irisenligne
L'hebdomadaire francophone des amateurs d'iris
11.5.08
IV. A la manière de Colette
(Pour un herbier)
Fleuri, doux.
« Fleuri, doux », c’est ainsi qu’un grand nez (comme on appelle ces hommes qui ont l’organe de l’odorat tellement affûté qu’ils sont capables, dans la foule d’une station de métro, de citer le nom du parfum de chacune des femmes qui passent auprès d’eux) a défini le parfum de l’iris. Parler du parfum de l’iris, c’est me retrouver dans notre jardin de St-Sauveur-en-Puisaye, un soir de mai, à la fin d’une journée où les premières chaleurs nous ont rendues nonchalantes. Les longues tiges flexueuses des iris bleu tendre s’inclinent vers le sol, et les fleurs, contraintes de se redresser pour offrir aux abeilles les trésors de leur nectar, se tortillent pour rester présentables malgré l’inconfort de leur situation. La chevelure dorée de leurs barbes est là pour leurrer les insectes. « Venez, semblent-elles dire, par ici vous trouverez ce qu’il y a de meilleur ! » Mais leur véritable intention est, en fait, de conduire jusqu’à leur cœur celui ou celle qui, au passage, va frotter son dos velu sur leur petite étamine et emporter le pollen vers la fleur voisine où il se déposera, mécaniquement, quand l’hôte d’un instant voudra encore une fois se régaler d’une nouvelle dose de sirop. Mais la chenille dorée n’est pas la seule à attirer le visiteur, il y a aussi l’odeur ! Ce parfum sucré, lourd, tenace, qui atteint son paroxysme aux dernières heures de la journée, comme pour ranimer l’appétit des pollinisateurs, émoussé par un après-midi de bombance.
Le parfum de l’iris, du moins celui de sa fleur, est effectivement un parfum doux et fleuri, mais pourquoi ne pas faire, justement, de ces caractéristiques la référence de l’iris. Un iris qui sent l’iris, est-ce inconcevable ? Oui, je sais, il existe des iris qui ne sentent pas l’iris ! Des traîtres, en quelque sorte, ou des plagiaires, qui prétendent se montrer intéressants en singeant l’odeur du muguet, de l’œillet, du lis blanc ou de la vanille. Comme si sentir l’iris était d’un commun, qu’une fleur distinguée ne pouvait pas se permettre. Il est vrai, également que d’autres négligent superbement de se parfumer : on-t-ils besoin de cet artifice, eux qui sont si beaux que personne ne saurait leur résister ? Certains vont même jusqu’à offrir une odeur âcre et désagréable, les iris sombres, surtout. Mais ce qui nous semble à nous humains, rébarbatif ou simplement déplaisant, n’a-t-il pas un effet fort différent sur l’odorat des insectes ? J’ai entendu dire que la forêt tropicale recèle des fleurs immenses, aux couleurs abominables, et dégageant une odeur épouvantable, mais qui ont un succès fou auprès des mouches autochtones. Tous les goûts sont dans la nature !
L’iris, au demeurant, n’est pas une fleur discrète : c’est un chevalier, un souverain. Observons avec quel dédain se dresse sa fleur, au sommet de la hampe. Il est fier et dominateur, et ses feuilles acérées et dressées lui font une garde rapprochée raide et menaçante. Mais ce prince guerrier a, aussi, son côté enjôleur, sa part de féminité. C’est son parfum, cette onde de langueur, douce et forte à la fois, que le souffle du soir emporte à travers le jardin et qui démontre, à ceux qui en douteraient , que l’iris abrite bien, en une seule enveloppe, les caractères majeurs des deux sexes.
(Pour un herbier)
Fleuri, doux.
« Fleuri, doux », c’est ainsi qu’un grand nez (comme on appelle ces hommes qui ont l’organe de l’odorat tellement affûté qu’ils sont capables, dans la foule d’une station de métro, de citer le nom du parfum de chacune des femmes qui passent auprès d’eux) a défini le parfum de l’iris. Parler du parfum de l’iris, c’est me retrouver dans notre jardin de St-Sauveur-en-Puisaye, un soir de mai, à la fin d’une journée où les premières chaleurs nous ont rendues nonchalantes. Les longues tiges flexueuses des iris bleu tendre s’inclinent vers le sol, et les fleurs, contraintes de se redresser pour offrir aux abeilles les trésors de leur nectar, se tortillent pour rester présentables malgré l’inconfort de leur situation. La chevelure dorée de leurs barbes est là pour leurrer les insectes. « Venez, semblent-elles dire, par ici vous trouverez ce qu’il y a de meilleur ! » Mais leur véritable intention est, en fait, de conduire jusqu’à leur cœur celui ou celle qui, au passage, va frotter son dos velu sur leur petite étamine et emporter le pollen vers la fleur voisine où il se déposera, mécaniquement, quand l’hôte d’un instant voudra encore une fois se régaler d’une nouvelle dose de sirop. Mais la chenille dorée n’est pas la seule à attirer le visiteur, il y a aussi l’odeur ! Ce parfum sucré, lourd, tenace, qui atteint son paroxysme aux dernières heures de la journée, comme pour ranimer l’appétit des pollinisateurs, émoussé par un après-midi de bombance.
Le parfum de l’iris, du moins celui de sa fleur, est effectivement un parfum doux et fleuri, mais pourquoi ne pas faire, justement, de ces caractéristiques la référence de l’iris. Un iris qui sent l’iris, est-ce inconcevable ? Oui, je sais, il existe des iris qui ne sentent pas l’iris ! Des traîtres, en quelque sorte, ou des plagiaires, qui prétendent se montrer intéressants en singeant l’odeur du muguet, de l’œillet, du lis blanc ou de la vanille. Comme si sentir l’iris était d’un commun, qu’une fleur distinguée ne pouvait pas se permettre. Il est vrai, également que d’autres négligent superbement de se parfumer : on-t-ils besoin de cet artifice, eux qui sont si beaux que personne ne saurait leur résister ? Certains vont même jusqu’à offrir une odeur âcre et désagréable, les iris sombres, surtout. Mais ce qui nous semble à nous humains, rébarbatif ou simplement déplaisant, n’a-t-il pas un effet fort différent sur l’odorat des insectes ? J’ai entendu dire que la forêt tropicale recèle des fleurs immenses, aux couleurs abominables, et dégageant une odeur épouvantable, mais qui ont un succès fou auprès des mouches autochtones. Tous les goûts sont dans la nature !
L’iris, au demeurant, n’est pas une fleur discrète : c’est un chevalier, un souverain. Observons avec quel dédain se dresse sa fleur, au sommet de la hampe. Il est fier et dominateur, et ses feuilles acérées et dressées lui font une garde rapprochée raide et menaçante. Mais ce prince guerrier a, aussi, son côté enjôleur, sa part de féminité. C’est son parfum, cette onde de langueur, douce et forte à la fois, que le souffle du soir emporte à travers le jardin et qui démontre, à ceux qui en douteraient , que l’iris abrite bien, en une seule enveloppe, les caractères majeurs des deux sexes.
2.5.08
UN PEU DE RETARD
La semaine prochaine Irisenligne sera un peu en retard. Je ne serai de retour de Florence (Concorso Firenze) que le dimanche 11. Mais j'aurai sans doute beaucoup de choses à dire.

LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS
Cette photo de ‘Elegant Impressions’ (Schreiner 93) met bien en évidence les qualités des variétés proposées par la firme Schreiner : fleurs amples, parfaitement proportionnées, délicatement frisées. La lumière qui baigne cette photo accroît l’impression de fraîcheur …et d’élégance !
Cette photo de ‘Elegant Impressions’ (Schreiner 93) met bien en évidence les qualités des variétés proposées par la firme Schreiner : fleurs amples, parfaitement proportionnées, délicatement frisées. La lumière qui baigne cette photo accroît l’impression de fraîcheur …et d’élégance !



MEILLEUR ESPOIR
Dans le système américain des récompenses, on commence par les HM (Honorable Mention) qui sont destinés aux variétés récemment mises sur le marché et qui entrent par cette porte dans le grand cirque qui peut les emmener jusqu’à la Médaille de Dykes. Et la variété qui, chaque année, accumule le plus de voix pour un HM reçoit la Walther Cup. Cette récompense est très prisée, en effet elle jette un coup de projecteur sur un iris a priori intéressant et, comme elle est attribuée au tout début de la vie commerciale de cet iris, elle garantit à son obtenteur des ventes importantes. Un autre de ses pôles d’intérêt est qu’elle est attribuée à des iris de toutes catégories, ce qui, pour les autres que les grands iris, est très favorable à leur développement.
La Walther Cup a été créée en mémoire de Barbara Walther et de son mari Fred. Barbara a été la première responsable des Presby Memorial Iris Gardens, installés dès 1927 dans la petite ville de Montclair, dans le New Jersey pour devenir le conservatoire américain des iris. D’après les renseignements que je possède, il semble que cette distinction existe depuis 1975, mais cette information est à vérifier, Barbara Walther étant décédée seulement en 1977.
Quoi qu’il en soit, la Walther Cup a tout de suite été attribuée à des variétés qui par la suite ont eu un parcours des honneurs particulièrement flatteur, ce qui accroît son aura et l’intérêt que les hybrideurs lui portent. Pour en juger il suffit de se pencher sur le cas des vingt dernières variétés récompensées.
1989 = ‘Silverado’ (Schreiner 87) – bleu argent, splendide, honoré de la Wister Medal (meilleur grand iris) en 91 et de la Médaille de Dykes en 94 ;
1990 = ‘Honky Tonk Blues’ (Schreiner 88) – original bleu, aux sépales marbrés, deux fois Wister Medal (92 et 94) et Médaille de Dykes en 95 ;
1991 = ‘Frosted Velvet’ (K. Fisher 88) – iris de table (MTB), amoena violet, AM en 93 et Williamson-White Medal (meilleur MTB) en 95 ;
1992 = ‘Shaker’s Prayer’ (Warner 89) – Iris de Sibérie, pétales violets, sépales allant de l’or au violet, très original, AM en 94 et meilleur de sa catégorie (Morgan-Wood Medal) en 96 ;
1993 = ‘Tennessee Gentleman’ (Innerst 89) – jaune et prune, l’un des vainqueurs de la Walther Cup qui a fait le plus modeste parcours puisqu’il s’est arrêté à l’AM en 95 ;
1994 = ‘Hello Darkness’ (Schreiner 92) – Le meilleur « noir » des 20 dernières années, Wister Medal en 98 et Dykes Medal l’année suivante ;
1995 = ‘Boogie Woogie’ (Nichols 88) – très élégant amoena bleu glycine, AM en 97, Wister Medal en 99 ;
1996 = ‘Feature Attraction’ (Schreiner 94) – remarqué dès 1994 avec la President’s Cup, ce très joli mauve frisé n’a pas dépassé par la suite le stade de l’AM obtenu en 98 ;
1997 = ‘Fancy Woman’ (Keppel 94) – un iris luminata bien dans le style Keppel, en violet améthyste, qui a obtenu la Wister Medal en 2001, puis tutoyé à deux reprises la Médaille de Dykes (2002 et 2003) sans pouvoir décrocher la timbale ;
1998 = ‘¨Protocol’ (Keppel 94) – cet iris intermédiaire (IB) n’a été commercialisé qu’en 1996. C’est un amoena jaune spectaculaire qui a continué son chemin jusqu’à le Sass Medal (meilleur intermédiaire) en 2002 ;
1999 = ‘Diabolique’ (Schreiner 97) – excellent iris violet sombre, qui a continué sur sa lancée et frôlé la Wister Medal en 2003 ;
2000 = ‘Midnight Oil’ (Keppel 97) – Très traditionnel d’aspect, cet iris est la contribution récente de Keith Keppel à la grande famille des iris “noirs” ; il n’a pas dépassé le niveau de l’AM, atteint en 2002 ;
2001 = ‘Starwoman’ (M. Smith 97) – cet intermédiaire, plicata classique, intéressant au plan de l’hybridation, a suivi un cursus exceptionnel : AM en 2003, Sass Medal (meilleur intermédiaire) en 2005 puis deux fois challenger pour la Médaille de Dykes, en 2006 et 2007 ;
2002 = ‘Happenstance’ (Keppel 2000) – ce rose superbe n’en pas fini avec les honneurs puisqu’il a obtenu un AM en 2004 et est arrivé troisième pour la Wister Medal en 2006 ;
2003 = ‘Delirium’ (M. Smith 99) – encore un intermédiaire qui s’est fait remarquer ! C’est un iris aux pétales jaune d’or fumé et aux sépales dont le fond jaune est largement couvert de violet, avec un fin liseré jaune et des barbes minium. AM en 2005 et Sass Medal en 2007 ;
2004 = ‘Cat’s Eye’ (P. Black 2002) – cette fois c’est un SDB qui l’a emporté ; grenat clair, marqué de sombre aux sépales, avec une barbe bleue, AM en 2006, est encore en course pour une distinction supérieure ;
2005 = ‘Paul Black’ (T. Johnson 2002) – ce grand iris bleu outremer avec de grosses barbes oranges, a marqué un grand coup cette année-là en remportant également le Florin d’Or à Florence. Meilleur AM en 2007, il a toutes ses chances pour la Wister Medal en 2009, voire plus en 2010 ou 2011 ;
2006 = ‘Decadence’ (Blyth 2001) – encore une originalité puisque cet iris est originaire d’Australie ; peut continuer de faire parler de lui dans les années à venir ;
2007 = ‘Florentine Silk’ (Keppel 2004) – cet intéressant bicolore fait une entrée en fanfare dans le grand cirque puisque, la même année, il remporte aussi la Franklin Cook Cup lors de la convention d’Oklahoma City. C’est une variété dont devrait reparler.
Dans le système américain des récompenses, on commence par les HM (Honorable Mention) qui sont destinés aux variétés récemment mises sur le marché et qui entrent par cette porte dans le grand cirque qui peut les emmener jusqu’à la Médaille de Dykes. Et la variété qui, chaque année, accumule le plus de voix pour un HM reçoit la Walther Cup. Cette récompense est très prisée, en effet elle jette un coup de projecteur sur un iris a priori intéressant et, comme elle est attribuée au tout début de la vie commerciale de cet iris, elle garantit à son obtenteur des ventes importantes. Un autre de ses pôles d’intérêt est qu’elle est attribuée à des iris de toutes catégories, ce qui, pour les autres que les grands iris, est très favorable à leur développement.
La Walther Cup a été créée en mémoire de Barbara Walther et de son mari Fred. Barbara a été la première responsable des Presby Memorial Iris Gardens, installés dès 1927 dans la petite ville de Montclair, dans le New Jersey pour devenir le conservatoire américain des iris. D’après les renseignements que je possède, il semble que cette distinction existe depuis 1975, mais cette information est à vérifier, Barbara Walther étant décédée seulement en 1977.
Quoi qu’il en soit, la Walther Cup a tout de suite été attribuée à des variétés qui par la suite ont eu un parcours des honneurs particulièrement flatteur, ce qui accroît son aura et l’intérêt que les hybrideurs lui portent. Pour en juger il suffit de se pencher sur le cas des vingt dernières variétés récompensées.
1989 = ‘Silverado’ (Schreiner 87) – bleu argent, splendide, honoré de la Wister Medal (meilleur grand iris) en 91 et de la Médaille de Dykes en 94 ;
1990 = ‘Honky Tonk Blues’ (Schreiner 88) – original bleu, aux sépales marbrés, deux fois Wister Medal (92 et 94) et Médaille de Dykes en 95 ;
1991 = ‘Frosted Velvet’ (K. Fisher 88) – iris de table (MTB), amoena violet, AM en 93 et Williamson-White Medal (meilleur MTB) en 95 ;
1992 = ‘Shaker’s Prayer’ (Warner 89) – Iris de Sibérie, pétales violets, sépales allant de l’or au violet, très original, AM en 94 et meilleur de sa catégorie (Morgan-Wood Medal) en 96 ;
1993 = ‘Tennessee Gentleman’ (Innerst 89) – jaune et prune, l’un des vainqueurs de la Walther Cup qui a fait le plus modeste parcours puisqu’il s’est arrêté à l’AM en 95 ;
1994 = ‘Hello Darkness’ (Schreiner 92) – Le meilleur « noir » des 20 dernières années, Wister Medal en 98 et Dykes Medal l’année suivante ;
1995 = ‘Boogie Woogie’ (Nichols 88) – très élégant amoena bleu glycine, AM en 97, Wister Medal en 99 ;
1996 = ‘Feature Attraction’ (Schreiner 94) – remarqué dès 1994 avec la President’s Cup, ce très joli mauve frisé n’a pas dépassé par la suite le stade de l’AM obtenu en 98 ;
1997 = ‘Fancy Woman’ (Keppel 94) – un iris luminata bien dans le style Keppel, en violet améthyste, qui a obtenu la Wister Medal en 2001, puis tutoyé à deux reprises la Médaille de Dykes (2002 et 2003) sans pouvoir décrocher la timbale ;
1998 = ‘¨Protocol’ (Keppel 94) – cet iris intermédiaire (IB) n’a été commercialisé qu’en 1996. C’est un amoena jaune spectaculaire qui a continué son chemin jusqu’à le Sass Medal (meilleur intermédiaire) en 2002 ;
1999 = ‘Diabolique’ (Schreiner 97) – excellent iris violet sombre, qui a continué sur sa lancée et frôlé la Wister Medal en 2003 ;
2000 = ‘Midnight Oil’ (Keppel 97) – Très traditionnel d’aspect, cet iris est la contribution récente de Keith Keppel à la grande famille des iris “noirs” ; il n’a pas dépassé le niveau de l’AM, atteint en 2002 ;
2001 = ‘Starwoman’ (M. Smith 97) – cet intermédiaire, plicata classique, intéressant au plan de l’hybridation, a suivi un cursus exceptionnel : AM en 2003, Sass Medal (meilleur intermédiaire) en 2005 puis deux fois challenger pour la Médaille de Dykes, en 2006 et 2007 ;
2002 = ‘Happenstance’ (Keppel 2000) – ce rose superbe n’en pas fini avec les honneurs puisqu’il a obtenu un AM en 2004 et est arrivé troisième pour la Wister Medal en 2006 ;
2003 = ‘Delirium’ (M. Smith 99) – encore un intermédiaire qui s’est fait remarquer ! C’est un iris aux pétales jaune d’or fumé et aux sépales dont le fond jaune est largement couvert de violet, avec un fin liseré jaune et des barbes minium. AM en 2005 et Sass Medal en 2007 ;
2004 = ‘Cat’s Eye’ (P. Black 2002) – cette fois c’est un SDB qui l’a emporté ; grenat clair, marqué de sombre aux sépales, avec une barbe bleue, AM en 2006, est encore en course pour une distinction supérieure ;
2005 = ‘Paul Black’ (T. Johnson 2002) – ce grand iris bleu outremer avec de grosses barbes oranges, a marqué un grand coup cette année-là en remportant également le Florin d’Or à Florence. Meilleur AM en 2007, il a toutes ses chances pour la Wister Medal en 2009, voire plus en 2010 ou 2011 ;
2006 = ‘Decadence’ (Blyth 2001) – encore une originalité puisque cet iris est originaire d’Australie ; peut continuer de faire parler de lui dans les années à venir ;
2007 = ‘Florentine Silk’ (Keppel 2004) – cet intéressant bicolore fait une entrée en fanfare dans le grand cirque puisque, la même année, il remporte aussi la Franklin Cook Cup lors de la convention d’Oklahoma City. C’est une variété dont devrait reparler.
25.4.08
ECHOS DU MONDE DES IRIS
Le géant des producteurs
Quelques informations concernant la firme SCHREINER, à Salem dans l’Oregon : la plus grande entreprise du monde des iris :
Surface cultivée = 90 hectares
Nombre de semis effectués chaque année = 20000, 2% seront conservés
Ventes annuelles = 5 Millions de rhizomes !
BRASSÉE D’IRIS
Il y a quelques années, avant d’aller se consacrer, ailleurs, à autre chose, Luc Bourdillon avait pris du plaisir à pratiquer quelques hybridations, notamment en utilisant ‘Thornbird’ comme géniteur principal. C’est Pascal Bourdillon, son frère, qui, maintenant, a mis à son catalogue un certain nombre des obtentions sélectionnées par Luc. C’est une façon commode de régénérer un catalogue que les difficultés présentes entre l’Union Européenne et les Etats-Unis à propos des conditions d’importation des iris rendent plus délicat à renouveler. En 2004 Luc Bourdillon m’avait invité à parcourir les rangs où poussaient ses semis et à donner mon avis sur les plus intéressants. Les 28 variétés aujourd’hui retenues font donc partie de celles que j’avais vues ce printemps-là.
Dans cette brassée de nouveautés, dont on peut trouver les photos sur le site marchand de la maison Bourdillon, il y a forcément du bon et du moins bon. La présente chronique va essayer de faire le tour de ce sujet du point de vue de l’amateur collectionneur d’iris.
Il y a deux variétés roses : ‘Barrière de Corail’ et ‘Crevette’. Elles sont assez voisines, de forme classique, plutôt frisées, mais sans grande originalité.
‘Café-Chocolat’ est un iris brun, une couleur plutôt rare, et en ce sens il possède une certaine originalité. Il se situe dans la lignée de ‘Rusty Magnificence’ (Niswonger 95), un brun récent, en un peu plus clair.
Parmi les iris à éperons il y en a deux qui son très voisins : ‘Chamois d’Or’ et ‘Paillasson’. A mon avis, le coloris un peu plus contrasté (surtout les éperons, violets) de ‘Paillasson’ lui donne l’avantage, mais nous sommes dans un ensemble où l’on retrouve les caractéristiques de ‘Sky Hooks’, notamment le coloris jaune verdâtre. Avec ‘Tigrou’ on se rapproche du modèle ‘Thornbird’, notamment à cause de la couleur des éperons. Ceux-ci, longs et recourbés, sur des sépales qui supportent bien leur poids, en font une fleur très agréable. On serait tenté de donner une appréciation aussi bonne à ‘Guerrier Valeureux’ qui présente un aspect similaire en un jaune un peu plus doré, mais la taille râblée de la plante la dessert nettement. C’est un iris de bordure plus qu’un grand iris.
Trois variétés sont très proches d’aspect : ‘En Sologne’, ‘La Vie’ et ‘Nuisette’. ‘La Vie’ est plus nettement un amoena indigo que les deux autres que l’on peut qualifier de bitones. Des trois, c’est ‘Nuisette’ qui me paraît le plus intéressant, avec la forme gracieuse, un peu ouverte, de ses fleurs et ses petits éperons bleus.
Un certain nombre d’autres variétés me paraissent d’intérêt secondaire : formes de fleur très traditionnelles, coloris rencontré maintes fois… ‘Gamay’, ‘Glace’, ‘Myrtille’, ‘Néon’, ‘Ombre’, ‘Papillon Blanc’, ‘Sirop de Framboise’ et ‘Velours Noir’ sont dans ce cas, chacun dans son modèle ou son coloris. Quand on voit les photos, on se dit : « Mais j’ai déjà vu ça quelque part ». ‘Guimauve’ sera placé par certains dans le même sac. Pourtant son coloris légèrement violacé lui donne un certain charme ; néanmoins moins la forme de la fleur, très années 70, lui enlève de la valeur.
Une fleur comme ‘La Solognote’ intéresse surtout par son coloris contrasté. C’est un variégata par ailleurs on ne peut plus traditionnel ; tant qu’à faire, je lui préfère ‘Tout Feu Tout Flamme’ dont la forme, ondulée et légèrement frisée, est tout de même plus attractive.
Pour en terminer avec les fleurs qui n’ont pas beaucoup d’intérêt pour les collectionneurs, citons ‘Spot’, qui reprend une association violet sombre plus tache blanche sous les barbes qui était déjà celle du fort connu ‘Winner’s Circle’ (Plough 72).
Il reste six variétés qui suscitent davantage la curiosité. Dans l’ordre alphabétique, on trouve ‘Epée Violette’, visiblement un descendant de ‘Thornbird’, mais dans un coloris très frais. ‘Libellule’, gracieux et original, associe des pétales bouillonnés et des sépales mouvementés à des éperons touffus et amusants, le tout dans deux tons de mauve bien agréables. L’un de mes préférés sera ‘Rivière Pourpre’. Non pas que la forme de sa fleur soit très moderne, mais ses sépales très larges à la base lui donnent de la tenue, et l’association bleu glacier et indigo sombre, relevée d’une pointe de moutarde pour la barbe, est bien plaisante. ‘Sous le Vent’ est le troisième variegata de la sélection. Il est gai, jeune d’allure, et attire l’œil. Avec ‘Splendeur des Tropiques’ on est en présence d’un iris bitone bleu tout en mouvement, tout en fraîcheur, une jolie fleur. Pour terminer, ‘Vol au Vent’ retient l’attention grâce à ses éperons longs, minces et recourbés comme les cils d’une poupée, qui prolongent en bleu vif des barbes jaunes au cœur d’une fleur d’un beau bleu bitone.
Un peu plus de rigueur dans la sélection finale aurait été plus satisfaisante pour ceux qui choisissent leurs iris en terme d’originalité. Néanmoins toutes ces fleurs ont l’air d’être de bons iris qui devraient plaire et convenir à la majorité des acheteurs. Je regrette de devoir néanmoins ajouter un bémol : le prix de ces plantes me semble un peu élevé. Enfin, pour ceux qui s’intéressent à l’hybridation, il est dommage de ne pas pouvoir disposer des pedigrees.
Il y a quelques années, avant d’aller se consacrer, ailleurs, à autre chose, Luc Bourdillon avait pris du plaisir à pratiquer quelques hybridations, notamment en utilisant ‘Thornbird’ comme géniteur principal. C’est Pascal Bourdillon, son frère, qui, maintenant, a mis à son catalogue un certain nombre des obtentions sélectionnées par Luc. C’est une façon commode de régénérer un catalogue que les difficultés présentes entre l’Union Européenne et les Etats-Unis à propos des conditions d’importation des iris rendent plus délicat à renouveler. En 2004 Luc Bourdillon m’avait invité à parcourir les rangs où poussaient ses semis et à donner mon avis sur les plus intéressants. Les 28 variétés aujourd’hui retenues font donc partie de celles que j’avais vues ce printemps-là.
Dans cette brassée de nouveautés, dont on peut trouver les photos sur le site marchand de la maison Bourdillon, il y a forcément du bon et du moins bon. La présente chronique va essayer de faire le tour de ce sujet du point de vue de l’amateur collectionneur d’iris.
Il y a deux variétés roses : ‘Barrière de Corail’ et ‘Crevette’. Elles sont assez voisines, de forme classique, plutôt frisées, mais sans grande originalité.
‘Café-Chocolat’ est un iris brun, une couleur plutôt rare, et en ce sens il possède une certaine originalité. Il se situe dans la lignée de ‘Rusty Magnificence’ (Niswonger 95), un brun récent, en un peu plus clair.
Parmi les iris à éperons il y en a deux qui son très voisins : ‘Chamois d’Or’ et ‘Paillasson’. A mon avis, le coloris un peu plus contrasté (surtout les éperons, violets) de ‘Paillasson’ lui donne l’avantage, mais nous sommes dans un ensemble où l’on retrouve les caractéristiques de ‘Sky Hooks’, notamment le coloris jaune verdâtre. Avec ‘Tigrou’ on se rapproche du modèle ‘Thornbird’, notamment à cause de la couleur des éperons. Ceux-ci, longs et recourbés, sur des sépales qui supportent bien leur poids, en font une fleur très agréable. On serait tenté de donner une appréciation aussi bonne à ‘Guerrier Valeureux’ qui présente un aspect similaire en un jaune un peu plus doré, mais la taille râblée de la plante la dessert nettement. C’est un iris de bordure plus qu’un grand iris.
Trois variétés sont très proches d’aspect : ‘En Sologne’, ‘La Vie’ et ‘Nuisette’. ‘La Vie’ est plus nettement un amoena indigo que les deux autres que l’on peut qualifier de bitones. Des trois, c’est ‘Nuisette’ qui me paraît le plus intéressant, avec la forme gracieuse, un peu ouverte, de ses fleurs et ses petits éperons bleus.
Un certain nombre d’autres variétés me paraissent d’intérêt secondaire : formes de fleur très traditionnelles, coloris rencontré maintes fois… ‘Gamay’, ‘Glace’, ‘Myrtille’, ‘Néon’, ‘Ombre’, ‘Papillon Blanc’, ‘Sirop de Framboise’ et ‘Velours Noir’ sont dans ce cas, chacun dans son modèle ou son coloris. Quand on voit les photos, on se dit : « Mais j’ai déjà vu ça quelque part ». ‘Guimauve’ sera placé par certains dans le même sac. Pourtant son coloris légèrement violacé lui donne un certain charme ; néanmoins moins la forme de la fleur, très années 70, lui enlève de la valeur.
Une fleur comme ‘La Solognote’ intéresse surtout par son coloris contrasté. C’est un variégata par ailleurs on ne peut plus traditionnel ; tant qu’à faire, je lui préfère ‘Tout Feu Tout Flamme’ dont la forme, ondulée et légèrement frisée, est tout de même plus attractive.
Pour en terminer avec les fleurs qui n’ont pas beaucoup d’intérêt pour les collectionneurs, citons ‘Spot’, qui reprend une association violet sombre plus tache blanche sous les barbes qui était déjà celle du fort connu ‘Winner’s Circle’ (Plough 72).
Il reste six variétés qui suscitent davantage la curiosité. Dans l’ordre alphabétique, on trouve ‘Epée Violette’, visiblement un descendant de ‘Thornbird’, mais dans un coloris très frais. ‘Libellule’, gracieux et original, associe des pétales bouillonnés et des sépales mouvementés à des éperons touffus et amusants, le tout dans deux tons de mauve bien agréables. L’un de mes préférés sera ‘Rivière Pourpre’. Non pas que la forme de sa fleur soit très moderne, mais ses sépales très larges à la base lui donnent de la tenue, et l’association bleu glacier et indigo sombre, relevée d’une pointe de moutarde pour la barbe, est bien plaisante. ‘Sous le Vent’ est le troisième variegata de la sélection. Il est gai, jeune d’allure, et attire l’œil. Avec ‘Splendeur des Tropiques’ on est en présence d’un iris bitone bleu tout en mouvement, tout en fraîcheur, une jolie fleur. Pour terminer, ‘Vol au Vent’ retient l’attention grâce à ses éperons longs, minces et recourbés comme les cils d’une poupée, qui prolongent en bleu vif des barbes jaunes au cœur d’une fleur d’un beau bleu bitone.
Un peu plus de rigueur dans la sélection finale aurait été plus satisfaisante pour ceux qui choisissent leurs iris en terme d’originalité. Néanmoins toutes ces fleurs ont l’air d’être de bons iris qui devraient plaire et convenir à la majorité des acheteurs. Je regrette de devoir néanmoins ajouter un bémol : le prix de ces plantes me semble un peu élevé. Enfin, pour ceux qui s’intéressent à l’hybridation, il est dommage de ne pas pouvoir disposer des pedigrees.
18.4.08
ECHOS DU MONDE DES IRIS
Un peu d’histoire
Le Dr Frédéric PAUTZ, directeur du Jardin Botanique de la Ville de Lyon, rédige un ouvrage pour lequel il recherche des informations sur l’histoire des Iris en France. Obtentions. Documents sur des expositions, entre 1800 et nos jours.
Il souhaite que ceux qui possèdent ce genre d’information ainsi que des documents relatifs à l’histoire des Iris en France, de prendre contact avec lui au:
Tel : 04 72 82 35 03 Fax : 04 72 82 35 09 Mobile : 06 24 98 30 92
Mail : frederic.pautz@mairie-lyon.fr
A LA RECHERCHE DE L’ANCÊTRE PERDU
‘Dornspiel’ (Muska 2006) est une variété qui se fait remarquer par les fines dentelures qui ornent ses bords. C’est aussi une jolie fleur rose pèche et rose orchidée, agrémentée d’un cœur doré et d’un liseré caramel. De petits éperons blancs complètent une fleur originale. Ces bords très dentelés ont un air de déjà vu, un air que les amateurs d’iris attribueront au premier coup d’œil à une variété emblématique, ‘Laced Cotton’ (Schreiner 78).
Ce ‘Laced Cotton’ se présente comme un iris blanc bleuté, à barbes blanches, ample et élégant comme la maison Schreiner sait le faire. On y remarque les fines déchiquetures et les piqûres délicates qui dessinent sur le bord des pétales et des sépales une charmante dentelle. Ce trait n’est pas à proprement une nouveauté : d’autres variétés l’avaient déjà montré, depuis ‘Chantilly’ (Hall 40) et surtout, tout au moins chez les Schreiner, depuis ‘Crinkled Ribbon’ (56). Pour aller de ‘Crinkled Ribbon’ à ‘Laced Cotton’, il y a vingt-deux ans de recherches et un chapelet de variétés dentelées qui se nomment ‘Crinckled Beauty’ (56), ‘Crinkled Joy’ (67) et ‘Grand Waltz’ (70), le plus remarquable de tous par la beauté de sa fleur et la richesse de ses ornements.
Si l’on veut avoir confirmation que derrière ‘Dornspiel’ il y a bien ‘Laced Cotton’, il faut entreprendre une recherche généalogique qui se révèle complexe mais réjouissante. En effet presque trente ans séparent ces deux variétés, et, par conséquent, un nombre considérable de générations : six ou sept, sans doute. Alors, partons à la recherche de l’ancêtre perdu !
On doit commencer par examiner le pedigree de ‘Dornspiel’. C’est (Scarlett in Gold x Golden Fasan) X Mesmerizer. Le côté masculin, ‘Mesmerizer’, responsable dans une certaine mesure des petits éperons blancs, n’est pour rien dans les frisottis. On peut donc faire l’impasse sur cette branche de la famille. ‘Scarlett in Gold’ et ‘Golden Fasan’ sont des purs produits des jardins de Bratislava. En route pour la Slovaquie…
‘Scarlett in Gold’ (Muska 96) a un pedigree où se mêlent variétés récentes et vieux de la vieille : (Sunshine Express x White Window) X (Lemon Fire x (Glory Bound x Silver Shower)). On peut abandonner tout de suite la piste ‘Sunshine Express’ (K. Mohr 78), puisque cette variété est contemporaine de celle dont nous recherchons la trace. L’échantillonnage se réduit aux deux produits « maison », ‘White Window’ (Muska 96) et ‘Lemon Fire’ (Muska 96). ‘White Window’ descend, du côté féminin, d’un iris Muska non enregistré mais baptisé ‘Bila Neha’, qui provient en fait de deux anciennes variétés mauves américaines, ‘Lavender Petticoat’ (Osborne 73) et Silver Shower’ (Schreiner 73). Ce ‘Silver Shower, associé à ‘Sunshine Express’, déjà cité, se trouve derrière ‘Monte Albano’ (Muska 92), l’autre branche féminine de ‘White Window’. Chou blanc dans cette direction. La branche masculine de ‘White Window’ se nomme ‘Cream with Gold’ (95). On reste dans la sphère Muska, mais on touche au but. Parce que ‘Cream with Gold’ est un enfant de ‘Don Epifano’ (89) et que ‘Don Epifano’ est un enfant de ‘Laced Cotton’. Ouf ! Ajoutons que ‘Lemon Fire’, le partenaire de ‘White Window’ dans le croisement à l’origine de la branche féminine de notre héros du jour, est un arrière petit-fils de ‘Laced Cotton’ et de ‘Fabulous Frills’, un autre enfant de ‘Grand Waltz’. Re-ouf.
Parviendra-t-on au même résultat en remontant la filière de ‘Golden Fasan’ (Muska 99) ? Ce très joli « space age » a pour pedigree ((Krimhilde x Mys Horn)x Sky Hooks) X Decory Win. ‘Decory Win’ (Muska 94) provident de ‘Sky Hooks’ et de ‘Lady Madonna’. Or ‘Lady Madonna’ (Schreiner 84) descend de ‘Fabulous Frills’. Bingo ! Quant à ‘Mys Horn (Muska 98), il descend à la troisième génération de ‘Laced Cotton’. Rebingo.
Ainsi un amusant jeu de piste au travers des ancêtres de ‘Dornspiel’ aboutit à la démonstration de ce que l’on supposait : ce ‘Dornspiel’, tout crêpu, est un lointain descendant de ‘Laced ‘Cotton’, et de ‘Grand Waltz’. Les traits dominants peuvent ainsi faire leur réapparition après des générations et des générations. Dans le cas présent il s’en est écoulé soit sept, soit huit, et même onze, depuis ‘Crinkled Ribbon’ ! Les multiples croisements n’ont pas eu raison de ces dentelures, et on est bien content de les retrouver, intactes, après tout ce temps et toutes ces combinaisons.
‘Dornspiel’ (Muska 2006) est une variété qui se fait remarquer par les fines dentelures qui ornent ses bords. C’est aussi une jolie fleur rose pèche et rose orchidée, agrémentée d’un cœur doré et d’un liseré caramel. De petits éperons blancs complètent une fleur originale. Ces bords très dentelés ont un air de déjà vu, un air que les amateurs d’iris attribueront au premier coup d’œil à une variété emblématique, ‘Laced Cotton’ (Schreiner 78).
Ce ‘Laced Cotton’ se présente comme un iris blanc bleuté, à barbes blanches, ample et élégant comme la maison Schreiner sait le faire. On y remarque les fines déchiquetures et les piqûres délicates qui dessinent sur le bord des pétales et des sépales une charmante dentelle. Ce trait n’est pas à proprement une nouveauté : d’autres variétés l’avaient déjà montré, depuis ‘Chantilly’ (Hall 40) et surtout, tout au moins chez les Schreiner, depuis ‘Crinkled Ribbon’ (56). Pour aller de ‘Crinkled Ribbon’ à ‘Laced Cotton’, il y a vingt-deux ans de recherches et un chapelet de variétés dentelées qui se nomment ‘Crinckled Beauty’ (56), ‘Crinkled Joy’ (67) et ‘Grand Waltz’ (70), le plus remarquable de tous par la beauté de sa fleur et la richesse de ses ornements.
Si l’on veut avoir confirmation que derrière ‘Dornspiel’ il y a bien ‘Laced Cotton’, il faut entreprendre une recherche généalogique qui se révèle complexe mais réjouissante. En effet presque trente ans séparent ces deux variétés, et, par conséquent, un nombre considérable de générations : six ou sept, sans doute. Alors, partons à la recherche de l’ancêtre perdu !
On doit commencer par examiner le pedigree de ‘Dornspiel’. C’est (Scarlett in Gold x Golden Fasan) X Mesmerizer. Le côté masculin, ‘Mesmerizer’, responsable dans une certaine mesure des petits éperons blancs, n’est pour rien dans les frisottis. On peut donc faire l’impasse sur cette branche de la famille. ‘Scarlett in Gold’ et ‘Golden Fasan’ sont des purs produits des jardins de Bratislava. En route pour la Slovaquie…
‘Scarlett in Gold’ (Muska 96) a un pedigree où se mêlent variétés récentes et vieux de la vieille : (Sunshine Express x White Window) X (Lemon Fire x (Glory Bound x Silver Shower)). On peut abandonner tout de suite la piste ‘Sunshine Express’ (K. Mohr 78), puisque cette variété est contemporaine de celle dont nous recherchons la trace. L’échantillonnage se réduit aux deux produits « maison », ‘White Window’ (Muska 96) et ‘Lemon Fire’ (Muska 96). ‘White Window’ descend, du côté féminin, d’un iris Muska non enregistré mais baptisé ‘Bila Neha’, qui provient en fait de deux anciennes variétés mauves américaines, ‘Lavender Petticoat’ (Osborne 73) et Silver Shower’ (Schreiner 73). Ce ‘Silver Shower, associé à ‘Sunshine Express’, déjà cité, se trouve derrière ‘Monte Albano’ (Muska 92), l’autre branche féminine de ‘White Window’. Chou blanc dans cette direction. La branche masculine de ‘White Window’ se nomme ‘Cream with Gold’ (95). On reste dans la sphère Muska, mais on touche au but. Parce que ‘Cream with Gold’ est un enfant de ‘Don Epifano’ (89) et que ‘Don Epifano’ est un enfant de ‘Laced Cotton’. Ouf ! Ajoutons que ‘Lemon Fire’, le partenaire de ‘White Window’ dans le croisement à l’origine de la branche féminine de notre héros du jour, est un arrière petit-fils de ‘Laced Cotton’ et de ‘Fabulous Frills’, un autre enfant de ‘Grand Waltz’. Re-ouf.
Parviendra-t-on au même résultat en remontant la filière de ‘Golden Fasan’ (Muska 99) ? Ce très joli « space age » a pour pedigree ((Krimhilde x Mys Horn)x Sky Hooks) X Decory Win. ‘Decory Win’ (Muska 94) provident de ‘Sky Hooks’ et de ‘Lady Madonna’. Or ‘Lady Madonna’ (Schreiner 84) descend de ‘Fabulous Frills’. Bingo ! Quant à ‘Mys Horn (Muska 98), il descend à la troisième génération de ‘Laced Cotton’. Rebingo.
Ainsi un amusant jeu de piste au travers des ancêtres de ‘Dornspiel’ aboutit à la démonstration de ce que l’on supposait : ce ‘Dornspiel’, tout crêpu, est un lointain descendant de ‘Laced ‘Cotton’, et de ‘Grand Waltz’. Les traits dominants peuvent ainsi faire leur réapparition après des générations et des générations. Dans le cas présent il s’en est écoulé soit sept, soit huit, et même onze, depuis ‘Crinkled Ribbon’ ! Les multiples croisements n’ont pas eu raison de ces dentelures, et on est bien content de les retrouver, intactes, après tout ce temps et toutes ces combinaisons.
11.4.08
DIVISION OU MULTIPLICATION
De toute façon c’est une question de calcul. La question est : comment obtenir la multiplication des rhizomes, pour pouvoir, sans trop attendre, quand on fait le commerce des iris, mettre un maximum de plantes sur le marché ? Il ne faut pas oublier qu’en Europe les variétés américaines arrivent alors qu’elles ont été déjà multipliées en abondance par les producteurs qui les proposent. Le défi pour les producteurs français est de perdre le moins de temps possible pour les commercialiser à leur tour.
Pour commencer, il y a ceux qui pensent que plus on divise les touffes, plus on obtient de nouvelles pousses. Ceux-là, par conséquent, vont, dès l’année A+1, diviser leurs plantations de l’année A. Ils partent de l’idée que chaque rhizome doit, en principe, donner naissance à trois pousses. Mais lorsque les touffes commencent à être un peu denses, il y a des pousses qui vont avorter, faute de place pour se développer, donc des rhizomes potentiels qui vont manquer. En divisant très vite on contourne le problème. Cependant, en un an, surtout sous les conditions météorologiques de l’Europe du Nord-Ouest, les jeunes pousses n’auront pas atteint un développement optimal, de sorte que, leur infligeant très tôt l’obligation de se réinstaller, on les fragilise sérieusement, avec le risque de voir certaines dépérir, et s’éteindre le bénéfice escompté d’une division précoce. Le bon sens exige donc de ne pratiquer ce traitement sévère que dans les régions plutôt clémentes, là où les pousses de l’année A auront pu atteindre une vigueur suffisante avant la transplantation. Autre inconvénient possible de cette technique : elle nécessite beaucoup d’espace et, par conséquent, une pépinière où les mètres carrés ne manquent pas. Enfin les rhizomes issus d’une multiplication rapide peuvent être petits et donc moins flatteurs, pour le client qui les reçoit, que les gros rejetons qui ont eu plus de temps pour prendre de la force. Pour compenser, il va falloir utiliser beaucoup d’eau et de l’engrais…
Deuxième technique : n’entreprendre la division que lorsque les touffes sont bien installées et les pousses nombreuses et solides. C’est sage, mais est-ce aussi efficace ? Les avis sont évidemment partagés, et ceux qui pratiquent ainsi sont convaincus d’utiliser la bonne méthode. Dans un climat un peu ingrat, c’est sûrement ce qu’il faut faire. Mais au bout de combien de temps pratiquer cette forme de division ? Là aussi les avis sont partagés. Deux années ? Trois années ? Plus ? C’est uniquement la rapidité de la multiplication qui va décider de la périodicité. Chaque producteur, qui connaît la progression des iris dans son exploitation, choisit ce qu’il considère comme le meilleur. Il choisit également l’espacement optimum à réserver entre les touffes. Car c’est un élément important : des touffes qui vont prendre de l’ampleur doivent avoir la place de se développer. Les rhizomes qui proviennent de cette méthode de culture sont en général plutôt costauds, sans se montrer exigeants en soins et en fortifiants.
Il existe une troisième technique. Elle est pratiquée par celui qui n’est pas particulièrement pressé d’obtenir des rhizomes en état d’être vendu, mais qui privilégie le naturel. Elle consiste à planter large, et à laisser les plantes se développer à leur rythme, aussi longtemps qu’elles pourront rester à la même place. Elles ne seront pas transplantées systématiquement mais seulement quand le besoin s’en fera sentir, parce que toutes les variétés ne poussent pas à la même vitesse. Pour la vente, au fur à mesure des commandes, le producteur vient retirer les rhizomes dont il a besoin, les détachant de la touffe mère, sans déterrer celle-ci. C’est une culture « bio » de l’iris, loin de la productivité recherchée par les adeptes des techniques précédentes. Ce mode de culture va de pair avec une quasi-absencee d’engrais et d’arrosage, et à un désherbage sans produit chimique. Mais autant dire que celui qui pratique ainsi ne fait pas du chiffre d’affaire sa première préoccupation ! La qualité est là, ainsi que la robustesse.
Enfin il y a des personnes qui ne recherchent pas la multiplication de leurs iris, mais au contraire essaient de la limiter pour s’éviter une transplantation pénible ou impossible. Ce sont des amateurs, aux jardins de taille modeste, qui tiennent à ce que leurs iris, généralement plantés serrés, ne viennent pas à se chevaucher et restent longuement en place. Pour cela ils retirent chaque été les poussent les plus extérieures, nettoient le centre de la touffe, y ajoutent du terreau et des amendements à diffusion lente, et replantent à cet endroit les rhizomes issus de la couronne. Cette méthode a été mise au point en Belgique par Koen Engelen, et elle est efficace dans les petits jardins.
Je vous disais que c’est une question de calcul ! Voulez-vous aller vite, ou prendre votre temps, voire freiner la prolifération ? Les quatre méthodes évoquées répondent en fait à des besoins différents.
4.4.08



UNE BELLE FRATRIE
Une obtention récente, et des plus réussies, de Barry Blyth, le célèbre hybrideur australien, spécialiste des bicolores, s’appelle ‘Decadence’ (2004). C’est une variété vivement frisée et ondulée, avec des pétales dans les tons de pèche, et des sépales amarante bordées du pèche des pétales. Mais sa particularité est de faire apparaître des infusions de mauve, ou violet, à la base des pétales et surtout d’avoir des sépales veinés de sombre. Ce sont ces éléments, que Blyth a recherché à reproduire sur les descendants de ‘Decadence’, et qui se retrouvent, en effet sur de nombreux d’entre eux.
Un trait personnel de Barry Blyth, dont j’ai déjà parlé ici, est de sélectionner et enregistrer souvent un grand nombre des semis issus d’un croisement qui lui plait. C’est le cas avec celui de ‘Decadence’ par (‘Fogbound’ x ‘Starring’). Ce dernier croisement a donné ‘Reckless in Denim’ (2006), mais ce n’est pas cette variété enregistrée qui a été utilisée dans le croisement dont il est question maintenant, mais l’un de ses frères de semis. De ce mariage sont nés des iris dont Blyth a sélectionné, à l’heure actuelle, sept rejetons !
‘Reckless in Denim’ se présente comme un véritable iris a rayures : les sépales, dont le fond est d’un blanc rosé, couleur des pétales, portent des veines très nettes violet pourpré. Qu’en est-il de son frère, utilisé comme « père » des sept petits nouveaux ? Sans doute quelque chose d’approchant, mais l’histoire ne le dit pas. De ses sept descendants qui nous sont aujourd’hui proposés, six sont des iris à rayures. Le seul qui tranche un peu, c’est ‘Dinner Talk’ (2005) dont les rayures, en fait, disparaissent presque complètement dans le coloris violet foncé des sépales. Pour les autres, les veines richement colorées sont tout à fait visibles.
‘Astrobubbles’ (2005) décline les couleurs de ‘Decadence’, dans une note un peu plus bleutée. Les pétales, chamois tendre, légèrement teintés de mauve sur les côtes, s’opposent à des sépales pourpre, veinés de violet foncé. La fleur, comme pour ‘Decadence’, est profondément godronnée ce qui met en valeur le liseré et le revers des sépales, bleu lavande.
‘Full of Magic’ (2005) est d’un joli rose pêche, qui apparaît entre les veines pourpres, très épaisses, des sépales.
Chez ‘Jamaica me Crazy’ (2006) on retrouve le chamois tendre d’ ‘Astrobubbles’ en plus rosé, sans doute, et le pourpre des sépales, avec le chamois, qui réapparaît dans l’ourlet, largement mouvementé.
Des rayures encore pour ‘Juicy Rumours’ (2006). Cette fois les pétales champagne rosé surplombent des sépales dont le fond est également légèrement rosé, mais la couche supérieure est constituée de larges veines violet améthyste qui se densifient vers les bords avant de céder la place à un liseré plus clair. Amples ondulations.
La même disposition des couleurs se rencontre sur ‘Truly Wicked’ (2007), la couleur de base c’est le rose pêche. Le rose magenta, c’est celle des veines, denses vers l’extérieur, puis rose pêche pour le fin liseré qui ondule comme un ruché de dentelle. A mon avis c’est l’iris le plus joli de la série.
Le numéro 7 se nomme ‘Viking Dancer’ (2006) ; Il tient de ‘Starring’ un fort contraste entre pétales – beige clair – et sépales où le beige n’est présent que sous les barbes, un profond grenat amarante s’étalant ailleurs, avec des veines encore plus sombres, et toujours un liseré pâle qui se soulève comme le jupon d’une danseuse de cabaret.
Les traits communs aux sept frères sont évidemment nombreux, on peut parler d’un fort air de famille comme on le constate souvent chez les membres d’une famille nombreuse. Mais chacun à son caractère. On a envie de pouvoir tous les trouver dans son jardin. D’autant plus que cette sublime famille est aussi sans doute le point de départ d’un modèle de fleur qui, s’il n’est pas franchement nouveau, connaît un regain d’intérêt, avec les travaux conjoints, sur ce chapitre, de Barry Blyth et de son ami Keith Keppel.
Une obtention récente, et des plus réussies, de Barry Blyth, le célèbre hybrideur australien, spécialiste des bicolores, s’appelle ‘Decadence’ (2004). C’est une variété vivement frisée et ondulée, avec des pétales dans les tons de pèche, et des sépales amarante bordées du pèche des pétales. Mais sa particularité est de faire apparaître des infusions de mauve, ou violet, à la base des pétales et surtout d’avoir des sépales veinés de sombre. Ce sont ces éléments, que Blyth a recherché à reproduire sur les descendants de ‘Decadence’, et qui se retrouvent, en effet sur de nombreux d’entre eux.
Un trait personnel de Barry Blyth, dont j’ai déjà parlé ici, est de sélectionner et enregistrer souvent un grand nombre des semis issus d’un croisement qui lui plait. C’est le cas avec celui de ‘Decadence’ par (‘Fogbound’ x ‘Starring’). Ce dernier croisement a donné ‘Reckless in Denim’ (2006), mais ce n’est pas cette variété enregistrée qui a été utilisée dans le croisement dont il est question maintenant, mais l’un de ses frères de semis. De ce mariage sont nés des iris dont Blyth a sélectionné, à l’heure actuelle, sept rejetons !
‘Reckless in Denim’ se présente comme un véritable iris a rayures : les sépales, dont le fond est d’un blanc rosé, couleur des pétales, portent des veines très nettes violet pourpré. Qu’en est-il de son frère, utilisé comme « père » des sept petits nouveaux ? Sans doute quelque chose d’approchant, mais l’histoire ne le dit pas. De ses sept descendants qui nous sont aujourd’hui proposés, six sont des iris à rayures. Le seul qui tranche un peu, c’est ‘Dinner Talk’ (2005) dont les rayures, en fait, disparaissent presque complètement dans le coloris violet foncé des sépales. Pour les autres, les veines richement colorées sont tout à fait visibles.
‘Astrobubbles’ (2005) décline les couleurs de ‘Decadence’, dans une note un peu plus bleutée. Les pétales, chamois tendre, légèrement teintés de mauve sur les côtes, s’opposent à des sépales pourpre, veinés de violet foncé. La fleur, comme pour ‘Decadence’, est profondément godronnée ce qui met en valeur le liseré et le revers des sépales, bleu lavande.
‘Full of Magic’ (2005) est d’un joli rose pêche, qui apparaît entre les veines pourpres, très épaisses, des sépales.
Chez ‘Jamaica me Crazy’ (2006) on retrouve le chamois tendre d’ ‘Astrobubbles’ en plus rosé, sans doute, et le pourpre des sépales, avec le chamois, qui réapparaît dans l’ourlet, largement mouvementé.
Des rayures encore pour ‘Juicy Rumours’ (2006). Cette fois les pétales champagne rosé surplombent des sépales dont le fond est également légèrement rosé, mais la couche supérieure est constituée de larges veines violet améthyste qui se densifient vers les bords avant de céder la place à un liseré plus clair. Amples ondulations.
La même disposition des couleurs se rencontre sur ‘Truly Wicked’ (2007), la couleur de base c’est le rose pêche. Le rose magenta, c’est celle des veines, denses vers l’extérieur, puis rose pêche pour le fin liseré qui ondule comme un ruché de dentelle. A mon avis c’est l’iris le plus joli de la série.
Le numéro 7 se nomme ‘Viking Dancer’ (2006) ; Il tient de ‘Starring’ un fort contraste entre pétales – beige clair – et sépales où le beige n’est présent que sous les barbes, un profond grenat amarante s’étalant ailleurs, avec des veines encore plus sombres, et toujours un liseré pâle qui se soulève comme le jupon d’une danseuse de cabaret.
Les traits communs aux sept frères sont évidemment nombreux, on peut parler d’un fort air de famille comme on le constate souvent chez les membres d’une famille nombreuse. Mais chacun à son caractère. On a envie de pouvoir tous les trouver dans son jardin. D’autant plus que cette sublime famille est aussi sans doute le point de départ d’un modèle de fleur qui, s’il n’est pas franchement nouveau, connaît un regain d’intérêt, avec les travaux conjoints, sur ce chapitre, de Barry Blyth et de son ami Keith Keppel.
28.3.08
ECHOS DU MONDE DES IRIS
Opération IRISADE
Extraits du site de l’association « Irisade » :
« L’Iris est l’un des supports d’une initiative qui associe éducation au développement durable et solidarité entre les générations et les territoires. (…) Cette initiative se nomme « IRISADE », elle a pour objectif principal de mettre en œuvre des projets pédagogiques intéressant la lutte contre le gaspillage de l’eau. L’iris est considéré comme un symbole multiculturel et scientifique associé avec l’homme et l'eau depuis la nuit des temps. Des références (entre tant d’autres !) à la fois à la messagère de la mythologie grecque, qui réunit l’eau et l’air dans l’arc en ciel, aux iris sacrés de la haute Égypte, aux iris superbes multicolores des jardins, à Iris nigricans dit ‘l’économiseur’ de l’eau, iris noir du désert et élégante fleur nationale de la Jordanie, et à l'iris jaune des marais, dit l’ « Iris de Clovis », qui aujourd'hui, en compagnie d'autres plantes aquatiques, épure les eaux usées et les boues des communes et autoroutes. »
Il est exact que l’iris n’est pas grand consommateur d’eau, du moins pour certaines espèces, notamment européennes et moyen-orientales. Mais ce n’est point vrai des iris d’Asie et d’Amérique !
Saluons quand même l’initiative de cette association dont on ne peut que louer le but.
BONS BAISERS DE BRATISLAVA
Regard sur les iris de Slovaquie
Bratislava, capitale de la Slovaquie, est une ville qui a un passé compliqué. Située au centre de l’ancien empire austro-hongrois, elle a porté trois noms différents au cours de l’époque moderne. Pour l’Autriche, elle s’appelle Presburg, et un traité fameux y fut signé au XVeme siècle, mais pour la Hongrie, dont elle a fait partie jusqu’en 1918, c’est Poszony, alors que son nom actuel est celui que lui donnent les Slovaques. Cette triple appartenance en fait une des villes au destin les plus complexes d’Europe et on peut peut-être retrouver ces multiples influences dans les nombreux iris qu’on y cultive et hybride aujourd’hui.
Pour pratiquer l’hybridation d’iris de l’autre côté du Rideau de Fer, entre 1960 et 1990, il fallait beaucoup d’humilité et beaucoup d’enthousiasme. Il n’était pas facile de se procurer les variétés américaines de l’époque. Aussi travaillait-on à partir de variétés anciennes, acquises par la débrouille et le commerce parallèle. La démarche était par ailleurs intuitive et sentimentale : pas de programme précis, pas d’autre but que celui d’obtenir de nouveaux iris, les plus beaux possibles, tout simplement. A cette époque, nombreux étaient ceux qui s’intéressaient aux iris hybrides dans ce qui constituait la Tchécoslovaquie. Entre tous ces amateurs régnait une vive amitié : aucun objectif commercial ne dressait entre eux les barrières de la concurrence, et s’il y avait compétition, elle s’entendait dans le sens de l’émulation et pas dans celui de l’antagonisme.
A Bratislava, Ladislaw Muska, au début des années 60 s’est lancé dans l’hybridation des iris. A la même époque, dans la Bohême voisine, il y avait beaucoup d’autres personnes qui s’intéressaient aux iris. Pour ne citer que les principaux, parlons de Jiri Adamovic, Milan Blazek, Leonard Rysnar ou Vojtech Smid. En Slovaquie, Muska n’était pas seul puisque ses compatriotes Kovarik et Stilhammer avaient eux aussi entrepris de produire de nouvelles variétés. C’est à croire que l’enthousiasme remplaçait les iris puisque le potentiel génétique à la disposition de tous ces amateurs était des plus réduit. D’ailleurs, avec presque rien, ils obtenaient des variétés nouvelles intéressantes. ‘Libon’ (Smid 80) issu de ‘Crinkled Gem’ X ‘Amigo’s Guitar’ est venu, en 1985, tailler des croupières aux variétés américaines et remporter le Florin d’Or du Concours de Florence !
La disparition des obstacles consécutive à l’ouverture vers l’Ouest des pays d’Europe Centrale a offert à tous ces fanatiques des perspectives nouvelles dont ils ont immédiatement usé en se procurant des centaines de nouvelles variétés américaines, australiennes et françaises. La seule barrière que les hybrideurs pouvaient rencontrer étaient celle de l’argent (il faut payer en dollar les variétés importées), mais pour des gens habitués au système D, elle pouvait être surmontée. Ce fut dès lors un plaisir que de travailler avec de grands iris comme ‘Bodacious’, Dusky Challenger’, Edith Wolford’, Everything Plus’, Jesse’s Song’, ‘Silverado’ ou ‘Titan’s Glory’. Et les résultats sont venus, tout naturellement car les utilisateurs avaient acquis un professionnalisme qui leur permettait d’effectuer des croisements dont ils anticipaient fort bien les réussites.
Mais au moment où les moyens matériels arrivaient enfin, le nombre des hybrideurs slovaques s’est mis à diminuer : l’âge et la lassitude, peut-être… Aujourd’hui ils ne sont plus que deux. Ladislaw Muska, déjà cité, et Anton Mego.
Muska a connu toutes les étapes de l’évolution de l’hybridation dans son pays, depuis sa période ‘Babbling Brook’, jusqu’à son présent constitué d’une profusion d’iris plicatas ou « space age ». C’est essentiellement de ce côté qu’il penche désormais et ses dernières obtentions dans ce domaine sont tout à fait intéressantes. ‘Bonvivan’ (2008) ou ‘Push out Horns’ (2008) sont des exemples de ce qu’il propose aujourd’hui.
Anton Mego est un homme de la génération suivante. Il n’a pas travaillé dans les conditions héroïques des années 80. Mais il a très vite, peut-être même instinctivement, acquis cette autorité qui lui fait tout de suite distinguer les bons parents, réaliser les bons croisements et sélectionner les bons semis. Chacune des réalisations qu’il propose est une réussite. Et cet artiste a tout de suite été repéré par les grands producteurs américains qui mettent à leur catalogue les nouveautés « made in Bratislava ». ‘Slovak Sapphire’ (2004) a obtenu le deuxième prix à Florence en 2003. ‘Slovak Prince’ (2002) s’est même payé le luxe de s’imposer dans le très rigoureux cercle des iris décorés aux USA d’un Award of Merit (2007).
La Slovaquie, tout petit état d’Europe Centrale, se trouve parmi les grandes nations de l’iridophilie. Il suffit de peu de chose, et surtout d’un peu de génie, pour se hisser au niveau des plus grands.
Regard sur les iris de Slovaquie
Bratislava, capitale de la Slovaquie, est une ville qui a un passé compliqué. Située au centre de l’ancien empire austro-hongrois, elle a porté trois noms différents au cours de l’époque moderne. Pour l’Autriche, elle s’appelle Presburg, et un traité fameux y fut signé au XVeme siècle, mais pour la Hongrie, dont elle a fait partie jusqu’en 1918, c’est Poszony, alors que son nom actuel est celui que lui donnent les Slovaques. Cette triple appartenance en fait une des villes au destin les plus complexes d’Europe et on peut peut-être retrouver ces multiples influences dans les nombreux iris qu’on y cultive et hybride aujourd’hui.
Pour pratiquer l’hybridation d’iris de l’autre côté du Rideau de Fer, entre 1960 et 1990, il fallait beaucoup d’humilité et beaucoup d’enthousiasme. Il n’était pas facile de se procurer les variétés américaines de l’époque. Aussi travaillait-on à partir de variétés anciennes, acquises par la débrouille et le commerce parallèle. La démarche était par ailleurs intuitive et sentimentale : pas de programme précis, pas d’autre but que celui d’obtenir de nouveaux iris, les plus beaux possibles, tout simplement. A cette époque, nombreux étaient ceux qui s’intéressaient aux iris hybrides dans ce qui constituait la Tchécoslovaquie. Entre tous ces amateurs régnait une vive amitié : aucun objectif commercial ne dressait entre eux les barrières de la concurrence, et s’il y avait compétition, elle s’entendait dans le sens de l’émulation et pas dans celui de l’antagonisme.
A Bratislava, Ladislaw Muska, au début des années 60 s’est lancé dans l’hybridation des iris. A la même époque, dans la Bohême voisine, il y avait beaucoup d’autres personnes qui s’intéressaient aux iris. Pour ne citer que les principaux, parlons de Jiri Adamovic, Milan Blazek, Leonard Rysnar ou Vojtech Smid. En Slovaquie, Muska n’était pas seul puisque ses compatriotes Kovarik et Stilhammer avaient eux aussi entrepris de produire de nouvelles variétés. C’est à croire que l’enthousiasme remplaçait les iris puisque le potentiel génétique à la disposition de tous ces amateurs était des plus réduit. D’ailleurs, avec presque rien, ils obtenaient des variétés nouvelles intéressantes. ‘Libon’ (Smid 80) issu de ‘Crinkled Gem’ X ‘Amigo’s Guitar’ est venu, en 1985, tailler des croupières aux variétés américaines et remporter le Florin d’Or du Concours de Florence !
La disparition des obstacles consécutive à l’ouverture vers l’Ouest des pays d’Europe Centrale a offert à tous ces fanatiques des perspectives nouvelles dont ils ont immédiatement usé en se procurant des centaines de nouvelles variétés américaines, australiennes et françaises. La seule barrière que les hybrideurs pouvaient rencontrer étaient celle de l’argent (il faut payer en dollar les variétés importées), mais pour des gens habitués au système D, elle pouvait être surmontée. Ce fut dès lors un plaisir que de travailler avec de grands iris comme ‘Bodacious’, Dusky Challenger’, Edith Wolford’, Everything Plus’, Jesse’s Song’, ‘Silverado’ ou ‘Titan’s Glory’. Et les résultats sont venus, tout naturellement car les utilisateurs avaient acquis un professionnalisme qui leur permettait d’effectuer des croisements dont ils anticipaient fort bien les réussites.
Mais au moment où les moyens matériels arrivaient enfin, le nombre des hybrideurs slovaques s’est mis à diminuer : l’âge et la lassitude, peut-être… Aujourd’hui ils ne sont plus que deux. Ladislaw Muska, déjà cité, et Anton Mego.
Muska a connu toutes les étapes de l’évolution de l’hybridation dans son pays, depuis sa période ‘Babbling Brook’, jusqu’à son présent constitué d’une profusion d’iris plicatas ou « space age ». C’est essentiellement de ce côté qu’il penche désormais et ses dernières obtentions dans ce domaine sont tout à fait intéressantes. ‘Bonvivan’ (2008) ou ‘Push out Horns’ (2008) sont des exemples de ce qu’il propose aujourd’hui.
Anton Mego est un homme de la génération suivante. Il n’a pas travaillé dans les conditions héroïques des années 80. Mais il a très vite, peut-être même instinctivement, acquis cette autorité qui lui fait tout de suite distinguer les bons parents, réaliser les bons croisements et sélectionner les bons semis. Chacune des réalisations qu’il propose est une réussite. Et cet artiste a tout de suite été repéré par les grands producteurs américains qui mettent à leur catalogue les nouveautés « made in Bratislava ». ‘Slovak Sapphire’ (2004) a obtenu le deuxième prix à Florence en 2003. ‘Slovak Prince’ (2002) s’est même payé le luxe de s’imposer dans le très rigoureux cercle des iris décorés aux USA d’un Award of Merit (2007).
La Slovaquie, tout petit état d’Europe Centrale, se trouve parmi les grandes nations de l’iridophilie. Il suffit de peu de chose, et surtout d’un peu de génie, pour se hisser au niveau des plus grands.






