23.11.07




LES ROUGES D’ABBEVILLE

Les habitants d’Abbeville, dans la Somme, vont être intrigués par le titre de cette chronique. De quoi peut-il s’agir ? Qu’est-ce qui se passe à Abbeville ? Ils vont peut-être être déçus : ce n’est pas de « leur » Abbeville qu’il s’agit, mais d’une cité de Louisiane, aux Etats-Unis, non loin des côtes du Golfe du Mexique, à peu près à mi-chemin entre Houston, au Texas, et La Nouvelle Orléans, à environ cinquante kilomètres au sud de Lafayette. Elle se situe au cœur d’une zone de marécages, dans ce pays cajun, où l’on trouve tant de traces de la présence française, du temps d’avant que Napoléon 1er ne vende la Louisiane aux Etats-Unis.

Mais c’est quoi, ces Rouges d’Abbeville ? Des Indiens ? Pas du tout ! Ce sont des iris !

Dans le marais d’Abbeville au bord du bayou Vermilion, à la fin des années 30, un certain W.B. McMillan a découvert un nouvel iris. Un iris apogon, en deux tons de rouge carminé, avec de larges sépales vivement colorés. Cette nouvelle plante a immédiatement suscité un très grand intérêt chez les spécialistes des iris. Pendant des années elle a fait l’objet d’interminables débats taxonomiques, mais le consensus semble s’être fait sur ce que ce serait un hybride entre I. fulva, I. giganticaerulea et I. brevicaulis. Un hybride, peut-être, mais un hybride stabilisé à qui on peut attribuer le statut d’espèce. C’est L.E. Randolph, qui en a fait la description précise en 1966, et l’a baptisée du nom de Iris nelsonii, en hommage à Ira S. Nelson, un universitaire qui, à partir de 1941, a développé l’hybridation des iris de Louisiane.

Avant d’être ainsi dénommés les iris découverts sur les berges du bayou Vermilion étaient désignés simplement sous l’appellation d’iris rouges d’Abbeville.

En dehors de savoir s’il s’agissait d’une espèce ou d’un hybride, l’intérêt des ces iris était qu’ils pouvaient apporter un enrichissement phénoménal du nouveau type d’hybrides en cours de développement, connu sous le nom d’Iris de Louisiane. En effet les trois espèces qui, jusque là avaient été croisées en vue d’obtenir un nouvel hybride intéressant pour le jardin, I. fulva, I. giganticaerulea et I. brevicaulis, ne disposaient pas de la couleur rouge cramoisi. I. nelsonii comblait cette lacune. De ce jour, l’hybridation des Iris de Louisiane a pris un nouvel essor.

Cet essor a été d’autant plus important qu’en plus de la couleur rouge pourpré, I. nelsonii apportait aux nouvelles plantes un tas d’avantages remarquables. D’abord une rusticité qui permettait leur distribution au-delà de leur région d’origine jusque là limitée à un petit quart sud-est des USA. Ensuite des fleurs plutôt grandes, plus grandes en tout cas que les trois autres espèces utilisées jusque là en hybridation, avec des pièces florales épaisses et de la consistance du cuir, qui se recouvrent partiellement les unes les autres, ce qui donne un aspect plat et large. Il n’est pas rare, encore, qu’il donne naissance à plusieurs tiges florales portant chacune une paire de boutons floraux à l’aisselle des feuilles. Ces caractéristiques se retrouvent dans les hybrides, ce qui confère encore plus d’intérêt à cette miraculeuse espèce.

Il n’y a en fait qu’une caractéristique que ne possède pas I. nelsonii (voir photo). C’est d’être tétraploïde. En effet, comme les autres espèces de la série Hexagonae, il reste diploïde. Il a fallu le travail de Joseph K. Mertzweiler, puis de Currier McEwen pour qu’apparaissent des Iris de Louisiane tétraploïdes. Cette multiplication des chromosomes présente l’avantage de donner naissance à des plantes plus grandes et plus vigoureuses, avec des fleurs plus solides disposant, par-dessus le marché d’infinies possibilités de variétés des couleurs et de mélanges de teintes. Elle a pour inconvénient que les plantes soient peu fertiles, mais cette difficulté est peu à peu corrigée, au fil du temps et de sélections horticoles. (voir photo de ‘Professor Neil’ –Mertzweiler 92)

Grâce aux « Rouges d’Abbeville », un nouveau type d’iris s’est développé et a atteint aujourd’hui un niveau proche de celui des grands iris de jardin (TB), puisque les Iris de Louisiane arrivent en deuxième position pour le nombre de nouvelles variétés enregistrées chaque année.

1 commentaire:

jean Peyrard a dit…

J'ai cultivé plusieurs années iris nelsonii dans un gros conteneur placé dans une cuvette d'eau dans mon climat de montagne. Il se sème ( grosse graine à paroi épaisse) J'ai cultivé les autres espèces et le hybrides de Louisiane de la même façon !