10.8.07


LE REGLEMENT DE 92

C’est en novembre 1992 que le système d’attribution des récompenses de l’American iris Society a été révisé. Il est maintenant à la fois simple et efficace. Il concerne toutes les catégories d’iris et comporte cinq niveaux de prix.

Au bas de la filière des honneurs se situe les HIGH COMMENDATIONS (HC).

Ce niveau de distinction s’adresse à des variétés qui ne sont pas encore mise sur le marché. Ce sont en principe des iris d’obtention récente qu’ils soient ou non déjà baptisés. Pour, en quelque sorte, tester l’opinion des juges à leur sujet, les obtenteurs les présentent dans des compétitions locales. Si au moins cinq juges émettent un vote favorable les concernant, ils auront droit à leur HC. Pour laisser leur chance à des plantes qui ont du mal à se faire une place dans le commerce, il est possible de recevoir un HC tant que l’iris n’est pas « introduit ». Cela peut inciter un ou des producteurs à mettre la variété en multiplication en vue de son introduction. En fait l’attribution d’une HC à une variété relativement ancienne est extrêmement rare. Les HC attribuées sont peu nombreuses, seulement 12 pour 2006.

Viennent alors les HONORABLE MENTIONS (HM).

C’est le véritable début de la course aux récompenses. Au bout de deux ans après leur « introduction », c’est à dire leur apparition dans un catalogue ou chez un producteur américain, les iris à barbes sont, quelle que soit leur catégorie, éligibles pour un HM, et ceci pendant les trois années suivantes. On peut même dépasser cette date limite, pourvu que 10% des juges aient émis un vote favorable. Dans ce cas l’HM est attribué aux 10% des variétés qui ont reçu le plus grand nombre de votes favorables. Pour les iris sans barbes, le délai initial pour être éligible est porté à trois ans. Les HM sont assez nombreuses : 160 toutes catégories confondues en 2006. Il n’est pas nécessaire que les iris soient originaires des USA pour entrer en compétition ; il suffit d’être présent sur le marché américain, en quantité suffisante pour être vu par le plus grand nombre possible de juges. Pratiquement, les variétés issues des principales maisons de production disposent d’un avantage considérable : la notoriété de leur obtenteur, ajoutée à une distribution importante fait que sur 87 HM distribuées à des TB, seulement 40 obtenteurs ont vu au moins une de leurs obtentions récompensée.

Les choses deviennent vraiment sérieuses au niveau des AWARDS OF MERIT (AM).

Pour être éligible il faut avoir obtenu une HM. Les AM commencent à être attribués deux ans après l’HM, et pendant trois ans. Ainsi un iris ayant obtenu une HM en 2006, pourra obtenir un AM à partir de 2008 et jusqu’en 2010. Mais les choses se corsent puisque seulement les 10% des iris les mieux appréciés décrocheront l’AM. Du coup, le plateau s’éclaircit beaucoup. En 2006 54 AM ont été délivrés, dont 22 pour les TB (et pour seulement 13 obtenteurs).

On vise ensuite les Médailles Catégorielles. Chaque catégorie d’iris dispose de la sienne, il y en donc 15.

Le système est toujours le même : les variétés sont éligibles 2 ans après l’AM, et pour une durée de 3 ans. Chaque année et dans chaque catégorie l’iris qui remporté le plus de vote reçoit la médaille.

Pour les grands iris, la médaille s’appelle la « John C. Wister Medal ». C’est en quelque sorte l’antichambre de la Dykes Medal, car les autres catégories que les TB ont du mal à obtenir assez de votes pour briguer la consécration suprême.

Enfin arrive la DYKES MEDAL (DM).

Si on fait le compte, il y avait environ 500 HM en compétition au départ. Il restait un peu plus de 150 AM, puis seulement 45 titulaires de médailles catégorielles mais, en fait, guère plus de 5 ou 6 réellement capables d’espérer la consécration, puisque les catégories autres que TB, BB ou IB n’ont pratiquement aucune chance d’obtenir assez de votes. C’est dans cet étroit panel que sera désignée la « variété de l’année », après un cursus qui aura pu durer jusqu’à quinze ans ! Le plus souvent, il s’arrête au bout de dix ou onze ans, mais quand elle obtient la DM, la variété couronnée est déjà une ancienne variété, dans un monde où tout va très vite et où l’attrait de la nouveauté est primordial. Recevoir la DM n’est pas le résultat d’un coup de cœur, mais bien la consécration d’un iris qui a démontré des qualités exceptionnelles tout en ayant intéressé assez d’amateurs pour avoir été présent dans un très grand nombre de jardins pendant une longue période. Même si, a priori, une variété non américaine peut un jour arriver à ce résultat, il ne faut pas trop y croire car les variétés autochtones, soutenues par le marché national, seront en toutes circonstances plus souvent présentes sous les yeux des juges que des variétés étrangères plus ou moins bien commercialisées. Mais on peut toujours rêver ! Et si l’occurrence devait survenir, il y a gros à parier que se serait une variété australienne qui l’emporterait…

En attendant ce jour improbable, qui sont les concurrents pour la médaille de 2008 ?

La dernière Wister Medal(1), les trois dernières Knowlton Medals (pour les BB) et les trois dernières Sass Medals (pour les IB), et c’est à peu près tout compte tenu du handicap des plantes dans les autres catégories. Cela veut dire que la bataille se disputera entre sept concurrents :
‘Starring’ TB (Ghio 99) WM 2007
‘Go for Bold’ BB (P. Black 2000) KM 2007
‘Delirium’ IB (M. Smith 99) SM 2007
‘Anaconda Love’ BB (Kasperek 98) WM 2006
Midsummer Nights Dream’ IB (Baumunk 98) SM 2006
‘Christiana Baker’ BB (Kerr 99) WM 2005
‘Starwoman’ IB (M. Smith 97) SM 2005

Le favori est sans conteste ‘Starring’, les outsiders ‘Delirium’ et ‘Anaconda Love’. Pour redonner un peu de suspense à la compétition, il faudrait que ce ne soit pas un TB qui l’emporte. Mais ce serait une petite révolution. Rendez-vous en juillet prochain.

(1) Les deux autres théoriquement en compétition ont déjà obtenu la Médaille de Dykes : ‘Sea Power’ (Keppel 99) WM 2005, en 2006 et Queen’s Circle (Kerr 97) WM 2006, en 2007.

Photo : ‘Edith Wolford’ (Hager 86) variété ayant reçu la DM en 1993, première année d’application du nouveau règlement.
LÀ OÙ TOUT VA PAR TROIS

Quand on regarde le diagramme floral de l’iris on est frappé non seulement par la parfaite symétrie de la fleur, mais aussi par le règne absolu du chiffre 3. A l’extérieur, trois sépales qui enserrent l’ensemble de la fleur, protégeant les parties sexuelles jusqu’au moment où il est nécessaire de les présenter aux insectes fécondateurs. A l’intérieur, ensuite, trois pétales disposés en sens inverse, c’est à dire que l’ensemble sépales plus pétales constitue un ta bernacle bien clos, au cœur duquel apparaissent trois anthères portant le pollen, puis tout à fait au centre, les trois compartiments de l’ovule. On devrait ajouter les trois stigmates pétaloïdes qui couronnent les trois styles qui constituent les pistils, et les trois barbes qui, chez les iris qui en sont dotés, balisent le chemin que les insectes doivent emprunter.

A l’intérieur des capsules les graines sont empilées en trois colonnes, chacune abritées dans trois loges étanches qui vont se fendre sur les nervures quand les graines seront mûres de façon à les libérer.

Mais il n’y a pas que cela qui marche par trois chez l’iris.

Il faut environ trois ans pour qu’une plante nouvelle issue d’une graine parvienne à la floraison. Cette floraison elle-même durera en moyenne trois semaines, le temps que s’ouvrent les différents boutons. Enfin chaque fleur aura une vie de trois jours : s’ouvrant le plus souvent au petit matin, elle sera disponible pour la visite des insectes dès le lever du soleil. Peu à peu les sacs polliniques des étamines vont mûrir et sécher, puis se fendre et libérer le pollen qui va être transporté sur le dos des abeilles (pour les fleurs les plus petites) ou des gros bombyles (pour celles des grands iris barbus), jusqu’à une autre fleur, où il sera automatiquement déposé sur la lèvre du stigmate lorsque l’insecte porteur passera pour plonger chercher le nectar dans le tréfonds de la fleur. A la fin des trois journée d’exposition, les sépales vont se redresser, enserrer de nouveau le reste des parties florales, puis le tout va progressivement se dessécher tandis que les ovules fécondés grossiront et commenceront leur maturation. Trois mois vont s’écouler entre la fécondation et l’ouverture des capsules. Trois mois au cours desquels la plante va se refaire des réserves et amorcer sont développement futur : de chaque côté du rhizome des bourgeons vont apparaître, grandir, pour donner au printemps suivant deux nouvelles plantes qui, ajoutées à celle qui se sera développé à la pointe du rhizome d’origine, constitueront une nouvelle trilogie. Et ce n’est pas tout ! Les plantes en bonne santé et prêtes à jouer leur rôle vont développer trois bouquets de feuilles dont seul le bouquet central portera la tige florale. Tige qui, elle-même, portera en général trois branches chargées de boutons floraux. Et bien souvent chacun de ces boutons sera porteur de trois fleurs qui apparaîtront l’une après l’autre…

Toujours par trois.

L’amateur d’iris aura-t-il droit à une triple jouissance ? Sûrement ! C’est d’ailleurs pour cela qu’il aime tant ses iris !

3.8.07

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Partenariat

La SFIB et la Ville de Verrières le Buisson, en banlieue sud de Paris, ont conclu un accord de partenariat selon lequel Verrières le Buisson contribue substantiellement au financement du concours FRANCIRIS® et la SFIB fait parvenir à Verrières des iris pour constituer une nouvelle collection permanente qui prend place dans le parc de l’ancienne propriété de la famille Vilmorin. Un double de la collection du jardin botanique de Rouen a été plantée l’été dernier. Elle comprend des variétés anciennes d’un grand intérêt historique. Cette année une partie de la collection du Parc Floral de La Source à Orléans devrait y être transférée. Mais les collectionneurs particuliers qui souhaitent ainsi apporter leur soutien à la SFIB sont aussi invités à envoyer à Verrières les excédents de leurs collection lorsqu’ils sont amenés à la diviser. Plusieurs ont déjà donné leur accord et commencé à envoyer leurs plantes.

Si vous avez des grands iris que vous répugnez à mettre au compost, songez à faire un envoi à la Ville de Verrières. Que ceux qui sont intéressés me contactent en joignant un commentaire à ce blog. Je veillerai à ce que les envois ne doublonnent pas et je leur donnerai les coordonnées nécessaires pour qu’ils effectuent leur envoi.

L’UNION FAIT LA FORCE


Panorama du commerce des iris en France en 2007

Depuis quelques années, le commerce des iris a connu en France une expansion assez considérable. Dans les années 90 on ne comptait guère que cinq producteurs spécialisés. En quelques années ce nombre a doublé. Il n’est pas certain que le marché se soit développé à la même vitesse, et il est possible que la part de chacun des anciens se soit amenuisée, du moins pour ce qui est du marché national, car dans le même temps les exportations ont connu une nette embellie.

Les producteurs historiques

Comme on parle d’opérateurs historiques pour désigner les anciens titulaires d’un monopole, comme les télécommunications, l’électricité ou le gaz, on peut considérer que pendant de nombreuses années le marché des iris a été dominé par cinq entreprises « majors ». La plus ancienne et la plus fameuse est la maison Cayeux, qui est plus que centenaire. Elle reste la plus importante et la plus emblématique de la place de la France dans le petit monde des iris. Les entreprises familiales Bourdillon et Anfosso (connue sous le nom commercial de « Iris en Provence »), sont arrivées sur le marché en 1969 pour ce qui est de Michel Bourdillon, et en 1975 pour la famille Anfosso. Le premier a constitué une collection sage mais parfaite de variétés essentiellement américaines de premier plan. L’autre a joué la carte d’une production plus audacieuse, marquée longtemps par les propres obtentions de la famille, remarquées jusqu’aux USA. La famille de docteur Ségui, a exploité la collection personnelle de celui qui fut longtemps la cheville ouvrière de la SFIB, en l’enrichissant de variétés plus récentes, mais en conservant un fond historique unique en France. Vint ensuite, en 1991, le catalogue de Lawrence Ransom, obtenteur atypique et exigeant sur l’originalité et la qualité, qui diffuse presque exclusivement ses propres obtentions.

Les nouveaux venus

A ce quintette d’entreprises plus ou moins anciennes sont venus récemment s’ajouter un quatuor d’affaires familiales calées essentiellement sur l’iris. Tout d’abord est apparu Christian Lanthelme, qui s’est lancé dans la culture des iris dès 1988. Son activité vise particulièrement la clientèle professionnelle (paysagistes, pépinières, jardineries) mais s’adresse aussi aux amateurs, avec des variétés traditionnelles à un prix intéressant. Puis vint la pépinière Bertrand, à Gignac, dans l’Hérault. Une petite affaire qui présente des iris classiques que l’on commande par Internet. L’entreprise de la famille Portal, Senteurs du Quercy, s’est installée en 2004, avec un catalogue où voisinent des variétés récentes originales et de bons iris traditionnels. Enfin l’Iriseraie de Papon, de Daniel Labarbe est apparue encore plus récemment. Sur un site Internet fort bien fait, elle vend les iris d’une collection très moderne.

Les semi-professionnels

A ma connaissance il sont aujourd’hui trois à distribuer régionalement soit les iris de leurs propres hybridations soit ceux de leur importante collection personnelle. A commencer par Bernard Laporte, qui s’est lancé dans le commerce des iris, d’abord pour satisfaire les visiteurs de son jardin, puis pour répondre aux sollicitations des amateurs qui se manifestent de toute le pays. Gérard Madoré a suivi le même cheminement dans son fief de Bretagne. Le succès de ‘Gwennaden’ au concours FRANCIRIS® 2005 n’est pas étranger à cette décision. Quant à Rose-Linda Vasquez-Poupin, elle vend aux amateurs de Provence les produits de son jardin, sans qu’il s’agisse d’un commerce à grande échelle. Il se peut que d’autres personnes pratiquent de la même façon sans que cela soit connu au plan national.

VPC et jardineries

On trouve des iris à acheter dans tous les catalogues de VPC spécialisés dans les plantes de jardin. Ce sont les mêmes que ceux qu’on rencontre, en mini-godets, dans les jardineries. Longtemps ces iris, destinés à un public non averti, étaient des variétés remontant souvent aux années 40/50, donc considérées par les collectionneurs comme dépassées. Mais depuis peu les articles présentés sont des iris récents, sinon modernes, les mêmes que ceux proposés par les professionnels. La concurrence est donc devenue bien réelle.

Si l’on ajoute au commerce des iris les plantes échangées entre amateurs et celles proposées sur les sites d’enchères du Net, on arrive à une sorte de saturation du marché qui peut avoir des conséquences fâcheuses pour les moins solides des entreprises, et de toute manière délicates pour tout le monde.

Dans un marché aussi concurrentiel, les relations entre professionnels sont forcément difficiles. En fait elles sont quasi inexistantes, chacun se débrouillant de son côté. Pourtant tous ont en commun un certain nombre d’intérêts qui ne sont pour l’instant défendus par personne. Dans les autres pays, où la concurrence n’est pas moins vive, les professionnels se retrouvent sous la houlette de l’association nationale des amateurs d’iris, la BIS en Grande Bretagne, la SII en Italie, la MEIS en Europe de l’Est, etc. En France, rien de tel : la SFIB, qui est sensée jouer ce rôle fédérateur, est fortement délaissée par les professionnels dont certains ne sont même pas membres ! Les plus anciens adhèrent, mais se gardent bien de participer activement à la vie de l’association. Quand l’association les sollicitent pour une opération ponctuelle, ils répondent présents, mais leur implication s’arrête là. On est loin de se qui se passe, par exemple, aux USA, où de nombreux professionnels se sont aux commandes au plus haut niveau. Pourquoi n’en est-il pas de même chez nous ? Mieux, pourquoi, alors qu’ils assistaient aux assemblées générales de la SFIB dans les années 80/90, se tiennent-ils aujourd’hui tellement à l’écart ? La SFIB, pourtant, pourraient être ce terrain neutre sur lequel ils pourraient débattre des problèmes de leur profession, en compagnie des plus impliqués de leurs supporters. De même l’association, en intervenant au nom de tous, pourrait apporter des solutions à ces problèmes, comme par exemple, lorsque les services douaniers font du zèle dans l’application de la réglementation concernant les importations de rhizomes. De même encore, leur participation active à l’organisation et à la gestion du concours FRANCIRIS® apporterait le poids de leur compétence à cette compétition remarquable.

Il faut espérer que l’intensité de la concurrence cèdera sur ces points la place à une saine collaboration. Car l’union fait la force.

27.7.07







RÉCOMPENSES AMÉRICAINES 2007

Dykes Medal

A Jouy en Josas, pour FRANCIRIS® 2007, ‘Queen’s Circle’ (Kerr 97) (photo) était trop avancé pour prétendre disputer la finale. Mais la compétition pour la Médaille de Dykes ne se déroule pas sur quelques journées mais sur un long marathon qui, en l’occurrence, a duré 10 ans. Dix ans au cours desquels les juges américains ont vu et revu la plante et pu l’apprécier dans le temps, ce qui confirme ses qualités. Dès le départ, les personnes avisées avaient remarqué que cet iris avait toutes les chances de faire un parcours des honneurs sans faute. La couleur franche et nette de la fleur, la vigueur de la plante, son aptitude à fleurir dès la première année de plantation et la force avec laquelle elle se multiplie, on vite été connus des amateurs. Dans tous les concours où il a été présenté ‘Queen’s Circle’ s’est fait remarquer. N’a-t-il pas enlevé la Franklin Cook Memorial Cup(1) dès 2001, en Pennsylvanie, pour récidiver en 2005, à St Louis ? Un évènement de cette taille ne s’était pas produit depuis 1991 quand ‘Dusky Challenger’ avait enlevé la FCC pour la deuxième fois, après sa victoire en 1986. Cela présageait une destinée des plus brillantes. Le nom de ‘Queen’s Circle’ est apparu encore au moins deux fois dans les palmarès de compétitions :
2eme à Florence en 2005, et Wister Medal (meilleur grand iris) en 2006 ! Après cela, on ne peut pas être surpris du résultat de la DM de 2007 !

Derrière ce « winner » comme disent les Américains, c’est une nouvelle fois l’IB ‘Starwoman’ (M. Smith 97) qui vient se placer, ratant ainsi pour la deuxième fois la plus haute marche du podium (mais pour un iris autre qu’un TB, c’est néanmoins une performance exceptionnelle). Le numéro trois a été attribué à ‘Golden Panther’ (Tasco 2000), un iris or à reflets bronze.

Wister Medal

Le podium de la Wister Medal, qui récompense le meilleur grand iris (TB) de l’année, est allé d’abord à ‘Starring’ (Ghio 99), qui est un iris blanc/noir. Du moins est-il très contrasté : un assemblage de couleur qui excite beaucoup les obtenteurs depuis quelques années. L’obtention de Joë Ghio est, dans ce sens, très réussie. Depuis 2003, l’iris qui a obtenu l’année A la Wister Medal, obtient la Dykes Medal l’année A+1. Ce fut le sort de ‘Crowned Heads’, ‘Splashacata’, ’Sea Power’ puis ‘Queen’s Circle’. ‘Starring continuera-t-il la série ?

Ses dauphins sont ‘Ring Around Rosie’ (Ernst 2000), une variété d’un coloris vraiment original, décliné depuis en maintes versions par Rick Ernst, et ‘Daugther of Stars’ (Spoon 2000), un excellent luminata.

Ces trois variétés font preuve d’une grande originalité. Les coloris de ‘Starring’ ou de ‘Ring Around Rosie’, nouveaux, n’ont encore jamais été récompensés au plus haut niveau. Et le modèle luminata n’est jamais non plus parvenu au sommet. La DM des prochaines années devrait couronner des iris qui sortent de l’ordinaire.

Knowlton Medal

Le meilleur BB de l’année est ‘Go for Bold’ (Black 2000), un variegata aux sépales élégamment striés de blanc.

Sass Medal

‘Delirium’ (M. Smith 99) est un habitué des podiums. C’est un iris intermédiaire (IB) issu du croisement d’un grand iris, FLIGHTS OF FANCY (Keppel 92), et d’un iris nain standard (SDB), BRASH (Gatty 74). L’étrange FLIGHTS OF FANCY, qui est blanc crémeux infus de rose orchidée, associé au jaune deux tons de BRASH, a donné naissance à un iris aux pétales jaune d’or fumé et aux sépales dont le fond jaune est largement couvert de violet, avec un fin liseré jaune et des barbes minium. J’en ai décrit le pedigree ici même en 2003.

Cook-Douglas Medal

Les SDB sont maintenant considérés comme des iris de premier plan (au propre et au figuré !). La médaille qui intéresse chaque année le meilleur d’entre eux est donc très disputée. C’est une variété de Keith Keppel, ‘Music’ (98) (photo) qui l’a emporté cette année. Dans les rares tons de rose abricot tacheté de pourpre, cette variété est représentative de l’originalité du travail de Keppel, quel que soit le type sur lequel il travaille.

Walther Cup

Le meilleur espoir de 2007 est ‘Florentine Silk’ (Keppel 2005) (photo). L’association rose/mauve est très à la mode, mais quand c’est Keppel qui y sacrifie, c’est forcément plein de charme et d’élégance !

Le monde des iris n’est jamais fastidieux. Il se renouvelle avec entrain et l’enthousiasme qu’il suscite n’est pas prêt de cesser.



(1) Meilleure variété en provenance d’une Région autre que la Région organisatrice de la Convention

21.7.07


ECHOS DU MONDE DES IRIS

Dykes 2007

La Médaille de Dykes 2007 a été attribuée à ‘Queen’s Circle’ (Kerr 99), qui était la variété favorite pour cette année. La semaine prochaine : détail des récompenses américaines 2007.

Robert Stetson

Robert « Bob » Stetson est décédé brutalement vendredi dernier. Cet obtenteur atypique avait été honoré à Florence en 2001 grâce à ‘H.C. Stetson’, un délicieux iris rose très pâle. En 2005, à Jouy en Josas, FRANCIRIS lui avait décerné un prix pour ‘Finnigan’s Finagling Factor’, un grand amoena à éperons. C’est un Français de cœur qui vient de nous quitter.



INVERSION DES VARIEGATAS

Par définition, les iris variegatas se présentent avec des pétales jaunes (ou dans les tons dérivés du jaune) et des sépales brun-rouge (ou, depuis de nombreuses années, dans les tons de violet ou bleu). Ce modèle est issu des variegatas botaniques qui affichent plus ou moins nettement ces couleurs, avec, en plus, des striations importantes sur les sépales.

Les variegatas sont innombrables. Depuis les petits variegatas signés Goes et Koenemann du début du XXeme siècle, jusqu’aux importantes plantes proposées aujourd’hui par les obtenteurs, comme ‘Andalou’ (Cayeux 95) ou ‘Jurassic Park’ (Lauer 95).

Ces dernières années, on a vu les obtenteurs partir à la recherche de nouveaux variegatas, soit plus contrastés, soit inversés. Dans la première version, la plus colorée, on trouve aujourd’hui des iris spectaculaires, comme ‘Mondsheinserenade’ (Diedrich 2003), que l’on a vu à Jouy en Josas, au concours FRANCIRIS ® 2007 (photo), qui allie des pétales bien jaunes et des sépales presque noirs. Mais ce sont les autres qui font l’objet de la présente chronique.

C’est une jolie performance que d’avoir réussi à obtenir des iris aux pétales bleus et aux sépales jaunes. Mais peut-on parler à leur propose de « variegata » ? Il semble que cette dénomination ne soit pas adaptée, même si le résultat visuel est bien celui d’un variegata inversé ? En effet aucun des iris présentant cet aspect particulier n’est issu d’une famille de variegata !

Prenez ‘Chartreuse Ruffles’ (Rudolph 76), qui est peut-être le premier iris à amorcer ce nouveau modèle (Photo), il descend de ‘Louise Watts’ (Blocher 71), dont aucun des ancêtres n’est variegata. Son descendant ‘Silicon Prairie’ (Stanek 91), lui aussi du nouveau modèle, n’a pas davantage de variegata dans son autre branche d’ancêtres… Il en va de même pour toutes la variétés auxquelles on peut affecter la dénomination de variegata inversé sauf de ‘Apollo’s Robe’ (Carter 2003) qui a pour parent femelle ‘Uriah the Hittite’ (Miller B. 78), un variegata vieil or et magenta.

Si donc le terme de variegata est usurpé, à quel modèle peut-on rattacher celui qui nous intéresse aujourd’hui ? Un examen des pedigrees me convainc qu’il faut les relier aux amoena inversés. Des amoenas inversés dont le blanc ( ou blanc bleuté) des sépales serait remplacé par un jaune plus ou moins saturé. C’est exact pour les quatre variétés les plus marquées. ‘Saddle Up’ (Christopherson 2000), avec ses pétales bleu lavande et ses sépales chamois, est issu de ‘Nancy Glazier’ (Hamblen 85), qui a des pétales bleutés et des sépales blancs influencés de violet au cœur, et de ‘Hula Dancer’ (Shoop 85), qui est amoena inversé aux pétales rouge magenta sur des sépales abricot.Le même ‘Hula Dancer’ se cache derrière ‘Fare thee Well’ (Christopherson 2004). ‘Wonderful to See’ (Kerr 2000) a lui aussi deux amoenas inversés dans son arbre généalogique. Il s’agit d’un côté de ‘Sea Quest’ (Shoop 90) et de l’autre de ‘Little Much’ (Ghio 84). Quant à ‘Apollo’s Robe’ il descend de ‘Bye Bye Blues’ (Sutton 96).

Voilà pour les pétales bleutés. Pour les sépales jaunes, il faut chercher, par exemple, du côté des amoenas jaunes. C’est le cas pour celui qui est sans doute le plus affirmé des iris de ce modèle, ‘Wonderful to See’. Son « père », ‘Arc de Triomphe’ (Kerr 95), est un enfant de notre ‘Echo de France’ bien connu. Mais on trouve du jaune derrière des roses, comme pour ‘Storybook’ (Corlew 80), pour qui il faut remonter loin, mais où l’on finit par trouver l’ancien ‘Snow Gold’ (Evans 57), marqué de jaune à la gorge. Et ‘Storybook’ et le parent féminin de ‘Fare Thee Well’.

Quoi qu’il en soit, le modèle que j’appelle « variegata inversé » n’est pas encore parfaitement fixé. Les couleurs sont un peu ternes et le jaune est rarement franchement jaune, mais on s’approche ! Alors, si le cœur vous en dit, pourquoi vous, amateurs et hybrideurs du dimanche, ou vous obtenteurs patentés, ne tenteriez-vous pas ce nouveau défi ? Les amoenas inversés ne manquent pas, de nos jours, et les amoenas jaunes non plus. La porte est ouverte à de nouvelles aventures.

13.7.07











JARDINS D’IRIS

Les jardins d’iris se présentent sous différents aspects, selon l’effet que recherche celui qui les a créés, et le site dans lequel ils l’ont été.

Les petits jardins

Ce sont généralement des jardins de particuliers, qui ne disposent pas de beaucoup de place. On distingue trois types de jardins : Ceux où les iris sont mêlés à d’autres fleurs, même s’ils y sont majoritaires, ceux qui sont entièrement consacrés à une catégorie d’iris horticoles, et ceux qui préfèrent les espèces botaniques.

Beaucoup d’amateurs d’iris ne font pas de cette fleur leur attachement exclusif. Ils mêlent avec art les iris et d’autres fleurs, ils choisissent les associations en fonctions de critères artistiques et harmonisent leurs choix au caractère du jardin : jardin boisé, jardin ouvert, jardin d’eau… La présence des iris, structure fortement l’ensemble, leur port dressé et rigide fournit des lignes de force utiles pour mettre en valeur des plantes plus foisonnantes. Lorsque leur saison est terminée, le jardin reste plaisant, car ils sont remplacés par d’autres fleurs qui, en général, jouent le même rôle qu’eux dans la ponctuation de l’espace. Souvent le créateur profite d’un élément particulier, par exemple un ruisseau ou une pièce d’eau, pour installer des iris qui s’accommodent de cet environnement. Ce sont les iris de Sibérie, qui constituent, sur les rives des masses touffues, bien en phase avec, par exemple, les larges feuillages des pétasites. Les iris de Louisiane, là où ils trouvent les conditions de leur végétation peuvent tenir la même place. Les iris du Japon, les pieds dans l’eau, seront superbes en juillet… Et il ne faut pas oublier les iris faux acore (I. pseudacorus), naturels en nos régions, qui se plaisent aussi bien en étant immergés qu’en terrain relativement sec, et constituent des scènes délicieuses avec des fleurs dans les tons de mauve. La photo ci-dessus, prise dans le jardin d’André Eve à Pithiviers, en est une agréable illustration.

Lorsque l’amateur a décidé de constituer un jardin où dominent les grands iris, il le fait soit en constituant des taches d’une même teinte, soit en laissant au hasard le soin de réaliser des scènes multicolores saisissantes. Le problème, avec ce type de jardin c’est que, passée la saison des iris, l’espace qui leur est consacré perd tout intérêt, sauf à l’isoler derrière des fleurs de haute taille qui seront là tout l’été (dahlias, gauras, sauges, perowskias…) Le spectacle est limité dans le temps, mais le temps qu’il dure, c’est un enchantement (photo).

Les grands espaces

Sans parler des jardins publics et des iriseraies spécialisées, les grands espaces sont ceux de quelques amateurs privilégiés qui consacrent une bonne part de leur terrain à des masses d’iris. Dans ce cas on rencontre, ici aussi, trois types de plantation : les plantations linéaires, les blocs plus ou moins aléatoires et les plantations de masse.

Les plantations linéaires relèvent plutôt du jardin d’exposition que du jardin paysager. Ce fut la présentation du jardin de TECOMAH à Jouy, pour FRANCIRIS ® 2007 (photo). Dans ce cas la lisibilité des plantes présentées a plus d’importance que l’aspect du jardin lui-même. Ce qui n’empêche pas un effet à la fois spectaculaire et agréable, pour peu que le jardin et son environnement soient pittoresques ou somptueux. La photo prise parmi les iris de Bernard Laporte en est la démonstration.

Les massifs d’iris disposés de façon aléatoire dans un grand parc ont une destination plus artistique. C’est souvent celle qui est adoptée dans les jardins publics ou les parcs sur le thème de l’iris, comme à Vincennes ou à Oullins. Chez les particuliers cette présentation est plus rare parce qu’elle exige de grandes superficies. Le plus souvent les jardins qui l’adoptent sont destinés à accueillir du public.

Les plantations de masse sont particulièrement spectaculaires. Elles frappent le visiteur qui s’attache davantage à l’effet d’ensemble qu’aux diverses variétés présentées. Il est en effet dans ce cas impossible de s’approcher des plantes situées ailleurs qu’à la périphérie du massif. Prenez l’exemple du tableau d’iris bleus du Parc Floral de la Source, à Orléans. Près de chez moi, en Touraine, au château du Rivau, les visiteurs sont accueillis par une mer d’iris bleus qui garnissent ce qui fut les douves du château. Un autre exemple, très plaisant, est celui du jardin de Loïc Tasquier, aux Pays-Bas, près d’Arnhem (photo). Ces masses d’iris, pour saisissantes qu’elles soient, posent de nombreux problèmes dont le moindre n’est pas celui de l’élimination des mauvaises herbes. Le recours aux désherbants chimiques est pratiquement la seule solution. Autre difficulté : la régénération du massif quand les variétés commencent à se chevaucher ! Enfin, hors saison, le spectacle ne vaut plus le détour…

Quel que soit le choix que l’on fait pour présenter ses iris, l’important c’est la satisfaction, et même le plaisir, qu’en tire le propriétaire des plantes. Alors, amis iridophiles, constituez-vous le jardin d’iris de vos rêves, c’est tout le mal que je vous souhaite !

6.7.07


ECHOS DU MONDE DES IRIS

Beverly Sills

Tout le monde connaît ‘Beverly Sills’ (Hager 79 – DM 85). C’est sans doute le rose le plus répandu dans le monde actuellement. Mais peu de gens savent que cet iris a été dédié à Bevely Sills, soprano américaine, qui a connu la célébrité dans les années 70. Cette cantatrice vient de s’éteindre, à 78 ans, en Californie. Tous les amateurs d’iris auront une pensée pour elle.
‘Lilac Champagne’
‘Touché’
Semis n° 2 semis
‘Misty Dawn’ semis
Semis n° 1
semis 3 de ‘Mission Sunset’
‘Touch of Envy’
’Spanish Flair’
‘Crowd Pleaser’
semis 3 de ‘Mission Sunset’
‘Touch of Envy’
’Spanish Flair’
‘Heather Blush’ ’Lilac Champagne’
’Touché’
Semis n° 2 semis
’Misty Dawn’ semis






‘MAMY FRAMBOISE’

Ici même, en septembre 2006, pour illustrer une chronique sur les variétés françaises, j’avais choisi ‘Mamy Framboise’ (Fur/Laporte 2004) parce que je trouvais cette fleur particulièrement jolie. Les juges du concours FRANCIRIS ® 2007 ont confirmé ce choix en lui attribuant le deuxième prix. Cet iris rassemble donc beaucoup de qualités. Il faut dire que lorsqu’on possède au moins quatre vainqueurs de la Médaille de Dykes parmi ses ancêtres, on a de qui tenir !

C’est le cas de ce ‘Mamy Framboise’ qui se présente avec des pétales rose lilacé, des sépales à fond blanc, veinés de magenta – ou framboise – avec réapparition du fond blanc dans le liseré, et des barbes orangées. Un coloris peu banal, très frais, pour une fleur bien formée, légèrement frisée mais peu ondulée, que l’on trouve en abondance sur des tiges solides et bien développées. La végétation de la plante est saine et vigoureuse. Bref, un iris qui peut se mesurer aux obtentions d’outre-Atlantique dans tous les concours du monde.

‘Mamy Framboise’ est le produit du croisement de ‘Marie Kalfayan’ (Ransom 95), et de ‘Crowd Pleaser’ (Hamner 83). Les coloris roses et jaunes dominent dans le pedigree de ‘Marie Kalfayan’, même si cette variété est de couleur mauve parme avec des barbes minium. Sa branche maternelle, avec ‘Coup de Cœur’ (Anfosso 86), donne dans le rose pourpré, avec une fleur délicieuse et féminine. Son côté paternel est plus richement coloré car ‘Lady Friend’ (Ghio 81) est l’un des iris les plus proches du rouge. ‘Coup de Cœur’ est tout simplement le croisement de deux roses fort connus : ‘Vanity’ (Hager 75 – DM 82) et ‘Pink Sleigh’ (Rudolph 70), tous les deux descendant du grand ‘Pink Taffeta’ (Rudolph 68 – DM 75). Pour ce qui est de ‘Lady Friend’, cette variété associe l’ocre de ‘Indian Territory’ (Ghio 80) au jaune sage, centré de blanc, de ‘Countryman’ (Gaulter 75). Derrière ‘Indian Territory’ se trouve le jaune acide ‘New Moon’ (Sexton 68 – DM 73), parmi les ancêtres de ‘Countryman’ il y a ‘Rainbow Gold’ et son parent ‘Mary Randall’ (Fay 50 – DM 54).

Arrêtons-nous un instant sur la branche paternelle de ‘Mamy Framboise’, avec ce ‘Crowd Pleaser’ que beaucoup connaissent car il a été commercialisé en France par Iris en Provence. ‘Crowd Pleaser’ est une variété très originale comme on en trouve beaucoup chez l’obtenteur Bernard Hamner : la teinte générale est un rose orangé tendre, entre pêche et abricot, mais les sépales s’ornent d’une réticulation rose amarante remarquable, qu’on n’avait plus vue sur une fleur d’iris depuis le célèbre ‘Color Carnival’ (DeForest 48). Une autre particularité de ‘Crowd Pleaser’ est de présenter un pedigree en miroir presque parfait. Qu’on en juge :

On ne sait évidemment pas quel est le coloris de la fleur de ce ‘semis n° 2’. Il y a tout lieu de penser néanmoins qu’il s’agit d’un bicolore rose/mauve, compte tenu de la nature de ses parents. Quant à ‘Touch of Envy’, il s’agit d’un rose violacé qui est là pour augmenter la saturation des couleurs, de sorte que ‘Heather Blush’ allie des pétales rose orchidée et des sépales violet améthyste. Que dire du ‘semis n° 1’ ? Sinon qu’il a de bonnes chances d’avoir une ressemblance avec son presque frère ‘Heather Blush’. Quoi qu’il en soit, dans ‘Crowd Pleaser’ c’est le rose qui l’emporte, les veines couleur framboise qui sillonnent les sépales rappelant la teinte des sépales de ‘Heather Blush’.

De tout cela, ‘Mamy Framboise’ a hérité sous une forme originale, très seyante, qui fait tout son intérêt.

A ma connaissance, le tandem ‘Marie Kalfayan’ X ‘Crowd Pleaser’ n’a été essayé par personne d’autre que Bernard Laporte. Son intuition lui a offert l’occasion de sortir un iris remarquable. C’est une belle récompense pour un hybrideur modeste et réservé, mais dont il faut tenir compte.

2.7.07

UN PEU DE RETARD

Les habitués de ce blog constateront qu'il y a cette fois du retard dans la publication. Les vacances ne sont pas synonymes de régularité ...



AVIS AUX AMATEURS

Q . = « Vous avez officié en tant que juge au dernier concours FRANCIRIS ® 07 ; quelle impression retirez-vous de ce concours ? »

R. = Avec l’avance prise par la végétation à cause de la douceur du mois d’avril, on a craint un moment que le concours 2007 ne doive être supprimé, faute de fleurs à juger. Mais la première quinzaine de mai a été plus fraîche et les iris ont ralenti leur floraison. De plus un nombre important de variétés en compétition étaient des variétés tardives ou semi-tardives (plus de 40 sur 113). Cela a permis de disposer à l’heure du début des jugements d’un nombre suffisant d’iris en fleur pour émettre un avis valable et garantir que le concours se déroule dans des conditions équitables. Il n’y a donc aucun doute à avoir sur la valeur des résultats. »

Q . = « Que pensez-vous des fleurs que vous avez eu à juger ? »

R. = « Il y avait une cinquantaine d’iris encore en fleur quand les juges ont effectué leur premier passage dans les rangs. Ils en ont retenu tout d’abord un peu plus de trente, puis, d’un commun accord, ont limité la dernière phase de la compétition à vingt-quatre variétés. Il s’agissait des 24 plantes qui présentaient tous les caractères propres à un candidat à une récompense. Un concours comme FRANCIRIS ®, c’est un peu comme l’élection de Miss France : dans le dernier carré ne figurent plus que les meilleurs, et chacun de ceux-ci est étudié selon des critères internationaux très stricts qui visent la plante dans son ensemble et pas seulement la fleur. Le rôle de celle-ci reste cependant majeur parce que les critères la concernant sont déterminants. Il y a par exemple la qualité de la matière, la tenue de la fleur aux intempéries, sa forme, la durée de la floraison… La couleur n’est pas l’élément primordial, et l’originalité du coloris compte beaucoup plus. Mais je dois dire que j’ai été étonné de trouver en compétition des plantes qui présentaient des fleurs manifestement inaptes à concourir. »

Q. = « D’où venaient ces plantes ? »

R. = « Je n’ai pu le savoir qu’une fois le jugement terminé, lorsque la liste nominative des iris en compétition et l’origine de ceux-ci ont été portés à la connaissance du jury. Certains de ces iris « hors jeu » venaient d’Europe de l’Est, les autres avaient été envoyés par certains amateurs français. En ce qui concerne les iris d’Europe orientale, la remarque que l’on peut faire c’est que les obtenteurs de ces pays ne disposent encore tous de variétés modernes pour effectuer leurs croisements. Ceux-là agissent avec les matériaux du bord, c’est à dire avec des variétés américaines des années 60 ou 70. Les plantes qu’ils obtiennent peuvent être belles, solides, de bonne qualité horticole, mais les fleurs elles-même « datent » forcément. Elles pâtissent de la comparaison avec celles des variétés obtenues à partir de cultivars plus récents. Le constat concernant les produits d’amateurs français n’est pas tout à fait le même. Notre pays n’a jamais été coupé du monde et les variétés américaines récentes y ont toujours été commercialisées. Et pourtant on trouve encore des fleurs d’aspect « old fashion ». »

Q. = « A quoi attribuez-vous cette situation ? »

R. = « Il faut compter près de dix ans entre la mise sur le marché américain d’une nouvelle variété et son apparition dans les catalogues européens. C’est normal car les producteurs reçoivent des catalogues américains (ou australiens), font leur marché, réceptionnent les plantes achetées et les mettent en multiplication. Ils ne peuvent pas les proposer à la vente avant d’avoir constitué un stock suffisant pour pouvoir honorer les commandes qu’ils vont recevoir. Le temps passe… Lorsque les amateurs vont recevoir de nouvelles variétés découvertes dans les catalogues, celles-ci seront déjà un peu dépassées par les variétés les plus récentes. Il s’écoulera encore un certain nombre d’années avant que les iris issus de ces variétés dites nouvelles ne fleurissent à leur tour est soient appréciés par leur obtenteur. Le temps ne joue pas en la faveur des non-professionnels. Bien souvent, leurs « enfants » présenteront les caractéristiques des variétés obtenues dix ans auparavant par les obtenteurs professionnels qui auront effectué leurs propres croisements dès réception de leurs commandes. S’ajoute à ce handicap le fait que, pour comparer, les amateurs ne vont disposer que de quelques plantes, au mieux quelques dizaines, et que leur jugement sera de ce fait moins sélectif que celui de quelqu’un qui a devant les yeux des centaines de jeunes cultivars.»

Q. = « Comment faire, alors ? »

R. = « Les amateurs qui veulent participer à des concours du genre de FRANCIRIS ® ne doivent pas se croire battus d’avance. Ils doivent surtout éviter de chercher à faire du neuf avec du vieux. Croiser des variétés anciennes ne leur donnera pas des rejetons modernes . Donc, pour être compétitifs, il leur faut utiliser des armes analogues à celles de leurs importants concurrents. Aujourd’hui ils peuvent se procurer assez facilement des variétés dernier cri : ils les commandent directement outre-Atlantique ou en Australie, via Internet notamment, mais également par les catalogues « papier ». Ils pourront les utiliser en hybridation dès la première année de leur floraison chez eux et se trouver dans la même situation que les professionnels. En croisant des variétés modernes de qualité, ils obtiendront nécessairement des iris valables, pas forcément des compétiteurs, mais des choses dont ils pourront être assez fiers. De temps en temps ils découvriront de véritables iris de compétition qu’ils pourront alors envoyer en concours. C’est ce que font déjà les plus habiles d’entre eux, ceux qui réussissent à se classer en bon rang. Tout le monde peut obtenir ces résultats. »

Q. = « Mais cela doit coûter cher ! »

R. = « Ce n’est pas hors de prix. Les nouveautés valent actuellement autour de 50 dollars pièce. Le change nous est favorable et représente cette année un bonus de 30%. Et puis si l’on veut être compétitif, il faut un peu investir. Mais la résultat a plus de chance d’an valoir la peine. C’est, de plus, bien plus gratifiant que de constater que l’on n’est pas dans le coup. »

22.6.07




HORS DES SENTIERS BATTUS

Le Petit Robert donne la définition suivante de l’adjectif « original » : « Qui paraît ne dériver de rien d’antérieur, ne ressemble à rien d’autre, est unique, hors du commun. » Il est évident que dans la réalité l’appréciation de ce qui est original est quelque chose de subjectif. Dans le sujet qui nous intéresse comme dans les autres.

Dans le train, en revenant de Jouy en Josas où j’avais été juge au concours d’iris FRANCIRIS®, je me faisais cette réflexion : « Y avait-il des iris originaux en compétition ? » J’ai repris ma liste et mes photos et je me suis dit qu’en fait ceux-là étaient peu nombreux. Tout au plus en ai-je dénombré neuf, et encore… La nouveauté, l’originalité deviendraient-elles rares chez les iris contemporains ? J’inclinerais plutôt à penser soit que les obtenteurs de fleurs originales ont boudé le concours, soit que les plantes aux fleurs hors du commun ayant peu de chances de plaire aux juges, réputés traditionalistes, ils n’ont pas fait concourir ces fleurs vouées d’après eux à rester dans l’anonymat.

A Jouy, je n’ai remarqué, donc, que neuf variétés que je puis qualifier d’originales. Dans l’ordre de l’alphabet, je citerai d’abord ‘Copper Bubble Bath’ (Cadd 2002) chez qui l’originalité se situe dans le coloris indéfinissable, entre le jaune cuivré et le mauve, sur des fleurs nombreuses et de taille modérée, mais particulièrement frisées. ‘Endearing Charm’ (L. Painter 2002) m’a paru original en ce sens que des fleurs grises rosées ne courent pas les rues. L’ocre des épaules, qui attire l’œil sur le cœur de la fleur, ajoute une part de ce charme qu’on attribue aux choses peu courantes. Il est un peu dommage que la plante n’ait pas un plus ample développement et que les fleurs se trouvent un peu serrées le long de la tige. Vient ensuite une plante dont la haute taille porte les fleurs au-dessus des autres et les rend plus évidemment remarquables. D’autant plus que leur teinte sombre accroît leur attirance. Il s’agit de ‘Espontaneo yo Tambièn’ (Murati 2004). Ce géant des iris provient du Sud de la France, mais son obtenteur n’est pas certain de ses origines. On ne saura donc pas qui sont les parents de ‘Espontaneo yo Tambièn’. Sans doute des variétés déjà anciennes car, et c’est son défaut majeur, cette fleur n’a pas l’aspect des iris modernes : sépales retombants, un peu mous, larges ondulations mais pas de frisottis. ( photo). ‘Lydia Schimpf’ (Beer 2006) est aussi une fleur sombre. Les pétales couleur parchemin, teintés de brun violacé sur les côtes, surmontent des sépales assez ondulés, dans les tons de violet fumé, à peine griffés de blanc sous les barbes qui sont jaune fumé. Vraiment des couleurs peu communes. Même si la plante en elle-même est assez banale. Je ne m’attarderai pas sur ‘Mamy Framboise’ (Fur/Laporte 2004) puisque je parlerai une autre fois de cette variété dont je pense le plus grand bien. ‘Mondsheinserenade’ (Diedrich 2003), avec son nom bien germanique que je crois pouvoir traduire par « sérénade au clair de lune » attire l’attention par la vive saturation de ses coloris : les pétales dressés, d’un beau jaune citron, couronnent des sépales, d’un grenat très sombre liseré de brun noisette, fortement striés de blancs sous les barbes (photo). Le type variegata n’est pas spécialement original, mais en l’occurrence l’association de pétales clairs et de sépales foncés s’éloigne de la banalité. Beaucoup de visiteurs du jardin de Jouy ont eu un faible pour ‘Ravissant’ (R. Cayeux 2005) dont les touffes n’étaient cependant pas spectaculaires, mais la fraîcheur du coloris fait plaisir à voir. L’originalité se situe dans le large liseré mauve rosé des sépales qui renouvelle le type « Emma Cook ». Un des attraits qui ont valu à ‘Solovinaya Noch’ de remporter la compétition est sûrement son coloris : des pétales violet améthyste soutenu, des sépales violet sombre presque noir, finement liserés d’améthyste et largement veinés de cette couleur, s’éclaircissant vers les barbes, prolongées d’une flamme claire. L’ensemble est sombre mais lumineux et l’impression laissée au spectateur est loin d’être maussade. Dans ce genre, je ne connais guère que ‘Romantic Evening’ pour allier des teintes sombres sans donner dans l’austérité. Pour terminer, ma sélection comportera ‘Winning Streak’ (M. Sutton 2003). Je lui trouve de l’originalité parce qu’il associe deux types de dessins, le type plicata et le type « broken colors » qui est un descendant perturbé de ce dernier. Les pétales sont nettement « broken colors », en crème barbouillé de lilas, les sépales sont plutôt plicatas avec un large centre crème et une bordure plicata lilas. Une barbe bronze, sur une gorge veinée d’amarante termine un portrait assez plaisant.

Il y avait beaucoup de fleurs agréables à voir, et ceux qui se sont procuré le CD que j’en ai établi ont pu s’en rendre compte, mais les quelques éléments repris ci-dessus se distinguaient par un trait ou un autre. On peut donc parler à leur sujet d’originalité. Les récompenses qui sont allées à ‘Solovinaya Noch’ et à ‘Mamy Framboise’ font mentir ceux qui disent qu’il faut être académique pour être distingué dans un concours.
LA FOI DU JARDINIER

Croire et espérer. Pour être un jardinier heureux, il faut en même temps de la foi et de l’espérance. Ces deux vertus théologales sont indispensables à qui possède un jardin dont il veut qu’il soit beau, agréable et gratifiant.

Pourtant, que d’obstacles se dressent sur sa route ! Celui pour qui le jardinage se résume à arracher quelques brins d’herbes et à revenir avec les bras chargés de fleurs ou de légumes n’a qu’une image de carte postale dans la tête. C’est un peu comme lorsque Madame de Sévigné déclarait : « Savez-vous ce que c’est que faner ? C’est ramasser de l’herbe en batifolant dans la prairie ! » Le pain sort du four : il sent bon et il grésille encore… Le résultat est là, mais où sont les déceptions, l’anxiété et la peine ?

Le jardinier doit avoir l’espoir chevillé au corps. Il imagine, il rêve du résultat, il voit son jardin réussi, ses bordures couvertes de fleurs, son potager regorgeant de superbes légumes… Mais il lui faut affronter tous les obstacles que la nature dresse contre son rêve.

Prenez l’amateur d’iris. Dans la chaleur d’août il a soigneusement préparé son terrain, détruit les mauvaises herbes, engraissé la terre, pioché, retourné, ratissé. Il a choisi avec ferveur les variétés nouvelles qu’il a l’intention de planter. Il reçoit son colis, le déballe, et constate que sur dix variétés commandées, trois ne sont pas livrées, stock épuisé… Justement celles sur lesquelles il comptait le plus, qu’il avait tellement hâte de posséder ! Bon, tant pis, ce sera pour l’année suivante !

Il a planté ce qu’il a reçu. Il a arrosé méthodiquement ses chers rhizomes. Il a eu le plaisir de voir la feuille centrale s’élever rapidement au-dessus des moignons des autres. Il a désherbé autour de ces trésors pour que, l’hiver venu, ils ne disparaissent pas parmi une végétation parasite et disgracieuse. Les fortes pluies, la neige, le gel sont passés. Le jardinier songe à la saison des fleurs qui arrivera dans quelques semaines : déjà les pousses nouvelles grandissent de chaque côté des rhizomes plantés. De tous les rhizomes ? Non ! Il y en a deux qui n’ont qu’une malheureuse pousse, qui ne grandit guère, ceux-là ne fleuriront pas, c’est garanti. Il faudra attendre un an de plus… Mais l’année prochaine, ils auront eu le temps de s’implanter solidement, ils seront magnifiques, avec plusieurs tiges florales, c’est sûr ! Mais ceux qui ont leurs trois pousses sont en pleine forme ! Il est temps de leur donner un peu d’engrais pour les booster. Il est également temps de retirer de nouveau ces fameuses herbes qui s’insinuent malignement partout. C’est agaçant, mais l’idée de voir des hampes solides se dresser dans le jardin, avec plein de boutons lourds de promesses, fait oublier les efforts dans le vent glacé de mars, entre deux averses.

La St Georges approche. Déjà les iris hâtifs montrent la pointe de leurs sépales enroulés autour des pétales que l’on ne voit pas encore. Une nuit bien claire, un coup de gel, adieu mes beaux iris !… Mais, du moins les autres, ceux qui ne fleuriront qu’à la mi-mai, n’ont pas souffert. Cela va être formidable. Demain, il devrait faire plus doux, Laurent Romejko l’a assuré !

Pour faire plus doux, il a fait plus doux ! En deux jours le thermomètre a dépassé les 20°. Un soleil royal inonde le jardin. Un soleil qui n’a fait que devenir chaque jour plus brûlant. Du coup les iris se sont empressé de fleurir : ils ont même pris de l’avance par rapport au calendrier prévisionnel. Pourvu qu’ils tiennent le coup jusqu’à la venue des amis qui vont faire une longue route pour les voir, dans quinze jours !

Le soleil n’a pas cessé de chauffer. Les fleurs, au lieu de durer trois ou quatre jours comme c’est normal, commencent à se recroqueviller dès la fin de leur seconde journée. Au moins les iris tardifs, les plus majestueux, seront au mieux de leur forme à la date fatidique…

On pourrait continuer sur ce ton presque indéfiniment. L’espoir fait vivre, mais la nature s’amuse à le mettre à rude épreuve ! Heureusement, en plus de l’espoir, le jardinier cultive la foi. L’amateur d’iris, plus peut-être que les autres. Il croit à ce qu’il fait. Il croit que les « moyennes de saison » ne sont pas des élucubrations de météorologistes. Il croit que les plantes qu’on lui décrit comme « florifères » et « poussant bien » sont bien en possession de ces qualités. Il croit que les efforts qu’il fait pour que ses chers iris soient beaux et en bonne santé serviront à quelque chose… Et il a raison ! A un moment ou à un autre il sera gratifié d’une floraison somptueuse. Parce que les déconvenues, un jour ou l’autre, cèderont à la chance et que les mauvais jours sont toujours suivis des bons.

15.6.07







JOLIS MONSTRES
(n° 3)

Autres anomalies plus ou moins stables

1) Les « flatties »

Des iris sans pétales. Ou, plutôt, des iris de jardin dont les pétales, retombants, s’insèrent entre les sépales et constituent des fleurs plates, assez semblables à des iris du Japon. Cela existe, mais cela reste une anomalie plutôt rare dont les représentants enregistrés sont peu nombreux. Cette anomalie n’est pas d’apparition récente. Dans les tout premiers se trouvent ‘May Allison ( May 1920) et ‘Japanesque’ (Farr 21). Le nom de ce dernier dit parfaitement l’impression laissée par la fleur à celui qui la regarde. Au fil des années une vingtaine de ces variétés aplaties ont été enregistrées, aux USA et en Australie. Ce ne sont pas des iris éminemment commerciaux. Ils restent des curiosités qui n’intéressent que les collectionneurs. Ceux-ci se plaignent, par ailleurs, de ce que l’aspect « six sépales » ne soit évident que sur les fleurs du haut des tiges, sur les fleurs inférieures, l’aspect normal à tendance à réapparaître. Enfin une autre doléance concerne la monotonie des coloris, toutes les plantes enregistrées se situent en effet dans les tons de bleu ou indigo.

Une curiosité, donc, mais les hybrideurs n’en font apparemment pas un de leurs chevaux de bataille. La photo ci-dessus représente ‘Judy Mogil’ (McWirther 99), l’un des plus récent, et peut-être le plus joli.

2) Les barbus sans barbes

Je ne sais pas si j’ai bien fait de mettre le sous-titre ci-dessus au pluriel. En effet je ne connais qu’une seule variété ainsi amputée qui ait été enregistrée. Il s’agit de ‘Close Shave’ (Joyce Meek 95), un iris en deux tons de rose léger, qui n’a pas de barbes. La fleur est élégante, et l’absence de barbe ne nuit pas à son aspect. Evènement unique ou phénomène qui peut se reproduire ? Je ne suis pas en mesure de répondre…

3) Les 4x4

La loi pour les iris, c’est de tout multiplier par trois. Mais il arrive que la nature bégaie un peu et que des fleurs présentant plus de trois paires de pièces florales fassent leur apparition. C’est ce qui est arrivé à la Texane Margie Valenzuela qui a découvert dans ses semis un iris portant quatre pétales et quatre sépales, parfaitement constitué par ailleurs et plutôt joli à voir. Si curieux et joli même qu’elle l’a enregistré cette année sous le nom de ‘Grand Canyon Gold’ (photo). Cet iris s’est révélé fertile et parmi ses descendants on trouve des 4x4, comme lui. Cela veut-il dire que cette mutation est stable ? C’est encore trop tôt pour l’affirmer.

4) de vraies monstruosités

A côté de ces anomalies qui paraissent susceptibles de se reproduire assez régulièrement, on trouve plus ou moins souvent des fleurs franchement anormales. La plupart de ses monstruosités sont bien connues des professionnels et des scientifiques. Elles ne sont pas spécifiques aux iris.

Ce sont, par exemple, des fleurs qui ne comportent que quatre pièces florales, ou bien deux sépales seulement, d’autres qui arborent des barbes doubles comme sur la fleur dont George Sutton a publié une photo (voir ci-dessus). L’intérêt, si l’on peut dire, de cette fleur, c’est que si elle se reproduit de génération en génération, elle peut aboutir, une fois croisée avec un iris à ornements, à une fleur avec quatre éperons pétaloïdes et, pourquoi pas, aller jusqu’à une fleur franchement double, un peu comme peuvent l’être les pivoines ou les roses.

Une monstruosité originale, mais pas laide, est apparue chez Jean Ségui lors d’un croisement bien banal, ‘Princess’ X ‘Buffy’ : des ornements en forme de petites trompettes poussant au cœur de la fleur. L’iris a été enregistré ; il s’appelle ‘Aïda Rose’ (88). Mais à ma connaissance ces excroissances ne se sont pas reproduites.

Assez souvent, une monstruosité apparaît, de façon aléatoire. Les pièces florales sur une fleur ou sur toute la tige, sont bizarrement colorées. C’est à dire que les couleurs qui devraient se trouver juxtaposées ou intimement mêlées, se trouvent séparées brutalement et nettement. Les botanistes ont donné le nom de « chimère » à ce phénomène. La photo ci-dessus présente un cas remarquable.

Sans doute ai-je oublié dans cet inventaire des anomalies quelques autres cas de fleurs déboussolées. La nature quelque fois se prend les pieds dans le tapis. Chez les iris, comme chez les autres plantes. En ce qui concerne nos iris de jardin, chacune de ces manifestations est étudiée avec curiosité par les hybrideurs qui les constatent. Leur réaction va de l’intérêt pour quelque chose qui peut devenir un argument commercial à la crainte de laisser s’ouvrir une boîte de Pandore dont le contenu, répandu dans nos bordures, sèmerait le désordre et le malheur. C’est pourquoi des anomalies comme les éperons ou les taches aléatoires, par exemple, ont mis si longtemps à s’imposer. Cette prudence est tout à fait à l’honneur des hybrideurs en particulier, et du petit monde des iris en général.
ECHOS DU MONDE DES IRIS

Vincennes

Peut-être la plus belle collection publique d’iris de France se trouve au Parc Floral de Vincennes. Elle a été constituée en 1969, lors de la création du Parc Floral. Elle s’est enrichie au cours des années et comporte actuellement environ 2000 cultivars.
1500 TB (grands iris) ;
132 IB (intermédiaires) ;
92 SIB (iris de Sibérie) ;
59 JA (iris du Japon) ;
56 SPU (iris spurias) ;
51 iris botaniques ;
41 SDB et autres iris nains ;
27 LA (iris de Louisiane) ;
20 Pseudacorus et autres iris d’eau.

Cette collection a cependant un peu vieilli et, du fait des diverses transplantations, certains cultivars sont mal identifiés. Pendant la prochaine saison des fleurs la remise à chacun de sa bonne identité sera tentée.

Quoi qu’il en soit, la collection du Parc Floral de Vincennes mérite le déplacement.

8.6.07


ECHOS DU MONDE DES IRIS

Renouvellement

Le Parc Floral de la Source, à Orléans, a décidé de rajeunir sa collection d’iris. Pour les visiteurs, c’est sans doute une nécessité car les habitués pourraient prendre moins de plaisir à revoir chaque année les mêmes variétés. Il faut faire de la place aux variétés nouvelles. Mais que faire des variétés qui n’auront plus leur place ? La SFIB, informée de ces intentions il y a quelques semaines s’est efforcée de trouver un point de chute aux iris en déshérence. Elle en a trouvé deux : d’une part la Maison de l’Arbre et de l’Oiseau, à Verrières le Buisson, au Sud de Paris, dans le parc de ce qui fut la propriété de la famille de Vilmorin ; d’autre part dans un lycée horticole également proche de Paris. Mais cet emplacement n’est peut-être pas le plus judicieux. Il y en a un qui devrait s’imposer, ce sont les Jardins de Brocéliande, en Bretagne, près de Rennes, qui ont la qualité de Conservatoire National de l’Iris et qui abritent déjà les espèces et variétés issues de la collection Simmonet.

Il reste que, si j’en juge par ce que j’ai constaté, il y de nombreuses erreurs d’identification parmi les iris orléanais. Il faudra tenter de remettre à chacun la bonne étiquette, et cela ne sera pas une tâche des plus aisées.

En illustration, une variété photographiée au Parc de la Source, ‘Fidgi’ obtenue par Bernard Lecaplain, mais jamais enregistrée. Donc, en espérant qu’il n’y ait pas eu d’interversion de pancarte !



JOLIS MONSTRES
(n° 2)


« Broken Colors » ou « maculosa »

Dans « The World of Irises », qui date de 1978, il n’est même pas question des « broken colors » dans le chapitre consacré aux nouveautés. C’est qu’il a fallu effectivement attendre les années 70 pour que, timidement, certains hybrideurs avides d’originalité, se décident à préserver dans leurs semis ces iris dont on dirait qu’ils ont reçu par mégarde les éclaboussures d’un pinceau maladroit. Celui qui, en la matière, fut un initiateur s’appelle Allan Ensminger. C’est en 1967 qu’il a découvert son premier iris barbouillé et le premier « maculosa » réellement intéressant qui ait été enregistré se nomme ‘Doodle Strudel’ (Ensminger 77), un iris bleu ciel, taché de bleu marine, descendant perturbé de ‘Stepping Out’. L’année suivante, il a recommencé avec ‘Inty Greyshun’ (78), qui est mauve améthyste et barbouillé de blanc. ‘Batik’, le plus célèbre de tous les « maculosas » au point d’en être devenu la variété-repère, est apparu en 81. Par la suite vinrent ‘Painted Plic’ (83), ‘Maria Tormena’ (87), ‘Isn’t it Something’ (93) puis ‘Brindled Beauty’ (94) et ‘Autumn Years’ (95).

Mais, comme il se doit, le maître devait être dépassé par l’élève. Ce dernier se nomme Brad Kasperek. Non seulement il a repris le matériel créé par Ensminger, mais il l’a extrapolé, et a effectué en plus le travail scientifique permettant d’expliquer les origines du phénomène, ce qui a permis de le reproduire autrement que par le simple effet du hasard. C’est lui qui a inventé le nom de « Broken Color », adopté depuis par tout le monde anglo-saxon des iris. En dehors de leurs noms souvent franchement ridicules pour nous, Français, les « maculosas » de Kasperek se distinguent par l’originalité et la variété de leurs coloris. ‘Gnu’ (94), ‘Tiger Honey’ (94), ‘Bewilderbeast’ (95), ‘Kinkajou Shrew’ (99) en sont la démonstration.

Devant ce succès, d’autres obtenteurs ont tenté leur chance chez les « maculosas ». Dès 83 Joyce Meek avait enregistré ‘Wild Card’, qui est presque un « maculosa » en ce sens qu’il n’y a pas deux fleurs marquées de la même façon, mais qui reste néanmoins plus proche de la catégorie plicata, un peu comme était ‘Hey Looky’ (W. Brown 70), instabilité qu’on trouve également chez ‘Barletta’ (Peterson 74). En 95, Maryott a proposé ‘Out of Control’, violet pourpré balafré de blanc, puis Keith Keppel lui-même a trouvé dans ses semis de plicatas un iris irrégulièrement coloré, joliment baptisé ‘Broken Dreams’ (98), rose aspergé de blanc aux sépales. Cet iris « maculosa » conserve néanmoins un air distingué qui tranche sur le côté un peu vulgaire des productions Kasperek. Il faut dire que dès le début de sa carrière d’obtenteur, Keppel avait créé ‘Humoresque’ (61) (photo), un iris parme, avec des dessins aléatoires bleus. Il n’est donc pas vraiment débutant dans le modèle.

Maintenant la pompe est amorcée. Chacun sait comment faire pour obtenir des iris barbouillés. C’est d’autant plus intéressant pour un obtenteur qui débute, que le modèle n’est pas encore saturé (ou « overlooké » comme on dit en franglais), et qu’il y a de la place pour de nouveaux venus. De plus, les nouveaux peuvent à juste titre avoir l’ambition de créer des fleurs réellement jolies, élégantes, robustes, voire raffinées, ce qui n’est pas encore le cas général. Cependant le défi est difficile car, dans les semis de « maculosas » il y a beaucoup de déchet : plantes malingres, rabougries, fragiles… C’est d’ailleurs pourquoi il y a beaucoup de BB dans la catégorie : une façon de commercialiser malgré tout des plantes qui n’atteignent pas la hauteur minimale pour les TB. C’est aussi pourquoi il faut être particulièrement rigoureux quand on sélectionne un « maculosa » car la tentation peut être forte de mettre sur le marché quelque chose d’imparfait, ou simplement d’esthétiquement discutable. C’est essentiellement de ce côté qu’on peut avoir des craintes. Car pour ce qui est de la fantaisie, de la variété des couleurs et de l’intensité des taches, on peut faire confiance aux hybrideurs. Regardez simplement ce ‘Peggy Anne’ (Sutton 2007) (photo) et vous comprendrez que l’imagination n’est pas près de manquer.

Quoi qu’il en soit, il ne manque plus à ce modèle de fleur que la reconnaissance d’une grande récompense. Je suis sûr que cela va venir : le BB ‘Anaconda Love’ (Kasperek 98) n’a-t-il pas déjà obtenu la Knowlton Medal en 2006 ?


(à suivre)

1.6.07

DERNIERE MINUTE

J'ai créé un fichier des photos en gros plan de toutes les variétés fleuries à Jouy-en-Josas pour le concours FRANCIRIS R. Soit 113 images. Pour l'obtenir sur un CD, me le demander en m'envoyer 5 € pour les frais de port. Utiliser le "commentaire" pour passer commande.

CAYEUX ET EVE

L’une des sorties organisée pour les juges de FRANCIRIS ® a consisté en un voyage à Pithiviers, chez le rosiériste André Eve, puis à Gien, à la pépinière Cayeux.

Eve

Il faut passer par une étroite allée entre deux murs pour pénétrer dans le jardin d’André Eve. Au bout de ce boyau, on débouche dans une sorte de paradis fleuri, soigné, léché même, où les plantes bichonnées par leur propriétaire utilisent le moindre espace, dans une luxuriance exceptionnelle. Les rosiers, évidemment, ruissellent de fleurs, les ails, les iris, les sisyrinchiums, se glissent partout, dans un savant mélange de fleurs et de feuilles. Un délice, qui laisse à penser combien d’heures, chaque jour, doivent être consacrées au jardin pour parvenir à cette perfection. Les bordures impeccablement taillées, le gazon du type Wimbledon, confirment qu’André Eve est un jardinier hors pair, aussi passionné que méticuleux.

Difficile de s’arracher à cet Eden ; même si l’on sait que l’étape suivante est la pépinière de rosiers créée par le même André Eve et exploitée aujourd’hui par ses successeurs. L’homme, jovial, nous guide au milieu d’une foule de rosiers de toutes sortes, dont les parfums mêlés enivrent les visiteurs. On nous explique les croisements, on nous montre les semis, les jeunes plants, les plants plus anciens déjà sélectionnés, jusqu’aux rares élus qui viendront enrichir les collections. On comprend mieux l’engouement permanent pour les rosiers quand on a passé une heure dans une pépinière comme celle-là.

Cayeux

A la Carcaudière, chez Richard Cayeux, les iridophiles que nous sommes sont davantage en pays de connaissance. La splendeur est également au rendez-vous, très différente, plus rustique en même temps qu’extrêmement raffinée : le miracle des iris.

Le maître des lieux nous décrit son entreprise, la plus importante d’Europe, qui traite environ 10000 commandes chaque année, dont 1/3 pour l’étranger, principalement la Grande Bretagne, l’Irlande et l’Allemagne.

Ensuite on va arpenter les étendues caillouteuses où poussent les innombrables semis en attente de sélection ou en cours de multiplication. Richard Cayeux a quatre programmes de recherche en cours : les iris roses, les iris oranges, les bicolores très contrastés, du genre noir sous blanc, et les incontournables bleu-blanc-rouge, dont il s’est fait une spécialité et qui continuent de l’intéresser. Au fil des croisements, apparaissent des variétés d’une autre couleur, qui se font remarquer par leurs qualités et leurs coloris, comme ce ‘Ravissant’, blanc façon ‘Emma Cook’, mais avec une bordure rose neyron si fraîche.

Il nous emmène devant un de ces futurs chevaux de bataille, le semis qui s’appelle encore 01/194B (photo), une fleur qui « crache » sur une plante volumineuse et saine. Un peu plus loin, une amélioration de ‘Noctambule’, encore plus sombre aux sépales, promet un contraste extraordinaire. Un rose pêche, avec de beaux éperons, ne sera peut-être jamais enregistré et commercialisé : trop sensible à la verse… C’est dommage. Beaucoup des nouveaux semis sont des iris « space age », descendants en général de ‘Conjuration’. Richard Cayeux qui, dans son livre, parlait avec réserves de l’intérêt présenté par ces iris, semble maintenant complètement convaincu.

L’accueil aimable et souriant de Madame Cayeux attendait les visiteurs pour un petit pot de l’amitié, bienvenu en cette fin d’après-midi plutôt chaude. Sur la colline morainique de Poilly lès Gien, la journée s’achevait, laissant aux visiteurs plein d’images délicieuses.



JOLIS MONSTRES

Les obtenteurs d’iris ont toujours eu des scrupules à mettre sur le marché des variétés qui comportaient des anomalies par rapport à l’aspect des espèces d’origine. La question qu’ils se posent dans ces cas-là est de savoir s’ils ne vont pas, en quelque sorte introduire le loup dans la bergerie. Accessoirement ils se posent aussi la question : « Cela va-t-il se vendre ? »

Bien souvent, d’ailleurs, ne sachant pas quelle est l’origine de l’anomalie, ils se résignent à détruire la plante monstrueuse plutôt que de la multiplier avec le risque de provoquer un cataclysme horticole. Il n’y a que si l’anomalie se représente souvent qu’ils finissent par la considérer comme « intéressante », voire comme « commerciale ».

C’est ce qui s’est produit avec les phénomènes qui sont maintenant communément admis, comme les ornements bizarres des « Space Age » ou les couleurs mélangées des « Broken Colors ». C’est aussi ce qui est arrivé avec les fleurs « plates », c’est à dire avec des pétales absents ou remplacés par de pseudo-sépales, même si ces sortes de fleurs n’ont pas acquis une notoriété bien évidente.

« Space Age » ou « Rostrata »

Avant que Lloyd Austin ne s’intéresse aux iris à ornements, ceux-ci étaient considérés comme des monstres et systématiquement envoyés au compost. Pourtant dans les années 50 Tom Craig, un nom célèbre au milieu du XXeme siècle chez les hybrideurs, avait remarqué que ce genre de plante apparaissait souvent dans ses semis, essentiellement parmi les descendants des plicatas de Sydney Mitchell et particulièrement ceux provenant de ‘Advance Guard’. A noter que tous ces iris avaient pour origine les plantations des frères Sass, dont le nom apparaît toujours lorsqu’il s’agit d’une nouveauté dans le monde des iris.

Il a fallu toute la détermination de Lloyd Austin pour imposer ces iris dont les barbes s’agrémentaient soit de fines pointes soit de spatules pétaloïdes. Les bonnes gens ont longtemps considéré que c’était là non pas des ornements, mais bien plutôt des malformations. Néanmoins Austin a persévéré et quelques autres on timidement suivi : Tom Craig a introduit ‘Bearded Lady’ (55), un plicata bruyère sur blanc, mais dont la description ne fait même pas état de l’existence des fameuses barbes prolongées. La même année 55, une autre Californienne, Madame Lohman, a osé enregistrer ‘Gay Nineties’, un variegata-plicata dont les barbes jaunes portent des éperons. Je ne sais pas quel a été l’accueil commercial de ces deux variétés…

Le premier des iris à éperons de Lloyd Austin s’est appelé ‘Unicorn’, il date de 1952. A partir de 59, Austin n’a plus enregistré que des « Space Age », dénomination dont il est l’inventeur pour désigner ces nouveaux iris, leur attribuant du même coup une identité synonyme de modernité. Les noms qu’il a donnés à ses iris font toujours allusion aux appendices qui les décorent : ‘Horned Rosyred’ (58) (photo), ‘Flounced Marvel’ (60), ‘Spoon of Gold’ (60), ‘Lemon Spoon’ (60), ‘Spooned Blaze’ (64)…

Les iris à éperons se sont peu à peu installés et d’autres hybrideurs se sont lancés dans l’aventure, utilisant les cultivars de Lloyd Austin comme base de leurs recherches. Manley Osborne, Henry Rowlan ont été parmi les premiers à reprendre le flambeau. Tout le monde connaît ‘Moon Mistress’ (Osborne 76), iris de couleur pêche, ou ‘Battle Star’ (Osborne 78), bicolore chamois et fuchsia, ‘Hula Moon’ (Rowlan 78), chamois marqué de violet, ou ‘Space Dawn’ ( Rowlan 82) blanc influencé de jaune citron. Ce sont des variétés qui sont à l’origine des SA actuels, avec les descendants de ‘Moon Mistress’ que sont ‘Twice Thrilling’ (Osborne 84), mais surtout ‘Sky Hooks’ (Osborne 80). C’est cependant le visionnaire Monty Byers qui a bien compris la charge esthétique des nouveaux iris. Il en a produit un grand nombre dont ‘Conjuration’ (89), ‘Thornbird’ (89) et ‘Mesmerizer’ (91), les trois Médailles de Dykes issus de ‘Sky Hooks’.

Maintenant plus personne ne conteste que les « rostratas » aient constitué une étape importante du développement des iris. Tout le monde en fabrique, et depuis que par trois fois ils ont remporté la médaille de Dykes ils ont été définitivement adoptés. Mais leur évolution est-elle terminée ? Non point : témoin cet ‘Oghab’ (Muska 2006) (photo), qui arbore deux éperons !

(à suivre)

26.5.07

DERNIÈRE MINUTE

La livraison de cette semaine a 24 heures de retard, pour cause de FRANCIRIS. Mais au moins les lecteurs de ce blog bénéficieront d'un information de dernière minute.



LA NUIT DU ROSSIGNOL

« La Nuit du Rossignol » est la traduction en français du nom de la variété qui vient de remporter le Concours FRANCIRIS ® 2007. Comme on peut le voir sur les photos ci-dessus, il s’agit d’un iris original, avec des pétales pourpre clair, ourlés de blanc, et des sépales veinés pourpre sombre. La plante est de belle taille, saine, robuste, les fleurs, bien proportionnées, sont nombreuses et durent longtemps. Tout ce qu’il faut pour faire un iris de compétition. Mais ce qui va en surprendre plus d’un, c’est que cette variété nous arrive d’Ukraine, et qu’elle est l’œuvre dune vieille dame de 92 ans aujourd’hui, Nina Miroshnichenko. En ukrainien son nom s’écrit ‘Solovinayia Noch’ ; c’est du moins celui que lui a donné son obtenteur, mais il n’a pas encore été enregistré, de sorte que son pedigree nous reste inconnu. En tout cas c’est vraiment un iris de choix, qui a, certes, bénéficié de ce qu’il était tardif, puisque ses concurrents plus hâtifs n’étaient plus en mesure de concourir, mais il n’est pas certain qu’il n’aurait pas triomphé si le concours avait eu lieu un peu plus tôt en saison.

La seconde place du concours est revenu à ‘Mamy Framboise’ (Fur/Laporte 2004), un iris dont la photo est apparue ici il y a quelques semaines. Cette reconnaissance du travail impeccable d’un hybrideur amateur français, déjà récompensé pour ‘Iriade’ en 2003, fait bien plaisir à tous ceux qui soutiennent Bernard Laporte en affirmant depuis des années qu’il est capable de nous donner des fleurs de grande qualité.

Sur la troisième marche du podium de ce concours, c’est l’américain ‘Italian Ice’ (Cadd 2000) qui s’y installe. Un grand iris crème de deux tons avec des épaules et des barbes jaune citron.

Les autres récompenses décernées concernent la Meilleure Variété obtenue en France, et est donc revenue à ‘Mamy Framboise’, devant ‘Morgat’ de Gérard Madoré, qui s’adjuge, lui, le titre de Meilleur Variété Bleu-Blanc-Rouge. Le Meilleur Bitone Bleu a été ‘Air Force One’ de George Sutton. Quant à la variété ayant le meilleur parfum, ce fut ‘Arcobaleno’, un variegata à éperon venue d’Italie (Luigi Mostosi 2003).

En résumé, ce concours qui s’annonçait plutôt mal en raison de l’avance prise par la végétation a pu se dérouler normalement et couronner des variétés de valeur, distinguées parmi un choix de 113 variétés dont 34 étaient en état de concourir, et dont le panier final était composé de 21 iris vraiment supérieurs (en l’état des choses). Il ne nous reste plus qu’ à attendre, maintenant, la mouture 2009 de ce concours FRANCIRIS ® qui, devient vraiment une compétition de rang international.

DEUX SEIGNEURS

Le hasard de la floraison fait que ces deux iris, voisins dans mon jardin, se sont épanouis en même temps. Cela m’a permis de faire la photo ci-dessus. Chacun dans leur époque ont été des champions et ils méritent bien un petit rappel de leurs mérites.

‘Stepping Out’

‘Stepping Out’ (Schreiner 64 – DM 68) est une variété mondialement célèbre. Peut-être l’iris le plus répandu à l’heure actuelle. On peut le décrire comme ayant des pétales colorés de violet, dont les côtes et le cœur s’éclaircissent et tendent vers le blanc, et des sépales blancs, plus ou moins piquetés de la couleur des pétales, avec une densité croissante des points de couleur en allant vers le bord, jusqu’à un liseré, assez large, entièrement coloré. Le premier iris à avoir obtenu la Médaille de Dykes en 1927 s’appelle ‘San Francisco’. Le second, c’est lui, ‘Stepping Out’, 41 ans plus tard ! C’est un modèle de référence et un nombre incalculable de variétés le suivent, non seulement dans les tons de bleu ou de violet, comme c’est le cas ici, mais dans la plupart des autres coloris.

Pour ce qui de ses origines, on n’est pas bien avancé puisque la maison Schreiner, scrupuleuse de ne donner le pedigree d’une variété que lorsqu’elle en est sûre, n’a pas voulu se compromettre. Mais qu’importe ! De très nombreux hybrideurs ont passé outre cette origine imprécise et ont utilisé ‘Stepping Out’ pour leurs croisements. Rien qu’au premier degré ses descendants doivent bien se compter une centaine. Schreiner en a obtenu ‘Rondo’, ‘Gigi’ et ‘Loop the Loop’, mais aussi le noir ‘Midnight Express’ et le gracieux ‘Stitch in Time’ ; Gordon Plough en a tiré ‘Aegean Star’, ‘Pleasure Cruise’ ou ‘Winner’s Circle’ ; Sanford Babson lui doit ‘Odyssey’ et ’Merry Madrigal’ ; Jim Gibson en a fait ‘Brilliant Excuse’ et ‘Going my Way’… Et n’oublions pas que c’est ‘Stepping Out’ qui se trouve derrière les premiers « broken colors » comme ‘Maria Tormena’, ‘Doodle Strudel’ ou ‘Inty Greyshun’ et bien d’autres.

Quand on connaît les descendants des variétés citées, on se rend compte que ce ‘Stepping Out’ n’est pas un joyeux fêtard comme son nom pourrait le laisser supposer, mais le chef d’une importante tribu.

‘Sky Hooks’

‘Sky Hooks’ (Osborne 80) a été à deux doigts de remporter lé Médaille de Dykes en 90 ; mais il a été devancé par un autre plicata, ‘Jesse’s Song’, qui n’a pourtant pas les mêmes mérites (d’ailleurs ses descendants sont peu nombreux). Il est le produit de ‘Wedding Vow’ X ‘Moon Mistress’. Le premier est un blanc, le second un iris abricot avec de longs éperons blancs effilés. Le résultat est cette fleur jaune un peu chartreuse dotée d’éperons bleus. Peu d’iris ont déclenché un engouement aussi fort. C’est au point que l’on peut affirmer que ‘Sky Hooks’ a fait passer les iris à éperons du statut de plantes monstrueuses à celui de délicieuses nouveautés. Les hybrideurs se sont jetés dessus et en ont obtenu un très grand nombre de plantes de valeur, dont plus de 170 – peut-être 200 - ont été enregistrées.

Celui qui en a fait le plus grand usage est Monty Byers. Dans ma base de données personnelle, je compte 53 variétés de grands iris signées Byers qui sont issues au premier degré de ce ‘Sky Hooks’ ! Dont trois vainqueurs de la Médaille de Dykes, les fameux ‘Conjuration’, ‘Mesmerizer’ et ‘Thornbird’. Mais on connaît très bien également ‘Howdy Do’, ‘Magic Kingdom’, ‘Misty Twilight’ ou ‘Wondrous’. Le Slovaque Ladislaw Muska est un autre grand utilisateur de ‘Sky Hooks’. Certes ces variétés Est-européennes sont moins répandues que les Californiennes, mais je citerai tout de même celles qu j’aime bien, comme l’extravagant ‘Golden Fasan’, et celui qui a fait connaître Muska en dehors de son pays, l’améthyste ‘Hellada’. J’ajouterai pour ma part le blanc ‘Illulisat’, et le rose pèche ‘Xochipili’. George Sutton, encore aujourd’hui se sert de ‘Sky Hooks’ dont il a obtenu des variétés déjà célèbres comme ‘Apollo One’, ‘Blue Fin’, ‘Coral Point’ ou ‘Westpointer’. Enfin n’omettons pas de rappeler que Laure Anfosso, chez nous, l’a croisé avec ‘Beverly Sills’, ce qui a donné les frères de semis que sont ‘Antigua Soleil’, ‘Carmagnole’, ‘Flûte Enchantée’ et ‘Luciole’.

J’ai renoncé à compter les descendants des enfants de ‘Sky Hooks’, tant ils sont nombreux ! Rien que pour les trois plus célèbres, ceux qui ont été couronnés de la DM, on dépasse la centaine.

‘Stepping Out’ restera une des étapes majeures du développement des iris. Il fait partie de ce petit noyau dont on trouve la trace dans presque tous nos iris modernes.

Mais, au fait, y a-t-il des descendants communs à nos deux majors ? Eh bien, non. Du moins pas à ma connaissance. Ne serait-ce pas une piste pour de futurs seigneurs ?
ECHOS DU MONDE DES IRIS

Précision

La semaine dernière, j’ai écrit que la collection d’iris du Museum de Rouen avait échappé à la destruction. C’est inexact : elle subsiste mais a été divisée afin d’être, en quelque sorte, assurée de survivre.

18.5.07


ECHOS DU MONDE DES IRIS

A Florence

Le Concours de Florence vient de se terminer. En voici l’essentiel des résultats :

Florin d’Or = ‘Aurélie’ (Cayeux 2002)( photo)
Second Prix = ‘Sorriso di Alice’ (Marucchi NR)
Troisième Prix = ‘Red Masterpiece’ (Schreiner 2004)

8eme prix = ‘Torero’ (Cayeux 2003)

C’est la première fois qu’une variété française est couronnée à Florence. Bravo à ‘Aurélie’ et à son obtenteur Richard Cayeux.

A Verrières le Buisson

Une partie de la collection d’iris du jardin botanique de Rouen a été transférée à Verrières le Buisson, dans l’ancien domaine de la famille Vilmorin, devenu la Maison de l’Arbre et de l’Oiseau. Il s’agit d’un sauvetage car cette collection aurait été détruite sans l’intervention de la SFIB. Ce sauvetage est d’autant mieux venu que la collection contient des variétés rarissimes dont des iris de 1901, sûrement introuvables ailleurs.