18.2.18

GROS RETARD ...

Oups ! C'est pas bien de ne pas respecter son calendrier. Pardon !

A L'EST : LA RENAISSANCE

L'une des grandes transformations du monde des iris au cours des trente dernières années s'est déroulée à l'Est de l'Europe. L'ère soviétique avait privé les Est-européens de toute possibilité de s'adonner sérieusement à l'hybridation des iris. La libération des échanges entre l'Est et l'Ouest a permis une renaissance. C'est Ladislav Muska, de Bratislava en Slovaquie, qui a été le premier hybrideur à se hisser à un rang international. Pendant quelques semaines nous allons faire un tour parmi ses obtentions. 

VI. Une cinquième vie 

C'est le moment où Ladislav Muska a concentré son travail sur un petit nombre de thèmes et limité ses enregistrements à des variétés toujours plus originales et porteuses d’espoir pour de nouveaux développements de l’hybridation des iris. Il a acquis toute l’expérience nécessaire et il dispose des moyens de réaliser ses objectifs. Mais elle ne durera guère, la maladie mettant un terme à son travail. Elles n'ont pas pu, pour la plupart être enregistrées...

'Aazto's Limes' (2006 NR) ((It's Magic x Honey Scoop) X Diabolique) 


'Blue Phoenix' (2007 NR) ((Spooned Demonstration x Oregon Sky) X To the Point) 


'Dornspiel' (2006 NR) ((Scarlett in Gold x Golden Fasan) X Mesmerizer) 


'Gaius' (2007 NR) ((Cavalcabo x Spooned Demonstration) X Habit)

LA PART DES AUTRES

En réponse à un compliment que lui faisait Jérôme Boulon, Keith Keppel a écrit cette belle phrase : « None of us "starts" anything, we just build on what others have wrought » soit, en français : « Personne d'entre nous ne démarre quoi que ce soit, nous construisons sur ce que d'autres ont amorcé. » C'est une remarque d'une grande exactitude en même temps que d'une remarquable modestie. On n'attendait pas moins de celui qui est aujourd'hui le plus « capé » et le plus talentueux des hybrideurs.

 C'est reconnaître que l'hybridation n'est pas le travail d'un homme isolé. Ce n'est pas pour autant un travail collectif. Chacun ajoute une pièce à un édifice qui a été amorcé il y a bien longtemps par d'autres qui avaient mis leur science et leur imagination à créer ce qui fut leur pièce. Et cet édifice n'est jamais terminé car d'année en année tous ceux qui pratiquent l'hybridation poursuivent le travail. Cela me fait penser à la rivière qui coule depuis des millions d'années, qui parcourt dans le temps le même chemin, en modelant ses rives, modifiant son cours, déposant ses sédiments sur son passage, un jour à un endroit, le lendemain les reprenant pour les placer ailleurs. Ce n'est pas Clara Rees qui a inventé les ondulations des tépales d'iris. Elle a récolté, par hasard et chance, les avancées de ses prédécesseurs. La touche personnelle qu'elle a mise dans la construction a été de choisir les parents et de provoquer l'assemblage de chromosomes qui devait aboutir à ces ondulations qui ont séduit tous les amateurs de l'époque et qui font maintenant intimement partie de notre vision des iris.

Dans sa réponse à Jérôme Boulon qui lui disait qu'il semblait avoir une affection particulière pour 'Silk Road' (2007), Keppel a rectifié en disant que tout cela venait plutôt de 'Sea Power', le parent mâle de 'Silk Road', en ajoutant : « Je devrais plutôt faire remarquer que 'Sea Power' est originaire d'une pure lignée Schreiner (1) et qu'on ne peut trouver rien de meilleur que ça dans les lignées de bleu/blanc/violet. » Ce qui est une attitude vraiment fair-play dont je ne suis pas sûr qu'on puisse trouver l'équivalent dans les relations entre hybrideurs de notre pays.

Quoi qu'il en soit, la phrase de Keith Keppel me fait penser à un cas de partage entre hybrideurs qui a eu des résultats de premier ordre. Richard Cayeux, dans son livre « L'Iris, une Fleur Royale », a raconté comment il a rapporté de chez George Shoop, en 1981, un peu du précieux pollen de 'Delphi' (Shoop, 1979) qui, déposé sur 'Condottiere', a donné naissance à un semis bleu-blanc-rouge, mais insuffisamment contrasté, qui n’est connu que sous son numéro (8109 A), et comment, recroisé avec d’autres descendants de 'Condottiere', il est à l’origine d’une série exceptionnelle de variétés tricolores. Voilà un exemple de collaboration fructueuse et de partage généreux. Mais l'histoire des iris est pleine d'autres anecdotes de ce genre et certains hybrideurs des années d'or (Paul Cook, Orville Fay...) sont connus pour leur générosité vis à vis de leurs confrères.

Il n'est pas nécessaire cependant d'attendre le bon vouloir d'un collègue pour poursuivre le travail entrepris par celui-ci. On peut même dire que tous les hybrideurs ont fait un jour usage de variétés obtenues par d'autres et que ce n'est que grâce à ce travail antérieur qu'ils ont réalisé leur objectif. A titre d'exemple, on peut parcourir le pedigree d'une variété moderne comme 'Urluberlu' (R. Cayeux 2012). Elle provient du croisement (Bord de Mer X Belle Hortense) où 'Bord de Mer' (R. Cayeux, 2009) est un fils de 'Chevalier de Malte' (R. Cayeux, 1997), qui est lui-même le fils de 'Whirl Around' (M. Hamblen, 1986), et derrière ce dernier il y a d'une part 'Anon ('J. Gibson, 1974), d'autre part 'Porta Villa' (J. Gibson, 1972). Le premier a pour ancêtre 'April Melody', et le second en est le descendant direct. 'April Melody' est un géniteur utilisé par une foule d' hybrideurs partout dans le monde et une bonne illustration de ce qu'on ne crée rien sans recourir au travail d'un autre.

Le travail d'un autre est bien souvent le moteur de l'activité d'un hybrideur ; parce qu'il se sent inspiré par un sujet ou une variété en particulier. C'est ainsi que les iris de Blyth ont largement inspiré ses confrères partout dans le monde, et en particulier en France ou, par exemple, Alain Chapelle a utilisé le fameux 'Decadence' (Blyth, 2001) pour un grand nombre de ses créations. C'est le cas pour 'Arabesque Pourpre' (2013), 'Blanche Sultane' (2015), 'Cap vers le Large' (2011), 'Caresse d'un Soir' (2010), 'Coeur de Framboise' (2011), 'Divine Symphonie' (2015), 'Fleur de Lumière' (2011), 'Fleur du Désert' (2010), 'Grenat des Iles' (2011), 'Lueur d'Azur' (2011), 'Plume d'Ange' (2010), 'Rêve de Paix' (2010) et 'Reflets Epicés' (2016). A ce rythme de mauvaises langues diraient qu'il s'agît d'idolâtrie ! Mais il est évident qu'Alain Chapelle n'est pas le seul à avoir eu cette synergie puisque 'Decadence' a eu à ce jour plus de 500 descendants dans tous les pays où l'on s'occupe d'iris !

Enfin on ne peut pas terminer ce commentaire sans rappeler les échanges réciproques qui ont lieu entre Keith Keppel et Barry Blyth. Depuis de nombreuses années ces deux-là traversent chaque année l'océan Pacifique pour entreprendre ensemble un admirable travail, et leur collaboration est éminemment fructueuse. Combien de variétés signées Blyth apparaissent dans les obtentions de Keppel et combien d'iris de Keppel sont à l'origine de produits imaginés par Blyth ? La liste en serait bien trop longue.

 Tous ces exemples confirment que la création des iris hybrides s'avère bien être ce que Keppel en dit : «On ne démarre rien, on construit sur ce que d'autres ont amorcé. » 

 (1) Pedigree de 'SeaPower' = (Yaquina Blue X Jazz Me Blue) 

Iconographie : 


 'Silk Road' 


'Delphi' 


'Urluberlu' 


'Fleur de Lumière'

9.2.18

RECTIFICATION

A propos de l'enregistrement des variétés, la semaine dernière, j'ai commis une erreur qu'un des lecteurs d'Irisenligne m'a gentiment signalée. J'ai attribué à Jan Jacobsen la nationatilé néerlandaise, au fait que son prénom, à mon oreille, sonne comme étant fréquent aux Pays-Bas, mais en fait cette personne est d'origine danoise et demeure en Catalogne, où elle exploite la pépinière d'iris « El Vilosell Iris (1) !
On dit des journalistes qu'ils doivent toujours vérifier leurs sources. C'est valable aussi pour les blogueurs, et je ne l'ai pas fait... Pardon.

(1) El Vilosell  est une ville située à 140 km au sud-ouest de Barcelone

- viloselliris@gmail.com

A L'EST : LA RENAISSANCE

L'une des grandes transformations du monde des iris au cours des trente dernières années s'est déroulée à l'Est de l'Europe. L'ère soviétique avait privé les Est-européens de toute possibilité de s'adonner sérieusement à l'hybridation des iris. La libération des échanges entre l'Est et l'Ouest a permis une renaissance. C'est Ladislav Muska, de Bratislava en Slovaquie, qui a été le premier hybrideur à se hisser à un rang international. Pendant quelques semaines nous allons faire un tour parmi ses obtentions. 

V. La maturité 

Il a atteint à ce moment une maturité qui lui permet d’éviter les emballements des années 90 pendant lesquelles il a sûrement enregistré trop de nouvelles variétés. Cette période s'étend sur la fin des années 1990 et le début des années 2000.


'Snorri' (2002) (((Playgirl x Sky Hooks) x (Soissons x Battle Star)) X Sky Falls) 


'Tagli e Buchi' (2001) (((Queen in Calico x Grafiti)x Colortart) X Mezzotinto) 


'Zuzana' (1999) (((Queen in Calico x Fialovy Kvet) x( Ri-Sampei x Date Bait)) X Spacelight Sketch) 


'Dreaming Clown' (1999) (Spacelight Sketch X (Zuzana x Calicoball) – Retenu par Keith Keppel pour son programme de plicatas

ECHOS DU MONDE DES IRIS

'Repartee' again ?





 Cette nouveauté de notre ami Bianco me rappelle vivement 'Repartee' (K. Smith, 1966).

HISTOIRES D'IRIS : 'APRIL MELODY'

par Bryce Williamson (pour le blog de l'AIS)
traduction et adaptation de Sylvain Ruaud 

J'ai parlé à deux reprises dans ce blog de 'April Melody' et de sa descendance. La présente chronique apporte un jour complémentaire, et c'est pour cela que j'ai demandé à son auteur l'autorisation de la traduire et de la publier. 

Les histoires d'iris peuvent être faites de plusieurs autres histoires qui interfèrent et s'entremêlent ou se recoupent. Si l'histoire porte sur les créations d'un hybrideur, il peut s'agir d'anecdotes autour des noms, pourquoi les croisements ont été effectués, ou quelque chose d'autre ; souvent ce qu'on sait moins c'est par quoi l'hybrideur a été influencé ou par quelle personne, souvent inconnue, il a été aidé ; c'est cela qui fait l'intérêt des histoires. C'est le cas en ce qui concerne 'April Melody' (Jim Gibson, 1965), le premier bon plicata rose et l'élément fondateur des plicatas actuels dans les tons de rose ou d'orange.

Et l'histoire de Jim Gibson et de 'April Melody' commence dans l'Utah, avec Tell Mulhestein prenant un semis plicata de Loomis, 'Seashell', et le croisant avec son propre 'Pink Formal'. 'Pink Formal' était le produit d'un semis rose de Loomis et d'un iris de David Hall. De ce croisement, il obtint 'New Adventure', qu'il introduisit en 1953. Nous savons maintenant que les iris roses de Hall avaient des gènes plicatas, et c'était aussi certainement le cas de 'Seashell'. 'New Adventure' était un nouveau modèle intéressant – plicata rose-lavande à barbe mandarine - mais il n'avait pas une bonne forme. Quand Jim Gibson, à Porterville en Californie, a vu 'New Adventure', il a réalisé que cette variété avait un fort potentiel, mais qu'elle nécessitait beaucoup de travil sur la forme. De là est parti sa recherche d'un plicata rose avec une bonne forme.

Comme on peut le voir à la lecture du pedigree compliqué de 'April Melody', il a fait de nombreux croisements et a apporté dans la lignée à la fois les meilleurs roses du moment et les gènes de ses propres plicatas, bien formés. Il a mis en culture des semis, puis ceux d'une nouvelle génération et encore de plusieurs autres générations.

A l'occasion d'une de mes visistes dans son jardin, Jim m'a expliqué ce qu'il pensait obtenir – le résultat n'apparaissait pas, mais il ne renonçait pas et, finalement, une fleur est apparue qui réunissait les caractéristiques désirées. Comme on peut voir à travers le pedigree il y a eu de nombreuses générations qui ont précédé la création de 'April Melody' : ((37-57: (54-55: ('Taholah' x 45-53: ('Ballerina' x (('Gibson Girl' x ('Madame Louis Aureau' x ('Sacramento' x red brown))) x ('Gibson Girl' x ('Tiffany' x 'Siegfried'))))) x (45-53D x ('Ballerina' x 'Happy Birthday'))) x 'New Adventure')   X   (37-57 x ('New Adventure' x 54-55))).

 Mais ce n'était pas la fin de l'histoire. A cette époque les iris de J. Gibson étaient introduits par les Cooley's à Silverton, Oregon, et ceux-ci hésitaient à introduire cet iris d'un nouveau coloris. C'est alors qu'intervient Hazel Stewart, de San Jose, membre de longue date de la Clara B. Rees Iris Society. (1) La Région n° 14 de l'AIS (Californie du Nord and Nevada), tenait une réunion à Porterville. Dans le jardin de Jim Gibson le semis plicata rose était en fleur. Pendant la tournée des jardins, Hazel a remarqué cette plante et a noté : « Ça c'est bon, ça c'est différent. » Elle avait raison, c'était vraiment nouveau et différent. Quand vint le moment du vote pour désigner le meilleur semis en provenance d'un hybrideur de la Région n° 14, on s'aperçut que la campagne menée par Hazel avait payé : le semis plicata rose a été couronné. Ce vote a décidé les Cooley's à introduire 'April Melody'.

C'est ainsi que 'April Melody' est devenu un élément majeur du programme de Jim Gibson, et aussi de bien d'autres. A partir de 'April Melody' Jim a obtenu une série de nouvelles couleurs de plicatas. 'Rippling Rose,' 'Summer Silk,' 'Casino Queen,' 'Mod Mode,' 'Porta Villa,' et 'Frosty Blush' sont tous des enfants à la première génération de 'April Melody'. A la deuxième génération on trouve 'Lilac Love,' 'Pink Ember,' 'Happy Halo,' 'Smoke Rings,' 'Lasting Spring,' and 'Frost Kiss.' A la troisième génération il y a, parmi d'autes, 'Pink Confetti' and 'Anon'. Et par la suite est apparu l'un des iris de Gibson les plus importants et les plus durables : 'Queen in Calico.'

C'est juste une partie des iris de Gibson issus de 'April Melody', et, il n'est pas besoin de le dire, d'autres hybrideurs se sont rendu compte du potentiel de cet iris et l'ont utilisé abondamment. En fait 'April Melody' n'a pas seulement donné naissance à tout un groupe de plicatas de coloris nouveaux, mais il apparaît aussi parmi les ascendants de tellement d'iris de différentes couleurs qu'il est difficile d'y croire, et qu'on le trouve même derrière le vainqueur 2017 de la Médaille de Dykes : 'Montmartre'.

 Quand Jim Gibson a créé cette lignée, il ne croyait pas être arrivé au bout ; Il a continué de travailler dans ce sens, ne se contentant pas d'avoir obtenu une fleur magnifique, mais en créant un exceptionnel parent. L'histoire de 'April Melody' met aussi en évidence l'importance d'autres personnes dans la reconnaissance des iris marquants et différents. Les juges de l'AIS ont accordé à 'April Melody' une « Honorable Mention », mais n'ont pas voté pour un « Award of Merit », ce qui est une énorme erreur de jugement de leur part.

Un jour prochain je montrerai comment 'April Melody' et ses enfants ont été utilisés par d'autres hybrideurs pour produire de beaux iris.

 (1) La « Clara B. Rees Iris Society » a été fondée en Californie en 1957 et ainsi nommée en l'honneur de Clara B. Rees qui a contribué à l'histoire des iris en créant en 1939 le premier iris ondulé au monde, le fameux 'Snow Flurry'. (NDT) 

 Iconographie : 


 'Pink Formal'

'New Adventure' 


'April Melody' 


'Queen in Calico'

2.2.18

A L'EST : LA RENAISSANCE

L'une des grandes transformations du monde des iris au cours des trente dernières années s'est déroulée à l'Est de l'Europe. L'ère soviétique avait privé les Est-européens de toute possibilité de s'adonner sérieusement à l'hybridation des iris. La libération des échanges entre l'Est et l'Ouest a permis une renaissance. C'est Ladislav Muska, de Bratislava en Slovaquie, qui a été le premier hybrideur à se hisser à un rang international. Pendant quelques semaines nous allons faire un tour parmi ses obtentions.

IV. Le triangle magique 

Muska appelle cette période sa période magique car elle s'appuie essentiellement sur trois variétés : « Queen in Calico – Sky Hooks - Ringo ». Elle a débuté au milieu des années 90.

'Beaky Wit' (1999) (Mys Horn x (Geniality x Sky Hooks)) X "Cream Secrets") – Troisième place au concours de Moscou en 2003  (voir photo ci-dessous)

'Cavalcabo' (2001) (( Mediterrano x Jump to Blue' x Snorri) X Bubble Up) 

'Elegaball' (1999) (Mys Horn x((Geniality x Sky Hooks)x Laced Jabot) – Première place au concours de Moscou en 2003  (voir photo ci-dessous)


'Lovely Phyllis' (2001) (((Mys Horn x Geniality)x Champagne Waltz) x Da Lus)

LA FLEUR DU MOIS

'Beaky Wit' (Muska, 1999) 
 ( Mys Horn x (Geniality x Sky Hooks)) X "Cream Secrets"

 Lorsque les amateurs d'iris de l'Europe de l'Est on pu rejoindre la communauté des iridophiles, ils se sont jetés à corps perdu dans l'hybridation. L'un des tout premiers à se lancer dans ce nouveau domaine a été le slovaque Ladislav Muska. Très vite les variétés qu'il a mises sur le marché ont rencontré le succès dans tout les pays de l'ex-bloc soviétique, entre lesquels les échanges étaient faciles. Et les iris signés Muska ont été présents dans toutes les compétitions nouvellement créées ; ils y ont été remarqués et souvent primés. L'un de ces lauréats a été 'Beaky Wit' qui fait partie de la deux ou troisième génération d'iris slovaques, et qui a obtenu l'équivalent d'une médaille de bronze au concours 2003 de Moscou. Cette année-là Ladislav Muska a été particulièrement chanceux puisqu'il a remporté la première place avec 'Elegaball' (1999) et, donc, la troisième. Il avait déjà été récompensé dès le troisième concours moscovite, en 1998, avec une deuxième place pour 'Mukkadam' (1994), juste derrière 'Be de Dream' (Niswonger, 1992). Le concours de Moscou ne fait pas appel à des juges confirmés, mais à des appréciateurs locaux. On peut donc dire que les résultats sont plus le reflet de l'impression générale donnée par une variété que celui d'une évaluation minutieuse et notée. Mais dans tous les classements enregistrés depuis 1996, les variétés primées ont toujours été des iris de qualité. Cela se confirme avec 'Beaky Wit' qui a bien mérité son classement de 2003.

Cet iris jaune crémeux, doté de courts éperons bleutés et orné de fines dentelures, avec des fleurs de bonne taille sur une plante bien proportionnée, fait son petit effet au jardin. Le reproche qu'on peut lui faire, comme d'ailleurs à de nombreuses variétés Muska, c'est de manquer un peu de tenue en raison d'une matière des tépales un peu molle. Je l'ai cultivé de 2004 à 2015 et il figure toujours dans la collection transférée à Champigny sur Veude. Pendant ces années il a fleuri sept fois avec une interruption de 2007 à 2011 en raison d'une attaque de pourriture qui a bien failli lui être fatale. Sauvé de justesse, il repris une végétation consciencieuse dès 2012. Cela en fait donc une variété fidèle et vigoureuse, dont la floraison intervient en deuxième partie de saison (en Touraine, vers le 20 mai).

Son parent femelle est un semis non dénommé issu d'une variété maison, 'Mys Horn', et d'un couple américain, (Geniality x Sky Hooks). 'Mys Horn' (1999), qui était en compétition à Jouy en Josas en 2005, est un grand iris blanc porteur d'éperons assortis longs et recourbés, descendant de 'Sky Hooks' et de 'Laced Cotton' dont il a hérité, pour le premier des éperons, pour le second de la couleur blanche. 'Geniality' (Opal Brown, 1981) est un des favoris de Muska qui en fait un abondant usage. C'est un joli bitone rose richement frisé. Quant à 'Sky Hooks' l'un des iris les plus utilisés en hybridation, il n'est plus nécessaire de le décrire. Je serai encore plus discret à propos de 'Cream Secrets' qui est un semis slovaque (peut-être de Muska mais on ne sait pas) jamais enregistré et dont on ne connaît, donc, absolument rien.

 'Beaky Wit' n'a pas eu de descendance avérée. C'est un iris reté célibataire ! Cela ne retire rien à ces qualités de plante de jardin, caractéristique d'une période, le tournant du siècle, et d'une région, l'Europe de l'Est au moment de sa renaissance.Tel qu'il est il est assez emblématique pour qu'on ait plaisir à évoquer son histoire.

 Iconographie : 


 'Beaky Wit' 


'Mys Horn' 


'Elegaball' 


'Geniality'

ECHOS DU MONDE DES IRIS


Un nouveau modèle ? 

L'un des défis que les obtenteurs cherchent à relever depuis des décennies, c'est de transférer le « signal » sombre caractéristique des iris arils dans les iris issus de germanicas. Tom Johnson semble y être parvenu. Du moins les deux variétés ci-dessous photographiées présentent-t-elles une tache sombre très proche de ce fameux « signal » jusqu'à présent inaccessible. Voilà quelque chose de vraiment nouveau.


 - 'Medal of Honor' (Johnson, 2018) – (Touch of Gossip X inconnu) 


- 'Truth or Dare' (Johnson, 2018) - ( (Rogue Trader x (Rules of Love x Decadence)) X Daring Deception)

A PROPOS DES ENREGISTREMENTS

J'ai déjà écrit plusieurs chroniques sur ce sujet. Il revient ces jours-ci sur Facebook par une question que pose un nouvel hybrideur néerlandais, Jan Jacobsen :
« Quelqu'un peut-il me dire s'il y a une loi ou un règlement qui impose qu'un nouvel iris soit enregistré par l'AIS, je demande ça parce que nous pourrions avoir notre propre enregistreur européen pour les iris obtenus ici ? Juste une idée, comme ça ! »

 C'est Milan Blažek, le célèbre spécialiste tchèque qui a répondu le premier :
« Une coopération internationale est nécessaire pour éviter les synonymes (et les doublons NDT), dans les noms - mais cela ne signifie pas qu'un autre enregistreur, par exemple pour les enregistrements européens, ait existé ou puisse exister. La Check List éditée par l'AIS depuis 1939 a fortement contribué à une information de base sur les cultivars d'iris à travers le monde et est une source d'information extrêmement importante pour tous ceux qui s'intéressent à l'histoire. On y trouve les plus récentes informations du moment de même que des renseignements valables trouvés dans la littérature botanique la plus ancienne.
L'information la plus ancienne sur les origines en Europe date des années 1830. Entre les années 1920 et 1990 la plupart des nouveaux iris sont d'origine américaine. Depuis la proportion entre les origines américaines et non-américaines a changé. Certaines société ont leur propre bureau d’enregistrement qui collabore maintenant avec celui de l'AIS ».

Keith Keppel, qui fut longtemps les responsable américain des enregistrements, s'est aussitôt mis à son clavier d'ordinateur pour dire :
«Bien entendu il n'y a aucune loi qui dise que l'on doit enregistrer un iris. Je pourrais nommer et vendre un de mes semis noirs sous le nom de 'Snow Flurry' et on ne me mettra pas en prison pour ça... mais...ça porterait à confusion et ce serait contre-productif (nonobstant que ma variété serait inéligible pour les récompenses américaines). Si l'on doit faire des échanges d'iris entre les différentes parties du monde, il est bien meilleur que, d'une certaine façon, quelqu'un soit désigné pour mettre de l'ordre dans les noms – et dans la collecte d'information sur les iris nommés pour une meilleure connaissance générale et la constitution d'archives. Depuis environ cent ans l'AIS a pris la responsabilité de se charger des enregistrements ; peut-être qu'un jour dans le futur quelqu'autre organisation prendra sa place – mais il est nécessaire qu'une seule personne rassemble et publie les informations.La désignation de « bureaux d'enregistrement associés » dans de nombreux pays, sous la responsabilité de la société iridophile de chacun de ces pays, rend plus facile pour les hybrideurs non-américains de participer au processus global d'enregistrement. »

Jan Jacobsen à précisé :
« Je ne parlais que d'une société ici en Europe qui pourrait être responsable de l'enregistrement des noms en dehors de l'AIS, une organisation indépendante, je sais qu'il est possible de vendre un iris quel que soit le nom qu'on lui ait donné, la raison pour laquelle j'ai posé cette question était de pouvoir se passer de l'AIS à ce sujet. »

Loïc Tasquier a ajouté :
« On peut commencer avec une société européenne, puis une société de Corse pourrait faire son apparition, puis une société de Catalogne... Je préfère garder un seul bureau d'enregistrement ; une division n'apporterait que du trouble. »

Enfin Chuck Chapman, l'hybrideur et pédagogue canadien, a précisé :
 « L'AIS a été désignée par l'ICNP (1) pour enregistrer les iris. Différentes sociétés ou organismes ont été désignés pour enregistrer les différentes classes ou espèces de plantes. Il existe un bouquin où les règles sont exposées. Chaque société désignée est tenue de respecter ces règles. Si vous dérogez à ces lois, vous vous exposez à toutes sortes de sanctions. »

Je me pose à mon tour la question de savoir quel intérêt il y aurait à se passer des services de l'AIS ? Même s'il y a des positions que je n'approuve pas toujours (par exemple le fait qu'à côté du nom choisi une traduction dans une langue unique – l'anglais – ne soit pas exigée de façon à rendre ce nom compréhensible par tous), ou des comportements que je voudrais voir changés, le travail n'est tout de même pas mal fait et, comme dit Loïc Tasquier, la multiplication des organismes d'enregistrement n'apporterait que complication et confusion.

 (1) « International Code of Nomenclature for Cultivated Plants », ou, en français, « Code International de Nomenclature des Plantes Cultivées ».

27.1.18

C'est pas marrant de vieillir !



Retard, cette semaine, pour cause d'opération de la cataracte...

A L'EST : LA RENAISSANCE

L'une des grandes transformations du monde des iris au cours des trente dernières années s'est déroulée à l'Est de l'Europe. L'ère soviétique avait privé les Est-européens de toute possibilité de s'adonner sérieusement à l'hybridation des iris. La libération des échanges entre l'Est et l'Ouest a permis une renaissance. C'est Ladislav Muska, de Bratislava en Slovaquie, qui a été le premier hybrideur à se hisser à un rang international. Pendant quelques semaines nous allons faire un tour parmi ses obtentions. 

III. La période 'Laced Cotton' 

La période « Laced Cotton », avec des parents potentiels plus modernes a donné naissance à des obtentions qui ressemblaient à ce qui s’était fait aux Etats-Unis et ailleurs, dans les années 80. Ces variétés ont dix ans de retard par rapport à leurs équivalents américains, mais démontrent qu’avec les mêmes matériaux on arrive aux mêmes résultats.


'Don Epifano' (1995) (Laced Cotton X Pink Angel) 

'Brekeke' (1996) ((After All X Grand Waltz) x Sky Hooks)) X Geniality) 


'Decory Win' (1995) (Louise Watts X (Sky Hooks x Lady Madonna))


'Okavango' (1997) (Tomorrow's Child X Lady Madonna)

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Extension du monde des iris (suite II) 

L'Est est en plein bouillonnement. En Ukraine, voici que s'ouvre, à Kiev, la pépinière de Tatiana Kosovskoy. Joli site et plein d'iris récents avec des variétés autochtones et internationales.

www. irisrai.com.ua

BOTANIQUE DES IRIS

Dans ce blog on parle beaucoup d'horticulture et de sujets liés à la culture des iris et à leur hybridation, mais très peu (pas assez ?) de botanique. Un petit tour de ce côté ne fera pas de mal.

C'est à la grande famille des iridacées qu'appartiennent nos iris hybrides actuels. Ils en font partie puisqu'ils ont été constitués d'une série de croisements entre diverses espèces botaniques qui se trouvent dans cette famille. C'est tout à fait comme un cocktail dans lequel on mélange différents alcools pour obtenir un breuvage qui tient de tous mais qui ne ressemble à aucun. Melba Hamblen et Keith Keppel, dans “The World of Irises”, considèrent que nos iris des jardins modernes “sont composés de gènes d'à peu près toutes les espèces d'iris barbus, y compris un peu des arils.” Ce n'est pas étonnant, d'une part parce que cela a commencé il y a plusieurs centaines d'années (Clusius, au 17e siècle y fait déjà allusion), d'autre part parce que les hybrideurs, constatant qu'en ajoutant telle ou telle espèce au mélange ils obtenaient soit de nouvelles couleurs, soit de nouveaux modèles, ne se sont pas privés de réaliser ces additions. En tous cas le résultat de ces métissages n'a pas fait perdre au produit son appartenance aux iridacées ! Ce sont des plantes issues de graines monocotylédones, dont toutes les pièces florales vont par trois, et dont les feuilles, en général longues et étroites, qui portent des nervures parallèles non ramifiées, sont rangées sur un même plan et s'engainent les unes les autres. Il existe des iris bulbeux, mais ceux qui nous intéressent particulièrement sont des iris rhizomateux, vivaces, qui se multiplient par le développement de bourgeons latéraux qui apparaissent de part et d'autre du rhizome initial. Tout le patrimoine génétique se trouve rassemblé dans la pointe avant du rhizome ou de ses bourgeons latéraux, ce qui fait que la plante ne peut pas dégénérer et conserve donc éternellement son potentiel.

 La caractéristique la plus évidente des iris est l'omniprésence du chiffre 3. Quand on regarde le diagramme floral de l’iris on est frappé non seulement par la parfaite symétrie de la fleur, mais aussi par ce chiffre 3 qui apparaît partout. A l’extérieur, trois sépales qui enserrent l’ensemble de la fleur, protégeant les parties sexuelles jusqu’au moment où il est nécessaire de les présenter aux insectes fécondateurs. A l’intérieur, ensuite, trois pétales disposés en sens inverse, c’est à dire que l’ensemble sépales plus pétales constitue un tabernacle bien clos, au cœur duquel apparaissent trois anthères portant le pollen, puis tout à fait au centre, les trois compartiments de l’ovule. On devrait ajouter les trois stigmates pétaloïdes qui couronnent les trois styles qui constituent les pistils, et les trois barbes qui balisent le chemin que les insectes doivent emprunter. Et à l’intérieur des capsules, qui sont les fruits, les graines sont empilées en trois colonnes, chacune abritées dans trois loges étanches qui vont se fendre sur les nervures quand les graines seront mûres de façon à les libérer. Et ce n’est pas tout ! Les plantes en bonne santé et prêtes à jouer leur rôle vont développer trois bouquets de feuilles dont seul le bouquet central portera la tige florale. Tige qui, elle-même, portera en général trois branches (quelques fois plus) chargées de boutons floraux. Et bien souvent chacun de ces boutons, protégé par une spathe membraneuse, sera porteur de trois fleurs qui apparaîtront l’une après l’autre…

Ajoutons à ces notions de botanique, et toujours avec cette obsession du chiffre 3, que la floraison elle-même durera en moyenne trois semaines, le temps que s’ouvrent les différents boutons. Enfin que chaque fleur aura une vie de trois jours : s’ouvrant le plus souvent au petit matin, elle sera disponible pour la visite des insectes dès le lever du soleil. Peu à peu les sacs polliniques des étamines abritées par les stygmates auxquels elles sont adossées, vont mûrir et sécher, puis se fendre et libérer le pollen qui va être transporté sur le dos des abeilles ou plutôt des gros bombyles, jusqu’à une autre fleur, où il sera automatiquement déposé sur la lèvre transversale et poisseuse du stigmate lorsque l’insecte porteur passera pour plonger chercher le nectar dans le tréfonds de la fleur. A la fin des trois journées d’exposition, les sépales vont se redresser, enserrer de nouveau le reste des parties florales, puis le tout va progressivement se dessécher tandis que les ovules fécondés grossiront et commenceront leur maturation. Trois mois vont s’écouler entre la fécondation et l’ouverture des capsules. Trois mois au cours desquels la plante va se refaire des réserves et amorcer sont développement futur. Ainsi le cycle complet se sera déroulé et, comme on dit, la vie aura suivi son cour, pour le plus grand bonheur des iridophiles.

Iconographie : 


Coeur de fleur 


Etamine 


Rhizome 


Feuilles et bouton floral

20.1.18

A L'EST : LA RENAISSANCE

L'une des grandes transformations du monde des iris au cours des trente dernières années s'est déroulée à l'Est de l'Europe. L'ère soviétique avait privé les Est-européens de toute possibilité de s'adonner sérieusement à l'hybridation des iris. La libération des échanges entre l'Est et l'Ouest a permis une renaissance. C'est Ladislav Muska, de Bratislava en Slovaquie, qui a été le premier hybrideur à se hisser à un rang international. Pendant quelques semaines nous allons faire un tour parmi ses obtentions. 

II. La période 'Babbling Brook' 

Ladislav Muska a appelé la première période de sa vie d’hybrideur, l’ « étape Babbling Brook ». parce que cette variété était la plus belle et parmi les plus récentes de celles dont il disposait. Il a écrit lui-même :  « J’étais satisfait de certains de mes résultats d’alors, mais cela n’a pas résisté à un jugement critique. » C'est pourquoi les produits de cette époque sont rares et pour la plupart non-enregitrés.

'Adriatico' (ca 1990 NR) (Mary Frances X Laced Cotton) 


'Bab Babili' (1992 R : 1995) (Honey Lace X Michigan Pride) 


'Jump to Blue' (1993 R : 1995) (Titan's Glory X Glory Bound) 


'Monte Albano' (1992 R : 1995) (Sunshine Express X Silver Shower)

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Extension du domaine de l'iris (suite) 

Sur Facebook est apparu une nouvelle pépinière d'iris, à Kaunas, en Lituanie. Rien d'original, mais ce n'est pas ce qui importe. Le monde des iris prend de plus en plus d'extension, en particulier dans l'est de l'Europe.

Gintaras Klimaitis 
www.irisai.eu

LES SCHREINER À FLORENCE

On sait que la grande période pour la famille Schreiner a été celle des années 1980/90. C'est celle où il n'y avait personne aux Etats-Unis pour faire jeu égal avec elle ou même pour lui opposer une certaine résistance. Et cette suprématie s'étendait au monde entier ! Au cours de ces vingt années, elle a remporté cinq fois la Médaille de Dykes, sur les onze qui sont exposées dans le médaillier familial. Mais c'est à Florence qu'elle a le plus brillé : six Florins d'Or, et 14 places sur le podium !
1982 = 1er 'Gold Galore' (1978)
1983 = 2d 'Master Touch' (1980)
1984 = 1er 'Titan's Glory' (1981)
1985 = 3eme 'Fort Apache' (1982)
1986 = 1er 'Starcrest' (1983)
1987 = 0
1988 = 3eme 'Ginger Swirl' (1985)
1989 = 1er 'Dusky Challenger' (1986)
1990 = 3eme 'Fiesta Time' (1986)
1991 = 0
1992 = 2d 'Goodbye Heart' (1989)
1993/1994 = 0
1995 = 2d 'Classic Look' (1992)
1996 = 1er 'Celebration Song' (1993)
1997 = 1er 'Champagne Waltz' (1994) 2d 'Gypsy Romance'(1994)
1998 = 0
1999 = 2d 'Swingtown'(1996)
Il est difficile de trouver un plus beau palmarès.

La première constatation que l'on peut faire c'est que les juges ne se sont pas trompés. Toutes ces variétés sont de toute première qualité et ont eu une belle carrière commerciale.

Mais revenons un peu sur chacune d'elles :
'Gold Galore' ('West Coast' X 'Warm Gold') est un jaune classique, avec une petite zone blanche sous les barbes, lesquelles sont d'un jaune doré. Il est issu de deux vrais jaunes dont il constitue l'addition. Les sépales sont larges, modérément ondulés, tout comme les pétales. Une belle fleur à laquelle je ne vois pas de défaut.

'Master Touch' ('Navy Strut' X 'Study in Black') fait partie de la longue liste des iris violets, classique à tous points de vue, il a toutes les qualités que l'on prête aux iris Schreiner. On ne peut lui reprocher que de manquer de fantaisie, mais c'est là un mot qui n'est guère applicable aux iris Schreiner. Son coloris est à la fois plus clair et plus « rouge » que celui de son parent femelle, mais l'influence de son « père » 'Study in Black' n'est pas vraiment sensible.

On n'a plus à faire le portrait de 'Titan's Glory' tant cette variété est devenue célèbre, car en plus du Florin d'Or elle s'est offert la Dykes Medal !

'Fort Apache' fait partie des nombreux iris brun-rouge de la Maison Schreiner. Son pedigree (('Roman Copper' sibling x seedling# A 424-1: (seedling# S 803-A x seedling# R 965-1)) X 'Cockade') évoque des semis dont on ne sait évidemment rien, mais les deux ascendants dont on a les noms sont de beaux « rouges », de deux souches différentes. Son coloris riche et velouté fait tout son succès.

'Starcrest' (('Dream Time' x 'Priceless Pearl') X 'Carnaby') a tout le charme des fleurs aux tons pastels. La barbe minium qui l'orne ne fait qu'ajouter un peu de piquant à un ensemble très tendre.

'Ginger Swirl' a un pedigree qui ne révèle pas grand chose sur ses origines : (((C 1365-2 x T. Craig #38) x 1974-#16) X M 638-A: (H 1064-F x 'Chamber Music')) ; mais disons qu'il tient beaucoup de ses traits à la seule variété identifiée, 'Chamber Music' (Williamson, 1972).

De même que pour 'Titan's Glory', la célébrité de 'Dusky Challenger' est telle qu'il n'est plus nécessaire de le présenter. C'est un iris qui a raflé toutes les récompenses, y compris celle de la popularité puisqu'il tient depuis de nombreuses années la première place du Symposium de l'AIS.

'Fiesta Time' ('Gypsy Caravan' X 'Peking Summer') est peut-être la variété la moins connue de toutes celles qui sont décrites ici. Il résulte d'un croisement entre deux variegatas – donc un cas d'endogamie traditionnel - . Disons qu'il manque un peu d'originalité...

Malgré son pedigree à rallonge, 'Goodbye Heart' est à mettre dans le même sac que 'Fiesta Time' : c'est une belle plante mais qui reste bien sage dans son coloris. A mon avis, son frère de semis, 'Sweet Musette' est plus intéressant.

Puisqu'on est dans les fleurs traditionnelles, 'Classic Look', comme son nom le laisse entendre, ne fait pas dans la fantaisie. L'assemblage d'au moins six variétés parmi les plus recherchées de leur époque, ('Go Around' X T 1800-1: (C 1080-3: (('Full Circle' x 'Rococo') x ( 'Arpege' sib x ('Rococo' x 'Emma Cook'))) x 'Spinning Wheel'), n'a abouti qu'à un plicata certes impeccable, mais vu et revu trop souvent.

A mon goût 'Celebration Song' n'a rien qui m'attire, il n'empêche que c'est une variété couverte d'honneurs. Honorable Mention en 1995; Award of Merit en 1997; Wister Medal en 2000 puis Dykes Medal en 2003 : on ne peut guère faire mieux et plus rapide !

Avec les première et seconde places du concours, la Maison Schreiner a fait en 1997 son plus remarquable parcours à Florence. 'Champagne Waltz' était bien parti pour faire une course des honneurs aussi brillante que celle de 'Celebration Song' mais l'arrivée en force de Keith Keppel est de ses iris formidables a mis un terme prématurément à ses ambitions. Ce modèle « Joyce Terry », enrichi d'une barbe minium assez voyante, est néanmoins un bel iris qui a eu beaucoup de succès auprès des amateurs.

Quant à 'Gypsy Romance', (( 'Louisiana Lace' x 'Entourage') X T 879-B: (L556-1: (G 510-A x 'Fabulous Frills') x 'Starcrest')), ses couleurs éclatantes en faisaient aussi un « winner », mais il a été comme le précédent barré par les variétés Keppel qui rencontraient soudain un engouement exceptionnel.

'Swingtown', dans les mêmes tons que 'Gypsy Romance', hors de Florence, n'a pas reçu le même accueil de la part des juges. Il n'en reste pas moins un iris qui tire l’œil, plein de qualités horticoles. Il marque cependant la fin de la grande période des produits Schreiner.

Par la suite, et pour une dizaine d'années, cette vénérable entreprise s'est contentée de fournir à ses clients, chaque année, des variétés superbes mais trop classiques pour exciter les collectionneurs et les juges. Ce n'est que dans les derniers temps que les dirigeants de Schreiner's Gardens, plus jeunes, ont repris le chemin des nouveautés originales, lesquelles aussitôt, ont été remarquées. La victoire à Florence en 2017 de 'Spirit Rider' (2013), bien que très discutée parce que, justement, manquant d'originalité, marque-t-elle le retour au premier plan de la fameuse famille ?

Iconographie : 


'Gold Galore' 


'Starcrest' 


'Fiesta Time' 


'Champagne Waltz' 


'Swingtown'

12.1.18

A L'EST : LA RENAISSANCE

L'une des grandes transformations du monde des iris au cours des trente dernières années s'est déroulée à l'Est de l'Europe. L'ère soviétique avait privé les Est-européens de toute possibilité de s'adonner sérieusement à l'hybridation des iris. La libération des échanges entre l'Est et l'Ouest a permis une renaissance. C'est Ladislav Muska, de Bratislava en Slovaquie, qui a été le premier hybrideur à se hisser à un rang international. Pendant quelques semaines nous allons faire un tour parmi ses obtentions. 

I. Avant 

Derrière le Rideau de Fer, la vie d'hybrideur n'était pas facile : rien que des variétés anciennes pour constituer un panel génétique. Cependant certains ont réussi à obtenir des variétés intéressantes. Particulièrement dans l'ancienne Tchécoslovaquie. Par exemple :


'Jevilar' (Blazek, 1974) ('Jessie Viette X Dvorakovo Largo') Rep. Tchèque 


'Slahacka' (Adamovic, 1985) (Buffy x Silver Shower) Slovaquie 


'Libon' (Smid, 1980) (Crinkled Gem X Amigo's Guitar) Rep. Tchèque Florin d'Or à Florence en 1985 


'Graf Tolstoy' (Gordodelov, 1976) (parents inconnus) Russie

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Extension du domaine de l'iris 

On a vu ces temps derniers apparaître des pépinières d'iris dans de nombreux pays d'Europe. Le dernier à être atteint semble être la Roumanie où un certain Michel Viorel vient de publier un catalogue rempli de variétés le plus souvent connues en Occident, mais qui démontrent que l'Est est de plus en plus intéressé par l'iridophilie. Tant mieux ! Et bonne réussite à ce nouveau marchand !

Irisi2018.sunphoto.ro

LE CERCLE DES ILLUSIONS

C'est en pensant au personnage principal du roman de Yann Queffelec « Le Maître des Illusions » que m'est venue l'idée de la chronique de ce jour. Non pas qu'il y ait un lien quelconque entre cet acteur qui détruit tout ce qu'il entreprend et nos chers iris ! Non, seulement si le personnage en est le maître, nos iris sont également des champions des illusions. Ils nous leurrent.

Pour nous proposer presque toutes les couleurs possibles, les iris ne disposent que de deux sources. Les pigments caroténoïdes, qui se logent dans les cellules et donnent naissance aux coloris jaunes, roses ou orangés, et les pigments anthocyaniques, qui règnent dans le liquide intercellulaire et assurent les colorations bleues ou violacées. Mais du fait de leurs localisations différentes, les pigments ne se mélangent pas ; ils peuvent tout au plus se superposer, et c'est ce qui nous fait croire qu'il y a plein de couleurs différentes. Et si l'on ajoute les effets des gènes inhibiteurs de pigments, qui se manifestent avec plus ou moins de vigueur, dans les pétales ou dans les sépales – voire dans les deux – on conçoit que la palette des couleurs que nous percevons peut être infinie. Avec peu de moyens, les iris (mais aussi bien d'autres plantes) réussissent à être de sacrés illusionistes. On peut même les qualifier de magiciens ! A moins que la magie ne soit le fait des hybrideurs, qui croisent et recroisent tous les modèles de fleurs et déclenchent de ce fait les illusions qui nous ravissent.

Prenez, par exemple un iris du modèle « 'Joyce Terry' », c'est à dire une fleur aux pétales jaunes et aux sépales blancs cerclés du jaune des pétales. Ajoutez-lui un modèle amoena-plicata (avec des pétales blancs, et des sépales au centre blanc liseré de pointillés violets. Il n'y a pas d'incompatibilité entre les deux types de colorants. Le modèle « 'Joyce Terry' » va constituer le fond de la coloration du nouveau modèle avec ses pigments jaunes intra-cellulaires ; le modèle plicata va s'ajouter et, tout simplement le jaune du modèle « 'Joyce Terry' », en rien contrarié, va apparaître dans toute sa pureté sur les pétales, tandis que les bords des sépales seront, à nos yeux, colorés de brun-rouge, plus ou moins pur, par l'effet de leurs fond jaune recouvert par les pointillés violets du modèle plicata.


Autre exemple, à partir d'un amoena jaune (pétales blancs par l'opération du gène inhibiteur, sépales jaunes) et d'un plicata bleu (pétales marqués de bleu ou de violet, sépales aux bords piquetés dans les mêmes tons, comme l'ancien 'Jigsaw'). Le modèle amoena jaune sera au fond et le modèle plicata par-dessus. Résultat, un plicata aux pétales quasiment blancs et aux sépales jaunes, avec bordure pointillée d'un grenat, résultant de la superposition du bleu violacé sur le jaune du fond. Tout cela à sélectionner parmi les fleurs plicatas apparaissant parmi les semis, bien entendu. (voir semis 13-21A)

On peut faire plus simple encore et croire que nous avons sous les yeux un iris pratiquement rouge incarnat alors qu'il s'agit d'une fleur uniformément jaune (ou rose, ou orange) recouverte d'un film violacé. (voir semis 10-109A)

A ce jeu nous pouvons être les victimes consentantes d'une infinité d'illusions, qui vont de la plus simple comme celle dont on vient de parler, à la plus complexe, où plusieurs modèles se mêlent et interfèrent, pour notre plus grand plaisir. Les meilleurs hybrideurs actuels savent bien pratiquer ce jeu. Ils ne s'aventurent pas à l'aveuglette quand ils imaginent leurs croisements. Pendant leurs soirées d'hiver, ils préparent les croisements du printemps suivant avec, en tête, des idées bien précises de ce qu'ils voudraient obtenir. Mais la partie n'est pourtant pas gagnée !

Parce que la nature ne se laisse pas manipuler aussi facilement que le souhaiteraient les magiciens de l'hybridation. Sur le papier, comme on vient de le voir, cela paraît simple, mais il faut compter avec des paramètres diablement nombreux où les lois de la génétique, façon Mendel, se combinent avec les impondérables de la germination, de la pédologie et de la climatologie. Sans compter que des facteurs beaucoup plus terre à terre peuvent intervenir, comme l'appétit des escargots ou le mulotage des merles ! Voilà pourquoi, si l'on veut mettre le plus possible de chance de son côté, il faut semer des milliers de graines puis repiquer des milliers de plantules. Et s'armer d'une immense patience, accompagnée d'une placidité à toute épreuve. Lesquelles tireront profit du désir de savoir et de la curiosité de ceux qui ont décortiqué les mécanismes naturels.

C'est à ce prix que les illusions dont la nature sait si bien jouer, qui résultent pourtant de processus confondants de simplicité, pourront réaliser leurs merveilles.

Iconographie : 


'Joyce Terry' (Muhlestein, 1974) 


 'Jigsaw' (Tompkins, 1985) 


semis Keppel 13-21A 


semis Keppel 10-109A