28.1.23

QUAND PASSENT LES COULEURS

Régulièrement j'entends des gens se plaindre de ce que leurs iris dégénéreraient. C’est même une opinion franchement encrée chez certains qui voient peu à peu disparaître les belles couleurs des variétés qu’ils ont plantées dans leur jardin. A chaque fois que la question m'est posée, j'explique que cette dégénérescence n’est pas possible. Mais je ne suis jamais sûr d'être compris ! Une nouvelle fois, je vais expliquer pourquoi la dégénérescence des iris n'existe pas. 

 L’iris se reproduit par graines, mais se multiplie par prolifération à partir d’un rhizome. À l’extrémité du rhizome, et sur les côtés de celui-ci se développent des yeux qui vont donner naissance à de nouvelles pousses exactement identiques à la plante-mère car les cellules de chaque œil contiennent tous les gènes de la plante. Tous les spécialistes des iris sont d’accord là-dessus et ils expliquent la soi-disant dégénérescence par différents incidents de culture. 

 Dans un court article publié dans la revue Iris et Bulbeuses (N°113 – Été 1994), Jean Cayeux, qui, mieux que personne connaissait les iris, trouvait trois raisons possibles de la disparition progressive des coloris d’origine. Il commençait par faire le point sur les doléances le plus souvent formulées. : 

- L’uniformisation des couleurs. 
 Les plaignants constatent que dans une bordure composée à l’origine de variétés de différents coloris, au bout de quelques années n’apparaissent plus que deux ou trois couleurs ; - Le « retour » à un coloris bleu uniforme. 
- Autre déception : dans des fleurs qui ont perdu également leurs belles ondulations et la fermeté de leurs tépales, les fleurs nouvelles sont d'un bleu, moyen, anonyme ; 
- L’apparition de nouveaux coloris. Des fleurs d'un coloris le plus souvent terne ou délavé remplacent les brillants coloris initiaux. 
Ces constatations aboutissent en général à affirmer qu'il s'agit de signes évidents de dégénérescence. 

 Jean Cayeux s'est attaché à démontrer que les causes de ces anomalies avaient une toute autre origine. Dans le premier cas il disait que l’uniformisation des couleurs s’expliquait par les différences de prolificité et de rusticité des variétés. Si une plante se développe plus vite et plus fort que sa voisine, elle va peu à peu étouffer celle-ci ou la priver de nutriments, de sorte que la plus faible va cesser de fleurir, voire disparaître. Dans le fouillis d’une plantation ancienne, ou trop serrée, on ne saura plus distinguer les pousses de la plante robuste de celles de la plante chétive, et l’impression d’uniformisation sera bien réelle : malheur aux faibles ! 

 La seconde doléance appelait de sa part le commentaire suivant : si le bleu gagne du terrain ce n’est pas non plus une illusion. C’est le fait de la réapparition, dans la bordure, d’anciens iris diploïdes (germanica ou pallida), dont quelques morceaux de rhizomes seraient restés en place, et, compte tenu de leur prolificité, auraient étouffé les autres iris. 

 Pour le troisième cas, l’apparition de nouveaux coloris, plus pâles que les coloris d’origine, n’est pas à proprement parler dégénératif, c’est le produit de semis « sauvages ». Si par malheur ont laisse venir à maturité une capsule issue d’une insémination naturelle, les graines vont tomber au sol et certaines vont germer. Jamais on n’obtiendra par ce moyen des fleurs identiques à leurs parents, mais le plus souvent des rejetons plus ou moins bien formés et pâlichons qui laisseront croire qu’il y a eu dégénérescence. Et, en quelque sorte, c’en est une : pour conserver à des hybrides comme les iris modernes leurs coloris initiaux, il ne faut pas les laisser se reproduire ; seule la multiplication rhizomateuse garantit la réapparition des qualités de la plante d’origine. Ses enfants sont, comme ceux des humains, tous différents de leurs parents, et c’est la banalité qui l’emporte. 

 Autre démenti : Certains prétendent que ce serait une « sécrétion » des racines qui aboutirait à faire dégénérer les iris lorsqu’ils sont plantés trop serrés, mais ceci est de la plus haute fantaisie. S’il y a effectivement production d’enzymes, ceux-ci n’ont nullement le pouvoir d’apporter une modification génétique. En revanche ils ont celui d’inhiber la pousse de nouveaux iris plantés à l’emplacement de variétés retirées. Si l’on veut remettre des iris dans une plate-bande où il y en a déjà eu, il faut attendre quelques années, le temps que les enzymes laissés dans le sol se dissipent. Sinon les plantes mises en place végéteront longtemps avant de se développer normalement. Une autre solution, radicale, est de substituer à le terre fatiguée un apport de terre n'ayant pas porté d'iris depuis longtemps ! 

 Alors répétons que les iris ne dégénèrent pas. Leur multiplication végétative leur garantit une existence qui, dans les meilleures conditions, est équivalente à l'éternité ! On trouve toujours des hybrides apparus lors des débuts de la culture horticole des iris, il y a 180 ans... C'est le cas de 'Jacquesania' 'Jacques (1840) ou de 'Madame Chéreau' qui a été enregistré en 1844. Certes, beaucoup des variétés très anciennes ont disparu, mais ce n'est pas le fait d'un affaiblissement de leurs caractères, mais des aléas de leur culture ou de l'abandon de celle-ci par les jardiniers parce que des variétés plus modernes leur ont été préférées. Par ailleurs certaines variétés n'ont pas eu de chance, comme le très joli 'Callela' (Muska, 1990) qui a été détruit dans le jardin même de son obtenteur, quelques années après son apparition. Autre incident qui peut être fatal : le « blooming out ». Joë Ghio m'a annoncé lui-même que son 'Cutting Edge' (1993) avait subi ce triste sort dans sa propre pépinière... Dans ce cas la mort de la variété n'est pas certaine puisque des pousses plantées dans d'autres jardins peuvent exister, heureusement ! D'autres phénomènes naturels peuvent amener la disparition d'une variété. Ce sont là des mésaventures naturelles. Mais qu'il ne faut pas mettre sur le compte d'une dégénérescence...






21.1.23

LE PLUS GRAND ? (II)

Après avoir qualifié Keith Keppel de «  plus grand hybrideur de tous les temps » j'ai eu quelque remords. Ce propos n'est-il pas un peu excessif ? J'ai pensé en effet à certains autres qui auraient pu mériter ce qualificatif, ou, tout au moins, quelque chose d'approchant. Et en particulier à Joseph Ghio, exact contemporain de Keppel et ami de celui-ci. Or, sur ces entrefaites, Christine Cosi, cette remarquable collectionneuse d'iris, a publié sur Internet une série de photos de variétés signées Joë Ghio. Je me suis alors demandé quel niveau de reconnaissance devrais-je avoir pour cet grand maître du monde des iris. 

 Iris Encyclopedia dresse un rapide portrait de Joë Ghio, dont voici la traduction : « Il est né à Santa Cruz (Californie) en 1938, son père était pêcheur tandis que sa mère était issue du milieu agricole. En 1953, Ghio, alors adolescent, est tombé sur un exemplaire d'un catalogue présentant les 10 meilleurs iris de l'année et a été immédiatement fasciné par les couleurs, ainsi qu'il l'a déclaré. Il a commandé une collection de 5 dollars de rhizomes. Après avoir étudié l'hybridation, Ghio a commencé à créer ses propres plantes en 1954, et il n'a jamais arrêté, même en poursuivant d'autres activités exigeantes. Avec un diplôme en éducation commerciale, Ghio a déménagé à Hayward en 1960, où il a accepté un poste de professeur de commerce et d'histoire au lycée. En 1967, il est retourné à Santa Cruz et a accepté un poste d'enseignant à la Harbour High School. Au milieu des années 1970, il est entré en politique locale. Il a été maire de Santa Cruz en 1975, 1977 et 1980. Il a également siégé au conseil municipal pendant trois mandats. Mais c'est l'iris qui a toujours captivé son imagination. En 1980, il a reçu la Dykes Medal pour 'Mystique'. Il a déclaré qu'il désirait remporter de nouveau cette médaille mais elle lui échappe jusqu'à présent. » 

Voilà la différence ! Les iris de Joë Ghio n'obtiennent que très peu de reconnaissance de la part des juges américains. Pourquoi ? Seuls les spécialistes de la question peuvent donner une réponse certaine. A notre niveau, on ne peut faire que des conjectures. Dans la littérature irisarienne on note cependant des commentaires qui révèlent que les iris signés Ghio sont fragiles et souvent capricieux. Est-ce là la raison du désamour des juges à leur égard ? 

De point de vue strictement horticole chacune des créations de Ghio est un chef d’œuvre. Une parfaite connaissance de la génétique et un sens inné de la perfection aboutissent à un iris que l'on ne peut qu'admirer. Déjà dès son apparition 'Mystique' avait stupéfait les amateurs. Il y a des milliers d'iris bleus excellents, mais le bleu de 'Mystique' était exceptionnel et a été reconnu comme tel par les juges qui lui ont attribué la Dykes Medal. Mais depuis, malgré près de 400 variétés de grands iris enregistrées, plus aucune distinction suprême. Les plus belles récompenses obtenues sont allées à 'Starring' (1999) qui a reçu la Wister Medal en 2007 et est monté sur le podium de la DM, à la troisième place, en 2008. Ensuite 'Magical' (2007) a obtenu une Wister Medal en 2014. C'est tout. 

Il faut dire néanmoins que la grande maîtrise de Joë Ghio a été parfaitement reconnue dans la catégorie des PCN (Pacific Coast Native) où il règne absolument. Depuis 1979 il a reçu 29 fois la plus haute distinction, la Sydney B. Mitchell Medal ! C'est formidable, même si la concurrence est moins relevée que dans le domaine des grands iris (TB). Il faut dire aussi que chez les iris de bordure (BB) trois de ses variétés ont été honorées de la Knowlton Medal, la plus haute distinction de cette catégorie : 'Junior Prom' (1966) en 1994, puis 'Niche' (2006) en 2015 et 'Boy Genius' (2011) en 2022. Ce sont de belles consolations. 

Quand il aura vaincu le signe indien qui l'écarte depuis tant d'années des plus hautes distinctions chez les TB, Joë Ghio devrait s'imposer tout comme l'a fait son ami Keppel. Deux sortes de TB pourraient lui valoir ce retour en grâce : les iris blancs et les iris « rouges », deux couleurs dont il est un maître, mais le temps joue en sa défaveur. 

Dès le début de sa carrière Joë Ghio a proposé des iris blancs.'Nina's Delight' (1962) en est la preuve. Cela a continué jusqu'à nos jours et l'on peut citer 'Bridal Shower' (1965) puis 'Wedding Vows' (1970). La série a repris avec 'Bubbles Galore' (2001) suivi quelques années plus tard par 'Forever Blowing Bubbles'(2006) et 'My Beloved' (2008). Au cours des années 2010 il y a eu 'Civility' (2012) et 'Heavenly Host' (2013). Enfin tout récemment ce fut le tour de 'Christmas Spirit' (2021). En comparant les photos de ces variétés on constate l'évolution de l'apparence de ces iris. Cela suit ce qui se passe chez tous les obtenteurs et la comparaison entre le premier et le dernier de la liste est édifiante. 




On pourrait faire le même constat chez les iris roses, une autre spécialité de Joë Ghio, mais j'ai préféré me tourner vers les somptueux iris brun-rouge ou pourpre-rouge qu'il affectionne particulièrement. 

Il en a proposé à peu près une nouvelle variété chaque année depuis 'Lady Friend' (1980). Et surtout à partir de 1993 où est apparu 'Battle Royal' au grenat profond et à la forme séduisante mais qui n'a pas dépassé le niveau HM dans la course aux honneurs. ‘Rogue’ (1994), plus clair, n'a pas eu plus de succès auprès des juges. Pas plus que ‘Star Quality’ (1995), plus violacé. 'Vizier' (1997) a eu plus de chance puisqu'il aura un AM en 2003. Ces variétés sont superbes à tous points de vue, et à partir de ‘Ritual’ (1998) on atteint une sorte de perfection. En témoignent 'Regimen’ (1999), ‘Ransom Note’ (2000) et son frère de semis ‘Cover Page’ (2001). 'House Afire’ (2002) et ‘Infrared’ (2002) sont là pour apporter la preuve que les années ne freinent ni l'énergie, ni l'habileté de Joë Ghio. 'Trial by Fire' (2005) et son frère de semis 'Red Skies' (2006), descendants de 'House Afire', continuent la série, de même que 'Iconic' (2009). Le classement de ces variétés dans la course aux honneurs, somme toute assez décevant, ne tient sans doute pas compte de l'apparence de ces fleurs mais plutôt de leurs qualités végétatives, connues pour être délicates. Ces plantes largement consanguines, sont fragiles et poussent souvent difficilement ailleurs qu’en Californie. Elles permettent cependant de découvrir que Joë Ghio, en grand maître des iris, sait merveilleusement jouer avec les couleurs pour obtenir ce qu’il veut. 





Finalement, qu'est-ce qui différencie Keith Keppel et Joseph Ghio ? Ce n'est certainement pas le talent d'hybrideur, pas davantage la qualité intrinsèque des plantes produites. Il faut sans doute chercher cette différence dans la réputation du premier à fournir des iris solides, fidèles et résistants, alors que les iris du second déçoivent souvent leur possesseurs par leur fragilité et leurs caprices. Cela, les juges en ont acquis la conviction par tout ce qu'ils entendent dire par les amateurs. Ils en tiennent compte dans leur notation, et là où une variété signée Keppel obtiendra une récompense majeure, une variété Ghio stagnera au mieux au niveau des Awards of Merit.





13.1.23

ECHOS DU MONDE DES IRIS

97 

C'est le nombre de variétés françaises notées sur le site de la SFIB et enregistrées en 2022, par 16 obtenteurs différents. 

 Il fut un temps où les irisariens français considéraient que les iris qu'ils obtenaient n'étaient pas dignes d'être enregistrés. Seul la famille Cayeux, fière de son passé glorieux, osait franchir le pas, puis vint Jean Ségui, puis quelques autres audacieux comme la famille Anfosso... Mais ce n'est que depuis une dizaine d'années que le nombre des enregistrements français a décollé. Notre pays fait maintenant partie des plus productifs. C'est en partie du au fait que les obtentions de qualité sont devenues plus faciles mais aussi à celui que les jeunes hybrideurs ont pris conscience de ce que leur travail n'avait rien à envier à celui des autres , quelle que soit leur nationalité. 

A côté de ces seize français, onze variétés belges, et quarante-trois variétés néerlandaises ont été compilées en compagnie des variétés de notre pays. 

Cette masse comprend une grosse majorité de grands iris (TB) puisqu'ils sont 87/97, émanant de douze hybrideurs. 



Trois cas très particuliers : 

- parmi les 30 enregistrements demandés par Roland Dejoux, la plupart concernent la formule « Iris-Box » qui permet à n'importe quel acquéreur d'un nouveau semis de choisir le nom qu'il entend donner à celui qui devient ainsi « son » iris ; 


- 5 variétés, dont 3 TB sont au nom de Lawrence Ransom, décédé il y a quelques années, mais cultivées et sélectionnées par le même Roland Dejoux ; 


- Une variété est une obtention de Michèle Bersillon, qui n'utilise pas les services du « registrar » français.

LA FLEUR DU MOIS

'Vive la France' 
 Jean Cayeux, 1993  
('Condottiere' x 'Delphi') X ('Alizés' x ('Condottiere' x 'Lunar Rainbow')) 

Floraison en fin du milieu de saison. Pétales blancs ; sépales bordés d'un large liseré bleu moyen avec un grand centre blanc ; barbes rouges. 

 La présentation de cette variété dans le catalogue Cayeux de 1994 est la suivante : « Pétales réellement blanc, sépales bleu aniline vif à cœur blanc sur lequel se détache une fière barbe rouge orange. » Dans le numéro 101 de « Iris & Bulbeuses », cette description est complétée par : « ...cet iris approche les couleurs du drapeau français. Étant le fruit de longues recherches, il arrive deux ans après le bicentenaire de la révolution. Mais quelle récompense quand on voit ses grandes fleurs, élégantes, solides, impeccablement présentées sur de belles hampes florales ! » A lire ces phrases on ne peut pas n'y pas voir une allusion à 'Révolution' (Pierre Anfosso, 1988) mis sur le marché en 1989. La maison Cayeux a certainement vu dans cette apparition un « coup » commercial ! Elle a constaté qu'elle avait été précédée par son confrère provençal ! Mais il est vrai qu'avec 'Vive la France' elle a dépassé son rival. Les pétales de 'Révolution' ne sont pas franchement blancs, et, d'une façon générale, 'Vive la France' est une variété plus réussie. 

Pour en arriver là Jean Cayeux a fait usage de son cluster favori : 'Condottiere' x 'Delphi'. Un croisement que l'on retrouve dans 12 variétés différentes comme 'Rebecca Perret' ou 'Sixtine C.', et en particulier toute la série de tricolores dont 'Vive la France' est le premier. 'Bal Masqué' (J. Cayeux, 1993), 'Ruban Bleu' (J. Cayeux, 1997) sont les étapes suivantes, avec 'Parisien' (1995) qui est de la génération suivante. 

'Alizés' puis un autre cluster : 'Condottiere' x 'Lunar Rainbow', présent dans 6 variétés Cayeux, complètent le pedigree. 

Côté descendance 'Vive La France' s’enorgueillit de six rejetons. Tous issus du même croisement, et enregistrés par un certain M. Ung, de Los Angeles, dont la description officielle est la même mais dont on n'a pas de photos ! Une situation étrange et inhabituelle ! 

'Vive la France' n'est peut-être pas le meilleur de la série des tricolores de Jean et Richard Cayeux mais il a le mérite d'avoir ouvert une nouvelle porte, vers quelque chose d'encore inconnu mais qui allait avoir beaucoup de succès. 

Illustrations : 


'Vive la France' 


'Révolution' 


'Delphi' 


'Lunar Rainbow'

8.1.23

beautés 2023

 Thomas Johnson est sans doute l'un des hybrideurs les plus doués. Son art s'affine d'année en année.  Cette fois il nous propose des fleurs qui sont certainement parmi les plus belles jamais obtenues. Appréciez !






QUOI DE NEUF, DOCTEUR ?

Le monde des iris évolue. Il ne fait en cela que se comporter comme tous les autres petits mondes! Des gens disparaissent, d'autres viennent rejoindre le gros de la troupe... Un coup d’œil au dernier palmarès de l'AIS témoigne de cette évolution. On y voit certains obtenteurs confirmer leur progression, on voit de nouveaux noms apparaître, qui nous laissent subodorer ce que seront les palmarès des années à venir. 

 Tout d'abord il faut noter que les médailles et places d'honneur continuent d'être trustées par un petit nombre de grands hybrideurs qui sont là depuis de longues années. Cette liste comprend, sans qu'il soit question d'établir un quelconque classement autre qu'alphabétique :
- Terry Aitken 
- Paul Black 
- Joseph Ghio 
- Keith Keppel 
- Thomas Johnson 
 - Larry Lauer 
- Stephanie Markham 
- Linda Miller 
- John Painter 
- Marky Smith 
- Hugh Stout 
- Michael Sutton 
- Richard Tasco 
auxquels il faut ajouter l'inévitable famille Schreiner. 

Tous sont cités un grand nombre de fois, ce qui témoigne de leur importante activité et de la qualité de leur travail. Quelques noms n’apparaissent qu'une fois, mais leur présence est constante depuis plusieurs années : ce sont soit des amateurs éclairés soit des obtenteurs dont les produits sont très peu distribués et donc peu vus par les juges. Mais quelques noms s'imposent peu à peu et deviendront sans doute incontournables dans les années à venir. A mon avis c'est le cas de Tom Burseen et de Douglas Kanarowski. 

 Tom Burseen n'est pas un débutant. Il a même une longue carrière d'hybrideur derrière lui. Dans « Iris Encyclopédia » il est présenté de la façon suivante : « Tom Burseen hybride des iris à Grand Prairie, Texas. Il est bien connu pour ses nombreux grands iris barbus qui ont des noms intéressants ! Il se qualifie lui-même de « savant fou » lorsqu'il s'agit d'hybrider des iris dans son magnifique terrain ; son jardin est connu de tous comme « Le Laboratoire ». Et quand on dit « ses nombreux grands iris » on emploie un euphémisme puisqu'il y en a environ neuf cents ! C'est donc un vétéran de l'hybridation. Cependant son travail, qui a commencé à la fin des années 1980, ne s'est pas imposé du jour au lendemain. Ses créations avaient peut-être un air de déjà vu, à moins que ce ne soit les noms délirants qu'il leur a donnés qui n'aient pas plu aux juges, plutôt classiques dans leurs appréciations. Toujours est-il qu'il a eu du mal à s'imposer. Aujourd'hui sa réputation est acquise, et 'Notta Lemon' (2009) s'est hissé jusqu'à la Wister Medal en 2018. Depuis, ses variétés apparaissent dans tous les palmarès, c'est pourquoi l'on peut dire que, désormais bien considéré par les juges, il peut avoir encore de l'avenir, et pourquoi pas espérer la consécration suprême d'une Dykes Medal puisqu'il a plusieurs variété en compétition à ce niveau, comme le très sage et très joli 'Prissy Christy' (2014). 



La carrière de Douglas Kanarowski est toute différente. Elle n'a débuté qu'en 2010 et n'a a son actif que trente-six variétés. Mais plusieurs de celles-ci ont atteint très vite le niveau des Award of Merit et 'Tijuana Taxi' (2014) a reçu une Wister Medal en 2022, alors que le nom de Kanarowski apparaît cinq ou six fois dans la liste des variétés primées. A ce rythme là, ce nom devrait rapidement faire partie des plus connus du monde des iris. Le prochain lauréat sera-t-il ce 'Zebra Butter' (2017) au coloris délicat et original, à moins que cela ne concerne ce 'Big Badda Boom' (2020) au nom aussi improbable que la fleur est plaisante ? 




Quelques autres candidats s'installent dans les listes de lauréats. C'est le cas, entre autres, de Mike Lockatell - voir 'Metro Blue' (2013) – ou de Howard Dash – voir 'Gold Dust Woman (2018). Tout cela démontre que l'iridophilie a toujours de beaux jours devant elle>. Il faut s'en réjouir.





30.12.22

EN AVANT POUR UNE NOUVELLE ANNÉE !

La chronique d'aujourd'hui est la dernière de 2022. C'est donc le moment de souhaiter à tous les lecteurs d'Irisenligne une bonne année 2023. Une année qui pourrait être la dernière pour ce blog, né en 2001. Je me fais vieux et j'ai tant écrit sur le domaine des iris que j'en viens à manquer d'inspiration ! Quoi qu'il en soit, pour l'instant, on continue !

LE PLUS GRAND ?

Si l'on se fie aux palmarès des courses aux médailles de l'AIS, il n'y a pas d'hésitation possible : le plus grand hybrideur de tous les temps ne peut être que Keith Keppel. Je me suis fait cette réflexion en étudiant le palmarès de 2022. Pourtant, cette fois, ce n'est pas une variété issue de son jardin de Salem en Oregon qui a remporté la Médaille de Dykes, et pas non plus la John C. Wister Medal. Il est vrai que pour la DM il a déjà été royalement servi ! Après s'être fait remarquer en 1972 en triomphant avec 'Babbling Brook' (1965), il a du attendre plus de trente ans pour placer en tête une de ses variétés. 


Ce fut avec 'Crowned Heads' (1996) en 2004. Mais à partir de là ce fut formidable : 
 'Sea Power' (1998) en 2006 ; 
'Drama Queen' (2002) en 2011 ; 
'Florentine Silk' (2004) en 2012 ; 
'Gypsy Lord' (2006) en 2015 ; 
'Montmartre' (2007) en 2017 ; 
'Haunted Heart' (2009) en 2018 ; 
'Reckless Abandon' (2009) en 2021. 
Neuf Dykes Medals pour un seul obtenteur ! Et on peut envisager qu'il y en aura d'autres car l'homme n'a pas dit son dernier mot et, à tout le moins, 'Volcanic Glow' (2011) est toujours dans la course et on peut prédire une carrière brillante à 'Magic Ring' (2019) ou 'Arctic Chill' (2019) entre autres. 

 En 2022 le panier de médailles de Keith Keppel c'est enrichi d'une Carpane-Welch Medal (celle destinée aux tout petits MDB), donnée à 'Rivulet' (2011). Mais aussi de nombreuses places d'honneur ont été décrochées : 
'High Desert' (2014) dans la liste des prétendants à la Wister Medal

 
'Marrying Kind' (2014) idem 
'Royalty Rememberer, (2016) pour l'attribution d'un Award of Merit 
'Shivaree', (2014) idem 
'Billowing Waves', (2014) idem 
'Espionage', (2014) idem 
'Mixted Signals', (2015) idem 
'Boondoggle' BB, (2016) idem 
'Moonglint', (2019) pour l'attribution d'une Honorable Mention

 
'Collusion', (2019) idem 
'True Colors', (2019) idem 
'Turkish Tapestry', (2019) idem 
'Wealth', (2019) idem 
'Color Capers, (2019) idem 
'Rainbow Road', (2018) idem
 Gentle Manner', (2019) idem 
'Fashion Event', (2019) idem 
'Hold the Line', (2019) idem 
'Tamale Time', (2019) idem 
'Bond Girl', (2016) idem

 
'Power Struggle', (2018) idem 
'Sugar High', (2017) idem 
'Musical Chairs', (2018) idem 


'Blank Verse' IB, (2018). 
Vingt quatre citations ! Et l'exploitation de Keith Keppel est l'une des plus petites que l'on trouve au pays des iris ! 

 Ces résultats exceptionnels résultent d'un travail intelligent, méticuleux et passionné, mais aussi d'une part de chance et enfin d'une réputation d'excellence que les juges ont forcément en tête lorsqu'ils accomplissent leur travail devant une variété signée Keppel. Quoi qu'il en soit l'escarcelle de celui qui se surnomme lui-même « plicataman » est la plus luxueuse de tous les temps, et je parierais fort qu'on n'est pas près d'en trouver une autre qui soit aussi bien remplie.

26.12.22

LA FLEUR DU MOIS

‘SNOWBROOK’ 
Keith Keppel (1996) 
((('Vaudeville' sibling x 'Montage') x ('Vaudeville' x 'Charmed Circle')) x (('Montage' x ((('Gene Wild' x 'Majorette') x 'Rococo') x 'Vaudeville' sibling)) x 'Vaudeville' x 'Charmed Circle'))) X 'Charmed Life' 


 Voici une variété typique de ce que produit Keith Keppel. Elle a déjà 26 ans, mais elle n'a rien perdu de sa beauté. Son pedigree a cette complexité digne de ces quelques hybrideurs de génie qui maîtrisent absolument leur art et avancent infailliblement vers leur but. Cette fois celui-ci semble être un plicata minimaliste. La description officielle ne dit pas autre chose : « Standards white; falls white, columbine blue (M&P 42-G-10) hafts and precise 1/4" plicata edge; white beard, lemon yellow in throat ». Autrement dit :  « pétales blancs ; sépales blancs, épaules bleu vif de même qu'une fine bordure plicata d'environ 6 mm. Barbe blanche , jaune dans la gorge. » Le côté olicata se résume donc à la bordure des sépales. Les ondulations sont amples et élégantes mais n'ont rien à voir avec ce qui se fait aujourd'hui dans ce domaine. 

 En ce qui concerne les origines, on constate une complexité qui a de quoi amuser les spécialistes de la question. Avec un côté féminin qui réunit six variétés, dont certaines présentes plusieurs fois : 'Vaudeville' = un vieil amoena maison de 1969 aux pétales dans les tons de crème et aux sépales bleu aconit. 
'Montage' (Keppel 1970) = déjà un plicata original. 
Un « cluster » regroupant 'Gene Wild', 'Majorette' et 'Rococo, soit :
     'Gene Wild' (Craig 1952), un plicata très chargé, dans les tons vieux rose vif ; 
     'Majorette' (Miess, 1952), un autre plicata ancien, dans les tons de bordeaux ; 
     'Rococo' (Schreiner, 1959), encore un plicata, bleu  celui-ci, très classique, et universellement connu. 'Vaudeville' (sibling) = un frère de semis de 'Vaudeville' cité ci-dessus, dont on ne sait rien. 
'Charmed Circle' (Keppel 1968) = un plicata bleu, classique, descendant de 'Rococo'. 



Dans cette jolie famille tout le monde est du modèle plicata. Le côté paternel est constitué de 'Charmed Life' (Keppel 1983, encore un plicata ! Pour obtenir 'Snowbrook' on peut dire que Keppel avait mis tous les atouts de son côté pour obtenir un nouveau plicata. Et, évidemment, il atteint son but ! 

 Du côté de la végétation, je ne puis pas dire que ce 'Snowbrook' ait été chez moi une parfaite réussite : pousse capricieuse et nombre de boutons insuffisant. Mais il ne faut pas tirer de ce « succès en demi-teinte » comme on dit dans les journaux, des conclusions définitives. Beaucoup d'irisariens, professionnels comme amateurs en ont été tout à fait satisfaits. Pour preuve les quelque 67 descendants officiellement recensés, émanant des plus grands hybrideurs du moment. Les plus remarquables enfants sont nombreux, et en particulier: 

'Azure Angel' (Graeme Grosvenor, 1993), qui a triomphé en 1996 au concours de l'ISA, en Australie ; 'Belle Fille' (Marky Smith, 2011), Wister Medal en 2021, et, la même année Florin d'or à Florence ; 'Hey Dreamer' (Barry Blyth, 1994), excellent exemple du travail de son obtenteur ; 
'Irisades' (Richard Cayeux, 2007) vainqueur de l’éphémère compétition française éponyme de 2004 ; 'Noble Gesture' (Keith Keppel, 2009) 
'Pay the Price' (Graeme Grosvenor, 1999) 
'Splashacata' (Richard Tasco, 1997) 
'Starwoman' (Marky Smith, 1997) 


auxquels on pourrait ajouter bien d'autres. 



 Les iris plicatas, quel qu'en soit l'apparence, sont le sujet de prédilection de Keith Keppel. Il en a créé les plus remarquables. 'Snowbrook fait partie des meilleurs.

18.12.22

AU COEUR DE L'EUROPE

La chute du mur de Berlin et les bouleversements politiques qui ont accompagné cet événement ont eu des répercussions considérables dans le monde des iris. On a déjà pris connaissance de ce qui s'est passé en Allemagne à cette occasion. On va voir maintenant ce qui a eu lieu dans ce qu'on appelait les républiques populaires. Le bouleversement n'a pas eu les mêmes conséquences partout mais là où il s'est produit il a donné naissance à un nouveau pan du monde des iris, et non des moindres. Ce mouvement a eu pour cadre la Tchécoslovaquie (devenue d'une part la République Tchèque et d'autre part la Slovaquie), la Pologne, la Lituanie, la Slovénie puis, dans une moindre mesure, la Hongrie et la Roumanie. Les autres Etats n'ont été que très peu touchés, soit du fait de leur situation géographique et climatique, soit de circonstances particulières ou historiques. Le cas de la Russie et de l'Ukraine fera l'objet d'une autre étude. 

 Bien avant les années 1990 la culture des iris s'était développée en République Tchèque. Avec des moyens génétiques dérisoires des gens habiles et ingénieux avaient entrepris des hybridations. C'est le cas de Vojtech Smid qui a réussi a s'imposer à Florence en 1985 avec 'Libon', une variété qui n'a jamais été enregistrée malgré ce succès. Mais aussi, dès ce temps-là, le grand botaniste Milan Blazek s'est essayé à des croisements audacieux au plan horticole, bien dans la ligne de ses études de génétique. Notamment sur les iris plicatas et les variétés tardives. Isolé dans son pays il n'a réussi à enregistrer ses obtentions qu'en 2013, de sorte que celles-ci, malgré l'intérêt qu'elles présentent, au plan esthétique, accusent tout de même leur âge. C'est le cas par exemple pour le rose 'Jarni Sem' (1979). Dès qu'ils ont pu librement se procurer des variétés américaines pour leur servir de matériel d'hybridation, de nombreux amateurs tchèques se sont mis à l'ouvrage. Plusieurs ont fait immédiatement preuve de leur habileté. Prenons le cas de Pavel Nejedlo qui a réussi un coup de maître avec le croisement  'Desert Echo' X ('Rancho Rose' x 'Sketch Me') et les trois variétés plicatas qu'il en a retenu : 'Moonlight Sketch', 'Spacelight Sketch' et 'Sunlight Sketch' ; ou de Jiri Dudek dont les obtentions, peu nombreuses, ont été remarquées partout où on a pu les voir. Témoin : 'Papapubren' (2000). 





 Cependant le leader incontesté de l'iridophilie tchèque s'appelle Zdenek Seidl. Cet homme de conviction s'intéresse à toutes les catégories d'iris. En trente ans d'activité il est arrivé à la célébrité et ses variétés ont été distinguées partout où elles ont été en compétition, que ce soit à Munich, à Florence ou à Paris. Dès ses premiers enregistrements, que ce soit les jaunes 'Pozdni Leto' (1997) ou 'Zlatohlavek' (1998) ou le noir 'Bratislava Noc' (1997, )les spécialistes ont tout de suite vu en lui un obtenteur remarquable, et son talent n'a fait que s'affirmer. 'Nad Oblaky' (2019) à triomphé à Paris cette année, 'Chachar' (2013) l'avait précédé à cette place en 2017, avant d'aller l'emporter à Florence l'année suivante. A noter ses iris intermédiaires, qui se distinguent par leur petite taille, bien dans les limites et l'apparence de la catégorie. 


 En Slovaquie voisine le champion du changement qui s'est produit après l'effondrement de l'empire soviétique s'appelle Ladislav Muska. C'est le type même de l'amateur averti. Comme bien des hybrideurs de l'Est, il a commencé avec de petits moyens génétiques. Ceux-ci se sont développés avec la libération des échanges et peu à peu il a pu se procurer les meilleurs géniteurs américains. Sa production a été importante et il a même réussi à éditer un petit catalogue artisanal qu'il a diffusé chez toutes ses connaissances en Europe et aux Etats-Unis de sorte que ses variétés se sont répandues un peu partout. Tous ces iris ne sont pas des chefs d’œuvre mais il y en a beaucoup qui méritent de figurer dans les plus belles collections. En particulier ses plicatas chargés ('Dreaming Clown' (1999) est le plus fameux, il a même été utilisé par Keith Keppel), mais aussi quelques autres comme le mauve 'Elegaball', primé au concours de Moscou. 


 Le successeur de Ladislav Muska s'appelle Anton Mego. Cet homme discret n'en finit pas d'offrir au monde des obtentions superbes tant par la modernité et l'élégance de leur aspect et par l'originalité de leur coloris. Cela fait un peu plus de vingt ans que son nom est apparu dans le monde des iris et il n'y a guère d'année qui n'ai pas été celle d'une révélation. Le premier choc a été 'Slovak Prince' (2002) avec ses pétales finement ourlés d'or. Il a eu un succès immédiat aux Etats-Unis où il a reçu la plus haute récompense possible pour un grand iris, une Wister Medal, en 2009. 'Clotho's Web' (2009) est arrivé en troisième position au concours Franciris® 2015. 'Bratislavan Prince' (2010) s'est classé premier au concours de Moscou en 2015. 'Horske Oko' (2015) est sans doute le premier iris « à fleur de pensée », et 'The Majestic' marque une étape dans ce coloris moderne et exotique qui fait penser aux iris arils. A n'en pas douter on peut encore compter sur Anton Mego pour renouveler l'iridophilie. 


 Plus au sud, la Slovénie, issue de l'ancienne Yougoslavie, est la patrie d' Izidor Golob, lequel allie à ses qualités d'hybrideur une personnalité enjouée. Il n'a pas attendu les bouleversements politique pour s'intéresser aux iris, puisque dès 1978 il enregistrait une première nouveauté 'Mojka', un iris abricot, suivi par la suite d'une vingtaine de cultivar sans prétention mais réussis, comme  'Majski Dotik' (2009) au pedigree duquel on trouve une agréable variété blanche obtenue par le tchèque Milan Blazek dont il a été question ci-dessus. 


 On imagine pas forcément que des iris puissent être obtenus en Lituanie. C'est pourtant le cas, de la part de Laimondis Zakis, un hybrideur apparemment talentueux, qui travaille sur cette plante depuis 2006 au retour d'un voyage à Florence, mais qui se refuse à faire enregistrer ses obtentions, ce qui le maintient malheureusement en marge du reste du monde des iris. Nombre de ses variétés mériteraient une diffusion internationale mais il ne peut en être question tant qu'elles resteront dans une semi-clandestinité. La photo de 'Abavas Perle' donne une idée de sa production. 


 La pièce principale de cet inventaire est-européen est la Pologne. C'est le pays le plus étendu et le plus peuplé, et c'est celui où la culture de l'iris a pris le plus d'extension. En fait les hybrideurs n'y sont pas spécialement nombreux mais ils sont apparus dès la fin du bloc soviétique et se sont renouvelés régulièrement depuis cette période. L'un des tout premiers a été Lech Komarnicki. Personnage intéressant et atypique, cet ancien artiste dramatique s'est pris d'intérêt pour les iris dès qu'il a quitté la scène et qu'il s'est retiré dans sa propriété de l'Ouest polonais. Il a commencé par hybrider les grands iris (TB) – 'Poranna Mgielka' (2010) est un exemple de son travail - mais il a connu avec ceux-ci bien des mésaventures dues à la rigueur et l'humidité du climat dans sa région. Il a préféré les Iris de Sibérie puis la réalisation de croisements interspécifiques exclusifs. 


 Plusieurs autres ont suivi son exemple, Zbigniew Kilimnik,  Henryk Polaszek, puis plus récemment, Józef Koncewicz  et surtout Jerzy Wożniak . Ce dernier a eu une carrière brillante mais brève.  Il fut considéré comme le plus habile hybrideur de son pays et sa réputation s’étendit bien au-delà dans toute l’Europe de l’Est mais également en Europe de l’Ouest. Cependant il disparut rapidement (réorientation ? décès?). En fait, de véritablement actif et même productif, il n'y a plus guère que Robert Piątek. Ce fonctionnaire des Eaux et Forêts d'une cinquantaine d'années fait désormais partie des hybrideurs européens les plus renommés. Il agit dans toutes les catégories d'iris barbus, mais avec une prédilections pour les grands iris des jardins (TB), et nous gratifie chaque année d'une demi-douzaine de nouveautés au moins. Ces fleurs commencent à être diffusées à travers le monde et il les fait participer aux différentes compétitions : Florence, Paris, Munich... Il choisit de leur donner des noms à connotation anglo-saxonne pour, dit-il, rendre leur accès plus facile que cela pourraient être avec des noms strictement polonais. Il aborde tous les modèles de fleurs, ainsi que font désormais la plupart des hybrideurs. S'en tenir à quelques lignées n'est plus nécessaire du fait des facilités données par le croisement des variétés modernes. Il a cependant une affection particulière pour les coloris pastel et les plicatas de toutes sortes.  

 Avant de quitter la Pologne, saluons Kat Zalewska, qui se crée peu à peu une place dans un monde où les femmes ne sont pas si nombreuses. Le superbe rose 'Axis Mundi' (2018), à défaut d'être le centre du monde, témoigne à tout le moins d'un véritable talent émergent. 


 L'Europe de l'Est continue de s'ouvrir à la culture des iris. La Roumanie pourrait être son prochain champ d'expansion, de même que la Hongrie. On devrait en parler sérieusement dans un ou deux ans. Mais d'ores et déjà cette partie du monde est devenue un foyer majeur de ce domaine de l'horticulture.