17.8.18

HOMMAGE A BARRY BLYTH (la suite)

Ne retenir qu'une vingtaine de variété sur une production qui doit dépasser les 1200, toutes catégories confondues, n'est ni simple ni juste. Nous nous contenterons cependant de cela, parce qu'il faut bien se fixer des limites...

4/6 

'Magic Man' (1979) : 'Cabaret Royale' revisité 


'Never Been Kissed' (2007) : voilà un nom typiquement « Blyth » ! 


'Oxford Countess' (2007) : moderne et riche 


'Painted Flutes' (2007) : traditionnel et cependant unique

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Et de huit ! 


Keith Keppel est assurément le plus grand hybrideur de tous les temps. 'Haunted Heart' (2009) vient de remporter la Médaille de Dykes 2018. C'est la huitième consécration de son obtenteur.

1 – 'Babbling Brook' (1972)
 2 – 'Crowned Heads'(2004)
3 – 'Sea Power' (2006)
4 – 'Drama Queen' (2011)
5 - 'Florentine Silk' (2012)
6 – 'Gypsy Lord' (2015)
7- 'Montmartre' (2017)
8 – 'Haunted Heart' (2018)

Cette variété est le produit de l'intime collaboration entre Keppel, aux USA, et Blyth, en Australie. Et si la fleur exhibe la perfection classique des produits Keppel, la couleur est typique du travail de Barry Blyth.

Le parcours dans l'échelle des honneurs a été exemplaire : Honorable Mention en 2012, Award of Merit en 2014, Wister Medal en 2016. On ne peut guère aller plus vite !

Pedigree : semis Blyth N48X : ('Royal Sterling' x semis Keppel 99-42Y : ('Last Laugh' x semis 95-49B: ('Electrique' x 'Romantic Evening'))) X semis Blyth N213 : ('Hello It's Me' x 'Reckless in Denim').

LA FLEUR ET LA PLANTE

Il cultive des milliers de variétés d'iris. Le vallon dans lequel il est installé est remarquablement exposé et délicieusement paisible. Son activité prospère et son amour des iris ne fait que croître et embellir. Pourtant voici ce qu'un de ses amis m'a écrit : "Il est un peu désabusé par les nombreux iris qu'il achète de par le monde car il estime (...) que même si son terrain caillouteux ne permet pas réellement de juger d'un branchement, pas mal d'iris sont enregistrés alors qu'ils ne le méritent pas. Il est vrai que lorsque l'on parcourt ses champs de milliers de variétés modernes, on est parfois déçu de voir que des iris encore vendus au prix fort sont juste acceptables." Cela apporte de l'eau à mon moulin. Il n'y a pas longtemps en effet j'ai, ici même, exprimé mes doutes à propos de la prolifération des nouvelles variétés, et mes craintes pour l'avenir des compétitions d'iris (1). Ce que constate notre ami collectionneur remet ces questions sur le tapis.

 Les variétés modernes présentent deux caractéristiques opposées. Le plus souvent elles sont dotées de fleurs superbes, ondulées voire bouillonnées, gracieuses, bien proportionnées, bref parfaitement justiciables d'un enregistrement. Presque à tous les coups elles portent au moins trois tiges ou rameaux et au minimum sept boutons. Mais en sens inverse elles affichent de sérieux défauts :

- les fleurs s'agglutinent sur la tige et se gênent mutuellement au moment de leur éclosion ;
- les branches latérales ne s'écartent pas assez de la tige principale, ce qui, de nouveau, nuit à l'épanouissement des fleurs et à l'aspect général de la plante ;
- ces mêmes branches latérales apparaissent parfois à faible distance les unes des autres en sorte que le bouquet de fleurs prend l'apparence d'un corymbe dressé au sommet d'une tige dénudée, lourd à porter et ayant donc tendance à verser à la première ondée ;
- les tiges inférieures, plantées très bas et de courte taille, ne s'élèvent pas au-dessus du feuillage ce qui dissimule les fleurs qu'elles portent et qui ne sont plus regardées qu'en vue plongeante, un peu comme c'est le cas pour les iris nains.

Voilà pour l'aspect général de la plante, mais qu'en est-il des qualités végétatives ? C'est peut-être à ce propos que les déceptions dont se plaint notre collègue sont le plus flagrantes :
- les plantes que l'on reçoit, de belle apparence, s'avèrent souvent gorgées d'eau et, mises en terre, vivent sur leur réserves avant de commencer d'émettre de nouvelles racines et, par conséquent, demandent du temps avant de repartir ;
- l'adoucissement du climat permet de planter de plus en plus tard, souvent même encore en octobre ; conjuguée au phénomène précédent, ce décalage dans le temps peut aboutir à une reprise trop tardive pour que la nouvelle plante puisse fleurir dès le premier printemps après sa mise en culture ;
- le développement de la nouvelle plante est assez souvent lent et difficile ;
- elle met souvent plus de trois ans avant de former une touffe présentable, quand elle ne végète pas plusieurs années et n'émet de fleurs qu'épisodiquement ;
- fragiles, ces plantes modernes sont sensibles aux maladies et en particulier à la pourriture, cette dernière devenant un véritable fléau pouvant ravager profondément une collection.

Ces constatations jettent le doute sur la qualité des iris d'aujourd'hui et, pour confirmer ce qui a été dit au début de cette chronique, lorsqu'on demande leur opinion aux amateurs rencontrés ici ou là aux fêtes des plantes du printemps, ceux-ci déplorent particulièrement les défauts des variétés récentes qu'ils acquièrent. Ces doléances sont d'autant plus profondes que les fleurs dont on voit les photos dans les catalogues ou sur Internet sont avantageuses et attrayantes.

Le problème est donc bien réel (et pas seulement le fait d'un vieux grincheux nostalgique du "bon temps" !) J'en attribue l'origine au fait que les semis que l'on réalise de nos jours donnent naissance à un nombre de plus en plus important de cultivars séduisants (d'où l'apparition de nombreux frères de semis dans les enregistrements). Pressés d'offrir à leur clientèle des nouveautés attirantes et rémunératrices, les obtenteurs, qui sont le plus souvent également pépiniéristes, paraissent tentés de se montrer moins sélectifs et de proposer un nombre croissant de nouveautés. Tout le monde n'est pas dans ce cas évidemment , mais la tentation est grande et certains y cèdent.

C'est sans doute ce qui est à l'origine de ce que constate notre homme du début, et qui pourrait conduire certains à se désintéresser plus ou moins des iris...

(1) voir Irisenligne avril 2018.

12.8.18

LA FLEUR DU MOIS

'Roman Noir' ( Lawrence Ransom, 1996) 

(Khaki Print X Trescols) 

Ce n'est pas parce que je parle essentiellement de grands iris que je n'éprouve aucune attirance pour les autres catégories. Les SDB, entre autres, me tiennent beaucoup à cœur. En particulier les obtentions de Lawrence Ransom que je trouve génétiquement intéressantes et esthétiquement bien réussies. Et comme je relatais, la semaine dernière, la récompense obtenue en Grande-Bretagne par Loïc Tasquier pour son SDB noir 'Oda Rae' je me suis rappelé un autre petit iris très sombre et très joli : 'Roman Noir'. Dans mon jardin il n'a jamais bien poussé et la fidélité de sa floraison était sujette à caution, mais chaque fois qu'il a bien voulu fleurir il m'a fait un grand plaisir. Ses pétales sont d'un joli bleu assez soutenu et ses sépales très proches du noir sont éclairci par les barbes, bien visibles, bleu lavande. Ce coloris n'est pas triste du tout et, lorsque la touffe est suffisamment étendue, cela fait une tache vive et fraîche dans le jardin, à un moment où les fleurs sont le plus souvent jaunes ou blanches.

'Trescols', son « père », fait partie des choses surprenantes plusieurs fois proposées par les amis Peyrard et Ransom. Il n'est ni spectaculaire ni vivement coloré, mais il dégage une impression d'étrangeté qui tire l’œil. Quand on le voit pour la première fois on dit « qu'est-ce que c'est que ça ? » et l'on se renseigne sur cette petite plante bizarre. On ne peut pas savoir ce qu'elle va apporter dans un croisement puisqu'elle est « de parents inconnus » mais c'est la surprise garantie, et quand cette surprise s'appelle 'Roman Noir' on est forcément tout content.

Le côté maternel est fourni par une variété à laquelle on ne pense pas forcément : 'Khaki Print' (Weiler, 1982). Je ne sais pas où Lawrence Ransom s'était procuré cette variété plutôt discrète mais néanmoins titulaire d'un pedigree flatteur, avec deux médaillés Cook-Douglas parmi ses antécédents. C'est de ce côté là qu'il faut chercher le coloris sombre de 'Roman Noir', et en particulier chez 'Bloodspot' (T. Craig, 1966), un SDB qui prend des airs de pensée avec son large spot grenat foncé sur les sépales.

On ne sait pas si Lawrence Ransom avait en projet de procéder à des croisements utilisant 'Roman Noir' dans l'un ou l'autre sens, il nous a quitté bien trop précipitamment. Ce qui est une réalité c'est le SDB 'Qui l'Eut Cru', obtenu par Loïc Tasquier en 2013, issu en direct de 'Roman Noir', uni pour la circonstance avec un SDB adorable du canadien Chuck Chapman : 'Forever Blue' (1996). Petit plicata clair, 'Qui l'Eut Cru' ne ressemble guère à sa maman, mais il a certains traits de 'Forever Blue' qui en font tout l'intérêt. Ainsi 'Roman Noir' a-t-il une descendance fort éloignée de ses couleurs froides mais vives. Mais les gênes sont là et, qui sait, peut-être à la génération suivante, ou à une autre plus lointaine, reverra-t-on surgir le bleu lavande ou le bleu-noir, sur une fleur qui rappellera l'ancêtre né dans les collines d'Aquitaine. Pourquoi pas à l'issue d'un croisement (Oda Rae X Qui l'Eut Cru) par exemple ?

Iconographie : 

'Roman Noir' 


'Trescols' 


'Bloodspot' 


'Forever Blue' 


'Qui l'Eut Cru'

HOMMAGE A BARRY BLYTH (la suite)

Ne retenir qu'une vingtaine de variété sur une production qui doit dépasser les 1200, toutes catégories confondues, n'est ni simple ni juste. Nous nous contenterons cependant de cela, parce qu'il faut bien se fixer des limites... 

3/6 

'Inner Journey'  (1995) : un coloris très apprécié de son obtenteur 


'Just Witchery'  (2011) : de la sorcellerie ? 


'Katie Pie'  (1998): rose, au fil des semis... avec une touche inimitable 


'Latin Tempo' (1973) : une riche descendance

IRIS ET PORCELAINE

Il y a quelques semaines,en visitant la manufacture de porcelaine de Meissen, en Saxe, et en voyant le processus de fabrication, j'ai fait le rapprochement avec ce qui se passe avec les iris plicatas. Une fois l'objet créé, c'est à dire moulé ou tourné, cuit une première fois, trempé dans le bain d'émaillage et cuit à nouveau, il est décoré de la main des artistes que sont les ouvrières chargées de ce travail admirable. C'est à peu près ce que la nature à prévu pour les plicatas traditionnels : on part d'une base immaculée, c'est à dire d'un blanc pur issu d'une fleur dont les pigments caroténoïdes sont inhibés, et on applique sur cette base des dessins anthocyaniques. Les porcelaines de Meissen sont le plus souvent décorées en bleu de cobalt, ce qui correspond presque exactement à ce que donnent les pigments anthocyaniques sur les plicatas originels ! Voilà donc des objets d'art dont la base d'un blanc absolu est délicatement ornée de différents dessins bleu profond. Le rapprochement avec les iris est saisissant.

Trempant leurs fins pinceaux dans un mélange de pigments en poudre et d'eau, les décoratrices (ce sont essentiellement des femmes qui font ce métier) déposent délicatement un trait de couleur d'un bleu-indigo sombre sur le bord des objets. Que constate-t'on avec les plicatas du modèle 'Stepping Out' ? Une ornementation identique. Comme avec la porcelaine, le trait peut être fin, identique sur les pétales et les sépales ; c'est le cas pour une fleur comme 'Tea Apron' (Reynolds, 1960), variété fétiche des débuts de Keith Keppel, ou de 'Gigi' (Schreiner, 1971), descendant direct de 'Stepping Out'. La couche de couleur peut aussi par endroit et pour certains motifs être plus épaisse ; les exemples de ce type sont innombrables chez les plicatas, c'est même le type de référence, comme on le trouve sur 'Charmed Circle' (Keppel, 1968) ou les grands classiques qui s'appellent 'Going my Way' (Gibson, 1971) ou 'Rondo' (Schreiner, 1972). On en voit encore chaque année dans les catalogues (cela se tasse un peu, mais voyez le superbe 'Grapetizer' (Johnson, 2009) ou le magnifique 'Oreo' (Keppel, 2017).

Si l'illustration l'exige, les décoratrices de Meissen peuvent réaliser de grands aplats de couleur (un peu comme le font les porcelainiers de Limoges avec leur célèbre « bleu de four »), ce qui a son pendant sur certains plicatas où le fond blanc est presque entièrement recouvert par la couverture anthocyanique comme c'est le cas pour l'ancien 'Winner's Circle' (Plough, 1971), tout comme pour les récents 'Dancing in the Dark' (Johnson, 2011) ou 'Midnight Velvet' (Johnson, 2013).

La nature peut cependant être plus inventive que les êtres humains. C'est ainsi qu'elle a produit des plicatas assez différents des précédents, tout en conservant la couleur bleu sombre. Il peut s'agir de fines rayures couvrant tout ou partie de la base blanche, comme on peut le voir sur 'Autumn Circus' (Hager, 1990), ou de multiples petites taches, comme des gouttes de bruines tel celles qui apparaissent sur les créations de Rick Tasco : voir 'Celestial Explosion' (2003).

A Meissen, comme dans les autres manufactures de porcelaine, on n'utilise pas seulement le bleu de cobalt pour décorer les objets. Toutes les couleurs sont en fait obtenues. A commencer par un bleu clair, très utile pour les ciels des décors baroques ou rococos.Chez les plicatas, c'est une couleur fréquentes, qui apparaît sur des variétés comme l'ancien 'Jeanne d'Arc' (Verdier, 1907), le superbe 'Rococo' (Schreiner, 1959) ou 'Gentle Rain' (Keppel, 1976) ou encore 'Earl of Essex' (Zurbrigg, 1979), ainsi que l'australien 'Star of the Morn' (Grosvenor, 2005).

Et ce n'est pas tout ! On croit souvent voir un fond blanc chez certains plicatas alors que celui-ci est en fait faiblement teinté de jaune ou d'orangé. A cause de ça, les dessins anthocyaniques, par illusion d'optique, semblent tendre vers le magenta, le grenat voire même le brun. Ce sont aussi des couleurs fréquentes dans les décors des porcelaines. C'est ce petit jeu qui donne leurs couleurs à 'Masterplan' (Keppel, 1995), 'Mariposa Autumn' (Tasco, 1999) ou 'Ghirardelli Square' (Keppel, 2016).

 Il y a bien d'autres rapprochements à faire entre les iris plicatas et les objets de porcelaine, qu'elle soit de Meissen, de Sèvres ou de Limoges. Nous pourrions continuer d'explorer ces subtiles convergences, mais dans le dernier paragraphe nous nous sommes déjà éloignés de ces couleurs de base que sont le blanc immaculé de la porcelaine elle-même, et le bleu profond des ornementations originelles. Les iris plicatas du style de 'Stepping Out' connaissent aujourd'hui une certaine perte d'affection de la part du public et des obtenteurs. C'est qu'il existe maintenant tellement d'autres coloris disponibles ! La porcelaine sait aussi faire usage de multiples couleurs, mais ce qu'il y avait de points communs possibles avec les iris n'a plus rien alors d'exceptionnel. Est-il alors nécessaire d'en parler ?

Iconographie :

'Gigi' 

'Going my Way' 


'Winner's Circle' 


'Midnight Velvet' 


'Autumn Circus' 


'Celestial Explosion' 


'Rococo' 


'Star of the Morn' 

'Mariposa Autumn' 


'Ghirardelli Square'

4.8.18

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Trophée

Notre ami Loïc Tasquier est très fier d'annoncer que son SDB 'Oda Mae' (2012) vient de recevoir de la British Iris Society le Trophée « Souvenir de M. Lémon ». Cette première distinction ouvre la porte de l'accession à la British Dykes Medal, l'une des récompenses les plus prisées au monde. C'est une belle reconnaissance de son talent d'hybrideur qui s'exprime dans toutes les catégories mais principalement dans celle de SDB (Standard Dwarf Bearded).

Elle est très certainement le préambule à beaucoup d'autres.

HOMMAGE A BARRY BLYTH (la suite)

Ne retenir qu'une vingtaine de variété sur une production qui doit dépasser les 1200, toutes catégories confondues, n'est ni simple ni juste. Nous nous contenterons cependant de cela, parce qu'il faut bien se fixer des limites...

2/6

'Endless Waltz' (2006) : un enfant de 'Decadence' au cœur tendre 


'Foreign Scandal' (2009) : un exemple de bouillonné 


'Gallant Rogue' (1989) : naturalisé américain 


'Harmonics' (1994) : il sait aussi faire des plicatas

COUCHER DE SOLEIL SUR LE PACIFIQUE

l'inaccessible iris rouge

 Comme la tulipe noire ou la rose bleue, l'iris rouge est un fantasme d'horticulteur avide de parvenir à ce qui paraît inaccessible. Mais si les deux premiers ont finalement été atteints, le troisième reste encore bien loin de se réaliser. Pourtant ce ne sont pas les tentatives qui ont manqué ! Il n'y a pas beaucoup d'hybrideurs qui ne se soient essayé dans ce coloris.

Dès le début de l'hybridation, il y a quatre lignées principales qui ont existé. Celle amorcée par la famille Schreiner, celle de Chet Tompkins, celle de Paul Cook et enfin celle lancée par Greig Lapham, de l'Indiana, et poursuivie par Les Peterson et Tell Muhlestein, de l'Utah. Greig Lapham en effet est peut-être le premier à s'être intéressé aux iris rouges, dès la fin des années 1920. Son 'Belle Porter' date de 1929. Puis ce fut 'Jerry' (Lapham, 1934), vraiment rouge, avec une barbe pointée de blanc, dont on peut dire qu'il est le véritable point de départ de la lignée Lapham. En 1937 il a enregistré 'Red Gleam', remarquable par la richesse de son coloris, qui est un descendant de 'Jerry'. La lignée s'est poursuivie pendant de nombreuses générations au cours desquelles sont apparues des variétés comme 'Red Waves' (1946) puis 'Pacemaker' (1948), tirant sur le rouge amarante. Muhlestein, notamment avec 'Burmese Ruby' (1948), a pris la succession, de même que Tom Craig, avec 'Bang' (1955), au coloris vraiment riche, et Les Peterson avec 'Main Event' (1958), dans les tons de grenat. Qu'ils soient signés Lapham, Craig, Muhlestein ou Peterson, tous ces iris ont été des étapes sur la route vers le rouge. Une route décidément bien difficile, sur laquelle bien d'autres se sont lancés.

Les noms de Schreiner, Tompkins, Cook et de quelques autres encore figurent dans cette longue liste. Les Schreiner y ont une place prépondérante, avec des variétés comme ‘Ethiop Queen’, ‘Ranger’, ‘Garden Glory’, ‘Cordovan’ puis ‘Caldron’ qui, croisé avec ‘Trim’ (McKee,1956), donna ‘Velvet Robe’. Parmi les autres enfants et petits enfants de ‘Caldron’ il y a ‘Brasilia’, ‘Gypsy Jewels’, et ‘Vitafire’. Ce dernier ayant longtemps été considéré comme le « rouge » le plus rouge. Et la série s'est poursuivie jusqu'à nos jours, mais parle-t-on d'iris vraiment rouges ? Il serait plus sage de ne pas se bercer d'illusion et d'employer à leur égard le terme de « brun-rouge ».

C'est pour cela que d'autres obtenteurs ont décidé d'utiliser d'autres cheminements pour aller vers le vrai rouge, couleur qui n'existe pas dans le panel génétique de l'iris (sauf dans les barbes) et avec laquelle il faut donc tricher.

Le regretté Richard Ernst a entrepris de régler le problème par la biologie et la recherche génique. Son projet était ambitieux et il s'est donné les moyens de le faire aboutir. Il s'est dit que le pigment rouge ne se trouvant concentré, chez l’iris, que dans les poils de certaines barbes, pour avoir des pétales et des sépales rouges, il fallait parvenir à y concentrer autant de rouge, sinon on n’obtiendrait qu’une fleur rose, et encore à la condition d’avoir éliminé les pigments anthocyaniques... S'en sont suivi de coûteuses recherches qui auraient du aboutir en 2005 avec l'apparition des premières fleurs d'iris transgéniques. Mais on n'a plus jamais entendu parler de ce fameux iris qui aurait du être rouge. Il est par conséquent évident que la tentative a échoué et que l'argent investi l'a été en pure perte.

Dans le même temps Donald Spoon s'est lancé dans l'aventure mais en empruntant un autre chemin. Il a axé sa recherche sur une voie traditionnelle. Il est parti de la constatation que certains iris, dont 'My Ginny' (Spoon, 2002), présentaient des barbes absolument rouges. Un rouge coquelicot provenant d’une forte concentration de lycopène, le pigment qui fait que les tomates sont rouges. Il en a déduit que ce pigment, lorsqu’il est présent dans une fleur d’iris, peut se trouver concentré à l’extrême dans les barbes, mais ne peut pas se développer de la même façon dans les pétales et sépales parce qu’il est bloqué par un gène particulier. Don Spoon était convaincu qu’en utilisant des parents dont les fleurs ont une forte concentration de lycopène il allait parvenir à ce rêve plus que centenaire de l’iris parfaitement rouge. C'était en 2004. Depuis, silence sur le sujet. Sans doute parce que les résultats n'ont pas été à la hauteur...

Un autre irisarien américain s'est, à peu près au même moment intéressé à cette question. Neil Mogensen s'est efforcé de démontrer qu’il peut exister une troisième voie pour obtenir du rouge. D'après lui la couleur rouge pure, qui est produite par la pélargonidine (pigment présent dans les géraniums) fait partie de la même série que la delphinidine (pigment qui colore en bleu les delphiniums …et les iris). Il a donc envisagé la manipulation qui pourrait aboutir à transformer la delphinidine en pélargonidine. Parfait ! Mais rien n’est simple ! Parce qu’aux pigments de base, s’ajoutent des co-pigments et des variations du taux d’acidité du liquide intercellulaire qui rendent l’opération infiniment complexe et très aléatoire dans ses résultats. Si aléatoire que le projet en est resté là...

Dans le dernier « Irises », bulletin trimestriel de l'AIS, Terry Aitken fait part de sa propre approche du problème. Il explique comment, partant des travaux de la famille Schreiner et, notamment, de 'Post Time' (1971), du côté des brun-rouge donc, de ceux de Chet Tompkins avec les iris oranges, de ceux de George Shoop (croisements de variétés roses et de variétés oranges) et de la variété remarquable de Joë Ghio 'Lady Friend » (1980), il est arrivé à une sorte de rouge sombre, assez loin du rouge pompier, mais qui constitue sa marque de fabrique : une sorte de coucher de soleil sur le Pacifique près duquel il travaille. On y trouve 'Code Red' (Aitken, 2003), 'Chianti Classic' (Aitken, 2010), 'Red Triumph' (Aitken 2017) et des semis prometteurs non encore enregistrés. Mais on est encore bien loin de l'iris rouge !

De là à dire que l'iris rouge est inaccessible, il n'y a qu'un pas. Il serait cependant aventureux de le franchir car en ces matières l'impossible n'existe pas. Tant que les recherches se contenteront d'explorer les possibilités de la nature telle qu'elle est, il n'y a aucune objection à ce que le travail se poursuive, mais j'opposerais les plus vives réserves si, pour parvenir au résultat escompté, il fallait passer par une manipulation qui dénaturerait nos chers iris.

Iconographie : 


'Jerry' 


'Caldron' 


'Post Time' 


'Chianti Classic'