16.11.19

WISTER MEDAL (un sommet pour les grands iris)

Pendant longtemps les grands iris (TB) n'ont pas eu de médaille spécifique ! On considérait que la Dykes Medal était pour eux et qu'ils n'avaient donc pas besoin d'être autrement distingués. Mais à partir du jour où les autres catégories d'iris se sont hissés au plus haut niveau l'anomalie est devenue flagrante et pour les TB a été créée la « John C. Wister Medal ». Elle n'existe que depuis 1992. Au début elle était distribuée à un seul exemplaire, ce qui, compte tenu du nombre de TB enregistrés chaque année, en faisait une relative rareté. Mais depuis 1998 l'AIS a décidé 'en attribuer trois par an. 

Notre feuilleton photographique va illustrer toutes les variétés qui ont reçu cette ultime médaille. 

2005

Nouveau triomphe pour Keith Keppel.

'Fogbound' (Keith Keppel, R. 1997) 'Wishful Thinking' X 'Spring Shower'. 


'Sea Power' (Keith Keppel, R. 1998) 'Yaquina Blue' X 'Jazz Me Blue'. 

'Uncle Charlie' (Donald Spoon, R. 1997) 'Honky Tonk Blues' X 'Silverado'

IRIS DE BORDURE OU IRIS MARGINAUX ?

La semaine dernière on s'intéressait ici au sort des iris intermédiaires et l'on constatait que malgré qu'ils soient devenus fertiles comme les autres iris à barbes, leur appréciation de la part des acheteurs d'iris n'avait pas augmenté et que leurs ventes restaient faibles. Cette fois on va tâcher de savoir si les iris de bordures, qui en sont voisins, connaissent un sort différent.

Commençons par faire un peu mieux connaissance avec cette catégorie de plantes. La bible de l'iridophile, « The World of Irises », décrit les BB comme « (…) tiges de 41 à 70cm, avec des fleurs pour la plupart d'un diamètre de 10 à 13cm, sur des tiges rigides et érigées, le feuillage plus court que la hampe florale, fleurissent en même temps que les TB dont ils sont une version plus petite avec une taille de fleur réduite en proportion de leur hauteur. » Ce sont donc des TB qui n'atteignent pas la taille réglementaire de cette catégorie. L'AIS a tout fait pour les rendre intéressants, avec très certainement une arrière-pensée commerciale : cela valorise des plantes qui ont toutes les qualités pour être des TB mais qui sont trop basses pour obtenir cette qualification. Sans cette catégorie sur mesure, ce serait des iris à envoyer au compost. Mais la difficulté réside justement dans l'appréciation de cette hauteur fatidique. Bien sûr lorsqu'on se trouve au bas de l'échelle il n'y a pas de problème, mais quand on se rapproche de la hauteur maximale, la classification va être fonction de la hauteur atteinte chez l'obtenteur, qui peut être inférieure à ce qu'elle peut être ailleurs en fonction des conditions de culture ou de climat. On connaît plein d'exemples d'iris dits de bordure qui atteignent ou dépassent les 70cm. C'est le cas de 'Lemon Up' ou de 'Orange Pop' que j'ai évoqué ici en 2004 ; c'est aussi celui de 'Batik', le célêbre « broken color », généralement plus élevé que bien des variétés qualifiées de TB. On voit donc le côté artificiel de la distinction.

Si l'on s'en tient à cette notion de hauteur des tiges, le distinguo entre iris de bordure et iris intermédiaires n'est pas facile à faire et beaucoup de confusions sont apparues , surtout depuis que la période de floraison des uns et des autres s'est rapprochée en raison des apports génétiques tendant à prolonger la période de floraison des IB et à hâter le début de celle des BB et TB. L'AIS a donc modifié la définition de la catégorie des IB en faisant allusion aux espèces originelles entrant dans leur composition. En conséquence, les deux catégories ne sont plus assimilables.

Cela veut-il dire que les BB se sont véritablement singularisés ? Il me semble au contraire que ce soit les IB qui, identifiés non seulement par leur taille et leur époque majoritaire de floraison, ont été nettement distingués en leur ajoutant la notion d'origines génétiques. Nos iris de bordure restent donc des avortons de TB. D'où la difficulté pour les pépiniéristes de leur trouver une place dans leurs catalogues.

Pour se simplifier la chose, il semble bien qu'ils aient (du moins en France) choisi de n'en pas proposer ou, du moins, d'en proposer le moins possible. C'est le cas chez Cayeux où je n'ai trouvé dans le catalogue 2019 que deux BB répertoriés : l'un, 'Cartouche' parmi les grands iris, l'autre, 'Lady of the Night' parmi les Intermédiaires !

La situation est à peu près la même chez tous les pépiniéristes français. Les iris de bordures figurent généralement en mélange avec les intermédiaires. C'est comme si il n'y avait aucune différence entre les deux catégories, ou que leur existence était simplement anecdotique. De toute façon ils sont extrêmement peu nombreux, sauf aux Iris de la baie où on en compte une vingtaine !

On peut dire, au vu de ces décomptes, que les BB sont peu ou mal connus dans notre pays. C'est, à mon avis, la conséquence de ce que la catégorie est mal identifiée et qu'elle n'a d'intérêt ni pour les clients, ni pour les producteurs ! Je ne sais pas si elle a du succès ailleurs, mais j'en doute car les même causes produisent les mêmes effets. On peut donc affirmer que les iris de bordure sont aussi des iris marginaux et qu'il n'ont pas de véritable avenir. Dans une prochaine chronique nous irons voir si les MTB, l'autre catégorie d'iris médians, se trouve mieux lotie.

Illustrations : 


'Cartouche' (R. Cayeux, 2009) 


'Baboon Bottom' (B. Kasperek, 1993) 


'Fruit Stripe' (M. Sutton, 2008) 


'Acidulé' (L. Tasquier, 2017)

1.11.19

UN PEU D'ELOIGNEMENT

La semaine prochaine, pas d'Irisenligne. On se reverra le 15 novembre.

LA FLEUR DU MOIS

'Beverly Sills' (Ben Hager,1978) 
 'Pink Pirouette' X 'Vanity' 

 Voici l'exemple parfait d'une progression impeccable dans la carrière des honneurs à l'américaine : High Commendation 1979, 1980 ; Honorable Mention 1981 ; Award of Merit 1983 ; American Dykes Medal 1985. C'est celle d'une variété absolument réussie, qui a connu un succès mondial et sans doute rapporté pas mal d'argent aux pépiniéristes qui l'ont mise à leur catalogue. La description donnée par Ben Hager et des plus simples : « Unicolore dentelé rose corail, barbes mandarine ». Il est vrai qu'il n'y a rien de plus à dire, même si celle qui figure dans le catalogue Cooley de 1993 est un peu plus explicite : « Self rose corail de forme exquise, très frisé et très large (…) qui pousse très vigoureusement, avec un très grand nombre de boutons et un branchement parfait. » Cette fois tout est dit.

C'est un pur produit d' endogamie, c'est à dire du croisement de deux variétés de la même couleur dans le but de réunir les qualités de l'un et l'autre des parents. En l'occurrence, le parent femelle est 'Pink Pirouette' (W. Newhard, 1968), une variété peu connue mais de bonne réputation, issue de 'Rippling Waters', tandis que le parent mâle se trouve être 'Vanity' (Hager, 1974), le fameux iris rose qui a reçu la Médaille de Dykes en 1982. Avec de tels parents 'Beverly Sills' avait tout ce qu'il faut pour être une plante de grande classe.

Elle tient son nom d'une grand cantatrice new-yorkaise qui a tenu tous les grands rôles de soprano du répertoire : une voix très souple avec un aigu exceptionnel mais un grave un peu éteint. Avec ce parrainage, la plante disposait d'un atout supplémentaire car la diva était très connue dans son pays.

Une variété aussi réputée ne pouvait qu'avoir une importante descendance. Et c'est bien le cas puisque 88 variétés sont inscrites sous son nom dans les documents de l'AIS ! Parmi ceux-ci, plein de variétés célèbres : 'Anna Belle Babson' (B. Hager, 1984), 'Designer Gown' (J. Ghio, 1984), 'Desiris, L. Ransom, 1993) – un de mes favoris - et toute une série d'obtentions de la famille Anfosso : 'Artifice' (Pierre Anfosso, 1990) ; 'Riviera Stop' (Pierre Anfosso, 1990) ; 'Antigua Soleil' (Laure Anfosso, 1991) ; 'Carmagnole' (Laure Anfosso, 1989) ; 'Flûte Enchantée' (Laure Anfosso, 1991) ; 'Luciole' (Laure Anfosso, 1991), tous ces derniers issus du croisement (Beverly Sills X Sky Hooks).

Dans mon jardin, je ne peux pas dire que 'Beverly Sills' se soit montré particulièrement efficace. Pousse lente, tiges fragiles, multiplication parcimonieuse...Et par-dessus le marché fleurs qui n'attirent pas l'oeil... Pas de chance sans doute : il n'est pas rare qu'une variété qui se fasse remarquer dans un endroit soit beaucoup plus discrète dans un autre. D'ailleurs j'ai pu voir cet iris en d'autres jardins que le mien et mon opinion sur lui tient plus de ces autres occasions que de mes observations à domicile !

'Beverly Sills' présente un autre trait curieux : aucune des photos prises de lui ne me paraît vraiment satisfaisante ; disons que c'est une fleur peu photogénique. Pour en apprécier la grâce et la douceur du teint, il n'y a rien de tel que de l'admirer « sur le sujet » comme on dit chez les peintres. C'est certainement dans ces conditions que les juges américains qui l'ont encensé ont pu se faire une idée de sa valeur. Ce qui prouve bien qu'un simple cliché peut desservir une plante et qu'il ne faut pas se fier entièrement à ce moyen.

Illustrations : 


'Beverly Sills' 


'Pink Pirouette' 


'Vanity' 


'Carmagnole'

WISTER MEDAL (un sommet pour les grands iris)

Pendant longtemps les grands iris (TB) n'ont pas eu de médaille spécifique ! On considérait que la Dykes Medal était pour eux et qu'ils n'avaient donc pas besoin d'être autrement distingués. Mais à partir du jour où les autres catégories d'iris se sont hissés au plus haut niveau l'anomalie est devenue flagrante et pour les TB a été créée la « John C. Wister Medal ». Elle n'existe que depuis 1992. Au début elle était distribuée à un seul exemplaire, ce qui, compte tenu du nombre de TB enregistrés chaque année, en faisait une relative rareté. Mais depuis 1998 l'AIS a décidé 'en attribuer trois par an.

Notre feuilleton photographique va illustrer toutes les variétés qui ont reçu cette ultime médaille. 

2004 
Les plicatas pointillés inventés par Richard Tasco obtiennent la reconnaissance des juges.

'Poem Of Ecstasy' (Ben Hager, R. 1995) ('Merry Madrigal' x 'Mother Earth') X 'Adventuress'. 

'Splashacata' (Richard Tasco, R. 1997) 'Purple Pepper' X ('Snowbrook' x Jesse's Song). 


'World Premier' (Schreiners, R. 1998) 'Yaquina Blue' X semis inconnu.

LES INTERMÉDIAIRES GRANDISSENT !

Que ne ferait-on pour avoir un titre accrocheur ! Non, les iris intermédiaires ne prennent pas de la hauteur ; s'ils grandissent c'est en renommée et en intérêt pour les amateurs.

Tant qu'ils sont restés stériles les iris intermédiaires n'ont pas présenté beaucoup d'intérêt pour les jardiniers qui sont très souvent tentés de se risquer à effectuer des croisements. Pas beaucoup d'intérêt non plus pour les hybrideurs professionnels qui mesuraient la difficulté à développer cette catégorie de plantes uniquement en réalisant des croisements entre grands iris et iris nains, avec la difficulté supplémentaire constituée par l'obligation de conserver d'une année sur l'autre le pollen des grands iris à déposer sur les lèvres stigmatiques des iris nains. Mais les choses ont évolué lorsque, un peu comme ce fut le cas pour les grands iris, un jour, les intermédiaires sont devenus fertiles. Du coup, ils ont attiré l’attention. Dans un article sous-titré « Un mythe anéanti », publié en 1998 dans la revue «The Medianite» dédiée, comme l'indique son nom, aux iris moyens, l’obtentrice américaine Marky Smith, celle qui aura la chance de voir son IB ‘Starwoman’ remporter la Médaille de Dykes en 2008, a fait une synthèse de ses travaux sur les iris intermédiaires. Elle a effectué de nombreux croisements entre des intermédiaires utilisés comme parent femelle et, soit des nains standards, soit des grands iris. Au début de 98 elle a choisi trente-trois IB (intermédiaires) qu'elle a d'abord fécondé avec du pollen prélevé sur des SDB (iris nains), alors en fin de floraison, puis, un peu plus tard, avec du pollen de TB (grands iris). Cette expérience a été tentée avec des variétés dont elle pouvait espérer obtenir des semis intéressants et dont la fertilité pollinique était reconnue. Une démarche identique a été suivie par l’amateur franco-néerlandais Loïc Tasquier, qui en a rendu compte dans le n° 158 de Iris & Bulbeuses (2008) et par l’obtenteur russe, depuis décédé, Sergeï Loktev.

Certains des iris fécondés n'ont rien donné, mais les plus nombreux ont produit, au moins dans l'un ou l'autre des croisements, quelques voire de nombreuses graines. En dépit d'un taux assez faible de germination des graines provenant des ces croisements, cette expérience a été un véritable succès. A tel point qu’aujourd’hui, on peut dire que les IB sont des iris fertiles à peu près comme les autres.

Pour faire simple, disons que les iris intermédiaires, dits IB, résultent d'un croisement entre iris nains et grands iris. Cependant, comme ce type de croisement n’est pas homogène, la classification des iris préfère s’en tenir à une notion de taille : les iris intermédiaires sont ceux dont la hampe florale mesure entre 40 et 69 cm et qui sont en fleur entre les SDB et les TB. Cependant en rester là ne serait pas satisfaisant : il faut entrer dans la « fabrication » de ces iris pour bien comprendre l’origine de leur taille et les particularités qui les caractérisent. Si, au début, les iris intermédiaires vrais étaient issus de croisements TB X SDB ou vice-versa, dans la proportion 50/50, au fil du temps on a essayé des croisements plus complexes qui ont abouti à des produits classés IB en raison de leur taille mais résultant de croisements 75% TB X 25% SDB comme ‘Vamp’ (Gatty 71) ou ’Oklahoma Bandit’ (Nichols 79), 75% BB X 25% SDB, voire 50% TB X 50% IB comme ‘Voilà’ (Gatty 72) ou ‘In a Flash’ (P. Black 2000). Ce sont ces variétés mixtes qui ont réussi à donner naissance à des IB fertiles. Mais certains croisements classiques se sont également montrés fertiles. Vous me suivez ?

Aujourd'hui les IB ont acquis tous les traits des grands iris, y compris les éperons et les couleurs rubanées. Ils conservent en propre leur taille, moyenne, et une forme de fleur qui permet à l'oeil un peu exercé de faire la différence entre un IB et un BB malgré qu'ils fleurissent à peu près au même moment. Ils rencontrent un succès croissant auprès des jardiniers amateurs en raison de leur taille raisonnable et de la possibilité de les cultiver dans des jardins souvent exigus de nos villes. Ils font aussi l'affaire pour les jardins en forte pente ou sur les talus et, du fait de leur taille sans excès, dans les endroits exposés, puisqu'ils offrent moins de prise au vent. On peut ajouter le fait que le prix de vente de ces iris est des plus économiques. Avec tous ces avantages on pourrait imaginer un vaste succès commercial. Mais il n'en est rien. Prenons pour exemple le catalogue Cayeux 2019. Après 59 pages consacrées aux grands iris, tout juste trois pages sont affectées aux IB. Le choix est néanmoins remarquable, avec notamment 1/3 d'obtentions maison, ce qui compense un peu le petit nombre de variétés proposées. Dans ce choix on trouve des variétés plutôt anciennes, que les Américains rangeraient parmi les iris historiques, mais aussi les grands classiques et beaucoup de plantes récentes. Dans la première tranche on trouve, par exemple, 'Rare Edition' (Gatty, 1980), sympathique plicata, ou 'Maui Moonlight' (Aitken, 1986), en jaune pâle. Dans la seconde tranche des variété bien connues comme le brillant 'Bottled Sunshine' (H. Nichols, 1994) richement doté en récompenses, ou l'amoena jaune 'Protocol' (Keppel, 1994), qui a connu le même succès. Parmi les variétés plus récentes on découvre 'Delirium' (M. Smith, 1999), 'Star in the Night' (P. Black, 2009), ou 'Man's Best Friend' (P. Black, 2008), et bien entendu 'Starwoman' (M. Smith, 1997). La production autochtone n'est pas en reste, avec plein de très jolies choses comme le bleu pur 'Bel Azur' (Cayeux, 1993), le plicata pourpre 'Vitrail' (Cayeux, 2003) ou 'Fine Ecriture' (Cayeux, 2018), si proche de 'Rare Edition' qui à ouvert cette énumération et avec lequel on revient donc au point de départ !

Un coup d’œil chez les producteurs semi-professionnels qui tiennent maintenant une place non négligeable dans le paysage français des iris, fait apparaître des collections d'intermédiaires aussi importantes que chez lez grands professionnels.

En effet chez Bourdillon le choix se limite à seulement 47 produits. De son côté le catalogue de Iris en Provence, aussi peu fourni, s'est largement ouvert aux productions des nouveaux hybrideurs français, ce qui est réjouissant. Mais dans un catalogue comme dans l'autre on mélange allègrement IB et BB (1), ce qui crée une confusion que les véritables amateurs d'iris regretteront. Ce mélange est bien dommage, mais c'est aussi la démonstration que la maigreur du catalogue dans l'une et l'autre de ces deux catégories incite à les réunir pour donner plus de consistance aux pages qui leur sont dédiées. Il faut dire que si les catalogues sont si peu développés, c'est sans doute que la clientèle pour ces iris est encore trop peu consistante. Il y a donc encore beaucoup à faire pour vulgariser les iris de bordures qui, sans aucun doute, méritent d'être mieux connus et appréciés. ...Et qui en ce sens peuvent encore grandir !

(1) Même constat chez Cayeux, mais avec un seul exemple...

 Illustrations : 


 'Oklahoma Bandit' 


'Rare Edition' 


'Bottled Sunshine' 

'Delirium' 


'Vitrail'

27.10.19

Après plus de vingt ans de publications hebdomadaires,Irisenligne semble avoir fait le tour de son sujet. Mais le chroniqueur est en mal d'inspiration ! Alors si les lecteurs ont des idées originales pour des articles qui se renouvellent, qu'ils se fassent connaître. J'accepte volontiers toutes les suggestions...

WISTER MEDAL (un sommet pour les grands iris)

Pendant longtemps les grands iris (TB) n'ont pas eu de médaille spécifique ! On considérait que la Dykes Medal était pour eux et qu'ils n'avaient donc pas besoin d'être autrement distingués. Mais à partir du jour où les autres catégories d'iris se sont hissés au plus haut niveau l'anomalie est devenue flagrante et pour les TB a été créée la « John C. Wister Medal ». Elle n'existe que depuis 1992. Au début elle était distribuée à un seul exemplaire, ce qui, compte tenu du nombre de TB enregistrés chaque année, en faisait une relative rareté. Mais depuis 1998 l'AIS a décidé 'en attribuer trois par an. 

Notre feuilleton photographique va illustrer toutes les variétés qui ont reçu cette ultime médaille.

2003 

Avec 'Crowned Heads', les amoenas inversés façon Keppel atteigned la célébrité.

'Crowned Heads' (Keith Keppel, R. 1996) 'In Reverse' X 'Honky Tonk Blues' 

'Diabolique' (Schreiner, R. 1997) 'Rosette Wine' sibling X ( 'Thriller' sibling x (('Master Touch' x (((('Alpenrose' x 'Anthem') x ('Amethyst Flame' x 'Melodrama')) x ('Alpenrose' x 'Brigadoon') x ('Amethyst Flame' x 'Melodrama'))) x 'Rondo')) x ('Sailor's Dance' seedling x ((semis x 'Neptune's Pool') x 'Royal Regency' sib)))). 

'Tom Johnson' (Paul Black, R. 1996) 'Witches' Sabbath' X 'In Town'

PETITES FLEURS, GRAND FLEURISSEMENT

Comment rendre plaisantes et agréables les petites rues de nos villages ? Beaucoup d'entre eux ont opté pour le fleurissement. Et c'est souvent réussi ! J'en connais plein, de ces bourgades qui ont su développer leur pittoresque en se parant de fleurs, d'arbustes et de plantes grimpantes. Près de chez moi, je pense à Montsoreau, près de Saumur, à Chédigny, près de Loches, et aussi à Champigny sur Veude, près de Chinon. Dans cette dernière ce sont les iris qui ont été choisis pour la décoration. C'est à mon point de vue, bien sûr, une excellente idée, mais une réalisation ingrate car les iris souffrent de deux défauts principaux : la brièveté de leur floraison et la splendeur de celle-ci qui les rend sujets à la convoitise. On ne peut pas prolonger véritablement la période de floraison : la nature est ainsi faite, et les moyens ou les astuces pour la circonvenir ne sont ni nombreux ni efficaces. En choisissant des variétés allant des plus hâtives aux plus tardives on parvient bien à étaler un peu la floraison, mais ce n'est pas vraiment convaincant. En privilégiant les variétés remontantes on peut espérer voir des fleurs en plein été et même en automne, mais la remontance est capricieuse, souvent médiocre, et exigeante en eau. Ce dernier point est rédhibitoire le long des rues d'un village et les arrosages sont d'ailleurs souvent interdits au moment où ils seraient le plus nécessaires. Voir les belles touffes fleuries au mois de mai disparaître subrepticement au cours des mois d'été est un autre sujet de déception. Le civisme n'est pas (ou plus) une des qualités de nos concitoyens, et si, par dessus le marché, le bien convoité est un bien public, on se sert sans trop de vergogne...Faut-il alors considérer que les iris ne sont pas des plantes de rue ?

Pensons donc aux iris à petites fleurs. Le choix de ces plantes ne prolongera pas le durée de la floraison, mais du moins celle-ci sera-t-elle étonnante et généreuse. Mais de quoi s'agit-il ? Ce sont des iris à développement rapide mais pas trop encombrants, qui fleurissent beaucoup, avec des fleurs petites mais nombreuses, jolies mais pas trop spectaculaires, bref ce qui existe déjà chez les rosiers et les hémérocalles et permet à ces deux sortes de plantes de garnir sans difficultés les pare-terres urbains. Cette description correspond à peu près à celle de la variété 'Dolce' (Black, 2003). Paul Black a mis au point un iris qui prend place entre les TB et les IB mais qui n'est ni un BB ni un MTB. Bref une plante qui n'a pas trouvé sa place dans la classification traditionnelle des iris. 'Dolce' a été la première variété de ce genre à être enregistrée. Elle a été rangée, à défaut d'autre chose, parmi la catégorie fourre-tout des SPEC-X qui est sensée rassembler les plantes issues directement d'un croisement interspécifique. Mais 'Dolce' n'est pas exactement dans ce cas puisque dans son pedigree il n'y a aucune espèce proprement dite mais des variétés et des croisements dont un qui fait appel à I. aphylla, espèce qui a le mérite d'une part de renforcer les couleurs, d'autre part de provoquer la multiplication des boutons floraux. Ces caractéristiques ont été immédiatement exploitées par Paul Black lui-même mais aussi par d'autres obtenteurs qui ont pressenti tout l'intérêt de cette découverte. Les caractéristiques apportées par I. aphylla font tout l'intérêt de 'Dolce' et de ses descendants comme 'Bundle of Love' (Black, 2007). Ce dernier a la taille d’un BB (65 cm), les fleurs d’un IB, et la floribondité d’un TB. Qu'espérer de mieux ? Reste le problème de la classification, pour l'instant c'est le grand désordre ! TB ? BB ? MTB? SPEC-X ? Cela démontre bien que l'AIS devrait étudier cette question et sans doute créer une nouvelle catégorie.

Le trait principal à améliorer est la qualité et la variété des couleurs des fleurs. 'Dolce' pousse bien, fleurit beaucoup et n'est pas trop encombrant. En revanche on ne peut pas s'extasier sur son coloris, d'un rose assez terne et banal. Ceux qui se sont lancé dans le développement des iris à petites fleurs ont travaillé cette question. Loïc Tasquier, aux Pays-Bas, s'est dès le départ intéressé à cette nouvelle catégorie d'iris pas encore dénommée. Il est parti du travail de Paul Black auquel il a ajouté des initiatives de son cru, notamment en ajoutant à son cocktail un trait de MTB tétraploÏde issu en grande partie de I. aphylla. Il a obtenu un certain nombre de variétés qui correspondent aux nouveaux critères, avec des caractéristiques intéressantes, en particulier pour ce qui est des coloris.

La « Cité des Iris », autrement dit le village de Champigny sur Veude, en Touraine, va planter cette année une cinquantaine de ses iris à petites fleurs, ainsi que quelques autres en provenance de Bretagne, en vue d'expérimenter ces plantes pour le fleurissement de ses rues, là où les trottoirs ont été aménagés pour les recevoir. Je ne doute pas de leurs qualités végétatives, je crains plutôt qu'il y ait du « coulage » comme on dit dans le commerce pour qualifier les disparitions de marchandise. Je me souviens d'une expérience assez semblable, menée en région parisienne, qui a vu en moins d'un an la disparition quasi totale des iris plantés le long de la Bièvre ! Heureusement les ruraux font certainement preuve de plus de civisme que les banlieusards ! Mais de toute façon l'expérience mérite d'être tentée, et son coût n'est pas exorbitant. Si elle réussit, la preuve sera faite que l'on peut fleurir nos rues, carrefours et rond-points avec ces iris à petite fleur, qui sont le pendant des rosiers bulgares que l'on voit un peu partout. Ce serait un beau succès pour les obtenteurs qui ont suivi l'exemple de Paul Black et s'intéressent à ces nouveaux iris.

Photographie et description sommaire de certaines variétés plantées à Champigny en 2019 : 


'Alta Vista' (Loïc Tasquier, 2019) ((Cerf-Volant x Colette Thurillet) x (Many Manalos x Eternal Bliss)) X Aylesford 


'Baby Long' (J.C. Jacob, 2015) 'Alberta Clipper' X 'Fogbound'. 


'Belle Lurette' (Loïc Tasquier, 2018) (('Cerf Volant' x 'Colette Thurillet') x 'Priceless')) X 'Some Enchanted Evening' 

'Cadaques' (Loïc Tasquier, 2019) (Earl x Special Feature) X Bec du Mont 'Ciel de Givre' (J.C. Jacob, 2019) 


'Corps Astral' (Loïc Tasquier, 2017) TB ('Zora La Rousse' x 'Coral Caper') X unknown 


'Dividing Line' (C. Bunnell, 2004) MTB ((Lucky Mistake x Pallida Variegata, "Zebra") X (Welch's Reward x Oshel Blue) (pas TBSF, mais véritable MTB) 


'Doctor Remco Ebben' (Loïc Tasquier, 2015) TB 'Tender Kiss' X 'I’m Back'. 


'Lingerie Fine' (Loïc Tasquier, NR) parents inconnus 

'Queen of Light' (Loïc Tasquier, 2016) TB Spell X (Clarence x Elegant Lass) 

'Zwina' (Loïc Tasquier, 2017). BB 'Tic Tac Toe' X 'Champagne Waltz'.

19.10.19

WISTER MEDAL (un sommet pour les grands iris)

Pendant longtemps les grands iris (TB) n'ont pas eu de médaille spécifique ! On considérait que la Dykes Medal était pour eux et qu'ils n'avaient donc pas besoin d'être autrement distingués. Mais à partir du jour où les autres catégories d'iris se sont hissés au plus haut niveau l'anomalie est devenue flagrante et pour les TB a été créée la « John C. Wister Medal ». Elle n'existe que depuis 1992. Au début elle était distribuée à un seul exemplaire, ce qui, compte tenu du nombre de TB enregistrés chaque année, en faisait une relative rareté. Mais depuis 1998 l'AIS a décidé 'en attribuer trois par an. 

Notre feuilleton photographique va illustrer toutes les variétés qui ont reçu cette ultime médaille.

2002 

Rien que des variétés déjà très appréciées et répandues.


'Gypsy Romance' (Schreiner, R. 1994) ('Louisiana Lace' x 'Entourage') X ((semis x 'Fabulous Frills') x 'Starcrest') 


'Jurassic Park' (Larry Lauer, R. 1995) 'Best Bet' X ('Edith Wolford' x (('Regents' Row' sibling x 'Winterscape') x 'Midnight Love Affair')) 

'Local Color' (Keith Keppel, R. 1995) 'Witches' Sabbath' X 'Gallant Rogue'.

ECHECS (ET DEMI-RÉUSSITES)

En fonction de leurs goûts personnels et des tendances du marché, les obtenteurs d'iris qui entendent faire le commerce de leurs réalisations choisissent un domaine dans lequel ils vont se spécialiser. Mais ce choix n'est pas toujours couronné de succès. Au cours des dernières décennies plusieurs sujets de recherches ont été abordés ; certains ont débouché sur des progrès remarquables en matière d'horticulture, mais quelques autres se sont montrés ingrats envers leurs promoteurs. Ce sont ceux-la que nous allons explorer aujourd'hui.

Quand peut-on parler d'échec ? Il me semble que cela se produit quand une innovation n'aboutit à rien ou que son promoteur ne donne pas suite, soit que l'expérience ne donne rien d'intéressant, soit que le succès commercial n'ait pas lieu. En matière d'iris, heureusement, ces circonstances sont exceptionnelles. A bien chercher je n'en vois d'ailleurs qu'un seul. C'est celui de l'iris rouge. Entendons-nous bien, il s'agit du rouge total du rouge « pompier ».

 Dans les années 2000 plusieurs hybrideurs ont été tentés par l'idée d'un iris vraiment rouge. C'eût été une grande révolution ! Trois obtenteurs au moins ont lancé des recherches, dans trois directions différentes, mais sans plus de résultats. Le premier – et le plus audacieux – a été Richard Ernst, hybrideur talentueux mais brouillon et pour cela mal aimé des juges américains qui ne lui ont accordé leurs suffrages que de manière parcimonieuse. La recherche qu'il a entreprise, avec le concours de l’Université de l’Etat d’Oregon, a commencé par l’analyse complète de l’ADN d’un iris. La pigmentation de douzaines de variétés a été analysée et des cultures de tissu « in vitro » ont été réalisées. Il a fallu douze années de recherche pour découvrir et sélectionner ce qui devait être les bons gènes rouges avant que ne commence le processus de transformation, processus qui a été couvert par un brevet et devait déboucher sur une plante nouvelle dont la première floraison était attendue pour le printemps 2005. Ce scoop annoncé par Ernst lui-même n'a été qu'un flop monumental car on n'a plus jamais entendu parler de l'affaire ! Donald Spoon, de son côté a axé sa recherche sur une voie traditionnelle. Il est parti de la constatation que certains irisqu’il a obtenus, comme ‘My Ginny’ (2002), présentaient des barbes absolument rouges. Un rouge coquelicot provenant d’une forte concentration de lycopène, le pigment qui fait que les tomates sont rouges. Il en a déduit que ce pigment, lorsqu’il est présent dans une fleur d’iris, peut se trouver concentré à l’extrême dans les barbes, mais ne peut pas se développer de la même façon dans les pétales et sépales parce qu’il est bloqué par un gène particulier qu’il suffirait d’identifier et d’éliminer. C'est une hypothèse qui n’est pas vérifiée scientifiquement. On reste dans le domaine du possible, voire du probable, mais pas du certain. D'ailleurs les espoirs de Don Spoon sont restés sans suite, du moins jusqu'à ce jour... Quant à Neil Mogensen, il a expliqué que la couleur rouge pure, qui est produite par la pélargonidine (pigment présent dans les géraniums) fait partie de la même série que la delphinidine (pigment qui colore en bleu les delphiniums …et les iris). Ces deux pigments, ainsi que beaucoup d’autres, sont des éléments de la grande famille des pigments anthocyaniques comportant plus ou moins de radicaux OH. Mogensen en déduit que pour obtenir de la pélargonidine au lieu de la delphinidine, il suffirait de réussir à retirer deux des radicaux OH de cette dernière. Mais il ne dit pas comment faire ! Ni comment retirer les autres pigments qui pourraient venir perturber son mécanisme. Son décès prématuré n'a pas permis la poursuite de son expérience... Après ce triple fiasco, n'est-il pas justifié de parler d'échec dans la recherche de l'iris rouge ? A vrai dire, si l'on ne peut pas parler de véritable iris écarlate, les astuces déployées par les hybrideurs pour se rapprocher de cette couleur si convoitée font que les derniers développements en la matière ne sont pas loin du résultat escompté. Mais parviendrons-nous un jour au rouge parfait ? J'en doute tout de même.

On peut également parler d'échec à propos des iris à fleurs doubles (en latin botanique on dit « flore pleno »). Personne en vérité n'a osé parler de fleurs doubles en ce qui concerne les iris, mais tout de même un des buts plus ou moins avoués des iris à éperons qu'on nomme aussi « space age » était de tendre vers ce résultat. Et si le but avait été atteint on aurait connu une véritable révolution! Sur les roses, ce sont les étamines qui se transforment en pétales et qui donnent naissance aux fleurs doubles. Mais cette mutation n'est pas jouable chez les iris où les étamines sont seulement au nombre de trois, ce qui est bien insuffisant pour donner l'apparence de fleurs doubles. Un espoir est venu d'ailleurs. Au début des années 1960, lorsque Lloyd Austin, en Californie, a eu l'idée d'exploiter les excroissances situées à l'extrémité des barbes de certaines variétés jusque là rejetées comme des monstruosités. Quand d'autres obtenteurs se sont aperçu que ces iris avaient du succès commercialement, ils ont cessé de les considérer comme des anomalies à rejeter et en ont sélectionné et mis sur le marché. Même si, souvent, ils n'étaient pas très fiers de ce qu'ils proposaient. Il faut dire que certains éperons passablement extravagants n'étaient pas des modèles d'élégance et de bon goût. Surtout, lorsqu'ils prenaient une grande ampleur, ils avaient alors le défaut de provoquer un effondrement des sépales, lesquels pendaient lamentablement de chaque côté de barbes prolongées de façon disproportionnée. Ce n' était donc pas bien joli, cependant, comme l'a écrit Ben Hager : « Des éperons bien formés peuvent conférer à la fleur une sorte de gaîté communicative... » Surtout, l'espoir est né qu'en développant astucieusement ces éperons, on pouvait peut-être aboutir à des fleurs ayant l'apparence de fleurs doubles. Cet espoir s'est encore accru quand de véritables petits pompons sont apparus au lieu et place des éperons pointus. Mais cela s'est produit il y a cinq ou six ans et depuis aucune amélioration significative n'est apparue... Certes on peut encore espérer mais la probabilité d'un progrès s'annonce vraiment faible. Second raté, donc, même si peu à peu les éperons disgracieux ont disparu pour ne laisser dans les catalogues que des iris modérément pourvus, avec des formes ajoutant quelque chose d'attrayant au cœur de nos chères fleurs. Aujourd'hui les iris « space age » nouveaux ont trouvé une certaine sagesse qui assure leur pérennité.  Ils n'encombrent certes pas les catalogues mais continuent d'y être présents. Ce qui signifie que l'innovation s'est tournée vers autre chose, et que le destin des iris à éperons n'est peut-être pas à classer parmi les échecs mais simplement parmi les semi-réussites.

 En dehors des deux cas précédents, il existe plusieurs tentatives de nouveautés dans les fleurs d'iris qui ont semblé intéressantes mais qui à l'expérience se sont montrées décevantes. Je veux parler des fleurs aux couleurs rubanées (autrement appelées « broken color ») et des fleurs remontantes. Les amateurs de ces plantes vont sans doute crier au scandale ! Je vais cependant exposer pourquoi je considère qu'il s'agit de résultats en demi-teinte comme on dit dans les journaux quand on ne veut froisser personne.

Quelle que soit notre réticence lexicale, il faut bien adopter ce qu'on nous impose et parler de « broken color » pour désigner ces fleurs sur lesquelles deux voire trois couleurs s'amalgament de façon aléatoire. Un peu comme lorsqu'on verse un colorant dans un pot de peinture et que l'on commence le mélange. Pendant longtemps, les iris qui présentaient la physionomie de ce qu'on appelle maintenant les « broken color » ont été rejetés comme des anomalies bonnes pour le compost. Ce n'est qu'aux confins des années 1970 qu'on a commencé à s'intéresser à eux sérieusement. C'est Allan Ensminger qui en a été le promoteur. Vint ensuite le règne de Brad Kasperek, lequel n’est pas parti du néant. Il a tout simplement utilisé les variétés d’Ensminger pour commencer sa nouvelle lignée. Dès le début, ses iris ont été remarqués, non seulement pour leurs noms qui surfent sur des jeux de mots que l'on n'est pas obligé d'apprécier, mais surtout pour leurs qualités et l’originalité de leurs coloris. Ces iris ne peuvent pas passer inaperçus et quelques autres obtenteurs à se lancer dans l'aventure. Ces iris proviennent de plicatas chez qui les couleurs ne sont plus régulièrement réparties. Mais s'il n'est pas théoriquement difficile d'obtenir cette répartition aléatoire, il s'avère qu'il y a beaucoup de déchet dans les semis de « broken colors ». C’est d’ailleurs pourquoi il y a beaucoup d’iris de petite taille (BB) dans la catégorie. C'est un inconvénient, mais le risque pour nos jardins est plutôt de voir apparaître des plantes d'esthétique discutable. C'est peut-être pour cela que certains hybrideurs font état de scrupules quant à l'intérêt de banaliser ces anomalies génétiques. Je ne sais pas si leurs craintes sont justifiées, mais je serais tenté de considérer ces iris seulement comme des curiosités dont il n'est pas souhaitable d'accroître indéfiniment le nombre. N'est-ce pas déjà un peu le cas ? Il me semble que l'engouement par ces iris bizarres va actuellement en s'apaisant. Par ailleurs je constate que les juges américains ne manifestent pas un intérêt majeur pour eux puisque ceux qui sont parvenus sur les podiums sont toujours aussi peu nombreux. Alors ? Demi-échec ou demi-réussite ?

Et qu'en est-il des iris remontants ? La saison des iris est si courte que depuis longtemps on bataille pour découvrir des variétés à la floraison renouvelée plusieurs fois au cours de l'année. Les frères Sass ont été les premiers, dans les années 1920, à s'intéresser à la question. Après eux plusieurs hybrideurs de renom se sont spécialisés sur les remontants, mais il faut surtout attendre le travail de Lloyd Zurbrigg dans les années 1970/80 pour assister à de réels progrès. L'affaire n'était pas mince car plusieurs problèmes majeurs étaient à résoudre : à propos de la plante elle-même, d'une part, à cause de l'insuffisance de la matière des tépales, accompagnée de l'étroitesse des épaules et du manque de rigidité des tiges ; à propos de la remontance d'autre part qui était restée capricieuse et ne se produisait que sous les climats doux et humides. Zurbrigg a fait faire de réels progrès aux remontants, mais sans résorber totalement leurs défauts. Betty Wilkerson, autre spécialiste de qualité, s'était promis d'aboutir à un progrès palpable. Elle avait conscience des faiblesses récurrentes des remontants et elle s'acharnait contre. Son premier objectif était d'obtenir des iris dont la remontance serait fiable et constante. Elle était en voie de réussir sur ce point, mais sa disparition précoce a stoppé brutalement son travail. Quelques autres hybrideurs ont également relevé le défi, notamment sur le plan de la beauté des fleurs, mais beaucoup continuent de penser que les résultats ne sont pas à la hauteur des enjeux. Un homme, Mike Lockatell, se bagarre depuis toujours pour des remontants en tous points comparables aux iris à floraison unique. Il est cependant obligé de constater que les iris remontants intéressent de moins en moins les hybrideurs, et il attribue cette perte d'intérêt au fait que les progrès tardent à apparaître. « Après beaucoup d'optimisme au cours de la dernière partie du XXe siècle, écrit-il, les avancées dans le développement des iris remontants semblent toujours aussi rares ». A son vis, quelque peu lassés, les plus ardents chercheurs sont devenus bien discrets et à l'heure actuelle on constate une nette perte d'intérêt pour la question. On ne peut donc pas parler d'échec en cette matière, mais on ne peut pas non plus crier victoire. Il faut se contenter de garder l'espoir car on remarque tellement de progrès dans beaucoup de domaines de l'horticulture des iris que les chances de voir un jour prochain des remontants enthousiasmants ne peut pas être rejetée.

Le chemin vers quelque chose de franchement nouveau en matière d'iris n'est pas toujours jonché de roses. Les exemples ci-dessus montrent des cas d'échecs ou tout au moins de semi-réussites. En revanche il existe bien des cas où les efforts des obtenteurs aboutissent à du concret et de l'enthousiasmant. Et ce qui est encourageant c'est que quoi qu'on dise les progrès ne cessent jamais.

Illustrations : 

'My Ginny' (pour sa barbe rouge) ; 

Fleur d'iris à pompons 

'Kinkajou Shrew' (bel exemple de « broken color ») 

'Lichen' (un vrai remontant)

12.10.19

WISTER MEDAL (un sommet pour les grands iris)

Pendant longtemps les grands iris (TB) n'ont pas eu de médaille spécifique ! On considérait que la Dykes Medal était pour eux et qu'ils n'avaient donc pas besoin d'être autrement distingués. Mais à partir du jour où les autres catégories d'iris se sont hissés au plus haut niveau l'anomalie est devenue flagrante et pour les TB a été créée la « John C. Wister Medal ». Elle n'existe que depuis 1992. Au début elle était distribuée à un seul exemplaire, ce qui, compte tenu du nombre de TB enregistrés chaque année, en faisait une relative rareté. Mais depuis 1998 l'AIS a décidé d'en attribuer trois par an. Notre feuilleton photographique va illustrer toutes les variétés qui ont reçu cette ultime médaille.

2001 

Début de la domination de Keith Keppel. Elle va durer longtemps !

 'Pond Lily' (Evelyn Jones, R. 1994) 'Lullaby Of Spring' X seedling# 85E8-2: ((('Heather Blush' x 'So Rare') x ((('Lilac Champagne' x 'Sand And Sea') x sibling) x 'Betty Simon')) x ((((Beattie seedling# 65-36 x ((('Spanish Affair' x Hamblen seedling# H5-35) x ('Marilyn C' x Shoop seedling# 57-35)) x 'Spanish Gift')) x ('Orange Chariot' x 'Bright Butterfly')) x 'Bright Life') x (('Highland Thistle' x 'Twilight Blush') x (('Rhoda Ann' x ('Pink Sleigh' x ('Elizabeth Stuart' x 'Pretty Poise'))) x Shoop pink seedling.)))). 


'Fancy Woman' (Keith Keppel, R. 1994) ((((((('Irma Melrose' x ''Tea Apron') x ('Full Circle' x 'Rococo') x 'Tea Apron')) x 'April Melody') x semis) x (('Joy Ride' x 'Roundup') x 'April Melody' x (semis x 'April Melody')))) x ('Mistress' x 'Peccadillo' sibling)) x ('Gigolo' sibling, x 'Rosy Cloud' sibling)) X (('Mistress' sibling, x 'Goddess') x ('Goddess' x (semis x semis))) 

'Spirit World' (Keith Keppel, R. 1992) frère de semis du précédent

LA FLEUR DU MOIS

'Barbary Coast' 
(James McWhirter, 1976) 
'New Moon' X 'Post Time' 

Encore un des ces « vieux» iris dont on parle fréquemment dans ces « Fleurs du Mois ». Ce sont des variétés apparues dans l'âge d'or que furent les années 1970/1990 et qui, pour la plupart ont fait une apparition plus ou moins longue dans ma collection personnelle. Celui-ci n'échappe pas à cette règle. Il ne s'est pas particulièrement plu dans ma terre à vigne et a disparu au bout de quatre ou cinq ans...

'New Moon' et 'Post Time', les géniteurs de 'Barbary Coast', font partie des grands iris classiques. Ils ont connu un beau succès commercial, mais là s'arrête le parallèle entre eux. Car 'New Moon' (Neva Sexton, 1968) , dès le départ, a été remarqué par les juges et s'est trouvé lancé dans la course aux honneurs selon un parcours sans faute : HM en1969 ; AM en1971 ; DM en 1973 ; on ne peut pas aller plus vite ! 'Post Time' en revanche est resté sagement dans l'anonymat. Il est vrai que peu d'iris « rouges » en sortent, même ceux qui ont fait progresser la recherche de cette couleur. Regardez son parent-femelle, 'Vitafire' (Schreiner, 1968). Il figure toujours parmi les iris les plus rouges qui soient. Il a essaimé sur tous les continents et figure toujours dans de très nombreux catalogues. Il n'a pourtant pas attiré les juges. Son autre parent, 'Fire Magic' (Schreiner, 1961) s'est hissé jusqu'à la HM (en 1963) mais s'est arrêté là en dépit de la grande estime dans laquelle le tenait son obtenteur, qui en a fait la couverture de son catalogue de 1963 et en donne une description dithyrambique.

'New Moon' fait partie du « top 10 » des variétés les plus utilisées en hybridation. Il a eu près de 200 descendants directs et, par conséquent, une foule de rejetons ultérieurs. Parmi ceux-ci souvenons-nous de quelques beaux rouges comme 'Ennoble' (J. Ghio, 1998), des jaunes superbes comme 'Kentucky Derby' (D. Mohr, 1974), des dorés comme 'Boy Friend' (Williamson, 1986) et des mordorés comme 'Spiced Honey' (B. Hamner, 1975). 'Post Time' a été moins utilisé, mais néanmoins il a été fort bien suivi, avec plus de 50 descendants, essentiellement des iris rouges, comme 'Matamore' (P. Anfosso, 1990) mais aussi quelques autres comme 'Doctor Gold' (J. Ségui, 1998).

Wikipedia nous explique que : « La côte de Barbarie était un quartier chaud durant la seconde moitié du XIXe siècle et le début du XXe siècle à San Francisco. On y trouvait des salles de danse, des salons, des bars, des clubs de jazz, des spectacles de variétés et des maisons closes ».Pour le californien qu'était James McWirther cela devait être un nom évocateur de quelque chose qui, personnellement, m'échappe. A moins que cela ne fasse référence à ce qu'en français on appelait jadis la côte des Barbaresques et qui s'étendait en Méditerranée de Tanger à la Lybie, et que ce nom ait été attribué en raison de la couleur « bronzée » de la fleur... Car ce qui distingue 'Barbary Coast' c'est la couleur de sa fleur, un brun rosé, enrichi d'un spot bleu sous les barbes. C'est une couleur qui a connu son heure de gloire dans les années 1970, avec en particulier le célèbre 'Burnt Toffee' (Schreiner, 1977). Mais aussi une couleur qui ne se prête guère à un grand développement. Il ne faut donc pas s'étonner que ni 'Burnt Toffee', ni 'Barbary Coast' n'aient eu une grande descendance. Pour 'Barbary Coast' cela se résume à quatre variétés seulement, dont la plus fameuse est 'Triple Whammy' (B. Hager, 1989).

Avec 'Barbary Coast' on n'est pas devant une variété brillante ou singulière. C'est un bon iris dont l'intérêt ne tient guère qu'au coloris, mais celui-ci n'attire pas l’œil et, par conséquent, n'a rien de « grand public ». C'est une fleur pour collectionneur.

Illustrations : 

'Barbary Coast' 


'New Moon' 


'Post Time' 


'Boy Friend' 


'Burnt Toffee'

L’EUROPE DES IRIS EN 2019

En 2001 puis en 2013 j'ai fait le point ici sur la situation de l'iridophilie en Europe. Dans notre monde en perpétuelle évolution, les iris n'échappent pas aux bouleversements que nous vivons.

L’Europe, (de l’Atlantique à la frontière de la Russie), sur le plan de l’iridophilie comme sur beaucoup d’autre, est handicapée par le cloisonnement des Etats et les barrières linguistiques. Chaque pays, dans le domaine qui nous intéresse, a ses goûts et ses habitudes, auxquels s’ajoutent dans une certaine mesure, des problèmes climatiques. De sorte qu’à chaque pays correspond une situation particulière.

L’Europe du Nord est absente de l’iridophilie. Norvège, Suède, Finlande, Danemark, ont un climat peu favorable à la culture des iris et de ce fait les amateurs y sont rares, voire inexistants. Les Pays-Bas, pourtant réputés pour leurs cultures florales, sont plus particulièrement branchés bulbeuses et culture intensive, les iris, hormis les iris de hollande, bien entendu, y étaient peu rencontrés jusqu’à ce que Loïc Tasquier, un Français d’origine, installé près de Nimègue y développe une intense activité d’hybrideur orientée en priorité vers les iris nains et médians. Il y a fait au moins une émule plus qu'une amie à lui, Marianne Joosten, s'est lancée et a enregistré à ce jour sept variétés nouvelles. La Belgique a connu une certaine activité iridistique par le passé, mais celle-ci s’est presque éteinte. Cependant un jeune amateur très doué, Etienne Nouwen, se prépare à mettre sur le marché des grands iris de son cru qui paraissent tout à fait remarquables et révèlent un bon goût très encourageant.

L'Allemagne est un pays important en matière d’iridophilie. On n'oublie pas les variétés de la Maison Goes et Koennemann dans l'entre-deux-guerres. Chaque année de nombreuses variétés nouvelles y apparaissent et plusieurs obtenteurs ont une véritable notoriété. Harald Moos, Dietmar Görbitz, Eberhard Fischer ou Manfred Beer font partie de la première génération d'obtenteurs venus sur le marché à la fin du Xxe siècle. Plusieurs autres enregistrent chaque année des variétés nouvelles de grands iris. Le plus doué d'entre eux pourrait bien être Klaus Burkhardt qui a déjà été honoré au concours de Florence. Thomas Tamberg de son côté, est depuis longtemps un spécialiste des iris de Sibérie et des hybrides interspécifiques (sib-color, cal-sib, sib-tosa…). Ce qui pèche en Allemagne ce sont les circuits de distribution de ces fleurs. Certains ont réussi à se faire connaître aux USA mais sur notre vieux continents il y a encore beaucoup à faire !

La Grande Bretagne fut longtemps un grand pays en matière d’iris. Elle reste l’un de ceux qui attribuent chaque année une médaille de Dykes (elle fournit d’ailleurs les autres médailles portant cet illustre nom). Les amateurs y sont toujours nombreux, mais les hybrideurs s’y font plus rares. Barry Dodsworth, Robert Nichol et Nora Scopes ont été jusqu’à leur mort les plus connus d’entre eux ; hélas la relève est longue à venir et la vénérable BIS (British Iris Society) souffre actuellement d'un réel problème de renouvellement de ses cadres.

En Europe du Sud, question de climat peut-être, les iris sont pratiquement inconnus, cependant en Espagne on note un frémissement sous la forme de deux ou trois entreprises artisanales qui proposent un catalogue entièrement dédié aux iris. Il n’y a que l’Italie qui compte un grand nombre d’amateurs. Ce pays se distingue même par le fameux concours de Florence qui récompense chaque printemps une variété de grande qualité. Au plan de l’hybridation, l’Italie connaît, un peu comme en France, de plus en plus d'hybrideurs intéressants. Augusto Bianco a élevé peu à peu son entreprise au rang des plus importantes d’Europe, et s'est lui-même distingué plusieurs fois dans les grandes compétitions. Des gens comme Luigi Mostosi, Roberto Marucchi, Lorena Montanari ou Tiziano Dotto ont été rejoints par des jeunes qui entendent bien trouver leur place au soleil. Au plan commercial plusieurs nouvelles pépinières spécialisées se sont ouvertes ces temps derniers ce qui démontre bien l'appétence grandissante des Italiens en matière d'iris.

De même qu'en Allemagne ce sont des hybrideurs de l'Est du pays qui constituent la plus grande part du cheptel actuel des obtenteurs, de même dans les anciennes républiques socialistes (Slovaquie, République Tchèque, Pologne.... Un foisonnement particulièrement étonnant existe en République Tchèque, même s'il s'agit d’un pays qui a une longue tradition iridophilique. Souvenons-nous de Zdenek Smid (qui remporta le Florin d’Or en 1985 avec ‘Libon’) ainsi que de Milan Blazek, toujours actif mais qui fut, du temps des communistes, un véritable précurseur. Aujourd'hui le plus éminent obtenteur est certainement Zdenek Seidl, dont 'Chachar' remporta le concours de Paris en 2017 et le concours de Florence cette année ! En Slovaquie Ladislaw Muska a acquis dans les années 1980/90 une réputation mondiale avant que l’âge et la maladie ne l’éloignent. Il a trouvé un successeur éminent en la personne de Anton Mego, qui fait partie maintenant des meilleurs hybrideurs au monde et qui a accompli la performance d'obtenir une Wister Medal en 2008 pour son superbe TB 'Slovak Prince'.

A côté, la Pologne suit le même chemin, même si les conditions climatiques rigoureuses gênent le travail des hybrideurs. Néanmoins des amateurs de plus en plus nombreux comme Jerzy Wosniak, Zbigniew Kilimnik, Henryk Polaszek et surtout Robert Piatek obtiennent des iris aux fleurs jolies et originales dont on commence à pouvoir apprécier les qualités puisqu'ils apparaissent enfin chez nous dans les collections de quelques hardis pépiniéristes, et concourent dans les compétitions occidentales. Cependant, à ce niveau, ils se sont montrés délicats à s'acclimater...

On pourrait croire que cultiver des iris en Lituanie relevait d'une certaine témérité. C'est pourtant ce que fait un certain Laimondis Zakis qui exhibe sur Internet ses réalisations. En dehors de leur apparence, on ne sait rien de ces iris puisque leur obtenteur n'en fait pas le commerce et, même, s'enferme dans sa bulle puisqu'il refuse d'enregistrer ses variétés au motif qu'elles ne doivent pas sortir de son jardin...

Ailleurs en Europe de l'Est, le présence des iris est encore confidentielle, même si en Hongrie et en Roumanie certains se lancent dans leur commercialisation et, bien entendu, réalisent des croisement dans les résultats présentés sur Internet ont une bonne allure.

A ce stade, on a fait le tour de l'Europe des iris. On constate qu'il est en pleine expansion, ce qui fait bien plaisir. Mais on n'a pas parlé de la Russie et de l'Ukraine où l'iridophilie se développe à toute vitesse. Les variétés qui en proviennent commencent tout juste à atteindre nos contrées. On parvient donc à se forger une idée sur leurs qualités végétatives, mais il est encore trop tôt pour émettre un jugement à leur sujet. Attendons encore deux ou trois ans et nous serons fixés. En tout cas remercions les pépiniéristes qui en proposent déjà en France. Plus les implantations seront nombreuses et plus vite nous pourrons nous prononcer.

Illustrations : 

'Bontje Kermis' (Tasquier, 2010) 


'Charmanda' (Burkhardt, 2014) 

'Chachar' (Seidl, 2013) 


'Pokalunek Nocy' (Piatek, 2014)