4.8.17

CHER DISPARU : I. BURIENSIS

Dans le bulletin « Roots », organe de la « Historic Preservation iris Society » (HIPS), il y a très souvent des articles intéressants. Cette fois il s'agit d'une véritable découverte qui éclaircit ce qui étaitpour moi une énigme agaçante. A quoi ressemblait le fameux I. buriensis, celui que l'on considère comme le premier iris hybride sélectionné et cultivé ? Par diverses sources on savait qu'il s'agissait d'un iris plicata bleu. Mais encore ? Le texte découvert par l'auteur de l'article auquel je fais référence, John R. Finney, fournit une description précise, établie par une personnalité indiscutable de l'époque, Henri Antoine Jacques, jardinier du roi Louis-Philippe en son château de Neuilly et lui-même obtenteur d'iris (voir le célèbre 'Jacquesania' de 1840).

 C'est dans la Revue horticole du 19eme siècle « Annales de Flore et de Pomone » volume 2 (1833-1834) pages 285 et 286 que le texte a été publié. Le voici :

« Iris de Bure, Iris Buriensis. 

Ce nom est celui de l'amateur qui l'a obtenue (1) ; je l'ai vue, envoyée au Jardin des Plantes sous la même dénomination par notre collègue M. Lémon. Je l'ai obtenue il y a six ou sept ans de M. Blondel, pharmacien en chef des Invalides, qui lui-même la tenait de son auteur il y avait déjà plusieurs années. Ayant eu l'avantage de voir ce dernier il y a quelques temps, il m'a affirmé qu'il y a plus de vingt ans qu'il l'avait obtenue d'un semis de l'iris plicata ; et en effet c'est de cette plante dont elle se rapproche le plus, mais elle est infiniment plus belle, et c'est la plus jolie que je connaisse dans ce nombreux genre. 

Feuillage vigoureux de 18 à 20 pouces de haut (2), d'un vert glauque ; hampe rameuse au sommet, s'élevant de 30 à 36 pouces (3) ; fleurs grandes ; les trois pétales extérieurs renversés en bas, d'un beau blanc et seulement bordés de stries pourpre-violet sur les bords ; barbe blanche à sommet jaune ; pétales intérieurs redressés et rapprochés d'un beau blanc et aussi bordés de stries comme les extérieurs mais seulement mieux marqués ; stigmates larges, pourprés, fendus au sommet et dentés sur les bords ; odeur douce et très agréable : fleurit en mai.Cette plante, aussi rustique que la plupart de ses congénères, n'est pas délicate sur le choix du terrain, et se multiplie facilement par la séparation de ses touffes. »

On ne peut pas trouver description plus précise : bien des hybrideurs d'aujourd'hui devraient en prendre de la graine ! On voit qu'il s'agit d'un plicata léger, largement dominé par la couleur blanche qui intéresse aussi bien les sépales (baptisés ici « pétales extérieurs ») que les pétales (« pétales intérieurs »), avec seulement des dessins plus marqués sur les pétales. Il est à présent facile de se faire une idée de l'apparence de l'iris buriensis. C'est ce qu'a fait l'auteur de l'article qui écrit : « Quand j'ai visualisé Iris de Bure tel que M. Jacques l'a décrit, j'ai réalisé qu'il devait beaucoup ressembler à l'iris historique 'True Delight' (Sturtevant, 1924). » Pour mon compte j'y vois aussi l'excellent 'Stitched Right' (Mark Rogers, 1976)) à moins que ce ne soit le joli BB 'Step by Step' (Mark Rogers, 1971).

 Le reste de l'article est essentiellement consacré à raconter les difficultés rencontrées par l'auteur pour obtenir une traduction convenable de la description de M. Jacques. Le français n'est pas toujours la tasse de thé des irisariens américains...

 Pour moi, ce que dit Jacques remet en question la date d'obtention de I. buriensis. Jusqu'à présent les bons auteurs disaient que cette variété devait dater des années 1830. Mais Jacques parle d'une date qui se situe plutôt dans les années 1810 ! Nos chers iris fêtent donc actuellement leur deux centième anniversaire.

Iris buriensis serait disparu. On ignore à quel moment cette variété, apparemment facile à cultiver et fort répandue dans les débuts du 19eme siècle, a cessé d'être précisément identifiée. Aurait-elle été victime du sac du château de Neuilly, en 1848, et de la destruction du jardin y attenant où officiait Henri Jacques ? Il est plus plausible que, comme beaucoup d'autres, elle ait fini par être si commune que le nom qui lui avait été attribué est devenu un nom commun, lui-même oublié au fil des ans et des transplantations. Il est très vraisemblable que I. buriensis existe toujours, mais il s'est en quelque sorte naturalisé : curieux phénomène qui rend ordinaire un nom propre tellement fréquent, jusqu'à en faire un vulgaire nom commun. I. buriensis est devenu tellement ordinaire qu'il n'a plus eu besoin d'un véritable nom pour être identifié !

Quoi qu'il en soit, il faut dire un grand merci à John Finney dont la trouvaille a fourni un portrait parfait d'une variété mythique et fait reculer de vingt ans l'origine estimée des iris de jardin.

Iconographie : 



 'True Delight' 


'Step by Step' 


'Stitched Right' 

(1) Iris est au féminin dans les textes anciens, tout comme en latin.

(2) Soit environ 40 cm

(3) Soit environ 85/90 cm.

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Il est intéressant de noter que le texte extrait des Annales de 1833 ne vienne faire surface ici que maintenant et soit présenté comme une ‘découverte’ U.S.par l’auteur ‘averti’ de ce blog’ qui n’en prend connaissance qu’en 2017.
Un cheminement aussi lent ne risque pas de faire évoluer la connaissance des iris et explique sans doute que ce blog se limite à une usine de copier-coller.

blog@iris-en-provence.fr a dit…

Que de bile et que de lâcheté à se cacher sous l'anonymat... Faites donc M. ou Mme l'inconnu(e) œuvre utile et ouvrez-donc - vous aussi - un blog pour nous inonder de vos lumières...
Pour info, Le texte en question, (tout comme les 8 tomes entiers) est disponible sur Gallica.

Sylvain a dit…

Faut-il prendre le commentaire de cet "Anonyme" pour une aimable raillerie ? Ou pour une acerbe critique d'un travail d'information qui va chercher l'information où elle se trouve, mais prend la peine de citer ouvertement ses sources quand elles viennent d'autres auteurs ?

On ne peut pas plaire à tous le monde, hélas.

iRIS DE LA BAIE a dit…

Article particulièrement intéressant.
Il y aura toujours des 'anonymes' pour critiquer le travail des autres.

J.C. Jacob