7.12.18

LA FLEUR DU MOIS

'La Part des Anges' (Michèle Bersillon, 2008) 

Fogbound X (Sapphire Hills x Surf Rider) 

En terminant le déménagement des mes iris, courant septembre, j'ai remarqué combien 'La Part des Anges' avait bien poussé et quelle était sa vigueur. Il se trouve maintenant transféré au presbytère de Champigny sur Veude où j'espère qu'il prospérera comme il l'a fait dans mon jardin. On en aura une idée au printemps prochain.

C'est une variété dont m'a fait cadeau son obtentrice il y a déjà un peu de temps, du temps où nous avions des relations cordiales qui se sont détériorées par la suite. Mais cette situation n'enlève rien aux qualités de cette plante et à l'intérêt que je lui porte. Ce sont ces qualités qui m'ont déterminé à évoquer cette variété dans la série des « Fleurs du mois ».

Michèle Bersillon est une hybrideuse rare, mais éclectique. En vingt ans d'exercice elle n'a enregistré que vingt-six variétés, dans quatre catégories différentes. Toutes excellentes, ce qui démontre sa rigueur dans ses sélections et l'opportunité de ses croisements. Celui dont 'La Part des Anges' est issu en est la démonstration. En effet il allie la modernité d'un iris Keppel unanimement recherché, 'Fogbound', et le fruit de deux variétés plus anciennes, elles aussi très appréciées à tous points de vue, 'Sapphire Hills' et 'Surf Rider'. Je suppose que l'objectif était double : d'une part obtenir un amoena bleu inversé, d'autre part conférer aux semis venus du croisement la robustesse des iris « vintage ». Le résultat est un peu différent, mais il vaut la peine. Côté amoena, cela n'a pas totalement réussi car le contraste pétales/sépales de 'La Part des Anges' est insuffisant pour qu'on considère la variété comme faisant vraiment partie des amoenas inversés, mais côté robustesse, s'est OK. Et le bleu tendre de la fleur, avec cette pointe de rose sur les barbes qui rappelle celle de 'Fogbound', en fait une variété bien agréable.

Deux mots à propos de ses trois parents. 'Fogbound' (Keppel, 1997) est un iris charmant, qui tient son coloris de base de ses deux parents, 'Spring Shower' (Keppel, 1993) et 'Wishful Thinking' (Keppel,1995) ; ce dernier portant lui-même les gênes de la barbe rose apportés par son propre parent mâle 'Spring Tidings' (Shoop, 1989). 'Fogbound' a raté d'un cheveu la Médaille de Dykes en 2006, battu sur le fil par son frère d'écurie 'Sea Power' (Keppel, 1998), mais a tout de même remporté la Wister Medal (2005) et le concours de Moscou en 2004. Il a été utilisé à maintes reprises par les hybrideurs du monde entier. 'Sapphire Hills' (Schreiner, 1971) est une des meilleures réalisations de ses obtenteurs, du temps de leur splendeur classique. Lui aussi a engendré une descendance nombreuse et fructueuse. 'Surf Rider' (James Tucker, 1970) fait partie des premiers amoenas inversés et, à ce titre, a connu une diffusion mondiale.

'La Part des Anges' est donc un joli iris bleu tendre, aux pétales un peu plus vifs que les sépales, et agrémenté d'une barbe pointée de rose. Au jardin il fait un bel effet. Ses parents sont des variétés précieuses et reconnues comme faisant partie des meilleures (1). Cel dit il aurait peut-être mérité d'êtreencore amélioré, notamment pour accentuer le contraste pétales/sépales. Jusqu'à présent son obtentrice n'a rien enregistré de tel. Cela viendra-t-il ? 'La Part des Anges', tel qu'il est, souffre d'un défaut d'un autre ordre : sa diffusion. Ilest apparu au catalogue Cayeux en 2013 mais n'y a fait qu'une brève incursion puisqu'elle n'a duré que trois ans...On ignore la raison de cette disparition soudaine. Il est dommage qu'il en soit ainsi carc'est une variété qui aurait sa place dans la plupart des collections.

Illustrations : 



'La Part des Anges' 


'Fogbound' 


'Sapphire Hills' 


'Surf Rider' (1) 

Le couple (Sapphire Hills x Surf Rider) a donné naissance en direct à 'Ecume de Mer' (Bersillon, 2009), qui est un iris blanc pur, remarqué au concours de Munich en 2009.

WALTHER CUP : MEILLEUR ESPOIR

La Walther Cup (en version longue : Fred and Barbara Walther Cup) est attribuée chaque année à l'obtenteur de la variété qui cette année-là a obtenu le plus grand nombre de votes pour la « Honorable Mention », premier degré de la course américaine aux honneursquelle que soit sa catégorie. Autrement dit la variété récente qui a été particulièrement remarquée par les juges. La variété ainsi distinguée a le pied à l'étrier pour faire une jolie carrière. Ce qui est souvent le cas. Cette récompense est d'autant plus intéressante qu'au moment où elle est attribuée, les juges ne peuvent pas encore être influencés par une distribution importante ou un lobbying bien orchestré : ils désignent une variété récente, qui commence seulement à se répandre. On va voir au cours des prochaines semaines que si les juges désignent en général une variété particulièrement réussie, faire un parcours sans faute n'est cependant pas acquis d'avance. Comme dans le cursus scolaire il y en a qui brillent dans les petites classes mais qui ont néanmoins du mal à obtenir le baccalauréat ! 

2001/2005 

2001 = 'Starwoman' IB (M. Smith, 1997) - AM 2003, Sass Medal 2005, Dykes Medal 2008 


2002 = 'Happenstance' (K. Keppel, 2000) - AM 2004, Wister Medal 2006 


2003 = 'Delirium' IB (M. Smith, 1999) - AM 2005, Sass Medal 2007 


2004 = 'Cat's Eye' SDB (P. Black, 2002) – AM 2006 ; Cook-Douglas Medal 2008 


2005 = 'Paul Black' (T. Johnson, 2002) - AM 2007, Wister Medal 2009, Dykes Medal 2010. 

Cette fois, rien que des meilleurs, le but de la Walther Cup est atteint.

BIEN DE CHEZ NOUS

Il y a plus d'une douzaine de personnes en France à l'heure actuelle qui enregistrent de nouvelles variétés. Cela signifie que nos compatriotes ont surmonté leur apréhension et pris conscience de la qualité de leur travail d'hybrideurs. Richard Cayeux est le seul qui fasse ça de façon vraiment professionnelle, deux autres bénéficient de la pépinière familiale pour diffuser leurs nouveaux iris ; les suivants soit hybrident par distraction, pour le seul plaisir, soit essaient de commercialiser eux-même leurs cultivars. Mais le marché des iris est un marché de niche et il n'y a pas la place dans notre pays pour un grand nombre d'entreprises commercialement rentables. Comment faire alors pour accroître le rayonnement de la production française et offrir aux hybrideurs une reconnaissance de l'excellence de leur travail ?

A vrai dire la situation française n'est pas tellement différente de celle des autres pays européens. Parce que depuis quelques années, ailleurs comme en France, l'enregistrement de nouvelles variétés explose. Il y a dix ans, en 2008, le fascicule des enregistrements et mises sur le marché (R&I) édité par l'AIS notait 107  variétés européennes nouvelles, tous groupes confondus. Sur ce nombre, dis ans plus tard, combien ont réussi à être mises sur le marché ? En Italie 2 ou 3 entreprises vendent des iris ; en Allemagne elles ne sont pas plus nombreuses, en Grande-Bretagne, c'est pire et dans l'Est de l'Europe, c'est quasiment inexistant. Et ces pépinières distribuent surtout des variétés américaines ou australiennes. Et quand on dit australiennes, il s'agit essentiellement des nombreuses variétés obtenues par Barry Blyth, le seul à voir ses produits sur tous les marchés du monde. Les autres hybrideurs australiens sont beaucoup moins bien représentés. A l'avenir la place de l'Australie risque de s'amoindrir car Blyth vient de cesser son activité et les deux beaux-frères Grosvenor et J.C. Taylor ont plus de 80 ans...

Dans les Etats de l'ancienne URSS, où la production iridistique est considérable, ce sont les obtenteurs eux-même qui se chargent de vendre leurs produits et quelquefois ceux de leurs collègues, mais il n'existe pas de véritable réseau commercial et les variétés occidentales y sont bien représentées.

Ces constatations amènent à la conclusion que seuls les variétés nord-américaines et celles, australiennes, de Barry Blyth sont correctement distribuées à travers le monde (mais pour ces dernières leur présence va aller en diminuant puisque, comme on vient de le voir, leur auteur a pris sa retraite). Avec plus ou moins de réussite des obtenteurs européens ont conclu des accords de commercialisation avec de petites pépinières américaines mais on est loin d'une franche réciprocité ! Y a-t-il un remède à cette situation frustrante ?

Je n'en vois guère dans l'immédiat, tout au moins au plan strictement français. Parce que la vénérable maison Cayeux fait de plus en plus de place à ses propres obtentions et que ce choix, respectable, n'ouvre pas beaucoup la porte aux variétés d'autres obtenteurs : on ne peut pas tout faire ! La maison Bourdillon suit un peu le même chemin puisque les variétés « home made » vont en se multipliant et que sa collection reste très conventionnelle. Iris en Provence manifeste actuellement un plus large esprit d'ouverture. C'est une attitude encourageante dont j'espère qu'elle va prendre de l'ampleur car il n'y a plus lieu d'être circonspect à l'égard des productions françaises et européennes en général, alors que la qualité des variétés américaines apparaît de plus en plus délicate (ou compliquée comme on dit en parlant moderne !). Alors que là-bas la course à la rentabilité et au chiffre d'affaire prend une ampleur inquiétante, au détriment de la vigueur et de la floribondité, il me semble que les pépinières européennes ont tout intérêt à se tourner vers les variétés de notre vieux continent – et françaises en particulier – pour renouveler leurs catalogues. On peut rêver d'une offre où les variétés américaines se limiteront aux iris de quelques obtenteurs chevronnés et portés sur le qualitatif, et où la plus grande place sera attribuée aux variétés bien de chez nous.

Iconographie : 

Cinq variétés récentes et françaises (parmi tant d'autres) qui mériteraient une plus large diffusion : 


 'La Grande Mademoiselle' (Martin Balland - 2016) 


'Princesse Laura' (Sébastien Cancade - 2014) 


'Contre Allée' (Jérôme Boulon - 2017) 



'Aime Bay' (Stéphane Boivin - 2015) 


'Vin du Sud' (Bénédicte Habert - 2017)

2.12.18

WALTHER CUP : MEILLEUR ESPOIR

La Walther Cup (en version longue : Fred and Barbara Walther Cup) est attribuée chaque année à l'obtenteur de la variété qui cette année-là a obtenu le plus grand nombre de votes pour la « Honorable Mention », premier degré de la course américaine aux honneursquelle que soit sa catégorie. Autrement dit la variété récente qui a été particulièrement remarquée par les juges. La variété ainsi distinguée a le pied à l'étrier pour faire une jolie carrière. Ce qui est souvent le cas. Cette récompense est d'autant plus intéressante qu'au moment où elle est attribuée, les juges ne peuvent pas encore être influencés par une distribution importante ou un lobbying bien orchestré : ils désignent une variété récente, qui commence seulement à se répandre. On va voir au cours des prochaines semaines que si les juges désignent en général une variété particulièrement réussie, faire un parcours sans faute n'est cependant pas acquis d'avance. Comme dans le cursus scolaire il y en a qui brillent dans les petites classes mais qui ont néanmoins du mal à obtenir le baccalauréat ! 

1996/2000


1996 = 'Feature Attraction' (Schreiner's Gardens, 1994) – AM, 1998 ; President's Cup 1994 


1997 = 'Fancy Woman' (K. Keppel, 1994) – AM, 1999 ; Wister Medal, 2001. 


1998 = 'Protocol' IB (K. Keppel, 1994) - AM 2000, Sass Medal 2002 


1999 = 'Diabolique' (Schreiner's Gardens, 1997) - AM 2001, Wister Medal 2003 


2000 = 'Midnight Oil' (K. Keppel, 1997) – AM 2002 

Pas de grand champion dans ce quintette, mais rien que des variétés excellentes qui ont bien justifié l'espoir mis en elles.

MON FRANGIN D'AMÉRIQUE

Je m'appelle 'Fashionista'. Je suis né en Australie, tout près de Melbourne, sur la pépinière bien connue de l'obtenteur Barry Blyth. Pendant presque un demi-siècle, ce passionné d'iris a effectué des milliers de croisements, et a enregistré une quantité incroyable de nouveaux cultivars, dont une majorité de grands iris. Je fais partie de cette catégorie pour laquelle Barry Blyth a obtenu une célébrité mondiale. Sa spécialité, ce sont les iris bicolores, et il se trouve que justement je suis un iris bicolore.

L'association du rose et du bleu n'est pas celle qui est la plus appréciée des décorateurs modernes. Elle ne l'était pas non plus de ceux qui ont réalisé les sculptures et les peintures des églises baroques du 18eme siècle, en Europe, qui lui préféraient l'alliance du rose et du vert tendre, laquelle s'accordait bien avec les flots d'or qui ornaient ces édifices. Mais pour les iris, c'est différent. Il y a de très nombreuses variétés de cette sorte. Les spécialistes s'accordent pour dire que les bicolores à pétales roses et sépales bleus ou indigo ont été une création d'une élégante dame américaine, Melba Hamblen, qui a été la première a développer les iris portant ces couleurs. Elle a choisi pour point de départ la variété ‘Lilac Champagne’, enregistrée par elle en 1964 qui allie le jaune pâle et le bleu clair et qui provient de variétés bleus, roses et bicolores blanc et bleu que l'on appelle aussi amoena; elle a travaillé son sujet et est parvenue à ‘Touché’ (1966) qui est déjà un aboutissement, avec ses pétales rose pâle et ses sépales lavande, marqués d’une flamme plu sombre. Ce ‘Touché’, considéré comme un géniteur intéressant, a été utilisé de nombreuses fois non seulement par Mme Hamblen, mais également par beaucoup d’autres obtenteurs. Il se trouve que, dans ce coloris, elle a obtenu au moins deux variétés très belles : ‘Sugarplum Fairy (1979) et ‘Mary D’ (1987), qui ont eu l’un et l’autre une fort belle descendance.

 A côté de ‘Touché’, mais toujours à partir de ‘Lilac Champagne’, vint ‘New Rochelle’ (1973), une autre avancée dans les bicolores rose/bleu, lui-même à l’origine de ‘Heavenly Harmony’ (1977), lequel a engendré ‘Karen’ (83) , l’un des plus beaux de la série, et ‘Frances Gaulter (1982). Enfin, par celui-ci on parvient à ‘Adventuress’ (1984), encore plus vif que ‘Karen’. Je suis un descendant de cet 'Adventuress'.

Vous voulez connaître mon arbre généalogique ? Le voici : Candy Clouds X Poem of Ecstasy. 'Candy Clouds' est aussi un produit de Barry Blyth, enregistré en 2002. C'est un iris rose corail, teinté de magenta aux épaules. 'Poem of Ecstasy' est originaire de Californie ; il est apparu chez Ben Hager, en 1995. C'est de cette variété que je tiens mon coloris, qui la tient elle-même de cet 'Adventuress' dont on parlait il y a un instant. Vous voyez, je descend de 'Frances Gaulter' et, par elle, de 'Lilac Champagne'. Je ne suis donc pas un ovni dans la grande famille des bicolores rose et bleu, et au moins trois de descendants immédiats de 'Poem of Ecstasy' sont proches de mon coloris : 'Broken Heart' (2006), de Tom Johnson, 'Testament' (2006), produit posthume de Ben Hager, et 'Vinna Hora' (2016), obtenu par Zdenek Seidl, en Bohême. Cependant je préfère mes couleurs douces aux leurs, plus vives, et, à mon goût, moins raffinées.

Je suis assez fier de dire aussi, que j'ai un demi-frère en Amérique. Quelqu'un de tout à fait célêbre ! Vous avez forcément entendu parler de lui, c'est 'Florentine Silk' de Keith Keppel, le plus bel iris des États-Unis (et peut-être du monde!) en 2012. Nous avons en commun notre « père » 'Poem of Ecstasy' ; nous sommes donc vraiment très proche parents, et d'ailleurs nous nous ressemblons comme des jumeaux. Regardez ça ! Des deux, je suis le plus clair, mon rose est très tendre et mon bleu, lavande, parfaitement uni. Mon frangin est de teinte un peu plus vive et contrastée ; le bleu de ses sépales est plus varié, avec un centre plus foncé et des bords grisés. Et en plus il est beaucoup plus bouillonné que moi ! Je dois l'avouer, c'est sans doute lui le meilleur de nous deux et il n'a pas usurpé sa récompense.

 'Florentine Silk' n'a pas de frères de semis enregistrés. Mais moi, j'en ai trois ! Ils s'appellent 'Poetic Walk', 'Ruby Haze' et 'Sirocco Mist', tous enregistrés en 2005, comme moi. Chez Barry Blyth, il n'est pas rare de trouver des familles nombreuses. Dans le cas présent, je suis le seul de cet acabit. Mes frères de semis sont tous les trois dans les tons de mauve. Mais s'il est enfant unique, 'Florentine Silk' a déjà plusieurs très beaux descendants. J'en citerai deux, tout récents et bicolores comme nous : 'Moment to Treasure' (T. Johnson, 2016) et 'Dawn's Silence' (Robin Shadlow, 2017). En ce qui me concerne, je ne suis pas peu fier de mes rejetons. 'Ballerina Queen' (B. Blyth, 2007), 'Mayfair Melody' 'B. Blyth, 2010) et 'Dressed to Impress' (J. Ghio, 2017) sont très proches de moi pour ce qui est du coloris. 'Sunset Plaza' (B. Blyth, 2008) ne nous ressemble pas : hasards de la génétique !

Vous voyez, tout ce beau monde porte les gènes de 'Adventuress' et, en remontant encore plus loin dans notre généalogie, de l'ancêtre 'Lilac Champagne'. Et cela grâce au travail de cette charmante Melba Hamblen à qui nous devons tout. Nous pouvons lui dire un fameux merci !

 Filiation résumée : 'Lilac Champagne → 'New Rochelle' → 'Heavenly Harmony' → 'Frances Gaulter' → 'Adventuress' → 'Poem of Ecstasy' → 1) 'Florentine Silk' ; 2) 'Fashionista' 

Iconographie : 


Fashionista' 


'Florentine Silk' 


'Poem of Ecstasy' 


'Ballerina Queen'


'Dawn's Silence'

25.11.18

WALTHER CUP : MEILLEUR ESPOIR

La Walther Cup (en version longue : Fred and Barbara Walther Cup) est attribuée chaque année à l'obtenteur de la variété qui cette année-là a obtenu le plus grand nombre de votes pour la « Honorable Mention », premier degré de la course américaine aux honneursquelle que soit sa catégorie. Autrement dit la variété récente qui a été particulièrement remarquée par les juges. La variété ainsi distinguée a le pied à l'étrier pour faire une jolie carrière. Ce qui est souvent le cas. Cette récompense est d'autant plus intéressante qu'au moment où elle est attribuée, les juges ne peuvent pas encore être influencés par une distribution importante ou un lobbying bien orchestré : ils désignent une variété récente, qui commence seulement à se répandre. On va voir au cours des prochaines semaines que si les juges désignent en général une variété particulièrement réussie, faire un parcours sans faute n'est cependant pas acquis d'avance. Comme dans le cursus scolaire il y en a qui brillent dans les petites classes mais qui ont néanmoins du mal à obtenir le baccalauréat ! 

 1991/1995

1991 = 'Frosted Velvet' MTB (K. Fischer, 1988) – AM, 1993 ; Williamson-White Medal, 1995 

1992 = 'Shaker's Prayer' SIB (C. Warner, 1989) – pas d'autre distinction 

1993 = 'Tennessee Gentleman' (S. Innerst, 1989) – AM, 1995 

1994 = 'Hello Darkness' (Schreiner's Gardens, 1992) – AM, 1996 ; Wister M ; 1998, DM, 1999. 

1995 = 'Boogie Woogie' (H. Nichols, 1988) – M,1997 ; Wister Medal, 1999 

L'apparition de 'Frosted Velvet' annonce l'engouement pour les MTB, vingt ans plus tard...Dans l'ensemble, du beau monde, même si 'Shaker's Prayer' n'a pas eu le palmarès que cette variété aurait méritée. La faute à une distribution insuffisante ? C'est probable.

ECHOS DU MONDE DES IRIS

IRISENLIGNE EN AMÉRIQUE 

Irisenligne est maintenant relayé par le blog de l'AIS. Ce n'est pas une simple trancription après traduction mais la publication d'articles spécifiques destinés à des lecteurs majoritairement américains et anglophones. Ce n'est pas une affaire de tout repos car je ne suis pas capable d'écrire directement en anglais. Heureusement les logiciels de traduction ont fait d'incroyables progrès ! Dans les mois à venir d'autres articles feront suite à celui publié le 19 novembre. Toujours dans le but de porter à la connaissance d'un public nouveau et mal informé l'excellence des iris obtenus en Europe, en général, et en France en particulier.
À LA MANIÈRE DE... JEAN-CHRISTOPHE RUFIN 
(« LE GRAND COEUR »)


 « Le Grand Coeur » est un roman (à la télé on dirait in « biopic ») sur la vie d Jacques Coeur : un ouvrage passionnant, dont je recommande la lecture. 

Nous étions revenus à Bois-Sire-Amé quelques jours avant que le roi n'y vienne à son tour, vraisemblablement pour y passer l'été. Agnès avait souhaité le précéder afin de préparer son arrivée et veiller au confort royal dans un château qui n'était plus ouvert depuis le mois de septembre et notre retour à Chinon, et elle avait demandé à Charles que je l'accompagne pour superviser les travaux de remise en état. Ces journées, qui précédèrent la Pentecôte, furent parmi les plus heureuses que je vécus près d'Agnès. Sous un soleil délicieux, nous allions chaque jour faire une longue promenade auprès des étangs et ne rentrions au château qu'à l'approche de la nuit.

Comme à l’accoutumé Agnès s'enfermait chaque matin dans sa chambre pendant de longues heures , seule, pour prier à sa manière. Je n'ai jamais su quel était exactement le lien entre ces dévotes oraisons et la situation d'adultère, donc de péché, qui était la sienne auprès de Charles VII. Déjà, lors de notre précédent séjour en ce lieu paisible, nous avions abordé cette question un soir, au coin de la cheminée, alors que la douce chaleur nous alanguissait quelque peu, dans une pénombre propice aux confidences. J'avais compris qu'elle vivait sa situation de favorite comme une épreuve que le ciel lui imposait et qu'elle supportait donc comme une contrainte divine. Ses prières solitaires seraient donc des actions de grâce destinées à remercier Dieu de lui imposer un rôle ingrat auprès d'un prince pour lequel elle n'avait que répulsion. Lorsque après cela, fraîche et richement vêtue, elle réapparaissait dans les coursives, elle avait recouvré son humeur joyeuse et ses manières enjouées qui, si je ne me trompe, n'étaient qu'apparence et simulation.

Je remarquai cependant qu'à maintes occasions son regard s'obscurcissait. Des propos qu'elle me tenait je conclus qu'elle était inquiète. Non pas au sujet des ses filles, placées l'une dans la famille de Coëtivy, à Taillebourg, en Saintonge, l'autre chez un nourrice, quelque part du côté de St Fargeau, dans le Morvan, mais de son statut de favorite. Elle avait remarqué l'attitude de Charles ainsi que les manigances d'Antoinette de Maignelay. Je suis persuadé qu'elle sentait que son heure de gloire était passée et que le roi se détournait d'elle. Curieuse ambigüité des sentiments que d'un côté considérer sa position comme une mise à l'épreuve et de l'autre redouter le jour où cette épreuve allait cesser. Mais n'étais-je pas moi-même dans une situation analogue ? J'avais sur le roi une opinion franchement médiocre, conscient de sa duplicité et de sa cruauté, mais je continuais de le servir docilement et fidèlement.

C'est Agnès qui consistait chaque jour pour que nous fassions en tête à tête une promenade dans la campagne berrichonne. C'est ainsi que la veille nous étions partis en direction de Vorly, par la petite route qui relie le château au village, en passant à travers la forêt. Lorsque cette route atteint les prairies qui s'étendent derrière les chaumières, se trouve une mare qui sert aussi d'abreuvoir pour le bétail. Dans l'eau sombre fleurissent des iris dorés, ceux qui ont été pris pour emblème par Clovis et sont devenus ces fleurs de lys qui ornent le blason royal. Agnès s'est arrêtée pour les admirer. Poussé par un élan qui aurait sied davantage à une jouvenceau qu'à un personnage d'âge mûr, je me suis avancé vers les fleurs et, pataugeant péniblement, j'en ai cueilli une gerbe que j'ai déposée dans ses bras. Ce geste spontané l'a surprise. Elle est restée un instant interdite, puis elle a souri et ses yeux bleus et tendres se sont doucement remplis de larmes.

17.11.18

WALTHER CUP : MEILLEUR ESPOIR

La Walther Cup (en version longue : Fred and Barbara Walther Cup) est attribuée chaque année à l'obtenteur de la variété qui cette année-là a obtenu le plus grand nombre de votes pour la « Honorable Mention », premier degré de la course américaine aux honneurs quelle que soit sa catégorie. Autrement dit la variété récente qui a été particulièrement remarquée par les juges. La variété ainsi distinguée a le pied à l'étrier pour faire une jolie carrière. Ce qui est souvent le cas. Cette récompense est d'autant plus intéressante qu'au moment où elle est attribuée, les juges ne peuvent pas encore être influencés par une distribution importante ou un lobbying bien orchestré : ils désignent une variété récente, qui commence seulement à se répandre. On va voir au cours des prochaines semaines que si les juges désignent en général une variété particulièrement réussie, faire un parcours sans faute n'est cependant pas acquis d'avance. Comme dans le cursus scolaire il y en a qui brillent dans les petites classes mais qui ont néanmoins du mal à obtenir le baccalauréat ! 

1986/1990 


1986 = pas d'information 


1987 = 'Chico Maid' (W. Luihn, 1985) – AM, 1989 

1988 = pas d'information 


1989 = 'Silverado' (Schreiner's Gardens, 1986) – AM, 1991 ; WM, 1993 ; Dykes Medal, 1994 


1990 = 'Honky Tonk Blues' (Schreiner's Gardens, 1988) - AM 1992 ; WM, 1994 ; DM, 1995. 

Belle brochette de grands champions !

ALLER PLUS LOIN, C'EST REVENIR

Le monde des iris ? Lequel ? Géographiquement, on en compte quatre ! Le premier, c’est l’Europe, à l’origine de l’horticulture des iris mais qui a été bousculé par les grands conflits du XXe siècle; le second c’est les Etats-Unis d’Amérique, qui a supplanté le premier à l’occasion des guerres qui ont par deux fois éloigné les Européens des iris ; le troisième concerne l’ancien empire soviétique : il est apparu dès la destruction du Rideau de Fer et ne cesse de s’étendre avec un dynamisme surprenant et une vitalité qui en fera peut-être bientôt le plus important ; le quatrième c’est l’Océanie, et plus particulièrement l’Australie et la Nouvelle Zélande, qui se sont ouvertes aux iris dans les années 1940 et se sont créées une place remarquable où brillent encore les étoiles de Barry Blyth, pour les iris barbus et de John Taylor ou Heather Pryor pour les iris de Louisiane qui ont trouvé là-bas une nouvelle patrie. Il subsiste encore au moins deux parties du monde qui restent à conquérir : la Chine, et l'Amérique du Sud. Pour l’instant la volonté des Chinois de singer les mœurs occidentales, que l’on constate dans leur habillement et dans leurs comportements de consommateurs, n’a pas encore atteint leurs habitudes de jardinage. Mais il faut s’attendre à ce qu’un jour prochain ils deviennent, comme pour le reste, d'habiles et entreprenants imitateurs de l'Europe ou des Etats-Unis. Quant au continent sud-américain il pourrait bien devenir un nouvel espace ouvert aux iris. Il existe déjà au sud du Brésil et en Argentine des pépinières qui proposent des grands iris et j'ai entendu dire qu’il y a des amateurs qui se lancent dans l'hybridation ! La boucle sera bouclée.

Pour l'instant le tour du monde s'arrête en Nouvelle Zélande. Ce pays est le plus éloigné de l'Europe. Si on va plus loin vers l'Est, on est déjà sur le chemin du retour ! Pas étonnant, dans ces conditions, que notre connaissance de l'iridophilie néo-zélandaise soit un peu succincte. Pourtant elle est bien vivante et fait partie d'une des plus anciennes. Souvenons-nous de Emily-Jean Stevens et de son ‘Pinnacle’ de 1945, qui a fait le tour du monde et se trouve encore dans de nombreux jardins. Cette variété est une référence en matière d’amoena jaune. Mais son obtentrice a aussi obtenu quelques amoenas roses qui valent la peine, comme ‘Youthful Charm’ (61) ou son descendant ‘Sunset Snows’ (65) qui ont l’un et l’autre acquis une certaine célébrité. Emily-Jean Stevens a été une obtentrice féconde et les variétés qu’elle a enregistrées couvrent la période des années 40, 50 et 60. Sa renommée s’est étendue bien loin de son île natale et, dans un moment où les transports n’étaient pas simples, elle a réussi le tour de force de placer ses iris partout dans le monde. En Nouvelle Zélande elle est aussi célèbre que peuvent l'être chez nous Ferdinand Cayeux ou Philippe de Vilmorin.

Après son décès la Nouvelle Zélande est un peu tombée dans l’oubli, dans le domaine des iris. Il a fallu attendre une trentaine d’années pour revoir son nom dans les listings de l’AIS.

Celui qui l’a relancée, c’est Ron Busch. On doit à ce franc-tireur une grande quantité d’iris de tous modèles, mais, comme il l'a dit lui-même, son travail a été longtemps un peu « tout fou » avant qu’il ne se décide à choisir une direction à suivre. En fait il en a déterminé trois : les plicatas et amoenas roses et les noirs à barbes oranges. Il n'a pas réussi avec les amoenas, mais il a été plus heureux avec les plicatas roses, sans pour autant parvenir à la perfection. Quant à son travail sur les noirs à barbes orange il a obtenu des tas de choses intéressantes, mais pas le noir qu’il espérait obtenir… Parmi ses nombreuses réalisations on peut citer celles des années 2007/08, comme ‘Irwell Gambler’ ou ‘Irwell Desert Sands’ ; une grosse quantité de variétés a été enregistrée en 2010, comme pour marquer la fin de l'ère Busch...

Après Ron Busch, c’est un couple d’hybrideurs plus jeunes qui a pris la succession. Ce sont les Nicoll, Allison et David. Leur pépinière est située à Nelson, tout à fait au nord de l’Ile du Sud et à 100 Km à vol d’oiseau à l’ouest de Wellington, la capitale. Leur première variété enregistrée, ‘It’s a Try’ (Alison Nicoll 99) fut peut-être un essai, mais, au pays du rugby, c’est un essai transformé, car il augurait bien de ce qui allait venir après. Les iris d’Allison se distinguent par leur côté simple et naturel, ceux de David étant souvent plus sophistiqués. Ils ont à leur actif un nombre important de nouveaux iris, dans un choix de coloris qui pose la question des pistes de recherche qu’ils ont décidé de suivre. On trouve de tout chez les Nicoll, comme l'étrange 'Early Beaut'' (David Nicoll, 2004) ou le très sage 'Maxene Susan' (Allison Nicoll, 2014) mais ils n’ont épuisé ni leurs ressources ni leur enthousiasme. Avec eux et avec quelques amateurs qui leur tiennent compagnie, comme le non-professionnel Eric Braybrook, la Nouvelle Zélande continuera de tenir sa place dans le monde des iris. Mais, freiné par les obstacles mis aux importations par les services phytosanitaires européens, leur travail n’a pas encore franchi les mers pour venir jusqu’à nous. C'est un problème qui limitera toujours les importations en provenance de ce joli pays.

 La Nouvelle Zélande continue de compter dans le monde des iris. Elle y a une place bien plus importante que ne le laisserait supposer la faible population de cet archipel. Quand on est au bout du monde, il n'est pas facile de franchir les mers pour des produits qui n'ont pas une grande valeur ajoutée, et pour des obtenteurs qui n'ont pas les moyens des grosses firmes américaines ou australiennes.

 Iconographie : 


'Youthful Charm' 


'Irwell Gambler' 


'Irwell Desert Sands' 


'Early Beaut'' 


'Maxene Susan'

10.11.18

ECHOS DU MONDE DES IRIS

84 ! 

Décidément l'echo du monde des iris de la semaine dernière aura fait bien des mécontents !

- Le Président de la SFIB, agacé de devoir me signaler mes erreurs ;

- le Commissaire aux enregistrements de la SFIB qui aurait préféré que je m'adresse à lui sans me fier aux informations du forum ;

- Richard Cayeux qui a confié à la SFIB l'enregistrement de ses variétés 2018 ;

- Michèle Bersillon qui s'étonne qu'un membre de la SFIB s'intéresse à elle, sans citer ses succès en Grande-Bretagne cette année.

Je suis désolé de tout cela, et je présente aux intéressés ainsi qu'à tous les lecteurs d'Irisenligne mes plus grandes excuses.

WALTHER CUP : MEILLEUR ESPOIR

La Walther Cup (en version longue : Fred and Barbara Walther Cup) est attribuée chaque année à l'obtenteur de la variété qui cette année-là a obtenu le plus grand nombre de votes pour la « Honorable Mention », premier degré de la course américaine aux honneurs quelle que soit sa catégorie. Autrement dit la variété récente qui a été particulièrement remarquée par les juges. La variété ainsi distinguée a le pied à l'étrier pour faire une jolie carrière. Ce qui est souvent le cas. Cette récompense est d'autant plus intéressante qu'au moment où elle est attribuée, les juges ne peuvent pas encore être influencés par une distribution importante ou un lobbying bien orchestré : ils désignent une variété récente, qui commence seulement à se répandre. On va voir au cours des prochaines semaines que si les juges désignent en général une variété particulièrement réussie, faire un parcours sans faute n'est cependant pas acquis d'avance. Comme dans le cursus scolaire il y en a qui brillent dans les petites classes mais qui ont néanmoins du mal à obtenir le baccalauréat ! 

1981/1985 

1981 = 'Beverly Sills' (B. Hager, 1978) – AM, 1983 ; Dykes Medal, 1985 


1982 = 'Leda's Lover' (B. Hager, 1979) – AM, 1984 

1983 = pas d'information 


1984 = 'Bubbling Over' (J. Ghio, 1978) – AM, 1986 


1985 = 'Peccadillo' BB (K. Keppel, 1983) – AM, 1987 ; Knowlton Medal, 1989 

'Beverly Siils' a eu un parcours exceptionnel ; 'Peccadillo' a terminé au sommet pour sa catégorie. En revanche 'Bubbling Over' a eu un parcours difficile, rançon de l'originalité ?

LA FLEUR DU MOIS

'Immortality' ( Lloyd Zurbrigg, 1982) 
 (I Do X English Cottage) 


Dans le jardin du presbytère de Champigny, en cette belle matinée de fin septembre, 'Immortality' est en fleur. Déjà, lorsqu'il se trouvait dans mon jardin, il faisait partie des variétés régulièrement remontantes, avec 'Lichen', notamment, lequel est également en fleur à Champigny cette année. Voilà des remontants qui ne rechignent pas à l'ouvrage ! Ce n'est pas que j'aie une affection particulière pour les remontants que j'accuse de nombreux défauts : manque de régularité des remontes ; faiblesse des tiges ; consistance insuffisante de la matière ; et manque d'intérêt d'une floraison clairsemée dans le jardin... 'Immortality' échappe-t-il à ces reproches ? Pas complétement ! Pour ce qui est de la régularité des remontes, rien à dire : pour peu qu'on lui donne un peu d'eau quand l'été est trop sec, il va refleurir au moins une fois en fin de saison ; faiblesse des tiges ? Oui, les tiges printanières ne sont pas très élevées (environ 75cm), celles d'automne sont encore plus basses ; matière des pétales insuffisante ? Oui. Les fleurs sont gracieuses mais fragiles et durent peu parce qu'il n'y a pas cette chair épaisse et cireuse que l'on trouve maintenant sur la plupart des variétés. Quant au fait que les remontants soient dispersés dans les bordures, 'Immortality' n'y est pour rien.

Lloyd Zurbrigg, ce canadien réfugié aux USA, s'est fait une spécialité des variétés remontantes. Il y a consacré toute la durée de son travail d'hybrideur. Dans les premiers temps, ces efforts n'ont guère été couronnés de succès. Tous les défauts cités plus haut apparaissaient sur ses fleurs. Mais au fil du temps et des croisements, les résultats se sont améliorés et les fleurs ont acquis une consistance et une régularité plus conséquentes. Et 'Immortality' fait partie de ses meilleurs iris. La plante est robuste et elle pousse vigoureusement. On remarque tout de suite ses feuilles étroites et denses d'où s'élèvent des hampes un peu courtes mais dotées de nombreuses fleurs d'un blanc immaculé. Il faut dire qu'il rassemble les qualités de ses deux parents. Son côté maternel, 'I Do' (1973) était déjà un bon iris blanc remontant. Avec un teint un peu verdâtre, il n'était pas franchement blanc, mais il avait beaucoup de fraîcheur. Son teint jaune, il le tenait de 'Grand Baroque' (Zurbrigg, 1968), une des premières réussites de Zurbrigg dans les remontants. 'Immortality' avait acquis la pureté de son coloris par l'action de son « pollen parent » comme on dit en américain : une variété formidable, 'English Cottage' (Zurbrigg, 1976), d'un blanc légèrement bleuté, avec une pointe de plicata, et surtout un parfum inoubliable.

Pour 'Immortality', Zurbrigg a appliqué la règle de l'in-breeding et il a obtenu ce qu'il recherchait. Mais on pouvait certainement encore améliorer le résultat et c'est ce qu'on fait plusieurs hybrideurs et en particulier les autres fanatiques de la remontance comme, d'abord, Monty Byers, puis Betty Wilkerson et, plus récemment, Linda Mann.

Chez Byers, on trouve les très célèbres 'Zurich' (1989), 'Sunny Disposition' (1989), 'Winterland' (1989) et 'Second Wind' (1988). Betty Wilkerson a enregistré 'Bridge in Time' (1995), 'Returning Chameleon' (1995) et 'Dreams in Flight' (2008), l'une de ses dernières réalisations. 'Lemon Ripple' (2012), Blue Mountain Cloud' (2015), 'Coconut Ruffles Returns' (2016), 'Sunlit Haze' (2016) sont les œuvres de Linda Mann. Quant à Augusto Bianco', avec 'Rigattiere' (1999), il s'est essayé à la remontance. Toutes ces variétés, comme d'ailleurs celles qui ne sont pas citées ici, sont des « polyanthésiques » de première qualité. Cela démontre bien les exceptionnelles aptitudes de 'Immortality' dans son domaine que l'on peut qualifier de plutôt ingrat.

Iconographie : 


'Immortality' 


'I Do' 


'English Cottage' 


'Zurich' 


'Returning Chameleon'

L'ECHELLE DES IRIS (II)

IB

 Avec les iris intermédiaires (IB), on aborde ce que l'on appelle les iris médians. Ces derniers se subdivisent en deux groupes : les IB et les BB ou iris de bordure.

 Longtemps les iris intermédiaires ont été mal définis. On mettait dans ce groupe toutes les variétés qui n'atteignaient pas la taille minimale pour être considérées comme grand iris de jardin. C'est ainsi que de nombreux iris anciens, antérieurs au passage à la tétraploïdie, ont été qualifiés de IB, sans véritable justification génétique.

On a vu au chapitre précédent que le groupe des SDB était le fruit d'un croisement entre des espèces naines et des grands iris barbus. Mais qu'arrive-t-il quand on croise un de ces SDB avec un grand iris ? On obtient des plantes d'une hauteur qui se situe un peu au-dessus de 40cm, avec des hampes branchues, des fleurs dont le diamètre est d'environ 12cm et qui fleurissent un peu après les SDB mais avant les grands TB. Bref, des iris intermédiaires. Ces iris réunissent les quelités des deux catégories dont ils sont issus et fournissent donc aux jardiniers des plantes particulièrement intéressantes, mais qui ont eu cependant du mal à s'imposer. La raison principale de cette situation est que les parents ne fleurissant pas au même moment, il est difficile de réaliser des croisements, notamment dans le sens TB X SDB. Il faut ruser et, pratiquement, mettre en réserve du pollen de SDB de l'année A en vue de le déposer sur des TB de l'année B. Dans l'autre sens, ce n'est guère plus pratique puisque bien souvent les fleurs de SDB sont fanées quand le pollen de TB est enfin disponible ; d'où, bien souvent, onze mois de frigo ! A noter cependant que ce handicap, qui concerne aussi les SDB, n'a apparemment pas dérangé les hybrideurs !... Une autre raison est (ou plutôt était) la stérilité des cultivars obtenus par croisement entre variétés diploïdes et variétés tétraploïdes, ce qui donne en principe des iris triploïdes donc stériles. Cet obstacle n'a été contourné que par l'obtentrice Marky Smith dans les années 1990. Désormais les IB ont acquis tous les traits des grands iris, comme les éperons - voir ‘Devilish Nature’ (Boswell 98) - ou les couleurs brisées, et ils peuvent posséder ceux des iris nains, notamment le typique signal sombre sous les barbes. Devant cet état de fait, l’amateur, qui n’est pas nécessairement un adepte de la génétique, se contentera de se réjouir de ce qu’il peut désormais trouver des iris remarquables qui font que la saison se poursuit sans interruption depuis la floraison des tout petits MDB jusqu’à celle de grands TB. Les iris intermédiaires, désormais fertiles, ont comblé le vide qui apparaissait après la floraison des SDB. Ils offrent en plus la possibilité de croisements surprenants et tous plus intéressants les uns que les autres.

Comme pour tous les autres groupes, un médaille a été créée pour les IB. C'est la Hans and Jacob Sass Medal qui existe depuis 1960 mais qui n'a pris de l'importance que depuis quelques années, à partir du moment où la culture des IB s'est réellement imposée. La plupart des hybrideurs américains s'est trouvé embarquée dans cette compétition et les plus grands noms(1) s'en disputent l'attribution. Il existe cependant des spécialistes de cette catégorie qui se nomment Carol Lankow ou Marky Smith qui s'y sont particulièrement distinguées. Cette dernière a été notamment récompensée pour 'Starwoman' qui, trois ans plus tard a remporté la Dykes Medal. Cependant à l'heure actuelle, c'est Paul Black qui tient le haut du pavé.

BB 

 Le deuxième groupe des iris médians est celui de iris de bordure ou BB. (Border Bearded). La bible de l'iridophile, « The World of Irises », décrit les BB comme « (…) tiges de 41 à 70cm, avec des fleurs pour la plupart d'un diamètre de 10 à 13cm, sur des tiges rigides et érigées, le feuillage plus court que la hampe florale, fleurissent en même temps que les TB dont ils sont une version plus petite avec une taille de fleur réduite en proportion de leur hauteur. » Soit ! Si l'on comprend bien, ces iris ont tout des grands, sauf la taille. De fait le groupe a été constitué pour permettre la commercialisation de variétés aux caractéristiques intéressantes mais qui étaient vouées au compost, faute d'atteindre la hauteur de hampe fatidique de 70cm. Mais peu à peu les hybrideurs se sont rendu compte de ce qu'on pouvait obtenir autre chose que des grands iris un peu prostrés et ont sélectionné des variétés bien proportionnées utiles, par exemple, dans les jardins ventés ou sur la face externe des platebandes. Richard Cayeux, dans « L'Iris, une Fleur Royale » écrit avec juste raison : « L'avenir de ces iris passe par une sélection très rigoureuse, des croisements entre BB existants semble plus souhaitable que des croisements entre BB et petits grands barbus car, dans le second cas, il est certain qu'on obtient de nombreux sujets de grande taille. Il faudrait aussi recourir à des hybridations entre intermédiaires et BB qui donneraient des plantes plus fines, aux proportions plus esthétiques. » Cela ouvre la porte à bien des développement de cette catégorie qui reste entachée par son passé mercantile. Il reste que de nombreuses variétés récentes sont de très agréables plantes de jardin.

La médaille spécifiquement attribuée aux BB est la Knowlton Medal, qui existe depuis 1960 et qui a récompensé des variétés superbes malgré leur taille un peu réduite. 'Brown Lasso' (Buckles, 1972) a même réussi l'exploit d'enlever la Dykes Medal en 1981. Pour parcourir toute l'échelle des iris, il faudrait maintenant parler des TB, les grands iris barbus de nos jardins. Mais est-ce bien utile ? Presque chaque semaine ils reçoivent ici une apologie qui rend bien superflue une aussi brève analyse.

 1 – Ben Hager, Dave Niswonger, Terry Aitken, Keith Keppel, Paul Black...

 Iconographie : 


'Starwoman' (Smith, 1997) 


'Ask Alma' (Lankow, 1987) 


'Devilish Nature' (Boswell, 1998) 


'Brown Lasso' (Buckles, 1972) 


'Pink Bubbles' (Hager, 1980) 


'Lady of the Night' (Black, 2008)