21.2.20

AU FEU !

Pour se débarrasser des mauvaises herbes, et des maladies qui affectent nos iris, rien ne vaut le feu. C'est du moins ce que s'est dit un amateur de la côte Est des Etats-Unis. Il en a fait l'expérience et raconte son innovation dans le dernier bulletin « IRISES » de l'AIS. Il est parti de l'idée selon laquelle le feu doit permettre de détruire les adventices qui s'installent dans les touffes d'iris ainsi que les feuilles mortes et les parasites qui infestent le sol. Dans son article il décrit avec minutie ce qu'il faut faire et ce qu'il faut éviter lorsqu'on fait brûler ses iris.

 Il commence par rassurer ceux qui sont effrayés à l'idée de mettre le feu dans leur jardin et pensent que les flammes vont détruire purement et simplement les touffes incendiées. Il explique qu'il pratique le brûlis chaque année, en fin d'hiver, avant que le nouveau feuillage des iris ne soit développé. Il répand sur la bordure, y compris sur les touffes d'iris, une fine couche de paille un jour où la pluie ne risque pas d'intervenir inopportunément. Il y met le feu en prenant bien soin de contenir l'incendie aux parties qui doivent être nettoyées. Quand tout ce qui se trouvait sur le sol a été brûlé, les iris ne ressemblent plus guère à une plate-bande de fleurs, mais il paraît que ce traitement extrême plait particulièrement aux iris qui, aussitôt, reprennent leur croissance et profitent de l'engrais naturel que constitue la cendre qui les recouvre. Un mois après ce traitement les touffes ont récupéré et se présentent en pleine forme... Les feuilles sèches ont été détruites ainsi que les maladies qu'elles supportaient, les œufs et larves d'insectes nuisibles ont disparu, les plantes adventices aussi.

 Mais ce traitement radical n'a-t-il que des avantages ? L'auteur de l'article ne l'affirme pas ! Il attire l'attention sur les risques propres au brûlage sur les bâtiments proches et les plantes avoisinantes et admet que ce n'est pas une méthode applicable en milieu urbain, et il reconnaît que les insectes utiles n'échappent pas aux ravages des flammes. Il insiste aussi sur le fait que cette forme d'écobuage peut avoir des effets néfastes sur les iris si le feuillage de l'année est assez développé et si les rhizomes sont un peu trop sortis de terre et il reconnaît que les étiquettes d'identification des variétés doivent être ôtées puis remises en place, avec le risque d'erreur d'identification qui résultent de ces manipulations.

Certains pépiniéristes ou obtenteurs français pourraient être intéressés par la méthode – on a vu pendant des années les céréaliers de certaines régions incendier les champs après les moissons – mais ils savent bien que la plupart des préfectures ont, par arrêté, interdit totalement les brûlages, tant pour les risques d'incendie que pour la pollution générée par le feu. Et c'est très bien ainsi. L'assainissement par le feu présente sans doute quelques avantages, mais les dégâts sur le faune sont considérables (et d'ailleurs notre iridophile américain avoue qu'il doit après cela acheter des larves de coccinelles pour remplacer celles que son initiative auront anéanti). Aux USA les préoccupations écologiques n'ont pas encore atteint leur niveau européen !

WISTER MEDAL (un sommet pour les grands iris)

Pendant longtemps les grands iris (TB) n'ont pas eu de médaille spécifique ! On considérait que la Dykes Medal était pour eux et qu'ils n'avaient donc pas besoin d'être autrement distingués. Mais à partir du jour où les autres catégories d'iris se sont hissées au plus haut niveau l'anomalie est devenue flagrante et pour les TB a été créée la « John C. Wister Medal ». Elle n'existe que depuis 1992. Au début elle était distribuée à un seul exemplaire, ce qui, compte tenu du nombre de TB enregistrés chaque année, en faisait une relative rareté. Mais depuis 1998 l'AIS a décidé d'en attribuer trois par an. 

Notre feuilleton photographique illustre toutes les variétés qui ont reçu cette ultime médaille. 

2017 

Retour des Schreiner aux premières lignes. Pour les autres, c'est une joute entre deux vieux lions...

'Reckless Abandon' (Keith Keppel, R. 2009) 'Platinum Class' sibling, X 'Pirate Ahoy' 

'Beauty Becomes Her' ( Paul Black, R. 2010) 'Antiquity' X ('Arctic Express' x ('Prince of Pirates' x 'Romantic Evening')) 


'Black Is Black' (Schreiner, R. 2010) ('Black Butte' x 'Dark Passion') X ('Paint It Black' x 'Thunder Spirit').

UN IRIS EN 2019

par Jérôme Boulon 

Nous sommes en fin d'hiver et la saison 2020 approche à grands pas.

Il m'est toujours difficile de faire un bilan de la saison qui s'est écoulée.

Pour 2019 cependant, j'ai eu la chance, d'aller dans le Gers chez Roland Dejoux (Les Iris de Laymont), de visiter les Iris Cayeux à Poilly-les-Gien dans le Loiret, de passer du temps dans la grande collection du Parc Floral de Paris (Vincennes) que ce soit dans les iris du concours Franciris 2019 ou dans la collection stricto sensu du Parc, et bien sûr de scruter attentivement tous les iris de mon jardin, qu'ils soient variétés nommées ou semis, et aussi ceux présents dans le jardin de mes parents. Au travers de mes pérégrinations printanières, j'ai eu l'occasion de voir des centaines de variétés nommées et un nombre important de semis en observation.

Alors ? Quels sont le ou les iris qui m'ont marqué cette année ? 

 Le premier et le seul qui me vienne à l'esprit avec le recul des quelques mois qui ce sont écoulés depuis la floraison, c'est 'Lueur d' Azur' enregistré en 2011 par Alain Chapelle (Le Jardin d'iris Bubry). Touffe magnifiquement développée dans mon jardin, longue floraison et branchement exemplaire, belle fleur très lumineuse avec sa jolie association de jaune et bleu, certains diront un variegata. Certes ! Mais un variegata de grand classe. Tout m'a séduit cette année dans cette belle variété d'iris. C'est sans conteste mon coup de cœur de l'année 2019.

J'ai d'autres noms de variétés ou de numéro de semis d'iris qui m'ont frappés, interpellés, ou pour lesquels j'ai eu un coup de coeur, mais avec le filtre des quelques mois passés depuis le printemps 2019, c'est bien 'Lueur d'Azur' mon chouchou de 2019.

Que dire de plus sur cette belle variété ?

D'abord, son pedigree : 'First One' X 'Decadence'

Ses parents sont donc 'First One' du côté maternel : Un iris enregistré par Alain Chapelle en 2007, lui même issu du croisement ('Yaquina Blue' X 'Rebecca Perret'), croisement réalisé en 2000 si l'on en croit son numéro de semis 2000/10-1 ; 'Decadence' est, lui, l'apporteur de pollen : je ne présente pas cette célèbre et controversée variété obtenue par le maître Australien Barry Blyth. On peut donc voir qu'au travers de ses parents et grand-parents 'Lueur d'Azur' est une variété issue de variétés connues et réputées. Les chiens ne font pas des chats ! Les sangs des iris des lignées Schreiner, Cayeux et Blyth sont mêlés dans mon totem de 2019.

 Le talent d'Alain Chapelle a été de sélectionner, via cette succession de deux croisements, ce beau et robuste variegata qu'est 'Lueur d'Azur'.

Illustrations : 


 'Lueur d'Azur' 

'First One' 


'Yaquina Blue' 


'Rebecca Perret'

7.2.20

WISTER MEDAL (un sommet pour les grands iris)

Pendant longtemps les grands iris (TB) n'ont pas eu de médaille spécifique ! On considérait que la Dykes Medal était pour eux et qu'ils n'avaient donc pas besoin d'être autrement distingués. Mais à partir du jour où les autres catégories d'iris se sont hissées au plus haut niveau l'anomalie est devenue flagrante et pour les TB a été créée la « John C. Wister Medal ». Elle n'existe que depuis 1992. Au début elle était distribuée à un seul exemplaire, ce qui, compte tenu du nombre de TB enregistrés chaque année, en faisait une relative rareté. 
 Mais depuis 1998 l'AIS a décidé d'en attribuer trois par an. Notre feuilleton photographique illustre toutes les variétés qui ont reçu cette ultime médaille.

 2016 

Cela donne l'impression d'un duel entre Thomas Johnson et Keith Keppel. Mais gare ! Il y a des concurrents qui affûtent leurs armes et dont on va parler dans les années à venir.


'Sharp Dressed Man' (Thomas Johnson, R. 2010) ('Paul Black' X 'Saturn')


'Haunted Heart' (Keith Keppel, R. 2009) ('Last Laugh' x ('Électrique' x 'Romantic Evening'))) X ('Hello It's Me' x 'Reckless In Denim').


'Tuscan Summer' (Keith Keppel, R. 2009) sibling de 'High Octane' pollen parent, X 'Drama Queen'.

LA FLEUR DU MOIS

‘Afternoon Delight' (Richard Ernst, 1983)
 ('Countryman' x 'Outreach') X ( 'Mary Frances' x 'Lombardy') 

S'il y a un hybrideur qui a été ostracisé, c'est bien de Richard Ernst qu'il s'agit ! Son parcours dans la carrière fut pourtant exemplaire. Né à Silverton, en Oregon, dans une famille vouée entièrement aux iris, il a naturellement pris la succession de son père à la tête de Cooley's Gardens, Inc lorsque la santé de ce dernier s'est irrémédiablement altérée. Déjà, depuis une quinzaine d'année il avait embrassé la carrière d'hybrideur. Ses premiers enregistrements datent de 1983. Les registres de l'AIS indiquent qu'il a enregistré 252 variétés, tous des TB à l'exception d'un seul BB. Pourtant cette importante production ne lui a valu que 49 HM, 7 AM une seule Wister Medal, en 2007, pour 'Ring Around Rosie' (2000). Ce ne sont pourtant pas les variétés de premier plan obtenues par lui qui manquent et qui ont connu, commercialement, un succès que ses pairs lui ont refusé. Parmi ces variétés aimées du public et diffusées partout à travers le monde, se trouve 'Afternoon Delight', qui est aussi l'une des ses premières introductions.

'Afternoon Delight' est décrit comme : « pétales d'un brun rosé et infusé de bleu lavande, légèrement dentelés ; sépales bleu lavande avec une bordure brun rosé doré, épaules jaune d'or, traces de blanc auprès de la barbe jaune ». C'est un modèle et un coloris qui n'étaient pas rares pendant l'âge d'or des iris (1970/1990), mais qui, en la circonstance, prenaient une importance qu'ils n'avaient pas connue auparavant. Malgré ses qualités cet iris a mis 10 ans pour parvenir au stade des AM, et n'a pas avancé au-delà dans l'échelle des honneurs.

 Ses géniteurs ne sont pas des variétés enregistrées, mais on connaît ses grands-parents. Il s'agit de deux variétés jaunes et de deux variétés mauves. 'Countryman' (Gaulter, 1975), une variété bien connue, est un iris jaune avec un spot blanc sous les barbes ; 'Outreach' (J. Nelson, 1968), jaune avec un large centre blanc, est d'un modèle bien connu sous le nom de « Joyce Terry pattern », il a figuré longtemps dans les catalogues de notre pays et, dans mon jardin, a connu une carrière honorable. Pour ce qui est de la branche mauve, il s'agit d'une part de 'Mary Frances' (Gaulter, 1971), une variété dont on ne fait plus la description tant elle est connue et reconnue après avoir obtenu la Médaille de Dykes en 1979, et qui est toujours largement présente dans nos jardins y compris dans le mien - donc maintenant dans la collection du presbytère de Champigny / Veude - , et d'autre part de 'Lombardy' (Gaulter, 1973), autre numéro de la série des iris mauves de Larry Gaulter, cependant moins connu que le précédent. On peut s'étonner qu'un croisement entre un iris jaune et un iris mauve puisse aboutir à un assemblage de couleurs où ni le jaune ni le mauve ne sont présents. Cependant en approfondissant la recherche il apparaît que l'un des ascendants de 'Outreach', 'Foreign Affair' (J. Nelson, 1963), est décrit comme : « pétales au revers brun doré et face pourpre pensée ; sépales pourpre pensée liseré brun ; barbes jaune pointé bleu », un coloris qui provient de 'Hudson Bay' (G. Plough, 1957) : on peut se ressembler de plus loin !

Du côté de sa descendance, 'Afternoon Delight' n'est pas mal loti. Mais on s'aperçoit que de ses 63 rejetons directs, 40 on été obtenus par Rick Ernst lui-même, lequel, apparemment, était convaincu des aptitudes de son cultivar. Les autres utilisateurs sont des amateurs à l'exception de Tom Burseen et de nos compatriotes Mélie Portal et Gérard Madoré. Dans la liste des 40 variétés obtenues par Rick Ernst figurent de nombreux iris qui ont eu une belle carrière commerciale (grâce évidemment au catalogue maison de Cooley's Gardens, à l'époque encore plus important que celui de la famille Schreiner). Parmi ces jolies fleurs, notons plusieurs amorces d'amoenas inversés comme 'Envisioned Dream' (1990) ou 'Rainbow Goddess' (1994), des fleurs roses (ou magenta) comme 'Hidden World' (1990) ou 'Feminine Fire' (1991), mais surtout des variétés à l'aspect proche de celui de 'Afternoon Delight' : 'Different World' (1991), 'Waffle Talk' (1994)... Il paraît que c'est dans la déclinaison à l'infini d'un même modèle que se trouverait le désamour entre Ernst et les juges américains... Quand on voit ce qui se produit de nos jours, avec tous ces iris quasi semblables qui apparaissent chaque année, on se dit que les juges vont avoir du mal à distinguer les futurs récipiendaires des récompenses !

 A côté des variétés enregistrées par Richard Ernst, faisons une petite place aux deux variétés françaises issues de 'Afternoon Delight' : 'Feu de St Jean' (M. Portal, 2011) et 'Roazhon' (G. Madoré, 2013). La première est un  « rouge » de deux tons, bien classique, la seconde, dernière obtention de son hybrideur, dédiée à la ville de Rennes (Roazhon en breton), affiche les mêmes tons que 'Afternoon Delight', son parent femelle.

C'est avec des fleurs comme 'Afternoon Delight', qu'on constate aujourd'hui que les iris ont sérieusement évolué depuis quarante ou cinquante ans. On est en face d'une fleur élégante, mais dont le classicisme est maintenant très daté.

Illustrations : 


 'Afternoon Delight' 


'Outreach' 

'Lombardy'

'Waffle Talk' 


'Feu de St Jean'

CE QUI CLOCHE

Dans le petit monde des iris tout tourne autour des récompenses délivrées chaque année par l'American Iris Society (AIS). On aurait pu penser que les décisions prises aux Etat-Unis ne pouvaient guère avoir d'effets ailleurs dans le monde, mais c'est tout le contraire. En effet les USA ont pris un tel poids dans ce qui concerne les iris que tout ce qui se passe là-bas à des répercussions dans tous les autres pays. C'est particulièrement vrai pour ce qui est des coupes et médailles qui ont été instituées pour récompenser les plus belles variétés. Rappelons brièvement en quoi consiste le système des honneurs :
1) les « Honorable Mentions » - pour effectuer un premier tri parmi les très nombreuses variétés mises sur le marché américain chaque année ;
2) les « Awards of Merit » - second niveau sélectionnant un nombre limité de variétés pouvant prétendre aux plus hautes récompenses ;
3) les Médailles catégorielles – une par catégorie (trois pour les TB) ;
4) la Médaille de Dykes – distinction suprême, toutes catégories confondues, attribuée à une seule variété chaque année.

Pour chaque niveau chaque variété reste en lice pendant trois ans ; dès qu'elle a été honorée elle passe dans le panel du degré supérieur. Pour évaluer tous ces iris il y a des juges – nombreux – qui ont reçu une formation particulière, qui visitent chaque année le plus grand nombre possible de jardins et repèrent puis notent les variétés dont on leur a fourni la liste. Ils tiennent une fiche au nom de chacune des variétés appréciées et donnent une note globale à chacune, qu'ils envoient au Comité de notation lequel fait les additions et dresse la liste des lauréats. Dans une chronique publiée récemment sur le blog de l'AIS, Tom Waters, un irisarien bien connu, fait le procès de ce système. Comme je l'ai fait moi-même ici plusieurs fois, il fait remarquer que les obtentions des grands hybrideurs, que l'on peut voir dans de nombreux jardins parce qu'elles sont bien commercialisées, sont outrageusement avantagées par rapport à celles des petits obtenteurs dont les ventes restent faibles, puisque les premières, vues fréquemment, sont beaucoup plus souvent notées que les secondes. Il en déduit que ce ne sont pas forcément les meilleurs variétés qui sont récompensées, et que le système ne joue donc pas toujours en faveur d'une élévation du niveau général des iris. Il propose donc un autre système d'appréciation où les variétés ne reçoivent pas une notation binaire (je la retiens ou je ne la retiens pas) mais une note attribuée selon un barème valorisant leurs caractéristiques. En fin de compte chaque iris recevrait une note générale moyenne, ce qui rétablirait une certaine égalité entre variétés abondamment rencontrées par les juges et variétés plus confidentielles. La démonstration de Tom Waters est la suivante : « Supposons qu’environ 400 juges votent. L'iris A, issu d'un célèbre hybrideur, que beaucoup d'amateurs d'iris commandent,l est donc distribué et cultivé à grande échelle. 350 de ces juges l'ont vu dans un jardin. C'est un bel iris, mais seulement 10% des juges qui l'ont vu pensent qu'il devrait remporter le prix. 10%, c'est encore 35 juges! Considérons maintenant l’iris B, introduit par un jardin d’iris plus petit qui ne vend que quelques iris chaque année. Peut-être que seulement 20 juges l'auront vu. Mais l’iris B est extraordinaire! Il est tellement bon à tous points de vue que 90% des juges pensent qu'il devrait remporter ce prix ! Mais 90% de 20 juges cela ne fait que 18 voix, si bien que l’iris B n’obtient que la moitié des suffrages de l’iris A, bien que ce soit clairement lui le meilleur. » Il ajoute ces précisions : « Considérons à nouveau nos deux iris hypothétiques. Supposons que les juges qui votent pour l'iris digne de l’attribution l’évaluent à 5 étoiles et ceux qui l’ont vu mais ne croient pas en lui lui attribuent 3 étoiles. L'iris A, que 350 ont vu mais pour qui seulement 10% ont voté, aurait une note moyenne de (315 x 3 + 35 x 5) / 350 = 3,2. L'iris B, pour lequel seuls 20 juges, mais 90% ont voté, aurait une note moyenne de (2 x 3 + 18 x 5) / 20 = 4,8. Iris B est clairement le vainqueur, comme il se doit.

Dans ce système, les juges saisiraient une note pour chaque iris qu’ils auraient évalué. Ils n'auraient pas à choisir, comme dans le système actuel celui qu'ils considèrent comme le meilleur pour recevoir un prix. Ils pourraient attribuer une note élevée à un certain nombre d’iris mais s’ils leur voyaient de graves insuffisances, ils pourraient leur attribuer des cotes faibles, ce qui réduirait la note moyenne et réduirait le risque que les iris les plus médiocres obtiennent des récompenses. » Cela semble effectivement plus équitable.

 Ce système aurait, à mon avis, un autre avantage : alors qu'aujourd'hui les obtenteurs proposent chaque année des variétés nouvelles de plus en plus nombreuses, ce qui aboutit à disperser les votes, chaque iris aurait les mêmes chances, qu'on le rencontre à tous bouts de jardin ou qu'il reste une rareté.

Il faut cependant relativiser le risque de voir un iris de faible qualité obtenir une médaille. En effet l'expérience démontre que les variétés primées sont en général de bons iris. C'est le cas entre autres des variétés signées Keppel ou Schreiner. Y a-t-il des cas d'erreur flagrante ? Je n'en vois pas, hormis peut-être l'attribution de la Médaille de Dykes à 'Mesmerizer' qui, à mon avis, n'a obtenu cette récompense que parce que la mode des éperons était alors à son comble et qu'il était indispensable qu'un iris de ce modèle soit distingué ; les juges auraient ainsi cédé à la mode. Mais c'est peut-être une médisance de ma part! On a vu aussi le cas de variétés valeureuses et correctement commercialisées inexplicablement écartées par les juges. En sens inverse il y a de nombreux exemple de variétés très méritantes qui sont passées à la trappe pour cause de diffusion insuffisante (et en conséquence de manque de voix).

 Il n'existe sans doute pas de système parfait, mais on peut, comme le fait Tom Waters, imaginer quelque chose qui pourrait être meilleur que le système actuel.

Illustrations : 

'Debby Rairdon' (H. Kuntz, 1964) : un outsider parvenu à la gloire. 


'Mesmerizer' (M. Byers, 1990) : une récompense de circonstance ? 


'Afternoon Delight' (R. Ernst, 1983) : un cas d'ostracisation ? 

'Country Manor' (El. Kegerise, 1972) : un iris remarquable injustement négligé.

1.2.20

WISTER MEDAL (un sommet pour les grands iris)

Pendant longtemps les grands iris (TB) n'ont pas eu de médaille spécifique ! On considérait que la Dykes Medal était pour eux et qu'ils n'avaient donc pas besoin d'être autrement distingués. Mais à partir du jour où les autres catégories d'iris se sont hissées au plus haut niveau l'anomalie est devenue flagrante et pour les TB a été créée la « John C. Wister Medal ». Elle n'existe que depuis 1992. Au début elle était distribuée à un seul exemplaire, ce qui, compte tenu du nombre de TB enregistrés chaque année, en faisait une relative rareté. Mais depuis 1998 l'AIS a décidé d'en attribuer trois par an. 

Notre feuilleton photographique illustre toutes les variétés qui ont reçu cette ultime médaille. 

2015

Année calme...

'Money In Your Pocket' (Paul Black, R. 2007) 'Walking On Air' X 'Walking On Air' sibling. 

'Snapshot' (Thomas Johnson, R. 2007) 'Bold Vision' X 'Next Millennium'. 

'Temporal Anomaly' (Richard Tasco, R. 2007) 'Tennessee Woman' X 'Celestial Explosion' sibling.

TROIS ÉPOQUES, TROIS FLEURS

Depuis les débuts de l'hybridation artificielle, les hybrideurs n'ont eu de cesse d'apporter des améliorations constantes à l'apparence de la fleur d'iris de façon à la rendre plus résistante et plus belle. Les trois fleurs dont il va être question maintenant en apportent une agréable preuve. Il s'agit de trois fleurs bleues, la couleur la plus répandue mais dont on pouvait imaginer qu'elle n'intéressait plus les hybrideurs tant elle était courante et tant on pouvait penser qu'elle avait atteint son apogée. Mais il n'en est rien et l'on découvre chaque année de nouveaux iris bleus présentant toujours quelque chose de neuf qui renouvelle l'attirance des amateurs vers cette couleur.

 'Zampa' (F. Cayeux, 1926) 

Commençons par 'Zampa'. Peut-on faire plus bleu que ce bleu-là ? On n'est pourtant qu'en 1926. Ce qui frappe, c'est la pureté de la fleur : la couleur bleue est parfaitement uniforme. Pétales et sépales sont bleus presque pur - à peine une légère coloration violacée qui ne fait que souligner le bleu général – , marbrures blanches très discrètes sur les épaules, et superbes barbes jaunes. Quand il a réalisé cette splendeur, Ferdinand Cayeux n'en était pas à son coup d'essai. Déjà 'Gloriae' (1924) était une belle réussite, mais les sépales étaient plus violacés que les pétales. Avec 'Zampa' l'amélioration est indéniable. Dommage que les documents officiels ne fournissent aucune information sur le pedigree de l'un et de l'autre de ces variétés... Notons aussi la forme parfaite de la fleur ; les proportions sont excellentes , les sépales ne s'écroulent pas, les pétales forment un dôme parfait. Trait caractéristique de l'époque, il n'y a pas la moindre ondulation, c'est un classicisme absolu. En ce temps-là, ne l'oublions pas, les ondulations n'étaient pas considérées comme de gracieuses fantaisies mais au contraire comme des défauts à éviter autant que possible.

La Médaille Française de Dykes n'était pas encore instituée, mais l'aurait-t-elle été, il est à parier que 'Zampa' l'aurait obtenue.

 'Pacific Panorama' (N. Sexton, 1960) 

Analysons le chemin parcouru en trente et quelques années. Ce qui frappe ce sont les ondulations qui étaient totalement absentes chez 'Zampa'. Ici elles sont bien présentes, mais restes discrètes. Cela donne à la fleur de la légèreté et de la souplesse. En revanche du côté de la couleur il n'y a pas vraiment d'amélioration : le bleu semble même à la fois moins vif et moins lumineux. On ressent une impression de froideur accentuée par les barbes blanches, pointées de bleu et l'absence de marbrures aux épaules. 'Pacific Panorama' a obtenu la Médaille de Dykes en 1965, après un parcours sans faute dans l'échelle des honneurs. Ses qualités il les doit à ses deux parents : 'Swan Ballet' (T. Muhlestein, 1953) a également reçu la DM, en 1959 ; 'South Pacific' (K. Smith, 1952) était considéré comme le meilleur bleu de sa génération, avec tous les attraits de son parent féminin 'Cahokia' (E. Faught, 1948) et de 'Lady Ilse' (K. Smith, 1950), tous deux issus de 'Great Lakes' (L. Cousins, 1938), le plus fameux des bleus des origines.

Quels que soient ses mérites, je trouve que 'Pacific Panorama', néanmoins typique de son époque, n'a pas fait des progrès fantastiques depuis 'Zampa'.

'Sea Power' (K. Keppel, 1998) 

Près de quarante ans se sont écoulés depuis 'Pacific Panorama' au cours desquels bien des changements sont intervenus dans l'apparence des iris. 'Sea Power' en est la parfaite illustration. C'est un « bleu de chez bleu » puisque ses parents sont de cette couleur et qu'ils descendent l'un et l'autre d'une lignée de bleus où l'on retrouve d'ailleurs plusieurs racines déjà rencontrées chez 'Pacific Panorama' et 'Pacific Panorama' lui-même. C'est une famille où l'on collectionne les Médailles de Dykes et les autres décorations ! En ce qui concerne le coloris, on était parvenu bien avant à une quasi perfection, c'est à dire un coloris pratiquement exempt de violet et uniformément distribué. Reste la forme de la fleur. Et là on constate du changement ! Les ondulations modérées de 'Pacific Panorama' se sont accentuées ; elles apparaissent abondamment sur les sépales mais c'est essentiellement sur les pétales qu'elles règnent. A ce niveau, on ne parle plus d'ondulations mais de bouillonné. Un travail qui fait penser aux jabots de soie des cravates agrémentant les chemises des beaux messieurs de la cour de Louis XV, en France. Au milieu de ces flots de frisettes les barbes, blanches, sont à peine apparentes. La fleur y a gagné un raffinement qui séduit mais les puristes craignent que ces parures rococo ne compliquent l'épanouissement des pétales. Quoi qu'il en soit, et seulement sur le plan de l'esthétique, l'évolution saute aux yeux et la fleur y a gagné en élégance.

Que nous réserve l'avenir ? Est-on parvenu à un point de non-retour ? Y a-t-il des évolutions à attendre ? Si elles se produisent, seule la nature – même si les hybrideurs l'aident – en est détentrice. Mais on peut faire confiance au génie humain pour aboutir à toujours plus de beauté.

Illustrations : 
 



'South Pacific' 


'Pierre Menard' (Eva Faught, R. 1946), frère de semis de 'Cahokia' et au pedigree de 'Sea Power'.

24.1.20

WISTER MEDAL (un sommet pour les grands iris)

Pendant longtemps les grands iris (TB) n'ont pas eu de médaille spécifique ! On considérait que la Dykes Medal était pour eux et qu'ils n'avaient donc pas besoin d'être autrement distingués. Mais à partir du jour où les autres catégories d'iris se sont hissées au plus haut niveau l'anomalie est devenue flagrante et pour les TB a été créée la « John C. Wister Medal ». Elle n'existe que depuis 1992. Au début elle était distribuée à un seul exemplaire, ce qui, compte tenu du nombre de TB enregistrés chaque année, en faisait une relative rareté. Mais depuis 1998 l'AIS a décidé d'en attribuer trois par an. Notre feuilleton photographique va illustrer toutes les variétés qui ont reçu cette ultime médaille. 

2014

Trois pures splendeurs : les juges ont eu bon goût !


'Black Magic Woman' (Richard Tasco, R 2008) 'Night Game' X 'Romantic Evening'. 


'Magical' (Joseph Ghio, R. 2007) ((((('Rogue' x 'Quito') x 'Island Dancer') x 'Faberge') x (('Cordoba' x ('Enhancement' x ('Peach Bisque' x 'Bogota'))) x ('Lanai' sibling, x 'Manna's pollen parent))) x 'For The Soul') X ('Treasured' x ('Tropical Magic' x 'Natural Blond' sibling)). 


'Montmartre' (Keith Keppel, R. 2007) (sibling de 'Moonlit Water' x 'New Leaf') X 'High Master'.

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Quand se mélangent les pigments 

Keith Keppel est à la fois un hybrideur hors pair et un excellent pédagogue. Le texte ci-dessous, qui accompagne la photographie d'un de ses semis, révèle tout son savoir et son habileté à le transmettre :

 « Ce frère de semis de 'Gossamer Veil', 12-17B, issu de (Arrivederci X Wishes Granted), est un bon sujet d'étude de l'interaction visuelle des deux classes de pigments végétaux. Le pigment caroténoïde, soluble dans l'huile, responsable des tons abricot couvre entièrement les pétales, mais sur les sépales il est absent de la portion centrale. Sur les pétales c'est le pigment anthocyanique lavande, soluble dans l'eau, qui n'existe pas, mais il couvre les sépales, néanmoins en faible concentration sur la bordure extérieure. Là où les deux pigments coexistent, l'effet est un ton violet plus ou moins rosâtre ; sur le bord là où le bleu lavande est plus faible, l'abricot donne un effet plutôt brun rosé. Le fait de pouvoir analyser l'effet de la combinaison des deux types de pigments, et quand on sait que chacun de ceux-ci est contrôlé par des gènes différents, vous amène à mieux comprendre ce que vous êtes en train de voir ».

PETITS MAIS COSTAUD


Ils se situent très loin des grands iris de nos jardins, mais ils ont leurs amateurs convaincus et ils grandissent dans le cœur des amis des iris. Ce sont les MDB, Miniature Dwarf Beardeds, les plus petits des iris hybrides. Dans la hiérarchie que l'association américaine des iris (AIS) a mise en place, ils ont leur place au premier rang et disposent des mêmes récompenses que leurs frères plus grands. Le chapitre qui leur est consacré dans « The World of Irises » commence ainsi : « Si la vue du premier crocus peut signifier pour bien des gens le retour du printemps, c'est la vue du premier iris nain miniature qui a ce sens pour les irisariens. Premiers des iris barbus à fleurir, les nains miniature annoncent la saison attendue si avidement au cours du long hiver ; chaque amateur d'iris devrait en faire pousser au moins une ou deux touffes pour cette seule raison. Cependant, ils sont si charmants qu'une ou deux touffes peut par la suite devenir tout un massif ou toute une bordure. »Voilà qui résume bien tout l'intérêt qu'ils présentent.

Ce sont des plantes qui mesurent moins de 21cm de haut et ne portent qu'une seule tige par pied. Les fleurs doivent être en proportion de cette petite taille, mais comme ils ont naturellement tendance à se développer rapidement, cela compense leur faible hauteur et leur tige unique.

Ce sont des hybrides interspécifiques à base de l'espèce chamaeiris, et plus précisément des sous-espèces I. olbiensis et I. italica. Ils sont apparus d'abord en Allemagne et en France dans les années 1910/20 avant de se lancer à la conquête du monde et tout particulièrement de l'Amérique où ils ont fait peu à peu leur chemin au moment de la deuxième guerre mondiale, moment où leurs initiateurs avaient d'autres soucis que le développement d'une catégorie nouvelle de fleurs de jardin. D'autres espèces naines ont peu à peu été ajoutées aux deux espèces de bases : I flavissima, I. arenaria, I. mellita, ainsi que d'autres comme I. reichenbachii, I. balkana, I. bosniaca... Tous de la grand famille des I. pumila. Au plan de la génétique, certaines de ces espèces sont des iris tétraploïdes, d'autres sont simplement diploïdes. Mais c'est l'espèce I. pumila, tétraploïde, qui a pris le dessus et imposé sa tétraploïdie, en particulier pour son aptitude à transférer les traits des grands iris barbus aux variétés naines.

Les hybrideurs américains, à partir des années 1940, ont fait faire des progrès considérables à cette catégorie d'iris qui végétait depuis les travaux de Goos et Koenemann en Allemagne de Millet en France dans l'entre-deux-guerres.

Néanmoins de tous temps la catégorie des MDB est resté très minoritaire. Ainsi en l'année 2000, sur 902 variétés enregistrées, seules 9 étaient des MDB ! Et ils n'étaient que 13 en 2010 sur un total de 1342... C'est un peu plus riche depuis quelques temps mais cela reste une catégorie très confidentielle, ainsi ils ne sont encore que 13 en 2013. Néanmoins, elle a toujours intéressé les plus grands obtenteurs et, comme les autres, les MDB bénéficient d'une médaille catégorielle, la Caparne-Welsh Medal. Son attribution remonte à 1950 et elle est chaque année disputée par les hybrideurs les plus renommés. Ainsi Ben Hager l'a-t-il obtenue cinq fois, Melba Hamblen, quatre fois. Elle porte les noms de deux pionniers de la catégorie : John Caparne (1855/1940), un anglais à qui l'on attribue la création des premiers MDB, et Walter Welch (1887/1980), un américain qui leur a consacré sa vie d'hybrideur.

Ce qui fait le charme des MDB c'est évidemment leur petite taille, mais aussi leur précocité (ils fleurissent chez nous dès la mi-mars) et la grande variété de leurs coloris. De plus, quand on s'est décidé à les cultiver on s'aperçoit qu'ils sont absolument rustiques, qu'ils poussent vite et en abondance et qu'une fois installés ils ne requiert pour ainsi dire aucun soin. Avec de telles qualités on se demande pourquoi on ne les plante pas plus souvent. Mais ce qui fait leur intérêt est aussi leur faiblesse : ils sont bien discrets et on les oublie une fois leur floraison terminée puisqu'ils sont supplantés par des fleurs autrement spectaculaires !

Alors ? Les MDB ont-ils un avenir ? Au vu de leur maintien dans la hiérarchie des iris depuis des décennies, sans croître en nombre mais sans disparaître, on peut répondre par l'affirmative, même si leur côté confidentiel ne plaide pas en faveur de leur pérennisation. Par exemple, en 2019, il y a eu 3965 en faveur de grands iris pour l'attribution des Awards of Merit, 824 en faveur de SDB et seulement 144 en faveur de MDB. Quant aux votes pour les médailles catégorielles, il y a eu 951 voix pour un TB, et 135 pour un MDB, ce qui est remarquable. La Caparne-Welch Medal attribuée à 'Beetlejuice' (Paul Black, ) n'est donc pas usurpée. Il faut quand même reconnaître qu'en dehors des Etats-Unis, la catégorie des MDB est très peu représentée. Pendant les années 1990/2000, Lawrence Ransom et son ami Jean Peyrard ont proposé des MDB originaux, mais ils n'étaient ni l'un ni l'autre préoccupés par des questions économiques et ne travaillaient que par passion. A l'heure actuelle, il existe un groupe d'hybrideurs ukrainiens, sous la conduite de Galina Shevchenko, qui crée de nouvelles variétés à partir de I. pumila mais elles ne sont pas diffusées hors de leur pays d'origine de sorte que l'on ne peut se faire aucune idée de leur valeur. Aux Pays-Bas, Loïc Tasquier, amoureux des iris nains, a enregistré quelques amusantes variétés. En Pologne Robert Piatek a commis un petit iris jaune... Et c'est à peu près tout !

Inutile de préciser qu'il n'y a aucun marché pour cette catégorie d'iris nains. D'ailleurs, en France, lorsqu'il y en a au catalogue d'un pépiniériste, ils sont vendus sous l'appellation générique de « iris nains »... Leur commercialisation est donc pour ainsi dire inexistante de sorte que leur avenir problématique en dehors de l'intérêt que leur porte quelques fanatiques. Ils ont beau être petits, mais costauds, les MDB n'ont pas réussi à s'imposer.

Illustrations : 


'Arsenic' (L. Tasquier, 2018) 


'Beetlejuice' (P. Black, 2013) 


'Chubby Cherub' (T. Aitken, 1986) 


'Passion Bleue' (j. Peyrard, 1995) 


'Quota' (L. Ransom, 2007)

17.1.20

LA FLEUR DU MOIS

‘Rhonda Fleming' (Ron Mullin, 1992) 
'Go Around' X 'Laced Cotton' 

Voici une variété qui n'a pas fait beaucoup parler d'elle dans notre pays, mais qui a eu une carrière remarquable aux USA. Si on en parle ici aujourd'hui, c'est parce que son obtenteur, décédé en août dernier, a fait l'objet, ce trimestre, d'une longue chronique dans le Bulletin de l'AIS. Et aussi parce que, à mon avis, 'Rhonda Fleming' est un des plus jolis plicatas de la fin du siècle dernier.

Il faut peu de chose pour faire d'une variété qui aurait pu passer inaperçue une fleur qui attire l'oeil et truste les récompenses. C'est ce qui arrive avec 'Rhonda Fleming'. Des plicatas bleu-mauve il y en a des centaines. C'est déjà une performance que l'un d'eux réussisse à se sortir de l'anonymat. 'Rhonda Fleming' a fait mieux, il a suivi un parcours sans faute dans la carrière des honneurs, obtenant son HM dans les deux ans de son introduction sur le marché, et son AM deux ans plus tard, avant de parvenir au plus haut niveau encore deux ans après, et de décrocher la Wister Medal, plus haute récompense catégorielle pour un grand iris. Cela en dit long sur les qualités de cette plante décrite de la façon suivante : « Pétales au centre blanc devenant lilas vers les bords ; bras des styles d'un lilas plus foncé ; sépales blancs bordés d'un net liseré lilas ; barbes blanches. » Cela ne dit pas que les sépales, très larges, se tiennent proches de l'horizontalité et que l'ensemble de la fleur est délicatement ondulé. De nombreux boutons complètent le décor et garantissent une longue période de floraison. Et puis il y a ce je ne sais quoi de plaisant dans cette fleur qui la tire de l'ordinaire. Ajoutons que, originaire de l'Oklahoma, région au climat violent, cette plante est résistante et robuste. Sa dédicataire, l'actrice et chanteuse Rhonda Fleming peut être satisfaite d'avoir été choisie pour le nom de baptême de cette fleur, et elle a bien fait d'accepter cette dédicace.

Comme celui de toutes les autres obtention de Ron Mullin, celui de 'Rhonda Fleming' est tout simple et facile à lire. Son parent féminin, 'Go Around' (Mary Dunn, 1982) lui apporte sa qualité de plicata et un indéniable air de famille. 'Laced Cotton' (Schreiner, 1978), l'autre parent, est une variété mondialement connue et appréciée pour la pureté de son coloris blanc et ses qualités végétatives. C'est un des iris les plus utilisés en hybridations pendant les années 1980/90 (environ 140 descendants directs enregistrés) ; c'est notamment la variété fétiche de Ladislas Muska et de plusieurs obtenteurs pionniers de l'ancien bloc de l'Est parce que par bonheur cet iris avait pu être introduit dans l'univers impénétrable de derrière le Rideau de Fer.

Pour ce qui concerne sa propre descendance, il est à noter que seulement trois hybrideurs en ont fait usage. Avec une attention particulière pour Graeme Grosvenor, le grand obtenteur australien, qui en a fait un usage remarquable et obtenu pas moins de sept nouvelles variétés.

 Comme je l'ai fait remarquer au début de cette chronique, en France 'Rhonda Fleming' n'a pas été bien distribué. On ne doit le trouver que dans de très rares jardins, et il n'a pas beaucoup inspiré nos hybrideurs nationaux puisque seul Gérard Madoré en a fait usage, et obtenu son plicata 'Gwenegan' (2007). Cela ne rend pas justice à un iris plein de qualités.

Illustrations : 

'Rhonda Fleming' 


'Go Around' 


'Laced Cotton' 


'Elizabeth Macquarie' (Grosvenor, 2009) (Zip It Up X Rhonda Fleming) 


'Morskoy Priboy' (Volfovitch-Moler, 1997) (Pink Sleigh X Laced Cotton ) 

'Gwenegan' (Madoré, 2007) (Rhonda Fleming X Rock Star )

QUEL JARDIN D'IRIS ?

Quand il a été décidé de créer un jardin d'iris à Champigny sur Veude, près de Chinon, s'est posé la question de la disposition des plantes à installer. Au début, les organisateurs avaient songé à un plan élégant et symbolique : un jardin en forme de fleur de lys. Mais très vite se sont posées des questions pratiques qui ont fait douter de la pertinence du choix. La première remarque a concerné l'accessibilité des plantes situées au centre de la fleur de lys. En effet à cet endroit cela pouvait constituer une « épaisseur » de plusieurs mètres, ce qui aurait obligé les personnes chargées du désherbage, puis, après la floraison, de l'enlèvement des tiges défleuries, à pénétrer entre les touffes et à agir dans une position inconfortable et dangereuse pour les plantes qui risquaient d'être écrasées. La seconde visait la tonte de l'herbe entourant le massif : faire circuler la tondeuse en suivant des courbes sinueuses présentait bien des difficultés ! Enfin une troisième objection est apparue : pour les visiteurs, les variétés situées au centre de la fleur de lys allaient se trouver bien loin de leur regard et, de ce fait, d'un intérêt négligeable, d'autant plus que la disposition tortueuse du cheminement autour de l'ensemble n'allait pas inciter à effectuer un circuit complet. En revanche le risque d'enjambement, si souvent fatal aux hautes tiges chargées de fleurs était à peu près négligeable du fait de la massivité de la présentation. En fin de compte c'est une présentation beaucoup plus simple qui a été retenue. De longues bordures parallèles, séparées par de larges allées engazonnées donneraient une impression d'espace. Au fond du jardin une bordure perpendiculaire délimiterait la plantation tout en laissant une allée spacieuse entre la bordure d'iris et la haie basse située sur la rive du petit ruisseau marquant le fond du jardin. Une largeur des bordures limitée à environ 1,5m serait suffisamment dissuasive pour les adeptes de l'enjambement. Enfin cela réservait beaucoup d'espace pour les futures extension du jardin.

Ces dispositions se sont montrées excellentes et dès la deuxième année de plantation lorsque le jardin a été ouvert au public pour la première fois, les visiteurs – fort nombreux – ont ressenti une impression d'ampleur et de richesse qui a suscité leur enthousiasme. A l'usage un autre avantage s'est révélé : quand il faudra déplacer les iris, il suffira de les replanter dans les actuelles allées et de transférer celles-ci dans les actuelles plates-bandes.

Ce plan a été possible parce qu'on se trouvait sur un terrain absolument plat et dans un espace suffisamment vaste. Car la configuration du terrain doit être pris en compte lors du dessin du plan de plantation.

Au Parc Floral de Vincennes, dans l'espace alloué au concours biennal Franciris, également plat, une disposition assez différente a été adoptée. Des bordures étroites, en arc de cercle, s'imbriquent comme des pétales de rose sur le gazon environnant. Cela donne un plan harmonieux mais mieux adapté à une plantation réduite (une centaine de touffes) qu'à une collection importante comme à Champigny. L'étroitesse des bordures est par ailleurs une facilitation des enjambements pour passer d'un bord à l'autre, avec tous les risques de bris des tiges, mais dans ce cas précis les visiteurs sont relativement peu nombreux et ce sont en général des personnes qui ont conscience du danger et du respect des plantes en compétition, ce qui restreint les dégâts potentiels. Ailleurs dans le parc deux types de plantation ont été choisis : dans la partie réservée aux iris anciens, ce sont de longues plate-bandes sinueuses qui autorisent un examen minutieux des fleurs ; pour la collection générale, les touffes sont disposées selon un plan qui suit les ondulations du terrain ; les fleurs sont moins accessibles mais cela n'est pas vraiment gênant.

Toute autre est la disposition du jardin d'iris de Florence, là où se déroule le fameux concours annuel. Il s'agit d'une ancienne oliveraie, qui dévale la pente de San Miniato. De larges allées parcourent le parc, soit en un mouvement perpendiculaire à la colline et donc sans relief, soit dans le sens de ruissellement et par conséquent plus pentu. Des restanques de largeur variable ont été aménagées, abritées par les oliviers, qui s'étagent le long des allées en pente, sur lesquelles les iris sont plantés et présentés aux visiteurs. Cela donne un aspect très naturel, un peu sauvage, très original et agréable. Mais on n'a pas une vue d'ensemble, et c'est donc moins spectaculaire qu'un jardin horizontal et dégagé. A noter que sous le chaud soleil de Toscane, la présence des oliviers, au feuillage peu dense, n'est pas une gêne mais au contraire un avantage, aussi bien pour les plantes que pour les visiteurs.

Autre jardin d'iris que je connais bien, celui du Parc de la Baujoire à Nantes. Là aussi la plantation profite de la pente du terrain. Les variétés sont disposées soit en vastes espaces profonds où les variétés les plus éloignées de l'allée ne sont accessibles qu'aux jardiniers du parc, ce qui nuit au côté pédagogique de l'exposition, soit en petits massifs convexes, dans le style habituel des jardins publics. Le parc est pittoresque et joliment arrangé, mais en ce qui concerne les iris, les amateurs restent sur leur faim : c'est un agencement grand public destiné à des visiteurs qui apprécient le coup d’œil général plus que le côté didactique de l'exposition, ce que l'on s'attendrait à trouver dans un jardin botanique.

Il y a longtemps que je ne suis pas allé au Parc de la Source à Orléans. Je ne sais donc pas comment il se présente actuellement, mais je me souviens d'une disposition qui se voulait révolutionnaire. Les touffes d'iris étaient implantées dans de gros troncs d'arbre hissés à hauteur d'homme, de sorte que le regard ne se portait le plus souvent que sur le dessous des fleurs, ce qui n'est pas, admettons-le, l'angle le plus favorable pour admirer des iris ! De plus, les plantes, disposées hors sol, dans un substrat restreint, poussaient difficilement, avec de maigres floraisons. A mon avis, une hérésie.

Orléans mis à part, ces différents types de jardin ont chacun leur intérêt. Un jardin de collectionneur doit mettre en valeur les variétés exposées de manière que les visiteurs puissent en toute facilité examiner les plantes sous tous les angles, tandis qu'un jardin pour le grand public doit tabler davantage sur le côté spectaculaire auquel les iris se prêtent tellement bien.

 Et ce côté spectaculaire sera accru par la répartition des couleurs de fleurs. Le plus souvent les débutants imaginent que créer des camaïeux de fleurs de couleurs voisines sera la bonne solution. En fait c'est à la fois difficile à réaliser harmonieusement, et de nature à provoquer des confusions lors de l'identification des touffes. En effet s'il est assez facile d'associer des variétés unicolores, l'affaire se corse avec les iris bi ou multi colores. De plus cela pose une vrai colle au moment de l'extension de la collection : que faire des nouveaux venus ? Par ailleurs, deux variétés de couleurs proches qui se trouvent côte à côte vont un jour ou l'autre se rejoindre, et lorsqu'il s'agira de les transplanter, les confusions seront à peu près inévitables. A mon avis une telle disposition ne se justifierait qu'en cas de plantation par petits massifs isolés, en compagnie d'autres fleurs. Ces différents inconvénients plaident en faveur d'une plantation en ordre aléatoire. On plante les différentes variétés sans se préoccuper de leurs couleurs. Faut-il alors craindre un aspect disparate ? Eh bien non ! Il y a longtemps que cette méthode est pratiquée, en particulier à l'occasion des concours internationaux, et les résultats ne déçoivent jamais. Au contraire ! L'impression qui ressort d'un jardin ainsi disposé est celle d'une richesse voluptueuse tout à fait ravissante.

 Pour en terminer avec ce sujet, un mot des champs d'iris, comme on en voit en Toscane. C'est quelque chose qui a un autre but que celui du jardin d'iris traditionnel ou de la collection d'un fanatique, mais qui au final se révèle superbe : une longue pente fleurie de ce bleu inimitable est un spectacle enthousiasmant et qui ne s'oublie pas.

Illustration : 




Jardin d'iris de Champigny. 

Au Parc de la Baujoire à Nantes. 

Champ d'iris. 


Bordure variée

10.1.20

WISTER MEDAL (un sommet pour les grands iris)

Pendant longtemps les grands iris (TB) n'ont pas eu de médaille spécifique ! On considérait que la Dykes Medal était pour eux et qu'ils n'avaient donc pas besoin d'être autrement distingués. Mais à partir du jour où les autres catégories d'iris se sont hissées au plus haut niveau l'anomalie est devenue flagrante et pour les TB a été créée la « John C. Wister Medal ». Elle n'existe que depuis 1992. Au début elle était distribuée à un seul exemplaire, ce qui, compte tenu du nombre de TB enregistrés chaque année, en faisait une relative rareté. Mais depuis 1998 l'AIS a décidé d'en attribuer trois par an. 

 Notre feuilleton photographique illustre toutes les variétés qui ont reçu cette ultime médaille. 

2013 

Un nouveau luminata s'est imposé ; il y en aura d'autres...

 'Absolute Treasure' (Richard Tasco, R. 2005) 'Sudden Impact' X 'Color Me Blue'. 


 'Elizabethan Age' (Lowell Baumunk, R. 2005) ('Cheating Heart' x ('Prize Drawing' x 'Flights Of Fancy')) X 'County Of Kent'. 


 'Ink Patterns' (Thomas Johnson, R. 2007) 'American Classic' X 'Royal Estate'.

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Roger Duncan

L'hybrideur Roger Duncan est mort subitement cette semaine... C'était une personne très discrète et un obtenteur confidentiel (seulement huit variétés à son actif), mais un véritable artiste. Cela se reflétait dans ses obtentions : toutes de très bon goût et d'une classe remarquable. Il a travaillé seulement sur deux coloris : une extension du modèle distallata et, surtout, un noir profond et majestueux.

Avec Richard Tasco il gérait la pépinière Superstition Iris Garden, en Californie.

Ses variétés sont bien connues et appréciées en France. On les trouve dans plusieurs pépinières.


'Hollywood Nights' (2000)

'All Night Long' (2004)

'Arctic Burst' (2008)

'One More Night' (2010)

'Brainstorm' (2012)