18.6.22

AU PAYS DES TROPHÉES

Aux Etats-Unis l'esprit de compétition est présent à tous les niveaux. Il parcoure toutes les activités humaines, et le monde des iris n'y échappe pas. Vingt-trois médailles, coupes et autres trophées sont distribués chaque année par l'American Iris Society ! Il y en a pour toutes les catégories de fleurs et à l'occasion de différentes manifestations. 

 Chacune de ces distinctions va être détaillée maintenant : 

 Les distinctions événementielles 
President's Cup
Elle est attribuée au cours de la Convention annuelle de l'AIS. Pour être éligible un iris doit avoir été obtenu dans la Région organisatrice de la Convention de l'année d'attribution, quelle que soit sa catégorie, il peut aussi provenir d'un obtenteur dont le jardin fait partie de ceux qui seront visités lors de la Convention, quelle que soit sa localisation. Les iris doivent avoir été vus pendant leur croissance et au cours de leur floraison dans les différents jardins officiellement sélectionnés. Tous les participants à la Convention peuvent voter. Première attribution en 1966, à 'Skydiva' (F. Knocke, 1964). 


 Franklin Cook Cup, 
 Elle est attribuée dans les mêmes conditions que la précédente, mais ouverte aux variétés issues d'une autre Région que la Région organisatrice de la Convention de l'année. C'est 'Zantha' (Fay, 1947) qui a reçu la première coupe, en 1957. 

 Ben Hager Cup. 
 D'apparition récente, cette coupe est décernée au cours de la Convention annuelle, à un iris « médian », c'est à dire autre que TB, qui a pu être apprécié dans les jardins officiellement sélectionnés. C'est 'Dividing Line' (MTB, Ch. Bunell, 2004) qui en fut le premier récipiendaire, en 2007. 


 Zurbrigg-Mahan Seedling Cup. 
 Elle récompense le meilleur semis présenté à la Convention annuelle. Elle existe depuis 2014 seulement. Le premier attributaire a été le semis 08-6-10 (A. Pyburn TB) baptisé depuis 'Southwest Sweetheart'. 


 •J. Arthur Nelson Award 
 Aux Etats-Unis se déroulent chaque année, organisés par les sociétés iridophiles affiliées à l'AIS, une multitude de compétions locales, très appréciées par les amateurs du coin. La variété qui est arrivée le plus souvent en tête dans ces compétitions reçoit cette récompense. La première attribution date de 2010 et a récompensé 'Dusky Challenger' (Schreiner, 1986) ; une variété chevronnée mais toujours spectaculaire en concours. 


 AIS Board of Directors Award 
 C'est une récompense occasionnelle qui vise à réparer une injustice. En effet certaines variétés ont eu une influence majeure sur la culture des iris mais n'ont jamais réussi a obtenir la distinction numéro un : La Médaille de Dykes. L'AIS Board of Directors Award, créé en 1972, comble ce manquement. Depuis sa création il n'a été attribué que quatre fois et pour la première fois à 'Snow Flurry' (Clara Rees, 1939). 

Les distinctions catégorielles 

Chacune des quinze catégories d'iris possède sa médaille particulière, qui est attribuée chaque année. Cette médaille est la troisième étape d'un parcours long et difficile qui peut durer une dizaine d'années et qui comporte au moins trois distinctions intermédiaires : HM (Honorable Mention), AM (Award of Merit) et Médaille elle-même. Sont en compétition toutes les variétés de chaque catégorie mises sur le marché aux USA, selon un règlement minutieux. Ce sont des juges accrédités par l'AIS qui votent pour les variétés qu'ils ont vues au cours de leurs pérégrinations annuelles. 

Voici la liste de ces 15 décorations : 
The Caparne-Welch Medal pour le meilleur Iris Nain Miniature, (MDB) 
The Cook-Douglas Medal  pour le meilleur Iris Nain Stndard, (SDB), 
The Debaillon Medal pour le meilleur Iris de Louisiane, (LA) 
The Eric Nies Medal  pour le meilleur Iris Spuria, (SPU) 
The Founders of SIGNA Medal  pour le meilleur « Species » (espèce botanique d'iris) 
The Knowlton Medal  pour le meilleur Iris de Bordure, (BB), 
The Mitchell Medal  pour le meilleur « Pacific Coast Native »,(PCN) 
The Mohr Medal  pour le meilleur Arilbred ¼ de sang aril, 
The Morgan-Wood Medal pour le meilleur Iris de Sibérie, (SIB), 
The Payne Medal pour le meilleur Iris du Japon,(JA) 
The Randolph-Perry Medal pour le meilleur croisement d'espèces botaniques d'iris, 
The Sass Medal  pour le meilleur Irs Intermédiaire, (IB) 
The White Medal  pour le meilleur aril ou arilbred, (AR) 
The Williamson-White Medal  pour le meilleur Grand Iris Miniature, (MTB) 
The Wister Medal  pour le meilleur Grand Iris, (TB). Depuis 1998 elle est décernée à trois variétés chaque année pour tenir compte de la très grande quantité de variétés en compétition. 

 Les distinctions générales 

 Ce sont : 
 The American Dykes Medal  pour le meilleur iris obtenu par un hybrideur américain, toutes catégories confondues. C'est la quatrième et dernière étape de la course aux honneurs, la plus prestigieuse et la plus enviée. Elle existe depuis 1927 et a été attribuée 86 fois (jusqu'à 1990 elle pouvait ne pas être attribuée si aucune variété n'atteignait le nombre minimum de points requis – une modification du règlement à supprimé ce minimum -). 

 The Fred and Barbara Walther Cup Attribuée annuellement à la variété qui a reçu le plus grand nombre de votes pour une Honorable Mention (HM), quelle que soit la catégorie à laquelle elle appartient. Ce vaste choix est fait de manière à satisfaire le plus grand nombre d'obtenteur et, par ce moyen, d'encourager la culture des iris.

10.6.22

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Une première

 'Queen Jadwiga', C'est le nom de la variété qui a remporté cette année le concours de la MEIS (association des amateurs d'iris d'Europe Centrale). C'est une obtention de Katarzyna Zalewska-Taylor, charmante hybrideuse anglo-polonaise. Elle est la première polonaise, depuis 1945, à enregistrer des iris … et la première à triompher dans une compétition internationale. Félicitations à la récipiendaire. 

'Queen Jadwiga' (Zalewska, 2018) (Undercurrent X inconnu)



L'OR, LE SOLEIL ET LA LUNE

Quand on voit l'éclat et la splendeur d'un iris jaune moderne, comme 'Soleil de Laymont' (Dejoux, ),on est loin de s'imaginer qu'il a fallu près de cent ans pour obtenir une variété jaune vraiment jaune ! Aujourd’hui il n’est pas difficile de trouver un bon iris jaune, car il en apparaît des quantités chaque année. Mais jusque dans les années 1950 ce n’était pas le cas et les vrais jaunes étaient rares et pas toujours excellents. En fait cette couleur est restée exceptionnelle jusque dans les années 1930 et, s’il y a eu de réelles réussites parmi les iris diploïdes, le passage à la tétraploïdie a été beaucoup plus difficile dans ce coloris que dans les autres. L’origine de la couleur jaune se situe peut-être chez I. flavescens (De Candolle, 1813) dont on se demande toujours s’il s’agit d’une véritable espèce ou plutôt d’un hybride naturalisé de I. germanica et de I. variegata. Mais dans l’ère contemporaine on est à peu près d’accord pour dire que le premier jaune véritable se nomme ‘Aurea’ (Jacques, 1830). C’est à coup sûr un hybride de I. germanica, croisé depuis longtemps avec I. variegata donc comportant la couleur jaune, mais aussi des veines ou des traces violacées sur les sépales. Et ce sont ces traces violacées dont il a été si difficile de se débarrasser. Ce n’est que dans les années 20 que l’on a vu venir des iris vraiment jaunes. Le mérite en revient à Grace Sturtevant, une grande dame des iris qui a enregistré ‘Shekinah’ (1918), puis 'Gold Imperial’ (1924) dont on peut dire qu’ils furent les premiers jaunes de valeur. 



 On est donc certain que I. variegata est une des origines des iris jaune d'aujourd'hui, mais ce n'est pas la seule. Les indéniables qualités de la variété anglaise 'W. R. Dykes', bien qu'il faille avoir une certaine imagination pour la qualifier de jaune, ont fait qu’elle a été largement utilisée au début des années 1930 par tous ceux pour qui cette couleur était un défi à relever. En particulier par la famille Schreiner. Le croisement du jaune diploïde français ‘Pluie d’Or’ (F. Cayeux, 1928) et de ‘W.R. Dykes’ est à l’origine ‘Golden Treasure’ (Schreiner, 1936), une variété qui eut un énorme succès populaire. 

 Toujours dans les années 1930, Sydney Mitchell a tenté d’améliorer la pureté du jaune en alliant une variété d’un ton de bronze et une variété blanche ou vice-versa. Après une grande quantité de semis plus ou moins intéressants il a fini par obtenir ce qu’il cherchait : du jaune vraiment jaune. C’est le cas de ‘Alta California’ (1932) puis de ‘California Gold’ (1933) et surtout de ‘Happy Days’ (1938), qui est considéré comme l’aboutissement d’un long voyage. 


 Tandis que se déroulaient ces recherches aux Etats-Unis, en Europe F. Cayeux proposait ‘Eclador’ (1932) puis ‘Alice Harding’ (1932), tous deux issus de la souche « variegata ». 

 Les années 1940 ont été marquées aux Etats-Unis a atteint une sorte de perfection en utilisant les deux voies déjà explorées, en y ajoutant les mérites d’autres apparitions de la couleur dans des lignées qui ne lui étaient pas spécialement dédiées. Ce fut le cas, en particulier, de ‘Ola Kala’ (J. Sass, 1941), dont la renommée est vite devenue mondiale, ou de ‘Golden Eagle’ (Hall, 1942), lointain rejeton de ‘W.R. Dykes’. 

 Les années 1950 allaient être marquées par deux événements essentiels pour l’amélioration des iris jaunes. En premier lieu, pour accroître encore l’éclat du jaune, les hybrideurs ont eu l’idée d’ajouter au cocktail une pointe d’orange qui a eu pour résultat de colorer plus vivement les barbes et donc de mettre mieux en valeur le jaune de la fleur. Ce fut le cas, par exemple, de ‘Solid Gold’ (Kleinsorge 51), également descendant de ‘Ola Kala’ : le jaune est éclatant, grâce en particulier aux grosses barbes safran. Comme le dit « The World of Irises » : « La recherche sur les barbes mandarine a donné naissance à des sous-produits inespérés. Des jaunes sont apparus parmi les descendants de croisements destinés à obtenir des iris roses, et les hybrideurs ont été étonnés et ravis de leur qualité. Ces jaunes avaient un éclat, un brillant et une abondance de dentelle rarement rencontrés chez les jaunes conventionnels. » Ce fut le second événement survenu dans les années 1950. Les variétés les plus marquantes furent certainement le jaune canari ‘Limelight’ (Hall, 1952) et le jaune paille ‘Techny Chimes’ (Reckamp, 1955), mais également ‘Rainbow Gold’ (Plough, 1959).  



Il ne restait plus qu’à marier ces différentes origines pour obtenir les jaunes modernes qui peuplent maintenant nos jardins. Parmi ceux-ci se sont fait remarquer 'Denver Mint' (Maynard Knopf, 1962), 'New Moon' (Neva Sexton, 1968) petit fils de 'Limelight' et père d'un grand nombre de variétés de toutes couleurs, 'Warm Gold' (Schreiner, 1972), 'Gold Galore' (Schreiner 1978) puis les fameux jaunes de John Weiler comme 'Flaming Victory' (1982), descendant de 'New Moon', et ses propres descendants 'Pulsar' (1986) et 'Throb' (1990). Ils sont devenus infiniment nombreux. Trente ans après on en découvre chaque année de nouveaux, toujours plus vifs et brillants. Dans les noms qu'on leur donne il est toujours fait allusion à l'or – 'Financier' (Ghio, 1979) - , au soleil – 'Sun Shine In' (Keppel 2009) – et même à la lune (puisqu'en Amérique la lune est jaune!). De ce côté-là il n'y a guère d'évolution. Le monde change, les iris jaune font de même et embellissent, mais beaucoup moins le cœur des hommes !



3.6.22

ECHOS DU MONDE DES IRIS

FRANCIRIS © 2022 

 Malgré un déroulement un peu tardif et une floraison chaotique, le concours FRANCIRIS a récompensé des variétés de qualité. Les iris européens se sont taillé la part du lion. Pour la deuxième fois, après 2017, c'est un iris de Zdenek Seidl qui l'a emporté. Bravo à tous les participants et félicitations aux triomphateurs, notamment Zdenek Seidl, bien sûr, mais aussi les Français Stéphane Boivin, Martin Balland et Sébastien Cancade, le Polonais Robert Piatek, et les Italiens Augusto Bianco et Lorena Montanari, qui se sont partagé les places d'honneur. 

PRIX PHILIPPE DE VILMORIN : 
 1° prix : ‘Nad Oblaky’ de Zdenek SEIDL (2019) 
 2° prix : semis 16-36-04 de Stéphane BOIVIN 
 3° prix : ‘Sylvain Ruaud’ de Daniel BALLAND (2018) 


 PRIX GLADYS CLARKE : (meilleurs iris français) 
 1° prix : semis 16-36-04 de Stéphane BOIVIN 
 2° prix : ‘Sylvain Ruaud’ de Daniel BALLAND (2018) 
3° prix : semis 12-12E de Sébastien CANCADE 


 PRIX LAWRENCE RANSOM : (touffes les plus spectaculaires) 
1° prix : ‘Maggese’ de Augusto BIANCO (2017) 
2° prix : ‘Sylvain Ruaud’ de Daniel BALLAND (2018) 
3° prix : ‘Szlachcic’ de Robert PIATEK (2019) 


 PRIX DE LA SFIB : (meilleur parfum) 
semis 2-12A de Lorena MONTANARI 


 PRIX DE LA PRESSE HORTICOLE 
semis 2-12A de Lorena MONTANARI 

 PRIX DU PUBLIC 
1° prix : semis 16-36-04 de Stéphane BOIVIN 
2° prix : ‘Nad Oblaky’ de Zdenek SEIDL (2019) 
3° prix : semis 2-12A de Lorena MONTANARI 

 Pour assurer la pérennité de cette compétition, les conditions de plantation et de culture devront être modifiées afin de garantir une meilleure floraison.



ET INVERSEMENT

Chez les iris bicolores, la couleur claire est normalement celle des pétales, tandis que la couleur sombre concerne plutôt les sépales. Mais inverser cette disposition traditionnelle a tenté certains hybrideurs. Ils ont eu du mal, mais ils sont parvenus à leurs fins ! Maintenant on ne compte plus les amoenas et les bicolores inversés. En 2010 ici même deux articles ont abordé ce sujet. Douze ans plus tard on peut y revenir. C'est ce que nous allons faire aujourd'hui.


 Les gens bien informés, en matière d'inversion des couleurs parlent de trois souches : trois variétés par lesquelles tout a débuté. Keith Keppel dans son approche des « dark tops » (comme on appelle les iris inversés en langue anglaise) commence par la souche ‘Avis’. ‘Avis’ (Varner, 1963) présente bien les traits spécifiques des amoenas inversés. Cette apparence ne lui vient pas directement de ses parents, on peut donc dire qu’il constitue le point de départ d’un nouveau modèle. ‘Avis’ provient d’une part de ‘Arctic Skies’, déjà légèrement inversé, d’autre part de deux cultivars dans les tons de rose orangé, l’un issu de ‘Mary Randall’, l’autre provenant d’un semis de David Hall. Ce semis a été recroisé avec ‘Enchanted Pink’, puis, à la génération suivante, avec un jaune de la famille de ‘Mary Randall’ pour donner enfin naissance à cet ‘Avis’ qui nous intéresse. Parmi les descendants de ce précurseur, le plus intéressant est ‘Sea Venture’ (Bennett Jones, 1972), qui provient du croisement d’ ‘Avis’ et d’un blanc teinté de lilas : ‘Eternal Love’ (Schmelzer, 1966). C'est un véritable « dark top» aux pétales tendrement bleus et aux sépales qui, s’ils n’ont pas « la blancheur sanglotante des lys » comme disait Stéphane Mallarmé, n’en sont pas moins plus clairs que les pétales. A partir de ‘Sea Venture’, on est véritablement dans le domaine des « dark tops ». ‘Spécial Mozart’ (Anfosso, 1991) est directement issu de ‘Sea Venture’ et on verra plus loin qu’il a contribué lui-aussi au développement des amoenas inversés bleus. 

 Cependant la souche ‘Avis’ n’est ni la principale, ni la plus prolifique. La suivante, sur ce plan, est plus importante. Il s’agit de la souche ‘Surf Rider’. Cet iris a des pétales parme, des sépales d’un blanc laiteux où le bleu resurgit au cœur, ainsi que des barbes blanches. La fleur est peu ondulée, mais de texture épaisse ce qui lui confère une bonne tenue. Néanmoins ce qui a fait le succès de ‘Surf Rider’ (Tucker, 1970) c’est l’originalité de son coloris. Pour en arriver là, James Tucker a utilisé un semis de ‘Stepping Out’, associé à ‘Joy Dancer’. On ne décrit plus le premier, plicata emblématique mis sur le marché par la maison Schreiner en 1964 et récompensé de la Médaille de Dykes en 68. ‘Joy Dancer’ est un autre produit Tucker, enregistré en 1969, qui a attiré sur lui l’attention à Florence où il a obtenu la seconde place en 1974. C’est un mauve lilas à barbes jaunes qui a pour pedigree (Crinckled Beauty X Rippling Waters). Ni l’un ni l’autre de ces antécédents ne sont des « dark top », ‘Surf Rider’ est donc le point de départ d’une nouvelle souche. Si son originalité et sa fraîcheur lui ont valu une renommée mondiale, elles ont aussi tenté certains hybrideurs qui ont essayé d’en améliorer les caractéristiques. Trois des plus grands noms s’y sont essayés : Joë Ghio, Ben Hager et Sterling Innerst. Ghio a obtenu ‘Little Much’ (84) dans lequel se rejoignent les souches ‘Avis – par ‘Sea Venture’, encore une fois – et ‘Surf Rider’. Il est décrit comme ayant des pétales bleu moyen, des sépales blancs et des barbes blanc bleuté. Il répond bien à la définition des « dark tops ». A la même confluence que ‘Little Much’ se trouve ‘Incantation (Ghio, 1987) qui se présente un peu comme un amoena inversé mais le contraste y est atténué car la base des pétales est plus vivement colorée que le haut, pratiquement blanc, tandis qu’on retrouve le bleu des pétales aux épaules des sépales. ‘Ballerina Blue’ (Innerst, 1986) réunit ‘Surf Rider’ et ‘Sea Venture’, mais il n’a pas les qualités de ses cousins Ghio, ni celles de ses cousins Hager, et en particulier de ‘Timescape’ (1990). 


 Parlons maintenant de la troisième souche, la plus exemplaire et la plus productive. Elle a pour origine l’espèce I. imbricata. Voici ce qu’écrivait Keith Keppel à son sujet : « Originaire des montagnes du Caucase et du nord de l’Iran, ce diploïde de taille moyenne a des fleurs jaune verdâtre marquées de veines brun pourpré aux épaules. » Et Paul Cook, qui l’a utilisée en premier a écrit : « I. imbricata comporte indubitablement un gène inhibiteur qui supprime, certes incomplètement, les anthocyanes des grands iris. Cette suppression est d’habitude plus complète dans les sépales de la fleur que dans la partie supérieure, ce qui caractérise les bicolores inversés. » 

Partant de ce constat Paul Cook a utilisé I. imbricata pour obtenir ‘Wide World’ (1953), lequel peut être considéré comme cette fameuse troisième souche. Derrière lui, la première étape fut ‘Blue Fantasy’ (Louise Branch, 1958), puis vint ‘Edge of Winter’ (Schreiner, 1983). A partir de là on est en plein dans les « dark tops » avec au premier rang ‘In Reverse’ (Gatty, 1993) qui est proche de la perfection, avec des pétales nettement bleus et des sépales blanc bleuté ( sans parler de la qualité de la fleur qui a la grâce onduleuse de tous les iris de Gatty). Cet ‘In Reverse’ est à la base d’un grand nombre de « dark tops », notamment par l’entremise de ‘Honky Tonk Blues’, une variété qui a un grand rôle dans la multiplication actuelle des bicolores inversés. ‘Honky Tonk Blues’ (Schreiner, 1988) n’en est pas un, même s’il manifeste quelques signes d’inversion des couleurs, mais il a démontré son aptitude à engendrer des inversés de qualité, notamment par une amélioration du contraste entre pétales et sépales. De nombreux hybrideurs ont voulu exploiter cette aptitude. Ils ont intégré ‘Honky Tonk Blues’ à leurs lignées d’amoenas inversés, qu’elle soit de souche pure ou issues d’un mélange des souches. Pour ce qui est de la souche ‘Avis’, c’est sans doute Bernard Laporte qui en a tiré le meilleur parti en associant ‘Honky Tonk Blues’ et ‘Special Mozart’ pour obtenir ‘Iriade’ (2004), une variété désormais bien connue, même aux Etats-Unis. C’est encore Bernard Laporte qui a réalisé le croisement (Honky Tonk Blues X Timescape), lequel a produit une série de semis, très proches les uns des autres, mais nettement « dark top », avec, ce qui ne gâte rien, des fleurs bien formées et délicatement ondulées. Ces jolies fleurs n’ont pas été enregistrées, ce qui est bien dommage. 



 On a parlé un peu plus haut de ‘In Reverse’. Cet iris-là a eu une descendance remarquable. Ainsi de lui viennent directement ‘Reversi’ (Michaël Sutton, 2005) qui a pour pedigree In Reverse X (Bye Bye Blues x (Honky Tonk Blues x Dauber's Delight)), et ‘Crowned Heads’ (Keppel, 1997) (In Reverse X Honky Tonk Blues). 


 Croisé avec d’autres variétés a priori pas destinées à donner naissances à des inversés, ‘Honky Tonk Blues’ en a quand même engendré, et non des moindres ! Prenez ‘Quite the Reverse’ (Maryott, 1998), qui est de (Yankee Pride X Honky Tonk Blues), et surtout ‘Fogbound’ (Keppel, 1997) qui est à lui seul une souche d’amoenas inversés. ‘Honky Tonk Blues’, associé à ‘Battle Fury’ (Varner, 1978) a donné naissance à ce ‘Fogbound’. Celui-là a été mis à toutes les sauces et est devenu l’un des principaux géniteurs de ce siècle. Dans le domaine des amoenas inversés bleus, il est à l’origine de ‘Alpenview’ (Keppel, 2002), ‘Dance Recital’ (Keppel, 2005), ‘Endimanché’ (Bersillon, 2008), ‘Soiree Girl’ (B. Blyth, 2005), et ‘Waterfall Mist’ (P. Black, 2006), pour ne citer que quelques-uns. Quant à ‘La Part des Anges’ (Bersillon, 2008), il fait, le lien entre la souche ‘Fogbound’ et la souche ‘Surf Rider’. 


 Comme il fallait s’y attendre, les hybrideurs se sont mis à mélanger les différentes souches, comme ils ont fait pour les autres modèles ou coloris. Un exemple parfait de ce mélange est ‘Cloudscape’ (Paul Black, 2007) qui a pour pedigree Quite the Reverse X (Crowned Heads x Fogbound). Voilà un exemple de « tout en un » ! 



 Il est aujourd’hui assez facile d'obtenir des amoenas inversés ; A tel point que, chacun ayant montré son savoir-faire, les nouveautés dans ce domaine sont devenues plutôt rares. On en trouve partout y compris chez les hybrideurs de Russie ou d’Ukraine. Ainsi Igor Khorosh a produit ‘Zaprosy Mene u Sny’ (2009) dont le pedigree est (Kathleen Kay Nelson X In Reverse). En Italie, avec (Edge of Winter x Soap Opera) X Honky Tonk Blues, Augusto Bianco nous a offert ‘Aldo Ratti’ (1998) qui n’est pas tout à fait inversé, mais presque, de même qu’en France Lawrence Ransom est l’auteur de ‘Claude Louis Gayrard’ (1996) qui vient lui-aussi de ‘Edge of Winter’. Enfin en Slovaquie, Anton Mego a obtenu 'Dunajec' (2012) qui est une pure merveille… Mais le fait que ces iris soient devenus relativement communs n’enlève rien à leur charme, et c’est bien agréable d’avoir l’embarras du choix.


28.5.22

HELEN VON ZEPPELIN

Dans le dernier numéro de « ROOTS », journal de la HIPS (Historic Iris Preservation Society) Cathy Engerer a dressé le portrait de Helen von Zeppelin, hybrideuse allemande de renommée mondiale ; la présente biographie est dérivée de cet article. 

 La pépinière « Gräfin von Zeppelin » existe toujours, c'est même l'une des principales exploitations dédiées aux iris présente en Allemagne. Elle a été créée par Helen von Zeppelin en 1948 a partir de sa propre collection d'iris. Elle se situe à Laufen, agréable petite ville blottie au pied de la Forêt Noire, un peu au sud-est de Freiburg et tout prêt des frontières avec la Suisse et la France. 

 Il n'est pas fréquent que des aristocrates tournent leur activité en direction des iris. Philippe de Vilmorin, en France, en est le plus bel exemple, et Helen von Zeppelin en est la continuatrice. Elle est née en 1905 à Metz, alors en Elsass-Lothringen (Alsace-Lorraine), dans une famille noble dont l'un des membres, Ferdinand, est l'inventeur des célèbres ballons dirigeables qui portent son nom, et dont Helen est la nièce. Revenue dans le château familial d'Aschhausen, dans le Württemberg, la jeune Helen fait montre d'indépendance et de goût pour les activités physiques dans la nature. Après la guerre de 1914 elle a pris la charge de l'entretien du domaine familial et a commencé à s'intéresser aux iris. A partir de 1926 elle est étudiante en horticulture à Berlin, en même temps qu'elle prend la charge de la propriété de sa grand-mère à Laufen où elle s'installe à temps complet en 1930. Elle acquiert de nouvelles terres et elle crée sa pépinière qui, au début vend plusieurs sortes de plantes mais qui se spécialise dans les iris au fur et masure que la collection s'élargit de manière à offrir un choix suffisant. L'affaire est entendue en 1948. Pendant la guerre, contrainte de délaisser les cultures ornementales pour se consacrer exclusivement aux légumes , la comtesse von Zeppelin a bien cru qu'elle allait perdre toute sa précieuse collection. Elle a donc conservé uniquement un rhizome de chaque variété qu'elle a dissimulé au milieu des choux et des salades ! Elle a même poursuivi ses hybridations, si bien qu'après guère elle a pu proposer ses propres réalisations en même temps que les variétés préservées. Cependant elle n'a pas cru devoir enregistrer ces nouvelles variétés. Ce n'est qu'une quinzaine d'années plus tard qu'elle s'est décidée à accomplir les formalités d'enregistrement pour deux seulement de ces obtentions : 'Scherzo', en 1958 et 'Aglaja von Stein' en 1962. 

 Helen von Zeppelin s'est adjoint les éminents service de Suzanne Weber. Les deux femmes dont les compétences se sont additionnées ont fait de pépinière de Laufen l'une des plus riches et des plus réputées au monde. Il est remarquable de noter que ce genre de collaboration est du même ordre que celle de Philippe de Vilmorin et de Séraphin Mottet ou celle, en Suisse, du docteur Bovet et de Gaby Martigner. Dans les cas de ce genre le lien de subordination s'efface pour laisser place à une étroite et fructueuse complicité. 

 La collection d'Helen von Zeppelin, avec le temps, a pris des proportions importantes ce qui a rendu son entretien difficile et coûteux de sorte que la comtesse a négocié sa sauvegarde avec le Merian Park de Bâle, où elle a été transférée et dont elle constitue l'une des attractions actuelles : plus de 1500 cultivars ! 


 Helen von Zeppelin est décédée en 1995. Sa fille Aglaja, puis son petit-fils Frederick ont continué l'exploitation de la pépinière jusqu'à nos jours. Elle a laissé le souvenir d'une grande dame profondément dévouée à la cause des iris.

20.5.22

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Concours de Florence 2022 

 Voici les résultats du concours de Florence 2022. 
1 Fiorino d'oro = 'Matka Theresa' (Robert Piatek, 2019) 

2 'Controcorrente' (Roberto Marucchi, 2022) 
3 'Kriminal' (Augusto Bianco, 2018) 

4 semis Bianco non enregistré 
5 'Soleil sur Uluru' (Roland Dejoux, 2020) 

6 'Aria Sottile' (Angelo Garanzini, 2019) 

7 'Soleil de Laymont' (Roland Dejoux, 2019) 

8 'Archidado' (Simone Luconi, 2022) 
9 'Violetta' (Valeria Negri, 2022) 
10 'Tenue Speranza' (Mauro Bertuzzi , 2022). 

Le jury international était présidé par Jérôme Boulon qui est la personne française la plus compétente et la plus expérimentée dans ce genre d'exercice. Aucune variété américaine n'était en compétition : problème d'autorisation d'importation. Cela change évidemment les conditions du concours. Mais cela libère aussi l'espace aux variétés européennes, tout aussi valeureuses. 

Le triomphe de 'Matka Theresa' (Mère Thérésa) n'est pas un miracle ! Il s'agit d'une variété de grande classe, œuvre d'un obtenteur polonais prolifique et brillant, qui mérite amplement cette récompense. Les places d'honneur obtenues par les iris de Roland Dejoux reconnaissent le travail sérieux et opiniâtre de cet hybrideur. La présence dans ce palmarès de nombreuses variétés italiennes confirme le développement important de l'iridophilie chez nos voisins. Un phénomène que l'on constate aussi chez nous et un peu partout en Europe.

LE CHARME DES AMOENAS

Au mois de SEPTEMBRE 2010 , Irisenligne a publié un article sur l'historique des iris amoenas. Cet article va réapparaître cette semaine, un peu remanié pour tenir compte du développement de son thème. 

 De nos jours, obtenir un iris aux pétales blancs et aux sépales colorés – à l'origine bleus - est à la portée de tous ceux qui hybrident, mais il n’en a pas toujours été ainsi, et si le travail est maintenant facile, il fut un temps où cette disposition des couleurs était exceptionnelle. 

 Dans les années 30, obtenir un amoena était un événement. En effet, pour des raisons que l’on ne s’expliquait pas, alors que de très nombreux bicolores voyaient le jour, les iris blanc sur bleu restaient exceptionnels. On attribuait ce peu de résultats à une relative rareté des parents potentiels et au faible pouvoir germinatif des graines. Le défi d’obtenir des amoenas a provoqué une certaine émulation chez les obtenteurs de l’époque. De grands noms comme Geddes Douglas, Paul Cook ou Robert Schreiner l’ont relevé. C’est cependant Jesse Wills qui, le premier, a fourni une explication basée sur sa propre expérience et sur les travaux de ses confrères. Il a fait le point dans un article publié en 1946 dont Richard Cayeux a donné une excellente traduction dans son livre « L’iris, une fleur royale » :  « Les croisements entre amoenas, et même entre amoenas et les autres bicolores sont difficiles à réussir ; de plus le taux de germination des graines ainsi obtenues est inférieur à la moyenne. Quant au développement des plantules, il est lent, surtout la première année, ce qui retarde encore la floraison, de sorte que l’on doit souvent attendre la seconde, voire la troisième année, pour porter un jugement sur les iris provenant de ces hybridations. » Il ajoute, d’après ces constatations, que le blanc des pétales est un caractère récessif, et que « si les chances d’obtenir un amoena sont d’une sur trente-cinq, combien petite sont-elles quand seulement cinq ou six semis provenant d’un croisement peuvent pousser et fleurir ». Ces conclusions peu encourageantes ont incité l’AIS, sous la houlette de L.F. Randolph, d’inclure les amoenas dans une étude génétique sur la couleur des fleurs. 

 ‘Wabash’ (E. B. Williamson 36) a marqué le début d’une longue histoire. Cet iris aux pétales blancs et aux sépales bleu pourpré liserés de blanc, est le point de départ des iris amoenas. Il est le résultat du croisement de deux autres produits du même obtenteur, ‘Dorothy Dietz’ (Williamson 30) et ‘Cantabile’ (Williamson 31). Il est aussi à l’origine de ‘Bright Hour’, une obtention qui a profité des études lancées par l’AIS. 



 Cependant 'Wabash’ n’a pas eu de véritable descendance. C’est en grande partie à cause des travaux de Paul Cook et de ce qui est advenu à partir de l’apparition de ‘Progenitor’. De cette plante insignifiante sont venus ‘Melodrama’ (Cook, 1956), ‘Whole Cloth’ (Cook, 1957), ‘Emma Cook’ (Cook, 1957), ‘Miss Indiana’ (Cook, 1961) et d'autres d'un intérêt exceptionnel qui nous valent de disposer aujourd'hui d'un panel pratiquement infini d'iris amoenas et bicolores. Paul Cook n'a pas poursuivi dans la direction ainsi tracée. Il a laissé cette tâche à d'autres, lesquels ont multiplié à l’infini le modèle amoena. Leur travail est parti essentiellement de ‘Whole Cloth’, celui des trois principaux descendants de ‘Progenitor’ qui affiche le plus franchement les caractéristiques du modèle. 

 Aujourd’hui les amoenas sont innombrables et on en trouve dans tous les coloris. Avec des sépales bleus –ou violet – bien entendu, comme l’inaltérable ‘Alizés’ (Cayeux, 1991) ou son petit cousin ‘Deltaplane’ (Cayeux, 1993) ; en jaune comme ce qu’en un temps obtenait Barry Blyth, en Australie, et qui nous vaut ‘Alpine Journey’ (1983) ou ‘Aura Light’ (1996) ; en rose, ce dont Dave Niswonger s’est fait une spécialité qui a abouti à ‘Champagne Elegance’ (1987) et qui fut l'inaccessible Graal de Barry Blyth – voir ' Bashful Love' (2014) - et dans toutes les autres couleurs y compris le « vert » comme chez ce semis de Stéphane Boivin, pas encore enregistré. 








 On n’a pas fini de parler des amoenas car c’est un modèle qui plaît à tout le monde. Son succès dure parce que l’association du blanc des pétales, au coloris vif des sépales, par son contraste, attire l’œil tout en générant une impression de douceur et de calme. Les amoenas sont effectivement charmants.





14.5.22

DE LA BARBE AUX ÉPERONS

Au mois de mars 2006 – seize ans déjà – Irisenligne a publié un article intitulé « Extension du domaine de la barbe », un titre houelbecquien qui n’annonçait pas quelque chronique sulfureuse mais s'adaptait fort bien au sujet qui y était traité. Cet article va réapparaître cette semaine, un peu remanié pour tenir compte du développement de son thème : la barbe et ses extensions. 

 La nature ne manque jamais d’imagination quand il s’agit d’assurer la perpétuation des espèces. Pour certains iris, ceux qui sont dits « eupogons » ou « pogoniris », qui sont ceux dont on parle le plus souvent ici, elle a préparé un leurre étonnant pour convaincre les insectes, et en particulier les gros bourdons qui sont seuls suffisamment volumineux pour pouvoir se charger du pollen de la plante, d’entrer jusqu’au cœur de la fleur. Elle a d’abord créé pour eux une vaste piste d’atterrissage : les sépales, mais pour mettre toutes les chances de son côté, elle a ajouté des guides fallacieux : les barbes. Elles ont l’apparence de ces champs d’étamines où les insectes savent instinctivement qu’ils vont trouver du délicieux nectar. Ils vont donc se poser sur ce champ, mais là, point de nectar, point de pollen non plus. Alors ils s’enfoncent plus avant vers le cœur de la fleur en suivant cette ligne conductrice toute tracée. Ils trouveront enfin ce qu’ils recherchent, mais au passage ils seront passés sous les anthères des étamines, auront provoqué leur inflexion et reçu sur leur dos poilu le pollen de la fleur. Ce pollen, ils le déposeront tout aussi involontairement sur les lames des stigmates de la fleur dans laquelle ils pénétreront ensuite. La fécondation croisée se trouve assurée par cet astucieux système pour lequel la fleur à fait preuve d’une rouerie admirable. 

 Les barbes auraient pu en rester là : assurer le cheminement des bourdons. Mais les hommes, lorsqu’ils ont commencé à jouer eux-mêmes le rôle du bourdon pour ne polliniser les fleurs que dans le sens qu’ils souhaitaient et améliorer par l’hybridation les iris à barbes, ont compris que ces appendices pouvaient présenter un intérêt esthétique. Ils en ont fait un sujet de recherche et d’approfondissement. 

 A vrai dire, aux débuts de l’hybridation, les barbes n’ont pas particulièrement fait l’objet de l’attention des hybrideurs. Elles étaient blanches, ou jaunes, et c’était très bien comme ça : la couleur tranchait bien par rapport à celle des tépales et de ce fait constituaient un guide parfait. Il a fallu attendre les années 1940, et l’apparition du facteur « mandarine » pour que l’on commence à s’intéresser aux barbes en elle-même. Ce fut avant tout pour tenter de transférer les barbes mandarines vers des fleurs d’une autre couleur ; Les premiers résultats intervinrent quand des iris violets furent ornés de barbes mandarines. Ce fut le cas pour 'Enchanted Violet' en 1958. Mais pour obtenir un vrai bleu avec des barbes vraiment rouges, il fallut encore attendre longtemps, peut-être jusqu’à 'Actress' (Keppel 1976) ou 'Vivien' (Keppel 1979) ! Entre-temps, les barbes mandarines avaient envahi des fleurs de bien d’autres couleurs : rose, bien sûr, mais aussi amarante, blanc, jaune… Un peu plus tard, même le noir : 'Night Game' (Keppel 1996) a été ainsi agrémenté. Il en a été de même pour la plupart des associations de couleurs ou de teintes, jusqu’à ces fameux iris que l’on qualifie de tricolores (pétales blancs, sépales bleus, barbes rouges) dont la famille Cayeux s’est fait une spécialité – 'Parisien' (1994), 'Ruban Bleu' (1997), mais pour lesquels les Américains ne sont pas longtemps restés à la traîne - voir 'Gypsy Lord’ (Keppel 2005). 






 Le travail sur la couleur des barbes ne s’est pas arrêté aux barbes mandarines. Des couleurs originales sont apparues, bleu nuit entre autres, comme le célèbre 'Evening Echo' (Hamblen 1977) ou 'Codicil' (Innerst 1985) ; moutarde, bronze – 'Touch Of Bronze' (Blyth 1983)… Mais le défi le plus difficile a sans doute été d’introduire des barbes bleues dans des iris jaunes ou roses. Le résultat est aujourd'hui acquis. 


 Mais certains se sont dit que ces barbes, quelle qu’en serait la couleur, pouvaient être un attrait supplémentaire soit parce que leur importance pouvait donner du caractère à une fleur, soit, au contraire, parce qu’en se faisant discrètes elles permettaient d’attirer l’attention sur les autres qualités de la fleur. De là est né le souci de jouer avec l’importance des barbes. Certains cultivars se présentent avec des barbes proéminentes, épaisses, vivement colorées, d’autre à l’inverse ne sont dotés que de barbes infimes dans les tons de la fleur, pour passer presque inaperçues. Tel fut le cas, par exemple  de 'Close Shave' (Duane Meek, 1994) qui porte fort bien son nom puisque ses barbes sont quasi inexistantes ou de 'Chenille' (Keppel, 2010) dont les énormes barbes minium s’étalent sur le plastron ivoire des sépales. 



 Cependant le véritable développement de la barbe a eu lieu quand, au début des années 60, Lloyd Austin et ses émules ont entrepris de tirer parti de certaines excroissances originales apparues sur les barbes. Austin a dit qu’il avait débuté ses recherches sur les barbes à partir de deux semis provenant de cette origine qu’il avait remarqués chez son voisin Mitchell L’un de ceux-ci a été baptisé 'Advance Guard' (1945) et fut très certainement le premier du genre à porter un nom. Pourtant les iris à barbes n’étaient pas nouveaux puisque les tout premiers seraient apparus chez Henry Sass dans les années 30 ! Cependant, à cette époque, cela était considéré comme une anomalie et systématiquement rejeté. C’est bien à Lloyd Austin qu’on doit d’avoir su tirer avantage de ces malformations. 


 Dès le début, il a essayé d’apporter à ces nouveautés toutes les améliorations qui étaient possibles, de manière à ce que les éperons et autres pétaloïdes, confèrent aux fleurs une personnalité excitante mais aussi esthétique. C’est lui qui a inventé l’expression « Space Age » pour désigner ces nouveaux iris, leur attribuant du même coup une identité synonyme de modernité. Le premier des SA qu’il a enregistré s’appelle 'Unicorn' (1952), et c’est aussi un plicata. Beaucoup de temps et beaucoup d’efforts plus tard, les SA ont conquis leur place dans le monde des iris. Mais il a fallu que les promoteurs de ces fleurs vainquent bien des résistances et bien des doutes. C’est avant tout à Monty Byers, le génial obtenteur californien, que l’on doit le fait qu'ils aient aient été enfin reconnus. La consécration en ce domaine lui est venue post mortem quand 'Conjuration' (1989 – DM 98), puis 'Thornbird' (1989 – DM 97) et 'Mesmerizer' (1991 – DM 2002) ont décroché la Médaille de Dykes. 


 Aujourd’hui les iris 'space age' n’ont plus guère de détracteurs. Il faut dire qu’ils ont fait des progrès gigantesques et que le principal de leurs défauts à été surmonté. Il s’agit de ce que très souvent l’extension des barbes exerce des tensions sur les sépales qui déforment ces derniers de manière très inesthétique. Mais les obtenteurs ont éliminé les semis ainsi martyrisés pour ne retenir que des fleurs de belle apparence. 

 Au début, les extensions n’étaient que des éperons, prolongations des barbes par une pointe plus ou moins redressée, apparentes surtout sur les fleurs du haut de la tige, mais moins évidentes sur les fleurs inférieures. Puis vinrent des appendices plus développés, se terminant par des excroissances plus larges, sortes de cuillères. On a trouvé aussi de longs filaments dressés vers le ciel (comme sur 'Spooned Blaze' (Austin, 1964), puis des pétaloïdes plus ou moins larges et de formes variées. Tous ces développements apportent et apporteront encore quelque chose d’intéressant puisque cela va dans le sens d’une multiplication des pièces florales, sorte de modèle « flore pleno » des iris. 'Mesmerizer' est une bonne approche de ce modèle, mais des iris plus récents sont encore plus près de la définition, 'California Dreamin’ '(G. Sutton 2003) en est un nouvel exemple. 


 De nos jours de nombreux hybrideurs enregistrent des ‘space age’ dont les appendices prennent des formes de plus en plus diversifiées. Le slovaque Ladislaw Muska a donné l'exemple. Parfois les pétaloïdes ont un peu l’aspect d’un champignon (girolle ou mousseron), avec un pied étroit et un chapeau en trompette aplatie, à d'autres moments ce sont de larges quasi-pétales assortis à la couleur des sépales. Aux USA, l'obtenteur Leonard Jedlicka a découvert dans ses semis de véritables pompons très prometteurs, malheureusement les plantes porteuses de ces excroissances , uniformément d'un rose terne, ne garantissent pas un véritable avenir à ce phénomène. Cependant le travail d'hybrideur exige de la patience et de la suite dans les idées. C'est pourquoi il a pris récemment un développement auquel personne ne s’attendait : taille, couleur, appendices constituent maintenant des champs d’expériences très diversifiés, qui démontrent que la modification des fleurs d’iris n’est pas sur le point de s’arrêter.


6.5.22

LA FLEUR DU MOIS

‘Brin de Folie' (R. Cayeux, 2020) 
('Conjuration' x 'Chevaler de Malte') X semis 98174B * 

*= (semis 9089B x 'Snowbrook') x semis 9572A 

 Cet iris fait la couverture du catalogue 2022 de la Maison Cayeux. Et c'est une fleur à la fois élégante et originale, d'où la décision d'en faire la Fleur de ce mois de mai, qui marque le début de la quatorzième année de cette rubrique. 

 C'est l'occasion de faire un petit résumé de cette longue période. Dans la recherche des origines de la rubrique, j'ai du manquer quelques pages car je ne retrouve que 144 portraits alors que se sont écoulés 150 semaines... A moins que ce soit mon décompte qui soit fautif ! C'est une belle collection de variétés de toutes origines et de tous types qui ont eu droit à une petite présentation. Elles sont toutes représentatives d'un modèle, d'une catégorie ou d'une origine géographique. Parmi les pays d'origine, on trouve une forte majorité de variétés américaines (80) ce qui est proportionnel à la production de plantes originaires de ce grand pays. Il y a aussi beaucoup d'iris français (34) et européens (17) mais il manque tout de même quelques origines importantes comme la Pologne ou la Nouvelle-Zélande ; mais ce défaut va être corrigé dans les mois qui viennent. On pourrait faire aussi à ce florilège le reproche de comporter de nombreuses variétés des années 1970 et 1980, ce qui doit paraître horriblement ancien au public d'aujourd'hui. La balance va être un petit peu redressée avec le portrait de ce jour qui concerne une variété parmi les plus récentes. 

 'Brin de Folie' est décrit de la façon suivante par son obtenteur lui-même : « Pétales crème infusé de jaune acide, sépales lavande très pâle à cœur jaune canari, parcourus de fines stries violettes. Barbes orange au cœur puis prolongées d'un éperon jaune ». Une fleur originale, donc ; à quel modèle la rattacher ? Pas au modèle plicata, auquel on pense dès le premier abord, pas non plus au modèle distallata avec lequel il a néanmoins des accointances, disons plutôt que c'est un iris « à rayures » qui a quelques traits communs avec un autre iris Cayeux : 'Sorcellerie' (2017), même si le pedigree est très différent. 

 Parlons un peu de celui-ci. Même si les renseignements qui nous sont fournis sont très incomplets vu qu'on nous donne des numéros de semis plutôt que des noms de variétés. Les trois seuls que nous connaissons sont : 
- 'Conjuration' (Byers, 1988) 
- 'Chevalier de Malte' (Cayeux, 1987) 
- 'Snowbrook' (Keppel, 1986). 'Conjuration' est une variété bien connue et multi-récompensée. Elle descend du célèbre couple (Skyhooks x Condottiere) et apporte à 'Brin de Folie' les petits éperons qui l'ornementent. Chevalier de Malte' n'apparaît pas trait pour trait dans 'Brin de Folie'. Mais 'Condottiere' se trouve deux fois dans sa généalogie et sans hésitation on peut attribuer ses qualités végétatives à cette formidable variété, champion toutes catégories, qui fait partie du tout petit club des iris dont les gènes vont bientôt se rencontrer dans à peu près tous les derniers iris. 'Snowbrook', admirable de candeur et de grâce, fait partie des variétés de base de Keith Keppel. Bien souvent il s'est montré capricieux mais quand il se décide à fleurir, c'est un régal : c'est un plicata minimaliste, plus blanc que coloré de bleu tendre, d'une forme parfaite, qu'on apprécie d'autant plus que sa floraison n'a pas lieu tous les ans (cela dit, certains protesteront car chez eux il est vigoureux et fidèle, mais ce n'est pas l'opinion générale). Cet inconvénient n'a pas empêché les hybrideurs de faire appel à lui en maintes circonstances . De grandes variétés en descendent directement. C'est le cas de 'Belle Fille ' (M. Smith, 2011), 'Noble Gesture' (Keppel, 2009), 'Pay the Price', (Grosvenor, 1999) ou 'Splashacata' (Tasco, 1997). 

 'Brin de Folie' est une fleur toute neuve. Elle n'a donc pas encore de descendants, mais il ne serait pas surprenant qu'elle en ait dans les prochaines année car c'est un iris plein de promesses. 

 Illustrations : 


 'Brin de Folie' 


'Conjuration' 


'Chevalier de Malte' 


'Snowbrook' 


'Sorcellerie'