraient les dessins. Sur la photo, tous les sépales présentés sauf les deux plus grands, à gauche, sont des glaciatas. Notez les surfaces blanches de chaque côté de la barbe, avec des zones colorées de jaune, rose, orange (des pigments caroténoïdes) – mais pas d'anthocyanine – sur les épaules. Le sépale en haut à droite n'a même pas de jaune aux épaules.

Sometimes an iris looks so clean you think it is a glaciata....but isn't. The upper left fall is white with yellow across the haft, but missing the white area by the beard. Also, if you look closely you can see some fine brownish haft marking....caused by anthocyanin blue or violet pigment on the yellow ground. But if it forms ANY anthocyanin pigment, it cannot be a glaciata. The bottom left fall shows even less anthocy ou uanin, there is the merest shading or fine veining you could see if my picture were clearer. This is a fall from Clean Energy....hafts SO clean, but still not glaciata clean....

Quelques fois un iris a l'air tellement net que vous pouvez le prendre pour un glaciata... mais ce n'en est pas un ! Le sépale en haut à gauche est blanc avec du jaune sur la partie haute mais il lui manque les zones blanches le long de la barbe. Et même, si vous regardez bien, vous pouvez voir quelques traces brunes sur les épaules... causées par un pigment bleu ou violet répandu sur le fond jaune. Mais à partir du moment où il y a la moindre marque de pigment anthocyanique, cela ne peut pas être un glaciata. Le sépale en bas à gauche montre encore moins d'anthocyanine, Il y a une infime trace ou un fin veinage que vous pourriez voir si la photo était meilleure. C'est un sépale de 'Clean Energy', qui a des épaules bien nettes, mais ce n'est pas la netteté d'un glaciata...

Glaciatas may show up unexpectedly in plicata or luminata crosses, or you can cross glaciatas to get more. They may be white, or yellow, pink, orange (the warm carotene colors), and can appear in the same patterns as these same colors would occur in non-glaciatas....that is, self, amoena, Debby Rairdon pattern, etc. 

Les glaciatas peuvent apparaître incidemment dans des croisements de plicatas ou de luminatas, on peut aussi croiser des glaciatas pour en obtenir d'autres. Ils peuvent être blancs, ou jaunes, rose, orange (les couleurs chaudes caroténoïdes), et peuvent survenir dans les mêmes modèles ou coloris qu'on trouve parmi les non-glaciatas... c'est à dire les selfs, les amoenas, les fleurs du modèle Debby Rairdon (1), etc...

So why do we care about them? Because, with no anthocyanins to dull or grey the carotene pigments, we can get clearer, cleaner yellows, pinks, and oranges. 

Alors pourquoi s'intéresse-t-on à eux ? C'est parce que sans pigments anthocyaniques pour assombrir ou griser les pigments caroténoïdes, on peut obtenir des couleurs plus propres, en jaune, en rose et en orange.

Commentaire :

Keith Keppel est un excellent pédagogue. Son explication est lumineuse, Mais le phénomène reste inexpliqué. A défaut de preuve on est réduit à des suppositions. Celles de Chuck Chapman, d'une part. Cet autre théoricien a soutenu l'idée selon laquelle il existerait plusieurs degrés d’inhibition des pigments anthocyaniques dans une fleur d’iris. Il attribue ces dégradations successives à l’intervention plus ou moins efficace d’un gène inhibiteur. Il voit ce gène à la puissance 4 chez les glaciatas, à la puissance 3 chez les luminatas, à la puissance 2 chez les ‘zonals’ ou ‘zonatas’, à la puissance 1 chez lez iris bleus à barbes blanches et à la puissance 0 chez les iris entièrement « gouachés » d’anthocyanine. Cette thèse est séduisante mais elle n'est nullement confirmée et ce gène inhibiteur reste bien mystérieux et capricieux dans sa manifestation. Keith Keppel, lui, est moins affirmatif. Comme il l'a décrit à maintes reprises, le modèle plicata résulte de l’application plus ou moins intense d’une couche de pigments anthocyaniques par-dessus un fond blanc ou teinté de pigments caroténoïdes, et le modèle glaciata serait en quelque sorte un anti-plicata. En fait, sous deux formes différentes les deux hommes disent à peu près la même chose.

Reste que pour savoir si un iris est un glaciata ou non, il faut détruire une fleur, examiner à la loupe les sépales détachés jusqu'à la base et constater l'absence totale, ou non, de traces anthocyaniques de chaque côté des barbes. A vrai dire cela n'est qu'une recherche formelle qui n'est pas souvent nécessaire pour le travail de tous les jours d'un hybrideur.

Il reste que le phénomène glaciata, en conférant aux fleurs qui en bénéficient un éclat et une pureté hors de pair est un événement fort appréciable.

(1) NDT = en France on parle plus volontiers du modèle Joyce Terry. 

Iconographie : 

Sépales (par K. Keppel) ;


 'Sun Shine In' (Keppel, 2010) – pur glaciata ; 


'Jet Setter' (L. Ransom, 2004) – pur glaciata ; 


Sépales de 'Jet Setter' isolés par Loïc Tasquier

UN PETIT TOUR

Un peu de retard ? Oui, quelques jours de tourisme en Allemagne.