9.7.21

LES ADVENTICES

(ou comment s'en débarrasser) 

Comme pour toutes les plantes qui restent longtemps en place, il faut penser à désherber les iris. C'est sûrement le seul côté un peu désagréable de la culture de cette plante, par ailleurs peu exigeante en soins. Mais on va voir que ce qui peut être vécu comme une corvée peut aussi présenter quelque agrément. 

La première chose dont on va parler concerne ce qui se passe avant l'implantation des nouveaux iris ou le transfert d'une plantation ancienne vers un nouvel emplacement, ce qui revient au même. Il s'agit de la préparation des sols car celles que l'on appelle les plantes adventices sont déjà là avant que n'apparaissent les iris. Il faut donc d'abord nettoyer le terrain où va avoir lieu la plantation. Jusqu'à une période récente la plupart des jardiniers faisaient pour cela usage d'un désherbant systémique qui, répandu sur les plantes en place, pénètre dans leurs cellules et les tue. L'espace prenait ainsi une couleur roussâtre caractéristique jusqu'à l'heure où toutes ces plantes mortes allaient être enlevées. L'utilisation des ces produits chimiques est maintenant prohibée ou tout au moins vivement déconseillée. Il faut se débrouiller autrement, avec des moyens mécaniques ou, tout simplement avec la main ! Les plus méticuleux (qui sont aussi les mieux équipés) pourront alors, pour fignoler leur travail, détruire tous les germes au moyen d'un appareil thermique, mais il est inutile de préciser que ces moyens ne sont pas à la portée du jardinier moyen ! Une autre procédure, radicale, consiste à mettre le feu à la zone à désherber. Mais outre le fait que cela soit généralement interdit par arrêté préfectoral, c'est la mort garantie pour tous les insectes et tous les petits organismes présents sur le sol, ce qui n'est pas bon pour la nature. La majorité se contentera donc de répandre un couche généreuse de fertilisant avant de bêcher traditionnellement ou de griffer en profondeur la future bordure pour incorporer l'engrais ou la fumure. Cette opération, hélas, n'aura guère d'effet sur ce que l'on appelle les « mauvaises herbes », lesquelles profiteront comme les « bonnes » de l'apport de nutriments. Néanmoins le désherbage préventif et les remaniements des surfaces auront-ils atténué leur ardeur, tout au moins pour la première année. Par la suite il faudra trouver d'autres moyens de lutte. 

Et l'on peut, dès le moment de la plantation, disposer sur la future plate-bande un film plastique noir. C'est un système qui a ses adeptes mais aussi ses détracteurs. Les premiers y voient une quasi disparition de la corvée de désherbage puisque le sol ne sera apparent qu'aux emplacements des rhizomes d'iris. Les second déplorent d'une part l'aspect industriel des plates-bandes, bien peu compatible avec un jardin d'agrément, d'autre part la gêne au développement des touffes et, enfin, la durée de vie limitée des bandes plastiques qui ne pourront jamais être remplacées du fait de la pousse des iris. On peut aussi imaginer une protection efficace mais renouvelable. Le paillage. Efficace, ça l'est, du moins en grande partie. Mais tous les paillages ne se valent pas et il faut tenir compte des inconvénients. En particulier de ce que le vent et les oiseaux gratteurs dispersent une partie non négligeable des matériaux répandus autour des touffes, que l'on retrouvera ici et là dans le jardin, ce qui astreindra le jardinier à un ratissage régulier des allées et des autres bordures. Dans la plupart des jardins de particuliers il n'y aura donc qu'une solution : le désherbage manuel ! Dans les jardins de taille petite ou moyenne c'est bien la meilleure méthode, c'est à dire la plus efficace, la plus écologique et la moins dangereuse. C'est par ailleurs la seule qui convienne lorsque les iris se trouvent parmi d'autres fleurs. En mars, quand les plantes sont encore courtes et peu fragiles, puis en juillet, après la fin de la floraison, et encore une fois en octobre, il faut retirer ces fameuses adventices en prenant bien soin de ne pas mettre à nu les racines des iris, qui s'étalent vers l'avant des bouquets de feuilles. C'est un travail fastidieux mais on pardonne à nos plantes favorites cette petite contrainte qu'elles nous imposent en échange de leur rayonnante floraison. D'autant plus qu'avec le temps, et le développement des touffes, il y aura de moins en moins d'herbe à arracher. Et puis nous pouvons trouver un certain plaisir à ce travail. A 20cm du sol, c'est fou les détails que l'on distingue. Agenouillé près des précieux rhizomes, on voit une multitude de choses minuscules qu'une inspection à hauteur d'homme ne permet pas ; on peut de la sorte se rendre compte de tout un tas de petites choses intéressantes, tout comme de détecter précocement des attaques des ennemis des iris, d'enrayer un début de pourriture du rhizome, d'éliminer quelques insectes ravageurs. Le désherbage manuel présente ainsi l'avantage de jouir du contact intime avec la nature. C'est un avantage que l'horticulteur professionnel d'iris ne peut pas connaître depuis son tracteur ! 

Mais il y a peut-être plus astucieux ! Pourquoi pas faire en sorte qu'il n'y ait plus d'herbe parmi les iris, en leur adjoignant un compagnon qui empêche le développement des adventices ? Par exemple Scleranthus annuus, une espèce tapissante de plante à fleurs de la famille des Caryophyllacées connue sous le noms commun de renouée allemande, qui se présente comme une espèce de mousse d'un vert bleuté, d'environ 5cm de haut, avec des fleurs insignifiantes verdâtres, sans corolle, qui produisent de petites graines noires qui se resèment facilement et forment vite un tapis au milieu duquel les iris se multiplient sans difficulté. Les racines, superficielles, ne concurrencent pas celles des iris, et rendent la plante facilement déterrable si l'en est besoin. Plus de place pour les envahisseurs habituels ! Avantage supplémentaire, ces petites feuilles étroites retiennent parfaitement la rosée, ce qui, l'été, est un apport d'eau bienvenu pour les rhizomes et les autres saison évite la stagnation de l'eau de pluie. Enfin la scléranthe est facile à tailler de manière à mettre en valeur les iris au moment de la floraison. Quelques hybrideurs américains, comme Donald Spoon, utilisent cette plante comme « couvre-bordure » et s'en montrent très satisfaits. Cela semble donc fort intéressant pour éviter du travail aux pauvres jardiniers que nous sommes. Le problème c'est qu'il n'est pas évident de se procurer des graines en France ! 

La corvée de désherbage risque donc de durer encore longtemps !

1 commentaire:

gerard a dit…

Cette année semble particulièrement propice au développement de l'hétérosporiose. J'ai constaté, -mais peut-on en tirer des conséquences définitives ?- que les massifs enherbés étaient moins sujets à cette maladie que ceux où le sol était nu. Si on réfléchit au mode de propagation du champignon, il peut paraître logique que la présence des herbes empêche la diffusion de ce fléau