15.3.19

LES PETITS MAÎTRES

La musique n'a pas connu que Mozart et Wagner. Beaucoup d'excellents compositeurs nous procurent de profondes émotions. C'est la même chose dans le monde des iris. De très nombreuses variétés de premier plan ont été obtenues par des hybrideurs qui sont restés discrets ou méconnus. Pendant quelques semaines nous rendrons visite à ces petits maîtres qui auraient mérité un peu plus de reconnaissance.

I – Sanford Babson 

Si l’on devait décerner une médaille à l’obtenteur le plus discret, sans doute devrait-on décorer Sanford Babson. Ce Californien du Sud a fourni au monde des iris des variétés qui ont marqué leur temps, sans qu’il recherche la moindre notoriété. Il ne songeait ni aux honneurs ni à la célébrité, participant très peu aux activités du microcosme dont il faisait involontairement partie. Il considérait les iris comme un loisir, son activité principale étant la culture des orangers.

'Cambodia' (1963) 


'Chapeau' (1969) 

'Odyssey' (1970) 

'Swedish Modern' (1973)

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Une distinction méritée 

On a appris cette semaine, grâce à notre ami Gérard Sirius, que fin 2018, la Société Britannique des Iris avait décerné à Richard Cayeux ‘The Hybridiser’s Award 2018’ pour ses créations de nouvelles variétés depuis plus de 30 ans. C'est une distinction qui vient à point pour récompenser le plus talentueux des hybrideurs français, héritier d'une famille qui œuvre pour les iris depuis le début du 20e siècle. L’entreprise familiale a été rejointe par Sixtine Cayeux, avec l’intention de perpétuer la tradition familiale, ce dont on ne peut que se réjouir.

 Iris en Périgord 

Vous avez aimé « Iris en Bourbonnais » ? Vous allez adorer « Iris en Périgord ». Ce sont les mêmes fleurs, mais elles ont changé de région et sont en cours d'installation sur de nouvelles terres. Félicitons leur propriétaire, Christine Cosi, pour son courage et sa tenacité, et admirons ses fleurs ainsi que ses impeccables photos qui rendent le site encore plus agréable.

 http://www.iris-en-perigord.com

PEUT-ON ÊTRE OUZBEK ?

C'est une question comme celle-là que les amateurs d'iris se sont posée quand ils ont appris, en 1995, que des variétés ouzbeks c'étaient imposées au prestigieux concours de Florence. Beaucoup se sont précipités sur leur atlas pour voir où se situait ce pays dont ils connaissaient tout juste le nom, mais dont ils ignoraient qu'on y cultivait des iris. Les iris en question s'appelaient 'Ikar' et 'Simfoniya', des noms russes. Et il est vrai que ces variétés improbables provenaient de ce pays d'Asie Centrale, aux frontières bizarres, dessinant un étrange croquis rappelant les circonvolutions des pièces de puzzle, ancienne république de l'empire soviétique, où étaient venus s'installer de nombreux russes. Tashkent, la capitale, une ville de 2 millions et demi d'habitants, se trouve tout au ras de la limite avec le Kazakhstan et seulement à une centaine de kilomètres, à l'ouest, du Kirghizstan, et au sud, du Tadjikistan... L'Ouzbékistan, c'est, pour les Européens, la route de la soie, le pays de Samarcande er de Boukhara, cité qui sonne bien aux oreilles des iridophiles car elle leur rappelle I. bucharica, un iris du groupe Juno, que l'on cultive assez facilement dans nos jardins. Mais pour ce qui est des grands iris, la présence de cette fleur dans ce coin si lointain était une surprise.

A Tashkent un ingénieur russe, Adolf Volfovitch-Moler, était venu pour exercer sa profession de géologue. Son violon d'Ingres c'était la culture des plantes bulbeuses et rhizomateuses, en particulier les glaïeuls, et les iris. Il a pu bénéficier pour s'y adonner d’un petit espace au sein du Jardin Botanique de l’Académie de Sciences d’Ouzbékistan, à Tashkent, sur lequel il a développé autant que faire ce pouvait son travail d’hybridation commencé dans les années 1980. Il a continué d’hybrider jusqu’à sa mort en 2001, se désolant de manquer de place et de moyens.

En effet, de quels moyens génétiques pouvait-il disposer, si loin de tout et dans un pays refermé sur lui-même ? Voici, d'après les pedigrees de ses variétés enregistrées, la liste des cultivars présents dans son lopin de jardin :
'Babbling Brook' (Keppel, 1969)
'Broadway' (Keppel 1979)
'Broadway Star' (Schreiner, 1957)
'Buttercup Bower' (Tompkins, 1960)
'Chartreuse Ruffles' (Rudolph, 1976)
'Christmas Time' (Schreiner 1965)
'Dancer's Veil' (Hutchison, 1959)
'Deep Fire' (Schreiner, 1979)
'Fresno Calypso' (Weiler, 1976)
'Fringe Benefits' (Hager 1988)
'Laced Cotton' (Schreiner 1978)
'Mary Frances' (Gaulter 1973)
'Master Touch' (Schreiner 1980)
'Persian Berry' (Gaulter 1977)
'Pink Sleigh' (Rudolph, 1970)
'Pipes of Pan' (Brown O. 1963)
'Queen in Calico' (Gibson 1980)
'Rippling Waters' (Fay 1961)
'Roselene' (Schreiner, 1961)
'Sable Night' (Cook 1950)
'Siva-Siva' (Gibson 1962)
'Sweet Musette' (Schreiner 1986)
'Victoria Falls' (Schreiner, 1977)
'Vitafire' (Schreiner 1968)
'Visual Arts (Schreiner 1982)

En tout et pour tout 25 variétés ! Qui se répartissent en deux lots, un premier des années 50/60, un second des années 80, ce qui correspond à deux générations de cultivars, l'un enregistré en 1995, l'autre à partir de 2000, par les soins de Vladimir Volfovitch, le fils.

Les variétés obtenues avec ce matériel portent les traits de leur époque. 'Ikar' ne fait pas exception. Il a par conséquent bénéficié de la défaillance des variétés plus récentes lors du concours de 1995, ce qui prouve bien que les juges sont sensibles non seulement à l'apparence de la fleur, mais aussi et surtout à ses qualités horticoles.

Par un concours de circonstances original, mon jardin a pu s'enrichir d'une poignée des variétés obtenues par Adolf Volfovitch. En échange j'avais fait envoyer à Tashkent par Lawrence Ransom un certain nombre de ses plus récentes obtentions. Mais la maladie puis le décès de leur destinataire n'ont pas permis à ce dernier de tirer partie de ces nouveautés pour exercer avec elles ses talents d'hybrideurs. Des talents qui se révélaient aussi dans ses obtentions de glaïeuls. Ceux-ci étaient particulièrement originaux, avec des couleurs inconnues chez nous. La Maison angevine Turc à laquelle j'avais fait parvenir un lot de bulbes, s'était montrée très intéressée, mais la mise en culture de ces glaïeuls a révélé la présence d'une virose qui a conduit à la destruction totale du lot infecté... Cela avait cruellement déçu Adolf Volfovitch qui pensait sincèrement révolutionner le domaine des bulbeuses avec ces fleurs magnifiques.

Cette mésaventure ne retire rien au fait que des iris vraiment plaisants pouvaient être cultivés en Asie Centrale et que seule la disparition prématurée de leur hybrideur a apporté une fin précipitée une l'opération bien engagée. Les iris ouzbeks ont eu un autre mérite : ils ont ouvert les yeux des occidentaux sur les progrès de l'iridophilie dans les pays hors de leur zone d'activité et tout spécialement dans le monde anciennement soviétique.

Illustrations : 


'Abadiyat' Абадият (2000) ( 'Visual Arts' X 'Persian Berry') 

'Babiye Leto' Бабье лето (1995) ('Pink Sleigh' X 'Vostochny Ornament') 


'Morskoy Priboy' Морской прибой (1997) ('Pink Sleigh' X 'Laced Cotton') 

'Vostochny Ornament' Восточный орнамент (1995) ('Rippling Waters' X 'Pipes Of Pan')

9.3.19

LA PUISSANCE ET LA GLOIRE (la fin)

La période dorée de l'activité d'hybrideur de Ferdinand Cayeux se situe dans les années 1928/1937. Au cours de ces dix ans Ferdinand Cayeux a enregistré environ 260 variétés nouvelles ! Une telle production en dit long sur l'importance de l'entreprise et le travail fourni par son propriétaire. Et le miracle c'est qu'un grand nombre de ces iris existe toujours et est présent dans nos jardins partout dans le monde. 

X – 1937 


'Arlinde' (pedigree non indiqué) 


'Caligula' (pedigree non indiqué) 


'Charlotte Millet' (pedigree non indiqué) 


'Dame Blanche' (pedigree non indiqué) 

'Symphonie' (pedigree non indiqué)

LA FLEUR DU MOIS

'Noble Gesture' (Keith Keppel, R. 2009) 

('Polished Manners' x (((((('Villain' x 'Swazi Princess') x 'Blackout') x ('Titan's Glory' x 'Blackout')) x ((( 'Rain Flurry' sibling x 'Charmed Life') x 'Blackout') x ('Snowbrook' x 'Blackout'))) x 'Night Game') x 'Rippling River')) X 'Candy Apple Classic' 

 Parmi les iris violets - ou noirs – que je préfère, il y a 'Blackout' (Luihn, 1985) et 'Titan's Glory' (Schreiner, 1981). Pas étonnant donc que j'ai eu le coup de foudre pour ce 'Noble Gesture' qui rassemble les qualités de ses deux ancêtres, avec quelques petits ajouts de perfectionnement issus d'autres variétés sombres unanimement appréciées. Car tout le panel des iris violets – ou noirs – se trouve réuni dans ce concentré des meilleurs. Avec 'Polished Manners' (Keppel, 2000) on a déjà une belle brochette de violets profonds et majestueux : 'Evening Gown' (Ghio/Keppel, 1986), 'Sea Wolf' (Aitken, 1980), 'Larry Gaulter' (B. Brown, 1987). Rien que là, tout ce qui constitue la crème des iris sombres de l'époque classique est rassemblé. 'Villain' (Keppel, 1981) et 'Swazi Princess' (Schreiner, 1978) complètent le côté « grande époque » tandis que 'Night Game' (Keppel, 1995) et 'Candy Apple Classic' (Maryott, 1998) apportent une note de brun-rouge qui réchauffe la mixture. Mettre ensemble les meilleurs des meilleurs n'est pas la garantie d'une réussite, mais du moins avec cela on met tous les atouts du bon côté, et cela a marché !

Au jardin 'Noble Gesture' fait l'effet auquel on peut s'attendre : il attire l'oeil par sa large fleur impeccable, et sa haute taille. Et il pousse généralement bien, constituant vite de belles touffes. Il n'est jamais venu jusque dans mon propre jardin, où plusieurs de ces ancêtres se sont bien plus et m'ont apporté bien du plaisir, mais au presbytère de Champigny sur Veude, dès sa première année, il a fait preuve de toutes ses qualités. La saison venue, je fais presque quotidiennement les 15 km qui me séparent de mes cher iris et, maintenant, dans les longues bordures multicolores, je sais où se trouvent mes favoris. Je contemple l'ensemble, je m'approche de mes préférés, et je passe de longues minutes éblouies à en disséquer les détails et en caresser les fleurs veloutées.

 Quand on atteint un tel degré de perfection, il ne faut pas espèrer y apporter une mélioration. Ce n'est donc pas étonnant que 'Noble Gesture' n'ait pas une abondante progéniture. Trois descendants enregistrés à l'heure actuelle : 'Adriatic Noble' (Keppel, 2016), 'Royalty Remembered' (Keppel, 2016) et l'IB 'Dark Triad' (Keppel, 2016). Tous sont des iris violets proches de leur parent. Les années à venir nous réservent peut-être d'autres descendants, mais quoi qu'il en soit il sera difficile de faire mieux. En revanche utiliser les qualités de 'Noble Gesture' en vue d'enrichir d'autres modèles est tout à fait envisageable.

 Illustrations : 

 'Noble Gesture' 


'Titan's Glory' 


'Blackout' 

'Royalty Remembered'

MADE IN AILLEURS

« Made in ailleurs » était, me semble-t-il, le slogan d'une chaîne de magasins spécialisés dans les produits d'importation. Il convient très bien à ces variétés d'iris qui, depuis quelques années, séduisent les amateurs français.

C'est un fait que les amateurs et surtout les collectionneurs sont très avides de ces plantes obtenues dans des pays que l'on n'avait pas coutume de considérer comme des pays d'iris. La curiosité en la matière est-elle un vilain défaut ?

Il est indéniable que les variétés américaines, australiennes ou françaises sont parmi les meilleures et les plus réussies, et il ne faut surtout pas les dénigrer. Dans ces pages on peut d'ailleurs trouver de fort nombreux articles consacrés aux obtentions de Keith Keppel, de Barry Blyth, de Richard Cayeux, de Tom Johnson, de Paul Black et de quelques autres. Ces cinq obtenteurs sont d'ailleurs à l'heure actuelle les premiers de la classe. Cependant le monde des iris s'est énormément étendu depuis une trentaine d'années (et particulièrement depuis l'effondrement du monde soviétique) et les amateurs peuvent à juste titre s'interroger sur ces fleurs apparues dans des contrées jusqu'ici ignorées.

Leur curiosité a été sollicitée tout d'abord par le succès obtenu à Florence en 1995 par la variété 'Ikar' de l'hybrideur ouzbek Adolf Volfovitch-Moler. Quoi ? Un iris d'Ouzbékistan ? On cultive les grands iris en Asie Centrale ? Dans les mêmes moments Sergeï Loktev, à Moscou, vendait tout ce qui lui appartenait pour se consacrer entièrement à sa passion pour les iris, se décarcassant pour se procurer des géniteurs occidentaux capables de lui fournir un large panel de variétés en mesure de lui permettre de se lancer dans un ambitieux programme d'hybridation, alors que plusieurs autres amateurs commençaient à leur tour la culture des iris. Plus près de nous, en République Tchèque et en Slovaquie, une poignée de pionniers, entrainés par le scientifique Milan Blazek, débutait dans l'hybridation des iris et s'organisait fraternellement pour créer une sorte d'école centre-européenne des iris. En Pologne, sous la houlette de l'ancien acteur Lech Komarnicki, un autre groupe, non moins enthousiaste, suivait un cheminement analogue. En Italie le concours de Florence, devenu une manifestation incontournable, suscitait des vocations d'hybrideurs et faisait renaître une tradition originale mise en place par un certain nombre d'artistes au cours des années d'avant-guerre. En Allemagne, après une longue période de sommeil consécutive aux conséquences de la guerre, de très sérieux obtenteurs entreprenaient un discret travail et se faisaient connaître des initiés. Comment les amateurs d'iris occidentaux, et spécialement français, auraient-il pu ignorer tout ce mouvement et rester tournés vers les seuls producteurs bien connus d'eux ?

En France même, depuis une trentaine d'années, un nombre croissant de jardiniers s'est joint aux trois ou quatre professionnels installés de longue date pour créer leurs propres iris. Au début leurs obtentions attiraient plus la sympathie que l'intérêt horticole, mais peu à peu ces hybrideurs amateurs se sont professionnalisés et leur travail a fini par atteindre le niveau des meilleurs. Et pour se distinguer ils se sont dit qu'il leur fallait disposer des variétés les plus récentes issues des hybrideurs ayant pignon sur rue, mais aussi d'iris d'autres origines en mesure de leur fournir un matériel génétique différent, car le risque serait de reproduire indéfiniment les mêmes fleurs. Les succès dans les compétitions européennes des obtenteurs originaires de nations nouvellement acquises à l'iridophilie les ont encouragé à se tourner vers eux et à leur acheter les variétés apparemment alléchantes présentées sur Internet. Voilà pourquoi ils se sont organisés pour acquérir dès leur mise sur le marché les productions américaines et australiennes, et pour faire venir des iris d'Europe de l'Est ou de l'ancienne Union Soviétique. Ils se sont aperçu que les plus récentes variétés américaines, bien que dotées de fleurs superbes, faisaient souvent preuve de facultés végétatives délicates et que les iris d'Europe Centrale et Orientale ne se comportaient pas moins bien, au contraire ! Les iris slovaques ou tchèques se sont notamment acclimatés sans problème et, le talent de quelques obtenteurs très doués aidant, ont vite enthousiasmé leurs nouveaux acquéreurs. De là à imaginer que toute la production des ces nouveaux entrants est parfaite, il y a un pas qu'on ne doit pas franchir. Tout d'abord en ce qui concerne les variétés de Russie ou d'Ukraine. Leur arrivée en Europe de l'Ouest est encore confidentielle et trop récente pour que l'on puisse porter une appréciation sérieuse. Pour les autres en revanche on a de remarquables exemples. Personnellement j'ai reçu d'Anton Mego une demi-douzaine de variétés qui ont connu, aussitôt plantées, une croissance abondante et vigoureuse, ce qui, associé à la beauté et l'originalité de leurs fleurs, en fait de remarquables plantes de jardin. C'est la même chose avec les iris d'Augusto Bianco. Toutes les plantes qu'il m'a fait parvenir ont très bien poussé et se sont révélées en tout points comparables à leurs consœurs de provenance plus traditionnelle. Et il n'est que de lire les résultats des deux derniers concours FRANCIRIS pour constater que les Italiens et les Tchèques savent produire des iris hautement compétitifs. Sans doute, néanmoins, y a-t-il des variétés moins réussies dans cette production. Comme toujours et partout. Et si leur importation a lieu dans le but de les commercialiser, il vaut mieux prendre le temps de les apprécier sur plusieurs saisons avant de les mettre à son catalogue. Mais on se rend compte que les conditions climatiques rigoureuses que connaissent les variétés centre-européennes dans leurs pays d'origines leur confèrent sous nos cieux plus cléments une robustesse supérieure à celle de bien des variétés californiennes, par exemple.

Disons, alors, que l'arrivée de ces variétés nouvelles ne fait qu'ajouter quelque chose au plaisir de cultiver les iris.

Illustrations : 

'Ikar' (Volfovitch-Moler, 1995) 


'Bonet' (Bianco, 1998) 


'Titvan' (Mego, 2000) 


'Vento di Maggio' (Bianco, 2011) 


'Cielo Alto' (Garanzini, 2015)

2.3.19

LA PUISSANCE ET LA GLOIRE (la suite)

La période dorée de l'activité d'hybrideur de Ferdinand Cayeux se situe dans les années 1928/1937. Au cours de ces dix ans Ferdinand Cayeux a enregistré environ 260 variétés nouvelles ! Une telle production en dit long sur l'importance de l'entreprise et le travail fourni par son propriétaire. Et le miracle c'est qu'un grand nombre de ces iris existe toujours et est présent dans nos jardins partout dans le monde.

IX – 1936 

'Agrippa' (pedigree non indiqué) 


'Drap d'Or' (Béotie X Geneviève Sérouge) 

'Louvois' (Fétiche X Roi Soleil) 


'Olympio' (pedigree non indiqué) 

'Paillasse' (Marquita X Redalga)

LE CHAMP DU DÉPART

On dit que les iris ne sont pas exigeants sur le sol dans lequel on les plante. C'est vrai. Néanmoins leur comportement en matière de végétation est largement influencé par la nature du sol, ses éléments constitutifs, sa mise en condition, son degré d'humidité ainsi que par son niveau d'ensoleillement. J'ai pu me rendre compte de tout cela lors des tribulations du concours FRANCIRIS, de ses origines au concours , raté, de 2013.

Ne parlons pas des premiers balbutiements, sur les terres bretonnes du Jardin de Brocéliande, au sud-ouest de Rennes. J'y ai fait mes premiers pas en tant que membre d'un jury, mais j'étais encore un peu léger en matière de culture des iris et j'ai simplement constaté que les plantes n'avaient atteint qu'un développement très moyen et que les floraisons restaient plutôt modestes. Mes connaissances du sujet se sont affinées au fil du temps et lorsque le lieu du concours s'est déplacé de Bréal sous Montfort à Jouy en Josas j'étais mieux à même d'apprécier l'influence du terrain sur le comportement des plantes.

L'emplacement choisi pour la mise en place du concours de 2005 se trouvait au fond d'un vallon encaissé, à l'extrême bord d'un ruisseau, mais avec une exposition favorable et un ensoleillement suffisant. Le sol était constitué d'un limon profond allégé par l'apport de sable. Dans l'enthousiasme du départ, dès l'automne de 2002 les jardiniers avaient amoureusement et méticuleusement préparé la zone. Finement mélangés les éléments avaient été émiettés et ameublis à la façon d'un terrain destiné à la culture de plantes potagères. Pour faire bonne mesure une stérilisation à la vapeur avait eu lieu de sorte que les iris avaient pu bénéficier d'une préparation exceptionnelle. Ils en ont abondamment profité. Dès le printemps suivant on a découvert des touffes bien développées qui ont encore cru au cours de l'année 2003 au point que le concours aurait très bien pu se dérouler dès le printemps 2004.

Pour le concours de 2007 il a fallu trouver un autre terrain. Le choix s'est porté sur l'autre rive du ruisseau, dans un vaste espace laissé en friche depuis de nombreuses années et a priori suffisamment reposé pour permettre un développement favorable des iris qui allaient y prendre place. La question la plus préoccupante était celle de l'ensoleillement. Dans un vallon orienté est-ouest, avec des rives très pentues, l'ombre arrive vite sur le côté de l'ubac. Et c'est justement de ce côté-là que les iris allaient être plantés... Le soin apporté à la préparation du terrain allaient être, aussi, nettement moins attentifs : un simple bêchage, pas de stérilisation... Mais l'espace étant plus généreux que sur l'autre rive, les plantes ont pu être plus espacées et de véritables allées confortables laissées entre les bordures. Les iris se sont normalement installés et la floraison a été fort belle, même si on a constaté que les plantes situées à la limite supérieure du terrain, moins bien exposées, étaient plus chétives que les autres.

Cela n'a pas dissuadé de poursuivre l'appropriation de ce terrain pour loger les iris du concours de 2011 (1). Le zèle déployé la première année avait beaucoup diminué, et la nouvelle plantation a eu lieu dans des conditions beaucoup moins soignées : terrain à peine désherbé, préparation du sol très superficielle, apport d'engrais inadapté... Le résultat était prévisible. Les iris jugés en 2011 étaient médiocres, souvent avec des croissances insuffisantes et des fleurs bien rares. Circonstance aggravante, la végétation en avance cette année-là n'a laissé leur chance qu'aux plantes à floraison tardive.

Pour 2013, un terrain plus favorable avait été trouvé. Dans un enclos bien exposé au sol bien drainé. Mais l'hébergeur du concours, qui n'avait pas l'intention de poursuivre cette collaboration avec la SFIB, c'est complétement désintéressé de la plantation. Cela s'est soldé par une mise en place hors délai, avec des iris restés en jauge tout l'hiver, dans un terrain qui n'avait même pas été préparé. Au printemps 2011, au moment du concours, les nombreux iris arrivés de tous les continents avaient peu ou pas poussé et il s'est avéré qu'une compétition digne de ce nom n'était plus envisageable. L'épisode josacien s'est ainsi terminé plutôt dramatiquement...

On peut conclure de ce résumé que la préparation du terrain où planter des iris ne doit pas être prise à la légère. De nombreux hybrideurs ont décrit dans les revues spécialisées la façon dont ils s'y prenaient. Évidemment on trouve dans ces interventions autant de méthodes que de jardiniers (pros ou amateurs), mais toutes insistent sur le soin à apporter au « champ du départ ». Cette phase est bien plus importante que toutes les autres dans la vie d'un jardin d'iris. J'en ai fait bien des fois l'expérience avec mes propres plantations ! Chaque fois qu'une transplantation a eu lieu dans un terrain bien préparé, ameubli, enrichi en engrais de fond, j'ai obtenu des iris impeccables, alors que les fois où le travail a été fait à la va-vite, le résultat n'a pas été à la hauteur. C'est pourquoi, lors de la dernière transplantation, à l'occasion du transfert de la collection vers le jardin de l'ancien presbytère de Champigny sur Veude, profitant de mes expériences sur le sujet, une préparation sérieuse a eu lieu, avantagée par une nature de terrain, profond, humifère et limoneux, très favorable. La fête des iris du printemps 2018 a démontré la justesse de cette approche.

Un bon champ de départ, et la victoire est assurée !

Illustrations : 


Trois vues du travail préparatoire à la plantation des iris en compétition pour le concours FRANCIRIS 2005. - photos publiées dans le numéro 150/151 de la Revue « Iris et Bulbeuses » (année 2003). 

Le jardin d'iris de Champigny / Veude (mai 2018) cl. D. Gaspard 

 (1) Pas de concours en 2009, en raison des difficultés rencontrées lors de sa préparation.

22.2.19

LA PUISSANCE ET LA GLOIRE (la suite)

La période dorée de l'activité d'hybrideur de Ferdinand Cayeux se situe dans les années 1928/1937. Au cours de ces dix ans Ferdinand Cayeux a enregistré environ 260 variétés nouvelles ! Une telle production en dit long sur l'importance de l'entreprise et le travail fourni par son propriétaire. Et le miracle c'est qu'un grand nombre de ces iris existe toujours et est présent dans nos jardins partout  dans le monde

 VIII – 1935 

'Ariane' (Chaldée X Fakir) 


'Aubanel' (Erromango X Alice Harding) 


'Brocéliande' (pedigree non indiqué) 


'Madame Ulmann' (Madame Maurice Lassailly X Geneviève Sérouge) 


'Vérité' (pedigree non indiqué)

BELLES COULEURS D'ITALIE

Quand l'hybridation des iris a commencé, mettons vers 1830, ce furent les Français qui en ont été à l'origine. Les Britanniques s'y sont mis peu après et, quand la guerre de 1870 a interrompu le travail des hybrideurs français, ils ont vaillamment relevé le défi et ont apporté des progrès considérables. Les Américains ont suivi le mouvement, doucement au début, puis avec un bel enthousiasme. Pendant ce temps, en France, le mouvement s'était relancé dès la fin du 19e siècle. Il a été freiné par le première guerre mondiale, mais n'a pas été interrompu. Les obtentions des Cayeux, Vilmorin, Millet et autres ont atteint une qualité exceptionnelle et ont fait l'admiration du monde entier. En Allemagne, quelques avisés pépiniéristes comme Goes et Koenemann ont réussi a se faire un nom dans l'entre-deux guerres malgré une situation politique et économique difficiles. Dans le même temps, aux Etats-Unis, les hybrideurs se font remarquer par les progrès qu'ils font faire à leur art. Et ailleurs dans le monde ? Rien, ou presque. Cette situation va durer jusqu'à la deuxième guerre mondiale. A ce moment l'Europe est hors du coup. Les hybrideurs sont âgés, leurs exploitations ont été converties aux cultures vivrières ou tout simplement disparues... Les Etats-Unis ont la partie belle, à peine bousculée par le travail de Jean Stevens en Nouvelle-Zélande.

Mais les Européens n'ont pas dit leur dernier mot. Les amateurs d'iris vont peu à peu reprendre la place qu'ils ont été contraints de laisser aux Américains. Cela se fait de façon très progressive. Et c'est à ce moment que les Italiens vont apparaître.Quand on dit « les Italiens » ont devrait plutôt dire « les Italiennes » car ce sont des dames qui vont intervenir. Il s'agit essentiellement de grandes bourgeoises qui se lancent dans l'hybridation pour leur plaisir. Le commerce des iris n'existe pas dans la péninsule. Les variétés obtenues par ces dames ne quittent guère leur propres jardins, et elles ne songent même pas à les faire enregistrer tant elles considèrent leur travail comme un loisir. Quelques-unes de ces grandes dames sont néanmoins connues à l'étranger. C'est le cas de Gina Sgaravitti, essentiellement grâce à son 'Beghina' (1949) que l'on trouve encore dans beaucoup de jardins. Mary Senni, originaire de Philadelphie aux USA, a joué un rôle de premier plan près du grand public par le biais des articles qu’elle publiait dans la Revue « Il Giardino Fiorito ». Elle était en contacts étroits avec les hybrideurs les plus importants de l’époque, si bien que Millet en 1931 lui a dédié la variété 'Mary Senni'. Dans le même temps elle pratiquait elle-même l’hybridation dans son jardin romain et a enregistré au moins deux cents variétés. Nita Stross-Radicati, entre autres activités vouées aux iris, créait ses propres variétés et l’une d’entre elles, ‘Il Cigno’, un bel iris blanc, a remporté en 1963 le second prix du Concours de Florence. Quant à Flaminia Specht-Goretti, elle s'est fait connaître quand son ‘Rosso Florentino’ a obtenu le Florin d’Or en 1973. N'oublions pas non plus les iris de Giovanni Bellia qui peuplèrent dans les années 1960/1970 son jardin turinois. Néanmoins la production italienne reste confidentielle. Elle ne se fera mieux connaître lorsque des passionnés d'iris, dont les dames citées plus haut, créent le « Premio Firenze » qui va devenir le premier et principal concours d'iris dans le monde.

Il faudra cependant encore attendre des années pour que l'Italie devienne une terre des iris, au même titre que la France, la Grande-Bretagne ou même l'Allemagne. C'est en effet au cours des années 1990 que le commerce des iris se développe en Italie, et que l'hybridation sort du domaine des loisirs pour entrer dans celui des affaires, même si le fait de faire enregistrer ses obtentions n'a pas convaincu tout le monde : il a fallu attendre 1997 pour qu'un premier iris italien soit enregistré ! Le principal artisan de cette transformation est Augusto Bianco. En une trentaine d'années d'activité ce passionné va mettre sur le marché une multitude de variétés qui iront en s'affinant jusqu'à atteindre le niveau international, et même remporter le fameux concours de Florence. Peu à peu d'autres obtenteurs se feront connaître et réussiront eux-aussi à se hisser au plus haut niveau. Aujourd'hui ils sont presque une dizaine. A commencer par Valeria Romoli qui pendant de nombreuses années fut le commissaire du Concours de Florence, ce qui ne l'a pas empêchée de triompher dans ce concours en 1999, avec 'Settimo Cielo'. Depuis le début du XXIe siècle, les obtenteurs italiens ont plusieurs fois remporté le concours à leur tour : Mauro Bertuzzi en 2006, avec 'Recondita Armonia' (2007) ; Stefano Gigli en 2010 avec 'Ale Viola' (une variété que son obtenteur ne s'est pas donné la peine d'enregistrer) ; Roberto Marucchi en 2012, avec 'Cheyenne my Dog' (2013) ; Augusto Bianco en 2013, avec 'Vento di Maggio' (2012), après de nombreuses tentatives infructueuses ; enfin Angelo Garanzini en 2018, avec 'Anima Cara' (2019). Les places d'honneurs ont été également plusieurs fois gagnées par des variétés italiennes : 'Rossetto' (A. Bianco, 1994) ; 'Dolce Acqua' (A. Bianco, 2002) ; 'Sorriso d'Alice' (R. Marucchi, 2008) ; 'Egeo' (T. Dotto, 2011) ; 'Tenue Tenerezza' (M. Bertuzzi, 2014) ; 'Canto del Cherubino' (S. Paolin, 2017) ; 'Esabella' (T. Dotto, 2018). Pour être complet il faut citer les autres variétés qui ont reçu une récompense honorifiques depuis 2010 :
par Lorena Montanari : ‘Valeria Romoli’ (2010), 'Fratello Sole' (2009), 'Come Un Uragano' (2017), 'La Vita E’ Bella' (2017), 'Buon Compleanno' (2017);
par Stefano Gigli : ‘Amico Mio’ (NR) ;
par Antonella Affortunati : 'Bagnolo' (2006) ;
par Leonardo Urbinati : 'Montefiore' (NR);
 par Mauro Bertuzzi : 'Anemico' (NR) ;
par Roberto Marucchi : 'Mattinata Fiorentina'  (2013);
par Tiziano Dotto : 'Sara of Florence' (2015);
par Angelo Garanzini : 'Pietra Focaia' (2018) ;
et par Augusto Bianco : 'Tenebroso' (2012), 'Rosso di Sera' (2011), 'Delizia Tropicale' (2018).
Et c'est sans compter les prix destinés aux iris de bordure (BB) remportés par Augusto Bianco.

A ces succès italiens il faut ajouter les récompenses obtenues à l'étranger comme celles de 'Cielo Alto' (Garanzini, 2015) et de 'Ferragosto' (Montanari, 2008) à Paris, ou de 'Lucomone' (Luconi, 2018) à Munich.

Tout ceci montre combien les iris d'Italie ont fait des progrès en quelques années. Ils rivalisent aujourd'hui avec les plus belles variétés européennes, australiennes et américaines, et l'on apprécie grandement leurs belles couleurs, telles qu'on peut les voir sur les photos ci-jointes.


Illustrations : 


'Orient Express' (G. Bellia, Ca. 1963 NR) 

'Prima Porta' (M. Senni, 1964) 


'Bagnolo' (Affortunati, Ca. 2006 NR) 


'Recondita Armonia' (Bertuzzi, 2007) 


'Valeria Romoli' (Montanari, 2010) 


'Tenebroso' (Bianco, 2012)

15.2.19

LA PUISSANCE ET LA GLOIRE (la suite)

La période dorée de l'activité d'hybrideur de Ferdinand Cayeux se situe dans les années 1928/1937. Au cours de ces dix ans Ferdinand Cayeux a enregistré environ 260 variétés nouvelles ! Une telle production en dit long sur l'importance de l'entreprise et le travail fourni par son propriétaire. Et le miracle c'est qu'un grand nombre de ces iris existe toujours et est présent dans nos jardins partout dans le monde.

VII – 1934 

'Brasier' (pedigree non indiqué) 


'Corinthe' (Chimène X Dominion) 


'Favori' (Marc Aureau X Cardinal) 

'Saltarelle' (pedigree non indiqué) 

'Voltigeur' ((Alcyon x Blanchefleur) X B Y Morrison)

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Aigue ou Aigle ?

 En 1938 René Cayeux enregistrait, au nom de son père Ferdinand Cayeux, une variété baptisée 'Aigue Marine'. Elle existe toujours et, ces temps derniers, Carlos Ayento, de Brighton Park Iris Garden, à Chicago, en a publié une photo.

En 2011 Richard Cayeux mettait sur le marché une jolie variété nouvelle sous le nom de 'Aigue Marine'... Cette mise sur le marché a précédé l'enregistrement. Et au moment de celui-ci, le « registrar » de l'AIS a été dans l'obligation de refuser le nom demandé puisqu'il était déjà attribué. D'où une variété qui porte deux noms :
- un nom « de catalogue », en l'occurrence 'Aigue Marine' ;
- un nom d'enregistrement, 'Aigle Marine', qui n'a pas beaucoup de sens, mais qui permet de réparer ce qui semble bien être un cafouillage assez surprenant.

Chacune dans leur genre, ces deux variétés sont bien jolies. En plaçant côte à côte leurs photos on se rend compte de l'évolution de la fleur d'iris hybride sur une période de 70 ans.

Cultiver ces deux variétés serait une curiosité qui amènerait bien des commentaires...

A LA RECHERCHE D'UN LOINTAIN PARENT

Dès que 'Crowd Pleaser ' a fleuri dans mon jardin, j'ai été frappé par sa ressemblance avec le « vieux » 'Color Carnival' qui était en fleur à quelques pas de là, comme tous les ans depuis de nombreuses années. Cette ressemblance concernait non seulement la teinte générale de la fleur, mais aussi son port et même son côté « tailored ». Je dois dire que ce sont ces similitudes qui ont éveillé mon intérêt pour l'étude de la généalogie des iris. J'étais curieux de savoir si des liens parentaux existaient entre ces deux plantes. Aujourd'hui la ressemblance me semble beaucoup moins évidente, mais il y a néanmoins, sinon un air de famille, du moins quelque chose de commun !

J'avais amorcé une étude généalogique de 'Crowd Pleaser' dans la chronique dédiée à cette fleur il y a bientôt deux ans. Pour l'approfondir il a fallu de longues recherches car il n'est pas facile de trouver un lien de parenté entre 'Color Carnival' et 'Crowd Pleaser', mais il existe ! 'Color Carnival' (deForest, 1949) est un descendant direct d'une variété assez mystérieuse baptisée 'Spindrift' (Loomis, 1944). Il s'agit d'un iris rose de la première génération, celle qui est connue sous le nom générique de « flamingo pink ». Il n'a, semble-t-il, pas été enregistré si bien qu'il y a confusion avec un autre 'Spindrift', beaucoup plus ancien (1929), mais qui n'a jamais été mis sur le marché, et dont on ne sait rien. Marchons donc pour ce deuxième 'Spindrift' et cherchons par quel chemin cette variété figure dans l'arbre généalogique de 'Crowd Pleasure'. Comme on peut voir dans le sous-titre de la présente chronique, un certain 'Touch of Envy' (Hamner, 1973) figure dans le pedigree du parent femelle de 'Crowd Pleasure'. Cette variété qui n'a rien d'enthousiasmant (il me paraît terne et sans charme) provient d'un croisement ('Mission Sunset' x ('Nike' x 'New Frontier')) X 'Spanish Flair'. J'ai analysé le pedigree des quatre variétés ci-dessus citées. En commençant par 'Mission Sunset' et en terminant par 'Spanish Flair'. Et même en se penchant sur cette dernière variété, on ne voit rien, sauf à creuser un peu plus loin, dans le pedigree d'un certain 'Gay Time' (Shoop, 1963), un plaisant rose-orangé, qui est le parent mâle de 'Spanish Flair'. C'est la que 'Spindrift' fait sa réapparition puisque son pedigree est ainsi formulé :  «  'Jeb Stuart', 'Spindrift', 'Flora Zenor' 'Salmon Shell', 'Pink Formal' and 'Party Dress' ».

Si l'on sait pourquoi 'Color Carnival' est à base de rose, le manque de précision de son pedigree ne nous renseigne pas sur les influences violettes. En revanche en ce qui concerne 'Crowd Pleaser' on n'a pas de doute. Ces pigments anthocyaniques ont leur origine dans la série de parents qui se nomment 'Touché', Misty Dawn' et 'Heather Blush'. On peut aussi faire un rapprochement avec ce 'Spindrift' de 1949 qui n'est peut-être pas sans influence sur le coloris de 'Color Carnival' ! On peut se ressembler de plus loin !

La descendance de 'Crowd Pleaser', qui n'est pas très abondante, en porte le plus souvent les traits. C'est le cas de 'Choose a Juice' (Burseen, 1995), comme la photo ci-dessous en est la preuve. Mais les seuls rejetons qui en ont perdu l'apparence sont les trois variétés que Bernard Laporte en a tiré et qui ont nom 'Féria de Nîmes' (2006), 'Nevado del Ruiz' (2006) et 'Nouméa' (2006). Ces deux derniers, frères de semis, ont énormément de traits communs, au point qu'il est difficile de les distinguer.

Pendant de longues années 'Color Carnival' n'a pas eu d'équivalent. 'Crowd Pleaser' s'en rapproche nettement, mais il a fallu encore attendre une trentaine d'années pour rencontrer quelque chose qui en soit plus nettement proche. C'est à Tom Johnson que revient le privilège de cette résurrection, avec 'Centerline' (2011), au pedigree duquel, en cherchant bien parce que cela nécessite d'éplucher des tas de pedigrees, on retrouve un certain 'Touché' dont il vient d'être question ! C'est sans doute osé de dire que la réapparition d'un coloris, après aussi longtemps et autant de croisements divers n'est pas le fait du hasard. Quoi qu'il en soit, 'Crowd Pleaser' et 'Centerline' ont bel et bien un ancêtre commun et une lointaine filiation avec 'Color Carnival'. La généalogie des iris apporte bien des surprises et bien des satisfactions. Mais encore faut-il avoir du temps à y consacrer.

Illustrations: 


'Crowd Pleaser' 


'Color Carnival' 


'Spindrift' 


'Choose a Juice' 


'Centerline'