29.10.10

MYSTÉRIEUSE HARMONIE DE BEAUTÉS DIFFÉRENTES







Au premier acte de « Tosca », Mario Cavaradossi, le héros, s’interroge sur les beautés différentes de la brune Tosca, celle qu’il aime, et de la blonde Attavanti dont il peint le portrait. C’est un peu ce que pourrait faire l’amateur d’iris devant l’harmonie des fleurs bicolores.

Clair et foncé, c’est ainsi que se présentent en général les fleurs d’iris bicolores. Pétales clairs, sépales foncés. Il existe des compositions inverses, mais elles sont encore peu nombreuses et représentent une évolution encore difficile à maîtriser. Tout l’art de l’obtenteur est de réussir à marier deux couleurs qui créent entre elles une harmonie séduisante, où triomphe le charme et le bon goût.

On a coutume de désigner par des noms particuliers les fleurs dont les pétales sont blancs ou jaunes, et les sépales d’une autre teinte, plus ou moins sombre. Pour les pétales blancs, on parle d ‘ « amoena », pour les pétales jaunes on dit « variegata », mais il n’y a pas de vocable pour les autres associations de couleurs. Chez les amoenas qui, à l’origine, étaient blanc/bleu ou blanc/violet, les sépales ont pris peu à peu toutes les couleurs de la palette des iris. A commencer par le jaune qui est apparu très tôt, avant d’être rejoint par le brun, l’orange, le rose, le pourpre et même le noir (ou presque noir). Si la plante de référence des amoenas bleus est certainement ‘Whole Cloth’ (Cook, 1957), il ne faut pas oublier non plus le « vieux » ‘Wabash’ (E.B. Williamson, 1936). Le modèle des amoenas jaunes sera le néo-zélandais ‘Pinnacle’ (Stevens, 1945). Le brun est venu un peu plus tard. Le plus emblématique des blanc/brun est sans doute ‘Repartee’ (Catherine Smith, 1968). Il est plus difficile de situer le point de départ des autres associations de couleur. Le rose est venu de Nouvelle-Zélande et c’est une nouvelle fois Jean Stevens qui a été aux avant-postes. Son ‘Sunset Snows’ (65) est là pour le prouver. Elle s’est également distinguée dans le mariage blanc/grenat ou amarante grâce à son ‘Finest Hour’ de 1955. L’orange a attendu le travail de Gordon Plough qui, dans ce domaine comme dans d’autres, s’est fait un temps une spécialité des blanc/orange, ou tout au moins blanc/abricot, comme en témoigne son ‘Java Dove’ de 1964. La juxtaposition de blanc et du pourpre est le fait des Schreiner, avec ‘Breaking Dawn’ en 1971, mais aussi celui d’Esther Tams et de son ‘Dream Lover’ qui enlèvera la DM en 1977. Quant au contraste absolu du blanc/noir, il faudra attendre les années 90 et l’apparition de ‘Starring’ (Ghio, 1999) pour dire que le but aura été atteint. En sens inverse on est encore loin d’un noir/blanc, mais les amoenas inversés sont apparus il y a maintenant longtemps avec ‘Avis’ (Varner, 1963) et sont devenus nombreux ces dernières années. Non seulement en bleu/blanc, mais aussi en jaune/blanc et rose/blanc.

Il y a déjà eu ici plusieurs articles faisant le point sur les iris variegatas. Le jaune a été marié à plusieurs autres couleurs, la plus courante étant le brun-rouge ou le grenat, comme c’était déjà le cas avec ‘City of Lincoln’ de Hans Sass en 1937. l’autre couleur à laquelle il a été associé est le mauve ou le violet. Peut-être le plus symbolique des jaune/mauve est-il ‘Betty Simon’ (Hamblen, 1976), mais il y en a bien d’autres tout aussi connus. En jaune/violet, ‘Edith Wolford’ est le plus apprécié, mais il a été précédé par exemple par son ancêtre ‘Milestone’ (Plough, 1965), déjà bien contrasté. On trouve aussi quelques jaune/rose orchidée, mais l’harmonie des couleurs est moins intéressante. Les variegatas inversés n’ont fait leur apparition que récemment et ‘Bold Statement’ (IB) (Tasco, 2001) en est l’exemple le plus achevé.

Reste le cas des autres bicolores. Si on enlève les iris à pétales blancs et ceux à pétales jaunes (ou d’une couleur tirant sur le jaune) et leurs inverses, que reste-t-il ? Essentiellement les fleurs à pétales roses et à sépales d’une couleur plus sombre, comme le bleu ou le violet, ainsi que leurs dérivés. C’est notamment sur ce schéma que Barry Blyth, en Australie, a basé son travail et réussi une multitude de combinaisons.

On a coutume de situer le premier exemple d’iris tétraploïde bicolore chez ‘Nene’ (F. Cayeux, 1928), mais la teinte générale de cette variété la place plus justement parmi les iris pourprés puisque ses pétales sont d’un rose orchidée profond et ses sépales d’un grenat soutenu. C’est un peu la même chose que l’on trouve chez le fameux ‘Camelot Rose’ (Tompkins, 1965). L’un des tout premiers rose/bleu serait plutôt ‘Magic Potion’ (Ghio, 1974), même si la place du bleu (du mauve en l’occurrence) est assez réduite et les deux teintes peu différenciées. Mais il faut un commencement à tout ! Dans ce genre, The World of Irises parle aussi de ‘Love Is’ (Varner, 1972), mais en trouver la trace aujourd’hui, physiquement comme en photo, ne semble pas évident. Parlons plutôt de ‘Latin Tempo’ (Blyth, 1974), en rose/bruyère et de ‘Touche’ (Hamblen, 1969) en rose dragée/bleu lilas. A partir de ces plantes excellentes, un grand nombre de variétés ont été obtenues, des plus pastels ou plus contrastées, comme ‘Heather Blush’ (Hamner, 1976), ‘Love Bandit’ (Blyth, 1977), ‘Banjo Man’ (Hamblen, 1980), ‘Karen’ (Hamblen, 1983), et bien d’autres…

Les subtils mélanges de couleurs constituent un des charmes de nos chers iris. Comme le peintre de « Tosca » on ne manque pas d’en chanter la diversité et d’en apprécier la multitude. Mais en plus on peut parier que l’on n’est pas au bout de nos émerveillements.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Superbe article, je l'ai beaucoup apprécié; merci!

Anonyme a dit…

Merci pour les leçons, toujours très intéressant
Vous pouvez trouver en photo ‘Love Is’ (Varner, 1972), sur le site du: Cultivar Finder: Iris - Dave's Garden.
Tiziano Dotto