7.12.18

LA FLEUR DU MOIS

'La Part des Anges' (Michèle Bersillon, 2008) 

Fogbound X (Sapphire Hills x Surf Rider) 

En terminant le déménagement des mes iris, courant septembre, j'ai remarqué combien 'La Part des Anges' avait bien poussé et quelle était sa vigueur. Il se trouve maintenant transféré au presbytère de Champigny sur Veude où j'espère qu'il prospérera comme il l'a fait dans mon jardin. On en aura une idée au printemps prochain.

C'est une variété dont m'a fait cadeau son obtentrice il y a déjà un peu de temps, du temps où nous avions des relations cordiales qui se sont détériorées par la suite. Mais cette situation n'enlève rien aux qualités de cette plante et à l'intérêt que je lui porte. Ce sont ces qualités qui m'ont déterminé à évoquer cette variété dans la série des « Fleurs du mois ».

Michèle Bersillon est une hybrideuse rare, mais éclectique. En vingt ans d'exercice elle n'a enregistré que vingt-six variétés, dans quatre catégories différentes. Toutes excellentes, ce qui démontre sa rigueur dans ses sélections et l'opportunité de ses croisements. Celui dont 'La Part des Anges' est issu en est la démonstration. En effet il allie la modernité d'un iris Keppel unanimement recherché, 'Fogbound', et le fruit de deux variétés plus anciennes, elles aussi très appréciées à tous points de vue, 'Sapphire Hills' et 'Surf Rider'. Je suppose que l'objectif était double : d'une part obtenir un amoena bleu inversé, d'autre part conférer aux semis venus du croisement la robustesse des iris « vintage ». Le résultat est un peu différent, mais il vaut la peine. Côté amoena, cela n'a pas totalement réussi car le contraste pétales/sépales de 'La Part des Anges' est insuffisant pour qu'on considère la variété comme faisant vraiment partie des amoenas inversés, mais côté robustesse, s'est OK. Et le bleu tendre de la fleur, avec cette pointe de rose sur les barbes qui rappelle celle de 'Fogbound', en fait une variété bien agréable.

Deux mots à propos de ses trois parents. 'Fogbound' (Keppel, 1997) est un iris charmant, qui tient son coloris de base de ses deux parents, 'Spring Shower' (Keppel, 1993) et 'Wishful Thinking' (Keppel,1995) ; ce dernier portant lui-même les gênes de la barbe rose apportés par son propre parent mâle 'Spring Tidings' (Shoop, 1989). 'Fogbound' a raté d'un cheveu la Médaille de Dykes en 2006, battu sur le fil par son frère d'écurie 'Sea Power' (Keppel, 1998), mais a tout de même remporté la Wister Medal (2005) et le concours de Moscou en 2004. Il a été utilisé à maintes reprises par les hybrideurs du monde entier. 'Sapphire Hills' (Schreiner, 1971) est une des meilleures réalisations de ses obtenteurs, du temps de leur splendeur classique. Lui aussi a engendré une descendance nombreuse et fructueuse. 'Surf Rider' (James Tucker, 1970) fait partie des premiers amoenas inversés et, à ce titre, a connu une diffusion mondiale.

'La Part des Anges' est donc un joli iris bleu tendre, aux pétales un peu plus vifs que les sépales, et agrémenté d'une barbe pointée de rose. Au jardin il fait un bel effet. Ses parents sont des variétés précieuses et reconnues comme faisant partie des meilleures (1). Cel dit il aurait peut-être mérité d'êtreencore amélioré, notamment pour accentuer le contraste pétales/sépales. Jusqu'à présent son obtentrice n'a rien enregistré de tel. Cela viendra-t-il ? 'La Part des Anges', tel qu'il est, souffre d'un défaut d'un autre ordre : sa diffusion. Ilest apparu au catalogue Cayeux en 2013 mais n'y a fait qu'une brève incursion puisqu'elle n'a duré que trois ans...On ignore la raison de cette disparition soudaine. Il est dommage qu'il en soit ainsi carc'est une variété qui aurait sa place dans la plupart des collections.

Illustrations : 



'La Part des Anges' 


'Fogbound' 


'Sapphire Hills' 


'Surf Rider' (1) 

Le couple (Sapphire Hills x Surf Rider) a donné naissance en direct à 'Ecume de Mer' (Bersillon, 2009), qui est un iris blanc pur, remarqué au concours de Munich en 2009.

WALTHER CUP : MEILLEUR ESPOIR

La Walther Cup (en version longue : Fred and Barbara Walther Cup) est attribuée chaque année à l'obtenteur de la variété qui cette année-là a obtenu le plus grand nombre de votes pour la « Honorable Mention », premier degré de la course américaine aux honneursquelle que soit sa catégorie. Autrement dit la variété récente qui a été particulièrement remarquée par les juges. La variété ainsi distinguée a le pied à l'étrier pour faire une jolie carrière. Ce qui est souvent le cas. Cette récompense est d'autant plus intéressante qu'au moment où elle est attribuée, les juges ne peuvent pas encore être influencés par une distribution importante ou un lobbying bien orchestré : ils désignent une variété récente, qui commence seulement à se répandre. On va voir au cours des prochaines semaines que si les juges désignent en général une variété particulièrement réussie, faire un parcours sans faute n'est cependant pas acquis d'avance. Comme dans le cursus scolaire il y en a qui brillent dans les petites classes mais qui ont néanmoins du mal à obtenir le baccalauréat ! 

2001/2005 

2001 = 'Starwoman' IB (M. Smith, 1997) - AM 2003, Sass Medal 2005, Dykes Medal 2008 


2002 = 'Happenstance' (K. Keppel, 2000) - AM 2004, Wister Medal 2006 


2003 = 'Delirium' IB (M. Smith, 1999) - AM 2005, Sass Medal 2007 


2004 = 'Cat's Eye' SDB (P. Black, 2002) – AM 2006 ; Cook-Douglas Medal 2008 


2005 = 'Paul Black' (T. Johnson, 2002) - AM 2007, Wister Medal 2009, Dykes Medal 2010. 

Cette fois, rien que des meilleurs, le but de la Walther Cup est atteint.

BIEN DE CHEZ NOUS

Il y a plus d'une douzaine de personnes en France à l'heure actuelle qui enregistrent de nouvelles variétés. Cela signifie que nos compatriotes ont surmonté leur apréhension et pris conscience de la qualité de leur travail d'hybrideurs. Richard Cayeux est le seul qui fasse ça de façon vraiment professionnelle, deux autres bénéficient de la pépinière familiale pour diffuser leurs nouveaux iris ; les suivants soit hybrident par distraction, pour le seul plaisir, soit essaient de commercialiser eux-même leurs cultivars. Mais le marché des iris est un marché de niche et il n'y a pas la place dans notre pays pour un grand nombre d'entreprises commercialement rentables. Comment faire alors pour accroître le rayonnement de la production française et offrir aux hybrideurs une reconnaissance de l'excellence de leur travail ?

A vrai dire la situation française n'est pas tellement différente de celle des autres pays européens. Parce que depuis quelques années, ailleurs comme en France, l'enregistrement de nouvelles variétés explose. Il y a dix ans, en 2008, le fascicule des enregistrements et mises sur le marché (R&I) édité par l'AIS notait 107  variétés européennes nouvelles, tous groupes confondus. Sur ce nombre, dis ans plus tard, combien ont réussi à être mises sur le marché ? En Italie 2 ou 3 entreprises vendent des iris ; en Allemagne elles ne sont pas plus nombreuses, en Grande-Bretagne, c'est pire et dans l'Est de l'Europe, c'est quasiment inexistant. Et ces pépinières distribuent surtout des variétés américaines ou australiennes. Et quand on dit australiennes, il s'agit essentiellement des nombreuses variétés obtenues par Barry Blyth, le seul à voir ses produits sur tous les marchés du monde. Les autres hybrideurs australiens sont beaucoup moins bien représentés. A l'avenir la place de l'Australie risque de s'amoindrir car Blyth vient de cesser son activité et les deux beaux-frères Grosvenor et J.C. Taylor ont plus de 80 ans...

Dans les Etats de l'ancienne URSS, où la production iridistique est considérable, ce sont les obtenteurs eux-même qui se chargent de vendre leurs produits et quelquefois ceux de leurs collègues, mais il n'existe pas de véritable réseau commercial et les variétés occidentales y sont bien représentées.

Ces constatations amènent à la conclusion que seuls les variétés nord-américaines et celles, australiennes, de Barry Blyth sont correctement distribuées à travers le monde (mais pour ces dernières leur présence va aller en diminuant puisque, comme on vient de le voir, leur auteur a pris sa retraite). Avec plus ou moins de réussite des obtenteurs européens ont conclu des accords de commercialisation avec de petites pépinières américaines mais on est loin d'une franche réciprocité ! Y a-t-il un remède à cette situation frustrante ?

Je n'en vois guère dans l'immédiat, tout au moins au plan strictement français. Parce que la vénérable maison Cayeux fait de plus en plus de place à ses propres obtentions et que ce choix, respectable, n'ouvre pas beaucoup la porte aux variétés d'autres obtenteurs : on ne peut pas tout faire ! La maison Bourdillon suit un peu le même chemin puisque les variétés « home made » vont en se multipliant et que sa collection reste très conventionnelle. Iris en Provence manifeste actuellement un plus large esprit d'ouverture. C'est une attitude encourageante dont j'espère qu'elle va prendre de l'ampleur car il n'y a plus lieu d'être circonspect à l'égard des productions françaises et européennes en général, alors que la qualité des variétés américaines apparaît de plus en plus délicate (ou compliquée comme on dit en parlant moderne !). Alors que là-bas la course à la rentabilité et au chiffre d'affaire prend une ampleur inquiétante, au détriment de la vigueur et de la floribondité, il me semble que les pépinières européennes ont tout intérêt à se tourner vers les variétés de notre vieux continent – et françaises en particulier – pour renouveler leurs catalogues. On peut rêver d'une offre où les variétés américaines se limiteront aux iris de quelques obtenteurs chevronnés et portés sur le qualitatif, et où la plus grande place sera attribuée aux variétés bien de chez nous.

Iconographie : 

Cinq variétés récentes et françaises (parmi tant d'autres) qui mériteraient une plus large diffusion : 


 'La Grande Mademoiselle' (Martin Balland - 2016) 


'Princesse Laura' (Sébastien Cancade - 2014) 


'Contre Allée' (Jérôme Boulon - 2017) 



'Aime Bay' (Stéphane Boivin - 2015) 


'Vin du Sud' (Bénédicte Habert - 2017)

2.12.18

WALTHER CUP : MEILLEUR ESPOIR

La Walther Cup (en version longue : Fred and Barbara Walther Cup) est attribuée chaque année à l'obtenteur de la variété qui cette année-là a obtenu le plus grand nombre de votes pour la « Honorable Mention », premier degré de la course américaine aux honneursquelle que soit sa catégorie. Autrement dit la variété récente qui a été particulièrement remarquée par les juges. La variété ainsi distinguée a le pied à l'étrier pour faire une jolie carrière. Ce qui est souvent le cas. Cette récompense est d'autant plus intéressante qu'au moment où elle est attribuée, les juges ne peuvent pas encore être influencés par une distribution importante ou un lobbying bien orchestré : ils désignent une variété récente, qui commence seulement à se répandre. On va voir au cours des prochaines semaines que si les juges désignent en général une variété particulièrement réussie, faire un parcours sans faute n'est cependant pas acquis d'avance. Comme dans le cursus scolaire il y en a qui brillent dans les petites classes mais qui ont néanmoins du mal à obtenir le baccalauréat ! 

1996/2000


1996 = 'Feature Attraction' (Schreiner's Gardens, 1994) – AM, 1998 ; President's Cup 1994 


1997 = 'Fancy Woman' (K. Keppel, 1994) – AM, 1999 ; Wister Medal, 2001. 


1998 = 'Protocol' IB (K. Keppel, 1994) - AM 2000, Sass Medal 2002 


1999 = 'Diabolique' (Schreiner's Gardens, 1997) - AM 2001, Wister Medal 2003 


2000 = 'Midnight Oil' (K. Keppel, 1997) – AM 2002 

Pas de grand champion dans ce quintette, mais rien que des variétés excellentes qui ont bien justifié l'espoir mis en elles.

MON FRANGIN D'AMÉRIQUE

Je m'appelle 'Fashionista'. Je suis né en Australie, tout près de Melbourne, sur la pépinière bien connue de l'obtenteur Barry Blyth. Pendant presque un demi-siècle, ce passionné d'iris a effectué des milliers de croisements, et a enregistré une quantité incroyable de nouveaux cultivars, dont une majorité de grands iris. Je fais partie de cette catégorie pour laquelle Barry Blyth a obtenu une célébrité mondiale. Sa spécialité, ce sont les iris bicolores, et il se trouve que justement je suis un iris bicolore.

L'association du rose et du bleu n'est pas celle qui est la plus appréciée des décorateurs modernes. Elle ne l'était pas non plus de ceux qui ont réalisé les sculptures et les peintures des églises baroques du 18eme siècle, en Europe, qui lui préféraient l'alliance du rose et du vert tendre, laquelle s'accordait bien avec les flots d'or qui ornaient ces édifices. Mais pour les iris, c'est différent. Il y a de très nombreuses variétés de cette sorte. Les spécialistes s'accordent pour dire que les bicolores à pétales roses et sépales bleus ou indigo ont été une création d'une élégante dame américaine, Melba Hamblen, qui a été la première a développer les iris portant ces couleurs. Elle a choisi pour point de départ la variété ‘Lilac Champagne’, enregistrée par elle en 1964 qui allie le jaune pâle et le bleu clair et qui provient de variétés bleus, roses et bicolores blanc et bleu que l'on appelle aussi amoena; elle a travaillé son sujet et est parvenue à ‘Touché’ (1966) qui est déjà un aboutissement, avec ses pétales rose pâle et ses sépales lavande, marqués d’une flamme plu sombre. Ce ‘Touché’, considéré comme un géniteur intéressant, a été utilisé de nombreuses fois non seulement par Mme Hamblen, mais également par beaucoup d’autres obtenteurs. Il se trouve que, dans ce coloris, elle a obtenu au moins deux variétés très belles : ‘Sugarplum Fairy (1979) et ‘Mary D’ (1987), qui ont eu l’un et l’autre une fort belle descendance.

 A côté de ‘Touché’, mais toujours à partir de ‘Lilac Champagne’, vint ‘New Rochelle’ (1973), une autre avancée dans les bicolores rose/bleu, lui-même à l’origine de ‘Heavenly Harmony’ (1977), lequel a engendré ‘Karen’ (83) , l’un des plus beaux de la série, et ‘Frances Gaulter (1982). Enfin, par celui-ci on parvient à ‘Adventuress’ (1984), encore plus vif que ‘Karen’. Je suis un descendant de cet 'Adventuress'.

Vous voulez connaître mon arbre généalogique ? Le voici : Candy Clouds X Poem of Ecstasy. 'Candy Clouds' est aussi un produit de Barry Blyth, enregistré en 2002. C'est un iris rose corail, teinté de magenta aux épaules. 'Poem of Ecstasy' est originaire de Californie ; il est apparu chez Ben Hager, en 1995. C'est de cette variété que je tiens mon coloris, qui la tient elle-même de cet 'Adventuress' dont on parlait il y a un instant. Vous voyez, je descend de 'Frances Gaulter' et, par elle, de 'Lilac Champagne'. Je ne suis donc pas un ovni dans la grande famille des bicolores rose et bleu, et au moins trois de descendants immédiats de 'Poem of Ecstasy' sont proches de mon coloris : 'Broken Heart' (2006), de Tom Johnson, 'Testament' (2006), produit posthume de Ben Hager, et 'Vinna Hora' (2016), obtenu par Zdenek Seidl, en Bohême. Cependant je préfère mes couleurs douces aux leurs, plus vives, et, à mon goût, moins raffinées.

Je suis assez fier de dire aussi, que j'ai un demi-frère en Amérique. Quelqu'un de tout à fait célêbre ! Vous avez forcément entendu parler de lui, c'est 'Florentine Silk' de Keith Keppel, le plus bel iris des États-Unis (et peut-être du monde!) en 2012. Nous avons en commun notre « père » 'Poem of Ecstasy' ; nous sommes donc vraiment très proche parents, et d'ailleurs nous nous ressemblons comme des jumeaux. Regardez ça ! Des deux, je suis le plus clair, mon rose est très tendre et mon bleu, lavande, parfaitement uni. Mon frangin est de teinte un peu plus vive et contrastée ; le bleu de ses sépales est plus varié, avec un centre plus foncé et des bords grisés. Et en plus il est beaucoup plus bouillonné que moi ! Je dois l'avouer, c'est sans doute lui le meilleur de nous deux et il n'a pas usurpé sa récompense.

 'Florentine Silk' n'a pas de frères de semis enregistrés. Mais moi, j'en ai trois ! Ils s'appellent 'Poetic Walk', 'Ruby Haze' et 'Sirocco Mist', tous enregistrés en 2005, comme moi. Chez Barry Blyth, il n'est pas rare de trouver des familles nombreuses. Dans le cas présent, je suis le seul de cet acabit. Mes frères de semis sont tous les trois dans les tons de mauve. Mais s'il est enfant unique, 'Florentine Silk' a déjà plusieurs très beaux descendants. J'en citerai deux, tout récents et bicolores comme nous : 'Moment to Treasure' (T. Johnson, 2016) et 'Dawn's Silence' (Robin Shadlow, 2017). En ce qui me concerne, je ne suis pas peu fier de mes rejetons. 'Ballerina Queen' (B. Blyth, 2007), 'Mayfair Melody' 'B. Blyth, 2010) et 'Dressed to Impress' (J. Ghio, 2017) sont très proches de moi pour ce qui est du coloris. 'Sunset Plaza' (B. Blyth, 2008) ne nous ressemble pas : hasards de la génétique !

Vous voyez, tout ce beau monde porte les gènes de 'Adventuress' et, en remontant encore plus loin dans notre généalogie, de l'ancêtre 'Lilac Champagne'. Et cela grâce au travail de cette charmante Melba Hamblen à qui nous devons tout. Nous pouvons lui dire un fameux merci !

 Filiation résumée : 'Lilac Champagne → 'New Rochelle' → 'Heavenly Harmony' → 'Frances Gaulter' → 'Adventuress' → 'Poem of Ecstasy' → 1) 'Florentine Silk' ; 2) 'Fashionista' 

Iconographie : 


Fashionista' 


'Florentine Silk' 


'Poem of Ecstasy' 


'Ballerina Queen'


'Dawn's Silence'