19.1.19

LA PUISSANCE ET LA GLOIRE (la suite)

La période dorée de l'activité d'hybrideur de Ferdinand Cayeux se situe dans les années 1928/1937. Au cours de ces dix ans Ferdinand Cayeux a enregistré environ 260 variétés nouvelles ! Une telle production en dit long sur l'importance de l'entreprise et le travail fourni par son propriétaire. Et le miracle c'est qu'un grand nombre de ces iris existe toujours et est présent dans nos jardins partout dans le monde. Notre feuilleton va présenter une cinquantaine de ces variétés. 

III – 1930 

'Doña Sol' (pedigree non indiqué) 


'Fandango' (pedigree non indiqué) 


'Mephisto' (pedigree non indiqué) 


'Phébus' (pedigree non indiqué) 

'Victor Hugo' (pedigree non indiqué)

AU BEAU PAYS DE LA TOURAINE

De nombreux Tourangeaux ont eu à cœur de glorifier leur région d'origine. Parmi eux on trouve
Jacques-Marie Rougé (1873/1956) qui a exercé plusieurs fonctions dans les instances culturelles tourangelles et qui s'est particulièrement attaché à sauvegarder les contes et légendes de la région ainsi que le vocabulaire et les tournures traditionnels d'une province réputée pour la pureté de sa langue, mais qui, en fait, comme les autres, connut longtemps un parler riche et original, truffé d'expressions savoureuses, accompagnés d'un accent bien particulier.

Jacques-Marie Rougé, à ses heures, s'adonnait aussi à la poésie. C'est ainsi qu'il a mis en vers l'attirance qu'il avait pour les iris. La poésie ci-dessous n'est pas d'une richesse exceptionnelle, mais elle exprime assez bien les images lyriques qui peuvent venir à l'esprit d'un admirateur des iris.

LES IRIS 

Des iris bleus, des iris jaunes, 
Timides, s'ouvrent sous des aulnes. 

Ils paraissent tout étonnés 
Un matin d'avril d'être nés. 

Ces fleurs honteuses d'être nues 
Ont les frayeurs des ingénues.

Le vol léger d'un gai pinson 
Leur fait passer un lent frisson. 

Contre les brises matinales 
 Elles raidissent leurs pétales. 

Une jeune fille en passant 
Coupe les iris et les sent, 

Les lie avec un soin extrême 
En murmurant un nom qu'elle aime. 

Et l'on voit mirés dans ses yeux
Les jaunes iris et les bleus.

Voilà ! Ce n'est ni du Victor Hugo ni du Paul Verlaine, mais il n'est pas besoin d'avoir le talent d'un grand poète pour exprimer ses sentiments...

LA DÉCADE PRODIGIEUSE

 2009/2018

Cette fois c'est à l'auteur de polar américain Ellery Queen (dont Claude Chabrol a fait aussi un film en 1971) que le titre de cette chronique est emprunté. Elle concerne un autre américain, qui n'a rien du personnage principal du roman, bien connu des amateurs d'iris : Keith Keppel. Cette décade prodigieuse, c'est la période de 2099 à 2018 au cours de laquelle il a remporté à cinq reprises la fameuse Médaille de Dykes. C'est un exploit exceptionnel car si le nombre de cinq DM en 10 ans a déjà été atteint par deux fois, ce n'est pas un individu unique qui est arrivé à ce score mais une entreprise familiale, la maison Schreiner.

La première fois que le nombre de 5/10 a été atteint, c'est au cours de la décade 1992/2001. Les Schreiner, dont c'était la période dorée ont ainsi classé :
92 = 'Dusky Challenger'
94 = 'Silverado'
95 = 'Honky Tonk Blues'
99 = 'Hello Darkness'
2001 = 'Yaquina Blue'
 La voie triomphale a continué de 1994 à 2003, avec
94 = 'Silverado'
95 = 'Honky Tonk Blues'
99 = 'Hello Darkness'
2001 = 'Yaquina Blue'
2003 = 'Celebration Song'
mais elle s'est brusquement arrêtée lorsque les Schreiner ont orienté leur entreprise vers une production plus commerciale.

 Keith Keppel s'est toujours tenu à proximité du podium à partir de sa première DM pour 'Babbling Brook' en 1972, mais il n'y est remonté qu'en 2002, quand 'Fancy Woman' s'est installé sur la troisème marche, puis sur la seconde en 2003. Cependant il faut attendre 2004 et la victoire de 'Crowned Heads' pour le voir prendre place aux premières loges et ne plus s'en éloigner jusqu'à l'heure actuelle. Sa décade prodigieuse commence en réalité en 2011, quand 'Drama Queen' est couronné. Ensuite, la machine est lancée !
2011 = 'Drama Queen'
2012 = 'Florentine Silk'
2015 = 'Gypsy Lord'
2017 = 'Montmartre'
2018 = 'Haunted Heart'
et rien ne dit qu'on va s'arrêter là. Car pointent déjà leur nez des variétés comme 'Strawberry Shake', 'Tuscan Summer', 'Reckless Abandon' ou 'Adriatic Waves'.

 A ces Médailles de Dykes il faut ajouter les variétés qui ont failli l'emporter. C'est le cas de 'Happenstance' en 2009 et de 'Wintry Sky' en 2011 (mais, cette année-là, il a fallu choisir!) (1).

 Cette incroyable série de victoires et de places d'honneur concerne autant de profils différents : 'Drama Queen' est un plicata, 'Florentine Silk' un bicolore, 'Gyspsy Lord' un amoena à barbes rouges, 'Montmartre' un luminata et 'Haunted Heart' un amoena pastel. Ceci démontre que Keith Keppel est habile en toutes matières et que ses iris, quel que soit leur domaine, se placent au-dessus des autres. Cette insolente suprématie doit faire bien des envieux dans le microcosme américain des iris ! Par exemple son voisin -et ami – Paul Black, qui truste les victoires catégorielles, ou son autre copain, Joë Ghio, qui n'a plus rien remporté depuis 'Mystique' en 1980 mais dont on s'accorde à dire que ses obtentions sont de toute beauté.

Aujourd'hui Keppel est titulaire de huit Médailles de Dykes. Il n'y a que la maison Schreiner, avec 11 médailles, qui ait fait mieux, mais aucun « particulier » n'est parvenu au même niveau, même les plus fameux comme les frères Sass, Orville Fay ou Paul Cook.

Iconographie : 


'Drama Queen' 


'Florentine Silk' 


'Gypsy Lord' 


'Montmartre' 


'Haunted Heart' 

 (1) En 2011, en plus des deux variétés citées, 'Silk Road' a reçu le Fiorino d'Oro à Florence, tandis que 'Florentine Silk' et 'Tour de France' obtenaient une Wister Medal.

12.1.19

LA PUISSANCE ET LA GLOIRE (la suite)

La période dorée de l'activité d'hybrideur de Ferdinand Cayeux se situe dans les années 1928/1937. Au cours de ces dix ans Ferdinand Cayeux a enregistré environ 260 variétés nouvelles ! Une telle production en dit long sur l'importance de l'entreprise et le travail fourni par son propriétaire. Et le miracle c'est qu'un grand nombre de ces iris existe toujours et est présent dans nos jardins partout dans le monde. Notre feuilleton va présenter une cinquantaine de ces variétés. 

II – 1929

'Evolution' (Ochracea Caerulea X Marsh Marigold) 


'Frivolité' (pedigree non indiqué) 


'Hernani' (pedigree non indiqué) 

'Polichinelle' (pedigree non indiqué) 


'Vert Galant' (Asia X Bruno)

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Sosies 

Voici les photos de deux variétés d'origine différente mais qui semblent être deux fleurs jumelles ! La première est celle de 'Stitches', un nouveauté signée de Tom Johnson, aux Etats-Unis, la seconde est celle d'une obtention de Roland Dejoux provenant d'un croisement effectué chez Barry Blyth en Australie. Elles n'ont a priori pas de parents proches, cependant il est probable qu'une analyse fine de leurs pedigrees ferait apparaître un ou des ancêtres communs ; ce serait un travail intéressant mais difficile du fait de la complexité des arbres généalogiques. Quoi qu'il en soit leur ressemblance est confondante. Au point qu'on se demande si ce ne sont pas deux photos d'un même iris !



 'Stitches' : 

Sdlg. TH58A. :  ‘Stole The Show’ : ‘Snapshot’ x ‘Guardian Angel’ X ('Nothing But Class' :Stop Flirting’ x ‘Thundermaker’) x ('Cameo Minx' : ‘Decadence’ x ‘Royal Sterling’). 



Semis RD13-91-C : 

(Petticoat Shuffle x (09-85D : Reckless Abandon X (07-41A :Reckless Abandon (Starship Enterprise X (sib X Sharpshooter)) x Jazz Band))  X  X197-2 :  (V149-2: Reckless Abandon X (06-7A: Cotillon Gown Sib) x (V171-1: (06-139E: (02-80A: (98-204P: Charleston X  ((Rosarita X (Rancho Rose X (Roundup Sib X April Melody))) X Gigolo)  x Power Surge)) X (00-45A: Storm Track X Drama Queen)))) X Dreaming  Clown) X Adoree)) X (06-184B: (02-92A: (Inside Track X Spice Lord) X (Charleston X Drama Queen)).

POURQUOI ?

On fait bien souvent des gestes dont ne connaît pas vraiment la raison. Si on se demandait pourquoi au lieu d'agir par routine, on modifierait peut-être nos comportements, ou, tout au moins, on saurait pourquoi on agit. C'est ainsi qu'il y a des comportements ou des actions que l'on pratique dans nos jardins d'iris qui méritent des explications.

Pourquoi coupe-t-on les feuilles à la fin de l'été ? 

La personne qui vient s'occuper du jardin de ma voisine, et qui se prétend jardinier, a coupé à 10cm du sol les feuilles de tous les iris. Je lui ai demandé pourquoi il faisait ça. Sa réponse a été : « parce que j'ai toujours vu faire ça ». Il est vrai que c'est une pratique courante. Mais dans quel but réduit-on ainsi le feuillage de nos iris ? Quand l'été se termine, en même temps que la période de dormance des iris, les feuilles, qui ont vécu au ralenti pendant près de trois mois, ont perdu de leur superbe. La chaleur et l'ensoleillement les ont pas mal desséchées et les bordures n'ont plus bonne allure. La solution ? On rabat tout. Pourtant ?...

Pourtant les feuilles ont un rôle important. En particulier au moment de la reprise de la végétation. Elles ont un triple rôle. Le premier consiste à drainer l'humidité. Leur forme effilée, leurs nervures verticales, leur point d'ancrage unique contribuent à recueillir la plus petite trace d'humidité et à la conduire là où la plante en a besoin, c'est à dire à la pointe du rhizome. N'oublions pas que les iris à barbes sont originaires des régions méditerranéennes et même du Moyen-Orient, des territoires où l'eau est rare, surtout en été. Ils sont conçus pour ne pas la gaspiller ! Or l'eau est tout à fait nécessaire au système de pompe que représente l'existence d'un végétal. Sous l'effet de la chaleur elle s'évapore par le feuillage et cela crée une aspiration qui fait monter l'eau (et les nutriments trouvés dans le sol) dans la plante. En sens inverse la sève qui s'est enrichie dans les feuilles par l'effet de la photosynthèse descend naturellement vers le rhizome des iris et va y constituer les réserves qui seront utilisées au printemps suivant en vue de la nouvelle floraison. Sans feuilles, comment notre iris peut-il reprendre sa végétation et prospérer ? Couper ses feuilles sans discernement c'est donc priver la plante de ses poumons ! La bonne solution c'est de commencer par enlever les feuilles complètement sèches et inélégantes. Puis, si l'on veux donner au jardin une apparence pimpante, on taille les autres feuilles, jaunies ou sèches à la pointe, en biseau de manière à reconstituer l'aspect des feuilles fraîches. Je vous l'accorde, c'est un travail long, pénible et fastidieux, mais c'est la bonne façon. Et parce qu'il est plus commode de tout ratiboiser, c'est la pratique qui a triomphé ! En procédant ainsi, assez haut au-dessus du rhizome, le mal n'est pas désastreux, et d'ailleurs nos iris, robustes et résistants, réussissent à surmonter les méfaits de ce traitement de cheval. Mais les puristes devraient bien vite l'oublier ! Il est une situation, cependant, où couper une partie du feuillage a une justification : c'est lors de la transplantation. A ce moment la plante subit le choc de son retrait du sol et d'une inévitable dessication. Il faut donc éviter qu'elle ne perde davantage de son humidité et réduire la circulation de la sève contribue à cela et à la reprise progressive, au fur et à mesure de la régénération des racines.

Pourquoi ne sarcle-t-on pas entre les touffes ? 

L'ennui avec les iris c'est qu'il y a toujours des adventices qui viennent se loger au plus près des rhizomes et les enserrent dans un réseau dense qui entrave leur développement. Il faut donc désherber continuellement, avant que ces envahisseuses ne deviennent trop difficiles à éradiquer. Quand la plantation d'iris atteint un nombre important de touffes, il est tentant d'utiliser un désherbant chimique. Mais beaucoup d'amateurs craignent les conséquences de ces traitements. Que ce soit au plan de l'empoisonnement des sols ou à celui des atteintes aux plantes elles-mêmes que l'on voulait protéger. Un petit coup de binette ne serait-il pas préférable ?

En matière de protection de la nature, pas de problème. Mais ne risque-t-on pas d'autres conséquences ? Les iris ont un réseau racinaire dense, superficiel, mais charnu et fasciculé, ce qui réunit à la fois des avantages et des inconvénients. Le grand nombre de brins, proches les uns des autres, assure un solide ancrage, même s'il ne s'enfonce pas profondément. De plus, dans le but d’assurer à la plante une stabilité suffisante, les racines les plus latérales vont s’écarter en éventail, courant près de la surface du sol. Celles placées à l’avant de la plante vont avoir un rôle primordial à jouer dans cette recherche de la stabilité, en effet la partie la plus lourde de la plante se trouve là : la hampe florale est placée à cet endroit et il va falloir la tenir bien dressée. Tout ceci n'est pas favorable à un entretien par sarclage. En effet la binette va sectionner un grand nombre de brins et d'une part déstabiliser la plante, d'une autre amoindrir ses capacités d'approvisionnement en eau et en sels minéraux ; et enfin favoriser les infections bactériennes par les blessures provoquées. Par ailleurs ce traitement n'aura guère d'effet sur les adventices qui se sont insinuées entre les brins. Voilà pourquoi le sarclage n'est pas recommandé : les iris ne sont, certes, pas exigeants, mais pour les débarrasser des herbes nuisibles, rien ne vaut une intervention manuelle !

Pourquoi faut-il éliminer les capsules spontanées avant qu'elles n'arrivent à maturité ?

Une personne à qui j'avais donné il y a quelques années un certain nombre de variétés de coloris variés m'a dit récemment :  « Mes iris ont dégénéré, ils sont presque tous devenus bleus. » Je me suis retenu de lui répondre qu'elle avait manqué de soin, mais c'est pourtant ce qui est arrivé et qui lui a laissé croire que ses iris avaient changé de couleur.

 Non, les iris rhizomateux ne dégénèrent pas. C'est biologiquement impossible. Tous les éléments génétiques de la plante sont présents dans le rhizome et ne peuvent pas s'en échapper. Ils se rassemblent dans la pointe du bourgeon ainsi que dans les bourgeons latéraux et vont donner naissance, non pas à une plante nouvelle, mais à une reproduction à l'identique de la plante précédente , et ce type de reproduction peut durer éternellement. Alors, comment expliquer que des touffes solidement établies et apparemment en bonne santé semblent ne pas continuer pas à reproduire la plante initiale ? On a quelquefois l'impression que les iris change de couleur et qu'ils deviennent bleus, ou blancs. Voici l'explication. Un certain nombre de fleurs d'iris se trouvent fécondées par les bourdons. Cela n'a rien d'anormal, c'est même ce à quoi servent les fleurs et ces gros insectes. Tous les amateurs constatent que des capsules se développent à la base de certaines fleurs, grossissent puis, vers la mi-août, se dessèchent et s'ouvrent. Elles contiennent de grosses graines d'aspect voisin des grains de maïs, qui vont nécessairement tomber à terre. Certaines vont y germer au pied de la plante dont elles sont issues et celles qui vont se développer seront les plus vigoureuses, mais elles auront très souvent des caractères médiocres ce qui ne les empêchera pas d'étouffer la variété initiale et de se substituer à elle. Mais pourquoi ces nouvelles plantes sont-elles le plus souvent blanches ou bleues ? Tout simplement parce que les espèces originales qui constituent la base du cocktail variétal que sont les iris hybrides actuels, sont essentiellement de coloris bleu, ou blanc, et que leurs gènes ont tendance à prendre dans les graines le dessus sur les gènes plus fragiles des autres espèces. Et lorsque ceux-ci se mélangent pour donner naissance à une plante nouvelle, c'est au plus fort la poche ! La nature n'a que faire de nos choix humains et elle privilégie les spécimens robustes et résistants.

Voilà pourquoi, si l'on veut conserver les caractéristiques des hybrides que l'on a planté, il faut éliminer les capsules provenant des pollinisations naturelles, le plus tôt possible – ce n'est pas la peine que la plante s'épuise à faire mûrir des fruits qui ne seront pas conservés - et de toute façon avant qu'elles ne s'ouvrent et se déversent dans le jardin. Sauf bien entendu si on veut récolter les graines, auquel cas il faudra surveiller la maturation et procéder à la récolte avant l'éclatement des capsules .

Trois questions, trois réponses, pour trois gestes que l'on fait (ou que l'on de fait pas) dans nos jardins d'iris. Trois gestes qui ne sont pas sans conséquences, et dont il vaut mieux connaître les tenants et aboutissants. Car il vaut mieux se poser des questions avant qu'après une surprise désagréable.

4.1.19

LA PUISSANCE ET LA GLOIRE (la suite)

La période dorée de l'activité d'hybrideur de Ferdinand Cayeuxse situe dans les années1928/1937. Au cours de ces dix ans Ferdinand Cayeux a enregistré environ 260 variétés nouvelles ! Une telle production en dit long sur l'importance de l'entreprise et le travail fourni par son propriétaire. Et le miracle c'est qu'un grand nombre de ces iris existe toujours et est présent dans nos jardins partout dans le monde. Notre feuilleton va présenter une cinquantaine de ces variétés. En commençant par quelques-unes de celles de l'année 1928.
I – 1928
  • 'Farandole' (pedigree non indiqué)
  • 'Hélios' (Claude Monet X Clémentine Croutel)
  • 'Néné' (Clémentine Croutel X Bruno)
  • 'Yves Lassailly' (pedigree non indiqué)
  • 'Zampa' (pedigree non indiqué)



ECHOS DU MONDE DES IRIS

Un peu de beauté 

Vous connaissez Michelangelo Merisi ? Sans doute que non. Il est plus connu sous le surnom de « Caravaggio » ou « Le Caravage ».

Son très célèbre tableau « Le joueur de luth » présente en arrière plan un bouquet composé de fleurs diverses parmi lesquelles on trouve un superbe iris blanc, vraisemblablement un iris de Florence, dont la clarté tranche sur le mur sombre du fond. Un autre iris, violet, un peu en retrait, disparait presque dans le clair-obscur.

Un instant de bonheur et de poésie que j'ai pu entrevoir au Musée de l'Ermitage à St Petersbourg, mais dont la contemplation m'a été mesurée par les garde-chiourme qui font circuler les visiteurs à toute vitesse ...

LA FLEUR DU MOIS

'Mary Senni' (Millet et fils, 1930) 

Origines non communiquées 



Dans son catalogue de 1931 la famille Millet décrit sa nouvelle variété 'Mary Senni' comme « ...lilas rosé avec des reflets irisés et une barbe jaune ; cela constitue un ensemble harmonieux et délicat. La diversité dans la structure des pétales donne l'impression d'un voile de soie sur du velours du même ton. » Ce n'est pas la même vision que l'on trouve dans un ancien catalogue américain, daté de 1955, qui décrit comme suit 'Mary Senni' : « Cet iris a eu une grande renommée dans son temps. Les fleurs sont grandes et il fleurit bien. Les pétales sont d'un lilas tendre avec une nette infusion de brun-rouge. Les sépales sont d'un violet profond, lilas à la pointe. Nommé en l'honneur de la Comtesse Mary Senni qui vit près de Rome et qui est une ardente passionnée d'iris, avec de nombreuses obtentions à son crédit, même si elle n'en a mis aucune sur le marché. » La photo ci-dessous permettra à chacun de faire sa propre appréciation ...

C'est la première fois que je fais le portrait d'une variété que je n'ai jamais vue et qui, si elle existe toujours dans quelque jardin, doit avoir le plus souvent perdu son nom. Quoiqu'il en soit, 'Mary Senni' mérite bien en coup de chapeau. A la fois pour la personnalité de sa dédicataire, et pour l'importance de son obtenteur.

Mary Senni, la dédicataire, américaine mariée à un comte italien, avait acquis à cette époque une réputation de collectionneuse avisée et de rédactrice d'articles documentés sur les iris, publiés dans la revue italienne « Il Giardino Fiorito » ainsi que dans le bulletin de la British Iris Society (BIS). Elle avait aussi, dès l 'âge de 45 ans, entrepris de nombreuses hybridations et à la fin de sa vie, en 1972, elle avait à son actif environ deux cents variétés d'iris, essentiellement des TB, mais également quelques IB et Arilbreds. Jusqu'à un âge avancé elle déploya une intense activité liée aux iris, faisant partie des créateurs du Concours de Florence, auquel elle participa dès le début et remporta plusieurs trophées secondaires : en 1957, pour 'Giannandrea', un jaune orangé foncé dédié à son fils ; en 1958 pour 'Briano' (meilleur iris rouge) ; en 1959 pour 'Maremma', un brillant bleu ciel ; en 1964 pour 'Agnes' (autre iris rouge rubis). Elle était si connue et appréciée que la BIS, en 1959, lui attribua la fameuse « Foster Memorial Plaque », distinction prestigieuse s'il en est.

En offrant à cette dame l'une de ses variétés, la Maison Millet avait dès 1930 tenu à saluer cette passionnée d'iris. Chez Millet la coutume de la dédicace était bien ancrée dans les habitudes de cette grande maison qui rivalisait alors avec la Maison Cayeux sans jamais cependant réussir à lui ravir, ne fut-ce qu'une fois, la Médaille de Dykes Française offerte par la Grande-Bretagne à la France pendant les années 1930. Cet échec ne doit pas laisser à penser que les Millet n'était qu'une entreprise de second plan. Ils constituent en fait une dynastie d'hybrideurs qui a débuté au milieu du XIXe siècle avec Armand, lequel a été suivi d'Alexandre, à qui a succédé Lionel. C'est celui-ci qui gérait l'entreprise pendant l'entre deux guerres et qui, chassé par l'urbanisation de la région parisienne, a transporté sa pépinière de Bourg la Reine à Amilly, près de Montargis. Un peu comme les Cayeux ont été obligés de faire en se déplaçant de Vitry à Poilly lès Giens. Les Millet ont à leur actif plusieurs d'une importance majeure dans l'histoire des iris. Pour ne citer que les principaux, voyons le fameux 'Souvenir de Madame Gaudicheau' (1914), ainsi que 'Germaine Perthuis' (1924), 'Souvenir de Laetitia Michaud' (1923) ou 'La Bohémienne' (1926). Mais n'oublions pas 'Mady Carrière' (1905), 'Colonel Candelot' (1907), 'Madame Cecile Bouscant' (1923), 'Henri Rivière' (1927) ou 'Héliane' (1931).

On ne sait rien du pedigree de 'Mary Senni' : il n'était pas de coutume, à l'époque, de le diffuser systématiquement, et même les hybrideurs le dissimulait souvent de peur que leurs concurrents ne les plagient ! Pas étonnant dans ces conditions que cette plante n'ait pas été largement utilisée en hybridation ! Je ne sais pas si c'est dommage, mais, en l'état, 'Mary Senni' fait partie des iris classiques qui ont eu leur heure de gloire, mais qui sont retombés dans l'anonymat.

Sources :
Patrizia Verza-Ballesio : « Le iris tra botanica e storia »
AIS : Iris Encyclopedia.

Illustrations : 

'Mary Senni' (Millet, 1930) 


'Giannandrea' (Senni, 1957) 


'Luzzara' (Senni, 1939) 

'Germaine Perthuis' (Millet, 1924)

UNE HISTOIRE DE LIGNÉES

Quand j'étais enfant (je vous parle d'un temps que les moins de 70 ans ne peuvent pas connaître !), lorsqu'une chanson avait du succès plusieurs chanteurs la mettaient à leur répertoire. C'était un signe de notoriété pour le ou les auteurs, et pour les interprètes une garantie de bonnes ventes. Peu a peu une situation inverse s'est installée. De nos jours les compositeurs travaillent pour un chanteur. Ils lui écrivent des chansons, rien que pour lui ; elles ne seront reprises par d'autres que pour des occasions exceptionnelles. C'est exactement l'inverse qui s'est produit en matière d'iris.

Dans les premiers temps, et jusque dans les années 1960, chaque hybrideur exploitait et développait ses propres lignées, soit pour un coloris déterminé, soit pour un modèle particulier. Cela a grandement facilité le travail des auteurs de « The World of Irises », Keith Keppel et Melba Hamblen, quand il s'est agi de raconter la genèse des iris, notamment pour le gros chapitre 4, consacré aux « Tall Bearded », les grands iris. On peut prendre pour exemple le cas des iris roses à barbes orange. Après les débuts aléatoires des années 1920, le modèle prend véritablement corps avec 'Seashell' (Loomis, 1940). Puis vint le travail colossal et persévérant de David Hall (17 ans de croisements avant d'obtenir un résultat présentable) et l'obtention de 'Vanity Fair' (1950), 'Happy Birthday' (1952) et de nombreux autres. Autre lignée, celle de Orville Fay, avec au départ 'Pink Cameo' (1946), puis 'Mary Randall (1951) et quelques autres. Et n'oublions pas Tell Muhlestein avec 'June Meredith' (1953), 'Pink Fulfillment' (1954), 'Pink Enchantment' (1954) et d'autres iris roses remarquables. Après cela on assiste au mélange des lignées, d'abord avec Nate Rudolph ('Pink Taffeta' (1965), 'Pink Sleigh' (1970) ;) puis avec George Shoop ('One Desire' (1960) ), Opal Brown ('Queen of Hearts' (1973) ) et bien d'autres.

 Ainsi, peu à peu les lignées individuelles ont été mélangées et les caractéristiques des unes et des autres ont été alliées, de sorte qu'aujourd'hui les variétés qui apparaissent ont toutes les mêmes origines. Il arrive encore, heureusement, qu'un obtenteur mette au point un modèle ou un coloris nouveau. Mais à peine ces nouveautés sont-elles sur le marché que chacun s'en empare et les exploite à son profit. Ce fut le cas pour les amoenas bleus inversés, c'est maintenant celui des distallatas, ce sera très certainement celui des variétés dotées du signal semblable à celui des iris arils, modèle qui n'a pas encore de nom mais qui déjà se répand...

 Dans le système des lignées chaque hybrideur mettait sa fierté à améliorer ce qu'il avait amorcé, et l'émulation consistait à faire progresser parallèlement des lignées différentes. C'était un système où les différents créateurs mettaient leur talent à essayer de faire mieux – par des voies différentes – que le confrère travaillant sur le même sujet. Et cette saine concurrence a permis à l'iridophilie de progresser rapidement. De nos jours le défi n'est pas tant de faire progresser tel ou tel modèle que de montrer au monde des iris que l'on est capable de faire la même chose que le voisin, et si il y a une amélioration elle se fait en utilisant le matériel génétique préparé par un ou plusieurs autres. Quand Keppel fait avancer le modèle luminata, comme il l'a fait avec 'Montmartre', il ne faut pas attendre longtemps pour voir naître d'autres 'Montmartre', à peine retouchés. Ce phénomène se reproduit chaque fois qu'un hybrideur obtient une variété originale ou un nouveau modèle. Il ne faudra pas des années pour que sa découverte soit recopiée par un ou plusieurs confrères.

 L'obtention de ces sortes de copies est rendu possible par le fait que de nos jours, dans un même semis, apparaissent souvent de nombreux iris de grande valeur, et que le choix de parents proches de la variété que l'on veut imiter se trouve facilité. Jadis dans un même croisement il était rare de découvrir plus d'une plante digne d'être sauvegardée, alors que l'on note maintenant souvent quatre ou cinq, voire plus, frères de semis sélectionnés. Le travail des hybrideurs est devenu beaucoup moins ingrat et des opportunités bien plus nombreuses s'offrent à eux.

 L'histoire des lignées s'est peu a peu arrêtée. Fut-il le regretter ? Oui, dans une certaine mesure, car elle a excité l'imagination et le génie des obtenteurs gérant d'une famille d'iris, et aussi parce qu'elle a favorisé une sorte de paresse dans la recherche d'une réelle nouveauté, non parce que ce furent les grands maîtres eux-même qui n'ont pas hésité à partager leurs petits secrets et le pollen de leurs fleurs, et que la situation nouvelle, pour n'avoir pas que des avantages, a tout de même permis l'énorme développement de l'hybridation des iris telle que nous la connaissons aujourd'hui.

Illustrations : 

'Sea Shell' 


'Vanity Fair' 

'Pink Enchantment' 

'One Desire'