17.8.18

HOMMAGE A BARRY BLYTH (la suite)

Ne retenir qu'une vingtaine de variété sur une production qui doit dépasser les 1200, toutes catégories confondues, n'est ni simple ni juste. Nous nous contenterons cependant de cela, parce qu'il faut bien se fixer des limites...

4/6 

'Magic Man' (1979) : 'Cabaret Royale' revisité 


'Never Been Kissed' (2007) : voilà un nom typiquement « Blyth » ! 


'Oxford Countess' (2007) : moderne et riche 


'Painted Flutes' (2007) : traditionnel et cependant unique

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Et de huit ! 


Keith Keppel est assurément le plus grand hybrideur de tous les temps. 'Haunted Heart' (2009) vient de remporter la Médaille de Dykes 2018. C'est la huitième consécration de son obtenteur.

1 – 'Babbling Brook' (1972)
 2 – 'Crowned Heads'(2004)
3 – 'Sea Power' (2006)
4 – 'Drama Queen' (2011)
5 - 'Florentine Silk' (2012)
6 – 'Gypsy Lord' (2015)
7- 'Montmartre' (2017)
8 – 'Haunted Heart' (2018)

Cette variété est le produit de l'intime collaboration entre Keppel, aux USA, et Blyth, en Australie. Et si la fleur exhibe la perfection classique des produits Keppel, la couleur est typique du travail de Barry Blyth.

Le parcours dans l'échelle des honneurs a été exemplaire : Honorable Mention en 2012, Award of Merit en 2014, Wister Medal en 2016. On ne peut guère aller plus vite !

Pedigree : semis Blyth N48X : ('Royal Sterling' x semis Keppel 99-42Y : ('Last Laugh' x semis 95-49B: ('Electrique' x 'Romantic Evening'))) X semis Blyth N213 : ('Hello It's Me' x 'Reckless in Denim').

LA FLEUR ET LA PLANTE

Il cultive des milliers de variétés d'iris. Le vallon dans lequel il est installé est remarquablement exposé et délicieusement paisible. Son activité prospère et son amour des iris ne fait que croître et embellir. Pourtant voici ce qu'un de ses amis m'a écrit : "Il est un peu désabusé par les nombreux iris qu'il achète de par le monde car il estime (...) que même si son terrain caillouteux ne permet pas réellement de juger d'un branchement, pas mal d'iris sont enregistrés alors qu'ils ne le méritent pas. Il est vrai que lorsque l'on parcourt ses champs de milliers de variétés modernes, on est parfois déçu de voir que des iris encore vendus au prix fort sont juste acceptables." Cela apporte de l'eau à mon moulin. Il n'y a pas longtemps en effet j'ai, ici même, exprimé mes doutes à propos de la prolifération des nouvelles variétés, et mes craintes pour l'avenir des compétitions d'iris (1). Ce que constate notre ami collectionneur remet ces questions sur le tapis.

 Les variétés modernes présentent deux caractéristiques opposées. Le plus souvent elles sont dotées de fleurs superbes, ondulées voire bouillonnées, gracieuses, bien proportionnées, bref parfaitement justiciables d'un enregistrement. Presque à tous les coups elles portent au moins trois tiges ou rameaux et au minimum sept boutons. Mais en sens inverse elles affichent de sérieux défauts :

- les fleurs s'agglutinent sur la tige et se gênent mutuellement au moment de leur éclosion ;
- les branches latérales ne s'écartent pas assez de la tige principale, ce qui, de nouveau, nuit à l'épanouissement des fleurs et à l'aspect général de la plante ;
- ces mêmes branches latérales apparaissent parfois à faible distance les unes des autres en sorte que le bouquet de fleurs prend l'apparence d'un corymbe dressé au sommet d'une tige dénudée, lourd à porter et ayant donc tendance à verser à la première ondée ;
- les tiges inférieures, plantées très bas et de courte taille, ne s'élèvent pas au-dessus du feuillage ce qui dissimule les fleurs qu'elles portent et qui ne sont plus regardées qu'en vue plongeante, un peu comme c'est le cas pour les iris nains.

Voilà pour l'aspect général de la plante, mais qu'en est-il des qualités végétatives ? C'est peut-être à ce propos que les déceptions dont se plaint notre collègue sont le plus flagrantes :
- les plantes que l'on reçoit, de belle apparence, s'avèrent souvent gorgées d'eau et, mises en terre, vivent sur leur réserves avant de commencer d'émettre de nouvelles racines et, par conséquent, demandent du temps avant de repartir ;
- l'adoucissement du climat permet de planter de plus en plus tard, souvent même encore en octobre ; conjuguée au phénomène précédent, ce décalage dans le temps peut aboutir à une reprise trop tardive pour que la nouvelle plante puisse fleurir dès le premier printemps après sa mise en culture ;
- le développement de la nouvelle plante est assez souvent lent et difficile ;
- elle met souvent plus de trois ans avant de former une touffe présentable, quand elle ne végète pas plusieurs années et n'émet de fleurs qu'épisodiquement ;
- fragiles, ces plantes modernes sont sensibles aux maladies et en particulier à la pourriture, cette dernière devenant un véritable fléau pouvant ravager profondément une collection.

Ces constatations jettent le doute sur la qualité des iris d'aujourd'hui et, pour confirmer ce qui a été dit au début de cette chronique, lorsqu'on demande leur opinion aux amateurs rencontrés ici ou là aux fêtes des plantes du printemps, ceux-ci déplorent particulièrement les défauts des variétés récentes qu'ils acquièrent. Ces doléances sont d'autant plus profondes que les fleurs dont on voit les photos dans les catalogues ou sur Internet sont avantageuses et attrayantes.

Le problème est donc bien réel (et pas seulement le fait d'un vieux grincheux nostalgique du "bon temps" !) J'en attribue l'origine au fait que les semis que l'on réalise de nos jours donnent naissance à un nombre de plus en plus important de cultivars séduisants (d'où l'apparition de nombreux frères de semis dans les enregistrements). Pressés d'offrir à leur clientèle des nouveautés attirantes et rémunératrices, les obtenteurs, qui sont le plus souvent également pépiniéristes, paraissent tentés de se montrer moins sélectifs et de proposer un nombre croissant de nouveautés. Tout le monde n'est pas dans ce cas évidemment , mais la tentation est grande et certains y cèdent.

C'est sans doute ce qui est à l'origine de ce que constate notre homme du début, et qui pourrait conduire certains à se désintéresser plus ou moins des iris...

(1) voir Irisenligne avril 2018.

12.8.18

LA FLEUR DU MOIS

'Roman Noir' ( Lawrence Ransom, 1996) 

(Khaki Print X Trescols) 

Ce n'est pas parce que je parle essentiellement de grands iris que je n'éprouve aucune attirance pour les autres catégories. Les SDB, entre autres, me tiennent beaucoup à cœur. En particulier les obtentions de Lawrence Ransom que je trouve génétiquement intéressantes et esthétiquement bien réussies. Et comme je relatais, la semaine dernière, la récompense obtenue en Grande-Bretagne par Loïc Tasquier pour son SDB noir 'Oda Rae' je me suis rappelé un autre petit iris très sombre et très joli : 'Roman Noir'. Dans mon jardin il n'a jamais bien poussé et la fidélité de sa floraison était sujette à caution, mais chaque fois qu'il a bien voulu fleurir il m'a fait un grand plaisir. Ses pétales sont d'un joli bleu assez soutenu et ses sépales très proches du noir sont éclairci par les barbes, bien visibles, bleu lavande. Ce coloris n'est pas triste du tout et, lorsque la touffe est suffisamment étendue, cela fait une tache vive et fraîche dans le jardin, à un moment où les fleurs sont le plus souvent jaunes ou blanches.

'Trescols', son « père », fait partie des choses surprenantes plusieurs fois proposées par les amis Peyrard et Ransom. Il n'est ni spectaculaire ni vivement coloré, mais il dégage une impression d'étrangeté qui tire l’œil. Quand on le voit pour la première fois on dit « qu'est-ce que c'est que ça ? » et l'on se renseigne sur cette petite plante bizarre. On ne peut pas savoir ce qu'elle va apporter dans un croisement puisqu'elle est « de parents inconnus » mais c'est la surprise garantie, et quand cette surprise s'appelle 'Roman Noir' on est forcément tout content.

Le côté maternel est fourni par une variété à laquelle on ne pense pas forcément : 'Khaki Print' (Weiler, 1982). Je ne sais pas où Lawrence Ransom s'était procuré cette variété plutôt discrète mais néanmoins titulaire d'un pedigree flatteur, avec deux médaillés Cook-Douglas parmi ses antécédents. C'est de ce côté là qu'il faut chercher le coloris sombre de 'Roman Noir', et en particulier chez 'Bloodspot' (T. Craig, 1966), un SDB qui prend des airs de pensée avec son large spot grenat foncé sur les sépales.

On ne sait pas si Lawrence Ransom avait en projet de procéder à des croisements utilisant 'Roman Noir' dans l'un ou l'autre sens, il nous a quitté bien trop précipitamment. Ce qui est une réalité c'est le SDB 'Qui l'Eut Cru', obtenu par Loïc Tasquier en 2013, issu en direct de 'Roman Noir', uni pour la circonstance avec un SDB adorable du canadien Chuck Chapman : 'Forever Blue' (1996). Petit plicata clair, 'Qui l'Eut Cru' ne ressemble guère à sa maman, mais il a certains traits de 'Forever Blue' qui en font tout l'intérêt. Ainsi 'Roman Noir' a-t-il une descendance fort éloignée de ses couleurs froides mais vives. Mais les gênes sont là et, qui sait, peut-être à la génération suivante, ou à une autre plus lointaine, reverra-t-on surgir le bleu lavande ou le bleu-noir, sur une fleur qui rappellera l'ancêtre né dans les collines d'Aquitaine. Pourquoi pas à l'issue d'un croisement (Oda Rae X Qui l'Eut Cru) par exemple ?

Iconographie : 

'Roman Noir' 


'Trescols' 


'Bloodspot' 


'Forever Blue' 


'Qui l'Eut Cru'

HOMMAGE A BARRY BLYTH (la suite)

Ne retenir qu'une vingtaine de variété sur une production qui doit dépasser les 1200, toutes catégories confondues, n'est ni simple ni juste. Nous nous contenterons cependant de cela, parce qu'il faut bien se fixer des limites... 

3/6 

'Inner Journey'  (1995) : un coloris très apprécié de son obtenteur 


'Just Witchery'  (2011) : de la sorcellerie ? 


'Katie Pie'  (1998): rose, au fil des semis... avec une touche inimitable 


'Latin Tempo' (1973) : une riche descendance

IRIS ET PORCELAINE

Il y a quelques semaines,en visitant la manufacture de porcelaine de Meissen, en Saxe, et en voyant le processus de fabrication, j'ai fait le rapprochement avec ce qui se passe avec les iris plicatas. Une fois l'objet créé, c'est à dire moulé ou tourné, cuit une première fois, trempé dans le bain d'émaillage et cuit à nouveau, il est décoré de la main des artistes que sont les ouvrières chargées de ce travail admirable. C'est à peu près ce que la nature à prévu pour les plicatas traditionnels : on part d'une base immaculée, c'est à dire d'un blanc pur issu d'une fleur dont les pigments caroténoïdes sont inhibés, et on applique sur cette base des dessins anthocyaniques. Les porcelaines de Meissen sont le plus souvent décorées en bleu de cobalt, ce qui correspond presque exactement à ce que donnent les pigments anthocyaniques sur les plicatas originels ! Voilà donc des objets d'art dont la base d'un blanc absolu est délicatement ornée de différents dessins bleu profond. Le rapprochement avec les iris est saisissant.

Trempant leurs fins pinceaux dans un mélange de pigments en poudre et d'eau, les décoratrices (ce sont essentiellement des femmes qui font ce métier) déposent délicatement un trait de couleur d'un bleu-indigo sombre sur le bord des objets. Que constate-t'on avec les plicatas du modèle 'Stepping Out' ? Une ornementation identique. Comme avec la porcelaine, le trait peut être fin, identique sur les pétales et les sépales ; c'est le cas pour une fleur comme 'Tea Apron' (Reynolds, 1960), variété fétiche des débuts de Keith Keppel, ou de 'Gigi' (Schreiner, 1971), descendant direct de 'Stepping Out'. La couche de couleur peut aussi par endroit et pour certains motifs être plus épaisse ; les exemples de ce type sont innombrables chez les plicatas, c'est même le type de référence, comme on le trouve sur 'Charmed Circle' (Keppel, 1968) ou les grands classiques qui s'appellent 'Going my Way' (Gibson, 1971) ou 'Rondo' (Schreiner, 1972). On en voit encore chaque année dans les catalogues (cela se tasse un peu, mais voyez le superbe 'Grapetizer' (Johnson, 2009) ou le magnifique 'Oreo' (Keppel, 2017).

Si l'illustration l'exige, les décoratrices de Meissen peuvent réaliser de grands aplats de couleur (un peu comme le font les porcelainiers de Limoges avec leur célèbre « bleu de four »), ce qui a son pendant sur certains plicatas où le fond blanc est presque entièrement recouvert par la couverture anthocyanique comme c'est le cas pour l'ancien 'Winner's Circle' (Plough, 1971), tout comme pour les récents 'Dancing in the Dark' (Johnson, 2011) ou 'Midnight Velvet' (Johnson, 2013).

La nature peut cependant être plus inventive que les êtres humains. C'est ainsi qu'elle a produit des plicatas assez différents des précédents, tout en conservant la couleur bleu sombre. Il peut s'agir de fines rayures couvrant tout ou partie de la base blanche, comme on peut le voir sur 'Autumn Circus' (Hager, 1990), ou de multiples petites taches, comme des gouttes de bruines tel celles qui apparaissent sur les créations de Rick Tasco : voir 'Celestial Explosion' (2003).

A Meissen, comme dans les autres manufactures de porcelaine, on n'utilise pas seulement le bleu de cobalt pour décorer les objets. Toutes les couleurs sont en fait obtenues. A commencer par un bleu clair, très utile pour les ciels des décors baroques ou rococos.Chez les plicatas, c'est une couleur fréquentes, qui apparaît sur des variétés comme l'ancien 'Jeanne d'Arc' (Verdier, 1907), le superbe 'Rococo' (Schreiner, 1959) ou 'Gentle Rain' (Keppel, 1976) ou encore 'Earl of Essex' (Zurbrigg, 1979), ainsi que l'australien 'Star of the Morn' (Grosvenor, 2005).

Et ce n'est pas tout ! On croit souvent voir un fond blanc chez certains plicatas alors que celui-ci est en fait faiblement teinté de jaune ou d'orangé. A cause de ça, les dessins anthocyaniques, par illusion d'optique, semblent tendre vers le magenta, le grenat voire même le brun. Ce sont aussi des couleurs fréquentes dans les décors des porcelaines. C'est ce petit jeu qui donne leurs couleurs à 'Masterplan' (Keppel, 1995), 'Mariposa Autumn' (Tasco, 1999) ou 'Ghirardelli Square' (Keppel, 2016).

 Il y a bien d'autres rapprochements à faire entre les iris plicatas et les objets de porcelaine, qu'elle soit de Meissen, de Sèvres ou de Limoges. Nous pourrions continuer d'explorer ces subtiles convergences, mais dans le dernier paragraphe nous nous sommes déjà éloignés de ces couleurs de base que sont le blanc immaculé de la porcelaine elle-même, et le bleu profond des ornementations originelles. Les iris plicatas du style de 'Stepping Out' connaissent aujourd'hui une certaine perte d'affection de la part du public et des obtenteurs. C'est qu'il existe maintenant tellement d'autres coloris disponibles ! La porcelaine sait aussi faire usage de multiples couleurs, mais ce qu'il y avait de points communs possibles avec les iris n'a plus rien alors d'exceptionnel. Est-il alors nécessaire d'en parler ?

Iconographie :

'Gigi' 

'Going my Way' 


'Winner's Circle' 


'Midnight Velvet' 


'Autumn Circus' 


'Celestial Explosion' 


'Rococo' 


'Star of the Morn' 

'Mariposa Autumn' 


'Ghirardelli Square'

4.8.18

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Trophée

Notre ami Loïc Tasquier est très fier d'annoncer que son SDB 'Oda Mae' (2012) vient de recevoir de la British Iris Society le Trophée « Souvenir de M. Lémon ». Cette première distinction ouvre la porte de l'accession à la British Dykes Medal, l'une des récompenses les plus prisées au monde. C'est une belle reconnaissance de son talent d'hybrideur qui s'exprime dans toutes les catégories mais principalement dans celle de SDB (Standard Dwarf Bearded).

Elle est très certainement le préambule à beaucoup d'autres.

HOMMAGE A BARRY BLYTH (la suite)

Ne retenir qu'une vingtaine de variété sur une production qui doit dépasser les 1200, toutes catégories confondues, n'est ni simple ni juste. Nous nous contenterons cependant de cela, parce qu'il faut bien se fixer des limites...

2/6

'Endless Waltz' (2006) : un enfant de 'Decadence' au cœur tendre 


'Foreign Scandal' (2009) : un exemple de bouillonné 


'Gallant Rogue' (1989) : naturalisé américain 


'Harmonics' (1994) : il sait aussi faire des plicatas

COUCHER DE SOLEIL SUR LE PACIFIQUE

l'inaccessible iris rouge

 Comme la tulipe noire ou la rose bleue, l'iris rouge est un fantasme d'horticulteur avide de parvenir à ce qui paraît inaccessible. Mais si les deux premiers ont finalement été atteints, le troisième reste encore bien loin de se réaliser. Pourtant ce ne sont pas les tentatives qui ont manqué ! Il n'y a pas beaucoup d'hybrideurs qui ne se soient essayé dans ce coloris.

Dès le début de l'hybridation, il y a quatre lignées principales qui ont existé. Celle amorcée par la famille Schreiner, celle de Chet Tompkins, celle de Paul Cook et enfin celle lancée par Greig Lapham, de l'Indiana, et poursuivie par Les Peterson et Tell Muhlestein, de l'Utah. Greig Lapham en effet est peut-être le premier à s'être intéressé aux iris rouges, dès la fin des années 1920. Son 'Belle Porter' date de 1929. Puis ce fut 'Jerry' (Lapham, 1934), vraiment rouge, avec une barbe pointée de blanc, dont on peut dire qu'il est le véritable point de départ de la lignée Lapham. En 1937 il a enregistré 'Red Gleam', remarquable par la richesse de son coloris, qui est un descendant de 'Jerry'. La lignée s'est poursuivie pendant de nombreuses générations au cours desquelles sont apparues des variétés comme 'Red Waves' (1946) puis 'Pacemaker' (1948), tirant sur le rouge amarante. Muhlestein, notamment avec 'Burmese Ruby' (1948), a pris la succession, de même que Tom Craig, avec 'Bang' (1955), au coloris vraiment riche, et Les Peterson avec 'Main Event' (1958), dans les tons de grenat. Qu'ils soient signés Lapham, Craig, Muhlestein ou Peterson, tous ces iris ont été des étapes sur la route vers le rouge. Une route décidément bien difficile, sur laquelle bien d'autres se sont lancés.

Les noms de Schreiner, Tompkins, Cook et de quelques autres encore figurent dans cette longue liste. Les Schreiner y ont une place prépondérante, avec des variétés comme ‘Ethiop Queen’, ‘Ranger’, ‘Garden Glory’, ‘Cordovan’ puis ‘Caldron’ qui, croisé avec ‘Trim’ (McKee,1956), donna ‘Velvet Robe’. Parmi les autres enfants et petits enfants de ‘Caldron’ il y a ‘Brasilia’, ‘Gypsy Jewels’, et ‘Vitafire’. Ce dernier ayant longtemps été considéré comme le « rouge » le plus rouge. Et la série s'est poursuivie jusqu'à nos jours, mais parle-t-on d'iris vraiment rouges ? Il serait plus sage de ne pas se bercer d'illusion et d'employer à leur égard le terme de « brun-rouge ».

C'est pour cela que d'autres obtenteurs ont décidé d'utiliser d'autres cheminements pour aller vers le vrai rouge, couleur qui n'existe pas dans le panel génétique de l'iris (sauf dans les barbes) et avec laquelle il faut donc tricher.

Le regretté Richard Ernst a entrepris de régler le problème par la biologie et la recherche génique. Son projet était ambitieux et il s'est donné les moyens de le faire aboutir. Il s'est dit que le pigment rouge ne se trouvant concentré, chez l’iris, que dans les poils de certaines barbes, pour avoir des pétales et des sépales rouges, il fallait parvenir à y concentrer autant de rouge, sinon on n’obtiendrait qu’une fleur rose, et encore à la condition d’avoir éliminé les pigments anthocyaniques... S'en sont suivi de coûteuses recherches qui auraient du aboutir en 2005 avec l'apparition des premières fleurs d'iris transgéniques. Mais on n'a plus jamais entendu parler de ce fameux iris qui aurait du être rouge. Il est par conséquent évident que la tentative a échoué et que l'argent investi l'a été en pure perte.

Dans le même temps Donald Spoon s'est lancé dans l'aventure mais en empruntant un autre chemin. Il a axé sa recherche sur une voie traditionnelle. Il est parti de la constatation que certains iris, dont 'My Ginny' (Spoon, 2002), présentaient des barbes absolument rouges. Un rouge coquelicot provenant d’une forte concentration de lycopène, le pigment qui fait que les tomates sont rouges. Il en a déduit que ce pigment, lorsqu’il est présent dans une fleur d’iris, peut se trouver concentré à l’extrême dans les barbes, mais ne peut pas se développer de la même façon dans les pétales et sépales parce qu’il est bloqué par un gène particulier. Don Spoon était convaincu qu’en utilisant des parents dont les fleurs ont une forte concentration de lycopène il allait parvenir à ce rêve plus que centenaire de l’iris parfaitement rouge. C'était en 2004. Depuis, silence sur le sujet. Sans doute parce que les résultats n'ont pas été à la hauteur...

Un autre irisarien américain s'est, à peu près au même moment intéressé à cette question. Neil Mogensen s'est efforcé de démontrer qu’il peut exister une troisième voie pour obtenir du rouge. D'après lui la couleur rouge pure, qui est produite par la pélargonidine (pigment présent dans les géraniums) fait partie de la même série que la delphinidine (pigment qui colore en bleu les delphiniums …et les iris). Il a donc envisagé la manipulation qui pourrait aboutir à transformer la delphinidine en pélargonidine. Parfait ! Mais rien n’est simple ! Parce qu’aux pigments de base, s’ajoutent des co-pigments et des variations du taux d’acidité du liquide intercellulaire qui rendent l’opération infiniment complexe et très aléatoire dans ses résultats. Si aléatoire que le projet en est resté là...

Dans le dernier « Irises », bulletin trimestriel de l'AIS, Terry Aitken fait part de sa propre approche du problème. Il explique comment, partant des travaux de la famille Schreiner et, notamment, de 'Post Time' (1971), du côté des brun-rouge donc, de ceux de Chet Tompkins avec les iris oranges, de ceux de George Shoop (croisements de variétés roses et de variétés oranges) et de la variété remarquable de Joë Ghio 'Lady Friend » (1980), il est arrivé à une sorte de rouge sombre, assez loin du rouge pompier, mais qui constitue sa marque de fabrique : une sorte de coucher de soleil sur le Pacifique près duquel il travaille. On y trouve 'Code Red' (Aitken, 2003), 'Chianti Classic' (Aitken, 2010), 'Red Triumph' (Aitken 2017) et des semis prometteurs non encore enregistrés. Mais on est encore bien loin de l'iris rouge !

De là à dire que l'iris rouge est inaccessible, il n'y a qu'un pas. Il serait cependant aventureux de le franchir car en ces matières l'impossible n'existe pas. Tant que les recherches se contenteront d'explorer les possibilités de la nature telle qu'elle est, il n'y a aucune objection à ce que le travail se poursuive, mais j'opposerais les plus vives réserves si, pour parvenir au résultat escompté, il fallait passer par une manipulation qui dénaturerait nos chers iris.

Iconographie : 


'Jerry' 


'Caldron' 


'Post Time' 


'Chianti Classic'

27.7.18

HOMMAGE A BARRY BLYTH (la suite)

Ne retenir qu'une vingtaine de variété sur une production qui doit dépasser les 1200, toutes catégories confondues, n'est ni simple ni juste. Nous nous contenterons cependant de cela, parce qu'il faut bien se fixer des limites... 

1/6 


'Adorée' (2006) : l’achèvement de la quête ? 


'Beachgirl' (1983) : la route est encore longue... 


'Chocolatier' (2014) : aussi dans ce coloris rare 


'Dance Man' (1989) : excellente variété génitrice

LE TRICHEUR DÉMASQUÉ

S'il est une chose avec laquelle il ne faut pas s'amuser, c'est la transcription du pedigree des variétés d'iris. Toute personne qui 'intéresse à la génétique ou qui, simplement, veut connaître d'où provient telle ou telle variété va dans la base de données de l'AIS vérifier son pedigree. Toute imprecision ou toute erreur dans ces renseignements risque de polluer les informations et troubler, voire rendre inexploitable le travail des hybrideurs. C'est encore plus grave évidemment quand il ne s'agit plus d'erreur mais de volontaire tricherie. Et cette tricherie est tout à fait possible et pratiquement indécelable.

 Car à moins d'effectuer une vérification d'ADN, il n'est pas possible de detecter l'anomalie. La fiabilité des renseignements donnés au moment de l'enregistrement d'une nouvelle variété repose donc sur le sérieux du travail de l'hybrideur et la sincérité de ses déclarations. C'est une grave lacune qu'il n'est malheureusement pas envisageable de combler. Par bonheur les hybrideurs sont dans leur quasi totalité des gens conscients de leurs responsabilité, qui n'hésitent pas, lorsqu'un incident les empêche d'être certains d'une origine, de déclarer la variété considérée comme « de parents inconnus » plutôt que de donner des informations qui pourraient être erronées. Déclarer un iris « de parents inconnus » n'est donc pas une présomption de laxisme, mais au contraire une certitude d'honnêteté.

Il arrive cependant que certains obtenteurs, sûrement très rares, se laissent aller à « dorer la pillule ». C'est une de ces supercheries que Keith Keppel décrit dans un article paru dans le numéro de printemps 2018 de la revue « Roots », organe de la HIPS (Historic Iris Preservation Society). Il avait déjà noté ces faits dans la chronique nécrologique de Chet Tompkins qu'il avait publiée en 2001 et dont j'avais parlé ici en septembre 2004 : « Ses contemporains ont reproché à Chet Tompkins non seulement d’être un peu touche-à-tout et de manquer plutôt de rigueur dans ses sélections, mais surtout d’être porté à tricher avec les pedigrees. Est-ce pour ces raisons que les iris signés Tompkins n’ont pas obtenu de distinctions majeures en dehors du Florin d’Or de 'Allaglow' ? » Cette fois Keppel traite le sujet de manière plus approfondie et raconte une série d'irrégularités, plus ou moins graves, mais qui, toutes, jettent le discrédit sur le travail de Chet Tompkins. Il explique en particulier comment le système de notation des différents croisements et d'identification des semis mis en culture, par sa complexité, était une source d'erreurs potentielles. Erreurs que Tompkins n'a cherché à faire disparaître mais qu'il a même accentué en inventant des pedigrees quand il avait perdu l'origine d'un semis ou quand le pedigree lui-même lui paraissait trop compliqué et, pour cela, peu vendeur ! Keith Keppel cite nommément plusieurs exemples de ces accommodements avec la réalité. Par exemple une variété nommées 'Fancy Wrappings', introduite en 1995, était illustrée sur la couverture du catalogue par la photo d'un frère de semis ; et quand le stock de 'Fancy Wrappings' a été épuisé, c'est le frère de semis en question qui a été envoyé aux clients, sans autre vergogne, jusqu'au jour où, deux ans plus tard, ce semis a lui-même été enregistré et vendu sous le nom de 'Restless Rebel'.

Une autre pratique discutable est mise en évidence. Voici ce que dit Keith Keppel : « Pendant un temps, dans le but de ralentir la prolifération de nouvelles variétés, l'AIS limitait le nombre maximal d'enregistrements par un même hybrideur à dix par ans (les veuves et les enfants des hybrideurs ont commencé à remplir des formulaires d'enregistrement !). Chet n'avait pas de famille sous la main, mais il avait Mabel Framke, une personne qu'il avait connue du temps de son installation dans l'Iowa et qui l'aidait pour les travaux de bureau dans son jardin de l'Oregon. » Pour aller au-delà de son quota Chet Tompkins avait inventé le « nègre » en iridophilie et attribué à cette dame les variétés de son cru qu'il n'avait pas le droit d'enregistrer ! Ces paternités « bidon » ont ainsi duré de 1962 à 1990. On suspecte même que d'autres enregistrements sous des identités fictives n'aient eu lieu...

Ces pratiques douteuses et même franchement malhonnêtes ne retirent rien, cependant, aux qualités des obtentions de Chet Tompkins, dont certaines font parties des meilleures réalisations de leur époque. Ce n'est pas sans raisons que 'Allaglow' (1958) a obtenu le Florin d'or en 1960. Et des variétés comme le bicolore 'Camelot Rose' (1965) – qui frisa la DM - , le blanc crémeux 'Tinsel Town' (1967), le fameux rose 'Ovation' (1969) ou les plus modernes 'Amadeus' (1989) et Armageddon (1992) ont tout à fait mérité leur succès, de même que 'Apollodorus' (1988) ou 'Heavens Edge' (1996).

La chronique de Keith Keppel est surprenante en ce qu'elle dénonce une tricherie importante sans pour autant la traiter avec la sévérité qu'on aurait pu attendre. Mais quoi qu'il en soit mettre l'accent sur ces pratiques est tout à l'honneur de celui que tout le monde des iris considère aujourd'hui comme son maître absolu.

 Iconographie : 


 'Allaglow' 


'Ovation' 

'Armageddon' 


'Heavens Edge'

20.7.18

'JOYCE TERRY' (la fin)

Les variétés de modèle Joyce Terry sont très nombreuses et de nouvelles apparaissent chaque année. Voici un échantillonnage des plus belles réalisations de ces cinquante dernières années. 

Aujourd'hui 

Le caractère universel de l'iris se vérifie avec des variétés ukrainienne (Alla Chernoguz) et polonaise (Robert Piatek).

'Dan Angala' (A. Chernoguz, 2010) (Santa X (Chartreuse Ruffles x Sky Hooks) 


'Class Reunion' (M. Sutton, 2018) USA NR 


'Shanaynay Banaynay' (van Liere, 2016) (Tying Yellow Ribbons X That’s All Folks) 


'Flauntress' (Blyth, 2015) ((House Afire x Sunblaze) X Adoree) 


'Pierscien Saltoro' (Piatek, 2018) Pologne NR

HOMMAGE A BARRY BLYTH

Ce printemps 2018 fut à marquer d'une pierre noire. En effet Tempo Two, la mythique pépinière de Barry Blyth, a fermé définitivement. Le moment où il faut prendre une pareille décision arrive forcément, mais si c'est une grave question pour ceux qui y sont directement confrontés, c'est aussi un choc pour tous ceux qui connaissent la maison et l'apprécient depuis de longues années. Le nom de Tempo Two est indissociable de celui de Barry Blyth, son créateur. La pépinière a été créée en 1975, à Pearcedale dans l'Etat de Victoria, dans le sud-ouest de l'Australie, et, avec la complicité de son épouse puis, plus tard, celle de son fils Tim, il entreprit un colossal travail de recherche et d'hybridation. C'était une destinée quasi incontournable pour ce descendant de quatre générations de cultivateurs et de pionniers. Elle a duré plus de cinquante ans et elle s'achève maintenant après une contribution magistrale et essentielle à l'évolution de toutes les catégories.

Son domaine de prédilection, ce sont les iris bicolores ; son but ultime : obtenir l'amoena rose parfait. C'est un objectif que, au moment de la retraite, il estime n'avoir jamais atteint. En cours de route il a obtenu toutes sortes d'autres associations de couleurs, dont certaines ont été d'étonnantes réussites. Et les choses ont d'emblée pris une bonne tournure puisque le bicolore 'Sosténique' (1975) obtenait la Dykes Medal australienne en 1986 et triomphait partout dans le monde.

C'est le début d'une grande épopée marquée par des étapes de renommée mondiale. Elles s'appellent dans les premiers temps 'Cabaret Royale' (1976), 'Lisa Ann' (1977), 'Embassadora' (1978), 'Love Chant' (1979), 'Aztec Dance' (1980)... Et les succès se sont accumulés. Barry Blyth, dès le début des années 1980, est devenu un des hybrideurs majeurs. Ses obtentions font l'admiration de ses confrères et ses iris voyagent à travers le monde en dépit de l'inconvénient de l'interversion des saisons entre les deux hémisphères. Ses propres progrès sont évidents à celui qui suit sa production. Prenons l'exemple des amoenas jaunes, à commencer par 'Alpine Sunshine' (1975) puis 'Alpine Journey' (1983), suivis de 'Neutron Dance' (1987), 'Breezes' (1991), Aura Light' (1996), 'Irish Squire' (2001), 'Shiver of Gold' (2006), etc. Les amoenas jaunes font partie de ses meilleurs iris, mais son catalogue est riche d'une incroyable diversité de coloris. Non seulement parmi les bicolores, mais aussi, au gré des découvertes au milieu de ses milliers de semis, parmi les selfs, les plicatas, les variegatas...

 Depuis des années une amitié profonde le relie à Keith Keppel et ils ont inauguré une collaboration originale : quand l'hiver contraint l'un et l'autre à l'inactivité dans son pays, ils traversent l'océan Pacifique et se retrouvent l'un chez l'autre à l'heure de la floraison, pour une fructueuse collaboration. Depuis que ces échanges existent, la production de Barry Blyth s'est ouverte à une variété de coloris encore plus grande, notamment dans les modèles chers à Keith Keppel. Leur collaboration a donné naissance, incidemment, à une nouvelle sorte de plicatas C'est ce que Keppel décrit, avec son incroyable enthousiasme : « Le rêve de tout hybrideur est de découvrir quelque chose d’entièrement nouveau et différent. Un tel événement s’est produit dans les rangs de la pépinière de Barry Blyth, en Australie, en 2007, quand le semis R41-4 a fleuri pour la première fois. Coup de chance pourrait-on dire, mais pas totalement immérité, car de nombreuses années et beaucoup d’efforts ont contribué à ce que cette chance se produise. » 

 L'amicale collaboration entre les deux hommes a attiré sur Barry Blyth une notoriété que son relatif isolement géographique ne lui aurait pas permis d'obtenir. Les variéiés signées Blyth les plus porteuses de succès ont été présentées par Keith Keppel dans la course aux honneurs des USA et plusieurs y ont atteint un degré élevé. C'est le cas de 'Decadence' qui a reçu la Wister Medal en 2010. Mais les deux compères ont senti venir le jour où leur fraternelle collaboration devrait cesser. C'est Thomas Johnson qui a repris le flambeau et qui, ces dernières années, a accompagné Keith Keppel en Australie. S'en est suivi un travail à six mains aussi agréable pour les trois protagonistes que fructueux au plan horticole. D'ailleurs, puisqu'il en avait la place, Johnson a transféré chez lui en Oregon les semis de Barry Blyth en cours d'évaluation et il se chargera d'en faire la sélection et de les enregistrer s'ils en valent la peine. C'est une forme de transition en douceur...

Barry Blyth n'a pas été un inconditionnel des compétitions. Il a participé néanmoins au Concorso Firenze à plusieurs reprises mais, peut-être handicapées par le décalage des saisons, ses variétés n'y ont jamais triomphé. Sa meilleure place a été pour 'Cameo Wine' (1982) en 1985, mais il a aussi récolté des places d'honneur avec 'Island Gypsy' (1975) en 1978, et 'Hostess Royale' (1994) en 1997. Ses participations à FRANCIRIS n'ont pas été plus glorieuses et, à Moscou, il n'a figuré qu'en 2009 au palmarès avec 'Glamazon' (2007).

 Pour tous ceux qui, depuis 50 ans parlent de Barry Blyth avec respect et admiration, la retraite du maître et de sa famille va laisser une vaste place. Ceux qui ont fait le voyage aux antipodes et qui ont été reçus à Tempo Two ne sont pas près d'oublier la chaleureuse hospitalité rencontrée là-bas. Quant à ceux qui ont fait sa connaissance lors de sa visite en France, ils conserveront toujours le souvenir d'un personnage courtois, agréable et passionné qui, en toutes circonstances a mis en avant le plus beau côté du monde des iris.

 Iconographie : 


'Sostenique' 


'Cabaret Royale' 


'Love Chant' 


'Aura Light' 


'Island Gypsy' 

 Pour continuer cet hommage, le feuilleton des prochaines semaines sera consacré à des illustrations de nombreuses variétés signées Barry Blyth.