10.9.11

LOUISIANA STORY





Si je ne m’étais pas intéressé aux grands iris, je crois que j’aurais fait le choix des iris de Louisiane. J’aurais peut-être du naître australien ! En effet les « aussies » comme on les appelle aux Etats Unis, se partagent entre amoureux des grands iris (Blyth, Grosvenor, et leurs confrères) et fans des LA (Taylor, Pryor, etc.).

Pas facile, cependant de faire pousser des iris de Louisiane en France. Ce sont des plantes dont les origines se situent dans les bayous, à l’ouest et au nord de la Novelle Orléans, là où le climat est exactement l’inverse de celui de l’Europe Occidentale : hivers doux mais secs, étés chauds et humides. Ici, en Touraine, il pleut (en principe) pendant l’hiver, alors que l’été, c’est chaud, voire torride souvent, mais sec (en principe). De plus ces iris de Louisiane sont de gros gourmands qui vivent dans un sol profond et riche. Je les vois mal dans ma terre argilo-calcaire, bonne pour la vigne, mais à part ça, tout juste acceptable par la prairie sèche proche de la steppe. Avant la seconde moitié du XIXeme siècle, d’ailleurs, la Touraine des plateaux était terriblement pauvre, peuplée seulement de chèvres que les bergères laissaient paître auprès de buissons de ronces. Il a fallu l’arrivée du chemin de fer pour que l’on puisse faire venir des trains entiers d’amendement dont une fine couche a été étendue sur le socle calcaire de manière à transformer le paysage en riche terre à blé. Mais revenons à nos iris.

Comme les TB, les LA sont des plantes créées par l‘homme. Les croisements de base ont été effectués entre des espèces de la série des iris hexagonae, originaires de l’embouchure du Mississipi et des régions environnantes, dans le sud des USA : I. brevicaulis, I. fulva et I. giganticaerulea, essentiellement. Le premier, comme son nom l’indique, présente des tiges courtes, plus basses que le feuillage, de sorte que les fleurs, d’un bleu ciel remarquable, sont difficilement visibles. Le second, en revanche, offre des hampes de 70 à 80 cm, et des fleurs qui vont du jaune fauve au rose et au brun. Le dernier a également une dénomination parlante puisqu’il s’agit d’une espèce qui dépasse largement le mètre en hauteur, et qui est en général d’un joli bleu. Plus tard, I. nelsonii est venu apporter aux hybrides des coloris jusqu’alors inconnus dans le groupe. Mais leur culture est, somme toute, récente, si on la compare à celle des grands iris de jardin. Ceux-là sont hybridés depuis 150 ans au moins, les premiers ne sont apparus qu’il y a un peu plus de cinquante ans.

Sans doute des hybrides sont-ils apparus spontanément dans les bayous du Mississipi, mais ce sont des dames, de Louisiane et du Texas voisin, Mary Swords-DeBaillon et Mary Caillet, qui ont voué leur vie au développement des iris de Louisiane dont elles pressentaient sans doute les énormes possibilités.

Au début, le développement des iris de Louisiane a été bien lent. Ce n’est que dans les années 50 et 60 que les efforts de deux grands hybrideurs ont commencé à donner des résultats intéressants. Le premier s’appelle Charles W. Arny. En quarante ans de carrière il a enregistré plus de cent variétés. Il est à l’origine de gros progrès comme les ondulations aux bords des pétales et l’élargissement de la base des sépales qui donne à la fleur son aspect horizontal. Sa plus intéressante contribution à l’hybridation des LA a été la variété baptisée ‘Clara Goula’, un iris blanc, qui est un peu aux iris de Louisiane ce qu’est ‘Snow Flurry’ aux grands iris. L’autre nom à ne pas oublier est celui de Joseph K. Merzweiller, de Baton Rouge. Lui, c’est l’introducteur des iris tétraploïdes fertiles. Obtenir des louisianas tétraploïdes fertiles n’a pas été une affaire facile et Merzweiller y a consacré vingt ans de sa vie. Mais avec la tétraploïdie il a apporté des couleurs nouvelles et ses successeurs ont relevé le défi de transférer à des iris tétraploïdes les autres qualités des anciens diploïdes.

Cependant ces iris tétraploïdes sont, malheureusement, rarement fertiles. On a donc continué avec les diploïdes, et avec de beaux succès. Aux USA, de très grands hybrideurs, comme Mary Dunn, Joë Ghio, George Shoop ou Vernon Wood, connus pour leur travail avec les grands iris, ont obtenu des variétés de LA superbes. Il en est de même pour d’autres hybrideurs plus spécialisés, comme Dorman Haymon, Richard Goula, Neil Bertinot, Lois Belardi ou Richard Morgan. Parallèlement, en Australie, où les conditions climatiques sont bien adaptées à la culture des LA, ces hybrides-là ont pris une extension remarquable. Au point qu’aujourd’hui la production australienne dépasse celle des USA. Avec John Taylor, et les époux Pryor, on dispose là-bas d’obtenteurs de premier plan, souvent récompensés aux Etats-Unis même.

Quel dommage que je n’aie pas la possibilité de planter dans mon jardin les merveilles d’Australie ! Mais en fait le regret n’est qu’apparent puisque j’ai mes chers grands iris…

Illustrations :

‘Clara Goula’ (Charles Arny, 1975)
‘Professor Neil’ (Joseph Mertzweiller, 1990)
‘Renée Fleming’ (Heather Pryor, 2001)
‘Royal Gala’ (Heather Pryor, 2006)

3.9.11

AU BONHEUR DES DAMES





VIII. Dans l’Histoire


Il n’y a pas que les dames d’aujourd’hui qui ont droit à une variété d’iriq à leur nom. Certains hybrideurs s’intéressent à l’Histoire, avec un grand H.

· 1 ‘Alienor d’Aquitaine’ (Lawrence Ransom, 1992) (I Do x Baby Blessed)
· 2 ‘Maid of Orleans’ (Griffin Crump, 2006) ((Champagne Elegance x Ringo) X (Ringo x Fringe of Gold))
· 3 ‘Polynesian Queen’ (Thomas Johnson, 2010) (
· 4 ‘Landgräfin Elizabeth’ (Wolfgang Landgraf, 2007) ((Rustler x Sweet Musette) X Honky Tonk Blues)

1 = épouse du Roi d’Angleterre Henry II Plantagenet, mère de Richard « Cœur de lion » et de Jean « Sans terre » ;
2 = Jeanne d’Arc honorée par un pieux hybrideur américain ;
3 = L’obtenteur a-t-il songé à Pomaré, la reine de Tahiti ?
4 = La dédicataire est, semble-t-il, la comtesse Elizabeth de Hesse, épouse du comte Otto, au 14eme siècle.

LA FLEUR DU MOIS





‘DRAMA QUEEN’
(Keppel, 2002)


Cette variété vient de remporter la Médaille de Dykes pour 2011. Une médaille qui, outre qu’elle récompense l’indéniablement meilleur hybrideur du moment, reconnaît un nouveau modèle d’iris plicata.

Cela fait un certain temps que Keith Keppel a dans l’idée de développer et améliorer un modèle de plicata sur fond jaune, le plus contrasté possible.

Faut-il remonter jusqu’à ‘Roundup’ (1974) pour trouver l’origine de ce projet ? Toujours est-il que cette variété se trouve au premier rang dans le pedigree de ‘Gigolo’ (1982) qui présente un fond couleur abricot. Couleur qui apparaît aussi chez ‘Rosarita’ (1984), plus visiblement sur les sépales, une variété où le côté plicata provient du célèbre ‘Queen in Calico’. ‘Rosarita’ et ‘Gigolo’ sont associés dans ‘Tangled Web’ (1999) qui, croisé avec ‘Epicenter’ (Ghio, 1994), autre variété de plicata lie de vin sur fond crème, a donné naissance aux deux frères ‘Dark Drama’ (2004) et ‘Drama Queen’ (2002). ‘Dark Drama’ est peut-être un peu moins typé que son frère ‘Drama Queen’ et c’est sans doute la raison de son moindre succès.

La lignée amorcée de cette façon ne va pas s’arrêter là et Keppel va utiliser une variété issue d’une autre branche de la même famille, ‘Foolish Dreamer’ (2011) pour continuer l’aventure. Cet iris a été enregistré après certains de ses enfants, ce qui jette un peu de confusion dans les esprits, mais sans doute était-il un peu plus lent à pousser. Keppel, en tout cas, l’a immédiatement utilisé dans son programme de plicatas noir/jaune. Croisé avec ‘Drama Queen’, il a fourni deux variétés remarquables, ‘Tuscan Summer’ (Keppel, 2010) et ‘Sorbonne’ (Keppel, 2009) qui marquent une avancée vers le but recherché. Le premier, avec ses pétales d’un grenat aubergine presque noir sur une base jaune vif, ses sépales ourlés du même grenat cernant un large centre jaune d’or intense, et ses barbes brun moutarde sombre, offre un contraste extraordinaire. Le second, plus roux et plus crémeux, est une version soft de son frère. Ajoutons que, associé au couple (Storm Track x Drama Queen), ce ‘Foolish Dreamer’ a donné naissance au plus avancé de la bande : ‘Tunnel Vision’ (2010). Lequel est décrit comme « pétales sombres, d’un pourpre presque noir, couleur qui constitue le large bord des sépales, autour d’un cœur allant du jaune crémeux au blanc. C’est comme dans un tunnel, et qu’on voit l’extrémité en forme d’un demi-cercle clair. » D’où le nom.

‘Drama Queen’ non content d’être l’heureux bénéficiaire de la plus prestigieuse décoration qu’un iris puisse espérer, a trouvé un partenaire exceptionnel pour se créer une descendance qui promet. Je trouve quelque fois que les noms donnés aux iris se rapprochent de ceux que portent les chevaux de course. En l’occurrence ‘Drama Queen’ ajoute une ressemblance supplémentaire avec les cracks des hippodromes : après une brillante carrière sur le terrain, il s’est reconverti en étalon (ou en jument !) pour une famille dont les rejetons vaudront de l’or. Et dans le haras Keppel il n’est pas le seul !


ECHOS DU MONDE DES IRIS



De Russie


Les compétitions propres à la Russie ont donné les résultats suivants en 2011 :

- Compétition Internationale

‘Money in your Pocket’ (Paul Black, 2007) ;

- Compétition Nationale

‘Maks Stirner’ (Sergeï Loktev, 2008).

UNE HISTOIRE DE SEXES




Une fleur d’iris, ce n’est pas un appareil sexuel, mais deux ! Comme de nombreuses plantes, l’iris réunit dans un seul ensemble les sexes mâle et femelle nécessaire à sa reproduction. Mais il ne mélange pas les genres et ne s’auto-féconde pas (ou pas spontanément). Si les deux appareils logent dans le même appartement, ils ne copulent pas entre eux ! Pour filer la métaphore on peut dire que chacun occupe un étage de la même maison.

La plante a commencé par hisser la demeure commune au sommet d’une sorte de gratte-ciel ou de mât qui s’appelle la hampe florale. Pour que la maison ait la place de s’étaler. Elle a ensuite installé les deux parties dans l’espace aménagé là-haut. Au niveau inférieur elle a situé l’essentiel de la partie femelle, au-dessus elle a placé la partie mâle.

Rendons d’abord visite à la partie femelle. Elle prend place à l’extrémité de la hampe à laquelle elle est rattachée par un court élément qui se nomme le pédicelle. Ce pédicelle est surmonté par l’ovaire, un corps en forme de quenouille fait pour abriter les graines en développement qui prendra à ce moment le nom de capsule. C’est dans cet ovaire que se trouvent les cellules reproductrices ou gamètes femelles de la fleur. Il est prêt à fonctionner et, en l’occurrence il est subdivisé en trois éléments correspondant chacun à une des trois parties mâles de la fleur, mais qui communiquent entre eux. C’est le creuset où tout va se jouer : c’est fonctionnel, solide, mais discret, presque secret. Le spectacle, c’est pour ce qui se situe au-dessus.

Dans le prolongement vertical de l’appareil se trouve un court élément de liaison qu’on appelle le périanthe qui va en s’évasant et qui se termine par une sorte de nœud qui est la zone d’attache des pétales et des sépales et le point d’ancrage de la partie attractive de la fleur. A partir de là l’apparence des choses change totalement : on quitte les éléments discrets, d’une couleur verte anonyme, pour les éléments vivement colorés destinés à attirer les vecteurs animés de la fécondation que sont les insectes à la recherche de nectar. Cette zone d’attache a une importance considérable. Au-dessus rien ne sera plus comme en dessous. Les six pièces florales vont jaillir de là, de même que les trois supports des parties accessibles aux insectes. Trois pétales, amplement développés, richement colorés sur leur face extérieure qui vont s’étaler comme des ailes et constituer l’étendard de la fleur, bien visible et bien attrayant. Trois sépales fabuleusement colorés sur leur face interne, celle qui va se voir et qui est montrée de façon assez ostentatoire, qui vont servir de piste d’atterrissage pour les insectes choisis par la nature pour assurer la pollinisation et sur lesquels se développe un leurre, une barbe à longs poils qui fait croire aux visiteurs qu’ils vont trouver là le nectar qu’ils viennent chercher mais qui n’est qu’un guide vers le cœur sucré où on veut les entraîner. Trois ensembles génialement constitués où va se jouer l’acte sexuel. D’abord l’étamine, avec un filament portant l’anthère, partie mâle proprement dite, où se sont développés les petits sacs polliniques qui contiennent les gamètes mâles. Puis une languette un peu rigide, terminée par une étroite lame cornée, gluante, où vont venir se coller les grains de pollen et qui s’appelle le stigmate. Enfin une élégante crête, colorée, qui sert à la fois de bouclier protecteur pour le stigmate et de complément décoratif de la fleur.

Quand la fleur s’ouvre, tout l’appareil est en place. La seule part d’inconnu est de savoir quand et par qui va s’opérer l’acte sexuel proprement dit. La fleur attend. Cette attente est quelque fois vaine : aucun bourdon ne vient ou tout au moins aucun bourdon porteur de pollen. Mais très souvent l’attente est couronnée de succès : chacun va jouer son rôle, de façon involontaire et mécanique, mais en application d’une sorte de contrat. La fleur, qui dans la définition primaire du statut de chaque être vivant a choisi l’immobilité, avec les avantages et les inconvénients de cette situation, va tout faire pour tirer profit des éléments mobiles de la nature que sont les insectes. Elle va manigancer un stratagème pour les attirer, et pour leur faire accomplir les mouvements qu’elle ne peut pas exécuter elle-même. Mais elle va les récompenser en leur offrant un bonbon : le nectar. Les insectes, en l’occurrence les gros bombyles bleus, vont voler de fleur en fleur à la recherche de ce nectar qui est leur carburant. Les brillantes couleurs des iris, de même que la délicieuse odeur que certains d’entre eux exhalent, vont les attirer. Ils vont utiliser la piste d’atterrissage que constitue le sépale. La barbe va leur montrer le chemin qu’ils doivent emprunter pour parvenir à la source de nectar. Ils vont se glisser dans l’entonnoir et, parvenir là où ils veulent aller, puis, repus, ils vont faire marche arrière pour repartir vers une autre fleur. Leur dos velu ressemble à certaine brosse à vêtement : quand on la passe dans un sens elle se charge des poussières, quand on la manipule dans l’autre sens, tout se dépose. Les bombyles vont le frotter sur les étamines que leur passage à fait s’incliner, et récolter le pollen. Les voilà, embarrassés de cette charge génétique, qui volent vers une autre fleur. Ils se posent et recommencent leur manège. Mais cette fois leur dos va effleurer la lèvre collante du stigmate et les grains de pollen vont y être déposés. Le tour est joué ! L’acte sexuel s’est déroulé en deux temps, mais il est parfait et correspond tout à fait à ce que la plante souhaitait : les gènes mâles d’une fleur ont été portés vers les gènes féminins d’une autre.

Aussitôt va commencer le deuxième acte de la reproduction, celui de la fabrication des graines. Mais, comme disait Rudyard Kipling, ceci est une autre histoire.

26.8.11

AVIS AUX AMATEURS

La semaine prochaine, patience ! Irisenligne ne sera alimenté que le dimanche 4 septembre.

AU BONHEUR DES DAMES


VII. Au pouvoir




Qu’il s’agisse de têtes couronnées ou de grandes dames du pouvoir, elles ont chacune eu les honneurs du pays des iris.

· 1 ‘Madame Chirac’ (Ladislaw Muska, 2000) (de White Window, Mys Horn, Don Epifano, Soissons...)
· 2 ‘ Lady Bird Johnson’(Clarence Mahan, 1996) (Laced Cotton x Blue Zipper)
· 3 ‘ Elizabeth of England’ (William Miles, 1949) ((Purissima x Bruno) X Maise Lowe)
· 4 ‘Prinzessin Victoria-Luise’ (Goos und Koenneman, 1910) (non précisé)

1 = On ne présente pas la dédicataire ! A noter que le nom officiel de cette variété est ‘Chirac in White’, du fait que l’usage du mot « madame » est interdit par les règles actuelles de dénomination des plantes ;

2 = Epouse du Président US Lyndon B. Johnson ;

3 = Dédié à la reine d’Angleterre, reine, aussi, du Canada, pays de l’obtenteur ;

4 = Fille du Kaiser Guillaume II et petite-fille de la reine d’Angleterre Victoria.

ECHOS DU MONDE DES IRIS


Quinze Dollars

C’est le prix qui sera désormais demandé pour chaque enregistrement d’une variété d’iris quel que soit le pays où cette variété sera proposée à l’enregistrement. Cette disposition est sensée établir une égalité de traitement entre les obtenteurs américains et ceux du reste du monde. Sur cette somme dix dollars seront reversés à l’AIS et 5 dollars resteront à l’organisme national du pays d’enregistrement.

Avec 1,40 dollar pour un euro, les européens sont avantagés dans ce système.

‘SEASHELL’ ET LES ORCHIDÉES





Une des belles histoires du monde des iris est celle qui, de ‘Seashell’ (Loomis, 1940 – mais en réalité obtenu au milieu des années 1920), a conduit jusqu’aux rose saumon à barbes mandarine. Elle est très bien racontée dans « The World of Irises » par Keith Keppel et Melba Hamblen.

« De petite taille, rose pâle avec des barbes mandarine, ce fut le premier iris rose clair qui, même en bouton, ne présente aucune trace de bleu. » Il est issu d’un plicata descendant d’I. ricardi, croisé avec un semis variegata, lui-même provenant très certainement d’I. ricardi. Au demeurant, si le Dr Loomis travaillait effectivement à la recherche du véritable iris rose, il ne s’attendait pas à ce qu’il a obtenu avec ce croisement. Il dit lui-même : « Un ancien hybrideur anglais a dit une fois que les plicatas pouvaient donner des unicolores. J’ai donc croisé ce plicata avec un variegata, juste pour voir ce qui allait se passer ». En fait ‘Seashell’ est devenu la base de son travail. Quand il l’a croisé avec un semis brun-rouge issu de ‘Lent A. Williamson’, le fameux ‘Morocco Rose’ (Loomis, 1937) en a résulté. Croisés entre eux, ‘Seashell’ et ‘Morocco Rose’ ont donné naissance à ‘Spindrift’ (Loomis 1929), le rose orchidée le plus vif de son époque. Avec quelques autres de la même origines, on dispose là de ce qui a constitué le point de départ des iris à barbes mandarine. A noter qu’a leur apparition ces variétés d’un coloris si révolutionnaire n’ont suscité que le doute sur la sincérité de leur obtenteur. Une journaliste d’alors a même écrit : « …Des experts en horticulture ont dit que cette couleur n’était pas possible dans la nature, et que le Dr Loomis avait mis quelque teinture dans le sol. »

Un autre obtenteur à s’être acharné à la recherche de l’iris rose a été David Hall. Il s’est mis à la tâche en 1926 et a persisté dans sa quête jusqu’à l’apparition, en 1942, de trois pionniers : ‘Overture’, ‘Dream Girl’ et ‘Fantasy’. Convoqués pour constater la naissance de ces merveilles et donner un nom à leur nouvelle lignée, deux artistes ont choisi « flamingo pink », et ce nom est resté. Pendant les 17 ans de sa patiente recherche, Hall a été amené à ajouter ‘Morocco Rose’ à son panel de parents constitué essentiellement de ‘Dauntless’, ‘Rameses’, ‘W.R. Dykes’ ‘Dolly Madison’ et ‘Prairie Sunset’, et il n’est pas douteux que cet apport a contribué à l’apparition des « flamants roses ».

Une fois la mécanique enclenchée, elle ne s’est plus arrêtée et David Hall a enregistré chaque année des iris rose, saumon ou orchidée, jusqu’à sa mort en 1965, à 93 ans ! Chacune de ces variétés a obtenu un succès. Aussi bien au plan commercial (cela a fait la fortune de la pépinière Cooley qui a diffusé tous les iris de Hall) qu’au plan horticultural puisque la plupart des ces iris a obtenu à tout le moins un HM. Un descendant de ‘Fantasy’, ‘Cherie’ (1948), est allé jusqu’à le Médaille de Dykes en 1951.

Orville Fay, autre obtenteur de génie, a aussi utilisé les variétés de Hall pour lancer sa propre lignée de roses. A partir de ‘Overture’, il a obtenu ‘Pink Cameo’ (1946) qui est aussitôt devenu incontournable, et qui lui a donné ‘Mary Randall’ (1948) lequel fut une autre pierre angulaire dans la recherche des roses et aussi des oranges, des jaunes et des mauves, tous avec des barbes mandarine ou minium.

Mais si l’on veut être complet avec les descendants plus ou moins directs de ‘Seashell’ puis des lignées de Hall et de Fay, il faut parler des roses de Tell Muhlestein, Nate Rudolph, George Shoop, Ray Schreiner, Glen Corlew et même Joë Gatty…

Aujourd’hui ceux que l’on appelle les iris roses se sont un peu éloignés des teintes d’origine, plutôt rose orchidée que rose saumoné, mais les barbes mandarine sont toujours d’actualité et leur présence au cœur des fleurs du XXIeme siècle, toujours aussi fréquente, rappelle qu’il y a maintenant presque 80 ans, un certain ‘Seashell’ les a offertes au monde avec élégance et fierté.

Source : « The World of Irises » AIS – 1978.

19.8.11

AU BONHEUR DES DAMES





VI. Par amour

Les obtenteurs d’iris sont des hommes comme les autres. Ils savent à l’occasion clamer leur amour. Parmi celles qui sont ainsi distinguées, voici :

· 1 ‘My Ginny’ (Donald Spoon, 2000) ((Sweet Musette x Femme Fatale)x(Winifred Ross x My Katie))
· 2 ‘Gladys my Love’ (Allan Ensminger, 1998) (de Coral Beauty, Silver Showers, Chartreuse Ruffles, Coral Chalice...)
· 3 ‘Lesley my Love’ (Barry Blyth, 2007) (Bursting Bubbles X April Jewel)
· 4 ‘Suky’ (Clarence Mahan, 1991) (Violet Miracle x Victoria Falls)

Toutes les quatre épouses de l’obtenteur.

ELIZABETH NESMITH : L’AUTRE GRANDE DAME DES IRIS





On a déjà parlé ici de Grace Sturtevant, considérée comme la première grande dame des iris. Aujourd’hui on évoquera l’autre grande dame (ou plutôt une autre grande dame), Elizabeth Nesmith, née Elizabeth Noble.

Ces deux personnes ont beaucoup de traits communs. D’abord une même origine : elles sont l’une et l’autre issue d’une grande famille de la Nouvelle Angleterre. Si celle de Grace Sturtevant était plutôt dans le domaine scientifique et universitaire, celle d’Elizabeth Noble faisait partie du milieu industriel puisqu’elle dirigeait depuis 1831 une importante filature, dans le Vermont.

Elizabeth Noble, née en 1880, s’est très tôt intéressée à la botanique, et très vite à l’horticulture, à la suite de son mariage avec Tom Nesmith. C’est au début des années 1920 que sa pépinière, Fairmount Gardens, est devenue un jardin incontournable, connu et prisé sur toute la côte Est des Etats-Unis. Le catalogue qu’elle a édité contenait les meilleurs iris de son époque, essentiellement originaires de la côte Est, mais où l’on trouvait aussi des variétés d’un peu tout le monde des iris. Ainsi celui de 1959 contenait quatre nouveaux cultivars de Stedman Buttrick, du Massachusetts, deux d’Edward Watkins, du New Hampshire, trois de Jesse Wills, du Tennessee et trois également de Kenneth Smith, de l’Etat de New-York. Rédigées dans un style impeccable et soutenu, les descriptions de Mme Nesmith ont contribué à la renommée des iris dans toute l’Amérique. Pépinière et catalogue ont vécu jusqu’à la fin des années 60 et la disparition de leur animatrice à près de 90 ans.

Elizabeth Nesmith, fidèle en amitié, n’était pas d’un caractère expansif. Ceux qui l’ont approchée la décrivent comme quelqu’un d’impressionnant qui, sous des apparences de douceur, faisait montre d’une évidente autorité et d’un réel sens des affaires, celui qui convient à un citoyen des Etats-Unis qui veut réussir. Elle a conservé toute sa vie les attitudes et les habitudes d’un monde victorien, dans une confortable maison à l’ancienne entourée d’un jardin élégant et riche de mille fleurs.

Sa passion pour les plantes, plus encore qu’aux iris, elle l’a consacrée aux hostas et aux hémérocalles. De ce côté elle s’est montrée très prolifique, enregistrant près de l’AHS (American Hemerocallis Society) plus 300 variétés nouvelles ! Un grand nombre des ces variétés sont encore couramment cultivées.

Avec les iris elle s’est montrée sans doute plus sélective. D’ailleurs la plupart de ses obtentions ont été remarquées et primées. Pour n’en citer que quelques-unes, on peut parler de ‘Summer Song’ (1950), un jaune ocré issu de ‘Bryce Cannyon’ ; de ‘Carissima’ (1954), un « blanc par les bleus » à barbes crème, dont le pedigree fait état de ‘Lady Boscawen’ et de ‘Azure Skies’ ; de ‘Bar Harbor’ (1957) en bleu marine doucement velouté de bleu pourpré, chez qui l’on retrouve le fameux ‘Jane Phillips’. Mais son obtention la plus remarquable est sûrement ‘Melitza’ (1940) qui est considéré comme le premier iris rose à barbes mandarine. Comme on peut lire dans « The World of Irises », ‘Melitza’ est le grand-parent de ‘Frances Kent’ (DeForest, 1948) et l’arrière grand-parent de ‘Dawn Crest’ (DeForest, 1957) ; et parmi les descendants de ‘Frances Kent’ il y a le blanc ‘Christmas Angel’ (DeForest, 1959), le rose, souvent utilisé par la suite, ‘Marilyn C.’ (Crosby, 1957), le très répandu ‘Real Delight’ (Waters, 1958), rose abricot, ou un autre blanc bien connu, ‘Risque’ (Gatty, 1974).

Madame Nesmith est une des rares personnes à avoir été honorée par deux fois d’un iris à son nom. Une première fois avec ‘Betty Nesmith’ (Thomas A. Washington, 1934), un unicolore jaune doré et une seconde avec ‘Elizabeth Noble’ (Kenneth Smith, 1953) ; cela prouve à quel point elle était appréciée.

Quand on parle d’Elizabeth Nesmith, on évoque un autre monde, bien loin de nous maintenant, mais qui reste présent dans le cœur de tous les amateurs d’iris, parce qu’il représente ce que l’Amérique a fait de mieux : le chic, la classe de la Nouvelle Angleterre, associés à ce désir de réussite et à cette force de caractère qui sont à la base de la suprématie américaine dans le monde des iris comme dans bien d’autres.

Sources : ROOTS, Vol. 11/2 (automne 1998)

12.8.11

AU BONHEUR DES DAMES





V. Par amitié

Il est agréable de faire plaisir à quelqu’un qu’on aime. Les hybrideurs ne se privent pas de faire connaître au monde entier les liens d’amitié qu’ils entretiennent avec certaines dames. En voici quatre :

· 1 ‘Colette Clavel’ (Roland Dejoux, 2008) (Dream a Little X Flute Enchantée)
· 2 ‘Elizabeth Poldark’ (R. E. Nichol, 1990) (Mary Frances x Paradise)
· 3 ‘Mady Carrière’ (Armand Millet, 1906) (non précisé)
· 4 ‘Betty Simon’ (Melba Hamblen, 1976) (Misty Dawn x Foggy Dew)

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Après le concours de Munich

 

Voici deux photos des SDB envoyés au concours par Michèle Bersillon et distingués dès leur première année.

ECHOS DU MONDE DES IRIS




Bizarreries

Bob van Liere a publié sur Facebook quelques photos de semis pour le moins originaux. Sans doute que ces variétés fort peu commerciales ne connaîtront jamais l’honneur de l’enregistrement. Mais leur obtenteur va probablement les conserver, « pour le fun » !

UNE HISTOIRE DE RACINES


Dans une récente chronique, ici même, j’ai écrit ceci : « Un rhizome en pleine forme, qui comporte plusieurs yeux, gages de multiplication des pousses, suffisamment développé pour soutenir l’effort de croissance et doté d’assez de racines pour pouvoir se ré-alimenter sans manquer, va pouvoir supporter le choc d’une transplantation, avec une chance de reprise presque absolue. » En effet, si le rhizome est le réservoir de nourriture de l’iris, il lui faut des racines pour approvisionner ce réservoir.

Chez les iris barbus (et quelques autres), elles se développent sous le rhizome sous la forme de fils, un peu épais, charnus, blanchâtres, plus ou moins longs et nombreux. Elles s’enfoncent dans le sol où l’iris a été planté à la recherche de nutriments et d’eau. Leur nombre et leur longueur dépendent de la nature du terrain : dans un sol meuble et sableux elles vont être nombreuses et plutôt longues car la perméabilité de leur environnement va les obliger à plonger pour trouver l’humidité, et la faible quantité d’éléments nutritifs va les inciter à se multiplier largement, d’autant plus que leur autre raison d’être est d’ancrer la plante dans son support et que, si ce support est meuble et peu résistant, elle vont devoir se ramifier et s’enfoncer pour trouver une assise suffisante. Prenez le cas des iris produits chez Bourdillon, en Sologne, dans un sol sableux : ils disposent de racines abondantes, chevelues, mais plutôt minces. Au contraire ceux en provenance des cailloutis morainiques de chez Cayeux ont des racines moins nombreuses, mais plus charnues et plus courtes.

Dans le même but d’assurer à la plante une stabilité suffisante, les racines les plus latérales vont s’écarter en éventail, courant près de la surface du sol. Celles placées à l’avant de la plante vont avoir un rôle primordial à jouer dans cette recherche de la stabilité, en effet la partie la plus lourde de la plante se trouve là : la hampe florale est placée à cet endroit et il va falloir la tenir bien dressée. Il arrive assez souvent que des iris, emportés par leur poids ou la pression du vent sur les lourdes fleurs épanouies, se couchent au sol. La faute en est à un enracinement insuffisant, soit que le sol, peu profond, n’ait pas permis un ancrage parfait, soit que les racines, peu ou pas assez développées, ne puisse pas jouer complètement leur rôle, soit qu’un substrat trop peu humide ne confère pas assez de raideur aux parties aériennes de la plante. J’ai coutume de comparer un tronçon de rhizome d’iris à une écrevisse : la partie charnue du rhizome rappelle la queue de l’écrevisse, la pointe est comparable à la tête de l’animal, grosse et lourde, les pinces sont la hampe et les pattes, avec lesquelles l’écrevisse se cramponne sur le fond du ruisseau, se sont les racines de l’iris.

Toutes les sections et séries d’iris rhizomateux n’ont pas exactement le même système radiculaire. Tout dépend de la nature du sol dans lequel ils poussent spontanément. Ainsi les iris préférant un milieu aquifère, ont-ils un réseau radiculaire fortement développé. C’est le cas des iris de Sibérie, des iris du Japon ou, tout simplement des iris pseudacorus qu’on rencontre si souvent, chez nous, au bord ou au fond même des fossés et des étangs. Il est évident que s’ils doivent s’ancrer dans la vase, les iris vont devoir produire des racines nombreuses, longues et ramifiées, bien différentes de celles des iris poussant dans des rocailles ou des talus. Les iris bulbeux, eux, n’ont pas les mêmes problèmes à résoudre. La forme symétrique de leurs bulbes et leur tige qui s’élève au centre de l’ensemble, en font des plantes beaucoup plus stables. Les racines se contentent de se développer régulièrement, en cercle autour du plateau où elles ont leur point d’implantation et se concentrent sur leur rôle de pourvoyeur de nutriments.

On voit à quel point les racines sont importantes pour nos chers iris. On voit aussi comment la nature a réussi à déjouer les pièges qu’ont générés les choix de mode vie qu’ils ont adopté lorsqu’ils ont, au cours de l’évolution, choisi de s’implanter dans tel ou tel milieu, sous tel ou tel climat, dans tel ou tel environnement. Comprendre tout cela aide à aimer encore mieux ces plantes auxquelles on s’intéresse, avec lesquelles ont devient intime, mais qui ne cessent jamais de nous émerveiller.


5.8.11

AU BONHEUR DES DAMES

IV. Par reconnaissance

Beaucoup de dames s’intéressent aux iris, ou ont apporté quelque chose à l’irisdom. Pour qu’on ne les oublie pas les hybrideurs leur ont dédié l’une de leurs nouveautés. En témoignent :

· 1 ‘Gladys Clarke’ (Lawrence Ransom, 2000) (Désiris x Halo in Pink)
· 2 ‘Kathleen Kay Nelson’ (Ben Hager, 1993) (Tinted Crystal x(Silver Flow x Ruffled Ballet))
· 3 ‘Alice Harding’ (Ferdinand Cayeux, 1932) (Iceberg x Evolution)
· 4 ‘Anne Marie Chesnais’ (Jean-Jacques François, 1998) (Edith Wolford X Ringo)

1 = Fondatrice de la SFIB ;

2 = Fille et épouse d’hybrideurs et longtemps bénévole à l’AIS ;

3 = Mécène et bienfaitrice de l’irisdom ;

4 = Longtemps présidente de la SFIB.




Mauvaise note


Voilà ce que m’écrit Keith Keppel à propos du précédent « Au bonheur des dames » : « Esther Fay was Orville's sister; Emma Cook was Paul's wife. » En français : Esther Fay était la sœur d’Orville ; Emma Cook était la femme de Paul. J’ajoute que Mme Henri Cayeux n’était pas la belle-sœur de Ferdinand, mais sa bru. Je ne mérite pas une bonne note, cette fois…

UNE HISTOIRE DE RHIZOME



En Touraine, à partir de la fin de février, les grands iris sortent de leur léthargie hivernale. Pendant trois mois au moins ils ont été pour la plupart réduits à des petits moignons de 3 à 5 cm de haut, comme concentrés sur eux-même pour mieux résister au froid. Mais à coup de trois minutes par jour, la durée d’ensoleillement s’est peu à peu accrue et la végétation s’est réveillée. Les feuilles ont commencé à s’allonger et des pousses nouvelles sont apparues sur les côtés des rhizomes de l’année précédente (et parfois sur des tronçons de rhizomes plus anciens).

Certaines variétés cependant ne se ratatinent pas autant que les autres. Il y en a même qui conservent tout l’hiver un panache de feuilles bien vivantes, pouvant atteindre jusqu’à une vingtaine de centimètres de haut. On m’a souvent demandé la cause de cette différence touchant des plantes qui, en mai, auront à peu près toutes le même aspect et la même hauteur.

Ce qui fait la différence, c’est la dose de gènes d’Iris aphylla contenue dans chaque variété, au gré des croisements multiples qui ont abouti à son existence. Les variétés riches en aphylla perdent leurs feuilles, les variétés moins riches conservent plus ou moins leur panache. D’ailleurs si l’on regarde les espèces botaniques toujours présentes dans nos jardins, on comprend la différence. Les « anciens » iris, germanica ou pallida, originaires de nos régions de plaine, restent verts toute l’année. Mais ces espèces de base ont été croisées avec Iris aphylla, une espèce de montagne qui ne survivrait pas si elle conservait son feuillage toute l’année (comme son nom le laisse entendre à ceux qui savent que aphylla, en grec ancien, veut dire « sans feuilles »).

A partir du moment où la croissance du feuillage reprend, celle-ci va aller très vite. En deux mois, grosso modo du 1er mars au 1er mai, le grand iris des jardins (TB) va grandir jusqu’à 90 cm, sa hauteur moyenne au moment de la floraison. Cela représente une croissance d’environ dix centimètres par semaine, plus d’un centimètre par jour !

Pour soutenir un tel effort il faut une réserve d’énergie considérable. Ce n’est pas uniquement et immédiatement dans le sol que les iris vont puiser cette énergie. Ils vont la trouver essentiellement dans le rhizome, cette réserve qu’ils ont constituée à partir de la reprise de la végétation à la fin de la période de dormance qui se produit aussitôt après la floraison. La plante a fait des efforts gigantesques pendant la période printanière, pour se développer tout d’abord, pour fleurir ensuite, elle est épuisée. Elle va commencer par une période de repos presque total, pendant trois semaines environ. Puis elle va reprendre son activité en nourrissant, s’il y a lieu, ses graines et en développant de nouvelles pousses qui vont se charger de nutriments et d’eau. Cela va lui prendre tout l’été (c’est pourquoi il faut transplanter à ce moment, la plante aussitôt remise en terre va fabriquer de nouvelles racines et pomper autant de nutriments que possible). Le rhizome ainsi rempli, l’iris va peu à peu diminuer son activité, laisser ses feuilles se dessécher pour diminuer sa voilure et se protéger du froid…

Le rhizome est donc l’élément primordial de la croissance de l’iris. Un rhizome trop maigre, pauvre en ressources énergétiques, ne pourra pas soutenir une croissance puissante pouvant aboutir à une floraison. C’est une des raisons pour lesquelles certains iris plantés pendant l’été, qui ont peiné à reprendre, ne fleurissent pas au printemps suivant. C’est d’ailleurs la même chose pour les transplantations trop tardives. Mais un gros rhizome ne garantit pas forcément une belle floraison l’année suivante. En effet si ce rhizome est en fait gavé d’eau, il va avoir une apparence flatteuse, mais les nutriments peuvent néanmoins lui manquer. Après sa plantation il va perdre rapidement de son eau, et prendre son véritable aspect, celui d’un petit rhizome maigrichon et faiblard.

Un rhizome en pleine forme, qui comporte plusieurs yeux, gages de multiplication des pousses, suffisamment développé pour soutenir l’effort de croissance et doté d’assez de racines pour pouvoir se ré-alimenter sans manquer, va pouvoir supporter le choc d’une transplantation, avec une chance de reprise presque absolue. Même s’il reste hors de terre pendant des semaines. Je lisais il y a quelques temps le témoignage d’un amateur qui, ayant oublié deux ou trois rhizomes dans un colis, ne les a retrouvé que dix mois après leur arrachage, et, les ayant plantés malgré tout, les a vu reprendre gaillardement et ne perdre qu’un an avant de parvenir à l’anthèse (comme on dit savamment).

Un beau rhizome, sain mais sans être gorgé d’eau, n’est pas gourmand en engrais et autres apports extérieurs. Il sait se contenter de ce qu’il trouve là où il est pour peu que son substrat ne soit pas trop pauvre. Mais il ne refusera pas un peu d’aide. Celle-ci doit intervenir essentiellement à deux moments : quand il repart après la dormance estivale, et quand il redémarre après le repos de l’hiver. L’apport d’engrais à ce moment sera tout de suite utilisé alors que l’apport de l’été sera mis en réserve. A mon avis celui-ci est le plus important et le plus utile pour la vigueur future de la plante.

Tout repose donc sur le rhizome. La plante s’y trouve en résumé, avec tous ses gènes, elle y accumule ses réserves, elle y puise sa force. Le rhizome est une source d’immortalité.

ECHOS DU MONDE DES IRIS


La compétition de Munich

SDB :

Première année :
1. MAIENTANZ - Frank Kathe
2. MODEPUPPE - Frank Kathe
3. seedlg. Z 2010-2 - Dirk Nachtweide
dans cette compétition 3 variétés obtenues par Michèle Bersillon se classent 6, 7 et 8eme. En voici deux.