1.6.07

DERNIERE MINUTE

J'ai créé un fichier des photos en gros plan de toutes les variétés fleuries à Jouy-en-Josas pour le concours FRANCIRIS R. Soit 113 images. Pour l'obtenir sur un CD, me le demander en m'envoyer 5 € pour les frais de port. Utiliser le "commentaire" pour passer commande.

CAYEUX ET EVE

L’une des sorties organisée pour les juges de FRANCIRIS ® a consisté en un voyage à Pithiviers, chez le rosiériste André Eve, puis à Gien, à la pépinière Cayeux.

Eve

Il faut passer par une étroite allée entre deux murs pour pénétrer dans le jardin d’André Eve. Au bout de ce boyau, on débouche dans une sorte de paradis fleuri, soigné, léché même, où les plantes bichonnées par leur propriétaire utilisent le moindre espace, dans une luxuriance exceptionnelle. Les rosiers, évidemment, ruissellent de fleurs, les ails, les iris, les sisyrinchiums, se glissent partout, dans un savant mélange de fleurs et de feuilles. Un délice, qui laisse à penser combien d’heures, chaque jour, doivent être consacrées au jardin pour parvenir à cette perfection. Les bordures impeccablement taillées, le gazon du type Wimbledon, confirment qu’André Eve est un jardinier hors pair, aussi passionné que méticuleux.

Difficile de s’arracher à cet Eden ; même si l’on sait que l’étape suivante est la pépinière de rosiers créée par le même André Eve et exploitée aujourd’hui par ses successeurs. L’homme, jovial, nous guide au milieu d’une foule de rosiers de toutes sortes, dont les parfums mêlés enivrent les visiteurs. On nous explique les croisements, on nous montre les semis, les jeunes plants, les plants plus anciens déjà sélectionnés, jusqu’aux rares élus qui viendront enrichir les collections. On comprend mieux l’engouement permanent pour les rosiers quand on a passé une heure dans une pépinière comme celle-là.

Cayeux

A la Carcaudière, chez Richard Cayeux, les iridophiles que nous sommes sont davantage en pays de connaissance. La splendeur est également au rendez-vous, très différente, plus rustique en même temps qu’extrêmement raffinée : le miracle des iris.

Le maître des lieux nous décrit son entreprise, la plus importante d’Europe, qui traite environ 10000 commandes chaque année, dont 1/3 pour l’étranger, principalement la Grande Bretagne, l’Irlande et l’Allemagne.

Ensuite on va arpenter les étendues caillouteuses où poussent les innombrables semis en attente de sélection ou en cours de multiplication. Richard Cayeux a quatre programmes de recherche en cours : les iris roses, les iris oranges, les bicolores très contrastés, du genre noir sous blanc, et les incontournables bleu-blanc-rouge, dont il s’est fait une spécialité et qui continuent de l’intéresser. Au fil des croisements, apparaissent des variétés d’une autre couleur, qui se font remarquer par leurs qualités et leurs coloris, comme ce ‘Ravissant’, blanc façon ‘Emma Cook’, mais avec une bordure rose neyron si fraîche.

Il nous emmène devant un de ces futurs chevaux de bataille, le semis qui s’appelle encore 01/194B (photo), une fleur qui « crache » sur une plante volumineuse et saine. Un peu plus loin, une amélioration de ‘Noctambule’, encore plus sombre aux sépales, promet un contraste extraordinaire. Un rose pêche, avec de beaux éperons, ne sera peut-être jamais enregistré et commercialisé : trop sensible à la verse… C’est dommage. Beaucoup des nouveaux semis sont des iris « space age », descendants en général de ‘Conjuration’. Richard Cayeux qui, dans son livre, parlait avec réserves de l’intérêt présenté par ces iris, semble maintenant complètement convaincu.

L’accueil aimable et souriant de Madame Cayeux attendait les visiteurs pour un petit pot de l’amitié, bienvenu en cette fin d’après-midi plutôt chaude. Sur la colline morainique de Poilly lès Gien, la journée s’achevait, laissant aux visiteurs plein d’images délicieuses.



JOLIS MONSTRES

Les obtenteurs d’iris ont toujours eu des scrupules à mettre sur le marché des variétés qui comportaient des anomalies par rapport à l’aspect des espèces d’origine. La question qu’ils se posent dans ces cas-là est de savoir s’ils ne vont pas, en quelque sorte introduire le loup dans la bergerie. Accessoirement ils se posent aussi la question : « Cela va-t-il se vendre ? »

Bien souvent, d’ailleurs, ne sachant pas quelle est l’origine de l’anomalie, ils se résignent à détruire la plante monstrueuse plutôt que de la multiplier avec le risque de provoquer un cataclysme horticole. Il n’y a que si l’anomalie se représente souvent qu’ils finissent par la considérer comme « intéressante », voire comme « commerciale ».

C’est ce qui s’est produit avec les phénomènes qui sont maintenant communément admis, comme les ornements bizarres des « Space Age » ou les couleurs mélangées des « Broken Colors ». C’est aussi ce qui est arrivé avec les fleurs « plates », c’est à dire avec des pétales absents ou remplacés par de pseudo-sépales, même si ces sortes de fleurs n’ont pas acquis une notoriété bien évidente.

« Space Age » ou « Rostrata »

Avant que Lloyd Austin ne s’intéresse aux iris à ornements, ceux-ci étaient considérés comme des monstres et systématiquement envoyés au compost. Pourtant dans les années 50 Tom Craig, un nom célèbre au milieu du XXeme siècle chez les hybrideurs, avait remarqué que ce genre de plante apparaissait souvent dans ses semis, essentiellement parmi les descendants des plicatas de Sydney Mitchell et particulièrement ceux provenant de ‘Advance Guard’. A noter que tous ces iris avaient pour origine les plantations des frères Sass, dont le nom apparaît toujours lorsqu’il s’agit d’une nouveauté dans le monde des iris.

Il a fallu toute la détermination de Lloyd Austin pour imposer ces iris dont les barbes s’agrémentaient soit de fines pointes soit de spatules pétaloïdes. Les bonnes gens ont longtemps considéré que c’était là non pas des ornements, mais bien plutôt des malformations. Néanmoins Austin a persévéré et quelques autres on timidement suivi : Tom Craig a introduit ‘Bearded Lady’ (55), un plicata bruyère sur blanc, mais dont la description ne fait même pas état de l’existence des fameuses barbes prolongées. La même année 55, une autre Californienne, Madame Lohman, a osé enregistrer ‘Gay Nineties’, un variegata-plicata dont les barbes jaunes portent des éperons. Je ne sais pas quel a été l’accueil commercial de ces deux variétés…

Le premier des iris à éperons de Lloyd Austin s’est appelé ‘Unicorn’, il date de 1952. A partir de 59, Austin n’a plus enregistré que des « Space Age », dénomination dont il est l’inventeur pour désigner ces nouveaux iris, leur attribuant du même coup une identité synonyme de modernité. Les noms qu’il a donnés à ses iris font toujours allusion aux appendices qui les décorent : ‘Horned Rosyred’ (58) (photo), ‘Flounced Marvel’ (60), ‘Spoon of Gold’ (60), ‘Lemon Spoon’ (60), ‘Spooned Blaze’ (64)…

Les iris à éperons se sont peu à peu installés et d’autres hybrideurs se sont lancés dans l’aventure, utilisant les cultivars de Lloyd Austin comme base de leurs recherches. Manley Osborne, Henry Rowlan ont été parmi les premiers à reprendre le flambeau. Tout le monde connaît ‘Moon Mistress’ (Osborne 76), iris de couleur pêche, ou ‘Battle Star’ (Osborne 78), bicolore chamois et fuchsia, ‘Hula Moon’ (Rowlan 78), chamois marqué de violet, ou ‘Space Dawn’ ( Rowlan 82) blanc influencé de jaune citron. Ce sont des variétés qui sont à l’origine des SA actuels, avec les descendants de ‘Moon Mistress’ que sont ‘Twice Thrilling’ (Osborne 84), mais surtout ‘Sky Hooks’ (Osborne 80). C’est cependant le visionnaire Monty Byers qui a bien compris la charge esthétique des nouveaux iris. Il en a produit un grand nombre dont ‘Conjuration’ (89), ‘Thornbird’ (89) et ‘Mesmerizer’ (91), les trois Médailles de Dykes issus de ‘Sky Hooks’.

Maintenant plus personne ne conteste que les « rostratas » aient constitué une étape importante du développement des iris. Tout le monde en fabrique, et depuis que par trois fois ils ont remporté la médaille de Dykes ils ont été définitivement adoptés. Mais leur évolution est-elle terminée ? Non point : témoin cet ‘Oghab’ (Muska 2006) (photo), qui arbore deux éperons !

(à suivre)

26.5.07

DERNIÈRE MINUTE

La livraison de cette semaine a 24 heures de retard, pour cause de FRANCIRIS. Mais au moins les lecteurs de ce blog bénéficieront d'un information de dernière minute.



LA NUIT DU ROSSIGNOL

« La Nuit du Rossignol » est la traduction en français du nom de la variété qui vient de remporter le Concours FRANCIRIS ® 2007. Comme on peut le voir sur les photos ci-dessus, il s’agit d’un iris original, avec des pétales pourpre clair, ourlés de blanc, et des sépales veinés pourpre sombre. La plante est de belle taille, saine, robuste, les fleurs, bien proportionnées, sont nombreuses et durent longtemps. Tout ce qu’il faut pour faire un iris de compétition. Mais ce qui va en surprendre plus d’un, c’est que cette variété nous arrive d’Ukraine, et qu’elle est l’œuvre dune vieille dame de 92 ans aujourd’hui, Nina Miroshnichenko. En ukrainien son nom s’écrit ‘Solovinayia Noch’ ; c’est du moins celui que lui a donné son obtenteur, mais il n’a pas encore été enregistré, de sorte que son pedigree nous reste inconnu. En tout cas c’est vraiment un iris de choix, qui a, certes, bénéficié de ce qu’il était tardif, puisque ses concurrents plus hâtifs n’étaient plus en mesure de concourir, mais il n’est pas certain qu’il n’aurait pas triomphé si le concours avait eu lieu un peu plus tôt en saison.

La seconde place du concours est revenu à ‘Mamy Framboise’ (Fur/Laporte 2004), un iris dont la photo est apparue ici il y a quelques semaines. Cette reconnaissance du travail impeccable d’un hybrideur amateur français, déjà récompensé pour ‘Iriade’ en 2003, fait bien plaisir à tous ceux qui soutiennent Bernard Laporte en affirmant depuis des années qu’il est capable de nous donner des fleurs de grande qualité.

Sur la troisième marche du podium de ce concours, c’est l’américain ‘Italian Ice’ (Cadd 2000) qui s’y installe. Un grand iris crème de deux tons avec des épaules et des barbes jaune citron.

Les autres récompenses décernées concernent la Meilleure Variété obtenue en France, et est donc revenue à ‘Mamy Framboise’, devant ‘Morgat’ de Gérard Madoré, qui s’adjuge, lui, le titre de Meilleur Variété Bleu-Blanc-Rouge. Le Meilleur Bitone Bleu a été ‘Air Force One’ de George Sutton. Quant à la variété ayant le meilleur parfum, ce fut ‘Arcobaleno’, un variegata à éperon venue d’Italie (Luigi Mostosi 2003).

En résumé, ce concours qui s’annonçait plutôt mal en raison de l’avance prise par la végétation a pu se dérouler normalement et couronner des variétés de valeur, distinguées parmi un choix de 113 variétés dont 34 étaient en état de concourir, et dont le panier final était composé de 21 iris vraiment supérieurs (en l’état des choses). Il ne nous reste plus qu’ à attendre, maintenant, la mouture 2009 de ce concours FRANCIRIS ® qui, devient vraiment une compétition de rang international.

DEUX SEIGNEURS

Le hasard de la floraison fait que ces deux iris, voisins dans mon jardin, se sont épanouis en même temps. Cela m’a permis de faire la photo ci-dessus. Chacun dans leur époque ont été des champions et ils méritent bien un petit rappel de leurs mérites.

‘Stepping Out’

‘Stepping Out’ (Schreiner 64 – DM 68) est une variété mondialement célèbre. Peut-être l’iris le plus répandu à l’heure actuelle. On peut le décrire comme ayant des pétales colorés de violet, dont les côtes et le cœur s’éclaircissent et tendent vers le blanc, et des sépales blancs, plus ou moins piquetés de la couleur des pétales, avec une densité croissante des points de couleur en allant vers le bord, jusqu’à un liseré, assez large, entièrement coloré. Le premier iris à avoir obtenu la Médaille de Dykes en 1927 s’appelle ‘San Francisco’. Le second, c’est lui, ‘Stepping Out’, 41 ans plus tard ! C’est un modèle de référence et un nombre incalculable de variétés le suivent, non seulement dans les tons de bleu ou de violet, comme c’est le cas ici, mais dans la plupart des autres coloris.

Pour ce qui de ses origines, on n’est pas bien avancé puisque la maison Schreiner, scrupuleuse de ne donner le pedigree d’une variété que lorsqu’elle en est sûre, n’a pas voulu se compromettre. Mais qu’importe ! De très nombreux hybrideurs ont passé outre cette origine imprécise et ont utilisé ‘Stepping Out’ pour leurs croisements. Rien qu’au premier degré ses descendants doivent bien se compter une centaine. Schreiner en a obtenu ‘Rondo’, ‘Gigi’ et ‘Loop the Loop’, mais aussi le noir ‘Midnight Express’ et le gracieux ‘Stitch in Time’ ; Gordon Plough en a tiré ‘Aegean Star’, ‘Pleasure Cruise’ ou ‘Winner’s Circle’ ; Sanford Babson lui doit ‘Odyssey’ et ’Merry Madrigal’ ; Jim Gibson en a fait ‘Brilliant Excuse’ et ‘Going my Way’… Et n’oublions pas que c’est ‘Stepping Out’ qui se trouve derrière les premiers « broken colors » comme ‘Maria Tormena’, ‘Doodle Strudel’ ou ‘Inty Greyshun’ et bien d’autres.

Quand on connaît les descendants des variétés citées, on se rend compte que ce ‘Stepping Out’ n’est pas un joyeux fêtard comme son nom pourrait le laisser supposer, mais le chef d’une importante tribu.

‘Sky Hooks’

‘Sky Hooks’ (Osborne 80) a été à deux doigts de remporter lé Médaille de Dykes en 90 ; mais il a été devancé par un autre plicata, ‘Jesse’s Song’, qui n’a pourtant pas les mêmes mérites (d’ailleurs ses descendants sont peu nombreux). Il est le produit de ‘Wedding Vow’ X ‘Moon Mistress’. Le premier est un blanc, le second un iris abricot avec de longs éperons blancs effilés. Le résultat est cette fleur jaune un peu chartreuse dotée d’éperons bleus. Peu d’iris ont déclenché un engouement aussi fort. C’est au point que l’on peut affirmer que ‘Sky Hooks’ a fait passer les iris à éperons du statut de plantes monstrueuses à celui de délicieuses nouveautés. Les hybrideurs se sont jetés dessus et en ont obtenu un très grand nombre de plantes de valeur, dont plus de 170 – peut-être 200 - ont été enregistrées.

Celui qui en a fait le plus grand usage est Monty Byers. Dans ma base de données personnelle, je compte 53 variétés de grands iris signées Byers qui sont issues au premier degré de ce ‘Sky Hooks’ ! Dont trois vainqueurs de la Médaille de Dykes, les fameux ‘Conjuration’, ‘Mesmerizer’ et ‘Thornbird’. Mais on connaît très bien également ‘Howdy Do’, ‘Magic Kingdom’, ‘Misty Twilight’ ou ‘Wondrous’. Le Slovaque Ladislaw Muska est un autre grand utilisateur de ‘Sky Hooks’. Certes ces variétés Est-européennes sont moins répandues que les Californiennes, mais je citerai tout de même celles qu j’aime bien, comme l’extravagant ‘Golden Fasan’, et celui qui a fait connaître Muska en dehors de son pays, l’améthyste ‘Hellada’. J’ajouterai pour ma part le blanc ‘Illulisat’, et le rose pèche ‘Xochipili’. George Sutton, encore aujourd’hui se sert de ‘Sky Hooks’ dont il a obtenu des variétés déjà célèbres comme ‘Apollo One’, ‘Blue Fin’, ‘Coral Point’ ou ‘Westpointer’. Enfin n’omettons pas de rappeler que Laure Anfosso, chez nous, l’a croisé avec ‘Beverly Sills’, ce qui a donné les frères de semis que sont ‘Antigua Soleil’, ‘Carmagnole’, ‘Flûte Enchantée’ et ‘Luciole’.

J’ai renoncé à compter les descendants des enfants de ‘Sky Hooks’, tant ils sont nombreux ! Rien que pour les trois plus célèbres, ceux qui ont été couronnés de la DM, on dépasse la centaine.

‘Stepping Out’ restera une des étapes majeures du développement des iris. Il fait partie de ce petit noyau dont on trouve la trace dans presque tous nos iris modernes.

Mais, au fait, y a-t-il des descendants communs à nos deux majors ? Eh bien, non. Du moins pas à ma connaissance. Ne serait-ce pas une piste pour de futurs seigneurs ?
ECHOS DU MONDE DES IRIS

Précision

La semaine dernière, j’ai écrit que la collection d’iris du Museum de Rouen avait échappé à la destruction. C’est inexact : elle subsiste mais a été divisée afin d’être, en quelque sorte, assurée de survivre.

18.5.07


ECHOS DU MONDE DES IRIS

A Florence

Le Concours de Florence vient de se terminer. En voici l’essentiel des résultats :

Florin d’Or = ‘Aurélie’ (Cayeux 2002)( photo)
Second Prix = ‘Sorriso di Alice’ (Marucchi NR)
Troisième Prix = ‘Red Masterpiece’ (Schreiner 2004)

8eme prix = ‘Torero’ (Cayeux 2003)

C’est la première fois qu’une variété française est couronnée à Florence. Bravo à ‘Aurélie’ et à son obtenteur Richard Cayeux.

A Verrières le Buisson

Une partie de la collection d’iris du jardin botanique de Rouen a été transférée à Verrières le Buisson, dans l’ancien domaine de la famille Vilmorin, devenu la Maison de l’Arbre et de l’Oiseau. Il s’agit d’un sauvetage car cette collection aurait été détruite sans l’intervention de la SFIB. Ce sauvetage est d’autant mieux venu que la collection contient des variétés rarissimes dont des iris de 1901, sûrement introuvables ailleurs.















JOUY 2007

Comme je l’ai signalé par ailleurs, le concours FRANCIRIS® 2007 rencontre des difficultés liées aux conditions climatiques. Comme partout en France – et même en Europe - la végétation a pris en avril une quinzaine de jours d’avance que le rafraîchissement relatif du début de mai n’a pas réussi à enrayer. Du coup, les iris ont fleuri beaucoup plus tôt que prévu, et il est à craindre qu’à la date du concours, la plupart des touffes seront défleuries.

A défaut de pouvoir avancer la date du concours (les juges ont programmé leur venue pour les dates réservées et la richesse de l’emploi du temps des amateurs d’iris au cours du mois de mai ne permet aucun changement), les organisateurs ont ouvert plus tôt le jardin de TECOMAH et annulé la remise de prix. Il y aura donc un semblant de concours, mais pas de prix attribués…

Pour voir et photographier les iris au pic de leur floraison, je me suis rendu sur place à Jouy-en-Josas le 10 mai. J’ai découvert le nouvel espace consacré aux iris, superbe, et même plutôt chic : allées vastes et bien dessinées, plantes soignées, environnement agréable. La végétation en elle-même, sans parler donc de l’avancement de la floraison, m’a paru un peu moins luxuriante qu’en 2005. Les plantes, âgées de deux ans, sont quelquefois restées grêles, avec peu de pousses – mais de nombreuses se sont tout de même correctement développées. Enfin, comme toujours dans ce genre de manifestation, certains iris sont au top au bon moment alors que d’autres ont complètement raté leur concours !

Une curiosité a été de voir que les plus somptueuses plantes n’étaient pas celles qui portaient les fleurs les plus intéressantes. Certaines variétés présentées, en effet, arborent des fleurs qui auraient paru intéressantes dans les années 70, mais qui, aujourd’hui, ont un air démodés. Des « oldies » en quelque sorte…

Comme toujours, les juges, s’ils avaient l’occasion d’exercer pleinement leur tâches, commenceraient par éliminer toutes les plantes hors d’état de concourir, et elles me semblent nombreuses. Je pense qu’ils ne retiendraient guère plus d’une vingtaine de variétés pour la « demi-finale », et que le podium se jouerait entre moins de six. Somme toute, une situation assez banale !

Ce qui m’a paru le plus dommage, c’est qu’il n’y ait pas davantage de variétés d’un coloris original, je n’en ai relevé que trois qui sortent vraiment de l’ordinaire. Mais peut-être suis-je un peu blasé !

Pour donner aux lecteurs de ce blog un tout petit aperçu de ce qu’ils verront ou pourraient voir en se rendant à Jouy, j’ai mis ci-dessus quelques photos de mon crû. Car c’est un formidable spectacle qu’une iriseraie parfaitement traitée et en en pleine fleur ! Je ne puis que vous inviter chaleureusement à faire le déplacement. Mais ne perdez pas de temps, les fleurs fanent vite, cette année.

11.5.07







TROIS MINI-PORTRAITS
D’OBTENTEURS CONTEMPORAINS

Larry Lauer

Il y a trente ans que cet homme et sa famille sont arrivés en Californie, pour se lancer dans la culture. Il pensait alors aux légumes. Mais le destin a voulu que son voisin s’appelle Jim McWhirter, et que ce soit un grand nom des iris. McWhirter était un homme de cœur, toujours disponible pour les autres. Larry Lauer et Jim McWhirter sont devenus amis, puis, même, associés. En compagnie de son mentor, Larry Lauer s’est initié aux mystères des iris et aux arcanes de l’hybridation. Il a sympathisé avec plusieurs obtenteurs californiens et a creusé son trou dans un monde où il a rapidement trouvé sa place. Comme beaucoup d’hybrideurs talentueux, il a été récompensé dès sa première introduction, en l’occurrence l’iris intermédiaire ‘Lemon Pop’ (89) (voir photo) qui a obtenu la Sass Medal en 96.

Son année triomphale a été 99 où ‘Stairway to Heaven’ (93) a gagné la Wister Medal, avant d’atteindre, l’année suivante, la Dykes Medal, tandis que ‘Penny Lane’ (99) remportait la Franklin Cook Memorial Cup, et que ‘Sandy Beach’ (98) se distinguait aux Loomis Awards.

Depuis, Lauer fait partie du gratin des hybrideurs. Chaque année il enregistre de superbes variétés ; depuis ‘Opening Act’ (91), le premier et bien nommé, ‘Speed Limit’ (92) puis ‘Jurassic Park’ (95) ou ‘Lady Jane’ (2001) sont des variétés devenues célèbres.

Vernon Wood

Cet personnage-là, c’est avec raison qu’on le qualifie de « maître des roses ». Il a en effet consacré toute sa vie d’hybrideur aux iris de cette couleur, et on peut dire qu’il est parvenu à y exceller. Après des études à l’Université de Californie, et les années de service militaire qu’il passa en Alaska, ce petit homme jovial s’est lancé dans l’hybridation des iris pour le plaisir. Mais c’est quelqu’un qui aime la perfection, aussi s’est-il rapproché des grands maîtres des années 50/60 pour acquérir auprès d’eux le professionnalisme qu’on lui reconnaît aujourd’hui. Ces modèles se nomment Orville Fay, David Hall, Tell Muhlestein et Nathan Rudolph : des noms qui disent quelque chose à ceux qui s’intéressent aux iris.

Après un long apprentissage et des essais dont le public n’a jamais eu connaissance, Vernon Wood ne s’est décidé à enregistrer une variété qu’en 1969, et ce fut ‘Cherry Jubilee’, son premier blanc à barbes rouges. La chance de sa vie, il la doit à un croisement heureux entre un de ses semis et le fameux rose de Joë Ghio, ‘Bubble Up’. De ce croisement il a obtenu cinq variétés qu’il a enregistrées et qui sont l’épine dorsale de son travail : le blanc à barbes rouges ‘Sly Fox’ (96), et quatre roses magnifiques qui sont ‘Larue Boswell’ (97), ‘Pink Dancer’ (95), ‘Pink Quartz’ (95) et ‘Valentine’s Day’ (97) (voir photo).

Auparavant, déjà, Vernon Wood s’était fait connaître grâce à des iris roses adorables comme ‘Pink Gala’ (90), ‘April in Paris’ (92) ou ‘Pink Starlet’ (93). Par la suite encore des variétés comme ‘Ballet Royale’ (99) et ‘Heidi Alaina’(2000) sont venues compléter une collection exemplaire.

Mais les grands iris barbus ne sont pas la seule catégorie à laquelle Vernon Wood s’intéresse. C’est aussi une sommité en matière d’iris de Californie, et ce n’est pas pour rien que ‘Sea Admiral’ (95) puis ‘Raspberry Dazzler’ (95) ont obtenu la Sydney B. Mitchell Medal, la plus haute récompense pour les iris de Californie.

Jean Ségui

Jean Ségui ne veut pas qu’on dise de lui qu’il est un professionnel de l’iris. Il s’en défend au prétexte que ses iris ne résultent pas d’un programme minutieusement élaboré, ni d’une recherche en un domaine précis. Il agit en fonction de son humeur et de sa fantaisie. Il faut reconnaître que cette humeur et cette fantaisie ont abouti à des résultats intéressants.

La vie professionnelle de Jean Ségui a été consacrée à la médecine, à la gynécologie, pour être précis. C’est assez tard dans sa vie qu’il a pu consacrer assez de temps à son loisir favori, les iris, et pratiquer l’hybridation. Ses premiers iris enregistrés remontent à 1981, lorsqu’il a mis sur le marché les quatre « B » qui sont ‘Baladin’, ‘Balançoire’, ‘Baliverne’ et ‘Ball Trap’, ainsi que l’amoena jaune ‘Sur Deux Notes’. En 82 viendra le riche variegata ‘Corbières’ ainsi que l’un de ses meilleurs, le bleu outremer ‘Trapel’ (photo), apprécié pour la richesse de son coloris et la vigueur de la plante, et le très recherché ‘La Belle Aude’, rose un peu raide mais solide et sans problèmes. En 83 apparaîtra ‘Doctor Gold’, un iris de haute taille, tardif, et d’un rare coloris vieil or qui sera remarqué à Florence où il obtiendra le prix de la variété la plus commerciale. Aujourd’hui ‘Doctor Gold’ a un peu vieilli en raison de ses fleurs un peu petites et sans ondulations. Il sera suivi par un iris flamboyant : ‘Catalan’ (85), puis par l’amusant ‘Aïda Rose’ (88) dont le cœur s’agrémente de curieux appendices en forme de trompette. En 89 on revient au modèle variegata avec ‘Cerdagne’. ‘Trencavel’ est proposé en 90 : c’est un joli plicata pourpre. Il sera suivi par, d’après moi, les deux meilleures variétés de la production Ségui, ‘Ruée vers l’Or’ (92) et ‘Via Domitia’ (93). Le premier rejoint le thème abordé avec ‘Cerdagne’, mais en plus léger, le second est une amélioration de ‘Sur Deux Notes’. ‘Monsieur-Monsieur’ (94), puis ‘Oulo’ (non enregistré) seront les représentants de la période « rouge » de leur obtenteur dont l’activité, l’âge venu, deviendra épisodique avec pour dernier enregistrement le charmant variegata ‘Frisounette’ (98).

Je ne crois pas avoir oublié qui que ce soit de la production de grands iris du docteur Ségui. Mais il n’est pas possible de terminer ce rapide portrait sans rappeler son activité à la SFIB dont il fut le Président après avoir été l’Editeur de la revue « Iris & Bulbeuses ».
MISE AU POINT

Lawrence Ransom, dont il a été question la semaine dernière dans la chronique intitulée "Romance", me prie de bien vouloir préciser que "Il ne s'agit pas pour moi de faire une différence suffisamment grande pour différencier deux noms de variétés portant le même nom de personne, mais carrément d'interdire que deux variétés portent le nom d'une MEME personne."

Voilà qui est fait. J'ajoute que je suis moi-même de cet avis.

4.5.07


ROMANCE

La photo ci-dessus, qui a fait la couverture du n°19/1 de la revue ROOTS de la Société pour la Préservation des Iris Historiques (HIPS), est celle de ‘Romance’ (Murrell 1928). Elle a été prise dans la collection d’iris historiques de Bruce Filardi, lors de la convention américaine de 2006. Ce qui en fait l’intérêt, c’est que cette année le catalogue Cayeux propose une variété nouvelle sous ce nom de ‘Romance’. En fait, le nom retenu officiellement est ‘Douce Romance’, mais pour des raisons qui m’échappent, le catalogue n’a retenu que le substantif « romance » en négligeant l’adjectif. Cela n’a guère d’importance car si l’ancien ‘Romance’ existe toujours, la preuve, il est peu probable que l’on confonde l’ancien et le nouveau ou qu’on puisse les trouver côte à côte ! Cette homonymie relative met en lumière la difficulté de trouver un nom pour une nouvelle variété qui n’ait pas déjà été utilisé. Les exemples de ce type de difficultés sont nombreux. Ainsi Jean Ségui, l’hybrideur français bien connu et apprécié, a-t-il donné un jour le nom de ‘Monsieur’ à l’un de ses cultivars. Quand il a voulu l’enregistrer il a du revoir sa copie, de sorte que le nom officiel est maintenant ‘Monsieur-Monsieur’. De même, pour le même obtenteur, son iris à ornements ‘Aïda’ est-il devenu dans les registres de l’AIS ‘Aïda Rose’.

L’attribution des noms devient de plus en plus délicate. Au phénomène ici évoqué s’ajoutent bien des ambiguïtés qui résultent d’une part de la multiplication du nombre de plantes à enregistrer, d’autre part du fait que les noms proposés le sont en un nombre croissant de langages. Et quand un nom a été exprimé en une langue, y-a-t-il homonymie quand le même concept est exprimé dans une autre langue ? Par exemple, le ‘Terra del Fuoco’ d’Augusto Bianco est il l’homonyme du ‘Terre de Feu’ de Richard Cayeux enregistré précédemment ?

Et pour les noms propres ? La polémique qui a récemment opposé Lawrence Ransom et Lowell Baumunk à propos des noms ‘Alienor d’Aquitaine’ et ‘Eleanor of Aquitaine’ résulte d’une analyse différente de la règle applicable en la matière. Dans ce cas, la solution adoptée n’a donné satisfaction à personne : L. Ransom continue de regretter que le nouveau nom adopté ne soit pas plus nettement différent de celui qu’il avait lui-même retenu et enregistré, et Lowell Baumunk, qui a du rectifier l’état civil de son iris en ‘Queen Eleanor of Aquitaine’ et faire paraître un rectificatif dans le bulletin de l’AIS, s’estime victime d’une tracasserie.

La mondialisation qui touche le monde des iris comme le reste de l’activité humaine va exiger une remise en ordre de la règle d’attribution des noms, et le mieux serait que le nouvelles règles soient adoptées au plus vite.
ECHOS DU MONDE DES IRIS

Tempête sur les concours

L’ensoleillement et la chaleur qui a marqué ce mois d’avril 2007 a provoqué une avance de la végétation des iris qui s’évalue à environ 15 jours. Depuis longtemps les dates des concours européens, Florence, Munich et Jouy-en-Josas, avaient été arrêtées, les juges retenus et les dispositions prises pour accueillir les jurys et les visiteurs. De sorte qu’il est pratiquement impossible de changer quoi que soit ! Mais voilà : peut-on tenir un concours d’iris quand les iris ne sont plus en fleur ? La question s’est posée aux Etats-Unis pour les deux concours parallèles qui agrémentent la Convention Annuelle de l’AIS. La date de cette manifestation est arrêtée plusieurs années à l’avance. Les caprices météorologiques, encore plus fréquents aux USA qu’en Europe, rendent très probables des difficultés analogues à celles que nous connaissons cette année. Certaines fois, les participants à la Convention ne voient que des iris en boutons, d’autres fois, ils n’ont presque plus rien à se mettre sous les yeux, et quelquefois aussi, le temps est tellement médiocre qu’on a vu de fleurs recouvertes de neige ou noyées dans des flots de pluie… Eh bien, malgré tout, les concours ont lieu. Avec des résultats aussi bizarres que la météo. Les concours européens de 2007 seront atypiques, à moins que le phénomène qui nous frappe cette fois ne devienne la règle !

Le jardin de présentation des iris à Jouy-en-Josas (TECOMAH) sera ouvert du 9 au 16 mai excepté le dimanche 13 mai et bien sûr du 21 mai au 2 juin, de 10h à 17h.






COUSINS OU PAS ?

Par un pur hasard, les trois iris dont les photos sont présentées ci-dessus se trouvent plantés dans mon jardin à quelques pas les uns des autres. Il saute donc aux yeux qu’ils ont une indéniable ressemblance. D’où l’idée de rechercher s’ils ont quelque lien de parenté.

‘Color Splash’
(Schreiner 80)

Celui-là est un pur produit Schreiner des années 70 : fleur de belle taille et bien proportionnée, douces ondulations, couleurs pures et contraste évident. Il faut y regarder de près pour distinguer ce qui le différencie de son cadet ‘Liaison’ (Ghio 86), et remarquer que le rose des pétales est un peu plus saumoné chez lui que chez ‘Liaison’ et le pourpre des sépales est uniformément réparti alors que l’autre possède un liseré rose. Que dit, alors, son pedigree ? Hélas ! Rien du tout ! Il est enregistré comme étant de parents inconnus… Voilà notre comparaison mal partie.

‘Latin Lover’
(Shoop 69)

C’est le plus ancien du trio. Mais il ne fait pas son âge, et j’ai déjà eu l’occasion de faire cette constatation. Malgré ses bientôt quarante ans, il tient la comparaison avec des plantes de dix ou quinze ans ses cadettes. Placé à côté des deux autres, on constate que, pour ce qui est de la couleur, il se confond presque avec ‘Liaison’ : c’est à peine si le pourpre des sépales est plus saturé chez le plus jeune. Au plan de ses origines, nous allons rester sur notre faim. En effet George Shoop n’a pas été très disert dans l’énumération des son parent maternel dont il nous dit simplement qu’il s’agit d’un semis non précisé, croisé avec ‘Whole Cloth’, célèbre et admirable amoena bleu tendre. Du côté paternel, on découvre une autre variété bien connue, ‘Wine and Roses’ (Hall 63), chez lequel on retrouve les pétales roses et les sépales pourprés, mais agrémentés d’un large bord rose réduit à un mince filet sur ‘Latin Lover’ dont les couleurs, au demeurant, sont plus contrastées. Peut-on connaître les origines de ‘Wine and Roses’ ? Non, malheureusement, puisqu’elle est décrite comme étant le fruit d’un semis non précisé… Notre recherche va donc s’arrêter brusquement. La chance n’est pas avec nous.

‘Liaison’
(Ghio 86)

Cette fois les sépales sont finement liserés du rose un peu bleuté des pétales ; un rose que les Anglais appellent « pink » mais que la langue française ne distingue pas du rose plus chaud qu’en anglais on nomme « rose ». Le pourpre y est aussi un peu plus violacé que chez les deux précédents, mais c’est une différence subtile. Enfin, des trois iris en comparaison, c’est celui qui comporte les plus profondes ondulations.

Cette fois le pedigree nous en dit davantage : père = ‘Magic Man’ (Blyth 79), mère = ‘Ringo’ (Shoop 79). ‘Magic Man’ est un enfant du fameux ‘Cabaret Royale’, l’un des tout premiers chef d’œuvres de Barry Blyth. Derrière ce ‘Cabaret Royale’ on découvre un certain ‘Fanfare Orchid’ (B. Jones 65) – rose orchidée -, qui apparaît également parmi les ancêtres maternels de ‘Magic Man’, et, également, dans l’arbre généalogique de ‘Ringo’. C’est de ce dernier côté qu’il faut se tourner pour trouver, enfin, un lien entre ‘Liaison’ et ‘Latin Lover’. Ce lien est même double. Malgré le manque de précision qui caractérise les descriptions que Shoop donne des ses variétés, on apprend que ‘Ringo’ provient de trois ancêtres : ‘Behold’ (Shoop 67), ‘Fanfare Orchid’ (Jones 65) et ‘Royal Host’ (Shoop 72). ‘Behold’ descend en droite ligne de ‘Whole Cloth’ (déjà vu dans l’arbre maternel de ‘Latin Lover’), et ‘Royal Host’ est issu à la fois de ‘Behold’ et de … ‘Latin Lover’ ! Voilà notre lien, celui qui explique la similitude des coloris. Quant aux amples ondulations qui ornent les sépales de ‘Liaison’, elles proviennent de ‘Ringo’, chez qui ce trait est particulièrement accentué.

Pour conclure

De nos trois variétés d’aujourd’hui, si semblables, on vient de voir que ‘Latin Lover’, l’ancienne, et ‘Liaison’, la plus récente, ont un lien de parenté. Chez les humains, on les qualifierait de cousins issus de germains. Cela ne se dit pas chez les plantes mais les faits existent. Le regret est grand de constater que les mêmes rapprochements ne peuvent pas être faits pour ce qui concerne ‘Color Splash’. La prudence de la maison Schreiner, qui, dans un sens, est tout à son honneur, nous prive d’une analyse à la fois amusante et instructive. Mais si cela reste une conjecture, je pense sérieusement qu’il y a du ‘Wine and Roses’ derrière ‘Color Splash’, à moins qu’il ne s’agisse de ‘Pipes of Pan’ (Brown O. 63), autre variété aux pétales clairs et aux sépales pourpres dont l’empreinte apparaît dans le pedigree dans la branche maternelle de ‘Liaison’.
RÉCRÉATION (réponses)

D’Italie

L’intrus est l’obtenteur américain Bruce FILARDI.

27.4.07


BIENTÔT LE DRAPEAU BELGE ?

Le drapeau français (mais aussi le drapeau américain) fait désormais partie de la panoplie des grands iris. C’est essentiellement Richard Cayeux qui a développé les iris bleu, blanc, rouge, avec sa série commencée par ‘Vive la France’ en 91, et qui ne semble pas encore tout à fait épuisée puisque en 2006 il a encore enregistré ‘Sortilège’ issu du croisement (Bal Masqué X Aurélie), qui descend par conséquent de la fameuse lignée. Aux Etats-Unis on n’est pas en reste. De forts jolies fleurs sont apparues dans ce modèle, et il en a été question ici dans un article publié le 29 décembre 2006 (Tricolores à l’américaine).

Mais point encore de trace du drapeau belge. Cependant, quand on regarde ‘Explicit’ (Ghio 2004) (photo), on se dit qu’on n’en est pas loin ! Que manque-t-il a cette variété pour qu’elle accède au rang de symbole national pour nos voisins ? Simplement une barbe rouge. Pour ce qui est du jaune et du noir, c’est déjà fait ! Car chez ‘Explicit’, qui est, en fait, un variegata-plicata, les pétales sont d’un riche jaune d’or, et les sépales, sur fond blanc, sont tramés de grenat sombre, cette trame devenant de plus en plus intense, pour se terminer en un brun-rouge pratiquement noir. Mais la barbe reste jaune…

Quand on retrace le pedigree de cette variété, on reste sur sa faim. Car Joë Ghio, en obtenteur consciencieux, a préféré noter que le « père » était inconnu plutôt que de donner une information dont il n’a pas la certitude. On ne sait donc pas d’où vient le coloris jaune d’ ‘Explicit’ (1). En revanche son côté maternel est bien noté. Il commence par la variété baptisée ‘Pennant Fever’ (Ghio 2001), qui est un amoena sombre, comme en obtient Ghio depuis quelques années et dont il s’est fait une spécialité. Ce ‘Pennant Fever’ est issu d’un croisement (Next Millenium X Ocelot), qui rassemble deux variétés bicolores contrastées. Il n’est pas question de retracer le pedigree de ‘Next Millenium’, car c’est une de ces « joyeuses » salades » comme Joë Ghio aime à les qualifier lui-même. Sachons seulement qu’il est composé de nombreux amoenas et neglectas indigos, de quelques roses et d’un certain ‘Persian Smoke’, chez lequel les sépales sombres sont déjà en place. Pour ‘Ocelot’ l’affaire est plus simple, avec le joli bicolore ‘Chinese New Year’ et ‘Romantic Evening’, connu pour le côté sombre de ses sépales. A noter que ce même ‘Romantic Evening’ apparaît également comme étant le « père » de ‘Next Millenium’.

Ce n’est pas la première fois que Joë Ghio enregistre une variété d’un nouveau genre. Cette fois encore il a réussi son coup. Espérons simplement que cet iris soit non seulement une fleur originale, mais aussi une plante solide et accommodante. On peut à ce sujet avoir des craintes car il existe de nombreux exemples où les iris de Ghio se montrent capricieux quand on veut les faire pousser sous des climats qui ne ressemblent pas à celui de la baie de San Francisco.

(1) à moins que cela ne soit du variegata ‘Jungle Princess’ qui apparaît à la quatrième génération maternelle.

LES IRIS CAYEUX DE 2007

Dans le catalogue de 2007, on trouve onze variétés nouvelles de grands iris ainsi qu’in iris intermédiaire. Dix de ces iris ont été enregistrés en 2006, le dernier le sera sans doute cette année. Il s’agit d’une nouveauté très intéressante dans le style de ce que font L. Baumunk et J. Ghio aux Etats-Unis.

La description qui en est faite par son obtenteur est :

Noctambule : grand iris, 105 cm, mi-saison, amoena bleu-noir velouté à barbes jaune d’or cernées par une petite plage blanche (semis 0098B). (Photo)

Il faut aller sur le site de la maison Cayeux pour voir l’image de cet iris. C’est vraiment quelque chose de nouveau chez nous. Les pétales sont d’un blanc parfait, les sépales sont pratiquement noirs, mais le dégradé qui aboutit au centre blanc des sépales ajoute une note de fraîcheur et de gaieté.

Les autres nouveautés, par ordre alphabétique, sont les suivantes :

Clownerie : grand iris, 90 cm, mi-saison, pétales lavande rosé pâle, sépales crèmes à fine bordure pourpre précise, grosse barbe rouge orange ; (Chevalier de Malte X I’ve Got Rythm).

C’est une sorte de ‘Change of Pace’ avec des pétales plus pâles.

Coup de Soleil : grand iris, 75 cm, mi-saison, self entre mandarine et carotte ,barbe rouge ; (91191A X Good Show).

Superbe orange bien vif.

Douce Rêverie : grand iris, 85 cm, hâtif, pétales blancs, sépales rose saumoné clair à bordure blanche, barbe mandarine et blanche ; (Château d’Auvers sur Oise X 9398B).

Voici un amoena dans les tons de pêche, qui a certaine ressemblance avec le fameux ‘English Charm’, mais aussi avec ses ancêtres ‘Peach Sundae’ et ’Snow Peach’.

Douce Romance(1) ; grand iris, 80 cm, mi-saison, pétales blanc rosé, sépales blanc à bordure bleu ciel , barbe rouge orange. (Rebecca Perret X 9368B).

Une version adoucie de son parent ‘Rebecca Perret’.

Grand Canari ; grand iris, 105 cm, tardif, jaune pur, raie médiane blanche sur les sépales, barbe orange, éperon blanc plumeux ; 97165 K X 97174 A

Je l’Adore ; grand iris, 95 cm, mi-tardif, rose pur tendre, petite zone blanche sous la barbe rose orangée ; (Buisson de Roses X Prestige Item)

Planeur ; grand iris, 95 cm, mi-saison, pétales blanc à peine bleuté, sépales, violet bleu bordure plus claire, barbe discrète jaune ; (World Premier X Futuriste).

A voir cet iris on devine que son ancêtre s’appelle ‘Deltaplane’.

Sortilège : grand iris, 90 cm, tardif, pétales blanc pur à bordure bleu glycine clair, sépales violet pensée vif rayé de blanc à partir de l’extrémité de la barbe, barbe mandarine et blanche. (Bal Masqué X Aurélie).

Oui, encore un avatar de la famille Bleu-Blanc-Rouge !

Terre de Couleur : grand iris, 80 cm, mi-saison, pétales blanc pur, sépales jaune bronze plus clair autour de la barbe jaune orangé ; (91174 X 9549 C)

Prunelle : intermédiaire, 50 cm, hâtif, rouge prune, plus clair autour de la barbe, barbe jaune bronze. (Hoodlum X Chance of Pace)

Deux autres variétés ont été enregistrées en 2006 mais ne sont pas encore commercialisées :

Alerte Rose : grand iris, 80 cm, mi-saison, rose saumoné, barbe mandarine : (semis n° 91119 A X 95213 E).

Jus d’Orange ; grand iris, 80 cm, mi-saison, orange vif uni, barbe rouge, (91192A X Good sSow)

(1) Dans le catalogue cet iris figure sous le nom de « Romance » tout court, mais une variété anglaise de 1928 porte déjà ce nom, d’où, sans doute, le nouveau nom adopté pour l’enregistrement.
RÉCRÉATION (réponses)

Dykes française

La bonne réponse est :
11
RÉCRÉATION

D’Italie

Parmi ces cinq noms d’origine italienne, un ne désigne pas un obtenteur italien contemporain. Lequel ?

BERTUZZI
BIANCO
FILARDI
MANUCCHI
ROMOLI

20.4.07




UN FESTIVAL DE COULEURS


Dans la grande palette des iris, on ne peut guère trouver plus vivement colorés que ceux de la catégorie que l’on appelle « variegata-plicata ». Comme cette dénomination le laisse entendre, il s’agit de fleurs, aux pétales jaunes (ou tendant vers le jaune), et aux sépales clairs, voire jaunes également, mais liserés et pointillés de sombre. Il s’agit d’une transformation de la catégorie des plicatas par l’utilisation d’Iris variegata, une espèce riche en couleurs dont l’influence génétique est importante. Cette initiative est revenue en Europe, au début du XXeme siècle, aux allemands Goos et Koenemann, et, plus tard, aux USA, aux frères Sass. Elle a été largement exploitée par de nombreux obtenteurs dès les années 50 notamment par James Gibson, qui s’est fait une spécialité des plicatas jaunes ou bruns. Avec le temps, et une multitude de croisements divers, la catégorie s’est diversifiée. C’est ainsi que sont apparues un grand nombre de variations possibles et un vaste choix de combinaisons colorées. On peut en distinguer six types désignés, par commodité, sous le nom de la variété de ce type la plus connue.

Le type « AUTUMN ECHO ».

Tout le monde, ou presque, connaît AUTUMN ECHO (Gibson 75), un célèbre iris remontant, aux chaudes couleurs, avec des pétales ocre, des sépales jaunes bordés et ponctués de l’ocre des pétales. S’il c’est sans doute la variété la plus répandue du type, il n’est pas le premier. Avant lui, sans remonter au delà des années 50, il y a eu MY HONEYCOMB (Gibson 58), SIVA-SIVA (Gibson 62), ECHO ONE (Schortman 63), ISLAND HOLIDAY (Gibson 69), SANDS OF GOLD (Plough 72), KONA COAST (Plough 73). Après, le type s’est perpétué avec des iris comme SHAFT OF GOLD (Sexton 76), RIO DE ORO (Plough 83), LEMON AND SPICE (Gibson 85), puis HOT TO TROT (McWhirter 91), BUSY SIGNAL (Lauer 93) ou CALDRON FIRE (Gibson 95).

Le type « FANFARON ».

C’est un type assez voisin du précédent. Il se caractérise par des pétales éclatants, de jaune pâle â orange vif, et des sépales de la même couleur, veinés ou ponctués de brun ou de violet, voire des deux. FANFARON (Hager 88) est très représentatif du type, mais tout aussi connus sont DAZZLING GOLD (Anderson 81), BENGAL TIGER (Maryott 81) ou JITTERBUG (Keppel 88). FLAMENCO WHIRL (Hamner 88) est encore plus vif, de même que LOS COYOTES (Burseen 93), qui descend d’ailleurs de deux variegata-plicata : DAZZLING GOLD et SUN TOASTED. PRIZE DRAWING (88), un produit tardif de Gordon Plough, est une version claire de ce type.

Le type « KILT LILT ».

C’est sûrement ce type qui a le plus de représentants et, sans doute, en est-ce le plus parfait achèvement. Les pétales sont jaunes, bien entendu, du jaune primevère au jaune d’or, et même á l’orange ou au brun miel. Les sépales, sur fond blanc ou crème, proposent des petits points de brun, de pourpre ou de violet foncé, devenant de plus en plus denses â mesure que l’on s’approche du bord, quelquefois ces points se concentrent en une flamme, sous les barbes, quelquefois, aussi, un fin liseré de la couleur des pétales vient compléter l’ensemble. KILT LILT (Gibson 70 - DM 76) en est le plus bel et le plus fameux exemple. James Gibson, auparavant, avait aussi obtenu une variété toujours dans les catalogues, RADIANT APOGEE (64), et une autre, au moins aussi intéressante, ISLAND HOLIDAY (69). C’est ensuite Keith Keppel qui s’est fait, un temps, une spécialité de ces variétés flamboyantes, avec tout d’abord deux frères de semis, issus de RADIANT APOGEE, LIMERICK (73) et METEOR (73), auxquels ont succédé CARAMBA (75) puis FLAMENCO (77), et MOROCCO (80), qui réunit les qualités de KILT LILT et de CARAMBA. SUN TOASTED (Gibson 70) fait partie de la version « soft » du type, où le rejoignent des iris comme DESERT ECHO (D. Meek 80) (Photo) - l’effet plicata y est limité à un « spray » de brun violacé, au centre des sépales - et PANOCHA (Ernst 88), fils du précédent. WILD JASMINE Hamner 83) est de la même eau, et descend de SHAFT OF GOLD cité plus haut. Parmi les représentants de la version « hard » on trouve WHIRL AROUND (Hamblen 87), dans les tons oranges, HOT STREAK (Ghio 88), dans les tons grenats, ou CHEROKEE NATION (Hedgecock 92), dans les tons bruns. A côté, le moderne WESTERNAIRE (D. Miller 98), fait figure d’enfant sage, en jaune paille et blanc ourlé et moucheté d’indigo.

Le type « AZTEC DANCE ».

WESTERNAIRE dont on vient de parler pourrait aussi être rangé sous ce type qui est une évolution récente. AZTEC DANCE (Blyth 80) en est un bon représentant: pétales cannelle, sépales blancs, flamme et liseré prune. La partie plicata est allégée, souvent limitée à une fine bordure; les pétales vont du presque blanc au caramel soutenu. Un fils de CARAMBA, HINDU MAGiC (Blyth 81) fait partie du lot, de même que FLOORSHOW (Byers 89), DISTANT ROADS (Keppel 91), très sombre, issu de BROADWAY, tout comme SURPRISING WIT (99) enfant posthume de Jim Gibson. Sterling Innerst s’est fait en quelque sorte le champion de ce type, qu’il a décliné en TENNESSEE WOMAN (90), TENNESSEE GENTLEMAN (91), AGGRESSIVELY FORWARD (95), EXACTITUDE (96) ou, également, l’étrange OMINOUS STRANGER qui porte bien son nom.


Le type « LORELEÏ »

C’est un type de fleur qui a été remis au goût du jour par Richard Ernst, ces dernières années, mais qui existe au moins depuis 1909, date d’obtention de LORELEÏ (Goos & Koenemann). LORELEÏ a des pétales jaune pâle ourlés de jaune plus soutenu, et des sépales pourpres liserés et fortement veinés de blanc, avec une barbe jaune paille. Pour arriver à un résultat voisin, Ernst a utilisé un croisement mythique, Edna’s Wish X Wild Jasmine, à partir duquel il a créé une vaste famille. Il en est arrivé à utiliser maintenant les enfants et même les petits enfants de son géniteur de base, mais il continue toujours dans un domaine qui lui a donné des iris à la fois variés et extraordinaires avec, dans le type dont on parle, RING AROUND ROSIE (2000). A l’heure actuelle la série du modèle RING AROUND ROSIE comprend au moins quatre variétés très originales, Le modèle de base a des pétales blancs finement ourlés de jaune primevère, et des sépales à fond blanc, légèrement poudré de grenat, bordés de jaune primevère ; barbes jaune vif. WHISPERING SPIRIT (2001), en est la version la plus colorée, CARNIVAL RIDE (2002), la plus réussie, et LOOKY LOO (2005), une déclinaison un peu différente.

Le type « BURST ».

C’est là où l’on range les inclassables. BURST (Blyth 93)(Photo) nous apporte d’Australie une variante où le dessin plicata abandonne les bords et se concentre au centre de la fleur. Chez BOLD VISION (Kerr 99), il se limite au contraire á l’extrême bord des sépales, tandis que sur LET’S DANCE (R. Nelson 86) il se contente d’imprégner les sépales et de s’étaler en une large flamme.

Avec les variegata-plicata, on est sûr d’en avoir plein la vue. Ce sont bien les iris aux couleurs les plus chaudes, et, par-dessus le marché, leurs combinaisons sont infinies. C’est pourquoi ils présentent un réel intérêt, non seulement pour le jardinier, mais aussi pour le collectionneur.