15.6.18

Patience !

La semaine prochaine les lecteurs de Irisenligne devront attendre jusqu'au dimanche soir pour trouver leur blog favori. La raison ? Quelques jours de séjour à Bordeaux...

'JOYCE TERRY' (la suite)

Les variétés de modèle Joyce Terry sont très nombreuses et de nouvelles apparaissent chaque année. Voici un échantillonnage des plus belles réalisations de ces cinquante dernières années. 

Les années 1980 

Le caractère « moderne » des fleurs est de plus en plus évident.


'Eastertime' (Schreiner, 1980) ((White Taffeta x (semis x Arctic Flame)) X ((May Delight x Christmas Time) x Tinsel Town)) 


'Sun Circle' (Hamner, 1981) (Fashion Rings X Joyce Terry) 


'Golden Surrey' (Rudolph, 1984) ((Lavender Ribbon x Ruffled Surprise) X 80-29: ((Lemon Crest x Pink Sleigh) x (Lemon Crest x 74-40))) 


'Fringe of Gold' (Schreiner, 1987) (Tut's Gold X Amber Beauty) 

'Critic's Choice' (Gartman, 1988) (Classico X ((77-38D x Crystal Dawn) x Soap Opera))

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Soixante ans 

L'année prochaine la SFIB aura soixante ans. Elle aura connu bien des vissicitudes, mais n'a jamais perdu le cap fixé à son début par Gladys Clarke, sa fondatrice. Pour marquer cet anniversaire son actuel président, Roland Dejoux, va lui faire don d'une variété obtenue par lui. Le produit des ventes de cet iris ne fera pas de mal à une association qui manque de ressources.

Nom = 'Noces de Diamant' 

Obtenteur = Roland Dejoux

Enregistrement = 2018

Description = luminata grenat sombre, liserés crème. 


'Reta Fry' (Collie Terrell, 1964) 

Keith Keppel, fidèle et attentif lecteur de Irisenligne, m'a fourni le pedigree exact de 'Reta Fry', variété dont il a été question dans l'article consacré aux variétés de type 'Joyce Terry'. Le voici : ((((involved white sdlg. x Aldura) x (((Los Angeles x Don Juan) x (Titan x San Francisco)) x ((Aldura x Tiffany)))) x (((Fort Knox x "Type Dore" Sea Shell sdlg.) x Gold Ruffles) x Spring Sunshine) x (((Prairie Sunset x (Jane Williams x Tuscany Gold)) x (("Balofita" x W. R. Dykes)  x Bryce Canyon)) x Generous))   X  (Limelight x (Nomohr x Cream Crest)).

Merci chaleureux à Keith Keppel

'MADAME LOUIS AUREAU' un plicata qui nous veut du bien

«Ferdinand Cayeux est entré en scène quelques années après ses compatriotes (1) mais il les a rapidement distancés à la fois sur la quantité et sur la qualité des iris qu'il a obtenus. Ceux qui ont emporté la Médaille de Dykes Française (10 en 10 ans!) comprennent des variétés bien connues des amateurs et des hybrideurs partout dans le monde des iris ; et 'Pluie d'Or', 'Député Nomblot', 'Jean Cayeux' et 'Madame Louis Aureau' ont une place prépondérante dans l'évolution des iris modernes ». C'est en ces termes que les rédacteurs de « The World of Irises » parlent de 'Madame Louis Aureau' et des autres grandes variétés enregistrées par Ferdinand Cayeux dans les années 1930, au moment de la transition entre iris diploïdes et tétraploïdes.

'Madame Louis Aureau'(1934) fait partie de la grande famille des plicatas, des plicatas tétraploïdes, pour être précis, dont il est un des premiers représentants. Dans le procès-verbal de la Commission des Iris de 1934, il est décrit comme :  « Plicata aux fleurs larges et de belle forme portées par des hampes solides et branchues, divisions supérieures rose héliotrope sur fond blanc, les inférieures à fond blanc sablé et bordé de rouge vin ». Cette description laisse entendre que le fond, bien que blanc d'apparence, porte une certaine dose de pigments caroténoïdes qui donnent par effet d'optique cette teinte vineuse au parties chargées en pigments anthocyaniques (bleu ou violet). Pour une fois on dispose du pedigree de cette plante : 'Fakir X 'Ferdinand Denis'. 'Fakir date de 1933 et c'est un iris déclaré comme bleu profond, mais en fait plutôt un bitone bleu violacé avec des pétales éclairés de blanc et des sépales plus sombres, à reflets vineux et stries blanches aux épaules (c'est le côté plicata). 'Ferdinand Denis' a été enregistré en 1930 ; il est schématiquement désigné « S5M », ce qui veut dire en langage codé de l'époque « mêlé de jaune moyen », ce qui n'est pas très explicite mais qui justifie la présence de caroténoïdes chez son descendant.

Dans le chapitre de « The World of Irises » consacré aux plicatas, à propos des plicatas bruns de jim Gibson, il est écrit : « En plus de 'Sacramento', le matériel de base des premiers plicatas de Gibson comprend 'Tiffany', 'Siegfried' et 'Orloff' de Sass, 'Madame Louis Aureau' de Cayeux et, de Mitchell, 'Misty Rose', bitone descendant de 'Séduction' » un autre plicata signé Cayeux. C'est ainsi que le fameux 'Gibson Girl' (1946) vient de 'Madame Louis Aureau' et de 'Tiffany', ressemble bigrement à sa « mère » et précède toute une lignée d'excellents plicatas. Par son intermédiaire les gènes de 'Madame Louis Aureau' se trouvent dans 'Taholah' (1953), puis 'Wild Ginger' (1960) et ensuite, dans 'Kilt Lilt' (1969) et ses descendants. 'Madame 'Louis Aureau', par d'autres voies se retrouve dans d'autres plicatas bien connus comme 'Crinoline' (Schreiner, 1965), 'Decolletage' (Hager, 1968), 'English Cottage' (Zurbrigg, 1976) ou 'Needlecraft' (Zurbrigg, 1976). 'Decolletage' précède entre autres 'Jesse's Song' (Williamson, 1979), qui figure lui-même au pedigree de 'Splashacata ' (Tasco, 1997). cette dernière variété a été utilisée en abondance par son obtenteur Tasco, donnant notamment l'excellent 'Celestial Explosion' (2003). Pour l'anecdote, notons que notre 'Madame Louis Aureau', par l'intermédiaire de 'Splashacata' a légué un peu de ses gènes à 'Boucles d'Or' (Michèle Bersillon, 2009), faisant ainsi un retour au pays après plus de 80 ans de séjour aux Etats-Unis.

Pour notre héros du jour le voyage aux Etats-Unis n'a pas été un exil. Il y a engendré une longue et prolifique famille, à laquelle ont contribué à peu près tous les noms célèbres de l'hybridation. Le modèle plicata lui doit une descendance incroyablement nombreuse, et, par dessus le marché, ses aptitudes à la remontance ont aussi été exploitée, ce qui en fait un des éléments majeurs de l'iridophilie moderne.

 (1) NDLR = Philippe de Vilmorin, Ferdinand Denis et Armand Millet. 

Iconographie : 


 'Madame Louis Aureau' 


'Gibson Girl' 


'Crinoline' 


'Celestial Explosion'

8.6.18

'JOYCE TERRY' (la suite)

Les variétés de modèle Joyce Terry sont très nombreuses et de nouvelles apparaissent chaque année. Voici un échantillonnage des plus belles réalisations de ces cinquante dernières années. 

Les années 1970 

Le modèle s'affine !


'Peace Offering' (Ghio, 1971) (Reta Fry X New Moon) 


'Bicentennial' (Ghio, 1975) (Peace Offering sib X Ponderosa ) 


'Lemon Crest' (Rudolph, 1975) ((Lemon Mist x semis) X Beige Melody) 


'Gold Ring' (Gaulter, 1977) (New Moon X semis incluant Nob Hill, Rainbow Gold, West Coast, Royal Gold) 


'Genesis' (Tompkins, 1977) (semis incluant Tinsel Town, Maudie Marie, Charmaine, Pink Pussycat)

BAPTÊMES

Dans l'allocution que j'ai prononcée lors du baptême de 'La Grande Mademoiselle', j'ai dit, un peu vite, qu'à ma connaissance c'était la première fois qu'on baptisait officiellement une nouvelle variété. Mon information en matière de petits événements concernant le monde des iris n'est pas au point car il s'avère que des baptêmes il y en a eu déjà plusieurs. C'est Richard Cayeux qui en a fait la remarque à un ami commun, lequel m'a tenu informé. Merci à notre hybrideur numéro un qui est aussi, à l'évidence, un connaisseur avisé de ce qui se passe dans notre microcosme.

DE MOZART À SALIERI


Le modèle plicata doit être celui qui a le plus excité la créativité des hybrideurs depuis que cette activité existe, c'est à dire depuis que l'on se préoccupe de l'horticulture des iris. N'oublions pas que le premier iris hybride sélectionné par l'homme, 'Iris Buriensis', était un plicata, et que le premier titulaire de la Médaille de Dykes, 'San Francisco', était également un plicata. On aurait pu penser qu'avec le temps et la multiplication des variétés de ce modèle l'engouement allait s'essouffler. Mais il n'en est rien du tout ! L'année 2018 est même peut-être celle où l'on nous en offre le plus grand choix. Mais au fond pourquoi perdrait-on l'intérêt pour les plicatas quand on écoute Keith Keppel :  « Ce qui fait les plicatas si fascinants ce sont les variations à peu près illimitées qui peuvent apparaître, à la fois sur le fond et sur les dessins. » ?

On ne peut pas nier que Keppel soit le pape des plicatas. C'est d'ailleurs ainsi qu'il se qualifie lui-même ! Mais on constate qu'il rencontre une sévère concurrence. Par exemple, cette année, son voisin (et ami) Paul Black nous propose rien moins que huit nouvelles variétés (onze en comptant les luminatas-plicatas) alors que pour une fois son propre catalogue n'ajoute rien en ce domaine. Dans ce marché très concurrentiel, où d'autres fameux obtenteurs ne manquent pas de mettre leur grain de sel, il peut être intéressant de rechercher ce qu'il y a de différent dans le travail de ces deux ténors.

Dans le domaine de la musique classique, la rivalité entre Mozart et Salieri a donné naissance à bien des élucubrations. Mais si elle a défrayé la chronique dans les années 1780/90 on peut maintenant juger les choses avec nettement plus de recul. C'est à elle que me fait penser la situation qui s'est créée entre Black et Keppel.

Paul Black, dont la spécialité jusqu'à présent était du côté des iris nains (SDB) ne délaisse pas pour autant les grands iris. Il y déploie même une activité débordante dont on peut d'ailleurs s'inquiéter pour l'avenir, j'en parle dans d'autres chroniques. Il est, depuis quelques années, particulièrement porté sur les plicatas, et ce qu'il nous présente retient l'attention. Ce qui saute aux yeux, c'est l'économie des moyens mis en œuvre. C'est ainsi que pour les onze nouveautés de cette année, il n'a eu recours qu'à une douzaine de variétés, toutes excellentes (ou tout au moins prometteuses en ce qui concerne celles qu'on ne connaît pas parce qu'il s'agit de semis non dénommés). Et il y a deux croisements qui ont donné au total six frères de semis. Black a acquis une connaissance supérieure de la génétique des iris et il sait quelles variétés utiliser pour aller là où il veut aller, c'est à dire des variétés parfaites qui apportent toujours quelque chose de mieux à ce qui existait auparavant. C'est ainsi que procèdent la plupart des obtenteurs et on peut dire que nos iris actuels sont le résultat d'une amélioration continue. Pour en revenir à notre comparaison musicale, on peut dire que les obtentions de Paul Black sont l'équivalent des opéras d'Antonio Salieri : de l'excellent travail. Parmi ses dernières nouveautés, c'est ainsi que j'apprécie 'Cloud Gate' (2018) qui provient de ( Etcetera X Petticoat Shuffle), ou 'Oh Dear' (2018), issu de (Tickle My Fancy X Etcetera sib).

En quoi les plicatas de Keith Keppel diffèrent-ils ? Ce dernier a acquis une célébrité mondiale, justement mais pas uniquement, avec ses plicatas pour la plupart innovants. il se passionne pour ce modèle d'iris. Il y consacre maintenant l'essentiel de ses recherches et il obtient des choses extraordinaires. Depuis quelques temps il publie sur Facebook une sorte de leçon de « plicatisme » aussi savante que passionnante et l'on ressent le même enthousiasme à la lecture des articles qu'il publie dans les revues spécialisées. Les principes et les lois qu'il explique sont mis en application dans ses croisements et les variétés qu'il sélectionnent sont les reflets de ses analyses. C'est là, la différence. Bien sûr il lui arrive, dans une recherche de la perfection, de procéder comme tout le monde et d'offrir des iris qui résultent d'une application soigneuse de règles éprouvées : c'est le cas, par exemple, de 'Flash Mob' (2015) ou de 'Ghirardelli Square' (2015). Mais il invente aussi des iris que l'on n'a pas encore vus. Il sait exploiter les coups de chance que la nature accorde à lui ainsi qu'à son compère Barry Blyth. Et nombre de ses plicatas sont franchement nouveaux, témoin : 'Vista Point' (2016) ou ce semis 07-17B aux multiples couleurs. Ils surprennent, ils n'emportent pas forcément l'adhésion des amateurs, mais ils sont appréciés des spécialistes et des véritables connaisseurs. C'est pour cela qu'il me fait penser à Wolfgang Amadeus Mozart dont les opéras ont plusieurs fois désorienté ses contemporains mais que l'on joue toujours et partout.

Il ne faut pas tirer de cette comparaison une conclusion qui laisserait à penser que les fleurs signées Keppel sont meilleures que celles introduites par Black ou vice-versa. Elles ont les unes et les autres leurs avantages et leurs inconvénients. Celles de Keppel sont quelques fois exigeantes, elles ont leurs détracteurs et leurs admirateurs, celles de Black sont plus accessibles, mais certains leur reprochent d'être conformistes, quoi qu'il en soit les unes et les autres apportent la preuve que les iris en général et les plicatas en particulier ont un immense avenir.

Iconographie : 


'Cloud Gate' 

'Oh Dear' 

'Tickle my Fancy' 


'Ghirardelli Square' 


'Vista Point' 


semis 07-17B

31.5.18

EN AVANCE !

Une fois n'est pas coutume. Irisenligne paraît avec un peu d'avance, pour cause de Convention de la SFIB à St Pol de Léon. Les iris au pays des choux-fleurs, des artichauts et des oignons !...

LA FLEUR DU MOIS

'Magic Potion' (Joseph Ghio, R. 1972) 
'Orchid Brocade' X seedling# 67-96Z: 'Clairvoyance' sibling 

Pour une recherche liée aux « Fleur du Mois » des mois précédents, j'ai songé à cette variété ancienne qui figurait dans la collection personnelle du docteur Ségui et donc dans le catalogue de « Iris de Thau » des années 1980. C'est là que je me l'étais procurer et je l'ai conservée jusqu'à ces dernières années, jusqu'à ce que la nécessité de faire de la place pour des variétés plus modernes m e contraigne à faire un choix qui a abouti à son abandon... Ainsi vivent et meurent les iris de jardin. J'ai toujours eu de l'attirance pour les coloris rares et particulièrement pour les iris gris. J'ai chéri 'Beghina', de Gina Sgaravitti, je l'ai même utilisé en hybridation, et 'Magic Potion' est un peu du même coloris.

Il est décrit, d'une façon pas facile à traduire, comme ayant des pétales « flesh orchid », c'est à dire rose chair bleuté, et des sépales rose orchidée, brossés de bleu au centre, ce qui n'est pas la description que j'en aurais donnée. Ce que Joë Ghio considère comme rose orchidée est plutôt un gris bleuté. La photo prise par Glenn Corlew, me semble tout à fait dans le ton, mais on n'a pas tous la même appréciation des couleurs !

Son parent féminin, 'Orchid Brocade' (Rudolph, 1963), est un descendant de 'May Hall' (Hall, 1952), une des nombreuses variétés rose tendre de son obtenteur. C'est une très jolie fleur rose légèrement bleuté, qui, compte tenu de ses qualités et de son potentiel, a été largement utilisée par les meilleurs hybrideurs américains des années 1970. Au premier rang desquelles on trouve 'Clarendon' (Gaulter, 1974) ou 'Grecian Gown' (Moldovan, 1965), mais aussi, plus récemment, des variétés Schreiner réputées : 'Scintillation' (1981), 'Gypsy Woman' (1985), 'Peach Picotee' (1981), 'Country Charm' (1998), 'Sugar Magnolia' (1998) et 'Starship Enterprise' (1999).

 Son autre géniteur est un frère de semis de 'Clairvoyance' (Ghio, 1970), dont on ne sait évidemment rien, mais qui ne doit pas être tellement éloigné de son frère, c'est à dire un rose – mauve, derrière lequel apparaissent deux variétés fétiches de Ghio, 'Commentary' (Babson, 1963) et 'Claudia René' (Gaulter, 1961). 'Commentary' est décrit dans la Check-List des années 60 comme : « Pétales chamois, sépales lavande violacé clair, brun roux aux épaules, barbes lavande pointées bronze. » L’association du brun chamois et de l’indigo clair donne une fleur de teinte pastel, un peu terne peut-être, mais chez qui les hybrideurs ont reconnu une fécondité exceptionnelle et l’aptitude, entre autres, à produire de beaux iris dans les tons de brun, bronze, chamois, chartreuse etc.… 'Claudia Rene' est un iris bitone rose, aux épaules fortement marquées de brun ambré, avec des barbes roses. Il fait partie de ceux qui, sans bénéficier d’un succès commercial particulier, ont eu la chance d’attirer l’attention d’un hybrideur sur leur fortes potentialités, et font aujourd’hui partie du patrimoine génétique d’une bonne partie des iris contemporains.

 Les iris gris ne sont pas franchement commerciaux. Les hybrideurs ne se précipitent donc pas pour en obtenir (c'est un argument favorable pour les collectionneurs avides de raretés). 'Magic Potion' ne fait pas exception à cette loi. Les listes de l'AIS ne lui connaissent que deux descendants officiels. C'est un peu dommage pour une fleur bien taillée, aux nombreuses branches et boutons. Cela ne laisse pas augurer de bonnes choses pour sa pérennisation et il est fort à craindre qu'elle ne figure sur la liste des variétés en voie de disparition...

Iconographie : 



 'Magic Potion' 


 'Orchid Brocade' 


 'Clairvoyance' 


 'Clarendon'

JOYCE TERRY ET COMPAGNIE

Ce qu'on appelle le modèle Joyce Terry correspond à un iris dont les pétales sont d'un ton de jaune et dont les sépales, d'un blanc pur en leur centre, sont bordés d'un net liseré du jaune des pétales. Les barbes sont le plus souvent mandarine, mais il en est de jaunes. C'est un modèle qui pose bien des questions aux amateurs de classification. Dans la plupart des catalogues il est classé parmi les iris plicata, c'est peut-être une commodité, mais techniquement c'est une erreur. Un plicata est un iris dont le fond blanc ou teinté de pigments caroténoïdes clairs (jaune, abricot, rose...) est plus ou moins recouvert de pigments anthocyaniques (largement sur les pétales, au minimum concentrés sur les bords des sépales). Mais de pigments anthocyaniques (bleu, violet...) il n'en est point sur le modèle Joyce Terry. Disons que c'est un modèle original dont l'origine reste mal connue, qui, à l’œil, se rapproche des plicatas.

 Pour qu'il devienne un modèle de référence, il fallait que 'Joyce Terry' (Muhlestein, 1974) dispose de qualités exceptionnelles. C'est évidemment le cas. Il fallait aussi que tous les amis des iris sachent de quoi on parle et pour cela il fallait une plante largement répandue à travers le monde. C'est aussi le cas. Cependant d'autres variétés obtenues dans les mêmes moments présentent les mêmes caractéristiques et si l'une d'entre elles n'a pas été choisie c'est qu'aucune n'a atteint la même notoriété.

En fait, comme l'écrit Keith Keppel dans « The World of Irises », l'apparition de ce modèle relève du hasard : « Des sous-produits du développement des iris à barbes mandarine ont été un bonus inespéré. Des jaunes sont apparus parmi les produits de croisement réalisés en vue d'obtenir des iris roses, et les hybrideurs furent étonnés et ravis de leur qualité. Ces jaunes avaient un velouté, un éclat, un niveau de dentelure rarement découverts chez les jaunes conventionnels. » Mais en l'occurrence il est question d'iris jaunes et non pas d'iris jaune et blanc. C'est David Hall qui, en 1951, en enregistrant 'Palomino', a involontairement provoqué l'apparition de ce modèle. Ce 'Palomino' n'est pas à proprement parlé un jaune et blanc (il est décrit comme « pétales rose clair et sépales crémeux entouré d'orange cuivré ») mais il donne déjà un aperçu de ce qui allait se développer parmi ses très nombreux descendants. Et « The World of Irises » précise : « 'Golden Garland' de Hall, issu d'un semis croisé avec le pollen de 'Palomino', fut la première introduction de la lignée des iris à barbes mandarine ayant des pétales jaunes et des sépales blancs bordés de jaune ( ...) » Mais Si 'Golden Garland' (Hall, 1956) fut le premier de la liste, d'autres descendants de 'Palomino' ont donné des résultats analogues, par exemple 'Valimar' '(Hamblen, 1956). On peut donc dire que l'origine du modèle se situe chez 'Palomino'.

 Il y a cependant deux variétés de base dont on est embarrassé quand il s'agit de définir leur propre origine. Il s'agit de 'Reta Fry' (Terrell, 1964) et de 'Debby Rairdon' (Kuntz, 1964). Du premier on ne sait absolument rien car son pedigree n'est indiqué nulle part. Quant au second, il est déclaré né de parents inconnus. On peut malgré cela, et sans trop s'avancer, penser qu'ils proviennent l'un et l'autre de 'Palomino'...

 A partir de 'Golden Garland' on a obtenu 'Craftsman' (Knopf, 1963), mais la descendance de 'Valimar' et de ses frères de semis dans ce modèle est bien plus importante. On y trouve notamment 'May Melody' (Hamblen, 1964) et 'Launching Pad' (Knopf, 1966). 'May Melody' est le parent de 'Charmaine' (Hamblen, 1966) qui est lui-même à l'origine de 'Genesis' (Tompkins, 1977) et... de 'Joyce Terry' – qui descend aussi de 'Launching Pad ! - . On y est !

 'Launching Pad', justement, se retrouve chez 'Charm Bracelet' (Schreiner, 1984) et plus encore chez 'First Interstate' (Schreiner, 1990) qui conduit à 'Happy Again' (Schreiner, 2002)...

 'Debby Rairdon' a engendré 'Lemon Crown' ( O. Brown, 1976) et le français 'Opera Bouffe' (Ransom, 1991). 'Reta Fry' a donné 'Fashion Rings' (Hamner , 1976), 'Twickenham' (van Valkenburgh, 1974) et surtout 'Peace Offering' (Ghio, 1971), variété fétiche de son obtenteur. 'Peace Offering' est un des parents de 'Bicentennial' (Ghio, 1975), joli exemple du modèle.

Une autre, et importante, source de variétés du modèle Joyce Terry se nomme 'Tinsel Town' (Tompkins, 1966). On lui doit entre autres 'Genesis' dont on a déjà parlé, 'Eastertime' (Schreiner, 1980) et 'Limelighter' (Schreiner, 1988).

'Joyce Terry' lui-même n'est pas à l'origine de nombreuses variétés qui lui ressemblent. Cela n'est pas étonnant puisque l'on sait que l'apparition du modèle résulte le plus souvent d'une altération du coloris jaune unicolore. Son descendant le plus intéressant pourrait-être 'Sunkiss' (Gartman, 1993). On verra un peu plus loin pourquoi.

 Revenons aux années 1970 et à 'Lemon Crest' (Rudolph, 1975) et son compagnon de catalogue 'Crystal Dawn' (Hamner 1975) qui sont deux autres points de départ pour des variétés aux pétales jaunes et aux sépales blancs cernés de jaune. Le premier a engendré 'Golden Surrey' (Rudolph, 1984) – et, par lui, 'Lemonella' (Hedgecock, 2008) - , le second 'Critic's Choice' (Gartman, 1988). 'Gold Ring' (Gaulter, 1977) et 'Lemon Lyric' (D. Meek, 1977) sont d'autres exemples de cette fin de décennie.

A partir des années 1980 il devient difficile voir impossible de trouver des liens de filiation entre les nombreuses variétés du modèle Joyce Terry qui apparaissent au fil des ans, sauf dans un cas, et non des moindres, celui qui unit 'Joyce Terry' lui-même et 'That's All Folks' (Maryott, 2004) vainqueur de la Dykes Medal en 2013.Et encore s'agit-il d'une filiation non vérifiée ! 'That's All Folks' apprécié de toute part, dispose d'un frère de semis baptisé 'Pure and Simple' (Maryott, 2003), qui lui ressemble diablement, mais qui n'a pas eu le même parcours exemplaire. Personnellement 'Pure and Simple' me plait encore plus que son cadet, en raison de la forme parfaite de sa fleur. Mais passons... Il est dommage que l'on ne sache pas exactement de qui descendent les deux frères. Leur père est en effet un semis Ghio numéroté U94-1A, qualifié de « inconnu ». Cela interrompt immédiatement toute recherche généalogique certaine. Je me risque cependant à émettre une hypothèse qui, pour être envisageable, ne repose néanmoins sur aucune certitude. Voici : On en revient au cas de 'Sunkiss' (Lily Gartman, 1993) évoqué plus haut. Lily Gartman, hybrideuse de talent disparue prématurément, travaillait en collaboration avec Joë Ghio et celui-ci a, d'ailleurs, enregistré plusieurs des variétés obtenues par celle-là, dont le dénommé 'Sunkiss'. On peut par conséquent imaginer que c'est ce 'Sunkiss' qui se cache derrière le semis U94-1A, qui ferait le lien entre 'Joyce Terry' et 'That's All Folks' !

 Presque chaque année il y a une variété nouvelle qui présente les traits, plus ou moins accentués, de 'Joyce Terry' et il serait pénible de parler de tous. On se contentera, dans le feuilleton qui commencera la semaine prochaine, de réunir les photos des plus réussies, avec leur pedigree pour être complet. A noter que les européens ne font pas preuve de beaucoup d'appétence pour ce modèle. Il y a des mystères, comme ça !

Ainsi se termine le portrait d'un modèle de fleur qui recueille toujours un certain succès presque soixante-dix ans après son apparition. Mais c'est un portrait qui a été difficile à réaliser. Parce qu'il ne correspond pas à un événement génétique connu et prévisible, mais plutôt à un incident fortuit, occasionnel par définition. Quoi qu'il en soit il nous gratifie de fleurs plaisantes dont il est probable qu'elles continueront longtemps à nous enchanter.

 Iconographie : 


 'Joyce Terry' 


'Golden Garland' 


'May Melody' 


'Launching Pad' 

 D'autres images sont à venir dans le feuilleton « Joyce Terry et Compagnie » publié à partir de la semaine prochaine.

25.5.18

EVOLUTION MONDIALE ET ITALIENNE

L'écrasante victoire de hybrideurs italiens au dernier « Concorso » de Florence, a inspiré le dialogue ci-dessous entre deux bons connaisseurs de l'iridophilie dans la péninsule.

Milan Blazek : (1)
« Félicitations aux hybrideurs italiens! Je connais le Concorso depuis 1963. Il y a quelques années l'Italie était très peu représentée, la plupart des iris ainsi que les vainqueurs venaient de l'étranger. L'hybridation européenne s'est fortement développée au cours des 25 dernières années. » 

Izidor Golob : (2)
« Milan, vous avez absolument raison ! Je suis content de constater des résultats comme ceux-là. Vous comme moi pouvons en juger en raison de notre âge et de nos expériences. Merci d'être avec nous ! »

 Milan Blazek :
« On en est maintenant à la troisième vague dans le développement de l'hybridation des iris barbus. La première, originaire de l'Europe du Sud et des territoires de la Méditerranée Orientale, s'est déplacée au cours du 19e siècle vers l'Europe de l'Ouest. Cent ans plus tard le centre le plus actif et le plus créatif était passé en Amérique du Nord alors que dans la seconde moitié du siècle dernier croissait l'importance du travail effectué en Nouvelle-Zélande et en Australie. Cette vague importante s'est répandue à la fin du 20e siècle et a pris un grand développement en Europe. Une activité d'hybridation est revenue à grande échelle en Europe de l'Ouest et au cours des dernières décades ce mouvement est devenu mondial En ce qui concerne le développement italien, je voudrais évoquer des personnalités comme Mary Senni, Flaminia Specht et d'autres italiens enthousiastes pour voir comment ce qui s'est passé à Florence en matière d'iris a influencé le développement mondial et comment cela a changé la situation en Italie. Je me souviens des premiers pas du jeune hybrideur Augusto Bianco et je me suis réjoui du succès croissant de ces propres hybrides. Maintenant les nouveautés italiennes sont capables d'obtenir une position prédominante au Concorso florentin. C'est quelque chose que je n'aurais jamais imaginé ! » 

Bon résumé et bel hommage tout à fait mérité !

 (1) = Spécialiste tchèque de l'iris -botanique et horticole -. Ancien directeur du jardin botanique de Pruhonice, dans la banlieue de Prague. 

(2) = Ingénieur slovène, obtenteur d'iris depuis plusieurs décennies et juge international. 


1 – 'Anima Cara' (Garanzini, 2018)  


2 – 'Sina at Home' (Burkhardt, 2014)  


3 – 'Esabella' (Dotto, 2018)  


4 – 'Wicked Cool' (Hedgecock, 2012) 

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Un baptême original 

C'est un événement exceptionnel qui s'est déroulé dimanche dernier 20 mai 2018 : le baptême d'un iris ! A ma connaissance cela ne s'est jamais produit auparavant.

 L'iris qui a été baptisé (au pétillant de Touraine !) porte le nom de 'La Grande Mademoiselle', et c'est un nom en adéquation avec le lieu où il s'est déroulé : la petite ville de Champigny sur Veude et son passé sous la châtellenie des Bourbon-Montpensier et, par conséquent, de la famille royale française et de son attribut la Fleur de Lys dont on sait qu'il est en fait une fleur d'iris stylisée.

 C'est posée la question de la couleur que devait avoir cette fleur. C'est le rouge qui a été préféré. Le rouge des robes somptueuses portées par la dédicataire sur certains de ses portraits et fort représentative à la fois du sang royal de la cousine de Louis XIV et de son caractère autoritaire et impulsif.

Restait à trouver l'obtenteur en capacité de fournir une belle fleur de ce coloris. Un appel a été lancé en 2015 à tous les obtenteurs d'iris de France, et parmi ceux qui ont répondu c'est Martin Balland qui a été retenu, pour l'aspect majestueux du semis qu'il proposait. Martin Balland, artiste polymorphe confirmé, est d'abord un un batteur de jazz bien connu dans le monde de la musique. C'est par ailleurs un amateur d'iris et un obtenteur de qualité qui, depuis 2012, date de ses débuts dans l'hybridation, a produit plus de 20 variétés nouvelles remarquables. Avec 'La Grande Mademoiselle', descendante de plusieurs variétés américaines superbes et aussi « rouges » que possible, il a obtenu une couleur brun-rouge riche et solennelle sur une fleur de grande taille portée par une plante haute (100cm) mais solide et qui pousse bien.

'La Grande Mademoiselle' (Balland, 2016) (Lenten Prayer x Dynamite) X Regimen.

GRANDEUR ET DÉCADENCE (III)

Les heures dolentes. 

Alors que, au tournant du siècle, dans le reste du monde, et particulièrement en Europe continentale, l'attirance pour les iris s'est considérablement accrue, en Grande-Bretagne, il semble que ce soit l'inverse qui se soit produit. Ce n'est peut-être qu'une impression personnelle, mais je le ressens comme cela En tout cas ce n'est pas une extinction car les amateurs anglais existent toujours, c'est une sorte d'engourdissement auquel j'ai trouvé très approprié d'attribuer le nom de « heures dolentes », en référence à l’œuvre du compositeur et pianiste français Gabriel Dupont (1870/1914). S'il en est une preuve, on peut la trouver dans le palmarès de la Dykes Medal britannique. Depuis 2000, elle n'a pu être attribuée que sept fois, toujours à des obtenteurs autochtones (C. Bartlett, B. Dodsworth, J. Hewitt et B. Emmerson). Ce sont quatre Iris de Sibérie et trois TB qui l'ont reçue. Jennifer Hewitt est la grande triomphatrice de cette compétition, avec trois médailles pour ses SIB.

Cy Bartlett est de loin le plus important hybrideur de cette période. Son catalogue, très complet, embrasse presque toutes les catégories d'iris et comporte de nombreuses variétés renommées. En voici quelques-unes, dans l'ordre alphabétique : 'Alexia' (2003 – BDM 2006), 'Alien Mist' (1998), 'Cannington Sweet Puff' (1990), 'Denys Humphrey' (1992), 'Lark Rise' (1993), 'Orinocco Flow' (1989 – BDM 1994), 'Severn Side' (1996), 'Violet Icing' (1993).

Barry Emmerson, formé par Nora Scopes et Bryan Dodsworth auquel il voue une véritable culte, fait le pont entre ses deux maîtres et les quelques hybrideurs d'aujourd'hui. Son 'Iceni Sunset' (2008) a eu la chance d'obtenir une BDM, et une autre de ses variétés 'Shaun Emmerson' est commercialisée en France par l'Iriseraie de Gombault. Il a aussi été le Président de la BIS, laquelle est présidée aujourd'hui par le botaniste Brian Matthew, mondialement connu.

Margaret Owen n'a enregistré que quatre variétés mais son 'Godfrey Owen' (1986) s'est fait véritablement connaître. Charles Welch, avec une dizaine de variétés, n'a pas non plus fait preuve d'une grande productivité. 'Blushing Moon' (2001) était en compétition à Jouy en Josas pour le concours Franciris de 2007.

Le rôle d'Olga Wells, en son jardin de Sissinghurst, est nettement plus important. Elle s'est exercée à différentes catégories d'iris et ses variétés naines et médianes valent la peine, tandis que son TB 'County Town Red', présent à Florence en 2008, a été déclaré « meilleur iris rouge ». A noter que ses TB résultent pour la plupart de croisements incluant une variété médiane ou naine, ce qui est assez exceptionnel.

Un mot encore à propos de Anne Blanco-White qui n'est pas à proprement parler une hybrideuse, mais qui a néanmoins obtenu un tout petit nombre d'iris du Japon et d'hybrides interspécifiques originaux.

Il nous reste à parler de Gary Middleton. C'est actuellement l'obtenteur le plus prolifique, avec plus de cinquante variétés de TB enregistrées. Cette abondante production concerne toutes les couleurs d'iris, mais jusqu'à ce jour elle n'a pas rencontré la faveur des juges britanniques. Elle est pourtant diffusée par Seagate Irises, une grande pépinière anglaise spécialisée dans les iris. Dans la période de pénurie que traverse l'iridophilie britannique, Middleton est une exception. Ses iris, qui n'ont rien de révolutionnaire, devraient satisfaire le plus grand nombre. Dans le genre traditionnel, on trouve le rose 'Isabel Mynott' (2010) ou le blanc pur 'Sanctification' (2009), tandis qu'en plus moderne il y a 'Desert Streams' (2006).

Tout ceci laisse penser que l'iris britannique n'est pas si moribond que ça. A mon avis, néanmoins, il a un important défaut : il reste enfermé dans son insularité, et ce n'est pas quelques participations à des concours européens qui changeront cette particularité. On a l'impression que la mondialisation, qui concerne les iris comme le reste, n'atteint pas la Grande-Bretagne ! Il ne faudrait sans doute pas grand'chose pour qu'elle s'ouvre au reste du monde comme le font d'autres nations européennes comme l'Allemagne, la Pologne ou la Slovaquie. C'est pourquoi on attend tous le jour où, comme d'autres l'ont dit, la Grande-Bretagne s'éveillera.

Iconographie : 


'Severn Side' 


'Blushing Moon' 


'County Town Red' 


'Desert Streams'

18.5.18

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Florence 2018 : l'Italie par K.O.

Victoire totale des obtenteurs italiens pour ce Concorso Firenze 2018 : Huit récompenses sur 10 !!
1 – 'Anima Cara' (Garanzini, 2018) 
2 – 'Sina at Home' (Burkhardt, 2014) 
3 – 'Esabella' (Dotto, 2018) 
4 – 'Wicked Cool' (Hedgecock, 2012) 


5 – 'Baba Jaga' (Dotto, 2018) 
6 – 'Mille Tre' (Bianco, 2017) 
7 – 'Poco di Buono' (Garanzini, 2018)) 
8 – 'Long Bay' (Bianco, 2017) 
9 – 'Lucomone' (Luconi, 2018) 
10 – 'Almast' (Dotto, 2018) 

… Et le meilleur iris de bordure est 'Valdarno' (Bianco, 2017)

OEILLETS D'INDE

Pendant quarante ans Jim Gibson a obtenu des iris plicatas sur base orange, avec des dessins anthocyaniques qui, par illusion d'optique, varient du beige au brun parfois un peu rouge. C'était sa composition préférée et l'on trouve dans ses enregistrements plus de soixante variétés de ce type. Avec leurs couleurs qui font penser aux œillets d'inde ou à la toge des lamas, ils ravissent les amateurs d'iris rutilants. Nous en avons retenu une trentaine qui ont été publiées ici pendant quelques semaines. C'est aujourd'hui la dernière livraison.

VI - les dernières années 

– les années passent mais n'altèrent pas les capacités de Jim Gibson...

 'Caldron Fire' : Honey Lace X Plum Gleam 


 'Sing Out' : Gigolo X Osage Buff


 'Huckleberry Fudge' (1996) : (Inspiration Point sib x Burgundy Brown) X semis # 18-6A 


 'Surprising Wit' (1999) : Inspiration Point sib X Broadway

GRANDEUR ET DÉCADENCE (II)

L'ère Dodsworth 

Les derniers feux de l'âge d'or se sont éteints avec le déclenchement de la seconde guerre mondiale. Pendant la décade antérieure, quelques obtenteurs avaient poursuivi le travail de leurs glorieux prédécesseurs. On peut citer parmi eux Haworthe Chadburn qui n'a enregistré qu'une petite poignée de variétés mais a réussi a décrocher l'une des premières Dykes Medal anglaises avec son jaune 'Golden Hind' (1934), Geoffrey Pilkington, lui aussi jardinier amateur mais actif animateur de la BIS qu'il a longtemps présidée, et Olive Murrell, dont le métier de pépiniériste se doublait de celle d'hybrideuse dans son jardin d'Orpington Nurseries. L'activité de cette dame s'est prolongée de 1920 à sa disparition en 1957, mais a connu son meilleur dans les années 1930, avec des variétés comme 'Talisman' (1930) ou 'White City' (1939).

La guerre a tout fait cesser. 'Mabel Chadburn' (1939) a permis à son petit obtenteur de recevoir une seconde DM en 1941, mais la BIS a suspendu son activité, laquelle n'a repris qu'après 1945.

Pendant les décades 1950/1960, une certaine activité a repris et des personnalités comme Leonard et Marjorie Brummitt, Harry Randall, Herbert Fothergill ou Cedric Morris ont acquis une célébrité qui a débordé les limites insulaires. Randall a récolté quatre DM anglaises entre 1952 et 1965, Fothergill est arrivé au même nombre entre 1962 et1973 et les Brummitt cinq jusqu'en 1979. Mais ces accumulations cachent forcément le petit nombre d'obtenteurs de valeur. Cedric Morris est le plus remarquable de ces britanniques. En tant qu'artiste peintre il a acquis une célébrité considérable dans le monde de l’art, mais en même temps il s’est fait un nom dans la botanique et l’horticulture, en particulier dans celle des iris. En tant qu'obtenteur il a eu l’exceptionnel mérite d’hybrider et de sélectionner un des tout premiers iris roses, sans doute même le premier iris rose d’Europe. Dans « The World of Irises » on peut lire : « En Angleterre, Sir Cedric Morris a utilisé ‘Sacramento’ (1) ‘Golden Hind’ et ‘Mary Geddes’ dans son programme de recherche sur les iris roses. Il en a résulté une série de plicatas jaunes. En croisant et recroisant ses semis, il obtint ‘Edward of Windsor’ (1945). …avec de grandes fleurs, une couleur vive, et des veines de texture violettes sur les sépales. » Dans les mêmes moments et jusqu’à la fin des années 50 , Cedric Morris enregistra toute une série de nouvelles variétés, dans un grand nombre de coloris, auxquelles il donna un nom commençant toujours par ‘Benton’ pour rappeler la propriété où ils avaient été obtenus.Cependant c'est à son ‘Benton Cordelia’ (1953) que la BIS attribua la Médaille de Dykes britannique.

Quelques amateurs se sont joints à ce panel. C'est le cas de H. R. F. Miller, avec 'Kanchenjunga' (1955 – BDM 1960) ou P. Hutchison avec 'Dancer's Veil' (1959 – BDM 1963), une variété qui a réussi à se faire connaître un peu partout.

Jusqu'aux années 1970, l'iridophilie anglaise a connu un grand creux que la personne de Alec C. Howe n'a guère comblé. Son seul iris qui ait eu un certain retentissement est 'Constance West' (1967). L'apparition de Bryan Dodsworth a été plus importante. Pendant les trente ans suivants il a outrageusement dominé son univers, et été honoré douze fois d'une Dykes Medal ! On aurait pu craindre que cette avalanche de médailles ne résulte que d'une absence de concurrents, mais il se trouve que les variétés signées Dodsworth sont effectivement d'excellents iris. Grâce à Lawrence Ransom qui en possédait la plupart, j'ai pu cultiver, avec des fortunes diverses, 'Annabel Jane' (1973 – BDM 1977), 'Dovedale' (1981 – BDM 1983), 'Buckden Pike' (1985-BDM 1987), 'Wensleydale' (1985 -BDM 1988), 'Wharfedale' (1989 – BDM 1991)', 'Whooper Swan' (1995 – BDM 1997)' et Cowrie Shell' (1997) ; quant à'Sullom Voe' (1992), c'est Michelle Bersillon qui me l'a fourni.

Les autres hybrideurs de cette époque ont eu du mal à rivaliser ! Evoquons Maureen Foster, connue aussi sous son autre nom de Probert, qui a enregistré une poignée de jolies fleurs, comme 'Cregrina' (1990) ou 'Festival Crown' (1992) et surtout Nora Scopes, valeureuse obtentrice dont la carrière a duré une trentaine d'années et qui s'est distinguée dans toutes les catégories avec de vrais réussites comme le BB 'Sparkling Lemonade' (1977), ou les grands TB 'Dark Rosaleen' (1976), 'Early Light' (1989), 'Quiet Thought' (1989) et 'Lamorna' (1990).

Cependant un autre concurrent de Bryan Dodsworth, R. E. Nichol, de Birmingham, a réussi à tirer son épingle du jeu. Son catalogue n'est pas très abondant, mais presque toutes ses variétés ont connu un franc succès et souvent une diffusion internationale. C'est le cas, en priorité, de 'Elizabeth Poldark' (1987) que l'on a trouvé un peu partout. C'est aussi celui de 'Amadora' (1991), 'Caroline Penvenon' (1989), 'Demelza' (1984), 'Dwight Enys' (1995), 'Jud Paynter' (1991), 'Loveday' (1992), 'Morwenna' (1984), 'Trevaunance Cove' (1992), 'Verity Blamey' (1998) ou 'Warleggan' (1990).

Madame Foster/Probert fait encore partie de ces véritables amateurs qui s'amusent à enregistrer quelques iris, mais Bryan Dodsworth, Nora Scopes ou R. E. Nichol sont de véritables spécialistes dans la lignée de ce qui se pratique partout dans le monde.

(à suivre...) 

Iconographie : 



'Benton Cordelia'


'Wharfedale' 


'Early Light' 


'Morwenna'