19.5.19

Rectification

Etourderie, la semaine dernière. J'ai posté une photo de 'Lord Baltimore' au lieu de celle, prévue, de 'Roman Carnival'. Laure Anfosso me l'a fait remarquer. Merci à elle. Et voici le bon cliché !

ECHO DU MONDE DES IRIS

Florence 2019 

Tous ceux qui s'intéressent au monde des iris connaissent déjà les résultats du concours de Florence de 2019. Rappel, donc. Le podium est le suivant :

Florin d'Or : 'Chachar' (Seidl, 2013)

Plateau d'argent : 'Lingua di Dragone' (Bolchi, 2019)

Troisième prix : 'Enraptured' (Schreiner, 2016)

Je ne sais pas combien il y avait de participants américains à ce concours, mais le palmarès ne leur laisse pas de place en dehors de ce 3e prix toutes les autres variétés primées sont européennes. Avec un véritable triomphe pour le Tchèque Zdenek Seidl qui s'adjuge quatre récompenses sur les dix premières. Cela confirme les résultats de l'année dernière et tend à démontrer que les hybrideurs européens n'ont plus aucun complexe à avoir vis à vis de leurs confrères américains.

Après son succès de 2017 à Paris, le space-ager tchèque 'Chachar' confirme l'attrait qu'il exerce sur les juges quels qu'ils soient.

'Enraptured', excellent amoena inversé, démontre que les Schreiner savent toujours faire de beaux iris et que leur absence au premières places des compétitions, depuis une dizaine d'année, n'est que la conséquence d'un choix managérial de la grande firme de Salem.

LES PETITS MAÎTRES

La musique n'a pas connu que Mozart et Wagner. Beaucoup d'excellents compositeurs nous procurent de profondes émotions. C'est la même chose dans le monde des iris. De très nombreuses variétés de premier plan ont été obtenues par des hybrideurs qui sont restés discrets ou méconnus. Pendant quelques semaines nous rendrons visite à ces petits maîtres qui auraient mérité un peu plus de reconnaissance. 

X – Luella Noyd 

Passée la chaîne des Cascades, s'étend un plateau qui s'élève de 200 à 500m. d'altitude. C'est là que Luella Noyd a vécu dans la vallée de Wenatchee. Elee avait la réputation d'être une redoutable négociatrice et c'est grâce à ces talents qu'elle a acquis la totalité de la production de 'Debby Rairdon', l'iris qui, à la surprise générale, à remporté la Médaille de Dykes en 1971. Ce qui lui assura une certaine rente ! En tant qu'hybrideuse, elle était bien connue pour ses variétés « vertes » dont deux variétés sont en photo ci-dessous.


'Wenatchee Skies' (1962) 


'Fluted Lime' (1965) 


'Joy Ride' (1967) 


'Pride of Ireland' (1970)

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Toute toute première fois 

Aux Etats-Unis les concours d'iris façon Florence ou Vincennes n'existent pas. Le principal système de récompense passe par une compétition façon tournoi de tennis de Roland Garros mais s'étalant sur une dixaine d'année ! Cependant bien des juges américains venus en Europe justement pour participer aux jurys des concours ont regretté cette absence de compétition ponctuelle. Ce sont eux qui ont milité pour la création d'un concours de ce genre. Ils ont obtenu gain de cause pour l'occasion du centième anniversaire de l'AIS.

Les 123 variétés en compétition ont été plantées en juillet 2018, après bien des tribulations. Parmi elles il y a 44 variétés européennes ! Le jugement se déroulera entre le 18 et le 23 mai 2020 dans le fameux jardin Presby Iris Garden de Newark (New Jersey) tout près de New York. Je devrais faire partie du panel de juges. En même temps se déroulera la Convention annuelle de l'AIS, ce qui garantit un grand nombre de visiteurs à cette nouvelle confrontation internationale, première du genre.

WEEK-END EN OCCITANIE

Le chemin serpente et ondule au milieu des collines gersoises. A un moment, on tourne à droite entre deux bâtiments et arrive devant l'iriseraie de Roland Dejoux. Les plantes sont alignées dans le sens de la pente vers un profond vallon, jadis fréquenté par les bestiaux en pâture mais qui retourne inexorablement à la forêt depuis que les animaux ne quittent plus leurs étables. Le paysage est admirable, la campagne bossue se partage entre cultures et étendues boisées sur lesquelles le vent vigoureux fait chanter les frondaisons. On ne se lasse pas de laisser le regard contempler cet agréable spectacle.

Mais l'on n'est pas là pour ça ! Il faut joindre l'utile à l'agréable et s'avancer entre les bordures impeccablement alignées et parfaitement désherbées. La terre blonde et finement sarclée accueille les alignées d'iris dont de nombreuses touffes sont déjà en fleur en cette fin d'avril plutôt fraîche. On laisse de côté les premières rangées où se trouvent les variétés les plus anciennes – elle sont plantées par année d'enregistrement et ordre alphabétique – et on examine les dernières plantations et, surtout, les nouvelles variétés en cours d'appréciation.

Roland s'est pris de passion pour l'hybridation mais entend se montrer rigoureux dans sa sélection. Il n'hésite pas à éliminer des variétés aux fleurs superbes mais dont les tiges ne présentent pas ces décrochements en candélabres qui assurent un bon développement aux branches latérales. Pas plus d'indulgence pour les plantes pauvres en boutons ou dont les branchements ne promettent pas une floraison prolongée. Même sort pour les plantes dont les fleurs ne brillent pas par leur richesse de coloris ou l'originalité de leur modèle. Un geste rageur écrase les tiges des spécimens rejetés. En revanche une attention méticuleuse est accordée aux iris qui ont échappé à la première éliminatoire. La forme de la fleur, les ondulations, la consistance des tépales sont longuement examinées. La moindre imperfection conduit à une longue réflexion qui se termine bien souvent par un nouveau rejet sans appel. Le maître des lieux tient cette implacable rigueur à son apprentissage d'hybrideur auprès de son ami Barry Blyth chez qui il est allé passer plusieurs printemps australiens. Melbourne, c'est très loin, mais pour l'amateur d'iris, c'est bien pratique puisque les iris y sont en fleur en octobre ! Sous la houlette de Barry Blyth, et avec ses conseils aussi patients que généreux, il a appris comment choisir les bons parents en vue des croisements les plus prometteurs, et ce que c'est que la rigueur sélective pour ne retenir que les meilleures variétés.

Son goût personnel le guide semble-t-il assez nettement vers les iris plicatas. Il déclare très justement que dans le domaine des couleurs traditionnelles, il est devenu très difficile de présenter quelque chose qui sorte de l'ordinaire, alors que chez les plicatas, les possibilités étant pratiquement infinies, obtenir un semis intéressant et original reste tout à fait accessible. Il a réalisé en Australie une foultitude de croisements dont les premiers passaient cette année l'examen d'admission. Et très nombreux sont ceux qui sont pleins d'avenir. Les iris de Laymont verront très certainement leur catalogue s'enrichir prochainement de plusieurs de ces iris aux nuances infinies et aux combinaisons de couleurs surprenantes, tout en réservant une place à des variétés plus classiques comme ce 'Soleil de Laymont' qui attirait tous les regards en cette fraîche matinée de printemps.

Comme son mentor des antipodes, Roland Dejoux ne se fixe pas nécessairement une ligne de conduite en matière de croisements. Il mise plutôt sur la multiplicité de ceux-ci, au prix d'un énorme travail de récolte des graines, de semis, puis de repiquage des jeunes plantules, avant une longue période d'appréciation des nouveaux iris, et un hypothétique enregistrement de quelques rescapés assurément réussis. Cela explique qu'après tant d'années de pratique de l'hybridation aussi peu de variétés nouvelles aient été retenues.

Autre raison de notre présence en ces lieux, depuis le décès de Lawrence Ransom, les iris retenu par ce dernier mais dont le sort final n'était pas réglé sont arrivés chez Roland Dejoux. Cette année il fallait procéder à une dernière observation. C'est ce à quoi la matinée du dimanche a été consacrée. La même rigueur que pour les cultivars maison a été appliquée et le jugement s'est révélé très sélectif car le cheptel à apprécier s'est révélé plutôt décevant. Peu de nouveautés signées Ransom entreront sur le marché dans les prochaines années. Et il y aura certainement plus d'arilbreds que de grands iris.

Après ces quelques heures au grand air, c'est à regret qu'on s'est éloigné de cette pépinière qui fait honneur à son propriétaire. Elle est très certainement l'une des plus plaisantes et des mieux tenues que je connaisse. Ce week-end en Occitanie n'est pas près d'être oublié !

Illustrations : 
 
 vue de la pépinière
 


'Soleil de Laymont' 


semis plicata Dejoux 


12.5.19

LES PETITS MAÎTRES

La musique n'a pas connu que Mozart et Wagner. Beaucoup d'excellents compositeurs nous procurent de profondes émotions. C'est la même chose dans le monde des iris. De très nombreuses variétés de premier plan ont été obtenues par des hybrideurs qui sont restés discrets ou méconnus. Pendant quelques semaines nous rendrons visite à ces petits maîtres qui auraient mérité un peu plus de reconnaissance.

IX – Donald Nearpass

 Donald Charles Nearpass fut un être tout à fait remarquable. Tout d’abord ce n’était pas à proprement parler un professionnel de l’iris. Son activité principale a toujours été l’agronomie. Il a travaillé toute sa vie comme spécialiste du sol dans un organisme qui correspond, pour nous en France, à l’INRA. Les iris étaient sa seconde activité, mais c’est celle qui a fait sa célébrité. Et pourtant ! En trente-sept ans d’hybridation, il n’a enregistré que seize variétés ! Ce n’est pas lui qui a encombré nos jardins de cultivars ordinaires ou redondants.


 'Dover Beach' (1970)

'Spinning Wheel' (1974)

'Purple Pepper' (1986)

'Roman Carnival' (1996)

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Mondialisation 

En dehors de celui de la Maison Cayeux, de plus en plus tourné vers les obtentions domestiques (au demaurant toujours aussi remarquables), les catalogues français 2019 font de plus en plus place à des variétés européennes à côté d'autres venant de jeunes obtenteurs français. Cela me réjouit car cela fait longtemps que je réclamais cette orientation qui reflète ce qu'est devenu le monde des iris.

Champigny : la fête est réussie 

C'était aujourd'hui 12 mai la fête « Iris et Patrimoine » à Champigny sur Veude, dans le sud-ouest de la Touraine. Pour ce deuxième numéro les organisatrices ont joui d'un temps parfait, de fleurs en pleine forme et en pleine fleur et d'un public très nombreux. Les représentants de la SFIB ont été assaillis de demandes et ont vendu la totalité des iris en pot qu'ils avaient apportés.
Une belle journée pour tout le monde.

VOUS PRENDREZ BIEN UN PEU DE LYCOPENE ?

Quand on lance sur Internet une recherche à propos du mot « lycopène » on est immédiatement dirigé vers des compléments alimentaires vendus en abondance en tant que produit antioxydant puissant. En cherchant un peu plus loin, dans Wikipedia, on s'éloigne du côté mercantile, mais sans pour autant s'aventurer profondément du côté scientifique. Les explications sont pour le moins succinctes, et quand on nous a dit que le (ou la?) lycopène est un pigment de la famille des caroténoïdes et qu'il est soluble dans l'huile, on a tout dit. Vous pouvez donc vous offrir quelques gélules de lycopène, mais vous ne serez pas plus avancé sur le rôle de cette molécule dans le domaine des iris ! Elle a pourtant un rôle fort important dans la couleur des fleurs d'iris car, même si le rouge est la seule couleur qui n'existe pas dans la palette générale de nos fleurs préférées, il est néanmoins présent, en mélange avec d'autres pigments dans une majorité des fleurs d'iris, ne serait-ce que dans les barbes.

Cette couleur est apparue avec les iris rose orchidée découverts dans les années 1930. Elle était présente dans les barbes, non pas sous forme d'un rouge pompier, mais dans cette coloration mandarine qui a intrigué les hybrideurs de l'époque, lesquels se sont efforcés de rendre ces barbes d’un orange plus vif, puis de les faire apparaître sur des fleurs d’une autre teinte que rose violacé. Mais pour arriver au résultat recherché, il existe deux chemins : soit en modifiant la couleur des pièces florales tout en conservant les barbes d’origine, soit en transférant les barbes mandarines vers des fleurs d’une autre couleur. Ces deux chemins ont été utilisés.

 Melba Hamblen fait partie de ceux qui ont essayé la première voie. Elle a croisé des roses et des bleus. Par ce moyen elle a obtenu ‘Enchanted Violet’ (57) qui n’est ni rose ni bleu, mais plutôt couleur bruyère, avec des barbes orangées. On était loin du but recherché mais il fallut à l'obtentrice de Salt Lake City pas mal d’obstination pour parvenir, quinze ans plus tard, à ‘Tipperary’ (72), qui peut être considéré comme le plus achevé, pour son époque, des iris bleus à barbes rouges.

Orville Fay, lui, a choisi la deuxième voie. Il a décidé de créer des blancs à barbes rouges. Il a croisé des iris blancs, notamment ‘New Snow’, avec des rose orchidée à barbes mandarines, là aussi le résultat a été long à venir et celui-ci prit plutôt la forme d'un iris mauve, porteur des fameuses barbes, qui allait devenir l’un des plus utilisés en hybridation de tous les temps : ‘Rippling Waters’ (1961). Dans le domaine des mauves – ou violets – à barbes mandarine, il a pour descendants des variétés aussi répandues que ‘Raspberry Ripples’ (Niswonger 1969), ou ‘Space Blazer’ (Gibson 1976). Cependant le « roi » des mauves à barbes mandarine c'est Larry Gaulter et ses succès dans ce coloris sont nombreux, comme ‘San Leandro’ (1968) 'Tiburon' (1971), 'Clarendon' (1974) ou 'Elisa Renée (1983). Il y a beaucoup d’autres variétés, dans un vaste choix de coloris ou de nuances, qui ont hérité des barbes mandarines de ‘Rippling Waters’, comme par exemple ‘Mulled Wine’ (Keppel 1982) et les nombreux descendants de ce dernier parmi lesquels on trouve les deux frères de semis 'Voleur de Feu' (P. Anfosso, 1988) et 'Laser' (P. Anfosso, 1990) ainsi que 'Ennoble' (Ghio, 1998), variété au pedigree incroyablement complexe, mais à l'origine des iris rouges les plus réussi des temps modernes.

Les travaux d’Orville Fay vers des blancs à barbes rouges ont fini par payer : à commencer par ‘Lipstick’ (1954) et surtout son descendant ‘Arctic Flame (1957). ‘Christmas Time’ (Schreiner 1965) fait partie de la descendance d’ ‘Arctic Flame’, et on lui doit de très nombreux blancs à barbes minium, comme ‘Startler’ (Schreiner 1978), Filoli (Corlew 1982), 'Jarmila' (Blazek, ca 1975) ou les français ‘As de Cœur’ et ‘Neige de Mai’ (Cayeux 1978), et, plus récemment 'Wings of Dove' (Ernst, 1990).

'Falbala' (J. Cayeux,1978) est également un descendant de 'Christmas Time' mais dans les tons de mauve. Il est à la base d'une famille considérable qui a commencé avec son « fils » 'Condottiere' (J. Cayeux, 1978) et s'est poursuivie avec les célèbres « bleu-blanc-rouge » dont la famille Cayeux peut légitimement être fière, chez lesquels la barbe rouge richement chargée en lycopène est une marque de fabrique.

Dans l’association bleu + barbes rouges, on est arrivé aujourd’hui à d’excellents résultats, mais une fois encore le chemin a été long et plein d’embûches. L’une des pierres angulaires de ce coloris fut ‘Marquesan Skies’ (Blocher 1967), dérivé d’un frère de semis de ‘Arctic Flame’. Keppel l’a utilisé avec succès pour son ‘Actress’ (1976), très apprécié, et ‘Fire Water’ (1977) moins connu. ‘Skyblaze’ (Keppel 1987) est issu à la fois de l’un et de l’autre, tout comme le très joli ‘Douce France’ (Anfosso P. 1988). Parmi ses propres descendants se trouvent les deux frères de semis de Richard Cayeux ‘Eau Vive’ et ‘Princesse Caroline de Monaco’ (1997). Celui-ci, en plus de porter l’un des noms les plus longs du catalogue, arbore une barbe rouge minium qui fait son succès.

Le facteur mandarine, qui aurait pu s'appeler le facteur lycopène, qui intriguait tant les hybrideurs des années 30/40 c’est ainsi répandu dans toutes les couleurs. Après les rose orchidée, les blancs et les bleus, on pourrait parler des jaunes, et même des noirs.

Pour les jaunes, on peut même dire que ce n’est pas la barbe mandarine qui leur a été adjointe, mais au contraire que c’est la barbe mandarine qui leur a apporté une amélioration remarquable. En apportent la preuve Rainbow Gold’ (Plough 1959), puis ‘Temple Gold’ (Luihn 1977), ou ‘Flaming Victory’ (Weiler 1983). Ce dernier a donné naissance à un tas de jaunes très riches avec des barbes allant du vieil or au mandarine et au rouge vif, comme ‘Throb’ (Weiler 91) et ‘Amarillo Frills (Hager 2002).

Les barbes minium ont aussi fait leur apparition sur les fleurs noires. Cela ne date que des années 1980 mais c’est une nouvelle avancée. C’est d’Australie que le mouvement est parti avec ‘Witch’s Wand’ (Blyth B. 1988). Keith Keppel, le compère de Barry Blyth, lui a emboîté le pas avec ‘Night Game’ (1995) puis ‘Midnight Passion’ (2007) issu comme un grand nombre d'autres de ‘Night Game’ - voir 'Miz Du' (Jacob, 2013) -.

 Enfin n'omettons pas le modèle plicata chez qui la barbe mandarine est apparue avec 'Daredevil' (Keppel, 1987), de même que les « dark top » où elle est également présente, comme dans 'Fogbound' (Keppel, 1997).

Ces quelques exemples ne font évidemment pas le tour complet de l’influence du facteur mandarine et de sa charge de lycopène, mais ils ouvrent une vue sur un autre aspect de l’extraordinaire monde des iris.

 Illustrations : 


 'San Leandro' 


'Falbala' 


'Night Game' 


'Daredevil'

3.5.19

LES PETITS MAÎTRES

La musique n'a pas connu que Mozart et Wagner. Beaucoup d'excellents compositeurs nous procurent de profondes émotions. C'est la même chose dans le monde des iris. De très nombreuses variétés de premier plan ont été obtenues par des hybrideurs qui sont restés discrets ou méconnus. Pendant quelques semaines nous rendrons visite à ces petits maîtres qui auraient mérité un peu plus de reconnaissance. 

VIII – Ron Mullin 

Ron Mullin n'a pas enregistré de nombreuses variétés, mais celles que l'on connait sont toutes des fleurs de qualité. Cependant son plus grand sujet de gloire aura été de présider l'AIS pendant trois ans (durée normale d'un mandat), de 1984 à 1986.


 'Rhonda Fleming' (1992) 


'Almost Camelot' (1994) 


'Pretty Is' (1994) 


'Barbara Jean' (2004)

LA FLEUR DU MOIS

'La Grande Mademoiselle' (Martin Balland, 2016) 
('Lenten Prayer' x 'Dynamite') X 'Regimen' 

Il est bien possible que les lecteurs de « La Fleur du Mois » se disent : « il ne nous parle que de vieilleries » car effectivement les variétés décrites ici sont très souvent des iris des années 70/80, voire des iris qualifiés d'historiques. Pour une fois on va faire le portrait d'une variété toute récente, pour changer !

'La Grande Mademoiselle' porte ce nom qui peut paraître bizarre parce qu'elle a été baptisée à la suite d'un concours destiné à découvrir une variété représentative d'Anne-Marie-Louise d'Orléans, fille de Gaston d'Orléans, petite fille de Henri IV, duchesse de Montpensier, cousine germaine du roi Louis XIV, et désignée à la Cour sous le nom de « La Grande Mademoiselle ». Et pourquoi un iris de ce nom ? Parce que la Grande Mademoiselle, qui en fut la châtelaine, est considérée par la petite ville de Champigny sur Veude, en Touraine, comme son meilleur faire-valoir qu'elle compte bien mettre en valeur et se faire connaître, par ailleurs, en tant que « Cité de l'Iris ». Voilà u cheminement un peu compliqué mais où tout s'explique.

 'La Grande Mademoiselle' porte une robe rouge puce, inspirée de celle que porte la duchesse sur le tableau de son portrait officiel. Martin Balland, pour parvenir à ce résultat, a suivi le cheminement classique qui consiste à renforcer un coloris en mariant des variétés d'une couleur voisine de celle recherchée. Et il s'y est pris à deux fois. Un premier croisement, Lenten Prayer X Dynamite, a été à son tour croisé avec un autre iris « rouge », 'Regimen'.

'Lenten Prayer' (Schreiner, 1998) est un iris pourpre violacé qualifié de rouge betterave, très représentatif de ce que produit la grande maison de Salem : plante solide et vigoureuse, fleurs amples et majestueuses. Il a remporté le concours international de Moscou en 2001.

 'Dynamite' (Schreiner, 1997) est de la même veine que le précédent, dans un coloris rouge cardinal vif et attrayant.

 'Regimen' (Ghio, 1999) fait partie de la grande série d'iris rouges lancée par Joë Ghio dans les années 1990 et qui constitue une de ses plus grandes réussites. Les pétales de celui-ci sont décrits comme « rouge chocolat », de même que les sépales, mais ceux-ci comportent une trace bleutée sous les barbes, lesquelles sont orange brulé. Pour en arriver là, Ghio a fait appel à toute son habileté dans le maniements de ses variétés favorites. Quand on décrypte son travail on est en admiration devant son talent d'hybrideur. On trouve en effet parmi les variétés utilisées tout ce qui s'est fait de plus rouge au cours des vingt années précédentes, associées à des iris pourpres, ou orange ou encore jaune doré, avec une base traditionnelle de « vieux iris » sur lesquels Ghio compte pour garantir les qualités qu'il recherche. Cela ressemble un peu au travail d'un parfumeur qui veut créer une nouvelle fragrance. Une telle perfection dans le coloris a éveillé le désir de plusieurs obtenteurs d'aller encore plus loin, ou de servir à perfectionner une lignée, essentiellement dans les tons de rouge. C'est ce qu'a recherché Martin Balland, et cela lui a réussi. Il a obtenu de 'Regimen' au moins trois autres variétés intéressantes : le violet profond 'Antonio Farao's Piano' (2014), le violet pourpré 'Night in Calvi' (2014) ainsi qu'un frère de semis de 'La Grande Mademoiselle', dénommé 'Sylvain Ruaud' (2018), que je n'ai pas encore vu, mais dont vous pensez bien que j'ai hâte de faire la connaissance !

 Avec ces beaux iris rouges Martin Balland se hisse aux côtés de grands hybrideurs qui ont utilisé 'Regimen' avec succès. Un club très fermé où l'on trouve Ghio, bien sûr, en compagnie de Marky Smith, Paul Black, Keith Keppel et quelques autres dont notre compatriote Jean-Claude Jacob.

 En choisissant 'La Grande Mademoiselle' pour porter au loin sa renommée , le village de Champigny sur Veude a eu la main heureuse et, manifestement, le sens de ce qui est beau.

 Illustrations : 

'La Grande Mademoiselle' 


'Lenten Prayer' 

'Dynamite' 


'Regimen'

ON NE MAITRISE PAS TOUT

Presque tous ceux qui cultivent les iris sont un jour tentés par l’hybridation, quand ce n’est pas cet aspect des choses qui a entraîné la culture. Rien de plus facile, en effet, que de créer ses propres variétés. Et l’on n’a pas à patienter trop longtemps avant de jouir de ce que l’on a créé : deux ou trois ans suffisent. On se pique vite au jeu. On n’est pas obligé d’agir méthodiquement, comme font les professionnels, on peut tout simplement laisser libre cours à l’inspiration du moment, au désir de voir ce que pourra donner telle ou telle variété croisée avec telle autre. D'ailleurs les professionnels eux-même ne maîtrisent pas tout. Il s'en faut ! Dans ce travail la part du hasard est énorme. Et cela affecte à peu près tous les stades de l’opération.

Hasard il y a dans la décision de l’hybrideur de choisir tel ou tel thème de recherche : il avait tous les choix possibles, il en a retenu un, pourquoi celui-là plutôt qu’un autre ? Certains diront peut-être que le choix résulte d’une profonde réflexion et que, dans ce cas, parler de hasard est un peu excessif, néanmoins, parce qu’on appelle hasard ce qui comprend tellement de paramètres qu’on est incapable de les dénombrer et de les maîtriser, et que dans la décision d’une personne il y a une infinité de raisons que la personne elle-même ne maîtrise pas totalement, le choix du thême peut être considéré comme le fruit du hasard.

 Hasard il y a dans le choix des parents. Cela peut paraître discutable car l’hybrideur choisit ses géniteurs avec beaucoup de minutie, mais le hasard intervient néanmoins : telle plante à laquelle il avait pensé n’a pas bien poussé, ou n’est pas fleurie au bon moment. Il va donc modifier son projet, choisir une autre variété que celle envisagée en premier lieu, ou bien il va différer son hybridation, mais dans ce cas il va ajouter un nouveau hasard au précédent : par exemple les conditions météorologiques ne seront plus tout à fait les mêmes au moment où il réalisera son croisement et la réussite de celui-ci sera peut-être remise en cause…

Hasard il y a dans les conditions de la végétation du semis. Les capsules arriveront-elles à maturité ? Les graines seront-elles saines, germeront-elles ? Toutes les graines ne germeront pas, c’est certain, les plantules issues des graines ne donneront pas toutes un iris adulte et c’est bien le hasard qui fera que telle ou telle plante parviendra à la première floraison.

Un hasard encore plus insondable agira dans le mélange des gènes des deux iris parents. Le choix des parents influe, bien entendu, sur les résultats, mais l’hybrideur ne maîtrise pas, loin s'en faut, tout ce qui entre dans les associations de gènes. Depuis qu’on pratique sérieusement l’hybridation, il y a plus d’une vingtaine de générations qui se sont succédées et bien malin serait celui qui pourrait dire le nom de toutes les variétés qui ont été mêlées. Sans parler des espèces initiales qui ont été brassées, croisées et recroisées d’une façon aujourd’hui inextricable. Les lois de Mendel ne sont pas bafouées, mais leur application comporte tellement de paramètres qu'on est bien obligé d'accepté l'intervention du hasard.
Même dans ce qui semble le plus réfléchi des gestes le hasard se réserve une part. Le choix a été fait de la plante mère, celle qui va être fécondée, de même pour la plante qui fournira le pollen. Mais quel grain de ce pollen, par exemple, parmi tous ceux que l’hybrideur aura déposé sur le stigmate, parviendra à féconder la plante réceptrice ?

Le hasard interviendra encore au stade suivant, quand l’hybrideur devra faire un choix parmi ses jeunes semis pour ne conserver que ceux qu’il considérera comme le ou les meilleurs. A ce stade le hasard se double d'un sentiment de paternité et il faut une sacrée dose de courage (ou d’indifférence !) pour arracher un semis qui semble ne pas être parfait. La sélection n’est pas naturelle à qui se prend pour le père !

 L’hybrideur est bien décidé à aller jusqu'au bout de son projet (ou de son rêve!) et il n’entend pas faire cesser le phénomène qu’il a mis en œuvre, mais pas plus que l'apprenti-sorcier qui déclenche involontairement une catastrophe, il n’aura dans la main les conséquences de son geste. Néanmoins cette accumulation de hasards aboutira a quelque chose qui aura été voulu et qui correspondra en tout ou partie au projet initial. L’hybrideur aura obtenu quelque chose qui ne sera pas forcément l’exact reflet de ce à quoi il avait rêvé, mais qui correspondra grosso modo à ce qu’il espérait. En cela on peut dire que le hasard fait bien les choses !

 Illustrations :
frères de semis, cependant fort différents :

 'Amorous Heart' = semis Q2-7 (B. Blyth, 2010) 'Decadence' X 'Royal Sterling' 

'Just Witchery' = semis Q2-2 (B. Blyth, 2011) 'Decadence' X 'Royal Sterling' 


'Bouschet' = semis L96-07F (B. Laporte, 2006) 'Forge Fire' X 'Rive Gauche' 


« Soleriana » = semis L96-07G (B. Laporte, 2005) 'Forge Fire' X 'Rive Gauche'

27.4.19

LES PETITS MAÎTRES

La musique n'a pas connu que Mozart et Wagner. Beaucoup d'excellents compositeurs nous procurent de profondes émotions. C'est la même chose dans le monde des iris. De très nombreuses variétés de premier plan ont été obtenues par des hybrideurs qui sont restés discrets ou méconnus. Pendant quelques semaines nous rendrons visite à ces petits maîtres qui auraient mérité un peu plus de reconnaissance. 

VII – James McWhirter 

L’existence de James P. McWhirter s’est achevée brusquement en mai 1995. Il n’avait que 56 ans. C’était un fan d’iris depuis sa prime jeunesse. Il était originaire du Tennessee. A l’époque Nashville était un haut lieu de l’iridophilie, avec la présence d’hybrideurs fameux comme Geddes Douglas et Jesse Wills. Jim McWhirter était un homme généreux et dévoué, engagé politiquement et dans les œuvres sociales, notamment en faveur des malades du sida et de leurs familles. En plus d’être un excellent créateur d’iris, il était ce que l’on appellait au XVIIIeme siècle un honnête homme.


'Tennessee Frost' (1974) 


'Shopper's Holiday' (1988) 


'Alaskan Seas' (1991) 


'Boss Tweed' (1992)

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Le parfum

Alors que le nouveau catalogue CAYEUX remet au goût du jour le parfum des iris en faisant une nouvelle fois appel au grand parfumeur Jean-Claude Ellena, un événement du même genre se prépare pour le festival « Iris et Patrimoine » de Champigny sur Veude du 12 mai prochain : un atelier olfactif animé par Daniel et Joëlle Gendre sur le thème "l'Iris : un trésor pour le parfumeur". Une initiative originale et intéressante.

CARTE D'IDENTITÉ

L'origine de cette chronique se situe dans une publication de Milan Blazek sur Internet. Ce grand spécialiste des iris botaniques et des premiers hybrides s'est penché sur le cas de deux variétés très anciennes qu'il a cultivées au jardin botanique de Pruhonice, près de Prague, dont il fut longtemps le directeur et auquel il a consacré une grande partie de sa vie professionnelle et personnelle. Il s'agit de 'Jacquesania' et de 'Gypsy Queen'.

La première variété vers laquelle il se penche est 'Jacquesania' (Lemon ca 1840). Pour lui, l'iris qu'il dénomme 'Jacquesania', 'et dont il propose plusieurs photos est une fleur aux pétales jaune légèrement fumé et aus sépales blancs abondamment rayés de violet, avec des barbes jaunes. Or toutes les descriptions de 'Jacquesania' parlent plutôt d'un iris en deux tons de grenat. C'est notamment le cas de celle du «  Cornell Extension Bulletin 112 », publié en 1925 par Austin Sands, que cite Iris Encyclopedia : « (…) un brillant bicolore roux écarlate et bordeaux velouté ». Et Clarence Mahan dans son ouvrage « Classic Irises » écrit : « 'Jacquesania' est en réalité un iris avec des pétales rouge violacé teintés de bronze pastel, des sépales rouge violacé et des barbes d'un orange brillant. Pendant plus d'un demi-siècle il fut appelé ' l'iris rouge '. » On est loin du variegata de Prague...

En second lieu Milan Blazek s'intéresse à 'Gypsy Queen' (Salter, 1848). C'est une variété anglaise fort répandue dans le monde et en particulier aux Etats-Unis que le même «  Cornell Extension Bulletin 112 » décrit en ces termes : « (…) c'est un bicolore vieil or veiné d 'acajou velouté. Les pétales vont du jaune miel au vieil or, bien ondulés. Les sépales vont de l'acajou foncé au brun noirâtre, nettement veinés à 1,5'' du bord. Epaules allant du jaune au vieil or.(...) ». Cette fois Milan Blazek est bien en phase.

Pour distinguer les deux variétés, Milan Blazek s'est livré à un examen minutieux des deux fleurs et est arrivé à la conclusion que 'Gypsy Queen' avait le plat des sépales moins veiné et plus foncé que celui qu'il appelle 'Jacquesania' (voir la photo).

Mais où se trouve la vérité ?

Si l'image et la documentation s'accordent au sujet de 'Gypsy Queen', de forts doutes concernent 'Jacquesania'. Il est très possible que ce dernier soit issu de I. variegata à moins que cela ne soit de I. squalens mais on ne peut avoir aucune certitude sur ses origines. A l'époque Lémon n'était pas hybrideur. Il se contentait de recueillir les graines des iris fécondés par les bourdons, de les faire pousser et, quand fleurissaient les jeunes plantes, de sélectionner celles qui lui paraissaient les plus intéressantes, de leur donner un nom et de la proposer à la vente. Tous ses iris sont donc « nés de parents inconnus ». John Salter, à Hammersmith, en banlieue londonienne, ne procédait pas autrement. On doit donc se contenter des descriptions de l'époque, qui peuvent varier d'un catalogue à l'autre comme on en a la certitude en ce qui concerne de nombreuses variétés, mais qui sont tout à fait concordantes pour les fleurs dont on parle aujourd'hui.

Milan Blazek est un éminent spécialiste dont l'érudition suscite l'admiration. Mais les descripteurs du XIXeme siècle, qui ont eu sous les yeux les iris dont ils parlent, ne peuvent pas s'être tous trompés. Alors que, quand on sait avec quelle facilité les étiquetages peuvent disparaître, on peut envisager qu'en toute bonne foi une variété ait pu se voir attribuer un nom qui n'est pas le sien. C'est certainement ce qui s'est passé avec l'iris que le jardin de Pruhonice considère comme 'Jacquesania' . Milan Blazek a de cette façon été induit en erreur, et il l'a admis bien volontiers lorsque je le lui ai signalé. Mais cela ne révèle rien sur l'identité réelle de la variété en question. Car les cultivars de l'époque issus de I. variegata ne sont pas rares, à commencer par 'Fries-Morel' (Lémon, 1840) qui ressemble bigrement à celui que Blazek considère comme étant 'Jacquesania' !

Ah ! Si les iris pouvaient avoir une carte d'identité ! Pour leur en attribuer une il faudrait que l'ADN de chaque variété soit établi et que, chaque fois qu'un doute se présente, on puisse s'y référer pour emporter une certitude. Mais je rêve...

Illustrations : 


'Jacquesania' (version M. Blazek) 

'Jacquesania' (version HIPS) 


'Gypsy Queen' 


'Fries-Morel'

21.4.19

LES PETITS MAÎTRES

La musique n'a pas connu que Mozart et Wagner. Beaucoup d'excellents compositeurs nous procurent de profondes émotions. C'est la même chose dans le monde des iris. De très nombreuses variétés de premier plan ont été obtenues par des hybrideurs qui sont restés discrets ou méconnus. Pendant quelques semaines nous rendrons visite à ces petits maîtres qui auraient mérité un peu plus de reconnaissance. 

VI – Evelyn Kegerise 

Ce qui a été dit de Don Denney s'appliquerait tout à fait à Evelyn Kegerise, une amatrice éclairée originaire de Pensylvanie. Ses variétés ont eu un réel succès en France et l'on doit toujours en trouver dans nos jardins.


 'Feminine Charm' (1973) 


'Idol's Dream' (1981) 


'Sultry Miss' (1984) 


'Bronzette Star' (1990)

STRIATA

ou Les iris à Rayures

La mode est un éternel recommencement. Dans notre petit monde cet aphorisme se vérifie ces temps-ci avec un retour en force des iris à rayures. On ne peut pas dire que ce modèle de fleur soit une nouveauté, car des iris à rayures, il y en a depuis fort longtemps. Prenez, par exemple le « vieux » ‘Marquita’ (Cayeux 1931), dont les sépales sont richement veinés de bleu violacé avant que cette couleur ne prenne le dessus vers le bord. Chez ce ‘Marquita’ on retrouve la disposition qui était celle de ‘Fries Morel’ (Lémon, 1840): du crème aux pétales et des rayures amarante aux sépales. En botanique on parle du modèle « variegata ». La présence de ces rayures provient du « père » de ‘Marquita’, ‘Helios’ (Cayeux 1928), où elles apparaissent, nettement moins contrastées. Je n’ai pas le pedigree de ‘Helios’, mais je ne serais pas étonné qu’on y trouve ‘Fries Morel’ à un moment ou un autre. Entre-temps cependant on est évidemment passé de la version diploïde à la version tétraploïde, avec transfert pur et simple du modèle. A quelques années de distance, Ferdinand Cayeux a renouvelé l’opération avec ‘Paillasse’ (1936). Ce ‘Paillasse’ est un descendant direct de ‘Marquita’ ; il n’est donc pas étonnant qu’il en ait hérité des traits.

Veines, stries et rayures font donc partie du panel génétique de tous nos iris. Elles ont parfois été mises en avant comme élément décoratif, voire même comme seule valeur de certaines variétés comme 'Circus Stripes' (Plough 1975), par ailleurs bien médiocre. Mais le plus souvent elles ont été chassées, considérées longtemps comme un défaut là où on recherchait la pureté des couleurs. Jusqu'à la fin des années 1990, cela était encore bien marqué dans les esprits : Richard Cayeux, par exemple , qui n’a pas hésité à enregistrer des iris ayant de fortes marques aux épaules, comme 'Creme Glacée' (1994) ou 'Marbre Bleu' (1993), écrit en 1996 dans son livre, « L’Iris, une Fleur Royale », à propos justement de ce dernier cultivar :  « bien que généralement la sélection fasse rejeter les fleurs à sépales striés… » Maintenant cette exclusion n’est plus de mise et nombreux sont ceux qui considèrent les iris rayés comme des plantes qui apportent quelque chose de nouveau dans un domaine où les innovations deviennent plus rares qu’il y a cinquante ans.

C'est le cas du grand hybrideur américain Thomas Johnson (quelqu'un qui prend d'année en année plus d'importance dans le monde des iris). Dans le catalogue de 2019, qui vient d'être mis en ligne, on trouve une série d'iris à rayures tout à fait intéressante. J'en ai compté cinq, tous plus jolis les uns que les autres. On va en dresser un rapide portrait, en respectant l'ordre alphabétique, qui est bien commode.

'Hip Hip Horray' Celui-là fait sans hésitation partie de la lignée consacrée aux fleurs rayées. Les lignes violettes vont en s'accentuant en s'approchant du bord des sépales. semis TG159ZZ: All About Me X Mardi Gras Ball 'Champagne Dream' Les lignes de texture, d'un joli mauve foncé, donnent à cette fleur beaucoup de charme et d'originalité. semis TG68E: TC339A: ((Hysteria x Blyth O201A): (Lets Romp sib. x Mango Daiquiri sib.)) X Haunted Heart

'Leave me Breathless' Ton Johnson dit que c'est exactement ce qu'il s'attendait à trouver quand il a réalisé le croisement. En français on peut traduire son nom par « A couper le souffle ». Les rayures indigo qui couvrent les deux tiers des sépales sont effectivement tout à fait époustouflantes. semis TG160ZZ: Read Between the Lines X TC339A: ((Hysteria x Blyth O201A): (Lets Romp sib. x Mango Daiquiri sib.))

'Trending' Difficile de dire si cette variété fait partie ou non des iris à rayures. L'effet « rayures » est en effet surtout constitué par les veines de textures , un peu sombres. Mais tout l'effet exceptionnel de cette fleur vien de sa barbes violettes et proéminentes. Une merveille ! semis TH5A: Note to God X Haunted Heart.

'That's Entertainment' D'un genre tout différent de ceux qui précèdent, cet iris fait partie de la grande famille des variegatas. Mais ses sépales aux dessins torturés le rangent aussi dans celle des « striatas ». A noter sur le photo l'étroite imbrication des pétales les uns dans les autres. Une fleur très inhabituelle. semis TG374ZZ: Cosmic Melody X Inconnu (étiquette illisible).

 Le modèle « striata », comme on pourrait le désigner, est maintenant bien installé et apporte une note nouvelle dans nos jardins. Mais avec cinquante neuf nouveautés (dont neuf nains ou médians), Tom Johnson ne va-t-il pas asphyxier le marché ? Et comme son compagnon Paul Black en présente cinquante-huit, on est véritablement inondé de nouveaux iris. Est-ce souhaitable ? Je n'en suis pas convaincu. Même si dans cette pléthore, je ne trouve vraiment rien à retirer !

Illustrations : 

'Hip Hip Horray'


'Champagne Dream' 


'Leave me Breathless' 


'Trending' 


'That's Entertainment'